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samedi, 16 janvier 2021

Kunstler : les prévisions pour 2021…

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Kunstler : les prévisions pour 2021…


…  des feuxde Bengale chinois avec des frites française – à la mode jacobine – et une vinaigrette russe


Par James Howard Kunstler

Le 1er janvier 2021

Source Clusterfuck Nation

Au moment où j’écris, l’élection présidentielle n’est toujours pas réglée, avec des événements dramatiques potentiels pendant les premiers jours de la nouvelle année. Je ne suis pas convaincu que M. Trump soit dans une position aussi faible que les médias l’ont fait croire en ces mois post-électoraux de brouillard et de brouhaha politiques. La réunion du 6 janvier du Sénat et de la Chambre pour confirmer les votes du collège électoral pourrait encore propulser les choses dans une terra incognita de monstruosité politique constitutionnelle. La tension monte. La démonstration publique de cette semaine, faite par Jovan Hutton Pulitzer, de la facilité de piratage en temps réel des machines à voter de Dominion a certainement plongé les législateurs de l’État de Géorgie dans un abîme de réflexion, et cette démonstration pourrait avoir des conséquences dans la confrontation de mercredi prochain [6 Janvier, NdT] à Washington DC.

Il peut y avoir d’autres surprises de la onzième heure dans la partie Trump de l’échiquier. Comme je l’ai affirmé lundi, nous n’avons toujours rien entendu de la part de Ratcliffe, le Directeur National du Renseignement, et vous pouvez être sûr qu’il est assis sur quelque chose, peut-être quelque chose d’explosif, disons, des preuves de l’ingérence de la CIA dans les élections. Il y a eu des indices inquiétants de quelque chose de tordu à Langley [siège de la CIA] depuis des semaines. Le Département de la Défense, sous le Secrétaire Miller, a repris toutes les fonctions opérationnelles de terrain de la CIA avant Noël – «Fin des coups tordus pour vous !» C’était une grosse affaire. Il y a eu des rumeurs selon lesquelles la directrice de la CIA, Gina Haspel, aurait été d’une certaine manière détenue, destituée et …peut-être pire. Elle était, après tout, chef de la CIA à Londres à l’époque où certaines des pires manigances du RussiaGate étaient concoctées, impliquant les personnages internationaux mystérieux, Stefan Halper, Josepf Mifsud et Christopher Steele. M. Ratcliffe a semblé se battre avec la CIA dans les semaines qui ont suivi les élections au sujet de la lenteur à  fournir des documents qu’il avait exigés.

Que sait d’autre M. Trump au sujet de cette rumeur de querelle inter-institutionnelle ? Ou un certain nombre d’autres questions délicates entourant l’élection, ainsi que des questions concernant le harcèlement qu’il a subi à la suite du coup d’État de quatre ans dirigé par ses antagonistes de l’État Profond – dont beaucoup sont à la CIA. Que sait-il de l’infiltration de la Chine dans nos affaires nationales, dont l’entreprise de la famille Biden traitant avec des entreprises liées au PC Chinois n’est qu’un élément ? Ou de la relation de la Chine avec les machines à voter de Dominion – la Chine aurait acquis une participation de 75% dans l’entreprise aussi récemment qu’en octobre.

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Dans tous les cas, le président a interrompu ses vacances en Floride avant le réveillon du Nouvel An pour rentrer à Washington. Sa ligne de conduite est qu’il veut épuiser toutes les procédures légales prescrites pour contester le décompte du vote du 3 novembre. Et si rien de tout cela ne permet de corriger le résultat, il pourrait passer à… autre chose. Si même les preuves, révélées publiquement jusqu’ici, des stratagèmes de trafic d’influence de la famille Biden à l’étranger sont vraies – et que les e-mails et les mémorandums commerciaux de l’ordinateur portable de Hunter semblent authentiques – alors il serait du devoir de M. Trump d’empêcher Joe Biden de devenir président. Et en dehors du processus constitutionnellement mandaté par la législature nationale, cela lui laisserait une sorte d’autre action exécutive d’urgence.

M. Trump a appelé à une gigantesque manifestation de ses partisans le 6 janvier à Washington. Il ne les a pas appelés là-bas pour le voir se faire humilier. Quelque chose va se passer. Vous pouvez le sentir dans l’air. Je parierai bien que Donald Trump sera celui qui posera la main sur la bible le 20 janvier. Un hic possible à tout cela : l’année 2021 va être une glissade très difficile, avec de nombreux inconforts, traumatismes et choses que l’Amérique devra abandonner derrière elle. Quiconque occupera le bureau ovale sera submergé par les ennuis. En théorie, j’aurais préféré voir un Démocrate démêler cet affreux sac de nœuds, ne serait-ce que pour le récompenser de toute sa mauvaise foi et de son sale combat des quatre dernières années. Mais M. Trump est apparemment prêt à assumer ce fardeau et, dans une telle urgence existentielle, il est susceptible d’être un meilleur leader que le vieux White Joe corrompu et incapable.

D’accord, je vais juste sortir de mon trou et vous éclabousser avec un tas de prévisions personnelles dans ce chapitre principal, et si vous êtes intéressé, vous pouvez continuer à affiner avec les arguments ci-dessous. Je suis reconnaissant à tous les lecteurs motivés de venir ici deux fois par semaine, et à ceux d’entre vous qui maintiennent mon navire à flot avec le soutien de Patreon. Je vous souhaite une année 2021 saine, physiquement et mentalement, déterminée et droite !

Un cahier de doléances pour 2021

  • L’élection est réexaminée, la fraude soustraite du décompte et le président Trump est déclaré vainqueur.
  • Le vote par correspondance pour le second tour du Sénat de Géorgie est disqualifié car une fraude systématique est révélée. Stacey Abrams est mise en examen pour avoir organisé la fraude.
  • Un certain nombre de célébrités politiques, des créatures du marais de Washington DC, des arnaqueurs de K-Street – repère des think-tanks comploteurs – des personnalités des médias et des dirigeants d’entreprises de la Big Tech sont arrêtés et accusés de crimes graves liés à la fraude électorale.
  • La CIA est purgée et réduite à un rôle strictement analytique pour conseiller l’exécutif.
  • Le FBI est également purgé ; Le directeur Wray est accusé d’entrave à la justice.
  • À la suite du renversement du récit électoral des médias d’information – et des résultats réels des élections – Black Lives Matter et Antifa sont lâchés sur un certain nombre de villes pour provoquer des destructions considérables, mais finissent par se faire botter le cul par les troupes fédérales. Les maires qui ont livré leurs villes aux ravages sans réagir sont arrêtés, accusés de complicité d’insurrection et démis de leurs fonctions en attendant leur procès.
  • Nancy Pelosi a été remplacée à la présidence de la Chambre. Mitch McConnell a été remplacé comme chef de la majorité au Sénat.
  • L’avocat américain John Durham porte des accusations contre les avocats impliqués dans l’enquête Mueller, notamment Andrew Weissmann, Aaron Zebly, Brandon Van Grack et Jeanie Rhee. M. Mueller est désigné comme co-conspirateur non inculpé en raison d’insuffisance mentale.
  • Un procureur spécial est nommé pour enquêter sur les opérations de l’entreprise familiale Biden ; les mises en accusation suivent fin 2021.
  • Le marché boursier entre dans une déflation longue et profonde de la valeur des actifs au cours des premier et deuxième trimestres et rebondit le reste de l’année. Le S & P tombe à 550 points ; le Dow Jones moins de 10 000 ; et le Nasdaq sous les 3000.
  • L’indice DXY dollar tombe sous les 80 au 2ème trimestre, et les 60 en fin d’année.
  • Le PIB américain a baissé de 40% à la fin de 2021.
  • La production de pétrole aux États-Unis – sans le gaz naturel liquéfié – a baissé de 40%, fin 2021.
  • Le système bancaire est en plein désarroi en raison du non-paiement des loyers et des hypothèques. Le gouvernement fédéral intervient avec des paiements directs pour secourir les locataires. Les propriétaires en défaut sont autorisés à rester dans leur maison à titre provisoire – ce qui n’est jamais révisé.
  • Une épidémie de peste bubonique s’installe chez les sans-abri de Los Angeles alors que les rats prolifèrent dans leurs campements.
  • Les fonds de pension s’effondrent alors que la chaîne brisée des paiements de loyer et d’hypothèque détruit les bénéfices des placement immobiliers.
  • Le gouvernement fédéral est contraint d’organiser des programmes massifs de distribution de nourriture.
  • Des millions de personnes se sont inscrites dans des projets de création d’emplois dans le cadre du New Deal – certains d’entre eux intéressants.
  • La ville de New York a été contrainte de réduire le service de métro au strict minimum alors que l’argent s’épuise.
  • Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a été évincé de ses fonctions.
  • George Soros et plusieurs directeurs d’ONG financées par celui-ci, sont accusés de crimes de racket et de financement de campagne électorale.
  • General Motors, Chrysler et Ford recommencent à quêter une protection contre les faillites. Cette fois, leurs actifs sont vendus et réorganisés en petites entreprises. Pas de renflouement.
  • Le virus Covid disparaît de la scène au 3ème trimestre, mais le carnage économique persiste. Une énorme quantité de matériel de restauration est vendue à 10% de sa valeur.
  • Le bitcoin «Hodler» [thésauriseur] devient bitcoin «Solders» en tant que réservoir de crypto monnaie.
  • L’hystérie « Woke » [Éveillée] s’évapore alors que les Américains luttent contre les problèmes désespérants de la réalité quotidienne.
  • L’effondrement de l’enseignement supérieur commence sérieusement alors que le racket des prêts universitaires implose. Des dizaines de collèges et même d’universités doivent fermer ; d’autres diminuent considérablement la voilure dans un effort désespéré pour continuer.
  • Les célébrités hollywoodiennes s’excusent en masse pour leur comportement passé de «Woke», implorent le pardon des victimes et des fans. Néanmoins, l’effondrement de l’industrie cinématographique se poursuit alors que, après la Covid, les Américains recherchent désespérément la compagnie d’autres personnes au lieu des divertissements en conserve, dont ils ont marre.
  • Le sport professionnel s’effondre à mesure que le modèle économique échoue. Les Américains appauvris lancent des ligues locales de base-ball et de football à bas prix.
  • Twitter et Facebook deviennent des services publics.

La crise de la Covid et l’effondrement économique

Je n’aurai pas grand chose à dire sur le virus de la Covid-19 que d’autres ont probablement mieux analysé ailleurs, alors je vais être bref. Dans le brouillard de la pandémie, il est difficile de savoir qui, ou quoi, croire. L’épidémie au début de 2020 a induit des réponses officielles similaires et des changements sociaux dans de nombreux autres pays, soulevant la question : le monde entier a-t-il été couillonné ? Si c’est le cas, c’était une sacrée acrobatie. Était-il conçu comme une couverture pour activer le très prolixe « Great Reset » ? Plus d’informations ci-dessous.

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Un grand mystère est de savoir comment, en Chine, la maladie semblait principalement contenue à Wuhan et dans sa province du Hubei, et à quelle vitesse ce pays l’a surmontée par rapport à tant d’autres endroits dans le monde où la maladie a persisté et a connu un second souffle à l’automne. Cela dit, il est évident qu’en Amérique, le virus a été exploité de manière opportuniste par la Résistance et ses serviteurs des médias d’information, d’abord pour rendre M.Trump aussi mauvais que possible, puis pour promouvoir le système de vote par correspondance qui a conduit à une élection criblée de fraude.

Une grande partie de la confusion sur la maladie elle-même – ventilateurs ou non … masques ou non … hydroxychloroquine ou pas … confinements ou pas – a fini par porter atteinte à l’autorité des experts médicaux et scientifiques comme le Dr Anthony Fauci, Deborah Birx, le chirurgien général Adams, le NIH et la FDA, et n’est toujours pas réglé à la satisfaction de nombreuses personnes. Et, comme si nous n’avions pas déjà eu un problème assez important de défaillance de l’autorité institutionnelle, cet échec scientifique s’ajoutait à notre corrosion culturelle déjà aiguë. Je me méfie des statistiques concernant le vrai nombre de cas et la manipulation officielle des décès dus à la Covid-19, mais en réalité venant d’autres causes, ainsi que des tests qui ont produit à tant de fausses conclusions. Il semble assez évident en ces semaines tendues après les élections que le New York Times, CNN et d’autres médias ont travaillé pour intensifier l’hystérie de la Covid et détourner l’attention du public des nouvelles émergentes sur les élections contestées.

Ce qui est assez clair à propos de l’épisode de la Covid-19 à ce jour, c’est à quel point la réponse du gouvernement des États a nui aux petites entreprises américaines qui représentent au moins 40% de l’économie. Selon Bloomberg News, plus de 110 000 restaurants ont fermé leurs portes, dont 17% d’entre eux sont définitivement fermés, avec sûrement d’autres à venir avec les restrictions hivernales. Plus de trois millions d’employés ont perdu leur emploi dans cette seule industrie. Les données de l’Université de Californie à Santa Cruz indiquent que près de 317 000 petites entreprises ont fermé entre février et septembre, dont 60% pour de bon.

Les affaires économiques du pays étaient dans un désordre considérable avant que le virus de la Covid-19 ne jette les choses dans un désarroi encore plus grand. Des décennies de délocalisation industrielle ont décimé la classe ouvrière. Dans une grande partie du Flyover Country [zone pauvre des USA, agricole et industrieuse située entre les deux rives océaniques opulentes, seulement survolée par les jets, NdT], la classe ouvrière a été réduite à une oisiveté démoralisante, et à la dépendance, avec un taux de suicide remarquablement élevé, en particulier pour les hommes. La situation ne s’est que légèrement améliorée sous le président Trump, qui, finalement, s’est heurté à pratiquement toutes les entreprises américaines, qui appréciaient très bien les avantages de la délocalisation.

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Je crois que la classe ouvrière retournera au travail, et non pas dans les usines américaines géantes du type que nous avions dans les années 60, mais parce que les filets de sécurité sociale du gouvernement seront à court de moyens financiers dans la décennie à venir. Ainsi, ils n’auront d’autre choix que de travailler – en même temps que de nombreuses activités automatisées, et dont nous avons profité, ne fonctionneront plus. Une grande partie de cette automatisation a été appliquée, par exemple, dans l’agriculture, où une personne pouvait labourer ou récolter des centaines d’acres par jour dans la cabine climatisée d’une machine de plusieurs millions de dollars guidée par GPS, permettant au conducteur de regarder des films pendant qu’il «travaillait». Eh bien, ce modèle agro-commercial est sur le point de faire faillite. L’échelle est totalement erronée et les besoins en capital sont trop exorbitants. Conclusion : de nombreux ouvriers désœuvrés ont un avenir dans le travail agricole. Ils ne le savent pas encore. Attendez-vous également à plus d’opportunités en tant que domestiques à mesure que la société américaine devient plus nettement hiérarchisée et dans des couches plus élaborées que simplement les riches et les pauvres. C’est loin d’être un mauvais résultat, si vous considérez combien il est important pour la psychologie humaine d’avoir une place dans ce monde, à la fois en termes de but et de lieu où vivre. Et, de toute façon, à quel point la situation actuelle de l’ancienne classe ouvrière est-elle envieuse en tant que toxicomane, souvent sans abri et suicidaire ? Souhaitez-vous que les choses restent ainsi ou pouvez-vous imaginer de nouveaux arrangements sociaux pour répondre aux nouvelles réalités économiques ?

La consolidation du commerce en quelques entreprises géantes telles que Walmart, Target, Amazon avait atteint un sommet mortel et tragique avant la Covid-19, détruisant tous les organismes intermédiaires de l’écosystème commercial et des milliers de rues principales, locales et commerçantes, dans le processus. Avec les confinements liés à la crise de la Covid-19, les grandes entreprises étaient en quelque sorte exemptées de fermeture. Bien qu’elles semblent triompher pour le moment, ces chaînes nationales d’usines de merchandising géantes sont dans leur phase finale crépusculaire. Comme je le répéterai sûrement dans cette prévision, la tendance macro-économique est à la réduction d’échelle et à la relocalisation partout et dans toutes les activités. Les chaînes de magasins et les grandes surfaces dépendent de systèmes et d’arrangements qui ne persisteront pas, par exemple les longues lignes d’approvisionnement en provenance des usines asiatiques. La fin de l’automobile de masse se révélera également problématique pour le commerce à grande échelle répandu dans les paysages suburbains. Et, bien sûr, le modèle commercial d’Amazon de livraison à domicile pour absolument tout et n’importe quoi, était parfaitement adapté à la crise de Covid-19 – bien qu’à plus long terme, son modèle se révélera fatalement défectueux, car il dépend du transport de chaque article à ses clients, et la raison deviendra évidente plus bas.

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L’échec catastrophique de tant de petites entreprises en Amérique jusqu’en 2020 fournira les semences pour une renaissance lorsque les géants tomberont. Un grand nombre d’équipement seront disponibles pour trois fois rien. Les loyers seront bon marché. Les gens entreprenants devront faire attention à l’endroit où ils décident de s’installer pour de nouvelles entreprises : plutôt Main Street [Les gens ordinaires, NdT] qu’un centre commercial vide. La consolidation fonctionnera d’une manière différente – non pas pour agrandir les entreprises, mais pour rapprocher de nombreuses petites entreprises dans des lieux où les gens peuvent se rendre sans voiture – ce que l’on appelait autrefois un quartier d’affaires, un centre-ville ou une rue principale. L’Amérique n’aura pas besoin d’autant d’infrastructures commerciales qu’avant 2020, et pas d’autant de restaurants. Mais nous aurons besoin de certaines de ces choses, bien que d’une autre manière. Je peux aussi imaginer de nouvelles entreprises qui auraient été impensables il y a un an. À un moment donné, lorsque la Covid-19 sortira de la scène, les gens voudront très fortement se réunir avec d’autres personnes. Pensez à ouvrir une salle de danse ou une discothèque avec de la musique live, voire un théâtre.

L’économie américaine était déjà entrée dans une zone structurelle dangereusement fragile avant que la Covid-19 n’entre sur scène. Comme Tim Morgan et Gail Tverberg le soutiennent si bien dans leurs blogs respectifs, l’économie est un système énergétique qui, sous sa forme techno-industrielle avancée, dépend absolument des combustibles fossiles, qui sont devenus un problème au cours des deux dernières décennies, conduisant au présent point d’inflexion entraînant la décroissance, le début d’une longue urgence et ce que d’autres appellent un quatrième tournant. Tout cela converge, vraiment. Nous sommes entrés dans un état de contraction, et il est dans la nature des grands organismes économiques de passer de la contraction à l’effondrement assez rapidement, car les interconnexions complexes de leurs systèmes se ramifient et amplifient les échecs dans un jeu de domino. Le virus a rendu tout pire et plus rapide.

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Le pétrole

Presque personne n’a prêté attention à l’histoire du pétrole cette année avec toutes les effrayantes distractions de la Covid-19, les ravages économiques des confinements et les élections capricieuses. L’histoire du pétrole est probablement plus importante que tout autre facteur dans la situation actuelle et est en grande partie responsable du désordre économique des États-Unis, où tout fonctionne avec du pétrole et notre business modèle d’affaires est foutu. La décroissance change tout.

De 2000 à 2008, nous étions sur la pente descendante de notre approvisionnement en pétrole conventionnel – le genre de pétrole où il suffit de percer un trou dans le sol pour voir jaillir la manne, ou, au pire, l’aspirer par une pompe – l’un dans l’autre, une procédure simple. En 2008, la production totale de pétrole aux États-Unis était inférieure à 5 millions de barils par jour, en baisse par rapport à l’ancien pic de production d’un peu moins de 10 millions de b/j en 1970. Et bien sûr, notre consommation a continué d’augmenter à environ 20 millions de b/j en 2008. Donc, nous importions l’essentiel de notre pétrole à l’époque.

Cela a créé de terribles problèmes pour notre balance des paiements dans le commerce international, mais nous avons truqué cela en prétendant pendant des décennies que les déficits n’ont pas d’importance, comme le disait le Vice-président Dick Cheney. Le résultat, via les opérations réconfortantes et pernicieuses de la financiarisation – c’est-à-dire le remplacement d’une économie de production par une économie basée sur la pure manipulation de la monnaie et de ses instruments spéculatifs, les produits dérivés – a provoqué la grande crise financière de 2008-2009. La crise a été annoncée à l’été 2008 avec un prix du baril de pétrole frôlant les 150 dollars – ce qui a mis à rude épreuve ce qui restait de véritable industrie productive. La dynamique en jeu a incité les autorités politiques à cesser de réglementer les inconduites sauvages dans la finance et la banque, alors qu’elles tentaient de remplacer l’économie productive par des jeux d’argent hasardeux. Ces malversations se sont surtout manifestées dans l’immobilier et dans les obligations hypothécaires titrisées «innovantes» qui ont été refourguées à bon prix par les banques. Les crimes abscons ont été largement relatés ailleurs – par exemple dans mon livre de 2012 Too Much Magic. Mais considérez également que toutes les fraudes hypothécaires du début des années 2000 reposaient sur les derniers avatars de l’expansion suburbaine, et comprenez que la banlieue était entièrement à la merci de l’automobile de masse, qui dépendait d’un pétrole abordable.

Ainsi, le pétrole a frôlé les 150 dollars, l’économie a vacillé, les banques et les constructeurs automobiles ont dû être renfloués et les interventions de la banque centrale sont devenues la norme, y compris la politique de  taux zéro de la Réserve fédérale, un levier désespéré pour maintenir l’apparence d’une bonne santé économico-financière. Et cela a conduit au «miracle du pétrole de schiste».

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C’était plus une cascade qu’un miracle, vraiment. Premièrement, vous aviez une suite de techniques qui pouvaient être employées pour extraire la dernière goutte de pétrole provenant d’une roche mère autrement improductive. Ces techniques comprenaient le forage horizontal guidé par informatique et l’injection de fluides et de produits chimiques pour fracturer la roche imperméable et libérer le pétrole. C’était la «fracturation». Ce n’était pas nouveau mais n’avait pas été développé comme une activité majeure lorsque des sources plus faciles étaient disponibles. C’était très différent de l’ancienne méthode simple consistant à forer un trou dans le sol et à le laisser s’écouler hors de la roche perméable. L’ancienne méthode simple coûtait environ un demi-million de dollars (en dollars courants) par puits pour forer et démarrer la production. Le pétrole de schiste, avec toutes ses complications, coûte entre 6 et 12 millions de dollars par puits. Les anciens puits de pétrole conventionnels des années 1960 ont produit des milliers de barils par jour pendant des décennies. Les nouveaux puits de schiste ont produit une centaine de barils par jour pendant la première année et s’épuisaient au bout de quatre ans. Le taux de déplétion était horrible.

Le pétrole de schiste a été rendu possible grâce aux politiques de prêts faciles et à taux d’intérêt extrêmement bas de la Réserve fédérale. Ils ont rendu disponible beaucoup de capitaux bon marché et des centaines de milliards ont migré vers les nouveaux gisements de pétrole de schiste dans l’espoir de générer d’excellents revenus réguliers. Les grands investisseurs institutionnels comme les fonds de pension et l’assurance recherchaient en particulier des revenus fiables avec des taux d’intérêt obligataires très bas en raison de la politique de la Fed. Ils pensaient nager dans les dividendes des sociétés pétrolières de schiste et les flux de revenus provenant des prêts aux foreurs de schiste qui rapportaient plus que les bons du Trésor américain. Une chose est sûre, pensaient-ils : l’Amérique ne cesserait pas d’avoir besoin de beaucoup de pétrole. Ainsi, le pétrole de schiste semblait être une chose sûre. Sauf qu’au bout de quelques années, il s’est avéré que personne ne gagnait d’argent en produisant ce genre de pétrole.

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Il en coûte tellement cher de sortir ces trucs du sol. Et le taux d’épuisement était si sauvage que vous deviez forer et re-forer sans cesse. Et ce qui était pire, l’économie avait évolué au point où il n’y avait plus de valeur stabilisée pour le prix du pétrole. Le pétrole à plus de $75 détruisait le modèle commercial des activités industrielles productives qui reposaient sur du pétrole bon marché ; tandis que le pétrole à moins de $75 affectait les sociétés pétrolières parce qu’elles ne pouvaient pas faire de profit à la sortie du puits. Le mélodrame s’est déroulé sur dix ans à travers plusieurs cycles d’assouplissement quantitatif de la Fed – création de monnaie ex-nihilo – et des augmentations incessantes de déficits publics. Les compagnies pétrolières elles-mêmes ont été prises dans le «syndrome de la reine rouge» (voir Alice au Pays des merveilles) dans lequel elles produisaient autant et aussi vite qu’elles le pouvaient juste pour maintenir leur trésorerie pour rembourser leurs prêts, sans générer de profit, et un bon nombre d’entreprises ne pouvaient même pas assurer leurs remboursements de prêts, de sorte que le schiste a été un effondrement total pour elles et elles ont fait faillite. Tout a atteint son paroxysme au début de 2020.

Juste avant que le virus de la Covid-19 ne frappe, la production de pétrole de schiste s’élevait à plus de 9 millions de barils par jour, avec environ 4 millions supplémentaires provenant du pétrole conventionnel, du pétrole offshore et du gaz naturel liquéfié (GPL), pour un total de près de 13 millions de barils par jour pour la production pétrolière américaine, un nouveau record ! C’était 3 millions de b/j de plus que le pic précédent de 1970, à un peu moins de 10 millions de b/j. Un exploit ! À cela s’ajoutent un peu moins de 5 millions de b/j de GPL. La consommation quotidienne aux États-Unis était d’environ 20 millions de b/j à l’approche de 2020. Elle est tombée brièvement lors de la panique initiale de la Covid à environ 15 millions de b/j et a un peu rebondi à environ 18 millions de b/j à l’automne 2020. Ainsi, la production semblait être égale à notre consommation.

Cependant, la qualité du pétrole a faussé l’équation de «l’indépendance pétrolière». Le pétrole de schiste avait tendance à être ultra léger, composé principalement de distillats de qualité essence. Bien, l’Amérique utilise beaucoup d’essence parce que nous roulons partout et sans cesse. Le problème est que l’huile de schiste contient peu des distillats lourds essentiels : le carburant diesel, dont dépendent l’industrie du camionnage et de la machinerie lourde, le carburant d’aviation, essentiellement du kérosène, un carburant lourd pour le chauffage domestique et les moteurs des navires. Pas plus que ces près de 5 millions de barils par jour de GPL, qui n’étaient en réalité utilisés que mélangé au pétrole lourd, qui était principalement ce que les États-Unis ne produisaient pas et n’étaient pas bien équipés pour raffiner. En fin de compte, les États-Unis ont dû échanger beaucoup d’essence avec d’autres pays pour obtenir des distillats plus lourds afin de maintenir l’économie en marche. Cela a fonctionné, mais c’était gênant et impliquait une quantité énorme de transport. Ainsi, la situation pétrolière américaine à la sortie de 2019 était superficiellement stable mais fragile.

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Mais à l’orée de 2020, la production de pétrole de schiste s’effondrait. Le manque de rentabilité a fini par rattraper l’industrie. Les investisseurs ont finalement remarqué que les producteurs de pétrole de schiste ne pouvaient pas gagner d’argent. À un moment donné au printemps 2020, avec la Covid-19, les marchés pétroliers ont été si bouleversés par l’effondrement de la demande que le pétrole sur le marché à terme s’est enfoncé jusqu’à une valeur négative surréaliste de -$40 le baril. Il s’est rapidement redressé à la valeur positive de $30 à $40, ce qui était loin d’être suffisant pour que le secteur du pétrole de schiste réalise un profit. Par conséquent, les entreprises ne pouvaient pas obtenir de nouveaux financements pour poursuivre leurs merveilleuses opérations «Red Queen», et sans nouveau financement, elles ne pouvaient pas maintenir leur trésorerie… alors elles ont craqué. Trente-six producteurs ont déposé le bilan en 2020, dont Chesapeake, Oasis, Lonestar, Ultra, Whiting et Chaparral. Les sociétés de services pétroliers qui sont sous-traitées pour effectuer le forage et la fracturation hydraulique ont également fait faillite.

La production de pétrole de schiste a chuté d’environ 2,7 millions de b/j de mars à mai 2020, s’est un peu rétablie en milieu d’année, et a de nouveau trébuché avec la vague hivernale du virus. L’analyste pétrolier Steve St Angelo prédit que la production totale de pétrole aux États-Unis – schiste et tout le reste – se situera à la baisse entre 9,5 et 10 millions de b/j en 2021, ce qui nous ramènerait aux niveaux de 1970 alors que la population du pays n’était que de 205 millions d’habitants – comparé à plus de 330 millions aujourd’hui. Donc, c’est beaucoup moins de pétrole par habitant, pour le voir sous un autre angle. L’analyste pétrolier indépendant Art Berman prévoit un krach de production plus grave d’ici le milieu de l’année 2021, soit environ la moitié de ce qu’il était à la fin de l’année 2019. Nafeez Ahmed, directeur de l‘Institute for Policy Research & Development, appelle simplement cela la fin de l’ère du pétrole. Ahmed dit qu’elle «commencera au cours des 30 prochaines années, et continuera jusqu’au siècle prochain.»

Je crois que cela diminuera beaucoup plus rapidement parce que la baisse de la production est si destructrice pour le business model de la société industrielle qu’elle entraînera un désordre économique, social et politique évident. Tout ce désordre générera des boucles de rétroaction auto-alimentées rendant un retour aux niveaux précédents de confort, de commodité, de prospérité et d’ordre beaucoup moins probable. L’effet net sera un niveau de vie beaucoup plus bas parmi les pays autrefois «avancés», ainsi qu’une diminution des populations. Nous vivons juste le début de ce processus avec la destruction de la classe moyenne américaine. C’est l’essence même de la longue urgence. Nous ne pouvons tout simplement pas dire, pour le moment, jusqu’où ces dynamiques nous conduiront, et à quelle vitesse. 2021 est susceptible d’afficher un désordre intense aux États-Unis, alors que les gens chancellent sous le poids de la faillite des petites entreprises, de la détérioration continue des conditions économiques , et que les griefs politiques sont amplifiés par l’incapacité institutionnelle à prendre en compte, voire à résoudre, nos nombreux problèmes et dilemmes.

Quant à la transition vers une «économie durable» alimentée par des «énergies renouvelables» telles que l’énergie solaire et éolienne, cela n’arrivera tout simplement pas – à moins que vous n’évoquiez les attelages de bœufs et le bois de chauffage, et une population humaine d’environ 10% de celle que la planète porte actuellement. Tous nos fantasmes sur une utopie high-tech tirée par le vent et le soleil dépendent d’une économie de combustibles fossiles pour produire et transporter le matériel nécessaire, puis les pièces de rechange, et cela à l’infini. Cela ne vaut pas la peine d’aller plus loin sur ce sujet ici, mais si vous voulez voir des arguments plus élaborés, ils figurent dans mon récent livre Living in the Long Emergency (BenBella Books, 2020).

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La soi-disant Grande réinitialisation [Great Reset]

La vie aux États-Unis et dans d’autres pays «avancés» se réinitialisera, mais pas de la façon dont la plupart des gens qui bavardent à propos de «la grande réinitialisation» le pensent ou le disent.

Il y a sûrement des groupes, des gangs, des cliques et des assemblées de sorciers dans le monde qui sont en accord sur la façon dont les choses pourraient fonctionner et comment elles les dirigeraient à leur avantage, dans leur hypothétique disposition idéale des choses. Par exemple, la soi-disant «clique de Davos». Qui sont-ils ? Un agrégat de banquiers, d’influenceurs du marché, de politiciens, de magnats des affaires, d’entrepreneurs de la High-Tech, d’éphèbes et d’érastes hollywoodiens, de fomenteurs de coups fourrés et de garçons de courses qui ont beaucoup d’influence financière et politique dans leur propre royaume, mais pas assez collectivement pour mener à bien le genre de coup d’État mondial qui se profile derrière le fantasme paranoïaque standard du Great Reset. Le fait qu’ils se rencontrent dans le décor ultra-luxueux d’un film de James Bond chaque année attise une fascination, une envie, une colère et une paranoïa terribles qu’ils sont capables de tout au-delà d’un festival de m’as-tu-vu, fayotage, léchage de cul, auto-congratulation qui sont les activités réelles du meeting de Davos.

D’autre part, aux États-Unis, au moins, il y a trop de gens méprisés, avec des armes légères, endurcis par des années de mauvaise foi et de malhonnêteté émanant du complexe politique / médiatique / élitiste, pour juste se courber et accepter de se faire mettre par une bande d’aristo-totalitaires séditieux, aux prétendus rêves de lèse-majesté grâce une rédemption marxiste nostalgique-de-la-boue. Si vous avez le moindre doute sur la façon dont les gens en colère avec des armes légères et beaucoup de munitions pourraient perturber les élites condescendantes, il suffit de passer en revue les événements au Moyen-Orient ces vingt dernières années et d’imaginer ces dynamiques transférées au Kansas.

Qu’est supposé être le fantasme de cette «réinitialisation» ? Un «nouvel ordre mondial», un fantasme d’un gouvernement mondial unifié, ce qui est absurde parce que la tendance majeure en ce moment de l’histoire mondiale est à l’opposé de la consolidation et de la centralisation du pouvoir, et se situe plutôt du côté de l’éclatement, de la réduction d’échelle et de la relocalisation. Pourquoi ? Comme vous l’avez vu dans le chapitre Économie, parce que l’échelle, la hauteur et la portée de toutes nos activités doivent être réduites pour survivre dans les conditions post-industrielles de rareté des ressources et des capitaux. Et cela se produira que cela nous plaise ou non et malgré les objections de quiconque.

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Qu’y a-t-il d’autre dans le sac à malice du Great Reset ? Soi-disant une monnaie mondiale unique, également absurde pour des raisons déjà exposées – à moins que vous ne parliez d’or et d’argent, qui peuvent éventuellement devenir le moyen d’échange universellement accepté, et la réserve de valeur, l’indice des prix, etc. si la contraction post-industrielle est assez sévère et destructive. Mais les «monnaies numériques» – laissez tomber ça –  en particulier aux États-Unis, car trop de gens ne sont pas «bancarisés» ou dépendent d’une autre manière de l’argent liquide dans l’économie informelle grise à la va-comme-j’te-pousse – et il y en aura beaucoup plus de ces types, alors que la classe moyenne se fait pilonner plus loin dans la boue de la tranchée – plus une longue cohorte de personnes, capables de numériser, mais tout simplement grincheuses d’être parquées dans un cul-de-sac de surveillance tous-azimuts, dont un grand nombre se battront jusqu’au bout pour empêcher les crypto-dollars parrainés par le gouvernement de remplacer ce qui était autrefois considéré comme de l’argent. Et si, dans le cas peu probable où la rébellion échoue, elle reviendra à l’or et à l’argent par défaut – et cela pourrait littéralement signifier par défaut.

Maintenant, je vous concède qu’il y a des problèmes indiscutables avec toutes les principales devises, en particulier le dollar américain, et elles sont toutes susceptibles de finir sans aucune valeur à terme pour toutes les raisons habituelles et traditionnelles. Le dollar américain est particulièrement vulnérable car son statut de monnaie de «réserve» mondiale – un moyen d’échange fiable dans le commerce mondial – n’est plus compatible avec la véritable situation financière de notre pays, qui souffre d’une obésité financière morbide avec une dette qui ne sera jamais remboursée – une phase terminale. Il y aura, au bout du compte, une sorte de défaut de paiement, soit de la manière la plus simple en déclarant carrément le non-paiement aux détenteurs d’obligations et aux créanciers, soit en créant sournoisement une hyperinflation pour détruire la valeur du dollar. Si l’un ou l’autre de ces événements se produit, la nation sera plongée dans un grave désordre social et politique, l’anathème sera jeté, les gens seront frappés, et il faudra un certain temps avant que les subtilités du contrat social ne se recollent, par exemple un accord visant à introduire un «nouveau dollar» quelconque pour remplacer l’ancien en ruine. À ce moment-là, les anciens États-Unis pourraient ne plus être debout intacts, et il appartiendrait aux États ou aux régions de régler la question de l’argent.

Je ne pense pas qu’elle sera réglée avec une nouvelle monnaie numérique pour les raisons exposées ci-dessus, mais aussi parce que la monnaie numérique est totalement dépendante d’Internet, qui, à son tour, dépend totalement d’un réseau électrique fiable, et les deux systèmes sont susceptibles de sombrer dans les convulsions sociopolitiques entraînées par un effondrement financier. Non seulement les transactions deviendraient impossibles, mais les moyens qui garantissent la propriété de l’argent – «portefeuilles» ou fichiers – pourraient être définitivement perdus, anéantissant avec eux les fortunes. Cela inclut évidemment Bitcoin et les choses similaires. La blockchain est aussi solide que la chaîne, et sans Internet, il n’y a pas de chaîne du tout. Donc, encore une fois, l’or et l’argent doivent entrer dans l’épure, peut-être en soutenant une monnaie papier, peut-être en circulation sous forme de pièces de monnaie.

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En attendant une telle crise, très peu de la vie quotidienne en découlerait comme avant 2020. Nous verrons une Grande Réinitialisation, d’accord, mais pas de bouillie totalitaire distribuée à la plèbe à partir des vapeurs des cuisines de Davos ou de tout autre service de restauration d’élite. Ce sera un phénomène émergent et auto-organisé, de A à Z, dans lequel les gens devront improviser, au quotidien, de nouveaux systèmes locaux pour obtenir de la nourriture, organiser un foyer et créer des activités commerciales autour de leurs besoins les plus fondamentaux : la production alimentaire, le transport, le commerce, la  fabrication, l’approvisionnement en énergie, les soins médicaux, les nettoyages, la construction, et cetera.

Je dis depuis un moment que cela reviendrait peut-être à «un retour au médiéval». Ça pourrait être mieux, ça pourrait être pire. Eh bien, ça y est. Voici votre Grande Réinitialisation à vous. Tenez-vous prêt et préparez-vous à foncer.

L’abîme regarde derrière lui

Le moratoire fédéral sur les expulsions adopté par le Congrès avec l’arrivée au printemps 2020 de la Covid-19 expirera à la fin du mois de janvier dans l’état actuel des choses, exposant 30 millions de locataires au risque de devoir quitter leur logement. En plus, 28 millions de propriétaires de maison ont été placés dans un moratoire hypothécaire. Que se passera-t-il dans un mois ? Eh bien, d’une part, ne négligez pas le fait tout simple que ces moratoires n’excusent personne de devoir payer tous les arriérés de loyer et les arriérés de versements hypothécaires qui ont été suspendus pendant l’année. Le gouvernement fédéral ne peut tout simplement pas continuer à agir comme cela éternellement parce que cela gronde dans le système bancaire. Si les propriétaires ne sont pas payés de leurs loyers, ils ne peuvent pas payer leur prêt hypothécaire – et la plupart des biens immobiliers locatifs sont hypothéqués pour autoriser un flux de trésorerie, le paiement des impôts et un modèle commercial cohérents. Les propriétaires ne peuvent pas non plus payer leurs impôts locaux aux municipalités, États et gouvernement américain. Les villes sont particulièrement touchées par l’effondrement des recettes fiscales, car elles ne peuvent pas continuer à réparer les infrastructures, ni couvrir les retraites ou financer les écoles, c’est le cercle vicieux de la dégradation urbaine.

Comment les gens qui ont perdu leurs entreprises et leurs moyens de subsistance vont-ils trouver l’argent pour compenser ces arriérés ? Ils ne le pourront probablement pas. Jusqu’à présent, il n’y a pas de discussion nationale sur ce problème, mais nous voyons les premiers signes d’une réponse émotionnelle dans les rébellions de la rente sous la bannière «annulez le loyer». Ce dilemme met en évidence la probabilité d’une campagne du gouvernement fédéral pour  renflouer les locataires et les propriétaires, et/ou une campagne pour le programme qui a fait ses premiers pas lors des primaires Démocrates de 2020, le «revenu de base universel» (UBI). L’un ou l’autre de ces événements a de bonnes chances de se produire alors que l’effondrement économique des États-Unis se poursuit et que les politiciens paniquent.

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Ces programmes ne fonctionneront pas. Dès qu’ils seront renfloués de leurs anciennes dettes, les locataires et les «propriétaires» de maisons commenceront à accumuler de nouveaux arriérés s’ils n’ont pas assez pour générer un revenu régulier, ou tout simplement ne peuvent pas parce que l’économie est totalement brisée. Et maintenant, quoi ? Un autre renflouement dans six mois ? Toute la création monétaire pour faire tourner ce moulin à eau de la futilité ne fera qu’accélérer l’inflation et la dépréciation du dollar car de plus en plus d’argent est créé à partir de rien pour ces renflouements et ces dons. Le type de revenu universel évoqué lors des primaires de 2020, en particulier par le candidat Andrew Yang, s’élevait à 1 000 dollars par mois. La plupart des locataires ne pourraient probablement pas couvrir leurs loyers mensuels avec cela, sans parler de tous les autres éléments du coût de la vie. Alors quoi ? $5000 par mois ? Si vous voulez donner de grosses sommes d’argent pour rien, pourquoi ne pas simplement faire de chaque Américain pauvre un millionnaire ? … Et puis regarder le prix d’un sandwich monter jusqu’à $150.

Une crise parallèle a également mûri dans l’immobilier commercial alors que les entreprises s’adaptent à leurs employés travaillant à domicile et tentent de sortir de leurs baux – ou simplement renoncer si leurs baux doivent être renouvelés. L’immeuble de bureaux n’est peut-être pas tout à fait une chose du passé, mais ce ne sera pas comme avant 2020, et le problème est plus aigu dans un endroit comme New York ou Chicago où le centre-ville est coincé avec des mégastructures qui sont passées du statut d’actif à celui de passif pratiquement du jour au lendemain. Nous n’avons aucune idée de ce qu’ils vont devenir, mais je doute qu’ils soient réaménagés en appartements pour deux raisons, d’abord le coût serait inabordable, et d’autre part la tour d’appartements n’est qu’un accessoire de celle de bureaux et si les tours de bureaux sont obsolètes, les tours d’appartements le seront aussi.

710POOWGTPL.jpgCela conduit à ce que je dis depuis que j’ai écrit Too Much Magic : nos villes vont se contracter considérablement; le processus va devenir douloureux ; et il y aura des batailles pour savoir qui habitera les quartiers qui, pour une raison ou une autre, conservent leur valeur – les fronts de mer, les vieux quartiers de petite taille et les maisons de faible hauteur. Covid-19 plus les émeutes et les pillages en ville ont incité les gens qui en avaient les moyens à se réinstaller à la hâte dans les banlieues. Mais cette tendance est un faux semblant. Face aux problèmes pétroliers que nous rencontrons, les banlieues suivront rapidement les villes dans l’inutilité et le dysfonctionnement. Les personnes qui y ont déménagé l’année dernière découvriront qu’elles ont commis une grave erreur, surtout si elles ont acheté une maison.

Le changement le plus permanent se fera vers les petites villes et cités américaines, des lieux adaptés aux réalités énergétiques, et aux faibles ressources en capital, qui nous attendent, y compris la nécessité de vivre plus près de l’endroit où la nourriture est cultivée.

Ce fiasco existentiel national en boule de neige suggère certainement la nécessité de réorganiser l’économie américaine et les choix sont assez difficiles. Le parti Démocrate et toute la secte du côté gauche sont enclins à tenter un contrôle centralisé de l’activité économique d’une manière qui ressemble fortement aux gigantesques expériences nationales du XXe siècle qui portaient le nom de socialisme. Désolé, mais je veux dire … comment pouvez-vous l’appeler autrement ? Il n’existe plus vraiment dans la pratique, même pas en Chine, qui n’est plus qu’un État totalitaire racketeur. Le XXe siècle a été un moment de l’histoire où tout a vraiment pris de l’ampleur, et avec lui est venu le souhait de contrôler tout cela avec des gouvernements nationaux. Il a été mis à l’épreuve dans de nombreux endroits et partout il s’est terminé par la tyrannie, des difficultés et le meurtre de masse.

La dynamique des choses a  changé. Elles s’est inversée. Elle  se contracte. Donc, l’autre choix que nous avons est de suivre ce courant, de réduire les choses que nous faisons, le terrain que nous occupons et la gamme de phénomènes que nous pensons pouvoir contrôler. Ce sera en fin de compte le seul choix, bien sûr, car le besoin d’un nouveau socialisme étatiste va à l’encontre de l’impulsion actuelle de l’histoire, et donc contre la nature. Cela échouera et nous devrons ensuite utiliser le programme que le Zeitgeist [l’esprit du temps] propose réellement.

Les Illuminés Éveillés

Parfois, les sociétés chient dans leurs frocs et deviennent folles et c’est un peu ce qui est arrivé à l’Amérique en 2020. La détresse s’était accumulée pendant des années, surtout depuis la grande crise de 2008-2009 lorsque la classe moyenne a commencé à se dissoudre pour de bon. Maintenant, leurs enfants adultes perçoivent que l’avenir sera très différent du passé récent et que leurs espoirs et leurs rêves programmés ne correspondent pas à ce que cet avenir exige réellement d’eux : rigueur, réalisme, sérieux et droiture. C’est trop pour eux. C’est trop douloureux. Et ils ne sont pas prêts pour cela. Ils se replient dans la fantaisie, le cynisme et l’ambiguïté. Donc, au lieu de la vertu, nous avons le simulacre de la vertu et, chez les adultes qui devraient être mieux informés, le genre de comportement de chipie que vous constatez chez les filles de 13 ans.

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Le terrain a été préparé par une société qui a choisi de transformer la plupart de ses activités institutionnalisées importantes en rackets, plus particulièrement l’enseignement supérieur, qui est entré dans une expansion métastatique tardive alimentée par le racket des prêts garantis par le gouvernement. Le racket de prêts a permis aux universités et aux collèges d’augmenter leurs frais de scolarité de manière extravagante, ce qui les a incités à considérer leurs étudiants surendettés et surpayés comme des clients, ce qui a évolué vers une flagornerie se pliant à tous leurs souhaits [le client est roi, non ? NdT].

Déjà en place comme héritage des années 1960, se trouvait l’appétence de croisés et d’activistes, en révolte contre les indignités bourgeoises de leur propre vie confortable, à faire cause commune avec toutes les autres «victimes de l’oppression» pour monter un théâtre à vocation carriériste. Ils ont concocté des programmes d’études de disciplines stupides pour diverses cohortes de victimes en mal d’identité afin de monétiser leurs obsessions de griefs, et tout a fonctionné à merveille jusqu’à ce que la Covid-19 déchire les campus et commence à faire exploser tout le modèle commercial. Et maintenant, les inscriptions dans les collèges diminuent d’environ 20% pour 2021, un grand nombre d’écoles moins bien dotées cesseront leurs activités, mais d’autres écoles mieux dotées suivront bientôt.

Une autre chose s’est produite parallèlement aux hystéries de griefs sur les campus. La campagne d’un demi-siècle pour les droits civiques – qui s’est soldée par une impasse, avec toutes les politiques destructrices de services sociaux à la famille de la fin du XXe  siècle – est devenue un échec si manifestement embarrassant, avec une classe inférieure hostile et dangereuse, que, dans une posture de honte et de dépit abjects, tout le libéralisme blanc a dû trouver une excuse, qui a finalement pris le nom de Critical Race Theory avec, en figure de proue, son credo du racisme systémique.

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Donc : Black Lives Matter, basé sur le fantasme que les policiers blancs étaient engagés dans un génocide contre les personnes de couleur. En vérité, ce que vous avez vu avec Trayvon Martin à Sanford, FLA, Michael Brown à Ferguson, MO, Tamir Rice, à Cleveland OH, et une longue série de martyrs instagrammés, était une série d’incidents, au mieux extrêmement ambigus, et, au pire, d’adolescents ayant un mauvais contrôle de leurs impulsions en agissant de manière susceptible de leur causer de gros problèmes. Et puis, enfin, avec la folie Covid-19 arrivant sur la terre, et la hausse des températures autour du Memorial Day, est venu George Floyd, ex-détenu d’âge moyen et récidiviste – invasion de domicile, vol à main armée, etc. – parfois star du porno, arnaqueur, toxicomane qui «retournait vivre» à Minneapolis, pris au piège sous le genou de l’officier Derek Chauvin….

Black Lives Matter peut être simplement compris comme une agitation bien financée, et par «agitation», j’entends un programme pour s’approprier malhonnêtement les biens d’autrui, une variante grossière du « vol à la tire » dans la rue. BLM affiche également une patine de falsification morale, à savoir son prétendu credo «marxiste» – une tentative de paraître intelligent et politique là où il est en fait purement et simplement criminel. En réalité, c’est juste une force destructrice, un moyen de punir ses ennemis présumés, en particulier la police qui est censée – mais pas en réalité – perpétrer un génocide raciste. Cela touche plus généralement le Wokesterism [l’idéologie des Éveillés] sous tous ses aspects, de la théorie critique de la race pour effacer la culture, au jeu #Me Too. Son objectif est la coercition, le désir de bousculer les autres, de trouver des excuses pour les punir et de le faire pour le plaisir sadique de les voir se tortiller, souffrir, perdre leur gagne-pain et périr. C’est ça. Le reste est de la pure connerie.

Au cours de la nouvelle année, le carnage économique en cours sera si grave que la nation n’aura peut-être pas le temps d’analyser les subtilités de la théorie et de la philosophie du Wokesterism, ou la patience d’entendre les explications fastidieuses des plaintes identitaires. Les femmes devront arrêter de prétendre être une version alternative des hommes et commencer à concevoir un rôle plausible pour elles-mêmes en tant que division complémentaire de la race humaine dans une lutte nouvelle et dure pour prospérer. Les cris des Éveillés «raciste, raciste, raciste» ne seront plus accueillis par des génuflexions, des excuses et des câlins. Les allégations de victimisation spéciale seront ridiculisées lors des réunions publiques. Pour la première fois depuis des décennies aux États-Unis, tout le monde devra prendre sa propre mesure et fermer sa gueule à ce sujet. [Vous serez mesuré avec les mesures dont vous vous serez servi, Mathieu 7.2, NdT] Les temps difficiles sortiront l’Amérique de ses fantasmes spongieux et concentreront des millions d’esprits sur la satisfaction de leurs besoins fondamentaux sans câlins de maman, trophées de participation, ou saut d’obstacle par affirmative action.

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Antifa, un autre auxiliaire Woke avec un très mauvaise comportement, a passé la majeure partie de l’année Covid-19 confiné, en tant qu’espace social pour les rencontres de jeunes comme tous les lieux sociaux habituels – campus, bars, cafés, fêtes, concerts, etc. À Seattle, WA, Portland, OR, Minneapolis, MN, Philly, PA, et NYC, NY, où des politiciens irréfléchis ont forcé la police à se retirer, ou l’ont paralysée en interdisant d’utilisation de la force, ou les ont tout simplement licenciés en masse, dans ces lieux donc, les émeutiers Antifa ont découvert qu’il était particulièrement amusant de jouer à des versions pour adultes de capture-le-drapeau ou au gendarme et au voleur lors des chaudes nuits d’été avec les flics. Ils ont pu porter des tenues de combat de rue sensass et brandir des parapluies contre les attaques de gaz, et les jeunes hormones mâles ont exécuté des actes de bravoure avec des feux d’artifice, des skateboards, des battes de base-ball et, plus d’une fois, hélas, des armes à feu. S’ils étaient arrêtés par la police, le procureur local les laissait repartir et beaucoup sont retournés aux émeutes amusantes à maintes reprises, tout l’été.

Beaucoup de biens ont été endommagés, des statues d’Américains célèbres ont été abattues, peintes à la bombe, cassées, décapitées. Les entreprises qui avaient assez de mal à rester à flot sous les confinements liés à la Covid-19 ont vu leurs vitrines brisées, du matériel et des marchandises pillés. Cinquante ans plus tard, les vieux Antifas ridés se rappelleront à quel point c’était romantique, mais en 2021, le public perdra patience face à d’autres singeries des Antifas dans les rues. Ils verront juste leurs petits parapluies déchiquetés et leurs culs bottés, et ils retourneront vite, pipi-pipi-pipi, à ce qu’est aujourd’hui un crash-pad, ou au sous-sol chez maman. Nous apprendrons également une chose ou deux sur qui finançait les Antifas en 2020, en payant les billets d’avion pour organiser leurs émeutes amusantes ville après ville, et nous nous assurerons qu’ils étaient bien approvisionnés en palettes de briques, parpaings et vaporisateur. Beaucoup d’Antifas d’aujourd’hui seront les ouvriers agricoles de demain. Après avoir passé leur jeunesse dans les pillages, la drogue, les jeux de genre il/elle/ça, et leurs téléphones portables, ils ne seront qualifiés pour rien d’autre.

Feuxde Bengale chinois avec vinaigrette russe

Donald Trump a tenté de mettre la pagaille dans l’ordre des choses établi entre les États-Unis et la Chine, qui s’était constamment retourné contre notre propre intérêt national. Pendant quelques décennies, ils nous ont envoyé des produits manufacturés bon marché et nous leur avons envoyé des bons du Trésor américain. La Chine a assez bien aimé cet arrangement, mais cela ne fonctionnait vraiment pas si bien pour nous. Leur ayant cédé notre secteur manufacturier, à eux et à tout le monde en Asie de l’Est, notre classe ouvrière n’avait plus d’emplois décents et était de plus en plus obligée d’acheter toutes ces choses bon marché fabriquées en Chine, même à des prix Walmart bas, très bas. Donc, M. Trump a craqué à ce sujet et a infligé des droits de douane sur les produits chinois, et ils ont récemment vendu des bons du Trésor américain au lieu de les empiler comme avant. Ils détiennent toujours plus de 1000 milliards de dollars, et ils ne peuvent pas se débarrasser de tout en même temps sans en détruire la valeur. Et nous achetons encore beaucoup de choses en Chine, même si la relation est maintenant très tendue.

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Certains disent que nous sommes en guerre avec la Chine, que c’est un nouveau type de guerre, une guerre d’information et d’infiltration. Qu’est ce que la Chine possède aux États-Unis, qui et quoi ? Le peuple américain commence à le découvrir. Dieu sait que notre communauté du renseignement est peu fiable. Peut-être que la Chine possède maintenant notre CIA. C’est peut-être pour cela que M. Trump a été si occupé à éliminer les divers avantages et moyens de la CIA. Nous avons appris avec certitude qu’ils ont acheté et payé le candidat Démocrate à la présidence, Joe Biden, grâce à une série d’accords commerciaux lucratifs conclus par son fils, Hunter, avec la filiale d’une agence de renseignement détenue par la Chine. Personne ne semble s’en soucier pour le moment – mais peut-être qu’on s’en souciera davantage à l’approche de son hypothétique investiture.

Il est assez clair que la Chine a fait une offre à un membre du Congrès Eric Swalwell (D-CA), membre Démocrate du Comité de renseignement de la Chambre des représentants. Ils ont envoyé un adorable petit biscuit de fortune nommé Fang Fang en Californie il y a quelques années, lorsque M. Swalwell était membre du conseil municipal de Dublin, en Californie, et elle est restée avec lui pendant des années, recueillant l’argent de la campagne et l’aidant à gagner un siège au Congrès. Selon la rumeur, il jouait à cache-cache le melon d’hiver pendant des années. Était-il vendu ? Personne ne semble s’en soucier pour le moment. Cela va peut-être changer.

Et, bien sûr, nous avons appris il y a quelque temps que la sénatrice Diane Feinstein (D-CA) avait un chauffeur et un gérant chinois (national) pendant vingt ans, y compris durant ses années en tant que présidente de la commission du Renseignement du Sénat. Il s’est rendu en Chine lorsque son identité d’espion a été révélée. Tout le monde s’en fout. C’est ainsi que nous sommes devenus un pays de mauviettes.

La Chine, apparemment, a des milliers et des milliers d’agents soigneusement placés dans toute l’Amérique, en particulier dans les grands centres de recherche universitaires et les entreprises technologiques américaines et même dans les médias d’information. Des rapports indiquent qu’une société chinoise a acheté une participation de 75% dans Dominion Voting Systems pour 400 millions de dollars à Staple Street Capital en octobre 2020 dans le cadre d’un accord ténébreux passé par la banque suisse UBS. Il a été démontré que les machines à voter de Dominion utilisées lors des récentes élections nationales américaines étaient connectées à Internet, même si, conformément à la loi, elles ne sont pas autorisées à le faire. Bizarre, non ? Connecté à qui ? Jusqu’à présent, personne ne semble s’en soucier.

Oh, et il y a presque un an, il y a eu un cadeau du Nouvel An lunaire de la Chine à l’Amérique : la Covid-19.

Merci, Chine. Que savons-nous réellement de la façon dont cela s’est passé ? Apparemment, ils sont occupés, alors que j’écris, à détruire des échantillons de virus dans le laboratoire de Wuhan.

Cette guerre informationnelle et économique entre la Chine et les États-Unis jusqu’à présent va-t-elle se réchauffer et devenir un autre type de guerre ? Je ne pense pas qu’il y ait grand-chose à faire pour que la Chine emprunte cette voie. Quoi qu’il en soit, ils ont tout en main en attendant de voir si leur garçon de courses acheté et payé, M. Biden, deviendra réellement président et peut-être aussi dans l’attente de voir exactement comment les États-Unis s’effondreront l’année prochaine. Ils perdront beaucoup de clients pour les meubles de jardin et autres produits divers, mais ils n’auront alors plus à se soucier que nous surveillions toute leur activité ailleurs dans le monde, où, avouons-le, il se passe beaucoup de choses.

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Le principal à savoir est que la Chine est presque aussi fragile que nous, mais de différentes manières. Ils n’ont pas beaucoup de réserves de pétrole, et ils brûlent près de 13 millions de barils par jour, dont ils produisent près de 5 millions et importent le reste. Ce n’est pas une bonne situation, et pas sensiblement meilleure que la nôtre. Leur système bancaire est au moins aussi déglingué que le nôtre, probablement pire, puisque leurs banques n’ont qu’à répondre au PC Chinois et qu’elles peuvent éponger toute blessure au cœur. Une dépression mondiale pourrait créer de graves problèmes de chômage pour eux, et donc une pression politique sur, et au sein du PC Chinois. Pour 2021. Si, par hasard, Donald Trump se retrouve à la Maison Blanche, les choses pourraient devenir un peu plus inattendues.

Il y a quelques jours à peine, des rapports ont révélé que le président Xi Jinping subirait une chirurgie cérébrale pour l’aggravation d’un anévrisme. Cela impliquera une lutte de pouvoir au sein du PC Chinois au cas où l’opération ne se passerait pas bien. Je ne peux pas confirmer ces rumeurs, mais c’est comme ça … je dis ça je dis rien …

La Russie semble la mieux placée pour éviter les désordres économiques de l’Occident et les mécontentements de la Chine. La Russie a déjà connu un effondrement économique et politique traumatisant et en est sortie plus allégée, rationalisée et viable. En raison des sanctions américaines punitives, elle a dû développer une économie de remplacement des importations, répondant davantage à ses propres besoins. Elle a environ deux fois plus de réserves de pétrole prouvées que les États-Unis et moins de la moitié de notre population. Elle a régulièrement acquis des réserves d’or et a fait du foin au sujet de la création d’une monnaie adossée à l’or – ce qui serait une véritable nouveauté dans un monde de monnaie fiduciaire. Elle a une population bien éduquée et relativement homogène de personnes capables qui se sont remises psychologiquement de la foutaise politique de 75 ans du communisme. Elle possède un arsenal d’armes nucléaires hypersoniques de renommée mondiale. Elle a un leadership politique rationnel et intelligent. Et la Russie vient de passer une loi stipulant que quiconque porte de fausses accusations #MeToo contre un autre citoyen encourt cinq ans de prison. On regarde avec admiration !

L’Europe

Putain … oubliez-ça. Pas de pétrole. Pas de quoi bander. Enterrée dans la dette. Échec des filets de sécurité sociale. Plus d’un million d’immigrants musulmans hostiles qui cherchent à agrandir la faille. En 2021, l’UE s’effondrera et les États s’efforceront désespérément de consolider leurs économies. Ils ne réussiront pas. Les troubles suivront et les gouvernements tomberont. Angela Merkel fait ses adieux au Volk. Boris Johnson fera face à un vote de censure au Parlement. Macron survivra et deviendra très dur, mais la France devient pauvre et aigrie. Tout le monde commence à dire de belles choses sur Victor Orban.

Voilà tout le champ de bataille. Pardonnez-moi de ne laisser de côté qu’environ dix mille autres sujets et problèmes, y compris le changement climatique, dont je dirai seulement : croyez-y ou pas, nous avons des choses plus urgentes à craindre.

Bonne année à tout le monde !

James Howard Kunstler

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

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vendredi, 15 janvier 2021

Quel est l'avenir de l'Afghanistan après l'échec de Trump ?

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Quel est l'avenir de l'Afghanistan après l'échec de Trump ?

par Andrew Korybko

Ex: https://oneworld.press

Le représentant spécial du président russe pour l'Afghanistan, Zamir Kabulov, est quasi certain que le président élu Biden ne fera pas grand-chose pour inverser la tendance au retrait d’Afghanistan du président sortant Trump, malgré la nouvelle législation promulguée qui entrave la perspective de nouvelles réductions, mais il craint également que les troupes américaines soient remplacées par des entrepreneurs militaires privés dans un scénario dont il a averti qu'il serait une erreur.

Les prévisions de la Russie pour l'Afghanistan

De nombreuses questions demeurent en suspens sur la politique étrangère du président élu Biden, à l'occasion de son investiture imminente la semaine prochaine, mais l'une des questions les plus pertinentes pour toute l'Eurasie est la position qu'il adoptera face à la guerre apparemment sans fin des États-Unis contre l'Afghanistan. Le représentant spécial du président russe pour l'Afghanistan, Zamir Kabulov, est quasi certain que le président élu Biden ne fera pas grand-chose pour inverser le cours des choses concernant le retrait d’Afghanistan préconisé par le président sortant Trump, malgré la législation qui entrave la perspective de nouvelles réductions, mais il craint également que les troupes américaines soient remplacées par des entrepreneurs militaires privés dans un scénario qui, selon lui, serait une erreur. Il s'agit d'une prévision assez sérieuse qui mérite d'être approfondie afin de mieux comprendre la logique qui la sous-tend.

La nouvelle stratégie américaine en Asie centrale

J’ai expliqué l'année dernière que "la stratégie américaine en Asie centrale n'est pas aberrante, mais cela ne signifie pas qu'elle va réussir". Il a été souligné que la vision officielle de Trump pour la région, telle qu'elle est articulée par le document "Stratégie pour l'Asie centrale 2019-2025" de son administration, contraste fortement avec celle, non déclarée, de ses prédécesseurs. Au lieu de se concentrer sur la guerre hybride, qui consiste à « diviser pour régner », menée contre les terroristes, elle se concentre principalement sur un projet de connectivité régionale pacifique afin d'étendre calmement l'influence américaine dans le cœur géostratégique de l'Eurasie. Il convient de saluer la volonté de mettre en œuvre des moyens non violents, avec lesquels on peut compter dans le cadre du soft power, même s'il ne faut pas exclure la possibilité que certains éléments des anciennes stratégies informelles restent en place, en particulier après l'inauguration de Biden.

L'argument contre une autre « avancée violente »

L'ancien vice-président ramène à la Maison-Blanche un groupe de fonctionnaires influents de l'ère Obama, d'où la crainte, chez bon nombre d’observateurs, qu'il envisage sérieusement de répéter la fameuse "avancée" de l'ancienne administration, qui a finalement échoué. La donne géopolitique a cependant beaucoup changé depuis lors, et il ne semble pas y avoir de réel intérêt à la réitérer dans les conditions actuelles. Non seulement la planète est en train de se remettre de ce que l'auteur a décrit comme la "guerre mondiale C" - qui fait référence aux processus de changement de paradigme à grande échelle déclenchés par les efforts non coordonnés de la communauté internationale pour contenir le COVID-19 - mais l'Amérique est sur le point de lancer une version nationale de sa "guerre contre le terrorisme" en réponse à la prise d'assaut du Capitole la semaine dernière et les États-Unis doivent également s'adapter au rôle croissant de la Chine dans le monde. Ces deux tâches ont la priorité sur les Talibans.

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L'amélioration des liens entre les États-Unis et le Pakistan est de bon augure pour l'Afghanistan

J’ai évoqué ces derniers développements ainsi que le manque de confiance de l'administration Biden dans le gouvernement de Modi perceptible dans l'analyse qu'il a faite en début de semaine pour le Pakistan Tribune Express sur "Les trois facteurs qui vont façonner l'avenir des relations américano-pakistanaises". Cette analyse conclut que les relations bilatérales s'amélioreront à la suite de ces pressions, ce qui réduira encore la possibilité de voir les États-Unis augmenter leur participation à la guerre contre l'Afghanistan, qui, de toute façon, a d’ores et déjà échoué. Le processus de paix dansle dossier des Talibans, aussi imparfait soit-il, a véritablement donné des résultats notables au cours de l'année écoulée. Non seulement ce serait du gâchis pour Biden d'abandonner tout cela juste pour faire le contraire de ce que fit son prédécesseur, mais cela ne servirait pas à grand chose de toute façon, vu les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la stratégie de l'administration Trump pour l'Asie centrale.

Trump & Biden : des visions différentes, des intérêts partagés

En fait, c'est en Asie centrale que Trump et Biden ont une confluence d'intérêts unique. La politique d'engagement économique du premier s'accorde bien avec les projets du second de créer, dans cette région du monde, une "Alliance des démocraties". Les deux projets sont des moyens non militaires d'étendre l’influence américaine et se complètent parfaitement. S'il est probable que Biden maintiendra la présence des troupes américaines en Afghanistan ou même qu'il l'augmentera légèrement pour des raisons de politique intérieure s'il le juge opportun, il est peu probable qu'il consacre autant de temps et d'efforts militaires à ce conflit qu'Obama ne l'a fait pour les raisons mentionnées plus haut. Si les républiques d'Asie centrale ne pratiquent pas des formes occidentales de démocratie, les États-Unis les considèrent néanmoins comme étant différentes en substance des modèles de gouvernement de la Russie et de la Chine, et donc comparativement plus "légitimes",ce qui leur permettra de s'associer à elles.

L'influence pernicieuse du complexe militaro-industriel

Malgré cela, le puissant complexe militaro-industriel des États-Unis n'acceptera pas que ses intérêts les plus directs soient menacés dans la région par la décision du gouvernement civil de maintenir les troupes à un niveau historiquement bas. Compte tenu de cela, il est logique que Biden exécute la proposition de l'administration Trump de privatiser le conflit par l'intermédiaire d'entrepreneurs militaires privés (PMC), car ces derniers constituent une partie importante, avant-gardiste, du complexe militaro-industriel, surtout parce qu'ils permettent à Washington de conserver un degré de "déni plausible". De nombreux anciens militaires passent des forces armées aux PMC après leur démobilisation parce que cela paie beaucoup mieux, faisant ainsi de ces entités pratiquement une seule et même entité, sauf au sens juridique, les deux remplissant la tâche importante de garder le trillion de dollars de minéraux et de terres rares de l'Afghanistan.

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Réflexions finales

Pour l'avenir, Biden (ou plutôt, la structure du pouvoir qui se profile derrière lui) ne fera peut-être pas beaucoup de progrès politiques dans la résolution de la guerre américaine contre l'Afghanistan, mais il n'aggravera probablement pas les choses non plus. Au contraire, cette "guerre sans fin" pourrait continuer à persister, mais devenir simplement de plus en plus "oubliable" dans les médias. S'il estime qu'il serait politiquement commode de le faire au niveau national, il pourrait alors soit augmenter légèrement le niveau des troupes, soit annoncer publiquement que certaines des troupes existantes seront remplacées par des PMC. Ses services de renseignement continueront probablement à fomenter des scénarios de déstabilisation de faible intensité dans toute la région, mais ils ne concentreront probablement pas trop d'efforts sur ce point, car la grande orientation stratégique des États-Unis se déplace ailleurs, à la lumière des nouvelles conditions nationales et internationales dans lesquelles l'hégémonie unipolaire en déclin est forcée de s'adapter.

jeudi, 14 janvier 2021

Trump a été englouti par le marais parce qu'il n'a pas eu la force de le drainer

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Trump a été englouti par le marais parce qu'il n'a pas eu la force de le drainer

par Andrew Korybko

Ex: https://oneworld.press

Trump pensait sincèrement qu'il pouvait apporter des changements irréversibles sur le long terme dans la manière dont l'Amérique est dirigée en "asséchant le marais" que tous ses partisans méprisent si profondément, mais il a finalement manqué de force à maintes reprises pour prendre les mesures décisives nécessaires à la réalisation de cette grande vision stratégique, et ce pour plusieurs raisons importantes qui méritent d'être longuement débattues.

Le Commandant en chef capitule

L'ère de Trump est terminée après que le président sortant ait annoncé, au lendemain de la prise d'assaut du Capitole américain mercredi, que "mon objectif est maintenant d'assurer une transition du pouvoir en douceur, ordonnée et sans heurts", ce qui a été largement interprété par ses amis et ses ennemis comme la concession tacite qu'il avait promis de ne jamais faire un peu plus de 24 heures auparavant lors de son discours au rallye "Save America". Lors de cet événement, il a littéralement déclaré que "nous n'abandonnerons jamais". Nous ne céderons jamais, cela n'arrivera pas. On ne fait pas de concession quand il y a un vol", mais il a complètement changé de ton après les événements tumultueux de la journée du 6 janvier et après avoir mystérieusement "sombré" pendant plus de 24 heures, période pendant laquelle certains spéculent qu'il a été forcé par ses ennemis de la bureaucratie militaire, du renseignement et de la diplomatie permanente ("l’état profond") d'abandonner le combat.

Trahir sa base

Cela a totalement dévasté ses partisans qui l'ont élu principalement dans le but d'exécuter sa principale promesse de "vider le marais" qu'ils méprisent tous si profondément. Ils croyaient sincèrement qu'il pouvait apporter des changements irréversibles sur le long terme dans la façon dont l'Amérique est gérée, ce que Trump lui-même pensait sincèrement qu'il pouvait faire également, mais il n'a finalement pas eu la force de prendre les mesures décisives nécessaires pour y parvenir. Ainsi, il a fini par se faire avaler par le même "marécage" qu'il a tenté de drainer, qui se lèche les babines après s'être régalé de la carcasse politique qu'il est devenu depuis lors à la suite de sa capitulation. Malgré tout l'espoir qu'il a inspiré à ses partisans et le respect que beaucoup d'entre eux lui portent encore, la plupart d'entre eux sont profondément déçus qu'il ait abandonné et qu'il n'ait pas emporté le combat.

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Cela ne veut pas dire que la grande majorité d'entre eux s'attendaient à ce qu'il résiste avec force à l'inauguration imminente de Biden, mais simplement qu’ils ne pensaient pas voir le jour où il capitulerait publiquement après avoir soigneusement cultivé une réputation de combattant aussi convaincante parmi eux. Surtout lui qui a littéralement dit un peu plus de 24 heures auparavant que "Nous n'abandonnerons jamais". Nous ne céderons jamais, cela n'arrivera tout simplement pas". Cela a déclenché un processus d'introspection permanente parmi les plus sobres d'entre eux qui ne sont pas endoctrinés par le cultissime Q-Anon qui prétend que Trump a toujours un soi-disant "plan directeur" qu'il se prépare à mettre en œuvre après ce dernier coup d'"échecs 5D". C'est fini, l'ère Trump est terminée et le mouvement "Make America Great Again" (MAGA), qu'il a inspiré, risque maintenant d'être déclaré organisation "terroriste nationale" dans un futur proche.

L'erreur de calcul politique la plus fatale de Trump

"L'Amérique de Biden serait un enfer dystopique", comme je l’avais prédit il y a quelques mois, et tous les partisans de Trump le savent. Certains s'étaient déjà résignés à son apparente inévitabilité après l'échec de ses efforts pour inverser légalement les résultats contestés des dernières élections pour diverses raisons que la plupart d'entre eux attribuent à la corruption du "marais", mais ils sont néanmoins restés aussi positifs que possible après avoir cru que leur héros allait sombrer avec eux jusqu'au bout. Personne n'a jamais réfléchi à deux fois à sa promesse de "ne jamais abandonner, ne jamais concéder", et ils s'attendaient même à ce qu'il doive être escorté hors de la Maison Blanche le 20 janvier, pourtant sa concession tacite oblige nombre d'entre eux à réévaluer avec le recul leur opinion sur lui. Non seulement il sort en gémissant selon les termes dictés par "l'État profond", mais il n'a jamais complètement "asséché le marais".

L'erreur de calcul politique la plus fatale de Trump est qu'il pensait pouvoir changer le système de l'intérieur après en avoir pris le contrôle symboliquement - mais surtout pas substantiellement - en tant que premier président américain "étranger" des temps modernes. Il est immédiatement passé d'un "outsider" à un "insider" peu après son investiture en capitulant aux demandes de l'"Etat profond" de renvoyer l'ancien conseiller à la sécurité nationale Flynn, ce qui était son "péché originel" qui a ouvert la voie à tout ce qui allait suivre par la suite. Le "faiseur de marché" autoproclamé pensait qu'il pouvait trouver un "compromis" avec ses ennemis par ces moyens, mais tout ce qu'il a fait, c'est les encourager à intensifier leurs faux efforts médiatiques pour l'évincer et continuer à le saboter de l'intérieur par le biais des mêmes créatures "du marais" dont il continuait naïvement à s'entourer.

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RINOs + MSM = La défaite de Trump

La plus vilipendée d'entre elles aux yeux de sa base est "Javanka", le populaire portemanteau du gendre de Trump, Jared Kushner, et de sa fille Ivanka. Il continue d'écouter ces "Républicains de nom seulement", ou RINO comme les décrivent de nombreux membres de MAGA, ainsi que beaucoup d'autres comme ceux qui siègent encore au Congrès mais qui ont prétendu être son ami juste pour gagner leur réélection. De plus, l'influence que son ancienne carrière de télé-réalité a exercée sur lui a fait que Trump est resté obsédé par la façon dont ses ennemis pourraient le diffamer dans les médias traditionnels (MSM) pour toute action décisive qu'il aurait prise pour détruire l'"État profond". Cette faiblesse de caractère s'est avérée être son plus grand défaut personnel puisqu'il aurait dû suivre son instinct au lieu de se soumettre au désir égoïste d'être "aimé" par ses ennemis.

Il a été tellement influencé par les MSM que ses ennemis ont pu utiliser les astuces les plus basiques de la "psychologie inversée" pour le manipuler afin qu'il "joue la sécurité" dans sa lutte contre l'"état profond". Ils craignaient, avant même qu'il n'entre en fonction, qu'il ne devienne un soi-disant "dictateur", mais il n'a jamais sérieusement envisagé de prendre de telles mesures autoritaires dans cette direction, bien qu'il ait toujours eu la possibilité d'utiliser les immenses pouvoirs qui lui sont conférés par la Constitution pour le faire s'il l’avait sincèrement voulu. Ses partisans de MAGA ont plaidé avec passion pour qu'il devienne le pire cauchemar de ses ennemis en déclarant au moins une loi martiale limitée en réponse à la guerre de terreur hybride contre l'Amérique qui a duré des décennies et qui a finalement pris son essor l'été dernier après qu'Antifa et "Black Lives Matter" (BLM) aient orchestré des émeutes nationales pour l'évincer.

Les trois plus grands échecs de Trump

A rebours de sa base, Trump n'a pas non plus réussi à révoquer l'article 230, malgré les craintes désormais avérées qu'il donne ainsi à Big Tech le pouvoir de le censurer, lui et ses partisans. Il n'a pas non plus contrecarré les projets de vote par correspondance des démocrates ni l’instauration du système de vote Dominion qui, selon eux, les ont finalement conduits à voler l'élection. Sa décision de ne pas empêcher les gouverneurs démocrates de confiner leurs populations pour des raisons politiques sous le prétexte commode du COVID-19 était tout aussi inquiétante. J’ai abordé toutes ces questions dans mon analyse publiée peu après l'élection sur les raisons pour lesquelles "la phase de changement de régime anti-Trump vaut la peine d'être étudiée". Trump aurait pu légalement exercer des pouvoirs quasi "dictatoriaux" pour éviter tout cela et ainsi sauver l'Amérique telle que ses partisans la voient, mais à maintes reprises, il n'a pas réussi à rassembler la force nécessaire pour le faire en raison de ses profonds défauts personnels.

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La guerre hybride contre l'Amérique est terminée

Bien que Trump ait été incontestablement victime de l'"Etat profond" pendant toute la durée de son mandat, il n'est plus aussi martyr qu'il l'était après avoir soudainement abandonné le combat suite à l'assaut du Capitole américain mercredi dernier. Il s'est rendu, en heurtant sa base, a ensuite été avalé par le "marécage", et est maintenant impitoyablement détruit, signe inquiétant de ce qui attend le reste du mouvement MAGA à l'ère Biden-Kamala. S'il était allé jusqu'au bout du combat et n'avait "jamais abandonné" comme il l'avait promis, ce serait une toute autre histoire, mais au lieu de cela, son instinct de "faiseur de marché", trop exacerbé, a pris le dessus à la toute dernière minute et il a cru bêtement qu'il pourrait se sauver en capitulant devant leurs exigences. L'"État profond" lui montre maintenant sa "reconnaissance" en le censurant sur les médias sociaux et en poussant à sa destitution.

Le mouvement MAGA a toujours pensé que le pays était déjà en "guerre" depuis des années, même si la plupart ne pouvaient pas en exprimer la nature hybride comme je l’ai fait dans mon article de l'été dernier sur la façon dont "la guerre de terreur hybride contre l'Amérique était en cours depuis des décennies". Ils ont vraiment eu le sentiment que Trump partageait leur évaluation de la menace après avoir été sauvagement attaqué par l'"Etat profond" dès la seconde où il s'est lancé dans la campagne électorale, mais il s'est avéré qu'il sous-estimait la menace même si ses ennemis ne l'ont jamais fait. Pour l'"État profond" et ses mandataires démocrates publics, il s'agissait toujours d'une "guerre" à leur manière, qu'ils n'ont jamais hésité à exprimer. L'ironie suprême est que si Trump a fustigé les "républicains faibles" dans son discours du rallye "Save America", il a lui-même fini par incarner cette même faiblesse en se rendant un peu plus tard.

L'État profond" a gagné

Ses adversaires ne connaissent pas de limites et croient à la mode machiavélienne classique selon laquelle "la fin justifie les moyens", alors qu’il pensait pouvoir jouer selon les règles - et même pas toutes les règles comme on l'a expliqué très tôt en soulignant son refus d'utiliser les pouvoirs quasi "dictatoriaux" que lui confère la Constitution - et quand même s'imposer. Sa naïveté restera dans l'histoire car c'est elle qui est le plus directement responsable du fait qu'il n'ait pas pleinement reconnu la gravité de la guerre sans merci que l'"État profond" lui a livrée, ainsi qu'au reste de l'Amérique. Né et élevé à New York, Trump a perfectionné l'art de la langue de bois, à tel point qu'il a même réussi à faire croire à sa base qu'il partageait leur évaluation de la menace que représente la guerre de terreur hybride contre l'Amérique, qui dure depuis des décennies. Ils se sont laissé prendre à cette mascarade car ils voulaient désespérément croire qu'il restait encore un peu d'espoir.

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Mais il n'y en a plus, puisque la guerre est terminée et que l'"État profond" a gagné une fois pour toutes. Le "Grand Reset"/"Quatrième Révolution Industrielle" provoquée par la guerre mondiale avance à toute vitesse, et pratiquement toutes les réalisations nationales que Trump a à son actif seront probablement annulées par Biden-Kamala au cours de leur première année de mandat, d'autant plus que les mandataires démocrates de l'"État profond" contrôlent désormais toutes les branches du gouvernement (en se rappelant que la supposée "supermajorité conservatrice" de la Cour suprême n'est en réalité constituée que de RINO, comme l'a prouvé leur refus d'entendre les cas convaincants de fraude électorale). Après "l'analyse de l'échec du mouvement MAGA en matière de sécurité démocratique", mercredi, il est clair que quel que soit le "plan directeur" que lui et/ou le mouvement MAGA auraient pu avoir, il s'est retourné contre eux et a été en fait exploité par leurs adversaires.

Le vrai "plan directeur"

En fait, le seul véritable "plan directeur" était celui de "l'Etat profond", qui a effectivement contrecarré chacun des mouvements de Trump et a finalement transformé le "dernier hourra" de ses partisans lors d'un rassemblement essentiellement pacifique en un clou qui sera maintenant enfoncé dans le cercueil du mouvement MAGA. Il est extrêmement suspect que le Capitole américain ait été si mal défendu malgré la tenue d'une session du Congrès en ce jour historique et après des semaines de préparation pour assurer la sécurité du site avant la Marche pour la sauvegarde de l'Amérique prévue depuis longtemps par Trump. Il est encore plus déconcertant de constater que certains policiers ont levé les barricades et même ouvert les portes à certains des manifestants, ce qui, avec le recul, laisse penser que l'"État profond" a voulu tenter les plus "passionnés" d'entre eux (sans parler des provocateurs présumés) pour prendre d'assaut le site comme prétexte à ce qui a suivi.

En facilitant passivement ce scénario par l'exploitation magistrale de la psychologie des foules, l'objectif était de jeter les bases d'une répression nationale globale contre le mouvement MAGA au motif qu'il est désormais "prouvé" qu'il s'agit d'un groupe "terroriste national". Cela explique la mise en accusation de Trump moins de deux semaines avant qu'il ne reconnaisse lui-même, l'autre jour, qu'il quittera ses fonctions après avoir assuré la "transition du pouvoir". S'il ne s'était pas rendu, il serait probablement encore un martyr pour la plupart des membres du mouvement MAGA, mais maintenant il n'est plus qu'un otage du palais qui attend son exécution politique très médiatisée comme première salve des représailles de l'"État profond", mené par les démocrates, contre ses partisans au nom de la "défense contre le terrorisme intérieur". Ce n'est pas ce que Q-Anon imagine, c'est le véritable "plan directeur", et il a réussi.

Réflexions finales

Trump a été englouti par le "marais" parce qu'il n'avait pas la force de le vider. Chaque membre de MAGA doit accepter cette dure vérité, aussi douloureuse soit-elle. À maintes reprises, il n'a pas réussi à rassembler la force nécessaire pour accomplir de manière significative ce que beaucoup croyaient sincèrement être son destin. Cela est dû à son erreur politique fatale qui a consisté à se transformer d'un "outsider" en un "insider" dans une tentative vouée à l'échec de changer le système de l'intérieur. Il a continué à s'appuyer sur les RINO malgré leur manque de fiabilité avéré. L'obsession de Trump pour la façon dont ses ennemis le dépeignaient dans le MSM l'a également conduit à ne jamais sérieusement contrecarrer l'utilisation des pouvoirs quasi "dictatoriaux" qui lui sont conférés par la Constitution pour sauver l'Amérique. Il a pathétiquement capitulé après la réussite du "plan directeur" de l'"État profond", et maintenant il ne peut même pas entrer dans l'histoire comme un martyr.

mercredi, 13 janvier 2021

L'UE et les États-Unis - Entretien avec Tiberio Graziani

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L'UE et les États-Unis

Entretien avec Tiberio Graziani, président de Vision & Global Trends. Institut international pour les analyses globales

Ex : https://en.interaffairs.ru/article/eu-and-usa/

Quelle est l'attitude de l'Union européenne face aux événements aux États-Unis, y compris la prise du Capitole américain par les partisans de Donald Trump ?

En ce qui concerne la récente attaque du Capitole américain par les partisans de Trump, les dirigeants européens ont publiquement exprimé leur stupéfaction et critiqué cette action.

Au niveau national, les dirigeants politiques des principaux partis, même ceux considérés comme eurosceptiques, nationalistes et/ou populistes, ont crié au scandale, affirmant que l'attaque du Capitole américain était une attaque contre la démocratie tout court.

Une telle déclaration - attaque du Capitole = attaque de la démocratie - de la part des dirigeants européens et des hommes politiques, issus des différentes nations membres de l'Union européenne, mérite au moins deux réflexions.

L'une de ces réflexions a un caractère général : les dirigeants européens sont incapables de concevoir un type de démocratie différent du modèle démocratique libéral, c'est-à-dire du modèle que les États-Unis ont répandu et exporté depuis 1945 dans une grande partie de la planète et qui constitue la superstructure - à la fois idéologique et opérationnelle - du système occidental dirigé par les États-Unis. Du point de vue de la culture politique, cette incapacité fait que les positions et les intérêts exclusifs de Washington sont automatiquement privilégiés dans les décisions prises par les classes dirigeantes européennes et par leurs hommes politiques en matière de politique économique et sociale intérieure et en politique étrangère. Tout cela se traduit par des choix politiques qui - outre la non prise en compte des diverses identités culturelles propres et des intérêts spécifiques du Vieux Continent - à moyen et long terme pourraient s'avérer très négatifs pour la mise en œuvre de l'intégration européenne elle-même et l'évolution de l'UE dans un sens unitaire.

Une autre réflexion - plus attentive aux circonstances actuelles - concerne plutôt l'intérêt pratique de l’eurocratie de Bruxelles et des classes dirigeantes européennes en général qui ne cherchent qu’à plaire à la nouvelle administration qui sera dirigée à partir du 20 janvier par le démocrate Joe Biden.

Quelles seront les conséquences de la situation politique aux États-Unis sur les relations entre l'UE et les États-Unis ?

À long terme, il n'y aura pas de conséquences notables, à moins qu'il n'y ait des changements - actuellement non prévisibles - dans la direction actuelle de l'Union européenne. La politique de Bruxelles, par ailleurs, pourrait être influencée par le positionnement de certains gouvernements nationaux. En particulier, en ce qui concerne l'Europe centrale et occidentale, il faudra accorder une grande attention à la France, et dans une certaine mesure à l'Allemagne, pour ce qui est de la mise en œuvre des politiques étrangères individuelles de ces deux pays à l'égard de la Chine, de la Russie et de l'Iran. L'harmonie manifestée en certaines occasions entre Paris et Berlin, concernant leurs intérêts nationaux vis-à-vis de la Chine et de la Russie, pourrait aussi se refléter dans certaines décisions futures de Bruxelles à l'égard des deux puissances eurasiennes, décisions qui s’avèreront dès lors stratégiques pour son évolution : les États-Unis, évidemment, n'entraveraient pas de telles éventualités. Quant à l'Europe de l'Est, la situation semble moins claire, en raison des effets que les initiatives ambiguës et conflictuelles de Budapest et de Varsovie et leurs relations spéciales avec les États-Unis pourraient avoir sur Bruxelles. La Hongrie d'Orban, rhétoriquement critique de la vision libérale et démocratique de Bruxelles et, dans une certaine mesure, plus proche de la "doctrine de Trump", pourrait subir de lourdes "représailles" de la part de la nouvelle administration américaine, compte tenu de certaines "sympathies" existant entre Budapest et Moscou. En cas de "représailles", des processus qui pourraient conduire à une sorte de "révolution de couleur" sur le modèle de ce qui a été vécu en Ukraine, visant à éliminer Orban, ne peuvent être exclus. La Pologne, tout aussi critique de Bruxelles que de la Hongrie, reste cependant le "meilleur ami" des États-Unis en Europe : c'est pourquoi je ne pense pas qu'elle subira de "représailles" de la part de Biden. Au contraire, la fonction anti-russe et pro-ukrainienne de la Pologne sera renforcée par le nouvel occupant de la Maison Blanche.

Les relations bilatérales entre l'Union européenne et les États-Unis changeront-elles sous la présidence de Joe Biden et si oui, dans quelle mesure ?

Les États-Unis, même sous la présidence démocratique de Biden, ne changeront pas leur stratégie désormais séculaire à l'égard de l'Europe. Dans le cadre de la stratégie américaine, l'Europe est considérée comme une tête de pont jetée sur la masse eurasienne et sur le continent africain, notamment par l'intermédiaire de l'Italie : l'administration Biden restera donc fidèle à cette perspective, vitale pour la survie des États-Unis en tant que puissance mondiale. Dans cette perspective, il faut s'attendre à ce que la nouvelle administration soit encore plus affirmatrice que la précédente, qui était républicaine, à l'égard de Bruxelles et des États membres de l’UE. Il est probable que Biden prendra des mesures encore plus résolues que Trump pour contrer le projet russo-allemand North Stream 2 ou d'autres initiatives de partenariat similaires entre Moscou et Berlin mais aussi entre Moscou et Paris. Il est également réaliste de prévoir que Biden fera obstacle à tout type d'initiatives de partenariat euro-chinois, centrées, de diverses manières, sur le projet de la nouvelle route de la soie. À la lumière de cela, la contradiction entre les véritables intérêts européens et américains ne peut cesser d’exister que si l'Allemagne et la France mènent une bataille commune au nom de la refondation de l'Union européenne en tant qu'acteur indépendant dans le nouveau scénario mondial, apparemment polycentrique.

Aspects de la stratégie maritime américaine

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Aspects de la stratégie maritime américaine

Par Giuseppe Gagliano

Ex : https://moderndiplomacy.eu

Partons d'une prémisse qui devrait être tout à fait évidente d'un point de vue stratégique : toute stratégie maritime, qu'elle soit anglaise - du XVIIIe siècle à la Seconde Guerre mondiale - ou américaine, est nécessairement une stratégie à long terme et nécessite donc des investissements à long terme tout en cherchant où il est possible d'anticiper les défis futurs. Nous pensons à cet égard aux porte-avions nucléaires de la classe Gerald Ford dont la première série devrait être mise en place l'année prochaine. Si les États-Unis ont décidé d'investir des ressources importantes pour la projection de leur puissance maritime, cela résulte de la nécessité de consolider leur puissance navale, consolidation qui est possible à la fois grâce à la puissance économique et financière dont ils disposent au moins jusqu'à aujourd'hui et grâce à l'innovation technologique. (pensons par exemple au fait que les Etats-Unis sont le seul pays à construire des catapultes pour les porte-avions à pont plat et au fait qu'avec la nouvelle classe de porte-avions Ford, la marine va se doter de catapultes électromagnétiques qui pourront augmenter d'environ un tiers les capacités actuelles des catapultes).

Bien entendu, des investissements aussi importants pour les porte-avions ne sont certainement pas accidentels, car ceux-ci jouent un rôle fondamental dans la dissuasion traditionnelle - à la fois dans le sens où ils peuvent menacer d'une intervention armée en cas de crise - et de la dissuasion nucléaire, dans la mesure où les avions qui quittent les porte-avions sont équipés d'armes nucléaires, bien qu'à faible potentiel. Ils jouent donc un rôle dissuasif très important. En bref, le porte-avions permet de recourir à une dissuasion graduelle ou souple.

Mais pour que la puissance navale américaine soit effectivement consolidée - notamment dans le cadre de l'espace indo-pacifique donc en fonction de l'endiguement de la Chine - aujourd'hui comme hier (on fait allusion à la guerre froide), les infrastructures militaires américaines présentes dans les principaux carrefours stratégiques au niveau mondial lui permettent d'exercer efficacement sa puissance navale : le renforcement du partenariat militaire avec le Japon, la Corée du Sud, Taiwan et les Philippines doit être lu comme un intérêt renouvelé de la part des Américains pour le rôle fondamental de la puissance navale. Toutes ces raisons réunies ne peuvent que nous amener à définir les États-Unis comme une véritable thalassocratie moderne.

Ce n'est pas un hasard, en revanche, si l'administration Obama a tourné son attention vers l'Asie de l'Est et du Sud à partir du constat que l'avenir du monde se joue dans ces environnements géopolitiques.

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En effet, sur le front de la concurrence économique avec la Chine, le Partenariat Trans-Pacifique (TPP) a été signé en 2016, un traité auquel ont adhéré - entre autres - Brunei, le Japon, la Malaisie, Singapour, le Vietnam, à l'exclusion de la Chine. Barack Obama a défini son programme de politique étrangère, appelé "La doctrine Obama", en rejetant l'isolationnisme et en soutenant le multilatéralisme. En d'autres termes, Obama a explicitement poursuivi la tradition de réalisme incarnée par Bush "senior" et par Scowcroft : les interventions militaires, trop souvent soutenues par le Département d'Etat, le Pentagone et les think tanks, ne devraient être utilisées que lorsque l'Amérique est sous une menace imminente et directe. Dans un environnement où les plus grands dangers sont désormais climatiques, financiers ou nucléaires, il appartient aux alliés des États-Unis d'assumer leur part du fardeau commun. Tout en convenant que les relations avec la Chine seront les plus critiques de toutes, son programme politique souligne que tout dépendra de la capacité de Pékin à assumer ses responsabilités internationales dans un environnement pacifique. Si elle ne le fait pas et se laisse conquérir par le nationalisme, l'Amérique devra être résolue et prendre toutes les initiatives visant à renforcer son multilatéralisme dans la fonction d'endiguement anti-chinois. Il est donc très probable que l'actuel président américain Biden mène une stratégie de cette nature.

mardi, 12 janvier 2021

Le 6 janvier 2021 à Washington, un autre 6 février 1934 ?

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Le 6 janvier 2021 à Washington, un autre 6 février 1934 ?

par Georges FELTIN-TRACOL

La journée du 6 janvier 2021 marquera durablement la mémoire collective des Étatsuniens. Ce jour-là, une foule bon enfant composée de braves gens se mobilise contre le Système politicien en place. Dans une ambiance bientôt chamailleuse, des manifestants déterminés par leur foi dans leurs croyances, leur patrie et leur travail, protestent contre le gigantesque détournement électoral réalisé par la mafia démocrate et ses comparses républicains. Prenant au mot les médiats dominants d’invasion psychologique qui ne cessent de vanter toutes les transgressions possibles et imaginables, ils violent les conventions ploutocratiques et occupent pendant quelques heures le Capitole, siège du pouvoir législatif.

Au printemps 2020, une scène similaire s’était passée au Michigan. Des anti-masques usèrent de leurs droits civiques pour refuser le harcèlement sanitaire et le confinement autoritaire imposées par Gretchen Whitmer, gouverneur démocrate de l’État. Ils occupèrent quelques minutes le parlement local. L’irruption et l’occupation d’une assemblée furent en France monnaie courante entre 1789 et 1870. Se souvenant de ces moments fâcheux, la majorité conservatrice de l’Assemblée nationale s’installa à Versailles afin de négocier la paix avec Bismarck sans craindre la pression populaire parisienne. En revanche, contrairement à un cliché bien répandu à gauche et chez les modérés, le 6 février 1934 ne fut jamais une tentative de coup d’État nationaliste. Les anciens combattants communistes côtoyaient les ligues patriotiques. L’impréparation de la manifestation, l’absence d’intentions communes et la candeur des organisateurs, eux-mêmes divisés en chapelles rivales, empêchèrent tout coup décisif sérieux.

Les images de la prise du Capitole sont jubilatoires. Il ne faut pas comparer ce sympathique charivari aux troubles inhérentes à l’escroquerie intellectuelle estivale Black Lives Matter. Coiffé d’une belle tête de bison, ce qui scandalise déjà les végans, Jake Angeli occupe le perchoir du Sénat. Un autre brandit le drapeau confédéré dans ce haut-lieu de pourriture politico-financière. Un troisième se prend en photographie assis dans le bureau de la présidente de la Chambre des représentants, le troisième personnage de l’État, l’ineffable démocrate californienne Nancy Pelosi. Toute la caste consanguine de la fange politique et du monde médiatique condamne bien évidemment ce coup de vent frais qui aère un instant l’antre putride des compromissions sordides.

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Les médiats dominants d’occupation mentale enragent devant cette réaction populaire qu’ils diabolisent volontiers. La presse hexagonale se distingue par sa partialité. Le correspondant permanent aux États-Unis d’une radio périphérique ose qualifier le réseau QAnon de « secte complotiste ». Les présentateurs des journaux télévisés répètent en bons petits perroquets les éléments de langage distillés par le gang Biden – Harris. Il ne leur viendrait pas à l’esprit l’hypothèse que la foule ait été manipulé dès le départ par quelques provocateurs professionnels de l’« État profond » yankee. Sinon pourquoi les unités de police affectées à la protection de la colline du Congrès étaient-elles en sous-effectifs ? Joe Biden pourra ensuite prétexter la moindre agitation oppositionnelle pour suspendre certaines libertés publiques et réinterpréter par des ordonnances présidentielles (executive orders) la portée des premier et deuxième amendements de la Constitution de 1787.

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En France, toute la coterie politicarde a versé dans une compassion larmoyante. La palme revient néanmoins au garnement de l’Élysée qui, une nouvelle fois, se déconsidère aux yeux du monde entier. Déniant une colère fondée et légitime, le Tartarin présidentiel confirme avec la bannière étoilée derrière lui sa fonction de petit télégraphiste de l’atlantisme, de l’américanisme et de l’occidentalisme. Les trois anciens présidents US ont eux-aussi craché leur venin. Le tueur en série par drone Barry « Barack » Obama poursuit son long travail de sape en faveur du cosmopolitisme avancé. L’expert en stagiaires, Bill Clinton, par ailleurs grand ami de cette haute valeur morale de Jeffrey Epstein, s’indigne des évènements. Le génocideur en chef George W. Bush parle pour sa part de « république bananière ». Il oublie que c’est le cas depuis le temps des « barons – voleurs » de la fin du XIXe siècle. La corruption électorale est même consubstantielle à la vie politique étatsunienne. Dans Alamo, un film de John Wayne sorti en 1960, l’ancien représentant du Tennessee Davy Crockett discute avec un couple de fermiers de cet État réfugiés dans l’ancien monastère texan. La femme avoue que son mari n’a pas voté pour lui, car l’autre candidat lui avait versé un pot-de-vin.

Les médiats rapportent cinq décès parmi lesquels quatre honnêtes manifestants. La première victime est une femme de 35 ans, Ashli Elizabeth Babbitt. Une autre femme de 34 ans, Rosanne Boyland, fait aussi partie des quatre tués. Entendons-nous les habituelles indignations horrifiées alors que les violences policières sont ici incontestables et ces deux « féminicides » bien réels ? Le silence radio et télévisé est assourdissant ! Certaines vies, principalement blanches, ne valent donc moins que d’autres selon les critères du politiquement correct. Les meneurs de l’assaut sont maintenant recherchés par la police politique du Régime yankee. Gageons que les ONG droits-de-l’hommiste ne les défendront pas devant des tribunaux au fonctionnement kafkaïen.

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Les trublions du 6 janvier 2021 ont investi avec brio, courage et audace l’enceinte du Capitole. Malheureusement, leur coup d’éclat ressemble surtout à un coup de tonnerre solitaire. Faute de disposer des moyens médiatiques, financiers et humains satisfaisants, ils se retrouvent vite esseulés. En effet, Donald Trump vient de dévoiler toute son ambiguïté. Il condamne avec raison l’insincérité du scrutin présidentiel, voire des élections sénatoriales en Géorgie, demande à ses partisans de marcher sur le Capitole, puis se ravise et les invite à rentrer chez eux. L’homme d’affaires de New York s’est appuyé sur un Parti républicain qui ne l’a jamais accepté et qui l’a plutôt soutenu comme une corde soutient le pendu. Les responsables de ce parti sont plus que jamais de formidables planches pourries. Mais le 45e président des États-Unis n’a pas non plus fait preuve de persévérance, de cohérence et de prévoyance. Velléitaire et erratique, il n’a pas sorti son pays du carcan belliciste de l’OTAN. Il n’a jamais voulu purger l’appareil du Great Old Party (GOP) de tous les stipendiés de la Silicone Valley et de la nouvelle finance numérique. Il n’a pas anticipé un trucage massif des élections. Plus grave encore, il n’a jamais nommé aux postes-clé des partisans fidèles et dévoués. Il n’a même pas imaginé une structure parallèle secrète (ou clandestine) capable de se substituer immédiatement aux infrastructures légales militaires, politico-administratives et judiciaires. Il a ensuite désavoué ses propres partisans. Son reniement public n’arrête cependant pas les démissions en chaîne da sa propre équipe. Les Étatsuniens peuvent-ils vraiment encore se fier à un tel gars ? Donald Trump incarne ce que le philosophe catholique Thomas Molnar nommait un « faux héros contre-révolutionnaire (ou réactionnaire) ». Et si Trump avait été un alibi, consentant ou non, de l’« État profond » ? Sa candidature a su canaliser une aspiration qui, autrement, se serait cristallisée sur un autre candidat plus perturbateur encore.

Au moment où cette ignominie de Wikipédia le classe dès à présent parmi les anciens présidents, Donald Trump aurait pu « assécher le marais de Washington »; il aurait même dû passer à l’action ce 6 janvier. Ainsi aurait-il ordonné aux officiers subalternes d’arrêter Biden, Harris, leur équipe pré-gouvernementale, les élus récalcitrants, des généraux, des amiraux, des gouverneurs, des juges, des journalistes et des milliardaires du numérique. Usant de prérogatives exceptionnelles, le chef de l’État aurait dans la foulée proclamé la loi martiale, fédéralisé les gardes nationales et contraint les États où les votes sont les plus litigieux à recommencer le scrutin. Donald J. Trump n’a pas eu le courage de franchir le Rubicon.

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À l’instar de Grover Cleveland, 22e et 24e président des États-Unis (1885 – 1889 et 1893 – 1897), il se prépare déjà à la présidentielle de 2024. Or, outre l’opposition des caciques du Parti républicain qui commencent déjà à séduire Mike Pence, plus malléable et intégré aux jeux délétères du Système (il l’a prouvé en contournant la chaîne de commandement dans la journée du 6), les démocrates feront tout pour éviter une nouvelle candidature de l’ancienne vedette de télé-réalité. Leur victoire malhonnête à la présidentielle et aux sénatoriales géorgiennes les incite à poursuivre, à amplifier et à généraliser la fraude aux élections intermédiaires de 2022 et à l’échéance capitale de 2024. En outre, leurs procureurs piaffent d’impatience à l’idée d’inculper l’ancien président populiste. Le 6 janvier 2021 ne restera donc pas dans l’histoire des États-Unis comme un nouveau 2 décembre 1851 français.

Georges Feltin-Tracol.

La dernière évolution des guerres hybrides: les "nouveaux droits"

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La dernière évolution des guerres hybrides: les "nouveaux droits"

par Emanuel Pietrobon

Source : Inside Over & https://www.ariannaeditrice.it

Les premières décennies des années 2000 apparaissent comme annonçant un siècle de guerres hybrides, sans limites et multidimensionnelles. Des guerres qui se déroulent simultanément et de manière égale dans l'espace virtuel et dans la réalité physique. Tout le monde peut être enrôlé, même inconsciemment, dans l'armée de la dernière génération des guerres : les pirates informatiques, les spéculateurs financiers, les militants politiques, les ONG, les musiciens et les personnes d'influence.

L'objectif des guerres post-clausewitziennes n'est pas la destruction territoriale de l'ennemi, mais sa chute dans un vortex d'instabilité productive qui, en érodant les fondements de la paix sociale, est capable de conduire à des états de tension permanents entre classes, groupes sociaux, communautés ethniques et factions politiques qui, s'ils sont utilisés à bon escient, peuvent ouvrir la voie à des guerres civiles, des révolutions colorées, des coups d'État et des insurrections intermittentes. L'étude de cas de Jacobo Arbenz sur le Guatemala, la guerre hybride ante litteram, est extrêmement utile pour comprendre le phénomène analysé là-bas.

Les architectes de la nouvelle génération des guerres agissent en ayant pleinement conscience de l’adage latin concordia civium murus urbium, de sorte que les hommes d'État - en plus de s'inquiéter des interférences dans les processus électoraux, des attaques cybernétiques et des opérations psychologiques - devraient accorder une attention adéquate à un autre domaine exposé et vulnérable aux pénétrations exacerbées de l'extérieur : les "nouveaux droits".

Les ‘’nouveaux droits’’ comme arme

41EpSiTsDoL._AC_UL320_SR212,320_.jpgIl n'y a pas de force plus écrasante et imparable qu'une société qui exige le changement. Gustave Le Bon l'a compris à la fin du 19ème siècle, prévoyant l'avènement de la société des foules. Un siècle plus tard, le philosophe et politologue Gene Sharp élaborera une théorie pour transformer les changements sociaux et générationnels en une arme : les révolutions colorées.

Le souvenir de la division de l'Europe en blocs s'efface, mais celui des ‘’printemps’’ de liberté, qui ont émergé suite aux idées de Sharp, est plus vif que jamais. Le siècle des idéologies étant révolu, et le communisme s'étant effondré, les années 2000 ont vu l'émergence de ce qu'on appelle les ‘’nouveaux droits’’, au nom desquels sont nés des mouvements de protestation, des courants culturels et des révoltes, démontrant leur capacité à faire plier les gouvernements.

L'armement, que constitue la revendication de ‘’nouveaux droits’’, est particulièrement percutant en Occident, et aussi, en marge, en Amérique latine, où des situations d'insurrection intermittente et de troubles civils généralisés se répandent, prospèrent et prolifèrent, se nourrissant de la polarisation croissante des sociétés et réussissant fréquemment à provoquer la chute du gouvernement en place ou à modifier de manière significative son programme politique - de véritables coups d'État en douceur.

L'un des cas les plus récents d’une déstabilisation causée par des revendications de ‘’nouveaux droits’’, cas sur lequel plane l'ombre d'une possible manipulation occulte et extérieure, est celui qui s’attaque au parti au pouvoir en Pologne, « Droit & Justice » (PiS). Les forces qui ont été les moteurs des incidents les plus graves qui ont secoué le pays dans l'ère post-communiste, relèvent du mouvement ‘’arc-en-ciel’’ et du mouvement favorable à l'avortement, les chevaux de bataille d'un réseau d'organisations non gouvernementales et de collectifs - soutenus par des donateurs anonymes et privés - qui, entre août et novembre, ont mis à l'épreuve la résistance du gouvernement en organisant des marches et des affrontements, parfois assez violents.

D'où vient leur potentiel ?

9782296108721r.jpgLes ‘’nouveaux droits’’ sont attrayants aux yeux des gens, surtout des jeunes, car ils dégagent la sensation d’une liberté illimitée et d’un hyper-individualisme. Ils sont l'expression la plus manifeste de la corne d'abondance permissive, le phénomène qui, selon Zbigniew Brzezinski, mettrait à rude épreuve la stabilité des sociétés occidentales au cours du nouveau siècle. Poser l’hypothèse de leur instrumentalisation n'est pas du tout un argument de diétrologie (ndt : l’idéologie dominante donne la définition suivante de la diétrologie, terme forgé en Italie : « Tendance négative à rechercher systématiquement pour le moindre fait ou événement des causes différentes de celles déclarées ou apparentes, biais consistant à voir des complots partout »). L'Union européenne - pour citer un cas récent - a approuvé en août dernier un plan d'action visant à accroître la pression de la base biélorusse sur Alexandre Loukachenko. Ce plan d’action se base sur "un soutien accru au peuple biélorusse, y compris un engagement renforcé et financier au bénéfice de la société civile, et un soutien supplémentaire pour mettre sur pied une information indépendante".

Le soutien déclaré à la dite ‘’société civile’’, à l'opposition et à l' « « information indépendante » a un sens, que nous connaissons désormais trop bien depuis l'époque des révolutions de couleur anticommunistes : il s’agit de conditionner les valeurs, les attitudes et la perception du public du régime que l'on souhaite affaiblir, amener à la table des négociations ou renverser. Par conditionnement, on entend la diffusion et la promotion de systèmes de valeurs et de modes de vie contraires à ceux qui prévalent et qui, une fois enracinés, augmentent la probabilité d'un phénomène révolutionnaire venant d'en bas et apparemment authentique.

À l'ère des ‘’nouveaux droits’’ et de la politique identitaire (ndt : au sens BLM ou LGBT du terme), les fondations d'un gouvernement de gauche pourraient être attaquées en faisant appel aux sentiments conservateurs d'une partie de la population, tandis qu'un gouvernement conservateur pourrait être affaibli et/ou amené à une chute précoce en faisant appel aux forces de gauche. La même logique s'applique aux sociétés multiraciales - Black Lives Matter docet - et aux réalités politiques plus sécularisées et plus ‘’avancées’’ du point de vue des droits, où l’on assisterait alors à la radicalisation de mouvements anti-corruption, anti-système, écologistes, féministes et arc-en-ciel.

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Les démocraties libérales sont particulièrement perméables aux guerres hybrides, et à leur perpétuel mouvement évolutif, en raison de leur nature très pluraliste. Les autocraties et les dictatures ne sont cependant pas à l'abri d'un risque de renversement suite à une greffe voulue d'idées subversives : les cas du bloc communiste et des révolutions colorées dans l'espace post-soviétique au début des années 2000 en sont la preuve. Par conséquent, les guerres de la dernière génération ne sont pas seulement des opérations asymétriques et cybernétiques, mais aussi des armes moins visibles, articulées autour de revendications de ‘’droits’’, revendications qui peuvent frapper durement n'importe qui et n'importe où.

lundi, 11 janvier 2021

Les rapports de force entre les Five Eyes et des sociétés du numérique

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Les rapports de force entre les Five Eyes et des sociétés du numérique

par Marion Rey

Ex: https://www.ege.fr

Depuis les années 2000, le développement de la société de l’information et du monde immatériel facilite les échanges internationaux. Les géants du numérique ont su exploiter la vague de l’Internet et de l’informatique pour accroître leur influence et la dépendance des usagers. Toutefois, ce développement exponentiel comporte un volet transgressif, largement exploité par les services de renseignement dans les opérations cyber, à des fins d’espionnage en masse. Malgré de nouvelles législations depuis les révélations de l’affaire Snowden, les choses ont-elles réellement changé ? Dans le bras de fer entre géants du numérique et services de renseignement, lesquels sortiront finalement vainqueurs de l’affrontement ?

Le droit, bras armé des Five-Eyes

Signé en 1946 dans le contexte de la guerre froide, le UKUSA Agreement[1] est un accord passé entre les services de renseignement britanniques et américains en matière de coopération autour du renseignement électromagnétique, dit SIGINT (Signals intelligence). En 1955 cet accord a été étendu[2] au Canada, à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande. Cette organisation anglo-saxonne du renseignement est plus connue sous le terme Five-Eyes (FVEY).

À la suite du traumatisme du 11 septembre 2001, l’administration de Georges W. Bush déclare la guerre au terrorisme en signant l’USA Patriot Act moins de deux mois après les attentats[3]. Premièrement, cette loi autorise l’usage des nouvelles technologies pour effectuer une surveillance itinérante et une interception des communications électroniques, orales et filaires relatives au terrorisme, à l’immigration, aux infractions de fraude et d'abus informatiques (Sections 201 et 202). Deuxièmement, la loi impose le partage d'informations et la coopération entre les agences gouvernementales en matière de renseignement, de renseignement extérieur et de contre-espionnage (Section 203).

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Sont concernés les 17 agences de la communauté du renseignement (dont la CIA, la NSA et le FBI), les départements de la défense (DOD), de la sécurité intérieure (DHS) et de la justice (DOJ). Initialement, la section 203 devait être valable pour une durée de 4 ans mais a été reconduite pendant près de 15 ans par l’application du USA Patriot Improvement and Reauthorization Act of 2006[4]. Le partage d’informations a été élargi aux agences fédérales, aux États, aux collectivités territoriales, aux entités locales et tribales, et au secteur privé (dont les sociétés du numérique) par deux autres textes (Homeland Security Act of 2002 et l’Intelligence Reform and Terrorism Prevention Act of 2004). Enfin, la loi prévoit l’accès aux « dossiers et autres éléments » (Section 215), sans autorisation d’un juge, en vertu de la loi sur la surveillance des services de renseignement étrangers, la FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act).

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De son côté, le Royaume-Uni n’est pas en reste. Également conçue pour lutter contre le terrorisme, la loi RIPA 2000 (Regulation of Investigatory Powers Act 2000) autorise les services de renseignement (GCHQ, MI5, SIS), la défense (MoD), les services de la sécurité intérieure et les douanes à intercepter toute information ou communication relative à la sauvegarde du « well-being » de l’économie du Royaume-Uni contre les intérêts des puissances étrangères[5].

En matière de coopération, Américains et Britanniques sont sur la même longueur d’ondes.

Dans le rapport du faible au fort, un lanceur d’alerte peut inverser la tendance

Entre 2010 et 2013, l’ancien agent de la CIA et contractuel de la NSA Edward Snowden, révèle au monde entier l’abus et la déviance de la section 215 du Patriot Act par la méthode SIGINT, sous l’administration de Barack Obama. À ce titre, les services de renseignement américains via la NSA ont mis en place un outil central redoutable du nom de XKEYSCORE[6] utilisant le programme PRISM[7] qui a pour objectif de surveiller massivement la population, les gouvernements ennemis mais aussi alliés, les dirigeants de grandes entreprises ; et d’exploiter les métadonnées collectées (géolocalisation, historique de navigation, historiques d’appels …). Les services de renseignement américains ont obtenu la coopération (contrainte ou consentie) des opérateurs téléphoniques, des géants du numérique et de la Silicon Valley, sous couvert de l’immunité de la FISA offerte par la section 225 du Patriot Act. Par géants du numérique, sont concernés les sociétés de télécommunication comme Verizon, les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et autres entreprises de la Tech californienne, Snap Inc (Snapchat), Twitter ou encore Reddit.

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Dans ses révélations, Edward Snowden n’épargne pas le Royaume-Uni, agissant dans le cadre de l’organisation FVEY, de la loi RIPA 2000 et de XKEYSCORE. Au travers du programme TEMPORA, le GCHQ a installé un système d’interceptions électroniques sur les câbles sous-marins et réseaux de fibres optiques entrants et sortants de Grande-Bretagne. Sachant que 99% des communications mondiales affluent au travers des câbles sous-marins et que la Grande-Bretagne est le principal point d’entrée pour le continent eurasiatique, les Britanniques sont capables de capter près d’un quart des communications mondiales. Tout comme PRISM, TEMPORA collectait et stockait de grandes quantités d’informations (emails, réseaux sociaux, historiques et appels sur Internet …).[8]

La médiatisation des révélations du lanceur d’alerte a un retentissement mondial, l’opinion publique est scandalisée, les sociétés du numérique sont décrédibilisées et les services de renseignement des FVEY sont humiliés.

Une nouvelle législation impulsée par la société civile

Il aura fallu attendre 2015 après d’âpres débats entre la société civile et l’appareil législatif pour que soit signé l’USA Freedom Act[9] en remplacement du Patriot Act. Cette nouvelle loi met fin à la controversée et abusive section 215 concernant la collecte d’informations en masse. La collecte doit désormais être justifiée, interdisant le ciblage par zone géographique, par service de communication électronique ou par service informatique (Section 201). La loi impose à la FISA la désignation de personnes indépendantes, les « amicus curiae », pour examiner les demandes d’ordonnance présentant une interprétation nouvelle ou significative du droit (Section 401). De plus, le Freedom Act impose plus de transparence de la part de la FISA, qui doit fournir certaines informations au gouvernement au travers d’un reporting régulier, telles que le nombre total d’ordonnances de la FISA rendues pour la surveillance électronique, le ciblage de personnes à l'extérieur des États-Unis, les dispositifs de traçage ou les registres des détails des appels (Section 602). Enfin, la loi donne au secteur privé, les possibilités de communiquer publiquement le nombre d’ordonnances reçues de la part de la FISA (Section 603).

RttDN3h.jpgCependant, les organisations de la société civile, à l’image de l’ACLU (American Civil Liberties Union)[10] estiment que cette nouvelle législation n’est pas suffisamment aboutie, dénonçant des failles à propos des fouilles clandestines et des méthodes de déchiffrement des services de renseignement autorisés par la FISA (Section 702). Alors qu’une révision du Freedom Act[11] a été engagée en octobre 2020, l’EFF (Electronic Frontier Foundation)[12] craint que les dispositions expirées (comme la section 215) ou arrivant à expiration, ne soient ré-autorisées ou prolongées par le Congrès, comme cela a déjà pu être le cas par le passé.

L’impact du Freedom Act est davantage retentissant médiatiquement que révolutionnaire dans la réforme du renseignement. En outre, étant donné que cette réforme concerne uniquement la collecte d’informations sur le territoire américain, les FVEY peuvent ainsi poursuivre leur surveillance dans le reste du monde.

Les sociétés du numérique sur la défensive et les FVEY en stratégie de contournement

Alors que les géants du numérique ont activement participé à la fourniture massive de données, ces derniers tentent de redorer leur blason face à la défiance des utilisateurs. Les sociétés du numérique recourent désormais au chiffrement des communications via les applications (telle que WhatsApp de Facebook) et les systèmes d’exploitation des smartphones (comme l’Android de Google ou l’iOS d’Apple). Depuis le scandale, de nouvelles sociétés se sont insérées sur le marché des messageries et des applications chiffrées, à l’image de Telegram, Signal ou encore Wiebo.

Toutefois, malgré l’adoption du Freedom Act, les services de renseignement s’adaptent et contournent le système de chiffrement des géants du numérique. En 2017, un ancien employé du gouvernement américain transmet à Wikileaks[13] (dossier Vault 7) une série de documents confidentiels révélant l’étendue des capacités de piratage et d’écoutes clandestines opérées par la CIA, en collaboration avec le MI5/BTSS (British Security Service) et le GCHQ. En effet, les FVEY ont développé des logiciels malveillants (backdoors, vers, virus, chevaux de Troie) capables de s’introduire dans les smartphones du monde entier en interceptant le trafic de données avant que le chiffrement ne soit appliqué. Principales cibles : Apple, Android et Samsung. Les smartphones infectés transmettent directement à la CIA les données de géolocalisation, les données texte, vidéo et audio.

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En adaptant les logiciels malveillants aux appareils ciblés, la collecte de données en masse n’est finalement pas réellement abolie. En effet, en ciblant Apple et donc une certaine élite de la société mondiale mais aussi Android, plus accessible et plus populaire, les FVEY continuent d’espionner une part massive de la population mondiale. Enfin, les FVEY ont mené une opération clandestine d’attaques sur des téléviseurs intelligents Samsung. Cette intrusion permettait d’utiliser les appareils comme des mouchards transmettant les écoutes des conversations enregistrées à l’insu des propriétaires.

Ainsi, les services de renseignement contournent non seulement le Freedom Act et son système d’ordonnances FISA à destination des géants du numérique, mais aussi les solutions de chiffrement mises en œuvre par ces derniers. De plus, le développement des technologies connectées, souvent plus vulnérables en matière de cybersécurité, ouvre de nouvelles perspectives et de nouvelles opportunités aux FVEY dans leur stratégie de contournement. Dans ce bras de fer, le rapport de force semble perdu d’avance pour les géants du numérique, puisqu’en l’absence de législation contraignante pour les services de renseignement, ces derniers ne cesseront de développer de nouveaux systèmes de contournement, des « cyber armes », pour arriver à leurs fins. L’enjeu sous-jacent de ces opérations est de mettre à disposition des acteurs économiques américains, les données utiles leur procurant des avantages concurrentiels dans la guerre économique qui se joue au niveau mondial.

Marion Rey.

[1] UKUSA agreement of 1946.

[2] 4ème amendement UKUSA agreement of 1955.

[3] USA Patriot Act, 2001. Uniting and strengthening America by providing appropriate tools required to intercept and obstruct terrorism.

[4] Sénat, Février 2016.

[5] 2012 Annual Report of the Interception of Communications Commissioner.  

[6] Le Monde, 2013, 2019, publié le 27 août 2013 et mis à jour le 04 juillet 2019.

[7] Wikileaks, 2015. WikiLeaks release : June 29, 2015.

[8] The Guardian, 2013. E. MacAskill, J. Borger, N. Hopkins, N. Davies et J. Ball, GCHQ taps fibre-optic cables for secret access to world's communications, 21 juin 2013.

[9] Uniting and strengthening America by fulfilling rights and ensuring effective discipline over monitoring Act of 2015.

[10] Lettre au Washington Legislative Office, 29 avril 2015.

[11] USA Freedom Reauthorization Act of 2020

[12] EFF, 16 avril 2015.

[13] Wikileaks, Vault 7: CIA Hacking Tools Revealed, 7 mars 2017.

Marion REY

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dimanche, 10 janvier 2021

Les Européens veulent ignorer le visage profond de l'Amérique

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Les Européens veulent ignorer le visage profond de l'Amérique

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Il s'agit d'une Amérique boueuse, pour reprendre une expression qui n'a rien d'excessif. Donald Trump a incarné parfaitement ce phénomène. Joe Biden n'en changera probablement rien.

Cette Amérique ne croit qu'en Dieu, aux armes à feu et au dollar. Elle ignore tout des rapports entre Etats qui déterminent l'actualité internationale. Elle voit partout des complots visant à déstabiliser les Etats-Unis. Elle ne croit qu'à la force des armements américains pour s'imposer dans le monde. Plus grave, il s'agit d'une Amérique profondément raciste et d'une xénophobie revendiquée. Les manifestations violentes des « suprémacistes blancs » autour du Capitale en ont donné au monde une image qui a surpris les naïfs.

L'Europe et le monde ne regardent les États-Unis qu'à travers ses élites sophistiquées. Ils ne connaissent l'Amérique qu'en lisant les grands médias des côtes est et ouest, New York TimesWashington PostLos Angeles Times, ainsi que ses revues de prestige, New YorkerAtlantic monthlyForeign Policy.

Ils finissent par se persuader de l'« exceptionnalisme » américain et de sa mission universelle. Ils sont pour beaucoup convaincus que l'Amérique, unique superpuissance de la planète, a le devoir de façonner le monde en lui imposant ce qu'elle nomme le Bien et la Norme.

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En septembre 2003, George W. Bush déclarait sur Fox News, alors qu'il s'apprêtait à recevoir Jacques Chirac : « Je lui rappellerai – et il m'entendra – que l'Amérique est une nation bonne, authentiquement bonne. »  Il s'agit de ce que notait déjà le spécialiste Pierre Hassner quand il parlait de « cette conviction puritaine de la coïncidence entre l'intérêt propre des États-Unis et celui du Bien ».

Le tout récent éditorial du New York Times, appelant solennellement à voter Joe Biden le 3 novembre, reprend ce type d'argument : « M. Biden s'est engagé à “restaurer l'âme de l'Amérique”. Il est bien placé pour relever ce défi. » La veille, le candidat démocrate aux prochaines élections présidentielles, après avoir bruyamment fait savoir qu'il « priait » pour le rétablissement de Trump, s'était solennellement engagé à « restaurer le leadership moral de l'Amérique » sur le monde.

Cette Amérique là tient déjà la rue. Les évangélistes et les  « Christians born again »  voient Dieu partout. Les milices armées préparent la guerre civile. Les habitants des suburbs blancs sont noyés dans un racisme paranoïaque. Les suprémacistes blancs rêvent du Ku Klux Klan. Les classes moyennes se voient assiégées par un monde hostile qui veut détruire leur Amérique. Derrière eux, des centaines de sites internet ultras, des dizaines de radios et de télévisions, relayées par des milliers de pages Facebook achèvent de construire un monde parallèle.

Ceci se traduit par le fait qu'au plan international, depuis 2001, les États-Unis n'ont cessé d'être en guerre et engagés simultanément dans de multiples conflits : Afghanistan, Pakistan, Irak, Yémen, Syrie, Libye, Sahel. Ils n'entendent toujours pas négocier avec les autres grandes puissances, Russie et Chine notamment, sans mentionner les Européens.

Les optimistes disent que cette Amérique boueuse est construite par le Complexe militaro-industriel américain voulant à travers elle s'imposer au reste du monde. Mais il semble bien que la situation soit plus grave. C'est la très grande majorité de l'opinion publique américaine « blanche » qui se rallie derrière cette boue et qui semble prête à soutenir un projet de guerre mondiale nucléaire, espérant contre toute logique que leur Amérique pourrait en sortir, non seulement indemne mais renforcée.

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Aujourd’hui, l'Occident tue le monde gréco-romain

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Nogueira Sousa :

Aujourd’hui, l'Occident tue le monde gréco-romain

Les classiques vont mourir et c'est autant la faute de la droite que de la gauche!

Ex: http://novaresistencia.org

Je suis un passionné des textes gréco-romains classiques, à tel point que j'ai étudié le latin et le grec classique seul pendant quelques années afin de mieux apprécier les classiques. J'ai étudié seul car les études classiques ne sont plus très accessibles dans les écoles et les universités, il y a peu d'endroits où l'on peut apprendre ces langues avec des professeurs en chair et en os. Il existe parfois des initiatives individuelles pour offrir cette culture classique à des personnes d'origine plutôt modeste, mais elles sont très limitées. Et étant un aficionado des classiques, je suis également de nombreuses pages en ligne sur le sujet et j'ai aussi la mienne, Latim Vivo.

Mais début juillet 2020, certaines pages et profils espagnols sur Twitter et ailleurs ont regretté une proposition de modification de la loi régissant l'enseignement en Espagne. Cette proposition retirerait le latin et le grec du programme de certains établissements et supprimait certains cours, ce qui signifierait à court terme la mort des études classiques.

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Cependant, dans les débats sur la préservation de la culture classique, tant dans les écoles que dans les universités, on ne peut s'empêcher de remarquer une tendance, surtout dans les pages émanant du monde anglo-saxon, à avoir une obsession pour les causes défendues avec l’acharnement que l’on sait par la gauche libérale, des causes telles l'antiracisme progressif et le militantisme LGBT.

Avec tout le mouvement "Black Lives Matter", les débats sur les genres et le "Pride Month", le débat biaisé sur les classiques, que l’on cherche à évacuer, s'aggrave encore dans le mauvais sens. On va jusqu'à déformer toute la littérature classique pour insister sur le mythe, propagé principalement par des intellectuels homosexuels, selon lequel le monde gréco-romain était un monde d'ample liberté sexuelle, sans liens de genre et de sexualité. Ils adoptent en fait la même tendance dont fait montre la littérature classique : rechercher dans le passé des leçons pour l'avenir, comme l'ont fait Tite-Live, Salluste et Xénophon. C'est-à-dire que les classiques doivent être étudiés parce que l'Antiquité classique nous donnerait de belles leçons sur la liberté sexuelle. Après tout, l'utilité du latin et du grec serait ainsi avérée.

Quant à l'antiracisme progressiste, il redouble les efforts pour nous démontrer que les paroles des auteurs classiques ne sont nullement racistes. Il y a même des initiatives qui tentent d'amener plus d'étudiants noirs dans le milieu des études gréco-latines, bien que l'héritage gréco-latin ne soit pas ce que les militants noirs recherchent vraiment...

Mais ces efforts finissent par être plutôt contreproductifs. Ils sont un coup de Jarnac porté par les classicistes de la gauche libérale et ne constituent nullement une aide à la préservation de l'héritage gréco-latin. Car ce sont précisément ces deux tendances et mouvements, soit le militantisme LGBT et  l'antiracisme progressiste, tous deux généralement parrainés par des milliardaires suspects comme George Soros, qui poussent à la destruction des lettres classiques dans les milieux universitaires.

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Pourquoi ? Parce qu'il existe une croyance, courante dans les milieux gauchistes, selon laquelle l'étude du grec et du latin est une "élitiste", une "affaire de Blancs", voire une expression de la suprématie blanche, émanant de personnes qui veulent "sauver l'Occident" et que, par conséquent, l'étude des classiques devrait être supprimée des écoles et des universités pour faire place à la littérature "non occidentale", en particulier la littérature indigène et africaine.

En fin de compte, selon ces cercles gauchistes, les seules œuvres qui devraient être étudiées sont les poèmes de Sapho de Lesbos et l'un ou l'autre texte faisant référence à l'homosexualité dans le monde classique (pour faire imaginer que tout le reste de cette culture était aussi gay que les « Gay Pride »). Le reste de l’univers mental grec et latin est alors délibérément ignoré ou critiqué comme étant rétrograde, conservateur et macho. Il n'est d'ailleurs pas difficile de trouver dans les pages et les magazines du ministère des éditions spéciales sur l'"homo-érotisme" et les "représentations des sexes" parmi les classiques. En d'autres termes, on peut résumer toute la littérature et l'art gréco-romains en autant d’expressions de l’"homoérotisme", ce qui revient à proposer une projection moralisatrice anachronique sur la sexualité des anciens. On évoque à qui mieux mieux la supposée relation homosexuelle entre Patrocle et Achille. Quant au reste de l'Iliade, nous devrions la condamner comme un exemple de "masculinité toxique".

Mais ce ne sont ici que les justifications de gauche, ce n’est qu’un côté de la médaille. Voyons le revers de la médaille : chez les néo-libéraux, il y a la croyance que le latin et le grec ne servent à rien, qu'ils ne forment pas les jeunes pour le marché, qu'ils sont le résidu du simple "baccalauréat", typique de la culture scolaire brésilienne, qui est à la traine derrière les cultures capitalistes pragmatiques comme celles de l'Amérique du Nord.

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Et nous avons une autre variante de saboteurs de la culture classique : celle des néoconservateurs de droite. Ces derniers pensent que l'étude des classiques, de ce qu’il convient d’appeler la "haute culture", est un moyen de "sauver l'Occident", mais d'un autre côté ils soutiennent tous les politiciens, partis et institutions néolibérales qui voudraient voir les sciences humaines balayées des écoles et des universités parce que, en plus d'être inutiles, elles sont des moyens d'"endoctrinement de gauche", où l'on parle d'homo-érotisme, d'idéologie de genre, de féminisme et de destruction de la famille. Ces mêmes disciples d'Olavo de Carvalho (1) veulent voir advenir la destruction de toutes les cultures traditionnelles qui n'ont pas embrassé le mondialisme libéral, pour lequel ils fantasment, en le prenant pour un avatar final de "l'Occident chrétien". C'est-à-dire qu'ils veulent détruire toutes les cultures qui disposent encore de clés pour comprendre le monde classique, qui était, oui, un monde traditionnel, pour laisser la place à l'"Occident chrétien" qui, ironiquement, est dirigé par le même pays d'où sont issus des mouvements comme le "Black Lives Matter", le "Pride Month" et les nombreuses féministes qui propagent la soi-disant idéologie du genre ?

En bref : les classiques vont mourir et la faute en incombe autant à la droite qu'à la gauche. Mais laissons l'épitaphe suivante sur la pierre tombale des lettres classiques comme message à leurs bourreaux :

Quod tu es, ego foi, quod sum, tu eris.

Nogueira Sousa

Leader régional de la NR-SP, présentateur du podcast Pisando em Brasa, professeur et diplômé en lettres de l'IFSP.

Note :

(1) Olavo Luiz Pimentel de Carvalho, plus communément connu sous le nom d'Olavo de Carvalho, né le 29 avril 1947 à Campinas, est un philosophe autodidacte, écrivain et essayiste brésilien.

Il s'intéresse à la philosophie historique, à l'histoire des mouvements révolutionnaires, à la kremlinologie, à l’école traditionaliste, à la religion comparée, à la psychologie et à l’anthropologie philosophique.

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Référence intellectuelle de l'extrême droite brésilienne, il est connu pour ses positions conservatrices et conspirationnistes. Il dénonce la « pensée unique de gauche » et le « marxisme culturel » dans les médias et les universités brésiliennes. Il est particulièrement influent auprès du président Jair Bolsonaro, de ses fils et de certains de ses ministres dont il a appuyé la nomination.

samedi, 09 janvier 2021

L'influence de Carl Schmitt sur la politique nationaliste chinoise

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L'influence de Carl Schmitt sur la politique nationaliste chinoise

par Maurizio Stefanini

Ex : http://novaresistencia.org

Des changements importants ont eu lieu dans le discours et l'attitude des autorités chinoises à l'égard des menaces intérieures et extérieures. Ces changements indiquent le passage d'un illibéralisme pragmatique à un antilibéralisme de principe. Il est possible de retracer cette transition grâce à l'influence croissante du juriste allemand Carl Schmitt sur l'Académie chinoise et le Parti communiste.

Le tropisme prégnant de la République populaire de Chine vers Hong Kong présente une certaine réminiscence de l’ère nationale-socialiste. Et ce n'est pas une hyperbole polémique. Ce serait l'influence croissante de la pensée de Carl Schmitt qui a fait passer le régime de la phase simplement non libérale qui se déroulait au moment de la modernisation par Deng Xiaoping à une phase ouvertement non libérale, qui depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping, a atteint son paroxysme.

La thèse est de Chang Che : un sinologue d'origine chinoise, ainsi qu'un analyste de la politique américaine et de la politique technologique. Il est le directeur exécutif de l'Oxford Political Review et il l'a expliqué dans un essai paru dans The Atlantic, en citant la politologue italienne Flora Sapio, qui enseigne l'histoire internationale de l'Asie de l'Est à l'Université orientale de Naples.

Mais nous devons également nous rappeler que Schmitt, après avoir risqué d'être inculpé à Nuremberg et après avoir été qualifié de "criminel de guerre", a été largement réévalué en Italie, par un groupe idéologiquement transversal d'universitaires allant de Gianfranco Miglio à Massimo Cacciari, en passant par des personnalités telles que Giorgio Agamben, Pietro Barcellona, Emanuele Castrucci, Fulco Lanchester, Angelo Bolaffi, Danilo Zolo, Carlo Galli, Giacomo Marramao. Pas seulement pour nous, qui suivons ses préceptes dans nos analyses politiques : parmi ses admirateurs, il faut aussi citer Walter Benjamin, Leo Strauss ou Jacques Derrida.

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Mais dans un pays qui, comme le nôtre, est souvent obsédé par l'idée de trouver du fascisme partout, cette fascination pour une personnalité est au moins unique, une personnalité qui, après avoir utilisé le vocable de "Révolution conservatrice" au début des années 1930, a rejoint le Parti national-socialiste des travailleurs allemands le 1er mai 1933 et est devenue, en novembre de la même année, président de l'Union nationale socialiste des juristes, et rédacteur en chef du Journal des juristes allemands au mois de juin suivant.

En décembre 1936, il est vrai, un magazine SS l'avait alors attaqué de front, l'accusant d'être un "opportuniste" et imposant son exclusion. Et en 1937, il a fait l'objet d'un rapport confidentiel du régime, dans lequel son "papisme" était particulièrement montré du doigt.

Il a cependant eu le temps de mettre en vigueur les lois de Nuremberg qui, en 1935, avaient interdit toutes les relations, non seulement maritales mais aussi sexuelles, entre les Juifs et les "Aryens". "Aujourd'hui, le peuple allemand est redevenu allemand, même d'un point de vue juridique. Après les lois du 15 septembre, le sang allemand et l'honneur allemand sont redevenus les concepts de base de notre droit. L'État est désormais un moyen de servir la force de l'unité populaire. Le Reich allemand n'a qu'un seul drapeau, celui du mouvement national-socialiste ; et ce drapeau n'est pas seulement composé de couleurs, mais aussi d'un grand et authentique symbole : le signe du serment populaire de la croix gammée ».

Malgré sa marginalisation théorique pendant la guerre, il avait alors fourni des conseils juridiques à la fois pour la politique allemande d'expansion et d'occupation.

Mais surtout, sa théorie de la relation "ami-ennemi" comme critère constitutif de la dimension politique semble avoir ensorcelé nos facultés de sciences politiques, surtout à l'époque de la transition de la Première à la Deuxième République : absolument obsédée par l'objectif de réaliser à tout prix une "démocratie d'alternance", et méprisant cette autre dimension politique de la coopération, dédaigneusement qualifiée de "farce".

Mais c'est peut-être précisément ces vicissitudes de l’histoire italienne qui démontrent l'incroyable capacité de Schmitt à réagir face aux contextes politiques les plus divers, au point de produire les résultats les plus surprenants.

Ainsi, si en Italie l'impact de son œuvre a porté principalement sur une critique de longue date du "bipartisme imparfait", alimentée par les analyses de Maurice Duverger ou de Giorgio Galli, si en République fédérale d'Allemagne, en opposition aux mauvais souvenirs laissés par la République de Weimar, l'institution dite de la ‘’méfiance constructive’’ ou les fortes barrières dressées face à toute tentative de changement dans l’ordre constitutionnel sont typiquement schmittiennes, en Chine le contexte est évidemment celui d'un régime marxiste-léniniste qui a décidé, à un moment donné de l’histoire chinoise, d'accepter le marché mais pas le pluralisme politique.

40039806._SX318_.jpgPar ailleurs, le contexte chinois est celui d'une culture dans laquelle l'école légaliste a agi en profondeur. Courant philosophique fondé au IIIe siècle avant J.-C. par Han Fei qui, en opposition aux idées confucéennes de bienveillance, de vertu et de respect des rituels, prêchait le droit du prince à exercer un pouvoir absolu et incontesté. Seule source du droit, le prince légaliste ne délègue aucune autorité à qui que ce soit. A côté de lui, il n'y a que des exécuteurs testamentaires, aux tâches strictement délimitées. En-dessous d'eux se trouvent les sujets, obligés seulement d'obéir.

En réalité, le confucianisme, autre pôle historique de la pensée politique chinoise, tend également à être autoritaire. Mais avec l'idée que même le souverain a des devoirs et des règles à respecter et peut, le cas échéant, être contaminé par une idée de démocratie libérale de type occidental.

Sun Yat-Sen a essayé, comme plus tard ses émules à Taiwan, une hybridation entre Locke et Confucius, synthèse qui semble fonctionner. Alors qu'en Chine continentale, le légalisme, Schmitt et le communisme se sont ‘’hybridés’’.

Le grand enseignement de Schmitt est caractérisé par la volonté bien nette d’articuler une élimination des ennemis externes et internes de l'État : les premiers doivent être identifiés par le ius belli, les seconds par l'identification suivie de l'élimination de ceux qui "perturbent la tranquillité, la sécurité et l'ordre" de l'État. Pour ce faire, l'État ne peut être empêché par les limites de l'État de droit libéral. Sinon, l’Etat ne serait pas en mesure de protéger ses citoyens des ennemis.

Selon Chang Che, c'est exactement la logique qui sous-tend la répression qui a été imposée à Hong Kong dans le but officiel de protéger l'île de "l'infiltration de forces étrangères".

"Bien que les universitaires chinois soient souvent limités dans ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas dire", note-t-il, "il leur arrive d'exprimer des désaccords en public. Parfois, ils se permettent même de critiquer les dirigeants chinois, même si leurs critiques restent limitées et prudentes. Cette fois, cependant, l'énorme volume d'écrits produits par les universitaires chinois, ainsi que la nature de leurs arguments - cohérents, coordonnés et souvent rédigés dans un jargon juridique sophistiqué - suggèrent qu'il existe désormais un nouveau niveau de cohésion à Pékin sur la portée acceptable du pouvoir de l'État.

Jinping.pngXi Jinping a redéfini le centre de gravité idéologique du parti communiste, redéfini la tolérance limitée de la dissidence, laquelle pouvait parfois se manifester mais a désormais disparu, de même toute forme d'autonomie, qui aurait pu être accordée au Xinjiang, à la Mongolie intérieure et à Hong Kong, a été supprimée.

Tout cela est justifié par un nouveau groupe d'idéologues en pleine ascension que l'on a appelé les "étatistes". Plus précisément, il semble s'agir d'une redéfinition de ce que l’on appelait jadis les "légalistes". Cette redéfinition est basée sur les enseignements de Schmitt mais, cette fois, au service du parti de Mao. L'un de leurs forums en ligne est Utopia, où, en 2012, il était clairement indiqué que "la stabilité doit prévaloir sur tout le reste".

Selon Chang Che, il s'agit d'un concept typiquement schmittien, qui peut s'expliquer par la traduction en chinois de Schmitt par le philosophe Liu Xiaofeng au début du millénaire, dont est issue, dans l’ancien Empire du Milieu, une véritable "fièvre schmittienne".

Un autre grand admirateur de Schmitt était Chen Duanhong, professeur de droit à l'université de Pékin. "Sa doctrine constitutionnelle est ce que nous vénérons", a-t-il écrit en 2012 à propos de ce qu'il a décrit comme "le théoricien le plus influent", rejetant son adhésion au nazisme comme "un choix personnel". Chang Che cite également des témoignages d'étudiants selon lesquels les concepts schmittiens sont désormais "un langage commun dans l'établissement universitaire".

Citant le "juriste allemand Carl Schmitt" en 2018, Chen Duanhong a expliqué l'évaporation progressive du régime de garantie accordé à Hong Kong au moment de sa "rétrocession" par Londres, en distinguant entre les normes étatiques et constitutionnelles et en faisant valoir que "lorsque l'État est en grave danger", ses dirigeants ont le droit de suspendre les normes constitutionnelles : "en particulier les dispositions relatives aux droits civils.

Plus explicitement encore, l'idée d'utiliser les théories de Schmitt pour forger une mise en garde contre Hong Kong a été défendue dans un livre publié en 2010 par Jiang Shigong : un professeur de droit de l'université de Pékin qui avait travaillé au bureau de liaison Pékin-Hong Kong entre 2004 et 2008, et qui, en 2014, figurait parmi les auteurs d'un livre blanc du gouvernement chinois sur Hong Kong.

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Haig Patapan.

Chang Che cite également Haig Patapan, un professeur de politique à l'université Griffith en Australie, qui, à son tour, a écrit sur l'influence de Schmitt en Chine, et selon lequel le schmittisme pourrait devenir une idéologie du régime à la place d'un marxisme perçu comme n'étant plus approprié.

Le nationalisme et les ennemis extérieurs pourraient justifier le monolithisme du Parti communiste bien plus qu'une notion de lutte des classes qui entre forcément en conflit avec la stratification acceptée par le régime. Il cite également William Kirby, professeur d'études chinoises à Harvard et auteur d'un livre sur l'attrait du modèle de modernisation allemand en Chine depuis l'époque de Tchang Kaï-Chek.

Les événements de la pandémie auraient davantage renforcé les étatistes. Et en effet, l'essai se termine par une citation de Flora Sapio : "Depuis que Xi Jinping est devenu le chef suprême, la philosophie de Carl Schimtt a trouvé une application encore plus large tant dans la théorie du parti que dans la vie universitaire. Ce changement est significatif : il marque la transition de Pékin de ce qui était un gouvernement illibéral - qui a enfreint les normes libérales par commodité - à un gouvernement antilibéral - qui répudie les normes libérales par principe.

Source : Linkiesta

USA: Qui a vraiment trahi la démocratie?

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Cafe Noir N.05

USA: Qui a vraiment trahi la démocratie?

Café Noir – Un Autre Regard sur le Monde. Émission du Vendredi 08 Janvier 2021 avec Pierre Le Vigan et Gilbert Dawed.
 

vendredi, 08 janvier 2021

Le péronisme dans l'Argentine d'aujourd'hui

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Le péronisme dans l'Argentine d'aujourd'hui

Par Esteban Montenegro, Président de NOMOS (Argentine)

Traduit par Zero Schizo

Au-delà de la gauche et de la droite, le péronisme a été caractérisé par le fait d'élever les intérêts du mouvement ouvrier au rang de "cause nationale" devant tous les secteurs concentrés de l'économie ou, du moins, de les équilibrer les uns par rapport aux autres. Ce pourrait être sa définition idéologique. Mais elle serait trop abstraite, si l'on ne tenait pas compte de ses caractéristiques organisationnelles. La proximité de ses organisations avec le peuple et sa grande force de mobilisation en font une clé indispensable à la gouvernabilité du pays. Cette accumulation de pouvoir, ajoutée à une culture politique "décisionnelle", où "celui qui gagne mène et le reste se borne à suivre", a fait que les disputes internes du péronisme et les caractéristiques de son leadership, qui en résulte, décident du sort de la nation. Cela conduit parfois à des paradoxes insurmontables. Par exemple, le néolibéralisme en Argentine a été mis en œuvre avec un succès relatif par la décision d'un dirigeant "péroniste" : Carlos Menem. Et c'est ainsi que l'essence pratique du péronisme réellement existant (la relation personnelle Leader-Peuple à travers quelques organisations intermédiaires libres, mais qui répondent politiquement au principe de ‘’conduction’’) s'est rebellée contre les définitions idéologiques "minimales" qui lui ont donné son existence dans le passé.

Plus récemment, les dirigeants Nestor et Cristina Kirchner ont donné au péronisme une "ressemblance de famille" avec les gouvernements "populistes" de Lula et Chávez. Cela a engendré, en contrepoint, un péronisme plus ou moins opposé et modéré, plus proche de l'économie et de l'établissement médiatique, avec de bonnes relations avec les États-Unis. À l'intérieur, un "kirchnerisme dur" est né à travers de nouvelles organisations, de nature plus juvénile, articulant une synthèse complexe entre des secteurs sociaux-démocrates éclairés, peu ou pas ancrés dans la mouvance péroniste et imaginaire, et des secteurs péronistes "classiques" et "doctrinaires", d'extraction et d'intensité différentes.

Le succès électoral d'un parti libéral pro-marché comme le PRO de Mauricio Macri en 2015 et 2017 s'explique par les erreurs de Kirchner en matière de sécurité publique et de communication politique ; ensuite, par la difficulté du péronisme, dans toute son ampleurs et dans toutes ses facettes, à trouver une voie qui le conduirait à l'unité, non seulement entre ses factions mais, plus encore, entre sa "cause matérielle" pratique et sa "cause formelle" idéologique. Cette dernière engendre la première, car l'efficacité organisationnelle du péronisme n'ira pas loin sans représenter les intérêts de la majorité de ses bases.

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En décembre dernier, un nouveau gouvernement péroniste a gagné les élections en Argentine. La personnalité qui a obtenu le plus de voix, mais dont l’image est très négative à cause de sa gestion politique antérieure, est Cristina Kirchner. Elle a introduit sur la scène un péroniste "centriste" pour tenter de faire l'unité, un ex-Kirchneriste mais opposé à la politique du dernier gouvernement Kirchner, trop souvent remis en cause par l'établissement : Alberto Fernández. Qu'on le veuille ou non, on ne peut pas juger Fernandez pour son "éclectisme idéologique", car il est obligé de trouver des compromis entre les différentes factions de son gouvernement, manquant de bases propres et, sur le front extérieur, il devra renégocier le paiement de la dette. Enfin, le président ne sera pas jugé sur ses discours, mais sur ses décisions. Étant donné la crise économique héritée du passé, aggravée par le Covid-19, il devra devenir un leader innovateur, décidé à prendre des mesures drastiques qui conduiront à l'unité de tous les Argentins, tout en visant l'unité du péronisme. Cela ne peut être obtenu qu'en sacrifiant les profits extraordinaires de l'économie extractive et spéculative. Ce n'est peut-être pas ce qui convient le mieux à son style conciliant. Mais ni la classe moyenne ni les secteurs populaires n'ont encore suffisamment de marge de manœuvre pour s'adapter davantage à la situation précarisée. Et ajouter à la crise sanitaire, économique et sociale, une crise politique de la représentation dans le parti populaire majoritaire, serait ouvrir la boîte de Pandore au pire moment possible.

Source :

MONTENEGRO, Esteban. "Columna de Opinión Internacional (Argentina) del 04.06.2020". Diario La Verdad. Lima, Pérou.

Disponible à l'adresse suivante :

https://comitecentralameri.wixsite.com/ccla/post/el-peronismo-en-la-argentina-de-hoy

L'Espagne va s'effondrer. Préparons-nous à l'insubordination

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L'Espagne va s'effondrer. Préparons-nous à l'insubordination

Sur l'état de l'Espagne aujourd'hui

Carlos X. Blanco

Forger une unité politique de taille suffisante en termes de territoire, de population, de ressources et d'armée constitue la base pour devenir un État capable de prendre part à des actions efficaces pour ses intérêts et sa défense, aussi pour écarter la possibilité que cette unité politique ne devienne plus qu'un sujet passif, par exemple une colonie (formelle ou informelle) d'autres Etas plus puissants.

Notre unité politique, soit la monarchie hispanique fondée par les Rois catholiques, Isabel et Ferdinand, au 15ème siècle, a empêché d'autres royaumes étrangers de soumettre les domaines ibériques, et surtout a empêché les musulmans d'Afrique du Nord de reprendre leur expansion dans le sud de l'Europe.

Les petits et puissants États italiens avaient à cette même époque atteint des niveaux très élevés de puissance maritime et commerciale, mais le manque d'unité entre eux allait les déclasser politiquement pendant des siècles. Ils allaient devenir les jouets de la politique espagnole ou française. L'Italie a connu, en général, un plus profond développement capitaliste que l'Espagne ou la France, mais les micro-États italiens, appelés à diriger une éventuelle unification – qui fut impossible jusqu'au 19ème siècle - n'ont pas été animés par vision vaste et généreuse que, dans une autre péninsule, la péninsule ibérique, Leurs Majestés catholiques possédaient.

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La vision vaste et généreuse d'Isabel et Ferdinand était à la fois politique et spirituelle.

Une vision politique, puisque la Castille meurtrie, à cause des affres subies pendant des guerres civiles incessantes pendant toute la période précédente, plongée dans un processus de décomposition féodale, est devenue, malgré ses déboires, la matrice d'une union hispanique, embrassant par le mariage un royaume d'Aragon non moins décomposé, avec une politique et un commerce méditerranéens soumis à de dangereuses turbulences et en plei déclin, et avec un arrière-pays, dont la force productive était brisée et marquée par le dépeuplement et le localisme.

L'union des deux royaumes, jusqu'alors blessés et meurtris, fut scellée par l'idée spécifiquement hispanique de l'impérialité (née au cours du Haut Moyen-Âge dans la zone de la monarchie asturienne-léonaise) qui devait marquer l'aboutissement de la Reconquête (avec la récupération de Grenade en 1492). Ces processus qui ont pris une énorme épaisseur et atteint un haut niveau spirituel.

Evoquons la vision spirituelle. Le catholicisme signifie l'universalité, la rupture avec le localisme, la fin de l'étroitesse d'esprit et de l'égoïsme féodal et provincial. La création d'une unité politique de taille suffisante et l'unité fondée sur une seule foi furent les deux conditions pour que la souveraineté soit garantie et que cette unité devienne une puissance et non, a contrario, dans un scénario passif, l’objet d’une déprédation par d'autres puissances.

Ce type de processus (création d'unités politiques équipées pour être des pouvoirs subordonnés et non des États subordonnés), est magistralement expliqué à notre époque par le professeur argentin Marcelo Gullo. Des cas analogues, jamais identiques, peuvent être observés dans l'Histoire. Les colonies américaines, dans leur insubordination fondatrice contre la Grande-Bretagne, et la Grande-Bretagne elle-même dans son processus - fondateur et pionnier - de conversion en une puissance capitaliste industrielle après Elizabeth I, sont des cas paradigmatiques.

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De toute évidence, l'histoire nous enseigne des exemples d'insubordination réussie et des exemples d'insubordination ratée. En Amérique latine et dans l'Espagne péninsulaire elle-même, ces modes d’insubordination ratée abondent et nous concernent intimement. L'étude de ces cas d'insubordination ratée devrait nous éclairer sur la voie à suivre pour en sortir et pour récupérer de la souveraineté, sans tomber dans les vieux pièges, en tirant les leçons du passé. La géopolitique et les relations internationales sont généralement étudiées aujourd'hui avec un vice particulier (un vice largement étendu dans les universités américaines qui, jusqu'à aujourd'hui, étaient les centres intellectuels de la métropole dominante) : le vice de l'absentéisme. Mais la géopolitique et les relations internationales sont à comprendre sur le plan historique sinon on ne les comprend pas du tout.

L'Espagne a connu un exemple tronqué d'insubordination fondatrice récente, tronquée par la mort du Caudillo. L'Espagne "développementaliste" de Franco, malgré toutes les erreurs qu'elle a commises, et sans entrer dans le débat sur le "péché originel" de sa légitimité (ce qui n'est pas notre problème ici), est l'exemple d'une prodigieuse augmentation du niveau de productivité, des revenus, de l'éducation publique et de l'autosuffisance agro-industrielle entre 1960, disons, et 1975. La mort du Caudillo a interrompu ce processus d'accumulation capitaliste autocentré, un processus qui était d'ailleurs la condition sine qua non pour avoir une voix propre sur la scène internationale.

Déjà dans les années de vieillesse du Généralissime, les politiques libérales en matière économique proliféraient dans le Régime, des politiques désireuses de subordonner l'Espagne pour satisfaire leur propre profit. L'arrivée au pouvoir de Felipe González (1982) a accéléré et étendu la vision néolibérale et a marqué un tournant : l'Espagne a cessé d'être l'une des grandes puissances économiques du soi-disant "premier monde" par le biais d'un processus de "reconversion" industrielle et agricole qui impliquait, en fait, la vente des grandes entreprises qui étaient patrimoine de l'État, et leur mise aux enchères au profit des amis du régime (aujourd'hui bourbono-socialiste au lieu de franquiste) et au profit principalement de spéculateurs étrangers. Les paysans, quant à eux, étaient pieds et poings liés, et c'était presque un crime de produire tant que cette production n'était pas adaptée à ce que "l'Europe" exigeait de nous.

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Votre serviteur se souvient parfaitement comment, dans les Asturies, c'est devenu presque un crime de posséder une ou deux vaches pour compléter la maigre pension d'un couple de personnes âgées vivant à la campagne, alors qu'avant notre "européanisation", les laiteries collectaient le lait de chaque producteur, petit ou grand, en échange d'un revenu fondamental pour le maintien de la vie rurale. Aujourd'hui, depuis que nous nous sommes "européanisés", les campagnes d'une grande partie de l'Espagne se dépeuplent, ce qui est le premier symptôme de la mort d'une nation. De même, les grandes industries du capital de l'État, qui auraient pu être facilement relancées avec des investissements publics (je me souviens du cas d'ENSIDESA, des chantiers navals, et de tant d'autres), si utiles pour maintenir l'État en autarcie et conserver des milliers d'emplois, ont été liquidées par les ministres successifs de la "pelote basque" (Solchaga, Boyer, Solbes...). Un investissement industriel aussi énorme et aussi bien autocentré, mené par l'INI de Franco, a été liquidé et vendu, plongeant des régions entières dans le chômage chronique et la retraite anticipée, ouvrant la porte à la toxicomanie des jeunes et à la paresse subventionnée, contraires à l'éthique imposée par les socialistes.

Le PSOE, paradoxalement, a été l'un des instruments les plus importants du néolibéralisme. Le néo-libéralisme, quant à lui, n'est rien d'autre qu'une interprétation fondamentaliste du capitalisme qui consiste à liquider toute nation souveraine dans la sphère économique (et donc ayant sa propre voix dans la sphère politique), qui s'oppose à son projet : cela signifie l'accumulation et la concentration du capital en très peu de mains. L'Espagne du défunt Franco a été, pendant de nombreuses décennies, à nouveau souveraine dans la sphère européenne et donc concurrente de nos "partenaires". Elle a dû être détruite. Ils ne s'arrêteront pas tant qu'ils n'y seront pas parvenus totalement.

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Parlons de l’accumulation et de la concentration du capital dans quelques mains. Ces mains ne sont plus des « mains d'individus » : leurs propriétaires sont des conglomérats complexes de fonds d'investissement qui, de plus en plus, ne sont pas identifiables à des États spécifiques, comme l'étaient autrefois la Grande-Bretagne et les États-Unis, de manière canonique. Aujourd'hui, les différentes puissances occidentales sur la scène mondiale sont à leur tour des instruments de ces fonds spéculatifs. Mais à part l'Occident, le gouvernail de l'État national est bien présent dans le développement capitaliste autocentré. Un gouvernement souverainiste et protectionniste, gouvernant l'économie nationale et une banque nationale peuvent être les instruments de ce "retour des pouvoirs" dans une région du monde à vocation expansive. Aujourd'hui, la Chine et la Fédération de Russie dépassent largement leur rôle de puissances régionales et, compte tenu de leurs importantes dimensions territoriales et démographiques, elles sont appelées à remplacer l'Occident en déclin. Le rôle prépondérant de leurs États, aussi autocratiques qu'ils le souhaitent, reste fondamental.

Nous comprenons que l'Occident est plongé dans la plus sombre décadence non plus à cause d'une sorte de besoin inexorable, correspondant à son "cycle de vie". Ce naturalisme, parfois interprété par le point de vue morpho-historique de Spengler, n'a pas fonctionné dans le cas des anciennes civilisations, beaucoup plus anciennes que l'Occident, comme c'est le cas du monde chinois. Et cela contredit l'idée "pseudo-naturaliste" selon laquelle une civilisation ancienne doit nécessairement être décadente.

Il y a encore un siècle, en Occident, les Chinois étaient méprisés, non sans une dose de racisme explicite, selon des clichés éculés. Dans cette optique, on parlait d'une civilisation orientale si ancienne, avec une longue histoire d'oppression du peuple, une oppression d'un tel degré et d'une telle efficacité que les Chinois ne seraient, peut-être inévitablement, que des esclaves nés. Une tare ethnique, supposée acquise à la manière lamarckienne, par une sorte d'exercice répété de soumission à une pseudomorphose de la domination, ferait de l'Empire chinois une sorte de carcasse éventrée prête à être dévorée par les vautours occidentaux et le Japon.

L'histoire nous a montré que rien de tout cela ne s’est avéré vrai, que les Chinois ont depuis longtemps retrouvé toute leur fierté nationale et sont en fait aujourd'hui la première puissance économique du monde.

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Après plusieurs décennies de croissance économique soutenue, et avec une combinatoire idéologico-pragmatique surprenante (sous nos yeux, formée par le néolibéralisme et l'ethnocentrisme occidentaux), mêlant l’idée d’un "État fort" et d’une "communauté forte" (idéologie communiste et confucianiste) d'une part, et de capitalisme avancé d'autre part, les Chinois ont généré leur propre insubordination fondatrice. D'exportateur de bibelots de mauvaise qualité, ils sont devenus un fer de lance de la technologie du plus haut niveau, sachant que cette technologie du plus haut niveau est la dernière étape d'une pyramide qui doit être soutenue par un secteur industriel moyen fort (qui n’est pas, lui, leader en technologie ou en marge des plus-values), qui fournira plusieurs millions d'emplois, des emplois qui généreront une importante classe moyenne instruite, d'où émergeront des élites technologiques et de toutes sortes, des élites capables de diriger le monde.

Au contraire, les politiques occidentales, y compris espagnoles, commettent l'erreur de délocaliser et de privatiser toutes les industries, comme si nous jetions notre propre mobilier par la fenêtre, dans le but de nous abandonner, d'une part, à une production technologique avancée minoritaire, sans socle moyen, et, d'autre part, à un secteur des services vaporeux et précaire, un secteur qui, au vu de la maudite pandémie de Covid-19, est comme un château de cartes. Nous le savons désormais.

L'Espagne est maintenant dans le peloton de queue de l'Europe. Et tous ceux qui se trouvent en dehors de nos frontières le savent. C'était - et c'est encore ! - un pays incapable de produire ses propres masques. Aujourd'hui, l'Espagne n'est qu'un pays plein de fous, comme dans la nef des fous, qui abrite une caste d'hommes (im)politiques incompétents qui ne cherchent que le vote à court terme et qui - depuis l'époque où Franco vieillissait - n'aspirent qu'à des sièges ou des sinécures, des prébendes, et ne songent qu’à vendre la patrie aux étrangers. L'Espagne est aujourd'hui un pays qui manque de la moindre souveraineté. Qu'est-ce que j'entends par souveraineté ? L’autonomie dans ses décisions. Une fois la plus grande et la meilleure de ses industries liquidée, l'Espagne ne sera plus qu’un site ouvert aux spéculateurs internationaux et au dumping de main-d'œuvre. En fait, elle est actuellement un sujet passif, qui subit une véritable "marche verte" devant laquelle les médias se taisent et devant laquelle les "partis du système" maintiennent le pacte secret de ne pas le mentionner au peuple.

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Le pays est rempli d'agents marocains qui, secrètement, de manière réitérée, avec arrogance et sans aucune dissimulation, diffusent un message hispanophobe dans tous les domaines possibles (journalistique, universitaire, culturel) afin de castrer le peuple espagnol face à l'imminence des marches vertes. Si le peuple espagnol ne se reconnaît plus comme une entité unie, cela entraînera l'impuissance de l’État, qui doit demeurer une entité politique unie. Cette impuissance de l’Etat nous met à nu, nous désarme, face à la menace venant du sud. Il est très symptomatique que de nos jours se déroule une campagne idéologique contre la célébration ou le souvenir de la prise de Grenade, que nous assistons au réveil féroce de la Légende noire, que nous observons un rejet mental de la Reconquête et des exploits des anciens royaumes hispaniques (Covadonga, Las Navas de Tolosa, Grenade, la Découverte des Amériques...). Les agents marocains sont très présents dans les rangs de la gauche et des groupes séparatistes, mais en réalité ils sont présents dans tous les partis ayant une représentation électorale.

Si le peuple restait uni, l'État, dirigé par les "vendus" de la partitocratie, n'aurait absolument rien à faire. Mais ce n’est pas le cas. Alors lorsque la nouvelle "marche verte" pénétrera (elle le fait déjà) dans les îles Canaries, à Ceuta et à Melilla, et en général sur les côtes méridionales et méditerranéennes, les "nouveaux Sahraouis" (apatrides, dépossédés de leur propre pays) seront les Espagnols d'aujourd'hui qui comprendront trop tard (comme ce fut le cas en 711, après la défaite de Don Rodrigo), qu'ils n'ont rien fait pour empêcher leur acculturation, leur conversion en peuple mozarabe, diminué en droits et en liberté, à peine tolérés par les nouveaux maîtres.

Il est clair que la véritable Espagne, celle qui, potentiellement, a un avenir, est l'Espagne guerrière, re-née jadis dans les montagnes de Covadonga, et non l'Espagne mozarabe, qui s’était déjà vendue, qui avait ouvert les portes à l'envahisseur. Mais avant cela, bien avant de se permettre toute bravade face aux provocations constantes, l'Espagne doit revenir à un "seuil de pouvoir" qui lui permette de se doter d'une puissance économique, en protégeant nos industries et nos campagnes, en donnant à l'État central le rôle de leader et d'investisseur dans l'économie. Redevenir un pays producteur, c’est aussi remettre sur pied, entre autres choses, une armée efficace capable de défendre les frontières. Les frontières de l'Espagne, ne l'oubliez jamais, sont aussi celles de notre civilisation. Les "partenaires européens", après des siècles d'histoire moderne, nous ont appris qu'ils préfèrent désormais devenir des musulmans, ou autre chose d’exotique et de fumeux, que des alliés fiables pour défendre les valeurs de notre civilisation. Nous devons également nous méfier d'eux, de leurs "lignes directrices" et de leurs schémas supranationaux. L'Europe est le problème, et le monde hispanique est la solution.

jeudi, 07 janvier 2021

Ecrabouillement de Trump et soumission de la masse occidentale

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Ecrabouillement de Trump et soumission de la masse occidentale

par Nicolas Bonnal

Je n’ai pas longtemps cru à la prise d’assaut du capitole par les patriotes américains ; je me disais en effet que les patriotes resteraient chez eux à cliquer et à râler comme nous. Et j’avais raison, puisque Mike Adams sur naturalnews.com a vite parlé de masse endormie et surtout de false flag. Après le printemps arabe on a créé un printemps américain pour imposer ici comme dans ces braves pays jadis nationalistes, socialistes et libres (aujourd’hui islamistes et technophiles) l’idéologie woke dont a besoin le système non pas pour nous soumettre, mais pour nous exterminer – surtout dans les pays occidentaux, qui sont ceux de la vieille race blanche que j’ai dénoncée il y a dix ans.

Trump, dont j’ai toujours parlé amusé, est un Berlusconi yankee, un idiot utile qui a servi à radicaliser le système, mais aussi un idiot inutile. La rage du petit blanc était plus forte en 2012  ou en 2016, et si la Clinton était passée en 2016 on aurait assisté à une résistance. Le Donald a radicalisé l’ennemi qui est revenu plus fort que jamais et il a anesthésié et neutralisé les petits blancs (je me suis fait insulter pour écrire cela, mais insulter…) ; il a enrichi la Chine et Wall Street comme personne, obéi à Fauci comme personne, et démantibulé l’occident comme personne. Il a aussi repoussé Poutine et la Russie comme personne, et je n’ai pas envie de continuer, les aveugles parmi les antisystèmes étant devenus pires que les aveugles du système.

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Il fallait être « un optimiste, c’est-à-dire un imbécile heureux » (Bernanos) pour penser que « trahi de toute part, accablé d’injustices », le guignol orange prendrait des risques pour sauver son électorat qui préfère le clic et la télé à la liberté, ou qui s’achète des armes comme des médicaments. Dans cette histoire le smartphone a joué un rôle fantastique : regardez autour de vous dans la rue et vous verrez que, masqués ou pas, les zombis ont tous ou presque le pif dans le smartphone. Masqué et vacciné fera partie du kit. On est déjà en mode techno-zombi, ils le savent en en profitent.

On nous a fait le coup du coup d’Etat fasciste et cela a marché comme à la parade, avec ce viking indien vu déjà chez les antifas et BLM, que Mike Adams a eu tôt fait de reconnaître. Cela montrait que le Donald était totalement isolé dans son narcissisme obtus, lui qui de toute manière a fait comme personne la pub du vaccin avant de le refourguer aux israéliens (les pauvres…). Trump aura marqué pour la énième fois la bouffonnerie des populistes et des libéraux de droite, des vieux droitistes et des je-ne-sais-quoi encore. Pour moi qui ai étudié et vécu cela depuis quarante ans, cette sanie confirme la notion de présent éternel avec un ricanement. Car Trump ce n’est que leur général Boulanger. Une coterie de mécontents, de réacs et de bidons qui se réunissent pour râler et tempêter, puis se dispersent à la première pluie, au premier vent, comme dirait  le vieux Rutebeuf.

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La suite va être abominable mais comme je l’ai dit le peuple la veut cette suite. Il faut arrêter de s’aveugler, rares résistants. Le peuple veut du grand Reset lui aussi : il veut moins travailler, se vacciner, moins polluer, moins se reproduire. Il est fatigué le peuple, comme l’a vu Nietzsche dès la fin des années 1880. On pourra aussi relire Maupassant qui montre comme Drumont l’arrivée du parisien moderne. C’est une médiocrité ontologique séculaire comme le catho d’aujourd’hui ou son monstre de pape, médiocrité que l’on assoupit ou que l’on conditionne pour les guerres contre l’Allemagne, l’arabe, le chinois, le virus. Ce type-là disait Drumont est un nihiliste qui ne tient à rien, pas même à la vie qu’on va lui enlever avec le Reset. De toute manière Greta lui a expliqué l’an dernier qu’il était de trop : du coup les maires écolos ont pris toutes les grandes villes françaises d’assaut, et on ne parlera pas de ce qui se passe en Angleterre ou en Allemagne ! Le système n’impose rien, c’est ce que je veux dire.

La suite va être une abomination. La grosse masse des zombis va se faire liquider ou va être privée de tout, tout en étant contente. La plupart des résistants trop vieux et trop mous continueront de cliquer et subiront le joug comme les autres. Refuge alors avec armes et pièces d’argent dans les campagnes dans des coins reculés, dans les montagnes ? Attention, ils ont la technologie, ils ont les drones (voyez l’excellente séquence de Bourne avec le drone) et ils auront tous les moyens de couper (cf. le général Barrons de l’OTAN) électricité, comptes bancaires, eau, etc. aux contrevenants et même aux autres. Certes si nous avions plus résisté ils auraient été moins méchants. Ils créent maintenant l’élite de SS  et de kapos, de commissaires politiques et médicaux dont ils ont besoin pour liquider la masse.

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Tout se sera passé comme dans le western de Richard Brooks La Dernière chasse : on voit les bisons se faire abattre (to shoot : vacciner) et continuer de brouter et de bailler. Les autres bisons peu fûtés s’en foutent.

Notre esclavage n’a fait que progresser depuis trois siècles. Il a été hallucinatoire (politique) et technique. Sur ce thème Jünger a tout dit dans son Traité du rebelle :

« L’homme tend à s’en remettre à l’appareil ou à lui céder la place, là même où il devrait puiser dans son propre fonds. C’est manquer d’imagination. Il faut qu’il connaisse les points où il ne saurait trafiquer de sa liberté souveraine…Tout confort se paie. La condition d’animal domestique entraîne celle de bête de boucherie. »

Cela c’est pour la masse. Pour l’élite dont a bien parlé Jack London (le Talon de fer) l’expression-clé c’est : « conviction de bien faire ».

Sources:

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration

Guénon, Bernanos et les gilets jaunes

mercredi, 06 janvier 2021

La guerre d'anéantissement et la paix permanente

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La guerre d'anéantissement

et la paix permanente

 

Irnerio Seminatore

 

En rappelant que la guerre n'a pas un caractère moral et ne peut comporter en soi un caractère criminel, en disqualifiant d'avance et par le droit la figure de l'ennemi, la guerre d'anéantissement, en dehors de toute référence aux legs de la civilisation, se développe en dessous de la paix apparente, conformément au sens originel de la lutte et de sa fureur élémentaire. Elle se définit dans la dimension conjointe de l'affrontement guerrier et de la perspective d'anéantissement de l'adversaire. Sous forme de lutte à mort, elle resserre en un seul concept, trois buts de guerre, politique,militaire et civil. Politique (par un choc étatique des armées), militaire (par une suppression de toute opposition et de toute résistance sur les arrières), et enfin, génocidaire (par la confusion des civils et des militaires et l'absence de toute retenue et contrainte violente). Elle produit une fusion destructrice de trois facteurs de résistance, la force actuelle, le potentiel de mobilisation et la force vive du peuple ou de la nation. Enfin, dans une apothéose de mort elle conduit à la suppression de tout antagonisme, peuple, race ou religion. Cela signifie l'éradication de l'ennemi du cours de l'histoire et, de ce fait, une guerre totale, en son pur principe. Ce type de guerre comporte la liquidation immédiate et soudaine d'une portion définie, organisée et territoriale de l'espèce humaine et configure ainsi la conception d'une guerre d'effacement existentiel, au dessus de laquelle tout armistice est trompeur, aléatoire et précaire. Deux exemples confirment cette analyse: la bataille de Canne (216 a.J-C) et la destruction de Carthage par les Romains dans l'antiquité et l'Opération "Barbarossa" pour l'anéantissement de l'URSS dans la troisième guerre mondiale (juin 1941). Le but d'éliminer l'adversaire et de raser Carthage après la deuxième guerre punique, fit de Rome la maîtresse du "Mare Nostrum"; la conquête de l'espace vital (le Lebensraum), devait permettre un repeuplement de l'immense étendue des terres de l’hémisphère Nord de l'Eurasie pour la constitution allemande d'un empire millénaire. Le Drang Nach Osten (la marche vers l'Est) aurait pu assurer une domination in-contrastée au Herrenvolk (le Peuple des Seigneurs).

51fIcbT3hdL._SX318_BO1,204,203,200_.jpgDifférente dans la forme, mais similaire pour les enjeux et surtout pour les issues, l'anéantissement des populations européennes par la guerre du ventre des femmes musulmanes. L'asymétrie démographique et la mobilité humaine compensent ainsi les buts de conquête politiques et militaires. La proclamation de la guerre du ventre fut une anticipation prémonitoire de Houari Boumediene. L'avait-on oublié?

En avril 1974, le président de la république algérienne, Houari Boumediene, prévenait l’Europe du projet de transplantation de peuple qui se préparait :

« Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère sud pour aller dans l’hémisphère nord. Et ils n’iront pas en tant qu’amis. Ils iront là-bas pour le conquérir, et ils le conquerront en le peuplant avec leurs fils. C’est le ventre de nos femmes qui nous donnera la victoire ».

L'histoire c'est aussi la démographie, éruption irrésistible du vivant.

La perspective d'anéantissement du Nord par le Sud de la planète est la forme du Lebensraum des opprimés contre les nantis Une perspective d'anéantissement lent, souterrain et insidieux, par l'étreinte démographique des populations. Une poursuite de la décolonisation, en forme d'invasion et de revanche, qui montent par vagues successives, par terre et par mer, soutenues par des organisations militantes. C'est le purgatoire des démunis et la noyade des populations autochtones. Ce sont les flux, refusés par la Grande Bretagne et sources de dissolution, de désagrégation et de conflit. Est loin des esprits, dans cette forme piétiste de la guerre des mondes, le principe westphalien du "cuius regio eius religio" (ou non ingérence idéologique), mais aussi celui du "cuius economia, eius regio" (individualisme ou étatisme économique), et encore le différent déterminisme des paradigmes de la connaissance "cuius religio, eius universalis cognitio"(telle religion, tel universalisme), visant l'identité, la famille, le groupe, la religion et la divinité. L'anéantissement touche ici aux principes premiers, ceux de la mission et de la foi. Un peuple ou un communauté affectés de l'intérieur par une "guerre des dieux" sont un peuple et une communauté condamnés à la disparition et à la sortie de l'histoire. Dans la guerre d'anéantissement démographique ou racial, la défense immunitaire de la philosophie et du droit est pervertie en son contraire, l'égalisation des conditions et des statuts. C'est la porte ouverte à l'exercice d'une violence disruptive, vindicative et revendicative de la part de l'étranger, devenu citoyen. Dans ces conditions la guerre n'est plus considérée comme une relation d’État à État, mais comme une révolte et insoumission permanentes, dépourvues de leaders et donc in-négociable. L’envahisseur, ami de l'ennemi extérieur est le premier fossoyeur de l'arène politique à qui on a remis les clés de la cité et qu'il livre au frère ennemi, lorsque la guerre civile est surmontée par la guerre étatique. La guerre de substitution, par noyade ethnique ou raciale, a son moment culminant dans la délivrance de toute obéissance, désignant une crise d'autorité et une prise de terre à repeupler.

Protégé par une philosophie humanitariste, consentie à l'ennemi sécessionniste, l'ekthrsos profite de la vie publique pour attiser les antagonismes des vieux conflits interconfessionnels et se hisser à la tête de la terreur extrémiste. De facto la guerre d'anéantissement se prépare dans l'antériorité de la guerre civile des sociétés ouvertes et dans la préparation souterraine des guerres d'étripage et de terreur qui la précèdent. Cela prouve que le monde n'est pas un village planétaire mais un espace protégé par les murailles du droit qui veillent à la sécurité des nations, sous le brouillard de la paix apparente de Saint Augustin. La bataille qui précède la guerre d'anéantissement est au même temps juridique et philosophique, afin que l’envahisseur ne puisse disposer des armes lui permettant de violer l'état de la pacification existante et de poignarder au dos le parti de la cohabitation et du "statu quo", par une fausse égalisation des conditions. Est guerre d'extermination dans les deux cas, la perspective d'anéantissement par l’atome, le globalisme prophétique, le millénarisme climatique et le réinitialisation de Davos. Concepts englobés dans les deux expressions de destruction complète et d'abattement total, sans pour autant que soit identifié l'auteur de cette guerre d'anéantissement qui, à l'inverse des perspectives civilisationnelles du passé, permettrait demain leurs condamnation et leur mise au ban des nations.

Bruxelles, le 5 janvier 2021

NdR. Ce billet fait partie d'une étude sur le thème :"GUERRE ET POLITIQUE. La désignation de l'ennemi et la discorde dans les alliances"

Et si le peuple voulait du "Grand Reset" et de la tyrannie ?

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Et si le peuple voulait du "Grand Reset" et de la tyrannie ?

par Nicolas Bonnal

Le plan des mondialistes progresse bien, et on en peut que rester béat d’admiration devant la stupidité béate des victimes. Comme dit Bernanos dans la France contre les robots, au moment des guerres contre le fascisme :

« Et si, par hasard, une telle idée leur était venue, ils se seraient bien gardés de l'avouer, car ils sont un des éléments de cette pourriture. La Bêtise, en effet, m'apparaît de plus en plus comme la cause première et principale de la corruption des Nations. La seconde, c'est l'avarice. L'ambition des dictateurs ne vient qu'au troisième rang. »

J’exagère ? Parce qu’une fois de plus je me crois supérieur et que je méprise mes contemporains qui sont les pauvres victimes d’une dictature affreuse ?

Essayez alors d’enlever votre masque dans le métro avant de me jeter la première pierre. Essayez d’envoyer votre petit sans masque à l’école avant de me jeter la première pierre. Essayez de prêcher à voix haute le texte du Dr Perronne en public avant de me jeter la première pierre. Vous verrez que le monde que vous croyez résistant le temps d’un clic est furieusement collabo dans la réalité.

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Cela n’étonnera du reste que les distraits. La résistance en France ne s’est développée que lorsque la défaite allemande fut assurée. Il n’y a que les nationalistes qui résistaient dès le début, comme là Marion et Philippot chez les politiciens. Et il fallait moins de cent mille soldats allemands en 1942 pour garder cette masse, tout comme il ne faut guère que cent mille gendarmes pour mettre tout le monde au pas. On a rappelé ici-même la soumission des Français sous Napoléon III, confirmé par le plébiscite de Mai 1870 d’ailleurs (pauvre Hugo exilé pour rien sur son île) et sous les aberrantes guerres républicaines, continentales ou coloniales. Le reste est de la soumission à la société de consommation et technologique, et Guy Debord nous a tout dit dessus, comme Lewis Mumford ou John Boorstyn en leur temps.

Il faut donc tirer quelques conclusions, car on s’est très bien habitués au masque, comme dit justement le président jupitérien Macron. On s’est très bien habitué au confinement aussi, et au porno gratuit sur le web (voyez la bonne émission d’Alexis Cossette et de Sylvain Trotta), et à Netflix, et à BFM. On a aussi compris que la populace ne veut pas du vaccin, mai que si on prend le temps de bien lui expliquer, et de la prévenir contre le militantisme terroriste et réac des anti-vaccins, ce que font les journaux tout le temps, tout ira pour le mieux.

Récemment c’est maître Brusa qui reconnaissait :

 “La Covid a généré une catastrophe juridique…il faudra des années pour se remettre sur le plan économique. Et des années sur le plan du droit…On commence à avoir des informations qui attestent qu’on nous prend pour des cons…Il faut que le peuple réagisse, il faut aussi que les gens réclament de la liberté, et aujourd’hui ce qui m’anéantit, c’est de voir comme il est difficile de faire réagir le peuple. Je ne demande pas de faire une révolution, je demande au peuple de demander les libertés…Nous sommes en train de tout perdre. Mais qu’est-ce qu’il faut de plus pour qu’on comprenne qu’on est dans le cadre d’une dictature ? Ce n’est pas parce que 200 ou 300 avocats font une tribune dans un journal que les choses vont changer, parce que, excusez-moi, mais Macron de la tribune dans le JDD, il n’en a rien à cirer… »

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Le peuple ne veut pas de la liberté. Le peuple veut du pain et des jeux, et on n’a pas attendu l’an 2020 pour le découvrir. Or le système les lui donne et il va prendre à ceux qui ont de l’argent en banque, qui sont une minorité et aux propriétaires, qui sont une minorité. Pour le reste le peuple admire les vedettes et les hommes les plus riches sont des vedettes comme ses sportifs préférés. Eux sont des philanthropes qui veulent vacciner ou protéger la planète…

J’irai même plus loin cette fois : le peuple n’a aucune raison d’être contre le grand reset. Le grand reset est dans l’air du temps, pas vrai ? Le peuple a en effet été éduqué dans l’idée que l’on pollue trop et qu’il faut arrêter de respirer ou de trop carboniser l’atmosphère ; il a été élevé dans la peur depuis l’an 2001 et un ami espagnol me disait que la jeune génération avait été déjà élevée dans la soumission et dans la servitude volontaire, pour reprendre le mot de l’année écoulée et même du court millénaire à venir. Le peuple a des dettes, pas de pognon, pas de goût pour la liberté (à part pour aller revoter pour Macron ou son ministre Edouard Philippe), mais il a le sens des responsabilités (remets ton masque, sale nazi) et de l’écologie, alors… On le prive de travail ; mais tant qu’il a le smartphone et la tambouille assurée. Le reste on verra après. De toute manière le travail…

Nietzsche avait déjà tout dit vers 1880 et on comprend (et c’est pourquoi je tape sur leur monde moderne) comment nos opinions abruties ont pu se farcir tant de guerres et de dictatures depuis. Lisez, vous allez rire :

« Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes !

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Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement.

On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l’on veille à ce que la distraction ne débilite point.

On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles. Point de berger et un seul troupeau ! »

Et là le maître touche le but de nos banquiers globaux :

« La terre sera alors devenue plus petite, et sur elle sautillera le dernier homme, qui rapetisse tout. »

Eh bien notre homme va sautiller un peu moins…

Sources :

Ainsi parlait Zarathoustra

Coronavirus et servitude volontaire

La France contre les robots

https://covidinfos.net/covid19/nous-sommes-en-train-de-creer-une-prison-a-ciel-ouvert-affirme-maitre-brusa-qui-denonce-une-dictature/2607/

Macron et le Quatrième Pouvoir

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Macron et le Quatrième Pouvoir

Par Franck Buleux

Traditionnellement, l’expression « quatrième pouvoir » désigne la presse et les médias. Par extension, le quatrième pouvoir regroupe tous les moyens de communication qui peuvent servir de contre-pouvoir face aux trois pouvoirs incarnant l’État (pouvoir exécutif, législatif et judiciaire).

De mémoire d’homme, ce pouvoir a, plus ou moins, toujours critiqué, voire combattu le pouvoir en place. Certes, la gouvernance classée à droite est toujours plus critiquée que la gouvernance classée à gauche. Il apparaît évident que la défaite de Valéry Giscard d’Estaing le 10 mai 1981 doit beaucoup à ce « pouvoir » au cours des années 1979 et 1980. De la même façon, il n’est guère critiquable de dire que Le Canard enchaîné, grâce ou à cause de ses révélations, a limité l’électorat de François Fillon à un peu plus de 20 % des suffrages exprimés. Certains m’objecteront que la plume n’est pas la cause initiale mais le fait incriminé, ce qui n’est pas faux.

Les écoles de journalisme produisent des hommes et des femmes de gauche. La presse de droite est moins influente, parfois inaudible. L’hebdomadaire de droite nationale, Minute, révélait la maladie de Mitterrand dès 1981, il a fallu attendre 1992 pour que le public l’apprenne par l’intéressé.

Certes, François Mitterrand, surtout lors de son second septennat et François Hollande surtout n’ont pas été exempt de critiques médiatiques, même s’il s’agissait, le plus souvent, de critiques « de gauche ».

Depuis la disparition de Minute, d’abord des kiosques puis du paysage de la presse écrite, la droite nationale dispose de peu de relais en kiosques et il ne s’agit pas, mis à part le courageux Présent, jamais cité par ses confrères, de quotidiens ou d’hebdomadaires à fort tirage.

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Or, l’élection de Macron, en mai 2017, a fait coïncider le 4e pouvoir avec le pouvoir exécutif (ou législatif, de toute façon la réforme de la durée du mandat présidentiel a entraîné, ipso facto, la symbiose électorale quasi-automatique de ces deux pouvoirs). La représentation politique de Macron contre Marine Le Pen au second tour lui a donné une aura « de gauche » et sa politique économique, considérée comme libérale (je ne suis pas persuadé que la « nationalisation des salaires » soit très libérale mais il s’agissait probablement d’une nécessité sociale, via la prise en charge du financement du chômage partiel) lui a conféré une stature « de droite ». Aussi, les médias de droite comme de gauche, en particulier audiovisuels, rivalisent de félicités à l’endroit du président Macron.

Mais à quoi sert ce 4e pouvoir ? Il n’est plus un contre-pouvoir mais une espèce de caisse de résonnance des décisions prises en conseil des ministres (le Parlement n’était qu’une chambre d’enregistrement des règles édictées par l’exécutif).

La crise sanitaire est devenue l’exemple emblématique de cette situation. Chaque média rivalise de loyauté (sic) avec les dirigeants. Mieux même, cette presse « libre » en redemande, soulignant parfois que si l’exécutif ne va pas assez loin (la politique des vaccins par exemple), c’est à cause des « mauvais Français », les conspirationnistes et autres extrémistes qui « manipulent » (comment ? Ils n’ont aucun média…) l’opinion en les nourrissant de « fakes News », terme qui sert aujourd’hui à décrédibiliser toute opinion contraire à celle d’Emmanuel Macron.

Le « 4e pouvoir » ne joue plus son rôle de « contre-pouvoir », il n’est plus que l’aiguillon de l’exécutif, l’élément accélérateur du système : vaccination « pour tous », dissolution de groupes dissidents, « chasse » internationale sur le Net de tout individu qui remettrait en cause la doxa. Le sanitaire a pris la place du politique.

Même les réseaux sociaux sont contrôlés, surveillés et chacun d’entre nous risque, plus que son propre décès par la Covid-19, la mort sociale.

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On arrive à penser que, même si l’exécutif hésite à mettre en place des règles privatrices de liberté, le 4e pouvoir va l’y pousser. On en viendrait presque à nous retourner, comme certains le font déjà, vers le pouvoir judiciaire face aux trois autres (exécutif, législatif et médiatique).

En Union soviétique (beaucoup l’ont oublié ou n’étaient pas nés), les médias se limitaient à un journal, La Pravda, c’est-à-dire « la vérité » en russe car, c’est bien connu, il n’y a qu’une vérité.

L’avantage de l’Union soviétique est que le message était unique alors que, dans la France de 2021, il y a plusieurs voix… pour indiquer une seule et unique voie. C’est la raison pour laquelle il apparaît nécessaire, voire indispensable, de développer des médias libres, écrits ou numériques. Comme Métainfos !

Le 4e pouvoir n’a d’intérêt que s’il apporte des éléments informatifs distincts, qui permettent de comprendre, de débattre, pas d’avaliser, sans analyses, les choix du pouvoir.

Une opposition atone, des médias aux ordres, l’image du président jeune et démocrate Macron ne correspond pas à la réalité que nous subissons. En 2021, « Ouvrez les yeux ! » devrait être la campagne essentielle de tous et de chacun. Dois-je vous rappeler que, en ce début janvier, les élections régionales et départementales ont été reportées et devraient avoir lieu en juin, si tout  va bien ou à l’année prochaine ? Aux calendes grecques.

Quel est le nom de cette démocratie dans laquelle les campagnes électorales n’existent même plus ? Sur cette interrogation à laquelle je vous invite à réfléchir, je présente tous mes vœux de santé et de concrétisation de vos projets tout au long de cette année à l’ensemble de notre lectorat, de plus en plus nombreux, attentif à nos écrits et fidélisé!

mardi, 05 janvier 2021

Le Moyen-Orient entre Trump et Biden

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Le Moyen-Orient entre Trump et Biden

par Alberto Negri

Sources : Il Manifesto & https://www.ariannaeditrice.it

Le pacte abrahamique entre Israël et les monarchies arabes, plus qu'une stabilisation, est un moyen d'annuler les droits des peuples et s'applique négativement aux Iraniens, Palestiniens, Kurdes, Libanais, Irakiens, Yéménites, et à tous ceux qui n'ont pas l'intention d'obéir. Au Moyen-Orient, Biden est déjà sous le poids des décisions de Trump.

La nouvelle année s'ouvre alors que l'année de la pandémie se termine. Les Américains peuvent faire ce qu'ils veulent contre l'Iran et les Israéliens aussi peuvent faire tout ce que les autres ne peuvent jamais faire : agir contre le droit international. Une synthèse du double standard qui, en négatif, s'applique aux Iraniens, Palestiniens, Kurdes, Libanais, Irakiens, Yéménites, et à tous ceux qui n'ont généralement pas l'intention d'obéir. Ces peuples, au mieux, peuvent obtenir des "concessions" mais ne sont pas titulaires de "droits". L'Alliance Abrahamique a sanctionné cet état de fait.

Au milieu se trouvent Erdogan et Poutine : le premier s’avère fonctionnel pour le second. Non seulement parce que le sultan de l'OTAN s'oppose à Moscou et traite en même temps avec la Russie en Libye et en Syrie, mais aussi parce qu'il sert les États-Unis en endiguant l'influence russe, comme en témoigne la guerre du Haut-Karabakh contre les Arméniens soutenue par les Turcs et les armes israéliennes. Biden déteste Erdogan (il l'a également attaqué quand il était l’adjoint d'Obama) mais l'affrontera non pas sur la base de ses aversions ou de ses références démocratiques mais sur son utilité sur le flanc oriental de l'Alliance atlantique.

Un an après l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani et de son lieutenant irakien Al Muhandis à Bagdad le 3 janvier dernier par les Américains, nous pouvons aujourd’hui en mesurer pleinement les conséquences. 2020 était l'année de l'attaque contre l'Iran - illustrée également par le meurtre en novembre du scientifique Mohsen Fakhrizadeh, attribué au Mossad – et celle du Pacte d'Abraham concocté dans une optique hostile à Téhéran, et scellé entre Israël et les monarchies du Golfe, suivies rapidement par le Soudan et le Maroc. Plus qu'une stabilisation, c'est un bond en avant vers de nouvelles annulations de droits des peuples : au Moyen-Orient, l'administration Biden, qui entrera en fonction le 20 janvier, pèse déjà sous le poids des décisions de Trump.

L'héritage contrasté d'Obama au printemps 2011 dans le monde arabe - soutien en Égypte aux Frères musulmans, guerre contre Kadhafi et soutien à la déstabilisation de la Syrie - avait eu comme issue positive le 14 juillet 2015 l'accord nucléaire avec l'Iran qui avait exaspéré Israël et jeté la panique en l'Arabie saoudite et dans les monarchies du Golfe. Trump est sorti unilatéralement de ce traité international et a établi de nouvelles règles de jeu qui n'étaient finalement pas si nouvelles que cela car elles remontent au président démocrate Roosevelt et à l’année 1945 : les monarchies devaient payer "cash" et par le truchement d’achats d'armes américaines pour la protection des intérêts des Etats-Unis ; s’ajoutait à la facture la normalisation avec Israël, la vente aux Arabes de pétrodollars comme artifice de survie face à la menace réelle ou présumée de l'Iran.

C'est ainsi que sont apparues les "incitations". Nétanyahou, qui se prépare à de nouvelles élections en mars, a profité de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les Américains de Trump et de l'annexion du plateau du Golan. En 2020, l’Israélien n'a eu besoin que d'un coup de pouce pour l'annexion annoncée de la Cisjordanie et pour concrétiser les nouvelles alliances avec les Arabes. Le pacte abrahamique a été rejoint par les Emirats et le Bahreïn, puis est venue la normalisation entre Israël et le Soudan, puis celle avec le Maroc.

L'Égypte d'Al Sisi fait déjà partie du jeu : elle reçoit l'argent des Émirats et des Saoudiens ayant comme tâche idéologique et répressive d'éliminer les Frères musulmans. Même le général Haftar en Cyrénaïque, s'il adhère au Pacte Abrahamique, serait entièrement recyclé.

Le souverain Mohammed VI a obtenu des incitations financières mais surtout il a obtenu la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. L'occupation marocaine des territoires sahraouis comme l'occupation israélienne de la Palestine est contraire au droit international et à toutes les résolutions de l'ONU sur l'autonomie et l'autodétermination des peuples. Ce sont là les deux mots que la philosophie lapidaire du pacte abrahamique fait oublier aux Kurdes, ainsi qu'aux Yéménites.

L'autonomie des Kurdes irakiens s’est désormais réduite à une peau de chagrin : le Premier ministre Al Khadimi préfère rencontrer Erdogan dans le cadre d'opérations anti-Pkk que "ses" Kurdes d'Erbil ou de Suleimanya. Ceux de Rojava, alliés des Occidentaux contre l’Etat islamique, avaient déjà payé le prix du sang en 2019, en subissant le retrait américain du nord de la Syrie. La réalité est que tant les Américains que les Européens sont prêts à sacrifier les Kurdes à tout moment si Erdogan garde trois millions de réfugiés chez lui et modère ses revendications en Méditerranée orientale où il se heurte à l'axe France-Grèce-Chypre-Egypte-Israël-Emirats.

Le pacte d'Abraham a également divisé les Yéménites en bons et en mauvais. Selon le Financial Times, avant le 20 janvier, le Département d'Etat américain se préparait à inclure les alliés houthis de l'Iran dans la liste des organisations terroristes. C'est l'une des conditions que l'Arabie saoudite demande, avec le protectorat sur le Yémen, pour la reconnaissance d'Israël, objectif recherché par le prince meurtrier Mohammed bin Salman et jusqu'ici rejeté par le roi Salman.

Mais c'est probablement encore en Irak qu'il faudra s'attendre à de nouvelles opérations des milices pro-américaines et pro-israéliennes anti-iraniennes et anti-chiites. Un récent rapport du Monde le prétend, tout comme le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif hier. L'année à venir ressemble déjà beaucoup, trop, à celle qui vient de s'écouler.

 

Scénarios probables en cas de victoire de Biden ou en cas de victoire de Trump

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Scénarios probables en cas de victoire de Biden ou en cas de victoire de Trump

Nous portons  à votre attention, les documents de synthèse prospective ci-dessus, élaborés sur base des travaux du think thank indépendant "Aurora".

Scénario de victoire Biden

Quelle sera la stratégie des «Financiers et banquiers Transnationaux» (le Finintern) si ils battent Trump et que ses réseaux n’arrivent pas à reprendre la main et le contrôle de l’appareil d’état dans les mois qui viennent.

  • Début de la nouvelle Grande Dépression (2020 avec l’affaire du «Coronavirus»)
  • Reprise du contrôle des États-Unis par le Finintern, notamment de la bureaucratie d’état
  • (2021-2025) Guerre civile «froide» grandissante aux États-Unis sur fond d’affrontement souterrain entre les milieux industriels (Trump) et financiers (Biden / Clinton / Harris), avec les premiers qui ne parviennent pas à reprendre le contrôle, dégradation accélérée de l’industrie par une accélération des délocalisations vers les autres pays, augmentation importante du chômage.
  • Retour de la politique financière libérale (création monétaire généreuse) et augmentation de la tension militaire à travers le monde, réactivation de nombreux conflits, notamment au Moyen-Orient, en Afrique et à la périphérie de l’Europe.
  • (2022-2025) Tentatives de coups d’état à travers toute la planète afin de renverser tous les régimes politiques indésirables, notamment ceux qui ont peu de dettes, beaucoup seront mis sous embargo (Iran, Belarus, Cuba, Corée du Nord, Russie, Venezuela, Argentine, Algérie…), intensification de guerres commerciales avec certains pays, relance en version durcie du TTIP et du TPP, retour de l’UE sous dépendance américaine, notamment militaire et commerciale.
  • Création massive de monnaie par les banques centrales (FED) afin de sauver le système bancaire mondial et financier transnational au bord de la faillite, cela en parallèle à l’anéantissement de l’économie réelle des États-Unis écrasé par les impôts levés afin de financier les subventions aux clientèles du Parti Démocrate.
  • Faillites massives des entreprises petites et moyennes ainsi que des particuliers (les exigences de paiement des dettes des ménages, notamment de la classe moyenne, elles restant bien en place sur fond de chute des revenus provoquées par la faillite des entreprises).
  • (2022-2025) Chute du niveau de vie moyen de 50% en 3 ans; famines localisées aux États-Unis, notamment dans les milieux ruraux, chômage qui s’élève à plusieurs dizaines de % (2025), répression sanglantes d’émeutes rurales aux États-Unis avec tirs à balles réelles, application localisée de la loi martiale dans certains états et comtés (la quasi-totalité des subventions est envoyée vers les minorités clientes du parti démocrate).
  • Fermeture définitive de toutes les industries de pointe (industrie 4.0), les crédits et les conditions n’étant pas réunies en situation d’hypercrise.
  • (2025-2027) Tentatives infructueuses de stabilisations de la situation aux États-Unis dont l’économie est tombée à 30% de celui de 2020, le budget militaire qui reste colossal est l’un des principaux piliers de cette tentative de stabilisation ainsi que l’utilisation de ce qui reste d’influence politique internationale.
  • Vers 2027-2030 dégradation irréversible de la structure de l’économie (par rupture des filières et chaines d’approvisionnement restantes) sortie du rang des grandes puissances mondiales, déménagement du QG du FinIntern hors des États-Unis.
  • 2030–2040 гг. très difficile et lente reconstruction de l’appareil productif, sur la base des 4èmes (milieu-fin du XXème siècle moteur à combustion interne, moteur à réaction, premiers ordinateurs, début de l’ère nucléaire…) et 5èmes (fin XXème-début XXIème siècle microélectronique, informatique, biotechnologies, télécoms, fibres optiques…) paradigmes technologiques, convergence du niveau de vie moyen, des structures économiques et sociales avec celles de l’Amérique du Sud
  • 2045 reprise d’une souveraineté et d’un poids politique minimal, à un niveau comparable à celui de l’Inde.
  • Tous les pays de la planète sentiront les conséquences de ces évènements.

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Scénario de victoire Trump

Temporalité de la stratégie MAGA en cas de victoire/refus de passation de pouvoir de la part du Président Trump et des industriels qui l’appuient.

  • Début de la Nouvelle Grande Dépression (2020 avec l’affaire du «Coronavirus»)
  • Maintien du contrôle des États-Unis par les élites industrielles et Donald Trump & Co.
  • 2021-2024 émission monétaire, orientée en priorité vers le sauvetage du secteur réel de l’économie au dépens de l’économie financière chute massive, mais contrôlée, totale de l’économie de 40% à 50%
  • Annulation de dette pour l’essentiel des ménages et entreprises du secteur réel de l’économie, faillite du secteur financier
  • (2021-2025) Guerre civile «froide» grandissante aux États-Unis sur fond de purge des élites établies
  • 2022/2023 Nouveau Yalta et établissement des nouvelles règles de fonctionnement internationales sur la période courant jusqu’à 2040, fractionnement de fait du monde en blocs macro régionaux.
  • Retrait des troupes américaines de l’Hémisphère Oriental du globe : Moyen-Orient (2021-2022), Asie Centrale (2022-2024), Europe (2023-2025), Extrême-Orient (2024-2027);
  • 2023-2026 préparation d’un nouveau redécoupage du Moyen-Orient, préparation du démantèlement de la Turquie (NDT : pas d’accord) et de l’Arabie Saoudite.
  • 2025-2030 relocalisation de l’appareil productif sur base des 4èmes (milieu-fin du XXème siècle moteur à combustion interne, moteur à réaction, premiers ordinateurs, début de l’ère nucléaire…) et 5èmes (fin XXème-début XXIème siècle microélectronique, informatique, biotechnologies, télécoms, fibres optiques…) paradigmes technologiques
  • 2027 lancement des projets de développement des technologies du 6ème paradigme technologique (spatial, nanotechnologies, IA, industrie 4.0, technologies additives…) représenté par des industriels comme Elon Musk.
  • 2030-2035 reconfiguration de l’ensemble de l’appareil productif sur base du 6ème paradigme technologique, États-Unis le font les premiers au monde.
  • 2030-2040 expansion et formation-consolidation du bloc macro régional étasunien;
  • 2040-2060 mondialisation alternative sur certains principes helleno-chrétiens actualisés et remaniés dans un monde multipolaire

dimanche, 03 janvier 2021

Non à la société multiculturelle néolibérale, oui à la communauté et à l’identité sociale

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Non à la société multiculturelle néolibérale, oui à la communauté et à l’identité sociale

Par Enric Ravello Barber

Ex : https://www.enricravellobarber.eu

L'immigration massive, le multiculturalisme, la substitution démographique sont la conséquence du paradigme idéologique actuel, de la superstructure idéologique - comme dirait Marx - qui détermine la structure sociale et économique. Ce paradigme, que beaucoup appellent aujourd'hui mondialisme ou mondialisation, n'est rien d'autre que le développement logique des principes de l'idéologie libérale. Pour guérir une maladie, la première chose à faire est dresser un bon diagnostic, d’observer les symptômes et d’en déterminer la cause. Nous sommes clairs : le libéralisme est la cause principale de tous les problèmes conflictuels dont souffrent les sociétés européennes aujourd'hui. Par conséquent, c'est le grand ennemi à détruire.

ravello_new.jpgPour le libéralisme, l'homme est né "ex novo". C'est-à-dire qu'il ne fait pas partie d'une communauté, d'une tradition ou d'une identité, il est simplement un individu qui est mû par son seul intérêt individuel et économique. D'une certaine manière, le libéralisme est la théorie de l'individualisme absolu, dans laquelle l'individu, sans racines, sans passé ni mémoire, et donc égal et interchangeable avec le reste des hommes, s'associe à d'autres pour défendre ses propres intérêts qui sont essentiellement de nature économique. Cet amalgame d'intérêts particuliers crée la société, comprise essentiellement comme un marché.

Conçu comme un pacte de minima, l'État est "un moindre mal" qu'il faut réduire au maximum pour que ce soit le marché - le totem libéral - qui régule les relations entre les individus.

De cette même logique libérale naît le concept ambigu et liquide "d'intégration" qui, dans l'imaginaire libéral, se traduit par l'incorporation plus ou moins ordonnée à la société de marché de nouveaux individus en tant que simples producteurs/consommateurs.

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Nous, les identitaires, sommes à l'antithèse, tant dans ses principes que dans son application, de la pensée libérale. Pour nous, la société n'est pas créée par un contrat commercial (principe libéral) mais par une histoire, un patrimoine et une tradition (principe identitaire). La personne naît avec un héritage et dans un certain environnement : elle fait, dès le premier instant, partie d'un groupe et ce sont ces groupes, les peuples, qui créent les États. Pour les identitaires, le "nous" précède et conditionne le "je", tandis que le "je" détaché du "nous", est la base de l'idéologie libérale, uniformisante et mondialiste.

C'est pourquoi nous soulignons que le concept d'intégration est une erreur. Les cultures, qui n'apparaissent pas spontanément, sont l'expression mentale et formelle de peuples. Si le peuple disparaît, sa culture disparaîtra aussi. Il ne faut pas confondre "intégration" et "imitation" (des formes externes et de l'accès au marché du travail) - ce qui est l’erreur libérale. Une culture est quelque chose de bien supérieur, de bien plus large et de plus complexe.

Dans la Grèce classique, berceau de la démocratie (le pouvoir du peuple), le "demos" était lié à l'ethnicité. Rien à voir avec un regroupement d'individus qui sont en relation les uns avec les autres dans un intérêt économique et commercial. Il est temps de retrouver le vrai sens de la démocratie.

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En comprenant la société comme une communauté qui partage des liens historico-culturels profonds, nous sommes aux antipodes du libéralisme et de son idée de réduire l'État à un minimum. L'État est l'instrument politique de la communauté historique-identitaire et, par conséquent, il veillera à protéger tous ses membres et ne l'abandonnera pas à la volonté injuste du "marché".

C'est pourquoi nous défendons un secteur public fort et digne qui assure la santé, les droits sociaux et l'éducation de tous les membres de notre communauté nationale et populaire. Être identitaire comporte nécessairement un élément social fort, le contraire est, disons-le clairement, la trahison de son propre peuple en tant que communauté organique.

unnamedGV.jpgAinsi, nous désignons le libéralisme comme l'ennemi absolu, ses œuvres et ses dirigeants, qui ne peuvent jamais être une référence à quiconque s'identifie à nos postulats, à titre d'exemple nous citons la malfaisante Margaret Thatcher et ses politiques néolibérales de privatisation du secteur public ; nous reprenons la citation de Géraldine Vaughan (photo), docteur en histoire et civilisation britanniques, qui dans le contexte du référendum sur l'indépendance de l'Écosse en 2014 a déclaré : "L'idéologie thatcherienne a attaqué les valeurs écossaises profondément ancrées dans l'idée de communauté. L'exaltation de l'individualisme n'est ni comprise ni acceptée. La politique néolibérale de Thatcher a pulvérisé l'État, et cela a été ressenti comme une attaque contre l'idée de communauté. Un fossé idéologique et moral s'est ainsi ouvert avec les Écossais".

Contre tout libéralisme, individualisme et mercantilisme, nous luttons pour un "niveau de vie" décent dans la sphère socio-économique et pour un "mode de vie" propre dans la sphère communautaire et nationale.

Enric Ravello.

 

samedi, 02 janvier 2021

2020 et le triomphe du techno-mondialisme en France

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2020 et le triomphe du techno-mondialisme en France

par Nicolas Bonnal

Ex: https://reseauinternational.net

La facilité avec laquelle s’installe l’horreur techno-mondialiste nécessite un rappel historique. La dictature pseudo-médicale est liée à l’ascension prodigieuse de l’État moderne. De grands penseurs très différents ont dénoncé cet État moderne : Marx, les anarchistes français (génial Proudhon…), Tocqueville. Mais quand on sait sur quoi ont débouché marxisme et libéralisme, on comprendra pourquoi je ne propose jamais de solution. Ma solution c’est Fly you fools dans la caverne de la Moria de Tolkien. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai publié plusieurs livres sur Tolkien, et qui tournent autour de cette question : comment les gens libres du monde traditionnel ou les rebelles du monde moderne peuvent-ils échapper à l’horreur du totalitarisme postmoderne occidental ? Le grand traditionaliste Coomaraswamy a écrit :

« …le gouvernement traditionnel de l’Inde est bien moins centralisé et bien moins bureaucratique que n’importe quelle forme de gouvernement connue des démocraties modernes. On pourrait même dire que les castes sont la citadelle d’un gouvernement autonome bien plus réel que ce qu’on pourrait réaliser par le décompte de millions de voix prolétaires. Dans une très large mesure, les diverses castes coïncident avec les corps de métier ».

Correspondant de Guénon, Coomaraswamy est alors proche des derniers grands écrivains catholiques Chesterton ou Bernanos. Son fils chirurgien a d’ailleurs écrit un livre contre Vatican II. Et on voit que le paganisme de l’Église romaine débouche sur son acquiescement au totalitarisme mondialiste sous le pontificat de l’autre. Je recommanderai aussi la lecture du jeune historien Yohann Chapoutot qui établit le lien entre occident et nazisme, cette machine coloniale à organiser pour dépeupler et contrôler.

9782081204959.jpgLa France est à la tête du totalitarisme néo dans le monde, et Macron a succédé au prince-président dont a génialement parlé Hugo dans Napoléon le petit. La France a toujours été à l’avant-garde de la tyrannie étatiste. Lisez Taine (le tome cinquième de sa France contemporaine) à ce sujet, l’Ancien Régime de Tocqueville, et même mon livre le Coq hérétique, publié en 1997, qui eut de nombreuses recensions en Angleterre… et en France.

Un qui en a bien parlé c’est Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte :

« On se rend compte immédiatement que, dans un pays comme la France, où le pouvoir exécutif dispose d’une armée de fonctionnaires de plus d’un demi-million de personnes et tient, par conséquent, constamment sous sa dépendance la plus absolue une quantité énorme d’intérêts et d’existences, où l’État enserre contrôle, réglemente, surveille et tient en tutelle la société civile, depuis ses manifestations d’existence les plus vastes jusqu’à ses mouvements les plus infimes, de ses modes d’existence les plus généraux jusqu’à la vie privée des individus, où ce corps parasite, grâce à la centralisation la plus extraordinaire, acquiert une omniprésence, une omniscience une plus rapide capacité de mouvement et un ressort, qui n’ont d’analogues que l’état de dépendance absolue, la difformité incohérente du corps social, on comprend donc que, dans un tel pays, l’Assemblée nationale, en perdant le droit de disposer des postes ministériels, perdait également toute influence réelle, si elle ne simplifiait pas en même temps l’administration de l’État, ne réduisait pas le plus possible l’armée des fonctionnaires et ne permettait pas, enfin, à la société civile et à l’opinion publique, de créer leurs propres organes, indépendants du pouvoir gouvernemental ».

Aujourd’hui cette armée de fonctionnaires, encore un peu pseudo-grévistes dans les années 90, se mettent goulument au service de la dictature cléricale et médicale de Macron. Le régime reste bourgeois et Marx explique pourquoi il y a cent-cinquante ans :

index18BR.jpg« Mais l’intérêt matériel de la bourgeoisie française est précisément lié de façon très intime au maintien de cette machine gouvernementale vaste et compliquée. C’est là qu’elle case sa population superflue et complète sous forme d’appointements ce qu’elle ne peut encaisser sous forme de profits, d’intérêts, de rentes et d’honoraires. D’autre part, son intérêt politique l’obligeait à aggraver de jour en jour la répression, et, par conséquent, à augmenter les moyens et le personnel du pouvoir gouvernemental, tandis qu’en même temps il lui fallait mener une guerre ininterrompue contre l’opinion publique, mutiler et paralyser jalousement les organes moteurs indépendants de la société, là où elle ne réussissait pas à les amputer complètement. C’est ainsi que la bourgeoisie française était obligée, par sa situation de classe, d’une part, d’anéantir les conditions d’existence de tout pouvoir parlementaire et, par conséquent aussi, du sien même, et, d’autre part, de donner une force irrésistible au pouvoir exécutif qui lui était hostile ».

Entre le lumpenprolétariat (la bohème de Marx, racailles d’aujourd’hui, suppôt du pouvoir rose-brun), la population superflue et l’ordre bourgeois, on conçoit que la France est mal partie pour réagir.

Marx ajoute dans le même élan :

« Napoléon acheva de perfectionner ce mécanisme d’État. La monarchie légitime et la monarchie de Juillet ne firent qu’y ajouter une plus grande division du travail, croissant au fur et à mesure que la division du travail, à l’intérieur de la société bourgeoise, créait de nouveaux groupes d’intérêts, et, par conséquent, un nouveau matériel pour l’administration d’État. Chaque intérêt commun fut immédiatement détaché de la société, opposé à elle à titre d’intérêt supérieur, général, enlevé à l’initiative des membres de la société, transformé en objet de l’activité gouvernementale, depuis le pont, la maison d’école et la propriété communale du plus petit hameau jusqu’aux chemins de fer, aux biens nationaux et aux universités. La république parlementaire, enfin, se vit contrainte, dans sa lutte contre la révolution, de renforcer par ses mesures de répression les moyens d’action et la centralisation du pouvoir gouvernemental ».

J’ai déjà cité cette phrase prodigieuse, alors je la répète :

« Toutes les révolutions politiques n’ont fait que perfectionner cette machine, au lieu de la briser. Les partis qui luttèrent à tour de rôle pour le pouvoir considérèrent la conquête de cet immense édifice d’État comme la principale proie du vainqueur ».

9782080703538.jpgAujourd’hui la machine se met au service du techno-mondialisme, des GAFAM, de l’écologisme malthusien, de Davos.

La suite avec Tocqueville : lui a décrit la triomphe de l’État et de sa bourgeoisie un peu comme Guénon dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel.  Tocqueville décrit déjà distanciation et isolement, et fin de la patrie :

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie ».

Au-dessus de cette meute, l’État qui n’a pas attendu nos commentateurs télé pour découvrir qu’il faut maintenir les Français dans l’enfance (il faudra un jour comprendre qu’on n’était pas beaucoup plus libres avant le coronavirus) :

« Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »

On répète car c’est magnifique : que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

Et bien c’est fait avec le vaccin et la télé et la grande confiscation de l’année prochaine.

9782081451667_1_75.jpgTocqueville ajoute :

« Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ».

J’ai déjà parlé de l’hébétude, mot repris par Baudrillard dans sa Guerre de Troie et subtilement commenté par Mgr Gaume : c’est la fin de l’intelligence du baptême et l’abrutissement esclave, celui que vous et moi, rebelles impuissants, constatons autour de nous. Le rebelle découvre alors que lui aussi n’est pas libre sur le terrain…

Tocqueville explique la vraie raison de notre stupide soumission :

«  Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne. Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent ».

le_coq_heretique_autopsie_de_l_exception_francaise-71933-264-432.jpgCe qui nous arrive était écrit, comme dirait un beau rebelle arabe dans Lawrence d’Arabie, tourné près de chez moi en Andalousie.

Faites attention, l’État mondialiste a toute la technologie pour s’installer, et les « bourreaux volontaires » abondent. Il a son armée de politiciens, de drones, de fonctionnaires et de journalistes hypnotiques, de victimes hébétées.

Bonne année à ceux qui veulent vivre et résister.

Nicolas Bonnal.

Sources :

Nicolas Bonnal – Le coq hérétique (Les Belles Lettres)

Tocqueville –  De la Démocratie en Amérique, volume II, part 4, chap VI.

Marx – Le dix-huit Brumaire

Chapoutot – Libres d’obéir, nazisme et management

vendredi, 01 janvier 2021

Feux dans la nuit d'hiver : perspectives eschatologiques dans les rites traditionnels du Nouvel An

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2021

Feux dans la nuit d'hiver : perspectives eschatologiques dans les rites traditionnels du Nouvel An

Pour le Nouvel An, nous publions un article sur ces feux, tiré du site italien https://www.azionetradizionale.com

par Lorenzo Maria Colombo

Dans de nombreux pays du nord de l'Italie, les célébrations de la fin de l'année et des premiers mois de la nouvelle année sont accompagnées de rituels collectifs particuliers qui, à y regarder de plus près, ont l'aspect apparemment assez macabre d'un sacrifice humain : des mannequins aux traits anthropomorphiques ou même des êtres humains en chair et en os sont brûlés, noyés, enterrés ou, en général, tués rituellement.

A Ameglia (SP), par exemple, il existe la tradition de l'Omo ar bozo, dans laquelle une personne du village se déguise en étranger qui est jugé et jeté dans une mare d'eau (le bozo, en fait).

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Dans de nombreux autres endroits, cependant, le symbolisme de l'enjeu purificateur semble prévaloir : À Varallo Sesia (VC), le 6 janvier, pour célébrer le début du carnaval, les habitants se réunissent sur les rives du ruisseau Mastallone, qui divise la localité en deux, pour brûler le mannequin diy du Veggia Pasquetta (le « vieux lundi de Pâques ») ; le feu continue à jouer un rôle central pendant toute la durée de ce carnaval alpin, l'un des plus importants et des plus populaires du nord du Piémont, avec des épisodes tels que le rond-point autour du feu de joie sur la place le soir du Carnevalàa n'tla stràa (Carnaval sur la route) et l'incendie final du roi du Carnaval (évidemment toujours un mannequin) sur le Ponte Antonini.

Des rites similaires ont lieu dans le village de Roccapietra et dans les villes voisines de Civiasco et Borgosesia, parfois accompagnés de feux d'artifice. D'autres caractéristiques de cette période, qui sont très importantes comme nous le verrons pour comprendre son profond symbolisme, sont les distributions gratuites de nourriture (soupe, haricots, tripes, focaccia, sucreries, etc.) dans différents villages. Parmi les quelques autres particularités de cette période, répandues dans divers pays, il faut compter certaines manifestations typiques où prédominent des performances de force et d'habileté physiques, voire un caractère explicitement agonistique ou guerrier : par exemple, le défi entre le "laid" et le "beau" qui se déroule dans Suvero (SP), les sapeurs (littéralement: les huissiers) armés qui accompagnent les défilés de carnaval de Sampeyre (CN) et Schignano (CO), la Danse des épées lors des processions religieuses de Venaus et Giaglione (TO), les coups de poing dans les rues contre les krampus (les "putréfiés" ou, selon une autre étymologie, "celui qui a les griffes") dans le Trentin-Haut-Adige ou encore les célèbres manieurs de drapeaux du Paliotto d'Asti qui sont appelés à se produire sur les places de différentes communes piémontaises.

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Les ethnologues et anthropologues interprètent généralement ces traditions comme des résidus païens d'anciens rites propitiatoires pour la fertilité des champs, antérieurs à l'arrivée du christianisme ; le faux "sacrifice humain" (ou même dans certains cas le sacrifice authentique et sanglant d'un animal, comme une dinde ou une oie) est alors considéré comme une représentation typique du "bouc émissaire". Selon l'ethnologue Piercarlo Grimaldi, la "chèvre" est tuée par la "communauté paysanne qui, pour faire face à la nouvelle saison agricole, doit se régénérer rituellement"[1].

Il va sans dire que de telles explications, même si elles ne sont pas complètement fausses, sont, d'un point de vue authentiquement traditionnel, loin d'être satisfaisantes. L'incapacité des universitaires occidentaux à analyser les significations cachées de ces rites est probablement due, au moins en partie, à la rupture, survenue pour des raisons historiques et sociales, entre la culture paysanne et celle de la "haute société" (ndt : la « culture des élites » selon Robert Muchembled), représentée autrefois par le clergé et aujourd'hui par les universitaires, qui ne sont plus capables de dialoguer et de comprendre la culture populaire. Il faut évidemment ajouter à cela des considérations sur le "cycle vital" normal des traditions, qui, dans sa phase terminale, voit une perte progressive de sens jusqu'à ne laisser qu'une forme vide et « survivante » (d'où le terme « superstition »).

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Si nous voulons trouver la véritable clé de l'interprétation de ce que nous venons de dire, nous devons donc nous tourner vers les cultures où une telle césure n'a pas eu lieu ou a été rétablie à temps : c'est le cas du Tibet où (au moins avant l'invasion communiste chinoise) les rites du Nouvel An étaient pratiqués, avec la combustion d’un mannequin, extraordinairement similaires à ceux du nord de l'Italie. Ici, cependant, la tradition bouddhiste a réussi à réinterpréter l'ancien rituel populaire dans la perspective sotériologique de la nouvelle religion, ou plutôt à revenir à leur signification originelle. Traditionnelles, les anciennes formes ont dégénéré en superstition, explique en fait le célèbre tibétologue Giuseppe Tucci : "La superposition de la fête du sMon lam sur l'ancienne fête du Nouvel An s'explique par le fait que le premier en était venu à s'identifier à l'idée de la victoire sur le mal et l'hérésie dans le miracle de Śrāvastī (...)[2]. La communauté est dans une période de déclin progressif, dans laquelle le mal augmente et la doctrine prêchée par Śākyamuni devient obscure. Il est donc nécessaire d'éliminer ou au moins d'atténuer les signes évidents de cette époque - épidémies, guerres, famines - mais surtout d'aider à préparer l'action rédemptrice du prochain Bouddha, Byams pa, Maitreya. Le symbolisme à la base de cette pensée a également des répercussions sur le plan liturgique et pratique : le gouvernement distribue des plantes médicinales (sman) aux moines pour lutter contre les maladies ; des tissus de soie pour les défendre du danger des armes ; de la nourriture, de la viande, de la soupe, de l'argent, etc... contre la famine imminente. La liturgie est conditionnée de façon dramatique à chacun de ses différents moments. Par exemple, la procession rituelle autour du temple de Byams pa est censée signifier que la nouvelle ère de la doctrine, la descente de la parole divine, est déjà un fait accompli (...) la non-science (ma rig), l'origine de la contamination morale (ňon mons) et donc aussi du karma, est innée en chacun de nous, en moi et dans les autres, et [pour cela] il est nécessaire de la brûler dans le feu de la connaissance sublimée (ye šes kyi me). L'image qui est au centre de cette cérémonie est destinée à recevoir en elle-même la non-science et est brûlée dans le feu de la sagesse, qui est représentée de cette façon (...). A l'attente de la nouvelle année prévaut celle de l'annus magnus : ainsi le cycle bref des douze mois devient le maillon d'une chaîne qui s'étend à l'infini, de bon augure, de renouvellement de la doctrine, de l'avènement du royaume de Maitreya, dont l'épiphanie aura lieu après la fin du processus progressif de décadence de l'ère cosmique actuelle"[3].

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Pour résumer : au moment où l'obscurité semble la plus profonde, à la limite entre une année et l'autre, les adeptes de la Tradition sont appelés à monter sur le terrain de lutte, à entrer en guerre contre les forces du mal afin de favoriser le retour de la Lumière dans une nouvelle ère prospère du monde, où il n'y aura plus ni faim ni misère et où les hommes se "nourriront" directement de l'enseignement spirituel ; et les flammes qui brûlent le mannequin sacrifié ne sont autres que celles qui consommeront les potentialités inférieures de ce cycle pour permettre au nouveau de commencer.

Au Tibet, comme en Italie, le rite du début de la nouvelle année entend représenter une attente, non pas passive et sentimentale mais active et "militante", une tension eschatologique vers la réalisation, même seulement temporaire et virtuelle, de cette Terre pure, cette Jérusalem céleste où l'être humain sera réintégré dans son état originel[4].

Enfin, nous nous permettons de faire quelques réflexions sur la situation que nous vivons dans cette période particulière de l'Histoire.

On se souvient qu'au début de l'année 2020, alors que, comme on vient de le démontrer, la pandémie de covid-19 était déjà en cours depuis plusieurs mois, le premier confinement est tombé au moment même où les festivités du carnaval atteignaient leur point culminant, empêchant la conclusion naturelle du Carême, avec les fermetures forcées qui se sont ensuite étendues bien au-delà de la Semaine Sainte. Et aujourd'hui, avec l'urgence sanitaire qui semble loin d'être résolue, il est très probable que nous soyons obligés d'abandonner nombre de ces rites traditionnels mentionnés au début de notre article, dont certains, il faut le souligner, ont des origines très anciennes et n'ont jamais été interrompus jusqu'à présent, sauf pendant les périodes les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale.

Il est probablement trop tôt pour affirmer que cette situation est intentionnelle, qu'elle découle d'une intention consciente d'anéantir nos traditions ancestrales ; et pourtant la symbolique lugubre qui sous-tend ces faits nous semble claire : les forces de l'anti-tradition, les légions de l'adversaire n'acceptent plus d'être domptées et exorcisées, mais se déchaînent de toutes leurs forces dans le monde dévasté.

Et dans ce contexte, il n'est pas surprenant que certains "champions" de la subversion internationale n'aient pas pu cacher un certain sentiment de vengeance mesquine contre ceux qui, légitimement, se plaignaient de la suppression ou de la réduction à un minimum des événements traditionnels : juste avant ce Noël 2020, parmi les plus dramatiques dont l'histoire récente se souvienne, un youtubeur, au nom plutôt risible d'"Ateotube", a déclaré sur sa page Facebook : "Je ne comprends vraiment pas le fétichisme des Italiens pour les traditions. Mieux vaut innover, progresser, avancer".

Progresser et avancer vers où, on peut se le demander, si ce n'est vers une civilisation vidée de tout sens, vers une culture qui ne peut plus être définie comme telle car rien n'est plus "cultivé", vers l'immense abîme d'où tant de jeunes tentent en vain de s'échapper avec la drogue ou en s'ôtant la vie...

Mais en fin de compte, comme nous le savons déjà, ce sont des choses qui doivent arriver. Les armées des ténèbres seront autorisées à avancer jusqu'à ce que la moindre lueur de la Lumière des anciens jours semble être étouffée à jamais ; alors, et seulement alors, Rudra Chackrin, Seigneur de la Roue Cosmique, descendra dans le monde pour la sacrifier (la rendre sacrée) dans les flammes purificatrices et sanctionner le début d'un nouveau Jour.

Il nous appartient de nous préparer à ce moment par une pratique intérieure, car les formes extérieures - en elles-mêmes seulement instrumentales et temporaires - nous sont aujourd'hui refusées.

À tous ceux d'entre vous qui ont eu la patience de lire cet article jusqu'au bout, j’apporte un souhait sincère de bonne année sous le signe de la lutte et de la victoire.

Notes :

[1] P. Grimaldi, Tempi grassi tempi magri, Omega edizioni 1996 Torino, p. 50.

[2] L’épisode où Bouddha manifeste sa propre supériorité face aux adeptes des sectes rivales, est celui où, de son corps, s’échappent simultanément des langues de feu et une pluie d’eau. Remarquons que ce double symbolisme de l’eau et du feu se repère également dans les rites italiens que nous avons cités.  

[3] G. Tucci, Le religioni del Tibet, ed. Mediterranee 1995 Roma, pp. 192-193. Ed. originale Die Religionen Tibets, W. Kholhammer GmhH, Stuttgart 1970.

[4] G. Marletta, L’Eden, la Resurrezione e la Terra dei Viventi, Irfan edizioni San Demetrio Corone (CS) 2017, pp. 79-91.

 

La Turquie pivote vers le centre du nouveau grand jeu

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La Turquie pivote vers le centre du nouveau grand jeu

Pepe Escobar

Ex: https://www.unz.com

Lorsqu'il s'agit de semer la zizanie et de profiter de la division des autres, la Turquie d'Erdogan est une véritable superstar.

Sous le délicieux nom de Countering America's Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA), l'administration Trump a dûment imposé des sanctions à Ankara pour avoir osé acheter des systèmes russes de défense anti-missiles sol-air S-400. Les sanctions visaient l'agence turque d'acquisition de matériel de défense, la SSB.

La réponse du ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a été rapide : Ankara ne reculera pas - et réfléchit en fait à la manière de réagir.

Les caniches européens ont inévitablement dû assurer le suivi. Ainsi, après le proverbial et interminable débat à Bruxelles, ils se sont contentés de sanctions "limitées" - ajoutant une nouvelle liste pour un sommet en mars 2021. Pourtant, ces sanctions se concentrent en fait sur des individus non encore identifiés, impliqués dans des forages en mer au large de Chypre et de la Grèce. Elles n'ont rien à voir avec les S-400.

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L'UE a en fait proposé un régime de sanctions très ambitieux, inspiré du Magnitsky Act américain, qui vise à protéger les droits de l'homme dans le monde entier. Cela implique l'interdiction de voyager et le gel des avoirs de personnes considérées unilatéralement comme responsables de génocide, de torture, d'exécutions extrajudiciaires et de crimes contre l'humanité.

La Turquie, dans ce cas, n'est qu'un cobaye. L'UE hésite toujours fortement lorsqu'il s'agit de sanctionner un membre de l'OTAN. Ce que les eurocrates de Bruxelles veulent vraiment, c'est un outil supplémentaire et puissant pour harceler surtout la Chine et la Russie.

Nos jihadistes, pardon, les "rebelles modérés"

Ce qui est fascinant, c'est qu'Ankara sous Erdogan semble toujours faire preuve d'une sorte d'attitude consistant à dire, "le diable peut s'en soucier".

Prenez la situation apparemment insoluble dans le chaudron d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Jabhat al-Nusra - alias Al-Qaida en Syrie - est maintenant impliqué dans des négociations "secrètes" avec des gangs armés soutenus par la Turquie, comme Ahrar al-Sharqiya, sous l’oeil des officiels turcs. L'objectif : augmenter le nombre de jihadistes concentrés dans certaines zones clés. L'essentiel : un grand nombre d'entre eux proviendront de Jabhat al-Nusra.

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Ankara reste donc, à toutes fins pratiques, entièrement derrière les djihadistes purs et durs du nord-ouest de la Syrie - déguisés sous le label "innocent" de Hayat Tahrir al-Sham. Ankara n'a absolument aucun intérêt à laisser ces gens disparaître. Moscou, bien sûr, est pleinement consciente de ces manigances, mais les stratèges rusés du Kremlin et du ministère de la défense préfèrent laisser faire pour le moment, en supposant que le processus d'Astana partagé par la Russie, l'Iran et la Turquie puisse être quelque peu fructueux.

Erdogan, en même temps, donne magistralement l'impression qu'il est bel et bien impliqué dans le pivotement de son pays vers Moscou. Il entre en effervescence quand il parle de "son collègue russe Vladimir Poutine" et quand il soutient l'idée - initialement présentée par l'Azerbaïdjan - d'une plateforme de sécurité régionale unissant la Russie, la Turquie, l'Iran, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Arménie. M. Erdogan a même déclaré que si Erevan fait partie de ce mécanisme, "une nouvelle page pourrait s'ouvrir" dans les relations Turquie-Arménie, jusqu'ici inextricables.

Il sera bien sûr utile que, même sous la prééminence de Poutine, Erdogan ait un siège très important à la table de cette organisation de sécurité putative.

La vue d'ensemble est encore plus fascinante, car elle présente divers aspects de la stratégie d'équilibre eurasiatique de Poutine, qui implique comme principaux acteurs la Russie, la Chine, l'Iran, la Turquie et le Pakistan.

À la veille du premier anniversaire de l'assassinat du général Soleimani, Téhéran est loin d'être intimidé et "isolé". À toutes fins utiles, elle contraint lentement mais sûrement les États-Unis à quitter l'Irak. Les liens diplomatiques et militaires de l'Iran avec l'Irak, la Syrie et le Liban restent solides.157191553.jpg

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Et avec moins de troupes américaines en Afghanistan, le fait est que l'Iran, pour la première fois depuis l'ère où l’on ne cesse plus de parler de l'"axe du mal", sera moins entouré par le Pentagone. La Russie et la Chine - les nœuds clés de l'intégration eurasienne - l'approuvent pleinement.

Bien sûr, le rial iranien s'est effondré par rapport au dollar américain, et les revenus pétroliers sont passés de plus de 100 milliards de dollars par an à quelque 7 milliards. Mais les exportations non pétrolières dépassent largement les 30 milliards de dollars par an.

Tout est sur le point de changer pour le mieux. L'Iran est en train de construire un oléoduc ultra-stratégique reliant la partie orientale du golfe Persique au port de Jask dans le golfe d'Oman - en contournant le détroit d'Ormuz ; ainsi, l’Iran est prêt à exporter jusqu'à 1 million de barils de pétrole par jour. La Chine sera le premier client.

Le président Rouhani a déclaré que l'oléoduc sera prêt d'ici l'été 2021, ajoutant que l'Iran prévoit de vendre plus de 2,3 millions de barils de pétrole par jour l'année prochaine - avec ou sans sanctions américaines, que celles-ci soient allégées par le tandem Biden-Harris ou non.

L'anneau d'or

L'Iran est bien relié à la Turquie à l'ouest et à l'Asie centrale à l'est. Un élément supplémentaire important de l'échiquier qui se met en place est l'entrée des trains de marchandises qui relient directement la Turquie à la Chine via l'Asie centrale - en contournant la Russie.

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Au début de ce mois, le premier train de marchandises a quitté Istanbul pour un voyage de 8.693 km en 12 jours, passant sous le Bosphore via le tout nouveau tunnel Marmary, inauguré il y a un an, puis le long du couloir moyen Est-Ouest via la ligne ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars (BTK), à travers la Géorgie, l'Azerbaïdjan et le Kazakhstan.

En Turquie, il est connu sous le nom de "chemin de fer de la soie". C'est la BTK qui a permis de réduire le transport de fret de la Turquie vers la Chine d'un mois à seulement 12 jours. L'ensemble du trajet entre l'Asie de l'Est et l'Europe occidentale peut désormais être parcouru en 18 jours seulement. Le BTK est le nœud clé du "couloir du milieu" de Pékin à Londres et de la "route ferroviaire de la soie" du Kazakhstan à la Turquie.

Tous ces projets s'inscrivent parfaitement dans le programme de l'Union européenne, en particulier celui de l'Allemagne : mettre en place un corridor commercial stratégique reliant l'Union européenne à la Chine, en contournant la Russie.

Cela permettrait à terme de consolider l'une des alliances clés des années folles : l’alliance Berlin-Beijing.

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Pour accélérer cette alliance présumée, on dit à Bruxelles que les eurocrates profiteraient du nationalisme turkmène, du pan-turquisme et de la récente entente cordiale entre Erdogan et Xi en ce qui concerne les Ouïgours. Mais il y a un problème : beaucoup d’Etats turcophones préfèrent une alliance avec la Russie.

De plus, la Russie est incontournable lorsqu'il s'agit d'autres corridors. Prenez, par exemple, un flux de marchandises japonaises allant à Vladivostok, puis via le Transsibérien à Moscou et ensuite vers l'UE.

La stratégie de contournement de la Russie par l'UE n'a pas vraiment été un succès en Arménie-Azerbaïdjan : ce que nous avons eu, c'est un recul relatif de la Turquie et une victoire russe de facto, Moscou renforçant sa position militaire dans le Caucase.

Entrons maintenant dans un nouveau jeu encore plus intéressant : le partenariat stratégique Azerbaïdjan-Pakistan, désormais en surrégime dans les domaines du commerce, de la défense, de l'énergie, de la science et de la technologie, et de l'agriculture. Islamabad a d'ailleurs soutenu Bakou sur le Haut-Karabakh.

L'Azerbaïdjan et le Pakistan entretiennent tous deux de très bonnes relations avec la Turquie : une question d'héritage culturel turco-persan très complexe et interdépendant.

Et ils pourraient se rapprocher encore davantage, avec le corridor international de transport nord-sud (INTSC) qui relie et reliera plus sûrement encore non seulement Islamabad à Bakou, mais aussi les deux à Moscou.

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D'où la dimension supplémentaire du nouveau mécanisme de sécurité proposé par Bakou, qui unit la Russie, la Turquie, l'Iran, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Arménie : tous les quatre veulent ici des liens plus étroits avec le Pakistan.

L'analyste Andrew Korybko l'a joliment surnommée "l'anneau d'or" - une nouvelle dimension de l'intégration de l'Eurasie centrale, avec la Russie, la Chine, l'Iran, le Pakistan, la Turquie, l'Azerbaïdjan et les "stans" d'Asie centrale. Tout cela va donc bien au-delà d'une éventuelle Triple Entente : Berlin-Ankara-Beijing.

Ce qui est certain, c'est que la relation Berlin-Moscou, si importante, restera forcément froide comme de la glace. L'analyste norvégien Glenn Diesen a résumé le tout : "Le partenariat germano-russe pour la Grande Europe a été remplacé par le partenariat sino-russe pour la Grande Eurasie".

Ce qui est également certain, c'est qu'Erdogan, un maître du pivotement, trouvera des moyens de profiter simultanément et de l'Allemagne et de la Russie.

jeudi, 31 décembre 2020

Une révision de l’échelle F d’Adorno, censée mesurer le degré de « fascisme » en chaque individu

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Une révision de l’échelle F d’Adorno, censée mesurer le degré de « fascisme » en chaque individu

Par Gilad Atzmon

Ex : https://www.unz.com

En revenant sur les travaux de Theodore W. Adorno sur la "personnalité autoritaire" et l'"échelle F", on constate qu'en 2020, ce sont en fait les libéraux, les progressistes et la soi-disant "gauche" qui manifestent huit des neuf attitudes les plus problématiques, antidémocratiques et autoritaires.

La théorie d'une personnalité autoritaire a été introduite dans les années 1930 pour tenter d'expliquer l'attrait massif qu’exerçait le fascisme et les idéologies de droite. Elle a vu le jour à la suite d'une forte hausse de la popularité des mouvements fascistes dans de nombreuses sociétés européennes pendant l'entre-deux-guerres.

À l'époque, de nombreux idéologues et intellectuels européens étaient profondément inspirés par Marx et Freud. Le marxisme avait prédit que la grande dépression se traduirait par un vaste changement de conscience dans la classe ouvrière, se matérialisant par une révolution socialiste mondiale. Bien sûr, cela ne s'est pas produit. La crise économique a plutôt entraîné un soutien massif aux mouvements nationalistes et fascistes qui étaient souvent profondément antisémites.

Le raisonnement qui sous-tend cette modification de la prophétie marxiste a emprunté certains mécanismes théoriques freudiens. L'"explication" donnée était la suivante : "Les gens sont des autoritaires" : dans certaines conditions menaçantes, les "personnages autoritaires" sont émotionnellement et cognitivement vulnérables à l'attrait des idéologies fascistes et nationalistes.

unnamedtwaap.jpgDans les années 1930, une vingtaine d'intellectuels juifs allemands, principalement (mais pas tous) associés à l'école de Francfort (par exemple, Wilhelm Reich), se sont engagés à mettre en évidence les conditions psychologiques et socio-économiques responsables de la formation de la personnalité autoritaire.

Dans son ouvrage de 1933, The Mass Psychology of Fascism, Wilhelm Reich a tenté d'expliquer la victoire éclatante du fascisme "réactionnaire" sur le communisme "progressiste". Reich cherchait désespérément à sauver la pertinence du marxisme révolutionnaire. Pour ce faire, il a élaboré une nouvelle perspective théorique "post-marxiste" afin d'expliquer pourquoi les Allemands de son temps préféraient l'"autoritarisme" à une révolution communiste "souhaitable".

Reich estime que l'attrait des politiques "réactionnaires" et "conservatrices" et le penchant pour le fascisme sont dus à une longue histoire de patriarcat rigide et autoritaire qui affecte la famille, la parentalité, l'éducation primaire et, finalement, la société dans son ensemble. Dans une tentative de sauver la société du fascisme, Reich a synthétisé Marx et Freud pour théoriser une "révolution sexuelle".

En 1950, l'éminent intellectuel de l'école de Francfort, Theodor W. Adorno, ainsi que d'autres, ont publié The Authoritarian Personality, un recueil d'études qui a été hissé au rang de texte académique de premier plan dans le domaine des sciences sociales. Dans ce volume, Adorno et d'autres se sont penchés sur la théorie de la personnalité autoritaire et ont présenté les résultats d'une décennie de recherche visant à tester cette théorie.

Compte tenu des origines de bon nombre de ses membres et de l'objectif intellectuel premier de l'école de Francfort, il n'est pas surprenant que l'enquête ait commencé par une tentative d'explication des racines psychologiques de l'antisémitisme : l'hypothèse était que les personnalités autoritaires manifestent certains schémas ethnocentriques qui se manifestent par des inclinations xénophobes et une aversion pour les groupes et les minorités.

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Adorno & co. ont réduit la personnalité autoritaire à un ensemble de neuf attitudes et croyances "implicitement antidémocratiques". Adorno pensait qu'il était possible d'identifier les personnalités autoritaires en fonction du degré d'accord des gens avec ces neuf attitudes. Les neuf attitudes fascistes sont brièvement résumées ici :

  • Le conventionnalisme : Adhésion aux valeurs conventionnelles.
  • Soumission autoritaire : Vers des figures d'autorité au sein du groupe.
  • Agressivité autoritaire : Contre les personnes qui violent les valeurs conventionnelles.
  • Anti-intraception : Opposition à la subjectivité et à l'imagination.
  • Superstition et stéréotypie : Croyance dans le destin individuel ; pensée en catégories rigides.
  • Puissance et dureté : Souci de soumission et de domination ; affirmation de la force.
  • Destructivité et cynisme : hostilité à la nature humaine.
  • Projectivité : Perception du monde comme dangereux ; tendance à projeter des pulsions inconscientes.
  • Sexe : Trop préoccupé par les pratiques sexuelles modernes.

L'examen de la pertinence du point de vue d'Adorno sur l'autoritarisme à la lumière de l'hystérie pandémique mondiale actuelle ou de la bataille sur l'intégrité de l'élection présidentielle américaine peut révéler que, selon l'échelle F, ce sont en fait les progressistes, les libéraux et la soi-disant "gauche" qui manifestent les modèles autoritaires antidémocratiques les plus problématiques :

  1. Selon Adorno, les fascistes "adhèrent à des valeurs conventionnelles".

En 2020, les "valeurs conventionnelles" sont pratiquement dictées par les "normes communautaires" dites "libérales" et "progressistes" définies par Twitter, FB et Google. Ces valeurs conventionnelles sont souvent validées par des "vérificateurs de faits", parfois étayées par des conventions plutôt que par tout ce qui ressemble à une recherche factuelle, à une étude universitaire ou théorique.

  1. Adorno insiste sur le fait que les Autoritaires se soumettent à des figures d'autorité au sein du groupe.

Mais en 2020, ce sont en fait les progressistes et les libéraux qui adhèrent à "l'autorité épidémiologique de groupe" de Bill Gates. De même, Anthony Fauci est pour les progressistes un juge suprême en matière de santé publique. Combien de bévues colossales devrions-nous accepter de la part de l'Imperial College de Londres avant que cette institution ne soit démantelée ? De même, vous pouvez vous demander qui, en Amérique, a tendance à croire ses enquêteurs "de groupe" malgré le fait qu'ils se révèlent être colossalement faux à chaque fois ?

  1. Adorno nous dit que les fascistes manifestent une agressivité autoritaire contre les personnes qui violent les valeurs conventionnelles.

Dans l'état actuel des choses, "annuler la culture" (cancel culture) est en fait un modus operandi progressiste/libéral. Les peuples voient leur culture ancestrale annulée parce que, par le biais de celle-ci, ils adoptent spontanément des points de vue critiques à l’encontre des pensées conventionnelles qui sont, elles, importantissimes pour maintenir en selle les engouements des progressistes. Ce n'est un secret pour personne que le grand public craint de plus en plus d'exprimer des critiques, et encore moins des doutes sur un certain nombre de questions intellectuellement et médiatiquement dominées et articulées par les progressistes, car une telle conduite pourrait conduire à se faire vilainement agresser.

  1. Adorno insiste sur le fait que les fascistes s'opposent à la subjectivité et à l'imagination.

En réalité, ce sont des algorithmes progressistes qui sont mis en place par les "libéraux" sur Twitter et FB pour traquer et punir ceux qui osent exprimer des idées subjectives sur le COVID-19, sur Trump, sur le gendérisme, sur la Palestine ou sur Soros. La notion progressiste de « politiquement correct » est en soi un appel tyrannique visant à supprimer toute forme de subjectivité ou d'imagination.

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  1. Selon Adorno, les fascistes sont superstitieux et pensent de manière stéréotypée, ils croient au destin individuel et pensent en catégories rigides.

Malheureusement, ce sont en fait les progressistes et les libéraux qui succombent à des catégories rigides telles que "blanc", "privilégié", "théoriciens du complot", "antisémites", "suprémacistes", "racistes déplorables" et ainsi de suite. Dans le monde dans lequel nous vivons, un nombre important d'électeurs américains expriment des doutes sur l'intégrité des dernières élections, mais leur voix est institutionnellement ignorée parce qu'ils sont "blancs", "conspirateurs" et généralement "déplorables". De même, de nombreux Occidentaux expriment leur scepticisme à l'égard des vaccins COVID-19, mais les grands médias dits "libéraux" ne veulent pas que leur voix soit entendue et encore moins explorée. Les sceptiques du COVID sont présentés comme des "délirants" et des "théoriciens de la conspiration". Que ce soit effectivement le cas ou non, il est assez évident que ce sont les progressistes et les libéraux qui opèrent réellement dans un domaine intellectuel rigide fait de catégories strictes.

  1. Adorno insiste sur le fait que les fascistes sont obsédés par la domination.

En 2020, ce sont en fait les géants libéraux et progressistes de l'internet, de Google à Amazon, qui célèbrent leur pouvoir de domination en éliminant ceux avec lesquels ils ne sont pas d'accord, en supprimant leurs pages, en tripotant leurs classements et en éliminant pratiquement leurs pensées. C'est ce que correspond à brûler des livres en 2020. Vous pouvez également vous demander qui exerce le plus souvent de la violence contre les statues, en adhérant à la croyance insensée selon laquelle dégrader une statue équivaut à "réécrire l'histoire".

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  1. Les personnalités autoritaires ne peuvent pas supporter le cynisme. Ils sont hostiles à la nature humaine, dit Adorno

Je me demande qui poursuit les comédiens, les artistes, les auteurs, les scientifiques qui osent se moquer des discours hégémoniques contemporains. Combien de livres ont été brûlés par Amazon ? Combien de conférences et de vidéos ont été supprimées par Google/YouTube ? Dans le monde dans lequel nous vivons, les libéraux et les progressistes censurent les élus politiques et leurs commentaires.

  1. Adorno pense que les fascistes perçoivent le monde comme un endroit dangereux et qu'ils ont tendance à attribuer leurs propres pulsions inconscientes aux autres

Dans le monde à l'envers où nous vivons aujourd’hui, ce sont en fait les soi-disant droites et nationalistes qui refusent constamment d'être tourmentés par les menaces dites mondiales : qu'il s'agisse du réchauffement climatique ou des pandémies. C'est la "gauche", les libéraux et les progressistes qui succombent à toutes les mises en garde mondialisées possibles, qu'elles soient factuelles ou imaginaires. Comme nous le verrons tout à l'heure, dans le monde où nous vivons, ce n'est pas la droite ou le nationalisme qui "projette" ses symptômes. Ce sont en fait les Américains de droite qui sont ostracisés et réprimés au point qu'ils luttent pour que leur vision soit entendue ou au moins discutée par les grands médias.

  1. Adorno pense que les fascistes et les autoritaires sont trop préoccupés par les pratiques sexuelles modernes.

C'est le seul critère qui se rapporte véritablement aux conservateurs contemporains. Il est juste d'affirmer que les conservateurs succombent encore à l'idée que le genre est une question binaire. Ils adhèrent également aux valeurs familiales et ecclésiastiques. Toutefois, cela n'a pas nécessairement à voir avec le "fascisme" ou l'"autoritarisme". Les personnes qui croient que le genre est une question binaire peuvent souvent plaider leur cause et aussi discuter de tout autre sujet de la manière la plus franche.

imagesfoinsdfgdghf.jpgUn examen actuel de l'échelle F d'Adorno, censée définir la personnalité autoritaire, révèle que ce sont en fait les progressistes et les libéraux qui manifestent la quintessence des tendances fascistes. Alors que la corrélation des conservateurs et des nationalistes contemporains avec l'échelle F ne peut pas dépasser 0,12 (1 trait sur 9), la corrélation des libéraux et des progressistes avec l'échelle F d'Adorno peut atteindre 0,88 (8 sur 9).

Adorno avait-il alors totalement tort ? Pas nécessairement. L'échelle F d'Adorno décrit la condition autoritaire qui est caractéristique de l'hégémonie, de la domination et d'une vision du monde particulièrement exceptionnaliste. Dans les années 1930, certains idéologues nationalistes européens de droite ont évolué vers un exceptionnalisme radical. L'échelle F décrit leur attitude avec précision. Aujourd'hui, ce sentiment d'exceptionnalisme et d'élitisme est un territoire idéologique progressiste, car les progressistes se trouvent être des personnes qui croient que les autres sont réactionnaires. Les progressistes, en tant que tels, sont des personnes qui se croient élues.

La lutte contre l'antisémitisme et la tentative de comprendre ses racines étaient au cœur du travail d'Adorno et de l'école de Francfort. Bizarrement, l'échelle F d'Adorno est une description adéquate de la condition mentale juive. Chacun des traits autoritaires de l'échelle F d'Adorno peut être ramenée au cœur des croyances et de la pensée juives ; le judaïsme est une adhésion autoritaire rigide au Mitzvoth (aux valeurs conventionnelles). Il exige le règne total des rabbins (soumission autoritaire). Il ne tolère aucune forme de déviation (agression autoritaire). Il est superstitieux et fait entrer le "goyim" dans un stéréotype (superstition et stéréotypie), etc. Il est donc plausible que les "attitudes" qu'Adorno attribuait aux fascistes par projection soient celles qu'Adorno a effectivement trouvées en lui-même. Une telle observation du projet d'Adorno validerait le travail du grand philosophe Otto Weininger, qui a proclamé que ce que nous détestons chez les autres est ce que nous détestons en nous-mêmes.