La culture de masse, appelée volontiers « culture populaire » par ses défenseurs, telle que nous la connaissons, a fini par incarner à peu près tout ce qu’il aurait pu survenir de pire dans une société. Outre le phénomène du consumérisme dû à la massification des désirs, et l’utilitarisme gouvernant jusqu’à l’art lui-même en transformant la Culture en vulgaire industrie soumise aux marchés, elle impacte généralement sur le comportement d’un peuple dans d’autres domaines, tout simplement en étant parvenu à l’aliéner lui-même en tant que collectif. L’idée d’homme-masse repose sur le constat que l’individu est contradictoire avec les impératifs de la société de consommation, les mécanismes propagandistes d’icelle cherchant dès lors à briser « l’individualité » pour massifier l’individu comme s’il devenait à son tour une « foule », avec ce que cela suppose de direction émotionnelle, irrationnelle, bref de démagogie au sens premier. Dès lors, l’on en vient à constater la même chose que Pasolini : le peuple n’existe plus, la masse l’a remplacé. Il n’y aurait donc plus de démos, mais quelque chose que l’on pourrait rapprocher de l’okhlos tel qu’on le trouve dans la typologie des régimes des Politiques d’Aristote, mais aussi dans La Vie Heureuse de Sénèque.

Plus précisément, Aristote définit le régime des foules, l’ochlocratie, comme tel :
« Une autre espèce de démocratie, c’est celle où toutes les autres caractéristiques sont les mêmes, mais où c’est la masse qui est souveraine et non la loi. C’est le cas quand ce sont les décrets qui sont souverains et non la loi. Cela arrive par le fait des démagogues. Car dans les cités gouvernées démocratiquement selon la loi il ne naît pas de démagogue, mais ce sont les meilleurs des citoyens qui occupent la première place. Là où les lois ne dominent pas, alors apparaissent les démagogues ; le peuple, en effet, devient monarque, unité composée d’une multitude, car ce sont les gens de la multitude qui sont souverains, non pas chacun en particulier mais tous ensemble. De quel gouvernement parle Homère en disant que « le gouvernement de plusieurs n’est pas bon », de celui-ci ou de celui où beaucoup de gens exercent le pouvoir individuellement, cela n’est pas clair. Donc un tel peuple, comme il est monarque, parce qu’il n’est pas gouverné par une loi, il devient despotique, de sorte que les flatteurs sont à l’honneur, et un régime populaire de ce genre est l’analogue de la tyrannie parmi les monarchies. C’est pourquoi le caractère de ces deux régimes est le même, tous deux sont des despotes pour les meilleurs, les décrets de l’un sont comme les ordres de l’autre, et le démagogue et le courtisan sont identiques et analogues. Et ils ont chacun une influence prépondérante, les courtisans sur les tyrans, les démagogues sur les régimes populaires de ce genre. Ces démagogues sont causes que les décrets sont souverains et non les lois ; ils portent, en effet, tout devant le peuple, car ils n’arrivent à prendre de l’importance que du fait que le peuple est souverain en tout, et qu’eux sont souverains de l’opinion du peuple. Car la multitude les suit. »
Il est dès lors possible de transposer pareille définition dans le cadre de nos sociétés contemporaines. Si nous regardons les grandes tendances sociales de fond, telles qu’elles furent brillamment analysées successivement par Pasolini, puis Christopher Lasch, et Michéa, nous remarquons que malgré leurs horizons différents, tous finissent par dresser le même constat autour d’un dénominateur commun qu’est la toute-puissance de la culture de masse. Si Aristote oppose loi et décret, peuple et masse (démos et okhlos), on en revient au final au dualisme entre raison et passion, dont le consumérisme érigea cette dernière en hégémonie culturelle. Sénèque, célèbre précepteur de Néron, tient un constat très semblable, bien qu’il ne nomme jamais l’okhlos.
CARPE DIEM
La société n’est plus conduite par la raison, ni même par l’intérêt général, mais par l’affect. Aristote opposait en effet la Loi à la Masse, la loi étant considérée comme l’expression pure de la raison, tandis que la Masse a toujours été l’allégorie du caprice, des passions aussi éphémères que contradictoires. Le principe de la société de consommation, en massifiant les désirs par l’instauration d’un hédonisme de masse s’inscrit pleinement dans ce paradigme. Le consommateur doit agir par des pulsions qu’on lui instille dans son esprit propre, de sorte qu’il perd son individualité, et devient masse lui-même. L’individu est contradictoire avec les impératifs de la consommation.
C’est dans cette logique que nous avons accédé à une « société de l’immédiat », véritable incarnation du carpe diem poussé à son comble. Puisque tout est éphémère, que tout doit répondre à des besoins crées ex nihilo, mais momentanés, nous avons nivelé la Loi sur le sociétal au lieu du social, la raison sur la passion, le langage sur la communication. En clair, la terre ne fait plus que juger le pays des Elfes si cher à Chesterton, mais l’a nivelé à son image. Le carpe diem du consumérisme n’a ni mémoire ; sa seule tradition est l’hédonisme, et ce n’est qu’en arrachant l’individu de tout processus culturel et historique, de praxis en quelque sorte, qu’il parvient à le massifier. Plus personne ne lit, plus personne ne prend le temps de la contemplation. Le recul ne peut être autorisé dans une civilisation où nous ne cessons d’être bombardés d’informations, de spots publicitaires, qui nous fournissent tout ce que l’intellect devrait faire comme effort en ouvrant un bon roman, jusqu’à la réflexion elle-même qui nous est offerte par les médias de masse en nous dépossédant de notre souveraineté sur nos propres opinions. Car si « ces démagogues sont causes que les décrets sont souverains et non les lois », c’est parce qu’« ils portent, en effet, tout devant le peuple, car ils n’arrivent à prendre de l’importance que du fait que le peuple est souverain en tout, et qu’eux sont souverains de l’opinion du peuple. Car la multitude les suit », ou, comme le disait plus brièvement Sénèque : « nous périssons par l’exemple des autres. »

Dès lors que ce qu’on appellerait aujourd’hui le star-system est consacré, le démagogue (du grec démos : « peuple » ; et agô : « conduire ») n’a plus qu’à exploiter les passions populaires pour accroître sa propre popularité, à l’opposé du populiste, sans cesse invectivé, puisque plus intéressé par la défense des intérêts du peuple. Ce tour de force culturel ayant fait du populisme la lie de la pensée politique, est l’une des clefs pour comprendre pourquoi le peuple se hait lui-même aujourd’hui. Incapable d’être souverain de ses propres opinions, il se jette dans les bras de celles dénonçant ses propres défenseurs. Bref, « le peuple se dresse contre la raison en défenseur de son propre mal », comme le note Sénèque. C’est pourquoi il se produit ce qui se produit dans les assemblées où ceux-là mêmes qui ont fait les magistrats s’étonnent que ce soient ceux-là qui aient été faits, lorsque l’inconstante faveur populaire a changé. Nous approuvons et condamnons les mêmes choses : c’est l’issue de tout jugement rendu par la majorité. »
Par incapacité ou confort intellectuel, il donne de même plus d’importance au démagogue parce que celui-ci, en renonçant à toute forme d’élitisme, s’imagine que la politique n’est qu’affaire de psychologie. Comme James Burnham l’avait si bien compris, le démagogue actuel a la conviction solide, dogmatique même, que l’action politique procède des mobiles de l’homme politique, de son être, de son avoir, de son intimité, voire de « l’homme de la rue ». En croyant niveler le politique à un micro-trottoir permanent, le démagogue ne fait qu’appliquer scrupuleusement les procédés de la communication et des médias de masse. Il ne s’adresse plus à des individus, encore moins à des intellects, mais à un ensemble compact, monolithique, aussi bien physiquement que spirituellement, soit l’oklhos. Toute la politique d’aujourd’hui n’est plus qu’une vaste application du Viol des foules par la propagande politique de Tchakhotine, ou les discours s’articulent autour des pulsions primaires des électorats ; combattive, nutritive, sexuelle et parentale ; qui s’incarnent en réalité dans le charisme, l’intérêt matériel et immédiat, ou encore la recherche de la norme et de la sécurité. Les politiciens sont devenus autant d’enseignes, de labels, dont les électeurs choisiraient les axes les plus conformes à leurs intérêts personnels, fondés sur l’affect, au détriment des intérêts collectifs et de la raison, comme l’on choisirait les mets d’un menu de restaurant, réalisant la critique nietzschéenne de la démocratie qui veut qu’elle serait un régime de la médiocrité ; permettant aux électeurs de réfléchir assez pour pouvoir voter, mais pas suffisamment pour voter intelligemment. L’utilitarisme momentané guide sempiternellement nos choix, puisqu’eux-mêmes conditionnés à nos désirs de l’instant. Cette manufacture du consentement triomphe du fait que l’on ne cherche plus à convaincre, mais à persuader, et que le seul consensus optimal ne peut être qu’obtenu que par le prisme des intérêts particuliers de chacun, quitte à explorer les confins de l’extrême contradiction pour cela. Ce qui permet d’être souverain de l’opinion des gens, c’est précisément le grand cortège de flatteries à l’endroit de chacun. Les classes sociales ne permettent plus la lutte culturelle, mais sont au contraire instrumentalisées pour répondre aux impératifs de la communication. « C’est pourquoi il se produit ce qui se produit dans les assemblées où ceux-là mêmes qui ont fait les magistrats s’étonnent que ce soient ceux-là qui aient été faits, lorsque l’inconstante faveur populaire a changé ». (Sénèque, De la Vie Heureuse)
HOMO FESTIVUS
À partir de là advient la société acculturée, hédoniste, massifiée, et donc ochlocratique ; l’homo festivus succède à l’homo sapiens sapiens. Le démos n’existe plus pour la simple et bonne raison que le peuple ne se reconnaît plus après la longue et savante aliénation de lui-même. Il doit faire corps avec les pulsions qu’on lui inculque, corps avec l’Entreprise qui ne voit en lui qu’un consommable comme n’importe quel autre dont elle nécessite les services à un instant T ; bref, il doit s’oublier dans les grands ensembles qu’on lui impose aussi bien comme cadre de vie maximaliste qu’intimiste. Quand le retour des lubies liées à la Patrie ou à la Culture resurgissent inopinément par la force majeure, elles sont immédiatement avilies ; on leur fait dire leur exact contraire, on fait passer le festivisme pour une résistance culturelle contre la barbarie avec tout l’art de nous faire prendre des vessies pour des lanternes en comptant sur le concours bienveillant de la manufacture du consentement, parce que justement « les flatteurs sont à l’honneur », toujours plus agréables aux oreilles des foules que ces donneurs de leçons ataviques venant d’un autre temps. La docilité de l’homme moderne face aux décrets des démagogues est précisément l’un des points centraux de l’ochlocratie. Sénèque disait de la vie heureuse ne peut se traduire par un quelconque vote majoritaire, tout simplement parce qu’« il n’en va pas si bien avec les affaires humaines que ce qui est le meilleur plaise au plus grand nombre : une preuve du pire, c’est la foule ». La société de consommation en est l’application moderne parfaite, puisqu’elle ne tolère ni vie privée, ni intimité, ni pensée personnelle. Elle se donne dans le voyeurisme le plus grossier, mais aussi le plus violent, puisque ceux qui refusent de s’y soumettre sont aussitôt suspicieux aux yeux de la fatuité des masses. Le corps en est objectivisé, puisque devenu objet de consommation et de jouissance immédiate, dont les innombrables concours de beauté procèdent sans la moindre honte. Celui qui, par malheur, prend le temps de la contemplation et de l’épanouissement intellectuel et spirituel est aussitôt jugé « bizarre », déprécié, comme un fort au pays des faibles. Il s’attire le ressentiment de tous, parce qu’il leur rappelle leur propre médiocrité.
Seulement, Aristote entendait l’ochlocratie comme limitée au moins au gouvernement d’une cité. Si la société de consommation a permis sa concrétisation par la voie de la communication et son langage physico-mimique, et sa propagande hédoniste soigneusement entretenue par les médias, elle a aussi permis le déracinement des individus. Reniant leur passé, leur identité culturelle, leur modèle culturel même, l’okhlos d’aujourd’hui ne se contente plus d’être un régime des foules borné à une entité politico-juridique telle qu’un État, mais l’a largement transcendé. En faisant de la liberté une fin absolue, une véritable tautologie politique, sociale et sociétale qui ne sauraient s’embarrasser de la moindre obligation envers quoi que ce fût, l’oklhos d’aujourd’hui ne se reconnaît plus qu’à travers les entéléchies qui conviennent à son statut de déraciné. Ces réalités virtuelles, village mondial en tête, qui voudraient réaliser le rêve platonicien de la cité unique – qu’Aristote avait critiqué sévèrement dans ses Politiques – où tout et n’importe quoi seraient en commun, des biens aux hommes, des contrées aux cultures, sont le danger à long terme de l’ochlocratie. L’idée qu’une œcuménopole permettrait l’unicité parfaite de l’espèce humaine ne serait en fait que la fin de ce dont les déracinés se rêvent propriétaires. Réfutant les déterminismes, ils veulent pourtant s’approprier les aboutissants des processus socio-historiques qui leur hérissent les poils comme on achèterait une orange marocaine dans un supermarché norvégien. Le clan est l’égal de la nation, les droits des minorités de la République. Dépourvu d’identité, de culture propre, bref de ce qui caractérise le démos, cette acculturation paradigmatique achèverait la massification des individus, puisqu’il n’y aurait plus de peuple, mais qu’une seule et immense masse planétaire qui grouillerait un peu partout, changeant de culture au gré de ses envies du moment ; un temps italienne, un temps esquimau, selon la dernière émission vue à la télé ou l’endroit où elle passe ses vacances. Ce serait un monde désenchanté, dépourvu de la moindre authenticité, où le consumérisme triomphant serait enfin parvenu à nous faire consommer la Culture, comme il nous a appris à consommer la politique, le travail et les travailleurs, ou encore les sentiments.




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I believe it makes sense to start our quest to settle this age-old question by looking at the works of Immanuel Kant (1724 – 1804), the German philosopher who is considered the father of modern philosophy. In 1784 he wrote the following about Enlightenment:
The Frankfurt School claimed that its Critical Theory is the theory of truth. The occidental philosophy, from St. Thomas Aquinas to Kant, as well as Hegel, Fichte, Schelling, and Goethe, should, therefore, be summarily dismissed and replaced by their own dogmatic set of rules and guidelines for “thinking right”. Critical Theory in sociology and political philosophy went beyond interpretation and understanding of society, it sought to overcome and destroy all barriers that, in their view, entrapped society in systems of domination, oppression, and dependency.



Les théories de Hobbes sont à l’origine de toutes les théories de la table rase qui, sous des formes diverses, se succèdent en Occident depuis trois cents ans. L’humanité, ses sociétés, ses générations successives sont des « tabulas rasas », des tablettes de cire sur lesquelles le temps a écrit des mots, des histoires, des conceptions du monde et des pratiques des rapports sociaux. On pourrait, en chauffant un peu la tablette, faire fondre la cire qui redeviendrait lisse, « rase » et donc vierge, et l’on pourrait donc écrire dessus, en toute liberté, de nouvelles aventures, un nouveau droit, de nouvelles sociétés, un homme nouveau. « Du passé faisons table rase », dit l’Internationale. Ces théories sont l’origine du constructivisme politique, de la théorie des constitutions et de la prétention à rompre avec une nature et des héritages, à « remettre les pendules à zéro » dans l’histoire. Cette problématique est d’actualité puisque rien dans cette logique n’empêche de voir des individus allogènes s’agréger au contrat social.
En revanche, l’action politique ne peut pas être l’alpha et l’omega de notre action. En effet, comme l’a très bien vu Laurent Ozon par exemple, pour réussir en politique, il faut être élu et donc s’abstenir de discours excessivement traumatisants. L’inaudible – ce que l’on ne veut pas entendre – est donc indicible. A ce titre, nous savons tous ici que cela sera très dur dans l’avenir – troubles civils et sociaux, baisse générale du niveau de vie, etc… – mais on ne peut incriminer un parti politique lorsqu’il affirme détenir les moyens de contrôler la situation. Je dis cela pour les impatients et les radicaux…
Une des faiblesses constitutives de la société marchande a bien été mise en lumière par François Perroux (peinture ci-contre), dont je vous rappelle qu’il a été l’un des économistes français les plus brillants, professeur au Collège de France, grand mathématicien, avant d’être méprisé par l’Université de la pensée unique. Il avait en effet comme projet de constituer une économie politique globale permettant une compréhension des phénomènes économiques comme l’une des dimensions de la société, mais pas la seule et en tout cas pas autonome par rapport à ses autres dimensions. Il écrit, dès 1969 :
Passons maintenant à la manière dont nous pouvons nous appuyer sur des tendances existantes dans la société actuelle, sur d’autres écoles de pensée et d’action que nous avons souvent considérées comme éloignées de nos préoccupations, mais qui se sont insensiblement rapprochées de nous comme nous nous rapprochions d’elles. J’entends par là tous les mouvements qui se revendiquent de la notion de responsabilité collective. La responsabilité sociale et environnementale, la consommation responsable, la sobriété étaient des concepts plutôt universalistes. Mais la réalité des faits et l’influence de certaines personnalités comme Michéa ont amené les promoteurs de ces théories et de ces pratiques à comprendre enfin que le commerce équitable, ce n’est pas seulement pour les petits producteurs de café du Costa-Rica chers à Max Havelaar. C’est aussi pour nos frères agriculteurs et éleveurs gaulois qui se crèvent au travail, exploités par le système et la mondialisation, à 30 kilomètres du centre-ville de Paris. Commerce équitable de proximité, circuits courts, voilà qui nous convient parfaitement et où nous avons un rôle concret à jouer. J’y rajouterai une réflexion sur la manière d’organiser ou de relayer des campagnes de boycott à l’encontre d’enseignes ou de marques.

Bernard non le mandava di certo a dire: «E voi, gente dei numeri…Agitatori di nacchere statistiche, che maneggiate somme sbalorditive, che fate giochi di destrezza con i tassi, illusionisti dei miliardi di dollari e della disoccupazione ridefinita venticinque volte in vent’anni come in Inghilterra (ha finito col diminuire), che fate previsioni cercando il futuro con un ago nel buio e una candela nel pagliaio» (2). E ancora: «Voi, i «ricercatori» delle organizzazioni al soldo dei potenti, mai stanchi di leccar piedi, che risalite senza posa le rupe dei loro errori, poveri Sisifo dell’equazione…Voi consiglieri del Principe, chief economists, […] Sicari del rapporto raffazzonato ma che uccide […] interpreti dei pastrocchi econometrici e delle curve di numeri usciti direttamente dalla pancia dei computer […] Sacerdoti di una religione senza fede e senza legge se non quella della giungla» (3).
L’economista moderno neoclassico è nudo perché la teoria che pretende “scientifica” e “razionale” (8) è in realtà uno studio di fenomeni, quali i comportamenti umani, che, di per loro, sono per lo più irrazionali. Come afferma con grande onestà intellettuale Ha-Joon Chang, uno dei più rinomati economisti odierni a livello internazionale, già consulente per numerosi organismi internazionali e docente a Cambridge, «il 95 per cento della scienza economica è semplice buonsenso reso complicato da espressioni tecniche e formule matematiche» (9).
Seul De Gaulle sauvera sa tête avec les honneurs dans ce livre de 369 pages, mais Pompidou et Giscard d'Estaing n'y sont pas trop maltraités non plus.
Marcel Gauchet est-il dans le vrai lorsqu'il prétend que nous n'avons pas besoin des intellectuels dans une "fonction critique" et de dénonciation qui ne demande "aucune compétence particulière". Un rôle qui serait maintenant réservé à "l'expert" au service des médias. Même si "l'apparence de survie des intellectuels" ne serait due qu'à l'utilisation de ces médias. "Un monde journalistique" qui est devenu un véritable anti-pouvoir plutôt qu'un contre-pouvoir" qui "exerce une sorte de censure à priori de l'action politique".

Et Donoso Cortès de continuer son analyse, en clamant que les révolutions «sont la maladie des peuples riches, des peuples libres», le monde ancien étant «un monde où les esclaves composaient la majeure partie du genre humain», le «germe des révolutions n'étant pas dans l'esclavage», malgré l'exemple de Spartacus qui ne fit que fomenter quelque guerre civile : «Non, Messieurs, le germe des révolutions n'est pas dans l'esclavage, n'est pas dans la misère; le germe des révolutions est dans les désirs de la multitude surexcitée par les tribuns qui l'exploitent à leur profit. Vous serez comme les riches, telle est la formule des révolutions socialistes contre les classes moyennes. Vous serez comme les nobles, telle est la formule des révolutions des classes moyennes contre les classes nobiliaires. Vous serez comme les rois, telle est la formule des révolutions des classes aristocratiques contre les rois» (p. 100), et l'auteur de conclure sa gradation par l'image logique, théologique : «Vous serez comme des dieux, telle est la formule de la première révolte du premier homme contre Dieu. Depuis Adam, le premier rebelle, jusqu'à Proudhon, le dernier impie, telle est la formule de toutes les révolutions» (p. 101).


Quelle définition peut-on donner de la cybernétique ? On peut dire qu'elle est l'héritière de la sophistique, ce qui placerait Heidegger par rapport à elle, selon Baptiste Rappin, dans la situation où fut Platon par rapport aux Sophistes : «La cybernétique, loin du fracas tonitruant des bombes atomiques, opère en silence la réduction des bruits dans la tranquillité circulaire des boucles de rétroaction. Elle prépare le monde paisible de la gouvernance qui succédera à la belligérance des États souverains. Héritière, par la maîtrise des codes, des effets rhétoriques de la sophistique; par l'attention aux inputs, de la philosophie sensualiste; par la planification des finalités, de la technoscience moderne, la cybernétique représente le double de la philosophie à l'époque de la fin de la philosophie» (p. 99).



Le Sauvage est le seul personnage à ne pas avoir subi de conditionnement. Lorsque Bernard Marx le ramène pour le présenter à son père, le chef Tomakin, le Sauvage se révèle incapable de comprendre encore moins de suivre les règles de cette civilisation. On apprend que lorsqu’il a été mis au monde, sa mère ne lui a exprimé aucun amour, n’a eu envers lui aucun geste d’affection. Rien de plus normal. Sa mère Linda, issue de cette société du bonheur permanent, n’a jamais été habituée à manifester le moindre sentiment. Les mots tels que « monogamie », « mère », et « père » étaient supprimés, bannis du vocabulaire de la communauté. Le Sauvage reproche à cette société la perte de relation avec soi qu’elle instaure. Les individus considérés uniquement comme des consommateurs sont obnubilés par la satisfaction de leurs besoins basiques. Ils ne recherchent aucune spiritualité et encore moins d’explications sur ce qui régit le monde qui les entoure… 
PHILITT : 







De tweede opvatting gaat terug op de Amerikaanse Revolutie. De Founding Fathers gaven aan het begrip democratie een pragmatische en realistische invulling. Zij koesterden geen illusies over de menselijke natuur. De maatschappij kan weliswaar verbeterd worden, maar de mens blijft fundamenteel dezelfde. Macht maakt corrupt en moet aan banden worden gelegd. Vandaar het complexe systeem van checks and balances, de scheiding van de machten en een indrukwekkende grondwet die de vrijheden van de burgers waarborgt. Een paradijs ligt niet in het verschiet en een nieuwe mens al evenmin.
Overreaching man is for Weil the main subject of Greek thought. Retribution, Nemesis. These are buried in the soul of Greek epic poetry. So starts the discussion on the nature of man. Kharma. We think
Marianne :
La deuxième étape renvoie à ce j’ai appelé « l’héritage impossible » de mai 68. Je parle bien de l’héritage impossible et non de l’événement historique lui-même. C’est ma différence avec Eric Zemmour et d’autres critiques qui ont un aspect « revanchard » : je ne règle pas des comptes avec l’événement historique et les soixante-huitards ne sont pas responsables de tous les maux que nous connaissons aujourd’hui. En France, l’événement mai 68 a été un événement à multiples facettes où ont coexisté la « Commune étudiante », une grève générale qui rappelait les grandes heures du mouvement ouvrier et une prise de parole multiforme qui a été largement vécue comme une véritable libération dans le climat de l’époque. L’événement historique Mai 68 n’appartient à personne, c’est un événement important de l’Histoire de France, et plus globalement des sociétés développées de l’après-guerre qui sont entrées dans une nouvelle phase de leur histoire et ont vu surgir un nouvel acteur : la jeunesse étudiante. Ce que le regretté Paul Yonnet a appelé le « peuple adolescent ». En ce se sens, à l’époque, Edgar Morin est l’un de ceux qui a le mieux perçu la caractère inédit de l’événement en caractérisant la « Commune étudiante » comme un « 1789 socio-juvénile ».
J-P LG : L’éducation était antérieurement liée à une conception pour qui les contraintes, la limite, le tragique étaient considérés comme inhérents à la condition humaine, tout autant que les plaisirs de la vie, la sociabilité et la solidarité. Devenir adulte c’était accepter cette situation au terme de tout un parcours qui distinguait clairement et respectait les différentes étapes de la vie marquées par des rituels qui inséraient progressivement l’enfant dans la collectivité. C’est précisément cette conception qui s’est trouvée mise à mal au profit nom d’une conception nouvelle de l’enfance et de l’adolescence qui a érigé ces étapes spécifiques de la vie en des sortes de modèles culturels de référence. Valoriser les enfants et les adolescents en les considérant d’emblée comme des adultes et des citoyens responsables, c’est non seulement ne pas respecter la singularité de ces étapes de la vie, mais c’est engendrer à terme des « adultes mal finis » et des citoyens irresponsables. Aujourd’hui, il y a un écrasement des différentes étapes au profit d’un enfant qui doit être autonome et quasiment citoyen dès son plus jeune âge. Et qui doit parler comme un adulte à propos de tout et de n’importe quoi. On en voit des traces à la télévision tous les jours, par exemple quand un enfant vante une émission de télévision en appelant les adultes à la regarder ou pire encore dans une publicité insupportable pour Renault où un enfant-singe-savant en costume co-présente les bienfaits d’une voiture électrique avec son homologue adulte… Cette instrumentalisation et cet étalage de l’enfant-singe sont obscènes et dégradants. Les adultes en sont responsables et les enfants victimes. Paul Yonnet a été le premier à mettre en lumière non seulement l’émergence de « l’enfant du désir » mais celui du « peuple adolescent ». Dans la société, la période de l’adolescence avec son intensité et ses comportements transgressifs a été mise en exergue comme le centre de la vie. Cette période transitoire de la vie semble durer de plus en plus longtemps, le chômage des jeunes n’arrange pas les choses et les « adultes mal finis » ont du mal à la quitter.
J-P LG : Ce n’est pas parce que cette période historique est en train de finir que ce qui va suivre est nécessairement réjouissant. Le monde fictif et angélique qui s’est construit pendant des années – auquel du reste, à sa manière, l’Union européenne a participé en pratiquant la fuite en avant – craque de toutes parts, il se décompose et cela renforce le désarroi et le chaos. La confusion, les fondamentalismes, le communautarisme, l’extrême droite gagnent du terrain… Le tout peut déboucher sur des formes de conflits ethniques et des formes larvées de guerre civile y compris au sein de l’Union européenne. On en aura vraiment fini avec cette situation que si une dynamique nouvelle émerge au sein des pays démocratiques, ce qui implique un travail de reconstruction, auquel les intellectuels ont leur part. Il importe tout particulièrement de mener un travail de reculturation au sein d’un pays et d’une Europe qui ne semblent plus savoir d’où ils viennent, qui il sont et où il vont. Tout n’est pas perdu : on voit bien, aujourd’hui, qu’existe une demande encore confuse, mais réelle de retour du collectif, d’institutions et d’un Etat cohérent qui puissent affronter les nouveaux désordres du monde. Ce sont des signes positifs.
Ces considérations sont prégnantes dans les mouvements de droite, aussi bien classiques que populistes, même si ces derniers les assument beaucoup plus aisément, notamment en Grande-Bretagne avec UKIP, en Belgique avec le Parti Populaire, ou en Suède avec les Démocrates Suédois. Le fait de rompre un tel tabou et de rouvrir le débat sur la coexistence des civilisations facilite leur classement à l’extrême-droite. Pourtant, les problématiques issues de la coexistence ne sont pas liées aux pays de l’Europe blanche et chrétienne. Une enquête réalisée par Ipsos en 2011 révèle que ce phénomène touche aussi aux autres continents, il s’agit d’un phénomène inhérent à l’être humain, il est donc universel.





Le voyageur en classe affaires dispose d'une échappatoire : il peut se réfugier dans les salons privés qui lui sont réservés. « On y propose de jouir du silence comme d'un produit de luxe. Dans le salon "affaires" de Charles-de-Gaulle, pas de télévision, pas de publicité sur les murs, alors que dans le reste de l'aéroport règne la cacophonie habituelle. Il m'est venu cette terrifiante image d'un monde divisé en deux : d'un côté, ceux qui ont droit au silence et à la concentration, qui créent et bénéficient de la reconnaissance de leurs métiers ; de l'autre, ceux qui sont condamnés au bruit et subissent, sans en avoir conscience, les créations publicitaires inventées par ceux-là mêmes qui ont bénéficié du silence... On a beaucoup parlé du déclin de la classe moyenne au cours des dernières décennies ; la concentration croissante de la richesse aux mains d'une élite toujours plus exclusive a sans doute quelque chose à voir avec notre tolérance à l'égard de l'exploitation de plus en plus agressive de nos ressources attentionnelles collectives. »
C'était, concède tout de même le philosophe dans sa relecture (radicale, elle aussi) des Lumières, une étape nécessaire, pour se libérer des entraves imposées par des autorités qui, comme disait Kant, maintenaient l'être humain dans un état de « minorité ». Mais les temps ont changé. « La cause actuelle de notre malaise, ce sont les illusions engendrées par un projet d'émancipation qui a fini par dégénérer, celui des Lumières précisément. » Obsédés par cet idéal d'autonomie que nous avons mis au coeur de nos vies, politiques, économiques, technologiques, nous sommes allés trop loin. Nous voilà enchaînés à notre volonté d'émancipation.

The philosopher of politics and history
The knowledge which scientistic Puritanism so aggressively publishes, and which the Philosophy faculty so vigorously applauds, is a peculiar but typically modern species of knowledge. It is less a positive assertion of anything than it is a denial or, better yet, a denunciation of a longstanding prior assertion, and as such its character is largely if not entirely negative. Such knowledge is not sufficient by itself, offering its theses for impartial examination, but rather it requires a public performance to validate it. It must sweep up the crowd into a mood of unanimity. Such a performance, its rationalistic appurtenances notwithstanding, is essentially a cultic ritual: The spokeswoman’s presentation corresponded to an archaic exorcism, whose action banishes the smut of profanation from the boundaries of the community. And what specific bane fell under banishment? “Creationism,” according to the organization’s website, “refers to the religious belief in a supernatural deity or force that intervenes, or has intervened, directly in the physical world.” In sum, matter, in its uncreated purity, must never be contaminated by spirit. But why should an inversion of the classic Gnosticism, which remains Gnostic for all that it is an inversion, be a requirement?