Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 20 août 2026

Asiatiques optimistes, Européens pessimistes

focused_250842660-stock-photo-happy-young-professional-asian-business.jpg

Asiatiques optimistes, Européens pessimistes

Les Européens rejettent clairement la politique menée par leurs élites politiques

Bernhard Tomaschitz

Source: https://zurzeit.at/index.php/optimistische-asiaten-pessim...

« Asiatiques optimistes, Européens pessimistes » – c’est ainsi que l’on peut résumer brièvement une enquête de l’institut international d’études de marché Ipsos. Ipsos Global Opinion Polls – 25.709 personnes ont été interrogées dans différents pays – montre que les citoyens des États asiatiques sont majoritairement d’avis que leur pays est sur la bonne voie, alors que c’est l’inverse chez les citoyens des pays européens.

Les citoyens les plus optimistes sont ceux de Singapour: 86 % estiment que leur pays va dans la bonne direction, tandis que seulement 14% pensent le contraire. La Malaisie occupe la deuxième place avec 74% contre 26%, suivie de l’Inde avec 69% contre 31%. Les quatrième à sixième places reviennent à la Thaïlande, l’Indonésie et la Corée du Sud, soit d’autres pays asiatiques, et à la huitième place figure l’Argentine, premier pays non asiatique. 55% des Argentins pensent que leur pays va dans la bonne direction, ce qui semblerait confirmer une adhésion aux réformes lancées par le président de droite Javier Milei.

Parmi les Européens, les Polonais sont les moins mécontents: 43 % pensent que leur pays est sur la bonne voie. Toutefois, la majorité des Polonais – 57% – sont d’un avis contraire. Les citoyens des principaux pays européens, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, sont particulièrement pessimistes. Ainsi, seulement 23% des Allemands estiment que la République fédérale est sur la bonne voie. Chez les Britanniques, ils sont 21%, et chez les Français, à peine 10%. Aucune donnée n’a été recueillie concernant l’Autriche.

L’enquête d’Ipsos montre que les Européens rejettent la politique menée par une élite politique déconnectée, notamment la désindustrialisation, les sanctions contre la Russie qui nuisent à leur propre économie, l’hystérie climatique, la « wokeness », la correction politique et bien plus encore.

La solution de la Russie contre le chantage maritime de l’Occident – Un pont terrestre vers l’océan Indien

s9Sn87JNSigAfHghQ7YJW8TdzKTX0qgzbnzDvBEb.jpg

La solution de la Russie contre le chantage maritime de l’Occident – Un pont terrestre vers l’océan Indien

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203881

La Russie envisage désormais des liaisons ferroviaires vers l’océan Indien via l’Iran, le Turkménistan, l’Afghanistan et le Pakistan.

L’objectif est de maintenir le commerce, au cas où un goulet d’étranglement viendrait à être fermé ou si les services maritimes contrôlés par l’Occident venaient à être retirés.

Accès alternatif à l’Inde

Le vice-premier ministre Marat Khousnoulline a déclaré que les risques au Bosphore et dans le détroit d’Ormuz signifient que Moscou a besoin d’un accès alternatif à l’Inde.

La puissance maritime occidentale ne repose pas seulement sur des navires de guerre. Les services d’assurance, financiers, de courtage et portuaires peuvent déterminer si le fret circule ou non. Le plafonnement du prix du pétrole a révélé ce mécanisme. Le Royaume-Uni a interdit le transport maritime et les services connexes pour le pétrole russe vendu au-dessus d’un prix fixé par la coalition du G7, tandis que l’UE a refusé l’accès à ses ports et services à des centaines de pétroliers. L’Occident a ainsi tenté non seulement d’imposer où la Russie pouvait commercer, mais aussi de fixer le prix que les acheteurs de pays tiers étaient « autorisés » à payer.

L’alternative la plus avancée est donc le Corridor International de Transport Nord-Sud via l’Azerbaïdjan et l’Iran. En 2024, environ 20 millions de tonnes y ont déjà été transportées. Le maillon manquant essentiel est toutefois la ligne ferroviaire Rasht–Astara, longue de 162 km, qui permettra ainsi de créer une infrastructure ferroviaire continue le long de la route occidentale de la Caspienne. La Russie la soutient avec un prêt d’État de 1,3 milliard d’euros, tandis que l’Iran a naturellement accordé à une entreprise russe l’accès aux terrains de construction. Moscou s’attend à ce que la branche ouest achevée puisse transporter au moins 15 millions de tonnes par an.

Une deuxième axe également en projet

Un deuxième axe devrait traverser l’Asie centrale et l’Afghanistan jusqu’à Karachi et Gwadar sur la mer d’Arabie, contournant ainsi « habilement » Ormuz. L’Ouzbékistan, l’Afghanistan et le Pakistan ont signé en 2025 le cadre d’une étude de faisabilité. Des responsables russes estiment que l’itinéraire pourrait à terme transporter chaque année de 8 à 15 millions de tonnes de marchandises russes.

Le chemin de fer ne peut bien sûr pas remplacer les pétroliers et les vraquiers. Sa valeur réside cependant dans la redondance stratégique. Il permet de maintenir le commerce important lorsque Suez, Ormuz, le Bosphore ou les services maritimes occidentaux ne sont pas disponibles. Une route de secours n’a pas besoin d’être moins chère que la mer pour devenir inestimable lorsque la mer est fermée.

Ces corridors transformeraient l’intégration eurasienne en une infrastructure physique. Des voies ferrées communes exigent des tarifs communs, des règles douanières communes, des terminaux et aussi des mesures de sécurité partagées. L’Iran devient ainsi un pont important entre la Russie et l’Inde, l’Afghanistan gagne également une part de stabilité de transit, et le Pakistan devient ainsi une porte océanique pour l’intérieur de l’Eurasie.

L’Occident a transformé l’infrastructure maritime en une arme pour appuyer ses sanctions. La réponse une fois de plus « astucieuse » de la Russie est une assurance de transport à l’échelle du continent, destinée à garantir qu’aucun blocus maritime, aucune autorité portuaire ni aucun assureur ne puisse décider seul qui peut participer au commerce eurasiatique.

UE/Sécurité: Infrastructures vulnérables - Câbles sous-marins et pipelines dans la ligne de mire

Submarine-cables.jpg

UE/Sécurité: Infrastructures vulnérables

Câbles sous-marins et pipelines dans la ligne de mire

Auteur : R.T. 

Source: https://zurzeit.at/index.php/eu-sicherheit-verwundbare-in...

Des pannes fréquentes, des traces de frottement dus aux ancres de navires et des incidents inexpliqués sur les câbles de données et les lignes énergétiques sous-marines en mer du Nord et en mer Baltique révèlent la vulnérabilité du continent européen. Bruxelles réagit désormais avec des plans d’action, des cartes de risques et sa propre « boîte à outils pour la sécurité des câbles ». Mais la question décisive demeure: ces mesures sont-elles suffisantes pour protéger réellement le système nerveux maritime de l’Europe en cas de crise ?

Le talon d’Achille maritime: 99% du trafic de données sous l’eau

Plus de 99% du trafic international de données passe par des câbles sous-marins. Les transactions financières, l’infrastructure du cloud, les communications gouvernementales et une grande partie de la vie économique moderne dépendent de fibres optiques posées sur le fond marin.

Cette infrastructure est vulnérable. Plus de 200 incidents sur des câbles sont recensés chaque année dans le monde. La plupart ne sont pas dus à un sabotage, mais à des ancres, à la pêche, à des événements naturels ou des causes techniques. Cependant, ces dernières années ont montré que cette vulnérabilité pouvait aussi être exploitée délibérément.

imaclionges.jpg

Des dommages au câble de données C-Lion1 entre la Finlande et l’Allemagne, ainsi que d’autres incidents sur les connexions électriques et télécoms dans la région baltique, ont alerté les autorités de sécurité. Dans l’affaire du pétrolier Eagle S, les enquêteurs finlandais soupçonnaient des membres d’équipage d’avoir traîné une ancre sur le fond marin, endommageant ainsi la connexion électrique Estlink 2 et plusieurs câbles de télécommunication. Les personnes mises en cause nient toute intention malveillante.

C’est précisément là que réside le problème des opérations dites de « zone grise » : un défaut technique, un accident et une attaque ciblée peuvent se ressembler extérieurement. Le temps qu’une intention délibérée et les responsabilités soient clairement établies, le dommage est déjà fait.

Des outils bruxellois face à une menace physique

L’Union européenne a désormais pris conscience du problème. Après un plan d’action en 2025 sont venus des cartographies de risques et des tests de résistance. En février 2026, la Commission a finalement présenté une «boîte à outils pour la sécurité des câbles» et alloué 347 millions d’euros à des projets stratégiques de câbles sous-marins. Sur ce montant, 20 millions sont destinés à améliorer les capacités de réparation.

European-underwater-internet-cable-map.jpg

Carte des câbles sous-marins d'Europe

C’est plus qu’un simple geste symbolique. Mais compte tenu de l’ampleur de l’infrastructure, la question de la sécurité opérationnelle demeure.

Des milliers de kilomètres de câbles et de conduites ne peuvent pas être surveillés sans faille. Les responsabilités sont partagées entre opérateurs privés, autorités nationales, gardes-côtes, forces armées, institutions européennes, et dans la région baltique, l’OTAN s’y ajoute encore. Parallèlement, le droit maritime international complique toute action préventive contre des navires circulant légalement dans les eaux internationales ou les zones économiques exclusives.

C’est précisément cette « zone grise » qui fait de l’infrastructure maritime une cible attrayante pour des opérations hybrides.

L’illusion d’une connectivité mondiale sans protection propre

La vulnérabilité de l’infrastructure sous-marine révèle un point faible de l’architecture de sécurité européenne. L’Europe a massivement développé son réseau numérique et énergétique sans renforcer au même rythme la protection physique de ces artères vitales.

Des redondances peuvent compenser des pannes isolées. Mais restent particulièrement vulnérables les régions et États dépendant de quelques câbles seulement. De plus, des attaques coordonnées sur plusieurs connexions peuvent avoir des conséquences bien plus graves que la coupure d’une seule ligne.

La leçon essentielle est donc: la numérisation n’existe pas dans le vide.

Le cloud repose à la fin sur des centres de données. Les flux de données internationaux passent par des fibres optiques. Les marchés de l’électricité dépendent de câbles physiques. Et chacune de ces connexions peut être endommagée.

La sécurité nécessite plus que des capacités de réparation

Les incidents dans les eaux européennes sont un signal d’alarme. Les infrastructures critiques ne peuvent être protégées ni par la seule régulation ni uniquement par une présence militaire.

Il faut des connexions redondantes, un meilleur renseignement maritime, des capteurs et une surveillance sous-marine, un nombre suffisant de navires de réparation ainsi que des procédures claires pour gérer les activités suspectes à proximité des infrastructures stratégiques.

Les opérateurs privés ne peuvent pas non plus être déchargés de leur responsabilité. Mais la protection d’infrastructures dont la panne peut affecter la sécurité de pays entiers reste in fine une mission régalienne.

L’Europe a désormais pris la mesure du danger. Il faut maintenant transformer cartes de risques, boîtes à outils et programmes de soutien en résilience opérationnelle.

Car qui ne peut pas protéger ses artères de données, d’électricité et d’approvisionnement reste vulnérable en cas de crise géopolitique.

lundi, 17 août 2026

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

ipalmages.jpg

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

par Michele Blanco

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33490-mich...

La thèse avancée par Jeffrey Sachs et Sybil Fares est claire: la guerre en Ukraine n’est pas seulement un affrontement entre Moscou et Kiev, mais le produit d’une stratégie américaine planifiée depuis plus de trente ans. Une stratégie qui a transformé le territoire ukrainien en principal champ de bataille et de test pour la nouvelle guerre technologique contemporaine, alors que Kiev continue d’en payer le prix humain, économique et territorial, prix qui est extrêmement élevé.

Aujourd’hui, la puissance du complexe militaro-industriel ne se limite plus aux seuls généraux et fabricants d’armes. Elle réunit des sociétés informatiques, des fonds d’investissement, des entreprises énergétiques, des services de renseignement et des géants du numérique. Ce système n’influence pas seulement la politique étrangère des États-Unis, il tend à l’hégémoniser, en déterminant totalement ses objectifs et ses instruments.

L’idée ne naît pas avec le conflit actuel. Dans son célèbre essai Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski désignait l’Ukraine comme l’un des principaux pivots géographiques de l’Eurasie. Sans Kiev, affirmait-il, la Russie aurait d’immenses difficultés à conserver son rang de grande puissance.

imaelotanges.jpg

Dans cette perspective, l’élargissement de l’OTAN n’a pas été seulement un processus d’intégration politique des pays d’Europe de l’Est à l’alliance occidentale, mais l’avancée progressive de l’infrastructure stratégique jusqu’aux frontières russes.

Bill Clinton a entamé avec force l’expansion; George W. Bush a ouvert la voie à l’adhésion future de l’Ukraine et de la Géorgie; Barack Obama a soutenu les nouveaux équilibres politiques nés à Kiev en 2014 après la destitution du gouvernement pro-russe; Donald Trump a fourni les premières armes antichars; Joe Biden a rejeté les demandes russes pour une nouvelle architecture de sécurité européenne. Différents présidents, avec des langages et des styles variés, ont assuré une continuité stratégique bien perceptible: empêcher Moscou de reconstituer une zone d’influence autonome dans l’espace post-soviétique.

skynews-drone-ukraine-sean-bell_6143504.png

La véritable transformation concerne cependant le plan militaire. L’Ukraine est devenue un immense laboratoire de guerre où sont expérimentés drones, systèmes de reconnaissance automatique, guerre électronique, liaisons satellitaires et logiciels capables d’identifier des cibles en traitant d’énormes quantités de données.

Dans cet écosystème, Palantir joue un rôle central, entreprise née aussi grâce au soutien financier du renseignement américain et aujourd’hui engagée dans l’analyse du champ de bataille ukrainien. Les données recueillies lors de millions de missions alimentent des algorithmes conçus pour accélérer la sélection des cibles et automatiser la gestion des opérations.

Militairement, l’avantage pour les États-Unis est évident: observer la réaction des armes russes, tester des contre-mesures, perfectionner leurs propres systèmes et entraîner les algorithmes sans engager directement leurs troupes sur le terrain, éliminant ainsi le risque de pertes humaines. Toutefois, plus Washington participe au choix des cibles, à la planification des itinéraires et à la transmission des informations, plus la frontière entre simple soutien militaire et participation directe au conflit devient mince.

Sur le plan économique, l’affrontement a déclenché une nouvelle et immense expansion des dépenses militaires occidentales. Les arsenaux européens doivent être reconstitués, les infrastructures numériques modernisées, les usines de munitions agrandies. Les entreprises d’armement, de satellites, de logiciels et de drones font face à un marché extrêmement lucratif et destiné à durer.

L’Europe finance sur fonds publics une grande partie de cette transformation, mais reste dépendante des technologies, des systèmes d’information et des plateformes américaines. Le résultat géoéconomique est paradoxal : alors qu’elle affirme vouloir atteindre une autonomie politique et stratégique, l’Union européenne augmente sa dépendance industrielle et militaire à l’égard de Washington.

L’Ukraine elle-même est progressivement intégrée dans ce système. Ses ressources minières, ses infrastructures énergétiques, ses compétences informatiques et l’expérience acquise sur le terrain deviennent les éléments d’une nouvelle économie de guerre. Kiev reçoit des armes et des financements, mais accumule des dettes, perd de la population et voit, de façon inexorable, ses marges de souveraineté politique se réduire.

imausirges.jpg

Le lien avec l’Iran, en outre, n’est pas secondaire. Brzezinski considérait également Téhéran comme un nœud fondamental: contrôler la zone iranienne, c’est influencer le Golfe Persique, la mer Caspienne, les routes énergétiques et les liaisons entre l’Asie centrale, la Russie, la Chine et le Moyen-Orient. Les technologies expérimentées contre la Russie peuvent être transférées vers les pays du Golfe pour contrer la "menace iranienne". L’Ukraine devient ainsi le banc d’essai, tandis que le Moyen-Orient représente le grand marché de débouché et le second front de la compétition géopolitique.

D’un côté, Washington cherche à empêcher la formation d’un bloc continental entre la Russie, la Chine et l’Iran; de l’autre, il entend garder le contrôle sur les routes énergétiques, les technologies stratégiques et les systèmes financiers internationaux.

La contradiction finale concerne l’Ukraine elle-même. Présentée comme bénéficiaire de la protection occidentale, elle se retrouve avec des territoires perdus, des infrastructures détruites, des millions de réfugiés et une vie politique fortement limitée et subordonnée aux exigences de la guerre.

La paix supposerait un compromis basé sur la neutralité de l’Ukraine et de nouvelles garanties pour la sécurité européenne. Un tel accord réduirait toutefois l’utilité stratégique du pays comme avant-poste anti-russe et interromprait un cycle économique extrêmement profitable pour les États-Unis et les grandes multinationales.

hqukrpal720.jpg

La guerre se poursuit donc non seulement en raison de l’incapacité de Moscou et de Kiev à trouver un accord, mais aussi parce qu’autour du conflit s’est consolidé un système d’intérêts pour lequel la paix apparaît moins avantageuse que la poursuite de l’affrontement. La crainte exprimée par Dwight Eisenhower en 1961—que l’appareil militaire et technologique puisse prendre le pas sur la politique—trouve aujourd’hui dans le drame ukrainien sa confirmation la plus évidente.

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

ipalmages.jpg

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

par Michele Blanco

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33490-mich...

La thèse avancée par Jeffrey Sachs et Sybil Fares est claire: la guerre en Ukraine n’est pas seulement un affrontement entre Moscou et Kiev, mais le produit d’une stratégie américaine planifiée depuis plus de trente ans. Une stratégie qui a transformé le territoire ukrainien en principal champ de bataille et de test pour la nouvelle guerre technologique contemporaine, alors que Kiev continue d’en payer le prix humain, économique et territorial, prix qui est extrêmement élevé.

Aujourd’hui, la puissance du complexe militaro-industriel ne se limite plus aux seuls généraux et fabricants d’armes. Elle réunit des sociétés informatiques, des fonds d’investissement, des entreprises énergétiques, des services de renseignement et des géants du numérique. Ce système n’influence pas seulement la politique étrangère des États-Unis, il tend à l’hégémoniser, en déterminant totalement ses objectifs et ses instruments.

L’idée ne naît pas avec le conflit actuel. Dans son célèbre essai Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski désignait l’Ukraine comme l’un des principaux pivots géographiques de l’Eurasie. Sans Kiev, affirmait-il, la Russie aurait d’immenses difficultés à conserver son rang de grande puissance.

imaelotanges.jpg

Dans cette perspective, l’élargissement de l’OTAN n’a pas été seulement un processus d’intégration politique des pays d’Europe de l’Est à l’alliance occidentale, mais l’avancée progressive de l’infrastructure stratégique jusqu’aux frontières russes.

Bill Clinton a entamé avec force l’expansion; George W. Bush a ouvert la voie à l’adhésion future de l’Ukraine et de la Géorgie; Barack Obama a soutenu les nouveaux équilibres politiques nés à Kiev en 2014 après la destitution du gouvernement pro-russe; Donald Trump a fourni les premières armes antichars; Joe Biden a rejeté les demandes russes pour une nouvelle architecture de sécurité européenne. Différents présidents, avec des langages et des styles variés, ont assuré une continuité stratégique bien perceptible: empêcher Moscou de reconstituer une zone d’influence autonome dans l’espace post-soviétique.

skynews-drone-ukraine-sean-bell_6143504.png

La véritable transformation concerne cependant le plan militaire. L’Ukraine est devenue un immense laboratoire de guerre où sont expérimentés drones, systèmes de reconnaissance automatique, guerre électronique, liaisons satellitaires et logiciels capables d’identifier des cibles en traitant d’énormes quantités de données.

Dans cet écosystème, Palantir joue un rôle central, entreprise née aussi grâce au soutien financier du renseignement américain et aujourd’hui engagée dans l’analyse du champ de bataille ukrainien. Les données recueillies lors de millions de missions alimentent des algorithmes conçus pour accélérer la sélection des cibles et automatiser la gestion des opérations.

Militairement, l’avantage pour les États-Unis est évident: observer la réaction des armes russes, tester des contre-mesures, perfectionner leurs propres systèmes et entraîner les algorithmes sans engager directement leurs troupes sur le terrain, éliminant ainsi le risque de pertes humaines. Toutefois, plus Washington participe au choix des cibles, à la planification des itinéraires et à la transmission des informations, plus la frontière entre simple soutien militaire et participation directe au conflit devient mince.

Sur le plan économique, l’affrontement a déclenché une nouvelle et immense expansion des dépenses militaires occidentales. Les arsenaux européens doivent être reconstitués, les infrastructures numériques modernisées, les usines de munitions agrandies. Les entreprises d’armement, de satellites, de logiciels et de drones font face à un marché extrêmement lucratif et destiné à durer.

L’Europe finance sur fonds publics une grande partie de cette transformation, mais reste dépendante des technologies, des systèmes d’information et des plateformes américaines. Le résultat géoéconomique est paradoxal : alors qu’elle affirme vouloir atteindre une autonomie politique et stratégique, l’Union européenne augmente sa dépendance industrielle et militaire à l’égard de Washington.

L’Ukraine elle-même est progressivement intégrée dans ce système. Ses ressources minières, ses infrastructures énergétiques, ses compétences informatiques et l’expérience acquise sur le terrain deviennent les éléments d’une nouvelle économie de guerre. Kiev reçoit des armes et des financements, mais accumule des dettes, perd de la population et voit, de façon inexorable, ses marges de souveraineté politique se réduire.

imausirges.jpg

Le lien avec l’Iran, en outre, n’est pas secondaire. Brzezinski considérait également Téhéran comme un nœud fondamental: contrôler la zone iranienne, c’est influencer le Golfe Persique, la mer Caspienne, les routes énergétiques et les liaisons entre l’Asie centrale, la Russie, la Chine et le Moyen-Orient. Les technologies expérimentées contre la Russie peuvent être transférées vers les pays du Golfe pour contrer la "menace iranienne". L’Ukraine devient ainsi le banc d’essai, tandis que le Moyen-Orient représente le grand marché de débouché et le second front de la compétition géopolitique.

D’un côté, Washington cherche à empêcher la formation d’un bloc continental entre la Russie, la Chine et l’Iran; de l’autre, il entend garder le contrôle sur les routes énergétiques, les technologies stratégiques et les systèmes financiers internationaux.

La contradiction finale concerne l’Ukraine elle-même. Présentée comme bénéficiaire de la protection occidentale, elle se retrouve avec des territoires perdus, des infrastructures détruites, des millions de réfugiés et une vie politique fortement limitée et subordonnée aux exigences de la guerre.

La paix supposerait un compromis basé sur la neutralité de l’Ukraine et de nouvelles garanties pour la sécurité européenne. Un tel accord réduirait toutefois l’utilité stratégique du pays comme avant-poste anti-russe et interromprait un cycle économique extrêmement profitable pour les États-Unis et les grandes multinationales.

hqukrpal720.jpg

La guerre se poursuit donc non seulement en raison de l’incapacité de Moscou et de Kiev à trouver un accord, mais aussi parce qu’autour du conflit s’est consolidé un système d’intérêts pour lequel la paix apparaît moins avantageuse que la poursuite de l’affrontement. La crainte exprimée par Dwight Eisenhower en 1961—que l’appareil militaire et technologique puisse prendre le pas sur la politique—trouve aujourd’hui dans le drame ukrainien sa confirmation la plus évidente.

L’Arctique, enjeu entre la militarisation occidentale et le développement sino-russe

7f0c3b5beae7bf287422c727e8cf467f.jpg

L’Arctique, enjeu entre la militarisation occidentale et le développement sino-russe

par Giulio Chinappi

Source: https://www.cese-m.eu/2026/08/lartico-conteso-tra-la-mili...

Routes, ressources, dissuasion nucléaire et droits des peuples autochtones font du Grand Nord un carrefour décisif de l’ordre mondial. Tandis que l’Occident en accentue la militarisation et l’exploitation corporative, la Russie et la Chine construisent un corridor eurasiatique fondé sur la souveraineté, les infrastructures et la coopération.

Le recul progressif des glaces est en train de transformer l’Arctique, de périphérie extrême du système international, en l’un des principaux espaces de la compétition géopolitique contemporaine. La région concentre en effet quatre dimensions stratégiques difficilement séparables: l’ouverture de nouvelles routes maritimes, l’accès à d’immenses ressources énergétiques et minières, la centralité en matière de dissuasion nucléaire et la possibilité d’influencer la future gouvernance des communications entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.

L’enjeu ne concerne donc pas seulement le contrôle de territoires reculés ou de gisements jusqu’à récemment inaccessibles. L’Arctique représente l’un des lieux où se mesure concrètement la crise de l’ordre maritime construit par les États-Unis et leurs alliés après la Seconde Guerre mondiale. La Route maritime du Nord, développée le long des côtes russes, peut relier l’Asie orientale à l’Europe par un itinéraire bien plus court que les routes passant par les détroits de Malacca et de Suez. Elle réduit également la dépendance à l’égard de passages obligés sur lesquels les puissances anglo-saxonnes conservent une capacité de surveillance, de pression et un potentiel d’interdiction navale. Pour ces raisons, la Route de la soie polaire et la convergence stratégique entre la Russie et la Chine peuvent reconfigurer la logistique et les flux énergétiques au profit des puissances eurasiennes, limitant la suprématie occidentale traditionnelle sur les grandes lignes de communication maritimes.

4d4462833e526ef8f059e0429e482888.jpg

Pour la Chine, la route arctique constitue avant tout une réponse structurelle au fameux « dilemme de Malacca ». Une part déterminante des importations énergétiques et du commerce chinois continue de transiter par des détroits qui, en cas de grave crise internationale, pourraient être contrôlés ou bloqués par les forces navales américaines et alliées. Un corridor septentrional, protégé par les capacités russes, offre à Pékin une diversification qui n’est pas seulement commerciale, mais aussi stratégique.

Pour la Russie, la Route maritime du Nord est à la fois une voie navigable nationale, un projet de développement des régions du nord et un outil de projection internationale. Moscou dispose de la géographie, des infrastructures côtières, des ressources et surtout de la plus grande flotte de brise-glaces au monde, y compris des unités à propulsion nucléaire nécessaires pour garantir la navigation dans des conditions extrêmes. Des terminaux comme Sabetta, les installations de gaz naturel liquéfié de la péninsule de Yamal, les ports de Mourmansk et Arkhangelsk ainsi que les réseaux de recherche et de secours transforment progressivement le littoral nord russe en un système logistique intégré.

courtesy-yamal-18444.jpg

Notre analyse est confirmée par les chiffres. Selon Rosatom, en 2024, le volume total des marchandises transportées le long de la Route maritime du Nord a atteint le record de près de 37,9 millions de tonnes. En 2025, les cargaisons à destination de l’est sont montées à 8,3 millions de tonnes, soit une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente. Il s’agit encore de volumes limités par rapport aux grands corridors maritimes du sud, mais suffisants pour démontrer que l’Arctique n’est plus une simple hypothèse cartographique.

Ces éléments rendent également évidente la complémentarité sino-russe. La Russie offre l’accès territorial, l’expérience opérationnelle, les ressources énergétiques et les brise-glaces ; la Chine met à disposition des capitaux, des chantiers navals, des capacités technologiques, la demande commerciale et une immense base industrielle. Le résultat est la formation d’un corridor eurasiatique dans lequel la souveraineté russe sur la route se combine avec l’intérêt chinois pour des liaisons plus sûres et diversifiées.

Ce n’est pas un hasard si le Livre blanc chinois sur l’Arctique de 2018 place explicitement la Route de la soie polaire dans le cadre de la Belt and Road Initiative. Le document affirme que la participation chinoise doit être fondée sur le respect, la coopération, l’avantage mutuel et la durabilité, en reconnaissant la souveraineté et la juridiction des États arctiques, le droit international de la mer et les intérêts des populations locales. Pékin entend contribuer à la construction d’infrastructures, à la sécurité de la navigation, à la recherche scientifique et à l’utilisation rationnelle des ressources, en subordonnant formellement les activités économiques à la protection de l’environnement et au respect des cultures indigènes.

Map-of-the-Russian-Arctic-territory-Arctic-Zone-of-the-Russian-Federation-1-Murmansk.png

Cette approche montre clairement que la Russie et la Chine tendent à considérer le développement de la région arctique comme faisant partie d’un projet d’intégration territoriale et économique à long terme, dans lequel infrastructures, établissements humains, production énergétique et routes commerciales doivent être coordonnées. À l’inverse, les États-Unis et leurs alliés l’interprètent de plus en plus ouvertement comme un espace à intégrer dans le dispositif militaire de l’OTAN et à ouvrir aux intérêts des grandes entreprises énergétiques, minières et technologiques occidentales.

La stratégie arctique du Département de la Défense américain de 2024 est révélatrice de cette approche. Le document décrit l’Arctique comme essentiel à la défense du territoire des États-Unis, accorde une place centrale à la compétition avec la Russie et la Chine, et prévoit le renforcement des capacités de renseignement, de surveillance, de communication, de mobilité militaire et d’entraînement dans les régions du nord. Le Pentagone a explicitement indiqué l’augmentation de la présence et des opérations militaires comme l’un des moyens de protéger les intérêts américains.

Picture-1-13.jpeg

Cette orientation s’est encore renforcée avec l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’OTAN. Sept des huit États membres du Conseil de l’Arctique appartiennent désormais à l’Alliance atlantique. En 2026, l’OTAN a mis en place de nouvelles forces terrestres multinationales en Finlande et en Suède, organisé l’exercice Cold Response 26 et lancé la Task Force X-Arctic, destinée à accroître la connaissance opérationnelle et la présence de l’Alliance dans le Grand Nord. Ainsi, l’Arctique est progressivement intégré au front militaire qui, de l’Europe orientale, s’étend jusqu’à la mer de Barents et à l’Atlantique Nord.

Le Groenland constitue le point le plus évident de cette conception. La base américaine de Pituffik, anciennement appelée Thulé, joue un rôle fondamental dans les systèmes d’alerte antimissile, de surveillance spatiale et de défense aérospatiale des États-Unis et du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. Comme on le sait, et comme l’ont réaffirmé à de nombreuses reprises Donald Trump et d’autres membres de son administration, Washington considère ouvertement l’île comme étant «d’une grande valeur stratégique» pour les États-Unis et l’OTAN.

L’héritage de la présence militaire américaine démontre cependant l’écart existant entre la rhétorique occidentale sur la protection de l’environnement et la réalité de ses politiques arctiques. À Camp Century, base construite sous la calotte glaciaire du Groenland et abandonnée en 1967, on a laissé des déchets physiques, des eaux contaminées, du carburant, des polychlorobiphényles et des matériaux radioactifs. Des études scientifiques ont estimé la présence d’environ 200.000 litres de diesel et 24 millions de litres d’eaux usées. La fonte des glaces risque à long terme de remettre ces substances en circulation.

Boeing_B-52G_in_flight_061026-F-1234S-021.jpg

En janvier 1968, de plus, un bombardier américain B-52 engagé dans une mission d’alerte nucléaire s’écrasa près de la base de Thulé alors qu’il transportait des armes thermonucléaires, provoquant la dispersion de matières radioactives. Ces épisodes montrent comment la militarisation occidentale a laissé dans le Grand Nord un héritage environnemental et politique qui continue de peser sur la population groenlandaise.

Pour ce qui est d’un épisode plus récent, en 2023, l’administration américaine de Joe Biden a approuvé le projet pétrolier Willow dans la National Petroleum Reserve-Alaska. Cette décision a confirmé la primauté du développement pétrolier dans une zone essentielle à la faune et aux activités de subsistance des communautés autochtones. En janvier 2025, la nouvelle administration américaine menée par Donald Trump a ordonné d’accélérer l’exploitation des ressources énergétiques, minières et forestières de l’Alaska, présentant la mesure comme une question de sécurité nationale.

La Russie, pour sa part, adopte une approche différente, fondée sur la reconnaissance de l’Arctique comme partie intégrante de son territoire national et sur la nécessité de maintenir la population, les activités économiques et les services publics dans les régions du nord. Sa stratégie jusqu’en 2035 fixe parmi ses objectifs officiels l’amélioration de la qualité de vie, la protection de l’environnement, le soutien aux communautés autochtones, le développement économique et la défense de la souveraineté nationale.

Le budget fédéral pour la période 2025-2027 a prévu environ 405 millions de roubles par an pour le soutien direct aux petits peuples autochtones de l’Arctique russe. Des programmes sont également en cours pour intégrer les activités traditionnelles dans l’économie régionale, soutenir l’élevage de rennes, la pêche, l’artisanat, les langues minoritaires et l’accès aux outils technologiques et logistiques. Une nouvelle conception du développement durable des peuples autochtones du Nord, de la Sibérie et de l’Extrême-Orient a été mise en place pour la période allant jusqu’en 2036.

La différence entre les deux approches apparaît enfin sur le terrain de la gouvernance. Après 2022, la suspension des réunions diplomatiques du Conseil de l’Arctique a montré l’impossibilité d’administrer la région sans la Russie, qui possède environ la moitié du littoral arctique. Depuis 2024, les huit États ont progressivement repris les réunions virtuelles des groupes de travail et, en mai 2025, toutes les délégations ont participé au passage de la présidence de la Norvège au Royaume du Danemark. En 2026, toutefois, les réunions diplomatiques officielles restent suspendues, tandis que la coopération scientifique et technique se poursuit.

L’avenir du Grand Nord dépendra donc du choix entre deux trajectoires. La première est celle d’un Arctique militarisé, divisé en blocs et soumis à la combinaison de la présence de l’OTAN, des intérêts des multinationales de l’énergie et à l’utilisation sélective de l’écologie. La seconde est celle d’un corridor eurasiatique construit grâce à des investissements infrastructurels, à la coopération entre États souverains et à la participation des économies asiatiques au développement de la Route maritime du Nord.

La coopération sino-russe n’élimine pas automatiquement les risques écologiques ni ne garantit à elle seule les droits des peuples autochtones. Elle offre toutefois une perspective alternative à la prétention occidentale de contrôler tant les routes traditionnelles qu’émergentes. La bataille pour l’Arctique concerne, en dernière analyse, la question de savoir qui pourra établir les règles du commerce, de l’accès aux ressources, de la sécurité et du développement dans le nouvel ordre multipolaire. Pour cette raison, le Grand Nord ne représente plus la marge glacée de la politique mondiale: il en est devenu un des centres décisifs.

dimanche, 16 août 2026

Quand l’espace devient un champ de bataille

imawspges.jpg

Quand l’espace devient un champ de bataille

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena  

La guerre en Ukraine ne se décide plus seulement sur le front. Celui qui contrôle l’espace informationnel contrôle le champ de bataille. C’est précisément pour cette raison que la constellation de satellites russe «Rasswet» provoque actuellement de fortes inquiétudes à Kiev.

Selon Politico, le système russe se développe beaucoup plus rapidement que prévu initialement. Des experts ukrainiens mettent en garde: Moscou pourrait ainsi acquérir un avantage technologique qui dépasserait largement le cadre de l’Ukraine. La véritable importance de ce développement réside cependant ailleurs.

La guerre en Ukraine a toujours été, dès le départ, une guerre d’asymétrie technologique. Starlink est devenu l’un des instruments militaires les plus importants pour Kiev. La communication par satellite a permis d’assurer des liaisons stables, même lorsque les infrastructures classiques étaient détruites ou perturbées. Renseignement, communication, pilotage de drones et commandement des opérations se sont progressivement fondus en un système numérique global.

Cela a créé une constellation remarquable. Une entreprise privée américaine est devenue l’un des acteurs majeurs sur un théâtre de guerre européen.

L’accès à un réseau de communication s’est soudainement transformé en une ressource stratégique. Dans le même temps, le contrôle de cette ressource n’était ni à Kiev, ni à Bruxelles, mais en dernier ressort entre les mains d’un groupe américain. L’incident lié au blocage de certains terminaux Starlink a montré combien la guerre moderne dépend désormais des plateformes numériques. Celui qui contrôle l’infrastructure contrôle aussi sa disponibilité.

C’est ici que «Rasswet» entre en jeu. La Russie ne dispose pas encore d’une flotte de satellites comparable à Starlink. Pour des usages militaires, ce n’est d’ailleurs pas nécessaire dans l’immédiat.

Ce qui compte n’est pas le nombre absolu de satellites. Ce qui compte, c’est la capacité d’assurer, à un moment donné, une connexion stable sur une zone déterminée. Une couverture limitée pourrait déjà suffire pour piloter des drones en temps réel, transmettre des données de renseignement sans délais importants et connecter plus efficacement les unités militaires entre elles.

Cela changerait les rapports de force.

Jusqu’à présent, une partie du problème pouvait être résolue de façon administrative. Les accès indésirables ou non autorisés pouvaient être bloqués. Un réseau satellitaire national obéit à d’autres règles. Le conflit se déplace alors du contrôle des accès vers une confrontation technique beaucoup plus complexe.

La guerre électronique, les opérations de brouillage, les attaques contre les stations au sol, les cyber-opérations ou même la capacité à détruire des satellites deviendraient soudain beaucoup plus importantes et beaucoup plus coûteuses. Le véritable tournant ne réside donc pas uniquement dans la nouvelle technologie. Il réside dans le fait que la voie à sens unique prend fin.

La guerre en Ukraine apporte donc un enseignement qui dépasse largement l’Europe de l’Est. La puissance militaire du XXIᵉ siècle ne se définit plus exclusivement par les chars, l’artillerie ou les avions de combat. Elle naît à l’intersection de l’espace, de l’intelligence artificielle, des technologies de communication et des systèmes d’armes autonomes.

Qui possède ses propres satellites gagne une indépendance stratégique.

Qui dépend de systèmes étrangers, reste dépendant des décisions étrangères. La prochaine concurrence globale entre grandes puissances ne se jouera donc pas seulement sur terre, en mer ou dans les airs. Elle se décidera en orbite.

#geopolitique@global_affairs_byelena

20:03 Publié dans Actualité, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, défense, satellites, starlink, rasswet, espace | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

ChatGPT-Image-Aug-3--2026--04_19_55-PM.png

Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

Source: https://report24.news/usa-verkaufen-euro-um-den-yen-zu-re...

Washington, en collaboration avec Tokyo, a soutenu le yen en chute libre – et pour cela, a précisément vendu des euros. Selon le Financial Times, la BCE n’a été informée qu’après la transaction, alors que le Japon, plus grand détenteur étranger de bons du Trésor américain, a de moins en moins de raisons de placer son capital aux États-Unis ou en Europe. Ce revirement japonais tombe particulièrement mal pour l’Allemagne : Berlin inonde le marché des capitaux de nouvelles dettes, alors que l’un des principaux créanciers de l’Occident pourrait rapatrier ses fonds.

Le vendredi 31 juillet, le Japon et les États-Unis sont intervenus conjointement sur le marché des changes pour éviter une nouvelle chute du yen. La devise japonaise était tombée à près de 164 yens pour un dollar – un niveau inédit depuis environ quarante ans. Tokyo aurait mobilisé près de 36,6 milliards de dollars ce jour-là ; la veille, presque 59 milliards de dollars avaient déjà été injectés sur le marché, selon les calculs de Reuters. Le yen s’est alors temporairement redressé jusqu’à 155,20 pour un dollar. Il cote désormais autour de 159. Le message des marchés est clair : même des interventions de plusieurs dizaines de milliards n’offrent à Tokyo guère plus qu’un court répit.

Mais le plus intéressant a été la façon dont Washington a financé ses achats de yen : les Américains ont vendu des euros. Pas de vente de dollars, ce qui aurait affaibli leur propre monnaie et ravivé les inquiétudes inflationnistes. Pas de pression supplémentaire sur le marché obligataire américain, déjà fragilisé. À la place, le Trésor américain a puisé dans ses réserves d’euros. HSBC a qualifié cette démarche d’« éventuellement sans précédent » auprès de Reuters. Washington dispose d’environ 26 milliards d’euros immédiatement mobilisables pour ce type d’intervention. Lorsqu’il a fallu limiter ses propres problèmes, c’est donc une devise de réserve étrangère qui a été sacrifiée.

À Francfort, on n’aurait été informé que lorsque tout était déjà joué. Selon le Financial Times, la BCE n’a pas été consultée avant la transaction américaine. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, n’a parlé à Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, que le samedi suivant. Plusieurs banquiers centraux européens ont vu dans cette opération une rupture avec les usages entre grandes banques centrales occidentales. Reuters avait d’abord seulement mentionné des contacts entre la BCE et la Fed ; la chronologie n’a été clarifiée que plus tard. Washington avait besoin d’une devise dont la vente ne lui ferait pas trop de mal. L’euro a manifestement  rempli ce rôle de façon parfaite.

Les milliers de milliards japonais pèsent sur Washington

Pourquoi l’administration Trump s’occupe-t-elle autant du yen ? Le Japon est un allié proche, mais sur les marchés financiers, l’amitié s’arrête là où commencent les milliers de milliards. Selon les dernières données disponibles du Trésor américain, le Japon détenait, fin mai, 1143 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Il reste ainsi le principal créancier étranger de Washington. En février, ce chiffre était encore de 1239 milliards de dollars. En trois mois, les avoirs déclarés ont donc diminué de plus de 96 milliards.

C’est risqué pour Washington. Si Tokyo veut soutenir le yen, il lui faut des dollars ou d’autres devises étrangères à vendre contre des yens. Une grande partie des réserves japonaises est investie en bons du Trésor américain. S’ils sont vendus, leur prix baisse et leurs rendements augmentent. Or, Washington ne peut pas se permettre cela actuellement. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a récemment approché à nouveau les 5,3 %. Pour un État qui doit continuellement refinancer son immense dette, chaque hausse de rendement devient très coûteuse. Reuters a d’ailleurs cité la crainte de ventes supplémentaires de Treasuries japonais comme l’une des principales motivations de l’intervention américaine.

JAPAN-YEN-0_1773307419821_1773307441668.jpg

Bessent a donc déjà prévu la suite. Grâce au dispositif FIMA Repo de la Fed, les banques centrales étrangères peuvent déposer des Treasuries en garantie et obtenir des dollars en échange. Le Japon n’a donc pas besoin de vendre ses Treasuries sur le marché en cas de besoin de liquidités. Le secrétaire au Trésor américain a même évoqué, après l’intervention, une possible extension de cet instrument. En d’autres termes : Washington aménage une sortie de secours à son principal créancier étranger pour éviter qu’il ne vende massivement les Treasuries en cas de crise.

Le calcul est simple. Si le yen continue de baisser, Tokyo doit mobiliser des sommes de plus en plus importantes pour le défendre. Si le Japon vend des Treasuries, les coûts de financement américains augmentent. Si Washington vend lui-même des dollars, il affaiblit sa propre monnaie et risque d’aggraver l’inflation. Donc, on vend de l’euro. Pour les Américains, c’était la solution la plus confortable. Apparemment, les Européens n’ont même pas été consultés.

L’argent japonais n’a plus besoin de l’Occident

Derrière cette spectaculaire intervention se cache un problème bien plus vaste. Pendant des décennies, les investisseurs japonais ont placé leur argent à l’étranger, faute de rendements au pays. Assureurs, banques, fonds de pension et gestionnaires d’actifs achetaient des Treasuries américains, des obligations d’État européennes et d’autres actifs étrangers. En parallèle, le yen est devenu la devise de prédilection pour les carry trades: s’endetter à bas coût au Japon, placer l’argent ailleurs à meilleur rendement, et empocher la différence.

Cette époque s’achève. Les obligations d’État japonaises à 30 ans offrent désormais presque 4% de rendement. Les titres allemands de même maturité, environ 3,6%. Même les obligations japonaises à deux ans rapportent environ 1,64% – un record depuis 31 ans. Mitsubishi UFJ, Daiwa et d’autres gestionnaires japonais lancent déjà de nouveaux fonds pour attirer à nouveau les épargnants nationaux vers les obligations japonaises. Parallèlement, la Banque du Japon entend réduire son portefeuille d’environ 48.000 milliards de yens sur l’exercice en cours, tandis que le gouvernement devrait, selon JPMorgan, émettre environ 15.000 milliards de yens de dette supplémentaire. Tokyo a besoin d’acheteurs – et les cherche de préférence sur le marché domestique.

La question devient donc de plus en plus gênante pour les investisseurs japonais: pourquoi placer son argent à Washington, Francfort ou Paris, alors que le rendement est de retour au pays ? Investir à l’étranger, c’est aussi prendre un risque de change ou payer pour le couvrir. Avec des taux japonais plus élevés, l’ancien attrait des obligations occidentales disparaît vite. Il n’est pas nécessaire que le Japon vende un millier de milliards de Treasuries en un jour. Il suffit que les assureurs, fonds et banques achètent moins de nouvelles obligations américaines ou européennes et rapatrient davantage de capitaux à l’échéance.

Euro-Yen-USA.jpg

La BCE avait déjà mis en garde en 2023, alors que les rendements japonais étaient encore beaucoup plus bas. Une normalisation de la politique monétaire nippone pourrait entraîner un rapatriement de capitaux, soulignait le rapport sur la stabilité financière. Les investisseurs japonais auraient un impact significatif sur les marchés obligataires internationaux, notamment sur certains segments de la zone euro. Trois ans plus tard, ce scénario théorique est devenu une réalité motivée par le rendement.

Les carry trades risquent de provoquer la prochaine vague de ventes

La situation est encore plus explosive à cause du yen carry trade. Pendant des années, les investisseurs pouvaient se financer quasiment gratuitement au Japon et placer cet argent dans des obligations, actions ou autres actifs mieux rémunérés à travers le monde. Tant que le yen restait faible, c’était lucratif. Si la devise s’apprécie fortement, cela devient vite un piège. Les positions doivent être débouclées, les actifs vendus et les yens rachetés. Ce mécanisme a déjà provoqué de fortes turbulences à l’été 2024. UBS estimait le volume du yen carry trade concerné à environ 500 milliards de dollars à l’époque.

Pour l’instant, ce commerce perdure. Le yen s’est de nouveau affaibli après la récente intervention, attirant à nouveau les spéculateurs. Pour Tokyo, c’est un cercle vicieux : plus le carry trade reste attractif, plus la pression sur la devise perdure. Il faudra tôt ou tard intervenir à nouveau pour des milliards, ou relever davantage les taux. Or, des taux japonais plus élevés rendent le rapatriement du capital encore plus attractif. Washington, Francfort et les marchés actions internationaux dépendent ainsi d’une devise qui a longtemps servi de distributeur automatique à bas coût pour le monde entier.

L’Allemagne a soudainement besoin de chaque acheteur

Pour l’Allemagne, ce déplacement intervient au pire moment. Le frein à l’endettement a déjà été assoupli politiquement à tel point que son nom devient ironique. Pour 2026, près de 97,9 milliards d’euros de nouvelles dettes sont prévues dans le budget principal. En y ajoutant les « fonds spéciaux », l’endettement doit dépasser 180 milliards d’euros. S’y ajoute un fonds spécial pour les infrastructures de 500 milliards d’euros. Berlin a donc besoin, pour des années, d’acheteurs pour d’énormes volumes de dette nouvelle.

Or, ces acheteurs retrouvent désormais des alternatives ailleurs. Si les assureurs ou fonds de pension japonais préfèrent placer leurs milliards au pays, les emprunteurs européens devront offrir des rendements plus élevés. Les premiers signes sont déjà visibles. Quand les taux longs japonais ont fortement augmenté en juillet, les marchés obligataires européens ont eux aussi souffert. Les analystes de la Commerzbank ont explicitement évoqué le risque de rapatriement du capital japonais. L’Allemagne paie déjà nettement plus d’intérêts qu’à l’époque des taux zéro. Chaque dixième de point supplémentaire devient, avec la montée des dettes, une somme réelle. Et ce n’est ni le ministre des Finances ni un fonds spécial qui paiera – ce sera le contribuable.

La France et l’Italie souffrent encore plus de telles hausses de taux. Mais l’Allemagne est dans le même bateau que les autres pays de la zone euro. Si les taux des États très endettés montent plus vite que ceux des Bunds allemands, la BCE sera à nouveau pressée d’intervenir. La zone euro connaît ce scénario. Dès que les marchés recommencent à différencier le risque des dettes souveraines, les responsables politiques européens retrouvent soudainement leur attachement aux fameux « instruments de stabilité ».

Japan-yen-inBaug26.png

Le yen faible exerce une pression supplémentaire sur l’industrie allemande

Pour l’industrie exportatrice allemande, le yen n’est pas un détail. Un taux de change extrêmement faible donne aux industriels japonais un avantage compétitif substantiel sur les marchés mondiaux. Nomura a calculé qu’environ un tiers de la forte hausse des profits des grands groupes japonais au premier trimestre 2026 était due à la faiblesse du yen. Toyota, Honda et d’autres exportateurs en profitent directement. Honda a vu son bénéfice trimestriel plus que doubler récemment et a cité elle-même la faiblesse du yen comme facteur favorable.

Les concurrents se trouvent notamment à Stuttgart, Munich et Wolfsburg. Les constructeurs allemands font déjà face à des prix de l’énergie élevés, la réglementation européenne, une demande intérieure faible et la concurrence chinoise. Dans le même temps, le Japon vend avec un « rabais de change ». Il en va de même pour la mécanique, l’électronique et de nombreux produits industriels spécialisés. Un yen plus fort ôterait donc au moins une partie de ce désavantage aux exportateurs allemands. C’est ici que le calcul s’inverse: un yen plus fort serait le bienvenu pour les industriels allemands. Mais ce même yen fort peut faire éclater les carry trades, rapatrier le capital japonais et ainsi augmenter les coûts de financement de l’Allemagne. Le Japon agit donc sur deux leviers très différents de l’économie allemande.

Le grand effondrement du dollar n’a pas lieu – pour l’instant

La disparition annoncée du dollar n’apparaît, pour l’instant, guère dans les chiffres sur les réserves. À long terme, la devise américaine a certes perdu du terrain, mais au premier trimestre 2026, sa part dans les réserves mondiales a même augmenté, selon le FMI, de 56,42 % à 57,13 %. L’euro est passé sur la même période de 20,38 % à 20,03 %. Ceux qui voient déjà le dollar à l’agonie doivent donc interpréter les chiffres de manière très généreuse. Le vrai problème de Washington est ailleurs: les Treasuries américains doivent trouver chaque année des acheteurs en quantités gigantesques – et c’est justement le Japon, jusqu’ici l’un des principaux acheteurs, qui retrouve des taux attractifs chez lui.

imgoldages.jpg

L’or reste néanmoins recherché. Les banques centrales ont acheté 289 tonnes nettes au deuxième trimestre, et 345 tonnes sur le premier semestre. La Pologne, l’Ouzbékistan et la Chine figurent parmi les plus gros acheteurs. Mais c’est le chiffre semestriel le plus bas depuis 2022. Il n’est donc pour l’instant pas question d’une fuite accélérée de toutes les banques centrales hors du dollar. L’attaque la plus sérieuse contre le modèle financier américain vient actuellement d’un phénomène beaucoup plus banal : le retour des taux d’intérêt au Japon.

Et cela suffit déjà à rendre Washington nerveux. Tokyo détient plus de 1000 milliards de dollars de Treasuries, doit défendre sa monnaie et peut soudain offrir à ses épargnants des rendements inimaginables depuis des décennies. Les Américains réagissent par des soutiens de liquidité, des achats conjoints de yen et la vente de réserves en euros. Quand les États-Unis ont dû choisir ce qu’ils souhaitaient protéger – le dollar, leur marché de la dette ou les sensibilités européennes –, c’est manifestement l’euro qui a été sacrifié en premier.

samedi, 15 août 2026

La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique

55b34fd73727d9b19698835c7d5302ae-1751884939-3065084918.jpg

La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Après plus de quatre ans de guerre, un changement remarquable se profile dans le débat sur la politique étrangère américaine: une paix durable ne peut pas être obtenue simplement à partir d'exigences individuelles, de garanties de sécurité et d'accords bilatéraux. Elle doit lier les intérêts de tous les acteurs décisifs, y compris la Russie.

C’est précisément l’objet d’un nouvel article de Matt Waldman et Samuel Charap dans Foreign Affairs ( https://www.foreignaffairs.com/ukraine/how-broker-peace-ukraine ). Rien que la question de départ est mérite le détour: comment un processus de médiation doit-il être structuré pour que des discussions parallèles puissent finalement aboutir à un accord solide?

Les auteurs critiquent la structure actuelle des négociations. Washington, Kiev, Moscou et les gouvernements européens discutent dans différents formats de documents différents. Il manque un cadre de négociation commun dans lequel les questions décisives seraient abordées simultanément et de façon liée.

Cela paraît d’abord technique. En réalité, cela touche au cœur du conflit.

En effet, un compromis entre Washington et Kiev peut être inacceptable pour Moscou. Des concessions à la Russie peuvent, à leur tour, être bloquées à Londres, Bruxelles ou dans certains États membres de l’UE. Garanties de sécurité, sanctions, territoires, stationnement de troupes, reconstruction et future orientation de la politique étrangère de l’Ukraine ne peuvent donc pas être séparés clairement les uns des autres.

Une deuxième idée est encore plus intéressante. Les négociations doivent s’orienter en fonction des intérêts et non seulement des positions publiquement affichées. Cela remet indirectement en question une méthode qui a marqué la diplomatie occidentale pendant des années: dans un premier temps, on formule une solution au sein de sa propre alliance, ensuite on essaie de convaincre l’autre partie de l’accepter.

Or, un accord essentiellement conçu par une partie et ensuite présenté à l’autre reste dépendant de la pression politique et militaire qui en impose l’acceptation.

C’est là que commence la véritable portée géopolitique de l’article: les États-Unis peuvent offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine. Mais si la mise en œuvre concrète de ces garanties crée, du point de vue russe, une menace stratégique permanente, il n’en résulte pas encore la paix. Washington peut, en même temps, promettre à Moscou un allègement des sanctions. Mais une part importante des sanctions est entre les mains de l’UE et du Royaume-Uni.

Ainsi, la nature même des négociations change. Il ne s’agit plus seulement de savoir où, un jour, passera une ligne de cessez-le-feu. Il s’agit de relier territoire, présence militaire, garanties de sécurité, sanctions, forces armées ukrainiennes et future position stratégique de l’Ukraine.

Quiconque relie ces questions se retrouve inévitablement face à une question plus vaste: quel ordre de sécurité doit prévaloir en Europe de l’Est après cette guerre? C’est là que réside l’enjeu politique: pendant des années, la guerre en Ukraine a été traitée en Occident principalement comme un problème dont la solution politique pouvait être définie entre Kiev et ses soutiens occidentaux. La Russie devait, au final, être amenée à accepter cet ordre.

Une telle construction montre clairement ses limites. Les ordres de sécurité ne fonctionnent pas parce qu’ils sont moralement souhaités ou décidés diplomatiquement. Ils fonctionnent lorsque les grandes puissances concernées ont suffisamment de raisons pour ne pas les remettre en question en permanence.

Le débat revient ainsi à un point que l’on cherchait à éviter depuis des années:

La guerre en Ukraine est depuis longtemps plus qu’une guerre pour le territoire ukrainien. Elle fait partie de la lutte pour l’ordre futur du pouvoir et de la sécurité en Europe de l’Est.

Et c’est précisément pour cette raison que la paix sera nettement plus difficile à obtenir qu’un simple cessez-le-feu. On peut négocier sur les lignes de front. Il faudra cependant s’entendre sur un nouvel ordre de sécurité européen.

#geopolitique@global_affairs_byelena

Quelles pistes pour une renaissance européenne?

5d13da66a73e0614b7cc90ac88c94ae3.jpg

Quelles pistes pour une renaissance européenne?

Après la partie I : Retour aux sources, la nostalgie de l’Europe
et la partie II : La Belgique traditionnelle résiste-t-elle à l’uniformisation wokiste ?,
voici le troisième et dernier volet de cette série consacrée à la Belgique, considérée comme l’un de mes pays d’origine mais aussi, plus politiquement, comme siège des institutions européennes, série intitulée Fragments d’Europe : la Belgique dans l’œil du cyclone.
Chacun des volets composant cet article peut être lu séparément, mais l’ensemble peut apporter une quatrième dimension tout aussi significative.

L’Europe n’est pas l’Occident : elle est son antithèse

En réalité, ce titre : Quelles pistes pour une renaissance européenne ? n’est pas tout à fait conforme à la longue histoire de l’Europe : il ne s’agit pas d’une « renaissance européenne » ; pour qu’il y ait une renaissance, il faut d’abord qu’il y ait eu une naissance ; l’Europe unie, solidaire dans la diversité de ses peuples et se reconnaissant un socle ethnique commun, une histoire commune, des mœurs communes, un destin commun et un avenir — un projet —commun, n’a jamais existé.

e5ff63fbd8a5d4e71f3acd736533d808.jpgTout au long des siècles, voire des millénaires, les peuples européens n’ont cessé de s’étriller, de s’écharper, de se massacrer mutuellement. Cette attitude tient à l’esprit européen fondamentalement rebelle et querelleur, certes, mais aussi plein de contradictions ; le type d’homme européen peut être un anticonformiste avéré et fier de l’être (de nos jours totalement minoritaire), ou un bien-pensant bourgeois conservateur et formaliste, tel celui qui a facilement succombé à la propagande, certes massive, qui s’est abattue sur l’ensemble des peuples européens avec une accélération au début des années 2020 (fausse pandémie et faux vaccins en ont été les principaux vecteurs et supports).

Pour prendre un exemple plus ancien, la France celtique, composée de dizaines de tribus gauloises perpétuellement en guerre les unes contre les autres, n’a jamais réussi à se rassembler contre l’ennemi commun: Rome, et il faut souligner le courage des résistants gaulois qui, sous la conduite de Vercingétorix, ont osé se lever contre un ennemi largement plus fort parce que militairement plus structuré ; les autres Gaulois sont devenus des Gallo-romains, en clair, des collabos de l’envahisseur. Nous retrouverons la même configuration lors de la Deuxième Guerre Mondiale où les résistants qu’on dirait aujourd’hui « de plateau » (télé) se sont soudain révélés, à la fin de la guerre, bien plus nombreux que les vrais, ceux qui ont risqué leur vie dans les combats et l’y ont souvent laissée.

e8244564b6d582cbd79eded228968ddf.jpgUne suite de « coïncidences significatives »

Je veux ici évoquer le concept de « synchronicité » élaboré par Carl Gustav Jung (portrait, ci-contre).

Je soutiens l’idée, dans le premier volet de cette série de trois articles, appelé Retour aux sources, la nostalgie de l’Europe, que l’Europe n’a existé qu’une seule fois, en 1830, lorsque l’ensemble des Européens, excédé par les exactions des pirates barbaresques qui écumaient la Méditerranée et, au-delà, les côtes européennes, à partir de leurs bases situées en Algérie, décida de monter une opération d’envergure contre ces esclavagistes-rançonneurs, opération confiée à la France qui assuma l’ensemble de la réalisation ; la quasi-totalité des pays européens approuva cette intervention(1), si ce n’est quelques réticences ambigües des habituels blancs non-Européens, les Anglais, qui jouaient leur tout aussi habituel double-jeu.

Quelques remarques à propos de cette opération hautement symbolique :
• La Russie, d’où sont issus les premiers Européens, approuva cette opération « spéciale » et se joindra à cette coalition.
• la date, 1830, fut à la fois la date de naissance de l’Algérie, celle de la naissance de la Belgique, celle de la seule opération commune européenne, la seule fois où les peuples européens seront unis contre un ennemi commun et qui reste actuellement, pour les Européens, le plus grand ennemi commun : l’islam fanatique et conquérant, instrumentalisé à notre époque en partie par la coalition occidentale et en partie par ses propres démons(2).
• L’Europe dite « de Bruxelles » deviendra ensuite l’ennemie de la véritable Europe des peuples, mais aussi l’ennemie de la plus grande partie du véritable territoire européen qui inclut l’immense Russie, qui fut également le berceau des plus anciens Européens.

Je n’ai jamais cru au hasard, j’ai toujours été attentif aux signes qu’envoient quotidiennement les dieux pour nous indiquer le chemin. La synchronicité est l’un des canaux par lequel Dieu, ou les dieux, nous adressent des messages.
• Les premiers Européens sont apparus en Russie, il y a 6000 ans, sur ce territoire tellement haï par les faux dirigeants « européens » actuels (et l’on commence à comprendre pourquoi(3)), entre l’embouchure du Danube et le fleuve Oural, au bord de la mer Noire, fondant la culture des Kourganes(4).

97a931689f998a7fc8671e0ccffaf3db.jpg

En remontant bien plus loin dans le temps, les Européens sont les héritiers des Hyperboréens, encore quelques milliers d’années auparavant ; c’est la vision primordialiste : le monde est issu d’une civilisation originelle primordiale dont les vestiges sont situés désormais sous la calotte glaciaire de l’Arctique, qui a essaimé ses connaissances sur toute la planète ; toutes les civilisations en sont issues(5).

L’Occident comme déclin

Je reprends ici le titre d’un livret de Guillaume Faye paru en 1984 aux éditions du Labyrinthe qui commençait ainsi : « La vieille tradition se trompe : l’Occident n’est plus européen, et l’Europe n’est plus l’Occident. Dans sa marche vers l’ouest, le soleil de notre civilisation s’est terni.
Parti d’Hellade, investissant l’Italie, puis l’Europe occidentale, puis l’Angleterre et, enfin, ayant traversé les mers, s’étant installé en Amérique, le centre de ʺl’Occidentʺ s’est lentement défiguré. Aujourd’hui, comme le comprit Raymond Abellio, c’est la Californie qui s’est instaurée comme épicentre et comme essence de l’Occident. Terre pacifiée des bords du Pacifique, elle est le symbole de ce bonheur où meurt notre civilisation ; terre de la fin de l’histoire, et terre hollywoodienne du simulacre, elle marque l’asymptote qui monte jusqu’à la folie, de la société marchande, de la société du spectacle et du cosmopolitisme
. »

Guillaume Faye - Occident comme déclin Oswald Spengler - Déclin Occident

Il y a plus d’un siècle, Oswald Spengler a écrit un livre capital paru en 1916 après dix ans de recherches, où il décrit la fin de notre civilisation: Le déclin de l’Occident, mais c’est à cette époque-là que l’Occident a commencé à produire ses plus néfastes effets. L’Occident est né du rejet par les Américains de leurs racines européennes; Spengler a décrit le génie spécifique des différents peuples européens avec une minutie, une justesse et une érudition qui laissent pantois, mais l’Europe n’est pas l’Occident ; le schéma bien connu de Spengler : naissance-culture-civilisation où la culture apparaît comme l’apogée et la civilisation comme le déclin, semble couler de source mais Spengler a confondu le déclin de l’Occident avec le déclin de l’Europe.

691620552_10245639463747583_2846864567781520163_n.jpg

Le même Guillaume Faye que je citais plus haut, écrivait déjà en 1980 : « La civilisation occidentale n’est pas la civilisation européenne. Elle est le fruit monstrueux de la culture européenne, à laquelle elle a emprunté son dynamisme et son esprit d’entreprise, mais à laquelle elle s’oppose fondamentalement. »

D’accord avec Guillaume Faye, je dirais que le génie européen n’a aucun rapport avec le déclin de l’Occident ; l’Europe n’est pas en déclin, elle n’a même pas commencé à naître et ses valeurs se sont à peine étendues sur le monde(6), à l’instar de la civilisation primordiale dont elle est issue, que son élan a été bloqué par les puissances satano-mondialistes qui l’ont considérée comme leur ennemi de prédilection.

Car l’Occident est une fabrication démoniaque de fin de cycle, constituée d’un triptyque, une hydre à trois têtes :
• L’Israël sioniste,
• l’Amérique,
• et ce machin, comme dirait de Gaulle, qui s’appelle « l’Union européenne » qui n’a absolument rien d’Européen.

L’Occident n’existe pas : c’est une chimère, une création artificielle :
• l’Amérique est une création des Européens biblistes puritains chassés d’Europe qui ont identifié leur histoire à celle des Juifs chassés d’Égypte, en en reprenant tous les codes, les prénoms, les us et les coutumes.
• la fausse Europe, dite « Union européenne », ou « L’Europe de Bruxelles », est une création des Américains à la fin de la deuxième guerre mondiale, dirigée à la fin de la guerre en partie par d’anciens nazis recyclés par la CIA et, actuellement, par des Young leaders formés par la French American Foundation, comme Emmanuel Macron, Jean-Noël Barrot, François Hollande, Laurent Wauquiez, Alain Juppé ou Édouard Philippe (et bien d’autres) en France. Nous retrouvons là les noms de quelques-uns des principaux destructeurs-fossoyeurs de la France.

french-american-foundation-logo-paint-1-3083789809.jpg

• Israël est une création des Britanniques, à la fin de cette même guerre. L’Israël sioniste n’est pas l’Israël des Juifs traditionnels ; le sionisme israëlien n’est même pas majoritairement constitué de Juifs d’origine mais de Khazars, d’Ashkénazes, des slaves convertis au judaïsme au Ve siècle.

Alors, quel avenir pour l’Europe ?

Mon voyage au cœur de la Bête (la Belgique, capitale de « l’Europe ») m’a permis de prendre son pouls ; elle n’était pas encore immonde (la Bête) avant que je découvre que les plus grandes villes belges arboraient les drapeaux de la honte et de la décadence contemporaines (le drapeau ukrainien, le drapeau LGBTQ, le drapeau « européen »). Il n’y a pas de drapeau européen reconnu et accepté par les peuples européens, pour les autres…

 

Les drapeaux de Bruges place du Palais de justice : drapeau de l’Ukraine, de Bruges, drapeau LGBTQ, drapeau de la Flandre, drapeau de la Belgique

Les drapeaux de Bruges place du Palais de justice : drapeau de l’Ukraine, de Bruges, drapeau LGBTQ, drapeau de la Flandre, drapeau de la Belgique

Au vu de ce constat, dans n’importe quel cas de figure de l’une des hypothèses que je vais évoquer ci-après, les Européens ne s’en sortiront pas sans dommage. Mais j’espère que les premières lueurs du nouveau cycle viendront très vite effacer les mauvais souvenirs.

Certains se consoleront en sachant que cette configuration catastrophique — les bouleversements qui apparaissent immanquablement lors d’une fin de cycle, qu’ils soient d’origine naturelle ou provoqués par des humains (ou des pseudo-humains) — affectera l’ensemble de la population terrestre mais les modalités de ce séisme seront différentes selon les peuples concernés, leur mode de vie, la géographie, le degré de manipulation et de soumission exercé contre ces populations par leurs propres dirigeants, etc.

Si je limite mes considérations au seul cas spécifique européen, je vois trois pistes :
• le suicide programmé, une agonie lente et silencieuse,
• la guerre civile raciale, une hypothèse élaborée par Guillaume Faye,
• la guerre civile européenne voulue par les dirigeants européens qui, sous la pression des Otano-sionistes, provoquent en permanence la Russie pour qu’elle entre en guerre, des dirigeants suffisamment stupides pour ne pas comprendre que la Russie pourrait éliminer physiquement la totalité de l’Europe en quelques minutes.

Ces trois cas de figure peuvent évidemment se conjuguer et s’interpénétrer.
1. Suicide programmé : une agonie lente et silencieuse
D’une manière générale, les « Occidentaux », et plus précisément les Européens, ont été conditionnés à accepter un suicide général qui se décline de diverses façons :
• importations en masse de populations allogènes criminelles qui pratiquent quasi-impunément meurtres, assassinats, vols, viols, attentats, lynchages des populations obligées de les accueillir et de subir leurs méfaits(7).
• agressions institutionnelles : avortements, euthanasie, épandages chimiques, guerres, génocides, création de faux vaccins, fabrication de vraies pandémies…

La culture de mort est la plus facile à mettre en œuvre(8). Dans ce cadre, nos dirigeants agissent au grand jour et ne s’en cachent même pas ; ils font voter légalement leurs députés acquis à leur cause qui organisent ainsi la mort douce de nos anciens(9) façon « Soleil vert » ou sournoise façon Rivotril.

soleil-vert-801605-3940038606.jpg

Rivotril-tablete-1395969087.jpg

Ces gens qui ont accepté, dans les années 2020 toutes les contraintes sans broncher: confinements, masques, faux vaccins, pass sanitaire, prescriptions absurdes… étaient près de 80% de la population française; autant dire que ces personnes hantées par leur idée de sauvegarder à tout prix la moindre parcelle de leur confort vont mourir à petit feu devant leur poste de télévision à ingurgiter toutes les balivernes déversées par les médias. Comme disait Schwab : « Vous ne posséderez rien et vous serez heureux ». Le Meilleur des Mondes.

Ces gens-là sont donc déjà condamnés à disparaître, et peut-être plus vite qu’ils ne l’auraient espéré, soit par le biais des gouvernements en place qui appliquent les ordres de l’Ordre mondial dont le principal objectif reste la dépopulation planétaire par tous moyens(10), soit sous le couteau des hordes islamiques (ce qui est un moyen de dépopulation parmi d’autres) si une guerre civile raciale se déclenche, parce qu’ils sont les plus faibles et donc les plus vulnérables et donc les moins dangereux à attaquer, soit, de l’autre côté, par les résistants(11) qui les considèreront comme des traîtres alors que ce ne sont que des crétins lâches, égoïstes et rabougris. Pour Guillaume Faye, il s’agit là de « l’émasculation mentale des Français de souche, comme des autres Européens de l’Ouest, unique dans le monde et à travers les âges. » (La Guerre civile raciale, p.58).

 

Guillaume Faye - Pierre-Emile Blairon

Guillaume Faye (à gauche) avec Pierre-Émile Blairon

2. La guerre civile raciale, l’hypothèse de Guillaume Faye

C’est un autre titre d’ouvrage de Guillaume Faye, son dernier livre qui a été édité à titre posthume ; je l’avais acheté à son éditeur au cimetière, le jour de l’enterrement de Guillaume.

Guillaume Faye avait aussi émis trois hypothèses mais qui ne concernaient que la guerre civile raciale: soumission, défaite ou victoire. « La première, la pire, serait celle de la soumission. Si, face aux envahisseurs et agresseurs étrangers, les Français blancs ne se défendent pas, il n’y aura pas de guerre. Ce sera le pourrissement, l’effondrement sans vrai combat, ni vengeance isolée. La deuxième hypothèse, et elle est terrible, angoissante, impensable, c’est l’éclatement d’une guerre civile raciale avec défaite des autochtones français et autres Européens ethniques, ayant contre eux leur propre État collabo(12). La troisième hypothèse, c’est celle d’une guerre civile victorieuse, avec bien sûr des conséquences historiques incalculables, dont l’effondrement de tous nos paradigmes politiques. » (p.69).

tt35309713-2306278080.jpg

J’aurais aimé que Guillaume soit encore en vie pour voir Citizen Vigilante(13), ce film promu par Elon Musk qu’il a diffusé gratuitement sur l’ensemble de la planète pendant quelques jours ; on peut critiquer la réalisation du film sur le plan technique, selon certains commentateurs (je n’y ai pas trouvé grand-chose à redire), mais ces critiques sont là surtout pour minimiser le choc que provoque le film qui brise tous les tabous au sujet de l’inefficacité de la police, de la corruption de la justice et de la protection des délinquants par la classe politique et les médias aux ordres, tous aspects qui sont clairement exposés dans ce film sans aucune sorte de retenue et qui suggère une réponse radicale aux agressions perpétrées par les délinquants allogènes.

Aujourd’hui même, 5 juillet 2026, à Narbonne, Amandine Chaudier, la mère de Louis, lynché à mort par une bande de racailles, est intervenue lors d’une « marche blanche »(14) : « « Aujourd’hui, la justice des hommes telle qu’elle est écrite ne me convient pas. Je vais me battre pour que justice te soit rendue. » La mère de Louis, 17 ans, lynché à mort à Narbonne, a réclamé « 30 ans de peine ferme, incompressible, définitive » pour les meurtriers de son fils, à l’issue d’une marche blanche organisée sur les lieux de l’agression. » (France Info).

3. La guerre civile européenne
Je ne vais pas revenir sur les circonstances de l’intervention de la Russie pour protéger les habitants russophones et russophiles d’une région de l’Ukraine, le Donbass, massacrés quotidiennement par les forces otano-kieviennes depuis 2014 jusqu’à l’opération spéciale décidée par Vladimir Poutine en 2022 pour les protéger et faire cesser ces exactions. Le nombre des victimes des agresseurs otano-ukrainiens est évalué à 15.000 morts civils.

Nos dirigeants européens, prétextant l’invasion illégale du territoire ukrainien par la Russie tiennent absolument à lui faire la guerre; ils oublient quand même qu’un traité (Minsk) a été signé et qu’il a été bafoué, de l’aveu même du président Hollande qui avait déclaré qu’il cherchait juste du temps pour préparer l’armement de l’Ukraine(15).

En réalité, les Pieds-Nickelés (les dirigeants européens qui étaient trois à l’origine mais qui ne sont plus que deux : Macron et Merz, Starmer ayant été mis hors-jeu) ont eu l’idée de ressusciter une vieille doctrine du XIXe siècle qui professe le prométhéisme (une doctrine politique qui n’a pas grand-chose à voir avec le personnage mythique) dont le projet consiste à créer une nouvelle Europe toujours liée à l’Amérique mais sans … la Russie(16).
Comme ces deux lascars, fermement soutenus par deux folles : von der Leyen et Kallas, sont aussi têtus que stupides, ils finiront peut-être par y arriver.

 

Ursula von der Leyen - Kaja Kallas

Kaja Kallas et Ursula Von der Leyen

Il y aura donc inévitablement une guerre nucléaire mais pas comme on l’imagine. Selon Gérard Chevrier, dès les premières attaques des Pieds-Nickelés contre la Russie, cette dernière répliquera en envoyant des missiles à tête nucléaire mais Chevrier nous rappelle qu’il existe toutes sortes de bombes nucléaires de différentes puissances, lancées à différentes hauteurs qui n’impliquent pas forcément la destruction du monde, ni même d’une ville, à condition de savoir s’en servir(17).

Je ne sais pas choisir entre ces trois éventualités ; je pense qu’il y aura vraisemblablement une conjonction de ces trois calamités à plus ou moins forte intensité qui affectera l’Europe qui n’échappera pas à son destin.

Dans le pire des cas, des archéologues du 80e siècle trouveront quelques traces d’une haute civilisation qui aurait existé quelques milliers d’années plus tôt mais ils seront tout aussi moqués que Schliemann quand il n’avait pas encore découvert Troie, ou raillés comme ceux qui cherchent toujours l’emplacement de l’Atlantide.

Pierre-Émile Blairon

Notes: 

(1) « Afin de marquer leur approbation à l’expédition punitive, les États européens ont détaché des officiers auprès de Bourmont. Le colonel du génie Filosoloff et le lieutenant Doubenski représentent la Russie de Nicolas Ier, le prince Schwarzenberg l’Autriche de François Ier. Le grand-duc de Toscane a dépêché le chevalier Mazzi et Ferdinand VII d’Espagne don Guerrero de Torres, don Villalonga, don Lasanca, don Soria et les comtes de Mirasol et de la Porterie. » (Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, 1830-1848, éditions Tempus, 2004)

(2)  Voir mon article du 17 octobre 2020 : Terrorisme islamique et terreur sanitaire : le monde pris dans l’étau de Big Brother

Pierre-Emile-Blairon-Convergences-malefiques.jpg(3) Ces « chefs d’État » qui dirigent actuellement l’Europe sont des imposteurs à la solde des satano-mondialistes. La fin d’un cycle est caractérisée par deux phénomènes qui semblent antagonistes mais qui se complètent : l’Apocalypse et la Révélation ; ces événements sont presque simultanés, mais la Révélation suit de très près l’Apocalypse - une fausse victoire des forces du Mal - par laquelle le monde doit inévitablement passer d’abord ; ces forces maléfiques seront anéanties pour laisser place à la Révélation. L’Âge de Fer est immédiatement remplacé par l’Âge d’Or. J’emploie un vocabulaire à la fois traditionnel-primordialiste et chrétien ; il n’y a pas incompatibilité ; la Tradition primordiale inclut toutes les spiritualités authentiques du Monde. Voir mon livre Les convergences maléfiques, Amazon, 2026.

(4) Voir mon article du 4 mars 2023 : L’Ukraine, berceau et tombeau des Européens, inclus dans mon livre : Les Stratégies du mensonge, p. 138, paru en 2026 chez Amazon

(5) Voir mon article du 13 septembre 2024, La Prophétie du Grand Monarque, inclus dans mon livre : La Satanisation du Monde, p. 131, Amazon 2024

Pierre-Emile-Blairon-Haute-trahison-couverture.jpg(6) Les ennemis de la véritable Europe n’ont pas de valeurs ; toute grande culture, toute grande civilisation est fondée sur des valeurs spirituelles qui se dégradent, au fil du temps, dans les émanations morbides des matières organiques en décomposition qu’engendrent, in fine, le matérialisme. Voir mon article du 9 février 2025 sur les valeurs européennes qui vont à l’encontre des anti-valeurs républicaines, révolutionnaires, démocratiques dont on nous rebat les oreilles en permanence : L’être « sigma » : manipulation CIA-woke-LGBTQ+ ou résurgence des valeurs chevaleresques? inclus dans mon livre Haute trahison, p.234, Amazon 2026.

(7) On se souvient du meurtre de ce jeune Anglais, Henry Nowak, poignardé par un immigré indien dans la nuit du 3 décembre 2025 : « Le rôle de la police dans l’affaire du meurtre de Henry Nowak, un étudiant blanc de 18 ans poignardé à mort à Southampton (sud) par Vickrum Digwa, un jeune homme sikh de 23 ans, a suscité l’indignation au Royaume-Uni, et des accusations de partialité de la part de l’extrême droite. Les agents ont d’abord cru le meurtrier, qui prétendait, à tort, avoir été victime d’une agression raciste de la part de l’étudiant. Au lieu de porter secours à Henry Nowak, qui leur disait avoir été poignardé et se plaignait de ne plus pouvoir respirer, les policiers lui avaient passé les menottes en lui signifiant son arrestation, peu avant qu’il ne succombe à ses blessures. » (Sud-Ouest du 1er juillet 2026).

Nous avons ici un parfait exemple de ce que Guillaume Faye appelle l’ethnomasochisme.

https://www.facebook.com/watch/?v=2445749542574292

(8)  Voir mon article du 5 mars 2024 : L’avortement gravé dans le marbre de la Constitution : Pulsion de mort ou suicide assisté de la France ?

(9) Dans  toutes les cultures traditionnelles, les anciens sont considérés comme un réservoir précieux de connaissances destiné à éduquer les jeunes générations et à perpétuer la mémoire des peuples dont ils sont issus.

(10) Les « êtres différenciés », comme les appelait Evola: au maximum 20% de la population de souche, mais on sait que ce sont les minorités actives qui créent le monde et qui font l’Histoire.

(11) https://odysee.com/@Rediffusions.com:0/Citizen.Vigilante.2026.VOSTFR.:e

(12) Intervention de la mère de Louis à Narbonne : https://www.facebook.com/reel/1023907800556337?locale=fr_FR

(13) Voir mon livre Les Convergences maléfiques, p.74 et suiv. Amazon, 2026.

(14) https://www.facebook.com/reel/2799699787047961?locale=fr_FR

(15) Lire dans nos colonnes : Hollande et Merkel : responsables de la guerre en Ukraine du 13 décembre 2022.

(16) Voir mon livre Les Convergences maléfiques, p.74 et suiv. Amazon, 2026.

(17) L’Union Européenne va réussir à déclencher la guerre avec la Russie /Gérard Chevrier – 30 juin 2026
https://www.facebook.com/reel/2799699787047961

 

vendredi, 14 août 2026

Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

433e010cc54e8543be81a998f1aa700a.jpg

Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Dans le magazine britannique The Spectator, Tom Switzer met en garde contre un nouveau cataclysme, façon 1914. Ukraine, Iran, mer Rouge, Taïwan, mer de Chine méridionale, Corée, Inde et Pakistan: de plus en plus de crises pourraient se lier, des erreurs de calcul pourraient entraîner une escalade régionale après l’autre – jusqu’à la perte de contrôle.

Cette idée n’est pas nouvelle. Ce qui est plus intéressant, c’est pourquoi ces conflits, pourtant très éloignés les uns des autres, sont liés entre eux.

Le lien, selon Switzer, ce sont les États-Unis. La guerre contre l’Iran consomme des avions, des système de défense antiaérienne, des missiles et des munitions. Le soutien à l’Ukraine mobilise en partie les mêmes ressources,qui sont limitées. Plus Washington a besoin de moyens au Moyen-Orient et en Europe, moins il en reste pour la dissuasion de la Chine dans l’Indo-Pacifique.

Switzer décrit ainsi assez précisément le talon d’Achille de l’ordre actuel: les États-Unis ont des obligations mondiales, mais ne disposent pas de ressources illimitées. Sa conclusion est cependant que c’est précisément pour cette raison que le leadership américain est nécessaire. L’ordre international libéral ne peut pas se maintenir tout seul. Les règles ont besoin de quelqu’un pour les faire respecter. Sans une Amérique désireuse et capable de le faire, l’ordre est mis sous pression.

Mais de quel ordre parlons-nous exactement ?

Si les États-Unis doivent contenir simultanément la Russie en Europe, l’Iran au Moyen-Orient et la Chine en Asie de l’Est, une surcharge pour Washington ne signifie pas nécessairement la fin de tout ordre international.

Cela signifie la fin d’un ordre bien précis: celui de la Pax Americana. Pour l’Allemagne en particulier, cette distinction est révélatrice: en effet, un recul de la domination américaine ne signifierait pas qu’il n’y aurait soudainement plus de politique de puissance sur le continent européen. Au contraire. L’Allemagne, la France, la Pologne, le Royaume-Uni, la Russie et les États intermédiaires devraient ajuster beaucoup plus directement leurs intérêts, leurs besoins de sécurité et les rapports de force entre eux. Cela ne serait pas automatiquement pacifique. La transition pourrait même être dangereuse. Mais à long terme, il pourrait en émerger un ordre européen fondé davantage sur les rapports de force et les intérêts réels de ce continent, au lieu de rester dépendant de la manière dont Washington répartit ses priorités mondiales entre l’Europe, le Moyen-Orient et le Pacifique.

C’est une question fondamentale pour l’Allemagne. Car tant que l’architecture de sécurité européenne est essentiellement organisée par les États-Unis, la sécurité allemande reste inévitablement liée aux intérêts américains hors d’Europe. Un conflit à propos de Taïwan deviendrait alors indirectement une question de sécurité européenne. Une guerre contre l’Iran influencerait les ressources militaires disponibles pour l’OTAN. Et un changement de priorités américain vers le Pacifique modifierait immédiatement la situation stratégique de l’Allemagne.

La puissance mondiale américaine protège l’Europe, mais elle lie aussi l’Europe à la stratégie globale de Washington.

En Asie de l’Est également, un retrait américain ne laisserait pas simplement un vide que la Chine remplirait. Le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Australie auraient un intérêt bien plus fort à contrebalancer la Chine par eux-mêmes. Au Moyen-Orient, l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël devraient organiser davantage l’équilibre régional entre eux. Le monde deviendrait peut-être plus agité et régionalisé. Mais c’est justement cette régionalisation qui pourrait, à long terme, empêcher que chaque conflit local ne devienne automatiquement une question de puissance américano-russe ou américano-chinoise. Et c’est ici que la comparaison avec 1914 devient intéressante. À l’époque, des mécanismes rigides d’alliances ont fait qu’une guerre régionale est devenue, en quelques semaines, une guerre entre grandes puissances. Aujourd’hui, il existe une autre forme de couplage: les États-Unis sont présents simultanément dans presque toutes les zones de conflit majeures.

Ainsi, Switzer décrit involontairement autre chose: la Russie, la Chine et l’Iran n’ont pas besoin d’un pacte militaire commun pour mettre l’ordre américain sous pression. Ils n’ont même pas besoin de coordonner entièrement leurs politiques.

Il suffit que chacun agisse là où résident ses propres intérêts: la Russie mobilise des forces en Europe. L’Iran le fait au Moyen-Orient. La Chine oblige Washington à garder des réserves dans le Pacifique.

Trois États, trois intérêts, trois théâtres, mais la même base de puissance américaine.

C’est sans doute le véritable changement de notre époque. Les adversaires de la Pax Americana n’ont pas besoin de vaincre l’Amérique ensemble. Ils doivent simplement faire en sorte que Washington tente de rester suffisamment fort partout à la fois.

Et pour l’Allemagne, une question se pose alors, qui va bien au-delà de Trump, de l’Ukraine ou de l’Iran :

Voulons-nous attendre de voir quelle partie de son ordre mondial Washington pourra encore défendre à l’avenir, ou commencerons-nous un jour à penser un ordre européen selon nos propres intérêts ?

#geopolitique@global_affairs_byelena

Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

sahra-wagenknecht-partei-100-1920x1080-377454370.jpg

Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

Magdebourg/Berlin. L’alliance Sahra Wagenknecht (BSW) se positionne en Saxe-Anhalt comme un partenaire potentiel de l’AfD pour promouvoir un changement de gouvernement. L’AfD est créditée d’environ 40% dans les sondages depuis des mois, tandis que la CDU du ministre-président Sven Schulze atteint environ 24%. Explicitement, le BSW n’exclut pas une coopération avec l’AfD.

bswvg-post-merz-osten.jpg

Les têtes de liste Claudia Wittig et Thomas Schulze ont formulé six projets comme base d’une éventuelle coopération. Il s’agit notamment de plus d’enseignants et de temps d’apprentissage commun plus long, d’une allocation régionale pour les soins, ainsi que d’un renforcement de la police régionale à un effectif d'au moins 7000 agents d’ici 2028. S’y ajoutent une initiative au Bundesrat pour des livraisons de gaz et de pétrole à prix réduit en provenance de Russie, la résiliation du contrat d’État sur les médias et une réforme fondamentale de l’audiovisuel public.

Wittig a déclaré: «Ce n’est que si le BSW entre au parlement régional que le prochain mandat du ministre-président CDU pourra être évité. L’AfD n’y arrivera pas seule».

La fondatrice du parti, Sahra Wagenknecht, mise, elle aussi, sur un changement de pouvoir. «Le changement ne viendra qu’avec le BSW! Notre objectif électoral est la destitution du titulaire CDU et son remplacement par un ministre-président sans étiquette, qui mettra fin à l’idiotie du cordon sanitaire». Schulze ne recevra aucune voix du BSW. Son départ serait, selon Wagenknecht, «la prochaine gifle méritée pour Friedrich Merz et probablement la fin de son mandat de chancelier désastreux».

Le politologue Oliver Lembcke, de l’université de la Ruhr à Bochum, y voit un signal stratégique adressé aux électeurs. Un vote pour le BSW pourrait permettre un changement de gouvernement. Si l’AfD a besoin d’un partenaire, le BSW se présente en même temps comme un possible faiseur de majorité (rk).

Source: Zu erst, Août 2026.

Cuba, le troisième front

b9020a60af22f5b570b946f46e42c758.jpg

Cuba, le troisième front

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/il-terzo-fronte/

Miguél Díaz-Canel est le président de Cuba. Peu connu du grand public occidental, qui reste le plus souvent ancré dans la mythologie des Castro.

Cuba, aujourd’hui, est une réalité complexe. Bien au-delà des mythologies de nos castristes de salon. Une réalité en devenir, en pleine transformation, souvent tourmentée.

Le projet de Fidel de créer un État fondé sur une économie solidaire, différente du libéralisme sauvage qui domine le continent américain, conserve encore une certaine vitalité et validité. Et pourtant, il peine, ce projet, surtout parce qu’il est isolé.

Castro n’était pas marxiste. Même si les circonstances de l’histoire l’ont contraint à se rapprocher de l’URSS pour survivre à la pression des États-Unis.

En réalité, il s’agissait avant tout d’une révolution nationale, pour racheter Cuba, alors réduite à un gigantesque bordel aux mains des mafias américaines.

b1294d0efdb1f04984f49a3e4dbe6dc4.jpg

Une révolution qui ne fut pas particulièrement sanglante. Car le régime de Batista s’effondra de lui-même, emporté par la corruption et ses contradictions internes.

Puis, il y eut la tentative de Kennedy de reprendre le contrôle de la grande île. Elle échoua lamentablement.

La Baie des Cochons fut l’un des pires épisodes de l’histoire occidentale. Et des centaines de jeunes Cubains, encadrés et armés par la CIA, furent envoyés au massacre. Puis abandonnés.

Washington, cependant, a la mémoire longue. Et n’a jamais totalement renoncé à reprendre le contrôle total de Cuba.

Et aujourd’hui, avec Trump, l’étau se resserre autour du régime cubain.

Il l’étouffe, dans le but de forcer La Havane à revenir complètement dans son orbite.

C’est un étau mortel. Qui ne permet même plus à Cuba de maintenir son système de santé, fierté et orgueil du régime. Et cet étau accule de plus en plus un système déjà éprouvé par l’isolement.

Naturellement, Cuba peut compter sur l’aide de la Russie et de la Chine.

Moscou envoie des marchandises, et surtout des pétroliers, pour tenter de ravitailler la Grande Île caribéenne.

Pékin procède à l’installation de systèmes de production d’énergie solaire, afin de pallier le manque de sources capables d’alimenter le système cubain.

Cependant, les difficultés de Cuba semblent s’accroître. Washington est déterminée à l’étouffer et à reprendre le contrôle.

Díaz-Canel tente, de plus en plus désespérément, de faire savoir au monde ce qui est en train de se passer.

En jeu, il n’y a pas seulement son régime.

Ce qui est remis en cause, c’est la possibilité même de l’existence d’un système politique indépendant des États-Unis dans leur sphère d’influence directe.

Cuba est le Troisième Front de la guerre mondiale, asymétrique, qui se déroule sous nos yeux.

Des yeux qui, trop souvent, ne veulent pas voir la réalité. Ni la reconnaître.

18:03 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, cuba, caraïbes, castrisme, amérique ibérique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’Axe Eurasiatique

imrirchges.jpg

L’Axe Eurasiatique

Alexandre Douguine

Animateur : Le premier sujet, et sans doute le plus important et le plus discuté actuellement, c’est la reprise de l’affrontement entre les États-Unis et l’Iran, dont la phase active, pour parler en ternes relatifs, dure déjà depuis 7 à 8 jours. Le cessez-le-feu temporaire qui avait été signé n’est plus en vigueur. Et à l’heure actuelle, nous observons le tableau suivant : les deux pays échangent des frappes, mais de manière assez retenue, me semble-t-il — mais je me trompe peut-être. Nous aimerions savoir à quoi nous attendre par la suite, car il y a maintenant plusieurs hypothèses: soit ils échangent quelques tirs puis rétablissent un cessez-le-feu, soit, au contraire, tout cela conduit à une escalade encore plus grande, et pour l’instant les parties ne font qu’attendre. Le Washington Post rapporte également que, en ce moment même, après les pertes que les États-Unis ont subies dans cet affrontement avec l’Iran, ils préparent une opération de grande envergure et essaient d’assurer la sécurité du détroit d’Ormuz pour que les navires puissent y passer sans encombre. Que faut-il attendre ?

104229153-GettyImages-578547766.jpgAlexandre Douguine : Je pense qu’à présent, nous sommes arrivés à un point où toute la campagne de communication — ces posts marketing de Trump visant à réguler le marché (en l’occurrence, la bourse, l’indice Dow Jones et d’autres instances) —, où la spéculation, y compris économique, autour de la guerre, a atteint sa limite.

Autrement dit, la guerre entre l’Amérique et l’Iran est passée du domaine des déclarations à celui de la réalité. C’est seulement maintenant, et en vérité, que cela se passe. Et l’Iran en fait l’expérience depuis longtemps: ils ont subi d’énormes pertes au sein de leur direction. Pour l’Iran, tout cela est depuis longtemps chose sérieuse, alors que pour les États-Unis, cela restait encore un jeu, tout n’était que simulacre. Et voici qu’à présent, ils annoncent dix-sept soldats américains tués — je pense qu’en réalité, ils ont dépassé la centaine au fil du temps, mais c’est seulement maintenant qu’ils commencent à l’admettre. Ce n’est pas qu’ils viennent de mourir — ils étaient déjà morts plus tôt, et les soldats américains meurent régulièrement dans ces affrontements avec les Iraniens, mais ils sont beaucoup plus nombreux que ce que l’on reconnaît officiellement.

imadtrkges.jpgMais le simple fait de commencer à les reconnaître indique que l’on a dépassé un certain interdit implicite. Car au début, tout se passait comme dans un jeu vidéo : on appuie sur des boutons, et aussitôt, la direction change en Iran, il n’y a plus d’armes nucléaires, ils viennent embrasser la chaussure de Ben-Gvir et d’autres extrémistes racistes d’Israël, et tout rentre dans l’ordre, le terrain est ouvert à une croissance folle de l’économie américaine et mondiale, et Trump devient le « roi du monde ». Jusqu’à un certain moment, l’Amérique essayait de donner cette impression. Ce n’est plus possible.

Quand les Iraniens ont montré qu’ils étaient coriaces, qu’ils sont un « État-civilisation », qu’ils sont un sujet de la politique mondiale et non un objet, qu’ils sont un pôle du monde multipolaire — sans offenser tous les autres États et sociétés islamiques qui aiment s’enorgueillir, s’emporter, se frapper la poitrine, crier « Allah Akbar », et qui, en pratique, ne sont que de pitoyables marionnettes de l'Occident et d’Israël. Malgré tout leur grandiloquence et leur brutalité, ils se révèlent en réalité être des suiveurs dociles. Mais sur fond de ces « suiveurs » islamiques, l’Iran, le véritable Iran chiite, prouve ce que c’est d’être musulman, d’être croyant, d’être indépendant, d’être libre, de mener une vraie guerre sainte — un djihad. Non pas en attaquant des pauvres, des faibles, ceux qui ne peuvent pas se défendre, mais en défiant le véritable mal absolu mondial incarné par les États-Unis et Israël.

MV5BMjMxNzg0ODAyMl5BMl5BanBnXkFtZTgwMzQxMDAwMjE@._V1_.jpgC’est ainsi que l’Iran a démontré ce que c’est que d’être indépendant, souverain, véritablement croyant. Et ce réveil de l’Iran lui-même, qui, sans guerre ni changements politiques directs ces dernières décennies, commençait aussi à s’endormir. Là aussi, on commençait à dire: « Eh bien, nous attendons la bataille finale, nous en parlons tout le temps, mais elle n’arrive jamais ». Comme dans le film « Le Désert des Tartares » : on attend la bataille finale, la venue de Gog et Magog, mais ils ne viennent jamais, et les gens commencent à désespérer de leur propre foi. Et soudain, cette foi a été totalement ravivée par l’agression américano-israélienne — et maintenant, l’Iran est à nouveau authentique. Et cette guerre sera authentique, car l’Iran a déjà tout perdu de ce qu’il pouvait perdre, désormais il ne peut que gagner, en défendant jusqu’au dernier Iranien sa souveraineté, son indépendance, sa dignité et sa véritable foi.

Voilà, dans le cadre de l’islam, un exemple de résistance incroyable et réelle, sur lequel les Américains ne comptaient pas. Ils pensaient que tout serait décoratif, qu’ils achèteraient le sommet de l'Etat iranien, qu’ils élimineraient les mécontents, et que des gens dociles prendraient leur place, et tout le pathos de la préparation à la bataille finale en Iran, qui dure depuis un demi-siècle, depuis la révolution de l’ayatollah Khomeini, s’effondrerait. Mais il ne s’est pas effondré, en réalité. Et maintenant, c’est au tour du système, de la force qui se proclamait absolument invincible, de s’effondrer. Et c’est maintenant que tout commence.

On commence à l’admettre : des pertes chez les Forces armées, d’ailleurs, un des dirigeants de la Marine américaine — ils disent qu’il est mort lors d’un incident, pas vraiment militaire, écrasé dans un hélicoptère, mais il est mort, c’est le « brouillard de la guerre », personne ne sait vraiment… En d’autres termes, les Américains commencent à reconnaître qu’ils subissent des pertes. Les frappes sur les bases américaines au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie, les attaques constantes contre Israël et la destruction de la base économique et technologique des alliés des États-Unis au Moyen-Orient (y compris les complexes de dessalement, que l’Iran a frappés) — cela signifie que les Iraniens comprennent parfaitement : soit ils gagnent, soit ils cessent d’exister. Aucun compromis possible.

l-0x24wh-786x458z-1.jpegAnimateur : Peut-on discuter un peu ici de la question du compromis et de l’accord ? Il y a une déclaration du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araqchi (photo), qui estime que son pays pourrait mettre fin à l’affrontement militaire avec les États-Unis et passer à une résolution négociée du conflit, s’il obtient un avantage sur le champ de bataille. Il envisage donc deux scénarios : une fin de la guerre sous forme de capitulation ou l’obtention d’un avantage, puis un éventuel nouvel accord. S’ils s’expriment ainsi, cela signifie que cette situation s’est déjà produite auparavant, mais non pas grâce à des succès militaires, mais grâce à leur bonne tactique économique, en fermant le détroit d’Ormuz, ce qui a provoqué un mécontentement mondial et obligé les États-Unis à chercher un compromis, pour obtenir une trêve et alimenter un peu le marché pétrolier. Pourquoi, par exemple, l’Iran, outre la fermeture du détroit d’Ormuz, ne fermerait-il pas aussi le détroit de Bab-el-Mandeb pour obtenir le même avantage économique, voire l’accentuer ? Ou demanderait-il aux Yéménites de le faire ?

Alexandre Douguine : Je pense que cela ne va pas tarder — la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb. Les Iraniens iront jusqu’au bout, ils sont très cohérents. Et même lorsqu’ils ont accepté de négocier avec les États-Unis l’ouverture du détroit d’Ormuz, ils ont posé des conditions très strictes. Et Trump pensait qu’il pouvait tromper tout le monde — mais c’est un tricheur, un escroc en réalité. Trump, c’est tout simplement un assassin agressif et un escroc qui ne tient pas ses promesses. Et les Iraniens le comprennent mieux que quiconque.

Animateur : Mais il n’agit ainsi qu’envers l’Iran ? Ou bien agit-il de la même manière envers tout le monde ?

Alexandre Douguine : S’il agit ainsi envers certains, il agit de la même façon envers les autres. Il ne faut pas se faire d’illusions : nous avons affaire à un maniaque déchaîné, qui ne tient jamais parole, qui change constamment de position sur n’importe quel sujet en fonction de la conjoncture du moment — qu’elle soit boursière ou politique. C’est un véritable escroc.

c19122025175325.png

Aujourd’hui, toute l’Amérique le maudit, même ses propres électeurs se détournent de lui. Tout est clair avec lui : il est arrivé avec de nobles slogans de lutte contre le « deep state », mais il a trahi tous ceux qu’il pouvait. C’est un homme sans aucune autorité, dans aucun domaine : les démocrates le détestaient et le détestent toujours, et désormais sa propre base électorale le méprise profondément. Quant à la façon dont le reste du monde voit l’Amérique, inutile d’en parler — c’est la fin.

Mais ce n’est pas aussi important que sa motivation intérieure. Il est arrivé avec certains principes idéologiques qui étaient très attractifs: valeurs traditionnelles, retour à la religion, concentration sur les problèmes internes, publication des dossiers Epstein, arrestation de tous ceux impliqués dans la pédophilie, le cannibalisme et autres atrocités commises par des représentants des élites américaines et européennes. Il avait promis tout cela. Il avait promis d’arrêter les guerres, de mettre fin à la guerre en Ukraine.

imtrvsmagages.jpgEn sociologie américaine, il existe la notion de «quatrième tournant» (fourth turning): les partisans de Trump associaient la quatrième phase du cycle à l’époque de Biden et des mondialistes, et après l’élection de Trump, beaucoup ont sincèrement cru que «l’âge d’or» allait commencer. Ils croyaient qu’il se battrait pour que «l’Amérique soit d’abord », pour qu’il n’y ait plus de deep state.

Il a tout trahi et tout le monde. Et pourquoi a-t-il fait cela ? Beaucoup disent, comme vous l’avez justement noté, qu’il est sous l’influence d’Israël, qu’il a été pris en otage, qu’on le fait chanter avec des dossiers compromettants, notamment sa participation à ces orgies sataniques chez Epstein, ou d'une autre manière. Mais cela n’a pas d’importance. Il a complètement perdu la face — partout: auprès de ses partenaires européens, de la population américaine elle-même, de ses propres partisans et dans le monde entier. C’est pourquoi les Iraniens étaient prêts à parvenir à un accord raisonnable même avec ce maniaque, mais c’est impossible, car il est impossible de s’entendre avec de tels individus. Aujourd’hui, les Iraniens parlent de leur volonté de revenir à la table des négociations, mais c’est purement pour la forme — ils ne sont en réalité prêts à rien. Ils comprennent parfaitement à qui ils ont affaire. C’est pourquoi un prochain round de négociations n’est possible que si les Iraniens améliorent encore leur position à la table des négociations.

Des centaines de milliers, voire des dizaines de milliers de cadavres américains renvoyés chez eux; la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb par les Houthis; une lutte acharnée pour la zone côtière; la coupure des câbles à fibres optiques au fond du détroit d’Ormuz; des frappes sur les infrastructures économiques critiques des alliés arabes des États-Unis se trouvant à portée des missiles iraniens. Et nous verrons bien ce que la prochaine étape nous apportera.

Animateur : Vous avez mentionné des dizaines, voire des centaines de milliers de cadavres américains renvoyés aux États-Unis. Est-ce que cela signifie que l’on s’attend désormais à une véritable opération terrestre ?

Alexandre Douguine : Ils en parlent tous les jours.

Animateur : Parler, c’est une chose. Mais quelles actions concrètes sont à attendre ?

Alexandre Douguine : Bien sûr, nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce qui va se passer. Je ne dis pas que je le vois, je parle de la manière dont les Iraniens voient leur propre vision du monde: si l’escalade continue, ils combattront jusqu’à la mort. Ils défendront chaque parcelle de terre iranienne.

_106352895_mediaitem106352893.jpg

Trente millions de personnes se sont portées volontaires — soit un Iranien sur trois — pour défendre leur patrie. Il s’agit à la fois des partisans du régime du Velayat-e-Faqih et, d’ailleurs, de l’opposition politique qui, face à l’agression américano-israélienne, est aujourd’hui unie dans la défense de la patrie. La société iranienne est absolument unie et déterminée à défendre son pays.

Et là, ni les drones ni la simple économie… Regardez la géographie de l’Iran, les montagnes du Zagros — elles sont pratiquement infranchissables. Et si une opération terrestre commence, elle pourrait durer des décennies, et ce serait fatal pour les États-Unis. Les Iraniens tiendront jusqu’au bout. Bien sûr, il y aura d’énormes pertes du côté iranien, mais aujourd’hui, personne n’est en mesure d’arrêter cette guerre.

Trump ne peut pas l’arrêter à ses conditions, car les Iraniens lui imposent des positions de négociation très strictes. Il tergiverse, il ment, il menace, il insulte les gens. Il se comporte — il n’y a pas de mots — comme un terroriste, comme Zelensky. Où que l’on regarde, c’est comme si on avait un « Quartier 95 » sanglant : que ce soit aux États-Unis, ou en Ukraine — c’est le même modèle. Mensonge, tromperie, cruauté, sadisme. Aucun accord, aucune réalité — une politique totalement irrationnelle de maniaques globaux. Et il est impossible de dire qui a appris de qui : les Américains des Ukrainiens ou l’inverse, mais aujourd’hui ils agissent très semblablement sur la scène internationale. Et les Iraniens l’ont parfaitement compris à leurs dépens : leurs dirigeants politiques, religieux, spirituels, militaires ont été lâchement assassinés sans aucune raison, sous de faux prétextes — tout comme les Américains ont occupé l’Irak, puis renversé Kadhafi en Libye. C’est du mensonge pur et l’application de plans hégémoniques d’une brutalité extrême.

Voilà pourquoi, à mon avis, il faut tirer la conclusion qu’aucune négociation avec ce pouvoir occidental déchaîné n’est plus possible. De telles négociations sont sans valeur, nous en avons fait l’expérience. On peut dire ce qu’on veut, mais tout continue: le soutien de Washington à Kiev se poursuit, tout continue comme avant.

13.jpg

Je pense que les Iraniens nous donnent l’exemple — à nous et à toute l’humanité. Et à la Chine, bien sûr, qui est la prochaine cible. Et la Corée du Nord — qui est fière et forte, mais ne pourra sans doute pas résister seule. Nous devons construire cet axe eurasien, dont Trump a d’ailleurs récemment parlé. Trump, semble-t-il, reçoit actuellement ses premières leçons de géopolitique de ses maîtres venus du camp néoconservateur: il a soudain découvert l’existence de l’Axe eurasien, qui inclut la Russie, l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, que des agents sionistes l’auraient trompé, et que nous sommes bons et refuserons de le soutenir — on peut le dire ainsi, mais cela ne mène nulle part. Il serait beaucoup plus réaliste, réfléchi et responsable pour la Russie de se préparer à défendre cet axe eurasien. Oui, il existe, car tout prétendant à une politique souveraine, à un monde multipolaire, à l’indépendance vis-à-vis de l’Hégémon, est un ennemi de l’Hégémon. Trump est arrivé au pouvoir sous la bannière de la fin de cette hégémonie globale. Non seulement il ne l’a pas arrêtée, il l’a amplifiée. Il a mené une politique unipolaire agressive par des méthodes et à une échelle que ses prédécesseurs mondialistes n’auraient jamais osé employer. Autrement dit, il est arrivé au pouvoir sur la vague de l’anti-mondialisme, et il est devenu un mondialiste encore plus agressif et plus sanglant.

Animateur : C’est un avis important sur ce que signifie en réalité cette préparation. Vous avez dit que la Russie doit se préparer à cette confrontation. Mais comment exactement ? Que faut-il faire ?

Alexandre Douguine : Dans notre conscience stratégique actuelle, il y a deux aspects. Le premier — la croyance que nous pourrons parvenir à un accord avec Trump et au moins, sous certaines conditions, geler ce conflit, ne serait-ce que temporairement, pour obtenir un répit. Mais nous n’utilisons jamais vraiment ces pauses pacifiques à bon escient : ce n’est qu’en temps de guerre, dans des conditions extrêmes, que nous sommes vraiment capables de nous renouveler d’une quelconque manière. Ce temps que nous essayons désespérément de gagner lors des négociations, en fait, ne nous est même pas bénéfique.

La deuxième position — plus responsable, plus réaliste et, à mon avis, la seule adéquate: l’escalade avec l’Occident, avec l’Amérique et l’Union européenne, ne fera que s’intensifier. Nous devons nous attendre à l’entrée de nouveaux acteurs dans la guerre contre nous — par exemple, des attaques contre Kaliningrad, un blocus complet de la navigation dans la mer Baltique et de nombreux autres coups, y compris les plus efficaces, les plus lourds missiles, contre le territoire russe, auxquels il est difficile de se protéger. Cela se produit déjà, et ces frappes deviennent de plus en plus fréquentes et douloureuses, sous différentes formes.

d1a08b88-18ba-4a10-a553-f8958cc36b5e_1536x1024.jpg

Il faut se préparer à l’escalade qu’on nous impose et oublier ce sujet que seraient d'éventuelles négociations. Alors il ne nous restera plus qu’un seul plan, et non plus un « plan A » et un « plan B ». Le premier plan: on négocie; le deuxième plan: on agit si la négociation échoue. Mais la négociation échouera non pas parce que nous ou l’Occident agissons mal, mais précisément parce qu’en voyant en nous ce « plan A » (cette orientation vers la négociation), l’Occident interprète cela comme une faiblesse. Et c’est tout.

D’ailleurs, on ne pourra négocier que lorsque nous nous serons véritablement mobilisés et que nous commencerons à nous comporter autrement. Actuellement, nous disons: «Ça, c’est pour ceci, ça, c’est pour cela». Tant que nous disons « pour ceci », nous annulons d’emblée nos propres actions. Désormais, nous devons dire: « Et ça, c’est en avance, et ça aussi, c’est en avance — et pas seulement pour l’Ukraine, mais pour tous ceux qui soutiennent la guerre autour, — et tout cela, c’est en avance».

Autrement dit, ce n’est pas « pour ceci » ou « pour cela », c’est simplement à titre d’avance — « prenez, s’il vous plaît ». Et dès que nous commencerons à agir selon le « plan B » et que nous oublierons le « plan A », alors, à mon avis, ils voudront négocier avec nous. Voilà le problème: dès qu’ils voient notre volonté de parvenir à un règlement pacifique, ils ne font qu’aggraver la situation. Et ce n’est qu’en voyant la montée en puissance de notre côté qu’ils commenceront à envisager de discuter.

Animateur : Donc il est clair qu’il ne faut pas chercher à s’entendre avec les Américains et l’Occident en général. Mais qu’en est-il alors de la coopération interne entre les pays de cet axe eurasien ? Pourquoi n’approfondissons-nous pas notre coopération militaire, alors que nous savons tous — Russie, Chine, Corée du Nord, Iran — que nous nous opposons à l’Occident ?

Alexandre Douguine : Pour deux raisons. La première, c’est que chacun d’entre nous — peut-être à l’exception de la Corée du Nord, plus perspicace en géopolitique — estime qu’il est bien plus simple de négocier individuellement avec l’Occident. C’est-à-dire: nous allons négocier, et les Iraniens avec les Chinois se débrouilleront de leur côté. La Chine pense: que les Iraniens et les Russes fassent la guerre, nous verrons plus tard. Et jusqu’à un certain temps, les Iraniens aussi disaient qu’ils avaient leur propre voie, leurs propres relations avec l’Occident, et que les Russes menaient leur «opération militaire spéciale» en Ukraine. Oui, nous nous aidons les uns les autres — eux nous aident, nous les aidons, la Chine aussi — mais: chacun pour soi. C’est la logique d’un «nationalisme étroit», si l’on veut: les gens ignorent la géopolitique et les lois de l’histoire, ne se concentrant que sur les intérêts nationaux immédiats dans un esprit de réalisme pragmatique, quitte à trahir parfois leurs alliés pour leur propre intérêt. C’est la politique dite machiavélienne, caractéristique à divers degrés de tout pays. C’est précisément cela qui fait obstacle à l’affirmation réelle de l’axe eurasien, lequel découle de la logique géopolitique appliquée à la situation actuelle et de la nécessité de l’opposition du monde multipolaire au monde unipolaire.

Deuxième point : l’Occident dispose de vastes et très influents réseaux d’agents au sein des élites dirigeantes de tous ces pays, sauf peut-être la Corée du Nord. En Chine et en Iran — jusqu’à tout récemment. Et chez nous, bien sûr, il y a la «sixième colonne»: elle existe officiellement, sans même se cacher, depuis les années 90, et aujourd’hui on l’appelle «le parti de l’armistice», etc. Ces réseaux disent: «Mais quel est notre intérêt là-dedans? Nous faisons partie de l’Occident, nous pouvons parfaitement nous entendre avec l’Occident, et nous souffrons uniquement à cause de nos propres radicaux et des autres membres radicaux de cet axe eurasien». Chez nous, on dit: «Sacrifions la Chine au profit de l’Occident, sans parler de l’Iran et de son radicalisme. Rapprochons-nous de l’Occident». Les Iraniens disent la même chose: «Sacrifions les Russes, ils ne nous aident pas vraiment, ils ne font que promettre. Pourquoi avons-nous besoin d’eux? Réglons la question avec l’Occident». Et les Chinois disent: « Regardez, nous n'avons pas encore de guerre avec Taiwan, certes, nous nous y préparons, nous apprenons des fautes des autres, nous étudions les expériences de la belligérance de type nouveau en Ukraine et au Moyen-Orient, mais quand il s'agit de nous, nous verrons bien. Mais, pour l'instant, nous ne romperons pas définitivement avec l'Occident". 

d4alo5wg9d4a1.jpg

Il en résulte donc que souverainistes — une sorte de réalistes limités — et simples agents d’influence occidentaux agissent ici de concert. Ils essaient de relativiser, de minimiser la nécessité de créer ce bloc géopolitique multipolaire — l’axe eurasien. Ils freinent ce processus de l’intérieur. Et bien sûr, l’Occident fait tout pour empêcher l’émergence de cet axe. Or, il est indispensable de le créer. Il se forme de fait, mais non parce que nous avançons activement. Cet axe eurasien se forme en réaction, comme une réponse aux attaques des mondialistes. Les vraies leçons de géopolitique, nos élites semblent incapables de les comprendre d’elles-mêmes. J’ai eu cette impression après quarante ans de diffusion de la géopolitique dans notre société: oui, on en prend note, mais comme «nul n’est prophète en son pays», tout cela est considéré comme une lecture facultative — on lit, c’est intéressant, c'est étrange. Mais les vraies leçons de géopolitique, c’est l’Occident qui nous les donne.

Animateur : Voici la question suivante. Peut-il se produire que Russie, Chine, Iran et Corée du Nord commencent à s’unir plus rapidement et rejettent les raisons que vous avez évoquées, en essayant de les éradiquer ? Sous quelles conditions ? Que faudrait-il ? Est-ce qu’un événement vraiment grave — par exemple, une frappe nucléaire sur l’Iran — pourrait en être le catalyseur ? Nous avons déjà évoqué que les États-Unis pourraient se retrouver dans une position où il ne leur resterait plus que l’option nucléaire. D’ailleurs, la possible apparition de l’arme nucléaire en Arabie saoudite est aussi un sujet très intéressant à évoquer ici, car cela pourrait toucher toute la région. Selon vous, l’axe eurasien ne se mettra en place que dans de tels scénarios catastrophiques, ou bien le catalyseur pourrait-il être moins critique ?

Alexandre Douguine : Honnêtement, j’ai du mal à répondre. Je ne vois qu’une chose : nous n’apprenons ni de nos erreurs, ni en entamant une réflexion, mais par réaction. Il est difficile de dire à quel moment nous passerons des rêveries irresponsables sur une entente possible avec l’Occident à l’action directe. Mais nous ne nous réveillons que quand il devient impossible de continuer à dormir. Tant que nous pouvons ignorer la réalité, tant que nous pouvons nous bercer d’illusions sur notre appartenance à la civilisation occidentale, sur l’idée que l’Occident n’est «pas si mauvais» et que nous avons des racines communes, cela durera indéfiniment. Toute démarche basée sur la science, la logique, l’histoire, la géopolitique ou la stratégie, initiée de l’intérieur, n’a aucun effet.

Ces discours s’accompagnent de processus matériels et économiques très sérieux, mais volontairement, activement, de façon proactive, nous ne sommes pas capables d’agir dans une logique eurasienne. Nous commençons à bâtir cet axe, à agir en État souverain — cela concerne aussi bien l’Iran que nous et la Chine — uniquement quand nous sommes frappés de plein fouet. Que ce soit une frappe nucléaire, un missile qui tue tout le commandement iranien, ou des complots: souvenez-vous de la Chine, où sur sept chefs militaires, six ont été exécutés. Ce n’est pas arrivé par hasard. La Chine n’aime pas les mesures radicales, elle n’est pas prête, donc la situation de recrutement par les Américains des chefs militaires chinois a atteint un point critique où il a fallu les éliminer.

Nous réagissons seulement quand il n’est plus possible de ne pas réagir — mais qu’est-ce qui doit se passer pour que nous comprenions la nécessité de créer activement, immédiatement, et de façon offensive cet axe eurasien, avec des manœuvres militaires communes et une entraide réciproque ? Il nous faut bâtir un bloc militaire.

L’Occident veut à tout prix nous en détourner : ils disent qu’ils négocieront avec les Russes à Anchorage, avec les Chinois à Pékin, avec les Iraniens en Suisse — avec chacun séparément, pourvu qu’il n’y ait pas de bloc militaire. Cela signifie qu’ils en ont peur, donc nous devons absolument le créer. Un simple bloc militaire Russie, Iran, Chine: «vos ennemis sont nos ennemis», et nous commençons à nous entraider. L’Iran aurait un accès à l’Arctique via la Caspienne, et nous, un accès aux mers chaudes. Nous pourrions résoudre de nombreux problèmes stratégiques. Qu’est-ce qui nous en empêche ? Ceux pour qui cela est mortellement dangereux — sont nos ennemis. Mais nous, nous ne les considérons souvent pas comme des ennemis, pensant: «Bon, c’est important pour la Chine de s’opposer à l’Amérique, parce qu’ils se font concurrence en PIB et en technologies», ou «C’est nécessaire pour l’Iran radical, mais pourquoi aurions-nous besoin d’une telle confrontation?». 

Néanmoins, tous ceux d’entre nous qui veulent préserver leur souveraineté, leur dignité, leur culture, leur fierté, leur indépendance et leur liberté seront obligés de rejoindre cet axe eurasien agressif, voire offensif, je dirais. Car, si nous n’attaquons pas, c’est nous qui sommes attaqués. L’ennemi ne comprend pas d’autre langage.

Animateur : Dans le même temps, l’Occident agit de manière sournoise et perfide. Les États-Unis donnent maintenant à l’Arabie saoudite la possibilité d’enrichir de l’uranium – c’est un nouveau projet dirigé contre l’Iran. D’autre part, au Japon, on évoque la possibilité d’acquérir et de stocker des armes nucléaires, et le « principe des trois non-nucléaires » ne devrait plus s’appliquer. D’ailleurs, à l’origine, notre confrontation avec l’Ukraine s’est aussi largement aggravée lorsque des discussions ont commencé sur la possibilité pour Kiev d’obtenir des armes nucléaires — cela a été l’un des problèmes clés. Il en résulte que tout notre environnement est d’une façon ou d’une autre concerné par ces processus (à l’exception de la Corée du Nord). Et la question se pose: pourquoi ne pouvons-nous pas agir de manière similaire? Si les États-Unis créent indirectement une menace nucléaire autour de nous, pourquoi ne pourrions-nous pas leur créer la même menace en retour, ou bien n’en avons-nous pas la capacité?

Alexandre Douguine : Nous en avons la capacité, mais nous n’avons ni la détermination, ni la compréhension de la profondeur des processus qui se déroulent dans le monde. À un moment, nous avons glissé vers une explication banale, triviale, grossière, presque ignorante et mythologique de tous les processus historiques par l’économie, l’intérêt et le commerce. Par exemple: les indicateurs économiques montent, donc tout le monde y trouve son compte. Mais c’est une naïveté impensable, c’est de l’idiotie — une idiotie stratégique — que de mesurer les processus historiques et stratégiques avec des modèles économiques. L’économie est importante, mais elle ne détermine rien dans le monde. Elle s’adapte aux idéologies et aux intérêts. Croire que l’économie «résoudra tout», que le marché et sa «main invisible» mèneront à l’harmonie — il n’y a rien de plus dangereux que cette idéologie. C’est une construction fausse, créée exprès pour les colonies, afin qu’elles aident tranquillement l’hégémon et la métropole à croître à leurs dépens.

Halford_Mackinder.jpgCette idée globaliste s’est tellement enracinée chez nous que toute analyse géopolitique rigoureuse et froide — fondée sur les mêmes principes que ceux sur lesquels l’Occident bâtit ses stratégies — est perçue comme secondaire. Pourtant, la géopolitique n’a pas été inventée par nous, mais par les Anglo-Saxons. Mackinder en a créé les systèmes et le vocabulaire. Et quel est le sens de cette géopolitique? C’est que la civilisation de la Mer — anglo-saxonne, libérale-démocratique, capitaliste — lutte contre la civilisation de la Terre, fondée sur des principes héroïques, sur des valeurs traditionnelles et une culture spirituelle particulière. Cette guerre est inévitable. Elle ne peut pas cesser tant que l’un des participants existe dans l’indépendance et la liberté. D’où découle directement l’idée de nous infliger une «défaite stratégique». C’est la géopolitique en action. L’Occident ne cache pas ces principes, ils sont enseignés dans toutes les académies. Pourquoi ne pas les transposer à notre réalité, apprendre ce qui se passe, au lieu de simplement réagir ?

On frappe « Wildberries » — nous frappons Kiev, on attaque une résidence — nous faisons une frappe de riposte. Mais cela donne l’impression que nous sommes terrés et que nous faisons juste de la résistance. Nous devons faire exactement le contraire de ce qu’ils font. Ils veulent nous infliger une défaite stratégique, pour qu’il n’y ait plus de principe Terre. Nous, nous voulons exister — donc nous devons gagner cette guerre contre la civilisation de la Mer. Et cela inclut l’Occident collectif, y compris Trump. Si, comme il l’avait promis au départ, il avait reconnu la multipolarité et accepté que l’Occident n'en soit qu’un des pôles, cela aurait été une autre histoire, et il aurait fallu lui donner sa chance. Nous avons investi là-dedans, nous y avons cru. Mais quand tout a volé en éclats, il n’était plus possible de ne pas le voir: il n’y a plus ce Trump qui arrivait au pouvoir, il n’y a plus de «MAGA», plus de publications des listes d’Epstein, ni de combattants contre le «deep state». Tous ceux qui partageaient cette idéologie sont aujourd’hui dans l’opposition à Trump. Il s’est avéré être un rouage — soit c’est sa tragédie personnelle, soit il a toujours été un vaurien et un clown. Peu importe, à ce stade.

imapwges.jpgAujourd’hui, nous avons affaire à la géopolitique classique: c’est eux ou nous. L’axe eurasien est un élément fondamental de cette prospective qui est au cœur de leur vision. Leur lutte contre un bloc eurasien potentiel a commencé dès les années 1980. Paul Wolfowitz (photo) a inscrit dans la doctrine de sécurité nationale, déjà sous Clinton dans les années 90, le principe majeur: empêcher la création sur le territoire de l’Eurasie d’un bloc politico-militaire et économique qui pourrait limiter l’influence de l’Occident global dans cette région. Et ce principe n’a pas disparu, il passe d’une administration à l’autre.

Animateur : Je voudrais poser une autre question: quel rôle joue dans ce contexte l’intelligence artificielle et ce qui s’est passé à la Conférence mondiale sur l’IA à Shanghai ? Si la Chine parle de créer une sorte d’alliance dans le domaine de l’IA, est-ce une étape vers l’unification de l’axe eurasien, ou est-ce autre chose ?

Alexandre Douguine : Je pense que c’est, en partie, un pas vers l’unification. Les principes de la géopolitique, contre lesquels tant de nos compatriotes — des gens bons, intelligents — se sont élevés, c’est une sorte d’aveuglement collectif. Ne pas voir l’évidence, ne pas reconnaître les lois de la géopolitique, leur force, ou tout au moins le fait que l’Occident ne fonctionne que sur cette base — il faut l’admettre. Si nous l’avions fait, nous aurions appliqué ces principes de géopolitique, les principes de la civilisation de la Terre et la nécessité de l’intégration de l’axe eurasien à tout: à l’alliance militaire dont nous parlions, à la prolifération nucléaire — car la civilisation de la Mer permet à ses clients (Israël, Arabie saoudite, peut-être le Japon et même l’Ukraine) de posséder l’arme nucléaire, mais pas à nous. Donc, il faut dire: ils prolifèrent, ils répandent l’arme nucléaire parmi «les leurs», nous devons la répandre aussi parmi «les nôtres». Ils attaquent et mentent — nous ne devons pas croire leurs mensonges, nous devons nous défendre, et parfois mener des actions préventives et adopter une politique offensive. Pareil pour l’économie: ils la créent dans leur intérêt, nous devons la développer dans le nôtre, collectivement, avec les autres pays de l’axe eurasien, en y attirant les pays neutres (c’est pour cela que BRICS est une excellente initiative).

imcIAshages.jpg

Il en va de même pour l’intelligence artificielle. L’IA est un outil extrêmement puissant des nouvelles technologies, et soit elle appartiendra à la civilisation de la Mer, comme aujourd’hui, soit nous essaierons de construire la nôtre, continentale, terrestre — russo-chino-irano-coréenne — qui soit technologiquement indépendante. Il faut aujourd’hui disposer des serveurs, des systèmes de refroidissement adéquats, ce à quoi la Chine travaille activement, et de certains algorithmes.

Les modèles développés par la Chine sont retravaillés, ils deviennent souverains, et si on leur coupe Grok, ChatGPT, Gemini ou Claude, les Chinois ont leurs propres équivalents. Ils font de même avec toutes les innovations technologiques, obtenant d’énormes succès et renforçant la souveraineté de leur État. Nous devons nous impliquer dans ce processus. Nous avons signé la charte lors de la conférence sur l’IA, mais il nous faut justement une IA eurasienne. Essayez de dire cela lors d’un événement sérieux — tout le monde rira, baissera les yeux ou pensera que c’est de la propagande du Kremlin, que c’est impossible. Qu’il n’y a qu’un seul progrès, une seule société, une seule démocratie, un seul système politique, un seul modèle économique — le capitalisme libéral occidental, et rien d’autre!

En réalité, le problème n’est pas l’intelligence artificielle, mais l’intelligence naturelle de nos élites. Elle est rongée par la moisissure toxique de l’occidentalisme. On aura beau tourner autour d’accords sur le travail commun avec les Chinois sur l’IA, rien ne bougera tant que, dans la tête de nos gens d’influence, la vision occidentalo-centrée du monde, de l’histoire, de la société, de l’économie et de la technologie dominera. Tant que l’Occident sera pour eux «l’alpha et l’oméga» de l’univers, tout sera bloqué. Nous ne construirons pas les bonnes relations avec la Chine, et il y aura toujours quelque chose qui entravera les processus positifs. Nous n’aiderons pas l’Iran et attendrons — Dieu nous en garde — qu’il échoue, et alors tout ce qui s’est abattu sur eux s’abattra sur nous.

Si nous ne nous réveillons pas dès maintenant dans tous ces domaines, il faudra au pays — disons-le ainsi — un «réveil géopolitique». Il s’agit précisément de l’eurasisme politique, de la conscience de la civilisation de la Terre, de notre destin particulier et de la nécessité de défendre le monde multipolaire, non seulement par des réponses réactives aux défis, mais aussi par des actions proactives. Nous devons nous-mêmes fixer l’agenda, créer nous-mêmes les processus et les événements, et que le camp occidental, que nos ennemis, cherchent comment y répondre, au lieu de toujours être à la traîne et d’agir dans la réaction.

Cette leçon de géopolitique que nous donne aujourd’hui l’Occident collectif, nous aurions pu l’apprendre par nous-mêmes, de notre propre volonté, si nous avions fait l’effort. J’espère que nous approchons de ce point de bascule où nous allons enfin vraiment nous consacrer à la géopolitique, au niveau qu’elle exige, et avec le sérieux nécessaire.

 

Deutsche und Niederländische Texte: Juli 2026 - Duitse en Nederlandse teksten: juli 2026

juli-liebling.jpg

Deutsche und Niederländische Texte: Juli 2026

Duitse en Nederlandse teksten: juli 2026

Met open ogen de oorlog in? Waarom stelt Europa deze vragen niet?

Met open ogen de oorlog in? Waarom stelt Europa deze vragen niet?

Jeanne Delahaye

Bron: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7

Sinds het begin van de oorlog in Oekraïne wordt de berichtgeving in Europa gedomineerd door wapenleveranties, sancties en militaire ontwikkelingen. Tegelijkertijd lijkt een ander debat vrijwel volledig uit de publieke ruimte verdwenen te zijn:

Welke langetermijnbelangen nastreeft Europa eigenlijk zelf?

Deze vraag dringt zich des te meer op wanneer men de uitspraken leest van vooraanstaande Amerikaanse politici en strategen. Ze zijn openbaar gemaakt, in boeken gepubliceerd of voor parlementaire commissies verklaard.

Frankrijk: Hoe men de geesten voorbereidt op oorlog door de vrijheid van meningsuiting en informatie te onderdrukken

Frankrijk: Hoe men de geesten voorbereidt op oorlog door de vrijheid van meningsuiting en informatie te onderdrukken

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

We zouden in deze vakantietijd graag wat zorgelozer zijn. Maar dat valt niet mee. Aan de ene kant zijn er de steeds talrijkere branden in Frankrijk, met de menselijke tragedies die ze veroorzaken.

Frankreich: Wie man die Bevölkerung auf den Krieg vorbereitet, indem man die Meinungs- und Informationsfreiheit unterdrückt

Frankreich: Wie man die Bevölkerung auf den Krieg vorbereitet, indem man die Meinungs- und Informationsfreiheit unterdrückt

Gastel Etzwane 

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Man hätte in diesen Ferienzeiten gerne einen leichteren Kopf. Das ist schwierig. Auf der einen Seite die sich häufenden Brände in Frankreich, mit den menschlichen Tragödien, die sie verursachen.

Partijen, facties en broederschappen: De vroege geschiedenis van het Egyptisch nationalisme

Partijen, facties en broederschappen: De vroege geschiedenis van het Egyptisch nationalisme

door Troy Southgate

Quelle: https://www.facebook.com/troy.southgate

Een van de belangrijkste nationalistische entiteiten in het Egypte van de jaren 1920 en 1930 was de zeer populaire Wafd-partij, die werd opgericht na de Eerste Wereldoorlog.

Parteien, Fraktionen und Bruderschaften: Die Frühgeschichte des ägyptischen Nationalismus

Parteien, Fraktionen und Bruderschaften: Die Frühgeschichte des ägyptischen Nationalismus

von Troy Southgate

Quelle: https://www.facebook.com/troy.southgate

Einer der wichtigsten nationalistischen Akteure im Ägypten der 1920er und 1930er Jahre war die äußerst populäre Wafd-Partei, die nach dem Ersten Weltkrieg gegründet worden war.

Tien waarschuwingssignalen voor het verval van een samenleving

Tien waarschuwingssignalen voor het verval van een samenleving

door Meinrad Müller 

Bron: https://www.unser-mitteleuropa.com/201946

Velen herinneren zich de oude uitspraak uit Asterix en Obelix: "Ze zijn gek, die Romeinen." De Galliërs observeerden Romeinse legionairs die dingen deden die tegen elk gezond verstand ingingen. Niet omdat ze dom waren, maar omdat ze bevelen uit Rome moesten opvolgen. Denken was niet gevraagd, gehoorzaamheid wel.

Over de neergang van de westerse beschaving door Pierluigi Fagan

Over de neergang van de westerse beschaving

door Pierluigi Fagan 

Bron: Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della-civilta-occidentale

Arlacchi schreef in Il Fatto een analyse over de relatie tussen de westerse beschaving, die in verval is, en de opkomende groep beschavingen die tegenwoordig het “Mondiale Zuiden” worden genoemd, ook al liggen sommige daarvan eerder in het oosten dan in het zuiden.

Über den Niedergang der westlichen Zivilisation

Über den Niedergang der westlichen Zivilisation

von Pierluigi Fagan 

Quelle: Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della-civilta-occidentale

Arlacchi hat im „Fatto“ einen Analyseartikel über die Beziehungen zwischen der im Niedergang befindlichen westlichen Zivilisation und der aufsteigenden Gruppe der heute als „globaler Süden“ bezeichneten Zivilisationen geschrieben, wobei einige davon eher im Osten als im Süden liegen.

DVD: De Magiër van het Kremlin - Een politieke thriller en zijn realpolitieke achtergronden

DVD: De Magiër van het Kremlin - Een politieke thriller en zijn realpolitieke achtergronden

Werner Olles 

In 2019 reist de Amerikaanse journalist en Ruslanddeskundige Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) naar Moskou om daar de voormalige adviseur van Poetin, Wadim Baranow (Paul Dano), te ontmoeten, die zich uit de officiële politiek heeft teruggetrokken. Op zijn buitenverblijf vertelt hij Rowland zijn levensverhaal, dat begint in de vroege jaren negentig, toen het Sovjetcommunisme was ingestort.

DVD: Der Magier im Kreml - Ein Polit-Thriller und seine realpolitischen Hintergründe

DVD: Der Magier im Kreml - Ein Polit-Thriller und seine realpolitischen Hintergründe

Werner Olles

2019 reist der amerikanische Journalist und Rußlandexperte Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) nach Moskau, um dort Putins ehemaligen Berater Wadim Baranow (Paul Dano) zu treffen, der sich aus der offiziellen Politik zurückgezogen hat. Auf seinem Landsitz erzählt er Rowland seine Geschichte, die in den frühen 1990er-Jahren beginnt, als der Sowjet-Kommunismus zusammengebrochen war.

Het nieuwe biologische type - Gottfried Benn over geschiedenis voorbij de democratie

Het nieuwe biologische type - Gottfried Benn over geschiedenis voorbij de democratie

Constantin von Hoffmeister

Bron: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type

De Duitse dichter Gottfried Benn (1886-1956) stelt dat de geschiedenis niet voortschrijdt door democratische keuzes of publieke consensus, maar door elementaire krachten die op beslissende keerpunten verschijnen. Volgens hem komen grote historische omwentelingen nooit voort uit stemmen of debatten.

Der neue biologische Typ - Gottfried Benn über Geschichte jenseits der Demokratie

Der neue biologische Typ - Gottfried Benn über Geschichte jenseits der Demokratie

Constantin von Hoffmeister

Quelle: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type

Der deutsche Dichter Gottfried Benn (1886–1956) vertritt die Auffassung, dass die Geschichte nicht durch demokratische Entscheidungen oder öffentlichen Konsens voranschreitet, sondern durch elementare Kräfte, die zu entscheidenden Wendepunkten in Erscheinung treten.

Tucker Carlsons breuk en de erosie van de buitenpolitieke consensus

Tucker Carlsons breuk en de erosie van de buitenpolitieke consensus

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Tucker Carlson, 35 jaar lang een trouwe Republikein, verlaat de partij en wil helpen bij het opbouwen van een derde kracht. Hij wil zelf niet kandideren.

Soft power in een post-hegemoniale wereld: conceptuele crisis en nieuwe actoren van culturele invloed

Soft power in een post-hegemoniale wereld: conceptuele crisis en nieuwe actoren van culturele invloed

door Anton Bespalov

Bron: https://telegra.ph/Il-soft-power-in-un-mondo-post-egemonico-crisi-concettuale-e-nuovi-attori-dellinfluenza-culturale-07-11

Culturele uitwisseling begeleidt al lange tijd de politieke en economische interacties tussen staten, maar pas in de twintigste eeuw kwam culturele diplomatie naar voren als een bewuste staatsstrategie.

Soft Power in einer post-hegemonialen Welt: Begriffskrise und neue Akteure kultureller Einflussnahme

Soft Power in einer post-hegemonialen Welt: Begriffskrise und neue Akteure kultureller Einflussnahme

von Anton Bespalov

Quelle: https://telegra.ph/Il-soft-power-in-un-mondo-post-egemonico-crisi-concettuale-e-nuovi-attori-dellinfluenza-culturale-07-11

Kultureller Austausch begleitet seit langem die politischen und wirtschaftlichen Interaktionen zwischen Staaten, doch erst im 20. Jahrhundert entwickelte sich die kulturelle Diplomatie zu einer bewussten staatlichen Politik.

Bastardmoderne

Bastardmoderne

Werner Olles

Es ist der Abfall der neokapitalistischen Warengesellschaft, deren Selbstinterpretationssystem wohl nirgendwo besser zum Ausdruck kommt als im Frankfurter Bahnhofviertel, wenn in einer dreckigen, verpinkelten Ecke in der Niddastraße ein Cracksüchtiger langsam seinem Tod entgegendämmert.

Wanneer de staat verzwakt, wordt hij autoritair: het Duitsland van Merz legaliseert massale surveillance

Wanneer de staat verzwakt, wordt hij autoritair: het Duitsland van Merz legaliseert massale surveillance

Gastel Etzwane 

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Terwijl de regering van Friedrich Merz geconfronteerd wordt met groeiend protest en een wankelende legitimiteit, slaat Duitsland een nieuwe, verontrustende weg in.

Wenn der Staat schwächer wird, wird er autoritär: Das Deutschland unter Merz legalisiert die Massenüberwachung

Wenn der Staat schwächer wird, wird er autoritär: Das Deutschland unter Merz legalisiert die Massenüberwachung

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Während die Regierung von Friedrich Merz mit wachsendem Protest und schwindender Legitimität konfrontiert ist, überschreitet Deutschland eine neue, beunruhigende Schwelle.

Frankrijk, Duitsland, Groot-Brittannië: Drie patiënten, één diagnose

Frankrijk, Duitsland, Groot-Brittannië: Drie patiënten, één diagnose

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Het Britse tijdschrift The New World stelt deze dagen een vraag die men in de mainstream zelden zo openlijk leest: Wie van de drie voormalige leidende machten van West-Europa zit eigenlijk het diepst in de crisis? Alleen al de manier waarop de vraag wordt gesteld is veelzeggend; de diagnose is inmiddels zo overduidelijk dat men die niet langer onder het tapijt kan vegen.

’68 was de zelfhervorming van het kapitaal

’68 was de zelfhervorming van het kapitaal

door Francesco Petrone 

Bron: Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-auto-riforma-del-capitale

Costanzo Preve, een belangrijk filosoof, essayist en politicoloog, formuleerde de stelling dat ’68 een beweging was die “antiburgerlijk, maar niet antikapitalistisch” was. Hij kwam tot de conclusie dat ’68 de grootste opstand van de kleine burgerij uit de geschiedenis was.

1968 war die Selbstreform des Kapitals

1968 war die Selbstreform des Kapitals 

von Francesco Petrone

Quelle: Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-auto-riforma-del-capitale

Costanzo Preve, ein bedeutender Philosoph, Essayist und Politologe, vertrat die These, dass 1968 eine Bewegung „antibürgerlich, aber nicht antikapitalistisch“ war. Er kam zu dem Schluss, dass 1968 die größte Revolte der Kleinbürgerlichkeit in der Geschichte war.

Frankrijk: De politieke keuze om de criminaliteit te laten toenemen

Frankrijk: De politieke keuze om de criminaliteit te laten toenemen

Bron: https://informationnationaliste.fr/2026/07/15/le-choix-politique-de-laisser-augmenter-la-delinquance/

In 2026 staat Frankrijk op de 99e plaats van de Global Peace Index, een ranglijst waar men natuurlijk kritiek op kan hebben, maar die toch een onmiskenbare trend weergeeft. De studie is gebaseerd op opzettelijke doodslag, misdrijven in verband met verkrachting en seksueel geweld, misdrijven tegen eigendom en corruptie.

Frankreich: Die politische Entscheidung, die Kriminalität steigen zu lassen

Frankreich: Die politische Entscheidung, die Kriminalität steigen zu lassen

Quelle: https://informationnationaliste.fr/2026/07/15/le-choix-politique-de-laisser-augmenter-la-delinquance/

Im Jahr 2026 belegt Frankreich den 99. Platz im Global Peace Index – ein Ranking, das zwar sicherlich kritikwürdig ist, aber dennoch einen unumstößlichen Trend aufzeigt.

Frederik II en Eurazianisme: Twee visies op het imperium

Frederik II en Eurazianisme: Twee visies op het imperium

Constantin von Hoffmeister

Bron: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism

De geschiedenis keert vaak terug naar dezelfde vragen, zelfs als ze verschillende antwoorden geeft. De ene tijd spreekt door koningen, een andere door filosofen. De ene strijdt om kastelen en handelsroutes, een andere om technologie, economie en de machtsbalans tussen continenten.

Friedrich II. und Eurasismus: Zwei Visionen von Imperium

Friedrich II. und Eurasismus: Zwei Visionen von Imperium

Constantin von Hoffmeister

Quelle: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism

Die Geschichte kehrt oft zu denselben Fragen zurück, selbst wenn sie unterschiedliche Antworten gibt. Eine Epoche spricht durch Könige, eine andere durch Philosophen. Die eine ringt um Burgen und Handelswege, die andere um Technologie, Wirtschaft und das Kräfteverhältnis zwischen Kontinenten.

De beschaving van de lust

De beschaving van de lust

Karim Nazriev

De richting waarin de moderne wereldbeschaving zich beweegt, is een van de fundamentele vragen binnen het strategisch denken. Het centrale thema is: wat zijn de wetten die de ontwikkeling van de wereldbeschaving bepalen en wat zijn haar waarde-elementen? In de eerste plaats denken we aan de vooruitgang van de mensheid op het gebied van kunstmatige intelligentie.

Die Zivilisation der Wollust

Die Zivilisation der Wollust

Karim Nazriev

Die Richtung, in die sich die moderne Weltzivilisation bewegt, ist eine der Grundfragen der strategischen Sichtweise. Das Hauptthema ist: Welche Gesetze bestimmen die Entwicklung der Weltzivilisation und was sind ihre Wert-Elemente? Zunächst denken wir an die Fortschritte der Menschheit im Bereich der Technologie der Künstlichen Intelligenz.

Duits model voor Peking - Chinees model voor Duitsland

Duits model voor Peking - Chinees model voor Duitsland

Enrico Toselli

Bron: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-modello-cinese-per-la-germania/

Duits model of Chinees model om de stagnerende economie van het tanende Europa nieuw leven in te blazen, dat daardoor steeds oorlogszuchtiger wordt? Paradoxaal genoeg zou China behoefte hebben aan het Duitse model, het originele, met meer sociale zekerheid, medezeggenschap en participatie.

Deutsches Modell für Peking - Chinesisches Modell für Deutschland

Deutsches Modell für Peking - Chinesisches Modell für Deutschland

Enrico Toselli

Quelle: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-modello-cinese-per-la-germania/

Deutsches Modell oder chinesisches Modell, um die stagnierende Wirtschaft des im Niedergang befindlichen Europas wiederzubeleben, das deshalb immer kriegslustiger wird? Paradoxerweise bräuchte China das deutsche Modell, das Original, mit mehr Sozialstaat, Mitbestimmung, Beteiligung.

„Die tote Seele des Liberalismus“

„Die tote Seele des Liberalismus“

Werner Olles 

Zwei Texte von Günter Maschke aus seinem wissenschaftliche Nachlaß, mit einem Nachwort von dessen Verwalter Dr. Dr. Thor von Waldstein.

Je onderhandelt niet met Dadzjdzjal - Eskalatie moet wederzijds zijn

Je onderhandelt niet met Dadzjdzjal

Eskalatie moet wederzijds zijn

Alexander Doegin

Alexander Doegin onthult waarom escalatie wederzijds moet zijn, anders worden onderhandelingen met het Westen een valstrik.

Zoals verwacht kwam er nooit vrede tussen Iran en de Verenigde Staten. De VS hervatten het bombarderen van Iraans grondgebied. Teheran viel Amerikaanse militaire bases in Bahrein aan en sloot opnieuw de Straat van Hormuz. Het werkte niet, en het had ook nooit kunnen werken.

Mit Dadschdschal verhandelt man nicht - Eskalation muss wechselseitig sein

Mit Dadschdschal verhandelt man nicht

Eskalation muss wechselseitig sein

Alexander Dugin

Alexander Dugin erklärt, warum Eskalation wechselseitig sein muss, andernfalls werden Verhandlungen mit dem Westen zur Falle.

Wie erwartet kam es nie zu einem Frieden zwischen Iran und den Vereinigten Staaten. Die USA nahmen die Bombardierung iranischen Territoriums wieder auf. Teheran griff amerikanische Militärbasen in Bahrain an und schloss erneut die Straße von Hormus.

De Griekse kunst van nieuwsgierigheid - Het Griekse beschavingwonder

De heropening van de Agora

De Griekse kunst van nieuwsgierigheid

Het Griekse beschavingwonder

Bron: https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curiosity Grote beschavingen benaderen de wereld niet met angst, noch met naïeve overgave, maar met een vertrouwen dat gebaseerd is op de realiteit die zij opbouwen. Zulke beschavingen sluiten zich niet op in hun eigen schulp om uiteindelijk uit te sterven.

Die griechische Kunst der Neugier - Das zivilisatorische Wunder der Griechen

Die Wiedereröffnung der Agora

Die griechische Kunst der Neugier

Das zivilisatorische Wunder der Griechen

Quelle: https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curiosity Große Zivilisationen begegnen der Welt nicht mit Angst, noch mit naiver Hingabe, sondern mit einem Vertrauen, das auf der Realität gründet, die sie schaffen. Solche Zivilisationen schließen sich nicht in ihrem eigenen Gehäuse ein, um schließlich auszusterben.

Pax Silica: Wordt Europa de digitale vazal van de VS?

Pax Silica: Wordt Europa de digitale vazal van de VS?

Dreigt Europa met „Pax Silica” tot digitale vazalliteit van de Verenigde Staten te vervallen? Terwijl Washington het bondgenootschap presenteert als antwoord op China, zien critici hierin het einde van de Europese technologische soevereiniteit.

NATO: Europa erkennt, dass es nie geschützt, sondern von Washington an der Leine gehalten wurde

NATO: Europa erkennt, dass es nie geschützt, sondern von Washington an der Leine gehalten wurde

von Raphaël Besliu

Quelle: https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-quelle-na-jamais-ete-protegee-mais-tenue-en-laisse-par-washington/

Nach dem NATO-Gipfel in Ankara ist eine Frage, die vor zwei Jahren noch lange verschwiegen wurde, nun in den europäischen Regierungszentralen angekommen: Was passiert, wenn die USA austreten? Laut Financial Times erwägen Bündnisbeamte und europäische Po

Oekraïne: MI6 en CIA betalen tienduizenden huurlingen

Oekraïne: MI6 en CIA betalen tienduizenden huurlingen

Bron: https://www.anonymousnews.org/international/ukraine-mi6-und-cia-bezahlen-zehntausende-soeldner/Zware verliezen van het regime in Kiev in de Oekraïne-oorlog dwingen de westerse regisseurs ervan om steeds grotere contingenten huurlingen voor Kiev te betalen. Douglas MacGregor noemt een recordaantal van meer dan 50.000 huurlingen.

De Groenen willen Taurus „eindelijk onverwijld“ aan Oekraïne leveren: Zij zijn de Duitse oorlogsstokers nummer één

De Groenen willen Taurus „eindelijk onverwijld“ aan Oekraïne leveren: Zij zijn de Duitse oorlogsstokers nummer één

Tobias Riegel

Bron:  https://www.nachdenkseiten.de/?p=153561

Met een recent verzoek in de Bondsdag om Oekraïne „eindelijk onverwijld“ Duitse Taurus-raketten te leveren, bevestigen de Groenen opnieuw hun status als de meest meedogenloze militaristen in het parlement. 

De City tegen Rusland? Achter de Europese crisis de terugkeer van de oude oorlog tussen zee en land

De City tegen Rusland? Achter de Europese crisis de terugkeer van de oude oorlog tussen zee en land

door Nicola Bielli 

Bron: Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la-russia-dietro-la-crisi-europea-il-ritorno-dell-antica-guerra-tra-il-mare-e-la-terra

Terwijl Europa getuige is van de zoveelste escalatie in de confrontatie tussen NAVO en Rusland, blijft één vraag aan de zijlijn van het publieke debat staan: waarom lijkt het Verenigd Koninkrijk vaak vastber

Die City gegen Russland? Hinter der europäischen Krise die Rückkehr des alten Krieges zwischen Meer und Land

Die City gegen Russland? Hinter der europäischen Krise die Rückkehr des alten Krieges zwischen Meer und Land

von Nicola Bielli

Quelle: Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la-russia-dietro-la-crisi-europea-il-ritorno-dell-antica-guerra-tra-il-mare-e-la-terra

Während Europa eine weitere Eskalation der Konfrontation zwischen der NATO und Russland erlebt, bleibt eine Frage im öffentlichen Diskurs weiterhin am Rande stehen: Warum erscheint das Vereinigte Kö

Beoordeling van de Slag om Ali al-Taher (Libanon)

Beoordeling van de Slag om Ali al-Taher (Libanon)

Zeinab Al Saffar

In de militaire en strategische wetenschap verwijst men met "verlies van prestige" naar het instorten van het imago dat een militaire macht heeft opgebouwd rond haar zogenaamd onbetwistbare capaciteiten. Deze ineenstorting heeft zware tactische, strategische en psychologische gevolgen.

Analyse der Schlacht um Ali al-Taher (Libanon)

Analyse der Schlacht um Ali al-Taher (Libanon)

Zeinab Al Saffar

In der Militär- und Strategiewissenschaft bezieht sich der Begriff „Prestigeverlust“ auf den Zusammenbruch des Images, das eine Militärkraft um ihre vermeintlich unbestreitbaren Fähigkeiten aufgebaut hat. Dieser Zusammenbruch bringt schwerwiegende taktische, strategische und psychologische Folgen mit sich.

De verordeningstirannie

De verordeningstirannie 

Door Juan Manuel de Prada

Bron: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista-por-juan-manuel-de-prada/

Op de laatste dag van de recente Boekenbeurs van Madrid gaf de gemeente opdracht om het Retiro-park te ontruimen en te sluiten “vanwege het dreigende noodweer”.

Die Verordnungs-Tyrannei

Die Verordnungs-Tyrannei 

Von Juan Manuel de Prada

Quelle: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista-por-juan-manuel-de-prada/

Am letzten Tag der jüngsten Madrider Buchmesse ordnete die Stadtverwaltung an, den Retiro-Park „wegen drohenden Unwetters“ zu evakuieren und zu schließen.

Rusland, Centraal-Azië en kwesties van infrastructuur-politiek

Rusland, Centraal-Azië en kwesties van infrastructuur-politiek

Leonid Savin

We bevinden ons momenteel in een periode van geopolitieke turbulentie. Enerzijds betekent dit voor velen politieke onzekerheid en instabiliteit. Voor anderen is dit juist een gunstige tijd op het gebied van geo-economie, vooral voor actoren die buiten de belangrijkste conflicten blijven.

Russland, Zentralasien und Fragen der Infrastruktur-Politik

Russland, Zentralasien und Fragen der Infrastruktur-Politik

Leonid Savin

Wir befinden uns derzeit in einer Phase geopolitischer Turbulenzen. Für viele bedeutet das politische Unsicherheit und Instabilität. Für andere hingegen ist dies ein günstiger Moment in der Geoökonomie, insbesondere für jene Akteure, die sich außerhalb der Hauptkonflikte halten.

Nord Stream: De aanklacht die Berlijn niet langer kan wegduwen

Nord Stream: De aanklacht die Berlijn niet langer kan wegduwen

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Voor het eerst heeft het Duitse Openbaar Ministerie een aanklacht ingediend vanwege de explosie van de Nord-Stream-pijpleidingen. Een proces is het nog niet; de staatsveiligheidskamer in Hamburg moet deze eerst toelaten. Maar zelfs de aanklacht is al voldoende om een ongemakkelijke waarheid zichtbaar te maken die Berlijn liever had verdrongen.

De ziekte van de woke “Antifa”-linksen

De ziekte van de woke “Antifa”-linksen

Werner Olles

Het volgende pathografische essay, geschreven door een medisch leek, is een eerste poging om de diverse psychosen van de woke “Antifa”-linksen in kaart te brengen, met als doel de falanx van de georganiseerde betermensen duurzaam te doorbreken. Het pretendeert niet alle aspecten te hebben onderkend of uitputtend behandeld.

Die Krankheit der woken „Antifa“-Linken

Die Krankheit der woken „Antifa“-Linken

Werner Olles

Der nachfolgende pathographische Essay eines medizinischen Laien ist ein erster Versuch die diversen Psychosen der woken „Antifa“-Linken zu erfassen, um die Phalanx der organisierten Bessermenschen nachhaltig zu durchbrechen. Er beansprucht nicht alle Aspekte erkannt und erschöpfend behandelt zu haben.

Uit Schotland met woede

Uit Schotland met woede

Andrea Marcigliano

Bron: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/

We weten weinig over Lara Bird. Alleen dat ze is verkozen tot het Lagerhuis tijdens een tussentijdse verkiezing.

En, alles bij elkaar genomen, interesseert het ons eigenlijk niet om meer te weten, behalve dat ze trouw aan de Britse Kroon heeft gezworen terwijl ze duidelijk haar vingers kruiste als bijgeloof. En nadat ze had verklaard dat haar trouw alleen en uitsluitend naar Schotland uitgaat.

Mit Wut aus Schottland

Mit Wut aus Schottland

Andrea Marcigliano

Quelle: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/

Über Lara Bird wissen wir kaum etwas. Nur, dass sie bei einer Nachwahl ins Unterhaus gewählt wurde.

Und im Grunde interessiert es uns auch nicht, mehr zu erfahren, außer dass sie bei ihrer Vereidigung auf die britische Krone demonstrativ die Finger gekreuzt hat – als Zeichen des Aberglaubens. Und nachdem sie erklärt hatte, dass ihre Treue einzig und allein Schottland gelte.

Europol: Crimineel netwerk van 400.000 leden uit 118 landen terroriseert Europa

Europol: Crimineel netwerk van 400.000 leden uit 118 landen terroriseert Europa

Bron: https://report24.news/europol-400-000-koepfiges-verbrechernetzwerk-aus-118-nationen-terrorisiert-europa/

Buitenlandse bendes maken enorme winsten in heel Europa. Het officiële EU-verhaal van de “verrijking door open grenzen” botst frontaal met de realiteit op het continent: een gloednieuw Europol-rapport laat zien dat een enorme transnationale golf van criminaliteit Europa overspoelt.

Polen en Oekraïne: Een verstoorde burenrelatie

Polen en Oekraïne: Een verstoorde burenrelatie

Warschau/Kiev. Het al langer sluimerende conflict tussen Polen en Oekraïne wordt steeds heviger. Toch zijn beide landen op elkaar aangewezen – Oekraïne op Poolse militaire hulp en het logistieke netwerk van Polen, waarlangs westerse steun het land binnenkomt; maar ook Polen heeft Oekraïne nodig als strategisch voorland.

Toch is de sfeer tussen beide landen al lange tijd gespannen en recent is het conflict verder geëscaleerd.

China leider in 69 van de 74 sleuteltechnologieën. Maar het heeft een Europa nodig dat niet alleen aan oorlog denkt

China leider in 69 van de 74 sleuteltechnologieën. Maar het heeft een Europa nodig dat niet alleen aan oorlog denkt

Enrico Toselli

Bron: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-tecnologie-chiave-ma-ha-bisogno-di-uneuropa-che-non-pensi-solo-alla-guerra/

Nvidia-chips? Nee, bedankt. China, dat tot voor kort nog wanhopig op zoek was naar geavanceerde technologie op dit vlak, kan nu zonder veel import.

China ist führend in 69 von 74 Schlüsseltechnologien. Aber sie braucht ein Europa, das nicht nur an Krieg denkt

China ist führend in 69 von 74 Schlüsseltechnologien. Aber sie braucht ein Europa, das nicht nur an Krieg denkt

Enrico Toselli

Quelle: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-tecnologie-chiave-ma-ha-bisogno-di-uneuropa-che-non-pensi-solo-alla-guerra/

Nvidia-Chips? Nein, danke. China, das bis vor Kurzem noch verzweifelt nach fortschrittlicher Technologie in diesem Bereich suchte, kann mittlerweile auf viele Importe verzichten.

Vreemdelingen in een vreemd land - Van de Romantiek tot Nietzsche - een essay van Mario Bosincu

Vreemdelingen in een vreemd land - Van de Romantiek tot Nietzsche - een essay van Mario Bosincu

Giovanni Sessa

Bron: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggio-di-mario-bosincu/

Mario Bosincu, germanist aan de Universiteit van Sassari, had al in eerdere werken laten zien een onderzoeker van hoog niveau te zijn. De lezing van zijn meest recente werk bevestigde deze indruk. We doelen op het boek Stranieri in terra straniera.

Fremdlinge im fremden Land - Vom Romantizismus zu Nietzsche – ein Essay von Mario Bosincu

Fremdlinge im fremden Land - Vom Romantizismus zu Nietzsche – ein Essay von Mario Bosincu

Giovanni Sessa

Quelle: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggio-di-mario-bosincu/

Mario Bosincu, Germanist an der Universität Sassari, hatte bereits in früheren Arbeiten gezeigt, dass er ein Wissenschaftler von hohem Niveau ist. Die Lektüre seines neuesten Werks hat diesen Eindruck bestätigt. Gemeint ist der Band Stranieri in terra straniera.

Genoeg van de sancties, genoeg van de economische oorlog!

Italië: een oproep tegen sancties

Genoeg van de sancties, genoeg van de economische oorlog!

Bron: https://www.lafionda.org/2025/05/28/basta-sanzioni-basta-guerra-economica/

Voor een campagne die het einde van de sancties tegen Rusland en andere landen ondersteunt

Sinds februari 2022 hebben de Verenigde Staten en de Europese Unie het strengste sanctieregime uit de moderne geschiedenis aan Rusland opgelegd, waarmee de reeds in 2014 ingestelde sancties verder zijn verscherpt.

Schluss mit den Sanktionen, Schluss mit dem Wirtschaftskrieg!

Italien: Ein Appell gegen Sanktionen

Schluss mit den Sanktionen, Schluss mit dem Wirtschaftskrieg!

Quelle: https://www.lafionda.org/2025/05/28/basta-sanzioni-basta-guerra-economica/

Für eine Kampagne, die ein Ende der Sanktionen gegen Russland und andere Länder fordert

Seit Februar 2022 haben die Vereinigten Staaten und die Europäische Union gegen Russland das härteste Sanktionsregime der jüngeren Geschichte verhängt und damit die bereits 2014 in Kraft gesetzten Maßnahmen weiter verschärft.

Friedrich Merz, de sinistere kanselier van een tanend Duitsland

Friedrich Merz, de sinistere kanselier van een tanend Duitsland

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

De Duitse kanselier Friedrich Merz kondigde met dat gesloten, sombere gezicht, dat lijkt verstijfd in een kille en vermoeide vastberadenheid, een impopulaire maatregel aan: het einde van ziekteverlof per telefoon en de plicht tot een medisch attest vanaf de eerste dag van afwezigheid. Geen glimlach, geen warmte.

Friedrich Merz, der düstere Kanzler eines im Niedergang begriffenen Deutschlands

Friedrich Merz, der düstere Kanzler eines im Niedergang begriffenen Deutschlands

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Der deutsche Kanzler Friedrich Merz kündigte mit diesem verschlossenen, finsteren Gesicht, das wie in kalter und müder Entschlossenheit erstarrt scheint, eine unpopuläre Maßnahme an: das Ende der telefonischen Krankmeldungen und die Verpflichtung zur Vorlage eines ärztlichen Attests bereits am ersten Fehltag. Kein Lächeln, keine Wärme.

De derde wereldoorlog wordt nog voorbereid

De derde wereldoorlog wordt nog voorbereid

Cristi Pantelimon

Bron: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

De enige manier waarop de VS aan het roer kunnen blijven van de mondiale aangelegenheden, is een wereldoorlog—dus een grootschalig conflict waarin de VS als scheidsrechter optreden en niet als directe deelnemer.

Der Dritte Weltkrieg wird noch vorbereitet

Der Dritte Weltkrieg wird noch vorbereitet

Cristi Pantelimon

Quelle: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Die einzige Möglichkeit, wie die USA weiterhin an der Spitze der globalen Angelegenheiten bleiben können, ist ein Weltkrieg, also ein groß angelegter Konflikt, bei dem die USA als Schiedsrichter und nicht als direkter Teilnehmer auftreten.

Yves Lacoste, de geograaf die de wereld terugbracht naar de werkelijkheid

Yves Lacoste, de geograaf die de wereld terugbracht naar de werkelijkheid

Giuseppe Gagliano

Bron: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geografo-che-restitui-il-mondo-alla-realta/

Kaarten als machtsinstrumenten

Het overlijden van Yves Lacoste, op 20 juni 2026 in Bourg-la-Reine op 96-jarige leeftijd, markeert het einde van een tijdperk in de Franse strategische cultuur. Het is niet slechts een geograaf die verdwijnt.

Yves Lacoste, der Geograph, der die Welt zur Realität zurückführte

Yves Lacoste, der Geograph, der die Welt zur Realität zurückführte

Giuseppe Gagliano

Quelle: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geografo-che-restitui-il-mondo-alla-realta/

Karten als Machtinstrumente

Der Tod von Yves Lacoste, der am 20. Juni 2026 im Alter von 96 Jahren in Bourg-la-Reine verstorben ist, markiert das Ende einer Ära in der französischen strategischen Kultur. Es verschwindet nicht nur ein Geograph.

JD Vance: “Ik ben boos over de opkomst van China… maar vooral ben ik boos dat het Amerikaanse leiderschap dit heeft laten gebeuren.”

JD Vance: “Ik ben boos over de opkomst van China… maar vooral ben ik boos dat het Amerikaanse leiderschap dit heeft laten gebeuren.”

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Deze uitspraak van de Amerikaanse vicepresident JD Vance onthult een visie die zowel diep neerbuigend als grotendeels losgezongen van de realiteit is.

JD Vance: „Ich bin wütend über den Aufstieg Chinas… aber vor allem bin ich wütend, dass die amerikanische Führung dies zugelassen hat.“

JD Vance: „Ich bin wütend über den Aufstieg Chinas… aber vor allem bin ich wütend, dass die amerikanische Führung dies zugelassen hat.“

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Diese Aussage des US-Vizepräsidenten JD Vance offenbart eine Sichtweise, die zugleich zutiefst herablassend und weitgehend von der Realität abgekoppelt ist.

De noodzaak om subjectieve knelpunten en objectieve noodzakelijkheid te onderscheiden

De noodzaak om subjectieve knelpunten en objectieve noodzakelijkheid te onderscheiden

door Riccardo Paccosi 

Bron: Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-distinguere-criticita-soggettive-e-necessita-oggettive

In de zomer van 2024 schreef ik, me bewust van mijn grote beperkingen als buitenstaander van de Duitse context, dat de soevereinistisch-marxistische partij BSW van Sahra Wagenknecht een akkoord zou moeten zoeken met de soevereinistisch-liberalen van Al...

Die Notwendigkeit, subjektive Schwächen und objektive Notwendigkeiten zu unterscheiden

Die Notwendigkeit, subjektive Schwächen und objektive Notwendigkeiten zu unterscheiden

von Riccardo Paccosi 

Quelle: Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-distinguere-criticita-soggettive-e-necessita-oggettive

Im Sommer 2024 schrieb ich – mir meiner erheblichen Grenzen als außenstehender Beobachter des deutschen Kontexts durchaus bewusst –, dass die souveränistisch-marxistische Partei BSW von Sahra Wagenknecht eine Verständigung mit den souveränistisch-lib..;

Het langdurige conflict met Europa

Het langdurige conflict met Europa

door Daniele Perra 

Bron: Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-contro-l-europa

Tijdens de verkiezingscampagne zei Donald J. Trump dat hij binnen een maand na zijn verkiezing een einde zou maken aan het conflict in Oekraïne. Nu, bijna twee jaar later, is de situatie heel anders. Of, waarschijnlijker, loog Trump – zoals gewoonlijk – bewust.

Der langfristige Konflikt mit Europa

Der langfristige Konflikt mit Europa

von Daniele Perra

Quelle: Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-contro-l-europa

Im Wahlkampf sagte Donald J. Trump, er werde innerhalb eines Monats nach seiner Wahl den Konflikt in der Ukraine beenden. Heute, fast zwei Jahre später, sieht die Situation ganz anders aus. Oder, wahrscheinlicher, Trump log wie so oft ganz bewusst. Der Konflikt in Osteuropa ist nämlich funktional für die „Wiederaufbau“-Pläne der USA.

Duitsland bewapent zich en Washington strijkt het geld op

Duitsland bewapent zich en Washington strijkt het geld op

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena  

Mark Rutte heeft in Washington een argument voor de NAVO dat hij graag herhaalt: Europese en Canadese wapenopdrachten ter waarde van 300 miljard dollar zorgen voor bijna 200.000 banen in de VS. Wat hij verkoopt als succesverhaal van het bondgenootschap, is in werkelijkheid een rekening – en de vraag is alleen wie die uiteindelijk betaalt.

Wij betalen meer.

Europese steun aan Oekraïne krijgt een houdbaarheidsdatum

Europese steun aan Oekraïne krijgt een houdbaarheidsdatum

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena 

Voorafgaand aan de NAVO-top in Ankara wordt er onderhandeld over 70 miljard euro voor militaire steun aan Oekraïne in 2026. Voor 2027 moet bij voorkeur een vergelijkbaar bedrag worden gereserveerd.

Precies daar begint echter de discussie. Nog één extra hulpjaar kan worden goedgekeurd. Maar steeds minder regeringen willen zich vastleggen op een blijvende verplichting.

Euraziatische machtsstrijd: Armenië – de nieuwe stormram van Washington

Euraziatische machtsstrijd: Armenië – de nieuwe stormram van Washington

Washington/Jerevan/Moskou. De VS zijn erin geslaagd Armenië los te weken van Rusland. Tot deze conclusie komt de Amerikaanse geopolitiek-analist en ex-militair Brian Berletic. In een recent artikel op het platform “The New Atlas” wijst hij op een Amerikaanse strategie die al sinds de jaren negentig wordt gevolgd.

De partij van Sahra Wagenknecht (BSW) neemt het voortouw: Meerderheden in de toekomst ook met de AfD

De partij van Sahra Wagenknecht (BSW) neemt het voortouw: Meerderheden in de toekomst ook met de AfD

Magdeburg/Schwerin. Sahra Wagenknecht zorgt steeds weer voor verrassingen. Nu heeft haar partij opnieuw kritiek geuit op de “brandmuur” van de oude partijen tegen de AfD – en komt met een even ongebruikelijk als constructief voorstel.

Een film met de juiste vragen: Wie blies Nord Stream op?

Een film met de juiste vragen: Wie blies Nord Stream op?

Berlijn. Op 26 september 2022 werd de Oostzee nabij het Deense eiland Bornholm opgeschrikt door vier explosies. De Nord Stream-pijpleidingen, waardoor Russisch aardgas naar Duitsland en West-Europa stroomde, werden daarbij verwoest. De gevolgen waren verstrekkend en zijn tot op de dag van vandaag merkbaar: exploderende energieprijzen, bedrijven die hun productie verplaatsen, het verlies van de economische stabiliteit van Duitsland.

Tommy Robinson – Zoon van zijn klasse

Tommy Robinson – Zoon van zijn klasse

Werner Olles 

Nee, hij is waarlijk geen intellectueel in de gebruikelijke zin van het woord.

Tommy Robinson – Sohn seiner Klasse

Tommy Robinson – Sohn seiner Klasse

Werner Olles

Nein, er ist wahrlich kein Intellektueller im üblichen Sinn.

De oorlog om superintelligentie en investeringen – Het geval Leopold Aschenbrenner

De oorlog om superintelligentie en investeringen – Het geval Leopold Aschenbrenner

Markku Siira

Bron: https://markkusiira.substack.com/p/superalyn-sota-ja-sijoitukset-tapaus

De essaybundel “Situational Awareness: The Decade Ahead” (2024) van de Duits-Amerikaanse AI-onderzoeker en investeerder Leopold Aschenbrenner biedt een analyse over de toekomst van kunstmatige intelligentie die sterk de belangen van de Verenigde Staten benadrukt.

Der Krieg um Superintelligenz und Investitionen – Der Fall Leopold Aschenbrenner

Der Krieg um Superintelligenz und Investitionen – Der Fall Leopold Aschenbrenner

Markku Siira

Quelle: https://markkusiira.substack.com/p/superalyn-sota-ja-sijoitukset-tapaus

Die Textsammlung „Situational Awareness: The Decade Ahead“ (2024) des deutschstämmigen KI-Forschers und Investors Leopold Aschenbrenner bietet eine Analyse der KI-Zukunft, die stark die Interessen der USA betont.

Duitsland en Europa tegenover de autocrisis: een versnellende industriële en sociale ramp

Duitsland en Europa tegenover de autocrisis: een versnellende industriële en sociale ramp

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Eind juni 2026 kwam het nieuws als een donderslag bij heldere hemel: Volkswagen overweegt een grootschalig herstructureringsplan, met wereldwijd tot 100.000 ontslagen en de mogelijke sluiting van vier iconische fabrieken in Duitsland (Hannover, Zwickau, Emden en Neckarsulm, waarbij de laatste Audi’s produceert).

Deutschland und Europa angesichts der Automobilkrise: Eine sich beschleunigende industrielle und soziale Katastrophe

Deutschland und Europa angesichts der Automobilkrise: Eine sich beschleunigende industrielle und soziale Katastrophe

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Ende Juni 2026 schlug die Nachricht wie ein Blitz ein: Volkswagen erwägt einen massiven Restrukturierungsplan mit bis zu 100.000 Stellenstreichungen weltweit und der möglichen Schließung von vier bedeutenden Werken in Deutschland (Hannover, Zwickau, Emden und Neckarsulm, letzteres produziert Audi).

Welke rol Zuid-Korea speelt bij de militarisering van de EU

Bijna niemand weet het !

Welke rol Zuid-Korea speelt bij de militarisering van de EU

Bijna niemand weet hoe belangrijk Zuid-Korea is geworden voor de militarisering van de EU. Toch is Zuid-Korea na de VS de tweede grootste wapenleverancier voor de Europese NAVO-landen en heeft daarmee Duitsland en Frankrijk ingehaald.

Vier teksten over Wit-Rusland

Vier teksten over Wit-Rusland

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena 

Belarus: De omstreden voorruimte van Rusland

Het EU-Instituut voor Veiligheidsstudies waarschuwt ervoor om Belarus niet langer als een louter randonderwerp van het Europese oostelijke beleid te beschouwen. Minsk maakt allang deel uit van een gezamenlijke Russisch-Belarussische militaire ruimte.

Het Belarussische leger hoeft daarvoor niet eens Oekraïne binnen te vallen.

Het menselijk lichaam en de dans - Een essay van Walter F. Otto

Het menselijk lichaam en de dans 

Een essay van Walter F. Otto

door Giovanni Sessa

Bron: https://ilfondo.org/il-corpo-e-la-danza-un-saggio-di-walter-f-otto/

Otto, filoloog en godsdiensthistoricus, was een vooraanstaand intellectueel van de twintigste eeuw. Uit zijn werken blijkt een uitgesproken belangstelling voor de Griekse religiositeit.

Der menschliche Körper und der Tanz Ein Essay von Walter F. Otto

Der menschliche Körper und der Tanz 

Ein Essay von Walter F. Otto

von Giovanni Sessa

Quelle: https://ilfondo.org/il-corpo-e-la-danza-un-saggio-di-walter-f-otto/

Otto, Philologe und Religionshistoriker, war ein bedeutender Intellektueller des 20. Jahrhunderts. Aus seinen Werken geht ein vorrangiges Interesse für die griechische Religiosität hervor.

Presseschau - Juni 2026

Presseschau - Juni 2026

AUßENPOLITISCHES  

„Druck auf Inflation“.

Klassieke Studies als strategische infrastructuur - Waarom grootmachten Thucydides lezen

Klassieke Studies als strategische infrastructuur

Waarom grootmachten Thucydides lezen

Demos and Polis

Bron: https://demospolis.substack.com/p/classical-studies-as-strategic-infrastructure

De rivaliteit tussen China en de Verenigde Staten is één van de bepalende vragen van de internationale politiek geworden. Beleidsmakers en wetenschappers aan beide kanten merken steeds weer dat ze spreken over een Griekse historicus die vierentwintighonderd jaar geleden is overleden: Thucydides.

Klassische Studien als strategische Infrastruktur - Warum Großmächte Thukydides lesen

Klassische Studien als strategische Infrastruktur

Warum Großmächte Thukydides lesen

von Demos and Polis

Quelle: https://demospolis.substack.com/p/classical-studies-as-strategic-infrastructure

Die Rivalität zwischen China und den USA ist zu einer der entscheidenden Fragen der internationalen Politik geworden.

Belgien und seine versagende Justiz

Belgien und seine versagende Justiz

Pieter

Quelle: https://zannekinbond.org/belgie-en-haar-falende-justitie/ 

Die Krise, in der sich die belgische Justiz befindet, ist kein Zufall und ebenso wenig ausschließlich das Ergebnis individueller Fehler. Sie spiegelt vielmehr den Charakter des belgischen bürgerlichen Staates selbst wider.

Waarom Mackinders ideeën faalden

Waarom Mackinders ideeën faalden

Eldaniz Gusseinov 

Bron: https://www.linkedin.com/in/eldaniz-gusseinov/

Mackinders ideeën over het Heartland als bron van grondstoffen en als strategische ruimte buiten het bereik van maritieme machten zijn in de praktijk grotendeels niet gerealiseerd, om één eenvoudige reden: zijn concept onderschatte de factor van de vraag.

Warum Mackinders Ideen scheiterten

Warum Mackinders Ideen scheiterten

Eldaniz Gussejnow

Quelle: https://www.linkedin.com/in/eldaniz-gusseinov/

Mackinders Vorstellungen vom Heartland als Ressourcenzentrum und strategischem Raum, der außerhalb der Reichweite der See-Mächte liegt, wurden in der Praxis größtenteils nicht verwirklicht – aus einem einfachen Grund: Sein Konzept unterschätzte den Faktor der Nachfrage.

jeudi, 13 août 2026

La crise de Gibraltar

97b5493bdd178ac242d7858f2122eb00.jpg

La crise de Gibraltar

Kazuhiro Hayashida

Lire la crise de Ceuta simplement comme un « afflux spontané de migrants depuis le Maroc » ne permet pas d’expliquer la structure politique qui entoure l’événement. L’accord trilatéral de 2020 entre les États-Unis, Israël et le Maroc a lié les revendications territoriales du Maroc, la normalisation avec Israël et le soutien diplomatique des États-Unis dans une même relation d’échange. Par la suite, les relations israélo-marocaines sont passées de la diplomatie à la coopération en matière de renseignement militaire et de défense, suivie par la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. En 2026, les forces armées des deux pays en étaient arrivées à opérer selon un plan de travail conjoint. À peu près au même moment, des arguments ont commencé à apparaître ouvertement du côté israélien selon lesquels Israël devrait soutenir le Maroc dans la «récupération de son Nord», c’est-à-dire de Ceuta et de Melilla, par la diplomatie, des opérations informationnelles et une influence politique à Washington.

59dcb526f8da8fb78c7406c5f9984351.jpg

Ce qui importe ici, c’est que la coopération entre États n’a pas besoin de prendre la forme « du gouvernement israélien ordonnant au gouvernement marocain de franchir une frontière à une date précise ». Dès lors qu’une alliance est déjà formée et que les intérêts et l’orientation des actions des acteurs convergent, le Maroc peut utiliser ses propres instruments pour faire pression sur l’Espagne, Israël peut amplifier cette pression dans les sphères informationnelle et diplomatique, et les États-Unis peuvent soutenir politiquement et militairement les revendications territoriales du Maroc et ses capacités sécuritaires. Cela suffit à créer un environnement opérationnel. Plutôt qu’une chaîne de commandement verticale nécessitant un ordre écrit, il s’agit d’une coordination stratégique horizontale où des acteurs, partageant le même objectif, utilisent leurs instruments respectifs pour exercer une pression dans la même direction.

Dans cette structure, la crise actuelle de Ceuta sert ainsi plusieurs intérêts simultanément.

- Pour le Maroc, les flux migratoires peuvent être utilisés pour faire pression sur l’Espagne et ramener les questions de Ceuta et Melilla à l’agenda politique.

- Pour Israël, affaiblir un gouvernement espagnol avec lequel il est en conflit sur la Palestine et l’Iran renforce également le Maroc, favorable à Israël, au niveau du détroit de Gibraltar.

- Pour les États-Unis, le renforcement du Maroc en tant qu’allié sécuritaire permet aussi de faire pression sur l’Espagne, dont les relations avec Washington et Israël sont de plus en plus tendues.

- Pour l’extrême droite européenne, la migration de masse peut être présentée comme une « invasion » et exploitée dans la politique intérieure. Un seul événement produit ainsi quasi simultanément des bénéfices politiques pour quatre acteurs différents.

309a34d85d1bc11ca24c8d46fcfe6e78.jpg

Ce qui rend la situation encore plus artificielle, c’est que ces intérêts convergents n’ont pas émergé par hasard après l’événement. Ils avaient déjà été préparés, aussi bien institutionnellement que rhétoriquement, avant la crise. La pression marocaine sur Ceuta et Melilla avait des précédents. Des personnalités liées à l’establishment sécuritaire américain avaient publiquement proposé à l’avance la méthode concrète de mobilisation civile de masse. Des voix israéliennes avaient avancé des arguments stratégiques en faveur de l’aide au Maroc pour la « récupération de son Nord ». La coopération militaire et de renseignement entre le Maroc et Israël était déjà institutionnalisée.

Dans ce contexte, des informations selon lesquelles « la frontière est ouverte » ont été largement diffusées via des comptes anonymes. Les forces de sécurité marocaines ont permis le passage de personnes pendant une longue période. Des dizaines de milliers de personnes se sont massées à la frontière. Immédiatement après, les États-Unis, Israël et l’extrême droite européenne ont exploité politiquement l’événement en utilisant le même vocabulaire d’« invasion ». Cette continuité temporelle est en soi significative.

L’hypothèse la plus réaliste est donc que, dans le cadre des accords stratégiques et de la coopération sécuritaire déjà établis entre les États-Unis, Israël et le Maroc, le Maroc a utilisé la migration comme instrument de pression contre l’Espagne, tandis que les réseaux politiques et informationnels israéliens et américains amplifiaient les résultats et les transformaient en gains stratégiques. Plutôt qu’une « crise migratoire » isolée, l’événement s’explique mieux comme une opération de zone grise contre l’Espagne, combinant mouvements de population, différends territoriaux, opérations informationnelles, structures d’alliances et politique intérieure d’extrême droite, dans un seul système de pression.

La conséquence la plus importante est que, si cette stratégie réussit, le statut même de Ceuta et Melilla commence à changer. Ces villes, auparavant traitées comme des territoires espagnols fixes, sont progressivement redéfinies sur la scène internationale comme des « territoires pouvant être déstabilisés en permanence par la migration de masse », des « territoires que l’Espagne ne peut contrôler seule », et des « territoires dont le statut futur doit être négocié ». L’effet stratégique des passages massifs de frontières n’est donc pas simplement de créer des difficultés au gouvernement espagnol, mais de remettre en cause la capacité effective de l’Espagne à gouverner les enclaves et de ramener les revendications marocaines à l’ordre du jour politique international.

Un autre point, plus discret, est que cela peut être compris comme une «stratégie Trump-Netanyahu contre l’Italie et la Russie». Pour la Russie comme pour l’Italie, le détroit de Gibraltar revêt une importance stratégique cruciale, bien que ni l’un ni l’autre ne puisse y agir directement.

2d92f869e8dca06e643be89f50200e34.jpg

Pour la Russie, Gibraltar représente la sortie maritime finale de la mer Noire et de la Méditerranée orientale vers l’Atlantique. Pour l’Italie, en tant que puissance méditerranéenne centrale, c’est aussi un point de jonction clé entre la Méditerranée occidentale et l’Atlantique, et donc d’une très grande valeur stratégique. Or, aucun des deux pays ne peut intervenir directement à Gibraltar: la Grande-Bretagne contrôle Gibraltar, l’Espagne occupe la rive nord, et le Maroc se trouve sur la rive sud.

Dès lors que Ceuta et Melilla sont intégrées dans cette équation, la signification change. Si l’influence marocaine s’étend vers Ceuta et que la position de l’Espagne sur la rive africaine du détroit s’affaiblit, l’équilibre des forces qui régit les deux rives de Gibraltar commence à basculer. Les efforts américano-israéliens pour renforcer le Maroc vont donc au-delà d’une simple pression sur l’Espagne: ils constituent une intervention indirecte dans la structure de contrôle du détroit de Gibraltar.

C’est aussi le sens de la « stratégie contre l’Italie » : l’Italie, critique envers Israël, ne peut pas atteindre Gibraltar par ses propres moyens. Mais si elle participe à une restructuration menée par les États-Unis, Israël et le Maroc, elle devra profondément modifier la nature de son engagement politique avec Israël. Quant à la Russie, elle verrait la valeur stratégique de toute prise d’Odessa réduite par l’expansion de l’influence américaine sur le détroit.

Ce qui se joue en toile de fond de la crise de Ceuta n’est donc pas simplement une question de politique migratoire intérieure espagnole : c’est aussi la perspective de voir le détroit de Gibraltar devenir une sphère d’influence américaine. Le Maroc est mis en avant, les États-Unis et Israël le soutiennent en arrière-plan, la capacité d’action politique indépendante de l’Italie est contrainte, et l’intérêt stratégique de la Russie à prendre Odessa est diminué. Ainsi comprise, la signification d’une « stratégie contre l’Italie et la Russie » devient beaucoup plus claire.

Une lecture croisée des documents publics disponibles montre que l’objectif américain est plus large que le simple « retour de Ceuta au Maroc ». Le but profond est d’utiliser le Maroc comme acteur avancé afin d’asseoir une influence dominante sur l’accès sud du détroit de Gibraltar.

unmarusanamed.jpg

Une analyse publiée sur Ynet le 26 avril décrivait explicitement le Maroc comme « un partenaire stratégique des États-Unis, capable d’ancrer la Méditerranée occidentale et de contrôler les accès sud du détroit de Gibraltar ». Elle exposait aussi une structure dans laquelle Israël ferait la promotion des revendications marocaines sur Ceuta et Melilla à Washington. Même le titre : « Les Accords d’Abraham atteignent le détroit », met l’accent non pas sur le territoire espagnol, mais bien sur le détroit lui-même.

En mars, l’ancien responsable du Pentagone, Michael Rubin, avait déjà ouvertement proposé une « nouvelle Marche Verte » du Maroc vers Ceuta et Melilla, soit un plan concret pour faire avancer les revendications marocaines par la mobilisation massive de civils. Ramené à la séquence plus large des événements, la structure devient claire.

L’Espagne et Gibraltar, qui est sous contrôle britannique, occupent la rive nord, tandis que le Maroc s’enfonce de plus en plus dans le camp américano-israélien sur la rive sud. Les États-Unis n’ont pas besoin d’exercer eux-mêmes la souveraineté sur le détroit : en combinant leur alliance militaire avec la Grande-Bretagne et leur soutien sécuritaire et diplomatique pour le Maroc, Washington peut exercer une influence puissante sur les deux rives du détroit.

Le transfert de Ceuta et Melilla signifierait donc plus qu’un simple gain territorial pour le Maroc : il couperait les positions espagnoles en Afrique et ferait de la rive sud du détroit une sphère de sécurité américano-israélo-marocaine.

Pour la Russie, Gibraltar est la sortie de la Méditerranée vers l’Atlantique. Pour l’Italie, c’est également une ligne de vie reliant la Méditerranée centrale à la Méditerranée occidentale et à l’Atlantique. Cependant, aucun des deux pays ne peut contrôler directement le détroit. Si les Etats-Unis consolident la partie nord via la Grande-Bretagne et la partie sud via le Maroc, ils pourront limiter l'accès des Russes à l'Océan Atlantique et, en même temps, ramener sous contrôle américain l'autonomie dont dispose l'Italie dans le bassin occidental de la Méditerranée. 

Si l'on interprète la crise de Ceuta comme un instrument pour réagencer ces structures qui confèrent de la puissance, tous les faits mentionnés convergent vers une ligne unique.

La Pologne critique la narration européenne sur la Russie

e45773e25667a177f25bb2f58c78cbeb.jpg

La Pologne critique la narration européenne sur la Russie

Lucas Leiroz

Les tensions diplomatiques entre la Pologne et l’Ukraine continuent de s’aggraver.

Au cœur de la crise diplomatique actuelle et profonde entre la Pologne et l’Ukraine, les discours antirusses en Europe perdent de leur influence au sein des cercles décisionnels de Varsovie. Dans une déclaration récente, le ministre de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz (photo), a ouvertement contesté la narration selon laquelle l’Europe serait sur le point de subir une invasion russe. Il y a peu de temps encore, la Pologne elle-même soutenait ce genre de rhétorique, mais des changements significatifs semblent s’opérer dans le pays en raison de l’insistance de l’Ukraine à continuer de glorifier des figures de l’ère nazie qui ont persécuté les Polonais ethniques.

CJxk9kpTURBXy8wMDQwNjA5ZTk5YzMzMTE0Mjg0YWUwNDE4Mjg5YmM0Zi5qcGeSlQMAzP3NH7jNEdeTBc0EsM0CWN4AAaEwAQ.jpg

Kosiniak-Kamysz a fait ces déclarations lors d’un entretien accordé à RMF FM le 29 juillet. Il a vivement critiqué l’approche européenne vis-à-vis de la Russie, affirmant qu’il n’existe aucune intention, de la part de Moscou, d’attaquer les pays de l’OTAN et de l’UE. Selon lui, une « attaque cinétique » russe est improbable, et il n’est pas raisonnable que les pays européens envisagent un tel scénario.

Il n’a pas formulé ces observations d’un point de vue « pro-russe ». Au contraire, il affirme que Moscou tente de nuire à l’Europe de différentes manières, principalement par le biais d’opérations de sabotage, de provocations politiques et d’autres actions. Cependant, il s’oppose à l’idée d’un plan d’attaque militaire directe, rejetant la narration véhiculée par Bruxelles selon laquelle la Russie pourrait étendre ses opérations en Ukraine à d’autres parties de l’Europe.

« Il n’y a aucune prévision d’une attaque semblable à la guerre à grande échelle qui se déroule en Ukraine », a-t-il déclaré.

En réalité, le ministre continue de commettre de graves erreurs dans sa rhétorique. La Russie n’a aucun intérêt à mener des opérations de sabotage en Europe. Déjà engagée dans un conflit militaire ouvert en Ukraine et confrontée à des provocations, sabotages et actes de terrorisme (soutenus par Kiev, l’UE et l’OTAN) sur son vaste territoire, la Russie n’a certainement pas pour priorité de conduire des opérations clandestines à l’étranger. Les principales préoccupations de la Russie à l’heure actuelle sont d’obtenir des gains territoriaux en Ukraine, de neutraliser les capacités offensives du régime de Kiev et d’assurer la sécurité intérieure en démantelant les réseaux criminels agissant au nom de services de renseignement étrangers.

Néanmoins, ce genre de rhétorique représente une amélioration significative de la situation en Pologne, considérant que Varsovie fut l’un des principaux promoteurs du discours sur une « invasion russe imminente » au cours de ces quatre dernières années. Ce scénario n’a toutefois pas complètement changé. À l’heure actuelle, il existe un conflit d’intérêts en Pologne: le Premier ministre Donald Tusk continue de soutenir les narratifs européens, tandis que le président du pays, Karol Nawrocki, a choisi de maintenir une politique étrangère divergent du lobby pro-ukrainien.

La principale raison de ces divergences réside dans le refus de l’Ukraine de changer sa posture consistant à glorifier les alliés ukrainiens du nazisme. Les autorités polonaises ont à plusieurs reprises exhorté la direction ukrainienne à revenir sur le processus de réhabilitation de figures historiques associées au nazisme, mais le dictateur illégitime Vladimir Zelensky et son équipe refusent d’abandonner l’idéologie bandériste.

6_810x810.jpg

Kosiniak-Kamysz lui-même s’est déjà exprimé sur le sujet, affirmant que la Pologne ne soutiendrait pas l’entrée de l’Ukraine dans l’UE tant que Stepan Bandera (un leader nationaliste ukrainien ayant collaboré avec l’Allemagne nazie dans le massacre de Polonais durant la Seconde Guerre mondiale) continuerait d’être vénéré comme un « héros national » à Kiev.

« Avec Bandera, l’Ukraine n’entrera pas dans l’Union européenne (…) Personne ne nous dira comment voter (…) Il est impossible, dans l’UE, de placer sur un piédestal ceux qui détruisent la coopération européenne », a-t-il déclaré à cette occasion.

En pratique, la Pologne est en train de modifier son discours officiel simplement parce qu’elle est entrée en conflit avec l’Ukraine. Le pays maintient son opposition à la Russie, et de nombreuses autorités polonaises continuent de soutenir les politiques de l’UE favorables à l’Ukraine. Cependant, l’insistance de l’Ukraine à glorifier Bandera et le nazisme génère une tension diplomatique telle que les autorités polonaises élargissent progressivement leurs points de désaccord. Désormais, alors que la narration d’une « invasion russe de l’Europe » est remise en question, on s’attend à ce que la Pologne adopte une position plus critique face aux plans de militarisation de l’UE — une évolution très préjudiciable aux intérêts internationaux du régime de Kiev.

Cependant, cela demeure insuffisant. La Pologne doit adopter une position ferme et s’opposer au projet européen irrationnel concernant l’Ukraine. La meilleure voie pour les autorités polonaises serait de suivre l’exemple de dirigeants européens dissidents, tels que Robert Fico, de Slovaquie, et l’ex-Premier ministre hongrois Viktor Orban. Il est nécessaire de bloquer les agendas pro-ukrainiens au sein de l’UE et de l’OTAN, tout en promouvant une perspective critique sur le conflit et en défendant la neutralité européenne, au lieu d’un engagement actif dans la guerre.

mardi, 11 août 2026

Logiques multipolaires

77933b4fd56321776f1cbf077f4b6d36.jpg

Logiques multipolaires

par Pierluigi Fagan

Source : Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/logiche-multipolari

Veuillez m’excuser de revenir sur des choses déjà dites. Il y a quelque temps, nous avions souligné comment le quatuor AS-PAK-TUR et EGY (Arabie Saoudite, Pakistan, Turquie et Egypte), qui s’était lancé dans une médiation entre les États-Unis et l’Iran, constituait un prélude intéressant à quelque chose de plus conséquent. Il n’est pas utile de s’abreuver de nouvelles et d’analyses de pseudo-stratèges improvisés façon jeu de « Risk » que l'on joue en famille, il suffit de suivre la logique dans un contexte multipolaire.

Que le monde se dirige vers une forme pleinement multipolaire est évident, étant donné qu’il s’agit de 8,3 milliards (9,6 en 2050) d’individus répartis dans 200 États, avec des réalités et des trajectoires de croissance ou de contraction (démographique, économique, technologique, militaire) différentes. Il n’existe aucune forme de puissance capable de dominer une telle complexité, ni sous forme unipolaire, ni bipolaire.

Le système tendra et tendra toujours davantage à s’auto-organiser, même si les États-Unis exerceront encore longtemps un rôle opposé à cette tendance. Cependant, c’est en grande partie le propre déclin de la puissance américaine qui favorise ce processus.

Les États-Unis sont en déclin pour de nombreuses raisons évidentes, parmi lesquelles leur entrée dans une phase où leur extraversion d’antan est devenue antiéconomique. Sur le plan militaire, par exemple, les États-Unis ont incité par tous les moyens leurs partenaires alliés à réarmer par eux-mêmes, comme l’UE, l’Allemagne, le Japon, ces derniers s’engageant dans de nouveaux plans de réarmement inédits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ne peuvent pas faire autrement, même si, lorsque notamment l’Allemagne et le Japon auront atteint de nouveaux niveaux de puissance (dans dix à quinze ans au minimum), il est imprévisible de savoir quelle politique étrangère ils développeront.

Mais à notre époque, les stratégies doivent se projeter à court et tout au plus à moyen terme, au-delà on tombe dans l’incalculable à cause d’un excès de variables.

Pak-Turkiye-Saudi-1053984639.jpg

Le Pakistan et l’Arabie Saoudite étaient des alliés organiques des États-Unis, la Turquie est même membre de l’OTAN, l’Égypte historiquement proche tout en n’étant jamais très éloignée de la Russie. Entre le Pakistan et l’Arabie Saoudite, il existait déjà un pacte militaire de protection mutuelle ; la Turquie, en revanche (de facto alliée avec le Qatar, qui entretient de bons rapports avec l’Iran et partage avec lui le plus grand gisement de gaz du monde), non, ne participait pas à ce pacte pakistano-saoudien notamment en raison des différentes orientations dans le soutien à l’islam politique (salafiste pour les premiers, Frères musulmans pour les seconds). Par ailleurs, le Pakistan a de plus en plus de liens stratégiques avec la Chine. Ni la Turquie ni le Pakistan n’avaient de sérieux différends avec l’Iran. Avec l’Arabie Saoudite, la question était plus complexe, mais grâce à la médiation chinoise, les tensions se sont largement apaisées.

L’Iran a bien bombardé des cibles saoudiennes, mais en prévenant qu’il s’agissait simplement de représailles contre l’accueil de bases américaines, et l’Arabie Saoudite s’est à plusieurs reprises engagée auprès de Trump afin d’éviter une escalade militaire contre Téhéran. Au point de se brouiller définitivement avec les Émirats arabes unis, qui ont même quitté l’OPEP après soixante ans. Les Houthis se sont en réalité abstenus d’agir contre l’Arabie Saoudite, bien qu’ils soient en conflit gelé avec elle.

L’Arabie Saoudite ne veut ni ne peut, malgré ses nombreux liens militaires et économiques récents avec la famille Trump, adhérer aux Accords d’Abraham tant qu’une solution, même cosmétique, n’aura pas été trouvée à la question palestinienne. L’Arabie Saoudite abrite La Mecque et Médine: son rôle central dans l’islam est naturel. De plus, la majeure partie de la clientèle de ses réserves fossiles est désormais asiatique.

Le Pakistan est non seulement limitrophe mais également en friction ouverte avec son voisin indien, qui connaît en son sein une cohabitation de plus en plus difficile entre nationalistes hindous et musulmans (15 % de la vaste population indienne). L’Inde, bien que cliente pour les hydrocarbures du Golfe, a cherché à développer des liens toujours plus étroits avec Israël. Rappelons que l’Inde, le Pakistan et Israël disposent de l’arme nucléaire. Nous avons déjà évoqué l’étroite coopération entre le Pakistan et la Chine, laquelle, dans une logique pleinement multipolaire, tend à entretenir de bonnes relations avec tout le monde (Golfe, Iran, Pakistan, etc.) et, par principe, ne conclut pas d’alliances militaires formelles (mais peut cependant coopérer).

carte-contentieux-territoriales-turquesder_1_730_490-999430385.jpg

La Turquie est également un acteur pleinement multipolaire, une puissance moyenne asiatique-méditerranéenne-musulmane qui combine son appartenance à l’OTAN avec de bonnes relations avec la Russie, tandis que la question chinoise reste gelée en raison de la question ouïghoure. Elle a également des problèmes avec Israël, qui risquent de s’aggraver du fait de la volonté israélienne de s’étendre vers le nord (Liban), du soutien israélien aux Kurdes, et de l’invasion discrète de capitaux et d’entreprises israéliennes en Grèce, le point chaud de la région demeurant la Méditerranée orientale, riche en gisements fossiles (Égée, Chypre, côtes libanaises, etc.).

De là (et d’ailleurs, car tout est imbriqué à différents niveaux), l’alliance signée à Djeddah, incluant même un article 5 de défense mutuelle. Comme tout apprenti géopoliticien le rappelle, "le Pakistan a la bombe atomique, la Turquie l’industrie et l’armée, l’Arabie Saoudite l’argent". Mais cela ne devrait être que la base de nouvelles formes de coopération, à mesure qu’Israël devient de plus en plus menaçant, que Trump et les États-Unis deviennent de plus en plus imprévisibles et contradictoires (on se souvient du faux bruit selon lequel les États-Unis auraient promis à l’AS le développement du nucléaire), que le monde environnant devient plus chaotique, que le poids hégémonique sur l’islam croît.

Certes, les États-Unis sont en perte de puissance, mais le groupe qui occupe la Maison Blanche fait preuve d’une pauvreté stratégique impressionnante et est étouffé par des conflits d’intérêts étroits qui ne relèvent pas seulement de l’éthique, mais constituent une limitation du réalisme tactique et stratégique (voir Israël).

Le cœur de l’islam forme donc désormais son propre pôle: l’Arabie Saoudite emmène le Bahreïn et le Koweït, la Turquie le Qatar. Ils pourront à l’avenir se tourner vers l’Indonésie et les BRICS (l’AS n’a pas suspendu son adhésion, le Pakistan et la Turquie ont déposé une demande), l’Égypte (prudente et déjà membre des BRICS) observe avec intérêt, pour l’Iran ce n’est pas une mauvaise nouvelle, chiites et sunnites ne s’aiment pas mais cohabitent depuis des millénaires, mieux en cela que les Américains avec les Israéliens.

La nouvelle alliance musulmane n’est donc pas une mauvaise nouvelle pour la stabilisation de la complexité multipolaire et constitue un signe clair de l’époque.

La régularisation espagnole dérape

imoffextages.jpg

La régularisation espagnole dérape

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

La mesure espagnole, appelée « normalisation administrative », censée régulariser environ 500.000 sans-papiers présents sur le territoire, à condition de pouvoir prouver une présence d’au moins cinq mois en Espagne ainsi que des liens familiaux ou une activité professionnelle, semble totalement déraper. Car une fois le mécanisme du regroupement familial intégré, ce sont jusqu’à 3 millions de personnes qui pourraient être régularisées. Les services de police espagnols tirent la sonnette d’alarme.

Entre la mi-avril et le 30 juin, 1.174.978 dossiers ont afflué, soit plus du double de ce que cette mesure socialiste envisageait au départ. Plus de 600.000 dossiers ont déjà été déclarés recevables. Deux tiers des demandeurs viennent d’Amérique du Sud, environ un quart d’Afrique. La majorité des demandes proviennent de Colombie, suivie du Maroc, du Venezuela et du Pérou. 80% des demandeurs ont moins de 45 ans, et la majorité sont des hommes. Mais c’est surtout la vague à venir via le regroupement familial qui inquiète le plus les forces de police.

csm_548056_1_5f9d6dd717.jpgLa bombe à retardement

Selon des responsables espagnols de la migration, cités par la presse espagnole, chaque étranger régularisé peut, via le regroupement familial, faire venir plusieurs personnes en Espagne. Un simple calcul, basé sur les 1,2 million de dossiers de régularisation déjà déposés, montre que cette mesure pourrait entraîner une augmentation de la population migrante d’environ 3 millions de personnes. Les forces de police sont claires et sans détour: le système n’est pas prévu pour cela et s’effondrera.

La police espagnole est furieuse, et pour une autre raison encore. Selon la presse espagnole, le gouvernement socialiste de Sánchez a délibérément écarté la police du traitement de ces dossiers de régularisation – alors qu’elle en a la compétence. Résultat: les services de migration sont submergés par les demandes et ne sont pas tous suffisamment formés pour les traiter correctement. La police évoque déjà des fraudes lors de l’octroi de la régularisation…

Les expériences belges du passé nous ont déjà appris que la régularisation a un effet d’appel pour encore plus de nouveaux arrivants. Et il faut noter qu’une fois ces sans-papiers régularisés, ils peuvent circuler librement dans l’espace Schengen – y compris en Belgique.

lundi, 10 août 2026

Etats-Unis contre UE: capitulation dans la guerre commerciale, la soumission de Bruxelles face à Washington

US_EU_Trade.jpeg

Etats-Unis contre UE: capitulation dans la guerre commerciale, la soumission de Bruxelles face à Washington

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203596

Bruxelles sacrifie l’emploi dans l’agriculture et l’industrie locales pour une paix transatlantique de douteuse qualité. Tandis que l’UE supprime les droits de douane et abaisse les barrières, Washington maintient sans changement sa posture menaçante. Un règlement de comptes qui accentue la dépendance économique de l’Europe.

Un accord d’inégalités

Dans les salles de négociation bruxelloises, une tentative de chantage géopolitique est célébrée comme une « percée historique ». Le récent accord commercial conclu entre l’Union européenne et les États-Unis révèle avec cruauté le déséquilibre du pouvoir dans la relation transatlantique. Tandis que la diplomatie européenne, menée par la Commission européenne, manque de toute autonomie stratégique, Washington dicte les conditions de l’accord.

Le résultat est un déséquilibre flagrant : l’UE ouvre largement son marché, sans restriction, aux biens industriels et aux produits agricoles américains, alors que les États-Unis ne réduisent nullement leurs barrières protectionnistes et leurs droits de douane dans la même mesure. Ce que Ursula von der Leyen et ses technocrates présentent comme une stabilisation des relations est en réalité un acte de soumission diplomatique qui affaiblit encore plus le continent européen économiquement et livre la valeur ajoutée européenne au marché américain.

actualité,europe,union européenne,affaires européennes,guerre commerciale,états-unis

actualité,europe,union européenne,affaires européennes,guerre commerciale,états-unis

Agriculture et industrie sacrifiées sur l’autel de la géopolitique

La facture est particulièrement amère pour l’agriculture locale et les PME. Par cet accord, les marchés agricoles européens sont inondés de produits agricoles américains fortement subventionnés, issus de normes de production totalement différentes. Tandis que l’agriculteur autrichien est écrasé par d'interminables exigences européennes, par des diktats de transformation dictés par l'idéologie verte et par des tracasseries bureaucratiques, il doit désormais affronter la concurrence des géants agricoles américains, qui ignorent aussi bien les taxes carbone que la frénésie réglementaire de Bruxelles.

Dans le même temps, le secteur industriel européen demeure le principal perdant. L’espoir que Washington renonce durablement aux droits de douane punitifs sur l’automobile et l’acier en échange de l’ouverture du marché européen s’est avéré naïf. Les États-Unis gardent fermement en main l’instrumentalisation des sanctions extraterritoriales et des obstacles à l’importation. L’UE sacrifie ses industries clés pour apaiser la Maison-Blanche – une stratégie d’apaisement qui, sur les marchés internationaux, est perçue comme pure faiblesse.

La perte de la souveraineté économique

Ce contrat contraignant sur les droits de douane n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit parfaitement dans l’image d’une Union qui dilapide sa propre souveraineté pas à pas. Au lieu de mener une politique extérieure indépendante, orientée vers les intérêts réels des États membres de l'UE, Bruxelles agit en exécutant géopolitique des intérêts des grandes entreprises américaines.

La facture de ce contrat contraignant est payée par les forces productives des États membres. Ni les sites industriels établis dans les pays germanophones, ni l’agriculture à petite échelle en Autriche ne peuvent durablement résister à un système qui impose des coûts de production élevés sur le territoire tout en affaiblissant la protection face aux hégémons mondiaux. Le déclin économique n’est pas freiné par cette politique, mais accéléré administrativement.

actualité,europe,union européenne,affaires européennes,guerre commerciale,états-unis

Il est temps de rejeter le diktat de Bruxelles

Le contrat contraignant avec les États-Unis montre clairement que Bruxelles n’est ni le garant de la prospérité ni le protecteur des intérêts européens. Une politique commerciale qui réduit le continent à un partenaire junior vulnérable au chantage a perdu toute légitimité.

L’Europe n’a pas besoin d’accords de soumission, mais d’un retour à la souveraineté nationale, à un commerce bilatéral équitable et à la protection de sa propre production. Si l’Autriche et ses voisins veulent préserver leur prospérité, ils doivent s’opposer à la liquidation orchestrée par Bruxelles. Il est temps de retirer les œillères transatlantiques et de replacer les intérêts vitaux économiques au premier plan.

Cet article est paru dans ZURZEIT (auteur R.T.), notre partenaire dans la COOPÉRATION MÉDIATIQUE EUROPÉENNE

Pékin se venge des sanctions de l’UE: coup dur pour Rheinmetall et consorts

Potential-EU-sanctions-on-Chinese-Companies-2-.jpg

Pékin se venge des sanctions de l’UE: coup dur pour Rheinmetall et consorts

Pékin/Bruxelles. Le conflit commercial entre la Chine et l’Union européenne s’intensifie. En réaction au 21e paquet de sanctions de l’UE contre la Russie, Pékin a désormais imposé des restrictions à l’exportation visant 14 entreprises issues d’États membres de l’UE ainsi que de la région administrative spéciale de Hong Kong. Selon le ministère chinois du Commerce, ces mesures servent à protéger les intérêts nationaux.

Parmi les entreprises concernées figurent le groupe d’armement allemand Rheinmetall, la société commerciale de produits chimiques Antraco basée à Duisbourg, et Sindlhauser Materials de Kempten. D’autres entreprises proviennent notamment d’Italie, de France et de Pologne.

Aux entreprises listées, il sera désormais interdit d’acquérir en Chine des biens dits « à double usage ». Il s’agit de produits pouvant servir à la fois à des fins civiles et militaires, comme les semi-conducteurs, les produits chimiques spéciaux, les machines ou les logiciels. En outre, il sera également interdit à des personnes et organisations étrangères de livrer à ces entreprises des produits chinois à double usage.

Ces restrictions frappent particulièrement durement les entreprises européennes du secteur de l’armement et des technologies. Rheinmetall compte parmi les principaux producteurs d’armement allemands et joue un rôle majeur dans le réarmement de l’Ukraine ainsi que dans la modernisation de la Bundeswehr.

Le déclencheur des contre-mesures chinoises est le dernier paquet de sanctions de l’Union européenne. Bruxelles a inscrit au total 51 entités sur une liste d’interdiction d’exportation, les accusant de soutenir l’industrie militaire et de défense russe dans la guerre en Ukraine. Une part importante de ces entités est basée en Chine ou à Hong Kong. Pékin s’est donc vengé de cette hostilité – touchant ainsi les efforts européens en matière d’armement aussi bien que les livraisons massives d’armes à l’Ukraine.

Les observateurs s’attendent désormais à des pressions supplémentaires sur les chaînes d’approvisionnement internationales. Pourraient être particulièrement concernés les produits intermédiaires tels que les terres rares, les produits chimiques spéciaux et d’autres composants industriels clés, dont de nombreuses entreprises européennes dépendent (mü).

Source: Zu erst, Août 2026.

4bd68070-53b4-4f24-a6ab-58d9a23d67d4.jpeg

210331 MERICS EU-China Briefing Exhibit 2 (1).jpg

Drogue, blanchiment et architecture de la domination

d3888a790daf85de01eefebd04dc239a.jpg

Drogue, blanchiment et architecture de la domination

Diego Cinquegrana

Source: https://www.facebook.com/CantiereMultipolare

« Les créatures mondaines craignent le fond. Elles l’évitent par tous les moyens. Mais le fond les ronge de l’intérieur, jusqu’à ce que l’âme entière soit dévorée. »

Alexandre Douguine – Les Templiers du Prolétariat.

Le ̷P̷r̷é̷s̷i̷d̷e̷n̷t̷ ̷d̷e̷ ̷l̷a̷ ̷R̷é̷p̷u̷b̷l̷i̷q̷u̷e̷ Démocrate-chrétien pro-atlantiste qui occupe le Quirinal, lors de la cérémonie de la « Journée mondiale contre la drogue », a parlé de la réinsertion des jeunes comme d’un patrimoine qui enrichit le pays.

La phrase est si noble qu’elle risque de devenir une nappe blanche étendue sur une latrine.

Nul ne nie la valeur de la réinsertion. Ceux qui œuvrent dans les communautés, les familles, les services, dans la rue, souvent avec peu de moyens et une patience de martyr, méritent le respect. Mais une République qui ne parle que de réinsertion alors que la machine du narcotrafic brasse des milliards, déplace des tonnes, corrompt les ports, finance des entreprises, achète des silences, engraisse les professionnels et compénètre banques, sociétés, bureaux de change et plateformes numériques, en dit bien trop peu.

Et en dire trop peu, face à la drogue, devient complicité.

Le mal est en haut. La drogue est une forme de domination économique, financière et anthropologique. C’est une pédagogie de la destruction : elle habitue le peuple à chercher le salut dans la substance, le plaisir dans la dépendance, la liberté dans l’anéantissement, la communauté dans la déchéance partagée.

Mais on ne peut pas combattre la drogue en restant identique au monde qui la produit.

leadimage.jPG

Darya Douguina, en lisant Jünger, rappelait que « recourir aux forêts » ne signifie pas fuir dans la forêt, ni se soustraire physiquement à la ville, à la technique, au conflit. Cela signifie prendre ici et maintenant la décision de ne pas s’identifier à ce qui nous entoure. Le "recours aux forêts", c’est un NON. Un non irrévocable au paysage moral, économique et symbolique qui prétend être la norme uniquement parce qu’il domine.

Appliqué à la drogue, cela signifie une chose très concrète: il ne suffit pas de soigner la victime si l’on continue d’habiter, au fond de soi, le monde de la consommation.

« Recourir aux forêts » signifie construire une verticalité transcendante au sein même de l’espace contaminé. Cela signifie planter, au cœur du navire du libéralisme en phase terminale, une forêt verticale: discipline, limite, communauté, responsabilité, travail. Comme Dionysos sur le navire des pirates: quand tout semble livré aux pillards, la vigne grimpe sur les rames, le lierre enveloppe les planches, la nature sacrée envahit le bois de la captivité, et du taillis surgit le lion.

La drogue est le navire des pirates. La forêt est le NON de l’homme qui refuse d’être marchandise, toxico, consommateur, profil, client, déchet. Le lion, c’est l’État qui redevient forme.

Il ne suffit pas de sauver les jeunes de la drogue. Il faut sauver l’Italie de l’économie qui rend la drogue nécessaire, disponible, rentable et recyclable.

imadrtritges.jpg

Le marché italien des stupéfiants représente plus de dix-sept milliards d’euros de consommation. La cocaïne reste l’axe stratégique, avec ports, conteneurs, courtiers, réseaux logistiques et complicités internes dans les terminaux. Nous faisons face à un secteur économique parallèle, doté de filières, de liquidités, de relations internationales, de capacités d’investissement et de pénétration dans l’économie légale.

La « coupole », aujourd’hui, ne doit pas s’imaginer comme une pièce sombre avec douze hommes autour d’une table. Ce serait trop facile, trop cinématographique, trop rassurant. La coupole contemporaine, c’est une filière.

Tout en bas, il y a le dealer. Au-dessus, le gérant du point de vente. Plus haut, le groupe qui organise la coupe, le stockage, la surveillance, la distribution. Puis viennent les grossistes, les courtiers, les référents dans les ports, les spécialistes des conteneurs contaminés, les intermédiaires entre clans et fournisseurs.

Ensuite vient le véritable sacrement noir : l’argent.

Car la drogue, tant qu’elle reste liquide, sent mauvais. Elle doit être lavée. Elle doit changer d’habits. Elle doit entrer dans un restaurant, une entreprise de BTP, une société de transport, une plateforme en ligne, un rachat d’or, un jeu télématique, un compte à l’étranger, un IBAN virtuel, une cryptomonnaie, un prête-nom, une fausse facture, un marché public, un bien immobilier, une discothèque, une salle de sport, une société « propre ».

C’est ici que les tatouages s’arrêtent et que commencent les boutons de manchette.

money_laundering_cycle.png

The-Lifecycle-of-Money-Laundering-Stages-You-Need-to-Know-N.jpg

L’ennemi décisif est celui qui transforme la forêt en comptabilité. C’est le changeur occulte qui déplace des capitaux sans les déplacer. C’est la structure para-bancaire qui transfère l’argent sous la peau de la finance officielle. C’est le professionnel qui sait ne pas voir. C’est l’entrepreneur qui accepte le capital sale parce que « de toute façon le marché est difficile ». C’est le fonctionnaire qui ferme les yeux. C’est le port qui perd son étanchéité. C’est la société qui change de propriétaire et devient une "machine à laver". C’est le capital criminel qui devient investissement, emploi, consensus, respectabilité.

Le diable ne vient pas toujours avec un pistolet. Souvent, il vient avec un conseil.

Deux cas internationaux montrent clairement que le cœur de la drogue n’est pas seulement la substance, mais sa transfiguration financière.

Une enquête de 2002 relate un réseau de blanchiment lié aux cartels colombiens et composé de membres de la communauté hassidique new-yorkaise. Des hommes, apparemment intégrés dans un univers de discipline religieuse, de reconnaissance communautaire et de respectabilité morale, étaient désignés par les autorités comme blanchisseurs d’argent de la cocaïne. Jusqu’à 500.000 dollars à la fois déposés en espèces, argent issu des ventes de drogue, puis transféré en Colombie via des canaux apparemment légaux. Le masque de la respectabilité comme enveloppe opérationnelle.

L’argent sale cherchant des mains apparemment propres.

Encore plus instructive est l’histoire de Michal Kourani. Née en Colombie sous le nom de Marlene Navarro, élevée en Europe, diplômée en économie et en art à la Sorbonne, puis convertie au judaïsme, installée à Tel-Aviv et connue aussi comme Nora Estrella Ramirez, Kourani fut tout sauf une figure marginale du crime organisé.

Elle entra dans l’orbite de Carlos Alvarez-Moreno, parrain colombien actif dans le trafic de cocaïne vers les États-Unis, et devint l’une de ses opératrices financières. Sa fonction était simple : collecter l’argent de la cocaïne, le convertir, le transformer, le canaliser vers des circuits plus propres, surtout via des transferts et des comptes à l’étranger. L’argent arrivait dans des valises fermées, des sacs, des parkings, des cabinets d’avocats, des rendez-vous privés. De là, il était blanchi par des circuits financiers, des comptes, des changes, des chèques de banque, des sociétés-écrans et des canaux présentables.

Le coup de théâtre, c’est que l’un de ces circuits, Dean International Investments, était en réalité une société écran de la DEA dans le cadre de l’opération Swordfish. Kourani pensait avoir trouvé une blanchisserie sûre ; elle avait en réalité remis aux enquêteurs une carte de la finance du cartel.

Elle n’incarnait pas la violence visible du cartel, mais son intelligence financière. Elle savait évoluer dans les salons, les bureaux, les milieux diplomatiques, les interstices entre identités, langues, nations et systèmes bancaires. Après sa fuite au Venezuela, elle ouvrit une société de change, fréquenta des fonctionnaires, des hommes d’affaires, des milieux prestigieux, jusqu’à une relation avec René de Sola, figure éminente du monde juridique vénézuélien. L’argent de la drogue, lorsqu’il monte, change de peau.

La coupole n’est pas toujours le visage féroce du tueur ou du chef. C’est souvent un réseau de compétences. Ceux qui connaissent les passages. Ceux qui savent où déposer, à qui enregistrer, comment transférer, quand se taire, quelle couverture utiliser. Ceux qui offrent au crime ce qu’il y a de plus précieux: non pas le pistolet, mais la respectabilité.

Et la drogue est le marché parfait de l’anti-État.

9791096338900.jpg

Dans son livre « Les Templiers du Prolétariat », Aleksandr Douguine écrit que la foi dans le progrès est une fiction moderne. Le monde moderne appelle croissance ce qui est déclin, santé ce qui est maladie, norme ce qui est pathologie, homme ce qui est monstre, liberté ce qui est dépendance.

La drogue, c’est exactement ce progrès inversé.

C’est la chimie présentée comme évasion. Le marché présenté comme liberté. La déchéance présentée comme expérience. La dépendance présentée comme choix. La dissolution du corps présentée comme habitude. Le capital criminel présenté comme investissement. Le sang transformé en rente.

C’est pourquoi le narcotrafic n’est pas une contradiction du libéralisme terminal.

Le libéralisme dit: consomme. La pornographie dit: consomme le corps. La drogue dit: consomme-toi toi-même. Le blanchiment dit: consomme même la faute, transforme-la en patrimoine.

Voilà la véritable architecture de la domination : une société qui éduque l’homme à ne plus appartenir à rien, pour le rendre disponible à tout.

Le progrès, ici, ne libère pas l’homme. Il le prépare à la chaîne.

Il produit une communauté renversée : dépendance, dette, peur, excitation, rebut humain. Il produit un peuple plus fragile, plus vulnérable au chantage, plus fatigué, plus seul. Il produit des jeunes sans avenir et des adultes sans autorité. Il produit des familles réduites à des services d’urgence privés du naufrage social. Il produit des territoires où l’État n’arrive qu’après: après la vente, après l’overdose, après la dette, après l’arme, après les funérailles.

Et puis, dans la colonie, on tire la chasse d’eau.

On remercie les communautés. On célèbre les réinsertions. On parle de la personne dans son intégralité.

Que de beaux mots, grand-père Sergio.

Mais si la personne est intégrale, alors il faut la défendre intégralement.

Pas seulement quand elle chute. Avant. Plus haut. À la racine. Dans le travail, dans la discipline sociale, dans la souveraineté économique, dans la lutte contre le blanchiment, dans la confiscation des biens, dans l’assainissement des entreprises contaminées, dans la fermeture des circuits financiers déjà connus.

Sainte matraque.

C’est la matraque juridique, patrimoniale, politique de l’État quand il se souvient d’être un État.

C’est la saisie des biens. C’est la confiscation. C’est l’interdiction. C’est la démolition de la respectabilité économique du narco en costume-cravate. C’est le contrôle des secteurs à risque. C’est l’expulsion du capital criminel de l’économie légale. C’est la responsabilité pénale et patrimoniale de ceux qui prêtent compétences, licences, sociétés, comptes, couvertures, factures, identités et silences. C’est l’État qui ne se contente pas de soigner le toxicomane mais laisse prospérer le banquier occulte du poison.

Autant pour « échanger un signe de paix ».

Le signe de paix, face à cette machine, n’est qu’un geste hypocrite s’il n’est pas précédé d’un acte de séparation. Paix avec qui ? Avec le capital qui empoisonne ? Avec l’entrepreneur qui blanchit ? Avec le professionnel qui truque ? Avec le gérant du bar qui distribue ? Avec le consommateur respectable qui finance la filière ? Avec la bourgeoisie qui s’indigne du trafic mais sniffe dans les toilettes, investit dans les bars, rit dans les salons et ne réclame de l’ordre que lorsque la déchéance descend en dessous de chez elle ?

La guerre à la drogue commence par le consommateur respectable et le blanchisseur respecté.

La pornographie de la consommation et la drogue font partie de la même grammaire: rendre le corps disponible, immédiat, achetable, dégradable. Une société qui enseigne à tout consommer – images, corps, substances, temps, attention, émotions – ne doit pas s’étonner que ses enfants finissent par se consommer eux-mêmes.

Le nœud est patrimonial.

B9721880665Z.1_20191210134336_000+GRCF3CF08.1-0.jpg

Chaque euro du narcotrafic doit devenir radioactif. Chaque société qui blanchit de l’argent doit être brisée. Chaque professionnel qui met son intelligence au service du poison doit perdre prestige, licence, carrière et liberté. Chaque secteur exposé doit être cartographié. Chaque territoire doit savoir où l’argent sale entre : BTP, logistique, restauration, jeux, or, import-export, transports, boîtes de nuit, immobilier, tourisme, fausses coopératives, plateformes numériques. Chaque communauté doit apprendre à voir le blanchiment comme elle voit le trafic : non comme une ruse, non comme un investissement, non comme un « tour de passe-passe financier », mais comme du sang mal lavé.

La drogue est une guerre financière contre le peuple.

Et un État qui veut être un État ne s’émeut pas seulement des victimes. Il remonte la filière et retire aux marchands de poison la possibilité de transformer la mort en propriété.

Sauver un jeune est une bonne chose. Mais détruire la machine qui en empoisonne mille est un devoir politique.

C’est pourquoi le discours ne peut que se clore là où il a commencé: dans la salle du Quirinal, entre cérémonies, remerciements et paroles policées.

Le Quirinal n’est pas seulement un palais. C’est une mémoire sacrée de souveraineté, de commandement, de fondation et de destin. Et lorsque, de cette colline, on parle au peuple comme depuis une chapelle de la compassion, lorsqu’on bénit la réinsertion sans nommer jusqu’au bout la filière de la domination, lorsqu’on console la victime sans frapper le bourreau, alors la colline est occupée et non gardée.

Et celui qui l’occupe sans la garder n’est pas père de la Nation.

C’est un usurpateur.

imaRQuiges.jpg

La colline sacrée n’appartient pas à celui qui administre le déclin.

Elle appartient à celui qui sait distinguer l’État de son sosie colonial.

Du Quirinal, on nomme l’ennemi. Et l’ennemi, c’est l’architecture qui transforme les enfants du peuple en marge biologique et leur poison en rente.

Le reste n’est que cérémonies et poignées de main.

Et celles-ci, lorsqu’elles couvrent les responsables, ne lavent ni les mains ni les consciences.

 

15:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, italie, narco-trafic, drogues | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Ukraine/Russie: la pause comme arme

ukraine russia stock 123rf 540.jpg

Ukraine/Russie: la pause comme arme

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Lorsque les diplomates commencent soudain à refaire leurs valises, la paix est généralement encore bien loin. Souvent, cela indique tout simplement que l’un des camps belligérants est sous une telle pression qu’il doit gagner du temps. Ce schéma se répète désormais avec une régularité lassante dans la guerre en Ukraine.

Selon un rapport TASS non confirmé à ce jour, Steve Witkoff et Jared Kushner pourraient se rendre à Kiev et à Moscou dans les prochains jours. Dans le même temps, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan réclame un moratoire sur les attaques contre les navires en mer Noire. Les détroits turcs restent néanmoins ouverts; le trafic civil continue.

Le timing est toutefois remarquable. La Russie accentue la pression sur les ports ukrainiens, les infrastructures énergétiques et les lignes d’approvisionnement militaire. Odessa devient de plus en plus le centre des opérations. L’Ukraine attaque de son côté des navires russes, des sites pétroliers et des infrastructures. S’y ajoutent les failles visibles dans la défense aérienne ukrainienne.

Il ne s’agit pas d’un effondrement de l’Ukraine. Mais Kiev a besoin de temps – pour des réparations, de nouveaux missiles d’interception, des regroupements et de nouvelles livraisons d’armes. Et c’est précisément dans ces moments-là que commencent les tentatives d’apaisement.

Le schéma est bien connu: Moscou doit réduire la pression militaire, tandis que les contreparties qui lui sont suggérées demeurent vagues. S’ensuivent des discussions, des moratoires ou des accords informels. L’Ukraine profite de la pause pour stabiliser son front et reconstruire ses capacités. Quelques mois plus tard, la prochaine escalade commence. Ainsi, aucune paix ne se crée. Ainsi, la guerre est gérée.

Washington joue un double rôle. Les États-Unis interviennent comme médiateurs, tout en restant fournisseur d’armes, partenaire de renseignement et protecteur politique de Kiev. Ankara défend ses routes commerciales en mer Noire. Bruxelles et Berlin supportent une part importante des coûts financiers et des risques d’escalade, mais déterminent à peine la ligne stratégique. On attend de Moscou qu’il abandonne son levier le plus efficace – contre des promesses dont le contrôle et la mise en œuvre restent incertains. Du point de vue russe, une telle pause ne relèverait guère de la politique de paix: ce serait une phase de récupération pour l’adversaire.

Quiconque veut amener la Russie à accepter un moratoire doit donc offrir des contreparties crédibles: des restrictions sur les flux d’armes occidentales, la suspension des données de ciblage et de reconnaissance, ainsi que des règles claires pour l’utilisation de l’infrastructure américaine lors d’attaques contre le territoire russe. Sinon, seul le prochain compte à rebours commence.

Mais l’UE aussi ne doit pas se résigner à ce cycle sans fin.

Cette guerre doit enfin être terminée, durablement et politiquement, et non par de nouvelles pauses entre deux escalades. Les États européens supportent les dommages économiques, les risques sécuritaires et le danger d’une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie. Ils ont donc un intérêt vital à ce qu'un ordre de paix viable s'instaure.

Un tel ordre ne sera pas possible sans la Russie. Une grande puissance dotée du poids militaire, nucléaire et géographique de la Russie ne peut être écartée de l’architecture de sécurité européenne, ni durablement organisée contre ses intérêts sécuritaires déclarés.

Cela ne signifie pas accepter toutes les demandes de Moscou. Mais des questions comme le statut militaire de l’Ukraine, le déploiement de systèmes stratégiques, l’infrastructure de l’OTAN aux frontières russes, le contrôle des armements et des garanties de sécurité réciproques doivent enfin être négociés sérieusement.

La sécurité reste indivisible: aucun État, aucune alliance ne peut durablement fonder sa propre sécurité sur l’insécurité de tous les autres.

La prochaine tentative de paix ne doit donc pas s’arrêter à une simple trêve. Elle doit s’attaquer aux causes de la guerre et instaurer un ordre de sécurité où les intérêts russes légitimes ont aussi leur place.

Un cessez-le-feu ne fait que stopper l’horloge. La paix s’assure qu’elle ne recommence pas à tourner.

#geopolitique@global_affairs_byelena

dimanche, 09 août 2026

Allié discret: comment la Chine soutient l’Iran contre les États-Unis

china_expands_influence_towards_iran_through_railway_10-1574259157.jpg

Allié discret: comment la Chine soutient l’Iran contre les États-Unis

Pékin/Téhéran. Dans la guerre contre les États-Unis et leurs alliés, l’Iran ne compte pas uniquement sur la Russie. La Chine, en particulier, joue un rôle important dans le soutien militaire à Téhéran. C’est pourquoi l’inquiétude grandit à la Maison Blanche. Le président américain Donald Trump a déclaré sur sa plateforme « Truth Social » : « Le président Xi m’a promis de ne pas livrer d’armes au régime de Téhéran. Mais s’il le fait, ou si Poutine le fait, cela se terminera très mal pour les deux. »

Il est douteux que Pékin et Moscou se laissent impressionner par de telles menaces. Car, à l’heure actuelle, les États-Unis ne font pas particulièrement bonne figure dans leur confrontation avec l’Iran.

Officiellement, Pékin se montre neutre et appelle à un règlement rapide du conflit. Cependant, des informations récemment révélées indiquent que la Chine a systématiquement renforcé les capacités militaires des Gardiens de la révolution iraniens. En particulier, la précision des missiles et des drones s’est nettement améliorée au cours de la guerre.

Les conséquences sont visibles sur le champ de bataille. Tout récemment, les Iraniens ont attaqué presque simultanément des bases et installations américaines à Bahreïn, au Koweït, au Qatar, à Oman et en Jordanie. Trois soldats américains ont été tués lors de ces attaques. L’expert britannique en défense aérienne Tom Sharpe a parlé de la « vague d’attaques la plus massive depuis le début de la guerre ». Selon lui, Téhéran a utilisé le système de navigation par satellite chinois crypté Beidou-3 (photo). Cela a permis de contourner plus efficacement les contre-mesures américaines contre les missiles et les drones.

003-4011483955.jpg

Can Kasapoglu, de l’Institut Hudson, voit lui aussi des signes de soutien étranger. Selon lui, les attaques iraniennes se sont améliorées de façon continue depuis la mi-mars. De plus en plus souvent, des installations radar et des infrastructures militaires sont touchées. « Cela suggère que la République islamique a bénéficié d’une aide extérieure. »

La coopération ne se limite pas aux données de navigation. Dès le début de la guerre, la société chinoise Xiamen Victory Technology a proposé aux dirigeants de l’armée iranienne des moteurs pour les drones Shahed. Peu de temps après, il a été révélé que la Chine avait livré des produits chimiques nécessaires à la fabrication de carburant pour fusées, permettant ainsi la construction de nombreux missiles balistiques.

La coopération militaire entre les deux pays remonte toutefois à bien plus longtemps. Depuis des années, la Chine soutient l’Iran avec des technologies et des composants à double usage, civil et militaire. S’y ajoutent des systèmes de surveillance modernes, ainsi qu’un accord de partenariat stratégique conclu en 2021, d’un volume d’investissement de 400 milliards de dollars sur 25 ans. Selon Christopher Walker, du Center for European Policy Analysis, la Chine a également acheté, malgré les sanctions existantes, d’importantes quantités de pétrole brut iranien et mis en place un vaste réseau de négociants de l’ombre (he).

Source: Zu erst, Aoît 2026. 

19:54 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, chine, iran | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’écrasante puissance de la bureaucratie

ef0e6122f17efd3e368ed91e09acf981.jpg

L’écrasante puissance de la bureaucratie

De l’utopie révolutionnaire, il ne nous reste en héritage toxique qu’un gigantesque appareil fonctionnel

Par Carlos Marín-Blázquez

Source: https://ideas.gaceta.es/el-aplastante-poder-de-la-burocra...

Pour combattre les diverses formes sous lesquelles la peur se manifeste dans la vie de l’homme, notre époque a choisi de les compartimenter. La théorie veut qu’en appliquant une dénomination précise à chaque trouble psychologique, on abrège le chemin vers son traitement. Il en résulte un foisonnement lexical qui, depuis la littérature médicale, descend jusqu’aux couches les plus populaires du langage. Phobies et névroses, à différents degrés et sous diverses formes, deviennent des réalités proches et perdent peu à peu une part de leur aura maudite, à mesure que le commun des mortels les intègre à son bagage.

L’efficacité du thérapeute commence par sa capacité à nommer le mal dont souffre son patient. Tout médecin sait que la première chose qu’attend le malade assis en face de lui, c’est qu’un mot sorte de ses lèvres, qui, tel un sortilège, dissipe l’énigme qui le tourmente. La formulation du diagnostic est essentielle car, outre qu’elle ouvre la voie à une éventuelle intervention pharmacologique, elle donne un visage défini à ce qui, jusque-là, n’était qu’une constellation diffuse de symptômes.

La liste des maux s’allonge à mesure que la réalité se complexifie. Les multiples pressions de l’environnement font qu’il ne reste quasiment plus personne qui, à un moment ou à un autre de sa vie, ait été épargné par les effets déstabilisateurs que les puissances qui façonnent notre monde exercent sur l’esprit. Voilà pourquoi il est surprenant que jusqu’à présent, il n’existe pas de terme médical pour désigner cette sensation paralysante de malaise qui nous a tous bouleversés — et probablement plus d’une fois — alors que nous faisions face à une démarche administrative.

4a2b22dc6fc9a84c1c3849d79460e656.jpg

En effet, la bureaucratie est un pouvoir oppressif. C’est la manière dont une administration dépourvue de sentiments — et de plus en plus souvent de visage — se rapporte à ses administrés. Il s’agit d’un despotisme froid, d’une science de la soumission qui agit en annulant tout lien humain entre les parties. Ses caractéristiques en font la manifestation la plus aboutie des régimes qui, malgré un respect superficiel des formes démocratiques, ont réduit la politique à un exercice distant de rationalisation technocratique.

La bureaucratie s’impose dans les nations qui, après avoir été dépouillées de leur matrice organique, ont été dégradées au rang d’artifice. D’où le fait que sa prolifération se justifie dans la mesure où elle nous rappelle que nous ne sommes plus tant des sujets porteurs de droits politiques inaliénables — si tant est que nous l’ayons jamais été — que des rouages d’une machine à laquelle nous sommes tenus de contribuer.

Les sociétés se fragmentent, les familles se détruisent, les liens communautaires reculent devant l’extension incessante de l’univers des micro-identités, mais la bureaucratie s’impose comme l’élément qui impose un modèle uniformisateur à tous les individus soumis à une même juridiction politique. Il y a des luttes culturelles, des querelles idéologiques, des formes agressives d’activisme social, et malgré cette effervescence apparente, la bureaucratie conserve ses frontières minutieusement délimitées et fait en sorte que la vie soit invivable en dehors du champ délimité par ses règlements.

thomas-hobbes-portrait-leviathan-work-philosophy-781066308.jpg

Mais d’où vient donc ce pouvoir écrasant ? Où situer le moment historique où ce qui n’était jusque-là qu’un moyen plus ou moins modeste d’organiser la vie commune prend une prétention totalisante ? Des penseurs reconnus soutiennent que son origine est indissociable de la conception de l’homme et de la société qui s’impose en Europe avec la modernité politique. Les théories contractualistes de Hobbes et Rousseau insistent, chacune à sa manière, sur une idée mécaniste de la société, selon laquelle ses membres sont dépouillés de leur statut de personne pour devenir des pièces interchangeables — et, par conséquent, aisément remplaçables — au sein de cet artifice à mi-chemin entre le tyrannique et le bienveillant qu’est l’État.

71kJC3KOAIL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgAvec la Révolution française, ces thèses acquièrent une réalité historique. Les révolutionnaires entreprennent une tâche titanesque: la rupture totale avec le passé, la création d’une nouvelle origine. Comme le souligne Robert Nisbet, leur objectif est double: l’individualisation de la société et la rationalisation de tout. L’intérêt pour la personne est remplacé par la vénération de l’Idée. La politique se pare d’un charisme religieux. Il y a un accent fondateur, une ferveur sacrée dans les manifestes qui servent de préambule aux lois votées par la Convention. Et il y a une intolérance fanatique à l’égard de toute opinion soupçonnée de suggérer une direction différente de la soif d’uniformisation qui anime les actions du Comité de salut public.

Pour la première fois, on légifère non pas en fonction de ce que dicte l’expérience, mais selon un dessein utopique sur le « cours de l’histoire » ou la « nature de l’homme ». « Nos révolutionnaires — note Tocqueville — avaient une inclination particulière pour les généralisations larges, les systèmes législatifs stéréotypés et une symétrie pédante ; le même mépris pour les faits incontestables ; la même passion pour réformer les institutions selon des lignes nouvelles, ingénieuses et originales ; le même désir de reconstruire toute la constitution selon les règles de la logique et d’un système préconçu, au lieu de tenter la correction de ses parties défectueuses. »

30246.jpgLa flamme révolutionnaire prend facilement parce que l’ordre qui la précède est rongé jusque dans ses racines les plus profondes. Dans la mentalité jacobine, il faut démolir la moindre pierre de l’édifice de l’Ancien Régime pour, aussitôt, commencer à édifier sur ses ruines le palais orné de lois émancipatrices que l’homme nouveau est appelé à habiter. Mais pour atteindre ses objectifs, les révolutionnaires ont besoin de la Terreur. Robespierre, l’Incorruptible, déclare : « Si, en temps de paix, la base du gouvernement populaire est la vertu, en temps de révolution, la base du gouvernement populaire est la vertu et la terreur: la vertu sans la terreur est impuissante; la terreur sans la vertu est criminelle. »

Le monde que fait naître la révolution (et qui reste le nôtre) surgit donc de l’instauration d’une symbiose intime avec la peur. Ce qui nous ramène à la thèse formulée en ouverture de cet article: la peur comme l’un des traits distinctifs de notre époque. Une peur désincarnée, que l’on n’éprouve pas envers une personne en particulier, mais plutôt envers un état de choses, envers un pouvoir à la fois diffus et intimidant, aussi abstrait que menaçant, parce que nous pressentons que sa portée ne connaît aucune limite.

Ce n’est pas un hasard si les révolutionnaires français fondent leur domination sur l’anéantissement de toute instance communautaire dans laquelle la personne pourrait trouver refuge. On légifère contre la famille, l’Église et les corporations, contre toute structure d’autorité autre que l’État. La conséquence est que, désormais, la société n’apparaît plus comme un tissu vivant de relations personnelles, mais comme une masse d’individus homogènes, dont l’esprit se plie avec une facilité déconcertante aux schémas idéologiques diffusés par la propagande.

Pour une large part, nous sommes les héritiers de cette immense expérience de réélaboration de la personne. Nous restons fascinés par le mythe de l’égalitarisme dans un monde de plus en plus inégal ; éblouis par l’idéal de liberté dans un environnement soumis à un contrôle toujours plus étouffant ; séduits encore par les douces notes de la fraternité dans un contexte dominé par le calcul du bénéfice individuel et la logique dévorante de l’utilitarisme.

483c45dea2d22a0b3f3e52493b1ad5ab.jpgNos peurs, certes, ont changé de visage. Désormais, on ne dresse plus de guillotines sur les places publiques pour le plaisir et l’effroi des foules, mais de l’utopie révolutionnaire il ne nous reste en héritage toxique qu’un gigantesque appareil fonctionnel qui étend ses filets sur la quasi-totalité de nos vies. Face à ce panorama, nous sommes seuls, effrayés par l’évidence d’un pouvoir pratiquement absolu, écrasés par l’impassibilité glaciale avec laquelle, chaque jour, ses tentacules nous étreignent.

Le rêve révolutionnaire qui devait apporter la liberté s’achève donc dans un délire de lois, de règlements et d’autres moyens de coercition collective qui étranglent la joie de vivre. La mentalité rationaliste-bureaucratique porte au sommet de la pyramide institutionnelle une nouvelle caste de technocrates qui, depuis leurs positions bien rémunérées, dirigent nos vies avec arrogance sans rendre compte des raisons de leurs décisions. Quand ils se trompent, personne n’assume la responsabilité de leurs erreurs et nous devons tous acquiescer avec un doux sourire de consensus. Jusqu’à ce que, comme l’avait prophétisé Tocqueville, « …chaque nation ne soit plus qu’une multitude d’animaux timides et laborieux, dont le gouvernement est le berger ».

Carlos-Marin-Blazquez-e1648808190154-1068x799.jpeg

A propos de l'auteur

Carlos Marín-Blázquez (Cieza, 1969). Il est professeur de littérature, écrivain et chroniqueur. Il a publié à ce jour deux recueils d’aphorismes (Fragmentos et Contramundo), un volume de récits (El equilibrio de las cosas) et une compilation d’articles (Una escala humana). Son dernier livre s’intitule Arraigo, un essai publié par CEU Ediciones et qui a obtenu un accessit lors de la deuxième édition du prix Sapientia Cordis. Ses chroniques paraissent régulièrement dans divers médias numériques.

16:45 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, définition, bureaucratie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook