Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 26 septembre 2021

La revue de presse de CD - 26 septembre 2021

b8a61a74d97bae1ebd7b01ae20dcb0d2.jpg

La revue de presse de CD

26 septembre 2021

ALLEMAGNE

Industrie 4.0 : les ambitions dévorantes de l’Allemagne

Avec le programme « Industrie 4.0 », l’État allemand soutient la numérisation et l’automatisation de ses chaines de production afin de renforcer la compétitivité de son industrie. Ce projet d’ampleur s’accompagne d’une offensive politique à l’échelle européenne, où Berlin propose de construire une « souveraineté numérique » face à la Chine et aux États-Unis. Cette stratégie sert pourtant d’avantage les intérêts de l’économie allemande que ceux de ses partenaires.

Le Vent Se Lève

https://lvsl.fr/la-numerisation-et-la-concurrence-entre-l...

CHINE

La longue marche des marques chinoises vers les marchés occidentaux

Les entreprises chinoises ont accentué leurs investissements sur les marchés internationaux ces dix dernières années. Malgré la crise mondiale engendrée par la pandémie de la Covid-19, les investissements directs étrangers (IDE) chinois continuent de se développer à un rythme stable. Selon les chiffres officiels récents, ces IDE chinois se sont élevés à 672,19 milliards de RMB (100,74 milliards de dollars) sur la période allant de janvier à juillet 2021, ce qui représente une hausse de 25,5 % en glissement annuel. Durant cette période, les investisseurs chinois ont réalisé des investissements directs non financiers au sein de 4 454 entreprises réparties dans 161 pays.

latribune.fr

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-longue-marc...

L’étrange querelle entre Soros et BlackRock à propos de la Chine

Une étrange guerre, par mots interposés, a éclaté ces derniers jours dans les pages des médias financiers entre le milliardaire George Soros, spécialiste des fonds spéculatifs et des révolutions de couleurs, et le gigantesque groupe d’investissement BlackRock. Le motif de cette dispute est la décision du PDG de BlackRock, Larry Fink, d’ouvrir le premier fonds commun de placement étranger en Chine, sans doute pour attirer l’épargne de la nouvelle population chinoise à revenu moyen.

Le Saker francophone

https://lesakerfrancophone.fr/letrange-querelle-entre-sor...

DÉSINFORMATION

Fdesouche et l’affaire du “fichier” : entretien avec Pierre Sautarel

Accusé par l’extrême gauche de fichage politique — accusations immédiatement relayées par des médias de premier ordre -, le site Fdesouche est de nouveau à la une de l’actualité. En cause : un tableau Excel, reprenant un certain nombre de données publiques sur des personnalités publiques. De quoi s’agit-il ? L’Ojim est allé demander des explications à son principal animateur, Pierre Sautarel, auquel nous donnons la parole ci-dessous.

OJIM

https://www.ojim.fr/fdesouche-et-laffaire-du-fichier-entr...

2c7f9ccb5a39073e24babc3a4cb45e60-1622711242.jpg

Ukraine : Zelensky bloque un site web d’opposition

En février, il y avait eu le cas de trois chaînes de télévision. Aujourd’hui, les sanctions imposées par le président Zelensky ont touché le site d’information « strana.ua ». Les juristes critiquent l’absence de base juridique.

les-crises.fr

https://www.les-crises.fr/ukraine-zelensky-bloque-un-site...

Comment le photographe Jonas Bendiksen a dupé « Visa pour l'image » pour dénoncer les fake news

Un reportage monté de toutes pièces dans une ville précisément connue pour sa production de « fake news » : la mise en abyme était osée. C’est pourtant l’entreprise insensée à laquelle un photographe norvégien s’est livré pour dénoncer les dangers de la désinformation. Son sujet a même été présenté au festival de photojournalisme Visa pour l’image… Et les professionnels du secteur n’y ont vu que du feu.

Marianne

https://www.marianne.net/culture/comment-le-photographe-j...  

Déplacement à Marseille : l’Élysée encadre les journalistes et bride l’information

L’accréditation des journalistes pour couvrir un événement officiel est une pratique ancienne. Tout comme celle du « pool », qui consiste à autoriser la présence d’un nombre très réduit de journalistes, ensuite chargés de « partager » les éléments recueillis (sons, images…) avec leurs collègues des autres rédactions. Communiqué du SNJ-CGT.

Acrimed

https://www.acrimed.org/Deplacement-a-Marseille-l-Elysee-...

ÉTATS-UNIS

Briser l’Empire signifie rompre avec les Saoudiens

Dire que l’Arabie saoudite a été le pivot des objectifs de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient et en Asie centrale est un euphémisme. Pendant plus de cinquante ans, les Saoudiens ont contribué à soutenir la politique étrangère américaine en exportant leur pétrole dans le monde entier et en ne recevant que des dollars en retour.

Le Saker francophone

https://lesakerfrancophone.fr/briser-lempire-signifie-rom...

FRANCE

Sous-marins australiens : une rupture liée à la Nouvelle-Calédonie?

Dans ce dossier de rupture de contrat des sous- marins australiens sous la pression de Washington et Londres, la France est doublement fragilisée. Elle tient le rôle de l’arroseur arrosé et surtout personne ne peut croire en sa volonté dans cette région d’assurer dans la continuité son rôle de puissance majeure. La nouvelle alliance anglo-saxonne doute de la solidité française.

Polémia

https://www.polemia.com/sous-marins-australiens-une-ruptu...

56740.HR.jpg

Start-up nation : Comment la « France-entreprise » de Macron est devenue un régime autoritaire

En devenant président, Emmanuel Macron a promis de transformer la France en une « start-up nation ». Mais en imitant le système hiérarchique des entreprises, son gouvernement est devenu profondément autoritaire, soumettant les institutions démocratiques à la tyrannie du patron.

Les-crises.fr

https://www.les-crises.fr/start-up-nation-comment-la-fran...

Drame chez LR ! La « droite » ne peut officiellement soutenir son candidat naturel, Macron

Les candidats de la droite s’alignent, de fait, pour un poste de Premier ministre d’un gouvernement Macron, déterminé par le score honorable d’une droite centriste au premier tour de l’élection. Un(e) chef de gouvernement LR succéderait, ainsi, en toute logique, à un premier Premier ministre LR qui en son temps a bien incarné la macronie ; nous parlons, bien évidemment, d’Édouard Philippe qui vient de renouveler son allégeance au candidat Macron.

Polemia

https://www.polemia.com/drame-chez-lr-la-droite-ne-peut-o...

GAFAM

ProtonMail mis sous pression par la France

L’État français a forcé l’entreprise ProtonMail à révéler l’adresse IP d’un militant écologique au nom de la lutte antiterroriste. Pour en comprendre l’importance, il faut rappeler qu’une adresse IP permet au gouvernement de remonter au domicile de l’internaute, brisant ainsi son anonymat.

Contrepoints

https://www.contrepoints.org/2021/09/18/405968-protonmail...

Impact environnemental du numérique : les internautes peu enclins à changer leurs habitudes

Cloud, vidéo à la demande, réseaux sociaux, webconférence, 5G, intelligence artificielle, blockchain, cryptomonnaies, Internet des objets… Ces technologies, outils et pratiques créent des opportunités de marché sans précédent pour les entreprises, et colonisent le quotidien des individus. Mais derrière ces évolutions « digitales » et « virtuelles » se cache un monde moins connu fait de serveurs, d’immenses bâtiments climatisés 24h/24, de câbles et autres relais qui consomment plus de 4 % de la consommation mondiale d’énergie primaire.

The Conversation

https://theconversation.com/impact-environnemental-du-num...

Grenouillages d’Abou Dhabi : E. Snowden appelle à la vigilance face à ExpressVPN

Souvent classée parmi les meilleurs fournisseurs de VPN, l’entreprise ExpressVPN a reconnu avoir été au courant – et ce dès le début de leur collaboration –, de la participation de l’un de ses cadres à un programme d’espionnage des Émirats arabes unis (EAU) employant des anciens agents du renseignement US. Malgré la condamnation dudit cadre par la justice américaine, ExpressVPN a déclaré lui maintenir sa confiance.

Perspectives med

https://www.perspectivesmed.com/grenouillages-dabou-dhabi...

GÉOPOLITIQUE

« Les États-Unis de Biden pensent d’abord aux intérêts américains… Et la France de Macron ? »

Une interview de Catherine Galactéros, géopolitilogue et directrice du cabinet Géopragma

Boulevard Voltaire

https://www.bvoltaire.fr/les-etats-unis-de-biden-pensent-...

5d96520ecba7e_jtf_ifri_france_australie_indo_pacifique_om_pad_frame_2888-1022499.jpg

Le dilemme français de l’Indo-Pacifique

En mai 2018, lors d’une visite en Australie, Emmanuel Macron présente les contours de la stratégie indo-pacifique de la France. Il est alors question « d’espace inclusif et ouvert » et d’« Asie multipolaire ». Derrière le président de la République qui prononce son discours sur la base militaire de Garden Island, un hélicoptère d’attaque Tigre australien le regarde. Comme un sombre présage de l’avenir du partenariat stratégique passé entre Paris et Canberra dès 2012 : les Australiens ne sont pas satisfaits du félin à voilure tournante franco-allemand et ne se privent pas pour le répéter. Ses coûts d’exploitation seraient exorbitants, son taux de disponibilité faible. En janvier 2021, la nouvelle tombe : les Australiens remplaceront les Tigre par des Apache américains.

Géopragma

https://geopragma.fr/le-dilemme-francais-de-lindo-pacifiq...

ISRAËL

Le Mossad aurait abattu Mohsen Fakhrizadeh à l’aide d’un « robot tueur »

Le 27 novembre 2020, un assassinat revêtant une importance géopolitique majeure au Moyen-Orient s’est produit en Iran. Soutenu par les États-Unis, le Mossad, l’une des agences de renseignements israéliennes, a ôté la vie au scientifique nucléaire Mohsen Fakhrizadeh. Pour y parvenir, ils ont eu recours à une méthode qui risque de changer le visage de la guerre et de l’espionnage, rapporte le New York Times.

Le Siècle digital

https://siecledigital.fr/2021/09/21/iran-assassinat-arme-...

19109954lpw-19110371-article-velib-jpg_6341974_600x314.jpg

RÉFLEXION

Les voleurs de vélos : les Verts et « l’électromobilité »

Il y a écolo et écolo. La preuve dans cet article qui a le mérite de la clarté. Extrait : « Le vélo électrique est le symbole d’un double retournement technologiste : celui du vieux biclou, et celui de l’écologie. Cinquante ans après les premières manifs à vélo contre le tout-bagnole, la ministre de l’environnement Barbara Pompili, une Verte de Picardie, nous assure en effet qu’acheter un vélo électro-nucléaire, c’est ‘’choisir l’écologie’’. Ainsi Porsche choisit l’écologie en commercialisant un vélo à batterie lithium-uranium à 7 000 €. Ou comment faire de la bicyclette un engin de luxe, high tech, qui bousille la planète. Une tromperie que les industriels des années 70 n’auraient pas rêvé de voir propagée par les écologistes eux-mêmes. »

PMO

https://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/voleurs_de_ve...

« La ligne politique d’une maison d’édition, c’est sa ligne éditoriale » – Entretien avec Thierry Discepolo

Thierry Discepolo appartient au collectif à l’origine des éditions Agone, qu’il a fondées en 1997 à partir de la revue éponyme lancée sept ans plus tôt à Marseille. Cette maison a contribué au renouveau du paysage intellectuel critique après la glaciation des années 1970-1980 dont nous parlait, lors d’un précédent entretien, Nicolas Vieillescazes des éditions Amsterdam. L’héritage des Lumières, l’histoire populaire ou encore la critique des médias sont les thèmes majeurs qui orientent leur catalogue et traduisent une ligne éditoriale attachée à donner des outils à un projet politique d’émancipation. Auteur de La Trahison des éditeurs, Thierry Discepolo livre également un portrait du monde de l’édition pris entre la logique du capital et les vicissitudes de l’indépendance.

Le Vent Se Lève

https://lvsl.fr/la-ligne-politique-dune-maison-dedition-c...

RUSSIE

Horizon 2036, ou la relance plébiscitaire du système politique russe

L’année 2021 marque-t-elle un durcissement de l’autoritarisme en Russie ? La condamnation d’Alexeï Navalny à deux ans et demi de prison et son incarcération ont été très sévèrement jugées en Occident.

Conflits

https://www.revueconflits.com/horizon-2036-ou-la-relance-...

ars_sipa.jpg

SANTÉ

Ces ARS qui mettent au pas la médecine par temps de covid

Ah les Agences Régionales de Santé… Jusqu’alors risée de la profession, les voilà portées au rang de généraux de bataille par quelques inconscients. Cette confrérie de technocrates s’en est donné à cœur joie au cours de l’épidémie, la huitième depuis 1895. Ont-ils seulement conscience des précédentes ? Chacune d’elle a duré deux années et rien n’interdit de penser qu’il n’en sera pas de même pour celle-ci.

Contrepoints

https://www.contrepoints.org/2021/09/22/405873-ces-ars-qu...

TERRORISME

Livre – Terrorisme : les affres de la vengeance

Le terrorisme comme vengeance intégrale, tel est le fond de l’analyse profonde et stimulante de Myriam Benraad, un angle rarement utilisé. Pour comprendre les raisons de cette carence, il importe en premier lieu de souligner que la vengeance n’est pas nécessairement une violence. Lorsqu’elle l’est, encore faut-il identifier à quels types et à quelles catégories de violence elle se réfère exactement.

Conflits

https://www.revueconflits.com/livre-terrorisme-les-affres...

samedi, 25 septembre 2021

Première règle de la bataille culturelle: savoir lire l'ennemi

Pensar-lo-que-más-les-duele_FRONT.jpg

Première règle de la bataille culturelle: savoir lire l'ennemi

Par Enrique García-Máiquez

Ex: https://revistacentinela.es/primera-regla-de-la-batalla-cultural-saber-leer-al-enemigo/

Lorsque l'on termine la lecture de cet essai, on se demande comment il est possible qu'il ne soit pas davantage salué. On peut peut-être arguer qu'il s'agit d'un livre rare, écrit par un auteur mystérieux et publié par une maison d'édition naissante en une année inhabituelle ; mais toutes ces choses ne devraient-elles pas être des raisons pour qu'il suscite davantage de curiosité ?

Commençons par le commencement: le titre a du punch. Il promet et, bien que nous soyons dans le domaine de la politique, il tient ses promesses. Pensar lo que más lo que les más duele (Penser à ce qui les blesse le plus) donne trois fois plus de résultats. Adriano Erriguel (né au Mexique à une date indéterminée - il y a plus de quarante ans -, avocat et politologue) pense avec une prose d'une grande vigueur, et frappe, en effet, là où cela fait le plus mal à trois idéologies. Il est également à la hauteur lorsqu'il déclare: "L'histoire des idées - l'exploration de leurs métamorphoses et de leurs contrecoups inattendus - peut être plus passionnante que le meilleur roman d'aventure".

Coup n° 1

Pour commencer, elle nuit au populisme de gauche, qu'elle démasque. Depuis mai 68, le courant qui a triomphé (le "68 libertaire", par opposition au "68 léniniste" et au "68 antisystème") est celui qui fait le travail du "néolibéralisme invisible". Ils se prennent pour des révolutionnaires, mais ils ne sont que les marionnettes efficaces de la ploutocratie. "La gauche postmoderne est "libertaire", mais le néolibéralisme aussi", comme le montrent les multiples confluences et l'enthousiasme généreux avec lequel les grandes banques subventionnent les mouvements politiques et les penseurs de gauche ainsi que la publicité des grandes entreprises. Adriano Erriguel l'explique avec une profusion de données historiques et d'autorités philosophiques et politiques qui la dénonçaient déjà à l'époque (Michel Clouscard, Pasolini, Régis Debray, Maxime Oullet...). Sa connaissance de la pensée française, trop souvent négligée à notre époque par le poids de l'anglosphère, est impressionnante. Erriguel fait preuve d'une extraordinaire capacité à résumer et à expliquer les essais pertinents. Ainsi, Pensar lo que más lo que les más duele devient en outre une bibliothèque portable de la pensée politique actuelle. En particulier, il utilise habilement la critique d'auteurs marxistes, parmi lesquels l'Espagnol Daniel Bernabé (photo, ci-dessous), pour décaper le prétendu marxisme de la gauche individualiste, narcissique et donc néolibérale de notre époque.

_img20200913202743_a0d344a8.jpg

Coup n° 2

Ce qui nous amène à la deuxième douleur infligée (en légitime défense) par la pensée d'Erriguel. Il déconstruit jusqu'au bout les critiques du populisme de gauche qui reposent sur l'hypothèse que nous avons affaire à un marxisme renaissant. La première règle de la guerre culturelle", prévient-il, "est de savoir lire l'ennemi". Le terme "marxisme culturel" lui semble être un coup de pub, de sorte que lorsque nous critiquons Podemos, nous le boostons, dans la mesure où cela ne les frappe pas là où ça leur fait le plus mal, à savoir leur collusion avec le capitalisme mondialiste. Le néo-marxisme est un attirail qu'ils se mettent sur le dos, avec tout le luxe des iconographies du Che et des drapeaux de la Seconde République, etc. La défense de la mixité, le nihilisme, l'immigration, etc., ne viennent pas remplacer dans la dialectique de la lutte des classes les travailleurs châtiés qui ont abandonné le marxisme, mais viennent surtout se conformer point par point aux commodités de l'argent, qui nous veut malléables et indéterminés, purs consuméristes, sans autre identité que le shopping compulsif. Le nihilisme n'est rien d'autre que "la philosophie spontanée du capitalisme", comme le prévient Constanzo Preve.

maxrCPCAesdefault.jpg

unnamcppoed.jpg

Grève n° 3

Ce qui nous amène à la troisième douleur produite par les coups de la pensée d'Erriguel. Les visages de dégoût face au populisme montrent que le dégoûté exquis est à côté de la plaque. Erriguel cite Chantal Delsol: "Le populisme est le surnom par lequel les démocraties perverties déguisent vertueusement leur mépris du pluralisme". Car la véritable lutte politique (la détermination de l'ennemi à la Carl Schmitt) se situe aujourd'hui irrémédiablement entre une élite délocalisée et sans soutien populaire réel, sécurisée dans ses quartiers chics et utilisant les migrants avec leurs salaires de misère comme chair à canon, et les classes populaires ou les anciennes classes moyennes nationales, en voie de disparition ou, à tout le moins, d'exclusion politique.

Citant Phillipe Muray et Christophe Guilluy, parmi beaucoup d'autres, Erriguel montre que les partis qui ne veulent pas sortir, même légèrement, du système actuel trahissent la grande majorité de leurs électeurs. Il existe "une complémentarité structurelle entre le libéralisme socioculturel (la gauche) et le libéralisme économique (la droite)", comme l'a affirmé Jean-Claude Michéa. Le livre débouche donc sur une défense très réfléchie des histrions de Trump, qui n'est pas un caprice, mais la seule issue d'une dynamique politique qui joue avec toutes les cartes marquées. "Le populisme est le parti des conservateurs qui n'ont pas de parti", comme l'a expliqué le philosophe Vincent Coussedière. Après avoir pensé là où ça fait le plus mal, on peut continuer à critiquer - bien sûr - le président américain, Bolsonaro, Viktor Orban et Santiago Abascal, mais on le fera en toute connaissance de cause.

Mais il n'y a pas que des coups

Est-ce que tout est douleur et pensées sur le sentier de la guerre ? Non. Erriguel, bien que son sujet et ses positions puissent paraître extrémistes au lecteur pressé, est un écrivain réfléchi, aux registres très variés, qui peut sembler désordonné, mais ne s'effondre jamais. Il ne perd pas le contact avec la réalité; au contraire, il prévient que "le talon d'Achille des libertaires réside dans leur fuite de la réalité". Il fait preuve d'un humour inattendu et sait faire la différence, par exemple, entre le libéralisme dogmatique (les "libertariens", qu'il appelle en concurrence étroite avec les "liberalios" de Hughes) et le libéralisme économique à base conservatrice d'un Smith. Il détecte que la grande menace vient des jeux de langage et défend un usage de la langue qui ne perd pas la référence à la cible, rejoignant le conservateur François-Xavier Bellamy dans Demeure. Il prend même une défense plutôt empathique de la pensée la plus utilisable de Karl Marx.

9782246815587-001-T.jpeg

Enfin, le rôle qu'il accorde à l'Église catholique, à laquelle il consacre le dernier chapitre, est impressionnant. Malgré la crise provoquée par la démission de Benoît XVI, qu'il ne minimise pas du tout, la grande valeur du catholicisme ("Disons-le sans équivoque: au sein du christianisme, le catholicisme est l'aristocratie") est sa capacité à dire "non" au consensus pro-vert, s'il l'utilise. Erriguel fonde une grande partie de ses espoirs sur cette indépendance, qu'il veut encourager et soutenir. "Toute dissidence authentique consiste en une leçon sur la manière d'être dans le monde sans y appartenir", affirme-t-il, dans l'une des leçons les plus nécessaires de ses plus de cinq cents pages. Il termine ce volumineux essai par une image inoubliable d'espérance: une Église décomplexée prête à proclamer la vérité dans un monde indifférent ou hostile, comme le voyait Jean Varenne, le grand historien des religions: "Quand le lion rugit dans le désert, qui sait où et comment viendra l'écho? C'est un rugissement de victoire, et c'est ce qui compte".

Adriano Erriguel, Pensar lo que más lo que les más duele, HomoLegens, Madrid, 2020, 543 pages.

 

L'Indo-Pacifique, banc d'essai de l'axe Moscou-Pékin

Indopac.jpg

L'Indo-Pacifique, banc d'essai de l'axe Moscou-Pékin

Emanuel Pietrobon

Ex: https://it.insideover.com/politica/indo-pacifico-il-banco-di-prova-dell-asse-mosca-pechino.html

La compétition entre les grandes puissances est entrée dans une nouvelle phase le 15 septembre, jour où les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie ont dévoilé au monde la formation d'un pacte indo-pacifique, le fameux AUKUS. L'alliance, comme on le sait, a été froidement accueillie au sein de l'Union européenne, notamment par la France - qui, sauf compensation, a perdu une commande de 65 milliards de dollars - et a donné l'impulsion à un bouleversement dans les eaux de plus en plus agitées de l'ancien océan Pacifique dont l'issue ne sera compréhensible que dans un avenir proche.

La conviction de l'administration Biden est que les Aukus peuvent contribuer à la stratégie de "mise en cage" de la République populaire de Chine dans un statut exclusivement tellurocratique - car c'est là l'un des grands leitmotivs géopolitiques des États-Unis contemporains - tout en encourageant les alliés européens à sortir de leur léthargie post-historique et en magnétisant les forces et les ressources des collaborateurs asiatiques sur le terrain.

La question de savoir si et dans quelle mesure les États-Unis parviendront à limiter et/ou à empêcher la montée incontrôlable de la Chine dépendra d'un certain nombre de facteurs et d'événements, que les Aukus pourraient déclencher ou inhiber, concernant les principales puissances d'Asie du Sud-Est, le Japon, l'indosphère et la non moins importante Russie.

Les répercussions possibles de l'affaire Aukus

L'Aukus est l'une des expressions les plus puissantes de la vision américaine de l'Indo-Pacifique, un fruit cultivé et mûri dans une plantation historiquement fertilisée par la stratégie belliciste de la chaîne d'îles et l'héritage de la "géopolitique du détroit" de la Compagnie des Indes orientales. Ce fruit a un moyen, l'anglosphère, et une fin, la Chine, mais ceux qui ont surveillé chaque étape de sa maturation ont peut-être négligé, ou complètement ignoré, le poids du facteur inconnu qu'est la Russie.

Pour le moment, Moscou n'a qu'une présence limitée dans les deux océans qui unissent les destins de l'indosphère, de la sinosphère et de l'anglosphère, car ils sont loin de ses frontières et donc moins importants pour la protection de sa sécurité nationale que, par exemple, l'Arctique ou l'Asie centrale. Et jusqu'à présent, en tout cas, l'expansion russe dans la région avait été conçue davantage comme un encerclement préventif de la Chine que comme une confrontation avec les États-Unis. Les Aukus, cependant, pourraient tout changer.

Depuis 2014, la Russie et la Chine collaborent activement sur les théâtres qui comptent, en se soutenant mutuellement et en opérant de manière à ne pas laisser de "vides de pouvoir" susceptibles d'être utilisés par des tiers, c'est-à-dire en agissant au nom d'une complémentarité syntonique et parfaite. En termes pratiques, cela signifie qu'il existe une division du travail entre le Kremlin et Zhongnanhai, le premier offrant ce que le second ne peut pas et/ou ne possède pas (et vice versa). Un modus operandi qui, jusqu'à présent, avait été appliqué partout (et avec succès) à l'exception de deux arènes : l'Afrique et l'Indo-Pacifique.

Après une décennie d'interventions ciblées, qui ont été utiles à la Russie pour empêcher la chute d'alliés clés comme le Venezuela et une pénétration occidentale excessive dans des endroits comme l'Asie centrale, il n'est pas exclu que l'entrée en scène des Aukus puisse encourager la Chine à demander un retour de faveur. Un retour qui pourrait prendre des formes inhabituelles, c'est-à-dire aller au-delà du simple soutien verbal et diplomatique, comme des exercices navals en mer de Chine méridionale, des patrouilles conjointes, des demandes de courtage et, non moins important, un soutien pour contourner la course d'obstacles qu'est la route maritime du sud.

Pivot vers l'Arctique

Les Aukus pourraient inciter Moscou et Pékin à tenter d'appliquer leur format de coopération complémentaire dans la région indo-pacifique, mais les tensions croissantes dans cette zone - qui abrite 46 % du commerce de la planète - pourraient également produire une réaction géographiquement asymétrique, c'est-à-dire concernant l'Arctique.

En effet, la Russie préférerait ne pas s'impliquer dans l'infinie aire indo-pacifique en raison des risques liés à une extension impériale excessive et des effets négatifs d'une homologation excessive aux politiques chinoises - il ne faut pas oublier que les principaux collaborateurs du Kremlin dans la région sont l'Inde, les Philippines et le Vietnam, trois des grands rivaux de la Chine -, donc, en plus d'une monstration musculaire symbolique (adressé aux États-Unis), elle pourrait profiter de l'occasion pour relancer la route (plus sûre) de la mer au Nord.

Car ce qui est en jeu dans l'Indo-Pacifique, ce n'est pas seulement l'existence de Taïwan, l'hégémonisation de la mer de Chine méridionale et la sortie de l'Empire céleste de sa condition tellurique, mais aussi (et surtout) le contrôle des routes maritimes qui relient les deux côtés du supercontinent eurasien. Des routes pleines d'obstacles, comme les fameux goulets d'étranglement, les pirates et l'armée américaine. Des routes dangereuses et de plus en plus obsolètes, comme l'a montré le récent accident du canal de Suez, qui pourraient être contournées en contournant facilement l'Eurasie par le nord.

CarmelFMapJuly13.jpg

Certains événements semblent indiquer que la réaction géographiquement asymétrique pourrait être plus qu'une simple hypothèse. Dans l'ère post-Aukus, en fait, le Kremlin a montré profil bas dans l'Indo-Pacifique - parlant de l'alliance comme d'une menace pour la Chine - compensé par une publicité renouvelée pour la route arctique. Plus précisément, la Russie a dévoilé un paquet d'investissements supplémentaires pour le développement de cette route en devenir pour la période 2022-24 d'une valeur de plus de 250 millions de dollars. L'objectif déclaré de ce paquet est d'accélérer les travaux sur la route de 5.600 kilomètres, mais il pourrait y avoir plus que cela: le désir d'exploiter les turbulences de l'Indo-Pacifique au profit du passage du Nord-Est.

Le Pacte AUKUS et la guerre contre l'Eurasie

aukusdrap.jpg

Le Pacte AUKUS et la guerre contre l'Eurasie

Daniele Perra

Ex: https://www.geopolitica.ru/it/article/il-patto-aukus-e-la-guerra-alleurasia

La géopolitique thalassocratique classique définit le "monde insulaire", la World Island, comme l'ensemble des masses continentales eurasiennes et africaines. Cette "sphère majeure" est entourée d'un certain nombre de "sphères mineures" qui agissent comme ses satellites et qui, d'une manière ou d'une autre, ont historiquement cherché à exercer une pression constante sur elle et à contenir tout effort de coopération possible en son sein. Ce rôle de "satellite" a été historiquement attribué au Japon à l'Est, d'abord à la Grande-Bretagne ("une île européenne mais pas en Europe") puis aux États-Unis à l'Ouest, et aujourd'hui à l'Océanie au Sud de l'Eurasie.

Si l'on exclut l'archipel japonais, dont les ambitions de puissance ont été anéanties par deux bombes nucléaires à la fin de la Seconde Guerre mondiale et dont les ambitions technologiques ont été freinées par la concurrence déloyale des États-Unis eux-mêmes dans les années 1980, le schéma géopolitique qui se dessine est celui d'un encerclement par l'"anglosphère" de l'Eurasie.

Déjà le stratège Nicholas Spykman, après avoir reconnu l'impossibilité pour une puissance thalassocratique d'accéder au coeur de la masse terrestre de l'Asie centrale, soutenait l'idée que l'affrontement (qui refait toujours surface) entre les puissances maritimes et les puissances terrestres (qui utilisent des expressions telluriques même lorsqu'elles se réfèrent à la mer) ne pouvait avoir lieu que dans le rimland: c'est-à-dire dans la zone des marges du continent eurasien. Cet affrontement, selon Spykman, est principalement dû à une forme de bipolarité permanente: celle entre le "Nouveau Monde" (l'"Occident" dirigé par l'Amérique du Nord) et l'"Ancien Monde" (l'Eurasie). Et le même géopoliticien nord-américain a reconnu la supériorité potentielle de l'"Ancien Monde" sur le "Nouveau Monde". En effet, les États-Unis ne pourraient jamais faire face à une coalition anti-hégémonique de deux ou plusieurs puissances eurasiennes (l'Eurasie a deux fois et demie la superficie et dix fois la population de l'hémisphère occidental). C'est pourquoi leur objectif ne peut être autre que de semer le chaos dans l'espace eurasiatique susmentionné, de contenir toute tentative d'expansion maritime de ses puissances et d'empêcher toute coalition de ses centres de pouvoir: il s'agit donc d'empêcher l'interconnexion entre les ressources naturelles du centre et la force industrielle de la périphérie.

Le récent pacte AUKUS, signé entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie, doit être interprété avant tout à la lumière de ces considérations stratégiques et idéologiques. Et surtout, à la lumière du fait que les États-Unis, malgré les preuves répétées de soumission, continuent de percevoir l'Europe (au moins dans certaines de ses composantes) comme un rival plutôt que comme un allié/partenaire.

En fait, le pacte AUKUS représente simplement une évolution des accords militaires et stratégiques qui remontent à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La surprise qu'elle a suscitée est plutôt déplacée. Déjà en 1946, un accord entre les États-Unis et le Royaume-Uni, connu sous le nom d'UKUSA, visait la coopération en matière de renseignement. C'est à cette époque qu'ont été élaborés les premiers plans anglo-américains d'attaque nucléaire contre l'Union soviétique (plans qui, en 1967, ont conduit à l'identification de 72 sites d'attaque atomique dans la seule région de Moscou).

AP841448704183.jpg

Winston Churchill, 5 mars 1946.

L'accord entre le Royaume-Uni et les États-Unis a été signé le 5 mars 1946, exactement le jour où Winston Churchill a utilisé l'expression "rideau de fer" dans son célèbre discours de Fulton. Le pacte a été élargi en 1948 au Canada et en 1956 à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande, devenant ainsi l'infrastructure mondiale de surveillance et d'espionnage complète et semi-puissante connue aujourd'hui sous le nom de "Five Eyes", un système qui n'a été reconnu par les gouvernements respectifs qu'au cours de la première décennie du XXIe siècle. Le secret de cette alliance était (et est) tel que le bureau du Premier ministre australien n'en a eu connaissance qu'en 1973 [1].

Five+Eyes.png

L'accord secret prévoyait que chaque membre de l'alliance était responsable d'une zone géographique spécifique. Le Royaume-Uni était responsable de l'Europe, du Moyen-Orient, de la Russie occidentale et de Hong Kong (il convient de rappeler que les émeutes pro-chinoises de Hong Kong en 1967, contrairement aux manifestations séparatistes hétérodoxes d'aujourd'hui, ont été réprimées dans le sang par les forces de sécurité coloniales) [2]; les États-Unis étaient responsables du Moyen-Orient, de la Chine, de l'Afrique, de l'Amérique latine et de l'Union soviétique; l'Australie de l'Asie du Sud-Est; la Nouvelle-Zélande du Pacifique Sud; et le Canada de la Chine et de la Russie de l'intérieur.

Cette alliance secrète était d'ailleurs fondée sur des valeurs communes de démocratie libérale-capitaliste. Ce n'est pas un hasard si le père de la pensée géopolitique thalassocratique, l'amiral américain Alfred T. Mahan, a défini la "culture anglo-américaine" comme "une oasis de civilisation dans le désert de la barbarie". On retrouve des déclarations similaires à l'origine du mouvement sioniste, lorsque Theodor Herzl a présenté son projet de colonisation de la Palestine comme un avant-poste de la civilisation au milieu de la barbarie.

À vrai dire, le sionisme et l'anglosphère n'ont apporté que mort et destruction dans les espaces qu'ils ont occupés et dans lesquels ils ont tenté d'imposer leur influence. La Grande-Bretagne, par exemple, est également à l'origine de l'invention des camps d'internement pour la population civile, une pratique largement utilisée pendant les guerres anglo-boers au tournant des XIXe et XXe siècles. Les États-Unis, en revanche, outre le génocide des indigènes (également réalisé au moyen d'armes bactériologiques ante litteram, comme la propagation consciente de la variole), ont le mérite d'avoir perfectionné la "diplomatie alimentaire": la capacité de faire encore plus de victimes que la confrontation militaire par l'imposition de sanctions économiques, d'embargos et de blocus navals (l'actuel Ceasar Act étudié contre la Syrie est, en ce sens, l'un des exemples les plus récents et les plus criants).

Aujourd'hui, le rôle attribué aux "Five Eyes" est d'assurer la domination aérospatiale et maritime de l'Anglosphère vis-à-vis de l'Eurasie (dans ses deux composantes orientale et occidentale) afin de protéger les "valeurs partagées" susmentionnées. Ce point, à la lumière des événements récents, doit être analysé à plusieurs niveaux.

Tout d'abord, le pacte AUKUS utilise une fois de plus la rhétorique dépassée qui consiste à présenter des opérations ouvertement agressives comme soutenant la paix et la stabilité. En réalité, ce que l'on cherche à soutenir, c'est uniquement la stabilité de l'ordre mondial américano-centré par le partage de technologies militaires avancées (intelligence artificielle et propulsion nucléaire sous-marine) avec un allié central dans l'espace indo-pacifique (un terme à nouveau propre à la géopolitique thalassocratique).

Pour protéger cet ordre, l'US Navy déploiera des sous-marins nucléaires d'attaque de classe Virginia sur la base navale australienne de Perth ; de son côté, le Royaume-Uni fournira à l'Australie la technologie de propulsion nucléaire pour les sous-marins d'attaque de classe Astute afin de créer 8 sous-marins dans le chantier naval d'Adélaïde [3].

2782_3-auto_downl.jpg

Avant de se concentrer sur le malaise français, deux faits ressortent: l'exclusion du Canada et de la Nouvelle-Zélande (les deux autres membres des Five Eyes) de l'accord; l'exclusion d'autres " alliés " régionaux comme le Japon, la Corée du Sud et l'Inde du projet de partage de la technologie militaire.

Il est un fait que le Canada et la Nouvelle-Zélande sont en quelque sorte considérés comme le "ventre mou" de l'alliance, même si le Canada a fait preuve d'une loyauté absolue avec l'arrestation de Meng Wangzou, cadre de Huawei. Le discours concernant les alliés régionaux est plus complexe. L'Inde et le Japon font déjà partie du système quadrilatéral avec les États-Unis et l'Australie. En outre, Washington a signé un accord avec New Delhi pour le partage de données satellitaires sensibles le long des frontières indiennes avec la Chine et le Pakistan. Mais le rôle de l'Inde, bien que central dans la région indo-pacifique, ne peut être directement projeté dans la zone de la mer de Chine méridionale: l'une des zones méditerranéennes de l'Eurasie où, avec l'Afghanistan, se jouera le jeu le plus important de la nouvelle guerre froide. Et l'Inde, comme le Japon et la Corée du Sud, ne fait pas partie de l'anglosphère, malgré son passé colonial. Le Japon et la Corée du Sud, pour leur part, sont également trop proches des menaces directes de la Chine et de la Corée du Nord. Il est donc peu pratique de déployer des armes et des technologies facilement accessibles à l'"ennemi"[4].

En conclusion, on ne peut faire l'impasse sur l'analyse de la réponse française qui, malgré quelques vagues références à une armée européenne (absolument dépourvue de sens lorsqu'elle est associée à l'OTAN), peut être attribuée à ce nationalisme mesquin que Jean Thiriart n'a cessé de définir comme "imbécile".

Paradoxalement, la création de l'AUKUS, pour l'instant, bien qu'elle ouvre la course aux sous-marins nucléaires d'attaque et la militarisation de l'Indo-Pacifique, a mis la France en colère plus que la Chine. En effet, d'une part, l'AUKUS met fin aux ambitions de l'Union européenne de pouvoir compter (à travers son premier pays militaire) sur un théâtre stratégique fondamental au niveau mondial. De l'autre, elle fait perdre à Paris une commande de plus de 56 milliards d'euros pour la construction de 12 sous-marins conventionnels (de type Barracuda) signée avec Canberra en 2016. Et elle liquide l'ambition française de devenir une puissance thalassocratique à part entière.

Historiquement, une telle ambition s'est heurtée au caractère géographique d'un Etat, la France, qui est certes baignée sur plusieurs côtés par la mer, mais qui a dû partager une partie de ses frontières avec l'Allemagne, qui tient le centre de la "péninsule européenne", tout en la reliant à la vaste extension continentale de l'Eurasie.

Pour être juste, il faut dire que l'accord franco-australien, entre hausses de coûts et retards, ne progressait pas dans le meilleur des mondes. Toutefois, on pourrait en dire autant de l'accord anglo-australien sur la fourniture de quelques frégates à la Royal Australian Navy. Un accord qui, à son tour, a été signé au détriment de Fincantieri, lorsque le gouvernement australien, n'écoutant pas l'avis contraire de la marine elle-même, a opté "politiquement" pour les frégates britanniques au lieu des Fremm, déjà valables et testées. À cette occasion, malgré la perte d'une commande de 23 milliards de lires, le gouvernement italien, à la différence du gouvernement français, ne s'est même pas permis un petit sursaut d'orgueil.

Nave_Bergamini_3.JPG

S'il en était encore besoin, l'AUKUS démontre le caractère inégalitaire des alliances occidentales. L'anglosphère devient, à toutes fins utiles, le moteur stratégique de l'"Occident", tandis que l'Europe n'est qu'un simple troupeau d'alliés secondaires, utile uniquement pour constituer un débouché pour le complexe militaro-industriel d'outre-mer. Il suffit de dire que la tentation de se ranger immédiatement du côté du nouveau pacte à trois est largement perçue dans de nombreux pays européens: non seulement en Europe orientale, mais aussi en Italie, ce qui est induit par le fait que la France s'est rarement comportée comme un allié (pensez au cas libyen). D'autre part, l'une des principales stratégies de la géopolitique anglo-américaine a toujours été de maintenir l'Europe dans une condition de division interne et d'insipidité au niveau international, afin de garantir son hégémonie sur l'extrémité occidentale de l'Eurasie.

NOTES:

[1] Les Cinq Yeux. L'alliance de l'intelligence de l'anglosphère, www.ukdefencejournal.org.uk.

[2] Voir J. Cooper, Colony in conflict : the Hong Kong disturbances May 1967- January 1968, Swindon Book Company, Hong Kong 1970.

[3] Voir AUKUS, Submarines for Australia and the Lesson for Europe, www.analisidifesa.it.

[4] Pourquoi fournir des sous-marins nucléaires à l'Australie, mais pas à la Corée du Sud ou au Japon?, www.thediplomat.com.

Le Brésil adhèrera-t-il à l'OTAN ?

cover-r4x3w1000-5c9d50c69cc7a-699b4905564c58afb47fa21eb14b7adc1dcc3a7b-jpg.jpg

Raphael Machado:

Le Brésil adhèrera-t-il à l'OTAN ?

Ex: http://novaresistencia.org/2021/09/23/

Joe Biden a offert au Brésil la position de partenaire non membre de l'OTAN, l'alliance militaire atlantiste créée pendant la guerre froide pour faire face à l'URSS et qui sert aujourd'hui à affronter la Russie et la Chine. Mais quelles sont les conditions ? Et cela servirait-il l'intérêt national du Brésil ?

Il y a quelques jours, l'hémisphère occidental a été surpris par l'invitation faite au Brésil de devenir un "partenaire mondial" de l'OTAN. Le Brésil n'est pas le premier partenaire militaire ibéro-américain de l'OTAN et des États-Unis. Dans la pratique, il y a actuellement trois pays de notre continent qui sont dans l'orbite de l'OTAN : l'Argentine, la Colombie et le Brésil.

À titre d'introduction, les relations de l'Argentine avec l'OTAN ne datent pas d'hier. L'Argentine a participé activement à la guerre du Golfe, a pris part aux opérations militaires en Bosnie et au Kosovo, ainsi qu'à de nombreux exercices et accords dans les années 1990. Toute la géopolitique argentine de la période Menem est marquée par un rapprochement avec les États-Unis, par une vassalité vis-à-vis des puissances atlantiques et par une volonté d'intégrer l'OTAN, pour finalement obtenir le statut d'allié non membre. Curieusement, le gouvernement brésilien, à l'époque sous le commandement du libéral Fernando Henrique Cardoso, a même critiqué le rapprochement de l'Argentine avec l'OTAN, affirmant que cela introduirait des éléments externes complexes dans le contexte de la sécurité régionale et entraverait les débats sur la construction d'un système de défense commun pour le Mercosur, ce qui semble en fait s'être produit, puisque c'est un thème qui a été oublié jusqu'à ce qu'il soit relancé par l'UNASUR.

Cependant, dès le début du gouvernement Lula, le Brésil a entamé un processus de rapprochement avec l'OTAN, initialement dans les domaines économique, logistique et matériel, sous la justification de l'ouverture de marchés pour l'industrie brésilienne. Une chose qui, en soi, et si elle s'arrêtait là, ne serait pas si problématique. Mais le Brésil a continué à être courtisé. Rappelons même que le Brésil faisait déjà partie d'un pacte militaire atlantique, le traité de Rio, qui prévoit que les membres défendront militairement tout pays, membre du pacte, qui serait attaqué par une puissance extérieure. À première vue, ce sont des termes raisonnables, mais le seul pays américain susceptible d'être attaqué par un État étranger est les États-Unis, celui-là même qui provoque la plupart des guerres, ce qui rend le traité de Rio douteux du point de vue de l'intérêt national des États ibéro-américains.

En complément, en 2018, la Colombie est devenue un partenaire global de l'OTAN, un niveau de coopération supérieur à celui d'un allié non membre. Cette décision est également intervenue après des années de rapprochements et d'accords entre les pays. Dans le cas de la Colombie, elle est intervenue au moment le plus tendu des relations avec le Venezuela, à la suite de manœuvres militaires conjointes entre le Pérou, la Colombie et le Brésil avec le soutien du Pentagone.

1040422737_0 187 2213 1364_705x375_80_0_0_064adbc5dddf7589588c36917ffc6d9f.jpg

Or, le projet d'intensifier le rapprochement entre le Brésil et l'OTAN intervient juste après la victoire électorale de Bolsonaro. Le secteur des relations internationales du gouvernement brésilien compte plusieurs personnages aux tendances millénaristes olaviennes, qui croient en un caractère salvateur et moral de l'OTAN (en tant que rempart contre la "menace communiste") et considèrent donc qu'il est essentiel que le Brésil s'aligne sur l'OTAN pour lutter pour le salut de la "civilisation occidentale".

Il est important de se rappeler qu'une alliance militaire est toujours dirigée contre un ennemi spécifique. Il n'y a pas de pacte militaire dans l'abstrait, même si l'ennemi n'est pas ouvertement déclaré, il y a toujours un ennemi en tête dans le chef de toute alliance militaire. Dans le cas des relations militaires avec les pays d'Amérique du Sud, la cible régionale est évidemment le Venezuela. C'est pourquoi, au-delà des délires millénaristes olaviens, il n'y a aucun avantage à cette association toujours plus étroite avec l'OTAN. Ce sont les États-Unis qui ont besoin de nous et qui veulent nous instrumentaliser contre une nation insoumise. Nous n'avons pas besoin des États-Unis pour les questions de sécurité régionale, car le Brésil n'a pas de problèmes majeurs de sécurité d'urgence impliquant des menaces émanant d'États étrangers, à l'exception de la menace américaine elle-même.

C'est donc dans ce contexte qu'intervient la décision de Trump de désigner le Brésil comme un allié non membre de l'OTAN en 2019. Notons que la liste des pays ayant ce statut est précisément la liste des pays non européens classiquement reconnus comme vassaux des États-Unis. Certains essaient de lire ce rapprochement comme ayant une importance purement commerciale, mais nous ne pouvons pas être d'accord avec ce point de vue. Elle a ouvert la possibilité de partenariats qui pourraient rendre le Brésil dépendant des systèmes de défense américains. Il s'agit d'une question fondamentale qui transcende le simple commerce, car celui qui vend de la technologie militaire possède également les moyens de faire face à cette technologie militaire. Ainsi, dans un scénario où une bonne partie des armes et des systèmes de défense brésiliens proviendraient des États-Unis, ils seraient pratiquement inutiles contre les États-Unis, précisément le pays du monde le plus susceptible de nous envahir ou de nous bombarder (comme ils ont déjà menacé de le faire à plusieurs reprises par le passé).

À titre d'exemple de la déviation de la tradition diplomatique brésilienne, il y a quelques mois, le Brésil a participé à un exercice militaire dans la mer Noire ukrainienne, un exercice dirigé contre la Russie, évidemment. De quelle manière la participation à cet exercice aurait-elle servi les intérêts du Brésil? L'inclusion du Brésil dans l'OTAN va à l'encontre de la politique de défense nationale brésilienne, qui souligne l'importance de l'Atlantique Sud (le concept d'"Amazonie bleue") et la construction de partenariats militaires avec d'autres pays de l'Atlantique Sud, notamment africains, pour protéger les ressources de la région. Cependant, cette politique va précisément à l'encontre des intérêts des pays de l'Atlantique Nord qui ont encore des possessions dans l'Atlantique Sud ou convoitent les ressources régionales.

imagesamazoniaazul.jpg

Nous en arrivons donc au développement le plus récent, avec l'invitation de Joe Biden. L'idée est d'élever le Brésil au rang de partenaire mondial, au même titre que la Colombie. Cela impliquerait même la possibilité d'une participation active du Brésil aux actions militaires de l'OTAN dans le monde. En échange, les États-Unis veulent que le Brésil empêche Huawei d'entrer sur le marché de la 5G au Brésil.

Maintenant, ni le blocage de Huawei n'intéresse le Brésil, ni l'entrée dans l'OTAN ne nous intéresse. Les États-Unis utilisent l'argument selon lequel la Chine peut utiliser cette technologie pour espionner les pays, mais le Brésil est victime de l'espionnage américain depuis des décennies, les récents scandales étant encore frais dans la mémoire. Pour Bolsonaro, il est important de plaire aux États-Unis en ce moment pour obtenir le soutien international dont il a tant besoin en cette période de crise intérieure maximale. D'autre part, la Chine est actuellement le principal partenaire économique du Brésil. En d'autres termes, en pratique, le Brésil perd avec cette approche, mais Bolsonaro peut avoir une petite victoire et les États-Unis une grande victoire.

Dans le contexte général, il s'agit donc, de la part des États-Unis, de faire face à l'expansion du projet Belt & Road (et de la Chine en général) à travers l'Atlantique Sud, ce qui, à l'heure du repli dans plusieurs autres zones géostratégiques de la planète, est fondamental pour les États-Unis. Après tout, nous sommes son "arrière-cour", comme il est devenu populairement connu.

Mais l'OTAN, relique de la guerre froide et incompatible avec un monde qui évolue vers la multipolarité, est une alliance qui a de moins en moins de prestige. Le retrait inattendu des États-Unis d'Afghanistan, faute de coordination avec leurs alliés, abandonnant ces derniers pour faire cavalier seul, a fait baisser le prestige militaire américain et terni l'image de Biden. Aujourd'hui, les dirigeants européens réfléchissent à nouveau à l'autonomie stratégico-militaire, mais tout dépendra des résultats des élections en Allemagne et en France.

La conclusion est donc qu'il n'est pas dans l'intérêt du Brésil de se rapprocher encore plus de l'OTAN. Nous perdrions plus que nous gagnerions. Ce sont les États-Unis qui ont besoin de nous. Il en va de même pour l'Argentine et la Colombie. Ce qui nous intéresse, c'est de recommencer à discuter, entre voisins, des questions fondamentales de la défense et de la sécurité ibéro-américaines, et de la manière de les résoudre de façon coordonnée.

Source : Diario La Verdad

vendredi, 24 septembre 2021

Diego Fusaro: une gauche de droite?

7ec4c054a5.jpg

Diego Fusaro: une gauche de droite?

Par Jaime Revès

Ex: https://revistacentinela.es/diego-fusaro-una-izquierda-de-derechas/

Comme le dirait Obi-Wan Kenobi, il y a une agitation dans l'air culturel ambiant. Pour l'instant, ce n'est que le battement d'ailes d'un papillon. Le temps nous dira si ce battement deviendra un ouragan. Au-delà des cris des tribunes du Congrès et des titres des journaux, quelque chose est en train de changer dans le débat de fond. Il y a un certain désenchantement à gauche aujourd'hui, provoqué par la fin du cycle du 15-M, l'épuisement de Podemos et l'énorme écart entre l'agenda progressiste et les besoins réels des classes moyennes. La gauche se perd dans des débats sur l'euthanasie et promeut les lois sur les transsexuels, tandis que le commun des mortels voit son salaire diminuer, son emploi devenir de plus en plus précaire et sa facture d'électricité augmenter de façon inexplicable.

Ce sentiment de malaise que l'on peut ressentir dans le camp de la gauche est ce qui explique le succès de la Feria en Espagne. La figure de proue de ce nouveau mouvement de gauche réaliste, Ana Iris Simón, a touché les bonnes touches du piano. Dans son livre, cette femme de lettres réfléchit (comme si cela allait de soi) aux problèmes inexplicables auxquels la gauche se heurte dans des questions qui, pour la plupart des mortels, sont parfaitement naturelles. Le mépris de la gauche pour la famille, son allergie aux symboles nationaux ou son obsession à répandre un faux féminisme qui comprend l'émancipation des femmes comme leur capacité à rentrer chez elles seules et ivres.

_120381196_anairissimn3.jpg

Feria.jpg

La controverse de la saison

Dans les milieux culturels, Diego Fusaro est l'un des noms qui commence à être entendu, à devenir une boussole possible pour surmonter la désorientation de la gauche. Fusaro (né à Turin en 1983) se présente sur Twitter comme un "disciple indépendant de Hegel et de Marx" et prétend se positionner "au-delà de la droite et de la gauche, contre le turbo-capitalisme".

Il y a quelques années, Esteban Hernández a publié une interview de Fusaro dans El Confidencial. Le penseur italien y dénonce le fait que "de nombreux imbéciles qui se disent "de gauche" luttent contre le fascisme, qui n'existe plus, pour accepter le totalitarisme du marché". Et il a ajouté que la gauche a trahi les travailleurs. "La gauche n'est plus rouge mais fuchsia, elle n'arbore plus le marteau et la faucille mais l'arc-en-ciel". Fusaro encourage le renforcement des liens sociaux et communautaires susceptibles de contenir l'expansion du capitalisme mondialisé et cosmopolite: la famille, le syndicat, l'école, l'université et l'État-nation. L'ancien député de Unidas Podemos, Manolo Monereo (photo, ci-dessous), a invité tout le monde sur les réseaux sociaux à connaître les idées de Fusaro. Bien sûr, ses détracteurs l'ont attaqué à la jugulaire.

573f34733d458.jpg

Le mois suivant, Steven Forti a qualifié Fusaro de "cheval de Troie de l'extrême droite" sur CTXT et a critiqué la gauche "encore minoritaire" qui est fascinée par les idées de l'Italien. Alberto Garzón a affirmé avoir lu Fusaro et ne pas avoir trouvé une seule idée de gauche dans ses pages.

Hasel París Álvarez a publié un article dans la revue marxiste El Viejo Topo intitulé "Íñigo Errejón, le Fusaro espagnol?" Dans cet article, l'auteur se lance dans "la polémique intellectuelle de la saison" et défend Fusaro, "le penseur de gauche accusé d'avoir diverses idées de droite". Cet article règle ses comptes avec cette gauche hégémonique dont l'agenda social s'emploie à démolir l'État, l'identité nationale et la famille, entraînant l'atomisation et la précarisation de la société et facilitant ainsi la domination des élites ploutocratiques internationales.   

41HmfzGAcZL.jpg

Le sismographe du secteur de l'édition a dû sentir les vibrations du sous-sol car, au printemps dernier, Alianza a décidé de publier Historia y conciencia del precariado, livre traitant des serviteurs et des seigneurs de la mondialisation. C'est important, car jusqu'à présent, Fusaro avait été publié en espagnol par El Viejo Topo (marxiste) et Fides (post-fasciste).

Enfin, en juin dernier, Victor Lenore a réalisé une interview complète de Fusaro dans les pages de Vozpopuli. L'Italien, de plus en plus provocateur et politiquement incorrect, a soutenu que la montée de la droite comme Le Pen était due à la trahison de la gauche. "Ils ont trahi Gramsci, Marx et la classe ouvrière pour devenir les gardiens arc-en-ciel du grand capital: ce que la gauche défend de l'habitude est identique à ce que la droite veut de l'argent".

61b1ouCM7DL.jpg

Mais il ne s'est pas arrêté là. Le philosophe affirme que "que la droite bleu turquoise gagne ou que la gauche fuchsia gagne, dans tous les cas le gagnant est le capital, qui a justement une aile droite et une aile gauche". Et il a ajouté quelque chose qui résume bien sa pensée communautaire et nationale-populaire: "La géographie politique a changé: il n'y a plus de droite et de gauche, mais un haut et un bas: le "haut" de l'élite turbo-financière exige l'ouverture à ses activités, la dérégulation économique et anthropologique, le mondialisme et la flexibilité dans tous les domaines, du travail au genre; en revanche, le "bas" doit se battre pour un État national souverain démocratique et pour l'éthicité (la Sittlichkeit) au sens hégélien, c'est-à-dire les "racines éthiques" de la communauté, de l'éducation aux syndicats."

La puissance de ce discours commence à taper sur les nerfs de la classe politique et de l'intelligentsia de gauche. Ils lui en veulent de n'avoir jamais été membre d'une organisation de gauche ou d'avoir partagé des manifestations et des sit-in avec eux. Fusaro a été traité de toutes sortes de choses: égocentrique, plouc, beauf ou carrément de néo-fasciste.

Mais qu'y a-t-il chez ce marxiste dont les idées effraient la gauche plus que la droite ?

La synthèse de la pensée de Fusaro offre des résultats surprenants. Fusaro défend la nation, la famille et les traditions populaires. Mais sa réponse ne vient pas "de la droite", mais de Marx et Gramsci, de Hegel et des Grecs.

Défense de la nation

Fusaro comprend que la seule façon de protéger les intérêts réels du "précariat" (compris comme la classe des vaincus de la mondialisation) est la défense de l'intérêt national en tant qu'union solidaire et industrieuse des travailleurs et des petits entrepreneurs locaux contre le "parasitisme du capital financier et l'aristocratie financière apatride". Quiconque remet en question l'idée de nation s'attaque aux intérêts des travailleurs, qu'il s'agisse de la gauche fuchsia ou des ONG bien-pensantes opérant avec des subventions internationales.

Valeurs de droite, idées de gauche

Si le "Seigneur mondialiste" au sommet est de gauche dans ses valeurs (globalisme, libertinage, radicalisme libertaire, élimination des frontières) et de droite dans ses idées (compétitivité, déréglementation, privatisation, dépolitisation), le Serviteur national-populaire, celui d'en bas, devrait être le contraire. Il devrait assumer les valeurs de droite (enracinement, patrie, honneur, loyauté, transcendance, famille, éthique) et les idées de gauche (émancipation, droits sociaux, égalité de liberté matérielle et formelle, dignité du travail, socialisme démocratique dans la production et la distribution). Cette approche n'est pas si différente de celle de certaines formations de droite identitaires ou souverainistes, comme le Front national, qui prône "la droite des valeurs et la gauche du travail".

D_NQ_NP_801744-MLA41543269539_042020-O.jpg

Protéger la famille

Pour l'Italien, la famille est une communauté qui s'oppose au capitalisme absolu car "elle impose un altruisme particulier, imperméable à la logique utilitaire et à l'individualisme acquisitif". Au cas où il y aurait un doute, Fusaro précise que, pour lui, la famille est la communauté immédiate basée sur l'amour, la confiance, la différence naturelle entre les sexes et l'éducation des enfants.

41KXD2Imj9L._SX324_BO1,204,203,200_.jpg

Dans Le nouvel ordre érotique. Éloge de l'amour et de la famille, Fusaro dénonce la promiscuité et le manque d'engagement comme étant le reflet du consumérisme capitaliste appliqué aux relations affectives. Fusaro cite Chesterton qui estime que le capitalisme serait la véritable force qui détruirait ou tenterait de détruire la famille. Fusaro soutient qu'aujourd'hui "se marier est un acte révolutionnaire" et va jusqu'à affirmer que "tant qu'il y a une famille, il y a de l'espoir".

Dans un article sur Don Juan, il déclare ce qui suit: "Suivant le mythe du nouveau, Don Juan, comme ses successeurs postmodernes actuels, ne fait que répéter toujours la même expérience de jouissance acéphale et autiste, qui n'est jamais stabilisée dans des formes éthiques et durables (...) Le hic et nunc (ici et maintenant) du plus-jouir sans interdits et avec un désintérêt constant pour l'autre constitue l'essence du solipsisme érotique propre au néo-libertinisme cohérent avec l'accumulation flexible."

Contre l'euthanasie

Pour Fusaro, la maternité de substitution est l'expression ultime du capitalisme, qui va jusqu'à la commercialisation de la vie et la transformation du corps de la mère en un autre bien de consommation. En même temps, il s'oppose à la "thanatopolitique de l'euthanasie en tant que fourniture gratuite de la mort".

Préservation des traditions religieuses populaires

Dans sa logique d'opposition frontale au turbo-capitalisme, Fusaro mettait en cause dans un article le consumérisme qui détruisait les fêtes de Noël italiennes. "Avec une euphorie obtuse et un enthousiasme superficiel, nous célébrons le Black Friday - l'apogée de l'aliénation - et nous nous irritons là où se trouve encore la crèche".

Une nouvelle voie ?

L'émergence d'une voix comme celle de Diego Fusaro est peut-être le signe que le débat sur le sens de la politique, de l'économie et de la culture doit être entièrement repensé. Nous ne savons pas si les idées de Fusaro seront développées en Espagne. Tout cela peut rester le battement d'un papillon ou, au contraire, prendre la force d'un ouragan. Nous ne savons pas si, à l'avenir, il y aura une alliance de patriotes de droite et de patriotes de gauche pour faire face aux problèmes du XXIe siècle. Mais le simple fait d'imaginer une issue à la confrontation de la guerre civile est rafraîchissant. N'ayez crainte : lisez Diego Fusaro.

19:30 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les "gauchistes communistes" et les "ultra-gauchistes" sont des réactionnaires

ultra-gauche-rennes.jpg

Les "gauchistes communistes" et les "ultra-gauchistes" sont des réactionnaires

He Zhao

5 novembre 2018

Ex: http://aurorasito.altervista.org/?p=19812

La position dégradée et débilitante des gauchistes communistes et des ultra-gauchistes doit être fermement rejetée. En adhérant de manière rigide à une vision inflexible du marxisme et à une définition très étroite du socialisme, en suivant aveuglément des interprétations sélectives et littérales de textes du 19ème siècle, les communistes de gauche et les ultra-gauchistes d'aujourd'hui se protègent de l'engagement ou du soutien de luttes socialistes réelles dans le monde réel d'aujourd'hui. En qualifiant ces types de "réactionnaires", je ne veux pas dire qu'ils sont de droite, mais qu'ils réagissent contre l'avancée de l'histoire, contre les nouvelles voies que le socialisme révolutionnaire a ouvertes, en se repliant dans le confort et la sécurité du dogme. Les communistes de gauche et les ultra-gauchistes constituent l'aile conservatrice et réactionnaire de la gauche et ont construit une vision du monde basée sur un récit véhiculé et téléguidé par le département d'État de Washington: ils ne sont rien de plus que les outils de l'impérialisme contre les véritables pays socialistes existants.

Le marxisme lui-même n'est ni fixe ni immuable, mais malléable et s'adapte constamment aux circonstances, l'exact opposé du dogmatisme. Mais le fondamentalisme doctrinaire, résolu et sans nuances des partis de gauche et des ultras ne peut pas voir l'inévitabilité de certaines contradictions dans la procédure révolutionnaire, dénonçant les véritables luttes de libération sous prétexte qu'elles commettraient de petites violations du dogme. En outre, leur myopie constitutive et implacable refuse de reconnaître le processus historique révolutionnaire et la durée temporelle que le changement social exige, ignorant que leur prétention à la satisfaction immédiate est entièrement fondée sur le consumérisme.

Les ultras et les communistes de gauche sont exactement comme les pro-vie: il est techniquement vrai que les avortements ne sont pas appréciés, et que le travail salarié n'est pas le communisme. Mais ce qu'ils ne considèrent pas dans leur analyse idéaliste, superficielle et à courte vue, c'est la myriade de conditions matérielles et de situations de la vie réelle qui non seulement compliquent, mais rendent leurs positions intenables, comme celles auxquelles sont confrontées les femmes enceintes dans le contexte du patriarcat, et celles auxquelles sont confrontés les États socialistes en transition dans le contexte du capital mondial.

black-bloc-1er-mai.jpg

Selon eux, à moins que la production de valeur abstraite et le travail salarié ne soient immédiatement et complètement abolis, il n'y a pas de véritable socialisme. Ainsi, aucun socialisme n'a jamais existé (pendant plus de trois heures), et il n'existera jamais dans le monde dominé par la logique du capital, alors asseyez-vous, profitez du cercle théorique idiot et sentez-vous bien dans votre peau. De plus, la géopolitique peut être ignorée, la diplomatie internationale n'a aucune conséquence et le sort des vies humaines importe peu si la pureté idéologique est maintenue.

Par exemple, les gauchistes et les ultras soutiennent qu'un milliard de Chinois devraient rester dans une pauvreté extrême, vivant avec moins de deux dollars par jour, dans une nation faible et vulnérable, pour répondre à leurs critères de "vrai socialisme". Ils affirment que les réformes du marché et le plan de développement économique de Zhou En Lai et Deng Xiao Ping, qui incluaient le commerce avec l'Occident capitaliste, ont trahi l'héritage de Lénine et Mao. Mais ce n'est tout simplement pas vrai: "Le capitalisme est un fléau comparé au socialisme. Le capitalisme est un avantage sur le médiévalisme, la production à petite échelle et les maux de la bureaucratie qui découlent de la dispersion des petits producteurs. Puisque nous ne pouvons pas passer directement de la petite production au socialisme, un certain capitalisme est inévitable en tant que produit élémentaire de la petite production et de l'échange; de sorte que nous devons utiliser le capitalisme (notamment en le dirigeant dans les canaux du capitalisme d'État) comme un lien intermédiaire entre la petite production et le socialisme, comme un moyen, une voie et une méthode pour accroître les forces productives" (Vladimir Lénine, "L'impôt en nature", 1921).

"Nous voulons faire des affaires. Bien, et les affaires seront faites. Nous ne sommes contre personne, sauf contre les réactionnaires, chez nous et à l'étranger, qui nous empêchent de faire des affaires..... Lorsque nous aurons vaincu les réactionnaires nationaux et étrangers en unissant toutes les forces nationales et internationales, nous pourrons faire des affaires avec tous les pays sur la base de l'égalité, des avantages mutuels et du respect mutuel de l'intégrité territoriale et de la souveraineté" (Mao Ze Dong, "Sur la dictature démocratique du peuple", 1949).

La nécessité historique et les conditions objectives n'empêchent pas ces pétulants de fustiger les actions concrètes des socialistes qui luttent et construisent un changement réel, sous prétexte qu'ils utiliseraient des "méthodes impures", qu'ils ne feraient pas les choses exactement selon les voies ordonnées par les penseurs du XIXe siècle. Pour eux, l'ordre économique néolibéral mondial ne doit pas être remis en question, et un milliard de personnes vivant avec moins de deux dollars par jour il y a seulement trente ans peuvent être ignorées, et si une société a actuellement un travail salarié, indépendamment de la structure organisationnelle ou de la direction politique, elle est posée comme l'ennemi. La critique est certes importante. Nous devons être constamment vigilants et exiger de nos collègues de gauche une conduite irréprochable, surtout lorsqu'ils sont à la tête de nations. Mais les haïr et les fustiger comme des "traîtres" sur la base de motifs fallacieux et fondamentalistes, dictés subrepticement par la propagande impérialiste, et avec un soupçon de deux poids deux mesures racistes, est au mieux une position réactionnaire, et au pire un travail de sape anticommuniste tel celui préconisé par de véritables agents de la CIA.

unnLKamed.jpg

Avec tous les échecs des "vrais mouvements de gauche", les seuls qui réussissent étant les "révisionnistes", les "faux" et les "social-impérialistes" (lol), il ne reste plus rien à faire pour les "vrais mouvements de gauche". Ainsi, d'une part, ils sombrent dans la rêverie de la révolution mondiale totale qui se produira miraculeusement et détruira immédiatement le capitalisme une fois pour toutes, aussi réaliste que Jésus arrivant sur une flotte d'ovnis le jour du Jugement dernier, et d'autre part, ils se replient dans un fatalisme pathétique, le nihilisme et la misanthropie (sans la merveilleuse imagination et la bonne humeur des posadistes). C'est pourquoi certains discours de gauche sont attirés par les formes les plus régressives du primitivisme (par opposition aux courants progressistes), dans lequel 95% de l'humanité doit être purgée pour que le communisme pur soit possible.

Les ultras réagissent à la myriade de problèmes terribles auxquels l'humanité est confrontée aujourd'hui en abandonnant les conditions matérielles objectives, en se repliant sur l'idéalisme, en s'adonnant à des fantaisies enfantines et en se livrant à une pensée magique rétrograde, ainsi qu'à une exaltation solipsiste, en recueillant le crédit d'intellos gauchistes en ligne. Ils méprisent et détestent les communistes qui participent et soutiennent les luttes de la vie réelle, parce que nous les dérangeons dans le confort et la sécurité de leur tour d'ivoire narcissique. Ils n'ont aucun argument réel autre que de répéter les mêmes vieux dogmes, de battre sans cesse un cheval mort, puis de se cacher comme d'habitude derrière une ironie hypocrite. Après avoir semé la confusion et la désorientation dans la gauche occidentale pendant 100 ans, nous devrions nous méfier de ces tendances réactionnaires en nous-mêmes. Nous devons résister au nombrilisme mesquin, à la fermeture d'esprit et à la dégénérescence hargneuse du "communisme de gauche" et de l'"ultra-gauchisme", au fondamentalisme égocentrique de la gauche qui rivalise avec les réductionnistes identitaires libéraux et au détachement total de la réalité similaire à celui de la droite chrétienne.

dpa-5FA19400C49F4D6F-t5ee11e5a-m600-xpN6qrifg-jpg.jpg

La résurgence actuelle de ces régressifs est due en fin de compte à l'absence d'espoir à l'horizon occidental pour la gauche, dans cette période anxieuse et super déprimante, conduisant à un repli sur un chauvinisme eurocentrique fondamentaliste, trouvant un réconfort dans la lecture sélective et l'interprétation littérale de textes vieux de 150 ans. La seule chose que ces tristes sacs savent faire pour atténuer temporairement les sentiments accablants de terreur, d'impuissance et de haine de soi est de regarder avec condescendance le socialisme réellement existant dans le Sud et à l'Est.

Traduction par Alessandro Lattanzio

Les Jeux olympiques. Histoire et alternatives

ecdff10ac3286cd08a5702c42049c171-1499087132.jpg

Les Jeux olympiques. Histoire et alternatives

Konstantin Stepanov

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/olimpiyskie-igry-istoriya-i-alternativy

    Antiquité

Pour commencer à parler de la situation actuelle du mouvement olympique, il n'est pas superflu de rappeler où tout a commencé.

L'établissement des jeux dans l'ancienne Olympie remonte aux dactyles, des êtres chthoniens qui ont poussé dans le sol sous les doigts de Rhéa, qui a donné naissance à Zeus. Voici ce que Pausanias écrit à ce sujet dans sa "Description de l'Hellas" (livre V, chapitre VII).

"En ce qui concerne les concours olympiques, les experts aéliens de l'Antiquité racontent qu'au début, Kronos régnait dans le ciel et qu'à Olympie, un temple à Kronos fut construit par les gens de l'époque qu'on appelait la génération dorée. Lorsque Zeus naquit, Rhéa confia l'enfant à la garde des Dactyles de l'Ida, qui étaient aussi appelés Kuretes (Curètes); ils venaient de l'Ida crétoise et se nommaient Héraclès (note 1), Peoneus, Epimedes, Jasius et Idas. Au cours des plaisanteries et des jeux, Héraclès, qui était le plus âgé d'entre eux, les défia dans une course et couronna le vainqueur d'une branche d'olivier sauvage; ils avaient tant d'olives sauvages qu'ils dormaient dessus, utilisant comme tapis les branches vertes sous eux. On dit qu'Héraclès a apporté le rameau d'olivier sauvage aux Hellènes depuis le pays des Hyperboréens, et que ceux-ci étaient le peuple qui vivait au-delà du vent <nord> de Borée. <...> Ainsi, Héraclès l'Idéen fut le premier à instituer ces jeux, et il fut le premier à leur donner le nom d'olympiques. Il a été établi qu'elles devaient se tenir tous les cinq ans, car leurs frères étaient au nombre de cinq. Certains disent que Zeus s'est disputé le pouvoir avec Cronos lui-même; d'autres disent qu'il a fondé les jeux après l'avoir vaincu. D'autres <dieux> sont également appelés vainqueurs, comme Apollon, qui a vaincu Hermès dans une course, et Arès qui l'a vaincu dans un combat à mains nues. C'est pour cette raison que le jeu des flûtes pythiques aurait été introduit lors du concours de saut au pentatl (note 2), car la flûte était dédiée à Apollon et Apollon lui-même était le vainqueur des Jeux Olympiques".

Banquet_Euaion_Louvre_G467_n2.jpg

Aucune information historique précise sur les premiers jeux d'Olympie n'a été conservée. On sait seulement qu'au VIIIe siècle avant J.-C., les jeux olympiques ont été repris par le législateur spartiate Lycurgue et le roi Iphitheus d'Alyde. Ce sont ces compétitions, organisées comme les Jeux olympiques modernes une fois tous les quatre ans, que nous connaissons sous le nom de "Jeux olympiques antiques" ou "Jeux olympiques de l'Antiquité".

Il convient de noter que les compétitions à Olympie n'étaient pas les seules en Grèce à cette époque. Les Jeux pythiques à Delphes, les Jeux isthmiques à Corinthe, les Jeux néméens à Argos et les Jeux panathénaïques à Athènes. Dans certaines régions, il s'agissait de compétitions purement athlétiques (agonie au sens moderne du terme) ; d'autres étaient des concours de chanteurs, de poètes et de musiciens (comme les Jeux pythiques) ; d'autres encore combinaient à parts égales agonie athlétique et agonie musicale, comme les Jeux panathénaïques.

hereens.png

Il convient également de mentionner les Jeux héréens, qui se sont également tenus à Olympie un mois après les Jeux olympiques, et auxquels seules les filles ont participé (contrairement aux autres jeux, où traditionnellement seuls les hommes participaient et étaient présents en tant que spectateurs).

Cependant, si l'on se rappelle les intrigues de la mythologie antique, les compétitions de course, de lutte, de lancer de javelot, de disque ou de tir à l'arc sont constamment utilisées par les dieux et les hommes pour résoudre certaines situations litigieuses, étant un substitut à un conflit / une guerre entre deux ou plusieurs héros.

Des morceaux tels que :

    - La compétition de course à pied entre Apollon et Hermès et la compétition de lutte entre Apollon et Arès mentionnées par Pausanias ;
    - La compétition entre les prétendants de Pénélope, remportée par le jeune Ulysse ;
    - Hercule rivalise dans le pentathlon avec le roi de Sicile, Erix, dans la course de chars il bat Cicna, fils d'Arès, il rivalise avec Eurytes au tir à l'arc, avec Persée au lancer du disque, avec Jason à la rame ;
    - Thésée, Jason et Hercule sont devenus célèbres en tant que grands lutteurs; Achille était connu comme un coureur invincible.

Il n'est pas surprenant que les Hellènes aient vu dans les vainqueurs des concours l'incarnation de héros tels qu'Hercule, Thésée ou Achille. Les poètes helléniques glorifiaient les Olympiens en vers, les dirigeants de la polis les couvraient d'honneurs et recherchaient leur faveur, et les victoires de leurs concitoyens aux Jeux étaient considérées comme la faveur des dieux pour leurs villes et leurs pays. Les Olympiens eux-mêmes sont devenus des stratèges, des législateurs, des tyrans et des fondateurs d'écoles et d'enseignements philosophiques - on sait, par exemple, que Pythagore (à Olympie) et Platon (à Corinthe) ont remporté les jeux.

unnamdiscoed.jpg

Selon Jakob Burckhardt, les jeux sportifs étaient une expression de l'esprit de compétition (agonistique) inhérent à la civilisation hellénique. Cette qualité était la base de la vision de chaque citoyen de la polis et du monde grec dans son ensemble. On peut dire que c'est ce qui distingue fondamentalement la culture hellénique de toutes les autres cultures modernes. Cela est peut-être dû au fait que le monde grec était fragmenté en petites polis-états et leurs colonies éloignées associées, lorsque la "guerre de tous contre tous" était une norme d'existence, tant pour un individu que pour la société dans son ensemble, et que la recherche constante de la perfection et de la victoire était une garantie de survie (réf. 3).

Mais il est important de garder à l'esprit que les Jeux Olympiques (ainsi que les autres) de l'époque n'étaient pas seulement et pas tellement des compétitions sportives ou artistiques, mais plutôt des actions sacrées, des mystères consacrés à des divinités panhelléniques ou locales (Note 4) complétés par des agonies de certains types de concours, qui ressemblaient à leur tour au théâtre hellénique.

Cependant, avec le temps, non seulement les représentants de l'aristocratie et les citoyens libres, mais aussi les "athlètes professionnels", très proches des sportifs modernes, dont le but n'était que la perfection dans un certain type de compétitions au détriment de la perfection intellectuelle et spirituelle, dont Platon parle avec beaucoup de regret dans son dialogue "État".

Notes de la première partie:

Note 1 - Il s'agit d'Héraclès l'Ancien ou Héraclès des Idées, qu'il ne faut pas confondre avec Héraclès de Thèbes, fils de Zeus et d'Alkmena. Cependant, la version donnée par Pausanias n'est pas la seule - divers héros helléniques, dont Héraclès de Thèbes, sont mentionnés parmi les fondateurs des Jeux, mais un dénominateur commun est que les Jeux d'Olympie ont été établis en relation avec les mythes sur la victoire de Zeus sur son père Kronos et la transition de l'âge d'or à l'âge d'argent.

Note 2 - Il s'agit d'un pentathlon (pentathlon, grec πενταθλον) qui comprenait la course à pied, le lancer du disque, le lancer du javelot, le saut en longueur et la lutte.

Note 3 - Au passage, on peut noter que ce type de compétition n'avait pas d'équivalent, ni d'adaptation similaire, dans la Rome antique. Les Romains préféraient d'autres types de divertissements (spectacles) - combats de gladiateurs, mises à mort d'animaux par les hommes (héritées de Carthage et conservées sous la forme des corridas espagnoles). Bien que les courses de chars aient été adoptées par les Romains à l'imitation des Grecs à l'époque philhellène, elles sont restées un passe-temps favori des habitants des villes romaines et, après l'interdiction des Jeux olympiques par l'empereur Théodose au Ve siècle après J.-C., jusqu'à l'époque de la Byzance tardive.

Note 4 - Outre les jeux organisés régulièrement tous les deux ou quatre ans, les jeux pouvaient également être associés à d'autres événements spécifiques - la victoire dans une bataille ou la mort d'un héros (l'exemple typique est celui des jeux organisés par Achille sous les murs de Troie en mémoire de son ami Patrocle).

pierre-de-coubertin.png

Époque moderne (fin du XIXe siècle et première moitié du XXe siècle)

L'histoire des Jeux olympiques modernes remonte au congrès de 1894 qui s'est tenu à la Sorbonne sous la présidence du baron Pierre de Coubertin, lorsqu'il a été décidé de créer le Comité international olympique (CIO) et d'organiser les premiers Jeux olympiques actuels à Athènes en 1986.

Il convient de noter qu'avant cela, des festivals sportifs de grande envergure, marquant le début de la nouvelle ère, ont été organisés dans différents pays d'Europe : des compétitions appelées "Jeux olympiques" ont eu lieu en Angleterre au XVIIe siècle; les "Olympiades de la République", organisées dans les premières années qui ont suivi la victoire de la Révolution en France; au milieu du XIXe siècle, des "Olympiades" de différentes envergures ont été organisées en Grèce, en Grande-Bretagne et en Suède.

Il est important de noter que pour de Coubertin et ses associés (en premier lieu les Français), la renaissance des Jeux Olympiques n'était pas seulement la réalisation d'aspirations romantiques visant à faire revivre les Olympiades antiques (dans leur composante sportive, bien sûr). Selon de Coubertin, c'est la mauvaise préparation physique des soldats français qui est l'une des causes de la défaite française lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Il a cherché à changer la situation en améliorant la culture physique des Français. En même temps, il voulait surmonter les égoïsmes nationaux et contribuer à la lutte pour la paix et la compréhension internationale. La "jeunesse du monde" devait être mesurée dans les événements sportifs, et non sur le champ de bataille. La renaissance des Jeux olympiques lui semble être la meilleure solution pour atteindre ces deux objectifs.

Un autre modèle pour de Coubertin était le haut niveau de forme physique et l'intérêt pour le sport qui faisait partie intégrante du style de vie du "gentleman anglais".

Les organisateurs des Jeux modernes ont pris en considération les problèmes rencontrés par leurs prédécesseurs antiques et, conformément aux règles établies depuis les Jeux olympiques d'Athènes, seuls les athlètes amateurs, pour lesquels les performances sportives n'étaient pas censées constituer une source de revenus importante, étaient autorisés à participer aux épreuves.

1912_Summer_Olympics_poster.jpg

Bien que les Jeux olympiques d'Athènes aient été un grand succès et que les Jeux suivants aient été organisés régulièrement tous les quatre ans, leur sort a longtemps été remis en question en raison de la longueur de la compétition (les calendriers des Jeux de Paris en 1900, de Saint-Louis en 1904 et de Londres en 1908 duraient 5 à 6 mois chacun), Le faible intérêt des spectateurs, l'instabilité de l'ensemble des sports, le caractère secondaire des jeux par rapport à d'autres événements (les jeux de Paris et de Saint-Louis étaient liés à l'Exposition universelle, tandis que les jeux de Londres étaient liés à une grande foire franco-britannique), le manque de formation des participants. Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour que les Jeux olympiques acquièrent un format plus ou moins familier.

Si, dans un premier temps, les Jeux olympiques ont réussi à rester en dehors du grand jeu politique dans les années 20, tout a changé au milieu des années 30.

viii-olympiade-jeux-olympiques-paris-1924-38699-france-vintage-poster.jpg.960x0_q85_upscale.jpg

La décision d'organiser les Jeux de 1936 à Berlin a été prise des années avant l'arrivée au pouvoir du NSDAP en Allemagne. Et bien que les idées d'un éventuel déplacement des Jeux dans un autre pays circulent depuis 1934, personne n'a osé s'engager dans le premier conflit majeur du mouvement olympique international.

Pour les nationaux-socialistes, les Jeux ne sont pas seulement l'occasion de démontrer la supériorité physique de la race aryenne (les athlètes allemands remportent confortablement la première place au classement par équipe), mais aussi de montrer le "national-socialisme à visage humain" à des ennemis potentiels - les pogroms anti-juifs disparaissent des rues de Berlin et les panneaux "Juifs non désirés" sont temporairement retirés des lieux publics. Pendant les préparatifs des Jeux, le baron de Coubertin est invité à Berlin. Il est si enthousiaste devant l'ampleur des préparatifs du Troisième Reich pour les Jeux olympiques que, dans une allocution à la radio d'État allemande, il décrit Hitler comme "l'un des plus beaux représentants des âmes créatrices de notre époque".

Les Jeux olympiques de Berlin ont laissé en héritage le relais de la flamme olympique, toujours organisé avant le début des Jeux, depuis une oliveraie sacrée de l'ancienne Olympie (la paternité de cette idée est souvent attribuée à tort à Goebbels, son véritable auteur était le chef du secrétariat des Jeux - Karl Diem) et un film documentaire exceptionnel de Leni Riefenstahl, "Olympia", qui est devenu un classique absolu de la cinématographie sportive.

1940HELSINKI.jpg

Il est important de noter que 1936 est la première tentative d'organiser des Jeux olympiques "alternatifs" - en juillet de cette année-là, il était prévu d'organiser à Barcelone les "Jeux olympiques du peuple", qui incluaient la participation d'athlètes de l'Union soviétique, mais la guerre civile espagnole a commencé, et ces jeux n'ont pas eu lieu.

    L'Alternative rouge (années 1920-30 et années 1960)

Il est évident que les Jeux olympiques, lancés par de Coubertin, avec leur idéal d'un "gentleman apolitique aimant le sport", étaient considérés par les mouvements de gauche de l'époque (communistes et sociaux-démocrates) comme "bourgeois" et étrangers à l'esprit de la lutte de la classe ouvrière pour ses droits. En outre, les Jeux olympiques organisés par le CIO mettent l'accent sur la concurrence entre les pays, ce que les communistes et les sociaux-démocrates considèrent comme une manifestation de chauvinisme.

Dès la fin du XIXe siècle, des unions sportives ouvrières ont commencé à se former en Allemagne et, au début de la Première Guerre mondiale, le mouvement sportif prolétarien allemand comptait plusieurs centaines de milliers de membres actifs.

Willibald_Krain_I._Internationales_Arbeiterolympia_1925.jpg

En 1920, l'Internationale socialiste des travailleurs (Sozialistische Arbeitersport Internationale, SASI), également connue sous le nom d'Internationale de Lucerne, se tient à Lucerne. L'organisation, fondée par des représentants des partis sociaux-démocrates européens (France, Belgique, Allemagne, Autriche et autres) a maintenu une politique de neutralité vis-à-vis des organisations de partis, une politique héritée du mouvement sportif ouvrier allemand (qui cherchait à rester en dehors des conflits de factions entre les socialistes allemands). Toutefois, cette politique a été contestée par les communistes, qui ont fait valoir que le mouvement sportif ouvrier ne pouvait s'abstenir de s'engager dans la lutte révolutionnaire.

Les activités de l'Internationale de Lucerne ont conduit à l'organisation de trois "Olympiades internationales des travailleurs" d'été et de deux d'hiver entre 1925 et 1937. De plus, durant cette période, les Jeux olympiques des travailleurs n'ont pas été moins bons que les Jeux olympiques organisés par le CIO en termes de nombre de spectateurs, de nombre de participants et de qualité réelle des athlètes qui y ont participé.

2048080_detail_3836715.jpg

En 1921, le troisième congrès de l'Internationale communiste a décidé de créer une internationale parallèle des sports ouvriers (Note 5). En août 1921, le Sportintern (à l'origine l'Association internationale des associations de sports et de gymnastique rouges) a été fondé.

L'idée de créer le Sportintern a été suggérée par Nikolai Ilyich Podvoisky qui, lors du 2e congrès mondial du Comintern à l'été 1920, a discuté avec un certain nombre de délégués du monde entier de l'idée de créer une organisation sportive internationale pour les jeunes travailleurs. Podvoisky, un expert militaire chargé d'organiser la formation militaire en Russie soviétique, estimait que l'entraînement physique systématique était utile pour les besoins de l'Armée rouge et la formation de jeunes gens en bonne santé dans ses rangs (Note 6).

1936Spartakiades.jpg

Le travail de Sportintern a débouché sur la Spartakiade internationale des travailleurs organisée en 1928 (l'été à Moscou et l'hiver à Oslo). En 1931, une spartakiade est prévue à Berlin, mais elle est finalement perturbée par les représentants de la République de Weimar, qui craignent les manifestations de masse des partisans du parti communiste. L'Olympiade des travailleurs de 1937 à Anvers a été organisée conjointement par l'Internationale de Lucerne et le Sportintern, avec la participation active et réussie de représentants sportifs soviétiques. Ces événements sont les derniers de l'histoire des Olympiades/Spartakiades des travailleurs (Note 7). 

GANEFO-Poster.jpgDans ce contexte, on peut également mentionner les Jeux des nouvelles forces émergentes (GANEFO) qui se sont tenus à Djakarta, en Indonésie, en 1963. En substance, il s'agissait de créer une sorte de "Comité international olympique anti-impérialiste" pour les pays du tiers monde dont les dirigeants cherchaient à créer un nouveau pôle géopolitique, les pays non alignés qui n'étaient ni des partisans de l'Union soviétique ni des satellites des États-Unis.

L'idée d'organiser ces Jeux avait été suggérée par le président indonésien Suharto lui-même, qui s'était auparavant heurté aux représentants du CIO pour la non-délivrance de visas aux athlètes d'Israël et de Taïwan qui devaient participer aux Jeux asiatiques organisés en Indonésie l'année précédente. L'initiative a été soutenue par le leader chinois Mao Zedong. Les jeux de Jakarta sont soutenus par l'URSS et les pays du bloc socialiste, qui n'ont pas envoyé leurs équipes les plus fortes aux Jeux (par crainte d'un conflit avec le CIO), mais elles sont assez compétitives.

Cependant, les Jeux GANEFO ne se sont pas développés davantage.

Notes de la deuxième partie:

Note 5 - Il est curieux qu'en 1920, avant les Jeux d'Anvers, le CIO ait ignoré une demande de la direction générale de la RSFSR pour Vsevobuch visant à autoriser huit athlètes de la RSFSR à participer aux Jeux. La raison officielle de l'absence de réponse officielle à la demande soviétique était que la RSFSR ne reconnaissait pas les obligations financières de l'ancien régime, ce qui signifiait logiquement qu'il n'y avait pas de continuité. Et jusqu'au milieu des années 1930, le CIO a considéré des figures du mouvement des émigrés - notamment le prince Lev Urusov - comme ses représentants russes. Les mémoires de Coubertin nous apprennent que dans les années 1920, Urusov a développé un projet de participation parallèle et égale aux Jeux Olympiques de deux équipes nationales de Russie - une équipe soviétique et une équipe d'émigrés. Malgré l'attitude favorable de Coubertin à cette idée, le CIO ne l'approuve pas.

Note 6 - Extrait d'un discours prononcé par N. I. Podvoisky en 1925 au Plénum du Comintern : "Faire du sport et de la gymnastique une arme de la lutte révolutionnaire de classe, concentrer l'attention des ouvriers et des paysans sur le sport et la gymnastique comme l'un des meilleurs instruments, méthodes et outils de leur organisation et de leur lutte de classe". Les parallèles avec les idées de Coubertin sur la réhabilitation de la nation française et la formation de recrues prêtes au combat pour l'armée par le biais de sports de masse sont ici tout à fait évidents.

Note 7 - De 1956 à 1991, la Spartakiada des Peuples de l'URSS, bien qu'elle ait parfois accueilli des athlètes étrangers, n'était alors considérée que comme une compétition syndicale interne, qui ne cherchait pas à être considérée comme une alternative aux Jeux Olympiques organisés par le CIO.

    Jeux olympiques de la guerre froide (années 1950 à 1980)

Un dégel temporaire des relations entre l'Union soviétique et le monde occidental pendant la Seconde Guerre mondiale a permis, entre autres, l'inclusion officielle des sports soviétiques dans le Mouvement olympique international. Le Comité olympique de l'URSS a été créé en 1951 dans le but de participer aux Jeux olympiques d'été de 1952 à Helsinki, bien qu'une invitation à participer aux jeux ait déjà été adressée aux dirigeants soviétiques avant les Jeux de Londres de 1948.

London_Olympics.jpg

C'est le début de la confrontation entre les athlètes soviétiques et américains (ou, plus largement, entre les pays soviétiques et ceux de l'OTAN) aux Jeux olympiques (Note 8).

Si les débuts des athlètes soviétiques en 1952 ne peuvent être reconnus que comme relativement réussis face à la domination des athlètes américains (22 médailles d'or ont été remportées par les athlètes soviétiques contre 40 par les Américains), les athlètes soviétiques ont ensuite perdu la tête du classement des médailles aux Jeux olympiques d'été au profit des Américains, Lors des jeux d'été, les athlètes soviétiques ont devancé les Américains à deux reprises, d'abord à Tokyo en 1964, puis à Mexico en 1968 (les jeux de Los Angeles en 1984 ont été boycottés par l'Union soviétique et la plupart des autres pays du bloc socialiste).

Cependant, la composante politique des Jeux ne s'est pas limitée à ces confrontations.

Les Jeux olympiques de 1952, par exemple, ont vu se dérouler des matchs de football entre l'URSS et la Yougoslavie. À cette époque, les relations entre Staline et Tito avaient été irrémédiablement endommagées, et la défaite de l'équipe nationale d'URSS en deux matchs (le match aller s'est terminé sur un score de 5-5, alors que les joueurs soviétiques ont réussi à revenir de 1-5 et le match retour s'est terminé par une victoire 3-1 de la Yougoslavie) est passée inaperçue des hauts responsables soviétiques, après quoi l'équipe de football CDKA (ancêtre du CSKA actuel), dont les joueurs formaient le noyau de l'équipe nationale d'URSS, a tout simplement été dissoute.

Ces mêmes Jeux olympiques ont également vu naître la "question chinoise". Tout comme l'ONU et de nombreuses autres organisations internationales n'ont pas reconnu pendant longtemps la victoire des communistes de Mao en Chine, les représentants de Taïwan étaient membres à part entière du CIO sous la bannière de la "République de Chine". Jusqu'aux Jeux d'hiver de 1980 et aux Jeux d'été de 1984, les représentants de la RPC ont boycotté la participation aux Jeux olympiques pour quelque raison politique que ce soit.

La "question allemande" remonte à 1956 : à l'origine, le CIO ne reconnaissait que le Comité olympique allemand et les athlètes de la République démocratique allemande étaient obligés de concourir uniquement dans le cadre de l'équipe d'Allemagne unie, qui comprenait, outre la RDA et la RFA, des athlètes de Berlin-Ouest et de la Sarre. Cette situation perdure jusqu'en 1968, lorsque les athlètes de la RDA et de l'Allemagne de l'Ouest concourent pour la première fois en tant qu'équipes distinctes sous leur propre drapeau.

H20672-L204884276.jpg

En 1968 (Jeux olympiques de Mexico), le discours politique des athlètes aux Jeux olympiques le plus connu à ce jour concerne la lutte des Noirs américains pour leurs droits, prononcé par les athlètes américains Tommie Smith et John Carlos lors de la cérémonie de remise des prix.

Bien entendu, on ne peut passer sous silence un chapitre tragique de l'histoire du mouvement olympique, les jeux de Munich de 1972, au cours desquels des membres de l'équipe olympique israélienne ont été enlevés et assassinés par des terroristes palestiniens.

Le boycott des Jeux olympiques par les équipes nationales pour des raisons politiques remonte à 1956 :

    - 1956 : l'Espagne, la Suisse et les Pays-Bas n'ont pas envoyé leur délégation aux Jeux en Australie pour protester contre la répression par les troupes soviétiques du soulèvement hongrois. L'Égypte, l'Irak et le Liban ignorent à leur tour les Jeux en raison de la crise de Suez.
    - 1976 : 27 pays africains plus l'Irak et la Guyane se joignent à eux pour boycotter les Jeux olympiques de Montréal, en raison de la participation de représentants de la Nouvelle-Zélande accusés d'avoir des liens sportifs avec l'Afrique du Sud. Les représentants de la RPC, du Vietnam et de l'Albanie n'ont pas non plus participé aux Jeux.

1487682946186363.jpg

    - 1980 : Le boycott des Jeux olympiques de Moscou par un bloc de pays occidentaux, dirigé par les États-Unis, pour protester contre l'invasion soviétique de l'Afghanistan. Certains pays européens qui se sont joints au boycott (Grande-Bretagne, France, Italie et autres) ont néanmoins permis à leurs athlètes de participer aux Jeux de Moscou en représentant les comités olympiques de leurs pays. En outre, pour diverses raisons politiques, les Jeux olympiques de 1980 ont été ignorés par la Chine, l'Iran, Israël et le Chili. Au total, plus de 50 pays ont refusé de participer aux Jeux de Moscou.
     
    - 1984 : Boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par les pays socialistes menés par l'URSS. Seule la Roumanie (en tant qu'équipe du comité olympique du pays) a représenté les pays du bloc de l'Est aux Jeux olympiques de 1984. La raison officielle du boycott était le refus des organisateurs des Jeux olympiques de satisfaire la demande de garanties de sécurité pour les délégations de l'URSS et des autres pays du Pacte de Varsovie. Bien que le motif évident derrière les actions des dirigeants soviétiques était une "réaction symétrique" au boycott des Jeux olympiques de Moscou par les États-Unis et leurs satellites. Des représentants de la Libye, de l'Iran et de l'Albanie ont également boycotté les Jeux de Los Angeles (ces deux derniers pays ont boycotté les Jeux olympiques pour des raisons politiques tant en URSS qu'aux États-Unis). Pour la première fois, la République populaire de Chine était représentée aux Jeux olympiques d'été.
  

- 1988 : les Jeux de Séoul sont, comme prévu, boycottés par les représentants de la RPDC, ainsi que de Cuba, du Nicaragua, de l'Éthiopie et à nouveau de l'Albanie (pour la quatrième fois consécutive).

Note de la troisième partie:

Note 8 - Les Jeux olympiques d'Helsinki sont souvent décrits comme "les derniers vrais Jeux olympiques", lorsque le sport et l'esprit de compétition étaient encore primordiaux, les composantes médiatiques, commerciales et politiques restant à l'arrière-plan.

    L'alternative commerciale (années 1980-90)

Les boycotts généralisés des Jeux olympiques ont évidemment conduit à la recherche de formats alternatifs pour les événements sportifs internationaux.

En 1980, après la tentative ratée de perturber les Jeux olympiques de Moscou et l'échec d'un projet alternatif en Côte d'Ivoire, une compétition internationale de deux jours dans les principales épreuves du programme olympique d'athlétisme a été organisée à Philadelphie, qui n'était pas susceptible de présenter une alternative valable aux Jeux officiels.

Drujba_84.png

En 1984, les pays du bloc socialiste, menés par l'URSS, ont organisé une série de concours intitulée Druzhba-84. Contrairement aux Jeux olympiques, les compétitions ne se sont pas déroulées dans une seule ville ni même dans un seul pays (URSS, Bulgarie, Hongrie, RDA, RPDC, Cuba, Mongolie, Pologne et Tchécoslovaquie). Néanmoins, en termes de sports inclus dans le programme des événements, les jeux de Druzhba-84 étaient absolument comparables aux Jeux olympiques officiels, et en termes de résultats montrés par les athlètes, ils ont même surpassé les Jeux olympiques de Los Angeles.

En 1986, dans le contexte de la confrontation entre l'URSS et les États-Unis, qui empêchait les athlètes les plus forts des deux pays de s'affronter aux Jeux olympiques du CIO, le magnat américain des médias Ted Turner a eu l'initiative d'organiser une compétition à laquelle tous les athlètes les plus forts du monde, représentant à la fois l'URSS (et les pays du bloc socialiste) et les États-Unis (et ses satellites européens), pourraient participer simultanément.

Turner a décrit la situation et son rôle dans celle-ci comme suit : "Imaginez qu'il y ait deux boxeurs exceptionnels qui revendiquent un titre mondial, mais que leurs promoteurs se détestent et ne les laissent pas organiser un match. Je suis l'homme qui peut aider à organiser le match".

L'idée de Turner a trouvé un écho auprès des nouveaux dirigeants soviétiques et, à l'été 1986, Moscou a accueilli les premiers Jeux de la bonne volonté, auxquels ont participé des athlètes de premier plan du monde entier, bien que le programme soit plus court que celui des Jeux olympiques officiels.

"Les Jeux de la bonne volonté étaient à l'origine positionnés comme un événement commercial, mais tant les premiers jeux de Moscou que ceux qui ont suivi en 1990 à Seattle et en 1994 à Saint-Pétersbourg se sont soldés par des pertes de plusieurs millions pour Turner (note 9).

Bien que Turner se soit désintéressé de son projet après 1994, l'inertie a conduit aux Jeux de la bonne volonté de New York (1998) et de Brisbane (2001), à l'issue desquels le projet a cessé d'exister.

Note de la quatrième partie:

Note 9 - Selon des informations officielles non confirmées, Sergei Kuryokhin avait été initialement proposé comme réalisateur de la cérémonie d'ouverture des Jeux de la bonne volonté à Saint-Pétersbourg, mais le projet d'événement proposé par Kuryokhin n'a pas été accepté par les organisateurs russes des Jeux et la proposition a été retirée en raison de "contraintes budgétaires du côté russe". On ne peut que regretter qu'un projet d'une telle envergure n'ait jamais été réalisé. Au minimum, il aurait été intéressant de voir comment Kuryokhin aurait pu intégrer un discours du président russe Boris Eltsine et d'autres officiels dans l'événement.

    La réalité commerciale (des années 1990 à aujourd'hui)

Depuis les premiers Jeux olympiques de l'ère moderne, les organisateurs de l'événement ont strictement limité (ou plutôt découragé) la participation des athlètes professionnels aux Jeux.

Les concurrents des Jeux devaient répondre aux critères suivants

    - Ne pas concourir pour des prix en espèces et des enjeux ;
    - Ne pas être récompensé par de l'argent pour sa participation au concours ;
    - Ne pas être indemnisé pour un congé de compétition ;
    - Ne pas être un entraîneur professionnel.

Sur la base de ces exigences, non seulement les athlètes professionnels ont été exclus des Jeux olympiques, mais même certains sports comme le tennis ou le rugby ont été complètement exclus.

Ces critères n'ont pas été remis en question avant le début des années 1950. Elles n'ont pas non plus été soulevées par la suite, bien que le statut ambigu des athlètes de l'URSS et des pays socialistes, officiellement répertoriés comme entraîneurs sportifs, étudiants ou militaires, mais qui ne pratiquaient en fait que le sport d'élite, ait suscité des critiques de la part des représentants des pays occidentaux.

Avec l'augmentation de la commercialisation du sport dans les années 1980, les conflits liés au refus d'autoriser certains athlètes connus à participer aux jeux sont devenus de plus en plus fréquents. Par exemple, le célèbre skieur suédois Ingemar Stenmark s'est vu refuser l'accès aux Jeux d'hiver de 1984 au seul motif qu'il avait reçu l'argent des contrats publicitaires directement des annonceurs, et non de la Fédération suédoise de ski, comme l'exige le règlement.

Et bien qu'en 1980, le président du CIO, Michael Killanin, ait soutenu littéralement ce qui suit: le danger du professionnalisme du sport est qu'il transforme le sport en "show business". L'athlète perd sa liberté et devient un outil entre les mains d'un agent commercial qui détermine où il doit se produire et contre qui, en accordant une attention particulière aux revenus provenant de la vente de billets et de droits télévisés. Personnellement, je n'ai rien contre le sport professionnel. Mais si l'on admettait des professionnels aux Jeux olympiques, le mouvement olympique tomberait entre les mains de gestionnaires et d'imprésarios". Un tel rigorisme était de plus en plus en contradiction avec l'essence des Jeux olympiques modernes, qui s'éloignaient de plus en plus des principes formulés par le baron de Coubertin et se transformaient de plus en plus clairement d'un festival international du sport en "The Greatest Show on Earth".

En 1988, la décision finale a été prise d'admettre les athlètes professionnels aux Jeux olympiques, ouvrant ainsi la porte aux représentants des ligues étrangères (la NBA pour le basket-ball et la NHL pour le hockey sur glace) comme hégémonies de facto de leurs sports respectifs.

Il convient toutefois de mentionner qu'aujourd'hui encore, on trouve parmi les médaillés olympiques des athlètes pour qui le sport n'est pas l'activité principale, comme Anna Kiesenhöfer, docteur en mathématiques originaire d'Autriche, qui a remporté la médaille d'or olympique en cyclisme sur route à Tokyo.

dopage.jpg

La réalité du dopage (des années 1990 à aujourd'hui)

La "question du dopage" trouve son origine dans les Jeux olympiques de 1960. Elle a été déclenchée par la mort du cycliste danois Knud Jensen, survenue directement sur la piste olympique. Selon l'enquête, la consommation de stimulants forts est l'une des raisons de sa mort. Les conséquences de cet événement tragique ont été la création de la commission médicale du CIO (le précurseur de l'actuelle Association mondiale antidopage, l'AMA) et la pratique de contrôles réguliers des concurrents olympiques pour la consommation de médicaments, de stimulants et de substances narcotiques interdits.

Bien que, jusqu'au début du XXIe siècle, les Jeux olympiques n'aient pas connu d'incidents majeurs de dopage en grande quantité. La seule exception a été le cas de Ben Johnson, le vainqueur canadien et détenteur du record du monde du 100 mètres, qui a été disqualifié et s'est vu retirer sa médaille d'or lors des Jeux olympiques de Séoul.

Alors que les années précédentes, depuis la fin des années 60, un maximum de 3-4 incidents avec des substances interdites étaient enregistrés pendant les Jeux, depuis 2000 (c'est-à-dire depuis la création de l'Association mondiale antidopage - AMA) le nombre d'incidents se compte en dizaines. Et les principales victimes de l'AMA ont toujours été les représentants de la Russie et des autres anciennes républiques soviétiques.

La liste des pertes de médailles pour la Russie depuis 2002

    - Jeux d'hiver 2002 à Salt Lake City : 3 ors et 2 bronzes ;
    - Jeux d'été 2004 à Athènes : 1 or et 2 bronze ;
    - Jeux d'hiver 2006 à Turin : 1 argent ;
    - Jeux d'été de Pékin 2008 : 1 or, 6 argent et 7 bronze ;
    - Jeux d'été de Londres 2012 : 5 or, 8 argent et 2 bronze ;
    - Jeux d'hiver 2014 à Sotchi : 3 or et 1 argent ;
    - Jeux d'été de Rio de Janeiro 2016 : 1 argent ;
    - Jeux d'hiver de Pyeongchang 2018 : 1 bronze.

L'apothéose de la campagne "antidopage" contre les athlètes russes a été le procès initié par Grigory Rodchenkov, l'ancien chef du laboratoire antidopage de Moscou, qui a fui aux États-Unis en 2016. Selon le témoignage de Rodchenkov dans le rapport Richard McLaren, avant les Jeux d'été 2012 et les Jeux d'hiver 2014, Rodchenkov a lui-même supervisé le développement d'agents dopants à base de stéroïdes anabolisants utilisés par les athlètes russes, ainsi qu'une falsification massive des programmes de dopage. Au terme d'un processus qui a duré des années et qui a donné lieu à de nouvelles allégations de falsification des tests de dopage du côté russe, les athlètes russes se sont vu interdire pendant quatre ans de se produire sous le drapeau de l'État aux Jeux olympiques et aux championnats du monde.

Un autre résultat de l'"affaire Rodchenkov" a été l'adoption de la loi dite Rodchenkov Anti-Doping Act (RADA) par le Congrès américain en 2019, selon laquelle les autorités américaines peuvent poursuivre toute personne, même non citoyenne américaine, pour implication dans une conspiration de dopage. La loi s'applique aux manifestations admissibles à l'AMA auxquelles participent des athlètes américains. Les infractions sont passibles d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à 10 ans et d'une amende pouvant atteindre un million de dollars.

    Une nouvelle alternative ?

Une véritable alternative aux Jeux olympiques sous les auspices du CIO est-elle possible à l'heure actuelle ?

Pour répondre à cette question par oui ou par non, il faut répondre à la série de questions suivantes :

    - Qui participera à ces Jeux : professionnels ou amateurs ?
    - Quels sports seront représentés aux Jeux ?
        - L'ensemble traditionnel des sports adoptés aux Jeux olympiques par le CIO ?
        - Cybersport ?
        - Les sports de l'esprit ?
        - Les sports locaux qui sont traditionnels pour les différents pays et régions ?
   - Quels sont les pays qui participeront aux jeux ?
        - Ou bien la participation des athlètes aux jeux sera-t-elle organisée sur une base différente de celle de la représentation de leurs nations ?
    - Qui s'intéressera aux jeux du point de vue du spectateur ?
    - Qui sera intéressé par les jeux du point de vue des annonceurs ?  

Il convient de noter d'emblée que le nombre de compétitions alternatives au format des Jeux olympiques proprement dits, ou sans chevauchement avec celui-ci, est assez important.

Universiade-Napoli.png

Il existe des événements bien connus tels que les Jeux paralympiques (pour les athlètes handicapés) ou les Universiades (pour les étudiants athlètes). Festivals internationaux pour les sports "non-olympiques". Les compétitions régionales - Jeux asiatiques, africains et panaméricains ainsi que les Jeux du Commonwealth. Maccabiades - compétitions pour les athlètes juifs du monde entier. Les jeux "professionnels" hautement spécialisés - militaires, marins ou pompiers. Par ailleurs, il existe des compétitions de "nations non reconnues" auxquelles participent des athlètes représentant à la fois des pays et territoires non reconnus par le CIO et des mouvements luttant pour l'indépendance de certaines régions.

KAZAN-1631023064.jpg

Les Jeux de la CEI qui ont eu lieu à Kazan en septembre de cette année peuvent également être mentionnés parmi les jeux régionaux, mais force est de constater que ces jeux n'ont pas réussi à susciter un quelconque intérêt sportif ou médiatique.

Contrairement à 1984, lorsque l'Union soviétique a pu mobiliser ses alliés socialistes et organiser une compétition Druzhba '84 comparable aux Jeux olympiques de Los Angeles, la Russie n'est pas prête, à l'heure actuelle, à organiser et à mettre en œuvre de telles compétitions par elle-même. La raison en est qu'à l'heure actuelle, le statut de l'URSS en tant que l'une des deux principales puissances sportives du monde est hors de portée de la Russie. Au mieux, une compétition alternative sous l'égide de la Russie pourrait prendre la forme d'un "championnat ouvert de la CEI". Pour l'instant, on ne pourrait parler d'une véritable alternative aux Jeux olympiques que si la Chine - seul pays en termes de médailles remportées aux Jeux olympiques d'été - était l'initiateur et l'organisateur de tels jeux, prêt à défier les États-Unis ainsi que le CIO et l'AMA. Toutefois, la mesure dans laquelle la Chine, à la fois en tant que participant, en tant que plus grand consommateur de contenu médiatique et en tant que l'un des plus grands annonceurs (au total), est prête à lancer un tel projet est largement hypothétique.

Des compétitions mondiales dans des sports qui ne figurent pas et n'ont jamais figuré au programme des Jeux olympiques, ou des versions "reconstituées" de sports traditionnels (par exemple, le "punkration" du programme des Jeux olympiques de l'Antiquité) pourraient, d'une part, stimuler l'intérêt des gens du monde entier pour leurs racines civilisationnelles et, si possible, les rapprocher de l'esprit des anciens Jeux olympiques, mais on ne peut que spéculer sur la popularité de masse de telles compétitions à l'heure actuelle.

Une alternative curieuse, mais plutôt effrayante, aux Jeux olympiques traditionnels pourrait être des jeux exempts non seulement de contrôles antidopage (tous les stimulants possibles sont autorisés, et les athlètes les utilisent à leurs risques et périls), mais aussi de contrôles sur l'"humanité" des participants - utilisation d'implants de membres, à long terme - muscles artificiels, organes artificiels et intelligence artificielle (à l'extrême). Pour l'instant, il ne s'agit que d'un terrain de discussion pour divers concepts intelligents (ou moins intelligents), mais nous pouvons supposer avec un haut degré de probabilité que dans les prochaines décennies, certaines de ces idées pourront être réalisées dans le cadre des Olympiades officielles.

A_olympiades_math19_720x540.jpg

Selon les experts, les cyber-olympiades de sports informatiques (avec éventuellement l'intégration de "sports de l'esprit", par exemple les échecs) ne sont pas loin. Les tournois mondiaux de Counter Strike, StarCraft, DOTA rassemblent des dizaines de milliers de spectateurs dans l'espace réel et des millions de vues dans l'espace virtuel. La question de la reconnaissance de l'eSport par le CIO ou de la création d'une organisation mondiale distincte regroupant les organisations nationales d'eSport reste ouverte.

En résumant les brèves spéculations sur les perspectives des compétitions sportives de niveau mondial alternatives aux Jeux Olympiques sous l'égide du CIO, on peut seulement affirmer que dans les prochaines décennies :

    - La confrontation entre les athlètes américains et chinois aux Jeux olympiques va persister ;
    - Les athlètes russes, avec un soutien approprié de l'État, tant en termes de fourniture matérielle de sports professionnels que de sélection de personnel d'encadrement adéquat, pourront rester parmi les leaders du sport mondial (parmi les trois ou cinq premières puissances sportives) ;
    - La création d'une véritable alternative aux Jeux olympiques sous les auspices du CIO est irréaliste pour le moment, et un boycott indicatif des Jeux par la Russie a peu de chances d'aboutir à des résultats significatifs, que ce soit au niveau national ou international ;
    - La vulnérabilité du sport russe face aux attaques du CIO, de l'AMA, de la législation américaine et d'autres organismes qui pensent, à juste titre, que les attaques réussies contre le sport russe entraînent de réelles pertes d'image pour la Russie, dans le pays et à l'étranger, subsistera tant que la Russie sera en mesure de maintenir et de réaffirmer son statut de superpuissance, et tant qu'elle pourra consolider sa position dans le mouvement sportif mondial - une tâche de plus en plus problématique à l'heure actuelle ;
    - Dans les années à venir, la popularité mondiale des cybersports va croître rapidement, ce qui conduira à terme soit à l'inclusion de disciplines cybernétiques dans les Jeux olympiques classiques, soit à la création de "Cyber Olympiques".

 

14:12 Publié dans Actualité, Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sport, jeux olympiques, compétitions sportives | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Société contradictoire

depositphotos_60886939-stock-illustration-businessman-faces-left-or-right.jpg

Société contradictoire

par Georges FELTIN-TRACOL

Pour écouter: https://radiomz.org/vigie-dun-monde-en-ebullition-2-socie...

Amis de Radio Méridien Zéro,

L’actuel cirque covidien présente l’avantage de révéler les contradictions inhérentes à la société française et aux impasses qui en résultent. L’obligation du passeport sanitaire pour entrer au restaurant, dans les transports en commun sur de longues distances, au cinéma, au musée et dans les centres de loisirs avalise une ségrégation implicite entre les vaccinés et les non-vaccinés avec des cas personnels parfois absurdes pour les expatriés de retour en France traités par des vaccins chinois et russe non reconnus par les instances mafieuses dites pharmaceutiques occidentales. Or, au début de la crise sanitaire, le virus ignorait les frontières. En revanche, avec l’Ausweis vaccinal, il choisit les terrasses plutôt que les rames bondées du métro.

La hantise répétée des prescripteurs d’opinion reste néanmoins le refus officiel de la moindre différenciation. Or distinguer par le QR-code une personne vaccinée d’une autre qui ne l’est pas constitue une incontestable discrimination sérologique ou médicale. Ainsi, comme il existe de bons et de mauvais chasseurs ou de bons et de mauvais chanteurs de hard rock, il existerait sous nos cieux laïques, tolérants et bien-pensants d’horribles discriminations à combattre et d’autres, hautement citoyennes, à valoriser de manière bien sûr républicaine.

ad_34629806_1a5085fe740ffd51_web.jpg

Ainsi a-t-on vu du 1er décembre 2020 au printemps 2021 une campagne d’affichage financée par Santé publique France autour des malades du VIH qui propage le même message : « Aujourd’hui, avec les traitements, une personne séropositive peut vivre pleinement et en bonne santé sans transmettre le VIH. Vivre avec le VIH, c’est d’abord vivre. »

Décrivons rapidement chacune des cinq affiches. La première montre de dos une femme et un homme enlacés sur le toit d’une métropole au Soleil couchant. Outre le slogan principal, on lit aussi en gros caractères:  « Séropoétique ». La deuxième montre un couple hétérosexuel qui s’enlace dans une pièce et balance : « Séropolissons ». La troisième présente deux hommes heureux au lit. Leur comportement ne peut être que «Séropossessif ». La quatrième met en scène deux teufeurs des banlieues visiblement ravis de s’éclater, d’où le slogan : « Séropopulaire ». La cinquième, enfin, expose un couple africain et leur jeune fille, tous enthousiasmés, parce que « Séropopstars ». Remarquons qu’aucune de ces affiches n’applique les fameux gestes-barrières et le port du masque. Cette campagne officielle donne le vertige d’y voir un monde parallèle. Elle valorise la normalité des personnes atteintes du sida à l’heure où les non-vaccinés et les malades du covid mis en isolement avec en prime visite domiciliaire de la police sont accusés d’irresponsabilité pathologique.

concept-de-contradiction-avec-les-panneaux-routiers-image-du-166321214.jpg

La focalisation des autorités de santé sur le sida exprime toute l’importance qu’elles accordent aux comportements sexuels et à la toxicomanie, synonymes dans leur esprit pervers d’activités festives, ludiques et joyeuses. En effet, à part le cas des transfusés sanguins et des enfants contaminés dès leur naissance par leurs mères séropositives, les autres malades du sida sont, au contraire des patients du covid-19, victimes de leurs propres turpitudes.

C’est par ailleurs au nom de la lutte contre le sida que la mairie de Paris entend ouvrir de nouveaux centres de shoot avec le léger inconvénient d’exporter hors de la gare du Nord et du quartier de « Stalincrack » quelques désagréments dans les autres arrondissements. Un pognon de dingue est ainsi gaspillé pour aider des zombies irrécupérables.

On ne peut en outre que se scandaliser du double discours officiel. Se vacciner serait un acte civique. Pourquoi alors ne pas étendre le « pass sanitaire » aux sidéens d’autant qu’il n’existe aucun vaccin ? On oublie que dans les années 1990 – 2000, la communauté gay se déchirait à propos du barebacking. Ce terme désigne des rapports sexuels volontairement sans préservatif. Des écrivains tels Érik Rémès ou le défunt Guillaume Dustan se vantent dans leurs écrits de pratiquer dans les backrooms cette conduite dangereuse. Afin de ne pas éveiller les soupçons, certains barebackers n’hésitent pas à percer leurs capotes au préalable.

d98ed476-a141-463c-9ca2-c27358e0e128_2.jpg

Magnifié par un cinéma hexagonal déjà à bout de souffle, le film de Cyril Collard, Les nuits fauves sorti en 1992, reçoit en mars 1993 les Césars du meilleur film, de la meilleure première œuvre, du meilleur espoir féminin et du meilleur montage, trois jours après le décès de son réalisateur – scénariste touché par le sida. Ce film autobiographique raconte la vie vers 1986 de Jean, interprété par Cyril Collard lui-même, bisexuel assumé, qui a une relation avec Laura jouée par Romane Bohringer. Cette dernière peut-elle par amour se faire contaminer ? On frise ici l’interrogation métaphysique.

À la même époque, Act Up - Paris mène des actions médiatiques violentes. Ses militants balancent du liquide rouge, symbole du sang, sur des personnalités publiques. Ils envahissent l’accueil des entreprises pharmaceutiques au cri de « Des molécules pour qu’on s’encule ! » Jamais les gouvernements successifs n’ont osé dissoudre ce groupe perturbateur de l’ordre public. Quelques années auparavant, quand Jean-Marie Le Pen suggéra lors de « L’Heure de vérité », l’émission politique-phare d’Antenne 2, d’isoler ce qu’il nommait les « sidaïques », médecins, experts et journalistes s’élevèrent contre ses propos. De nos jours, des politiciens avancent des mesures semblables à propos du coronavirus. Rappelons que l’acquisition du sida provient à 99 % d’actes lubriques ou toxicomaniques.

aup.png

Dans Libération du 16 août 2021, la rubrique éphémère « Sexe, l’été sera chaud » s’intéresse à un certain Florent Benoît. Le journaliste Matthieu Écoiffier raconte que ce « modèle, aquarelliste et égérie de la communauté gay » est pris – je cite - « pour un vieux con car il ne prend pas de drogue, hormis de la bière. Et qu’il est le dernier à utiliser des capotes quand tous ses potes sont sous Prep, le traitement préventif anti-VIH ». Les potes en question paient-ils cette médication de leur poche ou bien est-ce la collectivité nationale qui régale ? Mais on accuse les tests PCR et antigéniques de creuser le déficit de la Sécurité sociale… De même, œuvrant à la Fondation Jean-Jaurès, proche du PS, Chloé Morin fustige « ces “ héros ” [qui] ne défendent rien d’autre, au fond, qu’un nouveau droit, celui de mettre en danger, voire potentiellement de tuer, au nom de leur bon plaisir ». Qu’on se rassure ! Chloé Morin ne vise pas ici les minets du Marais. Sa chronique, intitulée « Démocratie et antipasse » parue dans L’Express du 19 août 2021, dénonce les manifestants anti-pass. Il est si facile de critiquer le covidoscepticisme ! 

Qu’attend donc Santé publique France pour affronter la « covidophobie » ambiante ? Ne peut-on pas être en 2021 « covidopopstars », « covidopopulaire », « covidopossessifs », « covidopolissons » ou bien « covidopoétique » ? Pourquoi n’y lirait-on pas : « Aujourd’hui, avec les traitements comme l’hydroxychloroquine, une personne positive à la covid-19 peut vivre pleinement et en bonne santé. Vivre avec la covid-19, c’est d’abord vivre » ? À croire que l’épidémie coronavirale ne serait qu’un sordide prétexte pour mieux mâter les peuples... 

Salutations flibustières !

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 2, mise en ligne sur Radio Méridien Zéro le 21 septembre 2021.

jeudi, 23 septembre 2021

La dissociété, morcellement de la société (Marcel de Corte)

marceldecorte.jpg

La dissociété, morcellement de la société (Marcel de Corte)

Dans cette vidéo, nous nous pencherons sur les réflexions de Marcel de Corte, philosophe belge aristotélicien, sur la dissolution de la société moderne. Dans son ouvrage, « De la dissociété », Marcel de Corte montre les bases naturelles sur lesquelles repose toute société saine et harmonieuse, en se référant notamment aux travaux de Georges Dumézil. Ensuite, à travers une lecture critique de l’histoire de la société européenne, il nous livre certaines pensées intéressantes sur l’individualisme moderne dont l’origine remonterait à la sécularisation du christianisme.
 
 
Pour me suivre sur les réseaux sociaux :
- Mon canal Telegram : https://t.me/EgononOfficiel
- Mon compte Twitter : https://twitter.com/egonon3
- Mon compte Instagram : https://www.instagram.com/ego.non
 
703865_medium.jpgPour me soutenir sur tipeee : https://fr.tipeee.com/ego-non
 
Pour se procurer les livres de Marcel de Corte (« de la dissociété » semble en rupture de stock) :
- L’intelligence en péril de mort : http://www.chire.fr/A-172541-l-intell...
- Ses livres sur les quatre vertus cardinales : http://www.editionsdmm.com/Recherche-...
 
Musique :
Bach : Violin Concerto No.1 in a minor BWV1041-Deutsche Kammerphil. Bremen
Bach : Goldberg Variations, BWV 988, for String Trio, arr. Sitkovetsky;
Camerata Pacifica Alessandro Marcello : Concerto en ré mineur – Adagio (transcrit par Bach)
Bach : Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, BWV 12 (Rifkin)
 

Bibliothèque_Marcel_de_Corte_La_[...]De_Corte_bpt6k3367280v.JPEG

9782915988932.jpg

17:10 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marcel de corte, philosophie, ego non | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

La cancel culture et la délégitimation de la mémoire : le "délire suicidaire" de l'Occident

FACE_Columbus_elmwood_PHOTO_GoLocal_Oct_2019.png

La cancel culture et la délégitimation de la mémoire: le "délire suicidaire" de l'Occident

par Giulio Battioni

Ex: https://www.lavocedelpatriota.it/cancel-culture-e-delegittimazione-della-memoria-il-delirio-suicida-delloccidente/

Les péripéties de la "cancel culture" abondent dans l'actualité. Les déclarations publiques et les manifestations sociales, souvent violentes et parfois grotesques, dominent la scène politique contemporaine dans le nouveau monde, en Europe et outre-mer. De la démolition des statues de Christophe Colomb et de Churchill à l'incrimination des œuvres de Shakespeare, Dante et Homère, des accusations contre la musique de Mozart aux inquisitions linguistiques et symboliques frappant les contes de fées, les poèmes et les œuvres d'art de toutes les époques. Un "délire suicidaire", comme l'a défini Ernesto Galli della Loggia, qui démolit l'image que l'Occident a de lui-même, délégitime sa mémoire et paralyse son action culturelle.

imccages.jpgPour les politologues, la cancel culture est un phénomène typique de la modernité tardive, une théorie élaborée par une "culture dominante" qui change de contenu en fonction du contexte social: dans les sociétés pauvres, elle tend à coïncider avec une culture conservatrice en matière de morale et de religion, encline aux valeurs nationales; dans les sociétés riches, comme le monde postindustriel, elle tend à prendre la forme d'une culture progressiste, libérale et "fluide", favorable aux idéologies de genre, au "mariage entre personnes de même sexe" et au mouvement LGBTQ, enclin à un multiculturalisme inconditionnel.

En bref, elle peut être définie comme une stratégie politique adoptée par des militants exerçant une pression sociale pour parvenir à l'exclusion culturelle d'un ennemi public accusé de paroles ou d'actes pas nécessairement accomplis et donc, à ce titre, stigmatisé et criminalisé.

Aujourd'hui, cette méthode de censure et de discrimination a pris les connotations du politiquement correct, un néo-langage de propagande qui conditionne le débat intellectuel et sa liberté d'expression.

Il s'agit d'une police de la pensée qui évoque toutes les formes de contrôle totalitaire des idées du vingtième siècle, de l'autodafé des livres dans l'Allemagne nazie à la persécution sanglante des dissidents par les communistes, de Lénine à Mao.

Les origines de ce "procès du passé" se trouvent dans la tradition française de la "terreur jacobine" et de la fureur iconoclaste de 68.

Selon Marc Fumaroli, c'est la "folie de 1968" qui a associé le nihilisme et l'anarchisme juvénile aux vagues successives du léninisme, du trotskisme et du maoïsme littéraires, en y ajoutant Freud revu et corrigé par Lacan, la déconstruction de Derrida et la théorie postmoderne de Lyotard.

arton5253.jpg

Le jacobinisme intellectuel parisien a ensuite été porté en triomphe sur les campus universitaires américains, dans un curieux aller-retour de ce côté-ci de l'Atlantique, avec les contradictions connexes de la démocratie américaine.

La culture "woke", après tout, le nouveau mot d'ordre du conformisme libéral, ne serait rien d'autre que l'appel aux armes des vieilles élites culturelles occidentales contre leur propre passé.

Sous le prétexte humanitaire de l'égalité et de la justice sociale, les nouvelles "oligarchies de la vertu" surveillent le politiquement correct de la pensée, incitant les masses à la violence contre les mots, les œuvres d'art, les monuments et les symboles de tous les temps. Le "rester éveillé" (Stay woke !) est la nouvelle haine déguisée par la démagogie de la lutte contre les discriminations raciales, coloniales et de genre, réelles ou supposées.

11348271_0.jpg

Les apologistes de cette éternelle épreuve du passé, naturaliter occidentaux, méditerranéens, européens et américains, prêchent l'odium sui (la haine de sa propre culture) et la libération définitive des constructions de la civilisation bourgeoise, tout en oubliant ses avantages moraux et matériels.

Les enfants et petits-enfants des maîtres à penser de la contestation se revendiquent tiers-mondistes et anticapitalistes, accusant les pays riches d'exploiter les pays pauvres, tout en omettant les conquêtes morales et juridiques du vieux monde: liberté, droits de l'homme, égalité entre hommes et femmes, travail, démocratie.

En bref, la cancel culture est la nouvelle frontière du politiquement correct. Héritière de la guillotine révolutionnaire, elle constitue une nouvelle forme de censure, de plus en plus grave, qui ne provient pas d'une culture réactionnaire ou conservatrice, mais de la gauche radicale, libertaire et néo-communiste, et des mouvements de libération des "minorités opprimées". Ce n'est certainement pas le vieux moralisme victorien, ni le maccarthysme de la guerre froide, mais un nouveau mouvement né dans les bons salons de la culture et qui s'est ensuite répandu dans les rues américaines, avec Me Too et Black Lives Matter.

1 co4lJtVQK756VBMw4y8NRA.jpeg

Les effaceurs du passé ne se limitent plus à critiquer les opinions jugées non conformes aux totems et aux tabous de l'idéologie progressiste, mais visent directement l'élimination des œuvres et l'exclusion morale, sociale et civile de leurs auteurs. Les artistes, les journalistes, les écrivains, les professeurs, les scientifiques et les philosophes sont licenciés du jour au lendemain et condamnés à l'éloignement collectif.

Dans le même temps, le panthéon de notre culture est sacrifié à un esprit du temps, un bacchetton sanguinaire, hostile à toute impureté d'un passé dont on célèbre l'embrasement collectif. Et dans l'enfer des gommes s'achève toute la tradition classique, de la littérature à la musique en passant par les arts figuratifs.

index.jpg

Si les Talibans et les islamistes de tout poil ont démoli les Bouddhas de Bamiyan et les trésors archéologiques de Palmyre, les nouveaux mauvais maîtres démolissent symboles et monuments au nom du Bien et du Progrès: Christophe Colomb n'est plus le grand navigateur qui a découvert le nouveau monde, mais le père de l'extermination des indigènes; Abraham Lincoln n'est plus le "grand émancipateur" de la guerre de sécession américaine, mais un suprémaciste blanc, coupable d'avoir réservé certaines épithètes aux Afro-Américains, un enfant de son temps; même Forrest Gump, un héros toujours prêt à défendre les handicapés, les malades et les vétérans de guerre, a été accusé de connivence avec le Ku Klux Klan.

En bref, la nouvelle censure frise le ridicule, surtout à l'étranger. Mais même en Europe, nous ne devons pas baisser la garde, étant donné le zèle négationniste qui a récemment frappé les Foibe, les fosses où les partisans titistes jetaient les cadavres des ressortissants la minorité italienne d'Istrie et de Dalmatie qu'ils avaient massacrés, et, partant, la mémoire historique de tous les Italiens.

Le procès du passé, avec la décontextualisation des actions, des comportements et des langages d'une période historique spécifique, conduit à une damnatio memoriae qui délégitime la culture et génère le désarroi des nouvelles générations. "Détruire les statues ne transformera pas le passé, cela le rendra moins compréhensible", a déclaré Abnousse Shalmani, un écrivain iranien en exil en Occident.

Effacer le passé, c'est mettre en danger l'avenir et la relation profonde que chaque culture entretient avec le temps. Si l'univers des valeurs de toute civilisation s'enracine dans le temps, l'effacement de la culture est une menace pour la culture qui vit et se nourrit de la mémoire. La haine du passé des nouveaux Goebbels du politiquement correct est à l'origine de l'incommunicabilité de notre époque et condamne l'Occident à son extinction. Restez éveillés !

Les conséquences de l'accord AUKUS

aukus-copie.jpg

Les conséquences de l'accord AUKUS

Ex: http://aurorasito.altervista.org/?p=19902 & Moon of Alabama

L'accord AUKUS a permis à l'Australie d'annuler sa commande de sous-marins diesel à la France en acceptant l'offre américaine et britannique d'acquérir des sous-marins nucléaires. Il n'est pas du tout certain que l'Australie trouvera l'argent nécessaire pour payer des sous-marins nucléaires. Ils sont de 50 à 100 % plus chers que les produits conventionnels. L'Australie veut également s'assurer qu'au moins 60% du prix est réinjecté dans la production australienne. Mais il n'y a pas d'entreprises en Australie ayant une expertise dans la technologie nucléaire. Il est également peu probable que les États-Unis ou le Royaume-Uni laissent l'Australie acquérir une telle capacité. Il y a également peu de chances que l'un des nouveaux navires soit prêt avant 2040. D'ici là, il est probable que Taïwan sera sous le contrôle de Pékin et que la primauté navale de la Chine en mer de Chine méridionale n'aura fait que croître.

On peut donc s'interroger sur le calendrier et sur la finalité de cet accord jusqu'à présent. C'est peut-être parce que le plan réel est différent: "Le gouvernement Morrison envisage de louer à court terme des sous-marins à propulsion nucléaire au Royaume-Uni ou aux États-Unis, mais la Coalition insiste sur le fait que les armes nucléaires ne resteront pas en Australie. Le ministre des finances, Simon Birmingham, et le ministre de la défense, Peter Dutton, ont confirmé que la location des sous-marins des alliés AUKUS pourrait être une solution tampon jusqu'à ce que l'Australie en prenne livraison, potentiellement dans les années 2040. "La réponse courte est oui", avait répondu Dutton lorsqu'il avait été interrogé à ce sujet. M. Birmingham a déclaré que les accords de location n'augmenteraient pas nécessairement "le nombre de sous-marins et la capacité des nations partenaires", mais qu'ils contribueraient à la formation et au partage d'informations. "Cela pourrait nous donner l'occasion de former nos marins, de leur fournir les compétences et les connaissances nécessaires à notre fonctionnement', avait-il déclaré. Il nous aiderait à fournir les plates-formes nécessaires pour moderniser l'infrastructure de Perth, qui est nécessaire pour ces sous-marins. Je m'attends à voir... des accords de location ou des opérations conjointes accrues entre nos marines à l'avenir qui verront nos marins travailler en étroite collaboration et, en fait, potentiellement sur des navires britanniques et américains pour obtenir ces compétences, cette formation et ces connaissances."

Perth sera alors construit sur une base compatible avec le probable stationnement permanent de sous-marins nucléaires américains. Ils portent des armes nucléaires. Les bateaux "loués", ou du moins leur système de propulsion, continueraient bien entendu à être pilotés par des équipages américains ou britanniques. Les Australiens ont déjà des problèmes pour maintenir les équipages de leurs sous-marins. Les quelques équipages qui seront disponibles pour les bateaux "loués" ne seront pas suffisants pour les gérer.

Les Australiens paieraient grassement le privilège d'être invités à bord de sous-marins sans doute commandés par les États-Unis. Le gouvernement australien prévoit également d'acheter aux États-Unis des missiles à longue portée très coûteux. Cela permettra d'intégrer davantage leurs forces dans les plans américains de guerre contre la Chine.

imageASMs.jpg

Comme nous l'avons écrit dans un article précédent: "Il s'agit d'une victoire énorme mais à court terme pour les États-Unis, avec un prix ridicule pour la Grande-Bretagne également, et une perte stratégique de souveraineté et de contrôle budgétaire pour l'Australie. La perte de souveraineté australienne, si du moins une telle souveraineté existe, est évidente. Ses nouveaux plans, comme les précédentes mesures anti-chinoises, auront également de mauvaises conséquences économiques. Les négociations en vue d'un accord de libre-échange avec l'UE vont désormais être interrompues: "L'un de nos États membres a été traité de manière inacceptable, nous voulons donc savoir ce qui s'est passé et pourquoi", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ajoutant que la situation doit être clarifiée "avant de continuer à faire comme si de rien n'était"...

L'Union européenne était le troisième partenaire commercial de l'Australie en 2020, selon la Commission européenne. Le commerce de biens entre les deux s'est élevé à 36 milliards d'euros (42 milliards de dollars) cette année-là, tandis que le commerce de services s'est élevé à 26 milliards d'euros (30 milliards de dollars) en 2019... La menace d'un accord commercial avec l'UE est intervenue à un moment où l'Australie tente de développer de nouveaux marchés d'exportation après que les relations avec la Chine, jusqu'ici son principal partenaire commercial, se soient récemment envenimées. Le charbon, le vin, l'orge et le bœuf australiens ont déjà été affectés par les tensions commerciales avec la Chine et, selon les experts, les accords AUKUS ont encore aggravé l'antagonisme de Pékin".

La Chine reste le premier partenaire commercial de l'Australie. Le principal produit d'exportation de l'Australie est le minerai de fer. Mais même ce commerce est aujourd'hui en grande difficulté: "Le prix du minerai de fer, principal produit d'exportation de l'Australie, a continué à chuter alors que le principal client de la Chine a décidé de réduire sa production d'acier et ses émissions de carbone pour le troisième mois consécutif. Après avoir atteint un record de 230 dollars la tonne en mai, le matériau clé de la fabrication de l'acier a vu son prix divisé par deux et se négocie désormais à moins de 110 dollars la tonne, ce qui a fait chuter le cours des actions des poids lourds de l'industrie minière cotés à l'ASX: BHP, Rio Tinto et Fortescue".

D'autres raisons expliquent la baisse des besoins de la Chine en minerai de fer, et donc de son prix. L'effondrement imminent du groupe immobilier chinois Evergrande va marquer une pause dans le boom de la construction en Chine. La Chine recycle de plus en plus d'acier provenant d'anciennes infrastructures et a donc besoin de moins de minerai de fer brut, même si elle continue à construire de nouvelles usines. Le minerai de fer dont la Chine a encore besoin proviendra bientôt d'Afrique: "Le principal objectif de la diversification de la Chine est la Guinée. Un pays pauvre mais riche en minéraux en Afrique de l'Ouest. Une chaîne de collines de 110 km de long, appelée Simandou, contiendrait la plus grande réserve au monde de minerai de fer de haute qualité non encore exploité..... Le projet de développement de Simandou a été divisé en quatre blocs. La Chine a une participation directe ou indirecte dans chacun d'entre eux. La zone contient environ 2,4 milliards de tonnes de minerai classé à plus de 65,5 %. "L'extraction des réserves de minerai de fer de Simandou transformerait le marché mondial et catapulterait la Guinée au rang de centrale d'exportation de minerai de fer avec l'Australie et le Brésil", avait déclaré Lauren Johnston, chercheur associé à l'Institut de Chine de la SOAS à l'Université de Londres. Si la Chine débloque les réserves de Simandou et fait baisser les prix internationaux du minerai de fer, "vous verrez les marchés sélectifs des matières premières de plus en plus déterminés par la dynamique des pays en développement", a déclaré M. Johnston. Il serait plus facile pour la Chine de naviguer dans ces eaux que de devoir faire des affaires avec l'Australie, membre du Quadrilatère. (Le récent coup d'État en Guinée ne devrait pas modifier ces plans).

indsimandouex.jpg

Les mines de fer de Simandou

Le boom minier australien, alimenté par l'essor de la Chine, touche à sa fin. Le pays devra réduire son budget et chercher un nouveau modèle économique. Mais pourquoi parler d'une "victoire énorme mais à court terme" pour les États-Unis ?

C'est une victoire dans la mesure où les États-Unis ont acquis une base de sous-marins en Australie et seront payés pour l'utiliser. Cela semble bien une victoire si l'intention est de mener une guerre froide contre la Chine. Il est douteux qu'il s'agisse d'une stratégie nécessaire et il est tout aussi douteux qu'elle réussisse. Les fabricants d'armes vont évidemment adorer. Mais ce n'est qu'une victoire à court terme dans le sens où les États-Unis vont perdre de nombreux partenaires actuels et potentiels. Elle a relégué les partenaires de la QUAD, l'Inde et le Japon, au second plan et a renforcé les soupçons de l'Indonésie, de la Malaisie et même de Singapour quant à l'éventualité de plans malveillants à leur encontre: "En particulier, l'Indonésie et la Malaisie s'opposeraient fermement au projet de l'Australie d'acquérir sa flotte de sous-marins à propulsion nucléaire avec l'aide des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Même Singapour, l'allié le plus fiable de l'Australie dans la région, a exprimé son inquiétude... Si rien d'autre n'a été fait, la décision de sceller les accords AUKS a renforcé la perception largement répandue selon laquelle le mantra de l'Australie selon lequel elle fait "partie de la région" n'est en fait qu'un "discours creux". L'Australie a fermement signalé son intention de donner la priorité aux alliés anglo-saxons que sont les États-Unis et la Grande-Bretagne".

Un ancien ambassadeur britannique en France prédit des problèmes pour l'OTAN: "Peter Ricketts a déclaré que la décision de Canberra d'abandonner son contrat avec Paris pour des sous-marins diesel en faveur des sous-marins nucléaires de Washington creuserait un fossé entre les alliés et affaiblirait l'alliance transatlantique". Je pense qu'une telle démarche sape certainement la confiance des Français dans l'OTAN et les alliés de l'OTAN, et renforce donc le sentiment qu'ils doivent dicter l'autonomie stratégique européenne", a-t-il déclaré. "Je pense que cela ne peut que nuire à l'OTAN, car l'OTAN repose sur la confiance. Les travaux de réparation doivent commencer de toute urgence". 

En marge de l'Assemblée générale des Nations unies, les ministres des affaires étrangères de l'UE discuteront du nouveau pacte de défense signé entre les États-Unis, l'Australie et la Grande-Bretagne... M. Ricketts, représentant permanent auprès de l'OTAN en 2003-2006, a déclaré que la France verrait dans ce conflit un "tournant" dans les relations avec les États-Unis et la Grande-Bretagne. "Il y a un sentiment accru à Paris que les Nord-Américains tournent de plus en plus le dos à leurs alliés européens en matière de sécurité et se concentrent sur leur contentieux avec la Chine", a-t-il ajouté. La France, l'Allemagne et d'autres pays européens veulent être les partenaires économiques de la Chine. Ils considèrent les tentatives américaines de lancer une nouvelle guerre froide comme une diversion inutile par rapport à d'autres problèmes. Il sera de plus en plus difficile pour les États-Unis de faire en sorte que les Européens "s'alignent" sur leurs plans. Dans l'ensemble, les États-Unis ont gagné un point d'appui et un partenaire mineur dans leur tentative désespérée de soumettre la Chine, quatre fois plus grande, mais ils ont perdu la confiance et le soutien du reste du monde. Il s'agit d'une erreur stratégique aux conséquences à long terme.

Traduction par Alessandro Lattanzio

Natalis Augusti: fête romaine de la naissance de l'Empereur Auguste

Augusto.jpg

Natalis Augusti (23 septembre)

Ex: https://www.romanoimpero.com/2017/09/23-settembre-natalis-augusti.html

La coutume de célébrer dans les familles le "dies natalis" du père ou d'autres membres est attestée depuis le 3e siècle avant J.-C., mais elle est bien plus ancienne. A Rome, on célébrait le dies natalis de certains temples, le natalis Urbis coïncidant avec le Palilie et, sous l'empire, celui des empereurs déifiés. Auguste a été célébré dans la vie et dans la mort.

"Depuis l'époque lointaine où un éclair était tombé sur une partie des murs de Vélitrae, on avait prophétisé qu'un jour un citoyen de cette ville s'emparerait du pouvoir; aussi les habitants de Vélitrae, confiants dans cette promesse, ont-ils alors et par la suite souvent combattu le peuple romain, presque jusqu'à leur ruine. Beaucoup plus tard, il est devenu évident que le prodige avait voulu faire référence au pouvoir d'Auguste".
(Gaius Suetonius Tranquillus, Vita divi Augusti, v.II.)

"Lorsque Caius Laetorius, jeune homme d'une famille patricienne, en se défendant devant les sénateurs pour obtenir une sentence plus légère, sur son prétendu adultère, outre sa jeunesse et les qualités qu'il possédait, se déclara gardien du sol que le divin Auguste avait touché le premier en venant au monde, le Sénat lui pardonna en adoptant une loi pour la consécration de la partie de sa maison où Auguste était né".

En 18 avant J.-C., Octave a été proclamé Auguste, donc vénérable et sacré, par le Sénat, qui a donc déclaré tout le mois d'août Feriae Augusti, les vacances augustéennes, car cela comprenait de nombreuses fêtes religieuses. Le terme Auguste dérive du nom de la grande mère syrienne Atargatis, appelée "l'Auguste", c'est-à-dire la plus grande, la plus sacrée, la déesse à la couronne en forme de tour debout sur deux lions.

C'est pourquoi Auguste a célébré de son vivant
- son dies natalis
- son acclamation comme imperator
- tout le mois d'auguste (août)
- le jour de la dédicace de son temple d'Auguste et de Rome

natalis-augusti1.jpg

VASE PORTLAND

Le vase daterait de l'époque augustéenne (31 av. J.-C. - 14 ap. J.-C.) ou au moins du 1er siècle av. J.-C. d'après le style des représentations, qui sont plus proches du style Pompéien II. Les similitudes avec la gemme augustéenne suggèrent une datation à la période augustéenne, avant la mort d'Auguste (30 - 10 av. J.-C.). Les dimensions sont de 24 x 7,7 cm (hauteur x diamètre).

Les figures sont faites d'un verre bleu cobalt qui représenterait les noces mystiques de Pélée et Thétis, mais E. Simon et d'autres soutiennent qu'elle représente l'union entre Atia Major et Apollon (l'attribution de la conception d'Octave au Dieu faisait partie de la propagande de Jules César), représentant la première rencontre entre les deux.

De plus, la diffusion de cette histoire à Rome a eu lieu, nous ne savons pas si Auguste l'a voulu ou non, mais il ne l'a certainement pas empêchée. Ce n'est pas un hasard si Gaius Sosius a dédié à Auguste un temple à Apollon dans le Circus Flaminius.

Atia_Balba_Caesonia.jpg

Cette face du vase représenterait donc la naissance d'Octave et l'âge d'or qu'il inaugure, montrant l'union d'Atia et d'Apollon avec Octave à gauche et Neptune, divinité tutélaire de la victoire d'Actium. Apollon était le dieu préféré d'Octave, et il était aussi beau qu'Apollon. Le serpent dans le ventre d'Atia souligne son aspect de Terre-Mère.

L'ADORATION DE L'EMPEREUR

Lorsqu'Octave fut proclamé Auguste, après avoir refusé le titre de Romulus en 27 av. J.-C., plusieurs villes orientales voulurent lui consacrer un culte (Augusta était un titre d'origine orientale dédié à la Grande Mère, mais le culte de l'empereur vivant n'était pas apprécié à Rome, aussi Auguste prescrivit-il que son culte devait être associé à celui de la déesse Rome et ne pouvait être pratiqué que par les orientaux. Néanmoins, son culte a souvent été distingué de celui de Rome.

natalis-augusti2.jpg

Il y a d'abord le culte de l'empereur Génie: il s'agit du souverain vivant, sans contrevenir aux principes de la religion romaine qui, contrairement à l'Orient, ne conçoit pas le concept d'homme-dieu. Au lieu de cela, il a conçu l'existence de génies personnels et impersonnels. Le Génie personnel s'inspire quelque peu du grec Daimon et de l'étrusque Lasa, dont la religion catholique dériverait l'ange gardien, ailé comme un Lasa mais asexué.

DP121999.jpg

A Rome, le début du culte de l'empereur se fait avec l'introduction du genius Augusti, sa divinité tutélaire. Après sa mort, cependant, Auguste fut également proclamé divus par un acte public du Sénat romain (la deificatio), et c'est ainsi que des temples avec leurs propres collèges sacerdotaux furent créés, avec des fêtes dédiées au dies natalis.

Devenir une divinité ne signifiait pas devenir Dieu, mais participer à un monde intermédiaire où les héros et les excellents empereurs étaient déifiés par une cérémonie complexe qui, même s'ils n'étaient pas des dieux, les rendait immortels.

Les empereurs successifs avaient donc d'une part le culte de l'empereur vivant, acte dû par tous les citoyens de l'Empire, et d'autre part le culte personnel des souverains reconnus comme "divins" après la mort. C'est précisément l'opposition des chrétiens au culte impérial qui a été l'une des causes de la persécution de la nouvelle religion à partir du premier siècle, car sinon ils pouvaient adorer autant de dieux qu'ils le souhaitaient.

Malgré l'émergence de la religion chrétienne, la pratique de la déification de l'empereur est restée longtemps en usage, à tel point qu'elle était encore appliquée dans le cas de Constantin Ier lui-même, qui fut toutefois élevé par le nouveau culte chrétien au rang d'Isapôtre, c'est-à-dire "égal aux apôtres", afin de perpétuer la fonction religieuse de l'empereur.

Constantin.jpg

Auguste, qui fut l'un des empereurs les plus aimés, mais aussi regrettés par le peuple romain, qui ne l'a pas oublié même après des siècles, a donc été célébré le jour de sa naissance, le jour où il a pris le titre d'imperator, et le jour de sa déification. En outre, les temples d'Auguste étaient célébrés le jour où le bâtiment était dédié par des prêtres dans un rite sacré.

Le Dies Natalis de l'empereur Auguste est donc devenu un jour très propice, et étant très proche, sinon identique, au Dies Natalis de Romulus, les deux fêtes ont fini par fusionner. La fête s'est déroulée en plusieurs étapes. Habituellement, on se rendait au temple dédié à Auguste et les prêtres, sur ordre et paiement du sénat, y apportaient un éloge de l'empereur inscrit sur une tablette qui pouvait être en ivoire, en argent ou même en or.

istra_culture_309_101856.jpg

Temple d'Auguste à Pula (Istrie)

Photos de Robert Steuckers: http://robertsteuckers.blogspot.com/2015/03/temple-dauguste-polapula.html

Ensuite, les sénateurs ou les personnes influentes ont fait don d'une statue de l'empereur et de plaques destinées à être placées comme ornements dans la ville. Suivaient des processions pour demander aux dieux une longue vie pour l'empereur, puis des jeux publics, et enfin des banquets publics, généralement près des temples, où l'on offrait des brioches et du vin.

Cela s'est poursuivi jusqu'à ce qu'il faille allumer les torches, après quoi les gens sont rentrés chez eux. Pendant la fête, il y avait bien sûr des étals avec des souvenirs de l'empereur sur des médailles, des plaques d'ivoire ou de bronze, ce qui était aussi une façon de se faire de la publicité. Bien entendu, des pièces de monnaie à l'effigie d'Auguste ont été imprimées pour l'occasion, afin que chacun puisse les toucher.


BIBLIOGRAPHIE:

- Mario Attilio Levi - Auguste et son temps - Ed. Rusconi - Milan - 1994.
- Giovanni Pugliese Carratelli - Imperator Caesar Augustus - Index rerum a se gestarum - avec introduction et notes - Naples - 1947 -.
- Arnaldo Marcone - Auguste - Salerne - 2015 -
- Luciano Canfora - Auguste fils de Dieu - Bari - Laterza - 2015 -
- Alison E.Cooley - Res Gestae divi Augusti, édition avec introduction, traduction et commentaire -Cambridge University Press - Cambridge - 2009 -.

mercredi, 22 septembre 2021

L'automne : la mort annuelle de la nature et le réveil des forces intérieures

8560677-mooie-herfst-herfst-bos-scã¨ne-met-levendige-kleuren-en-uitstekende-details.jpg

L'automne : la mort annuelle de la nature et le réveil des forces intérieures

par la rédaction d'Azione Tradizionale

Ex: https://www.azionetradizionale.com/2021/09/20/autunno-la-morte-annuale-della-natura-e-il-risveglio-delle-forze-interiori-2/

L'automne arrive et la nature se teinte de jaune et de couleurs sombres. La période des fruits secs et, pour de nombreux animaux, de l'hibernation commence. La période des semailles en agriculture commence, une période où l'on se referme sur soi pour se mettre en ordre, se rectifier et pouvoir se préparer à une nouvelle année et, disons-le, à une véritable renaissance.

Cette mort extérieure, conséquence du raccourcissement des jours dû à la position particulière du Soleil par rapport à la Terre, n'est en réalité qu'apparente.

Le moment de l'équinoxe d'automne marque en effet le début très précis d'une période - qui culminera au Solstice d'hiver - au cours de laquelle l'Homme à la Vision Traditionnelle doit essayer de se consacrer aux aspects plus intérieurs de sa propre personne afin d'affirmer et de forger la volonté de se fixer des objectifs et de les poursuivre par un travail spécifique sur lui-même.

Cela signifie combattre et éradiquer les dragons qui caractérisent la vie oisive et bourgeoise (l'égoïsme, l'attachement à ses habitudes, la colère, l'orgueil,...) en intensifiant toutes les activités qui poussent à se souvenir et à analyser ses propres côtés sombres.

FTVL-0994-400X280-SCENE-X-1000X1000X96-RGB.jpg

La mort annuelle de la nature et le réveil des forces intérieures de la volonté sont équilibrés à l'équinoxe d'automne. Elle marque un renversement de polarité dans la manifestation des forces divines, qui, au cours des mois précédents, s'étaient exprimées principalement dans les formes de la nature, dans la lumière triomphante du jour, et qui commencent maintenant à imprégner le libre arbitre de l'homme. Alors que la lumière du monde décline, l'homme commence à se percevoir comme le porteur d'une lumière invisible, non sujette au déclin. En ce sens, le "drame spirituel" de l'équinoxe récapitule et synthétise l'histoire de la Terre: la fin de l'âge d'or, l'obscurcissement du divin dans la nature, la montée de la conscience de soi, le sentiment de solitude et de responsabilité cosmique de l'individu.

Ce sentiment de mélancolie, suggéré par le jaunissement et la chute des feuilles, doit être vigoureusement banni. La nostalgie du passé, la complainte "traditionaliste" ne convient pas à l'homme noble (all'Arya): il sait que dans le cosmos, ce qui décline et meurt est équilibré en justice par ce qui s'élève et s'affirme. L'équinoxe d'automne célèbre l'affirmation de la volonté, la capacité "faustienne" de se fixer des objectifs et de les poursuivre.

L'élément alchimique de l'automne est le fer: au fer matériel qui a forgé notre civilisation techno-industrielle doit correspondre le fer spirituel de la volonté, exercée concrètement - et rationnellement.

Les Dieux bénissent l'action concrète, la volonté qui s'affirme dans des projets bien définis ou qui se tourne vers l'autoformation (vers la Bildung).

En automne, les esprits de la nature retournent sur la Terre. On les respire dans les racines de la terre et ils se soumettent aux forces de la gravité. La fête d'été s'estompe, mais dans l'âme de l'homme libre, il n'y a pas de place pour la mélancolie.

48422427-voie-de-forêt-automnale.jpg

Lorsque la nature s'estompe, il faut se tourner vers la conscience de soi. La fête de l'équinoxe qui ouvre l'automne est la fête de la conscience de soi forte et libre, de l'initiative énergique, de la libération de toute peur et de tout conditionnement de l'âme. Lorsque la nature extérieure s'éteint et que la végétation se fane, tout ce qui est lié à l'initiative intérieure pousse en retour. Les forces de la volonté sont libérées, l'âme du monde incite l'individu à devenir plus courageux.

Le jour de l'équinoxe, on célèbre la fête de la forte volonté. Au cœur de l'été, les grandes volées météoriques contenant du fer cosmique deviennent visibles. Ce fer, qui a plu des cieux vers la terre, contient l'arme des dieux contre le dragon-Ahrimane, qui veut voler la lumière de l'âme à l'humanité et la prendre dans ses filets. Le sang humain est alors rempli de fer: des millions de météores étincelants tourbillonnent dans le sang, donnant à l'organisme l'énergie nécessaire pour combattre toute peur, toute terreur, toute forme dégradante de haine. De même que le visage d'un homme devient rouge vermillon lorsqu'il court, le corps subtil d'un homme irradié par le fer cosmique commence à rayonner de l'énergie.

Dans les mythologies anciennes, on trouve des figures de dieux solaires, de jeunes dieux d'or terrassant un dragon ou un serpent surgissant des entrailles de la terre. Lorsque les jours d'automne deviennent plus sombres et plus frais, lorsque les feuilles tombent et que les premières pluies arrivent, imaginez ces personnages divins en train de tuer le dragon : ils sont le symbole d'une conscience de soi victorieuse, qui se réveille du sommeil de l'été, prête à atteindre résolument ses objectifs.

48422347-belle-photographie-automnale-des-hêtres.jpg

Imaginez le dragon, dont le corps est formé par les courants sulfureux qui montent de la terre chaude de l'été : ces courants jaunes et bleutés forment les écailles, les plaques, les enroulements du dragon. Mais ici, le dieu au visage solaire plane au-dessus du dragon, brandissant son épée dans une atmosphère saturée de volées de météores tonitruants. En vertu de la lumière dorée qui irradie du cœur du dieu, les météorites se fondent en une épée de fer qui pénètre le corps de l'ancien serpent et le détruit. Avec son imagination, il alimente le courant qui circule de la tête vers le bas dans le corps: comme une volée de météorites du ciel étoilé s'abat sur la terre, ainsi une cascade d'énergie se déverse de la tête vers le cœur et, en suivant la circulation sanguine, atteint les organes et les membres.

Bien sûr, l'imagination doit s'accompagner d'une action: si quelque chose est en désordre, il faut le ranger; si quelque chose a été laissé en suspens, il faut maintenant l'achever; si une peur pèse sur l'esprit, il faut la mettre à l'épreuve et la surmonter avec clairvoyance; si une foi ou une croyance domine encore l'âme, il est temps de la dissoudre avec la puissance de la rationalité; si un mécontentement a assombri la relation avec une personne, il est temps de la clarifier avec cordialité et amour. Ainsi, en agissant avec énergie, on honore l'esprit de l'automne, si semblable à l'archange solaire vénéré par les anciens Perses.

00dc93_6acc530e623d4d4a95f5d03cd8190677~mv2.jpg

Notre civilisation entière est construite avec du fer. Depuis que nos ancêtres ont déboulé du Nord sur leurs chars de combat en brandissant des haches de fer, notre civilisation a transformé la face de la terre en battant le fer, en forgeant l'acier. Pensez aux avions qui filent dans le ciel, aux ponts suspendus entre les rives, aux chemins de fer, aux grands navires. Grâce à l'élément du fer, la domination de la technologie est établie. Mais ce qui se manifeste sur terre comme le fer, s'exprime dans l'homme intérieur comme la volonté. C'est pourquoi on l'appelle la "volonté de fer".

Dans l'air de l'automne, lorsque les pluies balaient la sensualité de l'été, un processus alchimique se produit : le fer chasse le soufre. Le courant de fer froid et métallique qui tombe du ciel atténue le courant sulfureux qui avait jailli des entrailles de la terre pendant les mois chauds de l'été. En respirant l'air frais de l'automne, l'homme participe à ce processus. Il faut percevoir ce courant alchimique et le nourrir avec la volonté. La divinité solaire au regard métallique accompagne l'homme dans le changement des saisons par son geste de signalisation.

L'automne arrive ! Il est temps de recommencer la nouvelle année

Ex: https://www.azionetradizionale.com/2021/09/22/46535/

par le comité de rédaction d'Azione Tradizionale

La saison d'automne est sur le point de commencer. Par analogie avec le fermier qui sème dans le champ la graine qui donnera des fruits, l'homme d'aujourd'hui, s'il est capable de bien semer en lui-même, verra aussi l'éclosion de bons fruits à la bonne période.

Méditons donc quelques mots clés, utiles pour éclaircir les esprits et remplir les cœurs de ces points fermes capables de transmettre la juste force à tous ceux qui s'apprêtent à vivre pleinement cette période de "veille intérieure et de retour à soi".

L'automne est ORDRE.
Se donner une discipline, une règle, faire en sorte que sa vie, en s'harmonisant avec le cycle des saisons, réponde le plus possible à un critère d'équilibre et de cohérence avec soi-même. Fixez-vous un rythme afin d'être un protagoniste conscient de votre temps et non un individu à la merci des événements.

L'automne est DEVOIR.
Assumer ses responsabilités envers soi-même et envers les autres, donner l'exemple au sein de sa communauté et en dehors : au travail, en famille, dans les relations sociales, incarner un style de vie aussi irréprochable que possible. N'attendez rien des autres, ne cherchez pas l'approbation ou le consentement, le droit ou la complaisance des autres. N'attendez que peu de choses de vous-même, car c'est en vous que vous devez regarder, et non à l'extérieur.

csm_Herfst_138ba8faa5.jpg

L'automne est GUERRE.
Un défi à soi-même à travers des tâches précises à réaliser au cours de ces trois mois, mais surtout un défi au monde moderne pour se différencier du néant qui nous entoure, s'opposer au courant du devenir, purifier le corps et ennoblir l'âme dans un but plus grand. Parce que le désir d'être meilleur naît de l'intention de récupérer la centralité perdue des hommes de la Tradition.

L'automne est FEU.
Le feu qui éclaire et guide dans la nuit noire, le feu qui donne la force d'affronter les difficultés du chemin existentiel, le feu qui fait fondre la froide rigidité de son propre caractère, le feu qui inévitablement, s'il est bien nourri, est projeté vers le ciel. Le feu est l'image de l'intériorité de chacun, vers la connaissance de laquelle on a le devoir de se diriger avec méthode et discipline, étude et application, joie et détermination, avec la conscience que le chemin est plein de vicissitudes et de difficultés.

L'automne est TEMOIGNAGE.
Vigilant, attentif, conscient. La veille intérieure qui caractérise la période automnale est le symbole parfait du travail qui attend ceux qui veulent rester éveillés, sur le qui-vive, pour alimenter la flamme (intérieure) afin qu'elle puisse venir, à l'aube du nouveau soleil, forte et brillante.

Enfin, l'automne, c'est la SOLITUDE.
La solitude réparatrice, celle qui redonne le calme et la stabilité perdus dans le chaos de la modernité, la solitude d'une lecture méditée, la solitude d'une randonnée en montagne, laissant l'agitation de l'esprit dans la vallée, la solitude qui accompagne le sacrifice militant. La solitude de s'observer en silence, sans filtres et avec humilité, la solitude douloureuse de ceux qui, renonçant aux attachements et aux conditionnements de la vie, entendent la bête hurler et mugir. La solitude du guerrier qui, face au choix le plus difficile, fait toujours passer la vaillance, le courage, l'abnégation et le sacrifice avant l'intérêt personnel et le profit. La solitude bienheureuse du cœur apaisé et de l'âme sereine, que seul l'automne peut offrir.

Il est temps de recommencer avec une nouvelle année. Il est temps de semer et de renoncer.

15:55 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, automne, équinoxe, saisons | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Pleine lune d'automne

2AB370D6-84C3-4233-9219-9A463E00FAF7-2048x1366.jpeg

Pleine lune d'automne

Andrea Marcigliano

Ex: https://electomagazine.it/plenilunio-dautunno/

Equinoxe. L'automne a commencé. Et cela a commencé cette nuit avec une grosse Lune dans le ciel. Une Lune immense, par une nuit encore claire, car, du moins ici, nous vivons une fin d'été. Une saison de journées longues et fraîches aux premières heures du jour, puis progressivement de plus en plus chaudes... Une chaleur moins ardente certes, un peu fatiguée, mais agréable. Une fois, à Rome, on a parlé d'Ottobrate...

Dans les Amériques lointaines, celles qui n'avaient pas encore eu à subir la soi-disant "découverte" attribuée à Christophe Colomb - bien que de plus en plus de documents émergent aujourd'hui et la remettent en question - les peuples l'appelaient la Lune des moissons... des peuples qui se consacraient aux activités agricoles, lesquelles nécessitaient une attention particulière à la Lune et à ses différents visages.

Car l'automne n'est pas seulement la saison des semailles, comme dans une certaine oléographie inspirée d'anciennes gravures populaires. Ou comme il apparaît dans les couleurs douces et sourdes de Fattori et du Macchiaioli toscan. C'est une saison de récolte. D'abondance. Le dernier cadeau de la Terre avant le gel de l'hiver. Ce qui, dans le passé, signifiait la suspension de toute activité. Et ensuite on se retirait comme des ours dans une sorte d'hibernation, consommant des provisions.

Nuremberg_chronicles_f_122r_2.pngMême les guerres ont été suspendues. Mars a régné du printemps à la fin de l'été. Puis, à l'équinoxe, Quirinius lui a succédé. Qui est un dieu rustique. Et exige la paix. Il a tenu bon jusqu'en février, lors des fêtes organisées en son honneur. Le ferment de la renaissance de la nature a remis Mars, ou Mavros, comme l'appelle encore Lucrèce, en vogue. Et avec lui, les conflits et les guerres.

Les saveurs de l'automne sont nombreuses. Tout comme ses fruits. Avec septembre, les figues disparaissent; les dernières sont les plus sucrées, parfaites pour être séchées au soleil d'octobre. Et ensuite utilisées tout au long de l'hiver. Les Romains les utilisaient pour préparer un plat délicieux, une véritable gourmandise: le Ficatum, ou jecur Ficatum, du foie avec des figues. On s'en souvient encore dans la plus ancienne recette du Fegato alla Veneziana. Qui, précisément, fait appel à des figues séchées, ainsi qu'à des oignons.

Puis il y a les kakis. Doux et brillant sur les branches. Un arbre chargé de kakis vous transporte avec fantaisie dans le jardin des Hespérides. Jusqu'au bout du monde. Où les fruits dorés garantissent l'immortalité.

chataignes-marrons-cuisine.jpg

Et les châtaignes. D'où l'on tire, entre autres, la farine au goût sucré utilisée pour faire le castagnaccio. Aromatisé avec les feuilles de romarin en forme d'aiguille.

80582795_o.jpg

Et voilà les grenades. Le fruit sacré de Perséphone. Et à la Madone de la grenade, qui représente le syncrétisme chrétien de la déesse antique. A la fin de l'automne, à la veille du Solstice, à Noël, une grenade ne doit jamais manquer sur la table de fête. C'est de bon augure. Les graines sucrées enveloppées dans la peau dure représentent la renaissance. De la nature. Et de l'âme.

Et Perséphone est l'un des visages de la Lune. Parce qu'il y a plusieurs visages de la Déesse qui illumine la nuit. Et les noms sont nombreux. Diane ou Artémis, Séléné, Isis, Hécate... Lumineuses et obscures, mais toujours, cependant, Femme. Qui gouverne les cycles de culture. Et les marées. Et donc le temps qui passe. Et le changement du climat, des saisons. La métamorphose qui est la règle du Cosmos. Car, comme le dit Ovide, le Cosmos est généré et toujours régénéré à partir du Chaos primordial. Et la force qui régit ce processus inlassable est Eros. Aimer la femme, c'est aimer la lune. Les dialogues enchantés de Leopardi avec la Lune, qui traversent toute sa production lyrique, sont en fait des conversations avec la Femme absente. Une présence toujours poursuivie. Et toujours insaisissable.

e87dcfb778eadce327315519b2d1fba3.jpg

nJLvUG3cVNFTPQCuMgdx0ozE-c0.jpg

C'est la première pleine lune de l'automne. Et il a une suggestion très particulière. Il évoque des souvenirs ancestraux. Des histoires que vous pensiez avoir oubliées. Ou même inconnues. Et maintenant elles reviennent, comme des feuilles portées par le vent. Ephémères, peut-être, mais d'une beauté indicible dans les couleurs changeantes, tantôt douces, tantôt vives et violentes.

L'automne est la saison où le principe de la métamorphose, qui informe la vie dans tous ses aspects, devient plus clair pour moi. Physique et métaphysique.

Ce matin, j'expliquais Ovide à mes étudiants. En commençant par ce qu'on appelle l'Opus Remissum. Des compositions érotiques de sa jeunesse, Ars Amatoria, in primis. Beaucoup ont fait des sourires, des clins d'œil. Mais l'un d'entre eux m'a demandé : quel est le rapport avec ce qu'il a écrit plus tard ? Il semble si différent...
Mais non, j'ai répondu. Le jeune Ovide, qui parle de séduction et de la chasse aux femmes comme à des proies, est le même qui chante les mythes des Métamorphoses. Qui sont de toute façon déterminés par la puissance de l'éros.

B9728397724Z.1_20210922112549_000+GL8IVTJPH.2-0.jpg

Tout en parlant, j'ai regardé par la fenêtre les signes de l'automne. Des arbres qui perdaient leurs feuilles. Des tas de feuilles sèches sur le sol. Et j'ai pensé à l'été qui venait de se terminer... et le printemps qui est parti depuis longtemps. De belles saisons, oui. Intense. Vital. Pourtant, il y a quelque chose en automne qui m'attire davantage. Une beauté plus profonde, plus délicate. Une douceur inconnue...
C'est peut-être la saison Peut-être que c'est mon âge...

15:33 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, automne, équinoxe, liturgie, nature | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L'"anglosphère" s'en prend aussi à l'entreprise italienne Fincantieri

4300.jpg

L'"anglosphère" s'en prend aussi à l'entreprise italienne Fincantieri

par Alberto Negri

Source : Il Manifesto & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-anglosfera-fa-fuori-anche-fincantieri

Aukus. Le méga-contrat avec l'Australie pour neuf frégates Fremm d'une valeur de 23 milliards a été annulé. Canberra a préféré la proposition britannique, même si le projet n'est encore que sur le papier. Le message des États-Unis est clair : il n'y a pas de place pour l'Europe dans le Pacifique.

L'"Anglosphère", le pacte Aukus américano-britannico-australien, a soulevé l'ire de la Chine et frappé durement la France, qui a retiré ses ambassadeurs à Washington et à Canberra. Les Français affirment avoir été tenus dans l'ignorance de l'annulation de la fourniture de sous-marins nucléaires par Naval Gorup, pour un montant de 56 milliards d'euros, mais en fait, il y avait déjà eu un signal d'alarme car, au début de l'été, les Italiens s'étaient également fait rouler par les Australiens.

Et précisément sur la maxi-fourniture de frégates Fremm à la marine australienne par l'entreprise publique Fincantieri, un projet dans lequel le groupe français Naval est également partenaire. En d'autres termes, le piège est double. C'est une histoire intéressante - passée sous silence par les médias nationaux italiens parce que personne n'aime être trompé - qui révèle le niveau de concurrence entre les Européens et le complexe militaro-industriel de l'"Anglosphère" qui, avec le pacte Aukus - l'OTAN dans le Pacifique - lancé par Biden, Johnson et Morrison veut mettre la Chine dans les cordes.

C'est ainsi que la plus importante commande navale italienne de ces dernières décennies, celle passée à l'Australie pour neuf frégates d'une valeur totale d'environ 23 milliards d'euros, a été annulée en juin. La commande a été remportée par l'entreprise anglaise Bae Systems, devant deux autres concurrents, Fincantieri et l'entreprise espagnole Novantia. Le rêve de vendre des navires italiens, qui étaient en fait le fruit d'une collaboration italo-française, a donc été brisé.

C'était un choix politique plutôt que technique, et pour cette raison, il était d'autant plus brûlant. De la comparaison entre la proposition gagnante et la proposition italienne, un aspect est ressorti avant tout : les frégates britanniques sont encore en phase de conception et ne seront disponibles qu'à la fin de la prochaine décennie, alors que les frégates italiennes sont déjà opérationnelles et testées, ce qui aurait permis aux Australiens d'avoir leurs premiers navires dans quelques années. Les Australiens ont donc misé sur un navire valable sur le papier, au lieu d'un navire qui a déjà prouvé son efficacité. Cette décision ne peut être justifiée sur le plan technique et opérationnel.
Le choix, en effet, n'avait aucune justification sur le plan technologique: les Fremms italo-françaises - souligne l'IAI, l'Institut des affaires internationales - sont les unités en service les plus avancées au monde. En outre, Fincantieri avait prévu d'investir directement en Australie pour la construction des navires et d'impliquer largement les fournisseurs locaux.

fincantieri-yachts-devoile-concept-superyacht-70-metres-32162-15785437.jpg

46255528-37026257.jpg

Autres réalisations de la firme italienne Fincantieri

Afin de remporter cette commande, le système national était plus engagé que jamais. Une croisière spécifique d'un Fremm de la marine a été organisée, ainsi que la visite en Australie d'une délégation gouvernementale - militaire, diplomatique et industrielle - culminant avec l'arrivée du ministre de la défense puis du ministre des affaires étrangères.

Pour l'Italie, la perte de la commande navale australienne, qui semblait être une affaire réglée, a été une amère déception. Nous avons été battus par un modèle de frégate britannique qui n'existait que sur le papier. S'il est vrai que, dans le domaine naval, un choix est destiné à conditionner les plans militaires nationaux pendant trente ans, cela signifie que l'Italie (mais aussi la France, partenaire de Fincantieri, dans le cas des frégates) n'a pas été jugée suffisamment fiable. Une rebuffade.

En fait, en coulisses, une discussion animée et empoisonnée s'est engagée entre diplomates, militaires et industriels italiens, en raison de l'habituel transfert de responsabilités, suivi d'un silence assourdissant pour ne pas trop amplifier l'échec. Chut et chut, chut et encore chut... dans le pur style manzonien. Un choix qui s'impose également, étant donné que ces frégates Fremm, que nous avons déjà vendues à l'Égypte d'Al-Sisi et au Qatar, Fincantieri aimerait également les placer auprès de l'Arabie saoudite et du Maroc.

La zone d'expansion et d'influence du complexe militaro-industriel européen, non seulement italien, selon les plans de l'"Anglosphère" devrait être limitée, à quelques exceptions près, à la Méditerranée, au Golfe et à l'Afrique, mais ne pas s'étendre au Pacifique, qui est le quadrant stratégique de prédilection des États-Unis.

C'est l'un des messages qui accompagnent le Pacte d'Aukus. Et alors que l'Union européenne a lancé jeudi une nouvelle stratégie dans l'Indo-Pacifique, première pièce d'un projet baptisé Global Gateway avec lequel les Vingt-Sept veulent signer des accords internationaux qui vont bien au-delà du commerce, dans l'industriel, le numérique, la connectivité et, comme par hasard, dans la "sécurité maritime".

Le "coup de poignard dans le dos" dont parle le ministre français des Affaires étrangères Le Drian à propos du pacte Aukus est le début d'un grand jeu géopolitique qui vise d'une part à faire pression sur la Chine, mais aussi à redéfinir les zones d'expansion militaire et économique dans un monde qui investit l'Eurasie et le Pacifique.

Les États-Unis veulent aussi laisser des miettes à leurs alliés et quelques pièges pour occuper amis et ennemis, de l'Afghanistan à l'Irak, dont ils se retirent à la fin de l'année pour faire place à l'OTAN. Ils nous laissent vingt ans de désastres, de guerres, de millions de morts et de réfugiés civils, de déstabilisation éternelle, de chaos : et même pas un pourcentage des profits du complexe militaro-industriel. Ce sont les Français qui protestent, pas nous, comme d'habitude car nous sommes alignés et couverts.

Le meurtre géopolitique d'Alfred Herrhausen

3,c=0,h=720.bild.jpg

Le meurtre géopolitique d'Alfred Herrhausen

par Giacomo Gabellini

Source : Giacomo Gabellini & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-omicidio-geopolitico-di-alfred-herrhausen

Avant d'embrasser une carrière de banquier et de s'attirer les bonnes grâces du chancelier Helmut Kohl, Alfred Herrhausen avait géré avec une grande intelligence la restructuration de Daimler-Benz, à qui il avait imposé un processus de diversification aboutissant à la transformation de l'entreprise en un groupe technologique intégré, doté du savoir-faire nécessaire pour opérer dans les secteurs stratégiques de l'aérospatiale, de la défense, de l'électronique et de la technologie ferroviaire. Dans le cadre du plan de Herrhausen, la division Mercedes a été progressivement rejointe par les trois autres divisions principales, Dasa, axée sur l'aérospatiale et la défense, Aeg, axée sur l'électronique, et Debis, axée sur les finances.

alfred-herrhausen-8de84132-4650-4f90-800d-ce89184de9d-resize-750.jpeg

En bon industriel "prêté" au monde de la finance, Herrhausen avait prévu de se débarrasser des coûts de la réunification en mettant les hautes compétences des anciens ingénieurs et ouvriers est-allemands au service d'un projet visant à la relance économique de toute l'Europe de l'Est. D'ici dix ans", déclare Herrhausen, "l'Allemagne de l'Est deviendra le complexe le plus avancé technologiquement en Europe et le tremplin économique vers l'Est, de sorte que la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et même la Bulgarie joueront un rôle essentiel dans le développement européen" (1).

Dans un article publié dans le journal économique allemand Handelsblatt, Herrhausen a dénoncé le fait que la politique d'endettement adoptée par les banques, en particulier les banques américaines, à l'égard des pays en difficulté financière visait à aggraver leurs conditions, et a indiqué que les mesures à adopter pour parvenir à une reprise économique vigoureuse dans les pays en développement étaient une forte réduction du fardeau de la dette (jusqu'à 70 %) des pays pauvres, une réduction des taux d'intérêt à cinq ans et un allongement de la durée des prêts. Une telle recette permettrait en effet "à ces nations de réaffecter à la relance économique les ressources jusqu'alors allouées au service de la dette". (2). 

81Fhp25OkEL.jpg

Le concept de Herrhausen s'inspire de l'accord de Londres sur la dette de 1953, grâce auquel l'Allemagne de l'Ouest a pu opérer un puissant redressement industriel. Le banquier a estimé que les déséquilibres de la dette constituaient un "risque systémique" et a donc proposé de les atténuer en créant à Varsovie un organisme inspiré de la Kfw, qui avait géré avec succès la relance de l'économie allemande après la Seconde Guerre mondiale. Un organisme alternatif à la Banque mondiale et au FMI, chargé d'accorder des prêts dans le cadre d'un "nouveau plan Marshall" visant à la relance des pays d'Europe de l'Est, et non à leur conversion immédiate au système néolibéral. Dans le droit fil de cette "nouvelle Ostpolitik", le banquier allemand a fait pression pour l'abolition de la dette "intra-entreprise", un chiffre comptable qui accablait les anciennes industries communistes (en 1994, il atteignait 200 milliards de marks) et grâce auquel la Banque mondiale et le FMI tenaient les pays d'Europe de l'Est entre leurs mains.

Le président de la Deutsche Bank est même allé jusqu'à souligner que la renaissance économique de l'ancienne zone soviétique et son intégration dans la structure productive de l'Europe occidentale étaient dans l'intérêt de l'Allemagne qui, pour y parvenir, devrait allouer des ressources à la construction de lignes ferroviaires rapides capables d'assurer le transport rapide des matières premières de la Russie vers les centres industriels allemands. Il s'agissait précisément du type de projet auquel la Grande-Bretagne, puis les États-Unis, avaient opposé une résistance acharnée au cours des décennies précédentes, comme Kissinger l'a lui-même candidement admis: "Si les deux puissances [l'Allemagne et la Russie] devaient s'intégrer économiquement et forger des liens plus étroits, leur hégémonie serait menacée" (3).

Dans la vision profondément novatrice de Herrhausen, l'Allemagne devait être transformée en un pont entre l'Est et l'Ouest et en un moteur pour la reconversion industrielle de l'Europe de l'Est - en particulier de la Pologne, qui était considérée comme la nation clé de la région. Alors qu'il s'efforçait de mettre en pratique ses plans, qui consistaient à libérer l'ensemble du "vieux continent" de la "tutelle" économique américaine par la Banque mondiale et le FMI, Herrhausen a révélé qu'il s'était heurté à des "critiques massives", en particulier de la part du président de la Citibank, Walter Reed, notamment après qu'il eut publiquement plaidé en faveur d'un moratoire sur la dette de l'Europe de l'Est pendant quelques années. 

Malgré la forte résistance à laquelle il est confronté, Herrhausen parvient néanmoins à étendre le champ d'action de la Deutsche Bank en absorbant la Bank of America and Italy, les banques d'affaires Mdm (portugaise), Albert de Bary (espagnole) et Morgan Grenfell (une prestigieuse banque d'investissement londonienne). Le renforcement de ce qui était déjà la plus grande institution de crédit allemande était nécessaire pour constituer un pôle économique valable et puissant pour faire contrepoids aux grands groupes financiers anglo-américains, qui menaient une vaste campagne d'expansion monétaire en accordant des prêts à fort taux d'intérêt aux pays pauvres. Du point de vue de Washington, le projet de Herrhausen représentait une menace particulièrement insidieuse car il remettait en cause l'emprise des États-Unis sur les pays en développement (le président mexicain Miguel de la Madrid, impressionné par les idées de Herrahusen, l'a invité à Mexico en 1987 pour analyser ses propositions) dont dépendait le maintien de l'ordre économique établi pendant l'ère Reagan. "Les marchés financiers et monétaires mondialisés sont désormais une question de sécurité nationale pour les États-Unis" (4), a déclaré sans ambages le directeur de la CIA William Colby, faisant écho à son collègue de la CIA William Webster, qui a déclaré qu'avec la chute du mur de Berlin, "les alliés politiques et militaires de l'Amérique sont désormais [devenus] ses rivaux économiques" (5).

Attentat-Alfred-Herrhausen.jpg

Le 1er décembre 1989, un engin explosif à déclenchement laser placé devant le domicile de Herrhausen à Bad Homburg (banlieue cossue de Francfort) fait exploser la voiture blindée dans laquelle le banquier venait de monter. La responsabilité a été attribuée au groupe terroriste d'inspiration communiste Rote Armee Fraktion (Raf), bien que la sophistication de l'attaque ait suggéré un spectre plus large d'investigations. Ce n'est pas une coïncidence si les trois membres de la "nouvelle génération" de l'ancienne bande Baader-Meinhof, qui ont été arrêtés au cours des enquêtes initiales, se sont avérés par la suite ne pas être impliqués dans l'attentat. À ce jour, la justice allemande n'a pas été en mesure d'identifier les coupables.

81lciW2-fjL.jpg

Le colonel Fletcher Prouty, un vétéran de la CIA qui avait déjà décrit au procureur Jim Garrison le contexte politique dans lequel l'assassinat de John F. Kennedy avait eu lieu, a révélé que l'assassinat de Herrhausen avait eu lieu "quatre jours avant que [le banquier] ne vienne aux États-Unis pour faire un discours qui pourrait changer le destin du monde". Le mur de Berlin était tombé et Herrhausen voulait expliquer aux Américains les nouveaux horizons de l'Europe [...]. Herrhausen a parlé d'une grande Europe unie, sans l'interférence de la Banque mondiale. Il a parlé d'un projet d'intégration entre l'Europe de l'Est et de l'Ouest. Une opération qui aurait changé les relations internationales et qui a été étouffée dans l'œuf". (6). C'est pourquoi, selon Prouty, l'assassinat du président de la Deutsche Bank s'inscrit dans le même cadre général que celui dans lequel se sont déroulés les meurtres d'Enrico Mattei et d'Aldo Moro.

Notes:

1) Voir Engdahl, William, What went wrong with East's Germany economy, "Executive Intelligence Review", 2 octobre 1992.
2) Herrhausen, Alfred, Die Zeit ist reif. Schuldenkrise am Wendepunkt, 'Handelsblatt', 30 juin 1989.
3) Cf. Kissinger : "Der Western muß sich an das neue Selbstbewußtsein der Deutschen gewöhnen", "Welt am Sonntag", 3 mai 1992.
4) Cf. Taino, Danilo, Belzébuth sur le yacht, "Corriere della Sera", 10 mars 1993.
5) Voir le directeur de la CIA, Webster, qui cible les alliés américains, "Executive Intelligence Review", 13 octobre 1989.
6) Voir Cipriani, Antonio, Colonel Prouty : "Je vous explique qui gouverne le monde", "L'Unità", 19 mars 1992.

La France est devenue une puissance régionale de second rang

lafrancedeprime-1024x456.jpg

La France est devenue une puissance régionale de second rang

Andrei Martyanov

Source Reminiscence of the future

Eh bien, je vais aussi en parler. Je veux dire toute cette affaire AUKUS et la perte par la France d’un énorme contrat pour fournir des sous-marins à la Royal Australian Navy. À ce stade, je ne suis pas intéressé par les détails techniques de cette histoire, car il est inutile de se concentrer sur les détails techniques de quelque chose qui peut encore changer plusieurs fois, peut-être même ne jamais se concrétiser. En revanche, je m’intéresse, comme toujours, aux facteurs fondamentaux qui définissent le cadre du problème. Le Drian et toute personne au sommet de la politique française peuvent bien exprimer leur frustration et jouer aux jeux géopolitiques qu’ils veulent :

Vendredi, la France a rappelé ses ambassadeurs à Washington et à Canberra 
après que l'Australie a abandonné un important programme de sous-marins avec
la France en faveur de l'acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire
avec l'aide des États-Unis et du Royaume-Uni. Paris a violemment protesté
contre le nouvel accord entre l'Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni,
connu sous le nom d'AUKUS. Le Drian a qualifié l'abandon du programme
franco-australien de "coup de poignard dans le dos".

Cela ne change rien au fait qu’en ces temps de crise grave et terminale de la Pax Americana et du libéralisme occidental, la France n’est plus une superpuissance mondiale et n’est importante que parce qu’elle suit le monde anglo-saxon qui mène une lutte désespérée pour sa survie en tant que puissance mondiale. C’est aussi simple que cela. La France n’est tout simplement pas vraiment importante pour cette lutte existentielle. En fin de compte, D.C. et Londres se préoccupent d’abord d’eux-mêmes, aussi déformée et illusoire que soit cette préoccupation, et Paris est considérée comme une simple « nourriture » qui sera consommée si la nécessité et l’opportunité se présentent. Vous pouvez toujours rétorquer que la France a sa propre dissuasion nucléaire, qu’elle possède Renault et le siège d’Airbus, qu’elle a son propre programme spatial, etc. C’est vrai. Tout cela est un fait, mais n’oublions pas la définition, et non la pseudo-science politique de l’Ouest, de la puissance globale. Bien, la définition est celle des 14 critères de Jeffrey Barnett (à ne pas confondre avec Corelli Barnett) et permettez-moi de vous rappeler ce qu’ils sont. Barnett les a énumérés dans le trimestriel « Paramètres de l’US Army War College », en 1994.  Quelle que soit la façon dont les réalisations de la France sont considérées, dont certaines avec un respect bien mérité, la France ne correspond tout simplement à aucun de ces 14 critères.

La France ne domine pas l’accès à l’espace, les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde le font ; la France ne contrôle pas les voies de communication maritimes (SLOC), les États-Unis, la Chine et la Russie le font, la France ne fournit certainement pas la majorité des produits finis, la Chine le fait et la France ne domine certainement pas l’industrie de l’armement de haute technologie, les États-Unis et la Russie le font. Même si l’on imagine que demain la Marine Nationale ajoute deux autres porte-avions à propulsion nucléaire à sa flotte, cela ne fera toujours pas de la France une puissance mondiale. Militairement et économiquement, la France est une puissance de second rang, qui a cédé une partie de sa souveraineté à des organisations supranationales telles que l’OTAN et l’UE et qui ne remplit donc pas le critère le plus important définissant une puissance mondiale ou une superpuissance : des politiques mondiales totalement indépendantes et protégées. La France n’est pas non plus capable de créer et de maintenir une quelconque alliance significative par elle-même. Les États-Unis et la Russie le peuvent, tandis que la Chine, en raison de son énormité économique et démographique, est une alliance en soi. De plus, la Chine et la Russie ont des alliances entre elles.

Donc, dans ce cas, étant une puissance régionale de second rang, la France ne peut pas s’attendre à ce que ses intérêts soient sérieusement pris en compte lorsque l’on parle de projets aussi immenses, financièrement parlant, que l’AUKUS. Les alliances sont créées non seulement contre quelqu’un mais aussi pour un accès exclusif aux capitaux et aux marchés, en particulier les marchés d’armes, au sein de ces alliances. Dans ce cas particulier, la France est un outsider et peu importe les hyperboles utilisées par les politiciens français frustrés pour décrire la « trahison » de la France par les Anglo-Saxons, c’est une réalité. Scott Ritter a peut-être raison lorsqu’il décrit l’affaire AUKUS comme une histoire d’achats militaires géopolitiques devenus fous. Mais si l’on considère l’état économique des États-Unis qui est en bout de course, tous les moyens sont bons pour maintenir un flux de trésorerie et la France a simplement été supprimée sur la route de ce flux de trésorerie. C’est aussi simple que cela. A temps désespérés, mesures désespérées. Un truisme, vraiment.

Ainsi, quelques soient les détails techniques de tout ce cirque, certaines leçons sont déjà évidentes et je souscris ici à chaque mot de la conclusion de Ritter :

Mais le fait demeure que les États-Unis n'ont pas de riposte militaire significative 
face à la Chine, que le Royaume-Uni n'est pas capable de maintenir une présence
militaire crédible dans le Pacifique et que l'Australie ne peut pas se permettre
d'acquérir et d'exploiter une force de huit sous-marins d'attaque à propulsion
nucléaire. Le projet de sous-marin nucléaire australien est une plaisanterie
dangereuse qui ne fait qu'exacerber la crise géopolitique existante avec la
Chine en y injectant une dimension militaire qui ne servira à rien.

Toute cette histoire d’AUKUS, comme je l’ai déjà dit précédemment, est un excellent indicateur du déclin de la puissance des États-Unis, qui, dans leurs tentatives désespérées de préserver les restes de leur hégémonie mondiale autoproclamée, sont prêts à tout, sauf, espérons-le, à la guerre nucléaire, et s’il faut humilier et « sacrifier » la France, qu’il en soit ainsi. L’Europe occidentale devrait se préparer à l’être aussi, comme je l’écris depuis de nombreuses années (je cite un article d’il y a 2 ans) :

Macron fait une erreur ici. Eh même plusieurs erreurs, en fait. Pour commencer, 
"pousser la Russie hors d'Europe" n'était pas une "erreur stratégique" - c'était
le plan et l'objectif principal de Washington, dirigé à l'époque par Obama et
continuellement mis en œuvre maintenant par l'administration Trump. De plus,
"chasser la Russie" ne concerne pas seulement la Russie, mais aussi l'Europe
elle-même. L'Europe, telle qu'elle existe aujourd'hui, ne présente aucun intérêt
pour la Russie dans un sens métaphysique, si ce n'est un intérêt purement économique
en tant que marché, mais la majorité des Russes se félicitent aujourd'hui de la
réussite de cette "mise à l'écart". L'Europe, pendant ce temps, est un agneau
sacrifié pour les États-Unis qui, dans une tentative désespérée de sauver leur
peau, vont démolir l'Europe économiquement parce que les élites européennes
sont une pathétique parodie de direction politique, certaines d'entre elles
sont carrément des imbéciles, sans oublier qu’un certain nombre sont effectivement
des produits de la sélection américaine. Donc, non - laissez l'Europe traiter avec
les États-Unis, ou vice-versa, et laissez la Russie en dehors de cela.

Alors, ne me dites pas que je ne vous ai pas prévenu. Oh, allez, les États-Unis ont besoin de manger aussi. Au moment où la France a réintégré pleinement l’OTAN en 2009, un processus défendu par le président de l’époque, Sarkozy , tout a été fini pour elle. Dommage qu’elle ne l’ait pas vu venir. Eh bien, elle le voit maintenant. Comme on dit : mieux vaut tard que jamais. Tolstoï l’avait déjà vu il y a longtemps :

Un Français est sûr de lui parce qu'il se considère personnellement, tant dans 
son esprit que dans son corps, comme irrésistiblement attirant pour les hommes
et les femmes. Un Anglais est sûr de lui, car il est citoyen de l'État le mieux
organisé du monde, et donc, en tant qu'Anglais, il sait toujours ce qu'il doit
faire et sait que tout ce qu'il fait en tant qu'Anglais est indubitablement correct.
Un Italien est sûr de lui parce qu'il est excitable et qu'il s'oublie facilement
et oublie les autres. Le Russe est sûr de lui parce qu'il ne sait rien et ne
veut rien savoir, car il ne croit pas que l'on puisse savoir quoi que ce soit.
L'assurance de l'Allemand est la pire de toutes, la plus forte et la plus
répugnante de toutes, car il s'imagine connaître la vérité - la science - qu'il
a lui-même inventée mais qui est pour lui la vérité absolue.

Eh bien, que dire. Nous sommes au XXIe siècle et la France n’a absolument rien appris depuis le départ de son dernier Titan et Héros, parti en 1969. Ou, plutôt, chassé par ce que beaucoup considèrent encore comme une révolution de couleur organisée par les États-Unis. Il est donc temps de faire face aux conséquences.

Pendant ce temps, la Russie continue de construire ces corvettes à missiles comme s’il n’y avait pas de lendemain, la dernière en date, Grad (Grêle), a été mise à l’eau à Zelenodolsk hier (vidéo en russe):

https://www.youtube.com/watch?v=FTSAcvhVL8M

Avec les nouveaux 3M14M d’une portée de 4 500 km, ces navires peuvent frapper n’importe quel pays d’Europe à partir d’un fleuve ou d’un lac situé au cœur du territoire russe. Au cas où. Autre nouvelle connexe :

TEHRAN (Iran News) - L'Agence fédérale russe du transport aérien (Rosaviatsia) 
et l'Organisation de l'aviation civile de la République islamique d'Iran ont
signé le 6 septembre 2021 un protocole d'accord visant à "créer des conditions
favorables à l'approbation de la conception standard des équipements de l'aviation
civile russe exportés en Iran"
. L'accord est le résultat des négociations qui ont

eu lieu entre les deux autorités aéronautiques en juin 2021, a expliqué Rosaviatsia
dans un communiqué.

L’Iran recevra un grand nombre de SSJ-100R entièrement russifiés. Le MS-21 est en cours, une fois que la Russie aura satisfait ses besoins internes en matière d’aviation commerciale.

Andrei Martyanov

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

mardi, 21 septembre 2021

La dialectique technologique sino-américaine

d92ea1a15efadccd72cc0a81df650244.jpg

La dialectique technologique sino-américaine

Daniel Miguel López Rodríguez

Ex: https://posmodernia.com/la-dialectica-tecnologica-chino-estadounidense/ 

Au cours des dernières décennies, et surtout ces dernières années, la Chine a fait un grand bond en avant économique et technologique, ce qui est alarmant pour les États-Unis et peut-être pour ce que nous appelons "l'Occident" (une expression qui semble dire beaucoup pour ne rien dire). 

Le gouvernement chinois n'est pas soumis à des cycles électoraux courts, comme c'est le cas dans les démocraties occidentales, et le comité central des dirigeants peut donc s'engager dans une planification à long terme, comme le prévoient leurs plans quinquennaux. Cela a été fondamental pour la croissance de la Chine dans les domaines de l'éducation, de la santé, des infrastructures, de la recherche et du développement. Voici l'une des raisons pour lesquelles la Chine est devenue l'une des principales nations technologiques du 21e siècle. 

La Chine s'est plainte et a averti Trump "de ne pas créer un champ de bataille dans l'espace", car les États-Unis "ont poussé leur stratégie de domination de l'espace, allant plus loin dans la voie de l'arsenalisation de l'espace et risquant de le transformer en un nouveau théâtre de guerre" (cité par Alfredo Jalife-Rahme, Guerra multidimensional entre Estados Unidos y China, Grupo Editor Orfila Valentini, Mexico 2020, p. 269). Les trois superpuissances s'affronteront-elles sur terre, sur mer et dans les airs, mais aussi dans le cyberespace et l'espace orbital ? 

5e2c6b6e21000017030003cc.jpeg

En 1967, deux ans avant qu'Apollo 11 ne se pose sur la lune, le traité sur l'espace extra-atmosphérique a été signé et ratifié par 110 pays interdisant la militarisation de l'espace (dont les États-Unis et l'Union soviétique, ainsi que la Chine de Mao). Cela semble désormais être une lettre morte, et il est plus réaliste de parler de "guerre des étoiles" que de "paix céleste".     

Le système de défense antimissile américain est plus présent dans différents pays et régions, avec des cibles russes et chinoises à portée, comme le système de défense de zone terminale à haute altitude (THAAD) construit par l'entrepreneur militaire Lockheed Martin.

Alors que les États-Unis dépensent 3.000 milliards de dollars en dépenses militaires, ce que fait également la Russie, bien qu'à une moindre échelle, la Chine ne dépense pas un seul yuan pour la guerre (elle dépense un seul yuan pour construire une bonne armée, ce qui est une autre question). L'Empire du Milieu n'est pas entré en guerre depuis 1979, alors que les Etats-Unis sont en guerre en permanence (pour la plus grande gloire et le plus grand profit du complexe militaro-industriel). La Chine investit dans les infrastructures, se targuant de 30.000 kilomètres de voies ferrées à grande vitesse, de la 5G de Huawei et de l'alunissage sur la face cachée de la lune. C'est précisément sur la lune que la Chine entend se fournir en hélium 3, une substance qui pourrait fournir 10.000 ans d'énergie (40 grammes d'hélium 3 peuvent remplacer 5 000 tonnes de charbon).

L'intelligence artificielle est également très importante pour la guerre. Eric Schmidt, président d'Alphabet Inc, filiale de Google, a prévenu que "la Chine dépassera les États-Unis dans le domaine méga-stratégique de l'intelligence artificielle (IA) d'ici 2025, puis dominera le secteur d'ici 2030" (Alfredo Jalife-Rahme, Multidimensional war between the United States and China). Bien que les États-Unis aient été les pionniers de l'IA, ils semblent être en passe d'être dépassés par la Chine, ce qui va poser un très sérieux problème à la cabale GAFAT (Google, Apple, Facebook, Amazon, Twitter) de la Silicon Valley associée au Pentagone, plus précisément au segment du Defence Innovation Board (DIB). Selon les experts, la Chine a déjà dépassé les États-Unis en matière de 5G et d'IA d'au moins 10 ans. 

Avec la "guerre commerciale", les États-Unis (avec Trump et Biden) tentent d'affaiblir l'avancée de la Chine dans le domaine de l'intelligence artificielle et de la robotique, domaine dans lequel l'avancée chinoise semble imparable. Les États-Unis achètent beaucoup plus à la Chine que la Chine n'achète au pays américain, d'où l'excédent commercial que la nation asiatique a acquis. Trump a exigé la réciprocité de la Chine, mais pendant que cette asymétrie s'éternisait, la Chine s'est surdéveloppée.

Le projet "Made in China 2025" englobe l'intelligence artificielle, la robotique, l'informatique quantique, les nouveaux véhicules à énergie autonome, les dispositifs médicaux à haute performance, les composants de navires de haute technologie et d'autres industries émergentes pour la défense nationale. Avec toute cette haute technologie, Pékin cherche l'autarcie, mais dans un monde globalisé (nous nous référons à la globalisation positive qui existe réellement et que nous avons décrite dans les pages de Posmodernia : https://posmodernia. com/globalizacion-positiva-y-globalizacion-aureolar/) avec l'interdépendance croissante, surtout entre la Chine et les États-Unis, l'autarcie est quelque chose qui semble impossible, même s'il s'agit d'une "autarcie technologique" telle que présentée sous la forme d'un plan quinquennal lors de la cinquième session plénière du Parti communiste chinois (PCC) ; car il y aura toujours des confrontations corticales, et même inévitablement des accords ponctuels et donc des échanges technologiques et de toutes sortes. Même si, comme l'a dit Kissinger en 2018, la Chine et les États-Unis sont presque destinés à un conflit, et là, l'interdépendance serait un combat, comme un bataillon d'hoplites. Quoi qu'il en soit, l'objectif des autorités de Pékin est de faire de l'Empire du Milieu une superpuissance technologique, même si cela, à la crainte de beaucoup, peut déjà être affirmé sans réserve.

Huawei est la seule marque de téléphones à défier Samsung et Apple, étant la marque phare de l'ambitieux projet Made in China 2025. D'où le veto américain à l'encontre de Huawei. C'est pourquoi le conseiller juridique de l'entreprise, Song Liuping, s'en est pris à M. Trump en lui reprochant d'aller "à l'encontre du marché libre et de la liberté de choix des consommateurs" (https://www.naiz.eus/es/hemeroteca/7k/editions/7k_2019-12-08-06-00/hemeroteca_articles/la-guerra-fria-del-siglo-xxi). Huawei est une entreprise privée, mais Trump a insisté sur le fait qu'elle travaillait pour le gouvernement de Pékin (ce qui n'est en aucun cas une affirmation farfelue de l'homme aux cheveux blonds, comme il est caricaturé dans la presse mondialiste). 

Comme l'a déclaré Ren Zhengfei, fondateur et PDG de l'entreprise, "il est ironique que les États-Unis, dont nous savons pertinemment qu'ils espionnent leurs citoyens et d'autres personnes à l'étranger parce qu'Edward Snowden l'a révélé, accusent une entreprise chinoise de collaborer avec le gouvernement chinois sans que personne n'ait trouvé le moindre lien". "Vendre la Chine comme le mal est devenu à la mode" (Ibid.). Et cela concerne à la fois l'élite financière mondialiste (Soros ne s'est pas privé de pointer du doigt la Chine, mais aussi la Russie) et l'élite nationaliste derrière Trump. 

WeChat-et-Weibo-1.png

En décembre 2018, le PDG de Huawei, Meng Wanzhuo, a été arrêté au Canada pour fraude, complot et détournement de fonds. Les Américains ont vu dans le réseau 5G une technologie destinée à l'espionnage chinois, bien que l'espionnage n'ait pas été étranger aux États-Unis, il suffit de demander à Snowden. Pour éviter l'espionnage américain, les Chinois ont créé leurs propres réseaux sociaux, tels que WeChat et Weibo.

Xi Jinping entend "construire une Chine numérisée et une société intelligente" en augmentant les "forces stratégiques scientifiques et technologiques" (http://spanish.xinhuanet.com/2017-11/03/c_136726335.htm).     

Le ministre des sciences et de la technologie, Wang Zhigang, a déclaré que la Chine entrait dans une nouvelle phase dans laquelle "c'est la première fois qu'un plan quinquennal était consacré au chapitre spécifique de la technologie" (cité par Jalife, US-China Multidimensional Warfare, p. 375). Le plénum du Comité central du PCC s'est tenu juste avant l'élection américaine tendue entre Joe Biden et Donald Trump, comme si les Chinois voulaient laisser un message au vainqueur (qui s'est avéré être, non sans contestation, le candidat démocrate). 

Trump a qualifié le leadership de la Chine dans le réseau 5G de menace pour la "sécurité nationale des États-Unis". Selon les stratèges américains, "tout pays qui maîtrise la 5G aura un avantage économique, d'espionnage et militaire pour la majeure partie de ce siècle", car la 5G ou l'internet des objets va être une révolution : "elle sera plus importante que l'électricité" (cité par Alfredo Jalife-Rahme, Guerre multidimensionnelle entre les États-Unis et la Chine). 

df17.jpg

Mais plus inquiétant pour cette sécurité est l'alunissage. Outre la 5G et l'intelligence artificielle, il y a les missiles supersoniques, comme le missile Dong Feng-17, qui sera difficile à contrer pour le système de détection américain et qui constitue donc le grand espoir militaire de la Chine pour les années à venir. Cependant, il semble que la Chine n'ait pas l'intention de s'étendre militairement, mais qu'elle ait l'intention de s'étendre commercialement (comme nous le voyons en Afrique et aussi avec les routes de la soie dans une grande partie du monde). Mais comme l'économie est toujours économico-politique, les résolutions militaires et leurs conséquences géopolitiques correspondantes ne sont pas à exclure. 

En ce qui concerne la technologie quantique, qui constitue également un problème de sécurité nationale pour les États-Unis, la Chine possède deux fois plus de brevets que les États-Unis. Mais les États-Unis possèdent trois fois plus d'ordinateurs quantiques, même si la Chine est loin d'être à la traîne et pourrait, en 2030, comme proposé, prendre la tête dans ce domaine également.

La Chine détient également 20 % de la construction mondiale de câbles sous-marins, construisant une sorte d'autoroute de l'information reliant l'Europe et l'Afrique (câble Peace, dont l'achèvement est prévu pour la fin 2021).

Daniel Miguel López Rodríguez

Né en 1980. Vit à Cortegana (Huelva). Diplôme de philosophie de l'université de Séville. Master en philosophie et culture moderne. Docteur en philosophie (Summa Cum Laude) dans le cadre de la thèse intitulée "Matérialisme et spiritualisme. La critique du matérialisme philosophique au marxisme-léninisme".

Sur le speed-liberalisme et la gauche édulcorée

boisson-energetique-speed-unlimited.jpg

Sur le speed-liberalisme et la gauche édulcorée

Diego Chiaramoni

Source: https://posmodernia.com/sobre-el-liberalismo-speed-y-la-izquierda-edulcorada/

Gabriel Marcel avait l'habitude de dire que la mode est la cousine germaine de la mort. Les avant-gardes, au-delà de la force impérative avec laquelle elles font irruption sur la scène artistique ou politique, portent toujours le germe de leur propre disparition. Les noms et les œuvres qui perdurent dans le temps survivent en raison du germe de vérité ou de beauté qu'ils portent et non pour le simple fait d'avoir été avant-gardistes. Lorsque l'on échange des idées avec le progressiste moyen, dans le scénario imposé du politiquement correct et en tenant compte des susceptibilités à fleur de peau, les seuls contre-arguments que l'on entend sont les suivants: "vous êtes arriérés", "les choses changent", "retournez au Moyen Âge", etc.

Nous pensons qu'il doit être vraiment triste de militer pour les idées d'aujourd'hui, sachant qu'elles n'ont aucune densité ontologique autre que leur nouveauté et que le simple passage du temps les pulvérise. Pourquoi mettre tant d'énergie à militer aujourd'hui pour quelque chose qui ne vaudra plus rien ? Bien sûr, c'est là le cœur du problème: les vérités ont à voir avec l'incarnation des valeurs et non avec le relativisme de l'époque; une femme sort de chez elle sans porter de jupon, mais lorsqu'elle croise un voisin, elle le salue quand même par un "bonjour". C'est la différence entre une marchandise soumise au temps et une valeur.  

La scène politique actuelle (et la métapolitique, comme le gaucho Alberto Buela aime à le dire dans notre aréopage), semble être déchirée entre deux positions: a) le libéralisme de la vitesse (le speed-liberalism), dont les nouveaux visages prennent le nom de "libertaires", et b) la gauche édulcorée, qui reprend certaines vieilles idées et les nouveaux chants des sirènes du progressisme moral. Analysons brièvement les deux positions:

speed-unlimited-energy-drink-boisson-energisante-taurine-1131516z0-00000075.jpgLe speed est une boisson énergisante très répandue chez les jeunes. La combinaison d'éléments chimiques tels que la caféine et la taurine donne au buveur (selon la publicité), concentration et performance. Le nouveau visage du libéralisme semble assumer les effets "bénéfiques" de cette boisson. Dans tous les débats publics, ses partisans affichent la musculature de leurs idées: culte de la liberté individuelle, bonté du capitalisme, mépris de la plèbe et réalisation de soi comme but suprême. Dans notre pays (nous faisons référence à l'Argentine), on a inventé deux caractéristiques que, noblesse oblige, nous pensons qu'il est important de souligner. D'une part, l'impudence vertueuse de gifler la classe politique qui infeste le Congrès, la Maison du gouvernement et les enceintes gouvernementales. En revanche, certains de ses représentants de renom ont défendu les valeurs de la famille, de la vie et de l'éducation sans myopie idéologique. De plus, face à la question de l'avortement, ces mêmes représentants ont élevé la voix face au silence pusillanime de nombreux "pasteurs" lâches.

Le problème de ce nouveau visage du libéralisme peut être résumé en trois points fondamentaux, à savoir:

A) Le culte de l'individualisme, conséquence logique du modèle d'homme adopté par la doctrine libérale. Cette vénération de l'individu au détriment du bien commun entraîne une rupture avec la notion de communauté, qui est la sphère de valeurs où la personne humaine trouve refuge et acquiert progressivement maturité pour l'épanouissement de son propre potentiel. Juan Perón l'a bien exprimé dans son texte de clôture du Congrès de philosophie tenu à Mendoza, en Argentine, en 1949, lorsqu'il a déclaré: "Personne n'est épanoui dans une communauté qui ne l'est pas".  Il est vraiment étrange que le libéralisme défende en même temps la liberté individuelle inviolable de la chambre et les valeurs morales de la vie commune. Depuis quand le libéralisme est-il le garant de l'orthodoxie morale du peuple ? Quand la vertu ne se cultive pas dans la solitude, elle ne peut pas non plus être le mortier de la vie communautaire, jamais cet homo duplex du libéralisme n'a conquis le paradis terrestre qu'il promettait.

B) Le capitalisme en tant que bienfaiteur de l'humanité, conséquence de son culte de l'argent comme bien suprême de la vie humaine. Le libéralisme dans sa version speed-libertaire analyse la réalité à partir d'une reductio à l'économie et en cela, ils sont solidaires de la doctrine à laquelle ils prétendent s'opposer: le matérialisme marxiste. La personne, élément substantiel de la communauté, est bien plus que ce qu'elle achète ou mange; elle est une hiérarchie de valeurs dans la complexité de sa vie spirituelle; elle est liberté, drame et désir de sens. Dans son culte du capital, le libéralisme impose un faux principe: le capitalisme assure une vie équilibrée, et de la même manière qu'il se répand et triomphe dans la société nord-américaine ou nordique, par propriété transitive, il doit aussi triompher en Argentine, au Mexique ou en Espagne. Bien sûr, le libéralisme ne comprendra jamais l'élément religieux qu'il porte dans son ADN, c'est-à-dire qu'il est le fruit de la Réforme qui, à l'aube de la Modernité, a fracturé l'unité spirituelle de l'Europe. Le capital semble être la forme ultime de la subjectivité moderne. Notre ethos culturel hispano-américain est réfractaire à cet esprit, car il existe une chose appelée idiosyncrasie, ou mieux encore, le profil spirituel des peuples, qui prend racine dans les trois éléments qui donnent naissance à ce que les Romains appelaient genius loci : le climat, le sol et le paysage. Les idéologies importées n'ont jamais contribué à la croissance d'un peuple, tout simplement parce que personne ne grandit à partir de ce qu'il n'est pas [1].

C) L'idée vacillante de la liberté, dépourvue de vision métaphysique. L'énergique libertaire de ces temps-ci pousse son cri sacré qui dit "Vive la liberté" ! Et à quoi se résume cette liberté ? C'est que chaque individu ne doit pas voir ses idées, et encore moins son porte-monnaie, mis sous contrôle. Bien sûr, mais la liberté est plus profonde, c'est un don qui appartient au domaine de l'esprit et qui est ordonné au bien. "Eh bien", dira le libertaire, "c'est du platonisme, et ici c'est l'Évangile selon Milton Friedman". L'autorégulation de l'homme par sa raison est aussi utopique que le paradis marxiste d'une société sans classes. Derrière la richesse d'un individu ou d'un État, il n'y a pas toujours un passé sans tache. Celui qui a entrevu, avec ironie et lucidité, les dessous cachés de cette doctrine est le prêtre Castellani, qui, se référant au libéralisme d'antan, qui, comme celui d'aujourd'hui, consistait en une sorte d'élan de jeunesse face à une foule de choses qui devaient mourir, lançait lui aussi le cri "Vive la liberté". Ce qu'ils ne savaient pas, dit Castellani, c'est que derrière cette Liberté dorée et rose du libéralisme, il y avait d'abord une erreur, puis une fiction, puis une hérésie; l'erreur de la liberté du commerce, la fiction de la souveraineté du peuple, et l'hérésie de la Religion de la Liberté - opposée à la religion du Christ mais dérivée de celle-ci" [2].

Voilà pour le nouveau visage du libéralisme, le speedisme libertaire. Face à cela, il existe une autre espèce, phénoménologiquement plus difficile à aborder bien que basique dans son déploiement militant: la gauche édulcorée. Lorsque la gauche n'était pas animée par une préoccupation sociale sincère, son moteur intime était le ressentiment. Le ressentiment est un phénomène psychique qui tire sa force de l'impuissance face à la valeur qu'il ne peut imiter et de la rébellion contre le réel qu'il ne peut changer ; c'est pourquoi le ressentiment est une "auto-intoxication psychique", comme l'a brillamment défini Max Scheler (3).

Avec la lente progression du capitalisme dans le monde, la gauche a progressivement perdu son sujet historique, le prolétaire en tant qu'acteur de la révolution, et dans cette éclipse, sa force vitale, sa "mystique", s'est également obscurcie. La "révolution" devait alors se faire par d'autres moyens et la gauche a opté pour la culture. Bien sûr, ce qui était au départ une contre-culture est progressivement devenu le bouffon le plus grotesque de l'oligopole financier international. La gauche actuelle, édulcorée, comme nous l'avons appelée, ne rougit même pas de parler de sa vocation anti-impérialiste et, en même temps, de prendre en charge toutes les causes des maîtres du monde. Et pourquoi cela? Parce que le ressentiment rend aveugle. Quelle différence entre cette gauche qui milite pour la mort prénatale et ce poète exalté, peut-être le meilleur de toute sa génération, Miguel Hernández, lorsque, dans les vicissitudes de la prison et de la mort, il s'accrochait à la vie qui grandissait dans un ventre: "sauf ton ventre, tout est sombre, sauf ton ventre, clair et profond".  Celui qui l'a vu avec des yeux aiguisés et une écriture fourchue, c'est Francisco Umbral, le meilleur chroniqueur espagnol des dernières décennies du XXe siècle et au-delà, car aujourd'hui encore, ce Paco continue de s'épanouir chez ceux qui imitent son style. Dans un article mémorable et polémique, prenant comme toile de fond les échos de la chute de l'URSS, Umbral, dans les pages d'El Mundo a écrit :

"Ici, en Occident, nous sommes très fiers de nos corruptions démocratiques, nous vivons quotidiennement la fagoterie d'une liberté qui n'est pas la liberté et nous pensons avoir fait la révolution parce que les homosexuels s'embrassent déjà sur la Gran Vía et la Cinquième Avenue à New York, mais pour moi, il est plus urgent de désencombrer la Gran Vía et la Cinquième Avenue des mendiants, des ressortissants du tiers-monde, des aveugles, des chômeurs avec des moignons et des pancartes et de faire quelque chose de vraiment social et juste avec eux" [4]. 

unnamedMSHR.jpg

La sincérité brutale d'un socialiste sentimental. De ces socialistes qui remplissaient les cafés de poésie, il ne reste rien d'autre qu'un casting de marionnettes progressistes au service de l'atomisation des peuples. 

Nous pensons que la vieille dialectique entre la gauche et la droite est désormais obsolète et que le labyrinthe peut être surmonté par le haut. Aujourd'hui, c'est l'identité contre le mondialisme, c'est la dignité du pain bien mérité et une table austère mais heureuse. Et nous croyons, parce que nous prêchons la dignité de la personne, ni le sujet sans visage ni le culte individuel de son propre ego, parce que nous croyons en une tradition qui ne vénère pas les cendres - comme disait Chesterton -, mais vit dans le désir de maintenir le feu allumé.

Notes:

[1] Voir : Jean-Paul II. Centesimus annus (1991)

[2] Leonardo Castellani. Essence du libéralisme. Ed. Nuevo orden, Buenos Aires, 1964 : p. 7.

[3] Voir : Max Scheler : El resentimiento en la Moral. Espasa-Calpe, Buenos Aires, 1938.

[4] Francisco Umbral. Los placeres y los días. El Mundo : 14/01/1992.

 

Les Etats-Unis s'orientent vers le Pacifique et contre la Chine: l'Europe demeure dans l'obscurité.

aircraft-carrier.jpg

Les Etats-Unis s'orientent vers le Pacifique et contre la Chine: l'Europe demeure dans l'obscurité

Enric Ravello Barber

Ex: https://www.enricravellobarber.eu/2021/09/estados-unidos-se-desplaza-al-escenario.html#.YUjJjX06-Ul

Les États-Unis renforcent leur puissance dans le Pacifique en créant une alliance militaire anti-chinoise avec le Royaume-Uni et l'Australie. La tension dans la zone Pacifique entre les deux grandes puissances mondiales (la Chine et les États-Unis) a gagné en intensité ces dernières semaines, avec un regain de tension sur une question qui oppose Washington à Pékin depuis des décennies : la souveraineté de l'île de Taïwan, que la Chine revendique comme son propre territoire et sur laquelle Pékin a fixé une date limite pour son incorporation complète, 2049, année du centenaire de la proclamation de la République populaire de Chine.

Il ne s'agit pas d'une décision majeure de l'actuel président Joe Biden, mais simplement de la poursuite d'une politique déjà annoncée par Obama : le centre géostratégique du monde se déplace vers le Pacifique et les États-Unis s'installent sur la nouvelle grande scène de la politique mondiale. Selon Barack Obama lui-même, 60% de la flotte de guerre américaine devait être située dans l'océan Pacifique.

L'alliance militaire AUKUS (Australie + Royaume-Uni + États-Unis) correspond parfaitement à la recherche par les États-Unis d'alliés dans la région pour contrebalancer la puissance chinoise. Logiquement, ses premiers et plus fidèles alliés seront recherchés dans le monde anglo-saxon (1). L'Australie a dû choisir entre son premier allié commercial (la Chine) et son premier allié militaire (les États-Unis), avec lesquels elle entretient des liens culturels et ethniques déterminants, liens qu'elle partage avec la "mère patrie" britannique commune.

Cette alliance dans le Pacifique comprend déjà - suivant la même logique de recherche d'alliés - le Canada et la Nouvelle-Zélande (les "Five Eyes"), qui sont susceptibles de rejoindre l'alliance militaire dans un avenir proche.  Dans la stratégie américaine, cela représente une nouvelle étape clairement définie dans sa stratégie: l'abandon de l'Europe occidentale. Les scénarios ont changé et l'Atlantique est désormais un océan secondaire.

La France, qui est désormais la seule voix de l'Europe dans la politique internationale, a réagi contre la décision de l'Australie pour deux raisons précises: 1) la rupture du contrat d'achat de sous-marins nucléaires signé entre Paris et Canberra, qui les achètera désormais aux Etats-Unis, et 2) sa non-inclusion dans la stratégie militaire du Pacifique qui laisse ses possessions du Pacifique sans le parapluie militaire du Pentagone (2). Mais Paris sait que la raison profonde est la suivante: la France, comme toute l'Europe, est en train de devenir un acteur secondaire ou tertiaire dans la géopolitique militaire mondiale et que l'OTAN n'aura bientôt plus aucun sens, ne protégera plus l'Europe, et que l'UE doit maintenant commencer à construire une armée européenne. Les déclarations du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, sont claires pour qui veut les comprendre (3). Le véritable problème n'est pas que les États-Unis ne soient plus un "allié fiable". Les États-Unis n'ont jamais été un allié, mais la puissance dominante qui a soumis l'UE à un contrôle colonial. Aujourd'hui, les scénarios changent et l'Europe ne constitue plus un intérêt majeur pour Washington, qui, comme le font tous les pays forts, se désengage simplement, se débarrasse d'un fardeau qui ne lui est plus utile.

La Chine, puissance montante, a menacé de qualifier cette alliance d'"irresponsable" (4). Pékin ne réagira pas immédiatement; sur le plan militaire elle sait qu'elle n'est pas encore en mesure de le faire, et, diplomatiquement, elle vient d'enregistrer ses deux derniers triomphes: l'accord avec les Talibans en Afghanistan et la récente incorporation de l'Iran dans l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), triomphes qui lui donnent un grand avantage stratégique dans son premier objectif géopolitique actuel: la construction de la nouvelle route de la soie sous son contrôle.

A l'exception de la voix de Paris, l'UE, pathétique alliance de faiblesses délétères, montre son impuissance dialectique en déclarant, en pleurnichant abondamment, que "Nous n'avons pas été informés". Ce que je me demande personnellement, c'est si les dirigeants de l'UE seront capables de percevoir les changements stratégiques que l'Europe sera obligée de faire dans le très court terme, et qui passent inévitablement par un rapprochement avec la Russie.

Notes:

(1) https://www.elconfidencial.com/mundo/2021-09-15/eeuu-influencia-china-respuesta-alianza-uk-australia_3290279/

(2) https://www.abc.es/internacional/abci-francia-denuncia-pacto-eeuu-australia-y-reino-unido-punala-espalda-202109161151_noticia.html

(3) https://www.elmundo.es/internacional/2021/09/18/61464634fdddffe8248b45bb.html

(4) https://www.ansa.it/sito/notizie/mondo/2021/09/16/cina-irresponsabile-accordo-usa-australia-su-sottomarini_4406874f-76c8-4fa0-9121-a8ef006df627.html

 

Le modèle Kubler-Ross et la grande fatigue des résistants au passe sanitaire

imagesKR.jpg

Le modèle Kubler-Ross et la grande fatigue des résistants au passe sanitaire

par Nicolas Bonnal

Il y a quelques mois le Saker a énervé bien des opposants au système et à la tyrannie vaccinale en se moquant cruellement d’eux, présumés complotistes et débiles : il semble d’ailleurs qu’il était sur cette affaire comme sur d’autres plus royaliste que le roi (à force de défendre un camp présumé du bien et un gouvernement…). Je n’ai aucune envie de polémiquer avec lui : s’il ignore ce que Reset, Schwab, Gates, Yellen, Leyen (anagramme), Green Deal et Black Rock veulent dire, c’est son affaire.

Par contre il évoquait le modèle Kubler-Ross. Et alors que nous voyons la résistance à son étiage, le passe imposé partout, on peut se poser la question : ce modèle tant critiqué par des psychiatres aux ordres est-il d’actualité ? Il semblerait que oui. Car après l’emballement de cet été on voit que nos résistants commencent à être fatigués ; je ne vais pas les nommer. Les manifs systématiques et brouillonnes agonisent. Lucien Cerise disait récemment dans une interview :

 « Il faut sortir du spontanéisme révolutionnaire, qui est une forme d’analphabétisme politique. Les manifestations ne servent strictement à rien si elles n’ont pas un débouché institutionnel, par la conquête du pouvoir, c’est-à-dire la conquête de la bureaucratie et de la technocratie administrative d’État… »

Or à multiplier des manifs chaque samedi, Philippot et les siens fatiguent le monde et donc renforcent un pouvoir qui a été patient. Philippot ne cesse de vanter son succès alors que les troupes se délitent (contrairement à une idée reçue il faut faire les révolutions l’été, pas à la rentrée, voyez 1789 ou 1830). Je ne sais pas si Philippot, que j’ai soutenu faute de grives,  est une opposition contrôlée : je ne crois pas à cette notion  galvaudée (Eric Zemmour, opposition contrôlée !!!), je constate qu’il est impossible de s’opposer à ce système mondialiste-tyrannique qui s’écroulera ou triomphera totalement.

Hier Avic écrivait justement (et courageusement) ici même à propos des événements de Melbourne :

"Nous sommes loin des gentilles petites manifestations à la française bien balisées, bien réglementées, infiltrées par un réseau dense de policiers chargés de surveiller les faits et gestes de chaque participant, de sorte que le moindre éternuement non autorisé est aussitôt étouffé et le coupable maitrisé sans ménagement et escorté vers le camion de police le plus proche par deux ou trois individus sortis de nulle part.

Des décennies de défilés derrière des leaders syndicaux, dont le rôle est précisément de calmer et canaliser les colères, a fini par enfermer les Français dans cette façon soumise de protester. D’où la volonté des médias de masse et du gouvernement de vouloir absolument doter le mouvement des Gilets Jaunes de chefs fabriqués de toutes pièces dans leurs officines de communication ».

Mais comme me le disait Lucien Cerise cette manif australienne n’a pas débouché sur grand-chose non plus. Le Nouvel Ordre Mondial a de beaux jours devant lui jusqu’à son écroulement énergétique total (voyez mon livre collectif sur grand reset et grand effondrement vendu aussi à prix coûtant) et surtout prochain. Le fascisme vert et le Green Deal vont accélérer le grand effondrement occidental qui veut encore en plus faire la guerre à tout le monde (Chine, Russie, Iran, en attendant le reste).

Pour être sincère j’ai vécu une jeunesse entourée de manifs autrement fortes que nos petites manifs estivales, festives et coloriées, organisées par la CGT ou le PCF; elles n’ont pas servi à grand-chose non plus. Davos s’est imposé partout avec ses oligarques et son totalitarisme étatique.

Ce qui nous guette, c’est le recul et la résignation ; voyons notre modèle Kubler-Ross :

Les cinq étapes du modèle sont:

Déni (denial). Exemple : « Ce n'est pas possible, ils ont dû se tromper. »

Colère (anger). Exemple : « Pourquoi moi et pas un autre ? Ce n'est pas juste ! »

Marchandage (bargaining). Exemple : « Laissez-moi vivre pour voir mes enfants être diplômés, se marier… », « Je ferai ce que vous voudrez, faites-moi vivre quelques années de plus. »

Dépression (depression). Exemple : « Je suis si triste, pourquoi se préoccuper de quoi que ce soit ? », « Je vais mourir… Et alors ? », « Je vais bientôt mourir, alors à quoi tout cela sert-il ? »

Acceptation (acceptance). Exemple : « Maintenant, je suis prêt, j'attends mon dernier souffle avec sérénité. », « Ça va aller. », « Je ne peux pas le combattre; je fais aussi bien de me préparer. »

Ce modèle est bon selon moi à rappeler pour la résistance : il s’agit de comprendre les reculades des uns, la lassitude des autres. De cette manière, on peut préparer une contre-attaque. Mais pas mal de mes lecteurs (ceux qui travaillent) me disent que tout le monde est vacciné autour d’eux, et que les terrasses sont pleines, comme disait déjà Ortega Y Gasset dans son livre sur la rébellion des masses.

Car on n’est pas encore sortis de l’auberge.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mod%C3%A8le_de_K%C3%BCbler-...

https://strategika.fr/2021/09/14/pass-sanitaire-biopoliti...

https://reseauinternational.net/melbourne-18-septembre-20...

https://www.zerohedge.com/economics/skyrocketing-energy-p...

https://www.amazon.fr/Grand-Reset-grand-effondrement-Alex...

https://www.dedefensa.org/article/ortega-y-gasset-et-la-m...

 

 

12:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, manifestations | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 20 septembre 2021

Habermas et l’hypothèque idéologique allemande

838_000_par7631793.jpg

Habermas et l’hypothèque idéologique allemande

Par Gérard Dussouy, professeur émérite des universités, essayiste

Ex: https://www.polemia.com

Polémia suit attentivement la situation politique et sociale en Allemagne. Nous publions ainsi régulièrement des articles de notre envoyé spécial outre-Rhin, François Stecher. Alors que les élections législatives et fédérales approchent, nous partageons avec nos lecteurs un texte brillant de la plume de Gérard Dussouy. Dans une analyse philosophique passionnante, Gérard Dussouy nous dresse un portrait édifiant d’une nation soumise à un endoctrinement social de grande ampleur.

Un texte à lire avec attention pour comprendre ce qui se passe chez nos voisins.
Polémia

Angela Merkel prend sa retraite et il est probable que le SPD va remporter les législatives ou fédérales du 26 septembre 2021. Que le résultat soit celui-là ou qu’il soit autre, cela ne changera pas grand-chose. En effet, l’Allemagne est depuis plus de cinquante ans recouverte par la même chape idéologique qui l’inhibe sur le plan politique et qui, du même coup conditionne l’action politique de l’Union européenne. Cette idéologie qui explique, quels que soient les partis ou les coalitions au pouvoir, que sa politique extérieure demeure fixe, c’est-à-dire systématiquement alignée sur les États-Unis, et qu’elle se fasse le porte-drapeau de tous les desiderata onusiens. Elle explique aussi pourquoi, bien que l’Allemagne soit la puissance industrielle et financière qu’elle est, elle ne fait guère entendre sa voix sur la scène internationale, et surtout pourquoi elle ne l’élève jamais quand il s’agit de revendiquer une émancipation de l’Europe.

Bien entendu, pour comprendre cette apathie, il faut compter avec le statut international de l’Allemagne depuis 1945 qui est celui d’une « souveraineté limitée », comme on le disait des Démocraties Populaires à l’époque de l’Union soviétique, ou si l’on préfère « surveillée ». Cependant, comme l’a dénoncé le philosophe Peter Sloterdijk il y a quelques années déjà, le consensus idéologique allemand, tel qu’il a été imposé, vient principalement de ce que « dans les années 1970 lorsque Habermas a pris le pouvoir, […] l’anti-nietzschéisme de la Théorie critique, de l’École de Francfort, est devenu la tonalité dominante en Allemagne. La Théorie critique […] montant une espèce de « garde sur le Rhin », elle a tout fait pour minimaliser la pensée française en Allemagne qu’il s’agisse de gens comme Deleuze, comme Foucault ou d’autres »[1]. A tel point que, selon Sloterdijk, la philosophie désormais dominante en Allemagne est devenue productrice d’une « hypermorale » (selon le concept d’Arnold Gelhen) qui s’oppose à toute pensée critique, et qui exerce son interdit sur toute orientation politique non conforme avec le statuquo établit.

Peter_Sloterdijk,_Karlsruhe_07-2009,_IMGP3019.jpg

Il faut savoir que la majeure partie de l’œuvre de Jürgen Habermas est consacrée à la récusation du paradigme de la domination présent dans presque tous les courants de la philosophie politique. Dans l’étude qu’il a consacrée à ce philosophe, Arnauld Leclerc en arrive à la conclusion suivante:  « premièrement, contre Arendt, Habermas fait valoir l’impossibilité de penser le pouvoir en excluant la domination; deuxièmement, contre Hobbes, Schmitt et Weber, Habermas fait valoir l’impossibilité de réduire le pouvoir à la domination qui peut, certes, être rationalisée, mais jamais être légitime; troisièmement, contre les théories critiques de la domination, allant de Marx à  Bourdieu, en passant par l’École de Francfort et Foucault, Habermas fait valoir l’impossibilité absolue de faire de la domination un paradigme de la théorie politique »[2]. C’est à ce titre qu’il prône le passage à l’ère postnationale, qui fait des Allemands des citoyens du monde et non plus un peuple en soi, et qu’il veut voir dans la mondialisation un « horizon sans domination » par suite de l’homogénéisation des hommes. Il faut dire que ce nouvel état des choses a plutôt été facilement accepté par les Allemands, sachant que leur économie, remarquablement spécialisée, a profité à plein de la mondialisation.

9782081249868.jpgAfin de dissoudre l’ethnocentrisme inhérent à chaque individu et à chaque peuple, Habermas entendait faire appel à la « raison communicationnelle » qu’il interprète, note le philosophe pragmatiste américain Richard Rorty, « comme l’intériorisation de normes sociales, plutôt que comme une composante du « moi humain ». Habermas entend « fonder » les institutions démocratiques ainsi que Kant espérait le faire ; mais il ambitionne de faire mieux en invoquant, à la place du « respect de la dignité humaine » une notion de « communication exempte de domination », sous l’égide de laquelle la société doit devenir plus cosmopolite et démocratique »[3]. L’objectif de Jurgen Habermas est que l’action communicationnelle, couplée à une sphère publique bien structurée, puisse conduire l’homme à se débarrasser de son identité nationale, romantique, et autoriser l’humanité à s’unir dans une paix perpétuelle en dépassant les souverainetés et en écartant ainsi toute velléité de conflit[4].

Dans les faits, le triomphe d’Habermas et l’adoption de ses idées par les milieux officiels (tel celui de l’éducation) ont abouti à l’hégémonie communicationnelle et idéologique de son camp en Allemagne, avec l’aval de ses « alliés » satisfaits de la passivité politique induite, plutôt qu’à un dialogue digne de ce nom. A la suite du contrôle de l’information, des médias et des différents processus de socialisation, a été possible le formatage de la représentation collective, jusqu’à changer radicalement la culture politique de la nation allemande. Analysant le programme de rééducation politique et historique dont ont été gratifiés les Allemands, mais aussi les Japonais, Thomas U. Berger n’hésite pas à écrire « qu’ils furent bombardés par une propagande antimilitaire qui fut au moins aussi violente que la propagande de la période de la guerre qui l’avait précédée »[5].

51Aua5tdFxL.jpgL’ankylose idéologique dont souffrent les partis politiques allemands explique notamment le peu d’entrain de l’Allemagne à suivre Emmanuel Macron quand il parle de « souveraineté européenne » et qu’il propose des avancées en matière de défense communautaire ou d’armée européenne. Le président français, adepte lui-même des thèses d’Habermas qu’il est allé visiter au début de son quinquennat, aurait pourtant dû s’y attendre.

Or, le dilemme est d’autant plus difficile à résoudre que dans le même temps plusieurs pays partenaires de l’Allemagne, notamment ceux du sud de l’Union européenne dont la France,  demeurent tributaires d’elle dans la mesure où elle leur sert de « parapluie monétaire » ; et qu’en cas de désaccord profond ou de séparation, c’est la banqueroute qui les menace. Il faudra donc attendre que des événements exceptionnels se produisent pour que l’hypothèque idéologique allemande soit levée.

Gérard Dussouy
19/09/2021

Notes:

[1] Sloterdijk Peter, Le Magazine Littéraire, entretien, n°406, février 2002, p.34.
[2] A. Leclerc, « La domination dans l’œuvre de Jürgen Habermas. Essai sur la relativisation d’une catégorie », Politeia, N°1 Politique et domination à l’épreuve du questionnement philosophique, Novembre 1997, p. 53-85.
[3] R. Rorty, Contingence, ironie et solidarité, Paris, Armand Colin, 1993, p. 205.
[4] J. Habermas, La paix perpétuelle. Le bicentenaire d’une paix kantienne, Paris, Le Cerf, 1996.
[5] T. U. Berger, « Norms, Identity and National Security in Germany and Japan », Peter J. Katzenstein, The Culture of National Security, New York, Columbia University Press, 1996, p. 317-356.

Bonnal et la Nécropolitique

22cb3ffe8dfc4591aa70bd995eaa6518.jpg

Bonnal et la Nécropolitique

Le Coup de Gueule de Nicolas Bonnal, la rubrique de Café Noir enregistrée le mardi 14 septembre 2021.
 
 
Bibliographie:
 
Achille Mbembe (la Nécropolitique) https://en.wikipedia.org/wiki/Achille...
 
Le Voyageur Éveillé – Nicolas Bonnal https://www.amazon.fr/dp/2251442235
 
La Comédie Musicale Américaine – Nicolas et Tetyana Bonnal https://www.amazon.fr/dp/B08NWWYBT3
 
CHAINE AVATAR EDITIONS SUR ODYSEE https://odysee.com/@avatarmediaeditions
 
LIVRES DE BONNAL CHEZ AVATAR EDITIONS Louis Ferdinand Céline – La Colère et les Mots https://avatareditions.com/livre/loui...
 
 
Internet – La Nouvelle Voie Initiatique https://avatareditions.com/livre/inte...
 
Le Choc Macron – Fin des Libertés et Nouvelles Résistances https://avatareditions.com/livre/le-c...
 
SITE DE NICOLAS BONNAL: https://nicolasbonnal.wordpress.com/

Du 9/11 aux Guerres Infinies

Smoke-flames-twin-towers-attacks-World-Trade-September-11-2001.jpg

Du 9/11 aux Guerres Infinies

 
Café Noir – Un Autre Regard sur le Monde.
 
Émission du vendredi 17 septembre 2021 (enregistrée le 13 septembre 2021) avec Gilbert Dawed et Jaques Borde.
 
 
Pourquoi l’Amérique ? 11 Septembre 2001 – Jacques Borde https://avatareditions.com/livre/pour...
 

1540-1.jpg