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dimanche, 21 février 2016

Géopolitique. L'Europe et le recul de l'Amérique

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Géopolitique. L'Europe et le recul de l'Amérique

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

L'Europe pourrait bientôt se retrouver face à une occasion exceptionnelle, se libérer de la domination américaine qui pèse sur elle depuis la 2e guerre mondiale.

De cette domination, beaucoup d'européens ne veulent pas convenir, ou ne sont même pas conscients, depuis si longtemps qu'ils y sont accoutumés. Pourtant un évènement à portée historique est désormais en train de se produire. On peut penser qu'il sera irréversible.

Il s'agit de la perte mondiale d'influence de l'Amérique, autrement dit son recul. Ceci résulte en partie de la montée en puissance de la Russie et de ses « alliés » du Brics, notamment la Chine. Mais d'autres facteurs, internes à l'Amérique ou découlant du poids excessif pris par les intérêts financiers dont l'Amérique a voulu se donner le monopole, interviennent aussi

Nous les résumerons dans une premiere partie. Nous verrons ensuite, dans une seconde partie, en quoi l'Europe pourrait à cette occasion revaloriser des ressources historiques qu'elle a laissé dépérir en cédant à la domination américaine.

1. Le recul de l'Amérique

Il se manifeste sur de nombreux plans, dont chacun mériterait de longs articles. Résumons les ici en quelques paragraphes.

- La perte d'influence du pétrodollar que l'Amérique avait jusqu'ici réussi à imposer comme référence économico-monétaire internationale.

Cette perte tient à une baisse qui sera sans doute irréversible de la valeur du pétrole en tant que source d'énergie, face aux carburants de remplacement et à la crise climatique. L'Amérique ne produit pas directement beaucoup de pétrole, mais elle avait réussi à s'allier les producteurs du Moyen Orient. Par leur intermédiaire, grâce à un prix élevé du pétrole, manipulé à sa demande, elle mettait toute l'économie mondiale sous la dépendance de ses choix stratégiques. Depuis une décennie, elle avait cru pouvoir poursuivre ce jeu en exploitant ses propres réserves de gaz de schistes, mais le bas prix du pétrole rend la production de gaz de schistes ruineuse.

Le terme de pétro-dollar signifie que le dollar, en tant qu'arme de guerre contre les autres monnaies, tire sa force du poids politique considérable que lui conférait la maîtrise par les Etats-Unis des marchés pétroliers, que ce soit à la hausse ou à la baisse. Or la baisse mondiale des prix du pétrole prive l'Amérique de cette arme. On dira qu'avec de bas prix du pétrole, elle avait failli asphyxier l'économie russe ou celle de concurrents comme le Vénézuéla en Amérique latine. Mais ce serait oublier que face à cette baisse, la Russie a finit par réagir en se dotant d'industries qui la rendront indépendante des seules exportations de pétrole et de gaz et qui en feront une concurrente très compétitive des Etats-Unis – tant au plan civil que militaire.

- Dédollarisation progressive d'une partie du monde.

Le terme signifie que la Chine, l'Iran ou d'autres pays importants, sans mentionner la Russie, s'orientent progressivement vers des monnaies étalon propres, notamment yuan et rouble. De même beaucoup de banques centrales vendent désormais une partie de leurs actifs en dollars. Elles se rendront donc indépendantes des manipulations de la valeur du dollar permise par l'abandon de l'or comme référence monétaire internationale.

Ces manipulations prenant de nombreuses formes, dont depuis quelques temps l'impression de dollar-papier par la Banque fédérale américaine (quantitative easing) faisaient de Washington, par l'intermédiaire de la Fed et de la Banque mondiale, l'arbitre d'une grande partie des choix d'investissements et d'échanges dans le monde. Il en sera beaucoup moins capable.

Rappelons que l'euro pourrait être un concurrent majeur du dollar. Encore faudrait-il que les pays européens membres de l'Eurogroupe s'organisent pour exploiter les possibilités de l'euro. Ils devraient commencer par faire de la Banque centrale européenne (BCE) autre chose qu'une annexe de la Fed. Nous y reviendrons dans notre seconde partie.

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- Désindustrialisation des Etats-Unis

.Depuis la montée en puissance des intérêts financiers internationaux basés à Wall Street, c'est-à-dire sous le contrôle américain, l'Amérique a renoncé à développer les investissements industriels dits de l'économie réelle qui lui avaient permis de s'imposer lors des dernières guerres mondiales. Or ceux-ci seront de plus en plus indispensables face aux nouveaux enjeux du développement, notamment dans la lutte contre les dérèglements climatiques.

Certes, avec l'exode dans les pays dits émergents des principales entreprises américaines, notamment dans le domaine numérique, l'Amérique avait jusqu'ici réussi à se conserver des avantages considérables dans l'économie réelle mondiale. Mais de plus en plus de pays décident aujourd'hui de reprendre un certain contrôle politique sur ces entreprises, ou bien leur suscitent des concurrents locaux.

- Désaméricanisation des zones d'influence traditionnelles.

Ces zones couvrent encore une grande partie du monde développé. L'Amérique en jouit pour se donner une influence mondiale bien supérieure à celle que lui donneraient ses forces propres. Elle s'appuie encore sur elles dans le conflit progressif qui l'oppose à la Russie, à la Chine et à certains pays du Brics. On les trouve au Moyen-Orient, en Amérique latine et dans une partie de l'Asie, notamment dans les pays en voie d'accepter d'entrer dans le Traité de libre-échange transpacifique imposé par Washington. L'Europe évidemment en constitue un élément fondamental.

Or depuis quelques mois, la résurrection de la puissance diplomatique et militaire de la Russie, comme en parallèle l'affirmation d'une puissance chinoise, conduisent de nombreux pays à décider de se désaméricaniser, c'est-à-dire refuser de rester sous la domination américaine, qu'elle soit politique, économique ou même culturelle. On cite à juste titre l'exemple de l'Iran ou de l'Irak. Mais nombre de pays caucasiens ou asiatiques suivent cette voie. Il n'est pas impossible que des alliés fidèles, comme Israël ou le Japon, décident à leur tour de se désaméricaniser, au moins en partie.

- Perte d'influence de l'énorme potentiel militaire américain

Ce potentiel, valant à lui seul environ 17 fois les forces cumulées du reste du monde, a toujours permis à Washington de s'imposer comme arbitre mondial et d'assurer sa domination, notamment sur l'Europe. Seule l'ex URSS, devenue la Russie de Poutine, s'était donné les moyens de faire peser sur Washington la menace d'une frappe nucléaire en retour. Or avec la nucléarisation de certains pays refusant de céder aux menaces américaines, il apparaît de plus en plus que des conflits, même locaux, opposant l'Amérique au reste du monde seraient vite stabilisés par la crainte qu'ils ne dégénèrent en conflit nucléaire, voire en 3e guerre mondiale. Les Etats-Unis ne pourraient prendre ce risque, car ils en subiraient eux-aussi en retour les conséquences catastrophiques.

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Par ailleurs, dans le domaine des armements dits conventionnels, la Russie, suivie par la Chine, ont mis au point des armes très sophistiquées, bien moins coûteuses que les grandes équipements américains, mais capables dans de nombreux cas de faire jeu égal avec eux. C'est le cas des missiles balistiques, dont un seul exemplaire, bien placé, pourrait envoyer par le fond un porte-avions. On peut citer aussi le domaine des avions de combat, avec le désastreux F35 dit Joint Strike Fighter. Le Pentagone va certainement essayer de se doter d'armes aussi efficaces que les Russes et les Chinois, mais le retard pris ne se rattrapera pas facilement

- Recul progressif des monopoles acquis depuis 50 ans dans les sciences et les technologies du futur, ainsi que dans les grands programmes associés.

Ceci tient au fait que les recherches correspondantes sont de moins considérées par Wall Street et le gouvernement fédéral soumis à ses intérêts, comme de rapport suffisant à court terme. Ne conservent de ressources budgétaires généreuses que les recherches et développement ayant un intérêt militaire. Certes, la liste en est longue. Il en résulte que l'Amérique est encore loin de perdre les positions dominantes acquises dans un certain nombre de sciences. S'y ajoute le fait qu'avec un espionnage généralisé sophistiqué, elle peut récupérer à son profit les recherches faites ailleurs, notamment en Europe ou au Japon.
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Cependant, face aux recherches russes et chinoises, ainsi que dans une certaine mesure face aux investissements du reste du monde, y compris en Europe, l'Amérique risque de se laisser évincer de domaines qui seront stratégiques. On peut mentionner la lutte contre les changements climatiques et la dégradation des éco-systèmes. Il en sera peut-être de même dans le spatial civil, l'astronomie et la cosmologie dont les retombées irrigueront beaucoup de développements dans les prochaines décennies (Voir à ce sujet notre article « A la poursuite des ondes gravitationnelles », commentant les travaux du scientifique français Pierre Binétruy;

Développement en interne d'oppositions politiques qualifiées d'anti-système.

Ce terme désigne les mouvements qui au sein même des deux grands partis américains, refusent de lier leur sort aux stratégies imposées jusq'à ce jour par le domination de l'infime en nombre mais toute puissante minorité des super-riches et super-puissants. Ces mouvements anti-système sont à ce jour représentés par deux candidats à la présidence des Etats-Unis, Donald Trump pour les Républicains et Bernie Sanders pour les Démocrates.

Même s'ils ne réussisent pas à s'imposer aux forces conservatrices qui dominent la vie politique américaine, ils prendront certainement suffisamment d'importance pour militer en faveur, non pas d'un recul proprement dit de la puissance américaine mais de limites mises aux plus aventurées de ses ambitions géostratégies.

2. La remontée en puissance de l'Europe.


Pour cela un certain nombre de stratégies convergentes devront être mises en oeuvre.

Refonder les alliances à l'Est

Le premier objectif d'une Europe ayant réussi à s'affranchir de la tutelle américaine devra être d'élargir ses alliances à l'Est. Concrètement cela voudra dire considérer que son centre de gravité ne devra plus être exclusivement euratlantique, mais aussi eurasiatique.

Le premier partenaire à prendre en considération dans cette nouvelle perspective sera la Russie. Avec un certain nombre de précautions à prendre vis-à-vis de l'expansionnisme chinois, ce sera aussi la Chine. Le terme de partenaire devra être pris dans son sens le plus large, notamment concernant la Russie. Il ne s'agira pas comme actuellement avec les Etats-Unis, d'un rapport de dominés à dominants, mais de rapports entre puissances se considérant comme globalement équivalentes. Chacune disposera d'avantages spécifiques, mais la conjugaison de ces avantages produira une puissance finale qui sera dans la plupart des cas supérieure à la puissance américaine, surtout si l'exploitation quasi coloniale que celle-ci fait des ressources européennes pouvait diminuer.

Le futur ensemble eurasiatique se manifestera d'abord par des coopérations étendues dans le domaine qui est et sera à la source de toute puissance sur le long terme, sur une planète en évolution rapide confrontés à des défis multiples. Il s'agit de la recherche scientifique et technique, complétée par le plus grand nombre d'applications industrielles et économiques possible.

Inutile d'en esquisser le détail ici. Disons seulement qu'il s'agira de l'adaptation au changement climatique, à la diminution du nombre des espèces vivantes, à la raréfaction des ressources naturelles actuellement disponible. Au delà de ces priorité, on placera notamment la coopération à de grands projets structurants, par exemple l'exploration spatiale et ses multiples retombées, les biotechnologies et le génie génétique, les sciences de l'information, du numérique et de la robotique.

Dans ces divers domaines, même si l'Amérique dispose encore d'une indéniable supériorité, l'Europe, la Russie et la Chine, en conjuguant leurs ressources humaines et leurs laboratoires, pourront très vite prétendre au premier rang mondial. Ceci ne veut pas dire que tout serait mis en commun, car nécessairement les membres de l'alliance eurasiatique voudront se conserver certaines spécificités, mais beaucoup d'éléments, comme idéalement cela devrait d'ailleurs être le cas au plan mondial en matière de recherche fondamentale, pourront être développés en commun.

Un point délicat concerne les recherches susceptibles d'applications duales, civiles et militaires. La encore, si les politiques industrielles concernant les armements ne seront pas nécessairement partagées, elles pourraient reposer sur des coopérations et des symbioses étendues. Nous avons ici souvent cité le cas des avions de combat. Une coopération, par exemple, entre le français Dassault et la société russe Sukhoi Aviation Incorporated, pourrait être bénéfique pour les deux partenaires. Mais elle devrait reposer, comme d'ailleurs dans tous les domaines cités ici, sur une confiance réciproque, autrement dit excluant l'espionnage systématique.

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Une nouvelle alliance entre l'Europe, la Russie et la Chine devrait s'exprimer aussi dans le domaine diplomatique. Il s'agira de définir des politiques sinon communes du moins étroitement coordonnées vis-à-vis du reste du monde: les Amériques, l'Inde, le Japon, les Etats du Pacifique, l'Afrique. Si ces politiques peuvent conduire à des coopérations au plan de l'ensemble eurasiatique, ce sera une excellente chose. Mais il ne faudra pas craindre de manifester en tant que de besoin des positions différentes, sinon antagonistes, du fait que les intérêts de chacun des partenaires ne seront pas nécessairement convergents. Nous pensons notamment à la Chine, qui ne voudra pas toujours aligner ses positions sur celles de la Russie et de l'Europe, la réciproque étant également vraie.

Dans le domaine militaire se posera avec plus d'acuité que dans les autres la question des relations avec les Etats-Unis. Si ceux-ci poursuivent des politiques étrangères reposant sur un appel permanent à la puissance militaire et à l'espionnage numérique qui la soutend, l'ensemble eurasiatique en sera nécessairement la cible. Il sera considéré, comme l'est aujourd'hui la Russie et de plus en plus la Chine, comme un adversaire à éliminer. Si cependant le nouvel ensemble eurasiatique prend un poids suffisant, et vu sa diversité géopolitique, il sera peu sensible aux politiques de « regime change » auxquelles l'Amérique à d'innombrables fois fait appel à l'égard d'Etats plus fragiles, semant à cette occasion la guerre et le terrorisme.

Il ne faut pas par ailleurs exclure l'hypothèse selon laquelle de nouvelles majorités politiques plus modérées que ne le sont les néoconservateurs prennent le pouvoir à Washington. Dans ce cas, les rivalités, sans disparaître, pourraient prendre une forme plus pacifique qu'actuellement.

Construire l'Euroland

Sans vouloir nécessairement abandonner le concept d'Europe à 27 Etats ou davantage il sera indispensable qu'au sein de l'Europe se construise un sous-ensemble fédéral que l'on a déjà nommé l'euroland, mais qui reste une entité informelle et sans pouvoirs réels.

L'euroland est au sein de l'Europe le sous-ensemble d'Etats utilisant l'euro comme monnaie commune. L'euro a fait l'objet de nombreuses critiques. Mais celles-ci ne concernent pas directement l'euro proprement dit ni la Banque Centrale européenne. Elles concernent le fait qu'aucune pensée géopolitique solide n'anime le concept. L'euro est laissé au bon vouloir des financiers, eux-mêmes très largement sous le contrôle des intérêts anglo-américains, ceci l'intermédiaire de Wall Street et de la City de Londres. De ce fait les pays utilisateurs de l'euro ne peuvent bénéficier de politiques gouvernementales globales telles que celles mises en oeuvre par l'Etat fédéral américain, et dans une moindre mesure par tous les autres Etats du monde.

Pour que les choses changent, en excluant dans cette note les perspectives de sortie de l'Union européenne et de l'euro souvent évoqués par certains Etats membres de l'euroland, il faudra décider de tout le contraire: transformer l'euroland en un véritable Etat fédéral et mettre l'euro à son service. Au plan constitutionnel cette perspective a souvent été étudiée, y compris par nous ici. Inutile d'y revenir. Il s'agirait de mettre en place les éléments d'une structure fédérale démocratique: élections communes, parlement, gouvernement et services publics fédéraux. Ceux-ci, comme dans tous les Etats fédéraux, laisseraient de vastes responsabilités aux structures politiques et administratives des Etats fédérés, dans le cadre d'une répartition convenable des pouvoirs.

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Au plan de la monnaie, l'euro, qui donne son nom à l'Euroland, il faudra faire ce qui n'a jamais été fait jusqu'à présent, sous la pression de Washington, transformer la Banque centrale européenne (BCE) en instrument au service des politiques fédérales. Autrement dit, la BCE, tout en conservant une nécessaire mais partielle indépendance, devra, sur le modèle de la Fed américaine, définir des taux d'intérêts et quantité de monnaie en circulation permettant à l'euro de servir les objectifs des Etats de l'euroland.
Ceci en ce qui concerne les taux de change, les perspectives d'emprunt sur les marches financiers internationaux, la lutte contre l'inflation et la déflation

Par ailleurs, comme nous l'avons souvent également demandé ici, la BCE devra servir de relai à de nouveaux instruments à créer permettant de faire appel en priorité aux épargnes internes des pays de l'euroland, en les affectant à des besoins spécifiques d'investissements productifs à moyen et long terme dans l'économie réelle. L'un de nous a décrit ici en détail ce que pourraient être des « obligations à durée indéterminée » (ODI) pouvant être affectées à de grands programmes d'investissement dans l'industrie, les infrastructures, la recherche. A partir notamment de la mobilisation de ces épargnes, il pourrait être possible de « restructurer » c'est-à-dire allonger la durée et le poids des remboursements.

Une autre caractéristique de l'euroland devrait être de se voir conférer une certaine possibilité de protection vis-à-vis des concurrences « libres et sans contraintes » imposées par des Etats prétendant au nom du libéralisme exporter en Europe des produits à bas coût résultant notamment d'un écrasement des charges salariales et sociales pesant sur les salariés et les PME.

Le protectionnisme peut évidemment être dangereux en facilitant la poursuite d'archaïsmes face au progrès technique. Aussi faudra-t-il en faire usage d'une façon mesurée, dans le cadre notamment d'accords de réciprocité avec les pays concurrents.

Enfin, l'autonomie de type fédéral que devra acquérir l'euroland dans tous les domaines évoqués ici ne devra pas faire perdre en considération la nécessaire communauté culturelle et d'intérêts qu'elle entretiendra avec les pays hors-euro de l'Union européenne. L'euroland devra participer en tant que telle au bon fonctionnement des institutions de l'UE proprement dite, qui continuer à jouer un rôle important.

ll s'agira notamment du Parlement et du conseil des chefs d'Etat européens. S'y ajouteront d'autres institutions communes encore embryonnaire actuellement et qui devront être renforcées, notamment en matière de politique européenne de défense. Dans ce cas, la participation actuelle des pays européens à l'Otan n'aurait plus lieu d'être maintenue.

De très nombreux autres domaines, en matière par exemple d'infrastructures, d'équipement, de lutte pour la protection de l'environnement, de grands programmes de recherche, de politique spatiale (notamment au sein de l'Agence spatiale européenne (qui comprend d'ailleurs des membres non européens), devront être maintenus.

Par ailleurs, dans une conception de l'UE s'étendant plus largement qu'aux actuels 28, toutes négociations et contact utiles permettant d'associer ces Etats européens aux programmes, tant de l'Union que de l'euroland, devront être encouragés.

samedi, 20 février 2016

Hungarian Lessons

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I was surprised by how grimy and sooty Budapest was. So many of its buildings, once gorgeous, were in an advanced state of decay. This city looked better before World War II, for sure, and certainly a century ago. Since escaping Communism, Budapest is regaining its glories, though not at the same pace as Prague. There’s a peculiar local fad called ruin pubs, where hip types can drink and dance in these half-wrecked buildings. Too creaky to boogie, I only glimpsed them from the outside, but they didn’t look half bad.

In the subway concourses, there were many homeless, and they stayed there all day. Other aimless types loitered. The underground shops offered food, drinks, magazines and flowers. Some were owned by Chinese. At street level, there were many gyro shops run by Greeks, Turks or just plain Hungarians. According to the 2011 census, 7.3% of Budapest residents were foreign-born, but most were just ethnic Hungarians arriving from Romania, Serbia and Ukraine.

Before World War II, there were 200,000 Jews in Budapest and they had the largest synagogue in all of Europe. Half would be massacred by Germans and their Hungarian allies. In the countryside, a Jew’s chance of survival was even worse. Many Gypsies were also killed. Estimates of Gypsies in Hungary range from 3.1 to more than 10%. Thanks to a high birthrate, that percentage is constantly increasing.

Many of the most famous Hungarians were, well, not Hungarian, as in Magyar. Franz Liszt was German. Bela Bartok was half German and a quarter Serbian. Houdini, Robert Capa, Arthur Koestler and André Kertész were Jews.

Hungary has gotten much bad press lately because of Viktor Orban. Newsweek compared him to Mussolini, and John McCain described him as “a neo-fascist dictator getting in bed with Vladimir Putin.” When Orban became Prime Minister in 1998, he integrated Hungary into NATO so was seen as snugly in the Western camp, but with his second stint as Hungary’s leader, from 2010 to now, Orban has made some bold moves against both Brussels and Washington. What has been most highlighted and lambasted is Orban’s stance on the current refugee/illegal immigrant crisis, but some of his other decisions are even more rebellious against the hegemony of the power elite, to borrow a term from the Saker.

Orban rejected the IMF’s austerity measures, increased Hungary’s oversight over its Central Bank, raised taxes for all banks and, in 2013, even kicked out the International Monetary Fund. Orban’s moves against banksters have not been foregrounded by the international press because banksters and their allies don’t want you to think too much about their rampant criminal activities.

In defiance of the power elite effort to isolate Russia, Orban’s government agreed in 2014 to have South Stream go through Hungary. This Russian gas pipeline would also have crossed Turkey’s territorial waters, Bulgaria, Serbia, Greece, Slovenia and Austria. Though it would have benefited all of Europe, South Stream was scuttled by our global elites through pressures on Bulgaria. In contrast to Hungary’s decision, Poland has gone out of its way to avoid relying on Russian natural gas by arranging in 2006 to buy from distant Qatar. Thanks to a delay in the construction of a sea terminal, Poland still hasn’t quaffed any Qatar liquefied natural gas, though it’s already paying through its nose due to contractual obligations. Huffing the Russian stuff costs a lot less.

Besides seeking closer ties with Russia, Orban has repeatedly stressed that sanction against Russia hurts all European countries. What he’s advocating, then, is a Europe that must look out for its own interests in defiance of the suicide diktats from the power elite.

In 2011, Orban banned GMO crops from Hungary and destroyed 1,000 acres of corn planted with Monsanto seeds.

Also of note is Orban’s reaching out to Hungarians in neighboring countries. His government has provided monetary aid and even citizenship to all ethnic Hungarians (with the stipulation that one must speak the language to be naturalized). Thanks to the vindictive Treaty of Trianon after World War I, Hungary lost 71% of its land and 66% of its people. Not even Germany was truncated so ruthlessly.

Orban’s government has revoked tax-exemption status from most Hungarian religious organizations, including all versions of Muslim, Buddhist, Hindu and Baha’i, all but three Jewish synagogues, as well as many sects and religious orders such as Opus Dei, Benedictines, Marists, Carmelites, Mormons, Jehovah’s Witnesses, Seventh Day Adventists, Episcopalians, and Methodists.

The only ones to receive state recognition and support are those deemed traditional to Hungarian society.

OrbanP.jpgEchoing Putin and other leaders, Orban has condemned NGOs as a fifth column. Though as a young man, Orban received a four-month scholarship from the Soros Foundation to study in Oxford, he is fingering the Budapest-born Soros as an unwelcome meddler in Hungary and the rest of Europe. Thanks for the chump change, George, but bug off!

What you have, then, is a nationalist leader, and in Europe, we haven’t seen one in a long while who’s so unapologetic without sounding shrill. In his speeches and interviews, Orban explains himself quite clearly and candidly. To Die Weltwoche, a Swiss newspaper, Orban said in November of 2015, “There are terms and concepts which for a long time could not be uttered, but which are once again beginning to form part of public discourse. For example, ‘borders’—are they good or bad? We can once again say that they have their good sides. Or ‘nation’: this word can once again be used in a positive sense. “Christianity”: most European leaders – including myself – are advised not to use this word too frequently, because most Europeans no longer feel Christian. Now, however, this word is once again returning to political debates. Or ‘pride,’ as in ‘the pride of a nation’: once again it has become a legitimate expression. A positive consequence of the migration crisis is that once again we are attempting to talk openly about our continent’s identity—more freely than in the past two decades.”

The refugee/illegal immigration crisis has also exposed the impotence of the European Union, “This negative impression over the EU’s helplessness already existed before the migration crisis. The citizens of Europe saw it during the financial crisis and the crisis over Greece. They criticized their politicians for not being able to find a way out of the financial crisis. The stagnation of our national economies is still evident […] European citizens are convinced that their leaders are not effective. The migration crisis has, however, created a new impression. This is not related to effectiveness, but to democracy.”

With citizens having no inputs, and most European leaders unable to make decisions in their nation’s interests, one is left to wonder who are behind all this mayhem? Orban, “It is hard to shake off this thought. We were debating for months, but the outcome was always the same: ‘Let the people in.’ And on top of this, in the first few months, for some reason no one was able to say out loud that this is an issue of the utmost importance for Europe. For months it was first regarded as a humanitarian issue, and then as a technical problem as to where the refugees should be settled and how they should be distributed. No one raised the question of whether the essence of the matter is more about our existence, our cultural identity and our way of life. I do not know for certain what is actually happening, and I do not want to blame anyone; but the suspicion arises that none of this is happening by chance. I am not brave enough to publicly talk about this as a certainty; the suspicion inevitably emerges, however, that there is some kind of master plan behind this.”

The same elites who’ve weakened, if not destroyed, countries in the Middle East, North Africa, Europe and elsewhere have done so to the United States itself, and it has all been executed by design, for it’s easier to rule and rob prostrated and confused populations. The master plan is to reduce citizens of whatever nation to disposable cogs that must compete for the lowest wages and be chained to lifelong debts, as dished out by criminal banks. In the United States, farcical elections are held with sustained fanfare to give an increasingly angry populace an illusion of political participation. Whoever is propped up as “President,” the military banking complex, power elite or American Empire, call them what you will, will continue their rampage worldwide while eviscerating their host nation.

Is there an alternative? Orban sees the world as having changed radically since the 2008 financial crisis, and there’s no recovery, in his view. Though guarded in his statements, he’s prepping Hungary for life beyond the collapse of both Washington and the European Union. In the meantime, Orban is straddling East and West. In August of 2014, Hungary was caught sending about 80 T-72 tanks to the Ukraine. Dumped for just $8,500 a piece, it hardly seems worth it to antagonize Russia. The Pentagon has also announced it will send heavy weapons and tanks to Hungary. Perhaps Orban will use these new tanks to retake the Transcarpathian as Ukraine weakens even further.

Joining NATO in 1999, Hungary participated in the embargo of Yugoslavia, and for the American wars on Afghanistan and Iraq, it sent 360 then 300 troops, respectively. After aiding the American Empire, Hungary is dodging the consequence by rejecting legitimate refugees. Orban was disingenuous, then, when he claimed, “We did not destroy the countries from which migrants are coming. We did not bomb anyone. We did not invite anyone here. And now those who dropped the bombs and sent out invitations want to settle them here. Is this fair?” Orban has evolved from a US-groomed protégé to a critic of Uncle Sam. He has matured.

It’s interesting that in all former Communist countries, citizens have rejected any globalist vision, as embraced by the left, to elect nationalist governments. American politicians also speak of defending the nation’s interests, but it’s only so much hot air from jerking puppets. With sane, intelligent voices drown out by incessant garbage, there’s no composure or wisdom in the public discourse. Instead, we get slogans or loutish insults. We dwell in a mad mental universe. In his 2013 Presidential Address, Vladimir Putin stated:

“Today, many nations are revising their moral values and ethical norms, eroding ethnic traditions and differences between peoples and cultures. Society is now required not only to recognize everyone’s right to the freedom of consciousness, political views and privacy, but also to accept without question the equality of good and evil, strange as it seems, concepts that are opposite in meaning. This destruction of traditional values from above not only leads to negative consequences for society, but is also essentially anti-democratic, since it is carried out on the basis of abstract, speculative ideas, contrary to the will of the majority, which does not accept the changes occurring or the proposed revision of values.

We know that there are more and more people in the world who support our position on defending traditional values that have made up the spiritual and moral foundation of civilization in every nation for thousands of years: the values of traditional families, real human life, including religious life, not just material existence but also spirituality, the values of humanism and global diversity.

Of course, this is a conservative position. But speaking in the words of Nikolai Berdyaev, the point of conservatism is not that it prevents movement forward and upward, but that it prevents movement backward and downward, into chaotic darkness and a return to a primitive state.

In recent years, we have seen how attempts to push supposedly more progressive development models onto other nations actually resulted in regression, barbarity and extensive bloodshed. This happened in many Middle Eastern and North African countries. This dramatic situation unfolded in Syria.”

These “progressive development models” are nothing but dignified cloaks to hide barbaric imperialism. The USSR worked the same way. Having never been subjugated and humiliated, Americans have only dished out, and not experienced, “chaotic darkness and a return to a primitive state,” but the elites that have destroyed so many lives worldwide are also working against us Americans, so a future of terror and degradation will be our lot unless we can muster up the collective will to challenge our criminal overlords. Sniping at each other, there’s no dialogue here, much less unity. It doesn’t look promising.

jeudi, 18 février 2016

Entrevue avec le professeur Heinz-Joachim Klatt sur la rectitude politique

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Entrevue avec le professeur Heinz-Joachim Klatt sur la rectitude politique

Ex: http://quebecoisdesouche.info

Nous abordons souvent dans nos pages la rectitude politique, mais tout comme le multiculturalisme que nous avons défini avec le professeur Richardo Duchesne, elle est très mal comprise. Aujourd’hui, des humoristes se disent politiquement incorrects alors qu’ils font des blagues sur les chrétiens, sur les blondes ou sur les gros, alors que finalement, ils sont en plein dans la ligne de la rectitude politique. Pour mieux comprendre ce qu’est réellement cette rectitude politique, ses origines et ses aboutissements, nous vous présentons une entrevue avec le professeur Heinz Klatt qui donnait un cours sur ce sujet à l’Université de Western Ontario.

Heinz-klatt.jpgComment définierez-vous la rectitude politique?

Dans les dernières années de mon enseignement au King’s University College de l’Université de Western Ontario à London (2000-2004), j’ai enseigné un cours intitulé « Psychology and Ideology: The Study of Political Correctness ». Ce cours, à ma connaissance et d’après les études de la National Association of Scholars, était le premier cours universitaire au Canada qui traitait explicitement du phénomène de la rectitude politique. Ce cours était limité aux étudiants de psychologie des troisième et quatrième années, ce qui explique le choix des sujets analysés.

Dans le cadre de ce cours, j’ai défini la rectitude politique, en termes généraux, comme un canon d’orthodoxies et de prohibitions. D’après moi, elle est composée d’un ensemble d’affirmations que la société occidentale d’aujourd’hui ne permet pas de mettre en question. Elle a les caractéristiques d’une religion séculière. Nourrie par des ressentiments et des rancœurs, son but est de promouvoir une société radicalement égalitaire.

La rectitude politique insiste sur la reconnaissance de son credo par tous. Elle fait respecter ses vaches sacrées par la censure. Elle contrôle le langage et, en particulier, elle emploie à foison des épithètes (comme « raciste », « sexiste », « homophobe », « fasciste ») qui sont utilisées principalement pour terminer des controverses et des débats afin de défaire et soumettre ses adversaires « incorrects ».

Les lois et politiques sur le « harcèlement sexuel », qui sont en fait des codes de parole, ont la fonction de censurer. Elles servent de véhicule de choix pour faire valoir la rectitude politique et cela même dans les conflits qui n’ont rien à faire avec un harcèlement sexuel. Les nombreuses politiques que je connais, toutes interdisent qu’on dise quelque chose qui pourrait mettre quelqu’un « mal à l’aise » ou qui pourrait créer un « environnement hostile ou empoisonné ». Imaginons la signification de ces verdicts en milieu universitaire! L’autocensure qui en résulte est tellement efficace que le besoin de censurer ouvertement et brutalement n’est plus que rarement senti. Dans le milieu universitaire, cela entraîne que beaucoup de professeurs, préoccupés par leur enseignement et recherche, se soumettent « volontairement » et, sans grande résistance, se musellent avec verve. Ainsi, au nom de la diversité, paradoxalement, on renforce une uniformité de pensée et d’expression. L’objectif de la rectitude politique est la diversité raciale et l’uniformité de pensée.

Les champions de la rectitude politique se considèrent et s’appellent « libéraux » et « progressistes », bien qu’il soit difficile de justifier une telle nomenclature. Comment peut-on se targuer d’être libéral et progressiste si on insiste sur la reconnaissance forcée de la rectitude de ses vues et qu’on est prêt, en vue de cette acceptation, d’exercer la censure et d’utiliser tous les moyens de contrainte disponibles?

Comme dans toute religion et toute idéologie absolutiste, la rectitude politique a ses hérétiques, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas « corrects » et qui, par conséquent, peuvent être vilipendés, harcelés, proscrits, éliminés des comités universitaires et barrés dans leur carrière.

La pensée unique a son propre code d’éthique qui est basé sur les deux notions d’équité et de diversité. L’équité exige que chaque organisation ou institution, privée ainsi que publique, reflète la composition sexuelle de la société, à l’exception de ces institutions, ironiquement, qui emploient majoritairement des femmes (infirmières, enseignantes et autres). La notion de diversité exige que chaque institution reflète la composition raciale de la société. D’une manière paradoxale, par fait autoritaire, on revendique que toutes les races sont égales et également douées à contribuer à la société, et ergo que chaque institution a besoin des membres de chaque race, parce que « la diversité est notre force ». Le gouvernement supervise et finance cette ingénierie sociale et escroquerie. Il récompense l’acquiescement et punit la désobéissance. Les soit-disantes Commissions des droits de la personne, finalement, excommunient les hérétiques et réfractaires, parfois avec des amendes importantes, et vont même jusqu’à détruire leurs carrières.

En quoi la rectitude politique est-elle une forme de censure et en quoi cette censure diffère-t-elle de la censure appliquée dans les pays totalitaires?

En principe, il n’y a pas de différence. Dans les deux cas, la liberté d’expression est garantie par leurs constitutions, et dans les deux cas, il y a une censure efficace et souvent sans merci. Dans le cas particulier du Canada, la Charte des droits et libertés de la personne garantit la liberté d’expression et les Commissions et Tribunaux des droits de l’homme la limitent et punissent souvent sévèrement les récalcitrants.

Ce que je trouve particulièrement choquant est le fait que nous, les professeurs universitaires, en dépit de la protection particulière que nous avons par la Charte et les conditions de notre emploi, nous sommes, comme groupe, probablement les plus serviles et obséquieux de tous. Tandis que nous reconnaissons facilement la censure dans les pays totalitaires, nous avons du mal à la reconnaître dans nos pays démocratiques à travers nos politiques qui prohibent des paroles qui peuvent mettre quelqu’un « mal à l’aise », qui peuvent propager « la haine » ou qui peuvent créer un « environnement hostile ».

Quels sont les domaines ou sujets où la rectitude politique est le plus dommageable?

Évidemment, les arts et les sciences humaines sont beaucoup plus affectées par la rectitude que les sciences naturelles, parce que les sciences humaines étudient les comportements des gens tandis que les sciences naturelles examinent les lois de la nature. Par conséquent, la sociologie, la psychologie, l’anthropologie et l’éducation souffrent le plus sous la lourde chape des menaces des tribunaux. Déjà toute une génération d’étudiants ne peut plus examiner honnêtement des sujets importants qui ébranlent la société: l’homosexualité, les différences sexuelles et raciales, l’immigration, les minorités, les handicapés et autres. Dans chaque sujet, une seule conclusion est licite: celle qui est politiquement correcte. Avec toute autre conclusion, on devient très vulnérable.

Quel universitaire, par exemple, aurait le courage aujourd’hui d’examiner les différences biologiques, intellectuelles et sociales des races! Rappelons-nous le cas du président de Harvard University, Lawrence Summers, ancien ministre de commerce, qui en 2005 dans une adresse publique a osé dire que peut-être il y a aussi, parmi d’autres, un facteur génétique à la base du fait qu’il y a une prépondérance d’hommes dans les facultés des sciences naturelles dans les universités d’élite. Nous savons la conséquence: il a été forcé de démissionner et de chercher un nouvel emploi. Ce que ce cas et plein d’autres nous montrent est le fait que la rectitude politique avec ses contraintes qu’elle impose n’est pas un fléau limité au deuxième échelon des universités (UWO).

Naturellement, les religions et leurs enseignements sont particulièrement tarabustés. J’ai introduit dans mes cours la notion de la rectitude politique islamique, un terme qui comprend toutes les bêtises et contre-vérités qui aujourd’hui sont monnaie courante comme « l’islam est une religion de paix, l’islam est compatible avec la démocratie, les femmes en islam ont un statut égal avec les hommes, le jihad est avant tout un  »perfectionnement de soi-même dans la voie de Dieu » et n’a rien à faire avec une guerre sainte contre les infidèles, Mahomet, le vertueux, a épousé une dizaine de femmes surtout pour aider les pauvres veuves ou pour établir des alliances politiques, etc. »

Pourriez-vous nous donner un exemple extrême de la rectitude politique?
Je crois que l’université où vous enseigniez a connu son lot de controverses, pourriez-vous nous en parler?

Le lecteur probablement est avide qu’on lui donne un exemple concret de ce qui s’est passé dans nos parages canadiens. En 1991, j’enseignais un cours sur la psychologie d’enfant pour la deuxième année et comme c’était mon habitude, j’ai demandé à mes étudiants de s’identifier à l’aide d’un carton posé sur la table devant eux avec leur nom en grandes lettres. Un jour en octobre, une étudiante, nommée Lucrecia, voulait poser une question mais avait oublié de mettre son étiquette. Je voulais lui donner la parole mais je ne me souvenais que d’une partie de son nom et balbutiai Lu… La… Lu… C’est alors qu’elle m’aida, avec le résultat que je l’appelai Lucky Lucy, parce qu’elle préférait le diminutif. Tout le monde s’amusa un peu et je continuai mon cours.

Après les examens finaux en juin suivant, j’ai reçu une lettre formelle du principal du collège qui m’accusait d’avoir « sérieusement harcelé mes étudiantes » dans mon cours. Les plaignantes étaient deux étudiantes qui avaient obtenu un D dans le cours et qui prétendaient avoir été tellement bouleversées par le fait que j’avais appelé une étudiante Lucky Lucy qu’elles ne pouvaient plus étudier. La première correspondance, en fait, ne fut pas seulement une inculpation mais incluait un jugement de culpabilité selon lequel j’avais harcelé ces deux étudiantes. Un adjudicateur externe fut nommé pour déterminer la punition que je méritais. Les procédures kafkaesques et très éprouvantes qui suivirent durèrent presque deux ans et se conclurent par un jugement d’innocence. Après cela, c’était à moi d’exposer la farce politiquement correcte à laquelle j’avais été soumis (ce que je fis amplement dans tous les médias qui montraient un intérêt) et à soumettre mes demandes de compensation. Finalement, j »ai réussi à obtenir une année de congé payé, le remboursement de tous mes frais et la satisfaction de plusieurs autres demandes.

A une époque plus saine de notre histoire, la plainte de deux étudiantes (très faibles) disant qu’elles ne pouvaient plus se concentrer sur leurs études parce que leur professeur avait appelé une autre étudiante Lucky Lucy, sans aucune allusion à la sexualité, aurait été réglée en dix minutes et aurait été accompagnée d’une réprimande des plaintives. Les deux collègues qui m’avaient jugé coupable sans même m’avoir informé sur la plainte auraient également été sanctionnés. Dans notre société actuelle de pensée unique, toutefois, les valeurs sont tout autres.

political.jpgMon expérience avec le monde destructeur, absurde et risible de la rectitude politique n’est pas vraiment compréhensible sans que soient mentionnés deux antécédents aux événements: en 1990, j’avais exposé dans la presse et dans un article scientifique que l’Université de Western Ontario, malgré tout ce qu’elle publie sur son excellence dans l’enseignement, accepte des étudiants mentalement arriérés, en langage politiquement correct, des étudiants avec un déficit mental. Comme nous savons tous, les Commissions des droits de l’homme exigent que tous les candidats « qui posent un déficit » doivent être accommodés, ce qui veut dire que les candidats « sous-doués » ont également un droit à une éducation universitaire. C’est aux professeurs à gérer les affaires quand les étudiants ne savent pas écrire à un niveau supérieur de celui de l’école élémentaire. Et cela se passe dans une université à l’admission compétitive (taux d’admission 58%), au niveau très respectable de l’Université de Western Ontario!

Le deuxième événement qui précédait mon harcèlement par l’institution était mon grief contre le doyen, un grief qui exposait l’administration peu soignée et incompétente de ce doyen et que j’avais gagné. Il y a un prix à payer quand on se mesure avec ses supérieurs – une ancienne sagesse. Les institutions modernes pourtant disposent d’un arsénal de mesures beaucoup plus important dont l’outil suprême sont les politiques de harcèlement perversement invoqué pour harceler les insoumis.

De façon plus générale, en quoi la rectitude politique est-elle liée au relativisme moral?

Les notions de se sentir « mal à l’aise », de « l’environnement hostile et empoisonné » et de la « haine » sont des concepts très subjectifs et exigent une interprétation chaque fois qu’elles sont invoquées. Cette contingence ne pose pas de problème aux apôtres de la rectitude politique. La notion salvatrice est la « tolérance zéro ». En décrétant que déjà la moindre nano-infraction mérite une sanction, on raccourcit les délibérations et débats. Ainsi un garçon de quatre ans qui a fait la bise à une fille de trois ans dans un jardin d’enfants (un cas réel) mérite-t-il une suspension pour harcèlement sexuel. Après tout, il faut éradiquer le vice le plus tôt possible, au moment de sa naissance, et il ne faut pas faire de compromis. De la même manière, deux étudiantes, qui se sentent « mal à l’aise » dans un cours dans lequel le professeur appelle une autre Lucky Lucy, doivent être prises au sérieux, parce qu’elles ont souffert (une évidence pour le fanatique et l’imbécile) et que ce n’est à personne de juger l’intensité de la douleur. Ici nous nous trouvons dans le domaine de l’absurde et du fanatisme et au Canada contemporain.

Dans la jurisprudence traditionnelle, c’était le juge qui avait la responsabilité de considérer et peser les contingences, les conflits des gens en question, leur psychologie et motivation ainsi que plein d’autres facteurs pour déterminer leur culpabilité. La notion de tolérance zéro soulage les cadis de la rectitude politique de cette encombrante obligation, toute micro-plainte est prise au sérieux et chaque inculpé est poursuivi et harcelé qu’il soit innocent ou coupable. Ainsi montre-t-on sa sincérité et sa dévotion à protéger les femmes (faibles) et les minorités. En plus, on se donne aussi une attitude de supériorité morale.

Ce radicalisme idéologique a pourtant encore un autre bénéfice, i. e., économique. Les institutions peuvent employer les étudiant(e)s avec des diplômes en « études féministe s», « études de diversité et du multiculturalisme », « études d’équité », « études des déficiences », « études noires », etc.. Ce sont des gradués qui ne seraient susceptibles d’être employés dans aucune position bénéfique à la société.

Dans le sens que toutes les valeurs se valent et que toutes les sensibilités sont justifiables et méritent audience et soin, notre société multiculturelle ne reconnaît pas de hiérarchies. Alité au lit du relativisme moral, si confortant aux esprits médiocres, chacun a sa vérité, ses valeurs, ses sensibilités et convictions, et personne n’a le droit de juger les autres. Si quelqu’un prétend se sentir harcelé, c’est parce qu’il est harcelé. Les apôtres de la rectitude politique apparaissent incapables de comprendre que ce principe implique une abdication de la raison, de la logique et du bon sens.

L’axiome qu’il ne faut surtout pas juger les autres, leurs valeurs, leurs points de vue et leur morale, ne devrait-il pas être considéré sujet au même principe? Si toute assertion est relative, cette proposition ne doit-elle pas être relative aussi? Les contradictions dans le relativisme cognitif et moral, cependant, ne posent pas de problèmes aux adeptes de la rectitude politique, parce qu’ils ne comprennent pas et pour cela ne sont pas gênés. Comme l’ouroboros, le serpent de l’occultisme qui avale sa propre queue, ils doivent avaler leurs propres non-sens indigestibles sans vomir.

Quels furent les apôtres de la rectitude politique et plus généralement, comment s’est-elle implantée en Occident?

Le terme « politiquement correct » ou « rectitude politique » a son origine dans les débats des communistes et socialistes du début du dernier siècle. Les camarades dans leur parti critiquaient la doctrine que Moscou était toujours « politiquement correcte », et que le Politbureau soviétique était ultérieurement le seul interprète des textes sacrés. Avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’empire soviétique, les menaces militaires et nucléaires étant réduites, l’idéologie marxiste-léniniste cependant continua à respirer et surtout parmi les intellectuels et universitaires de gauche.

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On reconnaît facilement les origines communistes du politiquement correct:

• dans l’ingénierie sociale (les quotas);

• dans le contrôle du langage et la transformation de la société par l’intermédiaire d’une novlangue à la « 1984 » (équité, diversité, inclusivité, homophobie, survivant, victime, « glass ceiling », l’usage du mot genre à la place de sexe comme si ces deux termes étaient des synonymes, etc.); plusieurs de ces mots sont conventionnels toutefois doués des sens nouveaux;

• dans la participation forcée des « coupables » à des séminaires et ateliers de rééducation pour rendre ceux-ci « plus sensibles », c’est-à dire plus conformes à la pensée unique;

• dans la calomnie acharnée du patriarcat comme jadis la diffamation systématique du capitalisme;

• et en dernier, mais non par ordre d’importance, ce que les anglophones appellent si justement les « kangaroo courts » ou « star chambers », i. e., les cours idéologiques et arbitraires.

Naturellement, on ne peut pas inculper une seule doctrine comme la mère de la rectitude politique, parce qu’il y a une convergence de multiples influences. Le féminisme est devenu de plus en plus agressif. L’immigration massive des gens de couleur a changé le visage du pays. Le multiculturalisme, en général, a sollicité la compassion pour les autres autant qu’il a entraîné la dénigration de notre propre culture et de nos coutumes. Les revendications téméraires et souvent impudentes des immigrants musulmans ont ébranlé certaines coutumes et traditions de notre pays. Somme toute, toute une toile d’influences a abouti dans le développement, largement par des méthodes démocratiques, à ce phénomène qui a fait tant de dégâts. Les apôtres du mouvement étaient et sont toujours les gens qui valorisent la pluralité des races dans la société plus que la pluralité des idées et valeurs, et ironiquement, cette attitude est la plus répandue dans les universités.

En écrivant ces lignes, je lis dans l’éditorial de la National Post du 14 juin que le Conseil scolaire de Vancouver a adopté la politique de nouveaux pronoms pour les enfants qui se sentent mal à l’aise avec leur genre (le mot sexe, apparemment, est destiné à devenir un mot périmé). Ces enfants et leurs enseignants sont encouragés à utiliser «xe, xem and xyr» à la place de «he/she» et «him/her». N’ignorons pas le fait que les différentiations, nécessaires pour un usage propre de ces mots (s’il y’en a), doivent être faites même par des enfants qui ne savent pas encore utiliser les toilettes! Bien sûr, pour protéger la sphère intime de ces enfants-xe-xem (un autre grand souci), ils peuvent choisir entre les toilettes de filles, de garçons et celles, à créer encore, qui sont une « alternative raisonnable » («a reasonable alternative washroom»).

Ici encore une fois, nous nous trouvons dans un monde absurde, abracadabrant et même burlesque invitant la satire. L’actualité de cette farce (exécutée sans consultation des parents) nous montre la vitalité interminable de la rectitude politique et le fait qu’il y a sûrement trop de personnels embauchés dans les administrations d’éducation qui n’ont rien à faire.

Les apôtres sont tous ceux, et surtout celles, qui sont des idéologues d’une égalité radicale ou des profiteurs de cette ingénierie sociale. Et naturellement il y a toujours plein de compagnons de route, sans conviction, des idiots utiles, qui nagent avec le flot pour ne pas se compliquer la vie. Les universités sont les pépinières par excellence. Elles fournissent des emplois pour des professeurs qui procurent les théories et pour des bureaucrates qui sont mis en charge d’administrer les élucubrations « correctes ». Finalement, il y a de nombreux étudiants qui profitent en décrochant des diplômes et certificats qui leur permettent après leurs études d’être employés comme conseillers ou consultants pour les conseils scolaires et autres.

Il y a au Québec de nombreuses demandes d’accommodements raisonnables provenant de différentes minorités ethniques et religieuses. Quelle est votre lecture de ces demandes et de la réaction des Québécois qui, pour endiguer ce problème, souhaitèrent se doter d’une Charte de la laïcité?

Je trouve difficile d’argumenter contre des propos ou des demandes raisonnables. A mon avis, tout le monde devrait toujours être raisonnable. Par conséquent, des accommodements raisonnables, en général, devraient être accordés. Les problèmes surgissent quand des demandes soi-disant raisonnables ne sont pas reconnues comme telles par les autres.

Personnellement, j’ai une aversion envers les immigrants qui bénéficient déjà d’une pléthore de droits, de services et de protections au Canada, avantages qu’ils n’ont pas eu dans leurs propres pays, et qui attendent que le pays hôte change ses lois, ses traditions et ses institutions pour les accommoder. Pour moi, en tant qu’immigrant, il est indécent d’attendre que le pays de choix s’adapte à moi, à mes préférences et mes traditions. Il incombe toujours à l’immigrant de respecter les institutions du pays hôte et de s’y conformer ou de ne pas venir.

Dans ce sens, la demande d’une femme de témoigner à la cour derrière un voile ou un écran contre un homme accusé d’un crime comme le viol est tout sauf raisonnable. La demande de pouvoir faire des prières aux grands gestes dans les écoles publiques avec les filles séparées derrière les garçons, et les filles qui ont leurs règles encore derrière les autres filles, n’est pas seulement déraisonnable mais un affront total à nos valeurs. La demande des garçons de porter un kirpan dans des zones sécurisées ou dans les écoles n’est pas raisonnable non plus, mais expose, encore une fois, l’exploitation de la générosité et de l’hospitalité excessive du pays d’accueil.

Auparavant vous m’avez demandé quels sont les apôtres de la rectitude politique. C’est peut-être le moment d’ajouter un autre aspect à ma réponse. C’est fortement mon impression que les accommodements requis sont accordés surtout par des gens qui n’attribuent pas une grande valeur à notre culture, à nos traditions et à notre identité nationale telle qu’elle est ancrée dans notre histoire unique. Ce qui ne vaut pas grand chose naturellement peut être démantelé, réduit ou même aboli sans qu’on perçoive une perte.

Indépendemment des convictions religieuses qu’on a, il incombe de constater que notre société contemporaine a fait ses grands progrès largement grâce à la séparation de l’Église et de l’État. Cette séparation, au fond très chrétienne («Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu», Mt 22:21), a été cruciale et a manifestement contribué à l’état actuel qui est l’aimant et le paradis convoité par des millions de gens du globe entier. Par ailleurs, c’est seulement dans les pays autrefois chrétiens ou colonisés ou inspirés par eux que les sciences modernes et la démocratie se sont développées. Apparemment, les origines chrétiennes avec la séparation de l’Église et de l’’tat à une époque plus tardive, ont été la formule du succès de notre société.

Ce statut avancé de notre société moderne, qui a fourni tant de bénéfices à d’innombrables personnes, est mis en doute par les immigrants musulmans. L’islam ne reconnaît pas une séparation de la mosquée et de l’État – en fait, l’unité de la mosquée et de l’État est un dogme central de la religion. Nous nous trouvons aujourd’hui dans la situation, créée par nous-mêmes, que nous avons de plus en plus de citoyens musulmans qui n’ont aucune notion d’un État moderne et qui, de la part des multiculturalistes dominants, n’ont jamais entendu le mot « intégration ». C’est une situation aussi incongrue que celle des vierges qui envahissent le bordel avec l’intention de le réformer en demandant des « accommodements raisonnables ». Après tout, les vierges viennent avec leurs traditions, convictions et leur style de vie qui demandent du respect.

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Les optimistes insistent sur leur pronostic que la deuxième génération fera l’intégration, bien que, avec leur dévotion quasi-religieuse pour le multiculturalisme et la diversité auréolée, ils fassent tout pour empêcher cette intégration. Je ne partage pas cet optimisme et observe plutôt que l’intégration est modeste est très tardive.

Une Charte de laïcité, à mon avis, n’est pas seulement désirable mais une exigence. Une telle charte aurait plusieurs bénéfices, le plus important étant une correction de la politique du multiculturalisme. Ce dernier met trop en valeur la diversité des groupements ethniques et religieux aboutissant à la baliverne que « la diversité est notre force ». N’est-elle pas plutôt notre faiblesse dans un pays de plus en plus balkanisé? Je suis convaincu qu’un pays, pour son bon fonctionnement, nécessite un pivot identitaire fort qui donne au pays un visage, un caractère unique, et pour construire une telle identité, la diversité doit être contrebalancée par l’intégration. Une Charte de laïcité servirait de véhicule pour créer cette intégration, dans laquelle nous nous reconnaissons tous.

Le Canada peut-il se sortir de la rectitude politique et du multiculturalisme?

Je vais discuter brièvement de cinq moyens qui pourrait aider au moins à réduire les dégâts: une édentation au lieu d’une défenestration.

1. Le changement de la Charte

La rectitude politique étant si fermement établie au Canada, dans notre législation, dans nos institutions, nos moeurs et manières de penser, que nous respirons cette toxine avec chaque souffle sans même en être conscients. De purifier cet air toxique qui nous asphyxie n’est pas une petite affaire. Tout d’abord, il faudrait commencer par la Charte canadienne des droits et libertés qui, d’après moi, donne une importance excessive au multiculturalisme et une importance quasi nulle à l’intégration. Qui pourrait entamer une réforme qui vise un changement de notre constitution? Un seul essai de changer des éléments de ce qui est « une caractéristique intégrante de toute politique » au Canada pourrait même faire tomber des gouvernements! Je laisse les juristes et politiciens réfléchir sur cette première approche théorique qui n’est pas de mon domaine.

2. La révision des régulations et lois pertinentes

Après avoir passé toute mon enfance sous deux régimes totalitaires, je connaissais sûrement déjà les méthodes totalitaires quand, en 1991, je fus victime d’une attaque frontale par la rectitude politique au Canada. Je fus jugé coupable par un comité universitaire de « sérieux harcèlement » envers mes étudiantes par certaines paroles (« Lucky Lucy ») avant même d’être informé sur l’accusation. Il me fallut presque deux ans de ma vie et ma carrière pour être reconnu innocent et récupérer ma bonne réputation. Comment même expliquer un tel égarement des administrateurs de nos institutions?

A l’époque, je me voyais confronté à une panique morale où tout le monde panique à faire du bien, c’est-à-dire à protéger les gens prétendument abusés, ignorés, handicapés, somme toute, les « gens sans voix ». Les politiques du harcèlement sexuel sont le produit du féminisme qui revendique une protection contre les fantaisistes « abus omniprésents » du patriarcat. On pouvait lire presque quotidiennement des statistiques frauduleuses alléguant que la grande majorité des femmes seraient harcelées, agressées et violées dans leur vie. Qui pouvait tolérer cela? D’où les lois sur le harcèlement sexuel. Encore une fois, par panique morale, les politiques et les lois de harcèlement furent formulées d’une manière à les utiliser perversement pour harceler, même dans les situations sans rapport avec la sexualité. Comment maîtriser un tel aveuglement et une telle ferveur?

Tout le monde, même les affidés de la rectitude politique, devraient comprendre que c’est absurde de mettre le viol et une parole non appréciée ou un regard particulier dans le même sac. N’oublions pas que le professeur Richard Hummel, chimiste à l’Université de Toronto avec plus de trente ans de service, a été jugé coupable d’avoir « lorgné » («ogled») une étudiante dans la piscine. Aussitôt l’université, pour montrer sa dévotion à la protection des femmes, a banni le professeur de la piscine dans laquelle il avait nagé ses longueurs pendant des décennies. C’est évident qu’une régulation doit différencier entre agression physique, parole et regard. Aucune cour de justice ne soutiendrait des jugements aussi scandaleux, qui sont promus par les forces féministes et prononcés par des tribunaux arbitraires des universités. Ces régulations doivent être édentées.

Dans mes expériences personnelles, j’ai appris qu’il fallait exposer et documenter la réalité de l’application de ces politiques. A cet effet, nous avons créé en 1992 à l’Université de Western Ontario la Society for Academic Freedom and Scholarship, dont je devins l’archiviste. Dans mon centre de documentation, j’ai ramassé des documents jusqu’à environ deux cents cas que j’ai rendus accessibles aux collègues et journalistes. Le but était d’aider la défense de nouveaux accusés injustement persécutés. S’il m’est permis de tirer une conclusion générale de mon activité, c’est que les politiques en question sont beaucoup plus souvent utilisées à harceler les hommes qu’à protéger les femmes du harcèlement par le patriarcat.

3. L’utilisation des médias

En plus, j’ai engagé au maximum les médias. J’ai parlé à la télé (CBC). J’ai donné plein d’entrevues à la radio. J’ai écrit dans la presse et la presse a écrit sur mes exposés, et cette activité a changé la donne pour moi. Après tout, personne, identifié par son nom, n’aimait lire dans la presse qu’il avait jugé un professeur coupable d’une infraction après avoir appelé une étudiante « Lucky Lucy . Le ridicule et l’hypocrisie étaient trop évidents pour tous à l’exception des idéologues.

Je devrais ajouter pourtant que j’ai choisi à qui j’ai accordé des entrevues. Par exemple, je n’ai pas accepté l’invitation de Queen Latifa de paraître à son émission à la télé à New York City, à ses frais, pour ne pas contribuer à un cirque. Le sujet était trop important pour moi pour être amoindri par une exploitation du sensationnel. Mes étudiants, par ailleurs, ont regretté ma décision parce qu’ils auraient préféré me voir sur l’écran que dans l’auditorium. Les médias ont un rôle important à jouer dans l’émasculation de la rectitude politique.

4. La moquerie comme instrument

D’après moi, il faudrait aussi se moquer et exposer le ridicule et le comique de ces régulations et procédures, ainsi que couvrir de honte les auteurs de ces farces au grand public. Le comique et le rire, peut-être, peuvent effectuer des changements d’attitude là où le raisonnement s’est montré inefficace. Maintes histoires sont prêtes à fournir l’intrigue pour un cabaret.

5. L’élimination des postes de soutien

Finalement, c’est impératif de couper beaucoup de postes bien rémunérés que les institutions ont créés sous pression des «intérêts particuliers», comme la vice-présidente pour l’équité et la diversité, la vice-présidente pour les affaires des femmes, le vice-président (ou directeur) pour les minorités, les commissaires politiques (toujours deux, un homme et une femme) pour le harcèlement sexuel et d’autres. Les gens qui occupent ces postes sont sous pression permanente de créer des cas factices pour justifier leur emploi, parce qu’autrement ils n’auraient rien à faire. La CBC, s’appuyant sur mes expériences et d’autres, a calculé les coûts de ces postes et a conclu que les frais s’élèvent à des millions de dollars par an.

Le lecteur jugera si le Canada sera capable de se libérer de cette idéologie contraignante que sont la rectitude politique et le multiculturalisme.


Conclusion

Je tiens à remercier l’éditeur d’avoir posé de questions pertinentes et très appropriées au sujet de la rectitude politique. Je me suis concentré dans mes réponses sur les politiques du harcèlement sexuel parce qu’elles étaient centrales dans la transformation de nos institutions. En fait, elles servaient et servent toujours comme un « panchreston », un instrument à tout but bien au-delà du propos déclaré. De plus, je me suis concentré sur les universités parce que c’est le milieu que je connais le mieux.

Je n’ai pas parlé, ou dit très peu, sur « l’action affirmative », sur les quotas, sur la « discrimination », sur le multiculturalisme, sur les tribunaux des droits de la personne, sur les troubles d’apprentissage (« learning disabilities »), sur le culte de la victime, sur la « politique des identités » et d’autres sujets pour respecter les contraintes d’un magazine comme le Harfang. Le lecteur me le pardonnera.

Maints lecteurs peut-être regretteront le manque d’une appréciation du bien que la rectitude politique a apporté à la société. Pour moi, il est difficile de détecter des bénéfices parce que je vois la rectitude politique comme une force et une attitude autoritaire et manipulatrice de contrainte et de restriction de liberté. En ce qui concerne l’argument que la rectitude a aidé telle ou telle personne, je reste sans parti pris, prêt à reconnaître les bénéfices après démonstration.

« La désinformation » - Trois questions à François-Bernard Huyghe

« La désinformation »

Trois questions à François-Bernard Huyghe

Ex: http://www.iris-france.org

HUYGHE-François-Bernard.jpgDocteur d’État en sciences politiques, François-Bernard HUYGHE est directeur de recherche à l’IRIS. Il répond à mes questions à l’occasion de son dernier ouvrage « La désinformation : les armes du faux » paru aux éditions Armand Colin, dans la collection Comprendre le monde.

La désinformation n’est pas un phénomène nouveau. Prend-elle plus d’importance et de nouvelles formes aujourd’hui ?

On pratique la diffamation, la ruse, l'intoxication, la manipulation, etc. depuis au moins l'Antiquité (en tout cas, on écrit là-dessus depuis vingt-cinq siècles). En revanche, la désinformation apparaît dans les dictionnaires soviétiques et pas avant les années 50. En tant que stratégie visant à "fabriquer" de faux événements - généralement des crimes ou complots attribués à l'autre camp comme fabriquer le virus du sida dans un laboratoire secret - et comme façon de répandre la fausse nouvelle par les mass-médias, comme si cela venait de source neutre, elle est une arme de guerre froide typique et souvent un travail de services secrets.

Mais après la chute du Mur de Berlin, et à l'ère des télévisions par satellite, les États-Unis ou le camp occidental, utilisant parfois des sociétés privées d'influence, ont montré leur capacité à diaboliser les Saddam Hussein, les Ceausescu, les Milosevic et autres avec de véritables mises en scène de « Grand Guignol ». S'ajoute, depuis les années 90, voire avant, une désinformation à but économique avec de fausses révélations sur les dangers d'un produit, de faux mouvements de protestation "sociétale" (astroturfing), de faux messages, etc. pour déstabiliser des concurrents.

Internet et surtout les réseaux sociaux "démocratisent" la désinformation. Chacun peut fabriquer de pseudo messages ou de pseudo images et les injecter sur la Toile. Surtout, les réseaux sociaux permettent de rassembler des communautés de conviction (ou de préjugés) qui partagent, argumentent et embellissent le faux. Du coup dès qu'un sujet devient très sensible (guerre, débat "de société", thème clivant) vous êtes certains de trouver en ligne des versions alternatives de la réalité, avec "preuves", souvent en images, démontrant des mensonges des médias classiques ou des autorités. Puis décryptage des falsifications ou erreurs des précédents et ainsi de suite en "mille-feuilles".

Sous couvert de dénonciation du « complotisme », vous estimez qu'on essaie parfois d’empêcher une lecture critique du pouvoir. Pouvez-vous développer ?

J'ai écrit depuis des années sur les mécanismes des théories du complot : découvrir partout des coïncidences troublantes, tout expliquer par les intérêts d'un groupe tout-puissant, hyper--rationnaliser ce qui ressort du hasard, tout ramener à un pouvoir conscient et diabolique, etc. Donc pas question de défendre les illuminés qui croient que les extra-terrestres ou les Illuminati nous dirigent, ou ceux qui réduisent l'Histoire du monde à l'action occulte d'un petit peuple ou d'un gros service secret. Mais à force de galvauder la dénonciation du « complotisme » et à utiliser le terme pour imposer le silence à un contradicteur, on court deux risques :

‒ L'anti-intellectualisme d'amalgame qui aboutit à qualifier Bourdieu, Chomsky ou d'autres de complotistes : réduire toute théorie portant sur les effets de la structure à une paranoïa, ce qui dispense d'une vraie critique de la critique.

‒ L'effet boomerang : à trop dénoncer les « complotistes » comme des comploteurs qui tromperaient les naïfs, surtout les jeunes, par des mensonges et des techniques, bref, à les juger sur des intentions supposées, on finit par donner l'impression qu'il y a une vérité officielle des dominants. Si nous devions être obligés de choisir entre "Ça n'a rien à voir ; qu'allez-vous imaginer ? Il n'y a pas d'alternative à la vision réaliste et pragmatique des élites" et "On vous ment, c'est de la faute de ....", ce serait déprimant. Par ailleurs, il faudrait quand même s'interroger sur les causes de ce scepticisme de masse qui fait que des millions de gens sont prêts à tout croire sauf ce que leur disent les médias "classiques", la classe politique et les experts.

huyghe00601362FS.gifIl ne s'agit pas d'être "centriste" en disant quelque chose comme "il faut croire généralement le gouvernement et les médias mais regarder de temps en temps les idées alternatives" ; il faut maintenir une nette séparation entre le droit à la contestation ou à la lecture critique et, d'autre part, l'attitude des complotistes ; ils réduisent tous les faits, décrétés suspects ou symptomatiques, à un autre fait, carrément impossible celui-là : une intelligence supérieure qui planifie tout et trompe tout le monde (sauf le complotiste qui a relevé les indices surabondants). C'est donner trop de signification au chaos du réel. Leur croyance en ce fait « explique-tout » est stupide. La confrontation des théories sur l'interprétation du réel est indispensable.

Face à la désinformation, le citoyen est-il mieux armé aujourd’hui qu’auparavant ?

Si un citoyen exemplaire veut faire l'effort d'apprendre une méthodologie pour remonter aux sources primaires d'une information, évaluer les réseaux par lesquels elle passe, comprendre quelle intention notamment idéologique guide ses propagateurs... Si ce citoyen apprend à maîtriser des outils techniques, comme des logiciels qui aident à trouver l'origine ou la date d'une image, s'il compare à d'autres sources dans d'autres langues ou d'autres pays... S'il est assez honnête pour admettre qu'il y a des faits qui contredisent ses préjugés ou qu'il peut y avoir mensonge des deux côtés. S'il est assez malin pour profiter des sites de décryptage et d'analyse, mais en même temps pour comprendre qu'il existe de la "métapropagande" (le fait de dire que tout ce que dit l'autre est propagande et désinformation) et que renvoyer à un chiffre ou à une source "officiel" n'est pas prouver. Si...

Nous pourrons lui dire, comme dans le poème de Kipling, "tu seras un homme mon fils". Dans tous les cas, ce citoyen vertueux aura eu du temps et du courage. D'où un paradoxe : plus l'information est surabondante et gratuite (notamment en ligne où l'on peut recueillir tous les points de vue et toutes les versions), plus il en coûte de s'informer, sinon en argent, au moins en termes d'efforts et d'autodiscipline.

mercredi, 17 février 2016

Nouvelle capitulation européenne, l'accord "EU/US Privacy Shield"

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Nouvelle capitulation européenne, l'accord "EU/US Privacy Shield"

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

L'accord Etats-Unis Union européenne sur la protection des données numériques dit "EU/US Privacy Shield" confirme le fait que sur ces questions très importantes pour l'indépendance européenne, la Commission européenne est plus que jamais soumise à la volonté américaine.
 
La commissaire européenne en charge de la justice vient d'annoncer le feu vert donné par le Collège des Commissaires européens à l'accord politique sous ce nom, négocié avec les Etats-Unis afin d'encadrer les transferts de données à caractères personnel entre l'UE et les Etats-Unis.

Cet accord était attendu impatiemment par la partie américaine pour remplacer le Safe Harbor (mécanisme permettant le transfert de données vers pas moins de 4.000 entreprises y ayant adhéré aux Etats-Unis) invalidé par l'arrêt Schrems rendu par la Cour de Justice de l'Union Européenne le 6 octobre 2015.

On apprécie à cette occasion les euphémismes: safe harbour pour port de refuge et privacy shield pour bouclier destiné à protéger les données privées. Il s'agit manifestement de tout le contraire: assurer aux autorités et aux entreprises américaines le droit unilatéral d'accéder aux données européennes, sous le couvert de garanties aléatoires dont les seules institutions américaines assureront le respect.

Les commissaires européens se félicitent d'avoir conclu un accord solide et plus protecteur des droits des citoyens européens que le Safe Harbor. Mais le projet est déjà fortement critiqué par ceux qui refusent de voir les agences de renseignement américaines pénétrer librement dans les données européennes.

Les principaux dispositifs sont les suivants:

· des garanties écrites et détaillées apportées par les Etats-Unis afin d'assurer que l'accès aux données des citoyens européens par les autorités publiques à des fins de sécurité nationale sera limité et contrôlé ;

· des engagements pris par les entreprises importatrices des données de respecter des obligations rigoureuses sur le traitement des données et le respect des droits des personnes concernées, sous la surveillance du "Départment of Commerce" ;

· la définition de plusieurs voies de recours pour les citoyens européens tant en Europe qu'aux Etats-Unis avec notamment une voie d'arbitrage possible en dernier recours  ;

· une clause de révision annuelle permettant de surveiller de près que ce dispositif est correctement mis en place ;

· des sanctions voire l'exclusion des entreprises importatrices de données du nouveau dispositif pourraient être appliquées à l'encontre des entreprises se trouvant en violation de leurs obligations.

Un projet de "décision d'adéquation" sera rédigé dans les prochaines semaines par la commissaire européenne et le vice-président Andrus Ansip, projet qui devra ensuite être adopté par le Collège. Pendant ce temps, les Etats-Unis sont tenus de prendre les actions nécessaires pour mettre en place rapidement ce nouveau dispositif.

Comme dans le projet de traité transatlantique dit TTIP, dont Privacy Shield est une transposition presque exacte, on constate que ce sont en dernier ressort les entreprises privées américaines qui décideront des mesures qui s'imposeront à leurs homologues européens. En cas de difficultés et de plaintes, ce seront les services américains qui décideront des suites à donner.

Dans les cas sensibles, c'est-à-dire ceux où l'intrusion des services de renseignements américains sera trop voyante pour passer inaperçue des européens, les dossiers seront transmis à un « médiateur » dont les pouvoirs n'ont pas été précisés. On devine ce que sera le poids de ce médiateur, à supposer qu'il ne soit pas désigné par la seule partie américaine.

Les agence de protection des données existant dans chacun des pays européen, telles la CNIL en France, ne pourront que « transmettre à Washington les plaintes éventuellement déposées auprès d'elles.

Le projet « Privacy Shield » est soutenu par l'eurogroupe parlementaire PPE (centre-droit), dont font partie Les Républicains français. La secrétaire américaine au Commerce, Penny Pritzker, se félicite pour sa part du projet d'accord, qui « va aider à la croissance de l'économie numérique ».

On peut se demander si Axelle Lemaire, Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, chargée du Numérique, est seulement informée de ce qui se prépare. De toutes façons, comme ni le gouvernement français ni le Parlement n'auront voie au chapitre...

 

Die USA proben ihre TTIP-Macht schon an VW

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Die USA proben ihre TTIP-Macht schon an VW

von Prof. Dr. Eberhard Hamer

Ex: http://www.zeit-fragen.ch

Was die Amerikaner und ihre Weltkonzerne «Freihandelsabkommen» (TTIP) nennen, hat der ehemalige Vizepräsident Cheney mit der Nato verglichen, es soll Europa der amerikanischen Wirtschaftsvormacht und ihren Interessen unterstellen. Dies hat eine innere und eine äussere Zielrichtung:

•   Schon lange betreibt die Juncker-Clique in Brüssel den Abbau der Nationalstaaten in Europa und die Entmachtung ihrer Parlamente, um dadurch Zentralherrschaft für die EU-Kommission zu gewinnen. Deshalb verhandelt das Politbüro in Brüssel auch geheim nur mit den Amerikanern, unter Ausschluss der Nationalstaaten und sogar geheim vor diesen. Das steht zwar im Gegensatz zur Subsidiaritäts- und Souveränitätsklausel der EU; die Zentralisierung ist aber Hauptprogramm von Juncker und wurde auch in der Finanzkrise (von der Wettbewerbs- über die Haftungs- und Schulden- bis zur Finanzunion) und jetzt in Polen bei der Intervention der EU gegen die Entmachtung von US-Agenten im polnischen Staatsrundfunk gezeigt. Brüssel duldet weder abweichende Meinungen von Regierungen oder Parlamenten noch Beschränkungen des US-Einflusses in Eu-ropa durch diese.

•   Nach aussen hin soll durch TTIP für die amerikanische Wirtschaft (wie die Nato) ein Wirtschaftskrieg gegen Russland geschlossen werden (Sanktionen, Ölkrieg, Währungskrieg). Nach der Brzezinski-Doktrin können die USA ihre Weltmacht nur behaupten, wenn sie Europa im Griff behalten, Europa wiederum könne man nur im Griff halten, wenn man die Zentralmacht Deutschland beherrsche. Dies gilt nicht nur politisch (Atlantiker), sondern auch wirtschaftlich (Mehrheit der DAX-Firmen in US-Hand) und müsse nun mit Hilfe von TTIP gegen Russland zu einem gemeinsamen euro-atlantischen Wirtschaftsraum verschweisst werden.

Die wirtschaftspolitische und wirtschaftsrechtliche Machtergreifung über Europa mit Hilfe von TTIP wird begleitet von Angriffen auf Wirtschaftsbastionen vor allem in Deutschland, die noch nicht in amerikanischer Hand sind. Dies gilt zurzeit für VW.

Zweimal hat General Motors versucht, «die fette VW» mit Hilfe unlimitierter FED-Kredite zu übernehmen. Beim ersten Mal ist ihnen die Familie Porsche zuvorgekommen, beim zweiten Mal scheiterten sie mit ihrer Klage gegen das Niedersachsen-Recht bei VW (Veto-Recht). Nun versuchen sie zum dritten Mal durch von ihnen beauftragte Behörden und Anwälte in den USA, VW zur Ader zu lassen, billig zu machen, um dann VW billig aufkaufen zu können.

Würde VW dies umgekehrt versuchen, würde die US-Regierung sofort mit dem Nationalvorbehalt (sicherheitsrelevant) eingreifen. Der Skandal um VW liegt jetzt darin, dass die deutsche Regierung sich nicht hinter VW stellt, dass sie sich offenbar mehr der US-Macht als den 100?000 Beschäftigten von VW verpflichtet fühlt.

Lassen wir die Amerikaner zugunsten der beiden amerikanischen Konkurrenten Ford und Opel (General Motors) VW vernichten, verliert Deutschland nicht nur national, sondern international einen seiner Leuchttürme. Nun wird uns klar, was die Amerikaner mit Hilfe eines durch TTIP geschaffenen amerikanischen Rechts in Deutschland gegen unsere anderen Grossunternehmen und Know-how-Monopolisten unternehmen werden.

Und so wundert es nicht, dass eine Regierung, die zur Zerschlagung von VW schweigt, auch die übrige Machtübernahme der US-Konzerne über die deutsche Wirtschaft (TTIP) duldet oder sogar mitbetreibt. Ein Vernichtungskampf, wie ihn jetzt die Amerikaner gegen VW führen, wäre umgekehrt in Amerika für Deutsche nicht möglich und würde vor allem auch von keiner US-Regierung und keinem Kongress geduldet. Daran zeigt sich wiederum, was ein Vertrag zwischen einem Mächtigen (USA) und einem Ohnmächtigen (EU) wert ist, wenn ihn eine Weltmacht mit von ihr gesteuerten Funktionären (EU-Kommission) abschliesst und wenn wiederum die Arbeitgeberverbandsfunktionäre gegen die Masse ihrer mittelständischen Unternehmen Konzerninteressen vertreten.

Was die wirtschaftliche Machtergreifung der USA über Europa dem US-Präsidenten wert ist, zeigt der Reiseplan Obamas, zur Hannover-Messe zu kommen, um «Politik und Wirtschaft zugunsten von TTIP auf Vordermann zu bringen».   

dimanche, 14 février 2016

Teheran will keine Dollars mehr

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Teheran will keine Dollars mehr

von Robin Classen
Ex: http://www.blauenarzisse.de

In Deutschland war es nur wenig mehr als eine Randnotiz, in den USA ist es gerade eines der Wahlkampfthemen: Die Abschaffung der Iran-​Sanktionen.

Der Konflikt mit Weltkriegspotential um die iranischen Versuche, Atomkraft zu nutzen, besteht schon seit 2002, als bekannt wurde, dass das Land einige geheime Atomanlagen unterhielt. Ab 2005 begann der Konflikt dann zu eskalieren, als mit Mahmud Ahmadinedschad ein Islamist zum Präsident des Irans gewählt wurde. Er ersetzte den gemäßigten iranischen Unterhändler Hassan Rohani durch Ali Laridschani, der seinen kompromisslosen Standpunkt teilte.

Ahmadinedschads Rückzug ermöglichte eine friedliche Lösung

Von 2006 an wurden durch UN-​Resolutionen und Maßnahmen der USA sowie der EU Embargos und Sanktionen zunächst für militärische und später auch für zivile Güter verhängt, die die wirtschaftliche Entwicklung des Landes seitdem massiv negativ beeinflusst haben. Die Aufhebung der Sanktionen war daher für das Land von unvorstellbarer wirtschaftlicher Bedeutung und eröffnet ein enormes Wachstumspotential in den nächsten Jahren.

Als 2012 Ahmadinedschad seinen Rückzug aus der Politik mit dem Ende seiner Amtszeit im August 2013 bekannt gab, entspannte sich die Lage erstmals und es konnte immerhin ein Übergangsabkommen abgeschlossen werden, was den IAEA-​Kontrolleuren Zugang ermöglichte, den Iran zu einer Verlangsamung der Anreicherung verpflichtete und allgemein den Konflikt entschärfte, der insbesondere zwischen 2008 und 2011 beinahe zu einem militärischen geworden wäre. Seit dem 14. Juni 2013 ist nun der ehemals von Ahmadinedschad geschasste Unterhändler Hassan Rohani Präsident des Landes und betreibt eine Politik der Entspannung, was sich schon bald sehr positiv auf die Verhandlungslage auswirken sollte.

Durchbruch im April 2015

Anfang April des letzten Jahres gelang nun ein weiterer Durchbruch: Der Iran sicherte in Lausanne zu, sein Atomprogramm für zehn Jahre unter Aufsicht zu stellen, die Zentrifugen auf ein Drittel zu reduzieren, Uran nicht über 3,67 Prozent anzureichern und den Uranbestand von 10 Tonnen auf nur noch 300 Kilogramm zu verringern. Die „Breakout-​Time“ für die Herstellung von genügend spaltbarem Material zum Bau einer Atombombe soll von nur noch drei Monaten auf immerhin ein Jahr erhöht werden. Des Weiteren wurde die Umgestaltung von zwei besonders problematischen iranischen Atomanlagen vereinbart. Am 16. Januar 2016 wurden auf Grund der bis dahin gegebenen Vertragstreue des Irans die Sanktionen schließlich aufgehoben.

Für Israel war das Abkommen ein Schlag ins Gesicht und ein Beleg für den immer weiter sinkenden Einfluss des Judenstaates, der nun nicht einmal mehr den traditionellen Partner USA von diesem Abkommen abhalten konnte. Die Mainstream-​Republikaner aus dem Partei-​Establishment in den Vereinigten Staaten waren ähnlich unzufrieden mit Obamas Kompromissvorschlag. Hauptkritikpunkt war der Umstand, dass das illegale Programm des Irans nun letztlich doch legitimiert worden sei und das Land, selbst wenn es sich an das Abkommen halten sollte, immer noch in nur einem Jahr zur Atombombe kommen könnte.

In Wahrheit war der Abschluss des Abkommens, an dem auch Deutschland einen enormen Anteil hatte, wohl alternativlos in diesem festgefahrenen und brandgefährlichen Konflikt. Sollte die Einhaltung der Vereinbarungen nun auch entsprechend sichergestellt und kontrolliert werden, könnte das Abkommen als einer der wenigen Erfolge Obamas in die Geschichte eingehen. Wäre 2008 hingegen McCain Präsident geworden, hätte es wohl stattdessen einen militärischen Konflikt von unabschätzbarem Ausmaß gegeben.

Rohani greift nun den Dollar an

Auch für die deutsche Wirtschaft hat sich die Aufhebung der Sanktionen als absolut positiv herausgestellt. Noch im Januar reiste Sigmar Gabriel nach Teheran und auch Rohani reiste durch Europa, um die sich bereits abzeichnenden Kooperationen mit der Automobilindustrie, der Pharmaindustrie, der Kommunikationsbranche und natürlich dem Energiesektor zu besprechen. Allein Siemens hofft auf den Auftrag, eine rund 1000 Kilometer lange Hochgeschwindigkeitstrasse bauen und 500 Züge liefern zu dürfen.

Doch ist Rohani womöglich nur geschickter als Ahmadinedschad? Vielleicht hat er den Atomstreit, der das Land seit mehr als zehn Jahren lähmt, als Sackgasse begriffen und will nun den Iran über die wirtschaftliche Schiene zur Großmacht und zum Einflussfaktor weit über die Region hinaus machen. Dafür sprechen sein rigoroses Vorgehen gegen Blogger und Internetaktivisten und der massive Anstieg der Todesstrafen nach seinem Wahlsieg. Nach dem Knüpfen wirtschaftlicher Beziehungen folgte nun schließlich der nächste Paukenschlag: Ölgeschäfte wird der Iran künftig in Euro abwickeln – und nicht mehr mit der bisherigen De-​Facto-​Weltwährung US-​Dollar. Auch China bezahlt bereits russisches Öl in seiner Landeswährung Yuan.

Wird der Euro doch noch gerettet?

Eventuell ist also in den nächsten Jahren damit zu rechnen, dass Russland, China und der Iran ihre Zusammenarbeit weiter vertiefen und der US-​Dollar international an Bedeutung verliert. Dies wäre wohl auch der einzige Weg für die autoritäreren Schwellenländer die USA zu schlagen: Was militärisch kaum möglich ist, kann über eine Entwertung des Dollars recht leicht erreicht werden. Einziger Wehrmutstropfen: Auch die Chinesen haben gigantische Dollar-​Reserven, die in diesem Fall entwertet würden. Deshalb will das Großreich künftig stärker diversifizieren: Gerade der Euro soll im Blick sein. Retten also am Ende geostrategische Überlegungen östlicher Großmächte die angeschlagene Gemeinschaftswährung? Der jüngste Schritt des Irans dürfte jedoch nicht nur eine Schwächung der USA, sondern auch eine engere Bindung Europas an sich zum Ziel gehabt haben, um künftige Sanktionen unwahrscheinlicher zu machen.

samedi, 13 février 2016

Selon le stratégiste Thomas M. Barnett, le monde idéal serait composé de consommateurs employés et endettés

Bernhard LÖHRI :
Selon le stratégiste Thomas M. Barnett, le monde idéal serait composé de consommateurs employés et endettés


ThomasBarnett.jpgDeux mondes sont désormais envisageables en Europe : soit nous aurons une Europe des patries et des citoyens, portée par des valeurs européennes, soit nous aurons une Europe noyée dans un monde globalisé, où les humains seraient tous employés, consommateurs et, devenus âgés, sources de revenus pour l’industrie de la santé.


Le stratégiste américain Thomas M. Bernett (né en 1962) élabore depuis des années des plans pour édifier un monde définitivement globalisé, où le « One World » aurait priorité sur tout en matières politique, juridique et économique.


Les nations jadis souveraines doivent être mobilisées pour atteindre les objectifs de cette globalisation. Pour l’Europe, la construction eurocratique, l’UE, doit être le modèle à suivre dans l’intérêt des Etats-Unis. Par définition, la globalisation, ainsi conçue, n’est rien d’autre que le processus de soumission au système des intérêts américains. George Friedman, ancien directeur de la très influente boîte-à-penser Stratfor, nous donne son explication : « Quand on parle de stratégie, cela ne signifie pas seulement préparer une guerre conventionnelle. Une stratégie vise surtout à maintenir intact et solide tout ce qui préserve et renforce une nation. Dans le cas des Etats-Unis d’Amérique cependant, la stratégie surplombante, plus que pour d’autres pays, implique bien la guerre ou plutôt une interaction entre la guerre et l’économie ».


barnettkl-L._AC_UL320_SR214,320_.jpgHerfried Münkler, de l’Université Humboldt de Berlin, est désormais un théoricien politique en vue en Allemagne : pour lui, l’option impériale russe, qui vise à acquérir ou à récupérer des territoires comme la Crimée, par exemple, est un mode archaïque d’action sur le monde. Pourquoi ? Parce qu’il parie sur un processus d’acquisition territoriale qui coûte cher sur le plan économique, surtout lorsqu’on tient compte de toutes ses retombées ultérieures (gestion et défense du territoire acquis, installation des communications, etc.). Pour Münkler, la pratique impériale russe est quelque peu anachronique. Les Etats-Unis, en revanche, parient pour un contrôle de tous les types de flux : flux de capitaux, flux générés par les mobilités humaines (voyages, transhumances, tourisme, affaires), notamment les migrations, flux des données. De cette façon, ils gèrent les informations les plus pertinentes qui leur permettent de téléguider les flux qu’ils choisissent d’influencer. Le contrôle des flux de données entre pourtant en conflit avec les principes démocratiques et avec les droits de l’homme : mais le pragmatisme américain ne s’en soucie guère, l’exercice effectif de la puissance prime dans le jeu qu’il joue sur l’échiquier planétaire.


Si la globalisation signifie l’américanisation, il s’avère nécessaire de développer des stratégies pour assurer l’imposition illimité et sans frein de règles, de critères, de standards, de biens et de services qui permettront le triomphe de cette globalisation/américanisation. Il faudra, par exemple, standardiser l’art, la musique, la culture et le langage quotidien des hommes car, à terme, il est tout aussi utile de contrôler ces « flux culturels » que de contrôler les flux ininterrompus de pétrole, de gaz ou d’autres matières premières. Pour le monde globalisé, théorisé anticipativement par Barnett, la propriété des matières premières ne doit pas demeurer aux mains des nations : il faudra privatiser les ressources pour les soumettre à des dispositifs transnationaux.


Le flux des capitaux devra guider les investissements et la consommation de façon à ce que les intérêts américains soient toujours préservés. Déjà Edward Bernays, originaire de Vienne en Autriche, créateur de la notion de « public relations », grand « spin doctor » devant l’Eternel, neveu de Sigmund Freud, avait commenté l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917 par une phrase devenue célèbre, exprimant parfaitement les intentions du Président Wilson : « Nous devons rendre le monde plus sûr, pour faire advenir partout la démocratie » (« to make the world sure for democracy »). Dans le même sens, Barnett parle du flux ininterrompu de troupes américaines dans le monde comme d’un « service » rendu aux marchés régionaux.


barnettT5QL._SX322_BO1,204,203,200_.jpgPour Barnett, cette globalisation, cette gestion des flux, ne peut advenir que s’il y a mélange racial généralisé, de façon à établir en Europe, une race nouvelle, « brune claire ». Cet objectif ne peut être atteint que si l’on amène en Europe chaque année 1,5 million d’immigrants venus du tiers-monde africain. Il faut, ajoute-t-il, une Europe où le QI moyen ne dépasse pas le chiffre de 90. Ainsi, la population sera trop stupide pour comprendre qu’elle est incluse dans un « One World », dans un « nouvel ordre mondial » mais suffisamment intelligente pour pouvoir travailler. Dans le cas de l’Europe, travailler, cela signifie produire des biens largement appréciés dans le cadre d’entreprises, qui paieront mal leurs salariés et dont les profits gigantesques couleront tout droit dans les poches des propriétaires transnationaux.


Barnett est convaincu que l’Europe, dont le taux des naissances a diminué de 50% en cinquante ans, est désormais un continent de vieilles gens où l’on peut ouvrir toutes les écluses démographiques, provoquant ainsi une inondation migratoire. L’Allemagne, par exemple, connaîtra toujours la croissance jusqu’en 2030 mais, tout comme au cours de ces quinze dernières années, aura un déficit de main-d’œuvre de huit millions d’unités, ce qui appelle l’immigration.


Le fameux Traité transatlantique complètera le traité NAFTA, qui lie le Mexique et le Canada aux Etats-Unis ; cette fois, ce sera l’Europe qui sera incluse dans un accord semblable de libre-échange, soit plongée totalement et irrémédiablement dans la sphère économique américaine.


Bernhard LÖHRI.
(article paru dans « zur Zeit », Vienne, n°46/2015 ; http://www.zurzeit.at ).

 

"Etats-Unis : une nouvelle vision géopolitique ?"

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"Etats-Unis: une nouvelle vision géopolitique?"

par Jean-Claude Empereur

Ex: http://www.europsolidaire.eu

Ci-dessous, reprise pour Europe solidaire de mon article consacré aux thèses de George Friedman, article qui vient d'être publié, sous le titre : "Etats-Unis : une nouvelle vision géopolitique ?", dans le numéro de décembre de la "Revue Politique et Parlementaire" consacré au réalisme diplomatique.
 
Ps: depuis la rédaction de cet article, G. Friedman a quitté la présidence de Stratfor pour créer et prendre la tête de "Geopolitical Futures" avec l'intention de renforcer encore son influence au sein de l'oligarchie dirigeante des Etats-Unis.
 
Flashpoints - The Emerging Crisis in Europe

de George Friedman

Un avertissement brutal mais lucide du géopolitologue américain

Note de lecture et commentaire de Jean-Claude Empereur

Convention pour l'indépendance de l'Europe

flasho-EL._SX327_BO1,204,203,200_.jpgFace à la crise de souveraineté et d'identité qui affecte l'Union Européenne, il n'est pas inutile d'analyser le regard que portent certains géopolitologues américains sur cette situation. On connaissait les positions, souvent critiques, de quelques-uns d'entre eux tels que Samuel Huntington ou Zbigniew Brzezinski. George Friedman va encore plus loin dans le pessimisme et surtout la méfiance à l'égard d'une construction dont il considère qu'elle est devenue dangereuse pour l'équilibre du monde.

Spécialiste reconnu de la prospective, président de Stratfor, société qui se consacre à l'analyse géostratégique et à l'intelligence économique, souvent qualifiée de « CIA bis », George Friedman est proche des milieux dirigeants américains. Il peut être ainsi considéré comme très représentatif de la pensée géopolitique dominante à Washington, qu'il s'agisse des cercles dirigeants « visibles » que de ceux du « deep-state » et du complexe militaro industriel, qu'ils soient Républicains ou Démocrates.

Son dernier livre : « FLASHPOINTS. The emerging crisis in Europe » est non seulement une analyse plus que critique ,voire même brutale, de la situation sur le vieux continent, mais surtout une mise en garde des dangers potentiels que représente, pour le reste du monde et surtout pour les Etats-Unis, une Union Européenne à la dérive.

Son point de vue peut se résumer de la manière suivante :

  • L'Union Européenne a échoué,

  • La « question allemande » est de retour,

  • L'Eurasie est un  cauchemar géopolitique pour les Etats-Unis.

L'effondrement du système européen.

D'emblée, et pour mieux mettre en évidence l'ambiguïté initiale du projet européen, George Friedman considère que l'on a trop tendance à oublier le rôle essentiel joué, dès l'origine, par les Etats-Unis dans une construction destinée essentiellement à contrer la menace soviétique. Cette origine, assez éloignée du récit officiel, explique et justifie, selon lui, la parfaite et nécessaire consanguinité entre l'OTAN et l'UE, la seconde n'étant ni plus ni moins, dans cette perspective atlantiste, que la façade économique de l'autre.

Dès sa création, surtout depuis le traité de Maastricht et jusqu'en 2008 l'Europe était devenue une puissance industrielle mais surtout commerciale florissante, l'interdépendance économique des Etats et des entreprises garantissant apparemment paix et prospérité.

Soixante ans plus tard, George Friedman, constate, non sans une certaine « shadenfreude », que ce double objectif de paix et de prospérité n'a pas été atteint. La crise économique et financière ne cesse de s'étendre et la menace de conflits traditionnels ou identitaires plane tant à l'intérieur qu'aux frontières de l'Europe. C'est précisément la multiplication de ces zones de conflits : « flashpoints », en cours ou potentiels, qui, pour l'auteur, sont la marque, congénitale de l'Europe. Livrés à eux-mêmes, les Européens sont dans l'incapacité de s'entendre. La construction européenne a pu faire un moment illusion mais le tragique de l'histoire a repris ses droits.

Les Européens ne changeront jamais .Dès que se profile une crise majeure leurs vieux penchants les reprennent. Aucun système institutionnel européen n'a réussi à enrayer ce mouvement, l'Union Européenne pas plus que les autres.

Incapable de se contrôler eux-mêmes, au risque de déchainer une nouvelle guerre mondiale, ils ne peuvent que se soumettre à une puissance extérieure.

friedw204.jpg« Les Européens ont su conquérir le monde mais se sont montrés incapables de se conquérir eux-mêmes »

Pour George Friedman le point tournant de l'histoire se situe en 2008, année d'une double crise: d'abord militaire en Géorgie, économique ensuite avec la chute de Lehman Brothers. Sur le moment le lien entre ces deux événements pivots ne fut pas remarqué. Le premier d'entre eux montrait que les relations entre la Russie et l'Europe venaient de prendre brutalement un tour nouveau et que la guerre pouvait ressurgir à tout moment sur le continent, comme devait le montrer par la suite, le conflit en Ukraine. Le second, quant à lui, en marquant le début d'une crise économique profonde, mettait en évidence la fragilité de l'Union Européenne, fragilité que les discours incantatoires de ses dirigeants avaient réussi à masquer jusqu'alors.

Dès que les difficultés apparurent, devant la sidération et la paralysie des institutions européennes, les Etats ont repris les commandes, divergences et antagonismes se sont donnés libre cours. Les institutions européennes ont révélé alors leurs faiblesses et le moteur franco-allemand a cessé de fonctionner correctement.

Le retour de la « Question allemande ».

La réconciliation franco-allemande, à condition d'être équilibrée et soigneusement contrôlée, a toujours été, pour les anglo-saxons, le principe fondateur de la construction européenne.

Aujourd'hui l'équilibre est rompu et le contrôle de plus en plus incertain. La réunification a rendu à l'Allemagne sa place centrale en Europe. Grâce à une politique économique tournée vers l'exportation, appuyée sur une monnaie unique qui n'est autre qu'un mark déguisé et une Banque Centrale Européenne copie conforme de la Bundesbank, la République Fédérale s'est imposée comme puissance économique dominante, dictant sans trop d'égards ni de scrupules, à son seul profit, ses orientations ordo-libérales et mercantilistes à l'ensemble de l'Union, sous prétexte de bonne gouvernance.

Pour le président de Stratfor le divorce entre l'Allemagne et la France est consommé de manière quasi irréversible. Les voies et les choix économiques et stratégiques divergent déjà, l'Allemagne se tournant vers l'Est et la France vers le Sud.

Mais notre auteur va beaucoup plus loin. Il pense que ce pivot oriental, conforme à l'histoire et aux tropismes allemands, n'est qu'un début. Il est l'expression d'une volonté de se débarrasser des contrôles, de l'état de soumission et de souveraineté limitée qui est imposé à l'Allemagne depuis la fin de la guerre. Dans cette perspective l'Allemagne constitue une menace, Personne ne peut prévoir, selon lui, dans quel chemin va s'engager ce pays, au cours des vingt prochaines années , s'il est livré à lui-même

La « Question allemande », formulation qui, dans l'histoire, a toujours exprimé vis-à-vis de nos voisins une interrogation anxieuse, serait-elle de retour ?

Mais pour George Friedman le pire est encore à venir si les Allemands, libérés de leurs liens étroits avec la France et par la même d'une Union Européenne en situation d'échec, se tournent, comme leur passé les y invite, vers la Russie.

L'obsession eurasienne : un cauchemar géopolitique.

On sait depuis Tocqueville que l'affrontement entre l'Amérique et la Russie fait partie des grands mythes de l'histoire.

Pour certains, le caractère inévitable de cet affrontement a été théorisé dès 1904 par Hartford Mackinder dans sa conférence à la Royal Geographical Society de Londres. Cette conférence reprise ultérieurement dans un simple article de douze pages résume encore aujourd'hui les orientations de la politique américaine en mettant en évidence l'opposition absolue entre une Amérique appuyée sur la maîtrise intégrale des océans et une Russie retranchée dans « l'ile du monde » cœur du système continental eurasiatique et « pivot géographique de l'histoire ».

Pour Friedman le rapprochement de la nouvelle Allemagne et de la Russie éternelle en rendant inévitable la constitution d'un ensemble continental gigantesque peuplé de plus de sept cent millions d'habitants, aux immenses ressources naturelles, à la profondeur stratégique inégalée, en continuité et en contiguïté avec la Chine ,l'Inde et le monde musulman est inacceptable.

friedSuGu1GsgL._UY250_.jpgCe rapprochement, s'il devait se confirmer dans les vingt ans à venir, constituerait pour les Etats-Unis, un véritable cauchemar géopolitique en même temps qu'une menace majeure, mettant en cause une hégémonie considérée comme non négociable.

Dans ces conditions, tout, absolument tout, doit être mis en œuvre pour en empêcher la réalisation.

C'est ainsi que l'intégration de l'Ukraine à l'Union Européenne, en réalité à l'OTAN, constitue un enjeu majeur et prend tout son sens. Dans cette logique, le conflit doit être mené jusqu'à son terme afin de positionner les armées de l'OTAN jusqu'aux frontières de la Russie et ceci «  pour des décennies »...

Bien au-delà du simple endiguement de la guerre froide « containment », c'est d'une stratégie de refoulement pur et simple « roll back » dont il s'agit. Cette stratégie, fait ainsi entrer subrepticement les Etats-Unis dans l' « étranger proche » de la Russie, en plaçant de facto cette zone périphérique, à laquelle elle est très attachée, pour sa sécurité, sous contrôle américain. L'étape suivante est d'utiliser, dans la ligne de ce que préconise Zbigniew Brzezinski dans le « Grand échiquier », l'Ukraine comme bélier géostratégique pour disloquer ensuite la Fédération de Russie.

Au cours d'une conférence donnée au Chicago Council for Global Affairs, George Friedman, à l'occasion de la sortie de son livre, n'a pas hésité à envisager le retour de la guerre froide voire même la possibilité d'un conflit préventif avec la Russie.  « si  l'on veut éviter qu'une flotte constitue une menace il faut empêcher sa construction avant qu'il ne soit trop tard ».Précise-t-il.

Nous voilà dûment avertis...

Europe/Etats-Unis, des malentendus aux divergences transatlantiques.

On est loin de la vision Kissingérienne du réalisme diplomatique et de l'équilibre des puissances. Conscient des risques insensés que fait courir au monde cette politique agressive et invasive, l'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger a déclaré, dans une interview accordée au New York Times au début de l'année 2015 à propos du conflit en Ukraine: « Je pense qu'une reprise de la guerre froide serait une tragédie historique ».

Il est clair que la brutalité – le mot n'est pas trop fort- de l'analyse de Friedman s'apparente plus à de la provocation qu'à de la diplomatie.

De ce point de vue, on se souvient des propos, méprisants, peu diplomatiques, pour ne pas dire plus, de Victoria Nuland, assistante au Secrétariat d'Etat américain pour les affaires européennes et eurasiennes, interceptés lors d'un entretien téléphonique avec l'ambassadeur des Etats-Unis à Kiev : « we F... the European Union ». Ce langage d'une diplomate chevronnée, très liée aux milieux néo-conservateurs, ( son mari n'est autre que Robert Kagan , l'un des fondateurs du « Project for a New American Century ») sont très représentatifs de cette tendance provocatrice et jusqu'auboutiste faisant peu de cas des intérêts de l'Union Européenne.

S'agissant des rapports euro-atlantiques et de l'évolution de la construction européenne, on aurait tort de ne pas tenir compte de l'analyse de George Friedman et de ne pas en tirer un certain nombre de leçons pour l'avenir, ceci pour au moins deux raisons :

  • La première c'est qu'elle n'est pas toujours dépourvue de sens, en ce qu'elle met en lumière, les divergences d'intérêts aiguisés par la crise, entre les Etats membres de l'Union Européenne.

  • La seconde vient, compte tenu de l'appartenance de son auteur aux cercles du pouvoir, de son caractère potentiellement auto réalisatrice.

Il ne faut pas se bercer d'illusions cette analyse, partagée par la plupart des milieux dirigeants de Washington, qui rappelons le sont souvent les commanditaires de Stratfor, dénie à l'Union Européenne toute possibilité d'indépendance politique économique ou militaire,

Car du fait de l'impossibilité supposée des responsables politiques européens de maîtriser leurs conflictualités latentes, tout désir d'indépendance de leur part, est perçue comme un risque et une menace permanente pour la paix et la sécurité des Etats-Unis.

freidVSAZL._AC_UL320_SR202,320_.jpgFriedman insiste sur le fait que les Etats–Unis doivent continuer à contrôler sans partage les océans et l'espace, il pourrait ajouter le numérique et le Big data, car c'est le socle de leur puissance. Devant les risques que présentent, selon lui, l'irresponsabilité et l'incontrôlabilité européenne, et le double échec de l'intégration économique et militaire de l'Europe, deux solutions s'imposent : le renforcement et l'extension de l'OTAN, la mise en œuvre du Grand Marché Transatlantique, deux instruments de vassalisation de l'Union.

Il est clair que les Européens qui font de moins en moins confiance à leurs institutions pour faire face aux problèmes du moment,

Aveuglés par une vision irénique de la mondialisation, dépourvus, à la différence de tous les autres acteurs mondiaux, de la moindre vision géopolitique et plongés dans un état de sidération depuis le début d'une crise sans fin, ils auront du mal à résister à ce double arraisonnement s'ils ne prennent pas rapidement un certain nombre de mesures de rupture.

Les plus urgentes mais aussi les plus difficiles à mettre en œuvre devraient être les suivantes :

Solidarité puissance identité souveraineté

Refonder le projet européen sur quatre concepts intimement liés entre eux : solidarité, puissance, identité et souveraineté. La crise a mis à mal, depuis longtemps, les impératifs de solidarité et de puissance, les faisant passer imprudemment derrière les contraintes techniques et comptables de «  gouvernance » budgétaire.

Les crises migratoires et la perspective de leur amplification pose le problème de l'existence et de l'identité d'un peuple européen. Cette incertitude identitaire est à l'origine de bien des difficultés présentes.

Enfin le retour à la multipolarité du monde et le développement d'une compétition acharnée entre ses différents acteurs met en évidence l'exigence fondamentale de souveraineté

En effet, malgré les discours iréniques sur la mondialisation et l'érosion des Etats-Nations, la souveraineté  reste, le marqueur central de la réalité d'un pouvoir. Or la construction européenne a consisté, sous prétexte de gradualisme, à installer, sous couvert du principe anesthésiant de subsidiarité, un système très coercitif, de transfert/neutralisation insidieux de la souveraineté des Etats membres, au profit d'une Union, incapable de construire, en retour, à son niveau une souveraineté européenne authentique. Ce système d'aspiration/annihilation dont l'extrême nocivité apparait maintenant au grand jour, du fait des multiples crises existentielles qui assaillent l'Europe, a mis en péril sa défense, et explique dans une large mesure son incapacité à forger une politique dans ce domaine.

La refondation des institutions européennes commande le retour au principe, plus souple, d'un « Concert européen de souverainetés nationales ».

Ce double refus impolitique et névrotique de l'identité et de la souveraineté condamne, s'il n'est pas surmonté rapidement, l'Europe à sortir de l'histoire

Pour une Europe des grands espaces

Construire et renforcer le partenariat Euro-Russe , l'Union Européenne l'avait un moment envisagé, puis abandonné sous la pression anglo-saxonne. Il est temps de le relancer, dans une perspective d'équilibre entre le monde atlantique océanique et le monde asiatique continental. Seul en effet, ce partenariat s'appuyant sur un lien tripartite équilibré et complémentaire entre Paris, Berlin et Moscou est capable d'offrir au projet européen une réelle puissance en accordant à celui-ci la possibilité de :

  • développer de grands projets industriels et technologiques, en particulier, dans l'espace et le numérique,

  • lui donner accès à des ressources naturelles considérables

  • le doter enfin d'une véritable profondeur stratégique allant bien au-delà de ce que George Friedman appelle « l'Europe péninsulaire ».Cette convergence entre les trois pays s'est manifestée, avec succès, au cours des dernières années dans des situations très critiques, la guerre en Irak en 2003 et le conflit en Ukraine avec les accords de Minsk II en 2015.

Conclusion.  Rompre avec la stratégie américaine d'encerclement issue de la guerre froide

Se dégager de l'endiguement « Mackinderien » qui oppose depuis plus d'un siècle l'ensemble eurasiatique au reste du monde pour le seul bénéfice de l'hégémonie américaine en recherchant des alliances avec les puissances émergentes et notamment les BRICS. De ce point de vue une attention toute particulière doit être accordée non seulement au monde méditerranéen mais surtout à l'Afrique, le plus proche voisin de l'Europe, dont l'évolution démographique, récemment rappelée par un rapport de l'ONU, va déterminer, pour une part l'équilibre du monde dans les prochaines décennies : 2,4 milliards d'habitants en 2050 et 4,4 milliards en 2100. Le refus de voir les conséquences géopolitiques de cette situation, s'il persistait, est gros d'énormes difficultés à terme très rapproché. 

Reste à savoir s'il existe aujourd'hui une opinion publique européenne prête à entendre ce message et des hommes politiques «  grand format » pour reprendre la formule de Thomas Mann capables de les guider dans cette voie.

Washington, l'Otan, les migrants

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Washington, l'Otan, les migrants

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

On apprend le 12/02, selon la presse, que « l'Otan a décidé d'apporter à l'Allemagne, la Grèce et la Turquie l'aide qu'elles réclament face à la crise migratoire. Le secrétaire général de l'Organisation, Jens Stoltenberg, a annoncé ce jeudi 11 février qu'un groupement naval allié sous commandement allemand allait se rendre sans tarder en mer Egée pour «aider à lutter contre le trafic humain».

" Le commandant des forces alliées en Europe, le général américain Philip Breedlove, «est en ce moment en train d'ordonner au groupement naval permanent (...) de se rendre en mer Egée sans tarder et d'y débuter des activités de surveillance», a précisé Jens Stoltenberg en présentant la mission."

Cette « crise des migrants » sert, comme l'on pouvait s'y attendre, de prétexte à Washington pour s'engager militairement, via l'Otan, en Méditerranée orientale ...ce que l'Amérique fait déjà depuis longtemps, mais plus discrètement et sans recueillir pour cela l'accord de tous les pays européens.

Le prétexte de la crise des migrants ne trompera personne. Ce ne sont pas des navires de guerre de l'Otan qui pourront faire la moindre chose pour empêcher le trafic des passeurs. Il faudrait pour cela qu'ils aient mission de tirer à la mitrailleuse sur leurs embarcations, quitte à augmenter le nombre des noyés parmi les migrants. Or personne ne s'y résoudra, bien entendu. Le prétexte de recueillir des informations sur les passeurs n'a aucun sens. Les informations ne permettront ni à Frontex ni aux garde-cotes grecs d'arrêter les passeurs – sauf encore une fois à tirer sur eux.

Le vrai motif de l'intervention de l'Otan consiste à permettre au général américain Philip Breedlove de déployer des moyens capables d'intervenir directement dans le conflit syrien, en relais de la Turquie et en se substituant à l'Union Européenne et à l'ONU. Cette intervention permettra d'empêcher la Russie de poursuivre la remise en selle de son allié de toujours, Bashar al Assad. Elle rappellera aussi à Chypre et à la Grèce, comme aux pays européens dont les marines nationales pourraient très bien intervenir pour arrêter les trafics à la source, que la Méditerranée est leur mare nostrum.

Tout laisse donc penser que les migrations provenant autant du Moyen-Orient que de l'Afrique ne vont pas s'arrêter, au contraire. Elles servent trop les intérêts stratégiques des Etats-Unis dans cette partie du monde pour ne pas être en partie suscitées par eux. Face à la crise libyenne qui se prépare, tout laisse penser que l'Otan ou à défaut l'US Africa Command ont déjà mis au point des plans d'interventions directes.

La France, au lieu de réagir, laisse faire. Le 11/02 sur France Inter, François Hollande a répété son obstiné « Assad doit partir ». Il sait très bien pourtant que si Assad part, ce seront Daesh et des américano-saoudiens irresponsables qui le remplaceront.

Jean Paul Baquiast

vendredi, 12 février 2016

Les Cinq Grands, la sécurité eurasienne et autres projets

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Leonid SAVIN :
Les Cinq Grands, la sécurité eurasienne et autres projets


Effectuons un bref retour au passé, revenons en 2001 : l’un des principaux analystes du groupe bancaire américain Goldman Sachs Group Inc., Jim O’Neill, utilisait l’acronyme BRIC pour désigner les économies en croissance. Il utilisait certes cet acronyme dans le cadre du néolibéralisme globalisateur mais cela n’a pas empêché les Russes de « coopter » le terme, en proposant dans la foulée au Brésil, à l’Inde et à la Chine de mettre en œuvre un organisme de coopération multilatéral. En un temps relativement bref, un grand nombre d’initiatives ont été lancées pour développer des mécanismes d’interaction entre ces puissances et économies émergentes. Plus tard, l’Afrique du Sud a rejoint ce premier groupe de quatre pays, donnant simultanément naissance à un acronyme élargi, celui de BRICS.


Ces cinq pays couvrent 26% de la surface du globe, représentent 42% de la population mondiale et génèrent 27% du PIB mondial. On les considère généralement aujourd’hui comme le nouvel acteur collectif d’un monde tendant à redevenir multipolaire, en se basant sur un principe de décentralisation et sur la capacité à répondre aux défis du 21ème siècle. Lors de son « briefing » suite au sommet des BRICS à Oufa le 9 juillet 2015, Sergueï Riabkov, représentant le ministre russe des affaires étrangères, déclarait : « Les pratiques des BRICS n’ont aucun précurseur sur la scène de la politique internationale » ; ce groupe d’Etats, a-t-il ajouté, est devenu « un facteur important dans les relations internationales ». Les BRICS deviendront bientôt les « 8 Grands » mais assoiront leurs relations sur des bases nouvelles, celles de l’égalité, de la transparence et du consensus entre tous les membres.


Le dernier sommet d’Oufa a démontré que ce ton informel, sur lequel reposait la coopération entre les participants, n’a pas empêché de créer une association internationale à part entière, bien plus démocratique en son fonctionnement que toutes les autres alliances du siècle écoulé. A Oufa, les participants ont approuvé un plan pour de futures actions : on peut le considérer comme une sorte de résumé des « opérations matricielles » que mèneront les BRICS dans un futur proche. Le document comprend une déclaration générale quant aux finalités et à la stratégie sous-tendant le partenariat économique ; il annonce également l’ouverture d’un département virtuel, c’est-à-dire une page web officielle des BRICS qui publiera tous les documents officiels et offrira des textes pertinents pour comprendre le fonctionnement de cette association informelle. A Oufa, on a également mis sur pied la Banque des BRICS ainsi qu’un fond commun de réserves pour les échanges avec l’extérieur. Le capital combiné s’élève à 200 milliards de dollars. Les premiers projets cofinancés démarreront au printemps de 2016 et ne se limiteront pas aux cinq pays participants : ils viseront une perspective internationale. Pour l’essentiel, il s’agit là d’une alternative financière au FMI des Rotschild qui investira dans les secteurs où cela s’avèrera nécessaire et dans l’économie réelle des pays, ce qui signifie que cette alternative ne se livrera pas à des transactions d’ordre spéculatif en fournissant des prêts aux taux d’intérêt prohibitifs comme le font les banques étrangères, les bourses ou autres fonds de financement.


Entre les pays du groupe des BRICS, on cherchera en permanence à consolider la coopération en tous domaines financiers et économiques. En particulier, le directeur des « affaires européennes et centre-asiatiques », Gui Congyou rappelle que la Russie constitue une priorité pour les investissements chinois, non seulement sur le plan des infrastructures mais aussi dans l’immobilier bon marché et dans la haute technologie.


Cette année, la présidence russe des BRICS s’est montrée particulièrement dynamique. Comme l’a dit le Président Vladimir Poutine le 9 juillet 2015, « l’année de la présidence russe nous a permis d’organiser les premiers fora des BRICS sur les matières civiles et parlementaires ainsi que le forum « jeunesse ». La création du réseau universitaire des BRICS est en voie d’achèvement, de même que la mise sur pied d’un Conseil des Régions de l’organisation.


Il faut ajouter que la coopération se développe désormais non seulement dans les domaines financier et économique : il y a eu des réunions interministérielles dans les domaines de la santé, de l’enseignement, de l’agriculture, de la fiscalité, de la science et des technologies, de la sécurité sociale, des communications, du travail et de l’emploi et de la culture. La coordination accrue entre les pays ont eu un impact indirect mais réel sur toutes les questions internationales brûlantes, telles les conflits régionaux, les menaces dues au narcotrafic, le domaine spatial et la piraterie maritime. Pour faire face à ces problèmes, les participants ont délibérément évité de faire usage de techniques rendant les relations multilatérales trop bureaucratiques. Tous les dirigeants des pays BRICS ont été d’accord pour dire que le modèle actuel de négociations non bureaucratiques devait être maintenu dans l’avenir.

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Ce refus de tout bureaucratisme indique aussi que les BRICS ont des objectifs essentiellement civils. Cette thématique, abordée lors du sommet d’Oufa, a ensuite été remise sur le tapis à la veille du forum tenu à Moscou, avec la participation d’experts. Notamment grâce au « BRICS Business Council », bon nombre d’accords ont été scellés, avec les recommandations de dirigeants syndicaux adressées aux chefs d’Etat. Le Président de la Fédération des Syndicats indépendants de Russie, Mikhael Chmakov, a signalé, lors d’une entrevue avec le Président Poutine, la nécessité impérieuse qu’il y a à éviter les méthodes néolibérales, responsables de toutes les crises qui sévissent aujourd’hui dans le monde. Cette déclaration est importante car elle montre que les pays du BRICS agissent sur base d’un consensus au niveau idéologique et politique, consensus qui guidera la politique général de ces Etats.


On peut aussi considérer que les BRICS constituent un club dont les membres suivent le principe de réciprocité. Le Premier Ministre indien, Narendra Modi a indiqué, lors d’une très importante réunion des dirigeants des pays BRICS, qu’il était important de mener à bien une réforme au sein des Nations Unies et du Conseil de Sécurité. Selon Modi, une telle réforme contribuerait à résoudre plus efficacement les requêtes. Le constat du dirigeant indien est significatif quand on aborde le problème des sanctions : seules les sanctions décrétées par les Nations Unies devraient être suivies d’effets ; toute autres initiative relevant d’une tentative de certains pays d’imposer leur point de vue. C’est inacceptable. Dilma Rousseff, la Président du Brésil, a également évoqué la thématique d’une réforme des Nations Unies et a affirmé la disponibilité de son pays à participer à divers projets comme l’harmonisation des flux migratoires ou le contrôle des changements climatiques.


Il nous paraît important de souligner que d’autres pays montrent un intérêt croissant dans les BRICS. Par exemple, lors du forum financier des BRICS et du Groupe de Shanghai, qui eut lieu le 8 juin, le vice-président de la Banque de Développement Industriel turque, Cigdem Içel était présent. Qui plus est, la participation formelle des chefs des Etats du Groupe de Shanghai, qui avaient tous été invités, a puissamment contribué à rehausser le statut de l’événement. Toutefois, en dehors de l’ordre du jour officiel, les dirigeants ont pu communiquer lors d’une session informelle et discuter d’un bon nombre de sujets, tous également important pour bâtir un partenariat reposant sur la confiance mutuelle.


L’Occident s’est comporté à sa manière habituelle, en usant de deux poids deux mesures et en menant une guerre indirecte sur le plan de l’information. Exemple : la publication de Bloomberg était totalement manipulée, comme si les économies conjuguées de BRICS avaient pratiquement dépassé l’économie américaine. Ce n’est pas vrai : le FMI avait déjà déclaré depuis longtemps que la Chine seule avait dépassé les Etats-Unis en 2014. En revanche, le « Council on Foreign Relations » a tenu un langage plus réaliste, en soulignant que les BRICS visaient tout simplement à réduire l’influence de l’Occident. Le centre d’études stratégiques Stratfor, pour sa part, ajoutait que les BRICS et le Groupe de Shanghai s’étaient transformé en une sorte de plateforme pour résister aux pressions américaines. A l’évidence, les analystes américains n’ont pas entendu, ou n’ont pas voulu entendre, les discours répétés des dirigeants et ministres des BRICS, qui ont plus d’une fois déclaré que leurs efforts n’étaient dirigés contre aucun Etat ou puissance tout simplement parce leurs ordres du jour étaient clairement énoncés. De même, le Groupe de Shanghai a été créé pour résoudre des problèmes de sécurité régionale dans l’espace eurasiatique, pour réguler la production d’énergie et pour établir des corridors de communications.


Mais il est tout aussi évident que ces deux structures apporteront, le cas échéant, une réponse appropriée à toutes les tentatives de miner les assises de la souveraineté de leurs Etats et d’immixtion dans leurs affaires intérieures. Lors de ces sommets, les Russes et les Chinois ont pris le temps de se consacrer à un sujet important, celui de préserver la justice historique et de répondre immédiatement à toutes les tentatives de réécrire l’histoire et de justifier des phénomènes comme le fascisme ou le nazisme.

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Le sommet du Groupe de Shanghai a eu lieu immédiatement après les réunions des BRICS à Oufa et a été marqué par la prise de décisions importantes. Pour la première fois depuis l’existence de ce Groupe, les participants ont reçu de nouveaux membres, l’Inde et le Pakistan. En plus, les participants se sont mis d’accord pour élever au statut de pays observateur la République de Belarus. Sont désormais partenaires dans le dialogue entre membres : l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Cambodge et le Népal. Lors d’une conférence de presse à Oufa, un journaliste occidental a soulevé une question cruciale : celle des problèmes graves subsistant entre l’Inde et le Pakistan ; et comment ces deux Etats envisagent-ils leur future coopération, si différends et conflictualités potentielles demeuraient inchangés ? Ce qu’il faut comprendre, c’est que le Groupe de Shanghai travaille d’une manière complètement différente de l’Occident qui adhère aux thèses de l’école dite « réaliste » avec son équilibre de la terreur, sa pratique de la confrontation, sa propension à créer des conflits d’intérêts, etc. Le Groupe de Shanghai, lui, cherche à promouvoir une méthode entièrement différente et nouvelle en matière de sécurité collective ; il vise à respecter les intérêts et les souverainetés existantes de tous les Etats membres de l’organisation. Cette attitude intellectuelle et morale, hissée aux dimensions « polycontinentales » des BRICS, permettra de normaliser les conflits les plus ancrés dans les réalités régionales, comme par exemple celui qui oppose l’Arménie à l’Azerbaïdjan.


Encore plus important : l’adhésion de l’Inde et du Pakistan transforme le Groupe de Shanghai une alliance informelle de quatre puissances disposant de l’arme atomique. Le Président de l’Ouzbékistan, Islam Karimov, a précisé que cette nouvelle donne pourrait modifier l’équilibre des forces dans le monde. Autre thématique de toute première importance : l’adhésion future de la République Islamique d’Iran. Téhéran subit les sanctions des Nations Unies : il est donc impossible de faire adhérer la RII dans ces conditions. Mais comme l’a dit le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, l’Iran a marqué des points dans les négociations avec six pays et l’on peut espérer, suite à ces progrès, que les problèmes seront résolus à court terme, à condition, bien sûr, que l’Occident ne tente pas de revoir le cadre des accords acquis, comme il l’a fait maintes fois auparavant.


Lors du sommet du Groupe de Shanghai, les participants se sont mis d’accord pour coopérer au sein d’un programme de lutte contre les terrorismes et les séparatismes pour la période 2016-2018. Il vaut la peine de noter que la Russie assumera la direction du Comité Exécutif du Groupe de Shanghai pendant cette période. La convention du Groupe de Shanghai, visant à lutter contre les terrorismes, a commencé à être activée, de même que le « Centre de riposte contre les menaces et les défis à la sécurité », sur base des décisions prises antérieurement au sein du RATS (= « Regional Anti-Terrorist Structure »). L’organisation terroriste qui se nomme « Etat islamiste » y a été considérée comme une menace sérieuse et tous les membres du Groupe de Shanghai ont réitéré leur intention de la combattre, ainsi que d’autres groupements extrémistes internationaux.


La stratégie de développement du Groupe de Shanghai, planifiée jusqu’en 2025, a été acceptée sous la dénomination de « Déclaration d’Oufa ». Cette stratégie prévoit que le Groupe de Shanghai travaillera à établir « un système de relations internationales polycentrique et démocratique », faisant référence aux assises d’un espace sécurisé indivisible. Il sera important, dans cette optique, de respecter l’identité et les principes structurants des Etats membres du Groupe et de leurs peuples, dans le cadre historique qui est le leur.


Dans son discours consacré aux résultats obtenus lors des deux sommets, le Président Vladimir Poutine a montré que les efforts fournis tendaient « à faire émerger une banque de développement du Groupe de Shanghai, doublé d’un Fonds de Développement. Cette idée de créer des institutions sur base de l’association interbancaire du « Centre International du Projet de Financement » du Groupe de Shanghai, est prometteuse. Le dirigeant russe a lancé un appel pour utiliser de manière plus dynamique les possibilités offertes par le Groupe de Shanghai aux Etats BRICS.


Mis à part le tandem BRICS/Groupe de Shanghai, nous verrons de nombreux projets régionaux se joindre tout naturellement aux projets. Les dirigeants russes et chinois ont déclaré qu’ils étaient prêts à œuvrer en étroite collaboration pour mettre définitivement en place deux grands projets d’intégration, l’Union Economique Eurasiatique et le Projet Economique de la Route de la Soie. Il faut ajouter à tout cela la relation triangulaire qui s’est créée entre la Russie, la Chine et la Mongolie. Dans les coulisses du sommet des BRICS, les dirigeants de ces trois pays ont trouvé un accord pour intensifier leurs coopérations à plusieurs niveaux : création de projets infrastructurels, activités culturelles communes, échanges d’informations. Le Président du gouvernement chinois, Xi Jinping, a eu une formule heureuse : « Il est nécessaire de former une communauté liée par un destin mutuel et de promouvoir la multipolarité ».


Les BRICS coordonneront la défense de leurs positions au sein du G20. Cette dernière plateforme, ils l’utiliseront pour parfaire divers projets propres à leurs Etats. Le sommet du G20 aura lieu en novembre 2015 en Turquie. Ils poursuivront leurs pourparlers afin de préparer la banque commune et les autres objectifs décidés dans la Déclaration d’Oufa.


Tout cela signifie automatiquement que toute tentative de manipulation extérieure, même sous des prétextes apparemment plausibles seront voués à l’échec (par exemple, les Etats-Unis tentent de faire triompher leur propre projet de « Route de la Soie »). Le monde, avec l’aide des BRICS et du Groupe de Shanghai sera plus sûr et plus harmonieux.


Leonid Savin.
(article paru sur http://www.katehon.com – repris en versions anglaises et espagnole sur http://euro-synergies.hautetfort.com , le 5 septembre 2015.

jeudi, 11 février 2016

Tout a changé à Buenos Aires !

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Bernhard TOMASCHITZ :
Tout a changé à Buenos Aires !


En Argentine, le nouveau président Macri amorce de nouvelles réformes néolibérales et ramène son pays dans le sillage des Etats-Unis !


Mauricio Macri est devenu Président de l’Argentine le 10 décembre 2015. Ce millionnaire, cet ancien maire de la capitale Buenos Aires prend la succession de Cristina Kirschner, une populiste de gauche. Il n’a pas fait traîner les choses : tout de suite, il s’est attelé à refaçonner le pays selon ses idées néolibérales. Il reçoit l’aval et les applaudissements des médias dominants, surtout aux Etats-Unis. Le New York Times jubile, dès la fin décembre : « A peine trois semaines aux affaires, Macri bouleverse l’Argentine de fond en comble avec ses remarquables réformes ».


Macri a baissé les impôts des entreprises et libéré le cours du peso, qui, tout de suite, a perdu 30% de sa valeur face au dollar américain. C’est surtout le citoyen argentin moyen qui fait les frais de cet effondrement du peso, tout simplement parce que les marchandises importées deviennent beaucoup plus chères. Le New York Times, toujours aussi enthousiaste, remarque qu’avec la diminution des droits d’exportation pour les exploitants agricoles, les éleveurs et les entreprises, Macri veut augmenter leurs profits. Le nouveau ministre argentin de l’agriculture, Ricardo Buryaile, est un ancien directeur de… Monsanto ! Or, il faut se souvenir que le consortium agricole américain était en conflit avec le gouvernement de la gauche populiste de Cristina Kirschner, à cause des redevances. Le 29 avril 2015, l’agence de presse Bloomberg, spécialisée dans les affaires économiques, écrivait : « L’Argentine, le plus gros producteur mondial de graines de soja, envisage d’interdire aux marchands de semences de percevoir des redevances ».


Sur le plan intérieur, le nouveau président cherche à transformer complètement l’Argentine, sans trop tenir compte de la constitution. Comme le rapporte Tele Sur, une chaîne de télévision ibéro-américaine, deux avocats argentins reprochent à Macri d’avoir nommé deux nouveaux juges à la Cours Suprême, ce qui constitue un abus de pouvoir. Ces nominations se sont effectuées sans l’accord obligatoire du Sénat, ce qui constitue, aux yeux des deux juristes, « un acte anticonstitutionnel et une violation manifeste de la Constitution ». De plus, Macri semble préférer gouverner par décrets, passant outre l’avis du Parlement.
L’homme au pouvoir désormais sur les rives du Rio de la Plata gouverne nettement de manière autoritaire : les Etats-Unis, pourtant si prompts à s’insurger contre toute gouvernance autoritaire, se drapent dans un silence absolu.

Ce n’est pas étonnant : Macri est l’homme en qui ils placent tous leurs espoirs en Amérique latine. Peter Koenig, ancien collaborateur de la Banque Mondiale, décrit de Président de 57 ans comme une figure « extrêmement conservatrice » qui « suite des politiques néolibérales » qui entend inverser « le cours progressiste amorcé antérieurement par le gouvernement Kirschner », en réduisant les subsides pour les travailleurs, en privatisant et « en mettant un terme à la politique fiscale (de l’ancien gouvernement), laquelle visait une rédistribution des richesses nationales ». La famille d’entrepreneurs, dont Macri est issu, aurait accumulé de fausses dettes, avec l’assentiment tacite des banques américaines, dettes que le gouvernement argentin a, par la suite, dû prendre en charge. Toujours selon Koenig, Macri laisse derrière lui, en tant qu’ancien maire de Buenos Aires, « un héritage douteux, de magouilles avec l’argent public, avec des dépassements budgétaires outranciers et des travaux publics incessants ». On accuse aussi le nouveau président d’avoir détourné l’argent public pour financer ses campagnes électorales et des parties fines avec des prostituées.


Une dépêche de 2008, émanant de l’ambassade des Etats-Unis à Buenos Aires et dévoilée ultérieurement par Wikileaks, révèle que Macri, lors d’une conversation avec l’ambassadeur américain, a demandé de manière pressante l’immixtion de Washington dans les affaires intérieures argentines pour contrecarrer l’anti-américanisme que cherchait à généraliser le prédécesseur et époux de la Présidente Kirschner, Nestor Kirschner. Son épouse avait suivi cette voie anti-impérialiste. Dans la dépêche, on apprend que Macri « se plaignait que l’engagement américain en Argentine était trop ‘passif’ et n’était pas en mesure de répondre aux provocations des Kirschner, ce qui faisait croire à l’opinion publique que les Etats-Unis n’étaient jamais présents ». Apparemment, l’immixtion de Washington était insuffisante, selon Macri, notamment par l’intermédiaire de ces fondations semi-étatiques, en charge de « promouvoir la démocratie », comme, par exemple, le « National Endowment for Democracy ».


On ne s’étonnera pas, dès lors, que l’Argentine, sous la houlette de son nouveau président, optera pour une ligne très différente en politique étrangère. Cristina Kirschner avait cherché à consolider les liens entre l’Argentine, d’une part, et la Chine et la Russie, d’autre part, dans le but évident de limiter la trop forte influence des Etats-Unis en Amérique du Sud. Le géopolitologue russe Nil Nikandrov note que l’Argentine « tenait régulièrement compte des intérêts russes dans les questions les plus cruciales en politique internationale ». Ainsi, par exemple, Nikandrov rappelle que l’Argentine s’était abstenue, en mars 2014, quand il s’agissait de voter en faveur d’une résolution des Nations Unies, condamnant la Russie pour « les événements de Crimée ».


Macri, en revanche, se pose comme l’exécuteur zélé des volontés de Washington. Dès le premier mois de son mandat présidentiel, Macri s’est immédiatement confronté au Vénézuela, où le Président Nicolas Maduro est affaibli, suite à sa défaite lors des élections législatives du 6 décembre. Macri a annoncé qu’il réclamerait l’exclusion du Vénézuela du Mercosur, le marché commun latino-américain, sous le prétexte que Maduro aurait agi de « manière non démocratique » contre des représentants de l’opposition. Si un Etat membre du Mercosur « brise l’ordre démocratique », a-t-il ajouté, il faut qu’il subisse des sanctions.


Bernhard TOMASCHITZ.
(article paru dans « zur Zeit », Vienne, n°1/2, 2016 ; http://www.zurzeit.at ).

mercredi, 10 février 2016

Initiation au journalisme de terrain

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Initiation au journalisme de terrain

Atelier de Vincent Lapierre et Pierre de Brague à Lille

E&R Lille recevra Vincent Lapierre et Pierre de Brague le samedi 27 février 2016 à 14h pour un atelier exceptionnel d’initiation au journalisme de terrain, sur le thème : « Le relais actif d’information , agissons ensemble ! »

Notre région se trouve régulièrement plongée au cœur de l’actualité, les informations se succèdent à une fréquence considérable et l’objectivité des faits reste bien souvent discutable. C’est pourquoi Vincent Lapierre et Pierre de Brague, journalistes pour ERTV, nous proposeront une initiation pratique aux techniques journalistiques.

Soyons les acteurs de notre actualité !

Réservations : reservation.erlille@outlook.fr

Entrée : 5 euros.

La bande-annonce de l’événement :

mardi, 09 février 2016

Erdogan agace diablement The Economist

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Erdogan agace diablement The Economist

Ex: http://www.dedefensa.org

En temps normal, c’est-à-dire dans un temps fonctionnant bien au rythme de la narrative-BAO, Erdogan avec sa Turquie devraient être le favori de nos puissants Masters of the Universe. Ne voilà-t-il pas un homme qui veut la peau d’Assad de toutes les façons possibles, y compris en soutenant Daesh et en faisant la fortune de sa petite famille en même temps ; et mieux encore le fin limier, qui abat en plein vol un Su-24 de Poutine et menace l’ignoble Russe de toutes les calamités possible... Et encore “mieux encore”, pour ceux qui ont quelque mémoire disponible : Erdogan a pris cette position et fait ces choix après avoir copiné longuement et chaleureusement avec Poutine, pendant des années, à l’immense agacement de ceux qui, des Anglo-Saxons à l’OTAN, s’étaient considérés depuis des décennies comme les divers parrains, tuteurs et protecteurs d’une Turquie parfaitement occidentalisée par la corruption et l’occidentalisation affichées conjointement, – l’une et l’autre chose allant de pair, évidemment. L’irruption d’Erdogan avec certaines de ses lubies vers la fin de la première décennie du siècle, surtout son espèce de russophilie et ses positions anti-israéliennes, avait troublé le bon ordre des choses. Son retournement complet, préparé par son attaque contre Assad depuis 2011, achevé par le symbole musclé du flingage du-24 russe expédié ad patres le 24 novembre 2015, aurait du dissiper tout ce trouble de mauvais aloi et combler de joie tous ces messieurs-dames des diverses directions-Système du bloc-BAO. Eh bien, – surprise, surprise, ou bien désordre, désordre, – eh bien pas du tout.

The Economist consacre un long dossier à la Turquie et son texte de présentation est plus que critique vis-à-vis d’Erdogan. Par moment, – ô étrange et fatale ivresse des dieux, – on pourrait croire qu’Erdogan est le “méchant” et Poutine le “gentil”. Le distingué canard londonien va jusqu’à affirmer avec réprobation qu’Erdogan, en abattant le Su-24 de Poutine, s’est mis dans une position d’isolement ! Nous n’y comprenons plus rien, nous qui croyions avec constance et zèle que l’isolé-à-perpétuité, c’était Poutine avec sa barbare Russie ... On croirait presque à un compte-rendu de RT ou de Sputnik de l’incident, lorsqu’on lit dans The Economist, jusqu’à l’insistance sur les circonstances géographiques de la chose : « Le danger de l’isolement [de la Turquie et d’Erdogan] fut brutalement mis en évidence en novembre quand un chasseur turc abattit dans l’espace aérien syrien un chasseur russe qui avait brièvement pénétré dans l’espace aérien turc. » La suite du commentaire semblerait un conseil donnée à la Turquie de ne pas se frotter aux Russes, ce qui pourrait constituer avec un peu d’interprétation une drôle de façon indirecte de quasiment reconnaître la légitimité de l’intervention russe en Syrie.

Inutile de dire que les Russes, attentifs aux évolutions de la communication dans la maison de fous qu’est le bloc-BAO, ont sauté sur les jugements catégoriques de cette bible de l’hyperlibéralisme-hypercapitaliste qu’est The Economist. Le site de Sputnik.News en donne un compte-rendu résumé ce 8 février. Nous allons à la source originelle de l’outrage, pour donner la fin du texte de présentation de Max Rodenbeck, mis sur le site de l’hebdomadaire britannique ce 6 février.

« ...The danger of isolation was sharply underlined in November when Turkish jets shot down a Russian fighter over Syria that had briefly entered its air space. The Russian president, Vladimir Putin, swiftly responded with a broadside of sanctions. The Russian measures could trim up to 0.7% from Turkish GDP growth this year, according to the European Bank for Reconstruction and Development.

» With lukewarm support from its allies, Turkey has tried to calm the excitement. But given its support for militias fighting against Syria’s president, Bashar al-Assad, and Russia’s growing military commitment to his survival, there could well be more clashes. Turkey seems in danger of stumbling into an unplanned but potentially costly fight. It imports most of its gas from Russia, and Turkish construction firms have well over $10 billion-worth of Russian contracts on their books.

» Now Turkey faces a new threat. A double suicide-bombing in Ankara on October 10th last year aimed at a march by leftist trade unions and Kurdish activists killed more than 100 people. In January suicide-bombers struck again, this time in the heart of Istanbul, killing ten tourists. Both attacks were attributed to Islamic State. In a country that has long seen itself as insulated from Middle Eastern turmoil, the intrusion of violent radical Islam came as a particular shock. Worse, it partly reflected Mr Erdogan’s slowness to recognise the danger of blow-back from his own policies in Syria, where Turkey for too long indulged radical Islamists so long as they opposed the Assad regime.

» Rather than blame the party in power for such setbacks, worried voters in November rallied behind Mr Erdogan, backing a strong, tested government rather than risk rule by a possibly weaker coalition. It helped that the ruling party, in effect, controls Turkey’s mainstream media, which pumped up nationalism in the face of danger. Mr Erdogan had carried the 2014 presidential election with a slim majority of 52%, and his AK party, for all its success, enjoys the support of just half the Turkish public. Many of the rest remain sceptical or even bitterly opposed to him.

» This special report will argue that Turkey’s leaders, with their ambitions still set on mastery, are not doing nearly enough to heal such internal rifts. The Kurdish issue looms as one big danger, and so does the Turkish economy’s growing vulnerability to external shocks. Mr Erdogan’s blustering, bulldozing style, together with his party’s growing intolerance for dissent, portends trouble. »

...Non, The Economist n’est pas devenu fou, mais peut-être la cause qu’il défend avec une élégance toute britannique est-elle, elle, complètement folle. Ce digne organe de propagande de l’anglosaxonisme et de la globalisation hyperlibérale n’écrit rien qui n’ait une intention tactique, selon une stratégie qui ne varie pas depuis sa création, au XIXème siècle. Il s’agit de lire entre les lignes, et de retenir les paragraphes importants au milieu du bla-bla de convenance, comme avant l’on lisait la Pravda soviétique. Par conséquent, nous pouvons penser que ce texte de présentation si hostile à Erdogan et à la Turquie reflète un sentiment désormais dominant dans les milieux dirigeants-Système du bloc BAO. L’hypothèse s’impose sans aucun doute d’elle-même, quant à sa justification : il apparaît très probable que les manigances d’Erdogan dans la manipulation des migrants syriens vis-à-vis de l’Europe depuis le printemps 2015 est l’énorme goutte d’eau qui est en train de faire déborder un vase qui ne demandait pourtant qu’à rester bien sagement dans son espace contenu.

On a là un signe convaincant de l’ampleur de la crise que l’action d’Erdogan a provoqué chez les dirigeants-Système du bloc-BAO, dans leur entièreté puisque les meneurs anglo-saxons sont de la partie. On a la confirmation que la crise des migrants est un énorme problème pour la direction européenne. Si certains ont cru pouvoir avancer que cette crise des migrants constituaient un “plan” impliquant dans un parfait accord  tout ce beau monde solidaire [Erdogan + les dirigeants-Système], qu’elle était en un sens coordonnée entre les uns et les autres, nous serions tenté de penser que cette attaque de The Economist est une indice sérieux de la vanité de l’analyse. Notre préférence va plutôt au désordre, à l’absence de coordination, au déchaînement des hybris divers, aux mécanismes déterministes-narrativistes des fables sociétales, à la sottise et à la médiocrité standard des uns et à l’emportement hystérique et hyper-narcissique des autres, et ainsi de suite. Tout cela, qui caractérise le désordre général qui est désormais bien dans notre façon d’être, entraîne des heurts internes sans fin (au sein du au bloc-BAO), et chaque fois avec des conséquences de plus en plus considérables. C’est du standard surpuissance-autodestruction.

Autre indication que nous donne cette intervention, qui concerne les projets de Grand-Califat, avec invasion de la Syrie pour commencer, du président-Calife Erdogan. La position de The Economist avec des mots tels que “le soutien réservé” (de l’OTAN à la Turquie dans l’affaire du Su-24), est un indice de plus que le comportement d’Erdogan est de plus en plus mal vécu au sein de l’OTAN, y compris avec les alliés américanistes. S’il devait y avoir en enchaînement guerrier en Syrie du fait d’une intervention turque, il s’agirait d’un moment extrêmement difficile pour l’Alliance atlantique, soumise ainsi à une de ses plus rudes épreuves entre la solidarité affichée qu’on juge en général absolument impérative et les dissensions internes pouvant aller jusqu’à des situations proches de la rupture alors qu’il s’agirait d’une situation conflictuelle où les Russes seraient de la partie. Enfermé dans son palais des mille-et-un-songes, Erdogan qui est désormais plutôt du genre Prophète-Antéchrist n’est pas nécessairement informé de tout cela, ni même intéressé si on lui en faisait part. Il fait partie de cette nouvelle classe de dirigeants née du désordre du monde, et ayant ainsi délibérément choisi d’ignorer complètement les vérités-de-situation au profit des narrative qui correspondent à leurs humeurs et à leurs vaticinations diverses, – dont l’une des définitions, celle qu’on favorisera, est « Délire verbal, comme si on était habité par un dieu ». Tout cela est bien en phase avec le rythme du temps présent et à la représentation postmodeniste permanente.

 

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L'Amérique craint de perdre le contrôle de la Mer de Chine Méridionale

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L'Amérique craint de perdre le contrôle de la Mer de Chine Méridionale

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

La volonté constamment affirmée par les Etats-Unis de conserver un contrôle absolu sur la Mer de Chine méridionale se heurte indéniablement depuis quelques mois à la volonté opposée de la Chine.
 
Celle-ci désire manifestement, encore que la revendication soit encore présentée avec prudence, ne pas être soumise à ce contrôle, la Mer de Chine méridionale constituant, plus encore pour elle proche que pour la lointaine Amérique, un enjeu important, notamment pour ses relations maritimes avec le reste de l'Asie, l'Afrique et l'Europe. Accepterait-elle la main mise américaine sur ces eaux, il en serait fini de sa volonté de compter comme une grande puissance dans un monde voulu comme multilatéral.

La carte ci-dessus montre l'ampleur des zones maritimes et côtières concernées. La partie sur laquelle la Chine revendique, non des droits maritimes exclusifs, mais de ne pas en être exclue par la marine américaine et celle de ses alliés notamment le Japon s'étend à l'intérieur de la limite dite des 9 points, dénommée aussi langue de boeuf du fait de sa forme.

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Jusqu'à ces derniers temps, les Etats unis s'appuyaient sur un ensemble de moyens militaires d'une puissance exceptionnelle au monde, faits de porte-avions et leurs groupes d'accompagnements, de sous marins et missiles. La Chine, se sachant incapable de rassembler de tels moyens, s'était rabattue, comme nous l'avons ici plusieurs fois signalé sur des missiles terre-mer très sophistiqués capables dans certaines conditions de couler un porte-avion en une frappe unique. Mais cela n'était manifestement pas suffisamment. Elle a entrepris de construire des bases navales artificielles sur des ilots des archipel Paracel et Spratly en dépit du fait qu'elle n'y exerce qu'une souveraineté contestée par les Etats voisins. On a parlé de « porte-avions incoulables » (unsinkable carriers). Il y a quelques jours une compagnie aérienne chinoise y a fait atterrir deux avions civils, au grand émoi du Pentagone et de ses alliés.

Par ailleurs la Chine a mis en place une flottille de garde-côtes capable de « harasser », selon un mot de l'ancien commandant de U.S. Pacific Fleet, James Fanell , le commerce maritime des Etats alliés. Ceci est très exagéré, néanmoins là encore la Chine veut confirmer son rôle dans la Pacifique Sud.

Les Etats-Unis, dans leur volonté de réaffirmer leur présence militaire en Asie, selon le désormais célèbre « pivot vers l'Asie », dont Obama s'était fait le champion, se trouvent très embarrassés. Ils ne peuvent pas réagir militairement, sauf à déclencher une guerre conventionnelle avec la Chine, pouvant dégénérer en conflit nucléaire. Certains des candidats à la Maison Blanche s'y sont déclarés prêts, mais ils ne sont pas certains à ce jour d'être soutenus par l'opinion américaine. Quand aux actions diplomatiques, elles n'auront qu'en effet limité.

La "démission américaine"

Les néo-conservateurs américains font actuellement valoir que les Etats-Unis ont gravement démissionné face à la Chine. La Maison Blanche, disent-ils, comme le Congrès, sont plus attentifs aux évènements du Moyen Orient et à la volonté de pousser l'Otan aux portes de Moscou, qu'à ce qui se passe en Asie. La marine américaine souffre de restrictions budgétaires l'empêchant de renforcer – encore – ses moyens et de se doter d'un arsenal d'armes nouvelles analogues à celles développées par la Chine et la Russie. Les élections présidentielles enfin ne se focalisent pas comme elles le devraient sur le danger représenté selon eux par la Chine.

Les pays européens, notamment ceux ayant une présence maritime non négligeable, devraient-ils partager ces alarmes néo-conservatrices à l'égard d'un « danger chinois »? Il est certain qu'il ne faut jamais baisser les bras d'avance. Néanmoins, à supposer que la Chine prétendre exercer un contrôle renforcé sur les eaux de la Mer de Chine, elle ne pourrait pas prétendre l'étendre à des routes essentielles à son développement, notamment vers le canal de Suez, la Méditerranée, l'Europe et l'Afrique. Le climat est plutôt à la coopération avec la Chine, notamment dans le projet de Nouvelle Route de la Soie. Ceci exaspère les stratèges américains.

Ceux-ci, avec la mise en place d'un Traité Transpacifique qui asservira beaucoup de pays asiatiques aux exigences de Wall Street et du Pentagone, espèrent reprendre par des voies dites commerciales un contrôle en train de leur échapper sur les Etats côtiers de la « langue de vache ». Les pays européens n'acceptant pas d'être engagés dans un Traité Transatlantique (TTIP) présenté par la Commission européenne comme le complément indispensable du Traité Transpacifique, devraient trouver là une raison de plus pour refuser cette perspective.

Iran Completes Eurasian Golden Triangle

Ex: http://journal-neo.org
 
Iran Completes Eurasian Golden Triangle

Sometimes profound tectonic shifts in the global politics arise from least noticed events. Such is the situation with Iran and the recent visit to Teheran of China’s President Xi Jinping. What emerged from the talks confirms that the vital third leg of what will become a genuine Eurasian Golden Triangle, of nations committed to peaceful economic development, is now in place. Now Iran, Russia and China have all indicated a will to cooperate that has the potential to change the current Western course of wars and destruction in favor of peace and cooperation. Consider some aspects of recent events since lifting of economic sanctions on Teheran only days ago.

What emerges in the public announcements following talks between China’s President and all top Iranian leaders from Prime Minister Rouhani to Iranian Parliament Speaker Ali Larijani and Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei, merely hints at what is clearly a profound shift in the relations between China and Iran. On January 23, an official Chinese Xinhua news agency statement on Xi’s Iran trip, the first by any Chinese leader in fourteen years, declared the visit will, “lift their ties to a comprehensive strategic partnership.” In Teheran the Chinese President noted, “China stands ready to work with Iran to seize the momentum and further elevate our relationship and practical cooperation, so as to usher in a new chapter for our ties featuring comprehensive, long-term and stable development.”

Developing the economic fibers

The content of that cooperation is of a major geopolitical and geo-economical importance for not merely Eurasia, but for the world. Iran has just formally requested to join the world’s most important infrastructure project, China’s One Belt, One Road initiative, often called the New Silk Road Economic Initiative. The New Silk Road initiative was first proposed during a September 2013 meeting in Astana between Xi and Nursultan Nazarbayev, the President of Kazakhstan. Kazakhstan today is also a member with Russia of the Eurasian Economic Union and also of the Shanghai Cooperation Organization. Keep these various threads of an evolving economic fiber in mind as we proceed.

Since that initial 2013 discussion in Astana, the One Belt, One Road has begun to transform the political and economic map of all Eurasia. Last year in talks in Moscow just prior to the May 9 Russian Victory Day celebrations, where Xi was a specially honored guest, Vladimir Putin announced that the Eurasian Economic Union–Russia, Belarus, Kazakhstan, Armenia and Kyrgyzstan–will formally integrate its own infrastructure development with China’s New Economic Silk Road.

Now the formal addition of Iran to the expanding Eurasian Silk Road is a giant positive step. It will allow Iran to break years of economic isolation and Western sanctions, and to do so over land where NATO color revolutions and other shenanigans are rendered largely impotent. It will open for the rest of Eurasia, especially China, but also Russia, vast new economic potentials.

Iran’s extraordinary resources

Iran has a young, educated population of more than 80 million, more than half under 35 years old, and a strategic land expanse twice the size of the state of Texas. It has the ninth highest literacy rate in the world–82% of the adult population, and 97% among young adults between 15 and 24 without gender discrepancy. Iran has 92 universities, 512 online University branches, and 56 research and technology institutes around the country with almost four million university students, one million of them medical students. One third or 31% are studying in Engineering and construction programs, one of the highest rates in the world. Iran today is not the primitive backwater many American policymakers imagine it to be. I’ve witnessed that first hand.

The country has also been blessed with vast undeveloped economic resources, not only its huge reserves of oil and natural gas. It is situated adjacent to Armenia and Azerbaijan on the north, Afghanistan and Pakistan on the east, and Iraq and Turkey on the west. The Persian Gulf and the Gulf of Oman lie south, and the Caspian Sea—the largest inland body of water in the world—lies to the north, giving Iran most of the water needed for its agriculture.

In terms of other natural resources it has one of the world’s largest copper reserves, as well as bauxite, coal, iron ore, lead, and zinc. Iran also has valuable deposits of aluminum, chromite, gold, manganese, silver, tin, and tungsten, as well as various gemstones, such as amber, agate, lapis lazuli, and turquoise. It’s a beautiful, rich country, as I can personally attest.

Now, by connecting the country to the expanding network of high-speed rail infrastructure in Eurasia’s One Belt, One Road, Iran’s future will become firmly tied to the most vibrant economic space on the planet–Eurasia–from the Pacific to India to Russia and, whenever the EU decides to stop being suicidal vassals to a Washington gone mad, also to Europe.

Notably, the peaceful economic relations between Iran and China go back some 2,000 years, when Persia was a key part of the ancient Silk Road trade route from China to the west. That fact was underscored by President XI. For the past six years, China has been Iran’s largest trading partner, which, despite western sanctions, reached $52 billion in 2014. That is now set to vastly increase, as Western sanctions are gone.

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Iran as NATO pawn?

There are some who have speculated in recent months that, with US sanctions now lifted, Iran will become a pawn of Washington geopolitical games. While the Obama Administration clearly would relish the prospect, it will not happen. A recent event that has been covered up in Western, especially USA media coverage, illustrates Iran’s clear intent to defend its autonomy and sovereignty, much as her allies China and Russia do, all to the chagrin of NATO and the Pentagon.

In early January Iran seized two US Navy small ships that had violated its territorial waters in the Persian Gulf. They were captured and boarded and the 10 sailors on board taken into custody before being released, unharmed, allowed to continue their journey in their own boats. Their boats had “wandered” into Iranian territorial waters around Farsi Island.

US Defense Secretary Ash Carter claimed it was “apparently” because of mechanical and navigational failure. Farsi is the home base for the naval wing of Iran’s Revolutionary Guard Corps, in the center of the Gulf. Rear Admiral Ali Fadavi, the commander of the naval branch of the Revolutionary Guard, publicly agreed with Carter, stating to press, “They were positioned in that area due to the failure of their navigation systems and they were not aware of being close to Farsi Island.”

Admiral Ali Fadavi was being diplomatic and more than a bit coy. Farsi Island is one of the most strategic bases in Iran, home to Iran’s maritime unconventional warfare force. The US claims that their two boats “lost” their GPS satellite abilities at precisely the same time, and the Secretary of Defense claims that he isn’t sure what happened? That the two boats also lost radio communication and all other communication during the incident, is a huge embarrassment for the US Navy, who only recently described Iran as an “ox-cart technology culture.”

The loss of all communication equipment and GPS systems on two US Navy boats at the same time means one thing: Iran has developed highly sophisticated electronic means to blind the GPS guidance systems essential to all operations of the world’s most powerful navy. Iran is no ox cart technology culture. In cooperation with Russia and Syria in the war to defeat ISIS, Iran has demonstrated it is no push-over as was Saddam Hussein’s Iraq in 2003. And, despite years of US sanctions, Iran today in military terms is not comparable to Iran during the US-instigated Iran-Iraq war in the 1980’s.

The recent incident recalls the event on December 4, 2011 when a US a Lockheed Martin RQ-170 Sentinel spy drone, the premier spy drone in the US fleet, crashed into the Iranian countryside. Iran claimed its electronic warfare unit brought the plane down. Washington laughed. Iran was right. They didn’t just down the aircraft, they took control of it mid-flight: “Using its knowledge of the frequency Iran initiated its ‘electronic ambush’ by jamming the bird’s communications frequencies, forcing it into auto-pilot. By putting noise [jamming] on the communications, you force the bird into autopilot. This is where the bird loses its brain.’” Iran managed to guide the drone to a peaceful landing inside Iran with the drone “believing” it was Afghanistan. This most recent Iranian capture of two US Navy boats well in Iranian waters by sophisticated electronic jamming says that Iran is hardly bowing before the temple of Washington power. She has become a very formidable military force. This ability for self-defense is very important in today’s hostile world.

SCO membership

Now, with Iran a formal partner in the Eurasian New Silk Road infrastructure development, and with US sanctions finally lifted, Iran will certainly be formally admitted as a full member of the Shanghai Cooperation Organization at their next annual meeting this summer. Iran currently has SCO Observer status.

Presently SCO members include China, Russia, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tajikistan, Uzbekistan and most recently, India and Pakistan.

In coming months the SCO, if present dynamics continue, will form the seed crystal of an emerging unified Eurasia, cooperating economically, politically, and importantly, militarily, as well as in counter-terrorism. It will tend to become the forum where vital issues among all SCO member nations will be worked out, as the Chinese are fond of saying, on a “win-win” manner.

We’re seeing the emergence of a true Eurasian Golden Triangle with China, Russia and Iran as the three key points. With the stated plan to route the Silk Road rail infrastructure to assist the mining of new gold for currency backing of the Eurasian member states, including now Iran with its significant own unexploited gold, the hyper-inflated, debt-bloated dollar system is gaining a formidable positive alternative, one committed to peace and development. Isn’t that a nice prospect?

F. William Engdahl is strategic risk consultant and lecturer, he holds a degree in politics from Princeton University and is a best-selling author on oil and geopolitics, exclusively for the online magazine “New Eastern Outlook”.
http://journal-neo.org/2016/02/03/iran-completes-eurasian...

lundi, 08 février 2016

Les raisons du refus de l'adhésion turque à l'Union Européenne

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Les raisons du refus de l'adhésion turque à l'Union Européenne

par Thomas Ferrier

Ex: http://thomasferrier.hautetfort.com

Deux promesses inconsidérées avaient été faites à la Turquie. En 1963, De Gaulle et Adenauer, agréablement surpris par les résultats de la « révolution kémaliste », avaient indiqué que la Turquie pourrait faire partie de la CEE à peine née (1957) qui se résumait alors à l’idée d’un marché commun, sans aucun attribut politique, ce à quoi De Gaulle était farouchement opposé. En 2005, au prix d’une négociation douteuse, où l’Autriche leva son veto en échange de la promesse d’une adhésion accélérée de la Croatie, des pourparlers d’adhésion avec la Turquie furent ouverts, alors même qu’une telle proposition n’avait pas été faite à des pays réellement européens, comme la Serbie ou l’Albanie par exemple. C’était évidemment absurde.

La Turquie en effet a une indéniable dimension eurasiatique, que n’a pas la Russie contrairement à ce que beaucoup croient, et ne saurait être qualifiée d’européenne, même si elle a en elle une part d’européanité, illustrée notamment par les Turcs Blancs (beyaz Türkler) d’où fut issu Atatürk en personne. Le peuplement anatolien d’origine, pré-indo-européen et pré-sémitique, semble avoir résisté à deux millénaires de vagues indo-européennes (Hittites, Arméniens, Phrygiens, Grecs, Perses et Latins) et caucasiennes (Lazes, Circassiens) mais aussi à la vague altaïque des Turcs Oghuz, peu nombreux et qui se fondirent dans la population native tout en lui imposant la langue turque et l’islam, et aussi en partie au brassage interne de l’empire ottoman (avec des populations européennes et non-européennes).

Si la Turquie est partiellement européenne pour ces raisons, sa culture et son histoire politique de ces cinq derniers millénaires se sont établies contre la civilisation européenne. La Turquie, sous les traits de l’empire ottoman, a pu assiéger Vienne à deux reprises, sans oublier ce qu’elle a fait subir à plusieurs peuples européens, dont Grecs, Serbes et Albanais, sans parler de sa conquête de Constantinople, et de la mort héroïque de Constantin XI Dragasès. Cette histoire ancienne ne saurait être tenue pour négligeable, malgré l’alliance contre nature entre François Ier et Soliman, une tache honteuse sur le règne de ce grand roi de France. Je songe encore à la bataille de Missolonghi où de courageux Grecs offrirent leur vie pour leur patrie et pour l’Europe entière.

Alors bien sûr il y a le mirage kémaliste. On oublie bien souvent que Kemal Atatürk a établi son régime sur une victoire contre les Grecs et ainsi l’exil de 500.000 Grecs vers la Grèce indépendante en 1920, et sur la répression de tout ce qui n’était pas turco-musulman. Atatürk sur un plan personnel détestait la religion établie qu’avait adopté son peuple à la sortie de l’Asie Centrale dix siècles auparavant. Il réprouvait des principes qu’il considérait comme archaïques et méprisables. C’est ainsi que naquit la laïcité turque, mais une laïcité qui faisait de l’islam la religion nationale de la Turquie, pour peu que cet islam se réforme dans le sens imposé par Atatürk, à savoir avec un Allah rebaptisé Tanri, un Coran écrit en turc, sans califat, sans voile pour les femmes, sans fez pour les hommes, en prenant comme référence le droit civil suisse.

Mais Atatürk, aussi fascinant et déterminé qu’il ait pu être, n’a pas gouverné 20 ans. Il est mort en 1938 à la veille de la seconde guerre mondiale. On ignore d’ailleurs quel camp il aurait choisi. Sa révolution fut inachevée et Inönü déjà d’en atténuer les effets. Un consensus mou s’établit alors. Les islamistes radicaux étaient écartés du pouvoir à l’instar de ce qui arriva à Erbackan dans les années 90. Mais même au sein du nationalisme laïc du MHP, une forme d’islamo-nationalisme grandissait. C’est sur les paysans anatoliens (« Kara Türkler ») et sur cette synthèse d’islam et de nationalisme turc que devait s’établir l’AKP, au nom de promesses mensongères faites à la bourgeoisie turque, à peine sortie d’un gouvernement de coalition critiqué pour corruption et dont seul le MHP et le CHP réussir à survivre difficilement. Le développement économique et le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne permirent à Erdogan de s’imposer et de briser un par un ses adversaires.

En 2008, l’armée et les institutions « kémalistes » ont tenté d’interdire l’AKP pour viol de la constitution. Cela s’est joué à un membre de la Cour Suprême près. L’AKP survécut et désormais Erdogan écrasa brutalement tous ces adversaires, par le biais de grands procès liées à une obscure affaire où une organisation secrète, « Ergenekon », aurait conspiré contre le gouvernement. Des journalistes et des hauts gradés de l’armée furent arrêtés. Erdogan liquida ainsi l’héritage de Mustafa Kemal d’un trait de plume.

La réislamisation de la société turque sous son impulsion est une réalité. La politique répressive à l’égard des Kurdes, qui a amené le gouvernement turc à des relations bien troubles avec l’EI en Irak et en Syrie, en est une autre. La provocation vis-à-vis de la Russie, avec ce chasseur abattu, en est encore une autre. On voit bien que l’AKP d’Erdogan, qui a même réussi à marginaliser l’ancien président plus modéré, et pourtant issu de ses rangs, Abdullah Gül, domine la société et même quand il titube comme en début d’année 2015, il arrive à rebondir quelques mois après au prix d’une nouvelle guerre en pays kurde et à l’issue d’attentats criminels aux origines obscures, ralliant 4 ou 5 points d’électeurs MHP lui permettant de retrouver cette majorité parlementaire tant espérée pour qu’Erdogan puisse se tailler un costume de super-président. Le scandale n’est pas que la Turquie se dote de manière souveraine du gouvernement qu’elle souhaite et qu’elle se colore à nouveau de vert. C’est son affaire.

Le scandale est que l’Union Européenne n’en tienne pas compte, en arrêtant ce processus d’adhésion contre-nature. Or que fait-elle sous l’impulsion d’Angela Merkel, et ce en raison de migrants prétendument syriens qui déferlent sur l’Allemagne (et le reste de l’Europe occidentale), parce que la Turquie facilite en réalité leur départ vers notre continent ? Elle rouvre les pourparlers d’adhésion, ouvrant un nouveau chapitre, alors même qu’Ankara continue de ne pas reconnaître la Chypre grecque et continue son occupation illégale (depuis 1974) du nord-est de l’île. Elle offre plusieurs milliards d’euros à Erdogan pour qu’il garde les migrants sur son territoire. Elle prône de manière suicidaire la suppression des visas turcs pour l’espace Schengen, alors qu’on sait que de nombreux faux passeports syriens et turcs pullulent.

Notre position est très claire et en rupture avec cette ligne politique aberrante. Il s’agit de doter l’UE de véritables frontières et que ces dernières soient respectées par la Turquie, de décréter la fin de l’occupation de Chypre, et surtout de mettre fin au plus tôt au processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, ouvert de manière inconsidérée par des gouvernements sans mandat. La Turquie n’est pas européenne, même si elle a une part d’Europe en elle, et certainement pas parce qu’elle a conservé la Thrace (3% de son territoire, 5% de sa population) qui aurait dû lui être reprise en 1913 puis dans le cadre du traité de Sèvres (1920). Cette position dure ne m’empêche pas de souhaiter pour le bien du peuple turc lui-même la chute du gouvernement AKP et la mise en avant d’un néo-kémalisme. Mais les signes actuels donnent peu d’espoir d’un tel renouveau à brève ou moyenne échéance. Et cela ne m’empêche pas de souligner l’amitié que l’Europe entendra préserver avec la Turquie si cette dernière parvient à se libérer de cette régression idéologique qui préside actuellement à ses destinées.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

samedi, 06 février 2016

Indiens Botschafter bestätigt: Krieg in Syrien wurde von aussen angezettelt

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Indiens Botschafter bestätigt: Krieg in Syrien wurde von aussen angezettelt

Interview mit dem ehemaligen indischen Botschafter in Syrien, V. P. Haran

Ex: http://www.zeit-fragen.ch

Ein aufschlussreicher Bericht des früheren Botschafters Indiens in Damaskus macht klar: Die Darstellung des Westens, der syrische Präsident Assad sollte durch einen Volksaufstand gestürzt werden, ist nicht haltbar. Der Krieg wurde von aussen angezettelt, unter anderem von den Golf-Staaten und der al-Kaida. Mit ihr arbeiteten die USA über den al-Nusra-Flügel zusammen. Assad hat die Gefahr unterschätzt – weil er wusste, dass sein Volk hinter ihm steht.


V.  P. Haran diente von 2009 bis 2012 als Indiens Botschafter in Syrien. Er hat mit dem mehrfach preisgekrönten indischen Magazin Fountain Ink darüber gesprochen, wie Teile der Medien den Aufstand aufgebauscht haben, und darüber, dass es schon in den ersten Tagen des Konfliktes Anzeichen gab, dass al-Kaida mit im Spiel war. Die Einschätzung des Botschafters bestätigt die Erkenntnisse des US-Journalisten Seymor Hersh, dass Assad im eigenen Volk keine militante Opposition zu fürchten hatte.

Deutsche Wirtschafts-Nachrichten: Wie war Syrien, als Sie im Januar 2009 dort ankamen?

V. P. Haran: Syrien war ein friedvolles Land, und es bestanden keine unterschwelligen Spannungen. Der syrischen Wirtschaft ging es gut, und die durchschnittliche Wachstumsrate lag bei mehr als 5 Prozent. Die Arbeitslosigkeit lag bei etwa 8 Prozent, doch arbeitslose Syrer konnten Arbeit in den Golf-Staaten finden. Es gab jedoch eine hohe Quote an gebildeten Arbeitslosen. Auch Syriens Auslandsschulden lagen bei komfortablen 12,5 Prozent des BIP. Ein Grossteil davon wurde Russland geschuldet, welches aber viele der Schulden abschrieb. Das echte Problem war die Dürre im Nordosten, die zu einer massiven Umsiedlung in den Süden und den Südwesten geführt hatte.

Wie war das Leben in Damaskus?

Als Diplomat neigt man dazu, ein zurückgezogenes Leben zu führen, doch manchmal fuhr ich in die Innenstadt, manchmal mit dem Taxi, trank einen Tee im Café und sprach mit den Menschen. Das waren wundervolle Momente und wundervolle Tage. Die öffentliche Ordnung war nie ein Problem. Meine weiblichen Kollegen erzählten mir, sie könnten Schmuck tragen, morgens um zwei Uhr alleine nach Hause gehen und sich dabei sicher fühlen. In einigen Stadtteilen hatten Restaurants bis um fünf Uhr morgens geöffnet. Man hatte nie das Gefühl, dass es Ärger auf den Strassen geben würde. Manche sagen, das sei wegen des Muchabarat (des Militärgeheimdienstes), doch ich spürte, dass die Menschen sich für ihre kollektive Sicherheit verantwortlich fühlten.


Als ich Damaskus erreichte, wurde mir gesagt, jeder Zweite gehöre zum Muchabarat. Das ist massiv zu hoch eingeschätzt. Es gibt eine Geheimdienstabteilung, die intern sehr effizient funktioniert, aber ich hatte nie eine direkte Begegnung. In meinen vier Dienstjahren folgte man mir einmal in der Idlib-Provinz. Ein Jeep hat sich an uns angehängt, aber sie verhielten sich nicht einschüchternd.

Haben Sie den «arabischen Frühling» in Syrien vorhergesehen?

Als sich die Situation in Tunesien und Ägypten anspannte, trat Präsident Bashar al-Assad im Fernsehen auf und erklärte, dass die ­politischen und wirtschaftlichen Bedingungen in Syrien anders seien. Er sagte, er sei zuversichtlich, dass Syrien nicht den gleichen Weg einschlagen werde. Das war auch die generelle Einschätzung der diplomatischen Gemeinschaft.


Bashar al-Assad war ein beliebter Staatschef, und das ist auch mit ein Grund, dass er noch immer an der Macht ist. Es gibt keine hinreichende interne Opposition, und viele der Probleme in Syrien sind ausländischer Herkunft, aus Quellen, die versuchen, sich eines unbequemen Regimes zu entledigen. 67 Prozent der gesamten arabischen Welt hatten ihn in einer Umfrage 2009 zur beliebtesten arabischen Person gewählt. Sogar die diplomatische Gemeinschaft war sich darüber einig, dass er die Unterstützung von etwa 80 Prozent der Einwohner Syriens hatte. Auch westliche Diplomaten bestätigten das. Er hatte im Jahr 2000 Reformen begonnen, die er aber wegen der Opposition durch die Baath-Partei nicht zu Ende führte.


Auch ist das nicht einfach ein Kampf zwischen Sunniten und Schiiten. Schauen Sie sich die Zahlen an. Es sind mehr als 50 Prozent sunnitische Muslime in Syrien. Die übrigen sind Kurden, Drusen, Maroniten, Assyrer, Alawiten und andere. Bashar al-Assad hat die volle Unterstützung dieser Minderheiten und sogar ein grosser Anteil der sunnitischen Muslime unterstützt ihn. Doch bis zu dem Zeitpunkt, als ich das Land 2012 verliess, hatte sich Syrien sehr verändert. Während die ersten paar Jahre wie im Himmel waren, begannen sich die Dinge Anfang 2011 zu verschlechtern.

Können Sie sich an die ersten Proteste 2011 erinnern?

Ab Februar, als Bahrain Proteste erlebte, versuchten einige NGOs, Proteste in Damaskus zu organisieren. Zwei wurden über zwei Wochenenden organisiert, doch kaum 20 oder 30 Leute nahmen teil. Die Zahl der Journalisten und Mitglieder der diplomatischen Gemeinschaft war weitaus grösser als die der Demonstranten. Dann kamen die Ereignisse des 18. März 2011, als Kinder an die Wände der Schule schrieben und es dann einen grossen Protest gab. In der darauffolgenden Woche kam es zu einem weiteren Protest in Latakia, und so etwas geschah dann an jedem weiteren Freitag.


Schon bald war es in Teilen von Latakia, Homs und Hama chaotisch, doch Aleppo blieb ruhig, was die Opposition sehr störte. Die Opposition konnte die Menschen von Aleppo nicht dazu bringen, gegen das Regime aufzustehen, also sandten sie Busladungen voller Leute nach Aleppo. Diese Leute verbrannten dann etwas auf den Strassen und gingen wieder. Journalisten berichteten dann davon und sagten, Aleppo habe sich aufgelehnt.
Dazu müssen ein paar Dinge gesagt werden: Ein Teil der Medien hat mit seinen negativen Darstellungen Syriens übertrieben. Manchmal wurde über Dinge berichtet, die nicht passiert sind. Beispielsweise sprach ich mit einem prominenten Scheich, als meine Kollegen mich völlig gestresst anriefen und sagten, der Scheich würde eine Rolle in den für den Nachmittag geplanten Protesten spielen. Aber das passierte überhaupt nicht. Denn tatsächlich sass ich in dem Moment ja mit ihm beim Mittagessen. Es gab eine Menge Übertreibungen durch die Medien.


Es gibt einen Vorgang, der heraussticht. In Idlib gab es zum harten Kern gehörende Sunniten, die nach Aleppo gegangen waren und Leute überredet hatten, der Opposition beizutreten. Menschen in Aleppo fingen an, sie zu schlagen und schickten sie fort. Die Masse war renitent geworden, und die Polizei musste kommen und sie unter Kontrolle bringen. Die Sunniten aus Idlib wurden von der ­Polizei in ein Haus gebracht und erhielten ihre Uniformen, damit sie entkommen konnten, ohne gelyncht zu werden.

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Veränderte sich Damaskus sehr in dieser Zeit?

Ich kann mich an einen Vorfall am 14. April 2011 entsinnen, als ich meinen täglichen Spaziergang zum Stadion unternahm, das etwa zwei Kilometer entfernt lag. Auf dem Weg kam ich an der Bäckerei vorbei, an der ich immer vorbeikam, doch es gab eine lange Schlange vor der sonst wenig frequentierten Bäckerei. Auf dem Weg zurück war die Schlange noch immer da, und ich fragte nach. Die Leute deckten sich mit Brot ein, da sie gehört hatten, dass etwas passieren würde. Am nächsten Tag passierte nichts, obwohl es ein Freitag war.


Als die Situation sich in der zweiten Hälfte 2012 verschlimmerte, ersetzte ich meinen Spaziergang zum Stadion durch einen anderen rund um den Park im Mezzeh-Bezirk. Eines Tages kam ein Motorradfahrer mit hoher Geschwindigkeit und bog an einer Ecke ab, wo er den Motor auf Touren brachte. Kurze Zeit später folgte ein Jeep mit Sicherheitsleuten, doch er verpasste die Abzweigung, die das Motorrad genommen hatte. Nachdem sie das Motorrad nicht finden konnten, kamen sie in den Park und fragten die Menschen, ob sie gesehen hätten, was passiert war. Dann wurde uns gesagt, dass die Leute auf dem Motorrad Angriffe planen würden.


In Mezzeh, unweit des Bezirks, in dem die Diplomaten leben, gibt es ein Kaktusfeld, und Rebellen waren durch einen Tunnel hineingelangt. Sie hatten dort ein Lager aufgebaut, von dem aus sie Brandraketen auf das Büro des Premierministers schossen. Danach kamen die Sicherheitskräfte herein und zerstörten das Lager. Das war eine gezielte Operation. Ich sprach mit jemandem, der eine Wohnung mit freier Sicht hatte, und er sagte mir, dass sie ein Gebäude ins Visier genommen und komplett zerstört hatten. Ein riesiges Geheimlager mit Waffen und Munition wurde aus dem Gebäude geborgen.

Doch Teile des Landes blieben ruhig?

Die externen Hintermänner der Opposition konnten das nicht verdauen. Sie schickten eine Gruppe Leute an die syrisch-jordanische Grenze, wo sie zwei Sicherheitsposten überrannten. Sie brachten alle Leute dort um. Manche von ihnen wurden auf grausamste al-Kaida-Weise getötet. Die Regierung meldete das nicht unverzüglich, doch ein Mitglied der diplomatischen Gemeinschaft bestätigte, dass es al-Kaida aus dem Irak gewesen war. Es war offenkundig, dass al-Kaida aus dem Irak seit April 2011 in Syrien war.


Al-Kaida war dort von der ersten Woche an, und wenn nicht seit der ersten Woche, dann seit Ende 2011, als al-Kaida-Fahnen auftauchten. Es waren diese Gruppen, die die Opposition über die Grenzen weg unterstützten. In Raqqa kamen die Kämpfer aus dem Norden, und es war klar, dass es al-Kaida war.

Assad sagte, dass es von Anfang an Terroristen waren. Warum hat ihm keiner geglaubt?

Die Köpfe der Menschen waren nicht offen. Was für ein Interesse sollte al-Kaida im Irak daran haben, Chaos in Syrien zu schaffen? Vieles davon wurde von aussen gelenkt, nämlich den Golf-Staaten. Al-Jazira spielte auch eine Rolle. Im April hatte ich einen Gast zum Amphitheater in Bosra geführt und danach nach Sweida, wozu ich die Autobahn zur jordanischen Grenze nehmen musste. Wir waren von 9.30–10.30 Uhr unterwegs. An diesem Tag wurde ein al-Jazira-Korrespondent gebeten, Syrien zu verlassen, und er reiste auf derselben Strasse. Der Korrespondent berichtete alle paar Sekunden von Checkpoints. Meine Botschaft rief mich in Panik an, weil sie dies im Fernsehen gesehen hatten. Ich sagte ihnen, ich hätte nur einen Checkpoint angetroffen.

Warum präsentierte die syrische Regierung keine besseren Beweise für die Anwesenheit von Terroristen?

Wir fragten sie, warum sie nicht aktiver in den Medien Stellung nahmen, und sie sagten, keiner glaube ihnen. Ihre PR und ihr Einsatz der Medien waren sehr schlecht. Andererseits gab es auch Ausschreitungen durch die Regierung. Syrien hat sehr ungenügende Polizeikräfte. Als nun die Probleme begannen, war die Regierung gezwungen, Sicherheitskräfte einzustellen, um mit den Problemen fertig zu werden, die sonst von der Polizei bewältigt werden. Einige aus der Armee begingen auch Übergriffe, und die Regierung stellte einige von ihnen unter Hausarrest oder sperrte sie ins Gefängnis, doch sie machten das nicht publik.


Bashar al-Assad war nicht nur langsam darin, Reformen zu erlassen, sondern auch langsam darin, Veränderungen, die gemacht wurden, bekanntzugeben. Als er zum Beispiel die Reform erliess, die die Vorrangstellung der Baath-Partei einschränkte, erfuhr man davon erst nach drei Monaten. Ihre PR war nicht weise. Sie haben die Krise nicht gut bewältigt.    •

Quelle: Deutsche Wirtschafts-Nachrichten vom 16.1.2016

(Übersetzung Deutsche Wirtschafts-Nachrichten und Zeit-Fragen)

La véritable histoire de Daech

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La véritable histoire de Daech

Conférence de Jean-Michel Vernochet et Youssef Hindi à Nantes

L’équipe d’E&R Pays de la Loire recevra Jean-Michel Vernochet et Youssef Hindi à Nantes le samedi 13 février 2016 à 15h30 pour une conférence sur le thème : « La véritable histoire de Daech. »

Réservations : conference.nantes@outlook.fr

Entrée : 8 euros.

La bande-annonce de l’événement :


 

 

 

 

vendredi, 05 février 2016

Kwaliteit onderwijs laag door hersenspoeling

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Kwaliteit onderwijs laag door hersenspoeling


Ex: http://curiales.nl

Wereldburgerschap
Wereldburgerschap is een oude theorie die aangereikt wordt in een nieuw politiek correct jasje. Tegenwoordig worden leerlingen al op (zeer) jonge leeftijd in wereldburgerschap onderwezen, maar het komt ook op grote schaal voor in het voortgezet- en hoger onderwijs. Wereldburgerschap dwingt een individueel overdreven veel open te staan voor andere culturen, waardoor het besef van nationale trots- en identiteit in gevaar komt. Volgens wereldburgerideologen bestaan er in de ideale wereld geen volken of grenzen meer. Kortom, een irrationele theorie waarvan de toegevoegde waarde nog bewezen moet worden. Voor meer informatie wat betreft wereldburgerschap verwijzen wij u door naar het artikel van Daniël Leeuwenhart.

Cultuurrelativisme
Cultuurrelativisme gaat er van uit dat culturen te gecompliceerd zijn om met elkaar vergeleken te worden. Aanhangers van cultuurrelativisme beweren daarom dat alle culturen gelijk aan elkaar zijn. Zonder dat we het doorhebben is cultuurrelativisme diep geworteld in onze maatschappij. Probeert u maar eens te verkondigen dat de westerse cultuur in bepaalde opzichten beter is dan andere culturen. Inderdaad, dat is vrijwel onmogelijk. Maar waarom is dit eigenlijk niet mogelijk? Afgelopen oktober werden er in het Oost-Afrikaanse land Tanzania zeven mensen levend verbrand omdat zij verdacht werden van hekserij. Enkele maanden eerder werden er in Iran twee mannen opgehangen voor het feit dat ze homoseksueel waren. Het is duidelijk dat wij in vergelijking met Tanzania en Iran een grotere mate van vrijheid en veiligheid genieten. Is het daarom verkeerd te zeggen dat onze cultuur in bepaalde opzichten beter is?

Joods-christelijke traditie
Langzaam maar zeker verdwijnt het christelijk onderwijs uit Nederland. Veel geschiedenis en waarden van onze cultuur zijn verbonden aan de Joods-christelijke traditie. In krimpgebieden door heel Nederland verdwijnen de komende jaren scholen. De nog bestaande scholen worden gefuseerd en meestal gaat men dan over op openbaar onderwijs. Nederlandse christenen vrezen dat hun identiteit zal verdwijnen. Met uitzondering van enkele partijen maakt de Nederlandse politiek geen aanstalten om het christelijk onderwijs in bescherming te nemen en voort te zetten. Vooral de linkerkant van het politiek spectrum is blij met het verdwijnen van de Joods-christelijke waarden uit het onderwijs. Deze zelfde linkerkant stelt vreemd genoeg geen Kamervragen over de opkomst van islamitisch onderwijs in Nederland. De kwaliteit van het onderwijs op islamitische scholen is vaak slecht. Bovendien staan erg veel islamitische waarden haaks op onze westerse waarden.

just-say-no-to-school-indoctrination.jpgLinkse indoctrinatie
In november 2013 startte Yernaz Remautarsing, student politicologie aan de Universiteit van Amsterdam, de Facebook-groep “Linkse indoctrinatie op mijn universiteit”. De pagina is zeker een bezoek waard. De groep heeft momenteel bijna 3000 leden en bevat een stortvloed aan informatie over links onderwijs op universiteiten in heel Nederland. Zo komen wij erachter dat op de Universiteit van Amsterdam een portret van Karl Marx hangt. Verder dwingen leraren studenten linkse lectuur te kopen.

Klimaatverandering
Ook klimaatverandering is een betwist onderwerp. Bijna iedereen heeft er wel een mening over. Onder experts en geleerden is er een grote mate van verdeeldheid over het onderwerp. Helaas is er in het onderwijs weinig ruimte voor verschillende meningen en standpunten. Klimaatverandering wordt op verschillende universiteiten als vak aangeboden. Hierdoor zijn studenten geneigd te geloven dat klimaatverandering de oorzaak van menselijke activiteit is. De school zal toch heus geen onwaarheden verkondigen?

Oikofobie
Oikofobie betekent de angst voor het eigene. De Haagse Hogeschool is een goed voorbeeld van een onderwijsinstelling die bang is de Nederlandse identiteit uit te drukken. Zo werd in 2009 de kerstboom uit de school verwijderd, omdat deze niet meer zou passen bij het internationale- en diverse karakter van de school. Ook het eerder genoemde wereldburgerschap wordt hier bijna heilig verklaard. Verder verdwijnen er ook steeds meer Nederlandstalige opleidingen, waardoor studenten gedwongen worden lessen te volgen in het Engels. Bovendien worden er informatieavonden gegeven om Zwarte Piet uit te leggen aan internationale studenten. Uiteraard is de initiatiefnemer van deze avond van buitenlandse afkomst en fel tegenstander van Zwarte Piet.

Het is duidelijk dat het Nederlandse onderwijssysteem vele twijfelachtige, irrationele en soms zelfs gevaarlijke theorieën onderwijst. In plaats van aandacht te besteden aan deze theorieën, zouden leraren hun tijd veel beter kunnen besteden aan het geven van waardevolle vakken of bijles. Waarom wordt er toch zoveel waarde gehecht aan doctrines waarvan de waarheid en functionaliteit betwist wordt?

The Men Behind Ted Cruz: Neocons and a CIA Propagandist

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The Men Behind Ted Cruz: Neocons and a CIA Propagandist

Remarkably, more than a few Republicans believe this guy is a libertarian

Kurt Nimmo

Ex: http://www.infowars.com


Ted Cruz, the junior Senator from Texas and presumptive Republican presidential nominee, is routinely billed by the mainstream media as a Tea Party outsider who is reviled by fellow Republicans as a “wacko bird” along with Kentucky Senator Rand Paul and GOP Rep. Justin Amash of Michigan.

It is not simply his wife’s connection to Goldman Sachs and investment banking or his unreported loan from the multinational investment banking firm, however, that betrays this image.

A closer look at Cruz reveals he is a neocon insider, not a renegade outsider.

His campaign manager, Chad C. Sweet, co-founded the Chertoff Group with former Bush and Obama administration Secretary of Homeland Security Michael Chertoff. Sweet, as a leader of the Chertoff Group, “advocated for expanding NSA metadata collection,” according to his bio on the risk-management and security consulting company’s webpage.

“Mr. Sweet formerly served as the Chief of Staff of the United States Department of Homeland Security (DHS). Prior to becoming Chief of Staff of DHS, Mr. Sweet worked as an investment banker at the firms of Morgan Stanley and Goldman Sachs as well as served in the CIA’s National Clandestine Service,” the bio continues.

Cruz’s foreign policy advisor is the notorious neocon James Woolsey, the former director of the CIA during the Clinton administration. Woolsey is connected to the now largely defunct Project for the New American Century (PNAC), a think tank with an agenda formulated by top neocons William Kristol and Robert Kagan. PNAC was at the forefront of the Bush administration push to invade Iraq. He is a former vice president of the defense contractor Booz Allen Hamilton and an advocate of the neocon hardline on Iran.

Ted’s foreign policy team includes Elliot Abrams, a senior fellow at the Council on Foreign Relations and the son-in-law of Norman Podhoretz, a trailblazing neoconservative ideologue. Abrams was a key adviser on Mideast policy at the National Security Council (NSC) during the George W. Bush presidency and also a staunch advocate of the Iraq invasion, the hardline on Iran and military strikes against the government of Bashar al-Assad in Syria.

Finally, a volunteer working in public relations for the Cruz campaign, Dan P. Gabriel, is a former CIA covert action officer and a founding partner of Applied Memetics, a company “focused solely on developing engineered influence for clients seeking to alter their tactical or strategic operational environments,”according to its webpage. The company specializes in propagating memes that ”can move through the cultural sociosphere in a manner similar to the contagious behavior of a virus,” in other words Applied Memetics specializes in propaganda.

The latest Cruz meme is working hard to convince followers of Rand Paul, who dropped out of the race in the wake of the Iowa caucus, that Cruz “is the natural inheritor of the modern libertarian movement built by Ron Paul, which was especially resonant here in New Hampshire, where the elder Paul won second place four years ago,” CNN reports.

“Cruz’s entreaties appear to be paying off. A number of state legislators—in places ranging from here in New Hampshire to the Paul family’s Texas—signed onto the Cruz team.”

Ted Cruz is not even remotely a libertarian. He is a neocon masquerading as a champion of liberty. If nominated and elected he will continue the forever war agenda initiated by the Bush regime and further expand the high-tech surveillance police state.

Unfortunately many Republicans, desperate to beat Hillary Clinton and the Democrats in November, are buying into the illusion.

Les Européens font le service après vente des guerres

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Les Européens font le service après vente des guerres

Bruno Bertez
Analyste financier anc. propriétaire Agefi France
Ex: http://www.lesobservateurs.ch
 

Tout ce qui se passe était prévisible. Vous ne pouvez porter la guerre, multiplier les interventions dans des zones à risque, sans courir le risque que les victimes de ces agressions ne répliquent.

Dès le début des opérations militaires, le slogan « ils font la guerre chez nous, nous faisons la guerre chez eux » s’est imposé. La communication mondiale, globale, des combattants est devant nos yeux, personne ne pouvait et ne peut l’ignorer. Gouverner, c’est prévoir et, même si on est incapable de prévoir, ce qui manifestement est le cas, alors on peut au moins analyser lorsque les premiers événements se produisent.

Non seulement ces événements étaient prévisibles, mais leurs conséquences l’étaient également. Tout service d’action psychologique, tout conseiller de gouvernement savait que ces conflits amèneraient des représailles contre les populations des pays participants aux guerres. Tout comme ils savaient que ces ripostes se feraient par la voie d’actes terroristes puisque c’est le seul moyen dont disposent ceux qui, militairement, sont en infériorité ; et puisque l’histoire récente montrait qu’à chaque fois les ripostes étaient par la voie du terrorisme. C’est la nouvelle forme de la guerre du faible au fort. Les menaces et revendications ne laissent aucun doute sur ce point.

Toutes les analyses convergent, elles aboutissent aux conclusions suivantes : en multipliant les interventions militaires, les pays occidentaux importent de l’Islamisme radical, elles le produisent, elles l’amplifient. Ils réveillent les nationalismes, les comportements de rejets et de xénophobie, ils alimentent les sentiments anti-arabes, les sentiments anti -islam, et, chez les populations déjà enclines au racisme, le racisme et l’antisémitisme. Les guerres qui se multiplient, sans véritable stratégie, sans réflexion sur leur issue et sur ce qui peut se passer après, sont de véritables bombes lancées sur nos sociétés, elles les éclatent, les disloquent, les fissurent.

Un rapport des services de renseignements allemands vient d ‘être « fuité », diffusé, il explique tout cela, et s’étonne que rien n’ait été prévu, rien n’ait été fait. En Octobre 2015, Andrew Parker, directeur général du Britain’s Security Service, a déclaré que l’ampleur et le rythme des dangers que nous courons en Europe était maintenant à un niveau qu’il n’avait jamais connu pendant ses 32 ans de carrière. Selon lui, la police britannique est obligée de surveiller plus de 3.000 islamistes nés dans le pays et il n’ose imaginer combien il faudrait en surveiller en Europe continentale, compte tenu de l’importance des populations à risque.

La cheffe de la Norvegian Police Security, Benedicte Bjornland, vient d’assister à une conférence sur la Sécurité en Suède, (cherchez le compte rendu dans l’Express et le Nouvel Obs!). Elle a averti contre les risques de l’immigration : "on ne peut assumer que les nouveaux arrivants vont s’adapter et se soumettre à nos normes. Ces nouveaux arrivants forment des populations hétérogènes et ils peuvent amener des luttes et des conflits ethniques avec eux". "Ils forment des sociétés parallèles, et ainsi émergent, dans le long terme, des foyers de radicalisation et d’extrémisme ". On a laissé se développer des Molenbeek, des couveuses de terrorisme, en toute connaissance de cause, cyniquement ou par incompétence. Le maire de Molenbeek a révélé qu’il avait reçu, un mois avant l’attaque de Paris, une liste de 80 noms de personnes avec leurs adresses. Cette liste comportait tous les noms importants, révèle le New York Times. Le maire de Molenbeek, Schepmans, de dire : "qu’est-ce que j’étais supposé faire de cette liste, ce n’est pas mon job de traquer des supposés terroristes". En effet, ce n’est pas son job, mais c’était celui des gouvernements que de procéder à des débats démocratiques sur les aspects positifs et négatifs de la guerre, de sensibiliser le public, les institutions, et de mettre en place les moyens de détection et de protection.

Les Etats-Unis, en la personne d’Ashton Carter, viennent, à l’occasion d’une réunion discrète dans une école militaire, d’exposer les grandes lignes de leurs actions militaires dans la zone tenue par ISIS et leur plan d’intervention pour 2016. Vous n’en avez pas entendu parler dans votre presse MSM, ou chez les médias chiens de garde du système comme l’Express ou le Nouvel Obs. Il s’agit de tout détruire,  d’éradiquer le mal par la destruction totale (à 80%!) des zones urbaines occupées par ISIS. Plus de 1 million de personnes habitent ces zones. Le coût de reconstruction est déjà prévu, évalué à 200 milliards de dollars. Les dégâts collatéraux vont être considérables, la haine que cela va susciter va être l’équivalent d’une bombe atomique. La masse de populations déplacées aussi. Cette population, vous allez peut-être, grâce aux incapables européens, la retrouver près de chez vous, à votre porte, chez Disney, dans votre gare.

Chaque tir de drone fait des victimes collatérales, on évalue la proportion à 17 pour une cible atteinte, chaque victime produit un nombre de recrues et de kamikazes qui est un multiple de la frappe initiale. Peut-être que vous allez croiser un parent, un fils, un frère d’une victime de drone la semaine prochaine dans votre centre commercial.

Heureusement, comme il est déjà en voie de désertification, cela fera moins de victimes !

Les Occidentaux, sous la conduite des Etats-Unis, font une guerre de lâches, ils détruisent les centres de communication, puis les centres de commandement, puis les infrastructures, puis tout ce qui est indispensable à la survie, énergie, eau, hôpitaux, puis ils commencent le carpet-bombing, c’est à dire le pilonnage systématique. La destruction méthodique. Les combattants sont partis depuis longtemps, les populations civiles non, elles subissent, elles assistent impuissantes et elles emmagasinent de la haine. Exactement comme cela a été fait dans toutes les guerres menées par les Etats-Unis. Car le refus d’avoir des pertes au sol produit une guerre scandaleuse qui se retourne contre celui qui la mène, une guerre que l’on ne gagne jamais,  comme cela a été le cas en Afghanistan, en Irak, en Libye… Objectivement, cette guerre s’articule de la façon suivante ; les Etats-Unis opèrent la destruction des points de concentration des combattants ennemis, ils les neutralisent, ils rendent la zone inhabitable et… les pays européens font le service après vente, leur fonction est de fournir un débouché, un accueil, à ces populations ruinées, décimées, chassées de chez elles par une guerre à laquelle ils ne comprennent rien. Elles sont bourrées de haine, elles n’ont plus rien et, surtout, plus rien à perdre. Il est évident que c’est un « deal » entre les Américains, d’une part, et vos gouvernements atlantistes dont les banques sont tenues par les couilles, d’autre part. Les Européens n’ont pas les matériels et les équipements qui leur permettraient de faire la guerre eux-mêmes seuls, souverainement. Hollande fait le malin avec des services et du matériel que les Américains veulent bien mettre à notre disposition. Ils sont en position d’infériorité, d’où le « deal » : "on fait ce que vous ne pouvez pas faire et vous faites le service après vente, le service d’accueil."

Bruno Bertez, le 30 janvier 2016

Les démocraties ne sont plus que des coquilles vides

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Les démocraties ne sont plus que des coquilles vides

Gérard Brazon
Ancien Conseiller municipal et permanent syndical, souverainiste, responsable politique à Siel
Ex: http://www.lesobservateurs.ch
 

Comment expliquer le laxisme de nos dirigeants politiques autrement que par une volonté de laisser-faire. Autrement que par une complicité certaine avec les tenants de l'islam. Avec des organisations financières, industrielles et islamiques.

Comment expliquer autrement cette volonté de destruction des fondamentaux culturels des nations européennes et singulièrement la nation française. Araser les cultures, déraciner les peuples de leur terre ancestrale, nier leurs racines, refuser la terre de souche, pour faire de l'humanité pensante et solidaire, un magma d'individus isolés entre eux, hors sol et seulement animés par le besoin, le désir immédiat, l'envie, et la jalousie s'il le faut (entendre le contenu de certaines publicités).

Vouloir promouvoir l'individu par rapport à sa famille, son voisinage immédiat, son quartier et ses groupes d'intérêts ! Affirmer et valoriser le consommateur lambda sur le citoyen éclairé, le caddie du marché sur la réflexion, l'achat immédiat face aux projets familiaux à long terme, celui d'objets inutiles, et celui d'enfants et de ventres de femmes ! Au nom de la liberté bien sûr, mais surtout marchande !

Le monde d'aujourd'hui annonce ce fameux mondialisme, ce marché où l'entreprise aura la main sur les  décisions nationales et finalement sur les peuples vus comme des troupeaux (voir les négociations secrètes : TAFTA)! Ce mondialisme que l'on nous annonce irréversible, "chargé de progrès" ne vous rappelle-t-il pas la belle Europe annoncée et imposée de force, à coup de référendum aboli, et qui aujourd'hui, nous abaisse, nous réduit, nous détruit. Un exemple que l'on veut instituer à plus grande échelle.

Cela passe par la peur de l'autre, par l'ennemi déclaré. La vieille recette des boches et de la ligne bleue des Vosges qui se termina par deux guerres mondiales bien sanguinaires. L'ennemi en l'occurrence, c'est le musulman. Celui qui autorise de fait, par ses attentats commis et supposés, toutes les lois sécuritaires, les états d'urgences à répétition, et qui aboutiront à une surveillance des sites internet au nom de la sécurité, puis des sites antimondialistes en ayant au passage, réglé le compte des sites de libre information.

C'est une vaste farce qui se déroule sur nos écrans, car en fait, tout se joue désormais, au-dessus des peuples, au-delà des démocraties qui ne sont plus que des coquilles vides. Des peuples que l'on distrait au lieu d'informer. Infos/intox, et on balance des énormités qui marchent à chaque fois. Dernièrement, c'est un Nicolas Sarkozy qui nous a fait le coup du repenti et bien sûr, il explose les ventes. Ah misère de misère ! La perversion de la cité commence par la fraude des mots disait Platon. Rien de neuf.

Plus c'est gros, mieux cela passe, surtout si vous y mettez une petite larme, un ton, un regard. Rien ne sert de dire que l'on a changé, on sait bien que dans ce monde de requins, vous devez avoir toutes vos dents. Sarko les a en double.

En fait, à quoi bon éduquer les peuples? Pour en faire quoi?

Leur permettre de réfléchir par eux-mêmes? D'avoir des lumières ? La plupart des citoyens qui composent notre peuple n'ont plus ou pas l'électricité à tous les étages. L'éducation nationale est passée par là !  Mais admettons qu'ils aient encore les branchements, ils seraient sans doute capable d'en tirer profit au bout d'un moment, et qui sait, ne plus regarder les infos sur Canal+, TF1France Pravda télévision et se mettre à réfléchir et à comprendre. Déjà qu'ils sentent confusément, comme les moutons, qu'ils vont droit à l'abattoir, à la production de masse. Pourquoi lui montrer aujourd'hui, la lame qui lui coupera la gorge et le dépouillera de sa laine.

vide42624366.jpgIndividualiser les peuples pour les rendre plus vulnérables est bien plus profitable pour certains. C'est mon sentiment et dans cette réflexion, j'y inclus ces fameux musulmans dit modérés qui ne disent rien, qui ne manifestent jamais, qui ne font jamais de manifestations dans les rues pour dire leur écœurement de tous ces meurtres commis au nom de leur religion par d'autres musulmans. Ils imaginent sans doute, on le leur dit dans les mosquées, que l'islam c'est l'avenir de l'humanité. Pauvres fous et malades de dieu, alors même que l'islam n'est lui aussi qu'un outil, une lame qui fera d'eux, les futurs moutons d'une production qui ne sera pas forcément halal. En fait, ce qui est pratique avec eux, et comme l'avait bien compris Hitler, c'est qu'ils sont intrinsèquement des esclaves, préparés à l'abattoir au nom d'Allah le pourfendeur, complice in fine, des banquiers de Ryad à New-York en passant par Londres.

Suis-je trop pessimiste? En effet, plus le temps passe et plus je me sens désarmé. Plus je regarde ce qui se fait en France, plus je suis surpris par cette facilité qu'ont les Français de ne rien comprendre, ne rien voir, trouver des excuses idiotes y compris lors des viols collectifs à Cologne et dans d'autres villes allemandes !

Et puis, cette façon d'aller obéir à des ordres venus d'en haut, malgré qu'ils soient contraires à leurs convictions profondes comme nous l'avons vu aux dernières régionales m'a stupéfait. Il suffit donc de montrer une image de méchant, d'agiter un chiffon rouge, et l'électeur imbécile, tel le taureau déjà affaibli par de multiples blessures et gavé d'intox, se précipite dans le vide électoral sous les applaudissements des actionnaires, des propriétaires et des rentiers.

Tout cela pour dire que si la situation est grave, il reste important de réagir, de dénoncer encore et encore, de soutenir tous ceux qui appellent à la résistance car l'avenir n'est pas écrit. Et puis, quitte à mourir, autant ne pas mourir idiot et rester debout. Protester contre les interdictions de manifester lorsqu'il s'agit de manifestations patriotes, et autoriser celles de la violence des anti-fas, ce triste et lamentable groupe de gauchistes au service de Manuel Valls.

Il faut dénoncer les tordus de la socia-lie, ceux qui vous disent qu'ils vont fermer les mosquées salafistes, expulser les radicaux islamistes alors mêmes que ces ordures d'islamistes ne sont que les produits de cette socia-lie aux ordres de la finance et du grand capital industriel.

Pour conclure, je n'ai jamais su les tenants et les aboutissants des fameux "printemps arabes" qui annonçaient un vent de liberté au Moyen-Orient, ni pourquoi Sarkozy, Bernard Henri Lévy, François Fillon et Alain Juppé, ont bombardé la Libye et enclenché de fait, cette spirale infernale qui a abouti aujourd'hui, à une invasion migratoire. Était-ce le but final finalement ? Je le soupçonne sérieusement !

Personne, aucun journaliste ne les questionne sur ces faits, sur leurs véritables motivations ! Je n'ai d'ailleurs vu aucune excuse de ce genre, ni d'explications dans les livres politiciens de Juppé, Sarkozy et Fillon, et pourtant, tous ces braves gens sont à l'origine de milliers de morts, y compris suite aux attentats en France, et il semble n'avoir pas l'ombre d'un regret.

Quant à BHL, je lui adresse mon plus profond mépris. Il sera dans l'avenir, un homme bien seul.

Gérard Brazon

jeudi, 04 février 2016

Filosoof Peter Sloterdijk provoceert Duitse goegemeente

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Lofzang op de nationale grenzen

Filosoof Peter Sloterdijk provoceert Duitse goegemeente

door Dirk Rochtus

Ex: http://www.doorbraak.be

Sloterdijk verwijt Merkel de soevereiniteit prijs te geven en de natiestaat te laten overrompelen door massa-immigratie.

Peter Sloterdijk (°1947) geldt als de beroemdste en meest strijdvaardige denker van het hedendaagse Duitsland. In de naweeën van de Tweede Wereldoorlog had zijn Duitse moeder een Nederlandse man leren kennen. Die zou echter kort na de geboorte van Peter verdwijnen met de noorderzon. De jonge Peter Sloterdijk – half Nederlander, half Duitser – zou opgroeien 'ohne prägendes väterliches Element' (zonder dat het vaderlijke element een stempel op zijn opvoeding drukte). Ietwat vergelijkbaar is dat met de situatie van Friedrich Nietzsche (1844-1900) die na het vroegtijdige overlijden van zijn vader opgroeide in een vrouwelijk milieu dat gevormd werd door grootmoeder, moeder en zuster. De cultuurfilosoof en essayist Sloterdijk is diepgaand beïnvloed door Nietzsche met wie hij ook de aforistische stijl deelt. Bij de honderdste sterfdag van Nietzsche, op 25 augustus 2000, was Sloterdijk dan ook de aangewezen denker om een rede – of analyse? – van meer dan drie uur lang af te steken in Weimar. De link naar het literaire en esthetische is nooit veraf. Een van de bekendste werken van Sloterdijk draagt als titel een versregel van Rainer Maria Rilke: 'Du musst dein Leben ändern' (2009).

Controverse

Sloterdijk schuwt de controverse niet, integendeel. In 2009 bijvoorbeeld bestempelde hij de welvaartsstaat als een vorm van 'fiscale kleptocratie' en pleitte daarom voor een 'fiscale democratie' waarbij de burgers zelf zouden kunnen bepalen wat er met hun belastinggeld zou gebeuren. In de drie grote monotheïstische religies onderkent hij een 'konfrontative Grundkonstellation' (de confrontatie zoekende basisconstellatie), die zich in het christendom in missionering en in de islam in de 'heilige oorlog' zou uiten.

manfredll.jpg'Zelfvernietiging'

Sloterdijk doet nu ook te midden van de vluchtelingencrisis als het alles beheersende thema weer van zich spreken. In een interview met het maandblad Cicero neemt hij het vluchtelingenbeleid van bondskanselier Angela Merkel en de houding van de media in deze kwestie onder vuur. De Duitse regering zou 'sich in einem Akt des Souveränitätsverzichts der Überrollung preisgegeben' hebben (zou zich in een handeling van afstand doen van soevereiniteit prijsgegeven hebben aan overrompeld worden). Dat komt volgens Sloterdijk omdat Duitsers de waarde van de nationale grens niet meer beseffen. Grenzen zouden ze louter als 'touristische Hindernisse' opvatten, iets wat er enkel toe dient om te overschrijden. Sloterdijk beschouwt die opvatting als een gevaar in het licht van de drang van meer dan een miljard mensen die proberen 'aus den Armutszonen in den Wohlstandsraum zu gelangen' (uit de zones van armoede binnen te geraken in de welvaartsruimte). De Europese Unie (EU) zou daarom een 'efficiënte gemeenschappelijke grenspolitiek' moeten ontwikkelen, want 'Es gibt schließlich keine moralische Pflicht zur Selbstzerstörung' (Er bestaat tenslotte geen morele plicht tot zelfvernietiging). Sloterdijk zingt 'das Lob der Grenze' (lof van de grens), vanuit het geloof dat 'der territoriale Imperativ' zich zal doorzetten. Maar omdat de EU blijkbaar niet bij machte is haar buitengrenzen te bewaken, duikt binnen haar ruimte in verschillende lidstaten het nationalisme weer op. Sloterdijk ziet daarin een uiting van 'lokale Notwehr' (locale zelfbescherming). De nationale staat dicht hij 'ein langes Leben' toe als 'das einzige Großgebilde, das bis zur Stunde halbwegs funktioniere' (de enige grote constructie die tot op heden nog min of meer functioneert).

'Eigenlijke filosoof van AfD'

De media geeft de filosoof een veeg uit de pan omdat ze zich te weinig zouden bekommeren om neutraliteit. Ze zouden zich hullen in een 'Lügenäther' (een ether van leugens). Die laatste uitdrukking herinnert zijn critici aan de uitdrukking 'Lügenpresse' (leugenachtige pers) waarmee aanhangers van Pegida en Alternative für Deutschland (AfD) de Duitse pers ervan beschuldigen wantoestanden te verheimelijken die uit de vluchtelingencrisis voortvloeien. Linkse publicisten menen dat Sloterdijk ondanks zijn 'nevelig' taalgebruik dicht in de buurt komt van de AfD en dat hij zelfs als 'eigentlicher Philosoph der AfD' zou kunnen fungeren. Opvallend bij dit alles is dat met Sloterdijk het rijtje van bekende Duitse denkers en schrijvers zoals Rüdiger Safranski en Botho Strauß aangevuld wordt dat 'nationalkonservative' opvattingen verdedigt.

mardi, 02 février 2016

China’s Counter-Terrorism Calculus

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China’s Counter-Terrorism Calculus

Publication: China Brief Volume: 16 Issue: 2

By: Jacob Zenn

Ex: http://moderntokyotimes.com

The Jamestown Foundation

China’s growing global footprint, escalating conflicts and the spread of terrorism in theaters ranging from Syria to Afghanistan and Southeast Asia have created openings for non-state actors to target Chinese interests and citizens overseas. Accompanying China’s growing global footprint and the spread of terrorism in theaters ranging from Syria to Afghanistan and Southeast Asia have created openings for non-state actors to target Chinese interests and citizens overseas. Traditionally, militant groups within China arose from independence movements with ethnically-linked narratives. Their suppression within China, as well as China’s growing international exposure, led some of these groups to build relationships with international terrorist groups abroad: while they could not survive wholly within China, they found breathing room in the form of operational space with co-ethnics outside of the country. This is primarily the case for Uighur movements commonly referred to by the catch-all name “East Turkistan Independence Movement(s), or (ETIM).”

Given China’s rising engagement in the Middle East—from President Xi Jinping’s series of state visits this January, to a role in the Iran nuclear deal, to a growing military footprint on the peripheries of the region boosted by the recent commitment to building a base in Djibouti—an assessment of non-state terrorist threats, particularly from Al-Qaeda and its sub-affiliate, the Turkistan Islamic Party (TIP), and the Islamic State (IS) and its “Provinces,” to China, as well as Chinese perceptions of them, is appropriate. This assessment is useful in understanding the differences in costs to China’s human security versus national security objectives. As such, the knowledge of how non-state actors influence Chinese policy and actions is relevant for governments and analysts in assessing China’s foreign policy, as well as providing opportunities for engagement on issues of overlapping concern.

Al-Qaeda and Islamic State Threats to China

Al-Qaeda / Turkistan Islamic Party (TIP)

Anti-Chinese Uighur militants shifted from operating under the umbrella of the Islamic Movement of Uzbekistan (IMU) and Taliban in Afghanistan and Pakistan to forming the TIP in 2006 (China Brief, May 23, 2014). Since then, the TIP has become part of Al-Qaeda’s structure. Although it is not an Al-Qaeda “affiliate” on the level of AQIM in Northwest Africa, Al-Shabaab in East Africa, AQAP in Yemen and Jabhat al-Nusra in Syria, the TIP now operates alongside Jabhat Al-Nusra and can be considered a “sub-affiliate.” Moreover, before the TIP adopted the Syrian war as its own cause in 2013 (in part to seek reciprocal support from jihadists for its goals in Xinjiang), leading Al-Qaeda figures, such as the late Khalid Al-Husaynan and late Abu Yahya Al-Libi, issued statements in support of the TIP (Terrorism Monitor, May 24, 2015). More recently, in 2015, Abdullah Al-Muhyasini, a Saudi preacher close to Jabhat Al-Nusra, also issued statements supporting the TIP (Islom Awazi, December 2, 2015). Al-Qaeda affiliates, such as AQIM and Al-Shabaab, have formally promoted the TIP and its cause to “liberate East Turkistan,” while the TIP, in turn, has also issued statements in support of mainstream Al-Qaeda figures, such as a eulogy for AQIM sharia official Abu al-Hassan Rashid al-Bulaydi on January 7, 2016.

Beyond its propaganda with Al-Qaeda, the TIP has often claimed responsibility for major operations domestically in China, including:

  • Bus-bombings in several cities before the Beijing Olympics in 2008;
  • A truck hit-and-run on pedestrians and mass stabbing attack in Kashgar on Ramadan Eve in 2011;
  • A low-sophistication suicide car-bombing in Tiananmen Square in Beijing in October 2013;
  • A mass stabbing at the Kunming Train Station in March 2014;
  • An apparent double-suicide bombing (or suitcase bombing) at Urumqi Train Station in April 2014; and
  • Car-bombings and explosions killing at an Urumqi market in May 2014 (Terrorism Monitor, May 24, 2015)

However, as TIP’s propaganda and fighters have shifted their focus from Afghanistan—and even Xinjiang—to Syria, the TIP has become involved in “cheerleading” attacks in Xinjiang than masterminding them. Rather, the “masterminding” of the most recent attacks in China appears to have been carried out by loosely inter-connected cells across the country. These cells have some coordination with each other as well as with Turkey-based Islamist organizations that run fake passport schemes and assist Uighur men and their families migrate from China through Southeast Asia to Turkey (and sometimes to the TIP or other settlements under rebel control in northwestern Syria) (Today’s Zaman, January 14, 2015; Yenisafak.com, June 30, 2014).

While the TIP may be primarily a propaganda platform for recent attacks in Xinjiang, Istanbul-based East Turkistan Education and Solidarity Association (ETESA) also praises—or at least justifies—attacks. These include the aforementioned attacks as well as others that the TIP has not claimed, such as the assassination of the pro-Chinese Communist Party leading imam at the Id Kah mosque in Kashgar in 2014, and a large-scale attack at a coal mine in Xinjiang in October 2015 (SCMP, July 30, 2014). Either these attacks occurred outside the scope of the TIP or were so locally ordered and executed (and minimally reported on outside of China) that the foreign-based TIP did not take notice.

The Islamic State

The Islamic State brought China into its focus in 2015, although a predecessor to the Islamic State in Iraq and Al-Sham (ISIS) featured at least one Chinese fighter in its propaganda as early as 2013 (YouTube, March 18, 2013) The Islamic State’s more recent focus on the Uighurs may have been a reaction to the increasing numbers of Uighurs—reportedly up to 1,000 fighters—fighting in the TIP (and therefore with Al-Qaeda affiliate Jabhat Al-Nusra). The Islamic State’s promotion of the status and cause of Uighurs in its ranks included:

  • Two videos and tweeted photos of an elderly Uighur man who made “hijra” (exodus or migration) from Xinjiang to Syria with his family (shanghaiist.com, June 4, 2015);
  • Suicide attack “martyrdom” claims of Uighurs (and other Central Asians) in Syria and Iraq; and
  • An Islamic State-produced nasheed (Islamic chant) in Mandarin Chinese, which represented a general outreach to Chinese Muslims, including Huis, Kazakhs, and possibly Uighurs who speak Mandarin more fluently than Uighur (although the quality of this nasheed was lower than typical Arabic language ones.

For China, the recruitment of TIP jihadists—China’s traditional opponent—into Islamic State represents an evolved and hitherto unknown threat. While these recruits arguably make the TIP weaker, higher levels Uighur militancy in the Islamic State is a “devil that China does not know.” It is possible that the Islamic State could generate traction within China where, since 2006, the TIP has not—that is, if the Islamic State has the tools to be as effective in social media and propaganda outreach in a more closed media environment like China as compared to Europe.

The Islamic State has also likely begun to compete with the TIP in recruiting Uighurs along the trafficking networks in Southeast Asia that assist Uighurs to travel to Turkey and Syria. Four Uighurs stood trial in Indonesia in 2015 for trying to meet with the Mujahidin Indonesia Timor (MIT) in Sulawesi, which is a militant group based in Central Sulawesi, whose leader, Santoso, pledged loyalty to Al-Baghdadi in 2014 (Jakartapost, December 1, 2015). In addition, numerous Islamist organizations in Indonesia have expressed support for the Islamic State and served as feeders for Islamic State recruitment in Syria and Iraq. One man known as Alli, was part of a group of three Uighur militants arrested outside of Jakarta in December 2015 with a bomb-making manual and lists of jailed Indonesian terrorists, as well as Indonesians in Syria who joined the Islamic State. Counterterrorism officials suspected members connected to this cell were involved in the Erawan Shrine bombing in Bangkok, Thailand on August 17, 2015 (Bangkok Post, December 26, 2015). Alli was also reported to be part of the network of Al-Raqqa-based Indonesian Islamic State militant Bahrun Naim before Naim masterminded a series of attacks in Jakarta on January 14, 2016 (Jakarta Globe, December 24, 2015; Time.com, December 28, 2015).

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Assessment of Threats

TIP / Al-Qaeda

Despite the increasing numbers of attacks by networks of Uighur militants in China, the threat to China from such attacks remains an issue of human security—not national security. The rising death toll of Chinese citizens in these attacks are “only” in the several hundreds each year. Even if they were in thousands, however, this would hardly lead China to yield to the demands of groups like the TIP and ETESA for the construction of an Islamic state and ending, among other policies:

  • The migration of Han Chinese from eastern China to Xinjiang;
  • Use of Chinese language in schools in Xinjiang;
  • Encouragement of inter-marriage between Han and Uighurs and job offers for Uighur women in eastern China (where presumably they would assimilate or marry Han Chinese);
  • Restrictions on offspring (Uighurs and most Chinese minorities have, however, had fewer restrictions as part of the former “one-child policy” than Han families); and
  • Testing of nuclear weapons in Xinjiang (Militant Leadership Monitor, December 30, 2011)

Beyond attacks in China, what also could place pressure on China are actions by states. Thus, TIP, ETESA and other Islamist organizations have adopted a “Palestine strategy” of framing China’s rule in Xinjiang as an “occupation,” delegitimizing Chinese sovereignty, and ultimately seeking an international referendum on Xinjiang’s status (presumably parts of northwestern Xinjiang where Han already far outnumber Uighurs would not be included in such a vote). [1] This strategy may be of greater relevance to China as a state than the human security losses as resulting from Uighur militancy (China Brief, May 23, 2014). While the prospects of any such referendum occurring in the near-term future is highly unlikely, there is some evidence that this narrative is finding sympathetic ears:

  • Then Turkish Prime Minister Tayyip Erdogan called Chinese rule in Xinjiang a “genocide” in 2009 (Hurriyet, July 14, 2009);
  • The TIP held territory in northwestern Syria as part of the coalition with Jabhat Al-Nusra with support from Turkey or Turkey-based organizations, which furthered support and recognition of the TIP from supporters of Jabhat Al-Nusra around the Muslim world; [2] and
  • The prospect of re-shaping the borders in the Middle East that could lead to new conceptions of sovereignty and statehood—not only in that region but elsewhere throughout the Islamic World, including Central Asia and Xinjiang

Thus, it is the mobilization potential of groups like the TIP or ETESA, which merge pan-Islamist themes with Uighur nationalism while accepting—and even promoting—violent struggle, or “jihad” (even though ETESA may not directly participate in it) that may become the broader national security issue for China to deal with in the future. In fact, China’s counterterrorism success in preventing the TIP from gaining the traction to begin a full-blown insurgency in Xinjiang capable of anything beyond a few sporadic albeit deadly attacks may have forced the TIP and ETESA to become increasingly close in their respective “cheerleading” and “advocacy” roles.

The Islamic State

Despite the Islamic State’s overall expansion beyond Iraq and Syria in 2015, its direct threat to China is still low compared to other regions. The Islamic State announced it killed Chinese and Norwegian hostages in its magazine, Dabiq, in November 2015 after having first offered them for “sale.” But the focus of its propaganda in terms of killing hostages is still mostly on Westerners or, in some cases, their allies, such as the Japanese (SCMP, November 20, 2015). Moreover, closer to China’s borders, Southeast Asian jihadists are not yet sufficiently unified for the Islamic State to announce a Province in South East Asia, despite the bayat (pledges) to Islamic State leader Abubakar Al-Baghdadi from several Indonesian and Philippine factions since 2014. Nonetheless, in terms of logistics the Islamic State has funding and immigrant support networks in the Persian Gulf region, Malaysia, Hong Kong and even Japan that can facilitate its “infrastructure-building” in Southeast Asia ahead of a possible Province announcement in 2016 (isisstudygroup, October 15, 2015).

In addition, while the TIP has focused on appealing to recruits from the Chinese Hui and Chinese Kazakh minorities more than the Islamic State, the Islamic State does not appear to have any “local” traction within China. The Islamic State’s apparent hacking of the prestigious Tsinghua University’s website on January 18, 2016 highlights the possibility of the “Islamization” of anti-government sentiment in China, which could lead to the growth in support for the Islamic State in the same way it has in Europe. [3] Some elites, including dissidents from Muslim minority communities, may also have sympathies for the Islamic State for religious, ideological or political reasons (SCMP, January 18).

While Islamic State consolidation in Southeast Asia and a smattering of support for it from within China would certainly be of concern within Chinese borders, no prospective Southeast Asian provinces or domestic pro-Islamic State movement would comprise a national security threat to major Chinese diplomatic or trade interests for the foreseeable future – even if they could harm the human security of Chinese nationals. Rather, China is likely more concerned about the arrival of the Islamic State in Afghanistan via its Khorasan Province, which subsumed the Islamic Movement of Uzbekistan (IMU) and is intended to include Xinjiang and to subsume all of Central Asia. [4] Khorasan province does not appear to be more powerful than the Taliban or likely to control large tracts of territory in Afghanistan, but even fighting between Khorasan Province and the Taliban and Al-Qaeda or the Afghan government could further destabilize and complicate the economic and political situation in Afghanistan. This, in turn, would undermine Chinese strategic interests in Afghanistan and objectives of China’s New Silk Road and One Belt, One Road plan road at a time when China is considering elevating trade with Iran following the U.S. “Iran Deal” and its international profile with expected visits of President Xi to Iran and Saudi Arabia in 2016 (SCMP, January 15).

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Conclusion

The threat of non-state actors to China such as the TIP, Al-Qaeda and the Islamic State can influence Chinese state policies, priorities and objectives. Thus, even though this article assesses that these threats mostly concern the human security rather than the national security of China and its citizens, they do indirectly affect China’s power projection, counter-terrorism calculus and foreign policy. These threats also have the potential to affect China’s level of engagement abroad, including its use of special forces overseas, new counter-terrorism laws, pressure relationships with allies (such as Pakistan to crack down on anti-Chinese militancy), tacit support to other governments’ foreign policies (such as Russia’s airstrikes in Syria), and its academic understandings and trainings in counterterrorism studies. Thus, the role of non-state actors is relevant not only in terms of security affairs but also in broader diplomacy, relationships, and engagement with China.

Jacob Zenn is a Fellow of Eurasian and African Affairs at The Jamestown Foundation. Mr. Zenn graduated as a Global Law Scholar from Georgetown Law in 2011 and the Johns Hopkins School of Advanced International Studies (SAIS) Nanjing Center for Chinese-American Studies in Nanjing, China in 2007.

Notes

  1. Author’s Interview, ETESA supporter in USA, 2015
  2. The start of the Russian bombing campaign in northwestern Syria in late 2015 appears, however, to have led to more than 30 TIP deaths and the destruction of TIP’s main headquarters as well as settlements where militants were living with their families.
  3. Oliver Roy, “ International Terrorism: How can prevention and repression keep pace?” BKA Autumn Conference, November 18–19, 2015 life.eui.eu, November 18, 2015
  4. The Taliban nonetheless reportedly killed or captured the IMU leader, Usman Ghazi, and killed other IMU members after Ghazi pledged to Al-Baghdadi such that the IMU may now be near-elimination.

Files:

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