Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 17 août 2026

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

ipalmages.jpg

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

par Michele Blanco

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33490-mich...

La thèse avancée par Jeffrey Sachs et Sybil Fares est claire: la guerre en Ukraine n’est pas seulement un affrontement entre Moscou et Kiev, mais le produit d’une stratégie américaine planifiée depuis plus de trente ans. Une stratégie qui a transformé le territoire ukrainien en principal champ de bataille et de test pour la nouvelle guerre technologique contemporaine, alors que Kiev continue d’en payer le prix humain, économique et territorial, prix qui est extrêmement élevé.

Aujourd’hui, la puissance du complexe militaro-industriel ne se limite plus aux seuls généraux et fabricants d’armes. Elle réunit des sociétés informatiques, des fonds d’investissement, des entreprises énergétiques, des services de renseignement et des géants du numérique. Ce système n’influence pas seulement la politique étrangère des États-Unis, il tend à l’hégémoniser, en déterminant totalement ses objectifs et ses instruments.

L’idée ne naît pas avec le conflit actuel. Dans son célèbre essai Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski désignait l’Ukraine comme l’un des principaux pivots géographiques de l’Eurasie. Sans Kiev, affirmait-il, la Russie aurait d’immenses difficultés à conserver son rang de grande puissance.

imaelotanges.jpg

Dans cette perspective, l’élargissement de l’OTAN n’a pas été seulement un processus d’intégration politique des pays d’Europe de l’Est à l’alliance occidentale, mais l’avancée progressive de l’infrastructure stratégique jusqu’aux frontières russes.

Bill Clinton a entamé avec force l’expansion; George W. Bush a ouvert la voie à l’adhésion future de l’Ukraine et de la Géorgie; Barack Obama a soutenu les nouveaux équilibres politiques nés à Kiev en 2014 après la destitution du gouvernement pro-russe; Donald Trump a fourni les premières armes antichars; Joe Biden a rejeté les demandes russes pour une nouvelle architecture de sécurité européenne. Différents présidents, avec des langages et des styles variés, ont assuré une continuité stratégique bien perceptible: empêcher Moscou de reconstituer une zone d’influence autonome dans l’espace post-soviétique.

skynews-drone-ukraine-sean-bell_6143504.png

La véritable transformation concerne cependant le plan militaire. L’Ukraine est devenue un immense laboratoire de guerre où sont expérimentés drones, systèmes de reconnaissance automatique, guerre électronique, liaisons satellitaires et logiciels capables d’identifier des cibles en traitant d’énormes quantités de données.

Dans cet écosystème, Palantir joue un rôle central, entreprise née aussi grâce au soutien financier du renseignement américain et aujourd’hui engagée dans l’analyse du champ de bataille ukrainien. Les données recueillies lors de millions de missions alimentent des algorithmes conçus pour accélérer la sélection des cibles et automatiser la gestion des opérations.

Militairement, l’avantage pour les États-Unis est évident: observer la réaction des armes russes, tester des contre-mesures, perfectionner leurs propres systèmes et entraîner les algorithmes sans engager directement leurs troupes sur le terrain, éliminant ainsi le risque de pertes humaines. Toutefois, plus Washington participe au choix des cibles, à la planification des itinéraires et à la transmission des informations, plus la frontière entre simple soutien militaire et participation directe au conflit devient mince.

Sur le plan économique, l’affrontement a déclenché une nouvelle et immense expansion des dépenses militaires occidentales. Les arsenaux européens doivent être reconstitués, les infrastructures numériques modernisées, les usines de munitions agrandies. Les entreprises d’armement, de satellites, de logiciels et de drones font face à un marché extrêmement lucratif et destiné à durer.

L’Europe finance sur fonds publics une grande partie de cette transformation, mais reste dépendante des technologies, des systèmes d’information et des plateformes américaines. Le résultat géoéconomique est paradoxal : alors qu’elle affirme vouloir atteindre une autonomie politique et stratégique, l’Union européenne augmente sa dépendance industrielle et militaire à l’égard de Washington.

L’Ukraine elle-même est progressivement intégrée dans ce système. Ses ressources minières, ses infrastructures énergétiques, ses compétences informatiques et l’expérience acquise sur le terrain deviennent les éléments d’une nouvelle économie de guerre. Kiev reçoit des armes et des financements, mais accumule des dettes, perd de la population et voit, de façon inexorable, ses marges de souveraineté politique se réduire.

imausirges.jpg

Le lien avec l’Iran, en outre, n’est pas secondaire. Brzezinski considérait également Téhéran comme un nœud fondamental: contrôler la zone iranienne, c’est influencer le Golfe Persique, la mer Caspienne, les routes énergétiques et les liaisons entre l’Asie centrale, la Russie, la Chine et le Moyen-Orient. Les technologies expérimentées contre la Russie peuvent être transférées vers les pays du Golfe pour contrer la "menace iranienne". L’Ukraine devient ainsi le banc d’essai, tandis que le Moyen-Orient représente le grand marché de débouché et le second front de la compétition géopolitique.

D’un côté, Washington cherche à empêcher la formation d’un bloc continental entre la Russie, la Chine et l’Iran; de l’autre, il entend garder le contrôle sur les routes énergétiques, les technologies stratégiques et les systèmes financiers internationaux.

La contradiction finale concerne l’Ukraine elle-même. Présentée comme bénéficiaire de la protection occidentale, elle se retrouve avec des territoires perdus, des infrastructures détruites, des millions de réfugiés et une vie politique fortement limitée et subordonnée aux exigences de la guerre.

La paix supposerait un compromis basé sur la neutralité de l’Ukraine et de nouvelles garanties pour la sécurité européenne. Un tel accord réduirait toutefois l’utilité stratégique du pays comme avant-poste anti-russe et interromprait un cycle économique extrêmement profitable pour les États-Unis et les grandes multinationales.

hqukrpal720.jpg

La guerre se poursuit donc non seulement en raison de l’incapacité de Moscou et de Kiev à trouver un accord, mais aussi parce qu’autour du conflit s’est consolidé un système d’intérêts pour lequel la paix apparaît moins avantageuse que la poursuite de l’affrontement. La crainte exprimée par Dwight Eisenhower en 1961—que l’appareil militaire et technologique puisse prendre le pas sur la politique—trouve aujourd’hui dans le drame ukrainien sa confirmation la plus évidente.

L’Arctique, enjeu entre la militarisation occidentale et le développement sino-russe

7f0c3b5beae7bf287422c727e8cf467f.jpg

L’Arctique, enjeu entre la militarisation occidentale et le développement sino-russe

par Giulio Chinappi

Source: https://www.cese-m.eu/2026/08/lartico-conteso-tra-la-mili...

Routes, ressources, dissuasion nucléaire et droits des peuples autochtones font du Grand Nord un carrefour décisif de l’ordre mondial. Tandis que l’Occident en accentue la militarisation et l’exploitation corporative, la Russie et la Chine construisent un corridor eurasiatique fondé sur la souveraineté, les infrastructures et la coopération.

Le recul progressif des glaces est en train de transformer l’Arctique, de périphérie extrême du système international, en l’un des principaux espaces de la compétition géopolitique contemporaine. La région concentre en effet quatre dimensions stratégiques difficilement séparables: l’ouverture de nouvelles routes maritimes, l’accès à d’immenses ressources énergétiques et minières, la centralité en matière de dissuasion nucléaire et la possibilité d’influencer la future gouvernance des communications entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.

L’enjeu ne concerne donc pas seulement le contrôle de territoires reculés ou de gisements jusqu’à récemment inaccessibles. L’Arctique représente l’un des lieux où se mesure concrètement la crise de l’ordre maritime construit par les États-Unis et leurs alliés après la Seconde Guerre mondiale. La Route maritime du Nord, développée le long des côtes russes, peut relier l’Asie orientale à l’Europe par un itinéraire bien plus court que les routes passant par les détroits de Malacca et de Suez. Elle réduit également la dépendance à l’égard de passages obligés sur lesquels les puissances anglo-saxonnes conservent une capacité de surveillance, de pression et un potentiel d’interdiction navale. Pour ces raisons, la Route de la soie polaire et la convergence stratégique entre la Russie et la Chine peuvent reconfigurer la logistique et les flux énergétiques au profit des puissances eurasiennes, limitant la suprématie occidentale traditionnelle sur les grandes lignes de communication maritimes.

4d4462833e526ef8f059e0429e482888.jpg

Pour la Chine, la route arctique constitue avant tout une réponse structurelle au fameux « dilemme de Malacca ». Une part déterminante des importations énergétiques et du commerce chinois continue de transiter par des détroits qui, en cas de grave crise internationale, pourraient être contrôlés ou bloqués par les forces navales américaines et alliées. Un corridor septentrional, protégé par les capacités russes, offre à Pékin une diversification qui n’est pas seulement commerciale, mais aussi stratégique.

Pour la Russie, la Route maritime du Nord est à la fois une voie navigable nationale, un projet de développement des régions du nord et un outil de projection internationale. Moscou dispose de la géographie, des infrastructures côtières, des ressources et surtout de la plus grande flotte de brise-glaces au monde, y compris des unités à propulsion nucléaire nécessaires pour garantir la navigation dans des conditions extrêmes. Des terminaux comme Sabetta, les installations de gaz naturel liquéfié de la péninsule de Yamal, les ports de Mourmansk et Arkhangelsk ainsi que les réseaux de recherche et de secours transforment progressivement le littoral nord russe en un système logistique intégré.

courtesy-yamal-18444.jpg

Notre analyse est confirmée par les chiffres. Selon Rosatom, en 2024, le volume total des marchandises transportées le long de la Route maritime du Nord a atteint le record de près de 37,9 millions de tonnes. En 2025, les cargaisons à destination de l’est sont montées à 8,3 millions de tonnes, soit une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente. Il s’agit encore de volumes limités par rapport aux grands corridors maritimes du sud, mais suffisants pour démontrer que l’Arctique n’est plus une simple hypothèse cartographique.

Ces éléments rendent également évidente la complémentarité sino-russe. La Russie offre l’accès territorial, l’expérience opérationnelle, les ressources énergétiques et les brise-glaces ; la Chine met à disposition des capitaux, des chantiers navals, des capacités technologiques, la demande commerciale et une immense base industrielle. Le résultat est la formation d’un corridor eurasiatique dans lequel la souveraineté russe sur la route se combine avec l’intérêt chinois pour des liaisons plus sûres et diversifiées.

Ce n’est pas un hasard si le Livre blanc chinois sur l’Arctique de 2018 place explicitement la Route de la soie polaire dans le cadre de la Belt and Road Initiative. Le document affirme que la participation chinoise doit être fondée sur le respect, la coopération, l’avantage mutuel et la durabilité, en reconnaissant la souveraineté et la juridiction des États arctiques, le droit international de la mer et les intérêts des populations locales. Pékin entend contribuer à la construction d’infrastructures, à la sécurité de la navigation, à la recherche scientifique et à l’utilisation rationnelle des ressources, en subordonnant formellement les activités économiques à la protection de l’environnement et au respect des cultures indigènes.

Map-of-the-Russian-Arctic-territory-Arctic-Zone-of-the-Russian-Federation-1-Murmansk.png

Cette approche montre clairement que la Russie et la Chine tendent à considérer le développement de la région arctique comme faisant partie d’un projet d’intégration territoriale et économique à long terme, dans lequel infrastructures, établissements humains, production énergétique et routes commerciales doivent être coordonnées. À l’inverse, les États-Unis et leurs alliés l’interprètent de plus en plus ouvertement comme un espace à intégrer dans le dispositif militaire de l’OTAN et à ouvrir aux intérêts des grandes entreprises énergétiques, minières et technologiques occidentales.

La stratégie arctique du Département de la Défense américain de 2024 est révélatrice de cette approche. Le document décrit l’Arctique comme essentiel à la défense du territoire des États-Unis, accorde une place centrale à la compétition avec la Russie et la Chine, et prévoit le renforcement des capacités de renseignement, de surveillance, de communication, de mobilité militaire et d’entraînement dans les régions du nord. Le Pentagone a explicitement indiqué l’augmentation de la présence et des opérations militaires comme l’un des moyens de protéger les intérêts américains.

Picture-1-13.jpeg

Cette orientation s’est encore renforcée avec l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’OTAN. Sept des huit États membres du Conseil de l’Arctique appartiennent désormais à l’Alliance atlantique. En 2026, l’OTAN a mis en place de nouvelles forces terrestres multinationales en Finlande et en Suède, organisé l’exercice Cold Response 26 et lancé la Task Force X-Arctic, destinée à accroître la connaissance opérationnelle et la présence de l’Alliance dans le Grand Nord. Ainsi, l’Arctique est progressivement intégré au front militaire qui, de l’Europe orientale, s’étend jusqu’à la mer de Barents et à l’Atlantique Nord.

Le Groenland constitue le point le plus évident de cette conception. La base américaine de Pituffik, anciennement appelée Thulé, joue un rôle fondamental dans les systèmes d’alerte antimissile, de surveillance spatiale et de défense aérospatiale des États-Unis et du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. Comme on le sait, et comme l’ont réaffirmé à de nombreuses reprises Donald Trump et d’autres membres de son administration, Washington considère ouvertement l’île comme étant «d’une grande valeur stratégique» pour les États-Unis et l’OTAN.

L’héritage de la présence militaire américaine démontre cependant l’écart existant entre la rhétorique occidentale sur la protection de l’environnement et la réalité de ses politiques arctiques. À Camp Century, base construite sous la calotte glaciaire du Groenland et abandonnée en 1967, on a laissé des déchets physiques, des eaux contaminées, du carburant, des polychlorobiphényles et des matériaux radioactifs. Des études scientifiques ont estimé la présence d’environ 200.000 litres de diesel et 24 millions de litres d’eaux usées. La fonte des glaces risque à long terme de remettre ces substances en circulation.

Boeing_B-52G_in_flight_061026-F-1234S-021.jpg

En janvier 1968, de plus, un bombardier américain B-52 engagé dans une mission d’alerte nucléaire s’écrasa près de la base de Thulé alors qu’il transportait des armes thermonucléaires, provoquant la dispersion de matières radioactives. Ces épisodes montrent comment la militarisation occidentale a laissé dans le Grand Nord un héritage environnemental et politique qui continue de peser sur la population groenlandaise.

Pour ce qui est d’un épisode plus récent, en 2023, l’administration américaine de Joe Biden a approuvé le projet pétrolier Willow dans la National Petroleum Reserve-Alaska. Cette décision a confirmé la primauté du développement pétrolier dans une zone essentielle à la faune et aux activités de subsistance des communautés autochtones. En janvier 2025, la nouvelle administration américaine menée par Donald Trump a ordonné d’accélérer l’exploitation des ressources énergétiques, minières et forestières de l’Alaska, présentant la mesure comme une question de sécurité nationale.

La Russie, pour sa part, adopte une approche différente, fondée sur la reconnaissance de l’Arctique comme partie intégrante de son territoire national et sur la nécessité de maintenir la population, les activités économiques et les services publics dans les régions du nord. Sa stratégie jusqu’en 2035 fixe parmi ses objectifs officiels l’amélioration de la qualité de vie, la protection de l’environnement, le soutien aux communautés autochtones, le développement économique et la défense de la souveraineté nationale.

Le budget fédéral pour la période 2025-2027 a prévu environ 405 millions de roubles par an pour le soutien direct aux petits peuples autochtones de l’Arctique russe. Des programmes sont également en cours pour intégrer les activités traditionnelles dans l’économie régionale, soutenir l’élevage de rennes, la pêche, l’artisanat, les langues minoritaires et l’accès aux outils technologiques et logistiques. Une nouvelle conception du développement durable des peuples autochtones du Nord, de la Sibérie et de l’Extrême-Orient a été mise en place pour la période allant jusqu’en 2036.

La différence entre les deux approches apparaît enfin sur le terrain de la gouvernance. Après 2022, la suspension des réunions diplomatiques du Conseil de l’Arctique a montré l’impossibilité d’administrer la région sans la Russie, qui possède environ la moitié du littoral arctique. Depuis 2024, les huit États ont progressivement repris les réunions virtuelles des groupes de travail et, en mai 2025, toutes les délégations ont participé au passage de la présidence de la Norvège au Royaume du Danemark. En 2026, toutefois, les réunions diplomatiques officielles restent suspendues, tandis que la coopération scientifique et technique se poursuit.

L’avenir du Grand Nord dépendra donc du choix entre deux trajectoires. La première est celle d’un Arctique militarisé, divisé en blocs et soumis à la combinaison de la présence de l’OTAN, des intérêts des multinationales de l’énergie et à l’utilisation sélective de l’écologie. La seconde est celle d’un corridor eurasiatique construit grâce à des investissements infrastructurels, à la coopération entre États souverains et à la participation des économies asiatiques au développement de la Route maritime du Nord.

La coopération sino-russe n’élimine pas automatiquement les risques écologiques ni ne garantit à elle seule les droits des peuples autochtones. Elle offre toutefois une perspective alternative à la prétention occidentale de contrôler tant les routes traditionnelles qu’émergentes. La bataille pour l’Arctique concerne, en dernière analyse, la question de savoir qui pourra établir les règles du commerce, de l’accès aux ressources, de la sécurité et du développement dans le nouvel ordre multipolaire. Pour cette raison, le Grand Nord ne représente plus la marge glacée de la politique mondiale: il en est devenu un des centres décisifs.

Giovanni Gentile, un Italien dans la tourmente

3ef485ce65580a4cbe9b00ceb9f360fa.jpg

Giovanni Gentile, un Italien dans la tourmente

par Giovanni Facchini (2014)

Source: https://www.centrostudilaruna.it/giovanni-gentile-un-ital...

Recension d’un essai de Primo Siena

71zDx-gssuL.jpgLors de l’émission « Le temps et l’Histoire » diffusée le 26 mai dernier sur Rai3 et consacrée à la figure de Giovanni Gentile, l’animateur Roberto Fagiolo adressa à l’invitée du jour, la professeure Alessandra Tarquini de l’université « La Sapienza » de Rome, une question selon nous très intéressante. Faisant référence à l’adhésion du philosophe, alors âgé, à la toute nouvelle République Sociale Italienne créée à l’automne 1943, consacrée par son acceptation de la présidence de l’Académie d’Italie reconstituée, avec tous les risques que cela pouvait alors impliquer, l’animateur s’exprima ainsi:

« Mais j’ai envie de dire, excusez-moi, justement pendant que vous parlez, mais qu’est-ce qui le pousse à le faire, je veux dire, si les années précédentes il s’était en quelque sorte mis en retrait, était revenu à se consacrer à ses études, qu’est-ce qui le pousse à se mettre en première ligne, à devenir président de cette Académie d’Italie, pourquoi fait-il ce choix?»

La réponse de la professeure Alessandra Tarquini fut claire et objective:

Je dirais ceci: celui qui choisit un projet politique ne l’abandonne pas lorsque ce projet politique vacille. En somme, Gentile choisit d’adhérer au régime fasciste en 1922 parce qu’il y voit une possibilité, celle d’achever le Risorgimento, et donc de construire réellement une Italie nouvelle et moderne. Cette possibilité ne disparaît pas lorsque Gentile entre en conflit avec divers représentants du fascisme, par exemple en 1937, il y a une confrontation très dure avec Starace, alors secrétaire du PNF. En politique, ces choses peuvent arriver, ce n’est pas pour cela qu’on abandonne la partie, on continue à lutter. Je crois que Gentile continue à lutter pour la cause fasciste et, de ce point de vue, la question me paraît très importante, c’est-à-dire qu’est-ce qui le pousse à le faire: c’est le fait qu’il croit fermement au fascisme et en Benito Mussolini [1].

primosiena.jpgEt, si l’on se réfère à l’auteur de l’essai dont il est ici question, « qu’est-ce qui a poussé » le jeune Primo Siena (photo), alors âgé de seize ans, et des milliers d’autres garçons comme lui, à s’engager volontairement parmi les bersaglieri de la RSI? « Qu’est-ce qui l’a poussé », revenu miraculeusement des goulags de Tito, à entrer aussitôt au sein du MSI et à se jeter sans compter dans le difficile combat politique et culturel de la droite, dont il fut l’un des protagonistes absolus pendant plus de quarante ans?

Cette question provocatrice, si typique de l’esprit de la petite Italie d’aujourd’hui, si incommensurablement éloignée au point de ne pouvoir même imaginer ni comprendre les choix idéaux et les sacrifices d’Hommes tels que ceux de l’époque, unit donc dans la réponse de la brillante professeure Tarquini aussi bien le vieux philosophe que le jeune volontaire d’alors.

i__id425_mw600__1x.jpgC’est peut-être aussi pour cette raison que Primo Siena, aujourd’hui presque nonagénaire (ndt: il a 98 ans aujourd'hui), a voulu consacrer un essai à Giovanni Gentile, en ce soixante-dixième anniversaire de son martyre (= 2013), entièrement centré sur sa « philosophie du combat ». Il vaut la peine de rapporter presque entièrement la première page de l’introduction:

«Toute l’œuvre philosophique de Giovanni Gentile – parfois en des termes explicites, parfois de manière implicite – développe une vigoureuse critique de la démocratie moderne, quantitative, atomistique, égalitaire, mécaniste et fondamentalement irréligieuse, et s’attaque à ses mythes, à commencer par cet hypocrite pacifisme qui contrevient à la vraie paix, dont le siège se trouve avant tout dans le cœur de l’homme, mais comme dépassement de cette guerre intérieure que l’homme livre chaque jour pour lui-même.

Ce n’est pas un hasard si Giovanni Gentile a défini sa pensée comme une “philosophie de la mêlée”, mais en attribuant à ce mot la noble signification de combat ouvert et loyal qui arrache la mêlée à la tentation de la transformer en agitation plébéienne. 

La philosophie comme combat fut, pour Gentile, une norme de vie au sens classique et romain du terme: une vie où la conscience et la fidélité, la virilité, le courage et la force d’âme resplendissaient de la valeur des antiques vertus des Quirites, sapientia, fides, fortitudo, constantia; vertus dans lesquelles la démocratie des Lumières moderne semble avoir presque totalement perdu leur signification» [2].

L’essai de Primo Siena, malheureusement peu promu et injustement négligé en ce 2014 (Giovanni Gentile. Un Italien dans la tourmente, en librairie chez l’éditeur Solfanelli, commandes à: edizionisolfanelli@yahoo.it ; tél.: 335/6499393; 14,00 €, 191 pages), est une œuvre à la fois concise et complète, un texte accessible à tous comme dans la meilleure tradition de l’auteur, toujours actif comme pédagogue et éducateur dans le monde de l’école.

L’essai s’articule en trois parties distinctes mais parfaitement complémentaires: la première section, rédigée directement par Siena, dresse une biographie du philosophe de Castelvetrano et en analyse la pensée philosophique et pédagogique, puis aborde le délicat thème de la « fortune » de Gentile et de son œuvre dans l’après-guerre; la deuxième section est une belle anthologie de textes et d’articles de Giovanni Gentile lui-même, sous le signe d’une philosophie du combat faite de responsabilité et d’engagement civique; la troisième partie rassemble trois essais intéressants d’autant d’auteurs sur la philosophie et la pensée de Gentile, désormais difficiles à trouver et presque introuvables: le premier de Leonardo Castellani, jésuite argentin, intitulé Giovanni Gentile philosophe du fascisme ; le second d’un chercheur d’origine roumaine mais espagnol d’adoption, élève du philosophe à « La Sapienza » de Rome, George Uscatescu, qui propose une comparaison intéressante entre le thème de l’humanisme du travail chez Gentile et la figure de l’Ouvrier (Der Arbeiter) dans le célèbre essai d’Ernst Jünger; le troisième est le texte de la conférence qu’Armando Carlini prononça lors d’un mémorable congrès de 1955 à Florence, intitulée La pensée politique de Giovanni Gentile.

i__id809_mw600__1x.jpgDans la première partie sont abordés les principaux thèmes de l’œuvre et de la pensée de Gentile, qui, comme on le sait, ne fut jamais un intellectuel abstrait de salon, mais ressentit toujours le devoir de l’engagement et de la participation civique, comme en témoignent de manière pérenne sa fameuse réforme scolaire et la réalisation de l’encyclopédie italienne, que nous pouvons brièvement citer à titre d’exemple.

Les Français furent les fondateurs de l’Encyclopédie, avec Diderot et d’Alembert, les Anglais, avec leur vaste empire et leur domination maritime au XIXe siècle, avaient créé la célèbre Encyclopaedia Britannica ; personne n’aurait parié un sou que la pourtant ancienne et prestigieuse, mais désorganisée et querelleuse, culture académique italienne aurait pu produire une œuvre aussi cohérente et claire. Et pourtant, Giovanni Gentile, en coordonnant une équipe (on dirait aujourd’hui un « team ») de plus de trois mille chercheurs de toutes origines politiques et culturelles, réussit en quelques années (1929) ce tour de force, et encore aujourd’hui, les gros volumes de l’Encyclopédie italienne trônent dans toute bibliothèque publique qui se respecte.

La réforme scolaire de 1923 : il semble qu’à l’origine de tant de succès de notre secteur industriel pendant les années du boom économique, il y ait également eu la préparation rigoureuse et complète du lycée, et jusqu’à il y a peu, à l’étranger, on s’étonnait que nos cadres, techniciens, médecins et ingénieurs aient étudié le latin et le grec à l’école publique supérieure et en connaissent les bases.

7.-LImpero-quotidiano-18-dicembre-1923-Riforma-Gentile-3.jpg

Giovanni-Gentile-La-riforma-delleducazione-689x1024.jpeg

Primo Siena aborde ensuite les principaux aspects de la pensée philosophique et politique de Gentile, sans pour autant s’aventurer dans les méandres de la spéculation philosophique la plus poussée, qui rendent souvent les textes sur l’actualisme de Gentile difficiles à comprendre.

618LDqcntoS._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgIl fait particulièrement référence à la dernière œuvre de Gentile, achevée précisément à l’été 1943, Genèse et structure de la société, et à la signification que prennent dans celle-ci des concepts tels que «État éthique» et «humanisme du travail» dans leur rapport avec la liberté et l’individu.

L’accusation de «totalitarisme idolâtre de l’État» souvent portée contre Gentile trouve ici des réfutations nécessaires et argumentées: à travers la synthèse corporative fasciste, Gentile visait à la réalisation d’un État organique hiérarchiquement ordonné, et en ce sens, les considérations de Luca Leonello Rimbotti, exprimées dans un article récent et intéressant, peuvent être utiles:

« Le tout que l’État englobe est en fait la nation, c’est le peuple. L’État n’est pas l’ossature bureaucratique, ni même le pouvoir institutionnel, le monstre froid dont parlait Nietzsche. L’État selon Gentile est plutôt la structure de protection qui rassemble et unit en une multiplicité [nous dirions, en une gerbe de forces], et aussi, sur un plan pratique, la machine qui organise la vie en société. Et surtout, il véhicule la sacralité, la religiosité de l’être ensemble comme nation, ce qui unit dans un destin commun. La force de l’État enfin, qui est l’autre et la plus vraie face de l’État fort, ne réside pas dans l’autorité absolue du pouvoir sur les citoyens, mais dans l’acceptation volontaire de l’autorité reconnue, que ceux-ci signent librement. L’État éthique est l’État du consensus, de l’identification volontaire et consentie de tous dans le tout communautaire. La réalité qui, comme le dit Gentile, est in interiore homine, veut dire qu’elle représente l’unification de la pensée et de l’action des hommes dans un effort commun, ce qui constitue la substance de toute société saine » [3].

Le chapitre consacré à la «fortune» de Giovanni Gentile dans l’après-guerre, souvent oublié par la culture officielle ou, pire encore, comme cela est arrivé récemment dans la tentative du philosophe Emanuele Severino [4], «récupéré» en tout ou en partie comme maître caché de Gramsci et du marxisme et donc «antifasciste» à son insu, est central dans l’essai de Primo Siena.

9788845277535-it.jpgUn destin commun à d’autres grands de la culture et de l’intellectualité du XXe siècle, il suffit de penser au poète américain Ezra Pound, au romancier norvégien (prix Nobel de littérature en 1920) Knut Hamsun, aux écrivains français Robert Brasillach, Pierre Drieu La Rochelle, Louis Ferdinand Céline, au romancier roumain Vintila Horia et à bien d’autres, coupables d’être «fascistes» et donc à censurer ou, pire, à enfermer—pas seulement au sens figuré !—en asile psychiatrique; ou bien, quand cela arrange la fameuse culture officielle, «réhabilités» en tout ou en partie, présentant leur adhésion aux fascismes comme «particulière», «atypique», «due aux circonstances» et autres pieux euphémismes du vocabulaire politiquement correct.

En réalité, si les thèses de Severino et consorts étaient vraies, même Gentile n’aurait pas évité un séjour en hôpital psychiatrique, puisqu’il aurait été un bel exemple de schizophrénie d’avoir rédigé avec Mussolini, rien de moins, que la voix officielle, l'entrée « Fascisme » de l’Encyclopédie italienne tout en étant en même temps le maître caché de l’antifascisme marxiste et/ou libéral (selon les interprétations qui arrangent…).

71xoeW0YRQL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

714Bp43cxML._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

La vérité est que Gentile fut certes un très grand lecteur et interprète de Hegel et de Marx, mais que son analyse le conduit à dépasser les deux par la synthèse corporative fasciste originale et le rattachement à la tradition la plus authentique de la pensée italique, par exemple à travers l’interprétation du concept marxiste de praxis en termes « spiritualistes » reprise par Giuseppe Mazzini (p. 54).

Naturellement, la culture officielle ne peut toujours pas accepter le fait que l’un des philosophes et penseurs les plus originaux et importants du XXe siècle, non seulement est italien, mais aussi européen et mondial, ait été jusqu’au bout de façon convaincue et cohérente « fasciste », raison pour laquelle, tant dans les manuels scolaires que dans les ouvrages spécialisés, on assiste à des silences embarrassés ou à des interprétations des plus arbitraires et «domestiquées».

Heureusement, dès les premières années de l’après-guerre, un petit noyau de jeunes intellectuels de droite, actifs dans des associations culturelles et des revues plus ou moins liées au Mouvement social italien, a maintenu vivante la mémoire de Gentile et de sa doctrine toujours d’actualité, et ici le témoignage de Primo Siena, en rappelant des épisodes désormais oubliés et des publications désormais introuvables, est absolument précieux.

md30758503177.jpgParmi tous, il faut rappeler l’œuvre de Vittorio Vettori qui, dès 1951, publia la revue Études gentiliennes, revue de politique et de culture et, par l’intermédiaire du «Centre national gentilien», promut et organisa un congrès resté célèbre, du 15 au 17 avril 1955, précisément dans le cloître de la basilique Santa Croce à Florence où le philosophe, assassiné par les partisans, avait été enterré 11 ans plus tôt.

Y participèrent tous les protagonistes de la droite de l’époque et d’éminentes personnalités de la culture et de l’intellectualité, que nous énumérons ici pour retrouver le visage d’une époque, les années 1950, où la droite et la culture « nationale » n’étaient pas encore tout à fait marginalisées ou, pire, boutée « dans les égouts », sans pour autant devoir renier leur identité: Gaetano Rasi et Primo Siena de la revue Carattere, Ernesto Massi de Nazione Sociale, Edmondo Cione, Armando Carlini, Gioacchino Volpe, Nino Tripodi, Augusto De Marsanich, Marino Gentile, Ugo Spirito, Giotto Dainelli, Giuseppe Tucci; la communication qui fit le plus d’impression fut toutefois celle d’un outsider, le jeune Gianni M. Pozzo, avec une intervention sur « La vie comme milice dans l’historicisme et la pédagogie de Gentile ».

En réalité, la droite du MSI n’a pas toujours été attentive à la «bataille des idées» et a souvent négligé l’œuvre toujours actuelle de Gentile, jugée «difficile» et «gênante», tandis que parmi les militants les plus engagés et les groupes radicaux, on préférait souvent lire des auteurs comme Julius Evola, peut-être capables de susciter plus de fascination et d’attrait dans le climat particulier de ces années-là.

Au-delà de toute nostalgie et de toute, quoique nécessaire, reconstitution historique, la puissance du magistère gentilien constituera un patrimoine toujours actuel pour la culture italienne, auquel puiser surtout dans ces moments d’extrême difficulté et de désorientation, si bien que l’essai de Primo Siena, avec d’autres contributions récentes [5], tombe sûrement à point nommé.

De Giovanni Gentile, aujourd’hui, nous avons besoin aussi et surtout parce qu’il fut un chercheur qui sut toujours faire suivre l’action à la parole (pensée et action), cohérent et responsable jusqu’au bout; c’est pourquoi il vaut la peine de rapporter quelques extraits de certains de ses articles que Primo Siena a justement insérés dans son anthologie, car ils constituent un exemple de droiture morale et d’esprit de sacrifice qui, aujourd’hui, où toutes les valeurs sont renversées, paraissent presque «scandaleux».

31441564458.jpgDu fameux « Discours aux Italiens », prononcé au Capitole le 24 juin 1943, un appel à resserrer les rangs au-delà des égoïsmes, des commérages, des défaitismes de toute sorte pour le bien non seulement du fascisme, mais de la Patrie:

Chaque peuple a devant lui une victoire qui est son devoir et une victoire qui est son droit. Ce droit ne manque pas à celui qui accomplit son devoir. Et quand il échoue, quand tout serait perdu sauf l’honneur, tôt ou tard, l’histoire nous l’enseigne, la justice s’accomplit, car un peuple qui garde intacte la conscience de sa propre dignité, qui ne perd pas la notion de ce qu’il est et doit être, peut voir un instant s’obscurcir le firmament au-dessus de lui ; mais, tôt ou tard, les étoiles recommenceront à briller dans le ciel ; et dans sa conscience tranquille il saura retrouver sa route. Et les ennemis continueront de s’incliner devant la nation qui, même à travers le malheur, aura démontré sa nature immortelle [6].

Suit l’article « Reconstruire », paru dans le Corriere della Sera le 28 décembre 1943, après l’adhésion à la RSI, où Giovanni Gentile lance un dernier appel désespéré aux Italiens pour qu’ils ne se laissent pas entraîner dans la guerre civile:

Les fascistes ont pris, comme ils en avaient le devoir, l’initiative de la reconquête, et c’est pourquoi ils doivent être les premiers à donner l’exemple en sachant jeter dans le feu tout esprit de vengeance et de faction, et placer constamment la Patrie au-dessus même du parti [...] Frapper donc le moins possible; aller à la rencontre des masses pour en gagner la confiance et les rappeler à la conscience du devoir commun [7].

81Qw14fnuVL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgEt enfin un extrait de ce qui sera le dernier écrit de Gentile, « Le sophisme des prudents », dans « Civilisation fasciste » (avril 1944), où l’auteur s’en prend à l’attentisme, à l’apathie et à la résignation dans lesquels la majeure partie des Italiens étaient malheureusement tombés :

Pourtant, dans les moments où le danger est le plus pressant et où l’incitation à l’action est la plus vive, il y a dans cette prudence quelque chose qui heurte le sentiment moral, tel qu’il agit universellement dans la conscience et exige de chacun, impérieusement, l’accomplissement d’un devoir indéclinable. [...] La société est ce que nous en faisons: toujours acteurs et jamais spectateurs. Même avec la volonté de s’isoler et de se replier dans la vie privée, selon l’éternelle tendance épicurienne de l’esprit humain, qui a historiquement créé tant de formes religieuses de désagrégation de la vie sociale, par le désir naturel d’échapper aux douleurs de la lutte inhérente au dynamisme de la société, celle-ci demeure toujours quelque chose d’interne à l’individu, et elle est ce qu’il en fait... [...] Réalistes, oui, mais d’un réalisme intégral, qui nous inclut aussi ; nous, prêts à faire, à notre petite échelle, notre devoir, à notre place, dans une collaboration disciplinée, avec l’âme ouverte à la confiance dans une issue qui sauve l’honneur dont les peuples, pas moins que les individus, ont besoin pour vivre, et à laquelle les prudents semblent savoir renoncer [8].

Tous ces généreux appels à rester à son poste, à accomplir son devoir, à ne pas se laisser entraîner par le climat de haine et de violence qui régnait désormais dans tout le centre-nord, avec déjà des dizaines et des dizaines de morts tombés sous la main des « gappistes », ne pouvaient que coûter cher à Giovanni Gentile, d’autant plus que ces appels, vu l’autorité et l’exemple direct de leur auteur, produisaient manifestement quelque résultat aussi bien parmi les antifascistes non communistes que dans la population ordinaire.

C’est ainsi qu’eut lieu le lâche attentat du 15 avril 1944: comme beaucoup de membres naïfs de la RSI, Gentile n’avait aucune escorte, peut-être par un malentendu dû au sens de l’honneur, du « mépris du danger », mais aussi pour ne pas alourdir les finances de l’État et détourner des hommes précieux du front ou d’autres tâches jugées plus importantes ; il fut donc facile pour le partisan Bruno Fanciullacci, déguisé en étudiant de philosophie avec des livres en bandoulière, d’approcher le vieux Gentile, alors septuagénaire, toujours aimable et disponible pour tous, et de l’abattre à coups de revolver.

3assgg.jpg

Aujourd’hui, soixante-dix ans plus tard, l’Italie n’a peut-être jamais été aussi éloignée de celle que Giovanni Gentile avait rêvée et pour laquelle il a tout donné, jusqu’à sa vie, mais c’est bien Primo Siena lui-même, bersagliere de la RSI, jamais repenti, qui nous rappelle avec son essai que les idées ne meurent jamais et qu’il ne faut jamais se rendre ni se résigner. Paroles peut-être rhétoriques, mais dont nous avons un besoin extrême en ces temps très difficiles.

NOTES:

[1] L’épisode intitulé « Les ennemis de Giovanni Gentile » est entièrement et librement visionnable sur le site YouTube à l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=hjAC4AIOk8E  ; le dialogue en question a lieu vers la 26ème minute.

[2] P. Siena, Giovanni Gentile. Un Italien dans la tourmente, éd. Solfanelli, Chieti, 2014, p. 5.

[3] Luca Leonello Rimbotti, "Giovanni Gentile : du marxisme à l’humanisme du travail", dans ITALICUM, Périodique de culture, d’actualité et d’information, année XXIX – septembre-octobre 2014 pp. 27-29.

[4] Concernant l’interprétation de E. Severino, il est toujours intéressant d’écouter le dialogue dans la même émission « Il tempo e la Storia » mentionnée plus haut, entre le présentateur et la chercheuse Alessandra Tarquini (http://www.youtube.com/watch?v=hjAC4AIOk8E , autour de la 35ème minute):

Ce jugement de Severino nous suffit-il ? Seul celui qui pense en grand peut aussi se tromper en grand…

Peut-être pas, et personnellement je ressens dans les mots de Severino une difficulté à admettre qu’on puisse être à la fois un très grand philosophe et aussi un grand fasciste, et donc c’est un peu un tour de passe-passe, un raisonnement un peu compliqué de parvenir à concilier ces deux choses… La culture italienne a eu beaucoup de mal à admettre qu’un grand philosophe, comme l’a certainement été Giovanni Gentile, ait aussi été un personnage très important du régime fasciste.

RIPRENDERSI_GIOVANNIGENTILE_copia.jpg

[5] Voir par exemple Antonio Fede, Giovanni Gentile entre actualité et actualisme, Idées Nouvelles éd., Rome, 2007 ; et l’essai tout juste paru de Valerio Benedetti, Reprendersi Giovanni Gentile, Éditions AGA – La Testa di ferro, Rome 2014.

[6] P. Siena, Giovanni Gentile, op. cit. p. 109.

[7] P. Siena, Giovanni Gentile, op. cit. pp. 130-131.

[8] P. Siena, Giovanni Gentile, op. cit. pp. 135-138.

Éloge de l’homme nord-germanique : introduction à «Rembrandt éducateur» de Julius Langbehn

imremages.jpg

Éloge de l’homme nord-germanique: introduction à «Rembrandt éducateur» de Julius Langbehn

par Alexander Jacob

Source: https://www.unz.com/article/in-praise-of-north-germanic-m...

Julius Langbehn est né en 1851 dans le nord du Schleswig. Il étudia les sciences naturelles et la philologie à l’université de Kiel, mais ses études furent interrompues par la guerre franco-prussienne, à laquelle il participa comme volontaire. Après la guerre, en 1873, il voyagea en Italie puis, de retour en Allemagne, poursuivit ses études à l’université de Munich où il obtint un doctorat en histoire de l’art et en archéologie. Sa thèse portait sur les premières statues grecques de Niké, déesse de la victoire. Après de nouveaux voyages et un court séjour à Vienne, il s’installa en 1885 à Dresde. Durant l’hiver 1889, Langbehn rendit visite à Nietzsche, qu’il considérait comme une âme sœur, dans son asile psychiatrique de Iéna, et demanda que le philosophe soit retiré des soins de médecins qu’il jugeait incompétents pour être placé sous sa propre surveillance psychologique. Il n’obtint pas gain de cause et retourna, avec regret, travailler à son ouvrage sur Rembrandt. Le livre fut publié anonymement en 1890, « von einem Deutschen » (par un Allemand), et connut un immense succès. Il fut réimprimé 40 fois en deux ans.

pic1-5.jpgRembrandt as Educator par Julius Langbehn

Édité, traduit et présenté par le Dr Alexander Jacob.

Le titre du livre de Langbehn fut inspiré par l’essai de Nietzsche Schopenhauer als Erzieher (1874). La préférence de Langbehn pour le Nietzsche philo-sémite plutôt que pour le Schopenhauer antisémite peut trahir son propre philo-sémitisme, trait que releva Theodor Fritsch, qui signala que jusqu’à la 7ème édition, l’ouvrage de Langbehn était effectivement assez philo-sémite, et que c’est sa propre correspondance avec Langbehn, insistant sur la nécessité de l’antisémitisme dans une telle vision du monde, qui poussa ce dernier à rendre les éditions ultérieures plus ouvertement antisémites. Parallèlement, l’ouvrage devint plus pro-catholique dans ses dernières éditions et, en 1900, Langbehn se convertit même au catholicisme.

Les succès politiques de la Prusse lors de l’unification allemande en 1871 menaçaient d’engloutir l’Allemagne sous le militarisme, l’industrialisation et les tendances rationalistes en sciences et en art. Les marxistes réagirent à cette menace par des projets essentiellement économiques fondés sur le principe de la « lutte des classes ». Les idéalistes, quant à eux, proposèrent une révolution culturelle par le renouvellement de la culture allemande elle-même. Cet effort aboutit à ce qu’on appelle généralement la « Révolution conservatrice », incarnée dans des œuvres comme Preußentum und Sozialismus (Prussianisme et socialisme) d’Oswald Spengler (1919), Das dritte Reich (Le Troisième Reich) d’Arthur Moeller van den Bruck (1923) et Die Herrschaft der Minderwertigen (La domination des hommes de moindre valeur) d’Edgar Julius Jung (1930).

imagjlbremerzes.jpgL’appel de Langbehn pour une aristocratie sociale trouva un écho dans l’œuvre poétique influente de Stefan George, Das neue Reich (Le Nouveau Reich) (1929), qui esquissa une aristocratie spirituelle comme idéal de la société allemande. Rembrandt als Erzieher (Rembrandt éducateur) de Langbehn peut être considéré comme un précurseur de la Révolution conservatrice, puisqu’il s’efforce de combattre les maux de la culture démocratique du tournant du siècle—instaurée par des élites cosmopolites parvenues, promouvant des modes artistiques étrangères, notamment françaises—par un retour à l’éthos aristocratique naturel de l’élément le plus fort de la population allemande, les Allemands du Nord. Selon Langbehn, seul un retour de l’Allemagne à son caractère nord-allemand pouvait neutraliser efficacement l’esprit scientifique et matérialiste qui avait commencé à désintégrer sa culture à la fin du XIXe siècle.

Dans le même temps, l’ouvrage de Langbehn est aussi une contribution majeure à la série d’œuvres sur l’idéal nordique inaugurée par l'Essai sur l’inégalité des races humaines du comte Arthur de Gobineau (1855) et poursuivie par Les Fondements du XIXe siècle de Houston Stewart Chamberlain (1899), Le Mythe du XXe siècle d’Alfred Rosenberg (1930) et La Piété du caractère nordique de Hans Günther (1934). Ces œuvres formèrent l’arrière-plan intellectuel de l’idéologie raciale nationale-socialiste que Heinrich Himmler et le Rasse- und Siedlungshauptamt (Bureau principal de la race et de l’installation), fondé en 1931, cherchèrent à mettre en œuvre.

Langbehn-scaled.jpgPourtant, l’étude de Langbehn est véritablement psychologique, fondée sur son origine et sa familiarité avec la culture du Schleswig-Holstein, ainsi que sur ses vastes études en histoire de l’art. Son analyse subtile et détaillée du caractère nord-allemand vise à démontrer son aptitude à diriger le jeune Reich allemand, et à servir de modèle pour l’humanité tout entière.

Bien que le travail de Langbehn (portrait, ci-contre) n’ait pas été un précurseur direct du mouvement national-socialiste, ses oeuvres furent réimprimées tout au long du Troisième Reich. En effet, de nombreuses œuvres de la Heimatkunst (art du terroir) exposées à la Grande exposition d’art allemand à Munich en 1937 correspondaient aux exhortations de Langbehn à un style pictural allemand patriotique.

L’insistance de Langbehn sur la préservation et la valorisation du physique allemand comme manifestation extérieure de la personnalité éthique des Allemands trouva aussi une application pratique dans plusieurs mouvements de jeunesse apparus au tournant du siècle, notamment le mouvement Wandervogel (fondé par Hermann Hoffmann-Fölkersamb et Karl Fischer à la fin du XIXe siècle pour promouvoir les activités de plein air et la culture populaire). Beaucoup de ces mouvements furent cependant interdits en 1933 par les nationaux-socialistes, qui créèrent leur propre Hitlerjugend afin d’éviter toute opposition de la part d’autres groupements de jeunesse.

Langbehn commence son ouvrage en identifiant la dévotion croissante visant à enregistrer et classer toute activité, plutôt qu’à développer une vision organique de la réalité, comme la principale menace pour la culture allemande. La spécialisation a mené à une vision du monde microscopique qu’il faut remplacer par une vision artistique, qui, elle, est macroscopique.

19148448297.jpgLa lumière crue de la raison critique en science doit être remplacée par le clair-obscur qui nourrit la créativité artistique. La stérilité croissante de la science moderne ne peut être combattue que par une régénération des sources psychologiques de la créativité dans le caractère allemand. Celles-ci sont principalement le sens de l’individualité et de la personnalité, qui ont été développées par l’Allemand.

Les Allemands modernes devraient apprendre des meilleurs individus et personnalités de leur passé historique, et, pour faciliter cet exercice, Langbehn choisit le peintre bas-allemand Rembrandt comme l’exemple symbolique de l’esprit allemand par excellence. Le caractère germanique est essentiellement fondé sur la loyauté et s’oppose naturellement à toute forme de frivolité. La tranquillité et la profondeur sont les qualités marquantes de ce caractère, toutes deux se reflétant particulièrement dans les effets lumineux du clair-obscur de Rembrandt. Rembrandt n’était en effet pas un classique, mais était mystérieusement lié à la terre et à la paysannerie néerlandaise ainsi qu’à l’éthos aristocratique naturel des Bas-Allemands.

Ces aspects remarquables des Allemands et de leur jeune empire doivent être protégés des influences étrangères, notamment "galliques et romaines". En art, suivre les modes étrangères, surtout françaises, est particulièrement néfaste car la peinture française est soit trop agitée, soit trop académique et rigide. La préférence française pour le réalisme scientifique, symbolisée par les romans naturalistes d’Émile Zola, doit être combattue par un retour aux traditions folkloriques allemandes. L’architecture doit éviter l’ornementation pour exprimer l’esprit du peuple allemand et privilégier le style monumental et viril qui le caractérise.

6e281d465b3dddc0e3bbafa21bf3aa34.jpg

6b6f9744b6f8fff26f215bd7f6e732bd.jpg

Les idéaux artistiques de Langbehn sont toutefois non seulement locaux mais également moraux. Ainsi Rembrandt est considéré comme représentant une vision protestante du monde et ses figures chrétiennes sont souvent issues du peuple modeste. Cette simplicité de caractère se rencontre surtout à la campagne, rarement dans les métropoles, qui ont perdu, par leurs spécialisations scientifiques modernes, le sens de la totalité que l’art devrait exprimer. Ainsi, par exemple, la multiplication des musées à Berlin et dans d’autres villes ne fait que masquer l’absence d’un véritable culte des Muses dans la vie culturelle allemande contemporaine.

En science, la spécialisation a abouti à une préoccupation pour les détails qui ne sont pas éclairés par une appréhension subjective de leur véritable signification. La science doit être imprégnée d’un esprit artistique pour acquérir une vision synthétique et multiple du monde—une vision philosophique. Une telle conception serait nécessairement hiérarchique, car les objets doivent être considérés selon leur degré de valeur humaine intrinsèque, et non comme également significatifs de façon objective.

Johannes_Kepler_1610-746x1024.jpgContre la vision darwinienne du monde, Langbehn propose celle, organique et artistique, de Johannes Kepler (portrait), qui voyait la Nature comme un organisme unifié.

L’historiographie aussi est devenue froide en négligeant les valeurs au profit des détails. C’est le résultat des méthodes romaines d’écriture de l’histoire, que les Allemands feraient bien d’abandonner au profit de méthodes plus germaniques. Naturellement, Langbehn s’oppose aussi au droit romain, système légal étranger inadapté aux Allemands.

La médecine doit elle aussi devenir plus holistique, se concentrant sur l’homme entier plutôt que sur des maladies individuelles. Langbehn recommande même des expériences douteuses de son temps en crâniologie, physiognomonie, hypnotisme et spiritisme, comme exemples d’une psychologie plus intégrale que les approches scientifiques contemporaines de l’étude de l’homme.

die-tafeln-zur-farbenlehre-und-deren-erklaerungen_9783458191407_cover.jpgDe façon générale, le monde extérieur étudié objectivement ne permet pas de comprendre adéquatement l’univers organique de la nature. Seule une science philosophique le peut. Un des modèles de vision scientifique organique de Langbehn est la « Théorie des couleurs » de Goethe, qui, contrairement à celle de Newton, est subjective, et, contrairement à celle d’Emil du Bois-Reymond, physiologiste de renom de son temps, organique. Les correspondances entre macrocosme et microcosme doivent être étudiées méticuleusement pour développer un système « mathématico-tectonique » de la nature. En effet, si ce système était perfectionné, les lois du mouvement planétaire pourraient même s’appliquer à la coloration des ailes d’un insecte.

En politique, la forme de gouvernement la plus populaire est la monarchie. La paysannerie sur sa terre constitue déjà un ordre aristocratique proche de la nature et, comme elle, hiérarchique. Entre les paysans « nobles » et leur roi se trouvent les artistes formateurs, qui représentent l’aspect créatif de la « classe moyenne ». Ces trois ordres forment ensemble la patrie. Maintenant que l’Allemagne a acquis l’unité politique, elle doit rechercher son unité spirituelle et intellectuelle par la consolidation de ces trois ordres.

Si la Prusse a largement contribué à l’unification politique de l’Allemagne, elle demeure trop rigide dans son esprit militaire. Elle doit se germaniser pour devenir un modèle patriotique chaleureux pour tous les Allemands et non rester un simple modèle politique pour le nouvel État. Par ailleurs, la Prusse doit être représentée par ses provinces plutôt que par la capitale figée, Berlin. Langbehn suggère que, là encore, la Prusse ferait bien de s’allier avec la Hollande, car les Hollandais possèdent ce « rythme » qui peut compléter la « symétrie » prussienne. En fait, la Prusse fut initialement peuplée par de nombreux immigrants néerlandais. Une plus grande infusion de sang hollandais lui serait donc salutaire.

40b8edda3603d780cbe400fcb2d455bb.jpg

imh19cages.jpg

Les Hollandais sont, selon Langbehn, l’incarnation de l’esprit de liberté, exprimé de façon éclatante dans leur guerre d’indépendance contre les Habsbourg d'Espagne à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. Langbehn considère qu’une nation vraiment conservatrice, enracinée dans ses traditions, est « libérale », c’est-à-dire dévouée à la liberté, alors qu’un peuple disposé « libéralement » a besoin de la discipline du conservatisme.

D’autres sources bas-allemandes pour un réveil psychologique de l’esprit allemand sont le Danemark/Suède et l’Angleterre. Langbehn prend soin de préciser que sa propre patrie, le Schleswig-Holstein, peut être considérée comme le centre historique des terres bas-allemandes, la famille aristocratique d’Oldenbourg y ayant fourni rois et reines à la moitié du monde. C’est de cette même source que doit s’étendre la domination de l’Allemagne moderne.

cb93c7477d89d8576f8252189640bd24.jpg

L’esprit colonisateur des Bas-Allemands s’illustre au mieux par l’épanouissement de la république vénitienne durant la Renaissance, car, selon Langbehn, une grande partie de la classe dirigeante était constituée de Bas-Allemands (Lombards) et de Slaves (Croates). Langbehn décrit la vieille culture vénitienne comme fondée sur une saine association entre commerce et art. Elle était aussi plus grecque (byzantine) que romaine dans son style et, selon lui, sa cathédrale Saint-Marc ressemble au temple de Salomon tel que peint par Rembrandt. Langbehn va même jusqu’à déduire de telles affinités artistiques que la route d’Amsterdam à Jérusalem passe par Venise.

D’un autre côté, lorsqu’il compare Venise à l’Amérique du Nord, également peuplée et développée par les Bas-Allemands, il note le contraste marqué entre le caractère aristocratique de la première et le caractère démocratique de la seconde. Le mépris de Langbehn pour la démocratie nord-américaine fait écho à son aversion pour les modes françaises en art et en littérature. Pourtant, il espère que l’aristocratisme naturel des Bas-Allemands finira par imprégner le Nouveau Monde. Il se montre ici, du point de vue sociologique, plutôt naïf, car l’accent mis sur l’économie par les fondateurs puritains d’Amérique, associé à l’infiltration croissante de l’esprit financier juif, rend désormais impossible la fertilisation spirituelle de la culture américaine par l’Europe germanique. De plus, la qualité d’individualisme que Langbehn présente comme la marque distinctive des Bas-Allemands est devenue le vice incontrôlable de la société américaine actuelle.

En tout cas, Langbehn soutient que, comme les Vénitiens, les Allemands modernes doivent développer une aristocratie sociale pour s’opposer au mouvement croissant de la social-démocratie. Les meilleurs éléments de la société doivent toujours gouverner les inférieurs, et une aristocratie sociale ne sera garantie que si les classes moralement et matériellement les mieux dotées de ses habitants agissent sérieusement comme les avocats et les gardiens nés des classes moralement et matériellement moins bien loties, et si cette relation trouve son expression constitutionnelle durable [p. 262].

6276e5e966f8691273d4b0c011542db3.jpg

On ne doit pas juger les gens seulement selon leur richesse mais aussi selon leurs valeurs morales, intellectuelles, sociales et historiques. Et le peuple doit toujours être protégé par les nobles :

Prendre soin des faibles contre les forts, de la justice contre l’injustice, du peuple contre ses oppresseurs, c’est agir en chevalier: c’est en ce sens actif que la chevalerie doit renaître [p. 263].

En fait, le petit peuple doit être transformé en peuple (politique) en lui accordant des salaires plus élevés et des terres. Le gouvernement aristocratique de l’Allemagne sera essentiellement représenté par l’officier prussien et le prêtre chrétien, particulièrement catholique. Tous deux appartiennent à des ordres naturellement aristocratiques et symbolisent le trône et l’autel. Ces deux ordres reposent sur l’ordre agraire des paysans, dont la société, comme indiqué, est aussi hiérarchisée de manière aristocratique.

La politique allemande doit finalement devenir une sorte de politique artistique (ndt: l'équivalent de l'artecrazia italienne). La Prusse, qui s’est jusque-là concentrée sur le développement scientifique, doit maintenant se tourner vers le développement artistique. L’aspect enfantin du caractère allemand, représenté par les artistes, doit s’unir à l’aspect politique, incarné par les guerriers, à commencer par Siegfried.

L’homme politique-artiste doit faire émerger et développer l’individualité et la spontanéité du peuple. La culture d’une nation ne peut être ranimée par des professeurs et des directeurs de musée. Car, alors que le paysan et l’artiste produisent, le savant spécialiste, comme le commerçant, ne fait que commercialiser des biens intellectuels. De même que tous les arts doivent être considérés ensemble comme un complexe créatif, de même toutes les divisions de la politique doivent être unies dans le but du développement national, qui pourra alors être étendu à la culture internationale—à condition qu’une nation n’absorbe en elle que les éléments nobles d’une autre nation, et non les éléments dégénérés. Comme l’artiste, l’homme politique doit être formé par les anciennes traditions mais capable d’en intégrer de nouvelles dans sa pleine personnalité.

Gotthold-Ephraim-Lessing.jpgEn considérant plus en détail la culture allemande, Langbehn souligne d’abord le défaut du rationalisme chez des auteurs comme Gotthold Lessing (1729–1781) (portrait), qui était détaché du peuple allemand et était devenu plus universaliste dans ses opinions que spécifiquement allemand. Son prussianisme est trop froid, trop cosmopolite.

De même, le philologue et historien Theodor Mommsen (1817–1903) s’intéressait davantage à l’éthos romain qu’à l’éthos grec ou allemand et était donc étranger à l’esprit national allemand. L’aspect excessivement rationnel et mécanique de la culture allemande moderne se manifeste de façon frappante dans son centre culturel actuel: Berlin. Berlin a un aspect juif, que Langbehn décrit comme une dégénérescence de l’ancien judaïsme sain qui habitait les salons de Rahel Varnhagen (1771–1833).

Le regard à courte vue porté sur l’actualité a conduit aux modes éphémères de la littérature romanesque et d’autres productions futiles de salon. L’amour du futile et la haine du génie sont en effet les caractéristiques typiques du philistinisme, que la politique artistique de Langbehn combat vigoureusement. Le remède pour Berlin est d’absorber des influences plus diverses venues de l’extérieur. Berlin ne représente que l’esprit du petit officier prussien, alors que les provinces prussiennes contiennent davantage l’esprit de l’officier aristocratique. Cette Prusse, disciplinée et hiérarchisée, doit être mise au service de la régénération de la culture allemande et, en retour, être enrichie, « civilisée » par l’humanité du reste de la population allemande.

Un autre défaut de la culture allemande actuelle est sa surestimation du monde universitaire. Les professeurs représentent en fait une multiplication démocratique d’opinions qui, par leurs spécialisations étroites, voilent la véritable voix du peuple. Le « sens de l’essentiel » qui est la marque du génie est tout à fait perdu. La tentative de l’écrivain français Émile Zola d’écrire des romans « naturalistes » et scientifiques est un exemple de l’esprit petit-bourgeois de la culture démocratique.

Johann_Joachim_Winckelmann_(Anton_von_Maron_1768).jpgLes historiens de l’art, eux aussi, comme le classiciste Johann Winckelmann (1717–1768) (portrait), ne sont pas assez allemands dans leurs intérêts académiques. Même Goethe a flirté, sans succès, avec le style classique, comme dans son drame Iphigénie. Ce n’est que dans la seconde partie de son Faust qu’il a trouvé un sujet et un style allemands. Ce style fut en effet perfectionné par les remarquables Bas-Allemands, que sont Shakespeare et Rembrandt, le premier par l’ampleur de sa vision, le second par sa profondeur.

La culture doit être subjective, organique et artistique, non rationnelle, objective, mécanique ou matérialiste. L’Allemagne ne doit pas « classiciser » mais créer une culture classique qui lui soit propre. Langbehn relie étymologiquement l’art classique à l’armée et à la marine, et souligne que les vertus classiques de l’esprit militaire prussien doivent désormais être formulées artistiquement afin de créer une nouvelle culture classique allemande.

d604eeac325e495bc82961f35acac6a0.jpgLa culture allemande est avant tout musicale, mais, bien que les œuvres de Richard Wagner aient établi une sorte d’imperium musical allemand, son style est en réalité un style celto-romain bruyant, qui n’a pas la simplicité que la musique allemande doit avoir. La culture allemande doit être héroïque, et Langbehn considère, dans ce contexte, que le Nibelungenlied médiéval constitue une expression plus authentique de l’héroïsme germanique que les sagas nordiques, qui contiennent de nombreuses influences étrangères dans leur composition.

Langbehn évoque la langue bas-allemande elle-même comme un modèle de simplicité et d’héroïsme qui pourrait servir de véhicule à une grande poésie, voire héroïque—si seulement elle trouvait des poètes dignes de ce nom. Par ailleurs, la culture allemande doit être centrée sur l’héroïsme, mais aussi mettre en valeur la qualité de douceur du héros. Cette qualité trouve son accomplissement dans la figure suprêmement douce du Christ.

210691461_1495705961_v4_3_800.jpeg

Enfin, en ce qui concerne le développement de la culture en Allemagne, Langbehn insiste sur l’importance de la culture corporelle, afin que les corps des Allemands restent purs et sains dans leur forme. Les vêtements doivent être naturels et colorés, plutôt que sombres et ternes comme ils le sont actuellement. L’éducation de la jeunesse doit être assouplie par rapport à la discipline rigide actuelle, afin que les élèves ne soient pas effrayés mais libres dans leur apprentissage. Le programme d’études doit être réorienté des études romaines vers les études grecques et germaniques. L’éducation doit être réservée à une minorité noble qui y est adaptée, et ne pas être généralisée de façon démocratique.

Dans la dernière partie de l’ouvrage, sur la signification universelle de l’homme allemand, Langbehn fait l’éloge de l’Allemand comme modèle de simplicité noble, possédant un équilibre sain entre passion et raison. Il est particulièrement intéressant de noter sa référence répétée à la « nature enfantine » du Bas-Allemand, qui le hisse au-dessus des autres. Le Christ lui-même possédait une nature enfantine, qu’il alliait à une nature artistique, en faisant de sa vie une œuvre d’art par le don de son sang pour nos âmes. La noblesse artistique et la noblesse politique doivent aller de pair, car elles cherchent à réaliser le même potentiel spirituel supérieur de l’humanité.

Le but suprême du développement humain est la moralité. La culture germanique repose sur le concept d’honneur et doit s’opposer à l’éthique du parvenu cupide actuelle. Elle doit donc mener « une lutte morale contre l’argent ». Comme il le déclare, « le Siegfried moderne—l’Allemand renaissant—devrait tuer ce dragon luisant » (p. 169).

400564944_1681852687_v16_9_1200.jpeg

Des cercles intellectuels aristocratiques tels que ceux qui existaient à Weimar à l’époque de Goethe et Schiller doivent être recréés en Allemagne pour ennoblir sa culture. Le dirigeant politique idéal, le « Kaiser secret » de la tradition allemande, doit également être humble et désintéressé, comme le Christ. Il doit perdre sa personnalité individuelle dans celle de la nation et toujours chercher à défendre les faibles d’esprit, tout comme un vrai Kaiser défend les faibles économiquement.

Pour réformer le Reich, il doit être un chef intellectuellement puissant. En vérité, le peuple attend toujours qu’un génie fort le guide. Les descriptions par Langbehn de son Kaiser idéal annoncent de façon prophétique le principe du Führer qui fut réalisé en Allemagne trente ans après la publication de ce livre.

Comme dans le national-socialisme, Langbehn insiste sur le fait que la culture allemande doit être populaire, c’est-à-dire fondée sur les modes locales et non étrangères, surtout galliques. À l’heure actuelle, disait-il, la littérature et le théâtre sont dominés par des mercantiles qui importent en Allemagne des modes françaises. À ce stade, Langbehn aborde la cruciale question juive, mais il prend soin de distinguer ceux qu’il considère comme de vrais Juifs nobles et les Juifs dégénérés de la Bourse. Il affirme que l’antisémitisme ne doit pas devenir plébéien, mais savoir distinguer les bons Juifs des mauvais, bien que les mauvais doivent être écartés des positions de pouvoir.

La culture allemande doit être à la fois artistique et guerrière, car ce dernier aspect est nécessaire pour défendre le premier. Elle doit aussi être chrétienne, car la tradition allemande est principalement chrétienne. Il est intéressant de noter que, contrairement à Nietzsche qui considérait le christianisme comme l’expression d’une « morale d’esclave », Langbehn voit en lui une religion spirituelle aristocratique née du conflit avec le rationalisme démocratique des pharisiens de son temps. Il souligne l’excellence du catholicisme comme véhicule de culture spirituelle par rapport au protestantisme, car il est indéniablement plus artistique.

Beaucoup fut perdu dans la culture allemande à cause des tendances iconoclastes de nombreux réformateurs protestants. L’esprit créateur du catholicisme doit donc être ravivé à tel point que Luther finira par occuper une place secondaire dans l’histoire des peuples germaniques. C’est en revenant au christianisme originel que les Allemands pourront retrouver l’esprit aristocratique originel qui animait leur culture avant la christianisation.

Ainsi, Langbehn préconise un retour à la vie intellectuelle allemande aristocratique, douce et poétique du Moyen Âge, au profond instinct maternel de la période christiano-germanique primitive, à la vie forte, courageuse, enfantine, imagée et éduquée par l’image de l’Allemand le plus ancien, à la germanité sous sa forme la plus pure [p. 451].

Cette renaissance de la véritable culture germanique, selon Langbehn, est d’une importance vitale non seulement pour l’Allemagne, mais aussi pour l’ensemble de l’humanité, car les Allemands, en tant que peuple le plus enfantin et le plus vigoureux, pourront, grâce à ce réveil, apporter leurs bienfaits aux autres nations, de la même manière que les chrétiens ont autrefois diffusé leur religion.

dimanche, 16 août 2026

Les reportages européens de Drieu La Rochelle : à la découverte de la Hongrie, de l’Italie, de la Tchécoslovaquie

impdlrages.jpg

Les reportages européens de Drieu La Rochelle: à la découverte de la Hongrie, de l’Italie, de la Tchécoslovaquie

Entre 1934 et 1935, l’écrivain français visita trois pays européens et rédigea de longs articles pour l’hebdomadaire parisien Marianne dirigé par Berl.

par Sandro Marano

Source: https://www.barbadillo.it/132700-i-reportage-europei-di-drieu-la-rochelle-alla-scoperta-di-ungheria-italia-cecoslovacchia/

Le philosophe Henri Bergson soutenait que l’attention et l’élasticité sont les deux forces complémentaires que la vie nous offre et dont il faut tenir compte : la première nous permet de discerner les contours des situations, la seconde nous donne la possibilité de nous y adapter au mieux. En y regardant de près, attention et élasticité sont précisément les qualités requises d’un bon journaliste, particulièrement lorsqu’il est appelé à réaliser des reportages. Ces qualités, on les retrouve au plus haut degré dans les reportages européens que Drieu La Rochelle écrivit entre la fin de 1934 et le début de 1935, lors de sa visite en Hongrie, en Italie et en Tchécoslovaquie pour le compte de l’hebdomadaire illustré Marianne dirigé par son ami Emmanuel Berl.

R240155347.jpg

1934 et l’adhésion au fascisme

Nous devons au chercheur Marco Spada et à sa passion pour l’écrivain français la traduction et l’édition de ces textes, précieux à bien des égards. L’année 1934, rappelle-t-il dans son introduction, est un tournant dans la vie de Drieu. C’est en effet cette année-là, après les mouvements anti-gouvernementaux de février qui virent manifester ensemble des camps politiques rivaux, nationalistes comme communistes, qu’il adhéra définitivement au fascisme. Le fruit le plus mûr de cette expérience fut ce superbe essai qu’est Socialisme fasciste.

9791281106901_0_0_0_0_0.jpg

71MAXpNL2bL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

Il s’agissait donc de comprendre à la fois l’apport de la révolution fasciste et son influence sur certains États d’Europe centrale nés de la dissolution de l’Empire austro-hongrois. Spada écrit: «Le choix des destinations n’était nullement fortuit: la Hongrie était gouvernée par Miklós Horthy, allié des Allemands depuis 1933 et révisionniste convaincu du traité de Trianon [traité de 1920 qui avait fixé les frontières de la Hongrie, réduisant son territoire et sa population]; la Tchécoslovaquie traversait la période de transition entre l’anti-bolchévique Masaryk et le gouvernement de Benes; tandis que l’Italie avait déjà lancé tous ces processus sociaux, politiques et environnementaux qui firent d’elle le phare de l’Europe, alors que celle-ci embrassait lentement l’idée fasciste».

51hu5AiXGPL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgDrieu journaliste

Drieu, dans son travail de journaliste, se montra scrupuleux, attentif, exempt de préjugés. Dans ses reportages, il décrit tous les aspects des nations visitées en partant de la géographie. En effet, comme il le précisera plus tard dans Socialisme fasciste: « Marx avait oublié, entre autres, qu’au-delà du matérialisme des forces de production existe aussi celui de la géographie (...), le matérialisme du climat qui a forgé les patries et qui n’a pas fini de les forger ». Ainsi, géopolitique, économie, aspects sociaux et historiques s’amalgament dans une prose simple, fluide, parfois brillante, riche en détails.
La Hongrie

En visitant Budapest, l’écrivain français s’exclame: « Voici le double bonheur de Budapest: être traversée par le Danube et, sur la rive droite de ce beau fleuve, être d’abord Buda, avec ses belles collines ». Il écrit aussitôt: « La nuit savourée sur les quais de Pest est le troisième enchantement de Budapest, mais qui se recombine avec les deux premiers (...). Je me promène à midi comme à minuit sur le boulevard. La vraie haute société n’y va pas ; mais, Dieu merci, je ne vis pas parmi la haute société. Il y a la bourgeoisie, qui aujourd’hui dirige ce pays, mêlée désormais aux innombrables restes de la gentry, de la noblesse moyenne ou petite – contrairement à nos préjugés qui nous font imaginer la Hongrie entre les mains de deux cents aristocrates». Et il ne pouvait manquer de remarquer, en « tombeur de femmes » qu’il était, la beauté des Hongroises: « Il y a des femmes. Je regarde les femmes. D’ailleurs, je ne ferai que les regarder. Je quitterai la Hongrie sans avoir connu les Hongroises. D’ailleurs, je suis fatigué des aventures fugaces et le voyage, en général, ne m’incline pas à l’amour (...). Et pourtant, la Hongroise est exactement mon type ».

Le voyage de Drieu en Hongrie ne s’arrête pas à Budapest: il continue dans la vaste plaine magyare et dans d’autres villes: « J’adore arriver dans une de ces villes qui sont aux confins du monde. Le bout du monde n’est pas forcément lointain. Ce sont ces villes, grandes ou petites, dont on n’a jamais entendu parler, même quand on n’est pas complètement ignorant en géographie. Ce sont ces villes où l’on n’aurait jamais pensé venir, et dont on devient à jamais citoyen sentimental, simplement parce qu’on y a traîné ses souliers pendant trois jours ».

Le reportage sur la Hongrie se distingue par le dialogue entre un noble hongrois, propriétaire de vastes domaines et aux tendances libérales, et Drieu lui-même. Ici, l’écrivain français propose l’idée d’une fédération danubienne regroupant les petits peuples vivant le long du fleuve, pour dépasser l’étroitesse des revendications nationalistes: « Vous pouvez redevenir grands en participant à un État danubien plus sain, plus stable et plus fort que l’État autrichien. Non pas un État hiérarchique comme l’ancien, mais fédératif ».

1fbf9562724e362d632be0e6e4c3b5f9.jpg

La Tchécoslovaquie

Quant à la Tchécoslovaquie, Drieu loue surtout sa démocratie parlementaire et autoritaire, qui a su mener une vraie réforme agraire contre les grands domaines, réforme dont il décrit brièvement les points essentiels. Et, tout en reconnaissant que subsiste un problème de minorités allemandes qui conduira bientôt à la crise des Sudètes, ainsi qu’une séparation de fait entre les populations tchèque et slovaque, il ne manque pas d’adresser une critique voilée à la politique hitlérienne: « Ce peuple slave de Tchécoslovaquie a d’un bond atteint la “sagesse” politique de ces peuples d’essence germanique qui, dans les recoins d’Europe, démontrent – contre l’affirmation hitlérienne – que le germanisme peut s’accorder avec le système parlementaire ».

La Bohême et la Moravie lui apparaissent comme des régions riantes, pleines d’eau et de forêts, qui le réjouissent. Et, pour le ravir également, il y a les petites villes: « Voici la première vision de ces petites villes tchèques ou moraves qui, à l’image des villes allemandes, offrent toujours une charmante place centrale. Ces places sont bordées de maisons d’un ou deux étages, étroites, posées sur des arcades modestes et un peu austères (...) qui présentent toujours quelque délicieux ornement de la Renaissance ou de la Contre-Réforme jésuite, deux époques joyeuses qui se font face aux marges du trou noir de la guerre de Trente Ans ».

En comparant ensuite Prague à Budapest, il observe que si à Budapest la nature est plus vaste et généreuse, à Prague, le passé artistique est infiniment plus fort. Ce qui le surprend positivement, c’est « la rencontre, au cœur de l’Europe, entre la vitalité slave, la volonté germanique et l’intelligence latine et juive ».

italia-1934-appleton_IdeaRareMaps-scaled.jpg

L’Italie

À l’Italie fasciste, Drieu consacre trois reportages datés respectivement du 26 décembre 1934, des 2 et 9 janvier 1935. L’écrivain français saisit aussitôt le caractère fondamental de la révolution fasciste, à savoir qu’il s’agit d’une révolution en marche, graduelle, qui «avait devant elle une tâche immense: faire passer un pays qui s’attardait dans les charmes nocifs ou vicieux d’une enfance retrouvée au XVIIᵉ siècle vers la rude discipline d’une nation mûre, s’exprimant dans un État moderne».

Image4784.jpgIl s’attarde alors, avec de nombreux détails, sur la forme sociale du nouvel État qui s’exprimait dans le contrôle exercé sur les banques, la lutte contre la tuberculose et divers instituts sociaux: des assurances contre les accidents à la prévoyance sociale, de l’ONMI (Œuvre Nationale pour la Maternité et l’Enfance) «qui assiste la mère pendant la grossesse, l’accouchement et la période post-natale» à la magistrature du travail et aux conventions collectives de travail qui sont une pièce de la construction corporative prenant racine dans la Charte du Travail de 1926.

Drieu visite l’université de Rome, « à la géométrie vivante, élégante », et assiste au fervent élan constructif de l’Italie fasciste, notamment aux travaux d’assainissement des marais Pontins et à la naissance de Littoria (aujourd’hui Latina), et il informe avec admiration de la valorisation de l’agriculture par le régime: «À la fin de 1933, l’État fasciste travaillait à l’assainissement de plus de quatre millions d’hectares sur seize millions de terres cultivables et y avait dépensé trois milliards et demi de lires. On a asséché et drainé les fonds; creusé des canaux; consolidé et terrassé les collines; reboisé les montagnes. La bataille du blé a été engagée et rapidement gagnée ». Il ne manque pas de noter l’effort du régime pour réduire les grands domaines: «Ainsi avance un régime qui n’attaque le système capitaliste que de façon indirecte et qui doit s’occuper autant de panser les blessures que celui-ci provoque que de le frapper avec prudence».

En appréciant « l’intelligence réaliste » de Mussolini et « la puissance poétique » du nouvel État, Drieu conclut : « Ce qui est beau, c’est que le génie d’une époque et d’un homme élève un peuple au-dessus de lui-même ; ce qui est encore plus beau, d’une beauté fatale, c’est qu’un peuple, au moment où il est au-dessus de lui-même, reste encore lui-même ».

Pierre Drieu La Rochelle, Marianne. I reportage europei (1934-1935), ( = Marianne. Les reportages européens (1934-1935), édité par Marco Spada, Eclettica 2026, 153 pages, 14 euros.        
        

Quand l’espace devient un champ de bataille

imawspges.jpg

Quand l’espace devient un champ de bataille

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena  

La guerre en Ukraine ne se décide plus seulement sur le front. Celui qui contrôle l’espace informationnel contrôle le champ de bataille. C’est précisément pour cette raison que la constellation de satellites russe «Rasswet» provoque actuellement de fortes inquiétudes à Kiev.

Selon Politico, le système russe se développe beaucoup plus rapidement que prévu initialement. Des experts ukrainiens mettent en garde: Moscou pourrait ainsi acquérir un avantage technologique qui dépasserait largement le cadre de l’Ukraine. La véritable importance de ce développement réside cependant ailleurs.

La guerre en Ukraine a toujours été, dès le départ, une guerre d’asymétrie technologique. Starlink est devenu l’un des instruments militaires les plus importants pour Kiev. La communication par satellite a permis d’assurer des liaisons stables, même lorsque les infrastructures classiques étaient détruites ou perturbées. Renseignement, communication, pilotage de drones et commandement des opérations se sont progressivement fondus en un système numérique global.

Cela a créé une constellation remarquable. Une entreprise privée américaine est devenue l’un des acteurs majeurs sur un théâtre de guerre européen.

L’accès à un réseau de communication s’est soudainement transformé en une ressource stratégique. Dans le même temps, le contrôle de cette ressource n’était ni à Kiev, ni à Bruxelles, mais en dernier ressort entre les mains d’un groupe américain. L’incident lié au blocage de certains terminaux Starlink a montré combien la guerre moderne dépend désormais des plateformes numériques. Celui qui contrôle l’infrastructure contrôle aussi sa disponibilité.

C’est ici que «Rasswet» entre en jeu. La Russie ne dispose pas encore d’une flotte de satellites comparable à Starlink. Pour des usages militaires, ce n’est d’ailleurs pas nécessaire dans l’immédiat.

Ce qui compte n’est pas le nombre absolu de satellites. Ce qui compte, c’est la capacité d’assurer, à un moment donné, une connexion stable sur une zone déterminée. Une couverture limitée pourrait déjà suffire pour piloter des drones en temps réel, transmettre des données de renseignement sans délais importants et connecter plus efficacement les unités militaires entre elles.

Cela changerait les rapports de force.

Jusqu’à présent, une partie du problème pouvait être résolue de façon administrative. Les accès indésirables ou non autorisés pouvaient être bloqués. Un réseau satellitaire national obéit à d’autres règles. Le conflit se déplace alors du contrôle des accès vers une confrontation technique beaucoup plus complexe.

La guerre électronique, les opérations de brouillage, les attaques contre les stations au sol, les cyber-opérations ou même la capacité à détruire des satellites deviendraient soudain beaucoup plus importantes et beaucoup plus coûteuses. Le véritable tournant ne réside donc pas uniquement dans la nouvelle technologie. Il réside dans le fait que la voie à sens unique prend fin.

La guerre en Ukraine apporte donc un enseignement qui dépasse largement l’Europe de l’Est. La puissance militaire du XXIᵉ siècle ne se définit plus exclusivement par les chars, l’artillerie ou les avions de combat. Elle naît à l’intersection de l’espace, de l’intelligence artificielle, des technologies de communication et des systèmes d’armes autonomes.

Qui possède ses propres satellites gagne une indépendance stratégique.

Qui dépend de systèmes étrangers, reste dépendant des décisions étrangères. La prochaine concurrence globale entre grandes puissances ne se jouera donc pas seulement sur terre, en mer ou dans les airs. Elle se décidera en orbite.

#geopolitique@global_affairs_byelena

20:03 Publié dans Actualité, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, défense, satellites, starlink, rasswet, espace | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

«La métapolitique à son plus haut niveau»: les Définitions de Giorgio Locchi

artworks-fIoUumR109nzgvvB-4YyBBQ-t1080x1080.jpg

«La métapolitique à son plus haut niveau»: les Définitions de Giorgio Locchi

par Joakim Andersen

Source: Arktos Journal, 14 août 2026

Giorgio Locchi (1923–1992) fut, aux côtés de figures telles que Dominique Venner et Alain de Beniost, l’un des fondateurs de la Nouvelle Droite française. Guillaume Faye le comptait parmi ses sources d’inspiration les plus importantes, et lorsqu’on lit les références de Faye à Locchi, il apparaît rapidement comme un penseur précieux et original.

Malgré cela, Locchi demeure relativement méconnu dans le monde anglophone, peu de ses textes ayant été accessibles aux non-francophones. C’est pourquoi l’anthologie Définitions (publiée en anglais par Arktos en 2024) rend un grand service à la culture: il s’agit d’une collection de textes traduits offrant une bonne introduction à sa pensée.

definitions-og.jpg

61KVO7ej+gL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

L’hégémonie largement libérale qui domine encore l’Occident fait que de larges pans de la vision du monde dominante sont considérés comme allant de soi, et même restent sans nom. Comme les poissons, nous manquons de mots pour désigner l’eau dans laquelle nous nageons. Locchi est comme un soleil qui éclaire ce qui, sinon, resterait caché. Il nomme des aspects du sens commun concernant l’humanité et l’histoire, à l’aide de termes tels qu’égalitarisme, conception segmentaire de l’histoire et mentalité.

Mais Locchi identifie également une alternative : la tendance surhumaniste, représentée par des figures telles que Wagner et Nietzsche. Cela le rend intéressant d’un point de vue métapolitique, mais aussi précieux pour les universitaires, les artistes et les militants politiques.

Les Définitions de Giorgio Locchi – proposées en anglais par Arktos,  sont également disponibles sur Amazon.

En partant de l’anthropologie d’Arnold Gehlen, Locchi montre que l’homme est un être biologique, mais en même temps « ouvert au monde », perpétuellement libre de choisir:

« Réduire l’homme à une espèce biologique, c’est le dépouiller de son humanité, de son historicité. C’est, bien sûr, le désir inconscient des sociétés épuisées par l’histoire. »

imaglstvges.jpg

Ceci s’applique aussi bien aux individus qu’aux sociétés, car « la culture est la nature de l’homme ». Locchi identifie deux types idéaux anthropologiques, tout en restant parfaitement conscient qu’il s’agit de tendances coexistant chez la plupart des gens. D’un côté, il y a l’homme de masse, incapable de faire autre chose que suivre ; de l’autre, le fondateur/héros, qui possède et réalise une idée de sa société.

Dans le modèle de Locchi, il n’y a pas de contradiction nécessaire entre l’individu autonome et sa société: le fondateur/héros conserve et ennoblit à la fois la culture et la société de son peuple. L’alternative est une fausse dichotomie : « En prenant la tête d’une société, le héros occupe de plein droit le sommet de la hiérarchie sociale. »

Il convient également de noter, dans ce contexte, la réflexion de Locchi sur la relation entre société et mythe : « comme lien social, le Mythe organise la société, garantissant sa cohérence dans l’espace et à travers le temps. » Le mythe est central, ce qui signifie qu’une société qui perd ses mythes, ou laisse ses ennemis les remplacer, s’expose à de grands dangers. Une telle société a besoin de nouveaux mythes, et Locchi considérait Bach et Wagner comme des tentatives en ce sens. C’est un projet digne d’intérêt pour les artistes, philosophes et musiciens.

il-pensiero-dell-origine-locchi.jpg

Locchi développe également l’une des idées centrales de la Nouvelle Droite: la conception sphérique du temps. Il identifie la vision linéaire, ou plus précisément segmentaire, de l’histoire qui caractérise aussi bien la bourgeoisie que la gauche, avec pour objectif « la fin de l’histoire ». Une telle vision de l’histoire est marquée par un élan égalitaire : la fin de l’histoire ne laisse pas de place pour les « grands hommes » ou l’inégalité. En même temps, Locchi montre que la conception égalitaire de l’histoire a connu trois phases : du mythique à l’idéologique puis au scientifique. Toutes procèdent de la même mentalité.

14671085_10154102831767428_4741009867276413708_n.jpg

Une autre intuition précieuse de Locchi est que l’analyse idéologique doit identifier les mentalités et les sentiments sous-jacents. Contrairement au mode de pensée linéaire, une mentalité anti-égalitaire guide Nietzsche, Wagner et les Révolutionnaires Conservateurs des années 1920. Pour Nietzsche, passé, présent et futur coexistent ; leurs significations s’influencent mutuellement, et les événements révolus sont potentiellement toujours présents. Pour Locchi, l’histoire est « la lutte entre les hommes au nom d’images qu’ils créent eux-mêmes et qu’ils cherchent, en les réalisant, à égaler ». Ici aussi, on retrouve un idéal agonistique sans complexe, où la rivalité et la compétition ne sont pas vues comme négatives mais, au contraire, comme le moteur de l’histoire.

L’idéal agonistique est profondément indo-européen, ce dont Locchi était parfaitement conscient. Son essai « Identité indo-européenne et monde moderne » est une application fascinante de la vision indo-européenne du monde à la société, dans laquelle les mythes indo-européens de la guerre entre Ases et Vanes illustrent comment « les ‘dieux-prédateurs’, continuateurs du ‘premier homme’ comme auto-domesticateur, s’imposent à travers la magie liante de leur chef, Odinn-Wotan. »

De même, deux catégories sociales peuvent être identifiées historiquement : « ceux qui ont atteint un niveau supérieur de conscience… se proposaient comme élite » ; « la ‘domestication’ de la masse était assurée par l’élite. » Ici, Locchi s’appuie sur la description par Dumézil des trois fonctions indo-européennes, qu’il réduit et combine en deux. C’est aussi fascinant à lire que son massacre intellectuel du projet de Lévi-Strauss. Pour Locchi, toute société a une élite de magiciens et de guerriers qui, ayant acquis la maîtrise de soi, peuvent aussi revendiquer le droit de la diriger.

Dans l’ensemble, Définitions est un trésor, ou un arsenal, pour la véritable droite. Locchi écrit avec autorité sur Wagner, Nietzsche et Dumézil, ainsi que sur Spengler et la Révolution conservatrice.

61lZIhXO0QL.jpg

Il aborde la « maladie américaine » qui a frappé l’Europe, décrit l’Empire européen comme un idéal, et identifie le rêve égalitaire de mettre fin à l’histoire – et, avec elle, à l’humanité au sens locchien (« alors l’histoire, dans son ensemble, se termine aussi avec nous »). Il décrit les tentatives de réhabiliter et de neutraliser Nietzsche ; il observe au passage que « les ‘sociétés froides’ devraient en réalité être qualifiées de branches mortes culturelles ».

La vision claire de l’homme et de l’histoire chez Locchi est inspirante, tout comme sa mise en garde contre les tentatives de sortir de l’histoire. Tout aussi inspirantes et impressionnantes sont ses analyses des mythes, d’Œdipe et du mythe indo-européen de la création à L’Anneau du Nibelung et la guerre des dieux.

La mentalité qui guide Locchi ressort en contraste marqué avec la mentalité et les sentiments qui guident les « libéraux » et « gauchistes » d’aujourd’hui ; et pour la plupart des lecteurs, Locchi sera probablement une source d’inspiration.

En résumé, Définitions incarne la métapolitique à son meilleur, et l’époque actuelle semble également mûre pour la tendance surhumaniste et la conception sphérique de l’histoire, d’une manière que les années 1980 ne l’étaient peut-être pas.

Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

ChatGPT-Image-Aug-3--2026--04_19_55-PM.png

Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

Source: https://report24.news/usa-verkaufen-euro-um-den-yen-zu-re...

Washington, en collaboration avec Tokyo, a soutenu le yen en chute libre – et pour cela, a précisément vendu des euros. Selon le Financial Times, la BCE n’a été informée qu’après la transaction, alors que le Japon, plus grand détenteur étranger de bons du Trésor américain, a de moins en moins de raisons de placer son capital aux États-Unis ou en Europe. Ce revirement japonais tombe particulièrement mal pour l’Allemagne : Berlin inonde le marché des capitaux de nouvelles dettes, alors que l’un des principaux créanciers de l’Occident pourrait rapatrier ses fonds.

Le vendredi 31 juillet, le Japon et les États-Unis sont intervenus conjointement sur le marché des changes pour éviter une nouvelle chute du yen. La devise japonaise était tombée à près de 164 yens pour un dollar – un niveau inédit depuis environ quarante ans. Tokyo aurait mobilisé près de 36,6 milliards de dollars ce jour-là ; la veille, presque 59 milliards de dollars avaient déjà été injectés sur le marché, selon les calculs de Reuters. Le yen s’est alors temporairement redressé jusqu’à 155,20 pour un dollar. Il cote désormais autour de 159. Le message des marchés est clair : même des interventions de plusieurs dizaines de milliards n’offrent à Tokyo guère plus qu’un court répit.

Mais le plus intéressant a été la façon dont Washington a financé ses achats de yen : les Américains ont vendu des euros. Pas de vente de dollars, ce qui aurait affaibli leur propre monnaie et ravivé les inquiétudes inflationnistes. Pas de pression supplémentaire sur le marché obligataire américain, déjà fragilisé. À la place, le Trésor américain a puisé dans ses réserves d’euros. HSBC a qualifié cette démarche d’« éventuellement sans précédent » auprès de Reuters. Washington dispose d’environ 26 milliards d’euros immédiatement mobilisables pour ce type d’intervention. Lorsqu’il a fallu limiter ses propres problèmes, c’est donc une devise de réserve étrangère qui a été sacrifiée.

À Francfort, on n’aurait été informé que lorsque tout était déjà joué. Selon le Financial Times, la BCE n’a pas été consultée avant la transaction américaine. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, n’a parlé à Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, que le samedi suivant. Plusieurs banquiers centraux européens ont vu dans cette opération une rupture avec les usages entre grandes banques centrales occidentales. Reuters avait d’abord seulement mentionné des contacts entre la BCE et la Fed ; la chronologie n’a été clarifiée que plus tard. Washington avait besoin d’une devise dont la vente ne lui ferait pas trop de mal. L’euro a manifestement  rempli ce rôle de façon parfaite.

Les milliers de milliards japonais pèsent sur Washington

Pourquoi l’administration Trump s’occupe-t-elle autant du yen ? Le Japon est un allié proche, mais sur les marchés financiers, l’amitié s’arrête là où commencent les milliers de milliards. Selon les dernières données disponibles du Trésor américain, le Japon détenait, fin mai, 1143 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Il reste ainsi le principal créancier étranger de Washington. En février, ce chiffre était encore de 1239 milliards de dollars. En trois mois, les avoirs déclarés ont donc diminué de plus de 96 milliards.

C’est risqué pour Washington. Si Tokyo veut soutenir le yen, il lui faut des dollars ou d’autres devises étrangères à vendre contre des yens. Une grande partie des réserves japonaises est investie en bons du Trésor américain. S’ils sont vendus, leur prix baisse et leurs rendements augmentent. Or, Washington ne peut pas se permettre cela actuellement. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a récemment approché à nouveau les 5,3 %. Pour un État qui doit continuellement refinancer son immense dette, chaque hausse de rendement devient très coûteuse. Reuters a d’ailleurs cité la crainte de ventes supplémentaires de Treasuries japonais comme l’une des principales motivations de l’intervention américaine.

JAPAN-YEN-0_1773307419821_1773307441668.jpg

Bessent a donc déjà prévu la suite. Grâce au dispositif FIMA Repo de la Fed, les banques centrales étrangères peuvent déposer des Treasuries en garantie et obtenir des dollars en échange. Le Japon n’a donc pas besoin de vendre ses Treasuries sur le marché en cas de besoin de liquidités. Le secrétaire au Trésor américain a même évoqué, après l’intervention, une possible extension de cet instrument. En d’autres termes : Washington aménage une sortie de secours à son principal créancier étranger pour éviter qu’il ne vende massivement les Treasuries en cas de crise.

Le calcul est simple. Si le yen continue de baisser, Tokyo doit mobiliser des sommes de plus en plus importantes pour le défendre. Si le Japon vend des Treasuries, les coûts de financement américains augmentent. Si Washington vend lui-même des dollars, il affaiblit sa propre monnaie et risque d’aggraver l’inflation. Donc, on vend de l’euro. Pour les Américains, c’était la solution la plus confortable. Apparemment, les Européens n’ont même pas été consultés.

L’argent japonais n’a plus besoin de l’Occident

Derrière cette spectaculaire intervention se cache un problème bien plus vaste. Pendant des décennies, les investisseurs japonais ont placé leur argent à l’étranger, faute de rendements au pays. Assureurs, banques, fonds de pension et gestionnaires d’actifs achetaient des Treasuries américains, des obligations d’État européennes et d’autres actifs étrangers. En parallèle, le yen est devenu la devise de prédilection pour les carry trades: s’endetter à bas coût au Japon, placer l’argent ailleurs à meilleur rendement, et empocher la différence.

Cette époque s’achève. Les obligations d’État japonaises à 30 ans offrent désormais presque 4% de rendement. Les titres allemands de même maturité, environ 3,6%. Même les obligations japonaises à deux ans rapportent environ 1,64% – un record depuis 31 ans. Mitsubishi UFJ, Daiwa et d’autres gestionnaires japonais lancent déjà de nouveaux fonds pour attirer à nouveau les épargnants nationaux vers les obligations japonaises. Parallèlement, la Banque du Japon entend réduire son portefeuille d’environ 48.000 milliards de yens sur l’exercice en cours, tandis que le gouvernement devrait, selon JPMorgan, émettre environ 15.000 milliards de yens de dette supplémentaire. Tokyo a besoin d’acheteurs – et les cherche de préférence sur le marché domestique.

La question devient donc de plus en plus gênante pour les investisseurs japonais: pourquoi placer son argent à Washington, Francfort ou Paris, alors que le rendement est de retour au pays ? Investir à l’étranger, c’est aussi prendre un risque de change ou payer pour le couvrir. Avec des taux japonais plus élevés, l’ancien attrait des obligations occidentales disparaît vite. Il n’est pas nécessaire que le Japon vende un millier de milliards de Treasuries en un jour. Il suffit que les assureurs, fonds et banques achètent moins de nouvelles obligations américaines ou européennes et rapatrient davantage de capitaux à l’échéance.

Euro-Yen-USA.jpg

La BCE avait déjà mis en garde en 2023, alors que les rendements japonais étaient encore beaucoup plus bas. Une normalisation de la politique monétaire nippone pourrait entraîner un rapatriement de capitaux, soulignait le rapport sur la stabilité financière. Les investisseurs japonais auraient un impact significatif sur les marchés obligataires internationaux, notamment sur certains segments de la zone euro. Trois ans plus tard, ce scénario théorique est devenu une réalité motivée par le rendement.

Les carry trades risquent de provoquer la prochaine vague de ventes

La situation est encore plus explosive à cause du yen carry trade. Pendant des années, les investisseurs pouvaient se financer quasiment gratuitement au Japon et placer cet argent dans des obligations, actions ou autres actifs mieux rémunérés à travers le monde. Tant que le yen restait faible, c’était lucratif. Si la devise s’apprécie fortement, cela devient vite un piège. Les positions doivent être débouclées, les actifs vendus et les yens rachetés. Ce mécanisme a déjà provoqué de fortes turbulences à l’été 2024. UBS estimait le volume du yen carry trade concerné à environ 500 milliards de dollars à l’époque.

Pour l’instant, ce commerce perdure. Le yen s’est de nouveau affaibli après la récente intervention, attirant à nouveau les spéculateurs. Pour Tokyo, c’est un cercle vicieux : plus le carry trade reste attractif, plus la pression sur la devise perdure. Il faudra tôt ou tard intervenir à nouveau pour des milliards, ou relever davantage les taux. Or, des taux japonais plus élevés rendent le rapatriement du capital encore plus attractif. Washington, Francfort et les marchés actions internationaux dépendent ainsi d’une devise qui a longtemps servi de distributeur automatique à bas coût pour le monde entier.

L’Allemagne a soudainement besoin de chaque acheteur

Pour l’Allemagne, ce déplacement intervient au pire moment. Le frein à l’endettement a déjà été assoupli politiquement à tel point que son nom devient ironique. Pour 2026, près de 97,9 milliards d’euros de nouvelles dettes sont prévues dans le budget principal. En y ajoutant les « fonds spéciaux », l’endettement doit dépasser 180 milliards d’euros. S’y ajoute un fonds spécial pour les infrastructures de 500 milliards d’euros. Berlin a donc besoin, pour des années, d’acheteurs pour d’énormes volumes de dette nouvelle.

Or, ces acheteurs retrouvent désormais des alternatives ailleurs. Si les assureurs ou fonds de pension japonais préfèrent placer leurs milliards au pays, les emprunteurs européens devront offrir des rendements plus élevés. Les premiers signes sont déjà visibles. Quand les taux longs japonais ont fortement augmenté en juillet, les marchés obligataires européens ont eux aussi souffert. Les analystes de la Commerzbank ont explicitement évoqué le risque de rapatriement du capital japonais. L’Allemagne paie déjà nettement plus d’intérêts qu’à l’époque des taux zéro. Chaque dixième de point supplémentaire devient, avec la montée des dettes, une somme réelle. Et ce n’est ni le ministre des Finances ni un fonds spécial qui paiera – ce sera le contribuable.

La France et l’Italie souffrent encore plus de telles hausses de taux. Mais l’Allemagne est dans le même bateau que les autres pays de la zone euro. Si les taux des États très endettés montent plus vite que ceux des Bunds allemands, la BCE sera à nouveau pressée d’intervenir. La zone euro connaît ce scénario. Dès que les marchés recommencent à différencier le risque des dettes souveraines, les responsables politiques européens retrouvent soudainement leur attachement aux fameux « instruments de stabilité ».

Japan-yen-inBaug26.png

Le yen faible exerce une pression supplémentaire sur l’industrie allemande

Pour l’industrie exportatrice allemande, le yen n’est pas un détail. Un taux de change extrêmement faible donne aux industriels japonais un avantage compétitif substantiel sur les marchés mondiaux. Nomura a calculé qu’environ un tiers de la forte hausse des profits des grands groupes japonais au premier trimestre 2026 était due à la faiblesse du yen. Toyota, Honda et d’autres exportateurs en profitent directement. Honda a vu son bénéfice trimestriel plus que doubler récemment et a cité elle-même la faiblesse du yen comme facteur favorable.

Les concurrents se trouvent notamment à Stuttgart, Munich et Wolfsburg. Les constructeurs allemands font déjà face à des prix de l’énergie élevés, la réglementation européenne, une demande intérieure faible et la concurrence chinoise. Dans le même temps, le Japon vend avec un « rabais de change ». Il en va de même pour la mécanique, l’électronique et de nombreux produits industriels spécialisés. Un yen plus fort ôterait donc au moins une partie de ce désavantage aux exportateurs allemands. C’est ici que le calcul s’inverse: un yen plus fort serait le bienvenu pour les industriels allemands. Mais ce même yen fort peut faire éclater les carry trades, rapatrier le capital japonais et ainsi augmenter les coûts de financement de l’Allemagne. Le Japon agit donc sur deux leviers très différents de l’économie allemande.

Le grand effondrement du dollar n’a pas lieu – pour l’instant

La disparition annoncée du dollar n’apparaît, pour l’instant, guère dans les chiffres sur les réserves. À long terme, la devise américaine a certes perdu du terrain, mais au premier trimestre 2026, sa part dans les réserves mondiales a même augmenté, selon le FMI, de 56,42 % à 57,13 %. L’euro est passé sur la même période de 20,38 % à 20,03 %. Ceux qui voient déjà le dollar à l’agonie doivent donc interpréter les chiffres de manière très généreuse. Le vrai problème de Washington est ailleurs: les Treasuries américains doivent trouver chaque année des acheteurs en quantités gigantesques – et c’est justement le Japon, jusqu’ici l’un des principaux acheteurs, qui retrouve des taux attractifs chez lui.

imgoldages.jpg

L’or reste néanmoins recherché. Les banques centrales ont acheté 289 tonnes nettes au deuxième trimestre, et 345 tonnes sur le premier semestre. La Pologne, l’Ouzbékistan et la Chine figurent parmi les plus gros acheteurs. Mais c’est le chiffre semestriel le plus bas depuis 2022. Il n’est donc pour l’instant pas question d’une fuite accélérée de toutes les banques centrales hors du dollar. L’attaque la plus sérieuse contre le modèle financier américain vient actuellement d’un phénomène beaucoup plus banal : le retour des taux d’intérêt au Japon.

Et cela suffit déjà à rendre Washington nerveux. Tokyo détient plus de 1000 milliards de dollars de Treasuries, doit défendre sa monnaie et peut soudain offrir à ses épargnants des rendements inimaginables depuis des décennies. Les Américains réagissent par des soutiens de liquidité, des achats conjoints de yen et la vente de réserves en euros. Quand les États-Unis ont dû choisir ce qu’ils souhaitaient protéger – le dollar, leur marché de la dette ou les sensibilités européennes –, c’est manifestement l’euro qui a été sacrifié en premier.

samedi, 15 août 2026

La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique

55b34fd73727d9b19698835c7d5302ae-1751884939-3065084918.jpg

La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Après plus de quatre ans de guerre, un changement remarquable se profile dans le débat sur la politique étrangère américaine: une paix durable ne peut pas être obtenue simplement à partir d'exigences individuelles, de garanties de sécurité et d'accords bilatéraux. Elle doit lier les intérêts de tous les acteurs décisifs, y compris la Russie.

C’est précisément l’objet d’un nouvel article de Matt Waldman et Samuel Charap dans Foreign Affairs ( https://www.foreignaffairs.com/ukraine/how-broker-peace-ukraine ). Rien que la question de départ est mérite le détour: comment un processus de médiation doit-il être structuré pour que des discussions parallèles puissent finalement aboutir à un accord solide?

Les auteurs critiquent la structure actuelle des négociations. Washington, Kiev, Moscou et les gouvernements européens discutent dans différents formats de documents différents. Il manque un cadre de négociation commun dans lequel les questions décisives seraient abordées simultanément et de façon liée.

Cela paraît d’abord technique. En réalité, cela touche au cœur du conflit.

En effet, un compromis entre Washington et Kiev peut être inacceptable pour Moscou. Des concessions à la Russie peuvent, à leur tour, être bloquées à Londres, Bruxelles ou dans certains États membres de l’UE. Garanties de sécurité, sanctions, territoires, stationnement de troupes, reconstruction et future orientation de la politique étrangère de l’Ukraine ne peuvent donc pas être séparés clairement les uns des autres.

Une deuxième idée est encore plus intéressante. Les négociations doivent s’orienter en fonction des intérêts et non seulement des positions publiquement affichées. Cela remet indirectement en question une méthode qui a marqué la diplomatie occidentale pendant des années: dans un premier temps, on formule une solution au sein de sa propre alliance, ensuite on essaie de convaincre l’autre partie de l’accepter.

Or, un accord essentiellement conçu par une partie et ensuite présenté à l’autre reste dépendant de la pression politique et militaire qui en impose l’acceptation.

C’est là que commence la véritable portée géopolitique de l’article: les États-Unis peuvent offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine. Mais si la mise en œuvre concrète de ces garanties crée, du point de vue russe, une menace stratégique permanente, il n’en résulte pas encore la paix. Washington peut, en même temps, promettre à Moscou un allègement des sanctions. Mais une part importante des sanctions est entre les mains de l’UE et du Royaume-Uni.

Ainsi, la nature même des négociations change. Il ne s’agit plus seulement de savoir où, un jour, passera une ligne de cessez-le-feu. Il s’agit de relier territoire, présence militaire, garanties de sécurité, sanctions, forces armées ukrainiennes et future position stratégique de l’Ukraine.

Quiconque relie ces questions se retrouve inévitablement face à une question plus vaste: quel ordre de sécurité doit prévaloir en Europe de l’Est après cette guerre? C’est là que réside l’enjeu politique: pendant des années, la guerre en Ukraine a été traitée en Occident principalement comme un problème dont la solution politique pouvait être définie entre Kiev et ses soutiens occidentaux. La Russie devait, au final, être amenée à accepter cet ordre.

Une telle construction montre clairement ses limites. Les ordres de sécurité ne fonctionnent pas parce qu’ils sont moralement souhaités ou décidés diplomatiquement. Ils fonctionnent lorsque les grandes puissances concernées ont suffisamment de raisons pour ne pas les remettre en question en permanence.

Le débat revient ainsi à un point que l’on cherchait à éviter depuis des années:

La guerre en Ukraine est depuis longtemps plus qu’une guerre pour le territoire ukrainien. Elle fait partie de la lutte pour l’ordre futur du pouvoir et de la sécurité en Europe de l’Est.

Et c’est précisément pour cette raison que la paix sera nettement plus difficile à obtenir qu’un simple cessez-le-feu. On peut négocier sur les lignes de front. Il faudra cependant s’entendre sur un nouvel ordre de sécurité européen.

#geopolitique@global_affairs_byelena

Pourquoi fête-t-on le Ferragosto et l'Assomption en Italie? 

tradizioni-ferragosto-1024x683-1948954948.jpg

Pourquoi fête-t-on le Ferragosto et l'Assomption en Italie? 

Aujourd’hui, la fête traditionnelle du Ferragosto, centrée aujourd'hui sur le 15 du mois, mais jadis étendue à tout le mois ou presque, est placée sous le signe du repos et des vacances, mais on y célèbre encore des foires et des fêtes dont la plus importante est l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie.

par Alfredo Cattabiani

Source: https://www.barbadillo.it/58354-tradizioni-di-a-cattabiani-perche-festeggiamo-il-ferragosto/

« En 18 av. J.-C., Auguste, le premier empereur romain, institua aux Calendes du mois les “Feriae Augusti”, les Fêtes d’Auguste, d’où est né le Ferragosto italien. Aujourd’hui, le Ferragosto est fêté le 15 du mois mais les festivités s'étalaient jadis à tout le mois ou presque. Il est désormais placé sous le signe du repos et des vacances, mais on y célèbre encore des foires et des fêtes dont la plus importante est l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie.

1168579623-2213579357.jpg

pexels-helen1-15858550-3220582169.jpg

le-migliori-feste-patronali-d-italia-durante-il-ferragosto-15-agosto-guida-completa-agli-eventi-da-non-perdere-1755072703946_1280-500626192.jpg

Il n’en allait pas autrement dans la Rome antique, dès l’époque monarchique, lorsque les semaines centrales du mois étaient parsemées de fêtes en l’honneur de certaines divinités, dont Diane, le 13 août.

La déesse, dont le nom était archaïquement scandé “Diana”, et dont la racine signifiait “espace céleste”, avait, entre autres fonctions, celle de protéger les naissances.

89178dae066b89ae1ac15d8dee7b71af.jpg

Servius, peut-être pour la rapprocher de la déesse grecque Artémis et ainsi la rendre plus noble, racontait que son simulacre avait été apporté dans le Latium par Oreste: s’étant arrêté dans la forêt d’Aricia, sur les rives de l’actuel lac de Nemi, il y avait fondé un sanctuaire. En réalité, le sanctuaire ne devait rien aux Grecs et reflétait un culte local envers la déesse qui, selon Servius, était “Lune au ciel, Diane sur terre et Proserpine aux enfers”, et semblable en tout à Junon Lucina ou Regina.

Le Tusculan Égée Libius, dictateur de la Ligue scellée entre les peuples latins, remplaça ensuite l’ancien sanctuaire par un temple, centre de la Ligue elle-même.

Dans la forêt autour du temple – Diane était aussi appelée “la reine des forêts” – et gardée par un prêtre singulier, existait à l’époque archaïque un rituel sanglant: tout fugitif pouvait se substituer au prêtre s’il parvenait à approcher un arbre sacré de la déesse et à en détacher une branche – la branche d’or – qui lui permettait de combattre celui qui gardait le sanctuaire et de le tuer. Ainsi, le prêtre, racontait Strabon, “tient l’épée à la main, regardant continuellement autour de lui s’il est attaqué, afin de pouvoir se défendre”.

“Mais la lutte”, ajoutait Pausanias, “n’est pas ouverte aux hommes libres, mais aux esclaves échappés à leurs maîtres”.

23cffcbbb6fb908ace82620f14f6d5ad-3549844317.jpg

Lorsque Servius Tullius conclut un pacte d’alliance entre les peuples du Latium et Rome, il transféra le centre de la Ligue de la forêt d’Aricia à l’Aventin, y construisant un nouveau temple en l’honneur de Diane (photo).

Mais la tentative de Rome ne dut pas convaincre les alliés, car Tarquin, dernier roi, déplaça de nouveau le centre de la Ligue à la forêt Ferentine, dans le temple de Jupiter Latin sur le mont Albain.

Cependant, la Fête de Diane resta célébrée au temple de l’Aventin, où se rendaient, au matin du 13 août, maîtres et serviteurs, sans distinction de caste. Les femmes, qui durant l’année avaient l’habitude de suspendre aux murs du sanctuaire des tablettes votives et de consacrer leurs vêtements à la déesse, l’invoquaient surtout comme “Diana Lucina”, protectrice des accouchements (illustration, ci-dessous).

diana-lucina-virgin-goddess-of-childbirth-header-117634016.png

Le même jour avait lieu, dans un bois de lauriers sur l’Aventin, au centre duquel se trouvait un petit temple, la fête en l’honneur de Vortumnus (illustration, ci-dessous), dieu chargé de la transformation et du changement cyclique qui déterminait les saisons et faisait mûrir les fruits.

8574e1e5bbb603035136d71667bd166d-3053329977.jpg

“Grâce à moi”, lui faisait dire Properce, “les grappes des premiers raisins deviennent bleutées, l’épi se gonfle de sève. Tu peux voir ici les douces cerises, les prunes d’automne, les mûres rougies par le soleil d’été ; ici, les greffeurs viennent, couronnés de fruits, pour payer leur vœu.”

7e1b01631273de8f61173259da7f40a9.jpgLe 17 août suivaient les fêtes en l’honneur de Portunus, dieu des ports et des portes, apparenté à Janus, également célébré ce jour-là ; et le 19, les “Vinalia Rustica” dédiées à Vénus.

Temple de Portunus à Rome.

“On donne le nom de Vinalia rustica au 19 août”, expliquait Varron, “parce que ce jour-là on dédia un temple à Vénus, et à cette déesse sont sacrés les jardins: c’est pourquoi c’est un jour férié pour les jardiniers.”

En même temps, on annonçait la future vendange.

ab-30-2793951993.jpg

Le 21 du mois d’Auguste était au contraire consacré à Consus, dieu de la récolte engrangée ; le 23 à Ops Consiva, l’abondance agricole personnifiée (statue, ci-dessous).

OIP-1731532864.jpg

Enfin, les foires d’août se concluaient par un autre sacrifice à Vortumnus. »

(extrait de “Ferragosto” dans “Aestas”, chapitre VII du “Calendario”)

15:14 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ferragosto, assomption, italie, traditions | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Quelles pistes pour une renaissance européenne?

5d13da66a73e0614b7cc90ac88c94ae3.jpg

Quelles pistes pour une renaissance européenne?

Après la partie I : Retour aux sources, la nostalgie de l’Europe
et la partie II : La Belgique traditionnelle résiste-t-elle à l’uniformisation wokiste ?,
voici le troisième et dernier volet de cette série consacrée à la Belgique, considérée comme l’un de mes pays d’origine mais aussi, plus politiquement, comme siège des institutions européennes, série intitulée Fragments d’Europe : la Belgique dans l’œil du cyclone.
Chacun des volets composant cet article peut être lu séparément, mais l’ensemble peut apporter une quatrième dimension tout aussi significative.

L’Europe n’est pas l’Occident : elle est son antithèse

En réalité, ce titre : Quelles pistes pour une renaissance européenne ? n’est pas tout à fait conforme à la longue histoire de l’Europe : il ne s’agit pas d’une « renaissance européenne » ; pour qu’il y ait une renaissance, il faut d’abord qu’il y ait eu une naissance ; l’Europe unie, solidaire dans la diversité de ses peuples et se reconnaissant un socle ethnique commun, une histoire commune, des mœurs communes, un destin commun et un avenir — un projet —commun, n’a jamais existé.

e5ff63fbd8a5d4e71f3acd736533d808.jpgTout au long des siècles, voire des millénaires, les peuples européens n’ont cessé de s’étriller, de s’écharper, de se massacrer mutuellement. Cette attitude tient à l’esprit européen fondamentalement rebelle et querelleur, certes, mais aussi plein de contradictions ; le type d’homme européen peut être un anticonformiste avéré et fier de l’être (de nos jours totalement minoritaire), ou un bien-pensant bourgeois conservateur et formaliste, tel celui qui a facilement succombé à la propagande, certes massive, qui s’est abattue sur l’ensemble des peuples européens avec une accélération au début des années 2020 (fausse pandémie et faux vaccins en ont été les principaux vecteurs et supports).

Pour prendre un exemple plus ancien, la France celtique, composée de dizaines de tribus gauloises perpétuellement en guerre les unes contre les autres, n’a jamais réussi à se rassembler contre l’ennemi commun: Rome, et il faut souligner le courage des résistants gaulois qui, sous la conduite de Vercingétorix, ont osé se lever contre un ennemi largement plus fort parce que militairement plus structuré ; les autres Gaulois sont devenus des Gallo-romains, en clair, des collabos de l’envahisseur. Nous retrouverons la même configuration lors de la Deuxième Guerre Mondiale où les résistants qu’on dirait aujourd’hui « de plateau » (télé) se sont soudain révélés, à la fin de la guerre, bien plus nombreux que les vrais, ceux qui ont risqué leur vie dans les combats et l’y ont souvent laissée.

e8244564b6d582cbd79eded228968ddf.jpgUne suite de « coïncidences significatives »

Je veux ici évoquer le concept de « synchronicité » élaboré par Carl Gustav Jung (portrait, ci-contre).

Je soutiens l’idée, dans le premier volet de cette série de trois articles, appelé Retour aux sources, la nostalgie de l’Europe, que l’Europe n’a existé qu’une seule fois, en 1830, lorsque l’ensemble des Européens, excédé par les exactions des pirates barbaresques qui écumaient la Méditerranée et, au-delà, les côtes européennes, à partir de leurs bases situées en Algérie, décida de monter une opération d’envergure contre ces esclavagistes-rançonneurs, opération confiée à la France qui assuma l’ensemble de la réalisation ; la quasi-totalité des pays européens approuva cette intervention(1), si ce n’est quelques réticences ambigües des habituels blancs non-Européens, les Anglais, qui jouaient leur tout aussi habituel double-jeu.

Quelques remarques à propos de cette opération hautement symbolique :
• La Russie, d’où sont issus les premiers Européens, approuva cette opération « spéciale » et se joindra à cette coalition.
• la date, 1830, fut à la fois la date de naissance de l’Algérie, celle de la naissance de la Belgique, celle de la seule opération commune européenne, la seule fois où les peuples européens seront unis contre un ennemi commun et qui reste actuellement, pour les Européens, le plus grand ennemi commun : l’islam fanatique et conquérant, instrumentalisé à notre époque en partie par la coalition occidentale et en partie par ses propres démons(2).
• L’Europe dite « de Bruxelles » deviendra ensuite l’ennemie de la véritable Europe des peuples, mais aussi l’ennemie de la plus grande partie du véritable territoire européen qui inclut l’immense Russie, qui fut également le berceau des plus anciens Européens.

Je n’ai jamais cru au hasard, j’ai toujours été attentif aux signes qu’envoient quotidiennement les dieux pour nous indiquer le chemin. La synchronicité est l’un des canaux par lequel Dieu, ou les dieux, nous adressent des messages.
• Les premiers Européens sont apparus en Russie, il y a 6000 ans, sur ce territoire tellement haï par les faux dirigeants « européens » actuels (et l’on commence à comprendre pourquoi(3)), entre l’embouchure du Danube et le fleuve Oural, au bord de la mer Noire, fondant la culture des Kourganes(4).

97a931689f998a7fc8671e0ccffaf3db.jpg

En remontant bien plus loin dans le temps, les Européens sont les héritiers des Hyperboréens, encore quelques milliers d’années auparavant ; c’est la vision primordialiste : le monde est issu d’une civilisation originelle primordiale dont les vestiges sont situés désormais sous la calotte glaciaire de l’Arctique, qui a essaimé ses connaissances sur toute la planète ; toutes les civilisations en sont issues(5).

L’Occident comme déclin

Je reprends ici le titre d’un livret de Guillaume Faye paru en 1984 aux éditions du Labyrinthe qui commençait ainsi : « La vieille tradition se trompe : l’Occident n’est plus européen, et l’Europe n’est plus l’Occident. Dans sa marche vers l’ouest, le soleil de notre civilisation s’est terni.
Parti d’Hellade, investissant l’Italie, puis l’Europe occidentale, puis l’Angleterre et, enfin, ayant traversé les mers, s’étant installé en Amérique, le centre de ʺl’Occidentʺ s’est lentement défiguré. Aujourd’hui, comme le comprit Raymond Abellio, c’est la Californie qui s’est instaurée comme épicentre et comme essence de l’Occident. Terre pacifiée des bords du Pacifique, elle est le symbole de ce bonheur où meurt notre civilisation ; terre de la fin de l’histoire, et terre hollywoodienne du simulacre, elle marque l’asymptote qui monte jusqu’à la folie, de la société marchande, de la société du spectacle et du cosmopolitisme
. »

Guillaume Faye - Occident comme déclin Oswald Spengler - Déclin Occident

Il y a plus d’un siècle, Oswald Spengler a écrit un livre capital paru en 1916 après dix ans de recherches, où il décrit la fin de notre civilisation: Le déclin de l’Occident, mais c’est à cette époque-là que l’Occident a commencé à produire ses plus néfastes effets. L’Occident est né du rejet par les Américains de leurs racines européennes; Spengler a décrit le génie spécifique des différents peuples européens avec une minutie, une justesse et une érudition qui laissent pantois, mais l’Europe n’est pas l’Occident ; le schéma bien connu de Spengler : naissance-culture-civilisation où la culture apparaît comme l’apogée et la civilisation comme le déclin, semble couler de source mais Spengler a confondu le déclin de l’Occident avec le déclin de l’Europe.

691620552_10245639463747583_2846864567781520163_n.jpg

Le même Guillaume Faye que je citais plus haut, écrivait déjà en 1980 : « La civilisation occidentale n’est pas la civilisation européenne. Elle est le fruit monstrueux de la culture européenne, à laquelle elle a emprunté son dynamisme et son esprit d’entreprise, mais à laquelle elle s’oppose fondamentalement. »

D’accord avec Guillaume Faye, je dirais que le génie européen n’a aucun rapport avec le déclin de l’Occident ; l’Europe n’est pas en déclin, elle n’a même pas commencé à naître et ses valeurs se sont à peine étendues sur le monde(6), à l’instar de la civilisation primordiale dont elle est issue, que son élan a été bloqué par les puissances satano-mondialistes qui l’ont considérée comme leur ennemi de prédilection.

Car l’Occident est une fabrication démoniaque de fin de cycle, constituée d’un triptyque, une hydre à trois têtes :
• L’Israël sioniste,
• l’Amérique,
• et ce machin, comme dirait de Gaulle, qui s’appelle « l’Union européenne » qui n’a absolument rien d’Européen.

L’Occident n’existe pas : c’est une chimère, une création artificielle :
• l’Amérique est une création des Européens biblistes puritains chassés d’Europe qui ont identifié leur histoire à celle des Juifs chassés d’Égypte, en en reprenant tous les codes, les prénoms, les us et les coutumes.
• la fausse Europe, dite « Union européenne », ou « L’Europe de Bruxelles », est une création des Américains à la fin de la deuxième guerre mondiale, dirigée à la fin de la guerre en partie par d’anciens nazis recyclés par la CIA et, actuellement, par des Young leaders formés par la French American Foundation, comme Emmanuel Macron, Jean-Noël Barrot, François Hollande, Laurent Wauquiez, Alain Juppé ou Édouard Philippe (et bien d’autres) en France. Nous retrouvons là les noms de quelques-uns des principaux destructeurs-fossoyeurs de la France.

french-american-foundation-logo-paint-1-3083789809.jpg

• Israël est une création des Britanniques, à la fin de cette même guerre. L’Israël sioniste n’est pas l’Israël des Juifs traditionnels ; le sionisme israëlien n’est même pas majoritairement constitué de Juifs d’origine mais de Khazars, d’Ashkénazes, des slaves convertis au judaïsme au Ve siècle.

Alors, quel avenir pour l’Europe ?

Mon voyage au cœur de la Bête (la Belgique, capitale de « l’Europe ») m’a permis de prendre son pouls ; elle n’était pas encore immonde (la Bête) avant que je découvre que les plus grandes villes belges arboraient les drapeaux de la honte et de la décadence contemporaines (le drapeau ukrainien, le drapeau LGBTQ, le drapeau « européen »). Il n’y a pas de drapeau européen reconnu et accepté par les peuples européens, pour les autres…

 

Les drapeaux de Bruges place du Palais de justice : drapeau de l’Ukraine, de Bruges, drapeau LGBTQ, drapeau de la Flandre, drapeau de la Belgique

Les drapeaux de Bruges place du Palais de justice : drapeau de l’Ukraine, de Bruges, drapeau LGBTQ, drapeau de la Flandre, drapeau de la Belgique

Au vu de ce constat, dans n’importe quel cas de figure de l’une des hypothèses que je vais évoquer ci-après, les Européens ne s’en sortiront pas sans dommage. Mais j’espère que les premières lueurs du nouveau cycle viendront très vite effacer les mauvais souvenirs.

Certains se consoleront en sachant que cette configuration catastrophique — les bouleversements qui apparaissent immanquablement lors d’une fin de cycle, qu’ils soient d’origine naturelle ou provoqués par des humains (ou des pseudo-humains) — affectera l’ensemble de la population terrestre mais les modalités de ce séisme seront différentes selon les peuples concernés, leur mode de vie, la géographie, le degré de manipulation et de soumission exercé contre ces populations par leurs propres dirigeants, etc.

Si je limite mes considérations au seul cas spécifique européen, je vois trois pistes :
• le suicide programmé, une agonie lente et silencieuse,
• la guerre civile raciale, une hypothèse élaborée par Guillaume Faye,
• la guerre civile européenne voulue par les dirigeants européens qui, sous la pression des Otano-sionistes, provoquent en permanence la Russie pour qu’elle entre en guerre, des dirigeants suffisamment stupides pour ne pas comprendre que la Russie pourrait éliminer physiquement la totalité de l’Europe en quelques minutes.

Ces trois cas de figure peuvent évidemment se conjuguer et s’interpénétrer.
1. Suicide programmé : une agonie lente et silencieuse
D’une manière générale, les « Occidentaux », et plus précisément les Européens, ont été conditionnés à accepter un suicide général qui se décline de diverses façons :
• importations en masse de populations allogènes criminelles qui pratiquent quasi-impunément meurtres, assassinats, vols, viols, attentats, lynchages des populations obligées de les accueillir et de subir leurs méfaits(7).
• agressions institutionnelles : avortements, euthanasie, épandages chimiques, guerres, génocides, création de faux vaccins, fabrication de vraies pandémies…

La culture de mort est la plus facile à mettre en œuvre(8). Dans ce cadre, nos dirigeants agissent au grand jour et ne s’en cachent même pas ; ils font voter légalement leurs députés acquis à leur cause qui organisent ainsi la mort douce de nos anciens(9) façon « Soleil vert » ou sournoise façon Rivotril.

soleil-vert-801605-3940038606.jpg

Rivotril-tablete-1395969087.jpg

Ces gens qui ont accepté, dans les années 2020 toutes les contraintes sans broncher: confinements, masques, faux vaccins, pass sanitaire, prescriptions absurdes… étaient près de 80% de la population française; autant dire que ces personnes hantées par leur idée de sauvegarder à tout prix la moindre parcelle de leur confort vont mourir à petit feu devant leur poste de télévision à ingurgiter toutes les balivernes déversées par les médias. Comme disait Schwab : « Vous ne posséderez rien et vous serez heureux ». Le Meilleur des Mondes.

Ces gens-là sont donc déjà condamnés à disparaître, et peut-être plus vite qu’ils ne l’auraient espéré, soit par le biais des gouvernements en place qui appliquent les ordres de l’Ordre mondial dont le principal objectif reste la dépopulation planétaire par tous moyens(10), soit sous le couteau des hordes islamiques (ce qui est un moyen de dépopulation parmi d’autres) si une guerre civile raciale se déclenche, parce qu’ils sont les plus faibles et donc les plus vulnérables et donc les moins dangereux à attaquer, soit, de l’autre côté, par les résistants(11) qui les considèreront comme des traîtres alors que ce ne sont que des crétins lâches, égoïstes et rabougris. Pour Guillaume Faye, il s’agit là de « l’émasculation mentale des Français de souche, comme des autres Européens de l’Ouest, unique dans le monde et à travers les âges. » (La Guerre civile raciale, p.58).

 

Guillaume Faye - Pierre-Emile Blairon

Guillaume Faye (à gauche) avec Pierre-Émile Blairon

2. La guerre civile raciale, l’hypothèse de Guillaume Faye

C’est un autre titre d’ouvrage de Guillaume Faye, son dernier livre qui a été édité à titre posthume ; je l’avais acheté à son éditeur au cimetière, le jour de l’enterrement de Guillaume.

Guillaume Faye avait aussi émis trois hypothèses mais qui ne concernaient que la guerre civile raciale: soumission, défaite ou victoire. « La première, la pire, serait celle de la soumission. Si, face aux envahisseurs et agresseurs étrangers, les Français blancs ne se défendent pas, il n’y aura pas de guerre. Ce sera le pourrissement, l’effondrement sans vrai combat, ni vengeance isolée. La deuxième hypothèse, et elle est terrible, angoissante, impensable, c’est l’éclatement d’une guerre civile raciale avec défaite des autochtones français et autres Européens ethniques, ayant contre eux leur propre État collabo(12). La troisième hypothèse, c’est celle d’une guerre civile victorieuse, avec bien sûr des conséquences historiques incalculables, dont l’effondrement de tous nos paradigmes politiques. » (p.69).

tt35309713-2306278080.jpg

J’aurais aimé que Guillaume soit encore en vie pour voir Citizen Vigilante(13), ce film promu par Elon Musk qu’il a diffusé gratuitement sur l’ensemble de la planète pendant quelques jours ; on peut critiquer la réalisation du film sur le plan technique, selon certains commentateurs (je n’y ai pas trouvé grand-chose à redire), mais ces critiques sont là surtout pour minimiser le choc que provoque le film qui brise tous les tabous au sujet de l’inefficacité de la police, de la corruption de la justice et de la protection des délinquants par la classe politique et les médias aux ordres, tous aspects qui sont clairement exposés dans ce film sans aucune sorte de retenue et qui suggère une réponse radicale aux agressions perpétrées par les délinquants allogènes.

Aujourd’hui même, 5 juillet 2026, à Narbonne, Amandine Chaudier, la mère de Louis, lynché à mort par une bande de racailles, est intervenue lors d’une « marche blanche »(14) : « « Aujourd’hui, la justice des hommes telle qu’elle est écrite ne me convient pas. Je vais me battre pour que justice te soit rendue. » La mère de Louis, 17 ans, lynché à mort à Narbonne, a réclamé « 30 ans de peine ferme, incompressible, définitive » pour les meurtriers de son fils, à l’issue d’une marche blanche organisée sur les lieux de l’agression. » (France Info).

3. La guerre civile européenne
Je ne vais pas revenir sur les circonstances de l’intervention de la Russie pour protéger les habitants russophones et russophiles d’une région de l’Ukraine, le Donbass, massacrés quotidiennement par les forces otano-kieviennes depuis 2014 jusqu’à l’opération spéciale décidée par Vladimir Poutine en 2022 pour les protéger et faire cesser ces exactions. Le nombre des victimes des agresseurs otano-ukrainiens est évalué à 15.000 morts civils.

Nos dirigeants européens, prétextant l’invasion illégale du territoire ukrainien par la Russie tiennent absolument à lui faire la guerre; ils oublient quand même qu’un traité (Minsk) a été signé et qu’il a été bafoué, de l’aveu même du président Hollande qui avait déclaré qu’il cherchait juste du temps pour préparer l’armement de l’Ukraine(15).

En réalité, les Pieds-Nickelés (les dirigeants européens qui étaient trois à l’origine mais qui ne sont plus que deux : Macron et Merz, Starmer ayant été mis hors-jeu) ont eu l’idée de ressusciter une vieille doctrine du XIXe siècle qui professe le prométhéisme (une doctrine politique qui n’a pas grand-chose à voir avec le personnage mythique) dont le projet consiste à créer une nouvelle Europe toujours liée à l’Amérique mais sans … la Russie(16).
Comme ces deux lascars, fermement soutenus par deux folles : von der Leyen et Kallas, sont aussi têtus que stupides, ils finiront peut-être par y arriver.

 

Ursula von der Leyen - Kaja Kallas

Kaja Kallas et Ursula Von der Leyen

Il y aura donc inévitablement une guerre nucléaire mais pas comme on l’imagine. Selon Gérard Chevrier, dès les premières attaques des Pieds-Nickelés contre la Russie, cette dernière répliquera en envoyant des missiles à tête nucléaire mais Chevrier nous rappelle qu’il existe toutes sortes de bombes nucléaires de différentes puissances, lancées à différentes hauteurs qui n’impliquent pas forcément la destruction du monde, ni même d’une ville, à condition de savoir s’en servir(17).

Je ne sais pas choisir entre ces trois éventualités ; je pense qu’il y aura vraisemblablement une conjonction de ces trois calamités à plus ou moins forte intensité qui affectera l’Europe qui n’échappera pas à son destin.

Dans le pire des cas, des archéologues du 80e siècle trouveront quelques traces d’une haute civilisation qui aurait existé quelques milliers d’années plus tôt mais ils seront tout aussi moqués que Schliemann quand il n’avait pas encore découvert Troie, ou raillés comme ceux qui cherchent toujours l’emplacement de l’Atlantide.

Pierre-Émile Blairon

Notes: 

(1) « Afin de marquer leur approbation à l’expédition punitive, les États européens ont détaché des officiers auprès de Bourmont. Le colonel du génie Filosoloff et le lieutenant Doubenski représentent la Russie de Nicolas Ier, le prince Schwarzenberg l’Autriche de François Ier. Le grand-duc de Toscane a dépêché le chevalier Mazzi et Ferdinand VII d’Espagne don Guerrero de Torres, don Villalonga, don Lasanca, don Soria et les comtes de Mirasol et de la Porterie. » (Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, 1830-1848, éditions Tempus, 2004)

(2)  Voir mon article du 17 octobre 2020 : Terrorisme islamique et terreur sanitaire : le monde pris dans l’étau de Big Brother

Pierre-Emile-Blairon-Convergences-malefiques.jpg(3) Ces « chefs d’État » qui dirigent actuellement l’Europe sont des imposteurs à la solde des satano-mondialistes. La fin d’un cycle est caractérisée par deux phénomènes qui semblent antagonistes mais qui se complètent : l’Apocalypse et la Révélation ; ces événements sont presque simultanés, mais la Révélation suit de très près l’Apocalypse - une fausse victoire des forces du Mal - par laquelle le monde doit inévitablement passer d’abord ; ces forces maléfiques seront anéanties pour laisser place à la Révélation. L’Âge de Fer est immédiatement remplacé par l’Âge d’Or. J’emploie un vocabulaire à la fois traditionnel-primordialiste et chrétien ; il n’y a pas incompatibilité ; la Tradition primordiale inclut toutes les spiritualités authentiques du Monde. Voir mon livre Les convergences maléfiques, Amazon, 2026.

(4) Voir mon article du 4 mars 2023 : L’Ukraine, berceau et tombeau des Européens, inclus dans mon livre : Les Stratégies du mensonge, p. 138, paru en 2026 chez Amazon

(5) Voir mon article du 13 septembre 2024, La Prophétie du Grand Monarque, inclus dans mon livre : La Satanisation du Monde, p. 131, Amazon 2024

Pierre-Emile-Blairon-Haute-trahison-couverture.jpg(6) Les ennemis de la véritable Europe n’ont pas de valeurs ; toute grande culture, toute grande civilisation est fondée sur des valeurs spirituelles qui se dégradent, au fil du temps, dans les émanations morbides des matières organiques en décomposition qu’engendrent, in fine, le matérialisme. Voir mon article du 9 février 2025 sur les valeurs européennes qui vont à l’encontre des anti-valeurs républicaines, révolutionnaires, démocratiques dont on nous rebat les oreilles en permanence : L’être « sigma » : manipulation CIA-woke-LGBTQ+ ou résurgence des valeurs chevaleresques? inclus dans mon livre Haute trahison, p.234, Amazon 2026.

(7) On se souvient du meurtre de ce jeune Anglais, Henry Nowak, poignardé par un immigré indien dans la nuit du 3 décembre 2025 : « Le rôle de la police dans l’affaire du meurtre de Henry Nowak, un étudiant blanc de 18 ans poignardé à mort à Southampton (sud) par Vickrum Digwa, un jeune homme sikh de 23 ans, a suscité l’indignation au Royaume-Uni, et des accusations de partialité de la part de l’extrême droite. Les agents ont d’abord cru le meurtrier, qui prétendait, à tort, avoir été victime d’une agression raciste de la part de l’étudiant. Au lieu de porter secours à Henry Nowak, qui leur disait avoir été poignardé et se plaignait de ne plus pouvoir respirer, les policiers lui avaient passé les menottes en lui signifiant son arrestation, peu avant qu’il ne succombe à ses blessures. » (Sud-Ouest du 1er juillet 2026).

Nous avons ici un parfait exemple de ce que Guillaume Faye appelle l’ethnomasochisme.

https://www.facebook.com/watch/?v=2445749542574292

(8)  Voir mon article du 5 mars 2024 : L’avortement gravé dans le marbre de la Constitution : Pulsion de mort ou suicide assisté de la France ?

(9) Dans  toutes les cultures traditionnelles, les anciens sont considérés comme un réservoir précieux de connaissances destiné à éduquer les jeunes générations et à perpétuer la mémoire des peuples dont ils sont issus.

(10) Les « êtres différenciés », comme les appelait Evola: au maximum 20% de la population de souche, mais on sait que ce sont les minorités actives qui créent le monde et qui font l’Histoire.

(11) https://odysee.com/@Rediffusions.com:0/Citizen.Vigilante.2026.VOSTFR.:e

(12) Intervention de la mère de Louis à Narbonne : https://www.facebook.com/reel/1023907800556337?locale=fr_FR

(13) Voir mon livre Les Convergences maléfiques, p.74 et suiv. Amazon, 2026.

(14) https://www.facebook.com/reel/2799699787047961?locale=fr_FR

(15) Lire dans nos colonnes : Hollande et Merkel : responsables de la guerre en Ukraine du 13 décembre 2022.

(16) Voir mon livre Les Convergences maléfiques, p.74 et suiv. Amazon, 2026.

(17) L’Union Européenne va réussir à déclencher la guerre avec la Russie /Gérard Chevrier – 30 juin 2026
https://www.facebook.com/reel/2799699787047961

 

vendredi, 14 août 2026

Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

433e010cc54e8543be81a998f1aa700a.jpg

Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Dans le magazine britannique The Spectator, Tom Switzer met en garde contre un nouveau cataclysme, façon 1914. Ukraine, Iran, mer Rouge, Taïwan, mer de Chine méridionale, Corée, Inde et Pakistan: de plus en plus de crises pourraient se lier, des erreurs de calcul pourraient entraîner une escalade régionale après l’autre – jusqu’à la perte de contrôle.

Cette idée n’est pas nouvelle. Ce qui est plus intéressant, c’est pourquoi ces conflits, pourtant très éloignés les uns des autres, sont liés entre eux.

Le lien, selon Switzer, ce sont les États-Unis. La guerre contre l’Iran consomme des avions, des système de défense antiaérienne, des missiles et des munitions. Le soutien à l’Ukraine mobilise en partie les mêmes ressources,qui sont limitées. Plus Washington a besoin de moyens au Moyen-Orient et en Europe, moins il en reste pour la dissuasion de la Chine dans l’Indo-Pacifique.

Switzer décrit ainsi assez précisément le talon d’Achille de l’ordre actuel: les États-Unis ont des obligations mondiales, mais ne disposent pas de ressources illimitées. Sa conclusion est cependant que c’est précisément pour cette raison que le leadership américain est nécessaire. L’ordre international libéral ne peut pas se maintenir tout seul. Les règles ont besoin de quelqu’un pour les faire respecter. Sans une Amérique désireuse et capable de le faire, l’ordre est mis sous pression.

Mais de quel ordre parlons-nous exactement ?

Si les États-Unis doivent contenir simultanément la Russie en Europe, l’Iran au Moyen-Orient et la Chine en Asie de l’Est, une surcharge pour Washington ne signifie pas nécessairement la fin de tout ordre international.

Cela signifie la fin d’un ordre bien précis: celui de la Pax Americana. Pour l’Allemagne en particulier, cette distinction est révélatrice: en effet, un recul de la domination américaine ne signifierait pas qu’il n’y aurait soudainement plus de politique de puissance sur le continent européen. Au contraire. L’Allemagne, la France, la Pologne, le Royaume-Uni, la Russie et les États intermédiaires devraient ajuster beaucoup plus directement leurs intérêts, leurs besoins de sécurité et les rapports de force entre eux. Cela ne serait pas automatiquement pacifique. La transition pourrait même être dangereuse. Mais à long terme, il pourrait en émerger un ordre européen fondé davantage sur les rapports de force et les intérêts réels de ce continent, au lieu de rester dépendant de la manière dont Washington répartit ses priorités mondiales entre l’Europe, le Moyen-Orient et le Pacifique.

C’est une question fondamentale pour l’Allemagne. Car tant que l’architecture de sécurité européenne est essentiellement organisée par les États-Unis, la sécurité allemande reste inévitablement liée aux intérêts américains hors d’Europe. Un conflit à propos de Taïwan deviendrait alors indirectement une question de sécurité européenne. Une guerre contre l’Iran influencerait les ressources militaires disponibles pour l’OTAN. Et un changement de priorités américain vers le Pacifique modifierait immédiatement la situation stratégique de l’Allemagne.

La puissance mondiale américaine protège l’Europe, mais elle lie aussi l’Europe à la stratégie globale de Washington.

En Asie de l’Est également, un retrait américain ne laisserait pas simplement un vide que la Chine remplirait. Le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Australie auraient un intérêt bien plus fort à contrebalancer la Chine par eux-mêmes. Au Moyen-Orient, l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël devraient organiser davantage l’équilibre régional entre eux. Le monde deviendrait peut-être plus agité et régionalisé. Mais c’est justement cette régionalisation qui pourrait, à long terme, empêcher que chaque conflit local ne devienne automatiquement une question de puissance américano-russe ou américano-chinoise. Et c’est ici que la comparaison avec 1914 devient intéressante. À l’époque, des mécanismes rigides d’alliances ont fait qu’une guerre régionale est devenue, en quelques semaines, une guerre entre grandes puissances. Aujourd’hui, il existe une autre forme de couplage: les États-Unis sont présents simultanément dans presque toutes les zones de conflit majeures.

Ainsi, Switzer décrit involontairement autre chose: la Russie, la Chine et l’Iran n’ont pas besoin d’un pacte militaire commun pour mettre l’ordre américain sous pression. Ils n’ont même pas besoin de coordonner entièrement leurs politiques.

Il suffit que chacun agisse là où résident ses propres intérêts: la Russie mobilise des forces en Europe. L’Iran le fait au Moyen-Orient. La Chine oblige Washington à garder des réserves dans le Pacifique.

Trois États, trois intérêts, trois théâtres, mais la même base de puissance américaine.

C’est sans doute le véritable changement de notre époque. Les adversaires de la Pax Americana n’ont pas besoin de vaincre l’Amérique ensemble. Ils doivent simplement faire en sorte que Washington tente de rester suffisamment fort partout à la fois.

Et pour l’Allemagne, une question se pose alors, qui va bien au-delà de Trump, de l’Ukraine ou de l’Iran :

Voulons-nous attendre de voir quelle partie de son ordre mondial Washington pourra encore défendre à l’avenir, ou commencerons-nous un jour à penser un ordre européen selon nos propres intérêts ?

#geopolitique@global_affairs_byelena

Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

sahra-wagenknecht-partei-100-1920x1080-377454370.jpg

Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

Magdebourg/Berlin. L’alliance Sahra Wagenknecht (BSW) se positionne en Saxe-Anhalt comme un partenaire potentiel de l’AfD pour promouvoir un changement de gouvernement. L’AfD est créditée d’environ 40% dans les sondages depuis des mois, tandis que la CDU du ministre-président Sven Schulze atteint environ 24%. Explicitement, le BSW n’exclut pas une coopération avec l’AfD.

bswvg-post-merz-osten.jpg

Les têtes de liste Claudia Wittig et Thomas Schulze ont formulé six projets comme base d’une éventuelle coopération. Il s’agit notamment de plus d’enseignants et de temps d’apprentissage commun plus long, d’une allocation régionale pour les soins, ainsi que d’un renforcement de la police régionale à un effectif d'au moins 7000 agents d’ici 2028. S’y ajoutent une initiative au Bundesrat pour des livraisons de gaz et de pétrole à prix réduit en provenance de Russie, la résiliation du contrat d’État sur les médias et une réforme fondamentale de l’audiovisuel public.

Wittig a déclaré: «Ce n’est que si le BSW entre au parlement régional que le prochain mandat du ministre-président CDU pourra être évité. L’AfD n’y arrivera pas seule».

La fondatrice du parti, Sahra Wagenknecht, mise, elle aussi, sur un changement de pouvoir. «Le changement ne viendra qu’avec le BSW! Notre objectif électoral est la destitution du titulaire CDU et son remplacement par un ministre-président sans étiquette, qui mettra fin à l’idiotie du cordon sanitaire». Schulze ne recevra aucune voix du BSW. Son départ serait, selon Wagenknecht, «la prochaine gifle méritée pour Friedrich Merz et probablement la fin de son mandat de chancelier désastreux».

Le politologue Oliver Lembcke, de l’université de la Ruhr à Bochum, y voit un signal stratégique adressé aux électeurs. Un vote pour le BSW pourrait permettre un changement de gouvernement. Si l’AfD a besoin d’un partenaire, le BSW se présente en même temps comme un possible faiseur de majorité (rk).

Source: Zu erst, Août 2026.

Cuba, le troisième front

b9020a60af22f5b570b946f46e42c758.jpg

Cuba, le troisième front

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/il-terzo-fronte/

Miguél Díaz-Canel est le président de Cuba. Peu connu du grand public occidental, qui reste le plus souvent ancré dans la mythologie des Castro.

Cuba, aujourd’hui, est une réalité complexe. Bien au-delà des mythologies de nos castristes de salon. Une réalité en devenir, en pleine transformation, souvent tourmentée.

Le projet de Fidel de créer un État fondé sur une économie solidaire, différente du libéralisme sauvage qui domine le continent américain, conserve encore une certaine vitalité et validité. Et pourtant, il peine, ce projet, surtout parce qu’il est isolé.

Castro n’était pas marxiste. Même si les circonstances de l’histoire l’ont contraint à se rapprocher de l’URSS pour survivre à la pression des États-Unis.

En réalité, il s’agissait avant tout d’une révolution nationale, pour racheter Cuba, alors réduite à un gigantesque bordel aux mains des mafias américaines.

b1294d0efdb1f04984f49a3e4dbe6dc4.jpg

Une révolution qui ne fut pas particulièrement sanglante. Car le régime de Batista s’effondra de lui-même, emporté par la corruption et ses contradictions internes.

Puis, il y eut la tentative de Kennedy de reprendre le contrôle de la grande île. Elle échoua lamentablement.

La Baie des Cochons fut l’un des pires épisodes de l’histoire occidentale. Et des centaines de jeunes Cubains, encadrés et armés par la CIA, furent envoyés au massacre. Puis abandonnés.

Washington, cependant, a la mémoire longue. Et n’a jamais totalement renoncé à reprendre le contrôle total de Cuba.

Et aujourd’hui, avec Trump, l’étau se resserre autour du régime cubain.

Il l’étouffe, dans le but de forcer La Havane à revenir complètement dans son orbite.

C’est un étau mortel. Qui ne permet même plus à Cuba de maintenir son système de santé, fierté et orgueil du régime. Et cet étau accule de plus en plus un système déjà éprouvé par l’isolement.

Naturellement, Cuba peut compter sur l’aide de la Russie et de la Chine.

Moscou envoie des marchandises, et surtout des pétroliers, pour tenter de ravitailler la Grande Île caribéenne.

Pékin procède à l’installation de systèmes de production d’énergie solaire, afin de pallier le manque de sources capables d’alimenter le système cubain.

Cependant, les difficultés de Cuba semblent s’accroître. Washington est déterminée à l’étouffer et à reprendre le contrôle.

Díaz-Canel tente, de plus en plus désespérément, de faire savoir au monde ce qui est en train de se passer.

En jeu, il n’y a pas seulement son régime.

Ce qui est remis en cause, c’est la possibilité même de l’existence d’un système politique indépendant des États-Unis dans leur sphère d’influence directe.

Cuba est le Troisième Front de la guerre mondiale, asymétrique, qui se déroule sous nos yeux.

Des yeux qui, trop souvent, ne veulent pas voir la réalité. Ni la reconnaître.

18:03 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, cuba, caraïbes, castrisme, amérique ibérique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’Axe Eurasiatique

imrirchges.jpg

L’Axe Eurasiatique

Alexandre Douguine

Animateur : Le premier sujet, et sans doute le plus important et le plus discuté actuellement, c’est la reprise de l’affrontement entre les États-Unis et l’Iran, dont la phase active, pour parler en ternes relatifs, dure déjà depuis 7 à 8 jours. Le cessez-le-feu temporaire qui avait été signé n’est plus en vigueur. Et à l’heure actuelle, nous observons le tableau suivant : les deux pays échangent des frappes, mais de manière assez retenue, me semble-t-il — mais je me trompe peut-être. Nous aimerions savoir à quoi nous attendre par la suite, car il y a maintenant plusieurs hypothèses: soit ils échangent quelques tirs puis rétablissent un cessez-le-feu, soit, au contraire, tout cela conduit à une escalade encore plus grande, et pour l’instant les parties ne font qu’attendre. Le Washington Post rapporte également que, en ce moment même, après les pertes que les États-Unis ont subies dans cet affrontement avec l’Iran, ils préparent une opération de grande envergure et essaient d’assurer la sécurité du détroit d’Ormuz pour que les navires puissent y passer sans encombre. Que faut-il attendre ?

104229153-GettyImages-578547766.jpgAlexandre Douguine : Je pense qu’à présent, nous sommes arrivés à un point où toute la campagne de communication — ces posts marketing de Trump visant à réguler le marché (en l’occurrence, la bourse, l’indice Dow Jones et d’autres instances) —, où la spéculation, y compris économique, autour de la guerre, a atteint sa limite.

Autrement dit, la guerre entre l’Amérique et l’Iran est passée du domaine des déclarations à celui de la réalité. C’est seulement maintenant, et en vérité, que cela se passe. Et l’Iran en fait l’expérience depuis longtemps: ils ont subi d’énormes pertes au sein de leur direction. Pour l’Iran, tout cela est depuis longtemps chose sérieuse, alors que pour les États-Unis, cela restait encore un jeu, tout n’était que simulacre. Et voici qu’à présent, ils annoncent dix-sept soldats américains tués — je pense qu’en réalité, ils ont dépassé la centaine au fil du temps, mais c’est seulement maintenant qu’ils commencent à l’admettre. Ce n’est pas qu’ils viennent de mourir — ils étaient déjà morts plus tôt, et les soldats américains meurent régulièrement dans ces affrontements avec les Iraniens, mais ils sont beaucoup plus nombreux que ce que l’on reconnaît officiellement.

imadtrkges.jpgMais le simple fait de commencer à les reconnaître indique que l’on a dépassé un certain interdit implicite. Car au début, tout se passait comme dans un jeu vidéo : on appuie sur des boutons, et aussitôt, la direction change en Iran, il n’y a plus d’armes nucléaires, ils viennent embrasser la chaussure de Ben-Gvir et d’autres extrémistes racistes d’Israël, et tout rentre dans l’ordre, le terrain est ouvert à une croissance folle de l’économie américaine et mondiale, et Trump devient le « roi du monde ». Jusqu’à un certain moment, l’Amérique essayait de donner cette impression. Ce n’est plus possible.

Quand les Iraniens ont montré qu’ils étaient coriaces, qu’ils sont un « État-civilisation », qu’ils sont un sujet de la politique mondiale et non un objet, qu’ils sont un pôle du monde multipolaire — sans offenser tous les autres États et sociétés islamiques qui aiment s’enorgueillir, s’emporter, se frapper la poitrine, crier « Allah Akbar », et qui, en pratique, ne sont que de pitoyables marionnettes de l'Occident et d’Israël. Malgré tout leur grandiloquence et leur brutalité, ils se révèlent en réalité être des suiveurs dociles. Mais sur fond de ces « suiveurs » islamiques, l’Iran, le véritable Iran chiite, prouve ce que c’est d’être musulman, d’être croyant, d’être indépendant, d’être libre, de mener une vraie guerre sainte — un djihad. Non pas en attaquant des pauvres, des faibles, ceux qui ne peuvent pas se défendre, mais en défiant le véritable mal absolu mondial incarné par les États-Unis et Israël.

MV5BMjMxNzg0ODAyMl5BMl5BanBnXkFtZTgwMzQxMDAwMjE@._V1_.jpgC’est ainsi que l’Iran a démontré ce que c’est que d’être indépendant, souverain, véritablement croyant. Et ce réveil de l’Iran lui-même, qui, sans guerre ni changements politiques directs ces dernières décennies, commençait aussi à s’endormir. Là aussi, on commençait à dire: « Eh bien, nous attendons la bataille finale, nous en parlons tout le temps, mais elle n’arrive jamais ». Comme dans le film « Le Désert des Tartares » : on attend la bataille finale, la venue de Gog et Magog, mais ils ne viennent jamais, et les gens commencent à désespérer de leur propre foi. Et soudain, cette foi a été totalement ravivée par l’agression américano-israélienne — et maintenant, l’Iran est à nouveau authentique. Et cette guerre sera authentique, car l’Iran a déjà tout perdu de ce qu’il pouvait perdre, désormais il ne peut que gagner, en défendant jusqu’au dernier Iranien sa souveraineté, son indépendance, sa dignité et sa véritable foi.

Voilà, dans le cadre de l’islam, un exemple de résistance incroyable et réelle, sur lequel les Américains ne comptaient pas. Ils pensaient que tout serait décoratif, qu’ils achèteraient le sommet de l'Etat iranien, qu’ils élimineraient les mécontents, et que des gens dociles prendraient leur place, et tout le pathos de la préparation à la bataille finale en Iran, qui dure depuis un demi-siècle, depuis la révolution de l’ayatollah Khomeini, s’effondrerait. Mais il ne s’est pas effondré, en réalité. Et maintenant, c’est au tour du système, de la force qui se proclamait absolument invincible, de s’effondrer. Et c’est maintenant que tout commence.

On commence à l’admettre : des pertes chez les Forces armées, d’ailleurs, un des dirigeants de la Marine américaine — ils disent qu’il est mort lors d’un incident, pas vraiment militaire, écrasé dans un hélicoptère, mais il est mort, c’est le « brouillard de la guerre », personne ne sait vraiment… En d’autres termes, les Américains commencent à reconnaître qu’ils subissent des pertes. Les frappes sur les bases américaines au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie, les attaques constantes contre Israël et la destruction de la base économique et technologique des alliés des États-Unis au Moyen-Orient (y compris les complexes de dessalement, que l’Iran a frappés) — cela signifie que les Iraniens comprennent parfaitement : soit ils gagnent, soit ils cessent d’exister. Aucun compromis possible.

l-0x24wh-786x458z-1.jpegAnimateur : Peut-on discuter un peu ici de la question du compromis et de l’accord ? Il y a une déclaration du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araqchi (photo), qui estime que son pays pourrait mettre fin à l’affrontement militaire avec les États-Unis et passer à une résolution négociée du conflit, s’il obtient un avantage sur le champ de bataille. Il envisage donc deux scénarios : une fin de la guerre sous forme de capitulation ou l’obtention d’un avantage, puis un éventuel nouvel accord. S’ils s’expriment ainsi, cela signifie que cette situation s’est déjà produite auparavant, mais non pas grâce à des succès militaires, mais grâce à leur bonne tactique économique, en fermant le détroit d’Ormuz, ce qui a provoqué un mécontentement mondial et obligé les États-Unis à chercher un compromis, pour obtenir une trêve et alimenter un peu le marché pétrolier. Pourquoi, par exemple, l’Iran, outre la fermeture du détroit d’Ormuz, ne fermerait-il pas aussi le détroit de Bab-el-Mandeb pour obtenir le même avantage économique, voire l’accentuer ? Ou demanderait-il aux Yéménites de le faire ?

Alexandre Douguine : Je pense que cela ne va pas tarder — la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb. Les Iraniens iront jusqu’au bout, ils sont très cohérents. Et même lorsqu’ils ont accepté de négocier avec les États-Unis l’ouverture du détroit d’Ormuz, ils ont posé des conditions très strictes. Et Trump pensait qu’il pouvait tromper tout le monde — mais c’est un tricheur, un escroc en réalité. Trump, c’est tout simplement un assassin agressif et un escroc qui ne tient pas ses promesses. Et les Iraniens le comprennent mieux que quiconque.

Animateur : Mais il n’agit ainsi qu’envers l’Iran ? Ou bien agit-il de la même manière envers tout le monde ?

Alexandre Douguine : S’il agit ainsi envers certains, il agit de la même façon envers les autres. Il ne faut pas se faire d’illusions : nous avons affaire à un maniaque déchaîné, qui ne tient jamais parole, qui change constamment de position sur n’importe quel sujet en fonction de la conjoncture du moment — qu’elle soit boursière ou politique. C’est un véritable escroc.

c19122025175325.png

Aujourd’hui, toute l’Amérique le maudit, même ses propres électeurs se détournent de lui. Tout est clair avec lui : il est arrivé avec de nobles slogans de lutte contre le « deep state », mais il a trahi tous ceux qu’il pouvait. C’est un homme sans aucune autorité, dans aucun domaine : les démocrates le détestaient et le détestent toujours, et désormais sa propre base électorale le méprise profondément. Quant à la façon dont le reste du monde voit l’Amérique, inutile d’en parler — c’est la fin.

Mais ce n’est pas aussi important que sa motivation intérieure. Il est arrivé avec certains principes idéologiques qui étaient très attractifs: valeurs traditionnelles, retour à la religion, concentration sur les problèmes internes, publication des dossiers Epstein, arrestation de tous ceux impliqués dans la pédophilie, le cannibalisme et autres atrocités commises par des représentants des élites américaines et européennes. Il avait promis tout cela. Il avait promis d’arrêter les guerres, de mettre fin à la guerre en Ukraine.

imtrvsmagages.jpgEn sociologie américaine, il existe la notion de «quatrième tournant» (fourth turning): les partisans de Trump associaient la quatrième phase du cycle à l’époque de Biden et des mondialistes, et après l’élection de Trump, beaucoup ont sincèrement cru que «l’âge d’or» allait commencer. Ils croyaient qu’il se battrait pour que «l’Amérique soit d’abord », pour qu’il n’y ait plus de deep state.

Il a tout trahi et tout le monde. Et pourquoi a-t-il fait cela ? Beaucoup disent, comme vous l’avez justement noté, qu’il est sous l’influence d’Israël, qu’il a été pris en otage, qu’on le fait chanter avec des dossiers compromettants, notamment sa participation à ces orgies sataniques chez Epstein, ou d'une autre manière. Mais cela n’a pas d’importance. Il a complètement perdu la face — partout: auprès de ses partenaires européens, de la population américaine elle-même, de ses propres partisans et dans le monde entier. C’est pourquoi les Iraniens étaient prêts à parvenir à un accord raisonnable même avec ce maniaque, mais c’est impossible, car il est impossible de s’entendre avec de tels individus. Aujourd’hui, les Iraniens parlent de leur volonté de revenir à la table des négociations, mais c’est purement pour la forme — ils ne sont en réalité prêts à rien. Ils comprennent parfaitement à qui ils ont affaire. C’est pourquoi un prochain round de négociations n’est possible que si les Iraniens améliorent encore leur position à la table des négociations.

Des centaines de milliers, voire des dizaines de milliers de cadavres américains renvoyés chez eux; la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb par les Houthis; une lutte acharnée pour la zone côtière; la coupure des câbles à fibres optiques au fond du détroit d’Ormuz; des frappes sur les infrastructures économiques critiques des alliés arabes des États-Unis se trouvant à portée des missiles iraniens. Et nous verrons bien ce que la prochaine étape nous apportera.

Animateur : Vous avez mentionné des dizaines, voire des centaines de milliers de cadavres américains renvoyés aux États-Unis. Est-ce que cela signifie que l’on s’attend désormais à une véritable opération terrestre ?

Alexandre Douguine : Ils en parlent tous les jours.

Animateur : Parler, c’est une chose. Mais quelles actions concrètes sont à attendre ?

Alexandre Douguine : Bien sûr, nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce qui va se passer. Je ne dis pas que je le vois, je parle de la manière dont les Iraniens voient leur propre vision du monde: si l’escalade continue, ils combattront jusqu’à la mort. Ils défendront chaque parcelle de terre iranienne.

_106352895_mediaitem106352893.jpg

Trente millions de personnes se sont portées volontaires — soit un Iranien sur trois — pour défendre leur patrie. Il s’agit à la fois des partisans du régime du Velayat-e-Faqih et, d’ailleurs, de l’opposition politique qui, face à l’agression américano-israélienne, est aujourd’hui unie dans la défense de la patrie. La société iranienne est absolument unie et déterminée à défendre son pays.

Et là, ni les drones ni la simple économie… Regardez la géographie de l’Iran, les montagnes du Zagros — elles sont pratiquement infranchissables. Et si une opération terrestre commence, elle pourrait durer des décennies, et ce serait fatal pour les États-Unis. Les Iraniens tiendront jusqu’au bout. Bien sûr, il y aura d’énormes pertes du côté iranien, mais aujourd’hui, personne n’est en mesure d’arrêter cette guerre.

Trump ne peut pas l’arrêter à ses conditions, car les Iraniens lui imposent des positions de négociation très strictes. Il tergiverse, il ment, il menace, il insulte les gens. Il se comporte — il n’y a pas de mots — comme un terroriste, comme Zelensky. Où que l’on regarde, c’est comme si on avait un « Quartier 95 » sanglant : que ce soit aux États-Unis, ou en Ukraine — c’est le même modèle. Mensonge, tromperie, cruauté, sadisme. Aucun accord, aucune réalité — une politique totalement irrationnelle de maniaques globaux. Et il est impossible de dire qui a appris de qui : les Américains des Ukrainiens ou l’inverse, mais aujourd’hui ils agissent très semblablement sur la scène internationale. Et les Iraniens l’ont parfaitement compris à leurs dépens : leurs dirigeants politiques, religieux, spirituels, militaires ont été lâchement assassinés sans aucune raison, sous de faux prétextes — tout comme les Américains ont occupé l’Irak, puis renversé Kadhafi en Libye. C’est du mensonge pur et l’application de plans hégémoniques d’une brutalité extrême.

Voilà pourquoi, à mon avis, il faut tirer la conclusion qu’aucune négociation avec ce pouvoir occidental déchaîné n’est plus possible. De telles négociations sont sans valeur, nous en avons fait l’expérience. On peut dire ce qu’on veut, mais tout continue: le soutien de Washington à Kiev se poursuit, tout continue comme avant.

13.jpg

Je pense que les Iraniens nous donnent l’exemple — à nous et à toute l’humanité. Et à la Chine, bien sûr, qui est la prochaine cible. Et la Corée du Nord — qui est fière et forte, mais ne pourra sans doute pas résister seule. Nous devons construire cet axe eurasien, dont Trump a d’ailleurs récemment parlé. Trump, semble-t-il, reçoit actuellement ses premières leçons de géopolitique de ses maîtres venus du camp néoconservateur: il a soudain découvert l’existence de l’Axe eurasien, qui inclut la Russie, l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, que des agents sionistes l’auraient trompé, et que nous sommes bons et refuserons de le soutenir — on peut le dire ainsi, mais cela ne mène nulle part. Il serait beaucoup plus réaliste, réfléchi et responsable pour la Russie de se préparer à défendre cet axe eurasien. Oui, il existe, car tout prétendant à une politique souveraine, à un monde multipolaire, à l’indépendance vis-à-vis de l’Hégémon, est un ennemi de l’Hégémon. Trump est arrivé au pouvoir sous la bannière de la fin de cette hégémonie globale. Non seulement il ne l’a pas arrêtée, il l’a amplifiée. Il a mené une politique unipolaire agressive par des méthodes et à une échelle que ses prédécesseurs mondialistes n’auraient jamais osé employer. Autrement dit, il est arrivé au pouvoir sur la vague de l’anti-mondialisme, et il est devenu un mondialiste encore plus agressif et plus sanglant.

Animateur : C’est un avis important sur ce que signifie en réalité cette préparation. Vous avez dit que la Russie doit se préparer à cette confrontation. Mais comment exactement ? Que faut-il faire ?

Alexandre Douguine : Dans notre conscience stratégique actuelle, il y a deux aspects. Le premier — la croyance que nous pourrons parvenir à un accord avec Trump et au moins, sous certaines conditions, geler ce conflit, ne serait-ce que temporairement, pour obtenir un répit. Mais nous n’utilisons jamais vraiment ces pauses pacifiques à bon escient : ce n’est qu’en temps de guerre, dans des conditions extrêmes, que nous sommes vraiment capables de nous renouveler d’une quelconque manière. Ce temps que nous essayons désespérément de gagner lors des négociations, en fait, ne nous est même pas bénéfique.

La deuxième position — plus responsable, plus réaliste et, à mon avis, la seule adéquate: l’escalade avec l’Occident, avec l’Amérique et l’Union européenne, ne fera que s’intensifier. Nous devons nous attendre à l’entrée de nouveaux acteurs dans la guerre contre nous — par exemple, des attaques contre Kaliningrad, un blocus complet de la navigation dans la mer Baltique et de nombreux autres coups, y compris les plus efficaces, les plus lourds missiles, contre le territoire russe, auxquels il est difficile de se protéger. Cela se produit déjà, et ces frappes deviennent de plus en plus fréquentes et douloureuses, sous différentes formes.

d1a08b88-18ba-4a10-a553-f8958cc36b5e_1536x1024.jpg

Il faut se préparer à l’escalade qu’on nous impose et oublier ce sujet que seraient d'éventuelles négociations. Alors il ne nous restera plus qu’un seul plan, et non plus un « plan A » et un « plan B ». Le premier plan: on négocie; le deuxième plan: on agit si la négociation échoue. Mais la négociation échouera non pas parce que nous ou l’Occident agissons mal, mais précisément parce qu’en voyant en nous ce « plan A » (cette orientation vers la négociation), l’Occident interprète cela comme une faiblesse. Et c’est tout.

D’ailleurs, on ne pourra négocier que lorsque nous nous serons véritablement mobilisés et que nous commencerons à nous comporter autrement. Actuellement, nous disons: «Ça, c’est pour ceci, ça, c’est pour cela». Tant que nous disons « pour ceci », nous annulons d’emblée nos propres actions. Désormais, nous devons dire: « Et ça, c’est en avance, et ça aussi, c’est en avance — et pas seulement pour l’Ukraine, mais pour tous ceux qui soutiennent la guerre autour, — et tout cela, c’est en avance».

Autrement dit, ce n’est pas « pour ceci » ou « pour cela », c’est simplement à titre d’avance — « prenez, s’il vous plaît ». Et dès que nous commencerons à agir selon le « plan B » et que nous oublierons le « plan A », alors, à mon avis, ils voudront négocier avec nous. Voilà le problème: dès qu’ils voient notre volonté de parvenir à un règlement pacifique, ils ne font qu’aggraver la situation. Et ce n’est qu’en voyant la montée en puissance de notre côté qu’ils commenceront à envisager de discuter.

Animateur : Donc il est clair qu’il ne faut pas chercher à s’entendre avec les Américains et l’Occident en général. Mais qu’en est-il alors de la coopération interne entre les pays de cet axe eurasien ? Pourquoi n’approfondissons-nous pas notre coopération militaire, alors que nous savons tous — Russie, Chine, Corée du Nord, Iran — que nous nous opposons à l’Occident ?

Alexandre Douguine : Pour deux raisons. La première, c’est que chacun d’entre nous — peut-être à l’exception de la Corée du Nord, plus perspicace en géopolitique — estime qu’il est bien plus simple de négocier individuellement avec l’Occident. C’est-à-dire: nous allons négocier, et les Iraniens avec les Chinois se débrouilleront de leur côté. La Chine pense: que les Iraniens et les Russes fassent la guerre, nous verrons plus tard. Et jusqu’à un certain temps, les Iraniens aussi disaient qu’ils avaient leur propre voie, leurs propres relations avec l’Occident, et que les Russes menaient leur «opération militaire spéciale» en Ukraine. Oui, nous nous aidons les uns les autres — eux nous aident, nous les aidons, la Chine aussi — mais: chacun pour soi. C’est la logique d’un «nationalisme étroit», si l’on veut: les gens ignorent la géopolitique et les lois de l’histoire, ne se concentrant que sur les intérêts nationaux immédiats dans un esprit de réalisme pragmatique, quitte à trahir parfois leurs alliés pour leur propre intérêt. C’est la politique dite machiavélienne, caractéristique à divers degrés de tout pays. C’est précisément cela qui fait obstacle à l’affirmation réelle de l’axe eurasien, lequel découle de la logique géopolitique appliquée à la situation actuelle et de la nécessité de l’opposition du monde multipolaire au monde unipolaire.

Deuxième point : l’Occident dispose de vastes et très influents réseaux d’agents au sein des élites dirigeantes de tous ces pays, sauf peut-être la Corée du Nord. En Chine et en Iran — jusqu’à tout récemment. Et chez nous, bien sûr, il y a la «sixième colonne»: elle existe officiellement, sans même se cacher, depuis les années 90, et aujourd’hui on l’appelle «le parti de l’armistice», etc. Ces réseaux disent: «Mais quel est notre intérêt là-dedans? Nous faisons partie de l’Occident, nous pouvons parfaitement nous entendre avec l’Occident, et nous souffrons uniquement à cause de nos propres radicaux et des autres membres radicaux de cet axe eurasien». Chez nous, on dit: «Sacrifions la Chine au profit de l’Occident, sans parler de l’Iran et de son radicalisme. Rapprochons-nous de l’Occident». Les Iraniens disent la même chose: «Sacrifions les Russes, ils ne nous aident pas vraiment, ils ne font que promettre. Pourquoi avons-nous besoin d’eux? Réglons la question avec l’Occident». Et les Chinois disent: « Regardez, nous n'avons pas encore de guerre avec Taiwan, certes, nous nous y préparons, nous apprenons des fautes des autres, nous étudions les expériences de la belligérance de type nouveau en Ukraine et au Moyen-Orient, mais quand il s'agit de nous, nous verrons bien. Mais, pour l'instant, nous ne romperons pas définitivement avec l'Occident". 

d4alo5wg9d4a1.jpg

Il en résulte donc que souverainistes — une sorte de réalistes limités — et simples agents d’influence occidentaux agissent ici de concert. Ils essaient de relativiser, de minimiser la nécessité de créer ce bloc géopolitique multipolaire — l’axe eurasien. Ils freinent ce processus de l’intérieur. Et bien sûr, l’Occident fait tout pour empêcher l’émergence de cet axe. Or, il est indispensable de le créer. Il se forme de fait, mais non parce que nous avançons activement. Cet axe eurasien se forme en réaction, comme une réponse aux attaques des mondialistes. Les vraies leçons de géopolitique, nos élites semblent incapables de les comprendre d’elles-mêmes. J’ai eu cette impression après quarante ans de diffusion de la géopolitique dans notre société: oui, on en prend note, mais comme «nul n’est prophète en son pays», tout cela est considéré comme une lecture facultative — on lit, c’est intéressant, c'est étrange. Mais les vraies leçons de géopolitique, c’est l’Occident qui nous les donne.

Animateur : Voici la question suivante. Peut-il se produire que Russie, Chine, Iran et Corée du Nord commencent à s’unir plus rapidement et rejettent les raisons que vous avez évoquées, en essayant de les éradiquer ? Sous quelles conditions ? Que faudrait-il ? Est-ce qu’un événement vraiment grave — par exemple, une frappe nucléaire sur l’Iran — pourrait en être le catalyseur ? Nous avons déjà évoqué que les États-Unis pourraient se retrouver dans une position où il ne leur resterait plus que l’option nucléaire. D’ailleurs, la possible apparition de l’arme nucléaire en Arabie saoudite est aussi un sujet très intéressant à évoquer ici, car cela pourrait toucher toute la région. Selon vous, l’axe eurasien ne se mettra en place que dans de tels scénarios catastrophiques, ou bien le catalyseur pourrait-il être moins critique ?

Alexandre Douguine : Honnêtement, j’ai du mal à répondre. Je ne vois qu’une chose : nous n’apprenons ni de nos erreurs, ni en entamant une réflexion, mais par réaction. Il est difficile de dire à quel moment nous passerons des rêveries irresponsables sur une entente possible avec l’Occident à l’action directe. Mais nous ne nous réveillons que quand il devient impossible de continuer à dormir. Tant que nous pouvons ignorer la réalité, tant que nous pouvons nous bercer d’illusions sur notre appartenance à la civilisation occidentale, sur l’idée que l’Occident n’est «pas si mauvais» et que nous avons des racines communes, cela durera indéfiniment. Toute démarche basée sur la science, la logique, l’histoire, la géopolitique ou la stratégie, initiée de l’intérieur, n’a aucun effet.

Ces discours s’accompagnent de processus matériels et économiques très sérieux, mais volontairement, activement, de façon proactive, nous ne sommes pas capables d’agir dans une logique eurasienne. Nous commençons à bâtir cet axe, à agir en État souverain — cela concerne aussi bien l’Iran que nous et la Chine — uniquement quand nous sommes frappés de plein fouet. Que ce soit une frappe nucléaire, un missile qui tue tout le commandement iranien, ou des complots: souvenez-vous de la Chine, où sur sept chefs militaires, six ont été exécutés. Ce n’est pas arrivé par hasard. La Chine n’aime pas les mesures radicales, elle n’est pas prête, donc la situation de recrutement par les Américains des chefs militaires chinois a atteint un point critique où il a fallu les éliminer.

Nous réagissons seulement quand il n’est plus possible de ne pas réagir — mais qu’est-ce qui doit se passer pour que nous comprenions la nécessité de créer activement, immédiatement, et de façon offensive cet axe eurasien, avec des manœuvres militaires communes et une entraide réciproque ? Il nous faut bâtir un bloc militaire.

L’Occident veut à tout prix nous en détourner : ils disent qu’ils négocieront avec les Russes à Anchorage, avec les Chinois à Pékin, avec les Iraniens en Suisse — avec chacun séparément, pourvu qu’il n’y ait pas de bloc militaire. Cela signifie qu’ils en ont peur, donc nous devons absolument le créer. Un simple bloc militaire Russie, Iran, Chine: «vos ennemis sont nos ennemis», et nous commençons à nous entraider. L’Iran aurait un accès à l’Arctique via la Caspienne, et nous, un accès aux mers chaudes. Nous pourrions résoudre de nombreux problèmes stratégiques. Qu’est-ce qui nous en empêche ? Ceux pour qui cela est mortellement dangereux — sont nos ennemis. Mais nous, nous ne les considérons souvent pas comme des ennemis, pensant: «Bon, c’est important pour la Chine de s’opposer à l’Amérique, parce qu’ils se font concurrence en PIB et en technologies», ou «C’est nécessaire pour l’Iran radical, mais pourquoi aurions-nous besoin d’une telle confrontation?». 

Néanmoins, tous ceux d’entre nous qui veulent préserver leur souveraineté, leur dignité, leur culture, leur fierté, leur indépendance et leur liberté seront obligés de rejoindre cet axe eurasien agressif, voire offensif, je dirais. Car, si nous n’attaquons pas, c’est nous qui sommes attaqués. L’ennemi ne comprend pas d’autre langage.

Animateur : Dans le même temps, l’Occident agit de manière sournoise et perfide. Les États-Unis donnent maintenant à l’Arabie saoudite la possibilité d’enrichir de l’uranium – c’est un nouveau projet dirigé contre l’Iran. D’autre part, au Japon, on évoque la possibilité d’acquérir et de stocker des armes nucléaires, et le « principe des trois non-nucléaires » ne devrait plus s’appliquer. D’ailleurs, à l’origine, notre confrontation avec l’Ukraine s’est aussi largement aggravée lorsque des discussions ont commencé sur la possibilité pour Kiev d’obtenir des armes nucléaires — cela a été l’un des problèmes clés. Il en résulte que tout notre environnement est d’une façon ou d’une autre concerné par ces processus (à l’exception de la Corée du Nord). Et la question se pose: pourquoi ne pouvons-nous pas agir de manière similaire? Si les États-Unis créent indirectement une menace nucléaire autour de nous, pourquoi ne pourrions-nous pas leur créer la même menace en retour, ou bien n’en avons-nous pas la capacité?

Alexandre Douguine : Nous en avons la capacité, mais nous n’avons ni la détermination, ni la compréhension de la profondeur des processus qui se déroulent dans le monde. À un moment, nous avons glissé vers une explication banale, triviale, grossière, presque ignorante et mythologique de tous les processus historiques par l’économie, l’intérêt et le commerce. Par exemple: les indicateurs économiques montent, donc tout le monde y trouve son compte. Mais c’est une naïveté impensable, c’est de l’idiotie — une idiotie stratégique — que de mesurer les processus historiques et stratégiques avec des modèles économiques. L’économie est importante, mais elle ne détermine rien dans le monde. Elle s’adapte aux idéologies et aux intérêts. Croire que l’économie «résoudra tout», que le marché et sa «main invisible» mèneront à l’harmonie — il n’y a rien de plus dangereux que cette idéologie. C’est une construction fausse, créée exprès pour les colonies, afin qu’elles aident tranquillement l’hégémon et la métropole à croître à leurs dépens.

Halford_Mackinder.jpgCette idée globaliste s’est tellement enracinée chez nous que toute analyse géopolitique rigoureuse et froide — fondée sur les mêmes principes que ceux sur lesquels l’Occident bâtit ses stratégies — est perçue comme secondaire. Pourtant, la géopolitique n’a pas été inventée par nous, mais par les Anglo-Saxons. Mackinder en a créé les systèmes et le vocabulaire. Et quel est le sens de cette géopolitique? C’est que la civilisation de la Mer — anglo-saxonne, libérale-démocratique, capitaliste — lutte contre la civilisation de la Terre, fondée sur des principes héroïques, sur des valeurs traditionnelles et une culture spirituelle particulière. Cette guerre est inévitable. Elle ne peut pas cesser tant que l’un des participants existe dans l’indépendance et la liberté. D’où découle directement l’idée de nous infliger une «défaite stratégique». C’est la géopolitique en action. L’Occident ne cache pas ces principes, ils sont enseignés dans toutes les académies. Pourquoi ne pas les transposer à notre réalité, apprendre ce qui se passe, au lieu de simplement réagir ?

On frappe « Wildberries » — nous frappons Kiev, on attaque une résidence — nous faisons une frappe de riposte. Mais cela donne l’impression que nous sommes terrés et que nous faisons juste de la résistance. Nous devons faire exactement le contraire de ce qu’ils font. Ils veulent nous infliger une défaite stratégique, pour qu’il n’y ait plus de principe Terre. Nous, nous voulons exister — donc nous devons gagner cette guerre contre la civilisation de la Mer. Et cela inclut l’Occident collectif, y compris Trump. Si, comme il l’avait promis au départ, il avait reconnu la multipolarité et accepté que l’Occident n'en soit qu’un des pôles, cela aurait été une autre histoire, et il aurait fallu lui donner sa chance. Nous avons investi là-dedans, nous y avons cru. Mais quand tout a volé en éclats, il n’était plus possible de ne pas le voir: il n’y a plus ce Trump qui arrivait au pouvoir, il n’y a plus de «MAGA», plus de publications des listes d’Epstein, ni de combattants contre le «deep state». Tous ceux qui partageaient cette idéologie sont aujourd’hui dans l’opposition à Trump. Il s’est avéré être un rouage — soit c’est sa tragédie personnelle, soit il a toujours été un vaurien et un clown. Peu importe, à ce stade.

imapwges.jpgAujourd’hui, nous avons affaire à la géopolitique classique: c’est eux ou nous. L’axe eurasien est un élément fondamental de cette prospective qui est au cœur de leur vision. Leur lutte contre un bloc eurasien potentiel a commencé dès les années 1980. Paul Wolfowitz (photo) a inscrit dans la doctrine de sécurité nationale, déjà sous Clinton dans les années 90, le principe majeur: empêcher la création sur le territoire de l’Eurasie d’un bloc politico-militaire et économique qui pourrait limiter l’influence de l’Occident global dans cette région. Et ce principe n’a pas disparu, il passe d’une administration à l’autre.

Animateur : Je voudrais poser une autre question: quel rôle joue dans ce contexte l’intelligence artificielle et ce qui s’est passé à la Conférence mondiale sur l’IA à Shanghai ? Si la Chine parle de créer une sorte d’alliance dans le domaine de l’IA, est-ce une étape vers l’unification de l’axe eurasien, ou est-ce autre chose ?

Alexandre Douguine : Je pense que c’est, en partie, un pas vers l’unification. Les principes de la géopolitique, contre lesquels tant de nos compatriotes — des gens bons, intelligents — se sont élevés, c’est une sorte d’aveuglement collectif. Ne pas voir l’évidence, ne pas reconnaître les lois de la géopolitique, leur force, ou tout au moins le fait que l’Occident ne fonctionne que sur cette base — il faut l’admettre. Si nous l’avions fait, nous aurions appliqué ces principes de géopolitique, les principes de la civilisation de la Terre et la nécessité de l’intégration de l’axe eurasien à tout: à l’alliance militaire dont nous parlions, à la prolifération nucléaire — car la civilisation de la Mer permet à ses clients (Israël, Arabie saoudite, peut-être le Japon et même l’Ukraine) de posséder l’arme nucléaire, mais pas à nous. Donc, il faut dire: ils prolifèrent, ils répandent l’arme nucléaire parmi «les leurs», nous devons la répandre aussi parmi «les nôtres». Ils attaquent et mentent — nous ne devons pas croire leurs mensonges, nous devons nous défendre, et parfois mener des actions préventives et adopter une politique offensive. Pareil pour l’économie: ils la créent dans leur intérêt, nous devons la développer dans le nôtre, collectivement, avec les autres pays de l’axe eurasien, en y attirant les pays neutres (c’est pour cela que BRICS est une excellente initiative).

imcIAshages.jpg

Il en va de même pour l’intelligence artificielle. L’IA est un outil extrêmement puissant des nouvelles technologies, et soit elle appartiendra à la civilisation de la Mer, comme aujourd’hui, soit nous essaierons de construire la nôtre, continentale, terrestre — russo-chino-irano-coréenne — qui soit technologiquement indépendante. Il faut aujourd’hui disposer des serveurs, des systèmes de refroidissement adéquats, ce à quoi la Chine travaille activement, et de certains algorithmes.

Les modèles développés par la Chine sont retravaillés, ils deviennent souverains, et si on leur coupe Grok, ChatGPT, Gemini ou Claude, les Chinois ont leurs propres équivalents. Ils font de même avec toutes les innovations technologiques, obtenant d’énormes succès et renforçant la souveraineté de leur État. Nous devons nous impliquer dans ce processus. Nous avons signé la charte lors de la conférence sur l’IA, mais il nous faut justement une IA eurasienne. Essayez de dire cela lors d’un événement sérieux — tout le monde rira, baissera les yeux ou pensera que c’est de la propagande du Kremlin, que c’est impossible. Qu’il n’y a qu’un seul progrès, une seule société, une seule démocratie, un seul système politique, un seul modèle économique — le capitalisme libéral occidental, et rien d’autre!

En réalité, le problème n’est pas l’intelligence artificielle, mais l’intelligence naturelle de nos élites. Elle est rongée par la moisissure toxique de l’occidentalisme. On aura beau tourner autour d’accords sur le travail commun avec les Chinois sur l’IA, rien ne bougera tant que, dans la tête de nos gens d’influence, la vision occidentalo-centrée du monde, de l’histoire, de la société, de l’économie et de la technologie dominera. Tant que l’Occident sera pour eux «l’alpha et l’oméga» de l’univers, tout sera bloqué. Nous ne construirons pas les bonnes relations avec la Chine, et il y aura toujours quelque chose qui entravera les processus positifs. Nous n’aiderons pas l’Iran et attendrons — Dieu nous en garde — qu’il échoue, et alors tout ce qui s’est abattu sur eux s’abattra sur nous.

Si nous ne nous réveillons pas dès maintenant dans tous ces domaines, il faudra au pays — disons-le ainsi — un «réveil géopolitique». Il s’agit précisément de l’eurasisme politique, de la conscience de la civilisation de la Terre, de notre destin particulier et de la nécessité de défendre le monde multipolaire, non seulement par des réponses réactives aux défis, mais aussi par des actions proactives. Nous devons nous-mêmes fixer l’agenda, créer nous-mêmes les processus et les événements, et que le camp occidental, que nos ennemis, cherchent comment y répondre, au lieu de toujours être à la traîne et d’agir dans la réaction.

Cette leçon de géopolitique que nous donne aujourd’hui l’Occident collectif, nous aurions pu l’apprendre par nous-mêmes, de notre propre volonté, si nous avions fait l’effort. J’espère que nous approchons de ce point de bascule où nous allons enfin vraiment nous consacrer à la géopolitique, au niveau qu’elle exige, et avec le sérieux nécessaire.

 

Deutsche und Niederländische Texte: Juli 2026 - Duitse en Nederlandse teksten: juli 2026

juli-liebling.jpg

Deutsche und Niederländische Texte: Juli 2026

Duitse en Nederlandse teksten: juli 2026

Met open ogen de oorlog in? Waarom stelt Europa deze vragen niet?

Met open ogen de oorlog in? Waarom stelt Europa deze vragen niet?

Jeanne Delahaye

Bron: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7

Sinds het begin van de oorlog in Oekraïne wordt de berichtgeving in Europa gedomineerd door wapenleveranties, sancties en militaire ontwikkelingen. Tegelijkertijd lijkt een ander debat vrijwel volledig uit de publieke ruimte verdwenen te zijn:

Welke langetermijnbelangen nastreeft Europa eigenlijk zelf?

Deze vraag dringt zich des te meer op wanneer men de uitspraken leest van vooraanstaande Amerikaanse politici en strategen. Ze zijn openbaar gemaakt, in boeken gepubliceerd of voor parlementaire commissies verklaard.

Frankrijk: Hoe men de geesten voorbereidt op oorlog door de vrijheid van meningsuiting en informatie te onderdrukken

Frankrijk: Hoe men de geesten voorbereidt op oorlog door de vrijheid van meningsuiting en informatie te onderdrukken

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

We zouden in deze vakantietijd graag wat zorgelozer zijn. Maar dat valt niet mee. Aan de ene kant zijn er de steeds talrijkere branden in Frankrijk, met de menselijke tragedies die ze veroorzaken.

Frankreich: Wie man die Bevölkerung auf den Krieg vorbereitet, indem man die Meinungs- und Informationsfreiheit unterdrückt

Frankreich: Wie man die Bevölkerung auf den Krieg vorbereitet, indem man die Meinungs- und Informationsfreiheit unterdrückt

Gastel Etzwane 

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Man hätte in diesen Ferienzeiten gerne einen leichteren Kopf. Das ist schwierig. Auf der einen Seite die sich häufenden Brände in Frankreich, mit den menschlichen Tragödien, die sie verursachen.

Partijen, facties en broederschappen: De vroege geschiedenis van het Egyptisch nationalisme

Partijen, facties en broederschappen: De vroege geschiedenis van het Egyptisch nationalisme

door Troy Southgate

Quelle: https://www.facebook.com/troy.southgate

Een van de belangrijkste nationalistische entiteiten in het Egypte van de jaren 1920 en 1930 was de zeer populaire Wafd-partij, die werd opgericht na de Eerste Wereldoorlog.

Parteien, Fraktionen und Bruderschaften: Die Frühgeschichte des ägyptischen Nationalismus

Parteien, Fraktionen und Bruderschaften: Die Frühgeschichte des ägyptischen Nationalismus

von Troy Southgate

Quelle: https://www.facebook.com/troy.southgate

Einer der wichtigsten nationalistischen Akteure im Ägypten der 1920er und 1930er Jahre war die äußerst populäre Wafd-Partei, die nach dem Ersten Weltkrieg gegründet worden war.

Tien waarschuwingssignalen voor het verval van een samenleving

Tien waarschuwingssignalen voor het verval van een samenleving

door Meinrad Müller 

Bron: https://www.unser-mitteleuropa.com/201946

Velen herinneren zich de oude uitspraak uit Asterix en Obelix: "Ze zijn gek, die Romeinen." De Galliërs observeerden Romeinse legionairs die dingen deden die tegen elk gezond verstand ingingen. Niet omdat ze dom waren, maar omdat ze bevelen uit Rome moesten opvolgen. Denken was niet gevraagd, gehoorzaamheid wel.

Over de neergang van de westerse beschaving door Pierluigi Fagan

Over de neergang van de westerse beschaving

door Pierluigi Fagan 

Bron: Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della-civilta-occidentale

Arlacchi schreef in Il Fatto een analyse over de relatie tussen de westerse beschaving, die in verval is, en de opkomende groep beschavingen die tegenwoordig het “Mondiale Zuiden” worden genoemd, ook al liggen sommige daarvan eerder in het oosten dan in het zuiden.

Über den Niedergang der westlichen Zivilisation

Über den Niedergang der westlichen Zivilisation

von Pierluigi Fagan 

Quelle: Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della-civilta-occidentale

Arlacchi hat im „Fatto“ einen Analyseartikel über die Beziehungen zwischen der im Niedergang befindlichen westlichen Zivilisation und der aufsteigenden Gruppe der heute als „globaler Süden“ bezeichneten Zivilisationen geschrieben, wobei einige davon eher im Osten als im Süden liegen.

DVD: De Magiër van het Kremlin - Een politieke thriller en zijn realpolitieke achtergronden

DVD: De Magiër van het Kremlin - Een politieke thriller en zijn realpolitieke achtergronden

Werner Olles 

In 2019 reist de Amerikaanse journalist en Ruslanddeskundige Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) naar Moskou om daar de voormalige adviseur van Poetin, Wadim Baranow (Paul Dano), te ontmoeten, die zich uit de officiële politiek heeft teruggetrokken. Op zijn buitenverblijf vertelt hij Rowland zijn levensverhaal, dat begint in de vroege jaren negentig, toen het Sovjetcommunisme was ingestort.

DVD: Der Magier im Kreml - Ein Polit-Thriller und seine realpolitischen Hintergründe

DVD: Der Magier im Kreml - Ein Polit-Thriller und seine realpolitischen Hintergründe

Werner Olles

2019 reist der amerikanische Journalist und Rußlandexperte Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) nach Moskau, um dort Putins ehemaligen Berater Wadim Baranow (Paul Dano) zu treffen, der sich aus der offiziellen Politik zurückgezogen hat. Auf seinem Landsitz erzählt er Rowland seine Geschichte, die in den frühen 1990er-Jahren beginnt, als der Sowjet-Kommunismus zusammengebrochen war.

Het nieuwe biologische type - Gottfried Benn over geschiedenis voorbij de democratie

Het nieuwe biologische type - Gottfried Benn over geschiedenis voorbij de democratie

Constantin von Hoffmeister

Bron: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type

De Duitse dichter Gottfried Benn (1886-1956) stelt dat de geschiedenis niet voortschrijdt door democratische keuzes of publieke consensus, maar door elementaire krachten die op beslissende keerpunten verschijnen. Volgens hem komen grote historische omwentelingen nooit voort uit stemmen of debatten.

Der neue biologische Typ - Gottfried Benn über Geschichte jenseits der Demokratie

Der neue biologische Typ - Gottfried Benn über Geschichte jenseits der Demokratie

Constantin von Hoffmeister

Quelle: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type

Der deutsche Dichter Gottfried Benn (1886–1956) vertritt die Auffassung, dass die Geschichte nicht durch demokratische Entscheidungen oder öffentlichen Konsens voranschreitet, sondern durch elementare Kräfte, die zu entscheidenden Wendepunkten in Erscheinung treten.

Tucker Carlsons breuk en de erosie van de buitenpolitieke consensus

Tucker Carlsons breuk en de erosie van de buitenpolitieke consensus

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Tucker Carlson, 35 jaar lang een trouwe Republikein, verlaat de partij en wil helpen bij het opbouwen van een derde kracht. Hij wil zelf niet kandideren.

Soft power in een post-hegemoniale wereld: conceptuele crisis en nieuwe actoren van culturele invloed

Soft power in een post-hegemoniale wereld: conceptuele crisis en nieuwe actoren van culturele invloed

door Anton Bespalov

Bron: https://telegra.ph/Il-soft-power-in-un-mondo-post-egemonico-crisi-concettuale-e-nuovi-attori-dellinfluenza-culturale-07-11

Culturele uitwisseling begeleidt al lange tijd de politieke en economische interacties tussen staten, maar pas in de twintigste eeuw kwam culturele diplomatie naar voren als een bewuste staatsstrategie.

Soft Power in einer post-hegemonialen Welt: Begriffskrise und neue Akteure kultureller Einflussnahme

Soft Power in einer post-hegemonialen Welt: Begriffskrise und neue Akteure kultureller Einflussnahme

von Anton Bespalov

Quelle: https://telegra.ph/Il-soft-power-in-un-mondo-post-egemonico-crisi-concettuale-e-nuovi-attori-dellinfluenza-culturale-07-11

Kultureller Austausch begleitet seit langem die politischen und wirtschaftlichen Interaktionen zwischen Staaten, doch erst im 20. Jahrhundert entwickelte sich die kulturelle Diplomatie zu einer bewussten staatlichen Politik.

Bastardmoderne

Bastardmoderne

Werner Olles

Es ist der Abfall der neokapitalistischen Warengesellschaft, deren Selbstinterpretationssystem wohl nirgendwo besser zum Ausdruck kommt als im Frankfurter Bahnhofviertel, wenn in einer dreckigen, verpinkelten Ecke in der Niddastraße ein Cracksüchtiger langsam seinem Tod entgegendämmert.

Wanneer de staat verzwakt, wordt hij autoritair: het Duitsland van Merz legaliseert massale surveillance

Wanneer de staat verzwakt, wordt hij autoritair: het Duitsland van Merz legaliseert massale surveillance

Gastel Etzwane 

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Terwijl de regering van Friedrich Merz geconfronteerd wordt met groeiend protest en een wankelende legitimiteit, slaat Duitsland een nieuwe, verontrustende weg in.

Wenn der Staat schwächer wird, wird er autoritär: Das Deutschland unter Merz legalisiert die Massenüberwachung

Wenn der Staat schwächer wird, wird er autoritär: Das Deutschland unter Merz legalisiert die Massenüberwachung

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Während die Regierung von Friedrich Merz mit wachsendem Protest und schwindender Legitimität konfrontiert ist, überschreitet Deutschland eine neue, beunruhigende Schwelle.

Frankrijk, Duitsland, Groot-Brittannië: Drie patiënten, één diagnose

Frankrijk, Duitsland, Groot-Brittannië: Drie patiënten, één diagnose

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Het Britse tijdschrift The New World stelt deze dagen een vraag die men in de mainstream zelden zo openlijk leest: Wie van de drie voormalige leidende machten van West-Europa zit eigenlijk het diepst in de crisis? Alleen al de manier waarop de vraag wordt gesteld is veelzeggend; de diagnose is inmiddels zo overduidelijk dat men die niet langer onder het tapijt kan vegen.

’68 was de zelfhervorming van het kapitaal

’68 was de zelfhervorming van het kapitaal

door Francesco Petrone 

Bron: Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-auto-riforma-del-capitale

Costanzo Preve, een belangrijk filosoof, essayist en politicoloog, formuleerde de stelling dat ’68 een beweging was die “antiburgerlijk, maar niet antikapitalistisch” was. Hij kwam tot de conclusie dat ’68 de grootste opstand van de kleine burgerij uit de geschiedenis was.

1968 war die Selbstreform des Kapitals

1968 war die Selbstreform des Kapitals 

von Francesco Petrone

Quelle: Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-auto-riforma-del-capitale

Costanzo Preve, ein bedeutender Philosoph, Essayist und Politologe, vertrat die These, dass 1968 eine Bewegung „antibürgerlich, aber nicht antikapitalistisch“ war. Er kam zu dem Schluss, dass 1968 die größte Revolte der Kleinbürgerlichkeit in der Geschichte war.

Frankrijk: De politieke keuze om de criminaliteit te laten toenemen

Frankrijk: De politieke keuze om de criminaliteit te laten toenemen

Bron: https://informationnationaliste.fr/2026/07/15/le-choix-politique-de-laisser-augmenter-la-delinquance/

In 2026 staat Frankrijk op de 99e plaats van de Global Peace Index, een ranglijst waar men natuurlijk kritiek op kan hebben, maar die toch een onmiskenbare trend weergeeft. De studie is gebaseerd op opzettelijke doodslag, misdrijven in verband met verkrachting en seksueel geweld, misdrijven tegen eigendom en corruptie.

Frankreich: Die politische Entscheidung, die Kriminalität steigen zu lassen

Frankreich: Die politische Entscheidung, die Kriminalität steigen zu lassen

Quelle: https://informationnationaliste.fr/2026/07/15/le-choix-politique-de-laisser-augmenter-la-delinquance/

Im Jahr 2026 belegt Frankreich den 99. Platz im Global Peace Index – ein Ranking, das zwar sicherlich kritikwürdig ist, aber dennoch einen unumstößlichen Trend aufzeigt.

Frederik II en Eurazianisme: Twee visies op het imperium

Frederik II en Eurazianisme: Twee visies op het imperium

Constantin von Hoffmeister

Bron: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism

De geschiedenis keert vaak terug naar dezelfde vragen, zelfs als ze verschillende antwoorden geeft. De ene tijd spreekt door koningen, een andere door filosofen. De ene strijdt om kastelen en handelsroutes, een andere om technologie, economie en de machtsbalans tussen continenten.

Friedrich II. und Eurasismus: Zwei Visionen von Imperium

Friedrich II. und Eurasismus: Zwei Visionen von Imperium

Constantin von Hoffmeister

Quelle: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism

Die Geschichte kehrt oft zu denselben Fragen zurück, selbst wenn sie unterschiedliche Antworten gibt. Eine Epoche spricht durch Könige, eine andere durch Philosophen. Die eine ringt um Burgen und Handelswege, die andere um Technologie, Wirtschaft und das Kräfteverhältnis zwischen Kontinenten.

De beschaving van de lust

De beschaving van de lust

Karim Nazriev

De richting waarin de moderne wereldbeschaving zich beweegt, is een van de fundamentele vragen binnen het strategisch denken. Het centrale thema is: wat zijn de wetten die de ontwikkeling van de wereldbeschaving bepalen en wat zijn haar waarde-elementen? In de eerste plaats denken we aan de vooruitgang van de mensheid op het gebied van kunstmatige intelligentie.

Die Zivilisation der Wollust

Die Zivilisation der Wollust

Karim Nazriev

Die Richtung, in die sich die moderne Weltzivilisation bewegt, ist eine der Grundfragen der strategischen Sichtweise. Das Hauptthema ist: Welche Gesetze bestimmen die Entwicklung der Weltzivilisation und was sind ihre Wert-Elemente? Zunächst denken wir an die Fortschritte der Menschheit im Bereich der Technologie der Künstlichen Intelligenz.

Duits model voor Peking - Chinees model voor Duitsland

Duits model voor Peking - Chinees model voor Duitsland

Enrico Toselli

Bron: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-modello-cinese-per-la-germania/

Duits model of Chinees model om de stagnerende economie van het tanende Europa nieuw leven in te blazen, dat daardoor steeds oorlogszuchtiger wordt? Paradoxaal genoeg zou China behoefte hebben aan het Duitse model, het originele, met meer sociale zekerheid, medezeggenschap en participatie.

Deutsches Modell für Peking - Chinesisches Modell für Deutschland

Deutsches Modell für Peking - Chinesisches Modell für Deutschland

Enrico Toselli

Quelle: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-modello-cinese-per-la-germania/

Deutsches Modell oder chinesisches Modell, um die stagnierende Wirtschaft des im Niedergang befindlichen Europas wiederzubeleben, das deshalb immer kriegslustiger wird? Paradoxerweise bräuchte China das deutsche Modell, das Original, mit mehr Sozialstaat, Mitbestimmung, Beteiligung.

„Die tote Seele des Liberalismus“

„Die tote Seele des Liberalismus“

Werner Olles 

Zwei Texte von Günter Maschke aus seinem wissenschaftliche Nachlaß, mit einem Nachwort von dessen Verwalter Dr. Dr. Thor von Waldstein.

Je onderhandelt niet met Dadzjdzjal - Eskalatie moet wederzijds zijn

Je onderhandelt niet met Dadzjdzjal

Eskalatie moet wederzijds zijn

Alexander Doegin

Alexander Doegin onthult waarom escalatie wederzijds moet zijn, anders worden onderhandelingen met het Westen een valstrik.

Zoals verwacht kwam er nooit vrede tussen Iran en de Verenigde Staten. De VS hervatten het bombarderen van Iraans grondgebied. Teheran viel Amerikaanse militaire bases in Bahrein aan en sloot opnieuw de Straat van Hormuz. Het werkte niet, en het had ook nooit kunnen werken.

Mit Dadschdschal verhandelt man nicht - Eskalation muss wechselseitig sein

Mit Dadschdschal verhandelt man nicht

Eskalation muss wechselseitig sein

Alexander Dugin

Alexander Dugin erklärt, warum Eskalation wechselseitig sein muss, andernfalls werden Verhandlungen mit dem Westen zur Falle.

Wie erwartet kam es nie zu einem Frieden zwischen Iran und den Vereinigten Staaten. Die USA nahmen die Bombardierung iranischen Territoriums wieder auf. Teheran griff amerikanische Militärbasen in Bahrain an und schloss erneut die Straße von Hormus.

De Griekse kunst van nieuwsgierigheid - Het Griekse beschavingwonder

De heropening van de Agora

De Griekse kunst van nieuwsgierigheid

Het Griekse beschavingwonder

Bron: https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curiosity Grote beschavingen benaderen de wereld niet met angst, noch met naïeve overgave, maar met een vertrouwen dat gebaseerd is op de realiteit die zij opbouwen. Zulke beschavingen sluiten zich niet op in hun eigen schulp om uiteindelijk uit te sterven.

Die griechische Kunst der Neugier - Das zivilisatorische Wunder der Griechen

Die Wiedereröffnung der Agora

Die griechische Kunst der Neugier

Das zivilisatorische Wunder der Griechen

Quelle: https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curiosity Große Zivilisationen begegnen der Welt nicht mit Angst, noch mit naiver Hingabe, sondern mit einem Vertrauen, das auf der Realität gründet, die sie schaffen. Solche Zivilisationen schließen sich nicht in ihrem eigenen Gehäuse ein, um schließlich auszusterben.

Pax Silica: Wordt Europa de digitale vazal van de VS?

Pax Silica: Wordt Europa de digitale vazal van de VS?

Dreigt Europa met „Pax Silica” tot digitale vazalliteit van de Verenigde Staten te vervallen? Terwijl Washington het bondgenootschap presenteert als antwoord op China, zien critici hierin het einde van de Europese technologische soevereiniteit.

NATO: Europa erkennt, dass es nie geschützt, sondern von Washington an der Leine gehalten wurde

NATO: Europa erkennt, dass es nie geschützt, sondern von Washington an der Leine gehalten wurde

von Raphaël Besliu

Quelle: https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-quelle-na-jamais-ete-protegee-mais-tenue-en-laisse-par-washington/

Nach dem NATO-Gipfel in Ankara ist eine Frage, die vor zwei Jahren noch lange verschwiegen wurde, nun in den europäischen Regierungszentralen angekommen: Was passiert, wenn die USA austreten? Laut Financial Times erwägen Bündnisbeamte und europäische Po

Oekraïne: MI6 en CIA betalen tienduizenden huurlingen

Oekraïne: MI6 en CIA betalen tienduizenden huurlingen

Bron: https://www.anonymousnews.org/international/ukraine-mi6-und-cia-bezahlen-zehntausende-soeldner/Zware verliezen van het regime in Kiev in de Oekraïne-oorlog dwingen de westerse regisseurs ervan om steeds grotere contingenten huurlingen voor Kiev te betalen. Douglas MacGregor noemt een recordaantal van meer dan 50.000 huurlingen.

De Groenen willen Taurus „eindelijk onverwijld“ aan Oekraïne leveren: Zij zijn de Duitse oorlogsstokers nummer één

De Groenen willen Taurus „eindelijk onverwijld“ aan Oekraïne leveren: Zij zijn de Duitse oorlogsstokers nummer één

Tobias Riegel

Bron:  https://www.nachdenkseiten.de/?p=153561

Met een recent verzoek in de Bondsdag om Oekraïne „eindelijk onverwijld“ Duitse Taurus-raketten te leveren, bevestigen de Groenen opnieuw hun status als de meest meedogenloze militaristen in het parlement. 

De City tegen Rusland? Achter de Europese crisis de terugkeer van de oude oorlog tussen zee en land

De City tegen Rusland? Achter de Europese crisis de terugkeer van de oude oorlog tussen zee en land

door Nicola Bielli 

Bron: Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la-russia-dietro-la-crisi-europea-il-ritorno-dell-antica-guerra-tra-il-mare-e-la-terra

Terwijl Europa getuige is van de zoveelste escalatie in de confrontatie tussen NAVO en Rusland, blijft één vraag aan de zijlijn van het publieke debat staan: waarom lijkt het Verenigd Koninkrijk vaak vastber

Die City gegen Russland? Hinter der europäischen Krise die Rückkehr des alten Krieges zwischen Meer und Land

Die City gegen Russland? Hinter der europäischen Krise die Rückkehr des alten Krieges zwischen Meer und Land

von Nicola Bielli

Quelle: Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la-russia-dietro-la-crisi-europea-il-ritorno-dell-antica-guerra-tra-il-mare-e-la-terra

Während Europa eine weitere Eskalation der Konfrontation zwischen der NATO und Russland erlebt, bleibt eine Frage im öffentlichen Diskurs weiterhin am Rande stehen: Warum erscheint das Vereinigte Kö

Beoordeling van de Slag om Ali al-Taher (Libanon)

Beoordeling van de Slag om Ali al-Taher (Libanon)

Zeinab Al Saffar

In de militaire en strategische wetenschap verwijst men met "verlies van prestige" naar het instorten van het imago dat een militaire macht heeft opgebouwd rond haar zogenaamd onbetwistbare capaciteiten. Deze ineenstorting heeft zware tactische, strategische en psychologische gevolgen.

Analyse der Schlacht um Ali al-Taher (Libanon)

Analyse der Schlacht um Ali al-Taher (Libanon)

Zeinab Al Saffar

In der Militär- und Strategiewissenschaft bezieht sich der Begriff „Prestigeverlust“ auf den Zusammenbruch des Images, das eine Militärkraft um ihre vermeintlich unbestreitbaren Fähigkeiten aufgebaut hat. Dieser Zusammenbruch bringt schwerwiegende taktische, strategische und psychologische Folgen mit sich.

De verordeningstirannie

De verordeningstirannie 

Door Juan Manuel de Prada

Bron: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista-por-juan-manuel-de-prada/

Op de laatste dag van de recente Boekenbeurs van Madrid gaf de gemeente opdracht om het Retiro-park te ontruimen en te sluiten “vanwege het dreigende noodweer”.

Die Verordnungs-Tyrannei

Die Verordnungs-Tyrannei 

Von Juan Manuel de Prada

Quelle: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista-por-juan-manuel-de-prada/

Am letzten Tag der jüngsten Madrider Buchmesse ordnete die Stadtverwaltung an, den Retiro-Park „wegen drohenden Unwetters“ zu evakuieren und zu schließen.

Rusland, Centraal-Azië en kwesties van infrastructuur-politiek

Rusland, Centraal-Azië en kwesties van infrastructuur-politiek

Leonid Savin

We bevinden ons momenteel in een periode van geopolitieke turbulentie. Enerzijds betekent dit voor velen politieke onzekerheid en instabiliteit. Voor anderen is dit juist een gunstige tijd op het gebied van geo-economie, vooral voor actoren die buiten de belangrijkste conflicten blijven.

Russland, Zentralasien und Fragen der Infrastruktur-Politik

Russland, Zentralasien und Fragen der Infrastruktur-Politik

Leonid Savin

Wir befinden uns derzeit in einer Phase geopolitischer Turbulenzen. Für viele bedeutet das politische Unsicherheit und Instabilität. Für andere hingegen ist dies ein günstiger Moment in der Geoökonomie, insbesondere für jene Akteure, die sich außerhalb der Hauptkonflikte halten.

Nord Stream: De aanklacht die Berlijn niet langer kan wegduwen

Nord Stream: De aanklacht die Berlijn niet langer kan wegduwen

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Voor het eerst heeft het Duitse Openbaar Ministerie een aanklacht ingediend vanwege de explosie van de Nord-Stream-pijpleidingen. Een proces is het nog niet; de staatsveiligheidskamer in Hamburg moet deze eerst toelaten. Maar zelfs de aanklacht is al voldoende om een ongemakkelijke waarheid zichtbaar te maken die Berlijn liever had verdrongen.

De ziekte van de woke “Antifa”-linksen

De ziekte van de woke “Antifa”-linksen

Werner Olles

Het volgende pathografische essay, geschreven door een medisch leek, is een eerste poging om de diverse psychosen van de woke “Antifa”-linksen in kaart te brengen, met als doel de falanx van de georganiseerde betermensen duurzaam te doorbreken. Het pretendeert niet alle aspecten te hebben onderkend of uitputtend behandeld.

Die Krankheit der woken „Antifa“-Linken

Die Krankheit der woken „Antifa“-Linken

Werner Olles

Der nachfolgende pathographische Essay eines medizinischen Laien ist ein erster Versuch die diversen Psychosen der woken „Antifa“-Linken zu erfassen, um die Phalanx der organisierten Bessermenschen nachhaltig zu durchbrechen. Er beansprucht nicht alle Aspekte erkannt und erschöpfend behandelt zu haben.

Uit Schotland met woede

Uit Schotland met woede

Andrea Marcigliano

Bron: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/

We weten weinig over Lara Bird. Alleen dat ze is verkozen tot het Lagerhuis tijdens een tussentijdse verkiezing.

En, alles bij elkaar genomen, interesseert het ons eigenlijk niet om meer te weten, behalve dat ze trouw aan de Britse Kroon heeft gezworen terwijl ze duidelijk haar vingers kruiste als bijgeloof. En nadat ze had verklaard dat haar trouw alleen en uitsluitend naar Schotland uitgaat.

Mit Wut aus Schottland

Mit Wut aus Schottland

Andrea Marcigliano

Quelle: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/

Über Lara Bird wissen wir kaum etwas. Nur, dass sie bei einer Nachwahl ins Unterhaus gewählt wurde.

Und im Grunde interessiert es uns auch nicht, mehr zu erfahren, außer dass sie bei ihrer Vereidigung auf die britische Krone demonstrativ die Finger gekreuzt hat – als Zeichen des Aberglaubens. Und nachdem sie erklärt hatte, dass ihre Treue einzig und allein Schottland gelte.

Europol: Crimineel netwerk van 400.000 leden uit 118 landen terroriseert Europa

Europol: Crimineel netwerk van 400.000 leden uit 118 landen terroriseert Europa

Bron: https://report24.news/europol-400-000-koepfiges-verbrechernetzwerk-aus-118-nationen-terrorisiert-europa/

Buitenlandse bendes maken enorme winsten in heel Europa. Het officiële EU-verhaal van de “verrijking door open grenzen” botst frontaal met de realiteit op het continent: een gloednieuw Europol-rapport laat zien dat een enorme transnationale golf van criminaliteit Europa overspoelt.

Polen en Oekraïne: Een verstoorde burenrelatie

Polen en Oekraïne: Een verstoorde burenrelatie

Warschau/Kiev. Het al langer sluimerende conflict tussen Polen en Oekraïne wordt steeds heviger. Toch zijn beide landen op elkaar aangewezen – Oekraïne op Poolse militaire hulp en het logistieke netwerk van Polen, waarlangs westerse steun het land binnenkomt; maar ook Polen heeft Oekraïne nodig als strategisch voorland.

Toch is de sfeer tussen beide landen al lange tijd gespannen en recent is het conflict verder geëscaleerd.

China leider in 69 van de 74 sleuteltechnologieën. Maar het heeft een Europa nodig dat niet alleen aan oorlog denkt

China leider in 69 van de 74 sleuteltechnologieën. Maar het heeft een Europa nodig dat niet alleen aan oorlog denkt

Enrico Toselli

Bron: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-tecnologie-chiave-ma-ha-bisogno-di-uneuropa-che-non-pensi-solo-alla-guerra/

Nvidia-chips? Nee, bedankt. China, dat tot voor kort nog wanhopig op zoek was naar geavanceerde technologie op dit vlak, kan nu zonder veel import.

China ist führend in 69 von 74 Schlüsseltechnologien. Aber sie braucht ein Europa, das nicht nur an Krieg denkt

China ist führend in 69 von 74 Schlüsseltechnologien. Aber sie braucht ein Europa, das nicht nur an Krieg denkt

Enrico Toselli

Quelle: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-tecnologie-chiave-ma-ha-bisogno-di-uneuropa-che-non-pensi-solo-alla-guerra/

Nvidia-Chips? Nein, danke. China, das bis vor Kurzem noch verzweifelt nach fortschrittlicher Technologie in diesem Bereich suchte, kann mittlerweile auf viele Importe verzichten.

Vreemdelingen in een vreemd land - Van de Romantiek tot Nietzsche - een essay van Mario Bosincu

Vreemdelingen in een vreemd land - Van de Romantiek tot Nietzsche - een essay van Mario Bosincu

Giovanni Sessa

Bron: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggio-di-mario-bosincu/

Mario Bosincu, germanist aan de Universiteit van Sassari, had al in eerdere werken laten zien een onderzoeker van hoog niveau te zijn. De lezing van zijn meest recente werk bevestigde deze indruk. We doelen op het boek Stranieri in terra straniera.

Fremdlinge im fremden Land - Vom Romantizismus zu Nietzsche – ein Essay von Mario Bosincu

Fremdlinge im fremden Land - Vom Romantizismus zu Nietzsche – ein Essay von Mario Bosincu

Giovanni Sessa

Quelle: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggio-di-mario-bosincu/

Mario Bosincu, Germanist an der Universität Sassari, hatte bereits in früheren Arbeiten gezeigt, dass er ein Wissenschaftler von hohem Niveau ist. Die Lektüre seines neuesten Werks hat diesen Eindruck bestätigt. Gemeint ist der Band Stranieri in terra straniera.

Genoeg van de sancties, genoeg van de economische oorlog!

Italië: een oproep tegen sancties

Genoeg van de sancties, genoeg van de economische oorlog!

Bron: https://www.lafionda.org/2025/05/28/basta-sanzioni-basta-guerra-economica/

Voor een campagne die het einde van de sancties tegen Rusland en andere landen ondersteunt

Sinds februari 2022 hebben de Verenigde Staten en de Europese Unie het strengste sanctieregime uit de moderne geschiedenis aan Rusland opgelegd, waarmee de reeds in 2014 ingestelde sancties verder zijn verscherpt.

Schluss mit den Sanktionen, Schluss mit dem Wirtschaftskrieg!

Italien: Ein Appell gegen Sanktionen

Schluss mit den Sanktionen, Schluss mit dem Wirtschaftskrieg!

Quelle: https://www.lafionda.org/2025/05/28/basta-sanzioni-basta-guerra-economica/

Für eine Kampagne, die ein Ende der Sanktionen gegen Russland und andere Länder fordert

Seit Februar 2022 haben die Vereinigten Staaten und die Europäische Union gegen Russland das härteste Sanktionsregime der jüngeren Geschichte verhängt und damit die bereits 2014 in Kraft gesetzten Maßnahmen weiter verschärft.

Friedrich Merz, de sinistere kanselier van een tanend Duitsland

Friedrich Merz, de sinistere kanselier van een tanend Duitsland

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

De Duitse kanselier Friedrich Merz kondigde met dat gesloten, sombere gezicht, dat lijkt verstijfd in een kille en vermoeide vastberadenheid, een impopulaire maatregel aan: het einde van ziekteverlof per telefoon en de plicht tot een medisch attest vanaf de eerste dag van afwezigheid. Geen glimlach, geen warmte.

Friedrich Merz, der düstere Kanzler eines im Niedergang begriffenen Deutschlands

Friedrich Merz, der düstere Kanzler eines im Niedergang begriffenen Deutschlands

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Der deutsche Kanzler Friedrich Merz kündigte mit diesem verschlossenen, finsteren Gesicht, das wie in kalter und müder Entschlossenheit erstarrt scheint, eine unpopuläre Maßnahme an: das Ende der telefonischen Krankmeldungen und die Verpflichtung zur Vorlage eines ärztlichen Attests bereits am ersten Fehltag. Kein Lächeln, keine Wärme.

De derde wereldoorlog wordt nog voorbereid

De derde wereldoorlog wordt nog voorbereid

Cristi Pantelimon

Bron: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

De enige manier waarop de VS aan het roer kunnen blijven van de mondiale aangelegenheden, is een wereldoorlog—dus een grootschalig conflict waarin de VS als scheidsrechter optreden en niet als directe deelnemer.

Der Dritte Weltkrieg wird noch vorbereitet

Der Dritte Weltkrieg wird noch vorbereitet

Cristi Pantelimon

Quelle: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Die einzige Möglichkeit, wie die USA weiterhin an der Spitze der globalen Angelegenheiten bleiben können, ist ein Weltkrieg, also ein groß angelegter Konflikt, bei dem die USA als Schiedsrichter und nicht als direkter Teilnehmer auftreten.

Yves Lacoste, de geograaf die de wereld terugbracht naar de werkelijkheid

Yves Lacoste, de geograaf die de wereld terugbracht naar de werkelijkheid

Giuseppe Gagliano

Bron: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geografo-che-restitui-il-mondo-alla-realta/

Kaarten als machtsinstrumenten

Het overlijden van Yves Lacoste, op 20 juni 2026 in Bourg-la-Reine op 96-jarige leeftijd, markeert het einde van een tijdperk in de Franse strategische cultuur. Het is niet slechts een geograaf die verdwijnt.

Yves Lacoste, der Geograph, der die Welt zur Realität zurückführte

Yves Lacoste, der Geograph, der die Welt zur Realität zurückführte

Giuseppe Gagliano

Quelle: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geografo-che-restitui-il-mondo-alla-realta/

Karten als Machtinstrumente

Der Tod von Yves Lacoste, der am 20. Juni 2026 im Alter von 96 Jahren in Bourg-la-Reine verstorben ist, markiert das Ende einer Ära in der französischen strategischen Kultur. Es verschwindet nicht nur ein Geograph.

JD Vance: “Ik ben boos over de opkomst van China… maar vooral ben ik boos dat het Amerikaanse leiderschap dit heeft laten gebeuren.”

JD Vance: “Ik ben boos over de opkomst van China… maar vooral ben ik boos dat het Amerikaanse leiderschap dit heeft laten gebeuren.”

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Deze uitspraak van de Amerikaanse vicepresident JD Vance onthult een visie die zowel diep neerbuigend als grotendeels losgezongen van de realiteit is.

JD Vance: „Ich bin wütend über den Aufstieg Chinas… aber vor allem bin ich wütend, dass die amerikanische Führung dies zugelassen hat.“

JD Vance: „Ich bin wütend über den Aufstieg Chinas… aber vor allem bin ich wütend, dass die amerikanische Führung dies zugelassen hat.“

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Diese Aussage des US-Vizepräsidenten JD Vance offenbart eine Sichtweise, die zugleich zutiefst herablassend und weitgehend von der Realität abgekoppelt ist.

De noodzaak om subjectieve knelpunten en objectieve noodzakelijkheid te onderscheiden

De noodzaak om subjectieve knelpunten en objectieve noodzakelijkheid te onderscheiden

door Riccardo Paccosi 

Bron: Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-distinguere-criticita-soggettive-e-necessita-oggettive

In de zomer van 2024 schreef ik, me bewust van mijn grote beperkingen als buitenstaander van de Duitse context, dat de soevereinistisch-marxistische partij BSW van Sahra Wagenknecht een akkoord zou moeten zoeken met de soevereinistisch-liberalen van Al...

Die Notwendigkeit, subjektive Schwächen und objektive Notwendigkeiten zu unterscheiden

Die Notwendigkeit, subjektive Schwächen und objektive Notwendigkeiten zu unterscheiden

von Riccardo Paccosi 

Quelle: Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-distinguere-criticita-soggettive-e-necessita-oggettive

Im Sommer 2024 schrieb ich – mir meiner erheblichen Grenzen als außenstehender Beobachter des deutschen Kontexts durchaus bewusst –, dass die souveränistisch-marxistische Partei BSW von Sahra Wagenknecht eine Verständigung mit den souveränistisch-lib..;

Het langdurige conflict met Europa

Het langdurige conflict met Europa

door Daniele Perra 

Bron: Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-contro-l-europa

Tijdens de verkiezingscampagne zei Donald J. Trump dat hij binnen een maand na zijn verkiezing een einde zou maken aan het conflict in Oekraïne. Nu, bijna twee jaar later, is de situatie heel anders. Of, waarschijnlijker, loog Trump – zoals gewoonlijk – bewust.

Der langfristige Konflikt mit Europa

Der langfristige Konflikt mit Europa

von Daniele Perra

Quelle: Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-contro-l-europa

Im Wahlkampf sagte Donald J. Trump, er werde innerhalb eines Monats nach seiner Wahl den Konflikt in der Ukraine beenden. Heute, fast zwei Jahre später, sieht die Situation ganz anders aus. Oder, wahrscheinlicher, Trump log wie so oft ganz bewusst. Der Konflikt in Osteuropa ist nämlich funktional für die „Wiederaufbau“-Pläne der USA.

Duitsland bewapent zich en Washington strijkt het geld op

Duitsland bewapent zich en Washington strijkt het geld op

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena  

Mark Rutte heeft in Washington een argument voor de NAVO dat hij graag herhaalt: Europese en Canadese wapenopdrachten ter waarde van 300 miljard dollar zorgen voor bijna 200.000 banen in de VS. Wat hij verkoopt als succesverhaal van het bondgenootschap, is in werkelijkheid een rekening – en de vraag is alleen wie die uiteindelijk betaalt.

Wij betalen meer.

Europese steun aan Oekraïne krijgt een houdbaarheidsdatum

Europese steun aan Oekraïne krijgt een houdbaarheidsdatum

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena 

Voorafgaand aan de NAVO-top in Ankara wordt er onderhandeld over 70 miljard euro voor militaire steun aan Oekraïne in 2026. Voor 2027 moet bij voorkeur een vergelijkbaar bedrag worden gereserveerd.

Precies daar begint echter de discussie. Nog één extra hulpjaar kan worden goedgekeurd. Maar steeds minder regeringen willen zich vastleggen op een blijvende verplichting.

Euraziatische machtsstrijd: Armenië – de nieuwe stormram van Washington

Euraziatische machtsstrijd: Armenië – de nieuwe stormram van Washington

Washington/Jerevan/Moskou. De VS zijn erin geslaagd Armenië los te weken van Rusland. Tot deze conclusie komt de Amerikaanse geopolitiek-analist en ex-militair Brian Berletic. In een recent artikel op het platform “The New Atlas” wijst hij op een Amerikaanse strategie die al sinds de jaren negentig wordt gevolgd.

De partij van Sahra Wagenknecht (BSW) neemt het voortouw: Meerderheden in de toekomst ook met de AfD

De partij van Sahra Wagenknecht (BSW) neemt het voortouw: Meerderheden in de toekomst ook met de AfD

Magdeburg/Schwerin. Sahra Wagenknecht zorgt steeds weer voor verrassingen. Nu heeft haar partij opnieuw kritiek geuit op de “brandmuur” van de oude partijen tegen de AfD – en komt met een even ongebruikelijk als constructief voorstel.

Een film met de juiste vragen: Wie blies Nord Stream op?

Een film met de juiste vragen: Wie blies Nord Stream op?

Berlijn. Op 26 september 2022 werd de Oostzee nabij het Deense eiland Bornholm opgeschrikt door vier explosies. De Nord Stream-pijpleidingen, waardoor Russisch aardgas naar Duitsland en West-Europa stroomde, werden daarbij verwoest. De gevolgen waren verstrekkend en zijn tot op de dag van vandaag merkbaar: exploderende energieprijzen, bedrijven die hun productie verplaatsen, het verlies van de economische stabiliteit van Duitsland.

Tommy Robinson – Zoon van zijn klasse

Tommy Robinson – Zoon van zijn klasse

Werner Olles 

Nee, hij is waarlijk geen intellectueel in de gebruikelijke zin van het woord.

Tommy Robinson – Sohn seiner Klasse

Tommy Robinson – Sohn seiner Klasse

Werner Olles

Nein, er ist wahrlich kein Intellektueller im üblichen Sinn.

De oorlog om superintelligentie en investeringen – Het geval Leopold Aschenbrenner

De oorlog om superintelligentie en investeringen – Het geval Leopold Aschenbrenner

Markku Siira

Bron: https://markkusiira.substack.com/p/superalyn-sota-ja-sijoitukset-tapaus

De essaybundel “Situational Awareness: The Decade Ahead” (2024) van de Duits-Amerikaanse AI-onderzoeker en investeerder Leopold Aschenbrenner biedt een analyse over de toekomst van kunstmatige intelligentie die sterk de belangen van de Verenigde Staten benadrukt.

Der Krieg um Superintelligenz und Investitionen – Der Fall Leopold Aschenbrenner

Der Krieg um Superintelligenz und Investitionen – Der Fall Leopold Aschenbrenner

Markku Siira

Quelle: https://markkusiira.substack.com/p/superalyn-sota-ja-sijoitukset-tapaus

Die Textsammlung „Situational Awareness: The Decade Ahead“ (2024) des deutschstämmigen KI-Forschers und Investors Leopold Aschenbrenner bietet eine Analyse der KI-Zukunft, die stark die Interessen der USA betont.

Duitsland en Europa tegenover de autocrisis: een versnellende industriële en sociale ramp

Duitsland en Europa tegenover de autocrisis: een versnellende industriële en sociale ramp

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Eind juni 2026 kwam het nieuws als een donderslag bij heldere hemel: Volkswagen overweegt een grootschalig herstructureringsplan, met wereldwijd tot 100.000 ontslagen en de mogelijke sluiting van vier iconische fabrieken in Duitsland (Hannover, Zwickau, Emden en Neckarsulm, waarbij de laatste Audi’s produceert).

Deutschland und Europa angesichts der Automobilkrise: Eine sich beschleunigende industrielle und soziale Katastrophe

Deutschland und Europa angesichts der Automobilkrise: Eine sich beschleunigende industrielle und soziale Katastrophe

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Ende Juni 2026 schlug die Nachricht wie ein Blitz ein: Volkswagen erwägt einen massiven Restrukturierungsplan mit bis zu 100.000 Stellenstreichungen weltweit und der möglichen Schließung von vier bedeutenden Werken in Deutschland (Hannover, Zwickau, Emden und Neckarsulm, letzteres produziert Audi).

Welke rol Zuid-Korea speelt bij de militarisering van de EU

Bijna niemand weet het !

Welke rol Zuid-Korea speelt bij de militarisering van de EU

Bijna niemand weet hoe belangrijk Zuid-Korea is geworden voor de militarisering van de EU. Toch is Zuid-Korea na de VS de tweede grootste wapenleverancier voor de Europese NAVO-landen en heeft daarmee Duitsland en Frankrijk ingehaald.

Vier teksten over Wit-Rusland

Vier teksten over Wit-Rusland

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena 

Belarus: De omstreden voorruimte van Rusland

Het EU-Instituut voor Veiligheidsstudies waarschuwt ervoor om Belarus niet langer als een louter randonderwerp van het Europese oostelijke beleid te beschouwen. Minsk maakt allang deel uit van een gezamenlijke Russisch-Belarussische militaire ruimte.

Het Belarussische leger hoeft daarvoor niet eens Oekraïne binnen te vallen.

Het menselijk lichaam en de dans - Een essay van Walter F. Otto

Het menselijk lichaam en de dans 

Een essay van Walter F. Otto

door Giovanni Sessa

Bron: https://ilfondo.org/il-corpo-e-la-danza-un-saggio-di-walter-f-otto/

Otto, filoloog en godsdiensthistoricus, was een vooraanstaand intellectueel van de twintigste eeuw. Uit zijn werken blijkt een uitgesproken belangstelling voor de Griekse religiositeit.

Der menschliche Körper und der Tanz Ein Essay von Walter F. Otto

Der menschliche Körper und der Tanz 

Ein Essay von Walter F. Otto

von Giovanni Sessa

Quelle: https://ilfondo.org/il-corpo-e-la-danza-un-saggio-di-walter-f-otto/

Otto, Philologe und Religionshistoriker, war ein bedeutender Intellektueller des 20. Jahrhunderts. Aus seinen Werken geht ein vorrangiges Interesse für die griechische Religiosität hervor.

Presseschau - Juni 2026

Presseschau - Juni 2026

AUßENPOLITISCHES  

„Druck auf Inflation“.

Klassieke Studies als strategische infrastructuur - Waarom grootmachten Thucydides lezen

Klassieke Studies als strategische infrastructuur

Waarom grootmachten Thucydides lezen

Demos and Polis

Bron: https://demospolis.substack.com/p/classical-studies-as-strategic-infrastructure

De rivaliteit tussen China en de Verenigde Staten is één van de bepalende vragen van de internationale politiek geworden. Beleidsmakers en wetenschappers aan beide kanten merken steeds weer dat ze spreken over een Griekse historicus die vierentwintighonderd jaar geleden is overleden: Thucydides.

Klassische Studien als strategische Infrastruktur - Warum Großmächte Thukydides lesen

Klassische Studien als strategische Infrastruktur

Warum Großmächte Thukydides lesen

von Demos and Polis

Quelle: https://demospolis.substack.com/p/classical-studies-as-strategic-infrastructure

Die Rivalität zwischen China und den USA ist zu einer der entscheidenden Fragen der internationalen Politik geworden.

Belgien und seine versagende Justiz

Belgien und seine versagende Justiz

Pieter

Quelle: https://zannekinbond.org/belgie-en-haar-falende-justitie/ 

Die Krise, in der sich die belgische Justiz befindet, ist kein Zufall und ebenso wenig ausschließlich das Ergebnis individueller Fehler. Sie spiegelt vielmehr den Charakter des belgischen bürgerlichen Staates selbst wider.

Waarom Mackinders ideeën faalden

Waarom Mackinders ideeën faalden

Eldaniz Gusseinov 

Bron: https://www.linkedin.com/in/eldaniz-gusseinov/

Mackinders ideeën over het Heartland als bron van grondstoffen en als strategische ruimte buiten het bereik van maritieme machten zijn in de praktijk grotendeels niet gerealiseerd, om één eenvoudige reden: zijn concept onderschatte de factor van de vraag.

Warum Mackinders Ideen scheiterten

Warum Mackinders Ideen scheiterten

Eldaniz Gussejnow

Quelle: https://www.linkedin.com/in/eldaniz-gusseinov/

Mackinders Vorstellungen vom Heartland als Ressourcenzentrum und strategischem Raum, der außerhalb der Reichweite der See-Mächte liegt, wurden in der Praxis größtenteils nicht verwirklicht – aus einem einfachen Grund: Sein Konzept unterschätzte den Faktor der Nachfrage.

jeudi, 13 août 2026

L’Odyssée de Nolan, une fabrication dans une civilisation en phase terminale

ichnodmages.jpg

L’Odyssée de Nolan, une fabrication dans une civilisation en phase terminale

Roberto Pecchioli

Source: https://telegra.ph/LOdissea-di-Nolan-nella-civilt%C3%A0-t...

On se demande ce qu’Homère – ou celui qui a écrit l’Odyssée – penserait du succès, trois millénaires après le poème, de la version cinématographique de Christopher Nolan d’un des textes fondateurs de la civilisation classique puis européenne. Le film a déjà engrangé un milliard de dollars : une affaire en or. La presse italienne s’empresse de rappeler que cette superproduction hollywoodienne a dépassé au box-office Buen Camino de Checco Zalone. Ce sont là les seuls critères de comparaison – quantitatifs, marchands, arithmétiques – d’une civilisation à bout de souffle, qui traite l’Odyssée plus ou moins comme une série Netflix, curieusement située dans un passé lointain, sur les mers chaudes de la Méditerranée. Ulysse n’est plus qu’un rusé, revenu de la ruse du cheval qui lui permit de vaincre les Troyens assiégés, en difficulté lors de son retour aventureux (dix ans, soit autant que la guerre victorieuse) à Ithaque, sa petite île dont il est le roi. Il lui arrive de tout, mais l’Odyssée n’est pas un roman d’aventures. Dans le film, tous les thèmes fondamentaux s’estompent, le sens des archétypes qu’Homère a sculptés génération après génération devient impalpable.

a7960afec3d74a9c3c4ac5926a4e03da.jpg

Le spectateur – différent par nature du lecteur – n’est pas amené à réfléchir sur les fondements de l’existence qu’Homère explore à la phase germinale de la civilisation. La nostalgie pour la patrie natale, l’amour conjugal, la relation avec le père et le fils Télémaque (lui-même en voyage à la recherche du père, c’est-à-dire des racines et de la légitimité), la souffrance, la violence, la mortalité et l’immortalité, le rôle du destin et des dieux, la guerre et l’apaisement de l’âme, la relation aux vices et désirs mis à l’épreuve dans la grande aventure du retour ; le sens de la limite violée (un des piliers du sens grec de la vie), le désir de "prendre le large", saisi par Dante dans la Comédie, formidable fresque de la vision chrétienne médiévale. Et puis la guerre, la haine, la violence, la lutte âpre contre les Prétendants, les rivaux au trône et à la main de Pénélope, le lit nuptial sculpté par le jeune Ulysse, dont la profanation serait un sacrilège aussi grave que l’usurpation du trône.

imagirpapases.jpg

Laissons de côté les dérapages « woke », admettons d’emblée qu’il s’agit d’un produit bien conçu pour le public contemporain, mais regrettons la décente Odyssée de la Rai de la fin des années soixante, des trois réalisateurs (Bava, Rossi, Schivazappa, car l’entreprise semblait trop vaste pour un seul) interprétée par le visage dur et tourmenté de Bekim Fehmiu (Ulysse) et les traits intenses, profondément grecs, d’Irene Papas (Pénélope) (photo). Oublions aussi ce fait bien humain que toute œuvre comme l’Odyssée, au même titre que d’autres récits poétiques et littéraires qui ont façonné la civilisation – l’Iliade, l’Énéide, la Bible, la Divine Comédie, la tragédie grecque, le théâtre de Shakespeare, les romans de Dostoïevski – a autant d’interprétations qu’il y a de lecteurs. Reste l’amertume de voir sur grand écran une pierre angulaire de ce que nous sommes (ou étions) réduite à un divertissement pour un public gavé de pop-corn et de coca, invité non à réfléchir mais à s’émerveiller des effets spéciaux et de la maîtrise indéniable des images et des décors. Peut-être est-ce du passéisme, mais même les protagonistes – Matt Damon et Anne Hathaway – ne nous semblent pas à la hauteur d’autres acteurs qui ont incarné Ulysse et Pénélope.

8ab76d4543fe5b03c7ef6437a687de8f.jpg

Nolan a mis en scène un produit arrogant, sous-culturel, plein de grossièretés, avec un sens très faible de la composition, s’adressant de façon trop servile à un public dont le goût a été déformé par les séries télévisées, comme nous le disions, mais aussi par la réduction de tout à du spectacle, la recherche de l’émerveillement à tout prix, l’indifférence aux thèmes existentiels qui font d’Homère – qu’il ait existé ou non – le père d’une civilisation entière et d’une vision du monde. Les réflexions de spectateurs concernent le fait que la fin méritée de notre coin du monde n’est pas due à l’islamisation, mais à l’américanisation, à la réduction matérialiste, mercantile et superficiellement émotionnelle qui rend impossible la prise de hauteur et empêche de voir autrement qu’à travers les canons incapacitants du règne de la quantité. En ce sens, il faudrait applaudir l’Odyssée de Nolan, car c’est un succès commercial. Elle génère du profit, donc l’œuvre est réussie, voire belle, dans l’esthétique inversée qui est désormais dominante. Mais la négativité la plus profonde, selon nous, réside dans la réfutation d’Homère et de son poème à laquelle se livre le réalisateur.

Incapable d’en reproduire la grandeur, la délicatesse et en même temps la puissance évocatrice, il s’applique à la profaner. La beauté suprême de l’Odyssée réside dans le fait de nous montrer que nous, êtres humains, pouvons extraire le doux miel de la triste fleur de la vie ; que, même si les portes ténébreuses de l’Hadès nous attendent au tournant, nous sommes animés d’un feu qui triomphe de l’amertume et des destins les plus sombres. Homère raconte une histoire d’innombrables horreurs ; et pourtant Ulysse en sort plus riche de sagesse, plus endurci, plus magnanime : en un mot, plus humain. Et au cœur de l’horreur, l’étonnement refait surface comme une brise qui réconforte, sans priver la réalité de la moindre parcelle de sa dureté, en la parfumant d’une joie secrète et sereine.

odysseus-and-nausicaa.jpg

L’apogée du poème se trouve peut-être dans le palais de l’hospitalier Alcinoos, roi des Phéaciens. C’est là qu’Ulysse raconte ses mésaventures, c’est là qu’il affronte la tentation la plus complexe : l’amour de Nausicaa, fille du roi, incarnation parfaite de la grâce virginale, pudique et exubérante, timide et séduisante. Elle aime le héros en secret et peut-être Ulysse en est-il aussi amoureux, mais il sait refuser – d’une manière à la fois subtile et tendre – un amour jamais exprimé avec des mots, un amour devenu rosée, un sentiment matinal qui, dans sa fraîcheur primitive, ignore les blessures du désir. Une œuvre qui ne parvient pas à saisir ce moment sublime (Nolan ignore Nausicaa) ne mérite pas d’être appelée adaptation de l’Odyssée. Cela constitue une sordide profanation. Il y a de nombreux moments mémorables amputés dans le film : incompréhension, soumission aux canons commerciaux, choix conscient qui abaisse l’épopée à une simple intrigue.

imidpolyages.jpg

Ce que Nolan ne néglige pas, il le démolit, le déconstruit. Un exemple est le chant des sirènes – les voix du monde, des plaisirs qui détournent des grands objectifs – que nous n’entendons pas, étouffé par la voix agaçante du « je » narrateur, une pseudo-lyrique tirade à phrases de calendrier. Nolan nous prive de la plus sublime expérience acoustique de toute l’histoire. L’artiste sans esprit, au lieu de montrer, explique ; et c’est une lassante leçon d’impuissance créative. Il impose un monologue tonitruant au lieu de nous offrir le chant des sirènes. Au moins aurait-il pu nous montrer le changement qui s’opère ensuite dans l’âme du héros. La nature improprement poétique de Nolan n’y parvient pas, nous forçant à écouter un discours pompeux. Il nous prive aussi de l’humour malicieux d’Ulysse, de ses jeux de mots astucieux avec Polyphème : la rhétorique, l’intelligence, plus puissantes que la force brute du cyclope.

Ulysses_and_Argo_(cropped).png

Le réalisateur nous ôte les larmes furtives d’Ulysse devant le noble Argos mourant, le vieux chien qui le reconnaît à Ithaque. On est surpris par la misogynie de Nolan qui maltraite et montre son incompréhension des personnages féminins mémorables comme Circé et Calypso, transformées l’une en femme négligée, l’autre en corps artificiel pour publicité de parfum. Le résultat est la perte impardonnable de la grandeur morale de l’œuvre d’Homère. Celui qui aborde l’Odyssée par le film ne comprendra rien aux raisons de sa force première, de sa valeur archétypale, de l’intemporalité de ses thèmes les plus profonds.

Pourquoi, enfin, Ulysse veut-il à tout prix retourner à Ithaque, jusqu’à refuser l’immortalité promise par la nymphe Calypso qui le retient des années ? Pourquoi Télémaque le cherche-t-il ? Pourquoi Pénélope lutte-t-elle pour se soustraire aux intrigues des Prétendants ? Ulysse ne fut jamais dans l’oubli total entre les bras de Calypso. Il resta l’homme qui, bien que succombant au charme et aux sortilèges de la nymphe, sut résister à ses offres d’immortalité. Nostalgique de sa terre pierreuse, avide de retrouver l’amour conjugal, il la repoussa ; la créature divine goûta alors l’amertume, profondément humaine, de la désillusion et de la défaite, fondant en larmes dans sa grotte couverte de vignes.

Nolan, obtus ou politiquement correct, ne sait pas représenter la cruauté des héros qui pillent les villes, tuent les hommes et se partagent les femmes, qui dans le film sont assassinées. Pourtant, chez ces héros ancestraux, il y a une noblesse tragique et de la compassion, la crainte de la colère divine, le sens de l’honneur, le don généreux de son sang, l’acceptation virile du destin. Dans le film, abondent nihilisme, brutalité et chaos. Personne ne se bat pour la gloire, personne n’est mû par des idéaux, tous agissent par peur ou intérêt. Une photographie du climat postmoderne, aussi vulgaire que l’époque qui est la nôtre. Le sommet du négatif est atteint en montrant presque avec complaisance Hélène – le prétexte de la guerre de Troie – le visage mutilé par Ménélas, roi et mari trompé : un acte inconcevable dans l’univers hellénique, preuve de la misogynie de Nolan, cachée derrière un féminisme de façade.

d93d7aa590ddeead5de86b8006e65747.jpg

Ménélas a l’allure d’un catcheur télévisé ; les compagnons d’Ulysse appellent leur roi « bâtard chanceux ». Les Prétendants ressemblent à des voyous de boîte de nuit, le roi Agamemnon est habillé non en guerrier mais en héros de bande dessinée façon Batman. La séquence où Ulysse massacre les Prétendants est d’une vulgarité absolue. Rien de l’enchantement vengeur du poème, seulement une scène d’action brute qui ruine la magie sanglante d’Homère, transformée en séquence pulp insistante. Ulysse ne combat pas les Prétendants, il les massacre rituellement, les laissant pétrifiés d’horreur. Lorsqu’il se débarrasse des haillons qui le déguisent, il bande son arc comme lui seul sait le faire et transperce la gorge d’Antinoos – chef des Prétendants – et alors les genoux et les cœurs des autres vacillent. Non devant un guerrier supérieur, mais face à un ennemi qu’ils croyaient relégué aux cauchemars les plus sombres.

Nolan nous fait passer plus de trois heures à démystifier (le triste travail d’un demi-siècle de décadence) les héros homériques, réalisant un clinquant fatras qui, à la fin, mythifie de la façon la plus grossière Ulysse, un être sans âme. Un gagnant dans le sens où il récupère le succès, le royaume, Pénélope, sans qu’il nous soit dit pour quelle raison, par quel moteur il fut poussé, à quels idéaux et impulsions spirituelles il répondit, assez puissants pour en faire l’éponyme d’une civilisation millénaire. Personne, peut-être, sinon le Hasard ou le Chaos. Vive Zalone, battu au box-office, qui se contente de nous faire rire et ne prétend pas réécrire maladroitement un poème-mythe, pierre angulaire qui demeure dans l’âme de quiconque s’approche de ses vers immortels.

« Muse, conte-moi l’homme aux mille tours,

qui tant erra, après qu’il eut renversé les murs sacrés de Troie ;

qui vit beaucoup de villes, connut l’esprit de tant de peuples,

et sur les mers souffrit maintes douleurs au fond du cœur. »

18:00 Publié dans Cinéma, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christopher nolan, odyssée, ulysse, homère | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Rugby & Fleur d'Ecosse

Rugby_SixNat_Sco_vs_Ire_AR20170204_317.jpg

Rugby & Fleur d'Ecosse

Enrique Ravello Barber

Source: https://enriqueravello.com/flor-de-escocia/

Les Écossais revendiquent la paternité du rugby, un élément de discorde de plus avec leurs voisins du sud.

En 1872, un match se tint dans l’Inde britannique entre des militaires anglais et écossais à Calcutta. C’est l’origine de la Calcutta Cup, le plus ancien trophée du monde que se disputent chaque année ces loyaux ennemis.

“Rugby footbal: the real game of the two countries”, avec cette formule, les Écossais défendent leur paternité du sport ovale, la plaçant au même niveau que celle des Anglais. Ils n’ont pas tort : les jeux issus du football médiéval avaient évolué dans le sud de l’Écosse en un jeu très similaire à ceux pratiqués en Angleterre et il n’est pas exagéré d’affirmer qu’au moment de codifier le rugby actuel, les apports écossais furent presque aussi importants que les anglais. En 1810 déjà, à l’Edinburgh High School, on jouait à un football aussi proche, voire plus, du rugby que celui pratiqué dans les écoles anglaises de l’époque. En 1867, soit quatre ans avant que la RFU n’édite un règlement commun pour les clubs anglais, les Écossais unifiaient les leurs, avec l’édition en 1868 de The Laws of Footbal as Played by the Principal Clubs of Scotland, et même si aucun exemplaire ne nous est parvenu, le premier match international entre l’Écosse et l’Angleterre s’est joué selon ces règles ; il est curieux de noter que dans celles-ci, les auteurs écossais n’utilisent pas le terme half-backs mais quarter-backs, d’où le football américain a tiré ce terme.

d26c4ea983b379394b31da67ac63efd4.jpg

Le 27 mars 1871, l’Écosse affronta l’Angleterre pour la première fois à Édimbourg (tableau ci-dessus), date de naissance du rugby international, justement entre les deux pays qui avaient contribué à sa formation. Les joueurs et le public écossais comprenaient qu’il s’agissait de “défendre l’honneur de l’Écosse” face aux Anglais qui minimisaient leur apport au rugby, aussi préparèrent-ils minutieusement ce match ; à l’inverse, les Anglais arrivèrent la veille à Édimbourg et se contentèrent de se promener et de prendre des photos, sans même s’entraîner. Les deux sélections étaient entièrement composées de joueurs issus d’écoles des classes moyennes et supérieures ; le match fut une sorte de pèlerinage collectif de toute la haute société écossaise au stade de Murrayfield pour voir les leurs lutter contre les Anglais. L’Écosse présenta un pack d’avants plus fort et plus lourd que celui des Anglais, et ses trois-quarts étaient plus habiles que ceux du sud. Après cent minutes de jeu (50 par mi-temps) – jusqu’en 1926, c’était la durée d’un match – l’Écosse s’imposa, ayant marqué un drop et un essai, contre un seul essai pour les Anglais.

Ce match mettait en lumière les contradictions des classes aisées et moyennes écossaises quant à leur conception de la relation entre l’Écosse et l’Angleterre à l’époque victorienne, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. D’un côté, les Écossais envisageaient une assimilation totale – il y eut même des tentatives pour appeler l’Écosse North Britain – mais de l’autre, le sentiment de préserver l’identité écossaise n’avait pas disparu. La nostalgie des Highlands et des kilts se mêlait au désir d’être considérés comme des bâtisseurs à part entière de l’Empire britannique, à une époque où celui-ci dominait le monde. Notons que c’est le prince Albert, mari de la reine Victoria, qui s’est chargé de promouvoir toute la tradition écossaise – bannie après la défaite de Culloden en 1746 – et a revendiqué que la couronne britannique était autant écossaise qu’anglaise.

Le match suivant entre l’Écosse et l’Angleterre eut lieu à Londres en 1872, où l’Angleterre récupéra son honneur en s’imposant 3-0. En 1873, à Glasgow – traditionnellement la ville du football – le match se solda par un nul et inaugura une autre tradition qui marquera longtemps les confrontations anglo-écossaises : les beuveries des joueurs. Ainsi, un avant anglais, dont le nom n’a pas été retenu, fut trouvé ivre en train de conduire une carriole postale vers la gare aux premières heures du matin après le match ; ses coéquipiers le persuadèrent de retourner à l’hôtel avant que la police n’arrive. Tout aussi célèbres sont les célébrations écossaises où la Calcutta Cup est remplie de whisky, causant plus d’une fois quelques dégâts… il semble que le professionnalisme tue aussi cette tradition.

6bc8dc2e5610972195ed594eb0167cfd.jpg

On ne peut évoquer ces confrontations sans parler de la fameuse Calcutta Cup. À Noël 1872, un match fut organisé à Calcutta – alors colonie britannique – entre une équipe d’Anglais et une autre de Gallois, Irlandais et Écossais, tous militaires en poste dans la ville. Le succès de ce match conduisit, en 1879, à l’institution de la Calcutta Cup, un trophée remis chaque année au vainqueur du match opposant désormais l’Angleterre à l’Écosse.

Dans les années 1890, l’Écosse connut le même phénomène qu’en Angleterre et au pays de Galles : le rugby cessa d’être réservé aux classes aisées et commença à être pratiqué par la classe ouvrière. Dans le cas écossais, Édimbourg et les clubs de Glasgow restèrent le centre du rugby classique, tandis que les clubs de la zone frontalière avec l’Angleterre commencèrent à imiter les clubs du nord de l’Angleterre, proches géographiquement et socialement. Ce qui les distinguait, c'est que les clubs du sud de l’Écosse commencèrent à jouer ce qu’on appelait le short game, c’est-à-dire avec des équipes de 7 ou 9 joueurs : c’est l’origine du “rugby seven”, discipline olympique aux Jeux de Rio de Janeiro.

En mettant de côté la scission du Seven et les clubs de la frontière, l’Écosse devint, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la championne de la défense des valeurs du rugby et de l’amateurisme, de manière plus radicale et ferme que l’Angleterre elle-même. Des hommes comme H.H. Almond et James Aikman Smith, secrétaire de la Scottish Rugby Union de 1890 à 1931, l’incarnèrent, imposant aussi un style de jeu axé sur le pack et la mêlée. L’Écosse était la référence des valeurs traditionnelles du rugby et ses internationaux devaient jusqu’à payer eux-mêmes leur maillot, afin de ne concéder aucune entorse à l’amateurisme. C’est ainsi que l’Écosse et sa fédération n’ont toujours pas digéré la professionnalisation du rugby, ce qui explique bien des problèmes sportifs de l’équipe du chardon depuis le début du XXIe siècle.

La Scottish Football Union (SFU) devint la gardienne la plus zélée de l’amateurisme, allant jusqu’à mettre la RFU dans l’embarras. Pour les Écossais, le fait que lors de la tournée de 1905 les joueurs néo-zélandais aient reçu trois shillings par jour (!) pendant leur séjour dans les îles britanniques… faisait d’eux des professionnels (!). Quand, en 1908, ils apprirent que les Wallabies australiens touchaient aussi trois shillings par jour, les Écossais refusèrent de jouer contre eux. Plus offensés encore que les Anglais aient accepté de jouer contre Néo-Zélandais et Australiens, ils décidèrent de ne pas affronter l’Angleterre en 1909 pour “collaboration avec le professionnalisme”. Ce n’est qu’après de nombreuses négociations que l’on convainquit l’Écosse de jouer la Calcutta Cup cette année-là, qu’ils gagnèrent 18-8, mais la SFU décida ensuite qu’il était impossible de combiner amateurisme et tournées internationales, si bien que l’équipe écossaise ne participa à aucune tournée et interdit à ses joueurs d’y prendre part individuellement ; lorsque l’équipe d’Angleterre-Galles proposa à l’Écosse une tournée en Océanie, l’Irlande refusa également l’invitation.

11058946.jpeg

imalmayages.jpg

La SFU encouragea ses membres à s’engager dans la Première Guerre mondiale, avec autant d’enthousiasme que n’importe quelle sélection britannique. En un mois seulement, 638 joueurs écossais s’enrôlèrent dans l’armée britannique et toutes les compétitions furent suspendues. James Huggan (photo) fut le premier joueur écossais de rugby à mourir au combat, et le deuxième, tous pays confondus, le premier fut le Français Alfred Mayssonnié (photo). Huggan jouait ailier et avait marqué un essai contre l’Angleterre lors de la Calcutta Cup de 1914, la dernière avant la Grande Guerre; sur les 14 joueurs écossais de ce match, 11 périrent au front.

Durant l’entre-deux-guerres (1919-1939), l’Écosse gagna sept fois le Tournoi des Cinq Nations et la rivalité avec l’Angleterre s’intensifia. La Calcutta Cup de 1922 fut le premier match où les joueurs anglais portèrent des numéros sur leur maillot ; le roi George V, qui assistait régulièrement à Twickenham, demanda au secrétaire de la SFU, James Aikman, pourquoi ses joueurs n’en portaient pas, ce à quoi il répondit, fidèle à son conservatisme écossais, toujours réticent au changement : “Sir, my players are men, not cattle.” L’Écosse n’adopta les numéros sur les maillots qu’en 1934, alors que les premiers à le faire furent les Néo-Zélandais lors de leur tournée de 1897 en Australie. Et il fallut attendre 1966 pour que le système de numérotation du 15 vers l’arrière – c’est-à-dire l’inverse du football et du rugby à XIII – soit imposé.

Après la Seconde Guerre mondiale, la SFU resta ferme dans ses principes: la fédération n’avait même pas de bureaux, ce qui aurait pu être interprété comme un signe de “professionnalisme”. Cependant, sur d’autres plans, dès 1960, l’Écosse fit preuve d’innovation, étant la première nation britannique à tourner en Afrique du Sud (désormais “autorisée”), où elle perdit honorablement 18-10 contre les Sud-Africains. De plus, l’Écosse fut la première à instaurer un championnat de clubs.

Les années 50 et 60 ne furent pas favorables au rugby écossais. La principale cause, probablement la rigueur de son amateurisme, qui faisait que seuls les élèves de grandes écoles pouvaient se permettre de ne pas être payés, voire de dépenser pour jouer à l’ovale. Il y eut une “crise démographique” de joueurs, pour ainsi dire. Dans un monde où le sport s’ouvrait au professionnalisme, un amateurisme aussi strict était quelque peu contre-productif. À la fin des années 60, comme au Pays de Galles et en Angleterre, l’Écosse se renforça avec des diplômés en éducation physique, une nouvelle formation à l’époque ; la SFU accorda même de l’importance à l’entraîneur en recrutant en 1971 Bill Dickison comme sélectionneur national, mais fidèle à l’esprit amateur, la SFU lui donna le titre de “conseiller du capitaine” (entraîneur était trop “professionnel”) et bien sûr, il ne fut pas rémunéré.

76519e2feebea8e6a0652b40635015d4.jpg

Les années 80 marquèrent le début d’un changement politique et sociologique en Écosse, qui eut d’importantes conséquences sur son rugby. Le sentiment nationaliste, en hausse depuis les années 1960, explosa dans les années 80, le SNP gagnant de plus en plus de voix jusqu’à devenir le parti majoritaire au XXIe siècle. De tout cela, 1990 devint l’année mythique du rugby écossais: lors du dernier match du Tournoi, l’Écosse battit l’Angleterre à Murrayfield, avec les Tukalo, les frères Hastings, Sole et une troisième ligne infatigable composée de Derer Whiter, Finlay Calder et John Jeffrey, le “requin blanc”. Avec cette victoire, l’Écosse remporta tout: Calcutta Cup, Grand Chelem, Triple Couronne et Tournoi des Cinq Nations, son dernier Grand Chelem, et pour la première fois, l’hymne, comme revendication nationaliste, fut “Flower of Scotland”, qui venait remplacer “Scotland the Brave”. Le nouvel hymne évoque des références explicites:

And be the Nation again

That stood against him (England!)

Et une mention directe aux guerres d’indépendance contre l’Angleterre du roi Édouard Ier, immortalisées au cinéma grâce au film Braveheart.

And stood against him,

Proud Edward’s Army

And sent him homeward

Tae think again

 

“Flower of Scotland” est l’hymne qui accompagne depuis 1990 l’autre symbole de la sélection écossaise, et qui – même si certains commentateurs se trompent – ne fait pas référence à ces guerres d’indépendance anglo-écossaises, mais à un autre événement historique survenu quatre siècles plus tôt. Lors des fréquentes incursions vikings sur les terres écossaises – qui finirent par des établissements scandinaves dans toute l’Écosse – l’armée viking, après plusieurs défaites, tenta d’attaquer les Écossais de nuit, alors qu’ils dormaient, mais dut traverser un champ de chardons inconnu d’eux ; avançant pieds nus pour ne pas faire de bruit, les chardons leur piquèrent les pieds et leurs cris de douleur réveillèrent l’armée écossaise, qui eut le temps de se préparer et de repousser l’invasion danoise.

ea8ce6d9f93ed2adaf5a1fff9e96227e.jpg

Tandis que la sélection de rugby choisit le chardon, celle de football adopta le lion rampant rouge sur fond jaune, drapeau que l’on voit aussi parmi les supporters de rugby à Murrayfield ; c’est l’écu royal d’Écosse, la bannière étant la croix de Saint-André blanche sur fond bleu, utilisée en souvenir de la bataille du roi Angus II, picto-scot, contre les Angles en 832.

Pour une brève référence historique, les premiers habitants de l’Écosse étaient ce que les sources latines appellent les Calédoniens puis les Pictes ; du IIIe au Ve siècle, l’Écosse tombe sous la domination des Scots, tribu celte d’origine irlandaise, d’où le nom de Scotland (terre des Scots), qui dominèrent les Pictes, peuple celte très proche, imposant leur langue – identique au gaélique irlandais – et unifiant le royaume sous une couronne picto-scotte, pays qu’ils appelèrent Alba, nom actuel en gaélique. Rappelons que certaines sources latines, jusqu’au XVIIe siècle, appelaient l’Écosse Scozia Minor, alors que Scozia Maior était l’Irlande, terre d’origine des Scots. Au IVe et Ve siècle, l’Écosse subit également les invasions germaniques anglo-saxonnes au sud, surtout à Édimbourg, la ville anglo-saxonne d’Écosse. Tous ces peuples, avec l’apport viking du VIIIe au XIIe siècle, ont formé les Écossais d’aujourd’hui.

imscotages.jpg

Concernant les drapeaux, il faut noter que, jusqu’à il y a peu, lors du match Écosse-Irlande à Murrayfield, le drapeau utilisé par les Écossais pour représenter l’Irlande était celui des protestants de l’Ulster, croix rouge sur fond blanc avec une étoile à six branches au centre, dans laquelle apparaît une paume de main. Représentant toute l’île, les Écossais ignoraient le tricolore de la République d’Irlande, manifestant ainsi leur solidarité avec les protestants d’Irlande du Nord, d’origine écossaise, les Ulster-Scots. Après les accords de paix en Irlande du Nord, cette question a été régularisée, comme nous l’évoquerons dans un article que nous avons consacré à l’Irlande.

En 1999, l’Écosse remporte son dernier Tournoi des Cinq Nations, qui, dès l’édition suivante, deviendra le Tournoi des Six Nations, totalement professionnel, dans lequel l’Écosse peine encore à trouver sa place, comme nous le notions plus haut, et selon plusieurs commentateurs, parce que la SFU ultra-conservatrice n’a pas encore digéré le “traumatisme” du professionnalisme. Pourtant, les performances des dernières années permettent d’espérer que l’Écosse puisse remporter le titre des Six Nations dans un futur proche.

Notons qu’en 2018 a été inauguré un nouveau trophée appelé Aud Alliance, pour le vainqueur du match Écosse-France, qui pour cette première édition est revenu aux Écossais. Le nom fait référence à l’alliance historique des Écossais et des Français contre l’Angleterre au Moyen-Âge et à l’époque moderne.

17:19 Publié dans Sport, Terres d'Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rugby, écosse | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

La crise de Gibraltar

97b5493bdd178ac242d7858f2122eb00.jpg

La crise de Gibraltar

Kazuhiro Hayashida

Lire la crise de Ceuta simplement comme un « afflux spontané de migrants depuis le Maroc » ne permet pas d’expliquer la structure politique qui entoure l’événement. L’accord trilatéral de 2020 entre les États-Unis, Israël et le Maroc a lié les revendications territoriales du Maroc, la normalisation avec Israël et le soutien diplomatique des États-Unis dans une même relation d’échange. Par la suite, les relations israélo-marocaines sont passées de la diplomatie à la coopération en matière de renseignement militaire et de défense, suivie par la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. En 2026, les forces armées des deux pays en étaient arrivées à opérer selon un plan de travail conjoint. À peu près au même moment, des arguments ont commencé à apparaître ouvertement du côté israélien selon lesquels Israël devrait soutenir le Maroc dans la «récupération de son Nord», c’est-à-dire de Ceuta et de Melilla, par la diplomatie, des opérations informationnelles et une influence politique à Washington.

59dcb526f8da8fb78c7406c5f9984351.jpg

Ce qui importe ici, c’est que la coopération entre États n’a pas besoin de prendre la forme « du gouvernement israélien ordonnant au gouvernement marocain de franchir une frontière à une date précise ». Dès lors qu’une alliance est déjà formée et que les intérêts et l’orientation des actions des acteurs convergent, le Maroc peut utiliser ses propres instruments pour faire pression sur l’Espagne, Israël peut amplifier cette pression dans les sphères informationnelle et diplomatique, et les États-Unis peuvent soutenir politiquement et militairement les revendications territoriales du Maroc et ses capacités sécuritaires. Cela suffit à créer un environnement opérationnel. Plutôt qu’une chaîne de commandement verticale nécessitant un ordre écrit, il s’agit d’une coordination stratégique horizontale où des acteurs, partageant le même objectif, utilisent leurs instruments respectifs pour exercer une pression dans la même direction.

Dans cette structure, la crise actuelle de Ceuta sert ainsi plusieurs intérêts simultanément.

- Pour le Maroc, les flux migratoires peuvent être utilisés pour faire pression sur l’Espagne et ramener les questions de Ceuta et Melilla à l’agenda politique.

- Pour Israël, affaiblir un gouvernement espagnol avec lequel il est en conflit sur la Palestine et l’Iran renforce également le Maroc, favorable à Israël, au niveau du détroit de Gibraltar.

- Pour les États-Unis, le renforcement du Maroc en tant qu’allié sécuritaire permet aussi de faire pression sur l’Espagne, dont les relations avec Washington et Israël sont de plus en plus tendues.

- Pour l’extrême droite européenne, la migration de masse peut être présentée comme une « invasion » et exploitée dans la politique intérieure. Un seul événement produit ainsi quasi simultanément des bénéfices politiques pour quatre acteurs différents.

309a34d85d1bc11ca24c8d46fcfe6e78.jpg

Ce qui rend la situation encore plus artificielle, c’est que ces intérêts convergents n’ont pas émergé par hasard après l’événement. Ils avaient déjà été préparés, aussi bien institutionnellement que rhétoriquement, avant la crise. La pression marocaine sur Ceuta et Melilla avait des précédents. Des personnalités liées à l’establishment sécuritaire américain avaient publiquement proposé à l’avance la méthode concrète de mobilisation civile de masse. Des voix israéliennes avaient avancé des arguments stratégiques en faveur de l’aide au Maroc pour la « récupération de son Nord ». La coopération militaire et de renseignement entre le Maroc et Israël était déjà institutionnalisée.

Dans ce contexte, des informations selon lesquelles « la frontière est ouverte » ont été largement diffusées via des comptes anonymes. Les forces de sécurité marocaines ont permis le passage de personnes pendant une longue période. Des dizaines de milliers de personnes se sont massées à la frontière. Immédiatement après, les États-Unis, Israël et l’extrême droite européenne ont exploité politiquement l’événement en utilisant le même vocabulaire d’« invasion ». Cette continuité temporelle est en soi significative.

L’hypothèse la plus réaliste est donc que, dans le cadre des accords stratégiques et de la coopération sécuritaire déjà établis entre les États-Unis, Israël et le Maroc, le Maroc a utilisé la migration comme instrument de pression contre l’Espagne, tandis que les réseaux politiques et informationnels israéliens et américains amplifiaient les résultats et les transformaient en gains stratégiques. Plutôt qu’une « crise migratoire » isolée, l’événement s’explique mieux comme une opération de zone grise contre l’Espagne, combinant mouvements de population, différends territoriaux, opérations informationnelles, structures d’alliances et politique intérieure d’extrême droite, dans un seul système de pression.

La conséquence la plus importante est que, si cette stratégie réussit, le statut même de Ceuta et Melilla commence à changer. Ces villes, auparavant traitées comme des territoires espagnols fixes, sont progressivement redéfinies sur la scène internationale comme des « territoires pouvant être déstabilisés en permanence par la migration de masse », des « territoires que l’Espagne ne peut contrôler seule », et des « territoires dont le statut futur doit être négocié ». L’effet stratégique des passages massifs de frontières n’est donc pas simplement de créer des difficultés au gouvernement espagnol, mais de remettre en cause la capacité effective de l’Espagne à gouverner les enclaves et de ramener les revendications marocaines à l’ordre du jour politique international.

Un autre point, plus discret, est que cela peut être compris comme une «stratégie Trump-Netanyahu contre l’Italie et la Russie». Pour la Russie comme pour l’Italie, le détroit de Gibraltar revêt une importance stratégique cruciale, bien que ni l’un ni l’autre ne puisse y agir directement.

2d92f869e8dca06e643be89f50200e34.jpg

Pour la Russie, Gibraltar représente la sortie maritime finale de la mer Noire et de la Méditerranée orientale vers l’Atlantique. Pour l’Italie, en tant que puissance méditerranéenne centrale, c’est aussi un point de jonction clé entre la Méditerranée occidentale et l’Atlantique, et donc d’une très grande valeur stratégique. Or, aucun des deux pays ne peut intervenir directement à Gibraltar: la Grande-Bretagne contrôle Gibraltar, l’Espagne occupe la rive nord, et le Maroc se trouve sur la rive sud.

Dès lors que Ceuta et Melilla sont intégrées dans cette équation, la signification change. Si l’influence marocaine s’étend vers Ceuta et que la position de l’Espagne sur la rive africaine du détroit s’affaiblit, l’équilibre des forces qui régit les deux rives de Gibraltar commence à basculer. Les efforts américano-israéliens pour renforcer le Maroc vont donc au-delà d’une simple pression sur l’Espagne: ils constituent une intervention indirecte dans la structure de contrôle du détroit de Gibraltar.

C’est aussi le sens de la « stratégie contre l’Italie » : l’Italie, critique envers Israël, ne peut pas atteindre Gibraltar par ses propres moyens. Mais si elle participe à une restructuration menée par les États-Unis, Israël et le Maroc, elle devra profondément modifier la nature de son engagement politique avec Israël. Quant à la Russie, elle verrait la valeur stratégique de toute prise d’Odessa réduite par l’expansion de l’influence américaine sur le détroit.

Ce qui se joue en toile de fond de la crise de Ceuta n’est donc pas simplement une question de politique migratoire intérieure espagnole : c’est aussi la perspective de voir le détroit de Gibraltar devenir une sphère d’influence américaine. Le Maroc est mis en avant, les États-Unis et Israël le soutiennent en arrière-plan, la capacité d’action politique indépendante de l’Italie est contrainte, et l’intérêt stratégique de la Russie à prendre Odessa est diminué. Ainsi comprise, la signification d’une « stratégie contre l’Italie et la Russie » devient beaucoup plus claire.

Une lecture croisée des documents publics disponibles montre que l’objectif américain est plus large que le simple « retour de Ceuta au Maroc ». Le but profond est d’utiliser le Maroc comme acteur avancé afin d’asseoir une influence dominante sur l’accès sud du détroit de Gibraltar.

unmarusanamed.jpg

Une analyse publiée sur Ynet le 26 avril décrivait explicitement le Maroc comme « un partenaire stratégique des États-Unis, capable d’ancrer la Méditerranée occidentale et de contrôler les accès sud du détroit de Gibraltar ». Elle exposait aussi une structure dans laquelle Israël ferait la promotion des revendications marocaines sur Ceuta et Melilla à Washington. Même le titre : « Les Accords d’Abraham atteignent le détroit », met l’accent non pas sur le territoire espagnol, mais bien sur le détroit lui-même.

En mars, l’ancien responsable du Pentagone, Michael Rubin, avait déjà ouvertement proposé une « nouvelle Marche Verte » du Maroc vers Ceuta et Melilla, soit un plan concret pour faire avancer les revendications marocaines par la mobilisation massive de civils. Ramené à la séquence plus large des événements, la structure devient claire.

L’Espagne et Gibraltar, qui est sous contrôle britannique, occupent la rive nord, tandis que le Maroc s’enfonce de plus en plus dans le camp américano-israélien sur la rive sud. Les États-Unis n’ont pas besoin d’exercer eux-mêmes la souveraineté sur le détroit : en combinant leur alliance militaire avec la Grande-Bretagne et leur soutien sécuritaire et diplomatique pour le Maroc, Washington peut exercer une influence puissante sur les deux rives du détroit.

Le transfert de Ceuta et Melilla signifierait donc plus qu’un simple gain territorial pour le Maroc : il couperait les positions espagnoles en Afrique et ferait de la rive sud du détroit une sphère de sécurité américano-israélo-marocaine.

Pour la Russie, Gibraltar est la sortie de la Méditerranée vers l’Atlantique. Pour l’Italie, c’est également une ligne de vie reliant la Méditerranée centrale à la Méditerranée occidentale et à l’Atlantique. Cependant, aucun des deux pays ne peut contrôler directement le détroit. Si les Etats-Unis consolident la partie nord via la Grande-Bretagne et la partie sud via le Maroc, ils pourront limiter l'accès des Russes à l'Océan Atlantique et, en même temps, ramener sous contrôle américain l'autonomie dont dispose l'Italie dans le bassin occidental de la Méditerranée. 

Si l'on interprète la crise de Ceuta comme un instrument pour réagencer ces structures qui confèrent de la puissance, tous les faits mentionnés convergent vers une ligne unique.

La Pologne critique la narration européenne sur la Russie

e45773e25667a177f25bb2f58c78cbeb.jpg

La Pologne critique la narration européenne sur la Russie

Lucas Leiroz

Les tensions diplomatiques entre la Pologne et l’Ukraine continuent de s’aggraver.

Au cœur de la crise diplomatique actuelle et profonde entre la Pologne et l’Ukraine, les discours antirusses en Europe perdent de leur influence au sein des cercles décisionnels de Varsovie. Dans une déclaration récente, le ministre de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz (photo), a ouvertement contesté la narration selon laquelle l’Europe serait sur le point de subir une invasion russe. Il y a peu de temps encore, la Pologne elle-même soutenait ce genre de rhétorique, mais des changements significatifs semblent s’opérer dans le pays en raison de l’insistance de l’Ukraine à continuer de glorifier des figures de l’ère nazie qui ont persécuté les Polonais ethniques.

CJxk9kpTURBXy8wMDQwNjA5ZTk5YzMzMTE0Mjg0YWUwNDE4Mjg5YmM0Zi5qcGeSlQMAzP3NH7jNEdeTBc0EsM0CWN4AAaEwAQ.jpg

Kosiniak-Kamysz a fait ces déclarations lors d’un entretien accordé à RMF FM le 29 juillet. Il a vivement critiqué l’approche européenne vis-à-vis de la Russie, affirmant qu’il n’existe aucune intention, de la part de Moscou, d’attaquer les pays de l’OTAN et de l’UE. Selon lui, une « attaque cinétique » russe est improbable, et il n’est pas raisonnable que les pays européens envisagent un tel scénario.

Il n’a pas formulé ces observations d’un point de vue « pro-russe ». Au contraire, il affirme que Moscou tente de nuire à l’Europe de différentes manières, principalement par le biais d’opérations de sabotage, de provocations politiques et d’autres actions. Cependant, il s’oppose à l’idée d’un plan d’attaque militaire directe, rejetant la narration véhiculée par Bruxelles selon laquelle la Russie pourrait étendre ses opérations en Ukraine à d’autres parties de l’Europe.

« Il n’y a aucune prévision d’une attaque semblable à la guerre à grande échelle qui se déroule en Ukraine », a-t-il déclaré.

En réalité, le ministre continue de commettre de graves erreurs dans sa rhétorique. La Russie n’a aucun intérêt à mener des opérations de sabotage en Europe. Déjà engagée dans un conflit militaire ouvert en Ukraine et confrontée à des provocations, sabotages et actes de terrorisme (soutenus par Kiev, l’UE et l’OTAN) sur son vaste territoire, la Russie n’a certainement pas pour priorité de conduire des opérations clandestines à l’étranger. Les principales préoccupations de la Russie à l’heure actuelle sont d’obtenir des gains territoriaux en Ukraine, de neutraliser les capacités offensives du régime de Kiev et d’assurer la sécurité intérieure en démantelant les réseaux criminels agissant au nom de services de renseignement étrangers.

Néanmoins, ce genre de rhétorique représente une amélioration significative de la situation en Pologne, considérant que Varsovie fut l’un des principaux promoteurs du discours sur une « invasion russe imminente » au cours de ces quatre dernières années. Ce scénario n’a toutefois pas complètement changé. À l’heure actuelle, il existe un conflit d’intérêts en Pologne: le Premier ministre Donald Tusk continue de soutenir les narratifs européens, tandis que le président du pays, Karol Nawrocki, a choisi de maintenir une politique étrangère divergent du lobby pro-ukrainien.

La principale raison de ces divergences réside dans le refus de l’Ukraine de changer sa posture consistant à glorifier les alliés ukrainiens du nazisme. Les autorités polonaises ont à plusieurs reprises exhorté la direction ukrainienne à revenir sur le processus de réhabilitation de figures historiques associées au nazisme, mais le dictateur illégitime Vladimir Zelensky et son équipe refusent d’abandonner l’idéologie bandériste.

6_810x810.jpg

Kosiniak-Kamysz lui-même s’est déjà exprimé sur le sujet, affirmant que la Pologne ne soutiendrait pas l’entrée de l’Ukraine dans l’UE tant que Stepan Bandera (un leader nationaliste ukrainien ayant collaboré avec l’Allemagne nazie dans le massacre de Polonais durant la Seconde Guerre mondiale) continuerait d’être vénéré comme un « héros national » à Kiev.

« Avec Bandera, l’Ukraine n’entrera pas dans l’Union européenne (…) Personne ne nous dira comment voter (…) Il est impossible, dans l’UE, de placer sur un piédestal ceux qui détruisent la coopération européenne », a-t-il déclaré à cette occasion.

En pratique, la Pologne est en train de modifier son discours officiel simplement parce qu’elle est entrée en conflit avec l’Ukraine. Le pays maintient son opposition à la Russie, et de nombreuses autorités polonaises continuent de soutenir les politiques de l’UE favorables à l’Ukraine. Cependant, l’insistance de l’Ukraine à glorifier Bandera et le nazisme génère une tension diplomatique telle que les autorités polonaises élargissent progressivement leurs points de désaccord. Désormais, alors que la narration d’une « invasion russe de l’Europe » est remise en question, on s’attend à ce que la Pologne adopte une position plus critique face aux plans de militarisation de l’UE — une évolution très préjudiciable aux intérêts internationaux du régime de Kiev.

Cependant, cela demeure insuffisant. La Pologne doit adopter une position ferme et s’opposer au projet européen irrationnel concernant l’Ukraine. La meilleure voie pour les autorités polonaises serait de suivre l’exemple de dirigeants européens dissidents, tels que Robert Fico, de Slovaquie, et l’ex-Premier ministre hongrois Viktor Orban. Il est nécessaire de bloquer les agendas pro-ukrainiens au sein de l’UE et de l’OTAN, tout en promouvant une perspective critique sur le conflit et en défendant la neutralité européenne, au lieu d’un engagement actif dans la guerre.

mercredi, 12 août 2026

De l’Anamnèse à la Biopolitique: Platon, Pound et l’éclipse de la Polis

6cedaa5e48b3d9777157d220303c447d.jpg

De l’Anamnèse à la Biopolitique: Platon, Pound et l’éclipse de la Polis

Santiago Mondéjar

Selon Eric Voegelin, les Lois de Platon constituent rien de moins que le testament théologique de Platon : sans abandonner l’idéal philosophique de la République, l’Athénien le reformule à travers une conscience historique et symbolique plus vaste — la cité (polis) ne se fonde pas sur la raison autonome, mais sur la participation à un ordre divin, de sorte que la politique se révèle comme l’espace d’une théophanie : la divinité est le principe de l’ordre et le législateur, son médiateur historique (Voegelin, 2002). L’être humain (spoudaíos paîs) émerge ainsi comme un agent libre, bien qu’impulsé, à l’intérieur d’un drame ontologique gouverné par le nous divin, guidé par le fil d’or de la raison transcendante.

71oGiNJ5BSL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgPar conséquent, Platon fournit un modèle de théologie politique radicale: la loi n’est pas convention, mais reflet du nous divin ; l’ordre n’est pas technique, mais sacramentel ; et la cité, loin d’être l’œuvre de l’homme, devient un miroir temporel du gouvernement divin (Platon, 2010). À cet égard, les Lois révèlent l’aboutissement de la quête noétique de Platon — la philosophie comme ascension métanoéthique vers la mesure divine; l’incarnation de sa perception mystique du fondement divin (theion) de tout ordre. En dernière instance, dans les Lois, Platon n’utilise pas seulement le mythe, mais transforme le dialogue lui-même en un mythe vivant, une sorte de poème religieux évoquant la réalité divine, reflet de sa conviction tardive que la philosophie doit s’exprimer aussi bien dans des registres mystiques et mythiques que politiques (Platon, 2010).

La politique, ainsi, est conçue comme participation au gouvernement divin et non comme un artifice purement humain, et le mythe devient nécessaire pour exprimer une vérité qui excède les limites de la raison. De cette façon, même les meilleures lois ne sont que des reflets imparfaits d’un noème divin — c’est-à-dire, le contenu intelligible et pérenne saisi par le nous dans sa pure simplicité — d’où il découle que toute véritable idée humaine doit dériver de ce noème originaire et transcendant. Cela implique, d’une part, que l’esprit humain, loin d’être créateur ex nihilo de ses pensées, est réceptacle de formes éternelles qui le précèdent ontologiquement; et, d’autre part, exprime tacitement que connaître, c’est se souvenir (anámnêsis).

Puisque la psuchē (ψυχή) aurait déjà réuni de façon innée les idées primordiales, il reste peu de doute que la conception platonicienne des idées comme formes innées inscrites dans l’âme et de l’ordre politique comme reflet sacramentel du nous divin constitue, en effet, le noyau métaphysique de la culture hellénique classique: une synthèse de philosophie, de théologie et de politique dans laquelle connaissance est participation et gouvernement est théophanie.

412Z4kTEuyL._SY445_SX342_ML2_.jpgAvec l’avènement de la modernité, cependant, cette vision solide commence à se fragmenter: l’émergence de l’empirisme moderne — en particulier la critique de John Locke des idées innées — marque une rupture épistémologique décisive avec le platonisme, inaugurant une transformation radicale des concepts mêmes de sujet, de connaissance et d’ordre politique, avec des répercussions évidentes pour les axiologies du monde contemporain. Dans son Essai sur l’entendement humain, Locke rejette l’existence de principes rationnels a priori, affirmant au contraire que l’esprit humain, à la naissance, est une tabula rasa — une page blanche remplie exclusivement par l’expérience (Locke, 2004).

Reformulant une maxime aristotélicienne en termes modernes, il écrit: «Rien n’est dans l’intellect qui n’ait d’abord été dans les sens » (Locke, 2004, II). Naturellement, cette proposition ne se limite pas à l’épistémologie: elle redéfinit radicalement le sujet. L’esprit cesse d’être une substance active dotée de structures rationnelles innées et est désormais conçu comme une entité réceptive, modelée (et malléable) par des impressions sensorielles. Même les idées morales, traditionnellement considérées comme inscrites dans la raison pratique, sont dérivées de la simple expérience.

Ainsi, la distinction entre le bien et le mal, loin de renvoyer à un ordre rationnel objectif, devient un produit d’associations empiriques imposées par l’habitude, l’éducation ou les lois, impliquant une forme de passivité constitutive dans laquelle l’esprit ressemble à un miroir — incapable de générer ses propres images, limité à refléter ce qui lui est présenté.

Cette hétéronomie gnoséologique entraîne inévitablement de profondes implications politiques. D’abord, en concevant l’être humain comme une tabula rasa dont la cognition et la conduite résultent d’associations perceptives régies par des lois naturelles, le sujet est réduit à un objet d’analyse empirique — prévisible et susceptible d’être manipulé par le biais de techniques systématiques d’intervention. Ensuite, en redéfinissant le jugement moral comme une simple réaction à des stimuli sensoriels, la rationalité pratique est remplacée par une éthique instrumentale, préfigurant les éléments fondamentaux d’une politique constructiviste dans laquelle l’ordre social ne reflète plus un principe ontologique, mais est projeté à partir d’une objectivation technique et fonctionnelle de l’humanité.

del-espiritu-claude-adrien-helvetius.jpgClaude-Adrien Helvétius identifia le potentiel utilitaire social de la pensée lockéenne, qu’il articula dans son ouvrage de 1758 De l’esprit, transmutant la conception lockéenne du sujet en fondement d’une théorie politique active (Helvétius, 2005). Sa prémisse était que, si toutes les croyances et dispositions morales sont des conséquences d’associations sensorielles, il devient possible de restructurer ces associations par le conditionnement environnemental.

Ainsi, l’éducation, en tant que construction institutionnelle et sociale, devient l’instrument central de la transformation humaine — « l’art de diriger les associations d’idées » (Helvétius, 2005). Avec ce tournant constructiviste, le législateur s’élève de garant de l’ordre public à ingénieur social, car la moralité cesse d’être une faculté rationnelle ou un principe transcendant pour devenir le résultat d’un environnement précisément conçu, sous l’axiome que « l’art de former les hommes est l’art de les gouverner » (Helvétius, 2005).

Cette réduction idéologique convertit le sujet en objet de manipulation, modelé par un système comportemental d’incitations et de sanctions, instituant une moralité fonctionnelle dans laquelle la vertu ne dérive pas d’une valeur intrinsèque, mais de l’utilité sociale. Ainsi se légitime un pouvoir étatique pédagogique qui dépasse la simple garantie des droits pour se constituer comme ingénieur de citoyens au service de fins collectives.

L’anthropologie empiriste devient donc doctrine politique : si Locke a exposé la genèse de l’entendement humain, Helvétius a postulé sa production délibérée. Ce renversement conceptuel est la clé pour déchiffrer son influence sur les projets utopiques qui prolifèrent à partir des Lumières.

Partant de la négation de l’unicité ontologique de l’être humain comme créature dotée d’une âme immortelle, la modernité en vient à le concevoir comme une entité strictement matérielle, entièrement configurée par des déterminations environnementales, fondée sur l’idée que, par la construction rationnelle d’un nouvel ordre social, économique et politique, un homme nouveau peut être produit — entièrement formé et gouverné par la raison.

L-hegemonie-culturelle.jpgUne conséquence directe de ces prémisses fut l’élévation des intellectuels — comme porteurs organiques de la rationalité des Lumières — au statut d’ingénieurs sociaux, légitimant leur prétention à remplacer les élites traditionnelles dans la conduite de la vie publique. Cela s’est réalisé à travers des transformations historiques destinées à faciliter leur entrée dans la sphère du pouvoir via l’hégémonie culturelle, comme formulé plus tard par Antonio Gramsci et décrit explicitement par Rudi Dutschke comme la «longue marche à travers les institutions», à la veille de mai 1968.

En dernière instance, la confusion ontologique dans laquelle tombe John Locke — en absolutisant l’empirique à travers une épistémologie qui naturalise ses propres catégories sans en reconnaître le caractère symbolique et contingent, comme l’a observé Jorge Santayana — a conduit Marx à commettre une confusion anthropologique de proportions abyssales, obscurcissant le pouvoir formateur des symboles et des mythes comme médiations de sens. Car c’est précisément à travers le langage du mythe qu’il devient plus évident que la tension primordiale de l’existence humaine ne peut être résolue que si l’homme se reconnaît comme relatif à l’Être (et non seulement aux étants), s’orientant à partir de l’Être lui-même.

51RjI4ieUyL.jpgCela n’était pas inconnu de Platon, qui dans son Protagoras fait raconter au sophiste le mythe de Prométhée et Epiméthée pour expliquer les origines de la vie politique humaine (Platon, 2000). Privés de qualités innées en raison de l’oubli d’Epiméthée, les humains reçoivent de son frère Prométhée le feu et la technique (technē), permettant la survie, mais non la cohésion sociale. Sans dikē (justice) et aidōs (respect), ils restent prisonniers de cycles de violence, se dispersant et se réorganisant en tentatives successives et infructueuses de vie communautaire. Ce n’est que lorsque Zeus intervient par l’intermédiaire d’Hermès — en tant que porteur des vertus politiques — que la possibilité d’une société humaine au-delà du chaos apparaît. Avec ce mythe, Platon révèle un manque primordial dans la nature humaine: nous sommes des êtres définis par notre dépendance aux instruments que nous fabriquons.

Ainsi, le feu, la métallurgie et l’écriture ne sont pas de simples accessoires, mais des éléments constitutifs de l’existence humaine. Progressivement, loin d’être secondaires à l’essence humaine, la technē devient sa propre condition (Stiegler, 1994). Cependant, la solution de Zeus n’est plus technique, mais, comme mentionné, dikē et aidōs — justice et respect. Toutefois, pour que dikē soit nécessaire, il devait déjà exister la technē sous la forme de l’écriture comme pro-thesis, permettant l’émergence de la loi (nomos), qui politise les relations humaines par des normes partagées et artificiellement mémorisables — prothétiques. Ce n’est qu’ainsi qu’Hermès put prescrire la loi aux hommes, atténuant les conséquences de l’oubli d’Epiméthée, c’est-à-dire, comme un pharmakon (φάρμακον) qui laissait la question du politique en suspens (Derrida, 1974).

Cependant, la modernité épistémologique inaugurée par Locke et ses épigones, en rompant la participation de l’humanité au nous divin et en concevant la psuchē comme une argile malléable, n’a pas seulement défait le nœud platonicien entre mythe et logos, mais, comme effet de second ordre de l’objectivation du sujet, a conduit l’homme à se perdre dans un labyrinthe technologique où l’Être devient de plus en plus indistinguable des étants.

À cet égard, le mythe de Prométhée et Epiméthée — comme préfiguration tragique de cette aliénation fondamentale — rappelle que la technē sans dikē ne fait que reproduire l’hybris de celui qui, après avoir volé le feu sacré, oublie que le don d’Hermès, le pharmakon de la politique, peut aussi bien guérir qu’empoisonner l’âme (ψυχή τῆς πόλεως). Et, comme on le sait, ceux que les dieux veulent perdre, ils les rendent d’abord fous. Ou bien ils les convainquent simplement qu’ils sont fous.

MV5BMjM3YTkzMmItOWJlOS00MDY5LTliNzctMjc4ZjIzODRhMGEyXkEyXkFqcGc@._V1_FMjpg_UX1000_.jpgDans Appunti per un’Orestiade africana, Pasolini transpose le mythe grec d’Oreste dans l’Afrique postcoloniale, où l’étiquetage du révolutionnaire comme fou s’aligne sur la théorie de la biopolitique de Michel Foucault, qui analyse comment le pouvoir moderne contrôle les corps et les vies à travers des institutions, des discours et des pratiques qui normalisent ou marginalisent (Foucault, 2002).

Dans ce contexte, stigmatiser le révolutionnaire comme fou constitue un mécanisme biopolitique qui vise à délégitimer la dissidence en pathologisant le sujet qui défie l’ordre établi: en déclarant la figure d’Oreste folle, le pouvoir ne fait pas que la disqualifier et la dénormaliser, mais l’annule comme agent politique, la réduisant à un état d’irrationalité qui justifie son contrôle ou son exclusion sociale.

Pour Foucault, la folie n’est pas seulement une catégorie clinique psychiatrique, mais une construction historique et sociale qui sert les dynamiques d’exclusion et de contrôle politique (Foucault, 2002). Ainsi, le diagnostic de folie fonctionne comme un dispositif de pouvoir qui légitime l’isolement et la marginalisation de sujets dont la dissidence menace l’ordre politique en vigueur. Ce mécanisme possède une large base empirique, comme le démontrent des cas historiques allant de Jeanne la Folle de Castille — confinée comme folle pour affaiblir son autorité légitime (Aram, 2005) — à l’usage paroxystique de la psychiatrie en Union soviétique dans les années 1960 et 1970 pour neutraliser les dissidents par des diagnostics comme la schizophrénie lente (vyalotekushchaya shizofreniya), concept promu par le psychiatre Andrei Snezhnevsky, entraînant le confinement dans des hôpitaux psychiatriques (psikhushkas) contrôlés par le MVD et le KGB (Bloch & Reddaway, 1985).

MV5BMTdhZTVkMmItOTNlYS00ODIwLTk0NjgtOTFlMzUyZTZkZmYzXkEyXkFqcGc@._V1_.jpgMême les démocraties libérales n’ont pas résisté à la tentation de la répression biopolitique sophistiquée, pathologisant la dissidence pour la délégitimer moralement. Peut-être le cas le plus notoire est-il celui du poète américain Ezra Pound, interné et déclaré incapable après la Seconde Guerre mondiale, faisant taire ses positions politiques radicales (Pound, 2002).

Cet épisode révèle non seulement une réaction politique à la dissidence, mais aussi le choc entre la rationalité moderne sécularisée et une forme de pensée enracinée dans des structures archaïques de l’esprit. Le radicalisme de Pound ne peut s’expliquer uniquement par l’idéologie, mais par la matrice ontologique qui le soutient. Son œuvre reflète une vision du monde dans laquelle le poétique, l’éthique et le politique s’intègrent dans une unité, entrant en collision avec la prose normative de la modernité (Pound, 2002).

Book_cover_of_The_Cantos,_written_by_Ezra_Pound.jpgEn effet, la vision poétique d’Ezra Pound, culminant dans The Cantos, ne peut être pleinement comprise sans attention au cadre philosophique du néoplatonisme, qui structure la grammaire métaphysique centrale de son œuvre (Rist, 2000).

Le vaste projet poétique de Pound est une épopée non seulement par l’ampleur, mais par l’ambition métaphysique. Dans The Cantos, il entreprend rien de moins que la reconstitution de la relation de l’âme humaine avec le divin, la beauté, la vérité et l’ordre (Pound, 2002). Pour comprendre ce projet — et pourquoi il a déstabilisé le statu quo de l’après-guerre — il est nécessaire de comprendre le néoplatonisme non comme une inspiration spirituelle vague, mais comme l’architecture interne du cosmos poétique de Pound.

16:51 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, platon, platonisme, john locke, ezra pound | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 11 août 2026

La communauté dissidente chez Forrest Carter

MV5BMmY5ZjQ5ZDYtNDE0OS00YTMzLWE2YTktOWE0NjcxMGNiYTYxXkEyXkFqcGc@._V1_-3793446546.jpg

La communauté dissidente chez Forrest Carter

par Georges Feltin-Tracol

josey-wales-hors-la-loi-1976-2676022727.jpgEn 1976 sort sur les écrans le cinquième film que réalise Clint Eastwood : Josey Wales hors-la-loi. Bien meilleur que L’homme des hautes plaines (1973), Pale River. Le cavalier solitaire (1985) ou Impitoyable (1992), ce western s’inspire du roman de Forrest Carter, Gone to Texas traduit parfois par Les hors-la-loi du Texas 1, une fresque romanesque qui exalte les « rebelles » sudistes. Un parti-pris guère étonnant pour qui s’intéresse à la vie de son auteur.

Forrest Carter est le pseudonyme partiel d’Asa Earl Carter. Né à Anniston en Alabama en 1925 et décédé en 1979 à Abilene au Texas d’une insuffisance cardiaque, le jeune Carter sert dans la marine pendant la Seconde Guerre mondiale 2. Démobilisé et boursier de l’armée, il étudie le journalisme. Attiré par la vie politique, il se rapproche du démocrate sudiste George Wallace (1919 – 1998) élu en 1963 pour la première fois le gouverneur ségrégationniste de l’Alabama. Carter en devient la plume officielle. Dans le même temps et dans l’ambiance mouvementée de la revendication des droits civiques en faveur des Noirs, Asa Earl Carter rallie le Ku Klux Klan.

Un militant radical assumé

Sa proximité avec le gouverneur Wallace lui permet de bientôt diriger l’Original Ku Klux Klan of the Confederation qui édite le mensuel The Southern et, dans les années 1950, le North Alabama Citizens Council. Cette association ne cache pas sa sympathie pour le courant « dixiecrate » 3. Elle se différencie cependant du Conseil des citoyens blancs de l’Alabama en raison des sorties antisémites fréquentes de Carter.

George-Wallace-WSFA-1024x512-3098198113.png

Animateur d’une émission radiophonique, il s’enflamme vite à l’antenne contre le gouvernement fédéral. Il conspue rapidement la pusillanimité de George Wallace bien qu’il se présente à la présidentielle de 1968 face au républicain Richard Nixon et au démocrate progressiste Hubert Humphrey 4. Il rompt vite avec Wallace, adopte une ligne suprémaciste blanche et l’affronte en 1970 lors de la primaire démocrate pour la désignation du gouverneur de l’Alabama (1,5% des voix). Dépité, il renonce à l’action politique, déménage au Texas et commence une carrière littéraire.

9780843963472_l-1559626838.jpgOutre The Rebel Outlaw Josey Wales, publié en 1973 et qui deviendra trois ans plus tard Gone to Texas, Asa Earl Carter sous l’identité de Forrest Carter signe en 1976 la suite, The Vengeance Trail of Josey Wales. Ce méthodiste découvre le chamanisme et se sent maintenant proche des Amérindiens. Déclarant avoir des aïeux cherokees, Forrest Carter écrit d’autres livres teintés d’esprit surnaturel et d’influence New Age.

La présentatrice – vedette télévisée Oprah Winfrey recommande d’abord le lecture de The Education of Little Tree (« Petit arbre » - 1994) avant de se raviser une fois le parcours politique de l’auteur révélé.

Carter se lance aussi dans la biographie romancée du redoutable chef de guerre apache et chamane avisé, Géronimo (1829 – 1909) : Watch for Me on the Mountain (1978) ré-intitulé ensuite Cry Geronimo paru en français dès 1980 sous le titre de Pleure Géronimo.

81DwzUSr73L._SL1500_-1612548451.jpgSes détracteurs voient dans cet intérêt pour les Amérindiens un prétexte pour mettre en opposition deux minorités ethniques qui défendent leurs droits: le Red Power contre le Black Power pour le plus grand avantage du White Power. À travers le point de vue d’un orphelin cherokee dans Petit Arbre, il faut noter l’évolution d’Asa Earl Carter du suprémacisme blanc de la fin de la décennie 1970 vers un ethnodifférencialisme assumé. Son hostilité envers la société étatsunienne homogénéisée ne faiblit en revanche jamais.

Quand Clint Eastwood achète les droits de Gone to Texas afin de l’adapter pour le grand écran, il ignore tout du passé activiste de Carter. Pendant le tournage, ce dernier a parfois un comportement déplacé. Par exemple, il demande en mariage une serveuse de bar en la menaçant d’un pistolet 5 !

Plutôt que de se focaliser sur l’excellent film de Clint Eastwood qui dérive en partie de la trame initiale du roman et que les critiques accuseront Eastwood de présenter les Sudistes sous un jour favorable 6, examinons l’histoire de Josey Wales écrite par Forrest Carter. L’intrigue se déroule au cours d’un moment crucial de l’histoire occidentale: la guerre de Sécession (1861-1865).

shermans-march-painting-23-403229589.jpg

Maurice Bardèche considérait l’incendie volontaire d’Atlanta ordonnée par le général nordiste William Sherman comme le début des temps modernes. Ces films et ces livres s’inscrivent à rebours d’une tendance lourde qui dévalorise le vaincu sudiste. « L’héritage culturel du Sud antérieur à la guerre de Sécession, écrit Tomislav Sunic, a été délibérément occulté par les grands médias et les élites universitaires 7. »

La juste colère d’un partisan confédéré

Modeste fermier du Missouri qui vit avec sa femme et leur jeune fils, Josey Wales se croit à l’abri du conflit en cours. Or ce n’est pas une simple guerre: des civils en armes y participent, surtout à l’Ouest des champs de bataille. Dans une vaste région qui s’étend au Tennessee, au Kansas et au Missouri, l’alignement officiel des territoires ne correspond pas toujours à l’allégeance des personnes. Le Kansas appartient à l’Union; maints de ses habitants soutiennent pourtant la Confédération sudiste. A contrario, le Missouri, État confédéré, sait qu’une part non négligeable de sa population approuve les Nordistes. Il en résulte des guerres civiles locales avec la formation de corps francs, rarement coordonnés aux unités militaires officielles, qui organisent une guérilla sanglante mâtinée d’actes de grand banditisme.

Ces guerres civiles locales, quasi-moléculaires 8, sont bien antérieures à la crise de 1861. Les combats commencent dès 1854 dans le Kansas. Les anti-abolitionnistes (« Free Staters ») organisent des raids violents contre les plantations sudistes qui ripostent à leur tour par l’intermédiaire des Border Ruffians fort vindicatifs (illustration, ci-dessous).

81LCSnZQsML._AC_SL1000_-2495919691.jpg

Un militant anti-esclavagiste calviniste enragé, John Brown, en est régulièrement le responsable. Il commet dans la lnuit du 23 au 24 mai 1856 le massacre de Pottawatomie Creek. Très vite, les guérilleros nordistes du Kansas, du Missouri et du Tennessee - les Jayhawkers 9 -, refusent de servir sous l’uniforme des « Tuniques bleues » et font leur propre guerre.

81cPUmK7LTL._SY522_-3901969389.jpgParmi ces bandes armées irrégulières se remarquent les Red Legs ou « Pattes rouges » 10. Le célèbre Buffalo Bill, de son vrai nom William Frederick Cody, en est un.

Leurs équivalents sudistes sont les Bushwhackers (« Batteurs de campagne »). Originaires du Tennessee, du Missouri, voire du Kansas, ils harcèlent les troupes nordistes, effectuent de brèves et violentes incursions sur leurs arrières et parviennent à couper temporairement leurs lignes de communication et de ravitaillement. Ces partisans confédérés peuvent parfois porter une chemise rouge en référence à la couleur de l’étendard de guerre sudiste 11. Jesse James, Cole Younger et les frères Dalton en font partie.

La force irrégulière des Bushwhackers la plus connue demeure néanmoins les forces du colonel William Quantrill (1837-1865) qui commande jusqu’à quatre cents combattants. D’abord Jayhawker, il change rapidement de camp par amour d’une belle Sudiste 12. À la nouvelle de la défaite en 1865, la plupart d’entre eux rejette la paix et mène une vie de paria. Ils se réfugient dans des territoires amérindiens où ils arrivent à prévenir quelques chefs tribaux de la duplicité intrinsèque des « Tuniques bleues ». Ils rejoignent sinon le Canada ou bien le Mexique où ils offrent leurs compétences militaires au service des Français ou bien des républicains de Benito Juarez. Des Sudistes se réfugient enfin au Brésil où ils sont accueillis par l’empereur Pierre II 13.

Josey Wales pense échapper à l’âpreté du moment. À tort ! Un beau matin, les « Pattes rouges » nordistes attaquent et brûlent sa ferme, massacrent sa femme et leur garçon et le défigurent, croyant l’avoir tué. Une fois ses deux êtres chers enterrés, Wales croise des Bushwhackers qui lui proposent de se venger dans leurs rangs. Forrest Carter parle de « guerre de la Frontière (une guerre dans la guerre) ».

Âgé de 32 ans, mesurant 1,85 m et pesant environ 80 kg, Josey Wales devient vite l’un des lieutenants de Bloody Bill Anderson, l’équivalent littéraire de Quantrill. Chapeau gris de cavalerie et vêtu d’une veste de daim à franges, Wales dispose de deux Colt 44 qu’il maîtrise avec précision et dextérité. Il monte « un énorme étalon rouan, à moitié sauvage ». Les autorités nordistes, lasses des actions de ce groupe de francs-tireurs, mettent leurs têtes à prix. La prime pour Wales s’élève à 3000 dollars !

8067536-1914412896.pngVers le Texas !

La reddition sans conditions des forces sudistes oblige les partisans d’Anderson à déposer les armes, puis à jurer fidélité aux États-Unis d’Amérique sous peine qu’un acte civil tel le mariage ou la validité d’un testament ne soit pas valide « Le Sud, après la guerre de Sécession, rappelle encore Tomislav Sunic, fut contraint de subir une rééducation semblable à la rééducation et au reformatage que les Américains firent subir aux esprits européens après 1945 14.» Seul Josey Wales ne renonce pas à la lutte, car « sa loyauté était là-bas, dans la tombe avec sa femme et son fils. Son devoir c’était la haine ». Les faits lui donnent raison. Désarmés, ses compagnons de combat se font tirer dessus. Wales entend amplifier sa vengeance, fort de « sa supériorité au pistolet, la ruse acquise dans des centaines de combats, sa témérité et son audace de guérillero ».

Accompagné d’un survivant de la bande, un adolescent nommé Jamie Burns, Josey Wales veut aller au Texas. Le titre original explique que « les trois lettres GTT, gravées en hâte sur la porte d’une cabane du Sud, suffisaient pour que les parents et les amis de celui qui les avait tracées comprennent qu’il avait des “problèmes” avec la loi et qu’il était parti au Texas ».

Stand-Watie-3945980852.jpgGravement blessé, Jamie Burns meurt en chemin. Josey Wales ne reste pas longtemps solitaire. Il rencontre un Cherokee américanisé – il porte un chapeau haut-de-forme - : Lone Watie dont le nom est une référence explicite au général de brigade confédéré, le Cherokee Stand Watie (1806-1871) 15. Le colonel Stand Watie commande d’abord le 2e Cherokee Mounted Rifles, puis en 1864, promu au grade de brigadier – général, il dirige la 1re brigade de cavalerie indienne. Il n’est pas le seul Amérindien à porter l’uniforme confédéré. « En février 1861, écrit Dominique Venner, la nation Cherokee a rallié la Confédération. Elle sera suivie par les Creeks, les Choctaws, les Chichasawas et les Séminoles 16. » Nation amérindienne américanisée de manière plus ou moins forcée, « les Cherokees s’étaient rangés dans le camp des Confédérés contre un gouvernement qu’ils haïssaient et parce qu’il leur avait pris leur patrie dans les montagnes ». Ils rejoignent la Confédération des États d’Amérique (CSA) 17.

Au cours d’un périple long et dangereux, car les chasseurs de primes traquent Josey Wales, les deux compères sauvent tour à tour une Amérindienne, Taketoha ou « Petit Clair de Lune (Moonlight) », puis une famille de colons paysans, les Turner. Victimes d’une attaque de comancheros, les seules rescapées sont la grand-mère Sarah et sa petite-fille Laura Lee. Les cinq se dirigent vers le ranch du fils de Sarah et père de Laura, Crook River au Texas. Pendant ce temps, la prime sur Josey Wales monte à 7000 dollars. Le plus intéressé et aussi le plus vindicatif de ses poursuivants est le lieutenant Cann Tolly, un « régulateur » sadique et paresseux. « Il assumait une fausse autorité maintenue par un faux gouvernement. »

GettyImages-514887672-2626184569.jpg

La description de cet individu déplaisant et antipathique sert à critiquer avec férocité les « profiteurs » de la « Reconstruction », la période d’après-guerre (1865 – 1875) qui voit le Sud vaincu l’arrivée des Carpetbaggers, des aventuriers nordistes qui volent demeures et plantations et qui se présentent en candidats républicains sans la moindre attache concrète. Ils bénéficient de l’aide d’arrivistes, les Scalawags, des Blancs sudistes qui choisissent la collaboration avec les autorités militaires d’occupation yankee. « Les effets psychologiques que la fin de cette guerre eut sur les Américains à la fin du XIXe siècle, explique Tomislav Sunic, présentent des similitudes avec les effets de l’américanisme sur la population européenne après la Seconde Guerre mondiale 18 ».

Concevoir une communauté différente

Le refuge texan de la famille Turner semble illusoire. La ferme se trouve en effet en territoire amérindien et risque à tout instant une attaque. Josey Wales, un nom réputé chez les Amérindiens, va voir le chef comanche Ten Bears. Scène décisive selon Stand Watie qui estime à juste titre que « Ten Bears est un grand guerrier. Il ne connaît pas la peur. Mais aujourd’hui, il va rencontrer un autre grand guerrier, c’est un privilège que peu d’hommes connaissent. Ils le sauront quand ils seront face à face, Ten Bears et Josey Wales… ils connaîtront leurs haines et leurs amours, mais ils connaîtront aussi la fraternité du courage, ce que l’homme mesquin ne connaîtra jamais».

the-outlaw-josey-wales-1-451060943.jpg

Devant Ten Bears et ses braves, Josey Wales leur lance: «Tout ce qui nous était cher, à toi et à moi, a été détruit. C’est ce gouvernement à langue double de serpent qui a fait ça. Le gouvernement raconte des mensonges, il promet, il donne des coups de poignard dans le dos, il vient manger dans ta maison et viole tes femmes et tue quand tu dors, même de ses promesses. Le gouvernement est tout seul, les hommes vivent ensemble. » Le chef comanche partage cette opinion, lui qui considère que les sorciers et guérisseurs de sa tribu qui se laissent corrompre « recherchaient le pouvoir et la richesse et étaient devenus des “ langues-doubles ” comme les politiciens ». Les deux hommes s’entendent et se comprennent. « Les hors-la-loi et les Indiens […] ont vécu en un temps où la signification des mots de “bien” et de “mal” dépendait essentiellement du type qui les prononçait. Le mal était trop mêlé à ce que nous appelons le “bien”. »

La menace comanche écartée et celle de Cann Tolly définitivement réglée, la ferme Turner célèbre deux mariages: Lone Watie épouse Moonlight et ont une fille; Josey Wales se marie avec Laura Lee et ont un garçon, Jamie en souvenir de Jamie Burns. Les habitants de la ferme veulent ainsi contredire une sentence pessimiste de la famille Wales: « Quand le sol est pauvre, le sang est riche. »

1609016395-The-Outlaw-Josey-Wales-Wallpaper-clint-eastwood-34452255-1280-720-3490436181.jpg

La ferme des Turner incarne pour Forrest Carter le modèle de communauté enracinée même si son assemblage humain est disparate. L’auteur se souvient-il que d’après le mythe, Romulus accepta que sa cité se peuple de divers mâles italiotes qui enlèveront sous peu des Sabines ? Outre l’idéal de la petite société auto-suffisante, sinon autarcique, l’auteur y développe l’esquisse d’un état d’esprit relativement libertarien en raison de son opposition virulente au gouvernement fédéral.

Il est judicieux de lire Les hors-la-loi du Texas, un ouvrage qui condense dans son récit des notions devenues majeures un demi-siècle plus tard. Dès la lecture achevée, rien n’empêche de regarder Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood qui insiste beaucoup sur cet aspect communautaire lié à des circonstances exceptionnelles.

Georges Feltin-Tracol

Notes:

1 : Forrest Carter, Les hors-la-loi du Texas, Stock, 1981. Les citations non mentionnées en notes sont extraites de cet ouvrage.

2 : Georges Wallace exerce ce mandat entre 1963 et 1967, puis de 1971 à 1979 et de 1983 à 1987.

41Fz9Ys4V6L-594449840.jpg3 : Les Dixiecrates (ou Southern Democrats) sont des démocrates sudistes hostiles au progressisme culturel des années 1950 – 1960. Ils soutiennent en 1948 le Parti démocrate pour les droits des États qui présente à l’élection présidentielle le gouverneur de la Caroline du Sud, James Strom Thurmond (1902-2003), futur sénateur fédéral républicain de 1956 à 2003. Il réalise 2,41 % des suffrages et gagne 39 grands électeurs.

4 : Georges Wallace réalise 13,53 % des suffrages et obtient 46 grands électeurs, un record pour un candidat indépendant !

5 : Cette anecdote est relatée dans son portrait paru dans Libération des 20 et 21 juin 2015.

IMG_4167B75D2504-1-1610920605.jpg6 : Quelques années auparavant en 1969, Andrew V. McLaglen réalisait un autre film formidable, Les Géants de l’Ouest, qui montre des Sudistes d’une manière positive grâce au scénario de James Lee Barrett adapté d’un récit de Lewis B. Patten, The Undefeated. Refusant la défaite de 1865, le colonel James Langdon (Rock Hudson), référence au général Joseph Orville Shelby (1830 – 1897) qui poursuivit les combats en 1865, entraîne une colonne d’hommes, de femmes et d’enfants au Mexique afin de demander la protection de l’empereur du Mexique Maximilien de Habsbourg – Lorraine. La colonne sudiste rencontre les vachers d’un ancien colonel nordiste, John Harry Thomas (John Wayne). Les anciens ennemis s’allient contre des bandits, rejoignent la rébellion de Juarez et combattent le corps expéditionnaire français.

7 : Tomislav Sunic, Homo americanus. Rejeton de l’ère postmoderne, avant-propos de Kevin MacDonald, Akribeia, 2010, p. 247.

8 : Expression du philosophe allemand Hans-Magnus Enzensberger, la guerre moléculaire est clairement expliquée dans Un air de guerre (Xenia, coll.           « Franchises », 2016) du Suisse Éric Werner.

9 : De l’anglais Jay, le geai, et Hawker, le faucon, c’est une expression d’origine irlandaise désignant les pillards…

10 : En guise de guêtres, ces cavaliers nordistes portent des peaux de mouton teintes en rouge et dérobées dans des tanneries du Missouri.

11 : « Le drapeau de bataille, Battle Flag, ou Scarry Cross, […] sera aussitôt adopté. […] En langage vulgaire s’énoncera : sur fond rouge, grande croix bleue de Saint-André, lisérée de blanc et semée de treize étoiles blanches. Les étoiles désignent les onze États confédérés, ainsi que le Tennessee qui a fait sécession le 8 juin 1861 et la nation indienne représentée au Congrès confédéré à partir du 9 octobre 1861 par le major Elias C. Boudinot commandant le Second Mounted Rifles. » Dominique Venner, Le blanc soleil des vaincus. L’épopée sudiste et la guerre de Sécession 1607 – 1865, La Table Ronde, 1975, p. 120.

12 : Idem, p. 72. 

13 : Cf. Christian Bouchet, « Americana. Les derniers rebelles de la guerre civile », pp. 40 – 41, dans Réfléchir & Agir, n° 61, hiver 2019.

14 : Tomislav Sunic, op. cit., p. 254.

15 : Cf. Sylvain Roussillon, « Stand Watie, le dernier général sudiste » pp. 119 – 125, dans Lénine était un champignon et autres articles. Recueil 2022 – 2025, préface de Xavier Eman, Ars Magna, coll. « Le devoir de mémoire », 2025. Dans le même ouvrage, on peut lire avec profit « La guerre de Sécession : un conflit infini », pp. 31 – 43.

16 : Dominique Venner, op. cit., p. 125.

17 : Dominique Venner présente en annexe du Blanc soleil des vaincus (Document 8, pp. 287 – 288), l’ensemble des « Unités indiennes de l’armée sudiste ». En revanche, aucune mention des bataillons confédérés de Noirs affranchis n’y est faite.

18 : Tomislav Sunic, op. cit., p. 251.

Dos Passos, cet inconnu

John-Dos-Passos-3606221162.jpg

Dos Passos, cet inconnu

par Marco Iacona 

Source: https://www.centrostudilaruna.it/dos-passos-questo-sconos...

Génération perdue

La “génération perdue”, pour ceux qui ne le sauraient pas, est un groupe d’écrivains américains arrivés en Europe dans la première moitié du XXe siècle, dont font partie Ernest Hemingway, Ezra Pound et Francis Scott Fitzgerald ; trois références essentielles pour les contestataires non seulement américains, qui viendront après, y compris l’archiconnue Beat Generation d’Allen Ginsberg et Jack Kerouac. Les deux “générations” incarnent cette Amérique que nous aimons, capable de représenter avec sincérité faits et personnages, de s’auto-représenter (simultanément) avec une “vaillance” affligée ou une confiance acérée ; mais sans négliger rêves et aspirations, même camouflés sous de rigides et froides désillusions… une attitude pleinement anticonformiste (qui plus qu’eux ?), difficilement reconnaissable (avec une prose particulièrement franche, soignée ou non), qui fascinera intellectuels et narrateurs italiens jusqu’à nos jours. Deux noms parmi tous: Italo Calvino et Cesare Pavese.

9782073001917-475x500-1-3850403180.jpgDu groupe des contestataires du début du XXe siècle, parmi les premiers d’ailleurs à toucher du doigt les dérives de la société du nouveau siècle (guerre comprise, évidemment), fait partie intégrante John Dos Passos. Comment le définir d’abord ? Comment définir cet intellectuel et écrivain qui, dans les premières années soixante, vint en Italie invité par Giano Accame pour participer aux “Rencontres romaines de la culture”, grâce aussi à l’organisation du “Centre de vie italienne” d’Ernesto De Marzio, et avec lui Gabriele Marcel, Michel Déon, Odysseus Elytis (futur prix Nobel) et James Burnham ?

Anarchiste assurément, anarchiste dans la mesure où Dos Passos, d’un point de vue politique, fut définitivement peu définissable. De “droite” dans l’après-guerre (même avec des positions maccarthystes), et de “gauche” pro-communiste dans les années précédentes, les années vingt et trente (on rappelle son engagement civique, son refus de l’événement guerrier et sa collaboration à la revue “New Masses”), années où se constate – disent les critiques – une quasi “parfaite” parenté entre engagement politique, thèmes et formes expérimentales de l’activité de l’ancien étudiant de Harvard.

1919-4186379640.jpgDurant des années disons “intermédiaires” (presque symboliquement, entre deux positions), notre homme fut aussi séduit par les perspectives du “New Deal” américain. Dos Passos peut alors être considéré comme un précurseur idéal et pratique (il fit du bénévolat, entre autres, à la Croix-Rouge), de l’intellectuel jamais fixé sur des positions rigides, capable de se “repositionner” et prêt à défier les (inévitables) vestales de l’orthodoxie politique. Souvent, les “pérégrinations” politiques coïncideront avec les fortunes ou infortunes du romancier, habilement décrétées par la critique internationale.

Dos Passos, et cela le rendait différent de la plupart des écrivains de sa génération, aimait aussi “voler bas”, fusionnant les grands idéaux (qui n’en a jamais eu ?) avec des pages de critique ordinaire et de journalisme franc ; il écrivit des pages séduisantes sur les grands mythes du cinéma (mythes pop, mais alors presque personne ne le savait), James Dean et Rodolfo Valentino qu’il vit mourir l’un après l’autre, se confirmant dans ce domaine un écrivain sans beaucoup de “règles”, si ce n’est sa propre volonté et son propre goût. Mais anarchiste ou défenseur des anarchistes, il le fut surtout en relation avec les événements liés aux deux anarchistes italiens en terre américaine, à savoir Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, malheureux protagonistes d’une histoire jamais oubliée.

108661-3812876939.jpgEn 1926, un an avant leur condamnation à mort (ils étaient anarchistes mais non communistes), l’un ouvrier, l’autre marchand de poisson, Dos Passos publiait, pour le compte d’un “Comité de défense” pour les deux Italiens détenus depuis 1921, Facing the Chair, un livre dans lequel, parfait libertaire, il blâmait le comportement des juges américains victimes, selon lui, de préjugés politiques.

À cette époque, bien avant la “chasse aux sorcières” du prochain après-guerre, l’Amérique vivait en effet un climat répressif tourné contre la dite subversion politique. En pâtirent, entre autres, les deux anarchistes italiens émigrés en 1908 et accusés de vol et double homicide, bien qu’innocentés par un témoin. Avec Dos Passos, d’autres intellectuels éclairés prirent parti pour les Italiens “Nick” et “Bart”: de Bertrand Russel à Dorothy Parker, de G. B. Shaw à H. G. Wells. Tout fut inutile, naturellement. Malgré les protestations générales, les deux furent exécutés sur la chaise électrique en août 1927. Ultérieurement réhabilités (cinquante ans plus tard !), mais douloureusement sacrifiés sur “l’autel de la fermeté” d’une Amérique oppressive et justicière, une Amérique violente qui, à ce point, ne pouvait plus être celle de l’écrivain libertaire né à Chicago en 1896.

Le_42e_Parallele-1139405073.jpgMalgré la riche biographie, et malgré l'ouverture d’esprit envers un monde qui, depuis le second décade du XXe siècle, offrait plus de canaux de communication (surtout: le cinéma d’Eisenstein, la radio et le théâtre expérimental), Dos Passos est un auteur aujourd’hui peu connu excepté – peut-être – deux volumes : Manhattan Transfer de 1925 et Le 42e parallèle de 1930. Beaucoup, depuis longtemps, ont oublié les témoignages d’estime reçus (de Jean Paul Sartre en 1947, par exemple : « Je considère Dos Passos comme le plus grand des écrivains de notre temps »), mais ils ont oublié surtout ses livres de jeunesse et ceux de la dernière période.

Les premiers sont tout simplement le miroir d’une époque dont le “dépassement” conduira l’auteur à embrasser les positions radicales que la plupart connaissent ; des positions qui au fil des ans ont fasciné la critique de gauche, pour s'entendre…

9780819153609-1735236109.jpgPar exemple, le “livre de guerre” One Man’s Initiation, intéressant pour comprendre la croissance “idéale” de Dos Passos (avec des accents expressionnistes à la manière d’Ernst Jünger, mais très différent par raisons et architectures), et pas si éloigné de l’abondante littérature de guerre qui conquiert les marchés occidentaux dès les années vingt, ou encore Three Soldiers (1921), que l’on peut considérer comme un roman de tradition décadentiste, pessimiste, visant à révéler les terribles mécanismes d’une société moderne à travers l’expérience de la guerre.

Mais les capacités de "narrateur-pluriel" de Dos Passos (ici, oui, précurseur de cette postmodernité qui aime relier en chapitres uniques les sources venant de coins divers du savoir), émergent dans le roman-critique sur la condition du monde investi par le progrès technologique (Manhattan Transfer). À côté de la dénonciation d’une époque où ont pris le dessus les divinités malfaisantes du machinisme (« les turbines, les moteurs à explosion et la dynamite… sont nos divinités cruelles et vengeresses… »), on trouve chez Dos Passos, durant cette période, une quantité importante de citations capables de placer l’auteur au carrefour de deux parcours essentiels de la littérature mondiale: entre les plus classiques comme Mark Twain et les avant-gardes européennes, et auparavant encore Walt Whitman interprété à la manière radicale.

Ici, la “sociologie” de Dos Passos nous montre, avec un langage contemporain, ce monde gris, encore une fois: contemporain de lui-même, que des auteurs très différents (songeons à Chaplin ou à Garcia Lorca) nous ont révélé dans leurs aspects les plus comiques ou sentimentaux. Norman Mailer et William Burroughs tiendront compte, et beaucoup, de ses leçons narratives.

Dos Passos a la “chance” de raconter une période historique qui représente l’alpha de notre époque, croyant en outre y percevoir, en “bon radical” militant, “expérimentateur” et “prolétaire d’élection” (mais bourgeois d’origine), aussi l’inévitable oméga. C’est cela qui fascine les militants de toute “extraction”. Ses œuvres des années trente (la célèbre trilogie U.S.A. composée du 42e parallèle, 1919 et Un tas d’argent), représentent le point de l’engagement “guerrier” maximal, ce sont des fresques complexes de la vie américaine (avec apothéose du collectivisme), composées avec des techniques expérimentales de “faux” réalisme.

Screenshot-2026-01-13-at-1.15.22-PM-1024x596-1486993776.png

Mais c’est dans ces mêmes chapitres que se consume aussi politiquement la rebéllion anticapitaliste “de gauche” de Dos Passos. Ayant enfin pris conscience du fossé insurmontable existant entre l'idée et la pratique communiste, dès le milieu des années trente l’écrivain cherchera à orienter ses attitudes libertaires vers des rivages libéraux de “droite”. Il était temps… C’est la période (on pouvait s’y attendre après tout), où tous parleront de “crise”, de “déclin”, etc.

13635488-572290970.jpgC’est la période (il manquera encore plus de trente ans avant sa mort !) où Dos Passos commence à devenir un grand oublié (“perdu” de nom et maintenant aussi de fait). Pourtant, l’auteur d’essais et de textes théâtraux et de plus de quarante romans (dont les plus connus et déjà cités, traduits en italien par Pavese), poursuivra son travail jusqu’à sa mort, publiant entre autres une autre trilogie de vie américaine, District of Columbia, une histoire de ses ancêtres portugais, des essais sur Jefferson, des journaux et des correspondances. Son indignation ne servira à rien (à part la dimension collective et militante, demeure le thème du danger encouru par l’individu dans le monde contemporain). Les témoignages d’estime des intellectuels anticonformistes “de droite” ne serviront à rien non plus (au contraire !). Quarante ans après sa mort, que pouvons-nous ajouter alors, par rapport au fait que Dos Passos reste un auteur encore presque entièrement à découvrir ?

Extrait de Linea du 30 septembre 2010.

Logiques multipolaires

77933b4fd56321776f1cbf077f4b6d36.jpg

Logiques multipolaires

par Pierluigi Fagan

Source : Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/logiche-multipolari

Veuillez m’excuser de revenir sur des choses déjà dites. Il y a quelque temps, nous avions souligné comment le quatuor AS-PAK-TUR et EGY (Arabie Saoudite, Pakistan, Turquie et Egypte), qui s’était lancé dans une médiation entre les États-Unis et l’Iran, constituait un prélude intéressant à quelque chose de plus conséquent. Il n’est pas utile de s’abreuver de nouvelles et d’analyses de pseudo-stratèges improvisés façon jeu de « Risk » que l'on joue en famille, il suffit de suivre la logique dans un contexte multipolaire.

Que le monde se dirige vers une forme pleinement multipolaire est évident, étant donné qu’il s’agit de 8,3 milliards (9,6 en 2050) d’individus répartis dans 200 États, avec des réalités et des trajectoires de croissance ou de contraction (démographique, économique, technologique, militaire) différentes. Il n’existe aucune forme de puissance capable de dominer une telle complexité, ni sous forme unipolaire, ni bipolaire.

Le système tendra et tendra toujours davantage à s’auto-organiser, même si les États-Unis exerceront encore longtemps un rôle opposé à cette tendance. Cependant, c’est en grande partie le propre déclin de la puissance américaine qui favorise ce processus.

Les États-Unis sont en déclin pour de nombreuses raisons évidentes, parmi lesquelles leur entrée dans une phase où leur extraversion d’antan est devenue antiéconomique. Sur le plan militaire, par exemple, les États-Unis ont incité par tous les moyens leurs partenaires alliés à réarmer par eux-mêmes, comme l’UE, l’Allemagne, le Japon, ces derniers s’engageant dans de nouveaux plans de réarmement inédits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ne peuvent pas faire autrement, même si, lorsque notamment l’Allemagne et le Japon auront atteint de nouveaux niveaux de puissance (dans dix à quinze ans au minimum), il est imprévisible de savoir quelle politique étrangère ils développeront.

Mais à notre époque, les stratégies doivent se projeter à court et tout au plus à moyen terme, au-delà on tombe dans l’incalculable à cause d’un excès de variables.

Pak-Turkiye-Saudi-1053984639.jpg

Le Pakistan et l’Arabie Saoudite étaient des alliés organiques des États-Unis, la Turquie est même membre de l’OTAN, l’Égypte historiquement proche tout en n’étant jamais très éloignée de la Russie. Entre le Pakistan et l’Arabie Saoudite, il existait déjà un pacte militaire de protection mutuelle ; la Turquie, en revanche (de facto alliée avec le Qatar, qui entretient de bons rapports avec l’Iran et partage avec lui le plus grand gisement de gaz du monde), non, ne participait pas à ce pacte pakistano-saoudien notamment en raison des différentes orientations dans le soutien à l’islam politique (salafiste pour les premiers, Frères musulmans pour les seconds). Par ailleurs, le Pakistan a de plus en plus de liens stratégiques avec la Chine. Ni la Turquie ni le Pakistan n’avaient de sérieux différends avec l’Iran. Avec l’Arabie Saoudite, la question était plus complexe, mais grâce à la médiation chinoise, les tensions se sont largement apaisées.

L’Iran a bien bombardé des cibles saoudiennes, mais en prévenant qu’il s’agissait simplement de représailles contre l’accueil de bases américaines, et l’Arabie Saoudite s’est à plusieurs reprises engagée auprès de Trump afin d’éviter une escalade militaire contre Téhéran. Au point de se brouiller définitivement avec les Émirats arabes unis, qui ont même quitté l’OPEP après soixante ans. Les Houthis se sont en réalité abstenus d’agir contre l’Arabie Saoudite, bien qu’ils soient en conflit gelé avec elle.

L’Arabie Saoudite ne veut ni ne peut, malgré ses nombreux liens militaires et économiques récents avec la famille Trump, adhérer aux Accords d’Abraham tant qu’une solution, même cosmétique, n’aura pas été trouvée à la question palestinienne. L’Arabie Saoudite abrite La Mecque et Médine: son rôle central dans l’islam est naturel. De plus, la majeure partie de la clientèle de ses réserves fossiles est désormais asiatique.

Le Pakistan est non seulement limitrophe mais également en friction ouverte avec son voisin indien, qui connaît en son sein une cohabitation de plus en plus difficile entre nationalistes hindous et musulmans (15 % de la vaste population indienne). L’Inde, bien que cliente pour les hydrocarbures du Golfe, a cherché à développer des liens toujours plus étroits avec Israël. Rappelons que l’Inde, le Pakistan et Israël disposent de l’arme nucléaire. Nous avons déjà évoqué l’étroite coopération entre le Pakistan et la Chine, laquelle, dans une logique pleinement multipolaire, tend à entretenir de bonnes relations avec tout le monde (Golfe, Iran, Pakistan, etc.) et, par principe, ne conclut pas d’alliances militaires formelles (mais peut cependant coopérer).

carte-contentieux-territoriales-turquesder_1_730_490-999430385.jpg

La Turquie est également un acteur pleinement multipolaire, une puissance moyenne asiatique-méditerranéenne-musulmane qui combine son appartenance à l’OTAN avec de bonnes relations avec la Russie, tandis que la question chinoise reste gelée en raison de la question ouïghoure. Elle a également des problèmes avec Israël, qui risquent de s’aggraver du fait de la volonté israélienne de s’étendre vers le nord (Liban), du soutien israélien aux Kurdes, et de l’invasion discrète de capitaux et d’entreprises israéliennes en Grèce, le point chaud de la région demeurant la Méditerranée orientale, riche en gisements fossiles (Égée, Chypre, côtes libanaises, etc.).

De là (et d’ailleurs, car tout est imbriqué à différents niveaux), l’alliance signée à Djeddah, incluant même un article 5 de défense mutuelle. Comme tout apprenti géopoliticien le rappelle, "le Pakistan a la bombe atomique, la Turquie l’industrie et l’armée, l’Arabie Saoudite l’argent". Mais cela ne devrait être que la base de nouvelles formes de coopération, à mesure qu’Israël devient de plus en plus menaçant, que Trump et les États-Unis deviennent de plus en plus imprévisibles et contradictoires (on se souvient du faux bruit selon lequel les États-Unis auraient promis à l’AS le développement du nucléaire), que le monde environnant devient plus chaotique, que le poids hégémonique sur l’islam croît.

Certes, les États-Unis sont en perte de puissance, mais le groupe qui occupe la Maison Blanche fait preuve d’une pauvreté stratégique impressionnante et est étouffé par des conflits d’intérêts étroits qui ne relèvent pas seulement de l’éthique, mais constituent une limitation du réalisme tactique et stratégique (voir Israël).

Le cœur de l’islam forme donc désormais son propre pôle: l’Arabie Saoudite emmène le Bahreïn et le Koweït, la Turquie le Qatar. Ils pourront à l’avenir se tourner vers l’Indonésie et les BRICS (l’AS n’a pas suspendu son adhésion, le Pakistan et la Turquie ont déposé une demande), l’Égypte (prudente et déjà membre des BRICS) observe avec intérêt, pour l’Iran ce n’est pas une mauvaise nouvelle, chiites et sunnites ne s’aiment pas mais cohabitent depuis des millénaires, mieux en cela que les Américains avec les Israéliens.

La nouvelle alliance musulmane n’est donc pas une mauvaise nouvelle pour la stabilisation de la complexité multipolaire et constitue un signe clair de l’époque.

La régularisation espagnole dérape

imoffextages.jpg

La régularisation espagnole dérape

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

La mesure espagnole, appelée « normalisation administrative », censée régulariser environ 500.000 sans-papiers présents sur le territoire, à condition de pouvoir prouver une présence d’au moins cinq mois en Espagne ainsi que des liens familiaux ou une activité professionnelle, semble totalement déraper. Car une fois le mécanisme du regroupement familial intégré, ce sont jusqu’à 3 millions de personnes qui pourraient être régularisées. Les services de police espagnols tirent la sonnette d’alarme.

Entre la mi-avril et le 30 juin, 1.174.978 dossiers ont afflué, soit plus du double de ce que cette mesure socialiste envisageait au départ. Plus de 600.000 dossiers ont déjà été déclarés recevables. Deux tiers des demandeurs viennent d’Amérique du Sud, environ un quart d’Afrique. La majorité des demandes proviennent de Colombie, suivie du Maroc, du Venezuela et du Pérou. 80% des demandeurs ont moins de 45 ans, et la majorité sont des hommes. Mais c’est surtout la vague à venir via le regroupement familial qui inquiète le plus les forces de police.

csm_548056_1_5f9d6dd717.jpgLa bombe à retardement

Selon des responsables espagnols de la migration, cités par la presse espagnole, chaque étranger régularisé peut, via le regroupement familial, faire venir plusieurs personnes en Espagne. Un simple calcul, basé sur les 1,2 million de dossiers de régularisation déjà déposés, montre que cette mesure pourrait entraîner une augmentation de la population migrante d’environ 3 millions de personnes. Les forces de police sont claires et sans détour: le système n’est pas prévu pour cela et s’effondrera.

La police espagnole est furieuse, et pour une autre raison encore. Selon la presse espagnole, le gouvernement socialiste de Sánchez a délibérément écarté la police du traitement de ces dossiers de régularisation – alors qu’elle en a la compétence. Résultat: les services de migration sont submergés par les demandes et ne sont pas tous suffisamment formés pour les traiter correctement. La police évoque déjà des fraudes lors de l’octroi de la régularisation…

Les expériences belges du passé nous ont déjà appris que la régularisation a un effet d’appel pour encore plus de nouveaux arrivants. Et il faut noter qu’une fois ces sans-papiers régularisés, ils peuvent circuler librement dans l’espace Schengen – y compris en Belgique.