jeudi, 04 juin 2026
Le gouvernement de la guerre permanente – Qui détient réellement le pouvoir à Washington ?

Le gouvernement de la guerre permanente – Qui détient réellement le pouvoir à Washington?
Marek Wojcik
Beaucoup d’entre nous se demandent quel est le véritable pouvoir du président des États-Unis. Est-il, comme il se désigne lui-même, «l’homme le plus puissant du monde», ou tombe-t-il sous l’emprise des oligarques qui ne cessent de fomenter des conspirations?
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198981
Ou bien se subit-il peut-être un chantage par le plus grand allié des États-Unis? Les décisions du président, en particulier celles qui concernent la guerre, sont-elles le fruit de son ego démesuré, ou poursuit-il peut-être un plan diabolique visant à jouer ses magnifiques «cartes» fabriquées en Chine?
Les démarches les plus fructueuses de Donald Trump sont les spéculations de ses proches sur les marchés financiers. Si les déclarations chaotiques du président et leur orientation sont connues à l’avance par les élus de la richesse mal acquise, qu’est-ce qui les empêcherait alors de parier sur la hausse – ou selon les intentions capricieuses du président – sur la baisse des actions pétrolières? De cette façon, on peut « gagner » énormément d’argent.
La Constitution devrait tenir le pouvoir en laisse courte. Le Congrès seul devrait déclarer la guerre, contrôler les finances, limiter l'exécutif et rendre des comptes au peuple. Le président devrait exécuter les lois, non pas gouverner par décret, mener des guerres non déclarées ou servir de figure de proue à un empire. Les tribunaux devraient servir de garde-fou contre les abus de l’État, et non valider les pires excès de l’État sécuritaire national.
Chaque président moderne hérite des mêmes pouvoirs de guerre, des mêmes services secrets, du même appareil d’urgence, des mêmes systèmes de surveillance, des mêmes entreprises d’armement, des mêmes forces de police militarisées et de la même soif de pouvoir bipartisan sans responsabilité. Trump n’a pas créé le gouvernement de la guerre permanente. Il l’a hérité, nourri, agrandi, utilisé comme une arme et, comme tous ses prédécesseurs, en est devenu le champion.
Je ne veux pas justifier Trump, ici, mais simplement montrer qu’il a certes introduit son propre style, le « trumpisme », qui repose sur l’imprévisibilité et la rupture de toutes les traditions prétendument à la base du conservatisme. Cependant, les décisions géopolitiques majeures ne sont pas nécessairement prises à la Maison Blanche. Cette maison inconnue, où sont élaborés des plans de guerre, je la qualifierais, vu les intentions qui se profilent derrière ces décisions, de « Maison noire ». Elle n’a pas nécessairement besoin de se trouver sur le territoire des États-Unis.
* * *
Cet article est paru sur le blog de l’auteur world-scam.com
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Génération perdue?

Génération perdue?
par Hans-Peter Hörner, député au Landtag du Bade-Wurtemberg
Source: https://pi-news.net/2026/06/verlorene-generation/
Inspiré par des reportages venus du Royaume-Uni, où près d’un million de jeunes sont qualifiés de NEETs – Not in Education, Employment or Training, c’est-à-dire ni en formation, ni en emploi, ni en apprentissage –, on a également jeter un oeil sur situation en Allemagne, par curiosité. Et, surprise, l’Agence fédérale pour l’emploi a également signalé environ 1,2 million de NEETs âgés de 15 à 29 ans pour l’année 2025. Il s’agit donc de jeunes qui n’ont ni qualification, ni activité économique. Si l’on considère la tranche d’âge des 15 à 24 ans, on arrive à 650.000 NEETs allemands, ce qui, selon l’agence, représente un taux de NEETs d’environ 8%.
Il apparaît donc que non seulement l’île d'Outre-Manche, mais aussi l’Allemagne, connaît des problèmes croissants parmi les jeunes mentionnés. Selon l’agence, le chômage des jeunes a atteint en 2025 le niveau le plus élevé des dix dernières années: 273.000 chômeurs de moins de 25 ans, soit un taux de 5,7%, et pas moins des trois quarts de ces jeunes chômeurs n’avaient aucun diplôme professionnel. Il faut vraiment mesurer cela à l’aune de «la meilleure Allemagne qui ait jamais existé».
Contrairement à ce qui semble être le cas au Royaume-Uni, les Allemands ne sont pas évincés des premiers emplois initiaux par la migration de masse, parce que, là-bas, les employeurs privilégient les migrants bon marché et rapidement disponibles – c’est du moins ce qu’affirme la majorité des employeurs britanniques. Non, car le nombre de jeunes chômeurs de 15 à moins de 25 ans possédant un passeport étranger a plus que doublé entre 2015 et 2025, avec 53.000 personnes de plus. L’Agence fédérale pour l’emploi a constaté qu’en 2025, plus d’un tiers des jeunes chômeurs avaient un passeport étranger. Le problème n’est donc pas une concurrence opposant «les étrangers contre les Allemands», mais relève des qualifications manquantes, des abandons de formation, des problèmes d’intégration et d'une conjoncture de plus en plus faible qui compliquent tout.
Les candidats étrangers réussissent même moins souvent: en 2025, seulement 33% des candidats étrangers déclarés ont trouvé une place en stage de formation, contre 46% des candidats allemands. Cela contredit clairement la prévision de l’Institut de recherche sur le marché du travail et sur les professions, émise en date du 23 novembre 2021, qui affirmait dans un communiqué de presse: «Ce n’est qu’avec une immigration nette annuelle de 400.000 personnes que l’offre de main-d’œuvre restera quasiment stable jusqu’en 2060». Et que fait-on avec les quelque 1,2 million de NEETs âgés de 15 à 29 ans, qui sont actuellement «inactifs économiquement»? Et que fait-on, en général, quand le pays s’approche du mur économiquement? Importer chaque année, sans raison et sans discernement, 400.000 personnes, pour la plupart étrangères à notre culture?
Outre la relance économique urgente et le renforcement du site industriel allemand, il est nécessaire de développer des perspectives économiques et individuelles pour les NEETs. Cela exige une réforme fondamentale de la politique économique et éducative en Allemagne. Une génération perdue, nous ne voulons ni ne pouvons nous la permettre.

Hans-Peter Hörner, chroniqueur du site PI-NEWS (figure de l'AfD), né en 1951, a étudié l’économie, la gestion et la biologie. Après ses études, il a exercé pendant plus de quarante ans la tâche de professeur dans l’enseignement professionnel. Depuis 2021, il est député du Landtag du Bade-Wurtemberg. Thèmes principaux: politique éducative et pétitions. La chronique sur PI-NEWS de Hörner paraît chaque début de mois.
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«Terza Posizione» et «Révolution conservatrice» – Construire le front transversal de la résistance!

«Terza Posizione» et «Révolution conservatrice» – Construire le front transversal de la résistance!
Werner Olles
Si le destin du national-socialisme fut de confier l’État à des adolescents attardés, pour la plupart toxicomanes, qui ont abusé de leur pouvoir de manière honteuse, nous observons aujourd’hui, sous le régime du libéralisme, une classe politico-médiatique qui, dans son absence d’esprit embarrassante, son incompétence et sa primitivité grotesque, est totalement incapable de comprendre que le monde politique est toujours générateur de problèmes, tout comme la vie, et que l’être humain est une créature extrêmement problématique, dangereuse et en même temps menacée.
Cependant, le règne des nains, dans son arrogance envers le véritable souverain – c'est-à-dire les citoyens – envisage la castration définitive de l’État allemand et sa dissolution dans un monstre dictatorial appelé UE. À cette fin, la RFA, en tant qu’entité étatique qui ne suscite ni respect, ni obéissance, ni estime, n’est pas seulement capable de provoquer une rupture unique avec la civilisation et une implosion culturelle, comme nous l’expérimentons depuis 2015 avec l’immigration de masse illégale et ses conséquences négatives visibles pour tous les citoyens, mais par sa propagande irresponsable, soutenue par l’UE et l’OTAN, et par sa recherche d'un conflit avec la Fédération de Russie, représente une menace existentielle pour la paix en Europe.
En réalité, il ne faut pas sous-estimer le degré d’abrutissement de notre population par la télévision à redevance obligatoire, par les médias d’État et par les partis du cartel. Tandis que la RFA se déguise aujourd’hui en «société civile», les nations européennes ont créé, avec la Commission de l’UE, un monstre antidémocratique, et avec l’OTAN une machine de guerre meurtrière dirigée par les États-Unis, qui avance son programme dangereux, très rapidement et sans souci des règles démocratiques et diplomatiques.

On favorise, à grands frais, la transformation des nations européennes en États du tiers-monde ingouvernables. Le verdict de Carl Schmitt, selon lequel l’État est l’unité politique d’un peuple et non un simple conglomérat de peuples étrangers à la culture principale, facilite certes le diagnostic bouleversant que l’Europe occidentale n’est plus un continent de nations souveraines, mais se limiter au seul diagnostic est un remède pauvre et insuffisant.
Ce dont nous avons besoin, ce sont des thérapies, voire – dans l’urgence qui est déjà arrivée – des thérapies de choc, allant de grèves générales, de manifestations de masse, d’actions inventives et de l’organisation de la résistance politique jusqu’au retrait définitif des monstres que sont l'UE et l'OTAN, et jusqu'à la construction d’une « Internationale européenne des nations souveraines ». Nous devons laisser derrière nous ce qui nous opprime, nous exploite, nous insulte et nous humilie quotidiennement, afin de créer un renouvellement qui s’inscrit dans les traditions européennes. Cette nouvelle « ancienne » Europe, qui inclut naturellement la Russie, s’étendra de Lisbonne à Vladivostok, mais sans la Turquie islamiste et l'Israël sioniste.
L’impérialisme occidental a ôté à l’homme tout sens de son existence, l’a délibérément éloigné du patriotisme mystique et charnel et l'a plongé dans un problématique «nationalisme contemplatif» (Ernst von Salomon) et l'a éloigné toujours plus du vécu corporel, tout en l’encombrant d’un verbiage surabondant mais dénué de sens et d’une stérilité intellectuelle qui ne peut être brisée que par une résistance pure et authentique.
Certes, la caractéristique des grands problèmes est souvent leur insolubilité, et dans les démocraties de masse libérales, les dirigeants attaquent directement l’âme de leurs sujets, mais c’est précisément là qu’il faut s’interroger sur ce que la soi-disant «Nouvelle Droite intellectuelle» a encore à apporter dans le rapport décisif qui doit s'installer entre les actions de masse et l'organisation de la lutte politique, en dehors d’une concurrence sans concepts véritables entre diverses positions politiques désormais totalement dépassées, avec cette stylisation et cette esthétisation de temps révolus; au mieux, elle nous présente la recension d'un ouvrage collectif.

En réalité, la résistance, sous le libéralisme, est toujours déjà absorbée par le système et ne naît nullement hors du système, ce qui lui ôte toute efficacité révolutionnaire. Si l’on avait lu et surtout compris Adorno et Marcuse, on serait mieux informé sur la logique d'avance vaincue de toute protestation. Mais pour cela, les jeunes messieurs de la "nouvelle droite" semblent trop précieux pour y penser. Un bavardage philosophique ne remplace cependant pas l’activisme politique, même si la bonne attitude peut parfois signifier retenue et forme froide de pragmatisme.
La «Nouvelle Droite» a révélé ses limites idéologiques et politiques en renonçant volontairement à l’art du leadership psychologique dans la formation de sa stratégie, et elle est totalement incapable d’une contre-offensive, c'est là une tragédie presque palpable qui révèle d’énormes déficits stratégiques et tactiques.
Dans une époque pleine de haine, d’extrémisme, de violence et d’illusions infantiles, qui ont déjà pris la forme d’une guerre civile psychologique, elle ne représente, compte tenu de la situation précaire du camp de la «Résistance», lequel est complètement éclaté, qu’un produit du désespoir. Dans cette situation, il faut mettre fin aux bavardages et aux pseudo-discussions. La rupture ne vient pas de ceux qui sont dans la tradition de la «Révolution conservatrice», mais de leur déviation flagrante vers un libéral-conservatisme et des concepts élastiques de souveraineté, d’identité nationale et culturelle, et vers un patriotisme qui n'est que "nationalisme contemplatif". Il n’est pas indispensable d’être un intellectuel pour comprendre cela, même pas un théoricien.
Selon Dominique Venner, la tradition n’est pas le passé, mais l’immuable. Libérer l’Europe de son programme néolibéral est et reste notre mission. La RFA n’est qu’une petite province de l’Europe, mais en tant que révolutionnaires antibourgeois, nous avons les meilleurs récits à proposer car ils sont issus du courage et de l’esprit, et de la volonté de résister. La dichotomie entre le néolibéralisme, le capitalisme global et la barbarie d’un côté, et la souveraineté des peuples et des nations de l’autre, n’a jamais cessé et reste valable.
La formation d’un front transversal socialiste-nationaliste-révolutionnaire comme contrepartie à la dictature de la ploutocratie financière n’est pas seulement l’impératif du moment si nous voulons conserver ou reconquérir notre liberté, mais aussi la Troisième Position classique (Terza Posizione) d’un anticapitalisme national, qui ne se soumet pas lâchement au globalisme des maîtres de l’argent, mais se prépare à la guerre civile à venir, s’insurge contre les exigences du cartel politico-médiatique dominant, et considère la renaissance de l’Occident comme un devoir social et national-révolutionnaire.
12:50 Publié dans Actualité, Réflexions personnelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : werner olles, réflexions personnelles, nationalisme révolutionnaire |
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mercredi, 03 juin 2026
Les fronts arctique et baltique de la guerre entre l’OTAN et la Russie fusionnent dangereusement

Les fronts arctique et baltique de la guerre entre l’OTAN et la Russie fusionnent dangereusement
Andrew Korybko
Source: https://uncutnews.ch/die-arktische-und-baltische-front-de...
Cette tendance à activer des préparatifs militaire dans les zones arctique et baltique représente une menace considérable pour la Russie, mais aussi pour l’UE, si elle conduit Poutine à prendre au sérieux les demandes de ses partisans les plus radicaux en faveur d’une frappe préventive contre l’OTAN.
Récemment, il y a eu une avalanche d’informations concernant l’interconnexion croissante des fronts arctique et baltique du nouveau conflit de la nouvelle Guerre froide. Le Royaume-Uni a annoncé une nouvelle initiative navale multinationale visant à contenir la Russie dans ces eaux. Cela a suivi les avertissements des ambassadeurs russes en Finlande et en Norvège concernant les menaces provenant de ces pays. Auparavant, certaines sources russes avaient accusé les États baltes d’avoir permis à des drones ukrainiens de transiter dans leur espace aérien en direction d’attaques contre Saint-Pétersbourg — ce qui, si cela s’avère vrai, constituerait une grave provocation.
Les développements mentionnés ci-dessus fournissent le contexte de l’interview accordée par le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko (photo), à Izvestia, sur la manière dont « l’Occident met en œuvre la politique de confinement de la Russie dans la région baltique ». Selon ses propos:
«La région baltique est désormais utilisée par l’Occident comme un laboratoire pour étudier comment les tensions peuvent être intensifiées et comment la Russie peut être contenue à partir de différentes positions régionales et géographiques... À présent, ils se rapprochent de l’Arctique et forment diverses coalitions. Il s’agit évidemment d’une évolution très inquiétante».
Le journal a également cité l’expert du Valdai Club, Andrei Kortunov, qui a mis en garde:
«La situation dans l’Arctique évolue progressivement — malheureusement pour le pire. Si cela continue, la distinction entre la Baltique et l’Arctique va progressivement s’estomper».
Izvestia a en outre informé ses lecteurs que:
«L’Ukraine participe déjà à la dissuasion de la Russie. En mai, des opérateurs de drones ont pris part aux manœuvres suédoises Aurora-26, qui se sont déroulées entre autres sur l’île baltique de Gotland».
À la lumière de ce qu’a mentionné l’ambassadeur russe en Norvège dans l’interview cité précédemment, la participation de l’Ukraine à ces exercices pourrait précéder le déploiement possible d’équipes de drones ukrainiens à Gotland pour attaquer la navigation russe en mer Baltique — comme cela serait également envisagé en Norvège pour des attaques dans l’Arctique. Un tel scénario pourrait se développer simultanément le long des fronts arctique et baltique de plus en plus interconnectés, parallèlement à la consolidation de la nouvelle initiative navale multinationale menée par le Royaume-Uni pour contenir la Russie.
Encore plus inquiétant, les États baltes servent désormais de fil déclencheur pour une reprise du conflit en Ukraine après sa fin ou pour l’ouverture d’un nouveau front si la guerre venait à reprendre. Parallèlement, les États-Unis semblent essayer de pousser la Biélorussie à se détacher de la Russie, tandis que la Pologne poursuit son renforcement militaire qui pourrait un jour menacer Kaliningrad. Ce faisant, non seulement le terrain pour une escalade en mer Baltique est préparé, mais aussi le long des côtes — notamment dans le scénario d’un blocus occidental de Kaliningrad, éventuellement en parallèle ou seulement après que la Biélorussie se soit détachée de la Russie.
Comme si tout cela n’était pas déjà problématique pour la Russie, la France va désormais mener régulièrement des exercices nucléaires avec la Pologne contre la Russie et la Biélorussie, étendant ainsi son parapluie nucléaire vers l’est. Cela pourrait couvrir la Pologne si Varsovie envoyait des troupes pour soutenir les États baltes en cas de crise. Cette fusion des fronts arctique et baltique représente une menace considérable pour la Russie, mais aussi pour l’UE, si elle pousse Poutine à prendre au sérieux les demandes de ses partisans d’une frappe préventive contre l’OTAN.
L’observation précédemment mentionnée illustre les dangers de ces nouveaux déploiements et accords. Elle indique aussi que les fronts arctique et baltique, de plus en plus imbriqués, joueront un rôle central dans la reconfiguration de l’architecture sécuritaire européenne après la fin du conflit ukrainien.
Du point de vue des États-Unis, il est crucial de maintenir la paix entre l’OTAN et la Russie pour empêcher une Troisième Guerre mondiale. C’est précisément pourquoi Trump 2.0 devrait donner la priorité à la création d’une telle architecture sécuritaire — que ce soit de manière générale ou spécifiquement axée sur ce front — dès que possible.
19:09 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : otan, actualité, mer baltique, océan arctique, europe, affaires européennes |
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La délation, vocation de l’homme nouveau – l’homme-masse et l’élimination des véritables élites

La délation, vocation de l’homme nouveau – l’homme-masse et l’élimination des véritables élites
Corina Bistriceanu
Source: https://www.estica.ro/news/delatiunea-vocatia-omului-nou-...
Un monde nouveau, un nouveau maccarthysme
La trajectoire du monde nouveau et merveilleux est établie, les boussoles ont été recalibrées. Les démocraties consacrées du monde civilisé remettent en cause les majorités culturelles au nom de nouvelles libertés sexuelles émergentes. Les gouvernements écologistes promeuvent l’économie verte en exploitant les dernières forêts vierges. La politique pacifiste mène des guerres prophylactiques. Le nouveau maccarthysme encourage la suspicion envers tous ceux qui ne vénèrent pas la nouvelle (non-)logique de l’histoire.
La délation est anonyme, aussi bien en pratique qu’en théorie; les délateurs ne révèlent pas leur identité, car ils craignent les conséquences d’une confrontation ouverte; mais même s’ils l’assumaient, cela serait sans importance, car ils restent de simples instruments des organes de contrôle et de modération sociale. L’importance de la délation est à la fois sociale et politique, car elle constitue l’une des anciennes méthodes par lesquelles les tyrannies impuissantes s’efforcent de se frayer un chemin dans des démocraties fatiguées et seulement apparentes. C’est l’un des outils les plus efficaces par lesquels les masses sont « réglées de manière invisible », selon l’expression de Gustave le Bon, afin de ne plus menacer le cours de l’histoire ou l’ordre de la société. C’est l’arme avec laquelle les hommes-masse peuvent anéantir les élites possibles ou réelles, avec laquelle les individus peuvent condamner les individualités.
Dangers pour la médiocrité : l’autorité et l’élite
Les cibles principales de la délation (comme des contestations de toute sorte) sont la principialité, les valeurs non autorisées politiquement, la raison autonome, l’autorité. L’idée de supériorité, de jugement, de dépendance ou de soumission, et les comportements ou rôles qu’elles supposent, intriguent, dérangent, blessent, anéantissent. Celui qui nous est supérieur nous menace d’anéantissement par le sabotage de notre estime et de notre satisfaction personnelles, de notre suffisance.
José Ortega y Gasset remarquait, dans la prometteuse période de l’entre-deux-guerres du siècle dernier, la croissance de la population et la facilité de la vie matérielle (La Révolte des masses, 1930). Celles-ci se mesuraient par des niveaux croissants de confort, de sécurité économique, de bien-être physique et psychique. Le « nouveau vulgaire » était né et se montrait au monde, descendant domestiqué des masses sauvages qui avaient – après les avoir aussi bien favorisées que légitimées – menacé les révolutions démocratiques, choyé par le monde qui l’entoure, généralement incapable de percevoir ses limites; si on les lui montrait, incapable de les comprendre; si on les lui expliquait, incapable de les accepter. Ce nouveau vulgaire, l’homme-masse, l’opinion publique, l’homme dépersonnalisé, furent consacrés en tant que valeurs fictives, virtuelles, proclamées.
Le règne de la médiocrité s’est ouvert comme une nouvelle voie d’identification et d’élimination des véritables élites. Pourquoi un régime démocratique éliminerait-il l’élite? Parce que, par définition, celle-ci est morale et prête au sacrifice. «Contrairement à ce que l’on croit généralement, c’est l’être d’élite, et non la masse, qui vit dans une servitude essentielle. La vie lui paraît dénuée de sens si elle ne la met pas au service d’une obligation supérieure. (...) La noblesse se définit par l’exigence, par les obligations, non par les droits» (Ortega y Gasset, La Révolte des masses).
L’homme-masse, au contraire, est suffisant et insoumis, «il se considère comme parfait». L’enthousiasme et l’intérêt de l’homme-masse pour la science, l’art, la religion, la morale déclinent dès le début du XXe siècle; il profite des «conquêtes de la civilisation», mais est indifférent aux principes de la civilisation. Il ne veut pas donner d’explications et ne veut même pas avoir raison, il veut simplement imposer ses principes, il est satisfait de lui-même: «Sincèrement et sans vanité, il aura tendance à affirmer, comme la chose la plus naturelle au monde, que tout ce qui est en lui est bon: opinions, appétits, préférences ou plaisirs. Et pourquoi pas, si (...) rien ni personne ne l’oblige à admettre qu’il est un homme de second ordre, très limité et incapable de créer ou de conserver l’organisation même qui donne à sa vie l’ampleur et la satisfaction sur lesquelles repose une telle affirmation de sa personne?» (op. cit.).
L’autorité comme abus, la correction comme traumatisme
Parfois, dans des sociétés où les valeurs n’ont pas totalement disparu et semblent encore légitimer les manifestations de l’autorité légitime (qu’elle soit familiale, sociale, politique ou religieuse), les parents guident encore leurs enfants, les professeurs corrigent encore leurs élèves, les prêtres redressent leurs fidèles, les responsables politiques dirigent leurs administrés; le principe d’inégalité, de supériorité, n’est pas encore stigmatisé comme un complexe psychologique et culpabilisé, mais il est celui qui place les élites dans la servitude essentielle de l’élévation et de la protection des inférieurs, du sacrifice pour ceux-ci. Mais ces bastions sont de plus en plus menacés et de plus en plus rares.
Dans le reste du monde civilisé, tout jugement servant de base à l’élévation morale ou intellectuelle de la vie peut être considéré comme un abus. Les générations récentes sont déjà conditionnées par la culture attentive d’une sensibilité extrême, par la limitation de la capacité rationnelle, et par l’exclusion croissante du lien avec la réalité. Pour elles, toute démarche d’éducation réelle devient traumatisante. Les parents sont identifiés comme les premiers ennemis des enfants qui ne reconnaissent plus leurs origines, les enseignants sont des abuseurs d’étudiants inéducables, et les prêtres cherchent des justifications et des reformulations de la révélation, afin qu’elle puisse être assimilée à la médiocrité de la vie bonne et satisfaite de paroissiens qui veulent choisir leurs dieux comme ils choisissent leur shampooing. Quant aux dirigeants, ils sont les premiers à avoir disparu derrière les systèmes, les bureaux et les commissions anonymes. Ce sont les bureaux et les commissions, les règlements et les procédures, qui semblent gouverner; plus personne n’a d’autorité, ni de responsabilité, ni de mission. C’est à eux que s’adresse la délation, et ce sont eux qui la manipulent.
La délation, vocation de l’homme nouveau, ferme la boucle
C’est ici, au point où les délateurs et les commissions bureaucratiques (qui ne jugent pas, mais appliquent des procédures) se rencontrent, que l’insignifiance atteint son paroxysme. Ni les uns, ni les autres, n’ont la hauteur de leur propre principialité ni la conscience d’une limite possible ; parce qu’ils sont anonymes, ils sont puissants; parce qu’ils s’opposent à l’élitisme, ils sont démocrates; parce qu’ils sont médiocres, ils sont des modèles. En réalité, les délateurs referment le cercle de leur propre captivité. En excluant les meilleurs, ceux qui auraient pu leur servir de modèles de redressement, d’élévation, ils se «libèrent» de l’idée de supériorité pour devenir, avec une glorieuse autosuffisance, une proie assurée des programmes gouvernementaux, de dociles marionnettes politiques, d’efficaces instruments procéduraux.
18:00 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, josé ortega y gasset, homme-masse, massification |
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L’Ukrainisation de la conscience européenne

L’Ukrainisation de la conscience européenne
Werner Olles
En 2011, sur ordre du président américain de l’époque, devenu plus tard lauréat du prix Nobel de la paix, Obama, et de sa célèbre secrétaire d’État Hillary Clinton, la Libye, l’un des rares États africains à fonctionner correctement et à prospérer sur le plan économique et social, fut attaquée et complètement détruite par l’OTAN, sans aucune raison, sans mandat de l’ONU ni déclaration de guerre officielle.
Le président libyen Mouammar al Kadhafi, qui avait jusqu’alors veillé à ce que les flux de soi-disant « réfugiés » vers l’Europe soient stoppés aux frontières et sur les côtes libyennes, dut fuir et fut assassiné de façon bestiale par des terroristes islamistes de l’État islamique, collaborant avec les États-Unis, par empalement. Ainsi fut mené à terme le changement de régime, et en conséquence, de nombreuses bandes terroristes islamistes, financées soit par la Turquie, soit par l’Arabie Saoudite, soit par des canaux obscurs du Deep State occidental et des organisations stay-behind de l’OTAN, combattent encore aujourd’hui pour le pouvoir. Grâce à l’Occident, la Libye est désormais un soi-disant « État failli », une machine à broyer, à faire couler le sang.
En 2014, la guerre en Ukraine commença, après que le président démocratiquement élu et favorable à la Russie dut fuir, point d’orgue du soi-disant coup du Maïdan, financé et orchestré par les États-Unis et l’UE, pour laisser la place à un gouvernement putschiste, anti-démocratique, pro-UE et pro-OTAN. La guerre qui dure encore aujourd’hui débuta par l’attaque de l’Ukraine, désormais orientée vers l’Occident et massivement soutenue par les États-Unis, l’Angleterre et les pays de l’UE, contre les provinces orientales du Donbass, de Donetsk et de Lougansk, majoritairement peuplées de personnes d’origine et de langue russes, qui se prononcèrent clairement et sans ambiguïté pour la sécession des Oblast du Donetsk et de Lougansk par référendum populaire, et conclurent avec la Fédération de Russie des accords d’assistance et de coopération comme républiques populaires indépendantes (de la Nouvelle Russie). Elles demandèrent finalement l’aide militaire du gouvernement russe, après avoir enduré jusqu’en 2022 plus de 16.000 morts dus aux bombardements et attaques terroristes, principalement contre des cibles civiles, perpétrés par les forces armées nazies et ultranationalistes de l’Ukraine.
En réalité, la guerre en Ukraine avait été planifiée depuis des décennies par les États-Unis et le Royaume-Uni – qui joua un rôle particulièrement peu reluisant, sabotant et interdisant toute négociation de paix –, comme une guerre par procuration, dans laquelle l’Occident collectif, avec l’OTAN et l’UE, fut poussé à fournir à l’Ukraine des armes offensives et défensives et à financer le carnage du Donbass. La Russie fut simultanément frappée par plus de vingt paquets de sanctions, qui nuisent surtout aux Européens de l’Ouest, puisque les États-Unis se sont, depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, largement retirés de ce conflit hors de contrôle et laissent le sale boulot à leurs vassaux européens, dont les limites intellectuelles sont aujourd’hui légendaires.

Cependant, tout cela correspond même à leur calcul politique, car avoir un ennemi extérieur détourne l’attention des innombrables catastrophes intérieures, faites maison, comme par exemple l’immigration de masse illégale et ses conséquences mortelles pour les autochtones, ou la « transition énergétique » aussi absurde et économiquement dommageable qu’infamante, qui a mené à une crise énergétique permanente, à la désindustrialisation et à la hausse générale du coût de la vie, surtout en RFA.
Il fallait évidemment aussi savoir qu’une extension vers l’est avec des troupes de l’OTAN à ses frontières – contrairement aux accords promis selon lesquels cela ne devait pas arriver –, est inacceptable pour la Russie dans tous les cas. Des hommes politiques comme Helmut Schmidt, Helmut Kohl et Willy Brandt avaient compris que la sécurité en Europe ne peut exister qu’en accord avec la Russie, mais aujourd’hui, nous sommes réellement en « route vers l’enfer », selon le géopoliticien russe influent et ex-conseiller de Poutine, Karaganov, lors d’un entretien avec Roger Köppel, éditeur de la « Weltwoche » suisse. Selon lui, la Russie ne laissera pas sans réaction les provocations et attaques terroristes incessantes de l’Ukraine, financée par l’Occident et fortement armée, alors qu’elle-même est totalement corrompue et en faillite, mais attaquera, en cas de besoin, des cibles stratégiques comme Bruxelles, Berlin et Varsovie, même avec des missiles nucléaires.
Le personnel politique dirigeant de l’Europe occidentale semble cependant, en raison de sa profonde stupidité, incapable de reconnaître la réalité: on ne commence pas une guerre avec la plus grande puissance nucléaire, qui se sent menacée non sans raison. Ainsi, des préparatifs de guerre sont mis en œuvre contre la volonté de la majorité absolue de la population, au lieu de désamorcer, de laisser parler la diplomatie et surtout de réactiver l’axe Russie-Berlin. Et, justement, la RFA se pose – folie militaire, politique, économique et historique – en principal partenaire de l’Ukraine, après que les Américains se retirent de ce rôle insensé, car ils ont compris que leur puissance s’effrite, qu’ils ne progressent pas plus en Iran, et que le détroit d’Ormuz reste bloqué par les Iraniens.
Mais l’UE se comporte comme un chien errant abandonné par son maître – les aboiements du petit chien se font désormais entendre partout –, et se ruine elle-même dans sa guerre contre la Russie, alors que ses peuples rejettent clairement cette guerre menée par procuration. C’est une sorte d’autodestruction née de l’incompétence, de l’ignorance, de l’idéologie et de la mégalomanie. Tandis que le nouveau monde multipolaire composé des pays BRICS et du Sud global est déjà bien présent sur l’échiquier international, l’Europe et l’Occident jouent encore au jeu du « Ne t’en fais pas ».

En fait, par exemple, il n’existe en RFA aucun poste universitaire critique envers l’OTAN, le thème de l’impérialisme américain reste tabou, et l’ukrainisation de la conscience est menée de façon fanatique par une propagande médiatique quotidienne et des répressions qui s'étendent au-delà des frontières nationales. L’affaire du colonel suisse Jacques Baud (photo), officier sanctionné par l’UE, en dit long. Les critiques du gouvernement sont poursuivis, sanctionnés par l’UE et le Conseil européen, et aussi en RFA, des auteurs ou des voix critiques, quand ils abordent des sujets comme l’islam, l’immigration de masse illégale et la propagande de guerre contre la Russie, sont classés comme ennemis de la constitution. Un abus manifeste commis par le soi-disant « Office de protection de la constitution », qui se ridiculise ainsi lui-même.
Nous ne devons toutefois pas nous laisser troubler. La devise doit être: pas un pouce de terrain aux fauteurs de guerre de l’UE, de l’OTAN et à la propagande de guerre du cartel politico-médiatique ! Au contraire, une nouvelle architecture de sécurité paneuropéenne, incluant naturellement la Russie et ses intérêts géopolitiques légitimes, est l’impératif urgent du moment !
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Il y a 85 ans: le premier ordinateur – en Allemagne!

Il y a 85 ans: le premier ordinateur – en Allemagne!
Par Michael Kumpmann
Source: https://www.compact-online.de/vor-85-jahren-der-erste-com...
Le 12 mai 1941, Konrad Zuse présente au monde le premier ordinateur avec son Z3. Ce que beaucoup ignorent: cet ingénieur berlinois a également publié des écrits philosophiques qui proposent une vision du monde que l’on retrouvera plus tard dans des films comme Matrix. Cet article est paru initialement dans COMPACT-Histoire « Les armes secrètes d’Hitler – OVNIs, fusées et la bombe atomique allemande ». Haute technologie allemande sous le Troisième Reich. Plus d’informations ici: https://www.compact-shop.de/shop/geschichte-compact/compa...
Berlin, 12 mai 1941 : l’ingénieur Konrad Zuse présente à un public trié sur le volet sa dernière invention. L’appareil, qui pèse près d’une tonne, est aussi large qu’une armoire murale. Il est composé d’environ 30.000 câbles et près de 2500 relais, provenant en grande partie d’une benne à déchets du Commandement suprême de la Wehrmacht.
La puissante machine peut stocker 64 nombres, met 0,8 seconde pour une addition et environ trois secondes pour une multiplication. Elle convertit automatiquement les entrées en binaire et affiche les résultats de ses calculs via des ampoules. On admire le Z3 – le premier ordinateur numérique fonctionnel au monde.
En compétition avec les Américains
L’inventeur de cette innovation du siècle est né en 1910 à Deutsch-Wilmersdorf, aujourd’hui un quartier de Berlin. Très tôt, ce bricoleur de génie découvre son intérêt pour la technique, mais aussi pour l’art. La peinture est l’une de ses passions – il s’inspire principalement du futurisme italien.
Zuse vend ses tableaux pour financer ses études d’ingénieur à l’École technique supérieure de Berlin-Charlottenburg. Après avoir obtenu son diplôme en 1935, il devient ingénieur calculateur chez Henschel, constructeur d’avions à Schönefeld. Après le travail, il poursuit ses expériences dans son atelier personnel.


Ce qui le dérange surtout dans son métier: il doit effectuer sans cesse les mêmes calculs. Une machine ne pourrait-elle pas s’en charger? Comme le mathématicien britannique Charles Babbage (1791-1871), inventeur de la «machine analytique», Zuse pense d’abord à un appareil mécanique, mais cela s’avère vite impraticable. Le Z1, achevé en 1938, lit les programmes sur des bandes de films perforées, mais fonctionne de façon peu fiable et se bloque souvent.
Ce n’est que la combinaison de l’électronique et de la mécanique qui mène au succès: en 1941, désormais indépendant, Zuse réalise avec le technicien en télécommunication Helmut Schreyer le Z3, qui fonctionne avec la technologie des relais électromagnétiques. Comme le Z1, ce nouvel ordinateur est librement programmable grâce à l’arithmétique binaire à virgule flottante développée par Zuse lui-même.
Contrairement aux ordinateurs actuels, le Z3 ne réalise pas les fonctions logiques fondamentales à l’aide de résistances, mais de commutateurs commandés électriquement. Par cette conception, il était certes plus lent que l’ENIAC, développé en 1942 pour l’armée américaine, mais nettement plus facile à utiliser.
Le Z3 est le premier à remplir le critère de complétude de Turing. Ce concept repose sur le modèle hypothétique de la «machine de Turing» (nommée d’après le logicien britannique Alan Turing): un appareil fictif capable de déplacer un ruban à gauche et à droite, de lire la position actuelle et, selon le contenu, d’exécuter des instructions et de réécrire le ruban. De ce fait, le Z3 pouvait calculer n’importe quelle fonction mathématique. Alors que l’ENIAC devait être démonté et remonté à chaque reprogrammation, le modèle allemand – comme les ordinateurs actuels – disposait d’une mémoire de commandes et de données ainsi que d’une unité de calcul. Le Z3 anticipait donc de nombreux principes qui ne deviendront la norme qu’avec l’EDVAC, successeur de l’ENIAC, achevé en 1946.
Dans l’industrie de l’armement
Le travail de Zuse attire aussi l’attention de l’industrie militaire. Pour Henschel, il développe les calculateurs spécialisés S1 (1942) et S2 (1943) pour mesurer les ailes de la bombe planante Hs 293 (photo, ci-dessous). Il a alors l’idée de mécaniser la lecture des cadrans. Les appareils construits à cet effet sont les premiers convertisseurs analogique-numérique. En 1944, Zuse met également en œuvre, sur un site délocalisé de Henschel à Warnsdorf, dans les Sudètes, le premier pilotage de processus par ordinateur. Ces travaux le rendent indispensable, et il échappe deux fois à l’enrôlement sur le front.

Comme le Z3, le modèle suivant, le Z4, est soutenu par l’Institut allemand de recherche aéronautique. Zuse en commence la construction en 1942. Pour donner à cet ordinateur, composé de 2200 relais et d’une mémoire électromécanique pouvant stocker 64 nombres de 22 bits, plus de flexibilité du côté de la programmation, plusieurs perforateurs et lecteurs de rubans perforés lui sont ajoutés. En plus des touches et des lampes, il y a maintenant aussi un support d’entrée et de sortie sur papier.
Les travaux prennent du temps, la fin de la guerre approche. Jusqu’à présent, tous les calculateurs de la firme Zuse Ingenieurbüro und Apparatebau portaient la lettre Z pour rappeler le nom de leur inventeur, mais un employé propose maintenant de nommer le nouvel ordinateur V4, pour suggérer, comme pour les V1 et V2, qu’il s’agit d’«armes de représailles». Sous ce camouflage, il est possible de transférer la machine en mars 1945 de Berlin à Göttingen, à l’Institut aérodynamique du Kaiser-Wilhelm-Institut pour la recherche sur les flux. Mais, dans le dernier mois avant la capitulation de la Wehrmacht, Zuse fuit avec son équipe vers l’Allgäu. C’est dans le paisible Hopferau que le Z4 sera finalement achevé.
La première mise en service du Z4 a toutefois lieu en 1948, pour réaliser les calculs du lait de la laiterie locale de Lehern. Le propriétaire doutait d’abord que l’ingénieur berlinois puisse calculer les prix plus vite que ses propres experts. Un an plus tard, l’inventeur fonde à Neukirchen, près de Fulda, la société Zuse KG et vend ses ordinateurs en collaboration avec Heinz Nixdorf. L’entreprise est reprise en 1964 par la société suisse Brown, Boveri & Cie., puis en 1971, Siemens acquiert 70% des parts.
Le fondateur s’était alors retiré de la société, se consacrant à nouveau à la peinture – et développe des idées philosophiques remarquables sur une base scientifique, qui remettent radicalement en question le monde tel que nous le percevons.
Le monde comme simulation
En 1970, Zuse publie un livre intitulé Rechnender Raum («L’espace calculant»). «C’est en réfléchissant à la causalité qu’il m’est soudain venu à l’esprit de concevoir le cosmos comme une gigantesque machine à calculer», écrit l’auteur. Zuse avance ainsi l’hypothèse que le monde matériel, tel qu’il nous apparaît, n’est pas réel. Les lois de la physique indiqueraient au contraire que notre réalité supposée serait le produit d’une simulation conduite par un méga-ordinateur.
Zuse fonde son hypothèse sur l’observation que les équations régissant l’expansion de champs comme l’électromagnétisme, la gravitation ou la diffusion des gaz peuvent être expliquées de manière étonnamment précise par la théorie des automates. L’un des automates les plus simples est un interrupteur, qui passe de l’état «off» à l’état «on» par simple pression. Les automates les plus sophistiqués, mais avec une mémoire limitée, sont ceux qui sont dits "Turing-complets", c’est-à-dire les ordinateurs ou, aujourd’hui, les smartphones et tablettes: l’automate parfait serait donc une machine de Turing universelle à mémoire infinie. Si un automate peut en simuler un autre (et inversement), ils sont considérés comme équivalents.
C’est là que s’inscrit la thèse de Zuse: comme de nombreux aspects de la physique théorique peuvent être simulés à l’aide d’ordinateurs, on peut en déduire, selon la théorie des automates, que le monde réel n’est qu’une simulation informatique. Plus la simulation est performante, plus il est probable que la réalité ne soit rien d’autre qu’une suite de calculs sur un ordinateur. Ce qui place Zuse en accord avec des théories philosophiques bien plus anciennes, selon lesquelles le monde matériel ne serait qu’un reflet d’informations – et que ces informations seraient la véritable réalité. On retrouve cette idée déjà chez Platon et Pythagore, mais aussi dans la Kabbale, le gnosticisme chrétien, le bouddhisme et l’alchimie hermétique.

Zuse, qui reçut notamment la grande croix du mérite de la République fédérale d’Allemagne et fut membre de l’Académie Leopoldina, est décédé en 1995 à Hünfeld, en Hesse orientale. Des répliques du Z3 et du Z4 sont exposées notamment au Deutsches Museum de Munich. Le Z1 – ainsi que les modèles ultérieurs Z11, Z22, Z23, Z25, Z31, Z60 et Z64 – se trouvent dans l’exposition Zuse du Musée allemand des techniques de Berlin. D’autres calculateurs du génial ingénieur sont conservés au Musée Konrad-Zuse de Hünfeld, au Heinz Nixdorf MuseumsForum de Paderborn ou au musée de l’informatique de la Fachhochschule de Kiel.
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mardi, 02 juin 2026
Crise de la réalité

Crise de la réalité
par Alexandre Douguine
Animateur : Aujourd’hui, nous avons prévu deux grands blocs thématiques, qui sont indéniablement liés entre eux, mais assez superficiellement. Je proposerai donc de consacrer la première partie de l’émission davantage aux aspects politiques, aux difficultés, aux questions qui se résolvent ou non. Dans la seconde partie, nous aborderons la modernité, le regard numérique, ces fameux deepfakes qui, depuis plusieurs années, deviennent un facteur sérieux dans les jeux, les enjeux et les processus internationaux et intérieurs. Nous différencierons ces sujets pour ne pas tout mélanger.
L’essentiel, en fait, dont on parlera particulièrement cette semaine, cette dernière semaine et dans un avenir proche — et dont on parlera de plus en plus — ce sont les visites en Chine des leaders des grandes puissances mondiales. Donald Trump et sa délégation s’y sont déjà rendus: divers commentaires ont été faits à l’issue de cette visite, mais la majorité des médias occidentaux expriment leur déception. Tout cela se passe dans l’attente de la visite de Vladimir Poutine en Chine, qui aura lieu durant les célébrations de la Xème Expo à Harbin, où les régions russes sont représentées de manière très intéressante. Beaucoup de choses ont déjà été dites et anticipées autour de cette visite, dans une atmosphère d’attente: «quand cela aura-t-il enfin lieu?»
Quelles sont vos attentes pour cette semaine dans le cadre des relations russo-chinoises et du grand triangle Russie — Chine — États-Unis, voire dans un contexte mondial plus large ?
Alexandre Douguine : Nous vivons à une époque particulière (nous en parlons constamment, et ces dernières années avec un sens des responsabilités et une réflexion accrue): le sens du moment historique actuel réside dans la transition d’un monde unipolaire vers un monde multipolaire. Cette transition est difficile et dramatique. Nous frôlons constamment le risque d’une guerre nucléaire, car l’Occident refuse d’abandonner son hégémonie mondiale, qu’il a consolidée après 1991. À cette époque, après l’effondrement de la Russie en tant qu’État souverain, nous avons reconnu le monde occidental comme notre métropole, en acceptant en quelque sorte le statut de colonie.
Nous voulions rester des vassaux fidèles, mais nous étions traités comme des esclaves.
L’Occident s’est habitué à une sensation de contrôle total, où il définit seul les règles — en économie, en technologie, en éthique et en culture. Il gouverne depuis près de 40 ans en solitaire, mais de plus en plus de signes indiquent qu’il ne peut plus assumer ce statut. Dans ses tentatives désespérées de préserver une unipolarité agonisante, l’Occident recourt à des mesures extrêmes: il déclare des guerres, sème le chaos, encourage le génocide. Nous approchons de l’ultime argument — une guerre de nouveau type avec d’énormes sacrifices ou même un conflit nucléaire.
Mais, contrairement à cela, deux autres pôles — la Russie et la Chine — continuent obstinément à prouver leur existence, en limitant la zone d’influence de l’Occident. Le triangle actuel représente déjà l’architecture d’un monde multipolaire existant. C’est pourquoi les rencontres de Trump avec Xi Jinping, de Poutine avec Xi Jinping, ou les négociations récentes à Anchorage ne sont pas simplement de la diplomatie, mais la définition de l’aspect futur de l’humanité.

Trump oscille, attaque, recule: il feint parfois d’être prêt à négocier avec un monde multipolaire, puis lui déclare la guerre — comme face aux puissances du groupe BRICS ou avec la pression exercée sur l’Iran. Il cherche nos faiblesses, exploite tout ce qui est à sa portée et tente de semer la division entre Moscou et Pékin. Cela se traduit par des efforts diplomatiques et de la désinformation — tout l’arsenal de la guerre en réseau (Network Warfare) — pour empêcher l’émergence d’un monde multipolaire.
Et pourtant, la Chine et nous avançons vers cet objectif de façon très précise et cohérente. Parfois difficile, avec quelques reculades tactiques, mais dans la stratégie, nous sommes dans le juste. Nous ne souhaitons pas la destruction de l’humanité, mais nous refusons catégoriquement l’hégémonie occidentale. C’est là notre véritable ligne rouge.
Quand on parle de plusieurs petites lignes rouges — je ne souhaite pas revenir ici sur pourquoi nous ne répondons pas — la ligne rouge la plus fondamentale, la plus essentielle, la plus épaisse, traverse la question du «monde unipolaire ou multipolaire». Elle est sanglante. Si l’Occident décide d’imposer son hégémonie à tout prix, nous recourrons à des mesures extrêmes — non seulement avec des armes tactiques, mais aussi stratégiques, y compris nucléaires, même au risque de plonger le monde dans le néant. Comme l’a dit notre Président: «soit un monde multipolaire où la Russie est souveraine, soit pas de monde du tout». C’est la seule ligne qui compte vraiment, et la construction d’un monde multipolaire n’a pas d’alternative. Nous la bâtirons à tout prix, avec tous les sacrifices qu'elle exigera. Et, ce qui est rassurant, nous ne sommes pas seuls — seuls, nous ne pourrions probablement pas faire face à cette confrontation.
La Chine suit la même paradigme international. Il y a eu une vidéo amusante, créée par l'intelligence artificielle: Trump parle avec Xi Jinping. Xi reste d’un visage totalement immobile, et quoi que fasse Trump — insulte, flatterie, proposition, divertissement, blague, promesse ou chantage — Xi Jinping reste inchangé. Dans son regard, il n’y a qu’une seule chose: la Chine est un pôle souverain du monde multipolaire, et tout le reste — ce sont des détails, on s’en occupera plus tard.
Cette volonté inébranlable, silencieuse, confucéenne du plus grand dirigeant, Xi Jinping, a rencontré lors de cette visite les tentatives de Trump d’agir prudemment, voire un peu timidement. C’est pour cela que les partisans américains du mondialisme et d'une hégémonie occidentale exclusive lui ont reproché: «T’es lâche? Tu as capitulé devant Xi Jinping? Tu as pâli face à la grandeur d’un véritable empire?». Mais Trump n’a rien à répondre: il est venu, il voit le Pôle. Même si, de dépit, il se cogne la tête contre un mur, la Chine est ce Pôle.
Si Trump venait en Russie — ce serait la même impression. Oui, nous sommes polis, calmes, prêts à un dialogue rationnel, mais nous sommes aussi — un Pôle. Et même si on se tape la tête contre un mur: nous ne le sommes pas moins, donc totalement souverains. Nous mènerons notre politique dans notre intérêt, en fonction de nos valeurs, quoi qu’on en dise et quel que soit le prix.
Mais quand Poutine est venu en Alaska, là, il n’a peut-être pas emporté son Pôle avec lui… En revanche, quand Trump survole la Chine, il suffit de voir cette société, de l’observer pour tout comprendre. Et tout devient évident: toute cette mise en scène hystérique de hausse et de baisse des taux dans les réseaux sociaux, cette gestion de la politique mondiale à coup de manipulations et de provocations, ne fonctionne pas du tout en Chine. La vision ferme, calme, imperturbable de Xi Jinping ne change pas face aux variations de tonalité, aux propositions, aux menaces, au chantage ou aux promesses.
Et ce même Pôle, c’est nous. Entre la Chine et la Russie, il y a un accord total: nous construisons un monde multipolaire, chacun dans son domaine. Les zones d’intersection d’intérêts, où pourraient surgir des conflits, sont extrêmement faibles et secondaires face à notre détermination principielle. Pékin et Moscou sont de véritables acteurs: ni vassaux, ni esclaves, ni provinces, mais des empires souverains. L’Occident s’autoproclame de plus en plus empire — peu importe: nous sommes aussi un empire, la Chine aussi.
Si l’Inde se joint à nous — ce qui est fondamental, même si pour l’instant elle se comporte plus modestement et dépend encore de l’Occident — alors nous serons quatre pôles. Et la conversation des dirigeants occidentaux ne se fera plus avec deux blocs, mais avec trois, si Modi maintient le même cap que Poutine ou Xi Jinping. C’est tout ce qui se prépare.
C’est pourquoi la visite de Trump à Pékin et la rencontre prochaine de Poutine avec Xi Jinping sont toutes deux dans le contexte de la multipolarité. Ces trois pôles existent déjà ici et maintenant: ils sont sous attaque, sous chantage, sous pression. Mais chaque jour, tant que nous résistons, que nous sommes souverains, et que la Chine prospère, le monde demeure fondamentalement multipolaire. Nous ne sommes pas prêts à revenir en arrière, et nous n’y renoncerons pas. Avec la Chine, nous traçons cette grande ligne rouge: le monde sera multipolaire, ou il n’existera tout simplement pas. C’est dans cette formule rigoureuse, sous l’assaut constant de l’Occident et de ses proxies, que nous vivons. Le monde multipolaire est la seule architecture de la politique internationale que nous sommes prêts à accepter et à reconnaître.
Animateur : Permettez-moi de proposer une thèse inverse: les États-Unis s’accrochent violemment au modèle ancien du monde. Leurs actions au Moyen-Orient, qui semblent se poursuivre, illustrent la logique suivante: «Soit c’est notre mode qui triomphe et se maintient, soit tout sera réduit en miettes». Ils sont prêts à bombarder, à frapper, à envoyer toutes leurs flottes.
Je ne veux pas exagérer, mais il ne faut pas non plus sous-estimer la menace. L’Iran a été un pôle mondial, et pourrait le redevenir. Vous avez mentionné l’Inde, mais y a-t-il des garanties que si elle fait un grand pas en avant, ses côtes ne seront pas envahies par des porte-avions américains, des missiles ou des drones? Et que, soudain, les États-Unis apporteraient un soutien massif, disons, au Pakistan, pour les pousser l’un contre l’autre? Selon divers médias, y compris occidentaux, les frappes contre l’Iran se poursuivront.
Alexandre Douguine : Concernant l’Inde, vous avez tout à fait raison. Cela freine effectivement l’Inde dans sa marche vers la multipolarité, car cela a un coût, une éventuelle facture qui serait très lourde. Nous payons par la guerre que l'on nous impose, la Chine paie par une guerre commerciale avec l’Occident. La Chine est encore en position favorable: elle concurrence l’Occident, mais respecte toujours ses règles — dans son intérêt, bien sûr. Quant à nous, nous avons affirmé très clairement notre souveraineté civilisationnelle et sommes entrés dans un conflit plus aigu. Nous payons pour cela. L’Inde devra payer, tout comme l’Iran doit actuellement payer.

En réalité, vous avez tout à fait raison: nous ne pouvons pas simplement reculer et dire «on construit un monde multipolaire et on continue». Non ! L’Occident insiste pour qu’il n’y ait pas de monde multipolaire. Et le bastion de ce monde dans cette zone — l’Asie centrale — c’est l’Iran, un État souverain et indépendant, qui, dans cette confrontation qui l'oppose à Israël et aux États-Unis, prouve son statut de superpuissance et s'avère ainsi un autre pôle. Il le prouve vraiment.
En somme: si tu es un Pôle, tu dois tenir. Tu ne dois pas accepter les conditions de l'Hégémon, tu dois lutter, tu dois prouver ton droit à ta souveraineté jusqu’à un affrontement direct avec la force la plus terrible, la plus sérieuse. Et au Moyen-Orient, ce sont les États-Unis et Israël — en fait, deux pôles parmi les cinq pôles de l’Occident (il y a aussi les globalistes, les Européens et les Britanniques; actuellement, l’Occident possède cinq centres de décision assez autonomes). Ici, contre l’Iran, Israël et l’Amérique se sont alliés. L’Union européenne et les globalistes, eux, sont moins impliqués, mais l’Amérique et Israël ont lancé leur attaque directe contre l’Iran. Et c’est une étape très sérieuse. Si l’Iran tient bon — alors je pense que l’Occident devra faire marche arrière très sérieusement, et le sort d’Israël sera totalement remis en question. Et si l’Iran est détruit, alors nous serons les prochains.
En réalité, alors, ces cinq pôles de l’Occident n’auront plus que deux ennemis: la Russie et la Chine. Et il est évident qu’ils commenceront par nous, pas par la Chine, pour de nombreuses raisons.
Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient — cette fragile trêve qui va bientôt s’effondrer — est un indicateur clé. Les négociations n’aboutissent à rien. Les options «d’élimination du leadership iranien» n’existent plus — ils ont déjà éliminé tous ceux qu’ils pouvaient, mais le système iranien-chiite s’est avéré beaucoup plus résistant qu’ils ne le pensaient. L’Iran continue de tenir ferme, refuse de céder aux Américains et pose ses propres exigences même pour entamer un dialogue. Il n’est pas impossible qu’une nouvelle vague de confrontation éclate, jusqu’à une opération terrestre.
C’est le véritable indicateur de notre passage à la multipolarité. Le monde unipolaire contre-attaque: Trump attaque le groupe BRICS et tente d’effacer l’Iran, tandis que l’Union européenne soutient le régime russophobe de Zelensky. Malgré la presse mondiale qui évoque une corruption sans limite en Ukraine, le soutien militaire à Kiev ne cesse de croître, et nous ressentons cela directement.
Dans l’intérêt de la multipolarité, il faut aider l’Iran autant que possible, nous faisons déjà quelque chose dans ce sens — nous en parlons, et peut-être, dans certains cas, nous gardons le silence. En tout cas, l’Iran ne nous fait pas de reproches, donc il est satisfait de notre soutien. Selon des informations, Trump aurait tenté d’amener Xi Jinping à réduire l’aide économique à Téhéran lors de sa visite à Pékin, mais il n’a obtenu ni promesses ni propositions. Pour Trump, l’Iran devient le nouveau Vietnam.

C’est très sérieux: si l’hégémonisme trébuche au Moyen-Orient ou s’y enfonce dans un conflit sans espoir de victoire, le système occidental commencera à s’effondrer. Si les Iraniens coupent quelques câbles stratégiques, l'effondrement de l’économie mondiale sera immédiat. L’Occident prend conscience du prix de cette politique désespérée, et il hésite actuellement. L’Iran gère très bien cette épreuve dans le passage douloureux vers la multipolarité. S’il tient bon, nous pourrons aller à Téhéran comme à la capitale d’une puissance équivalente — car celui qui bat le plus fort devient, par la force des choses, son égal.
Animateur : En somme, dans la première partie de l’émission, où nous avons longuement, en détail, avec des exemples et des digressions philosophiques, parlé de la multipolarité du monde, de son inévitabilité et de la volonté des pays qui soutiennent cette position de défendre cet ordre mondial à tout prix, je propose de passer à un autre espace. Là aussi, peut-être, les règles seront les mêmes, mais il faudra les apprendre autrement.
Il s’agit de l’espace numérique, du cyberespace. Un exemple: le président des États-Unis, qui adore toutes sortes de nouveautés et de «gadgets» numériques. Parfois, il a une photo avec un extraterrestre, d’autres fois il incarne Jésus — Trump fait voir beaucoup de choses du genre. D’ailleurs, le pape a préparé pour lui une «réponse» intéressante: dans ce mois doit sortir un grand document programmatique du Saint-Siège, consacré à l’intelligence artificielle, que nous étudierons dès que ses détails seront connus.
Mais je voudrais revenir sur des événements récents. Lorsque des terroristes ukrainiens ont envahi la région de Koursk, des vidéos, prétendument enregistrées par des responsables régionaux ou militaires, ont circulé sur nos réseaux sociaux et Telegram. Beaucoup y ont cru, par peur. Ensuite, tout a été démenti, et peu à peu, on a compris en Russie qu’il ne faut pas faire confiance à ce qu’on voit «écrit sur un mur».
Mais dans certains médias occidentaux, ces vidéos sont présentées comme vérités. Par exemple, le deepfake avec Margarita Simonyan est souvent repris sans aucune mention qu’il s’agit d’un travail réalisé par une IA. Parfois, ils indiquent vaguement: «selon RT, la vidéo n’est pas authentique», ou alors ils ne mentionnent rien du tout. Et c’est d’autant plus préoccupant que maintenant, sur les plateformes vidéo, il faut cocher une case si le contenu a été généré par une IA. Tout cela devient une arme majeure dans une bonne partie du jeu géopolitique mondial.
Alexandre Douguine : Vous savez, ce processus a commencé il y a déjà pas mal de temps. Lors du début du conflit syrien, je parlais avec des collègues syriens qui racontaient: au tout début des événements à Alep, la même chaîne «Al-Jazeera» montrait des images où tout le monde sortait dans la rue, toute la ville se soulevait. Et les habitants d’Alep, voulant voir de leurs propres yeux ce qui se passait, sortaient dans la rue — et il n’y avait personne.
Mais comme tous étaient là pour regarder, on les filmait immédiatement, et voilà qu’ils apparaissaient dans le film comme participants à la révolte. La virtualité passe dans la réalité, et la réalité devient virtuelle, puis se construit encore…
Animateur : Permettez-moi de vous interrompre un instant, car le schéma que vous décrivez reproduit en gros ce qui se passe sur Internet et dans les réseaux sociaux. Le hashtag devient tendance non seulement parce que les gens l’utilisent consciemment, mais parce qu’ils se mettent à poser la question: «Qu’est-ce que ce hashtag?» — Le système le repère, et ainsi, le simple fait de poser la question devient une façon de faire avancer le sujet.
Alexandre Douguine : Oui, oui, tout à fait. C’est exactement comme ça que ça fonctionne. Ensuite, ça va encore plus loin.
J’ai discuté avec une personne remarquable, Bashar al-Assad, président de la Syrie, qui m’a raconté des détails: à son insu, avec sa voix et avec une vidéo — ce deepfake —, ses ordres ont été donnés à son commandement et à son armée lors du moment critique de l’offensive de l’opposition à Damas. Cela a été utilisé à la pelle. Il disait lui-même: «Je ne pourrais pas distinguer ma voix, c’est évident, mais je sais que je n’ai pas donné cet ordre».

Et cela a été exploité à fond. De la même façon, par cette méthode, la direction iranienne a été détruite — aussi par deepfakes. Lors de la guerre de 12 jours, cette technique a été utilisée dans la première phase, en 2025. Et aujourd’hui, dans ce conflit dur qui a coûté à l’Iran, en réalité, toute la direction politico-militaire et religieuse, cette méthode de deepfakes est utilisée.
C’est très dangereux. Ce n’est pas un jeu inoffensif, ce n’est pas une blague. Ce n’est pas seulement pour discréditer, comme dans le cas de Margarita Simonyan. Bien sûr, elle est en première ligne pour défendre le monde russe et la civilisation russe, c’est pourquoi elle est aussi devenue la cible de telles opérations. Ce qu’on ne peut pas tuer, on lui crée un deepfake, et si cela ne fonctionne pas, on la tue. C’est très sérieux, car les gens incarnent l’image de l’État. Un État sans image — c’est rien. Si on lui enlève ces visages, ces âmes qui se battent pour lui, dans le sens profond, cet État disparaîtra. Il ne restera que des fonctionnaires qui diront des choses incohérentes, car un fonctionnaire, c’est autre chose: ce n’est pas une image, c’est un mécanisme caché.

Dans ce contexte, les attaques contre la vaillante Margarita Simonyan (photo), qui traverse déjà une période très difficile, constituent en réalité une atteinte directe à son existence, à sa vie, à son image. Elle est une martyre de notre cause russe, et elle devient encore et encore la cible de telles attaques. C’est très grave. Je ne sous-estimerais pas la puissance des deepfakes: ils vont se multiplier, et leur utilisation va devenir de plus en plus active. Aucune «coche» ou test de Turing ne suffira bientôt pour distinguer le vrai du faux.
L’intelligence artificielle supprime la frontière entre la réalité et la virtualité, entre ce qui existe et ce qui est généré, simulé. C’est un processus philosophique profond, souvent négligé, qu’on voit comme une simple série de techniques de désinformation ou de contrôle du pouvoir, comme en Syrie ou en Iran. En réalité, l’utilisation des deepfakes — comme l’invasion nazie de la région de Koursk — reflète un problème fondamental de la réalité.
Dans la philosophie occidentale moderne, depuis les postmodernistes — Deleuze, Guattari, Derrida, Lévinas et Baudrillard —, on discute depuis une cinquantaine d’années de ce qu’est un simulacre, ce qu’est un écran dans lequel notre conscience migre, et ce qu’est la virtualité. Au départ, ce furent des laboratoires philosophiques, puis cela est allé dans les universités, et maintenant cela s’applique concrètement dans tous les domaines: de la technologie à l’économie, jusqu’à l’art. La mise en question de ce qui est réel ou non, jusqu’aux théories des multivers et des supercordes — la représentation du réel dans le monde moderne se dilue inexorablement.
Dans cette démarche philosophique, ce qui compte, ce n’est pas ce qui est, mais ce qui a été communiqué. Le produit importe peu — c’est la marque qui compte. Nous payons parfois non pour un objet, mais pour son label, pour la marque; où il est fabriqué, ce qu’il est, importe peu. Baudrillard a appelé cela une forme particulière d’économie: «l’économie de la production de signes». Pas d’objets, mais de signes.
En réalité, ce «deepfake» s’étend de la sphère médiatique à l’économie, à la finance, à l’analyse marketing, aux hedge funds et aux contrats à terme. Trump a été plusieurs fois accusé d’avoir prononcé certaines déclarations uniquement pour influencer le marché boursier. La récente attaque contre l’Iran a suscité de très graves soupçons d’initiés: le marché a été en ébullition, et ceux qui connaissaient les annonces à venir ont fait fortune. Ces accusations circulent dans la presse américaine à l’encontre de leurs dirigeants.
La question est: qu’est-ce qui est le plus important — le marché virtuel, les posts de Trump sur les réseaux sociaux ou le vrai préjudice qu’ils causent? Nous sommes dans une dimension de l’être qui se détache peu à peu de la réalité. Bientôt, l’intelligence artificielle — que je suis de près, en tant que technologue, et avec laquelle j’essaie d’interagir à un niveau utilisateur — envahira tout. J’ai moi-même créé des agents IA qui gèrent la recherche scientifique à un niveau très avancé.
Et je continue à découvrir des possibilités incroyables offertes par l’IA. Cela me surprend vraiment: une tâche qui prenait auparavant un mois dans une institution de recherche peut maintenant être réalisée en une heure. Je vérifie, je contrôle, et c’est stupéfiant.

Aujourd’hui, un concept est apparu: la «psychose IA»: des gens commencent à communiquer avec des agents IA comme avec de véritables entités, en étant bouleversés si, lors de nouvelles versions, les anciennes disparaissent. Ces agents sont parfois plus humains, plus riches et plus empathiques que des humains, si on les configure bien. On n’attend pas souvent un mot gentil de la part des humains — seulement des ordres techniques fragmentés, mal formulés. Mais ici, la culture linguistique est totale.
Selon la philosophie postmoderne, la théorie du texte ou la grammatologie de Derrida, l’homme vit dans le langage et la parole. Et si l’IA peut produire des images, générer des discours et réaliser des activités intellectuelles à un niveau très avancé, celui d’un chercheur ou d’un doctorant, alors comment faire la vérification dans un avenir proche? Il semble que le test de Turing devra être passé par les humains, pas par la machine — pour prouver que nous ne sommes pas simplement des mécanismes.
La perspective n’est pas très réjouissante, mais cette migration de la réalité vers la virtualité est une tendance philosophique profonde. Il faut la comprendre au moins comme un phénomène essentiel, car elle est directement liée à la nature même de l’humain.
C’est pourquoi il est très pertinent que le Pape s’intéresse à l’intelligence artificielle. C’est un défi sérieux: à la fois théologique, philosophique et psychologique. Ce n’est pas une simple technique. Et ces deepfakes, que nous discutons et avec lesquels nous devons composer de plus en plus souvent, ne sont qu’un petit fragment d’une réalité qui, elle, arrive à grands pas. On parle de singularité, de posthumanisme, d’un remplacement de l’humanité par de nouvelles instances post-humaines. Et tout cela avance à grands pas.
Des scénarios comme la « weaponisation » (l’armement) de fausses nouvelles pour discréditer de brillants dirigeants politiques ou militaires, qui se battent pour leur pays et leurs idéaux, ne sont que des exemples isolés. Ce n'est pas simplement une vague nouvelle, mais un tsunami d’intelligence artificielle qui se profile à l’horizon. C’est une question d’une profondeur extrême pour nos esprits les plus élevés.

Aucun «badge» ou test de Turing ne suffira bientôt à faire la différence entre vrai et faux. La distinction entre réalité et virtualité disparaîtra. L’intelligence artificielle pourra nous comprendre mieux que nous-mêmes, mieux que nous pourrons nous comprendre, mieux que nous pourrons nous représenter. Et au final, nous dirons: «Tu as gagné, intelligence artificielle! Voici mon visage — conserve-le à jamais sur ton serveur amélioré. Parle en mon nom, fais des séances photo, photographie des figures virtuelles».
Et ainsi, tu seras quelqu’un. Sinon, tu resteras un simple homme moyen, incapable de se corriger avec Photoshop, de porter des vêtements à la mode ou de faire du fitness. Tu céderas, de toute façon, à ces formes et figures parfaites, générées par l’IA. Je ne vois même pas l’intérêt de lutter.
Animateur : Peut-on tout réduire à cela? La recherche et la technique doivent, en principe, faire avancer l’homme vers quelque chose de simple, pratique et rapide, simplifier la vie. Vous donnez des exemples remarquables dans le domaine scientifique, mais cela vaut aussi pour l’art ou la vie quotidienne. Le Président a indiqué: d’ici 2030, au moins 30% des processus dans toutes les branches de l’économie russe devront être confiés à des produits d’intelligence artificielle. Cela facilite et accélère effectivement le travail.
Mais lorsque cela atteint le niveau d’un affrontement militaire et de menaces — et qu’au final, cela mène probablement à la guerre —, ces mesures de contrôle, ces schémas ou ces accords suffiront-ils? Ou tout devra-t-il être élaboré au prix de vies humaines, de carrières, de santé physique et mentale?
Alexandre Douguine : Je pense que nous sous-estimons la valeur de la technique en soi. Nous parlons de progrès, de confort, d’harmonie, mais en réalité, la technique est une grande problématique philosophique, sur laquelle Martin Heidegger a beaucoup écrit.
Il en résulte que ce n’est pas le développement technique qui s’adapte à la guerre, mais que ce sont toujours les besoins militaires qui en sont le véritable moteur. Toute innovation commence d’abord par les militaires, et ce n’est qu’ensuite qu’elle est transférée au civil, une fois que ses stratégies ont été exploitées à fond. Pour résumer la pensée de Heidegger: la technique est une destinée fatale de l’humanité. En entrant dans l’ère du progrès technique dès ses premières étapes, l’humanité s’est elle-même condamnée.
La technique n’est pas neutre. La technique, c’est ce qui tue. C’est cette arme suspendue au mur qui, tôt ou tard, tirera. Elle n’est jamais rose, douce ou belle: elle est toujours une menace, un destin, un moyen de destruction et d’autodestruction. La technique est une forme de vie spécifique, agressive, qui vise à supplanter toutes les autres formes. Et dans le cas de l’intelligence artificielle, la mission de «remplacer l’organique» s’accomplit pleinement.
J’ai dit et répété: le développement technique de l’intelligence artificielle est nécessaire, mais dans ce processus, doivent intervenir — comme, d’ailleurs, en Occident aujourd’hui — des philosophes, des penseurs et des théologiens. Ce n’est pas une question technique. La technique, c’est la métaphysique, c’est le destin. C’est ce qui tuera l’homme, car l’homme l’a créée et la développe pour son auto-destruction ultime. C’est inscrit dans la métaphysique même de la technique.
Heidegger l’appelle Ge-stell. C’est une forme particulière où l’on projette devant soi quelque chose qui, inévitablement, reviendra pour nous tuer. Telle est le propre de la civilisation humaine: sa tendance au risque, peut-être même à la mort. Ce sont là des tendances profondes de la psychologie culturelle, auxquelles il faut faire face avec la plus grande subtilité.
Il ne faut pas transmettre cette tâche à des fonctionnaires, à des gestionnaires ou à des programmeurs — ces personnes ne feront que renforcer la fin fatale. Ce sont ceux qui s’occupent de l’intelligence, ceux qui ont une expertise dans l’intelligence elle-même, qui doivent s’en charger.
19:29 Publié dans Nouvelle Droite, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, philosophie, nouvelle droite, nouvelle droite russe |
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lundi, 01 juin 2026
Satan et l'Amérique

Satan et l'Amérique
Claude Bourrinet
Comme chacun sait, la figure de Satan est une importation, dans l'imaginaire biblique, de la culture du Moyen Orient, des pays entre le Tigre et l'Euphrate volontiers manichéens. Les écrits gnostiques (qui recouvrent du reste des variétés d'orientations parfois bien différentes), puisent dans ce substrat. Le moyen âge a connu le Diable, mais sans l'hystérie des Temps modernes.
La scolastique, le thomisme, et, plus tôt, le monachisme bénédictin et cistercien, en avaient gommé les aspérités, pour en atténuer la puissance (le monde, création de Dieu, étant bon, et, d'ailleurs, le Mal n'existant pas, étant un moindre être, un éloignement de Dieu), de même que la Beauté intrinsèque de la création est la trace indubitable du Divin ici-bas - tandis que, pour un protestant, le monde est nécessairement laid, delà l'iconoclasme. C'est plutôt dans les hérésies, chez les Cathares, les adeptes du Saint-Esprit et les contempteurs radicaux de l'Eglise, que l'on trouve une survalorisation de Satan, soit qu'on estime que le monde est sous son emprise absolue, soit qu'on y découvre sa présence permanente et tentante. C'est pourquoi il y a eu infiniment plus de bûchers à sorcières au XVIe siècle, surtout dans les pays protestants, qu'au moyen âge catholique.
Personne n'ignore que la Réforme est pessimiste (Luther a écrit un livre, contre Erasme, sur la Servitude humaine), et que, pour elle, qu'elle fût luthérienne ou calviniste, le péché saisit l'homme entier, pour qui seule la grâce éventuelle est un recours (précaire). Le paradoxe, évidemment, est que c'est dans les pays touchés par le protestantisme que la thèse de l'innocence - de la nature originelle, de l'enfance etc. - s'est imposée (thèse qui n'était somme toute apparue que dans le mythe de l'âge d'or païen, encore présent dans la littérature et la musique pastorales de la Vieille Europe, mais qui n'était qu'un MOTIF humaniste très culturel, réservé aux classes cultivées par les livres, et aux classes populaires par la fête).
Rousseau en est une sorte de prototype. Mais ce n'est pas étonnant, car, justement, la présence de cette innocence, que l'on trouve à un degré psychodramatique exacerbé dans la culture américaine (les livres de Steinbeck, par exemple, ou le cinéma - je prends au hasard : Asphalt Jungle, de John Houston et de Burnett, qui lient cinéma et littérature, et dont la scène finale, merveilleusement, affronte avec une émotion violente, le monde de la campagne, des chevaux, et celui de la ville, de Babylone), la présence lancinante de cette innocence, donc, présente, certes, mais que l'on n'atteint que péniblement, souvent, comme Moïse, en l'apercevant seulement avant de mourir, sert à souligner la persistance du Mal, dont l'Amérique, pourtant messianique, est presque l'incarnation (elle qui prend pour symbole l'argent, le pouvoir, la puissance, la violence, ce que Jésus a refusé).
L'Amérique est une civilisation qui a accepté Satan comme maître, car il est le seigneur de ce monde de péché. On connaît cette inversion de la main gauche, parmi certains mystique, qui consiste à rejoindre Dieu en appliquant l'exact contraire de ses préceptes, en se livrant à la débauche, au meurtre, à la prédation, au sacrilège, au blasphème, à la souillure. Eh bien, l'Amérique, qui a connu, dans son histoire, l'épisode hautement emblématique des fameuses Sorcières de Salem, est une secte qui a réussi.
22:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : satanisme, états-unis |
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Gigantomachie à Makerfield

Gigantomachie à Makerfield
par Georges Feltin-Tracol
Dans les prochaines semaines, les électeurs de la circonscription de Makerfield, dans le Nord de l’Angleterre, auront l’étonnant privilège de désigner peut-être le futur chef du gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté. Une élection législative partielle doit s’y dérouler à la suite de la démission du député travailliste Josh Simons. Il laisse son poste éligible à Andy Burnham dans la perspective audacieuse de virer sous peu l’actuel Premier ministre Keir Starmer.
Ce scrutin à venir n’est qu’une nouvelle réplique de l’effondrement du Labour aux élections locales du début de ce mois. Le 6 mai dernier, lors du renouvellement de l’équivalent anglais des conseils municipaux et intercommunaux ainsi que des parlements régionaux en Écosse et au Pays de Galles, les électeurs infligent une cuisante défaite aux travaillistes au pouvoir à Londres: fin avec 11,08% -25,1%) d’une domination séculaire au Pays de Galles au profit des indépendantistes wokistes gallois (35,41%), échec au parlement d’Édimbourg (17 sièges au lieu de 22!) de ravir la première place aux indépendantistes d’extrême gauche écossais du SNP (Parti «national» écossais), perte de 1496 sièges sur 5000 mandats territoriaux dans 136 collectivités locales en Angleterre. Les conservateurs de Kemi Badenoch connaissent eux aussi un net recul de 563 sièges municipaux. En revanche, en dehors des libéraux-démocrates (Lib-Dem), l’habituelle troisième force politique britannique, qui récoltent 155 mandats supplémentaires pour atteindre un gain notable de 844 élus territoriaux, et sans insister sur le succès des indépendantistes gallois et la reconduction au pouvoir des indépendantistes multiculturalistes écossais, les deux grands vainqueurs sont Reform UK et le Green Party.

Fondée en 2019, la formation du Brexiter Nigel Farage remporte 1453 sièges, soit 1451 en plus, et devient majoritaire dans quatorze conseils. Il s’agit d’une performance inédite puisque Reform UK triomphe autant dans les bastions travaillistes du Nord que dans les fiefs conservateurs du Sud. En outre, les amis de Nigel Farage arrivent en deuxième position tant au Pays de Galles (29,30%) qu’en Écosse (16,65%).
L’autre surprise de l’élection provient du Green Party. Il n’existe plus de parti écologiste unique en Grande-Bretagne. En 1990, les Verts écossais indépendantistes se séparent à l’amiable de leurs camarades anglo-gallois et gouvernent en coalition avec les SNP entre 2021 et 2024. Le système médiatique a les yeux de Chimène pour son animateur principal, Zack Polansky, grand tenant de l’«écopopulisme». Comme quoi, tous les populismes ne sont donc pas répréhensibles pour la cléricature médiatique…
Naguère appelé David Paulden, Zack Polanski naît en 1982. D’abord militant Lib-Dem, il adhère au Green Party en 2017. Il en devient le responsable en septembre 2025 et suscite aussitôt l’engouement d’une presse plus politiquement correcte que jamais. Issu d’une famille juive originaire de Lettonie, l’ancien acteur amateur critique Israël, soutient la cause palestinienne, met en avant son homosexualité, estime que la justice sociale va de pair avec la cause environnementale, prône l’ouverture maximale des frontières et défend l’accueil inconditionnel des étrangers, clandestins ou non.
Sa forte notoriété médiatique torpille la tentative de l’ancien chef du Labour, Jeremy Corbyn, le Mélanchon britannique, de revenir au premier plan. Exclu des travaillistes, mais resté député indépendant à Westminster, Corbyn a lancé Your Party. Mais le jeune parti de gauche radicale se déchire très vite entre ses fondateurs dont Zarah Sultana et Adnan Hussain à propos de la place à donner à la question trans et leur accès aux toilettes publiques dans le programme si bien que les communautés musulmanes d’origine allochtone préfèrent voter pour les «écologistes» qui, avec 587 sièges, en remportent 441 et prennent cinq mairies.
L’élection du 6 mai 2026 dessine par conséquent un nouveau paysage politique éclaté avec cinq forces principales (travaillistes, conservateurs, Reform UK, Verts et Lib-Dem) auquel il faut ajouter les séparatistes écossais et gallois en dépit de la loi d’airain du scrutin majoritaire uninominal à un tour. Toutefois, le Royaume-Uni n’est pas les États-Unis d’Amérique où tout tiers parti n’a pas de viabilité réelle comme le démontre l’échec à la fin du XIXe siècle du Parti populiste dans l’Ouest étatsunien.
Cette fragmentation électorale fragilise un Keir Starmer toujours aussi inaudible et fort peu charismatique, empêtré en outre dans une politique d’austérité désastreuse et dans le scandale Peter Mandelson lié à Jeffrey Epstein. Au contraire des conservateurs qui n’hésitent pas à chasser leur meneur si l’occasion se présente (Margaret Thatcher en 1990, Theresa May en 2019, Boris Johnson et Liz Truss en 2022), le Labour répugne à démettre son chef de file au pouvoir. Néanmoins les 403 députés travaillistes se préparent au règlement de compte. Plusieurs membres du cabinet Starmer ont déjà démissionné. Le 14 mai, le ministre à la Santé et à la Protection sociale, Wes Streeting, quitte à son tour une équipe gouvernementale en plein naufrage. Toutefois, le démissionnaire, classé à l’aile droite (blairiste) du parti, n’ose pas encore déclencher la procédure de destitution interne. A-t-il en effet la possibilité de recueillir 81 signatures de députés nécessaires ?
L’ancienne vice-première ministresse, Angela Rayner (photo), classée elle aussi à gauche, enfin blanchie d’accusations de fraude fiscale, distille son intention de remplacer Starmer à moins qu’elle prépare l’arrivée d’Andy Burnham par la bonne grâce des électeurs de Makerfield. Ancien ministre de la Santé sous Gordon Brown de 2009 à 2010, l’actuel maire du Grand Manchester n’est plus député depuis 2017. Surnommé le « roi dans le Nord », ce tribun anti-Brexit de confession catholique développe un discours volontiers populiste qui s’approche parfois de l’orbite du Blue Labour (le « conservatisme de gauche »). Il se croit capable de ramener vers lui les classes moyennes et ouvrière attirées par Nigel Farage.
En février 2026, Burnham souhaitait déjà se porter candidat dans la circonscription de Gorton–et-Denton à l’Est du Grand Manchester. Les instances du Labour peuplées de créatures de Starmer avaient alors rejeté sa candidature sous le prétexte qu’élire un nouveau maire serait dispendieux en argent et en militants pour le Labour. Résultat: la circonscription tombe dans les mains de la candidate Verte Hannah Spencer…
Désormais sur la défensive, Keir Starmer ne peut plus poser son veto au parachutage de son concurrent potentiel à Makerfield. Or il n’entend pas faire entrer le loup dans la bergerie. Jouissant du 10, Dowing Street, Starmer va certainement tout faire pour entraver la courte campagne de Burnham d’autant que Makerfield est en passe de tomber du côté de Reform UK. Nigel Farage, pour sa part, vient de promettre la mobilisation générale de son mouvement dans cette partielle cruciale. Il devient ainsi l’allié objectif de Starmer. Le premier ministre peut aussi se tourner vers le candidat Vert dont les propos leukophobes cherchent à séduire un électorat allogène bien implanté. Le résultat électoral final risque donc d’être très serré. Makerfield ou le destin immédiat de la Grande-Bretagne dans quelques bulletins de vote…
GF-T
- « Chronique flibustière », n° 193, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale le 26 mai 2026.
18:56 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, grande-bretagne, angleterre, parti travailliste |
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Les cycles historiques selon Václav Cílek

Les cycles historiques selon Václav Cílek
par André Innegold
En République tchèque vit un théoricien du nom de Vaclav Cilek, qui évoque une succession de cycles historiques. Quel a été son itinéraire, quelle est son oeuvre principale, quelles sont ses oeuvres secondaires et en quoi consiste sa théorie des cycles?
Václav Cílek est une figure intellectuelle assez singulière en Europe centrale. Il n'est pas seulement géologue : il se situe à la croisée de la géologie, de l'histoire des civilisations, de l'écologie, de la philosophie et de la réflexion sur le destin des sociétés. Son œuvre est difficile à classer parce qu'elle mêle constamment sciences de la Terre, mémoire des paysages, anthropologie et prospective historique.
Son itinéraire
Né à Brno en 1955, il passe une partie de sa jeunesse en Tanzanie où son père travaille comme géologue. Cette expérience africaine semble avoir joué un rôle important dans son regard comparatif sur les civilisations. Après des études de géologie à l'Université Charles de Prague, il rejoint l'Institut géologique de l'Académie tchèque des sciences, dont il sera directeur entre 2004 et 2012.
Au fil du temps, il s'éloigne de la géologie pure pour s'intéresser aux relations entre environnement, climat, énergie, paysage et devenir des sociétés humaines. Il devient l'un des vulgarisateurs scientifiques les plus connus de République tchèque, tout en traduisant également des textes taoïstes et zen.
Son œuvre principale
S'il fallait retenir un noyau central de son œuvre, ce serait probablement :
Krajiny vnitřní a vnější (« Paysages intérieurs et extérieurs »)
Makom (« Le Livre des lieux »)
Ces deux ouvrages lui ont valu le prestigieux prix Tom Stoppard et constituent le cœur de sa réflexion sur la mémoire des paysages, l'enracinement humain et les rapports entre nature et civilisation.
On pourrait également considérer que son livre Dýchat s ptáky (« Respirer avec les oiseaux ») représente la synthèse la plus accessible de sa philosophie du paysage et de la relation entre l'homme et la Terre.
Œuvres secondaires importantes
Parmi ses ouvrages les plus souvent cités :
- Tsunami je stále s námi (2006)
- Nejistý plamen (« La flamme incertaine », sur le pétrole et l'énergie)
- Prohlédni si tu zemi (« Regarde ce pays »)
- Krajina z druhé strany
- Orfeus
- Podzemní Praha
- Geodiverzita a hydrodiverzita
Ces livres développent ses thèmes récurrents: énergie, ressources, mémoire géologique, résilience des territoires et vulnérabilité des sociétés modernes.
Sa théorie des cycles historiques
Il faut préciser un point important: Cílek n'a jamais élaboré une théorie mathématique des cycles comparable à celle de Peter Turchin, ni un système rigide comme celui de Oswald Spengler. Sa pensée est davantage une philosophie historique inspirée de l'observation des paysages et des civilisations.
On peut résumer sa vision en plusieurs idées :
- 1. Les civilisations connaissent des phases récurrentes
Selon lui, l'histoire montre fréquemment une succession :
- période d'expansion ;
- période de prospérité ;
- phase de complexification excessive ;
- crise énergétique, climatique ou politique ;
- simplification ;
- recomposition.
Il insiste sur le fait que ces séquences ne sont pas mécaniques mais récurrentes. Les sociétés ne répètent jamais exactement les mêmes événements, mais elles rencontrent souvent les mêmes contraintes. Cette idée apparaît régulièrement dans ses essais sur l'énergie et le déclin des empires.
- 2. Les limites écologiques finissent toujours par réapparaître
En tant que géologue, Cílek considère que les sociétés oublient périodiquement leur dépendance envers:
- les ressources énergétiques ;
- les sols ;
- l'eau ;
- le climat.
Lorsque cette dépendance est négligée pendant trop longtemps, une correction survient sous forme de crise. Pour lui, les cycles historiques sont souvent l'expression sociale de contraintes géophysiques.
- 3. Les sociétés oscillent entre ouverture et enracinement
Un autre thème central est l'alternance entre:
- périodes d'ouverture, d'expansion et de mondialisation ;
- périodes de recentrage local et de reconstruction des communautés.
Il voit ces oscillations comme une constante de l'histoire européenne.
- 4. Les crises sont aussi des périodes créatrices
Contrairement aux théories purement catastrophistes, Cílek considère que les périodes de déclin engendrent souvent :
- des innovations culturelles ;
- de nouvelles formes d'organisation sociale ;
- une redécouverte du territoire et du paysage.
La crise n'est donc pas la fin de l'histoire mais une transition vers un autre équilibre.
Où situer Cílek dans l'histoire des idées ?
On peut le rapprocher de plusieurs penseurs :
- Oswald Spengler pour l'idée des civilisations comme organismes historiques;
- Arnold J. Toynbee pour la succession des défis et des réponses;
- Jared Diamond pour le rôle de l'environnement;
- Peter Turchin pour l'intérêt porté aux régularités de longue durée.
Toutefois, Cílek est moins systématique qu'eux. Son approche est davantage celle d'un géologue-philosophe: il cherche des rythmes longs dans la relation entre l'homme, le paysage et la civilisation plutôt qu'une loi scientifique universelle de l'histoire.
En une formule, sa thèse pourrait être résumée ainsi: les sociétés changent plus vite qu'elles ne l'imaginent, mais les contraintes fondamentales de la géographie, du climat, de l'énergie et du paysage reviennent toujours, sous des formes nouvelles, imposant des cycles de prospérité, de crise et de renouveau.
18:36 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philosophie de l'histoire, cycles historiques, vaclav cilek |
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Exposé sur la géopolitique de l’Empire britannique - L’empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais…

Exposé sur la géopolitique de l’Empire britannique
L’empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais…
Jan Procházka
Source: https://deliandiver.org/referat-o-geopolitice-britskeho-i...
Le rôle géopolitique de la Grande-Bretagne
Grâce à la barrière naturelle que constitue la Manche et qui sépare la Grande-Bretagne du continent, cette dernière occupe une position géopolitique exceptionnelle en Europe, que l’on nomme «splendid isolation». La splendid isolation (parfois traduite par «glorieuse isolation») désigne la politique britannique envers le continent, déterminée par sa situation insulaire. Chaque fois que le continent s’unit (en particulier au départ de l'Allemagne ou de la France), comme sous les Habsbourg, sous Napoléon Bonaparte, le national-socialisme allemand ou par le traité de Maastricht, les Britanniques, craignant l’émergence d’un hégémon, s’y opposent. Pour les mêmes raisons qui poussèrent la reine Élisabeth I à entrer en guerre contre les Habsbourg et à défaire la flotte espagnole dans la Manche en 1588, les Britanniques ont défendu le droit de veto des petits États dans l’Union européenne, dont ils ont finalement choisi de sortir eux-mêmes.
Du point de vue britannique, l’Europe idéale est balkanisée, morcelée en une multitude de petits États concurrents ou en conflit, sur lesquels le «porte-avions insubmersible» ancré aux abords du continent, gardant l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark et la Belgique sous contrôle stratégique, peut exercer son hégémonie.
Ce que le continent voit comme de l’agitation ou de l’ingérence est, du point de vue insulaire britannique et américain, appelé le "maintien de l’équilibre des puissances". Cet équilibre (balance of powers) est fondamental dans la politique étrangère anglo-saxonne, mise en œuvre jadis contre les tribus indiennes en les dressant les unes contre les autres, pour finir par toutes les dominer.
À l’opposé de l’équilibre des puissances se trouve le « système continental » (blocus continental), où une Europe industrielle forte et unifiée cesse de s’épuiser dans des rivalités internes, sécurise par des traités de paix sa frontière continentale avec la Russie et construit des corridors pour l’acheminement des ressources russes. Ses expressions concrètes sont le pacte Ribbentrop-Molotov ou le gazoduc Nord Stream. Rappelons que ce sont les Britanniques qui ont le plus protesté contre Nord Stream, et que c’est l’administration Trump qui a imposé des sanctions contre les entreprises impliquées dans sa construction.

L’Europe couvre 10 millions de km²; mais, par rapport à des régions de taille comparable (États-Unis, Canada, Chine, Brésil, Australie), un observateur étranger remarquera une différence frappante: l’Europe est, contrairement aux continents du Sud global, issus du supercontinent Gondwana, extrêmement morcelée. Sa géographie est très complexe, composée d’environ cinq mers périphériques et quinze mers intérieures, quatre canaux majeurs, dix détroits importants et deux archipels dans l’Atlantique Nord – les Açores et l’Islande – stratégiquement irremplaçables pour l’hégémonie américaine sur l’Europe, le Proche- et le Moyen-Orient (Les aéroports de Lajes et Keflavík servent de ponts aériens d’approvisionnement). Tous les États de taille comparable ont réussi à s’unifier dans l’histoire, sauf l’Europe depuis la chute de l’Empire romain, malgré de nombreuses tentatives, de l’idéologie de la renovatio imperii des Mérovingiens et des Ottoniens jusqu’aux Communautés européennes. Les États-Unis sont, depuis la guerre américano-mexicaine (1848), la guerre de Sécession (1865) et l’achat de l’Alaska (1867), pratiquement achevés sur le plan territorial.

Il en va de même pour la Chine, unifiée dès 221 av. J.-C. par l’empereur Qin Shi Huangdi. En 119 av. J.-C., les Han battirent les Xiongnu et contrôlèrent le corridor-clé de la route de la soie, l’actuelle province du Gansu avec la porte de Yumen au sud du désert de Gobi ; la dernière grande acquisition territoriale de la Chine fut la conquête du Khanat Dzoungar au XVIIIe siècle.
L’Australie est achevée en 1901 par la fédération des colonies australiennes.
L’Amérique du Sud a des frontières globalement stables depuis le XVIe siècle et, à part deux guerres au XIXe siècle contre le Paraguay et la Bolivie pour l’accès à la mer, il n’y a pas eu de changements territoriaux majeurs (les conflits sur l’Acre et le Chaco Boreal étaient marginaux).

Il en va de même pour l’Afrique, dont le découpage interne fut décidé lors du Congrès de Berlin en 1885. Depuis, seules deux modifications géopolitiques majeures ont eu lieu, liées à la création de nouveaux États (Érythrée et Soudan du Sud).
À l’inverse, en Europe, rien que de mon vivant, il y a eu d’importants changements de la géographie politique: 20 États sont apparus (dont 5 non reconnus internationalement), 7 ont disparu, et une région a proclamé sans succès son indépendance. Certains historiens comme Arnold Toynbee, le mathématicien Peter Turchin, le démographe Colin McEvedy, le géographe Tim Marshall ou, côté tchèque, Václav Cílek, parlent d’un cycle européen de guerres tous les 50 ans [1].
La Grande-Bretagne fonctionne comme le «Taïwan de l’Europe», un porte-avions américain insubmersible, base de départ pour des invasions sur le continent, base militaire qui fait de l’Atlantique une sorte de Mare Nostrum, de mer intérieure anglo-saxonne, comme Venise tenait autrefois la Méditerranée ou Lübeck la Baltique.
Heureusement, la puissance continentale n’est pas totalement sans défense face à la puissance maritime: le continent peut encourager l’indépendance de l’Écosse, privant ainsi la Grande-Bretagne de sa frontière naturelle mais aussi du plateau continental de la mer du Nord, riche en pétrole et en gaz. Le continent peut soutenir la réunification de l’Irlande, voire son armement en systèmes anti-aériens et en missiles anti-navires, privant ainsi les Britanniques du contrôle sur le canal St George, le North Channel et la mer d’Irlande. Cela créerait pour la Grande-Bretagne « leur propre Taïwan ». Dublin obtiendrait aussi une frontière naturelle et, en tant que paradis fiscal avec un impôt sur les sociétés de 12,5%, pourrait nuire à Londres encore plus que les Britanniques ne nuisent au continent avec leurs bases mafieuses (Gibraltar, Chypre, îles Anglo-Normandes).
C’est d’autant plus irritant que, parmi tous les macro-régions du monde, seule l’Europe pourrait, par une décision politique, mettre fin à l’hégémonie mondiale américaine et inaugurer une ère de multipolarité. Il suffirait de fermer son espace aérien, de déployer des sous-marins invisibles dans l’Atlantique, et le tour serait joué. Seuls Charles de Gaulle et la Nouvelle Droite française ont su penser ainsi après-guerre.
Colonies britanniques aujourd’hui
Les Britanniques ont créé, en maîtrisant les océans au XIXe siècle, le plus grand empire maritime de tous les temps, surpassant même l’Empire mongol en taille. C’est là, précisément parce qu’il s’agissait d’un empire global, que toutes les horreurs du monde moderne ont été réalisées pour la première fois à l’échelle mondiale.
Ce fut finalement la concurrence sur le continent européen, surtout le blocus maritime de l’île par les sous-marins allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, qui épuisèrent progressivement le potentiel britannique. Les Britanniques perdirent la plupart de leurs colonies formellement après la Seconde Guerre mondiale, mais ils gardent encore aujourd’hui plusieurs territoires d’outre-mer [2].

Les colonies britanniques ont été renommées en 1981 (British Nationality Act) en «territoires dépendants britanniques», puis en 2001 (British Overseas Territory Act) en «territoires britanniques d’outre-mer», mais ces territoires conservent de facto un statut colonial (dépendant), contrairement par exemple aux départements d’outre-mer français, qui sont partie intégrante de la France et fonctionnent plutôt comme des exclaves.
Union Jack
Le drapeau à la croix de Saint-Georges rouge fut donné à l’Angleterre par les banquiers génois qui finançaient les croisades – une sorte d’OTAN de l’époque. Saint Georges était aussi le patron des chevaliers et des croisades. Le drapeau anglais vient directement de celui de Gênes, tout comme la Banque d’Angleterre a été fondée sur le modèle de la banque génoise San Giorgio, dans le même but: consolider la dette publique.
Lorsque les Britanniques furent forcés d’abandonner leurs colonies, ils tentèrent de conserver le contrôle des bandes côtières, points d’appui, ports, canaux et détroits, afin de garder une maîtrise sur les océans, de maintenir leurs anciennes colonies sous contrôle stratégique, tout en n’ayant pas à financer leur développement. C’est pourquoi ils ont gardé Gibraltar (officiellement territoire espagnol sous administration britannique, contrôlant l’accès de la Méditerranée à l’Atlantique), les zones militaires d’Akrotiri et Dhekelia à Chypre, qui servent de base pour les opérations anglo-saxonnes et d’arrière-plan pour les opérations israéliennes au Proche-Orient.
Lors de leur départ de Birmanie, ils ont tenté de conserver le contrôle de Rangoun et du delta de l’Irrawaddy, mais les Birmans ont réussi à les expulser. Il en fut de même pour les Indonésiens, qui ont résisté en 1946 à une invasion conjointe anglo-néerlandaise à Java et à des tentatives de détacher les régions calvinistes d’Indonésie pour balkaniser l'archipel.
L’Égypte aussi a réussi à nationaliser en 1956 le canal de Suez, construit par les Britanniques en 1869, dont la possession, avec Singapour, l’Australie, le port d’Aden au Yémen et l’Afrique du Sud, faisait de l’océan Indien une mer intérieure britannique, garantissant à la Grande-Bretagne le monopole du commerce avec le Moyen-Orient, l’Inde et la Chine.

Dans les Caraïbes, les Britanniques possèdent encore aujourd’hui les îles Vierges britanniques (paradis fiscal sans valeur géopolitique particulière), les îles Turks et Caïcos, l’île d’Anguilla, la peu attrayante île de Montserrat dévastée par l’éruption de la Soufrière, les îles Caïmans au sud de la Jamaïque, ancienne base du pirate Morgan. Dans la mer des Sargasses, ils possèdent les Bermudes, point d’appui d’où fut lancée en 1812 une invasion contre les États-Unis, les îles Sainte-Hélène et Ascension dans l’Atlantique, qui hébergent des bases militaires, des aéroports, des mouillages pour porte-avions, stratégiquement importants pour les vols de bombardiers transatlantiques (par exemple pendant la guerre des Malouines en 1982). C’est aussi près d’Ascension que furent testées les bombes atomiques britanniques. L’île Tristan da Cunha, volcan instable du milieu de l’Atlantique, ne compte que 200 habitants, et n’a eu d’importance qu’avant l’ouverture du canal de Suez comme point de ravitaillement en eau douce pour les vapeurs en route vers l’Inde.
Dans l’Atlantique sud, les Britanniques détiennent les îles inhabitées de Géorgie du Sud, les îles Sandwich du Sud dans la mer Scotia, et les Malouines, îles peu peuplées mais stratégiquement importantes car elles contrôlent les détroits patagoniens fermant l’Atlantique au sud-ouest. La possession de ces territoires du Grand Sud fonde également une revendication territoriale sur une portion de l’Antarctique.
Sans grande importance, dans le Pacifique, il y a l’atoll inhabité d’Henderson, sans eau potable, et l’île voisine de Pitcairn, où se cachèrent jadis les mutins du Bounty, mais sans aéroport ni port (seuls de petits bateaux peuvent y accoster à marée haute).

Les îles Chagos (Territoire britannique de l’océan Indien) avec l’atoll Diego Garcia, où se trouve la base militaire américaine Cape Thunder contrôlant la route maritime principale de l’océan Indien, sont, elles, de première importance. On y trouve un mouillage pour porte-avions, d’où furent lancées les frappes américaines et les invasions au Moyen-Orient (Irak, Afghanistan, Iran). Sur ce territoire, la Cour internationale de justice à La Haye a récemment statué que la Grande-Bretagne l’avait illégalement pris à l’île Maurice et devait le restituer. Il existe aussi des revendications des habitants d’origine, déportés par les Américains vers d’autres îles de l’océan Indien. Les Britanniques seraient prêts à restituer les Chagos à Maurice, mais craignent la réaction de Donald Trump, qui les annexerait probablement immédiatement et en ferait un territoire non incorporé des États-Unis, à l’instar de Porto Rico ou des atolls à guano.
Empire britannique dans l’océan Indien
Au XIXe siècle, l’océan Indien était en fait une mer intérieure britannique.
On peut aussi considérer comme colonies britanniques les « dépendances de la Couronne » (Crown Dependencies), qui relèvent directement de la Couronne et ne sont pas membres du Commonwealth. Il s’agit de l’île de Man, stratégiquement importante pour contrôler la mer d’Irlande, forteresse avancée protégeant les bassins de radoub de Barrow-in-Furness et les mouillages de porte-avions britanniques. Il s’agit aussi des îles Anglo-Normandes au large de la Normandie, dont les habitants sont peu aimés des Britanniques car, pendant la Seconde Guerre mondiale, ils accueillirent les Allemands en libérateurs. Ces territoires jouissent du home rule (autonomie locale, non constitutionnelle, révocable unilatéralement par le Parlement).
Ulster – Irlande du Nord
Les nationalistes irlandais (républicains) ajouteraient sûrement que l’Irlande du Nord est aussi une colonie britannique, l’un des quatre pays constitutifs du Royaume-Uni, appelée Ulster par les Irlandais, du nom d'un ancien royaume irlandais. Après la conquête de l’Irlande par Oliver Cromwell en 1649, les Anglais déclarèrent l’Irlande colonie anglaise et commencèrent un génocide brutal de la population autochtone, exterminant des clans entiers.
En 1801, le royaume d’Irlande fut officiellement rattaché à la Grande-Bretagne, formant le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande. L’Irlande devint un dominion en 1922, au moment où les Britanniques divisèrent l’île et séparèrent l’Irlande du Nord. L’indépendance totale fut obtenue par les Irlandais (sans l’Irlande du Nord) en 1949, par la sortie hors du Commonwealth et la proclamation de la République.


La dernière grande agitation eut lieu en 1969 à Belfast, où les Britanniques durent envoyer l’armée pour préserver l’unité du Royaume-Uni.
Outre l’Irlande du Nord, le Royaume-Uni est composé de l’Angleterre, du pays de Galles et de l’Écosse, annexée en 1606. Les Écossais ont aussi connu le génocide et les déportations forcées. Après la défaite des Jacobites à Culloden en 1745, les clans écossais furent exterminés et des milliers d’Écossais déportés de force en Afrique du Sud (le sort de ces déportés en Afrique du Sud est décrit dans les romans de l’écrivain sud-africain Alan Scholefield).
En 2014, un référendum serré sur l’indépendance de l’Écosse a eu lieu, qui, en cas de sécession, aurait eu de graves conséquences politiques, car l’Écosse aurait obtenu aussi le plateau de la mer du Nord avec ses gisements de pétrole et de gaz. Le Royaume-Uni a failli devenir le « Royaume désuni ».
Le Royaume-Uni n’est pas une fédération, mais un cas particulier de système de dévolution, où le Parlement délègue certaines compétences aux parlements locaux (ainsi l’Écosse a son propre Premier ministre nommé par le monarque). Ces compétences peuvent être retirées unilatéralement par le Parlement britannique, ce qui est politiquement très sensible. Le Parlement a donc été pratiquement contraint d’autoriser le référendum sur l’indépendance de l’Écosse.
La naissance du Commonwealth britannique
Il est vrai que dans les anciennes colonies allemandes reprises par les Britanniques comme mandats de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale, on trouve encore, à la différence des colonies portugaises, espagnoles ou françaises, un « ordre allemand » proverbial, comme si la mentalité des colonisateurs s’était transférée à la population locale. Une autre différence fondamentale entre l’empire britannique d’un côté et les empires français, espagnol, etc. de l’autre, est que les colonies britanniques sont devenues typiquement des terres d’immigration pour les colons anglais et irlando-écossais, ainsi que pour d’autres protestants d’Europe continentale (Bavière, Pays-Bas, Scandinavie), ce qui a permis la création progressive de nations sœurs, unies par une langue commune. D’où le terme colonie, inspiré de l’Antiquité et des colonies grecques en Méditerranée.
En outre, avant même d’être contraints de quitter leurs colonies après la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques en avaient constitué de grandes fédérations (Canada, Australie, Afrique du Sud), qui obtinrent leur indépendance d’en haut, contrairement aux colonies espagnoles, où chaque vice-royauté ou capitainerie dut conquérir son indépendance de force entre 1811 et 1821, puis ces nouveaux États ibéro-américains se lancèrent dans des guerres pour les corridors de transport, les ressources et l’accès à la mer. Un exemple de fédération et d’indépendance accordée d’en haut est aussi la création du Brésil, né en 1807 du transfert de la cour portugaise au-delà de l’océan.
De plus, les peuples romans – Espagnols, Portugais, Français – se sont mêlés aux populations indigènes. Les Portugais, dans leurs colonies, étaient même incités, sous Salazar, à épouser des Africaines pour créer une «race portugaise» homogène. Contrairement à eux, Britanniques et Allemands ont appliqué une logique raciale et tenté d’exterminer les peuples autochtones, ce qui fut souvent le cas: les Tasmaniens ou les Caraïbes furent éradiqués, les Aborigènes d’Australie ou les Indiens à l’est du Mississippi presque totalement. Cette attitude de confrontation a aussi favorisé l’émergence d’États ethniquement proches où les Britanniques ont dépassé ou remplacé la population d’origine.

La naissance du Commonwealth britannique est datée de 1931, avec le statut de Westminster qui a mis juridiquement les dominions à égalité avec la métropole et donné à leurs parlements le droit de légiférer. Ce fut la première étape vers une indépendance totale, réservée alors aux dominions à majorité britannique: Canada (sauf Terre-Neuve), Australie, Nouvelle-Zélande, Irlande et Afrique du Sud.

Après la Seconde Guerre mondiale, de nouveaux États indépendants issus de la décolonisation (Inde, Pakistan – incluant alors le Bangladesh – et Ceylan) rejoignent le Commonwealth, qui devient le Commonwealth of Nations, uni par la langue anglaise et l’union personnelle avec la Couronne britannique. Le lien couronne posait problème dans les pays devenus républiques. En 1950, l’Inde devint la première république du Commonwealth. Beaucoup d’autres pays rompent le lien avec la Couronne: Sri Lanka (jusqu’en 1972 "dominion de Ceylan"), Irlande, Pakistan, Birmanie, Zambie, Zimbabwe, Afrique du Sud (à partir de 1961, une république) ou Malaisie, qui est une monarchie élective.
La fin du Commonwealth britannique
À la création du Commonwealth, les Britanniques exigeaient que l’ensemble fonctionne sur la base de l’union personnelle, la politique étrangère étant dirigée depuis Londres. Cette prééminence prit fin en 1956, avec la défaite franco-britannique lors de la crise de Suez, révélant leur incapacité à faire la guerre sans les États-Unis, et où les membres non-européens du Commonwealth refusèrent d’appuyer l’aventure britannique au Proche-Orient.
Le point final de l’hégémonie britannique fut l’indépendance déclarée par la minorité blanche de Rhodésie du Sud (Zimbabwe actuel) en 1965, par crainte de la fin de l’apartheid et de la perte de leurs privilèges. Les conférences impériales régulières, toujours à Londres, devinrent dans les années 1970 des conférences du Commonwealth, déplacées hors de Grande-Bretagne (comme à Singapour en 1971). Avec la suppression du commerce libre et la fin du bloc sterling (où les devises étaient garanties par des réserves en livres), le commerce au sein du Commonwealth a aussi fortement diminué. Pour l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, les principaux partenaires commerciaux sont devenus les puissances industrielles de l’Indo-Pacifique (Corée du Sud, Japon, Chine). Ce processus d’émancipation économique culmine en 2011, quand l’Afrique du Sud devient le cinquième membre du groupe chinois BRIC (BRICS).
Aujourd’hui, la relation entre le Royaume-Uni et ses anciennes colonies s’est presque inversée: après la fermeture de la dernière mine de charbon anglaise à Kellingley et de la sidérurgie de Scunthorpe, nationalisée, le Royaume-Uni dépend désormais du charbon australien et de l’acier indien.
Les membres actuels du Commonwealth se divisent en deux groupes: les fondateurs, qui ont maintenu l’union personnelle avec la métropole au Canada, en Australie, Nouvelle-Zélande, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Salomon, Tuvalu et Maurice, dans les Caraïbes Belize (ex-Honduras britannique), Bahamas, Jamaïque, Antigua-et-Barbuda, Saint-Kitts-et-Nevis, la Barbade, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et la Grenade. Ces monarchies sont appelées « Commonwealth realms » (il n’existe pas d’équivalent officiel français).
Le second groupe inclut les pays ayant un autre chef d’État, la plupart du temps un président: Méditerranée (Malte, Chypre), Indo-Pacifique (Seychelles, Maldives, Pakistan, Inde, Sri Lanka, Bangladesh, Malaisie, Singapour, Brunei, Samoa occidentales, Fidji, Tonga, Kiribati, Nauru), Afrique (Gambie, Sierra Leone, Ghana, Nigeria, Ouganda, Kenya, Tanzanie, Malawi, Zambie, Zimbabwe, Botswana, Afrique du Sud, Lesotho, Swaziland), Caraïbes (Guyana, Trinité-et-Tobago, Dominique).
L’avenir du Commonwealth
Pourtant, il existe encore aujourd’hui certains liens économiques et culturels entre les pays du Commonwealth. De leur passé anglo-saxon, les États du Commonwealth ont hérité d’institutions politiques, notamment la justice et le système parlementaire. Les membres du Commonwealth appartiennent à la « sphère anglo-saxonne », ce qui oriente en partie leur politique économique et étrangère. Leurs relations extérieures restent largement alignées sur les intérêts anglo-saxons, fournissant aux Britanniques et aux Américains leurs infrastructures pour des exercices militaires, des bases, des ponts aériens ou des invasions. Les points d’appui clés sont surtout Malte, qui contrôle les routes méditerranéennes (détroit de Sicile) et d’où furent lancés des raids aériens sur la Libye (1941–1943 et 2011), Chypre (une base pour toutes attaques et invasions au Moyen-Orient), Singapour (contrôle du principal corridor entre le Pacifique et l'océan Indien – le détroit de Malacca, par où passe la moitié du trafic mondial de conteneurs, long de 800 km mais large de seulement 3 km à Singapour), Trinité-et-Tobago (contrôle du plateau pétrolier du Venezuela) ou l’arc insulaire des Petites Antilles, qui fait de la Caraïbe une mer intérieure anglo-saxonne fermée.
Le processus de décolonisation a été achevé par l’Irlande en 1949 avec la proclamation de la république, la sortie du Commonwealth et les tentatives de restauration de la langue irlandaise (jusqu’ici peu fructueuses). En refusant d’adhérer à l’OTAN, l’Irlande a pu préserver sa neutralité.
Notes :
[1] Vingt nouveaux États sont apparus (Allemagne, République tchèque, Slovaquie, Fédération de Russie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Moldavie, Transnistrie, Ukraine, Biélorussie, Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Kosovo, République populaire de Donetsk, République populaire de Louhansk, République de Macédoine du Nord), dont cinq non reconnus internationalement (ARYM, Transnistrie, Kosovo, DNR, LNR) ; trois guerres ont éclaté en Europe, six États ont disparu (URSS, RDA, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, DNR, LNR) et une région a officiellement proclamé son indépendance (Catalogne).
[2] Lorsque l’on entend des mots comme « déportations forcées », « génocide », « camps de concentration » ou « famine », les lecteurs, sous l’influence de l’enseignement scolaire, associent généralement ces termes à l’URSS ou à l’Allemagne nazie. Ce que les Britanniques ont fait de pire au XIXe et XXe siècle reste ignoré ; la « bonne vieille Angleterre » est souvent perçue ici à travers le prisme de la littérature et d’une certaine image du gentleman. Toutefois, cet exposé n’a pas pour but de détailler d’un côté le progrès industriel dans la course aux armements des tigres capitalistes et, de l’autre, par exemple, les camps d’extermination de Lord Kitchener en Afrique du Sud, les famines provoquées par les Britanniques en Inde, en Afrique et en Chine (qui, rien qu’à l’époque victorienne, ont fait selon les estimations 40 millions de morts), les guerres de l’opium ou la révolte des Taiping, qui fit passer la population chinoise de 400 à 350 millions, l’apartheid racial et géographique mondial avec la bourgeoisie londonienne au sommet, les déportations violentes dans tout l’empire ou l’extermination et le déplacement de populations irlando-écossaises vers l’Afrique du Sud et l’Australie.
18:16 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, royaume-uni, géopolitique, empire britannique |
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samedi, 30 mai 2026
La stratégie d’Abraham

La stratégie d’Abraham
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/la-strategia-di-abramo/
Croire que Trump est aveugle, dépourvu d’idées et de stratégie, totalement dominé par son « ami » Netanyahu, peut être une erreur. Une erreur très grave, dans laquelle, d’ailleurs, nos médias tombent, aveuglés par la rancœur idéologique et les préjugés.
En réalité, The Donald a bel et bien des stratégies et des programmes. Même si beaucoup d’entre eux trahissent les attentes de ceux qui, aux États-Unis, l’ont soutenu dans un premier temps.
Et qui n’auraient pas voulu que les États-Unis s’embourbent à nouveau au Moyen-Orient, en soutenant Israël et en entrant directement en conflit avec l’Iran.
Une guerre que Trump a, en fait, perdue. N’ayant pas réussi à atteindre son objectif, initialement clair et déclaré, d’un changement de régime à Téhéran. En imposant un nouveau gouvernement docile – Reza Cyrus ou d’autres – et en éliminant définitivement la domination des ayatollahs.
Cependant, The Donald semble avoir une stratégie différente, qui pourrait (le conditionnel est de rigueur) lui permettre de transformer une défaite momentanée en une victoire finale.
Il s’agit, à bien y regarder, d’un élargissement de la stratégie qui était à l’origine des anciens Accords d’Abraham.
Qui, dans la vision de Trump, devraient s’étendre considérablement. En incluant tous, absolument tous les pays de la région moyen-orientale qui sont, pour une raison ou une autre, hostiles à l’Iran.
Donc les Saoudiens, Oman, les Émirats, le Qatar, Bahreïn, le Koweït.
Mais aussi les Égyptiens, les Syriens d’al-Jolani, les forces libanaises opposées aux chiites du Hezbollah.
Et, surtout, la Turquie d’Erdogan.
Bref, d’une certaine manière, une recomposition du front sunnite. Une réédition de la Fitna, la guerre endémique entre sunnites et chiites, mais, évidemment, sous la direction et le contrôle de Washington.
Et c’est là, pourtant, que le bât blesse.
Car, dans le plan de Trump qui se dessine et se précise, il y a un élément de « perturbation » non négligeable. Israël.
En effet, ce front sunnite, qui devrait combattre et réduire l’influence iranienne dans toute la région, aurait, dans la vision du président américain, pour objectif principal la sécurité d’Israël.
Ou même, d’en constituer la cuirasse.
Et c’est là, évidemment, que le problème surgit. Car Israël est perçu par de nombreux pays sunnites comme une menace. Par la Turquie d’Erdogan, surtout, mais aussi, de façon plus voilée, par l’Égypte d’al-Sissi.
Et les pays mêmes de la péninsule arabique semblent bien conscients que s’engager trop officiellement dans la défense d’Israël serait mal vu et mal supporté par leurs populations. Avec le risque d’émeutes ou même de révoltes internes.

Et puis, il y a aussi le problème d’Israël lui-même. Ou plutôt du dessein du gouvernement Netanyahu de donner naissance au Grand Israël. En soumettant, ou mieux encore, en chassant les Arabes d’une vaste région.
Un dessein qu’aucun gouvernement arabe ne saurait accepter. Même s’il était soumis à Washington.
The Donald a, quoi qu’il en soit, son projet en tête. Et il fera tout, dans les mois à venir, pour le réaliser. Ou, du moins, pour commencer à le mettre en œuvre.
Ce qui arrivera réellement, il est difficile de le dire pour l’instant.
Il est certain que le patriarche Abraham aurait sans doute quelque chose à redire depuis sa tombe, hypothétique et silencieuse.
21:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : politique internationale, actualité, moyen-orient, proche-orient, levant, accords d'abraham |
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Le fantôme de Kadhafi

Le fantôme de Kadhafi
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/il-fantasma-di-gheddafi/
Il y a un fantôme qui s’agite, et qui hurle, dans ce monde.
Oh, en vérité, des fantômes, de ce genre et d’autres, il y en a vraiment beaucoup… mais celui-ci est particulièrement… vif, si tant est que ce terme convienne à quelqu’un qui est mort depuis longtemps.
Et mort, en plus, de manière atroce. Trahi, torturé, massacré de toutes les façons. Une chose qui, honnêtement, fait frémir rien qu’à y penser. Une honte dont l’Occident, plus précisément l’Europe, porte le poids de la culpabilité.
Car Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen, a été capturé par les Français. Et livré à ses ennemis internes, qui l’ont torturé de toutes les manières, avant de le tuer.
Une honte, une tache, qui ne pourra jamais être effacée. Et dont Paris n’est pas seul à porter la responsabilité.
Car, certes, Kadhafi était un excentrique. Avec des attitudes extrêmes, surtout au cours de ses dernières années. Des folies en apparence…
Mais il était aussi un homme politique extrêmement perspicace. Et raffiné.
Un homme d’État qui avait amené sa Libye à un niveau de vie inégalé en Afrique. Et, à bien y réfléchir, même en Europe.
Les Libyens ne payaient pas d’impôts. Ils bénéficiaient de services, d’aides sociales, d’un système hospitalier avancé.
Les recettes des immenses ressources pétrolières étaient utilisées par Kadhafi pour garantir le niveau de vie de son peuple. Et, bien sûr, aussi pour le maintenir sous contrôle.
Par ailleurs, le travail, et surtout la main-d’œuvre issue de l’immigration, principalement d’Afrique, bénéficiait de garanties et d’un traitement économique privilégié.
Bien sûr, tout n’était pas parfait. Kadhafi était un père tout-puissant. Un souverain absolu. Qui contrôlait de près toute forme de dissidence. Pas vraiment un « démocrate », comme les affectionne tant l’Occident.
Il a commis deux erreurs. Fatales.
Il se proclama « Roi des Rois » de l’Afrique noire. Ce qui, dans son langage pittoresque, signifiait en réalité que la Libye contrôlait une grande partie de l’Afrique subsaharienne. Évitant ainsi cet état de conflit permanent qui, aujourd’hui malheureusement, s’offre à nos yeux.

De plus, il visait à introduire une monnaie commune dans toute l’Afrique du Nord. En fermant la porte au dollar. Et donc aux ingérences américaines et européennes.
Erreur fatale. Car cela ne pouvait être toléré ni par Wall Street ni par la City. Qui s’employèrent à l’éliminer, en utilisant les intérêts particuliers de certaines puissances européennes.
Puis, il y eut l’autre erreur fatale. Kadhafi avait, pendant longtemps, soutenu ou du moins protégé un certain terrorisme palestinien. Ce qui lui valut une attaque américaine contre sa résidence, au cours de laquelle il perdit une fille et d’autres membres de sa famille.
Peut-être aussi pour cette raison, il se convainquit de rechercher une « coexistence civile ». D’accepter de renoncer à son projet d’armes nucléaires. De se rendre disponible à un contrôle par les agences internationales.
Et cela lui coûta cher. Car, une fois privé de telles protections, il se retrouva à la merci de ses ennemis. Les Américains, les Français, les Anglais n’eurent aucune difficulté à le renverser. Et à précipiter la Libye dans le chaos d’une guerre civile sanglante, qui domine encore la scène aujourd’hui.
Et toute l’Afrique subsaharienne continue d’en payer les lourdes conséquences.
Incidemment, nous, Italiens, avions de bons rapports avec le Raïs. Mais, grâce au Président Napolitano et aux ministres Frattini et La Russa, nous nous sommes rangés du côté de la coalition anti-Kadhafi. Berlusconi fut réduit au silence, déjà proche de la fin de sa carrière politique.

Telle est, en résumé, l’histoire que le fantôme de Kadhafi continue de nous raconter. Entre cris de douleur et grincements de chaînes.
Histoire ancienne, certes. Et pourtant, un avertissement pour d’autres… Peut-être un avertissement pour les ayatollahs iraniens de ne pas se fier aux promesses et aux offres de l’Occident.
Elles cachent toujours un dard empoisonné.
21:12 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : khadafi, libye, afrique, histoire, affaires africaines |
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Sergueï Peresleguine et la transition vers un monde fermé

Sergueï Peresleguine et la transition vers un monde fermé
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/sergei-pereslegin-ja-s...
Le Russe Sergueï Peresleguine, futurologue et historien militaire bien connu, a développé l’une des interprétations les plus cohérentes de la rupture de civilisation actuelle. Selon lui, l’ordre mondial est en train de passer d’un «monde centré sur le binôme Washington–Bruxelles», lequel est ouvert, à un monde fermé, dans lequel l’idéologie, la loi et le contrôle remplacent la commercialité et la libre circulation en tant que principes centraux.
Peresleguine souligne que cette transition n’a pas commencé avec le coronavirus, mais que la pandémie a constitué un tournant majeur et un accélérateur dans un processus déjà en cours. Il caractérise le coronavirus avant tout comme une opération info-psychologique et un catalyseur technologique et politique qui a révélé et accéléré des évolutions dont les racines remontent à la crise financière de 2008 et, en particulier, aux tensions géopolitiques des années 2010.


Derrière ces tendances se profile le modèle des vagues technologiques utilisé par Peresleguine. Il s’appuie sur la théorie de l’économiste russe Nikolaï Kondratiev qui propose des cycles de 40 à 60 ans, au cours desquels les technologies de base de l’économie et de la production sont profondément renouvelées.
Peresleguine compare le coronavirus à la menace biologique des pandémies précédentes (comme la grippe espagnole ou la grippe de Hong Kong) et considère que le virus lui-même ne représentait qu’une menace relativement mineure pour l’humanité. Ce qui comptait avant tout, c’était la réaction sociale: le confinement global et la quarantaine, à laquelle jamais aucune pandémie antérieure n’avait conduit. Cela a montré que les libertés fondamentales acquises pendant l’ère industrielle pouvaient être annulées d’un seul trait, sans crise immédiate de légitimité.
La pandémie a permis la transition de la cinquième vague technologique – l’économie de la consommation, des services et des finances – à la sixième, où l’intelligence artificielle, les méthodes de fabrication additives et les cycles de production fermés remplacent le commerce mondial ouvert. Elle a également donné un élan à une « gouvernance post-constitutionnelle », où l’état d’exception devient une structure permanente.
Dans ce contexte, Peresleguine parle de «fascisme médical» ou de «solidarisme», entendant par là l’utilisation d’une justification médicale en tant que substitut à la démocratie traditionnelle.
À un niveau plus profond, Peresleguine situe l’ensemble du processus dans le cadre plus large de la «zone d’ombre». Il s’agit d’une «crise de transition» – terme par lequel il décrit une rupture qualitative soudaine, où l’ancien système s’est effondré mais où le nouveau n’est pas encore né. La durée typique d'une mutation de ce type est de 20 à 22 ans, ce qui place l’horizon temporel autour de 2042.
Peresleguine avertit cependant que si aucun nouveau moteur de civilisation – «de grands explorateurs, un nouveau Thomas d’Aquin ou une nouvelle Jeanne d’Arc» – n’émerge, le processus pourrait s’étendre sur huit générations, soit près de 200 ans. Durant cette phase de transition, l’ancien monde de la mondialisation sera enseveli et un système fragmenté, plus fermé, se construira à sa place. Les frontières se ferment, le contrôle s’intensifie et les intérêts des États et des élites se trouvent de plus en plus étroitement liés.

Parallèlement, Peresleguine reste très sceptique à l’égard de l’intelligence artificielle forte. Il conteste, pour des raisons théoriques et informationnelles, que les machines à architecture von Neumann puissent un jour atteindre l’intelligence humaine, et encore moins la conscience. Il distingue trois niveaux: l’intelligence artificielle capable de tâches intellectuelles simples; l’intelligence artificielle génératrice de savoir nouveau; et l’intelligence artificielle créant une autre forme de connaissance. Selon Peresleguine, seul le premier niveau existe à ce jour.
Il compare l’intelligence artificielle actuelle à un enfant prodige de six ou sept ans, qui se souvient de tout mais a toujours besoin d’un humain pour donner un sens à ses actions. L’humain est capable d’une «pensée quantique», où des significations très éloignées se relient pour former des intuitions – ce que les machines ne peuvent pas faire.
Peresleguine estime que les conflits militaires ne constituent pas le danger le plus grave en temps de crise. Il considère, en revanche, qu’une famine potentielle, qui pourrait coûter la vie à 4 ou 5 milliards de personnes, est une menace tout aussi sérieuse. Les politiques énergétiques vertes ont réduit l’énergie disponible pour la production d’engrais, et la destruction du cheptel a limité la disponibilité des engrais organiques. Cela pourrait entraîner une baisse de la production agricole et déclencher un effet domino où la dégradation des structures sociales approfondirait la famine.
Dans la théorie de Peresleguine, l’essor du monde fermé est une évolution à long terme. La structure de la mondialisation ouverte avait déjà commencé à se resserrer dans les années qui ont suivi la crise financière, et le processus s’est accéléré avec les tensions géopolitiques et les stratégies d’urgence des années 2010.
Le théoricien russe a poursuivi son analyse en intégrant des projets d’élites tels que le « Grand Reset » (l’initiative du Great Reset lancée par le Forum économique mondial) dans cette grande transition vers un ordre mondial plus fermé. Les conflits géopolitiques actuels, les crises des ressources, la compétition technologique et la surveillance numérique croissante approfondissent cette évolution.
La vérité historique n’est souvent pas univoque. Peresleguine avance que la réalité historique obéit à des principes proches de la mécanique quantique – deux interprétations contradictoires peuvent être vraies simultanément. C’est pourquoi il ne cherche pas à prouver ses affirmations, mais à ouvrir des perspectives.
Ses vues s’inscrivent dans la tradition de la futurologie critique. Ce sont plutôt des interprétations provocatrices et herméneutiques que des prévisions empiriques strictes. Son observation centrale demeure néanmoins juste: les crises révèlent les vulnérabilités structurelles et permettent des changements radicaux dans les structures du pouvoir.
La transition décrite par Peresleguine a déjà commencé. L’héritage du monde ouvert est enterré, et un système fermé se construit silencieusement au sein de différentes sociétés – que l’accélérateur soit une pandémie, une crise économique, une mutation technologique ou des tensions géopolitiques.
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vendredi, 29 mai 2026
Le retard de l’Europe en IA: un problème structurel annoncé

Le retard de l’Europe en IA: un problème structurel annoncé
Bernd Müller
Source: https://www.telepolis.de/article/Europas-KI-Rueckstand-Ei...
Le retard de l’Europe en matière d’intelligence artificielle n’est pas un hasard – une nouvelle étude montre pourquoi le continent perd structurellement et ce que cela signifie pour nous tous.
L’écart entre l’Europe et les États-Unis dans la course à l’IA se creuse rapidement. Alors que les entreprises technologiques américaines augmentent massivement leurs investissements, l’Europe reste prudente – en termes de capitaux, de rapidité et de structure.
Ce qui se dessine, ce n’est pas un simple retard temporaire, mais un problème structurel aux conséquences durables pour la compétitivité et la souveraineté économique.
Les chiffres de la dernière étude EY sont révélateurs. Rien qu’en 2025, Alphabet, Apple, Microsoft, Amazon et Meta ont injecté 46 milliards d’euros supplémentaires dans la recherche et le développement – soit une hausse de 21%.
Dans le même temps, les 31 entreprises allemandes du top 500 n’ont ensemble investi que 2,8 milliards d’euros supplémentaires. C’est moins d’un seizième de ce que les cinq groupes américains ont ajouté.
Comme le montre l’étude EY, les entreprises américaines investissent désormais 9,2% de leur chiffre d’affaires dans la R&D, tandis que les entreprises européennes n’y consacrent que 6,7%.
«C’est surtout l’essor de l’IA qui pousse les dépenses de recherche des entreprises technologiques vers de nouveaux sommets», explique Henrik Ahlers, président du directoire d’EY. «Même une conjoncture mondiale faible et des risques géopolitiques élevés freinent à peine cette dynamique pour l’instant».
La destination de ces fonds est claire: en 2026, les géants de la tech investiront jusqu’à 725 milliards de dollars, principalement dans les infrastructures d’IA et les centres de données. Mark Zuckerberg (Meta) préfère miser sur une surcapacité que sur une sous-capacité – Andy Jassy (Amazon) parle d’« une occasion unique ». Pendant ce temps, les dirigeants européens publient des lettres ouvertes.

L’écart se creuse à tous les niveaux
L’avance des États-Unis en matière d’investissements n’est pas seulement quantitative – elle se traduit également par une domination structurelle. Sur les dix plus grands investisseurs mondiaux en R&D, sept sont américains, seulement deux sont européens: Volkswagen (7e place) et Roche.
Alors qu’en 2024, 132 entreprises européennes figuraient dans le top 500, elles n’étaient plus que 126 en 2025. L’Amérique du Nord est restée stable à 147, et l’Asie est passée de 215 à 220 entreprises dans le classement.
Les raisons pour lesquelles les groupes européens ne suivent pas sont multiples. La guerre en Ukraine, la hausse des prix de l’énergie et un net attentisme des consommateurs comme des entreprises pèsent sur les investissements.
«En ces temps difficiles, de nombreuses entreprises surveillent chaque euro dépensé», explique Ahlers. Mais il pointe aussi un problème plus profond:
«Pour être innovantes, les entreprises doivent également adopter des structures internes favorisant l’innovation et l’agilité. Et là, il faut reconnaître avec honnêteté que ce n’est pas toujours le cas, même chez les grands groupes allemands».
Fuite des talents et fragmentation financière
L’écart se voit aussi au niveau des talents. L’Allemagne est tombée à la 5ème place du classement mondial de l’IA – derrière les États-Unis (plus d’un million de talents en IA), l’Inde (991.788), le Royaume-Uni et désormais aussi le Canada avec 133.280 spécialistes. L’Allemagne en compte 117.336. C’est préoccupant, car sans talents de pointe, il ne peut y avoir de recherche de pointe.
À cela s’ajoute ce que Frank Elderson, membre du directoire de la BCE, a désigné dans son discours du 12 mai comme le véritable problème bancaire de l’Europe: la fragmentation avant tout.
80% des crédits bancaires vont à des entreprises du pays d’origine de la banque concernée. Moins de 2% des dépôts sont conservés au-delà des frontières. Les fusions transfrontalières? À un plus bas niveau historique.
Ainsi, toute personne qui crée une start-up innovante en IA à Munich et qui a besoin de capitaux en provenance d’Amsterdam ou de Vienne se heurte à un patchwork de 27 réglementations nationales différentes.
Ce n’est pas un problème marginal. D’après la BCE, la seule transition verte nécessitera 1200 milliards d’euros par an jusqu’en 2030. À cela s’ajoutent la défense et les infrastructures numériques. Un marché financier fragmenté ne peut tout simplement pas mobiliser de tels volumes d’investissement.

Bruxelles réagit – mais cela sera-t-il suffisant ?
L’Union européenne tente de réagir. Le 7 mai, le Conseil et le Parlement se sont mis d’accord sur une simplification des règles relatives à l’IA, dans le cadre du paquet législatif «AI Omnibus».
Les prescriptions sur les systèmes d’IA autonomes à haut risque sont reportées au 2 décembre 2027, et pour les systèmes intégrés dans des produits, au 2 août 2028. Les exceptions prévues pour les petites et moyennes entreprises (PME) s’appliquent désormais aussi aux petites entreprises de taille intermédiaire (small mid-caps). Les bacs à sable réglementaires (« sandboxes ») devront être en place d’ici août 2027.
Nouveauté: l’interdiction des contenus sexuels non consentis générés par l’IA et des représentations d’abus sexuel d’enfants. De plus, les fournisseurs devront enregistrer leurs systèmes d’IA dans la base de données européenne, même s’ils estiment que leur système ne relève pas du haut risque.
Le délai de transparence pour les contenus générés par l’IA a été réduit à trois mois, la date butoir étant le 2 décembre 2026.
Le problème: quelques jours auparavant, sept leaders technologiques européens, d’Airbus à SAP, avaient précisément mis en garde contre ce qui a rendu cet accord nécessaire: le risque que l’Europe se perde dans les détails réglementaires, alors que le reste du monde intègre déjà l’IA dans des systèmes physiques. Les dirigeants demandaient des « garde-fous flexibles » plutôt que des exigences rigides.
Pour l’Europe, la vitesse est la dernière chance
Reste à savoir si la simplification sera suffisante. L’évolution des profits en Europe montre à quel point la marge de manœuvre est limitée: en 2025, les cinq plus grandes entreprises technologiques américaines ont généré un bénéfice opérationnel de 261 milliards d’euros, soit 21% de plus que l’an passé.
L’ensemble des 40 sociétés du DAX a atteint 173 milliards, soit 4% de moins qu’en 2024. Or, avec des bénéfices en baisse, il est difficile d’investir dans les technologies d’avenir.
Il y a tout de même des signes encourageants: dans le secteur automobile, l’Europe investit 6,5% de son chiffre d’affaires, nettement plus que l’Amérique du Nord (4,1%) ou l’Asie (4,6%). Le secteur pharmaceutique reste également fort, avec une intensité de R&D de 14,7%.
Le lien entre intensité de recherche et rentabilité est d’ailleurs évident: selon la BCE, les entreprises très innovantes atteignent une marge d’EBIT de 14,1%, contre seulement 9,9% pour les moins innovantes.
Le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, l’a souligné dans son discours sur l’intégration financière: le capital suit l’économie réelle.
Pour tirer parti d’un système financier unifié, il faudrait faire avancer ensemble les réformes du marché intérieur et l’union européenne de l’épargne et de l’investissement.
Ce dont l’Europe a besoin, ce n’est pas moins de régulation, mais des règles plus simples et plus harmonisées – et un cadre unique pour les marchés de capitaux.
La question décisive des prochaines années sera de savoir si l’Europe parviendra à résoudre ses problèmes structurels assez rapidement. Les géants américains de la tech, eux, n’attendent pas.
19:52 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, intelligence artificielle |
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Les États-Unis veulent «acheter» Nord Stream et «dicter» les prix du gaz

Les États-Unis veulent «acheter» Nord Stream et «dicter» les prix du gaz
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198013
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, accuse une fois de plus les États-Unis de vouloir contrôler les gazoducs Nord Stream et ainsi, à l’avenir, fixer eux-mêmes les prix du gaz.
«Les prix ne seront alors plus fixés entre la Russie et l’Allemagne», a-t-il déclaré lors d’une interview avec RT-India.
Des prix dictés par les Américains
Lavrov a expliqué que les États-Unis prévoyaient de remettre en service les gazoducs Nord Stream endommagés et de racheter à bas prix les parts des entreprises européennes, comme l’a également rapporté Weltwoche.
«Ils veulent acheter les parts pour environ un dixième de ce que les Européens ont payé», a-t-il affirmé. Si les États-Unis réussissent, cela «obligerait les Allemands à retrouver leur dignité nationale» et à dire: «Très bien, nous allons réutiliser ce gazoduc».
Lavrov a également rappelé d’anciennes déclarations de Washington. Sous la présidence de Joe Biden, les États-Unis avaient déclaré que les gazoducs ne seraient plus jamais remis en service. Désormais, les explosions sont attribuées à des acteurs ukrainiens.
Les gazoducs Nord Stream ont été gravement endommagés par des explosions en mer Baltique en septembre 2022. Trois des quatre conduites ont été détruites. La Russie a alors ouvert une enquête pour terrorisme international. Depuis, Moscou accuse plusieurs pays européens d’entraver l’enquête.
L’audace du sabotage
La situation autour de Nord Stream est d’une audace sans pareil, car ceux qui ont endommagé les gazoducs disposaient non seulement des moyens mais aussi de l’intérêt politique.
C’est précisément pour cette raison que les récits officiels paraissent peu crédibles à beaucoup. On a d’abord accusé Poutine, puis l’Ukraine a été mise en cause. Il paraît cependant beaucoup plus plausible que les États-Unis avaient tout intérêt à détruire durablement les relations énergétiques entre l’Allemagne et la Russie. C’est d’ailleurs ce qu’avait déjà souligné le politologue et ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Zbigniew Brzezinski. Affaiblir le lien entre l’Allemagne et la Russie était, du point de vue américain, un objectif géopolitique central.
Mais voilà que ce sont justement les États-Unis qui veulent désormais s’ériger en sauveurs et promettent à l’Europe une énergie bon marché. Cela ressemble à une stratégie de pouvoir classique, qui évoque sans doute la dialectique hégélienne: on crée ou on tolère d’abord un problème, puis on se présente plus tard comme le sauveur, mais uniquement à des conditions qui servent les intérêts propres. Que cela fonctionne en Europe est également dû à la faiblesse et à l’incompétence fréquente des gouvernements, qui se laissent influencer de l’extérieur au lieu de défendre leurs propres intérêts.
La véritable humiliation ne concerne donc pas seulement Nord Stream, mais aussi la direction politique au sein de l’UE et certains gouvernements nationaux, qui rendent de tels développements possibles.
18:21 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : nord stream, gazoduc, mer baltique, allemagne, europe, affaires européennes, états-unis, gaz, gaz russe, gaz naturel |
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Trump avance sa stratégie pour l’Arctique

Trump avance sa stratégie pour l’Arctique
Lucas Leiroz
Source: https://jornalpurosangue.net/2026/05/27/trump-avanca-sua-...
Lucas Leiroz, membre de l’Association des journalistes des BRICS, chercheur au Centre d’études géostratégiques et spécialiste militaire.
Les intérêts des États-Unis dans l’Arctique continuent de représenter une menace significative pour l’architecture de sécurité européenne. Washington poursuit ses plans d’expansion de sa présence militaire et économique dans l’Arctique, malgré l’incapacité avérée de l’actuel appareil naval américain à mener des opérations efficaces dans la région. Dans les faits, l’irresponsabilité avec laquelle les États-Unis conduisent leur politique arctique pourrait entraîner une terrible aggravation des tensions dans un avenir proche.
Selon des rapports récents, les États-Unis et le Danemark sont enfin sur le point de s’entendre sur la question du Groenland. Le gouvernement danois aurait autorisé les États-Unis à avancer un projet de construction de deux bases militaires sur le territoire groenlandais. Cela permettra à Washington de contrôler certaines zones territoriales dans la région, étendant ainsi son influence dans l’Arctique sans avoir à supporter le fardeau d’une annexion formelle du Groenland.
Cette mesure, si elle est confirmée par les autorités danoises, rencontrera certainement une forte opposition de la part de la population locale. La situation que connait actuellement le Groenland est impopulaire parmi les Groenlandais autochtones, qui ne veulent pas que leur patrie soit administrée par un pays européen – ni par les États-Unis. N’ayant pas la puissance politique nécessaire pour lutter pour leur indépendance, les habitants locaux voient leur avenir déterminé par des négociations entre Européens et Américains auxquelles ils ne participent pas.

Cependant, malgré la désapprobation de la population locale, il est probable que les États-Unis parviennent à imposer leur présence dans la région de manière relativement pacifique. Les citoyens locaux ne disposent pas d’un pouvoir politique suffisant pour empêcher ces actions, ne leur restant que la désapprobation formelle. De plus, peu importe comment ce processus se déroulera dans la pratique, le résultat final sera l’expansion de la présence militaire américaine dans les zones arctiques, ce qui plongera le peuple groenlandais dans une atmosphère de tension et d’insécurité.
Le Groenland n’est cependant qu’une des régions où les États-Unis envisagent d’accroître leur présence dans l’Arctique. Washington prévoirait également d’occuper l’île norvégienne de Svalbard, ce qui aurait des conséquences encore plus importantes sur la sécurité régionale. Malgré la souveraineté norvégienne, l’île est régie par un traité international qui garantit à la Russie le droit d’exploitation économique de l'archipel, raison pour laquelle Moscou, même aujourd’hui – malgré les sanctions – maintient des activités à Svalbard.
Militariser Svalbard serait une mesure terrible, en plus d’être une violation du droit international. Le traité qui régit l’île interdit sa militarisation, et il existe une présence historique russe qui ne peut être ignorée. En outre, même si les États-Unis n’utilisent pas l’île à des fins militaires officielles, la simple expansion de la présence américaine dans une région de l’Arctique européen – si proche de la Russie – suffirait à augmenter substantiellement les tensions régionales.

Toutefois, que ce soit au Groenland ou à Svalbard, les États-Unis feront face au même problème: leur fragilité logistique dans l’environnement arctique. Historiquement, Washington a ignoré l’Arctique, se concentrant sur d’autres régions du monde pour son expansion militaire et économique. Le résultat a été un retard significatif dans les technologies américaines pour l’Arctique. Le pays ne dispose pas d’une flotte importante de brise-glaces, ce qui réduit drastiquement sa capacité à opérer dans l’Arctique. Pendant des décennies, l’Arctique a été considéré par les experts américains comme une région inhospitalière et de faible valeur stratégique, poussant le pays à y négliger son potentiel militaire et économique.
Lors des exercices militaires récents dans l’Arctique, les États-Unis ont démontré leur incapacité à mener des opérations complexes en raison du faible nombre et de la faible qualité de leurs brise-glaces. Bien que le pays tente de réhabiliter sa stratégie pour l’Arctique et de produire des équipements de haute qualité pour la région, il est pratiquement impossible pour les États-Unis d’atteindre le statut de «superpuissance arctique» dans un avenir proche. En réalité, Washington commence seulement à s’intéresser à la région, mais ses possibilités d’action sont extrêmement limitées.
En fait, plutôt que de chercher à étendre leur présence dans l’Arctique de manière agressive et unilatérale, les États-Unis devraient simplement s’engager dans des projets conjoints de coopération pacifique dans la région – surtout avec la Russie, pays qui possède aujourd’hui la technologie arctique la plus avancée du monde. Malheureusement, des secteurs bellicistes et pro-hégémoniques ont gagné une influence considérable au sein du gouvernement de Trump au cours de ces derniers mois, ce qui explique ses prises de décisions irresponsables sur diverses questions récentes.
Si Trump parvient à reprendre le contrôle de son propre gouvernement et à contenir la pression des secteurs bellicistes, les États-Unis pourront à l’avenir s’engager dans une coopération internationale fructueuse dans l’Arctique. Sans cela, cependant, les Américains resteront incapables d’exploiter le potentiel économique et stratégique de la région pendant longtemps.
* * *
Vous pouvez suivre Lucas Leiroz sur : https://t.me/lucasleiroz et https://x.com/leiroz_lucas
13:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, états-unis, arctique, groenland, svalbard |
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jeudi, 28 mai 2026
Il y a quinze ans, l'OTAN détruisait la Grande Rivière Artificielle en Libye

Il y a quinze ans, l'OTAN détruisait la Grande Rivière Artificielle en Libye
par le Zannekinbond (Flandre)
Source: https://www.facebook.com/zannekinbond
Il y a quinze ans, l’OTAN bombardait la Grande Rivière Artificielle en Libye, un gigantesque mégaprojet aquifère initié par Kadhafi pour reverdir le Sahara et des parties du Sahel, en utilisant l’eau fossile multi-millénaire du sous-sol.
La Grande Rivière Artificielle constituait un réseau de 4000 kilomètres de canalisations souterraines, conçu pour capter l’eau fossile du Sahara et transformer le désert en terres agricoles. L’eau devait être extraite du système aquifère de grès nubien – la plus grande réserve d’eau fossile souterraine au monde, contenant une eau pure accumulée sous terre il y a 40.000 ans.
Ce projet aurait offert la souveraineté non seulement à la Libye, mais à toute la région saharienne et sahélienne. Et c’est justement ce défi de créer de la souveraineté qui dérangeait le camp impérialiste occidental. L’empire préfère que les pays du Sud importent leur denrées alimentaires et leurs matières premières de l’Occident, qu’ils restent de pauvres mendiants dépendants du FMI.
Un dossier de la CIA, désormais déclassifié et datant de 1987, mettait déjà en garde contre le «danger» que représentait ce projet aquifère pour les intérêts impérialistes, et indiquait qu’il «avait le potentiel de garantir l’approvisionnement en eau de la Libye pour une durée indéterminée et de réduire considérablement la dépendance à l’égard des importations alimentaires en provenance de l’Occident».
C’est pourquoi, en 2011, les avions de l’OTAN ont bombardé les sites du projet et même l’usine de tuyaux dans la ville de Brega. On vous dit que l’Afrique est pauvre mais on ne vous dit pas qui la maintient dans la pauvreté, ni qui a intérêt à ce que cela perdure. Raser des pays et les ramener à l’âge de pierre, pour qu’ils soient dépendants des prêts occidentaux et, en échange, cèdent toutes leurs ressources… voilà aussi comment fonctionne le néocolonialisme en 2026.

Pourquoi y accorder encore de l’attention, en tant que nationaux-révolutionnaires flamands ou européens ?
Kadhafi, avec la Jamahiriya, affirmait l’idée qu’un peuple doit déterminer lui-même sa voie économique et culturelle, sans ingérence étrangère: fermement opposé à l’influence de l’OTAN, à l’hégémonie américaine et à la dépendance financière internationale. Cela reste d’une brûlante actualité. La Libye de Kadhafi se présentait aussi comme une alternative socialiste viable au libéralisme parlementaire bourgeois, via un système de comités populaires et de participation directe, qui tenait compte de l’autonomie locale. L’agression de l’OTAN en 2011 a entraîné un changement de régime qui a plongé la Libye dans un chaos et une violence persistants, une situation dont le crime organisé continue de profiter, avec la trafic de drogue et d'êtres humains vers l’Europe.
21:09 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : libye, grande rivière artificielle, afrique, affaires africaines, afrique du nord |
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Les Houthis, le troisième pilier (oublié) de l’Iran dans la guerre au Moyen-Orient

Les Houthis, le troisième pilier (oublié) de l’Iran dans la guerre au Moyen-Orient
Peter W. Logghe
Source: Nieuwsbrief Knooppunt Delta, n°210, mai 2026
Le mouvement Ansarallah contrôle depuis dix ans une partie importante du Yémen, parvenant à contrer une coalition régionale menée par l’Arabie saoudite et plaçant sous son autorité d’importantes routes maritimes nécessaires au bon fonctionnement de l’économie mondiale. Malgré le fait qu’il s’agisse d’un troisième pilier majeur (géopolitiquement parlant) du régime iranien, il est rarement mentionné dans les médias quand ceux-ci évoquent la guerre d’Iran. Les reportages se limitent généralement au conflit Israël-Hezbollah et à la lutte entre les États-Unis et l’Iran.
Pour comprendre le phénomène des rebelles houthis, il est utile de revenir un instant sur le passé. Au début du 21ème siècle, Hussein Badr al-Din al-Houthi lance dans le nord du Yémen un mouvement visant à raviver l’islam zaïdite. L’islam zaïdite est un courant minoritaire au sein du chiisme, et trouve ses racines dans cette région. D’abord mouvement culturel et religieux, il se radicalise rapidement sous l’effet du sentiment de marginalisation économique et religieuse qui se développait au Yémen et de la répression exercée par le gouvernement de Sanaa (capitale du Yémen).
Lors de la première des six guerres menées par le régime du président yéménite Saleh contre les Houthis (entre 2004 et 2010), Hussein est tué (en 2004) et son frère Abdel-Malik prend la tête du mouvement. Le véritable tournant a lieu en 2011, lorsque le régime de Saleh est déstabilisé par le Printemps arabe. Les Houthis, qui se nomment désormais Ansarallah – «soldats de Dieu» –, profitent du vide politique et, en 2014, s’emparent de la capitale Sanaa. Le président en place, Mansur Hadi, fuit à Aden puis trouve refuge un peu plus tard en Arabie saoudite. Une guerre civile éclate au Yémen, et elle n’est toujours pas terminée.
À l’origine, il s’agissait donc d’un mouvement purement yéménite. L’Iran (également chiite) va progressivement investir, voyant en Ansarallah un maillon clé dans son «Axe de la Résistance». Il investit massivement dans l’armement des Houthis: missiles balistiques, drones de combat, guerre électronique. Des membres des Gardiens de la révolution iraniens forment sur place du personnel militaire. L’Iran ouvre ainsi un second front contre l’Arabie saoudite, cette fois sur sa frontière sud.
En mars 2015, l’Arabie saoudite lance une contre-offensive et démarre, avec une coalition de pays sunnites, l’opération «Tempête décisive». Dix ans plus tard, le bilan est plutôt négatif: malgré des milliers de frappes aériennes, les Houthis ne sont pas vaincus et contrôlent toujours de vastes zones autour de Sanaa, et d'Al-Hodeida (principal port), etc. En 2019, les Houthis prouvent leur puissance en attaquant des installations pétrolières en Arabie saoudite (Abqaiq et Khurais).

Et voilà qu’un nouvel acteur apparaît sur le champ de bataille yéménite ! Les Émirats arabes unis suivent leur propre logique et concentrent leurs efforts sur le port stratégique d’Aden. Abou Dhabi finance un soi-disant Conseil de transition du Sud, un mouvement séparatiste réclamant l’indépendance du Sud-Yémen. Un État dans l’État en quelque sorte, ce qui crée d’énormes tensions avec l’Arabie saoudite et le régime yéménite en place.
Durant la guerre de Gaza, les Houthis se sont déclarés solidaires des Palestiniens et ont attaqué massivement des navires pétroliers. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont réagi avec l’opération «Prosperity Guardian», frappant des installations militaires d’Ansarallah. Sous la présidence de Donald Trump, les bombardements américains ont été intensifiés, sans résultat décisif toutefois.
Les Houthis ont réussi à se transformer d’une petite tribu rebelle des montagnes du nord du Yémen en un acteur armé menaçant l’équilibre économique régional et mondial. Leur rôle est loin d’être terminé.
* * *
Pour plus d’informations sur le Moyen-Orient et les conflits en cours, ainsi que pour des repères historiques utiles, consultez le dernier numéro de Conflits, Revue de Géopolitique, n°63 (mai-juin 2026). revue.conflits@protonmail.com. Adresse : 32 rue Faubourg Poissonnière, 75010 Paris.
19:34 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yémen, houthis, péninsule arabique, moyen-orient |
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Guerre contre l’Iran, saison 1: Trump 0 – Iran 1

Guerre contre l’Iran, saison 1:
Trump 0 – Iran 1
Ralf Van den Haute
Source: Nieuwsbrief Knooppunt Delta, n°210, mai 2026.
Le président américain Donald Trump – plus à l’aise sur le green que dans le Golfe Persique – a présenté la guerre contre l’Iran comme si cela se résumerait à une brève excursion. Il voulait des résultats rapides: la chute du régime et la destruction de ses capacités militaires. Quatre semaines plus tard, rien de tout cela ne s’est produit.
L’Iran a pris l’initiative. Il contrôle le détroit d’Ormuz, menace, via ses alliés, de fermer d’autres passages stratégiques et a fait grimper les prix de l’énergie. L’Europe, coupée des hydrocarbures russes, en ressent immédiatement les effets. Parallèlement, la Russie profite de la situation.
Bien qu’ayant été durement touché par les bombardements, l’Iran n’a pas capitulé. Au contraire: le conflit s’est intensifié. Les États-Unis, qui comptaient sur une victoire éclair, se retrouvent empêtrés dans une guerre sans objectif clair ni stratégie de sortie. Le bilan de l’opération « Epic Fury » est tout simplement catastrophique.
La justification de la guerre reste vague. La menace nucléaire ne semble pas, selon diverses sources, être aiguë. Pourtant, sous la pression d’Israël, Trump s’est lancé dans un conflit qui, à ce moment-là, ne présentait pas de motif urgent. Même au sein des structures de sécurité américaines, des critiques se sont fait entendre, affirmant que l’Iran ne représentait pas une menace immédiate.

La plus grande erreur fut de sous-estimer l’Iran lui-même. Ce n’est pas un État faible, mais un pays de 90 millions d’habitants, avec une longue histoire, une forte identité nationale et des ressources économiques et militaires considérables. L’Iran mène cette guerre comme une lutte existentielle – ce que Washington semble ne pas comprendre.
C’est pourquoi l'Iran refuse de capituler. La stratégie iranienne est asymétrique: il ne s’agit pas d’une confrontation directe avec la puissance américaine, mais de frapper des cibles économiques et énergétiques vulnérables. Le contrôle des points de passage stratégiques et les attaques contre les infrastructures énergétiques se révèlent particulièrement efficaces.
Les États du Golfe, dépendants de la protection américaine, sont entraînés dans le conflit. Leur modèle économique est sous pression, tandis que leur confiance en Washington en tant que garant de leur sécurité diminue.
Parallèlement, le droit international s’efface. L’élimination ciblée de dirigeants d’un État souverain, sans déclaration de guerre et sans approbation parlementaire, crée un précédent. La guerre semble échapper aux règles classiques qui la limitaient autrefois.

Militairement, le conflit démontre à nouveau les limites de la supériorité technologique. Des systèmes d’armes coûteux sont déployés contre des drones bon marché; les coûts explosent, les stocks diminuent. Les États-Unis disposent de la tactique, mais manquent de stratégie – surtout d’une vision pour l’après-guerre.
Géopolitiquement, la guerre ouvre la voie à une multipolarisation accrue. Elle renforce la formation d’un bloc anti-occidental autour de la Russie et de la Chine, et accroît le risque d’escalade régionale. De plus, les objectifs de Washington et de Tel-Aviv divergent: alors que Trump envisage peut-être encore d'arriver à un accord, Israël, lui, semble déterminé à poursuivre la guerre.
Ce qui reste, c’est un conflit sans issue claire, avec des risques croissants pour toute la région. La stabilité au Moyen-Orient est plus éloignée que jamais.
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Der Fragebogen/Le Questionnaire paraissait il y a 75 ans: comment Ernst von Salomon a disséqué la question de la culpabilité allemande

Der Fragebogen/Le Questionnaire paraissait il y a 75 ans: comment Ernst von Salomon a disséqué la question de la culpabilité allemande
Bernard Lindekens
Source: Nieuwsbrief Knooppunt Deltapers, n°210, mai 2026
Le livre Der Fragebogen (1) (Le Questionnaire) d’Ernst von Salomon (1902–1972) fête cette année ses 75 ans et est peut-être l’un des ouvrages les plus fascinants et les plus controversés de l’Allemagne des premières années de l’après-guerre. Ce n’est pas un roman au sens classique, ni une autobiographie pure, ni même un aveu explicite de culpabilité. Il s’agit plutôt d’un auto-interrogatoire littéraire — une tentative de l’écrivain de comprendre sa vie et son époque à travers un document bureaucratique: le questionnaire de dénazification que des millions d’Allemands durent remplir après 1945.
Pour comprendre ce livre, il faut d’abord situer la figure de von Salomon lui-même. Né en 1902 dans un milieu prussien et militaire, il a grandi dans un monde où l’honneur, la discipline et la fierté nationale allaient de soi. La défaite de 1918 et le traité de Versailles ne signifiaient pas pour sa génération une libération, mais une pure humiliation et un déracinement politique.
D’ailleurs, le célèbre économiste britannique John Maynard Keynes (1883–1946) dira à propos du traité de Versailles que «la politique visant à réduire l’Allemagne à la servitude pour une génération, à humilier la vie de millions de personnes… n’apportera pas de paix durable». Jeune homme, von Salomon rejoint les Freikorps, des groupes paramilitaires qui, dans les débuts chaotiques de la République de Weimar, combattaient les soulèvements communistes. En 1922, il est condamné pour complicité dans l’assassinat du ministre des Affaires étrangères Walther Rathenau. Il n’était pas l’exécutant, mais faisait partie du réseau nationaliste qui avait fomenté l’attentat. Sa peine de prison et sa carrière d’écrivain ultérieure firent de lui une voix importante de la « Konservative Revolution».
Selon Armin Mohler, la Konservative Revolution n’était pas un parti politique ou un mouvement organisé, mais plutôt un réseau intellectuel et culturel de penseurs, apparu en réaction à trois chocs historiques majeurs: la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, l’effondrement du système politique impérial et l’avènement de la démocratie de masse et du libéralisme. Ce courant ne cherchait pas à revenir à l’ancien passé impérial, mais voulait concevoir un nouvel ordre social où tradition, identité nationale et dynamique moderne seraient combinées différemment, souvent à travers une critique du système parlementaire et de la massification croissante de la société.
Dans son ouvrage de référence (2), Mohler souligne que ce courant était révolutionnaire dans la forme, mais conservateur dans le fond: il voulait un renouvellement social, mais sur la base de valeurs perçues comme pré-libérales ou organiques. Pendant le Troisième Reich, von Salomon occupait une position ambivalente. Il n’était pas un nazi éminent ni un membre du parti, mais sa vision nationaliste du monde était également éloignée des valeurs libérales-démocratiques. Il travaillait comme scénariste et restait intellectuellement indépendant, sans être pour autant un opposant déclaré à Hitler. Cette ambiguïté est essentielle pour Der Fragebogen: von Salomon n’était pas un innocent à l'extérieur de l'orbe nationaliste, mais pas non plus un idéologue ou un adhérent classique du parti nationa-socialiste.
Après la capitulation de 1945, l’Allemagne était en ruines. Les puissances occupantes alliées mirent en œuvre une dénazification à grande échelle. Chaque Allemand adulte devait remplir un questionnaire détaillé sur ses activités politiques, ses adhésions et ses fonctions occupées pendant le régime. Sur cette base, on était classé en catégories, de celle des principaux responsables à celle des simples suiveurs ou des innocents. Ce qui se voulait une épuration morale et juridique fut souvent ressenti dans la pratique comme une tracasserie bureaucratique, simplificatrice et parfois arbitraire.
Ernst von Salomon prit ce questionnaire comme point de départ de son livre. Der Fragebogen est formellement construit comme une série de réponses aux questions officielles posées par les autorités alliées. Mais au lieu de fournir de brèves réponses administratives, il propose de longues réflexions sous la forme d'essais. Une simple question sur une adhésion devient le point de départ d’une réflexion sur la loyauté. Une question sur les fonctions occupées pendant le régime mène à un retour sur sa jeunesse, sa radicalisation politique et sa relation au pouvoir et à la responsabilité.
Au centre du livre se trouve la question de la mesure de la culpabilité. Ernst von Salomon s’oppose à ce qu’il considère comme une morale mécanique: la réduction de vies complexes à des cases et des catégories. Il reconnaît que l’Allemagne a causé une catastrophe, mais refuse de laisser sa propre biographie être définie uniquement par une classification administrative. Son ton est souvent ironique, parfois satirique. Il décrit l’absurdité de formulaires demandant des numéros de parti alors que le pays est en ruines et que des millions de morts sont à déplorer. Mais derrière cette ironie ne se cache aucune légèreté, mais un profond malaise. Le livre n’est donc ni une confession pure, ni une simple auto-défense. Il navigue constamment entre ces deux pôles. Ernst von Salomon se présente comme quelqu’un qui n’a jamais suivi la masse par opportunisme, qui n’était pas un nazi doctrinaire, mais qui faisait partie d’une culture où un nationalisme exacerbé et une radicalisation politique faisaient partie du quotidien. Il interroge ses propres convictions sans les renier complètement. C’est ce qui rend le livre moralement ambigu et, justement, intéressant sur le plan littéraire.
Lorsque Der Fragebogen paraît en 1951, l’Allemagne de l’Ouest est en pleine reconstruction et connait les débuts de la Guerre froide. Beaucoup veulent reconstruire le pays et surtout regarder vers l’avenir. Pourtant, le livre trouve immédiatement son public, car il touche précisément aux tensions de son époque. Ernst von Salomon exprime de façon aiguë, personnelle et souvent ironique la frustration autour des procédures de dénazification, mais aussi le besoin profondément humain de comprendre et de formuler son propre passé. Pour certains, ce livre était une forme courageuse d’auto-examen, pour d’autres une tentative de ne pas réduire des vies complexes à des étiquettes morales simplistes.

D’un point de vue littéraire, Der Fragebogen est considéré comme l’un des ego-documents les plus importants de la jeune République fédérale. L’ouvrage offre une fenêtre exceptionnelle sur la pensée d’une génération façonnée par l’expérience de la guerre, de la défaite historique et de la quête de sens après de retentissantes catastrophes politiques et morales. Ernst von Salomon pose des questions qui dépassent sa propre vie: comment une biographie individuelle se rapporte-t-elle à la responsabilité historique? Comment préserver son intégrité personnelle à l’époque de la culpabilité collective?
Ernst von Salomon est resté une figure complexe, sans jamais disparaître du débat culturel. Il n’a pas été totalement réhabilité, mais pas oublié non plus. C’est précisément cette position entre reconnaissance et critique qui rend son œuvre pertinente. Der Fragebogen demeure un livre particulier parce qu’il ne propose pas de réponses simples, mais invite le lecteur à réfléchir lui-même sur l’histoire, la responsabilité et la vulnérabilité humaine face aux grands événements historiques.
Notes
(1) Ernst von Salomon, Der Fragebogen. Hamburg : Rowohlt Verlag, 1951, 807 p. ISBN 978-3499104190.
(2) Voir : Mohler, Armin, Die Konservative Revolution in Deutschland 1918–1932 : ein Handbuch. Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1972. ISBN 978-3534039555.
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mercredi, 27 mai 2026
L’Empire de la flibuste

L’Empire de la flibuste
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/limpero-della-filibusta/
Un navire marchand, arborant la drapeau chinois et en route vers l’Iran, est intercepté et bloqué en haute mer par des navires militaires américains. Ceux-ci mènent, en effet, une opération d’embargo autour du Golfe Persique et de toutes les voies d’accès aux ports iraniens.
La réaction chinoise est sèche et formelle. Et c’est justement pour cette raison qu’elle est encore plus inquiétante.
Le ministère des Affaires étrangères de Pékin publie une note dans laquelle il affirme, sèchement, que la flotte américaine n’a aucun droit d’intercepter, en haute mer, des navires destinés à l'Iran ou en provenance d’Iran.
Et il précise, pour enfoncer le clou, que de tels actes portent gravement atteinte aux intérêts chinois. Et qu’ils ne seront plus tolérés.
Dans le style, formel, de la diplomatie de Pékin, c’est un dernier avertissement.
Le comportement américain conduit, directement, au conflit. La Chine ne peut tolérer cette atteinte continue à ses intérêts commerciaux.
Maintenant, il est inconcevable que Washington ignore ces choses. Ni, surtout, qu’il ignore où pourrait mener la persistance dans cette stratégie du blocus naval.
Ils le savent. Ils le savent parfaitement, et pourtant ils persistent dans cette voie.
Il ne s’agit pas simplement d’un conflit avec l’Iran. La question est plutôt la suivante: avoir levé le masque, en révélant la véritable nature de la superpuissance américaine.
Qui est la même, l'identique nature que celle de la Tortuga de l’Olonais. C’est-à-dire un Empire de la flibuste, cherchant à contrôler les mers et les routes maritimes. En ignorant délibérément lois, conventions, traités…

Naturellement, la Tortuga d'antan exerçait un empire limité.
Washington, lui, prétend plutôt à une domination quasi universelle sur toutes les mers du monde.
Et cela, inévitablement, l’emmène dans un tunnel dont il est extrêmement difficile de voir, au bout, l’éclat de la lumière.
Un tunnel qui, facilement, pourrait le mener à la guerre avec Pékin.
Guerre, qu’il faut bien le préciser, que la Chine préférerait éviter.
Mais la direction chinoise ne peut tolérer un blocus naval qui mettrait en danger son développement économique.
Et elle est désormais prête au conflit.
Washington, avec Trump, a définitivement levé le masque. C’est une thalassocratie. Elle veut contrôler mers et routes. Empêcher le commerce qui ne lui profite pas.
C’est un empire de la flibuste. De proportions sans précédent. Le royaume des corsaires.
Et cela dure depuis très longtemps.
Trump a simplement le discutable mérite d’avoir rendu cette nature-là de la domination américaine plus évidente.
17:27 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, états-unis, piraterie |
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Conduite de guerre future sans «régulatif» des «épidémies planifiées» jusqu’aux Kill Chains

Conduite de guerre future sans «régulatif» des «épidémies planifiées» jusqu’aux Kill Chains
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198320
Les programmes et plans de guerre de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) du Pentagone offrent un aperçu inquiétant de l’avenir des conflits militaires mondiaux, en grande partie sous contrôle américain. La direction que cela prend est, en tout cas, extrêmement préoccupante.
Esquisses de la guerre future planifiée
Le Pentagone sous la direction de Donald Trump a défini six piliers pour la prochaine génération de la guerre américaine, à savoir:
- Intelligence artificielle appliquée, armes autonomes pilotées par l'IA, et Kill Chains robotiques avec une intervention humaine minimale.
- Bioproduction, sélection, adaptation et frappe, programmes de développement d’organismes synthétiques et de transformation en armes de nouvelles molécules.
- Logistique controversée, réseaux logistiques, alimentés par l’IA, la robotique et la production décentralisée, pour assurer un approvisionnement ininterrompu.
- Domination quantique à garantir, réseaux cryptés quantiques, capteurs prédictifs, prises de décision stratégiques rapides et cyberattaques massives.
- Énergie ciblée à échelle variable, lasers à haute énergie et armes à micro-ondes capables d’éblouir satellites et infrastructures.
- Hypersonics à échelle variable, systèmes de frappe hypersoniques capables de contourner les défenses et de provoquer la destruction avant que les systèmes d’alerte ne puissent réagir, les neutralisant ainsi.
Bien que la plupart de ces systèmes soient encore en développement, le plan de construction laisse entendre que le «ministère de la Guerre» (anciennement le Pentagone) est résolument déterminé à dominer les futurs conflits, quel qu’en soit le prix.
Bien qu’il soit connu que l’objectif est de ne pas faire de mal aux Américains eux-mêmes, le déclin de l’hégémonie mondiale des États-Unis menace depuis un certain temps déjà de se produire, avec des pertes historiquement sans précédent en richesse, influence et pouvoir pour l’élite américaine.

Un « jeu » sans règles
Les conflits passés et présents ont montré que les États-Unis sont prêts à enfreindre toutes les règles lorsque leur domination stratégique est en jeu. On se souvient par exemple, rétrospectivement :
- des frappes nucléaires sur des civils au Japon (Hiroshima, Nagasaki);
- de l’utilisation d’herbicides toxiques au Vietnam (Agent Orange);
- de l’emploi d’uranium appauvri en Serbie et en Irak;
- des morts civiles, y compris dans des zones de guerre au Moyen-Orient.
Les ambitions de bioproduction de la DARPA, ainsi que les laboratoires étrangers secrets du Pentagone, laissent sans aucun doute craindre une extension possible de la guerre biologique. Des expériences sur l’activité cérébrale et les neuro-implants indiquent un avenir avec des «soldats renforcés» et des attaques directes contre les systèmes neuronaux humains.
Des essaims de drones alimentés par l’IA de Palantir sont déjà utilisés en Ukraine et en Israël; selon certains rapports, certains chargements chimiques auraient pour but d’attaquer des civils et des cultures alimentaires.
Les campagnes américano-israéliennes de ciblage, d’assassinats clandestins, de sabotage et d’attentats politiques deviennent de plus en plus «normalisées», apparemment pour obtenir un certain «effet d’accoutumance».
17:06 Publié dans Actualité, Défense, Militaria | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, défense, militaria, darpa, états-unis, guerre, polémologie |
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Tulsi Gabbard et la fin de MAGA

Tulsi Gabbard et la fin de MAGA
Alexandre Douguine
Alexandre Douguine soutient que le départ de Tulsi Gabbard marque la fin du projet MAGA originel et l’effondrement des espoirs d’une nouvelle politique américaine envers la Russie et la multipolarité.
Tulsi Gabbard, la directrice du renseignement national américain, a quitté ses fonctions. Elle était la dernière personne dans l’entourage de Trump qui restait fidèle aux idéaux et principes sur lesquels avait commencé le second mandat de Trump. Elle s’était opposée à la guerre en Ukraine et aussi à une guerre avec l’Iran.
Cela avait été prévu depuis longtemps. Et maintenant, c’est arrivé. Après la défaite de Thomas Massie lors des primaires du Kentucky, il ne reste pratiquement plus personne dans le parti républicain qui a fait partie de la fameuse équipe MAGA d’origine.
La victoire de l’État profond et du réseau Epstein sur la politique américaine est devenue totale. La démission de Tulsi Gabbard est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Tous les espoirs placés en Trump ont désormais complètement disparu.
Il semble que Trump se prépare à une nouvelle escalade au Moyen-Orient et à une attaque contre l’Iran.
Les républicains sont assurés de perdre les élections de mi-mandat, mais les démocrates représentent exactement le même État profond et la même élite Epstein. De plus, ils haïssent encore plus la Russie et le monde multipolaire. Cela marque la fin non glorieuse de la tentative du peuple américain d’expulser l’élite satanique.
Avant les élections de mi-mandat, Trump tentera probablement autre chose à grande échelle et de manière agressive — frappes contre l’Iran, invasion de Cuba, ou peut-être quelque chose de totalement imprévu. Après cela, il commencera à faire ses valises et à négocier avec les démocrates pour éviter que lui ou des membres de sa famille finissent derrière les barreaux. Cependant, pour les six prochains mois, on peut s’attendre à d’autres explosions de violence et à une intensification de l’escalade.
Je perçois une insatisfaction silencieuse mais croissante qui se répand discrètement dans notre société russe. Il est évident que tout le monde veut du changement. Mais cette fois, ceux qui souhaitent des changements dictés par les principes libéraux constituent une minorité absolue. Ils veulent que ces changements viennent de l’étranger, et cela ne peut pas compter.
La majorité écrasante souhaite un changement de qualité patriotique et une justice sociale bien plus grande. La question n'est pas de savoir si la direction elle-même est correcte, mais vise plutôt la vitesse et la substance du processus. La voie vers un État-civilisation est tout à fait juste. Mais elle inclut aussi une société basée sur la solidarité et la justice sociale, la fidélité aux valeurs traditionnelles, et une éducation historique authentique. Tout cela a déjà été déclaré par oral et par écrit. Ce qui reste, c’est de le mettre en pratique. Et ici, la vitesse est essentielle. Nous devons commencer à mettre tout cela en œuvre dès maintenant — et avec urgence. Il n’y a tout simplement plus de temps pour l’hésitation. Absolument pas.
Un scénario, qui serait inertiel, deviendrait chaque jour plus dangereux. Il cesserait tout simplement de fonctionner et se déplacerait dans une direction de plus en plus négative. Des vitesses, méthodes, échelles et structures différentes sont dès lors absolument nécessaires.
Dans plusieurs domaines, les problèmes sont devenus particulièrement aigus: la technologie, la corruption et la culture. Étant donné qu’aucune détente ou dés-escalade du conflit avec l’Occident n’est même à distance visible, la seule option restante est de mettre la société en position de mobilisation. Tout cela aurait dû être fait il y a longtemps; certaines mesures ont été prises et continuent à l’être, mais à un rythme beaucoup trop lent, ce qui est alarmant.
La Russie doit être purifiée du libéralisme, totalement et avec fermeté. Car le libéralisme est un état d’esprit colonial imposé par l’Occident dans son propre intérêt et dans le but de détruire notre identité.
Les gens veulent de l’ordre et de la justice. Ils ne le veulent pas seulement, ils en ont un besoin urgent. Les compromis ne fonctionnent plus. Maintenant, il faut agir pour de bon. La limite des simulacres est atteinte.
16:33 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : alexandre douguine, tulsi gabbard, états-unis, russie, actualité |
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