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jeudi, 03 septembre 2026

Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée

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Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée

L’arrogance morale empêche toute discussion ouverte

Herbert Ammon 

Source: https://www.tabularasamagazin.de/herbert-ammon-der-populi...

L’AfD, parti populiste de droite, doit son ascension non seulement à des décisions politiques contestables, mais aussi au fait que toute discussion sur la question centrale de l’immigration sans limites est rejetée avec une «arrogance morale provocatrice» (comte Kielmannsegg). Dans son article, Herbert Ammon rappelle les prises de position d’Eva Quistorp, de Richard Schröder et de Gunter Weißgerber, dont les voix sont restées inaudibles dans les milieux ecclésiastiques.

Kielmannsegg-aca92bcb.jpgEncore un commentaire sur l’apocalypse médiatiquement annoncée pour le 6 septembre? Oui, assurément. Ce nouveau commentaire m’a été inspiré par l’essai du politologue, le Comte Peter von Kielmannsegg (photo), publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 31 août 2026 (p. 6) sous le titre: «Le naufrage de la démocratie peut-il encore être évité?». L’auteur ne fait pas partie de ces prophètes de malheur qui, face à la victoire électorale imminente de l’AfD en Saxe-Anhalt, voient déjà se profiler une répétition de la catastrophe allemande de 1933 à 1945. Il désigne et explique plutôt le dilemme dans lequel «la démocratie allemande […] s’est empêtrée», et qui pourrait tout de même «déboucher sur une véritable crise démocratique».

Les phrases essentielles du texte sont les suivantes: «Le dilemme peut se résumer en une phrase: la République fédérale ne peut pas être gouvernée avec l’AfD, mais elle ne peut désormais plus l’être sans elle. La démocratie allemande s’est, dans une large mesure, elle-même placée dans cette situation. D’un côté, elle n’a presque rien omis de ce qui était susceptible de faire naître un puissant populisme de droite. De l’autre, elle a fait tout ce qui était imaginable pour rendre impossible une domestication démocratique de ce populisme. À présent, elle, la démocratie allemande, se heurte à elle-même».

Kielmannsegg désigne sans détour la principale raison de l’essor — particulièrement spectaculaire en comparaison avec d’autres pays — du populisme de droite allemand, sans toutefois mentionner la chancelière Angela Merkel comme principale responsable: l’immigration massive, rendue possible sans égard pour la population locale et élevée au rang d’impératif idéologique. «Ce qui a surtout ouvert la voie à l’AfD, c’est que la politique des frontières ouvertes s’est refusée pendant des années, avec une arrogance morale provocatrice, à toute discussion sérieuse. Un front uni (sic!) des partis politiques établis ne laissait aucune place à la controverse en matière d’immigration, tandis que l’espace public sanctionnait durement, par les moyens dont il disposait, toute infraction à l'ordre de "s’ouvrir au monde"».

Rares sont les représentants de l’élite universitaire à avoir jusqu’ici désigné aussi clairement les causes — et les responsables — de l’envolée de l’AfD. Kielmannsegg aurait également pu mentionner le front idéologique uni dans les médias, ainsi que les ONG, acteurs imbus d’eux-mêmes émanant de la «société civile». Enfin, les Églises, qui revendiquent un rôle de direction morale dans toutes les questions politiquement pertinentes — au premier rang desquelles figure l’«immigration» —, jouent, elles aussi, un rôle contestable du point de vue d’une éthique de la responsabilité.

Eva_Quistorp_(crop).jpgIl convient néanmoins de rappeler ici une exception éditoriale concernant la «culture de l’accueil», mise en scène avec des ours en peluche et des acclamations après l’ouverture des frontières décidée par Merkel. En 2018, Eva Quistorp (photo) — théologienne et autrefois cofondatrice des Verts —, le philosophe et théologien Richard Schröder — ancien président du groupe parlementaire du SPD à la Chambre du peuple librement élue — et Gunter Weißgerber — alors encore membre du SPD — publièrent aux éditions Herder un mémorandum sur la question des réfugiés intitulé Weltoffenes Deutschland? Zehn Thesen, die unser Land verändern (« Une Allemagne ouverte sur le monde ? Dix thèses qui transforment notre pays »).

weltoffenes-deutschland-zehn-thesen-die-unser-land-veraendern-978-3-451-38187-4-54151.jpgIl y était question de la nécessité — également commandée par l’éthique — de tenir compte des limites d'une immigration illimitée. Voir également : https://ulrich-siebgeber.blogspot.com/2018/03/weigerber-schroder-quistorp-10-thesen.html. Dans les milieux de l’Église évangélique en Allemagne (EKD), cet avertissement resta lettre morte. Quiconque aborde aujourd’hui la coresponsabilité des Églises — dont les effectifs diminuent de manière spectaculaire pour de multiples raisons — dans la polarisation croissante de la vie politique et de la société se heurte à une fin de non-recevoir indignée.

Dans son essai, Kielmannsegg relie la question de l’AfD à des problèmes fondamentaux de la théorie démocratique. Il s’agit des contradictions inhérentes à la notion de «souverain» — c’est-à-dire du «peuple» comme source du pouvoir établi — ainsi que de la confiance réciproque entre gouvernants et gouvernés. Le populisme signale la perte de confiance du «peuple» envers le système de pouvoir établi. Voir également H.A. : https://www.globkult.de/geschichte/rezensionen/2488-die-entmachtung-des-demos-in-%E2%80%9Eunserer%E2%80%9C-demokratie.

En ce qui concerne «la troupe» — autrement dit l’AfD —, Kielmannsegg estime que «l’effondrement spectaculaire de la confiance envers l’État, la politique et les responsables politiques, tel qu’il apparaît dans les comportements électoraux, […] reste difficile à comprendre dans son ampleur». Il lui trouve néanmoins une explication dans l’évolution de la CDU, devenue un «parti de l’air du temps» sans profil bien défini.

Les causes de l’essor de l’AfD — qu’il n’est désormais plus possible d’écarter de « notre démocratie » — sont manifestes. Elles apparaissent dans tous les domaines : économie, démographie, infrastructures, éducation et culture. La question de l’immigration demeure au centre. Pendant des décennies — et même après l’ouverture des frontières décidée par Merkel —, aucun débat ouvert sur les graves conséquences de l’«immigration» dans notre «société moderne d’immigration» n’a été mené au sein de l’État dominé par les partis établis; il a été, de fait, étouffé. Lorsque les partis se contentent de défendre leurs parts de pouvoir et leurs prébendes, lorsqu’ils considèrent en définitive le «peuple» comme immature — ou «de droite» — et lorsqu’aucun débat ouvert n’a lieu sur le bien commun et les dangers qui menacent la res publica, il ne s’agit pas d’une démocratie «vécue», mais d’une démocratie paralysée.

Les Alaouites de Syrie n’ont d’autre choix que de résister

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Les Alaouites de Syrie n’ont d’autre choix que de résister

Damir Nazarov

Plus d’un an s’est écoulé depuis les crimes effroyables commis contre les Alaouites par le régime syrien issu d’Al-Qaïda. Ces événements peuvent à juste titre être qualifiés de génocide; selon diverses sources, plus de 2000 personnes ont été tuées. Le génocide s’est produit tout le long de la côte syrienne, de Lattaquié à Tartous, avant de s’étendre à Homs et à Hama.

Naturellement, aucune procédure judiciaire sérieuse ni aucune sanction contre les auteurs de ces crimes n’ont suivi, et il n’y en aura pas. Il est vain d’attendre quoi que ce soit de convenable de tueurs fanatiques imprégnés d’une idéologie takfiriste ou panturquiste — des Turkmènes pro-turcs ayant, eux aussi, participé au massacre. Autre point important: à l’exception de l’Iran et des sionistes, personne n’a condamné les atrocités commises par le régime de Tahrir al-Cham contre les Alaouites. La seule différence est que les Iraniens ont agi selon une logique d’aide aux personnes démunies et opprimées, tandis que le sionisme y a trouvé un terrain propice à ses propres intrigues.

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la persistance de l’absence d’unité au sein de la communauté alaouite. Il est stupéfiant qu’après tout ce qui s’est passé, une grande variété de relais d’intérêts extérieurs et de conformistes désireux de collaborer avec l’ancien régime terroriste d’Al-Qaïda aient émergé au sein de la communauté alaouite. Pour évoquer l’influence étrangère sur celle-ci, il suffit d’énumérer les puissances qui disposent déjà de leurs propres relais parmi les Alaouites de Lattaquié et de Tartous: les sionistes, les Turcs, les Émirats arabes unis, l’Europe et les États-Unis.

L’enjeu principal réside dans la rivalité entre les Turcs et les sionistes, qui ont déjà établi un modèle de coopération avec les clans alaouites. L’objectif des Turcs est de marginaliser politiquement les Alaouites et de les intégrer à leur projet pour la Syrie; celui du sionisme est de diviser la Syrie, l’enclave alaouite devenant alors un État indépendant. Il n’existe aucune présence iranienne officielle, mais plusieurs factions de résistance apparues en réaction locale aux agissements des combattants de Tahrir al-Cham ont déclaré sur les réseaux sociaux leur loyauté envers la République islamique.

Pour l’heure, tous les processus politiques dans la région côtière alaouite ont été suspendus. Cependant, une nouvelle crise engloutira inévitablement cette province et le reste de la Syrie, puisqu’aucun règlement n’a été conclu et qu’aucun ne pourra l’être tant que des bandes takfiristes gouverneront le pays. La situation est compliquée par la présence de traîtres alaouites qui ont choisi de faire cause commune avec les sionistes.

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En définitive, la communauté et l’élite religieuse alaouites sont, dans une certaine mesure, responsables de ne pas s’être préparées à la chute du gouvernement Assad. Pendant les décennies de guerre menée contre la Syrie par les sionistes et les Américains, l’enclave alaouite aurait pu se préparer à la résistance en suivant l’exemple des Houthis au Yémen.

Il est également déconcertant qu’une petite partie des Alaouites tienne l’Iran pour responsable de leur situation dramatique actuelle. Ce groupe se divise en deux catégories: ceux qui estiment que la Syrie n’aurait jamais dû appartenir à l’Axe de la résistance et ceux qui pensent que l’Iran a abandonné les Alaouites syriens à leur sort à l’automne 2024. Bien entendu, ces deux points de vue sont fondamentalement erronés. L’appartenance à l’Axe de la résistance a permis aux Alaouites — ainsi qu’au reste de la Syrie — de survivre à un véritable complot contre la République arabe. La Syrie a tenu bon du mieux qu’elle a pu, en grande partie grâce à l’Iran et à ses alliés. Si Téhéran ne leur était pas venu en aide, les Alaouites auraient été confrontés à un massacre sanglant dès 2013. Il suffit de se rappeler l’incident au cours duquel un combattant syrien a mangé le foie d’un soldat de l’armée syrienne qu’il avait tué — et qui était vraisemblablement alaouite. Ce combattant était classé parmi les «rebelles modérés»; il est terrifiant d’imaginer ce que les djihadistes réservaient aux Alaouites durant ces années. Quant à l’automne 2024, les Iraniens ont ouvertement exprimé leurs griefs à l’égard de l’armée syrienne, qui avait tout simplement abandonné ses positions et dont les soldats s’étaient dispersés pour rentrer chez eux, laissant le pays à son sort. Les Alaouites mécontents de l’Iran devraient plutôt interroger leurs anciens dirigeants: pourquoi, par exemple, le régime baasiste a-t-il empêché pendant toutes ces années le Corps des gardiens de la révolution islamique de mener des actions de rayonnement culturel auprès de la population syrienne, y compris parmi les Alaouites du littoral? Avant de rendre la République islamique responsable de leurs malheurs, il convient d’analyser la situation en profondeur et d’éviter les pièges du sionisme. Allah, Subhanahu wa Ta'ala, a soumis les Alaouites à une épreuve, et désormais tout dépend d’eux.

Aujourd’hui, au cœur des processions de deuil de l’Arbaïn et de la résistance héroïque de l’Iran face aux impérialistes, nous constatons que l’école de l’imam Hussein — que la paix soit sur lui — connaît un immense succès précisément là où elle est pleinement suivie: à Gaza, dans le sud du Liban, en Iran, dans certaines régions d’Irak et au Yémen. Les Alaouites de Syrie ont encore le temps de devenir une force comparable aux Houthis, en puisant leur force dans la voie du troisième imam des chiites — que la paix soit sur lui.

La social-démocratie allemande lutte pour ne pas disparaître

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La social-démocratie allemande lutte pour ne pas disparaître

Source: https://mpr21.info/la-socialdemocracia-alemana-lucha-para...

Le Parti social-démocrate, le plus ancien d’Allemagne, s’enfonce toujours davantage dans la crise. Les électeurs s’en détournent et les dissensions s’accentuent. Des élections doivent avoir lieu en Saxe-Anhalt et les prévisions annoncent la victoire de l’AfD, qualifiée d’«extrême droite».

Ce n’est pas seulement la crise d’un parti, mais celle de l’État allemand édifié dans l’après-guerre et réunifié en 1990. La Saxe-Anhalt illustre l’échec de cette réunification. Le SPD fait partie de la coalition gouvernementale, et le discrédit de Merz et des siens va entraîner dans sa chute les complices du désastre politique et économique allemand. La réforme du système de retraite a provoqué un profond mécontentement au sein d’une population très vieillissante.

Dès le mois de juin, nous annoncions que la social-démocratie était en train de devenir un parti résiduel. Lors des prochaines élections, elle ne devrait recueillir que 7 ou 8% des voix, un pourcentage insignifiant comparé aux 42% de l’AfD. Sa principale inquiétude est qu’elle pourrait tomber sous le seuil des 5%, ce qui l’exclurait du Parlement.

Cependant, la Saxe-Anhalt n’est pas le seul Land où la social-démocratie lutte pour ne pas disparaître. À l’échelle nationale, le parti ne recueille plus que 12% des voix, derrière l’AfD, la CDU/CSU et les Verts.

Dans le Bade-Wurtemberg, le SPD a enregistré son plus mauvais résultat depuis l’après-guerre et n’a réussi qu’à conserver sa représentation au Parlement régional. En Rhénanie-Palatinat, après trente-cinq années au pouvoir, la social-démocratie est arrivée en deuxième position, derrière la CDU. Son résultat électoral a été le plus mauvais de l’histoire de ce Land.

À Berlin, elle végète à la cinquième place avec seulement 12% des voix, tandis que, dans le Land oriental de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, elle pourrait connaître le même sort qu’en Rhénanie-Palatinat: une perte d’influence.

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Une crise existentielle

Selon une analyse de l’institut de sondage Forsa, publiée en novembre dernier, seuls 9% des ouvriers et des électeurs au chômage votent pour le SPD.

Il s’agit d’une crise existentielle. Le SPD est menacé de perdre toute pertinence politique, et les responsables locaux réclament la tenue de réunions afin de changer de cap et de remplacer des dirigeants tels que Bärbel Bas et Lars Klingbeil, qui siègent au sein du gouvernement Merz.

Outre la réforme des retraites, le réarmement a contraint le gouvernement à réduire les aides au logement et les prestations versées en cas d’arrêt maladie. Dans le même temps, l’industrie automobile disparaît et les licenciements dans les principales usines se comptent par milliers.

 

Le «non» de l’Islande à l’UE est une grande leçon pour tous les peuples européens : le peuple, la souveraineté et les pêcheurs l’emportent

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Le «non» de l’Islande à l’UE est une grande leçon pour tous les peuples européens : le peuple, la souveraineté et les pêcheurs l’emportent

Par Luciano Tovaglieri

Source : Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/10790

L’Islande a choisi de rester maîtresse de son propre destin. Lors du référendum du 29 août 2026, 52,8% des électeurs ont rejeté la proposition de reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne, tandis que 47,2% ont voté pour. La participation, qui s’est élevée à 82,5%, a été très forte et confère au résultat une valeur politique et populaire incontestable.

Il convient de préciser que les Islandais n’étaient pas appelés à se prononcer directement sur l’adhésion à l’Union européenne, mais uniquement sur la réouverture des négociations, interrompues depuis plus d’une décennie. En cas de victoire du «oui», l’éventuel accord final aurait été soumis à un second référendum. Pourtant, même cette formulation prudente, présentée par les partisans de l’intégration comme une simple invitation à «voir quelles conditions auraient pu être obtenues», n’a pas réussi à convaincre la majorité.

Le peuple islandais a préféré ne pas même s’engager dans cette voie, conscient que les négociations d’adhésion ne constituent pas une rencontre entre des parties placées sur un pied d’égalité, mais un processus au cours duquel l’État candidat doit progressivement se conformer aux normes et aux politiques définies par Bruxelles.

L’entrée dans l’Union européenne aurait pu se révéler désastreuse pour l’Islande, pour son économie et, surtout, pour le droit des Islandais de décider de manière autonome comment administrer leurs propres ressources.

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Un petit peuple sur un territoire immense

L’Islande est une nation extraordinaire. Elle possède un territoire d’environ 103.000 kilomètres carrés, soit plus du tiers de la superficie de l’Italie, mais ne compte que 400.000 habitants. Elle est donc l’un des pays les moins densément peuplés d’Europe.

Au début de l’année 2025, Reykjavík, la capitale, comptait environ 139.000 habitants, soit à peu près autant que Rimini. L’ensemble de l’agglomération de la capitale regroupe environ 245.000 personnes, soit près des deux tiers de la population islandaise.

Ces chiffres permettent de comprendre la nature particulière de l’Islande: une petite communauté nationale dispersée sur un territoire immense, façonnée durant des siècles par la mer, le climat, l’isolement géographique et la nécessité d’administrer ses ressources naturelles avec une extrême prudence.

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Pour les Islandais, la pêche n’est pas seulement un secteur économique. Elle fait partie de leur histoire, de leur identité et de la survie même de la nation. Selon les données citées au cours de la campagne référendaire, le secteur de la pêche contribue de manière décisive à l’économie du pays et génère environ 40% de ses recettes d’exportation.

Céder ne serait-ce qu’une partie du contrôle des eaux territoriales et de la gestion des quotas de pêche aurait donc signifié placer entre les mains des institutions européennes l’un des principaux instruments de l’indépendance islandaise.

La révolte des pêcheurs contre Bruxelles

Il n’est pas surprenant que la plus forte opposition à la réouverture des négociations soit venue des communautés côtières, des pêcheurs, des agriculteurs et des zones rurales.

Une éventuelle adhésion aurait impliqué de se confronter à la politique commune de la pêche de l’Union européenne, fondée sur la gestion communautaire des ressources halieutiques et sur la répartition des possibilités de pêche entre les États membres. Les opposants craignaient que l’Islande ne soit contrainte d’accepter des compromis concernant l’accès à ses eaux et les quotas de capture.

Les partisans du «oui» répondaient que Reykjavík aurait pu négocier des dérogations et des conditions particulières.

Mais pourquoi un peuple devrait-il remettre à Bruxelles une compétence qu’il exerce aujourd’hui pleinement, puis compter sur la bienveillance des négociateurs européens pour en récupérer au moins une partie?

imagcodwes.jpgLes Islandais connaissent bien la valeur de leurs eaux. Entre les années 1950 et 1970, ils ont même affronté le Royaume-Uni lors des «guerres de la morue» afin d’étendre et de défendre leur zone de pêche. Il aurait été paradoxal de conquérir cette indépendance face à une grande puissance maritime pour la remettre ensuite en cause en entrant dans l’Union européenne.

Pour un pêcheur d’un petit port islandais, l’autonomie n’est pas une notion abstraite. Elle signifie le travail, le revenu, la pérennité des communautés locales et la possibilité de transmettre à ses enfants un métier et un patrimoine national.

Reykjavík contre l’Islande profonde

Le vote a révélé une nette fracture territoriale. Reykjavík a été la seule région du pays dans laquelle la réouverture des négociations a obtenu la majorité: le «oui» a atteint 57,5% dans la circonscription nord de la capitale et 54,5% dans la circonscription sud.

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Dans toutes les autres circonscriptions, le «non» l’a emporté. Il a atteint 62,9% dans les régions du Nord-Ouest, 61,2% dans celles du Nord-Est et environ 60% dans le Sud. Même la circonscription du Sud-Ouest, qui comprend les villes entourant la capitale, a rejeté la proposition à 53%.

Le contraste est manifeste.

La capitale concentre les services à forte valeur ajoutée, l’administration publique, la finance, les universités, les activités internationales et les secteurs les plus étroitement liés aux grandes entreprises européennes et mondiales. Dans les régions périphériques, en revanche, la vie économique et sociale demeure davantage tributaire de la pêche, de l’agriculture, de l’élevage et du rapport direct avec le territoire.

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Il s’agit d’une polarisation que l’on observe désormais dans de nombreuses nations occidentales. Les capitales et les métropoles, davantage intégrées aux réseaux financiers, culturels et professionnels transnationaux, ont tendance à considérer plus favorablement le mondialisme, l’effacement progressif des frontières et une société toujours plus déracinée et métissée. Les communautés rurales, les petites villes et les périphéries géographiques perçoivent en revanche plus clairement la valeur de l’identité, des traditions, de la souveraineté et du contrôle des ressources nationales.

Naturellement, un référendum sur l’Union européenne ne saurait être automatiquement interprété comme un vote sur l’immigration ou sur tous les aspects de la mondialisation. Mais la fracture territoriale apparue en Islande s’inscrit incontestablement dans une tendance beaucoup plus large: ceux qui vivent directement du territoire comprennent plus aisément que la souveraineté et l’identité ne sont pas des mots appartenant au passé, mais des conditions indispensables à la construction de l’avenir.

L’Islande est déjà intégrée à l’Europe

La propagande européiste a tenté de faire croire qu’en refusant la réouverture des négociations, l’Islande risquait de se retrouver isolée. Rien ne saurait être plus éloigné de la réalité.

L’Islande appartient à l’Association européenne de libre-échange, l’AELE, et participe depuis 1994 à l’Espace économique européen. Elle a donc accès au marché unique et bénéficie de la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes. Elle fait également partie de l’espace Schengen et entretient des relations économiques et commerciales très étroites avec l’Union européenne. L’UE est déjà son principal partenaire commercial.

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L’Islande a ainsi obtenu presque tous les avantages pratiques de la coopération européenne sans être un État membre de l’Union et, surtout, sans avoir cédé à Bruxelles le contrôle intégral de la pêche, de l’agriculture, de la politique commerciale et d’autres secteurs stratégiques.

Il est vrai que, par l’intermédiaire de l’Espace économique européen, Reykjavík reprend une part importante des normes européennes relatives au marché intérieur sans participer pleinement à leur élaboration. C’est l’un des arguments invoqués par les partisans de l’adhésion. Mais devenir l’un des membres les moins peuplés de l’Union n’aurait certainement pas conféré à l’Islande un poids décisif dans les décisions de Bruxelles. En revanche, cela aurait étendu l’ingérence européenne précisément aux domaines qui restent aujourd’hui le plus largement placés sous contrôle national.

Couronne islandaise, euro et autonomie économique

Les partisans du « oui » citaient, parmi les avantages possibles, une plus grande stabilité économique, des taux d’intérêt plus bas et la perspective d’adopter l’euro à l’avenir. La couronne islandaise, en tant que monnaie d’une économie de très petite taille, peut en effet subir de fortes fluctuations et contribuer aux pressions inflationnistes.

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Mais une monnaie nationale constitue également un instrument d’autonomie. Lors de la crise financière de 2008, l’Islande a pu dévaluer la couronne, imposer des contrôles sur les capitaux, restructurer son système bancaire et suivre une voie différente de celle imposée par l’Union européenne à ses États les plus endettés.

L’adoption de l’euro aurait pu réduire le risque de change et faciliter certaines opérations commerciales, mais elle aurait également privé l’Islande de sa propre politique monétaire. Les décisions relatives aux taux d’intérêt auraient été prises par la Banque centrale européenne en fonction des besoins généraux de la zone euro, et non de ceux, particuliers, d’une île de 400.000 habitants située dans l’Atlantique Nord.

Une fois encore, les avantages promis étaient donc partiels et discutables, tandis que l’abandon de souveraineté aurait été bien réel.

L’échec du projet européiste

Le résultat du référendum constitue un grave revers politique pour le gouvernement et pour ceux qui souhaitaient ramener l’Islande sur la voie de l’adhésion. Ils avaient présenté le vote comme un choix prudent, affirmant que la réouverture des négociations n’aurait nullement obligé le pays à entrer dans l’Union. Ils avaient invoqué l’instabilité internationale, les tensions dans l’Arctique, les avantages de l’euro et la protection que Bruxelles aurait pu offrir.

La majorité des Islandais ne s’est pas laissé convaincre. Elle a compris que la coopération entre les peuples européens n’exige pas nécessairement la subordination à un appareil supranational. Il est possible de commercer, de voyager, de coopérer et d’affronter ensemble des problèmes communs sans confier à des autorités lointaines le contrôle de ses eaux, de son économie et de son avenir.

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Le peuple islandais n’a pas voté contre l’Europe. Il a voté contre la transformation de l’Europe en un système centralisé réduisant progressivement l’autonomie des nations.

Le message venu de l’Atlantique Nord constitue donc une leçon pour tous les peuples européens: une nation peut être petite par le nombre de ses habitants et se montrer en même temps grande dans la défense de sa liberté.

L’Islande a choisi de rester islandaise. Et nous saluons avec joie un peuple qui a su défendre sa mer, son travail et son droit d’être maître chez lui.

Vive l’Islande, vive l’Italie, et à bas le pouvoir usurocratique et mondialiste de l’Union européenne !

mardi, 01 septembre 2026

L'insurrection écossaise de 1820

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L'insurrection écossaise de 1820

par Troy Southgate

Source: https://www.facebook.com/troy.southgate

À la fin du XVIIIe siècle, les artisans écossais se trouvaient dans une situation où ils avaient été autorisés à déterminer eux-mêmes leurs horaires de travail. Connue sous le nom de « commission », cette évolution avait permis aux forgerons, charrons, tisserands et cordonniers d’organiser leur journée de travail de manière à disposer de suffisamment de temps libre pour se consacrer à leur instruction.

Cet état de fait résultait des efforts de l’Église presbytérienne d’Écosse, relativement libérale, qui estimait que les hommes et les femmes devaient atteindre un niveau d’alphabétisation leur permettant de porter des jugements rationnels. Cependant, une fois que ces artisans eurent pris connaissance des droits dont bénéficiaient les travailleurs dans d’autres pays, en particulier dans le sillage des révolutions américaine et française qui avaient marqué la fin du XVIIIe siècle, ils s’engagèrent activement dans l’ensemble du mouvement radical. Thomas Paine (1737-1809) comptait parmi leurs principales influences. Dans son ouvrage de 1791, The Rights of Man, il avait préconisé la rébellion dans les cas où un gouvernement ne représente pas la volonté de son peuple. Et ce, à une époque où seul un Écossais sur 250 avait le droit de vote.

Thomas_Fyshe_Palmer.jpgEntre 1792 et 1793, la Société écossaise des Amis du peuple organisa une série de « conventions », et nombre de ses principaux militants furent bientôt arrêtés puis déportés de force vers des colonies pénitentiaires d’outre-mer. En 1793, par exemple, un pasteur de l’Église unitarienne, Thomas Fyshe Palmer (1747-1802) (portrait, ci-contre), de Dundee, fut condamné à sept ans de déportation pour avoir diffusé de la propagande réformiste.

Dans le même temps, plusieurs militants des Amis de la liberté de Dundee — Thomas Muir (1765-1799), William Skirving (1745-1796), Maurice Margarot (1745-1815) et Joseph Gerrald (1763-1796) — furent également déportés pour activités subversives. Cinq ans plus tard, en 1798, un tisserand politisé du nom de George Mealmaker (1768-1808) fut à son tour envoyé dans la colonie pénitentiaire de Nouvelle-Galles du Sud.

Au cours de la première décennie du siècle suivant, entre 1800 et 1808, les revenus des tisserands écossais furent, de fait, réduits de moitié. En 1812, ils menèrent une campagne en faveur d’une augmentation des salaires, qui leur fut accordée par les magistrats locaux. Cela n’empêcha toutefois pas leurs employeurs de refuser d’appliquer le nouveau salaire commun, si bien que le Comité national des sociétés syndicales écossaises appela à la grève. Le gouvernement infiltra alors ces sociétés afin de tenter de mettre un terme aux troubles.

En 1816, après que les guerres napoléoniennes eurent dévasté l’économie européenne, la population écossaise se retrouva dans une situation de plus en plus misérable et accablante. Une foule immense de 40.000 Écossais s’était rassemblée sur Glasgow Green pour réclamer une représentation politique accrue ainsi que l’abrogation des Corn Laws, qui imposaient des restrictions aux importations de denrées alimentaires et de céréales, entraînant ainsi une hausse générale des prix alimentaires. À la suite de ce rassemblement, des agents provocateurs du gouvernement veillèrent à ce que les principaux meneurs soient accusés de « conspiration » et traînés devant les tribunaux au cours des mois qui suivirent.

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Lorsque le massacre de Peterloo donna lieu à des émeutes et à une répression brutale de la part de l’État dans la ville de Manchester au cours de l’été 1819, les radicaux écossais manifestèrent leur soutien à leurs homologues anglais, et 5000 d’entre eux descendirent dans la rue. Malgré les efforts de la cavalerie pour disperser les foules, une série de réunions de protestation se tinrent dans les bastions du tissage de Stirling, de l’Airdrie, du Renfrewshire, de l’Ayrshire et du Fife.

George_Kinloch.jpgÀ la mi-décembre de la même année, le réformateur politique et député George Kinloch (1775-1833) (portrait) fut pris pour cible par les autorités pour avoir organisé une réunion de grande ampleur sur Magdalen Green, à Dundee. Il parvint à s’échapper et finit par s’enfuir à l’étranger.

La classe dirigeante écossaise craignant que l’esprit insurrectionnel des révolutions américaine et française ne gagne les rivages britanniques, des régiments de volontaires furent recrutés dans les Lowlands et les Scottish Borders. Les tisserands ne se laissèrent néanmoins pas décourager et constituèrent un Comité radical de vingt-huit membres, chargé d’organiser un gouvernement provisoire élu par des délégués issus des sociétés professionnelles locales. Un certain John Baird (1790-1820) dispensa également une formation militaire, conférant ainsi aux événements une dimension véritablement militante.

Le 21 mars 1820, peu après que la prétendue conspiration de Cato Street eut ébranlé Londres, les dirigeants du Comité radical se réunirent dans une taverne de Glasgow, où ils furent arrêtés par des agents du gouvernement.

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La police de la ville annonça que les personnes appréhendées au cours de cette descente avaient : « avoué leur audacieux complot visant à séparer le royaume d’Écosse de celui d’Angleterre et à rétablir l’ancien Parlement écossais […] Si l’on concevait un plan permettant d’attirer les mécontents hors de leurs repaires — en leur faisant croire que le jour de la “liberté” était arrivé —, nous pourrions les surprendre au-dehors et sans défense […] peu de gens sont au courant de l’arrestation des dirigeants […] de sorte qu’aucun soupçon ne pèserait sur le plan. Nos informateurs ont infiltré les comités et l’organisation des mécontents et, dans quelques jours, vous pourrez juger des résultats. »

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Malgré ce revers temporaire, les principaux agitateurs qui s’imposèrent alors étaient des tisserands tels que John King et John Craig, un ferblantier du nom de Duncan Turner et un Anglais connu seulement sous le nom de «Lees». Ce fut Turner qui annonça publiquement la formation d’un gouvernement provisoire. Lui et ses camarades exhortèrent leurs partisans à fabriquer autant de hampes de pique que possible et à se préparer au combat.

À l’arrivée du mois d’avril, la proclamation officielle du groupe — signée le premier jour du mois — avait été placardée dans les rues de Glasgow. C’était un appel aux armes plein de défi: «Amis et compatriotes! Sortez de cet état de torpeur dans lequel nous sommes plongés depuis tant d’années. Acculés par l’extrémité de nos souffrances et par le mépris avec lequel ont été accueillies nos pétitions demandant réparation, nous sommes enfin contraints de faire valoir nos droits au péril de notre vie».

La proclamation expliquait ensuite que les radicaux prenaient les armes afin d’obtenir réparation de leurs griefs communs et que ses auteurs réclamaient l’égalité des droits. En outre, ils n’étaient pas disposés à céder devant la répression gouvernementale: «La liberté ou la mort est notre devise, et nous avons juré de rentrer chez nous en triomphateurs — ou de ne jamais y revenir […] nous demandons instamment à tous de cesser le travail à compter de ce jour, premier avril, jusqu’à ce que nous soyons en possession de ces droits […] Afin de montrer au monde que nous ne sommes pas cette populace sans foi ni loi et sanguinaire que nos oppresseurs voudraient faire croire aux classes supérieures que nous sommes, mais bien un peuple courageux et généreux, déterminé à être libre. Britanniques — Dieu — la Justice — les vœux de tous les hommes de bien sont avec nous. Unissons-nous et faisons-en une seule et juste cause, et les nations de la terre salueront le jour où l’étendard de la liberté sera dressé sur son sol natal».

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Le 3 avril, le lendemain, des grèves éclatèrent dans les principales communautés de tisserands du Stirlingshire, du Dunbartonshire, du Renfrewshire, du Lanarkshire et de l’Ayrshire, mobilisant le nombre stupéfiant de 60.000 travailleurs. Des exercices militaires se déroulaient également dans tout le centre de l’Écosse, tandis que des hommes constituaient des réserves de piques, de poudre à canon et d’armes diverses. En outre, une rumeur prétendait qu’Étienne Jacques Joseph Alexandre MacDonald (1765-1840), premier duc de Tarente et vétéran des guerres de la Révolution française et des guerres napoléoniennes, avait rassemblé une armée de 50.000 soldats français dans les Campsie Fells. Comme on pouvait s’y attendre, cette affirmation était totalement fausse.

Les troupes gouvernementales se préparaient elles aussi au pire. La Rifle Brigade, le 83e régiment d’infanterie, les 7e et 10e régiments de hussards ainsi que les Glasgow Sharpshooters étaient tous prêts à entrer en action. John Craig, l’un des radicaux les plus en vue, avait l’intention de prendre le contrôle des forges de la Carron Company, à Falkirk, mais il fut appréhendé par un détachement de hussards. Lorsqu’il fut traduit devant le tribunal, cependant, le magistrat s’avança pour payer l’amende à sa place.

Le 4 avril, lorsque Duncan Turner conduisit soixante hommes vers les mêmes forges, beaucoup perdirent courage en chemin. Le lendemain, cependant, un homme du nom d’Andrew Hardie emmena vingt-cinq autres hommes à Carron. À l’insu des radicaux, seize hussards et seize cavaliers de la Yeomanry avaient quitté Perth et se dirigeaient eux aussi vers les forges. Comme le rapporta un journal: «En apercevant cette force, les radicaux poussèrent des acclamations et avancèrent vers un mur, par-dessus lequel ils commencèrent à tirer sur les militaires. Les soldats ripostèrent alors par quelques coups de feu et, au bout d’un certain temps, la cavalerie franchit une ouverture dans le mur et attaqua le groupe, qui résista jusqu’à ce qu’il soit submergé par les troupes. Celles-ci réussirent à faire dix-neuf prisonniers, qui sont détenus au château de Stirling. Quatre des radicaux furent blessés».

Malgré le faible nombre de radicaux impliqués, les autorités craignaient néanmoins que l’insurrection ne commence à se propager dans toute l’Écosse. Les individus surpris en possession d’armes à Duntocher, Paisley et Camelon furent donc arrêtés. Dans l’après-midi du 5 avril, Lees ordonna à son propre groupe de radicaux d’aller rejoindre le politicien sympathisant George Kinloch et une autre force importante. Mais lorsqu’ils apprirent qu’une embuscade était possible, ils retournèrent à Strathaven. Cela n’empêcha pas dix de leurs partisans d’être arrêtés et incarcérés deux jours plus tard. Lorsque d’autres meneurs furent arrêtés et conduits à travers les rues jusqu’à Greenock, l’escorte pénitentiaire fut attaquée par des habitants favorables à la cause radicale. Un détachement de volontaires fut contraint de tirer en l’air afin de disperser une foule nombreuse de manifestants, mais ceux-ci les attaquèrent à coups de pierres et de bouteilles.

Malheureusement, environ dix-huit manifestants furent abattus. Parmi les victimes figuraient un enfant de huit ans et une femme âgée de soixante-cinq ans.

6-James-Wilson-copy-for-web.jpgAu cours d’une série de procès-spectacles, quatre-vingt-huit hommes furent accusés de trahison. Un révolutionnaire du nom de James Wilson (1760-1820), également connu sous le nom de « Purlie Wilson » (portrait), fut pendu puis décapité devant une foule de 20.000 personnes. Le 8 septembre, Hardie et Baird furent exécutés à Stirling. Depuis l’échafaud, ce dernier déclara : « Bien qu’en ce jour nous mourions d’une mort infamante en vertu de lois injustes, notre sang, qui dans quelques minutes coulera sur cet échafaud, criera vengeance vers le ciel ; puisse-t-il contribuer à la prompte délivrance de nos compatriotes affligés. »

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Leur décapitation fut la dernière exécutée par décision judiciaire dans les îles Britanniques. D’autres furent condamnés à la déportation en Australie: Thomas McCulloch, John Barr, William Smith, Benjamin Moir, Allan Murchie, Alexander Latimer, Andrew White, David Thomson, James Wright, William Clackson, Thomas Pike, Robert Gray, James Clelland, Alexander Hart, Thomas McFarlane, John Anderson, Andrew Dawson, John McMillan et Alexander Johnstone. Heureusement, en 1835, ils ont tous été graciés.

Après l’insurrection écossaise de 1820, toute nouvelle rébellion fut fortement découragée, et même ceux qui n’avaient pris part qu’à des incidents mineurs — tels que la fabrication d’armes — furent punis d’une manière ou d’une autre. Ce ne fut qu’en 1832 que le Scottish Reform Act permit enfin l’élection du premier député de Glasgow. Mais la véritable victoire résidait dans le renouveau d’une identité écossaise commune qui avait été écrasée à Culloden et à Glencoe au cours des deux siècles précédents, mais qui rassemblait désormais la population d’un bout à l’autre du pays.

Lectures complémentaires:

Cameron, A. D. ; Living in Scotland, 1760-1820 (Oliver & Boyd, 1969).

Dodgshon, Robert A. ; From Chiefs to Landlords: Social and Economic Change in the Western Highlands and Islands, 1493-1820 (Edinburgh University Press, 1998).

Mac A’Ghobhainn, Seumas et Ellis, Peter Berresford ; The Radical Rising: The Scottish Insurrection of 1820 (John Donald, 2001).

Pentland, Gordon ; Radicalism, Reform and National Identity in Scotland, 1820-1833 (Royal Historical Society, 2008).

Pentland, Gordon ; Spirit of the Union: Popular Politics in Scotland, 1815-1820 (Pickering & Chatto, 2011).

Prebble, John ; The King’s Jaunt: George IV in Scotland, August 1822 ‘One and Twenty Daft Days’ (Birlinn Publishers, 2000).

Smout, T. C. ; A History of the Scottish People 1560-1830 (Fontana, 1985).

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Avortement, euthanasie, dépopulation Les humains servent-ils encore à quelque chose?

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Avortement, euthanasie, dépopulation
Les humains servent-ils encore à quelque chose?

LGBTQIA2S+

npr.brightspotcdn.jpgUne loi qui ne fait pas l’unanimité vient d’être promulguée ce lundi 10 août 2026, aux États-Unis par Maura Healey (photo) qui s’est distinguée en étant élue « gouverneure » d’un État emblématique des États-Unis, le Massachussetts, emblématique car les côtes de cet État ont accueilli en 1620 les premiers « Américains » qui, venant d’Angleterre, ont débarqué du mythique Mayflower.

En réalité, ce n’est pas le fait que ce gouverneur(e) soit une femme que les médias américains (démocrates) ont salué avec enthousiasme, c’est son appartenance au mouvement LGBT car cette dame est une lesbienne ouvertement déclarée et militante.

Cette loi « supprime les restrictions jusqu’ici applicables aux avortements à partir de 24 semaines de grossesse. Le texte, qui entrera en vigueur dans 90 jours, ne fixe plus de limite gestationnelle maximale et confie la décision au médecin […]. Cette loi prévoit désormais simplement qu’ʺun avortement peut être pratiqué par un médecin sur la base de son jugement professionnelʺ.

Le texte ne fixe donc plus de terme maximal explicite : un avortement pourra être pratiqué à un stade très avancé de la grossesse, y compris jusqu’à son terme, sans devoir répondre à l’un des critères médicaux auparavant inscrits dans la loi, dès lors qu’un médecin l’estime justifié au regard de son jugement professionnel. » (Le Figaro du 13 août 2026).

Les objections à cette loi proviennent, certes, des mouvements catholiques pro-vie mais aussi de personnalités de bon sens qui jugent qu’elle n’était pas nécessaire ni justifiée. En effet, la panoplie des mesures concernant l’avortement aux États-Unis est suffisamment complet pour ne pas en rajouter ; quasiment tous les cas de danger sanitaire à venir pour l’enfant ou de risque pour la mère ont été identifiés et leurs réponses médicalement programmées.

Il faut bien comprendre que l’idéologie de ces individus invertis regroupés dans l’appellation générique LGBT n’a jamais été, en prônant l’avortement jusqu’à ses dernières extrémités, l’amélioration de la race humaine, comme on améliore les races de chiens ou de chevaux. Ce ne sont pas des eugénistes disciples d’Alexis Carrel.

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Dr Alexis Carrel
(28 juin 1873 – 5 novembre 1944)

Ils ne s’intéressent guère non plus à la préservation de la santé de l’enfant à naître ou de celle de la mère biologique ; ces gens sont des idéologues militants qui poursuivent un but bien précis, ce ne sont pas des bienfaiteurs de l’humanité.
Il faut bien considérer que pratiquer l’ablation de ses organes génitaux parce qu’on considère qu’ils ne correspondent pas à ses choix de vie ou à ses « sentiments » (sic) n’est pas la meilleure solution pour engendrer. Mais la préservation de l’espèce humaine est le dernier de leurs soucis.

Cela dit, en évoquant le sigle LGBT, j’étais en retard de quelques tramways.
J’ai bien fait de consulter le dictionnaire ; en vérité, dès que vous ouvrez internet pour une quelconque recherche, vous ne tombez pas sur le Larousse, vous avez accès désormais à une I.A. programmée par l’Ordre mondial qui vous « oriente » derechef vers ce qu’il convient de penser; et si l’I.A. détecte que vous avez des velléités déviationnistes, elle vous assène sans ménagement la consultation de l’AFP factuel qui est le Ministère de la Vérité en France, comme dans 1984 ou Le Meilleur des Mondes.

Tombant de Charybde en Scylla, voici donc ce qu’il faut savoir, pardon, ce qu’il faut penser :
« Le sigle LGBTQIA2S+ (le sigle s’est bien allongé : on n’arrête pas le progrès, NDLR) est un acronyme qui désigne la diversité des orientations sexuelles, des romantismes (resic), des identités de genre et des caractéristiques sexuelles. Chaque lettre représente une composante spécifique de cette communauté. Cette vidéo explique pourquoi l’utilisation précise des mots LGBTQIA2S+ favorise l’inclusion et aide à faire reculer les discriminations ».
Je vous fais grâce de la vidéo présentée par un couple, des jumeaux, dont la femme est lesbienne et l’homme homosexuel.

imalwges.jpgEn France, la loi Veil

Je rappelle que la loi sur l’avortement promulguée le 17 janvier 1975 par Simone Veil, alors ministre de la Santé de Giscard d’Estaing, loi qui porte son nom, a été inscrite dans la Constitution française le 4 mars 2024(1).

Cette loi n’a pas permis à 10 millions d’enfants français de voir le jour, à raison de 200 000 avortements par an en moyenne depuis 1975. Terrible et fâcheuse coïncidence : cette loi est contemporaine du décret autorisant le regroupement familial des immigrés.

Mais l’introduction de cette loi scélérate dans la Constitution n’a pas suffi à nos dirigeants fossoyeurs : Simone Veil est entrée solennellement au Panthéon le 1er juillet 2018, avec les restes de son mari, Antoine Veil, lors d’une cérémonie nationale présidée par Emmanuel Macron.

Cette même Simone Veil aurait fourni des organes de patients français à l’État d’Israël (comme si, en France, on n’en avait pas besoin), comme l’affirme cet article d’un journal israélien, Israël Valley : « Disparition de Simone Veil. Beaucoup d’Israéliens lui doivent la vie » par Daniel Rouach, article du 30 juin 2017 : « Juive de cœur et soutien permanent à Israël et au sionisme, Simone Veil est décédée ce vendredi matin à 89 ans. En Israël une grande tristesse touche les franco-israéliens qui l’ont connue. Très peu de personnes le savent : elle avait signé lors de son passage au ministère de la Santé un accord franco-israélien de dons d’organes. En effet, Israël manquait cruellement de donneurs. Cet accord réel mais appliqué avec une très grande discrétion aura permis à de nombreux israéliens de rester en vie(2). »

Le but véritable: la dépopulation

La loi prônée puis promulguée par Maura Healey ne prévoit aucun garde-fou, n’importe quel médecin peut signer l’arrêt de mort de l’enfant.

Cette loi, vous l’avez compris, n’est pas faite dans l’esprit bienveillant d’améliorer le sort de l’espèce humaine, dans un monde où le bon sens aurait encadré sa prolifération pour permettre à chacun de s’épanouir dans un vivre-ensemble où tous les peuples seraient frères.

Non, ce n’est pas le but des satano-mondialistes : cette disposition entrerait plutôt dans le cadre du panel de mesures mises subrepticement en place par le Gouvernement mondial qui sont destinées à organiser et favoriser la réduction des populations(3) comme la loi sur l’euthanasie qui vient d’être adoptée en France.

Il faut regarder ce projet monstrueux de dépopulation en prenant en compte trois postulats :

1- Nos gouvernants ne veulent pas notre bien, ils ne sont pas bienveillants à notre égard, ils veulent nous voir disparaître tout simplement parce qu’ils n’ont pas besoin de nous, humains.

2- À chaque fois qu’ils mettent en place des mesures du type de celle qu’a prise la gouverneure du Massachussetts, ces mesures sont dites exceptionnelles mais disparaissent rapidement pour atteindre leur véritable objectif: notre élimination, partielle ou totale, selon l’utilité que nos dirigeants ont de nos vies. Ce qui peut apparaître comme une sorte de scrupule n’est en fait qu’un gros mensonge destiné à ne pas provoquer une réaction trop vive des populations. Je rappelle que la quasi-totalité de nos dirigeants sont des psychopathes qui n’ont aucune empathie pour qui que ce soit, sauf pour eux-mêmes.

François Asselineau a bien compris qu’il existait une menace de voir ces bonnes résolutions mises rapidement au panier, il nous en donne un exemple mais ils sont nombreux : « Cette loi n’est pas seulement d’une extrême cruauté, puisqu’elle autorise à tuer un être humain quelques instants avant sa naissance. La loi du Massachusetts marque une nouvelle étape vers le retour à la barbarie antique, au fur et à mesure que s’estompent les valeurs du christianisme. Elle est concomitante des projets de loi autorisant la GPA, qui ouvrirait la voie à l’achat de bébés sur catalogue et à la marchandisation des êtres humains. »

La loi sur l’euthanasie en France entre également dans ce cadre : cette loi récente, votée par tous les partis de l’Assemblée, a été approuvée par le Conseil constitutionnel le 14 août 2026 avec certaines réserves : « Le Conseil constitutionnel a validé ce vendredi 14 août l’ensemble de la loi créant un droit à l’aide à mourir, qui légalise sous conditions une forme d’assistance au suicide voire d’euthanasie, jugeant toutefois nécessaire de préciser dans la pratique l’application de certaines dispositions.[…] Au niveau individuel, l’institution présidée par Richard Ferrand estime que la clause de conscience ne s’appliquera pas seulement aux soignants appelés à participer à l’acte, mais également aux pharmaciens qui refuseraient de préparer le produit létal. » (Sud-Ouest du 14 août 2026)

Évidemment, comme pour les autres dispositions concernant ces problèmes d’éthique que nous avons évoqués plus haut, la loi, à peine adoptée, a déjà ses dérapages, tel cet homme qui, réveillé d’un long coma, réclame son droit à la vie : Le Conseil d’État valide l’arrêt des traitements d’un patient conscient, malgré ses directives anticipées (Réseau international du 26 juillet 2026)
« Réveillé de son coma après des mois de réanimation à la Pitié-Salpêtrière, un homme réclame ce que la médecine s’apprête à lui refuser : continuer à vivre. Ses proches décrivent un patient lucide et déterminé, porteur de directives anticipées explicites en ce sens (on se demande bien du coup à quoi elles peuvent servir ces directives !). Pourtant, le 20 juillet dernier, le Conseil d’État a validé la décision de l’équipe médicale d’arrêter ses traitements actifs, un choix qui évoque le débat sur le droit de laisser mourir. L’hôpital invoque ʺl’obstination déraisonnableʺ, une notion inscrite dans le code de la santé publique depuis la loi Leonetti de 2005. »

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3- Nous avons affaire à une caste qui est investie d’une idéologie satanique ou supra-humaine, comme on est investi par un corps ou un esprit étranger et qui, donc, n’a aucune espèce de retenue, parce qu’elle est elle-même manipulée et qu’elle ne maîtrise pas ses actions à venir.

Si vous n’arrivez pas à assimiler ces trois premiers critères, regardez ce qui se passe autour de vous et comprenez l’actualité : tout concourt d’une manière parfaitement cohérente à réaliser le but final de l’éradication de la population planétaire :
• ils détruisent systématiquement l’espèce humaine en faisant en sorte que les genres n’existent plus et ne puissent plus assurer la pérennité de l’espèce.
• Le patrimoine, l’œuvre des hommes, est complètement nié, détruit, brûlé (comme les églises et nos monuments) voué à l’abandon ou remplacé par des structures artificielles.
• La beauté du monde est peu à peu effacée, jusqu’à nos paysages, nos vieux villages, tout ce qui appartient au domaine de l’art, de la culture, de la musique, de la spiritualité, qui est harmonieux, qui apaise et nourrit nos sens est systématiquement remplacé par la laideur, le bruit, la vulgarité, la matérialité, le clinquant.
• Toutes les belles valeurs qui ont construit notre monde depuis des millénaires sont systématiquement inversées, moquées, violées, souillées.
• Les animaux et la nature, nos campagnes françaises où vivent encore 500.000 paysans et 250.000 ouvriers agricoles attachés à leur terre, sont systématiquement éradiqués, détruits, brûlés, chassés, persécutés, pour remplacer le tout par des robots, des usines, des espaces artificiels, où pas un humain ne pourra vivre sans être lui-même transformé en robot.
• Un déchaînement de barbarie, sur fond de guerres, de génocides, de destructions des villes, des cultures, est en cours sur plusieurs régions de notre planète et nos dirigeants en sont complices, au moins par leur silence : l’américano-sionisme attaque la terre entière, le pédo-satanisme qui lui est concomitant, envahit le monde.
• Quel humain normal accepterait de vivre sur une planète devenue un enfer ? si ce n’est le Diable lui-même, qui n’est pas humain.
• Tatiana Ventôse a dressé un bilan sans concession de la situation française après les terribles incendies qui ont dévasté cet été certaines régions françaises, la région de Bordeaux, la Drôme, le Var…: elle évoque une France envahie par toutes les multinationales du monde qui pillent et détruisent notre pays vendu au plus offrant sous un titre sans équivoque, La politique de la terre brûlée: après les flammes, des panneaux solaires et des data centers.

Une hypothèse qui est peut-être « excentrique » mais cohérente

Vous le savez, je me suis nourri dans ma prime jeunesse d’ouvrages de fantastique et de science-fiction qui permettaient à mon esprit imaginatif de s’évader du réel qui était pour moi, à l’époque, difficile. Je vais ici émettre une idée qui provient de cet état d’esprit rêveur mais qui possède l’avantage d’expliquer les événements invraisemblables qui affectent notre vie de tous les jours.
Le mot « excentrique(4) » est celui qui convient exactement à ce que je veux dire : l’Homme n’est plus le centre du monde mais, de même, la Terre n’est plus le centre de l’univers. Nous sommes sous la dépendance de forces qui viennent peut-être d’autres mondes.

Je n’ai personnellement jamais pensé que notre planète était la seule à accueillir une vie dans l’univers et j’ai toujours imaginé que le cosmos était peuplé de toutes sortes de races extra-terrestres, certaines bienveillantes et d’autres maléfiques.

Constatant que nos élites mondialistes sont en train de transformer consciemment et volontairement notre planète en un lieu inhabitable, prenant en compte le fait qu’elles-mêmes ne pourraient vivre dans un monde qu’elles auraient rendu invivable,
il faut en déduire ceci qui est l’explication la plus simple, la plus logique et la plus cohérente de ce qui se passe :

• soit nos « élites » ne sont elles-mêmes pas humaines, et reçoivent des consignes d’entités qui ne vivent pas sur notre planète,
• soit elles sont humaines, mais sous le joug de ces entités supra-humaines qui utilisent notre planète comme un réservoir de denrées plus ou moins périssables pour leurs besoins, alimentaires ou autres, comme l’araignée ou l’ours qui se nourrissent de leur proie en la gardant vivante tant que ses organes vitaux n’ont pas été entamés.

Je ne peux me résoudre à considérer comme d’essence humaine ce degré de sauvagerie et d’ignominie tel qu’on l’a vu et qu’on le voit par exemple à Gaza, en Cisjordanie et au Liban pratiquées sur des êtres humains et des animaux innocents par l’armée d’un État souverain, tel qu’il en ressort des tortures infligées à de jeunes enfants par nos « élites » impliquées dans l’affaire Epstein, ou bien, faut-il envisager qu’à un certain moment, certains humains se seraient mélangés à certaines espèces extra-terrestres pour lesquelles nous ne serions que du bétail ?

Vous pouvez prendre cette hypothèse comme la lecture d’une page de science-fiction ; mais considérez que la plupart des œuvres de science-fiction ont été des œuvres de visionnaires et se sont avérées et même dépassées dans la plupart des cas.

Et nous pouvons aussi revenir à une période plus courte pour faire un parallèle : la quasi-totalité des avertissements prodigués par les « complotistes » ou les « conspirationnistes » il y a 5, 10, 15 ans ou plus se sont avérés dans la quasi-totalité des cas.

Je reste persuadé qu’il existe un Dieu supérieur à ces entités maléfiques qui mettra bientôt fin à leurs débordements qui sont dans la droite ligne d’une inévitable fin de cycle, celle que nous vivons étant certainement la plus insolite et la plus terrifiante de toutes celles qui l’ont précédée.

Pierre-Émile Blairon

Notes:

(1) Voir mon article du 5 mars 2024 : L’avortement gravé dans le marbre de la Constitution : pulsion de mort ou suicide assisté de la France ?

(2) Disparition de Simone Veil. Beaucoup d’Israéliens lui doivent la vie [source]

(3) Voir mon article du 4 mai 2026 : Réduction de la population planétaire : Mythe ou réalité ? 

(4) Excentrique : « situé loin du centre ».
Du grec ἔκκεντρος (de ἐκ « hors de » et de κέντρον « centre ») « excentrique » terme de mathématiques.
Repris par le latin médiéval en astronomie.

 

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La technologie de demain est bien réelle. Mais les entreprises qui rendent possibles de telles avancées sont rarement promises à l’éternité

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La panique de 1873

La technologie de demain est bien réelle. Mais les entreprises qui rendent possibles de telles avancées sont rarement promises à l’éternité

Joachim Van Wing

Source: https://joachimvanwing.substack.com/p/de-paniek-van-1873?...

Il fut un temps où les Bourses et les marchés jouaient un rôle secondaire. Ce qui primait, c’était l’économie réelle, celle qui produisait les biens tangibles, les machines, les matières premières et les services avec lesquels nous bâtissions notre monde. Les Bourses et les marchés d’actions n’étaient alors qu’un moyen de lever auprès des investisseurs les fonds de fonctionnement grâce auxquels les entreprises se capitalisaient, finançaient des investissements rentables et accéléraient leur croissance.

Cette époque est depuis longtemps révolue. Le monde marche sur la tête. Aujourd’hui, l’économie tout entière n’est pas déterminée par les entreprises qui produisent les biens les plus essentiels, mais par le cours de Bourse d’une poignée d’entreprises dont la capitalisation boursière est démesurée.

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Le marché des actions et les Bourses ne sont plus un mécanisme de financement, un indicateur ou le reflet de notre activité économique, de notre capacité d’innovation ou de notre économie… La Bourse est devenue le déterminant de l’économie réelle. L’économie financière n’a plus l’économie réelle pour fondement sous-jacent; elle en a fait un produit dérivé. Ce qui constituait autrefois la superstructure est désormais devenu l’infrastructure.

Même lorsque le raffinage mondial de l’essence et du gazole s’enraye, lorsque des millions de tonnes de céréales restent bloquées au-delà du Bosphore ou lorsque la production d’aluminium diminue fortement, les Bourses ne bronchent pas. Les cours des actions enchaînent les records comme si nous ne mangions plus de pain, comme si nous n’avions plus de voitures et comme si nous préférions soudain le charme rustique des fenêtres en bois.

Cette inversion et cette perversion expliquent la dynamique qui sous-tend les cours et les valorisations exubérants de ces quelques entreprises. Certes… ces entreprises parviennent mieux que les autres à lever des capitaux et à obtenir des crédits auprès de multiples catégories d’investisseurs.

La récente course effrénée et la ruée vers l’or dans l’univers réflexif de l’IA nous montrent à quel point les cours et les valorisations boursières ne sont plus le produit final des flux de trésorerie ou du rendement, mais celui de la capacité à financer des investissements non rentables et des acquisitions grâce à un capital bon marché, qui n’est lui-même que la conséquence de cette surévaluation et qui entraîne, à son tour, des valorisations encore plus élevées.

Dans le domaine de l’IA, ces valorisations élevées prennent des proportions toujours plus spectaculaires et des formes toujours plus spéculatives. Une entreprise dotée d’une énorme capitalisation boursière peut émettre des actions et s’endetter à faible coût afin d’investir des centaines de milliards dans des centres de données, des GPU et des factures d’électricité. Ces investissements génèrent ensuite du chiffre d’affaires pour d’autres hyperscalers et fabricants de semi-conducteurs. Ces chiffres d’affaires en hausse soutiennent à leur tour des valorisations toujours plus élevées et de nouveaux investissements. Des investissements pour lesquels il n’existe actuellement encore aucun modèle de revenus ou de rentabilité.

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La valeur ajoutée et le potentiel de l’IA et des grands modèles de langage (LLM) ne font guère de doute. Mais ce qui devient de plus en plus incertain, c’est la viabilité des dettes monstrueuses accumulées par les leaders du marché et les hyperscalers qui portent aujourd’hui cette accélération de la croissance.

L’IA n’est pas nécessairement une bulle. Cette révolution technologique peut être bien réelle, tandis que les valorisations financières et l’allocation des capitaux qui l’entourent sont devenues irrationnelles.

Liaisons ferroviaires, électrification et Internet

Les entreprises britanniques qui, en 1846, avaient contracté des dettes insoutenables afin de relier à un rythme record chaque ville et chaque village, jusque dans les régions les plus reculées, par des lignes ferroviaires… Beaucoup d’entre elles firent faillite, et personne ne se souvient aujourd’hui du nom de ces hyperscalers visionnaires du XIXe siècle. Ces entreprises ont disparu, mais les trains roulent toujours.

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Toutes les entreprises qui, au tournant du siècle, construisirent les premières centrales électriques, les premiers transformateurs et les premiers réseaux électriques en Amérique du Nord… elles aussi sombrèrent, avec les banques imprudentes qui leur avaient accordé les crédits nécessaires pour assouvir cette soif d’électrification.

Qui se souvient encore des pionniers Netscape, AltaVista ou Napster ? Aucun d’entre eux n’a survécu à la bulle Internet de 2001, ou alors ils ont disparu sans gloire dans les replis de l’histoire.

Les trains roulent toujours, nous consommons plus d’électricité que jamais et Internet ne s’est pas non plus révélé être un engouement passager. Dans un avenir prévisible, l’IA rejoindra elle aussi la liste de ces technologies novatrices et révolutionnaires qui ont considérablement accru notre efficacité et notre productivité.

La panique de 1873

La similitude avec 1873 est frappante. Tout comme les gouvernements ont injecté dans l’économie, pendant la récente période du Covid, des volumes sans précédent de crédits non garantis, la période précédant 1873 fut elle aussi marquée par une forte expansion monétaire. Pendant la guerre de Sécession, Washington avait émis de grandes quantités de « greenbacks » : quelque 375 millions de dollars en papier-monnaie, une monnaie fiduciaire qui n’était plus convertible en or ou en argent et qui rompait ainsi avec l’orthodoxie monétaire de l’époque.

À cette époque également, la fraude, l’illégalité et l’érosion des normes s’étaient frayé un chemin jusque dans les profondeurs du Bureau ovale. Alors que le président Trump est aujourd’hui lui-même la plaque tournante et le maître d’œuvre des délits d’initiés, de la fraude pure et simple, du favoritisme et des conflits d’intérêts, le président Ulysses S. Grant était plutôt un spectateur impuissant, un jouet absent entre les mains d’autrui, qui regardait passivement les événements se dérouler et laissait faire. L’administration Grant est principalement restée dans les mémoires pour ses scandales financiers.

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La similitude avec l’IA et les hyperscalers est frappante. Une affaire de fraude emblématique fut le scandale du « Crédit Mobilier » de 1872, dans lequel l’Union Pacific Railroad contracta d’énormes dettes pour construire d’immenses liaisons ferroviaires. L’opération était financée par des initiés, tandis que les actions étaient distribuées à des responsables politiques influents qui, à leur tour, bénéficiaient d’un soutien fédéral et d’une protection politique. Bien que les nouvelles lignes ferroviaires fussent déficitaires, des entrepreneurs proches du pouvoir parvinrent à gonfler artificiellement les coûts de construction, tandis que des initiés facturaient simultanément des montants exorbitants à leur propre compagnie ferroviaire et que les actionnaires se distribuaient les bénéfices purement comptables.

15630-IQHST8P4.jpgC’est Hyman Minsky qui, en 1986, souligna que la phase finale d’une grande bulle du crédit s’accompagne de façon frappante d’une augmentation de la fraude financière. Non pas parce que la fraude provoque en elle-même la crise, mais parce qu’une hausse prolongée des valorisations boursières récompense la spéculation, relâche les contrôles et crée des incitations toujours plus fortes à dissimuler les pertes et les risques. C’est ce que nous observons également aujourd’hui dans cette course à l’IA, où les hyperscalers dissimulent trois mille milliards de dollars de contrats signés portant sur de futurs investissements dans la puissance de calcul et les centres de données au détour de leurs comptes de résultat, loin du regard des actionnaires et des investisseurs.

Conclusion

Juste avant le krach Internet, la valeur du S&P 500 avait atteint 165 % du PIB américain. À cette époque également, on ne voyait pas très clairement comment toutes ces nouvelles petites entreprises allaient un jour gagner de l’argent grâce aux services en ligne, au streaming, aux applications ou aux logiciels qui viendraient se greffer sur ce nouveau substrat : Internet. Puis… au printemps 2000, la bulle éclata. Un quart de siècle s’est désormais écoulé, et nous voyons à nouveau une bulle se former. Cette fois-ci, le S&P 500 a atteint 230 % du PIB américain.

La liste est longue. La liste des autorités de premier plan qui, au cours des dernières décennies, se sont lourdement trompées en prédisant le prochain krach boursier, en annonçant l’échec de l’iPhone parce qu’il n’avait pas de clavier, ou encore celle de Paul Krugman, qui affirmait qu’Internet n’était qu’un engouement passager parce que les gens n’avaient, après tout, rien à se dire… Il en va de même de quiconque pense pouvoir prédire le krach de cette bulle de l’IA.

Cette correction aura-t-elle lieu? Cette bulle éclatera-t-elle? Oui, évidemment. Un jour. Inévitablement. Mais en déterminer la date exacte et en prévoir le déclencheur précis constitue, comme pour toutes les bulles précédentes, un exercice impossible.

Les liaisons ferroviaires, l’électrification, Internet… ces technologies n’étaient pas des bulles.

Leur financement, en revanche, en était une. Encore et encore et encore.

Les adolescents qui entreront dans la vie économique ou sur le marché du travail en 2050 utiliseront l’IA et les grands modèles de langage dans chacune de leurs activités, tout comme nous prenons aujourd’hui le train, rechargeons nos véhicules électriques ou gardons notre smartphone sur nous. Dans le même temps, il est fort probable qu’à cette date aucun de ces adolescents n’ait jamais entendu parler d’entreprises comme Oracle, ChatGPT ou Anthropic.

Tout comme Atari, Nokia, Xerox ou Kodak ont un jour réussi à devenir leaders du marché avec un produit visionnaire mais encore inexistant sur un marché qui n’existait pas davantage, nombre des hyperscalers de l’IA d’aujourd’hui sont eux aussi condamnés à disparaître, bien, bien, bien avant que cette technologie de rupture ne soit un jour devenue une composante à part entière de notre vie quotidienne.

 

Les Indo-Européens: à la recherche des racines d’une civilisation

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Les Indo-Européens: à la recherche des racines d’une civilisation

La langue, la religion, les institutions et la vision du monde permettent de reconstituer une partie de l’univers intellectuel des peuples qui sont à l’origine d’une grande partie des cultures historiques de l’Europe et de l’Asie centrale.

Par Enrique Ravello Barber, historien et chercheur en histoire ancienne

Source: https://redhistoria.com/los-indoeuropeos-en-busca-de-las-...

Parler des Indo-Européens, c’est tenter de pénétrer au cœur de l’un des éléments essentiels de ce que l’on a coutume d’appeler «l’identité européenne». Dans les années 1970 à 1990, les grands historiens européens étaient essentiellement des médiévistes — Georges Duby, Jacques Le Goff. Il s’agissait alors de présenter le Moyen Âge chrétien — l’Europe des cathédrales — comme le moment où se forma une certaine idée de l’Europe, à une époque où le processus politique et économique d’unification européenne avait précisément besoin de ce complément intellectuel. Tous furent des historiens extrêmement brillants, et leurs œuvres constituent et constitueront encore longtemps des références incontournables.

La question des Indo-Européens élargit la perspective chronologique que les médiévistes des décennies précédentes entendaient défendre: les traits communs aux peuples européens ne se sont pas constitués au Moyen Âge, mais étaient déjà présents dès la haute Antiquité. Soulignons que toutes les langues parlées aujourd’hui en Europe, à l’exception du basque, du finnois, du lapon, de l’estonien et du hongrois, descendent d’une langue unique que nous appelons, par convention, «indo-européen». Autrement dit, de manière certes exagérée, mais non fausse, nous pouvons considérer toutes les langues européennes comme des dialectes issus d’une même langue commune.

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De haut en bas: Bopp, Rask et Hervas y Panduro.

Le premier grand indice fut d’ordre linguistique. Le philologue allemand Franz Bopp, mais aussi le Danois Rasmus Christian Rask et l’Espagnol Lorenzo Hervás y Panduro, furent parmi les premiers à établir que les ressemblances entre les langues anciennes les mieux connues à leur époque — le grec, le latin et le sanskrit —, les langues modernes comme l’allemand et le lituanien, ainsi que les langues celtiques telles que le gallois et le gaélique, n’étaient pas seulement lexicales : elles correspondaient à quelque chose de plus profond, englobant également la grammaire. Il fut dès lors facile d’en déduire qu’elles provenaient toutes d’une même langue, très ancienne, que l’on appela également Ursprache. En allemand, le préfixe ur- renvoie à quelque chose qui est à la fois ancien, primordial et générateur.

Il convient également de signaler que, durant la domination britannique de l’Inde, de nombreux érudits anglais qui commencèrent à lire les textes sacrés hindous — en particulier les Védas — et à étudier le sanskrit furent surpris par la proximité lexicale et grammaticale entre cette langue ancienne et leur propre langue, l’anglais.

Nous ne conservons aucun document écrit dans cette langue, mais il a été possible de la reconstruire de manière hypothétique à partir des langues qui en sont dérivées.

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Les Grecs, les Romains, les Celtes, les Germains, les Slaves, les peuples iraniens ou les sociétés de l’Inde ancienne présentent d’évidentes différences historiques. Ils se sont développés dans des espaces géographiques distincts et ont créé leurs propres institutions politiques, formes artistiques et traditions religieuses. Mais leurs parallélismes, leur essence et leurs traits communs ne peuvent être expliqués sans remonter à une origine commune. À cet égard, les travaux du professeur français Georges Dumézil (photo) sont absolument fondamentaux: les parallèles entre les panthéons, les structures sociales, les formes politiques, les idéologies et les conceptions du monde de ces civilisations reposent sur leur héritage indo-européen commun.

* * *

Une civilisation reconstituée à travers ses mots

L’étude du lexique commun permet d’approcher, avec les précautions nécessaires, certains aspects du monde indo-européen.

Lorsque plusieurs langues historiquement séparées conservent des termes pouvant être ramenés à une racine commune, le linguiste peut tenter de déterminer quels concepts existaient avant que les différentes branches indo-européennes n’empruntent des voies distinctes.

C’est ainsi que l’on a étudié des mots liés à la famille, au pouvoir, aux animaux, à la nature, à la guerre, à la religion ou à certaines institutions sociales.

En ce sens, la langue devient une sorte de « fossile directeur ». Une fois établie l’ancienne langue commune (Ursprache), les questions suivantes s’imposaient d’elles-mêmes : il fallait identifier le peuple qui la parlait (Urvolk) et la région dans laquelle il était établi (Urheimat). Le fait que les langues d’origine indo-européenne possèdent des termes apparentés pour désigner la flore et la faune des régions froides, mais des termes différents pour celles des régions chaudes, nous fournit un indice clair quant à l’emplacement de cette Urheimat.

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Les hypothèses à ce sujet ont été diverses, depuis l’hypothèse danubienne de Bosch Gimpera jusqu’à la théorie des kourganes de la célèbre professeure américaine d’origine lituanienne Marija Gimbutas. Le sujet est vaste et complexe et mériterait à lui seul un article entier. Pour notre part, nous défendons la théorie d’un berceau balto-nordique comme patrie originelle des Indo-Européens avant leur dispersion. Nous accordons une validité relative à la thèse de Gimbutas: oui, les kourganes furent l’une des zones à partir desquelles de vastes régions d’Europe centrale et sud-orientale furent indo-européanisées. Nous divergeons toutefois d’avec elle sur un point essentiel: la région des kourganes ne constituerait pas le premier foyer indo-européen; la culture des kourganes résulterait plutôt d’une expansion indo-européenne venue de régions plus septentrionales.

Poursuivons sur l’importance du lexique comme «fossile directeur» dans la question indo-européenne à travers un autre exemple très concret. La « théorie yamnaya » est récemment devenue très en vogue. Personnellement, je la considère comme une erreur indéfendable, quel que soit le point de vue adopté. Mais plaçons-nous ici sur le terrain philologique. Si les langues indo-européennes dérivées possèdent un même terme pour désigner la «charrue» et si l’archéologie a établi que l’agriculture à la charrue n’apparaît dans la steppe que durant la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C., comment est-il possible que les migrations «yamna» qui se seraient dirigées vers l’Europe, l’Anatolie et le sud de l’Asie aient toutes emporté ce mot dans leurs langues, alors que ces migrations se seraient produites au IIIe millénaire av. J.-C. ? Comment les prétendus Indo-Européens de la culture yamna pouvaient-ils nommer un instrument qu’ils ne connaissaient pas ?

Tout au long de mon parcours universitaire, le problème indo-européen a constitué l’un de mes principaux domaines d’intérêt, aux côtés de l’étude des religions anciennes et de l’idéologie religieuse et politique du monde romain.

Ma formation de diplômé en géographie et en histoire à l’Universitat de València, complétée par la suite par des études spécialisées en histoire et en philosophie des religions, m’a nécessairement conduit vers une question qui traverse de nombreuses cultures anciennes: dans quelle mesure une civilisation particulière peut-elle conserver des structures héritées d’époques très largement antérieures? Et, plus encore, dans quelle mesure cette civilisation particulière peut-elle servir de trait d’union entre cet héritage et ses prolongements? Pour être plus concret: quelle part d’héritage indo-européen le monde gréco-latin possède-t-il, et quelle part de cet héritage a-t-elle été transmise à la civilisation occidentale actuelle?

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Jean Haudry et la tradition des études indo-européennes

L’un des chercheurs qui consacra une grande partie de sa vie universitaire à cette question fut le linguiste français Jean Haudry (photo), professeur de linguistique indo-européenne et de sanskrit, et fondateur de l’Institut d’études indo-européennes de l’université Jean-Moulin-Lyon-III.

Ma relation universitaire et personnelle avec Haudry m’a permis d’approfondir une manière d’aborder le phénomène indo-européen qui ne se limite pas à la seule question philologique. Cette proximité linguistique permet également de pénétrer une certaine conception de l’univers.

Haudry reprend et développe l’idée de la trifonctionnalité indo-européenne formulée par Georges Dumézil. Selon cette conception, le cosmos comme la terre — qui en est le reflet — s’articulent autour de trois fonctions: la souveraineté, la fonction guerrière et la fonction productive. Dans les panthéons celtiques, germano-scandinaves, irano-indiens, gréco-romains et balto-slaves, personne ne peut manquer les parallèles entre Jupiter, Zeus et Odin, ou entre Mars, Arès et Thor.

513czqQfqrS._AC_CR0,0,0,0_SY315_.jpgCette trifonctionnalité se reflétait également dans l’ordre social — lui-même, répétons-le, reflet de l’ordre divin. Les sociétés indo-européennes s’articulaient elles aussi autour de ces trois fonctions. C’est le fondement du système des castes que les Indo-Européens apportèrent en Inde et qu’ils superposèrent à la population dravidienne autochtone, laquelle en fut exclue et devint celle des fameux «parias».

Pour clore la partie consacrée à Jean Haudry, je souhaiterais évoquer l’un de ses derniers écrits : la préface de l’édition espagnole, publiée par EAS, du livre du sage hindou Tilak intitulé Le Foyer arctique dans les Védas. Tilak, ami personnel du Mahatma Gandhi et cofondateur avec lui du Parti du Congrès, était un brahmane hindou possédant une connaissance approfondie des Védas — les textes sacrés de l’hindouisme. À l’issue d’une étude minutieuse des données célestes, climatiques, saisonnières, etc., qui y apparaissent, Tilak conclut que ces textes avaient dû être conçus originellement, dans des temps reculés, dans une région située très au nord, bien que leur codification écrite — comme c’est le cas de tant d’œuvres — ait été ultérieure. Haudry analyse l’hypothèse de Tilak du point de vue philologique et porte une appréciation favorable sur ses conclusions. Tout cela ouvre aux études indo-européennes des perspectives passionnantes, susceptibles d’élargir de façon décisive leur cadre chronologique et géographique.

Le Ciel, le Soleil et le pouvoir

Le Soleil est un symbole récurrent qui apparaît dans toutes les civilisations. Par analogie, il représente l’ordre et la supériorité — au sens où les planètes lui sont «subordonnées». Cet aspect symbolique a été particulièrement bien étudié par le psychanalyste suisse C. G. Jung, dont les travaux sur l’inconscient collectif sont d’une grande utilité pour l’étude de toutes les formes de symbolisme, en particulier des symbolismes religieux et politiques.

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Mais, comme le précise Mircea Eliade (photo) — historien des religions d’origine roumaine, devenu par la suite professeur à l’université de Chicago et auteur incontournable —, le culte solaire se manifeste dans les civilisations ayant atteint un certain degré de développement dans l’organisation et la centralisation du pouvoir. En raison de sa régularité, de son mouvement et de sa capacité à éclairer, le Soleil pouvait devenir l’un des symboles les plus puissants pour exprimer la permanence, la victoire ou le rétablissement de l’ordre.

On trouve des cultes solaires sur toute la planète, depuis la célèbre religion solaire d’Aménophis IV, qui prit le nom d’Akhenaton, jusqu’à la conception de l’empereur japonais comme fils du Soleil, demeurée en vigueur jusqu’au milieu du XXe siècle.

Rome n’est pas née dans un vide culturel

Si l’on se concentre sur Rome, le chercheur allemand Franz Altheim (photo, ci-dessous) est celui qui nous renseigne le mieux sur la présence de représentations solaires dans la péninsule italienne. Il identifie comme les premières d’entre elles les gravures du Val Camonica, dans le nord de l’Italie, qu’il rapproche, en raison de leur similitude iconographique, des représentations découvertes dans le sud de la Suède. Bien qu’Altheim constitue une référence déterminante pour la présence initiale du symbolisme solaire en Italie, son livre intitulé Deus invictus, consacré aux cultes solaires de la Rome du IIIe siècle apr. J.-C., ne correspond pas à notre interprétation sur ce point.

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En ce qui concerne la nature de Sol dans la Rome primitive, nous souhaitons faire une brève mais importante référence à ce que nous avons écrit dans un article publié l’année dernière par une revue spécialisée. Sol Indiges, divinité solaire romaine, est une divinité d’origine latine. Il ne faut donc pas, comme le font de nombreux auteurs, attribuer l’origine du culte solaire à Rome aux Sabins et à leur roi. Un tel culte solaire aurait bien existé, mais il aurait été propre à ce peuple, tandis que Sol Indiges était la divinité solaire commune de Rome. Rappelons que les Latins — dont le premier roi aurait été Romulus — et les Sabins — dont le roi était Titus Tatius — sont tous deux d’origine indo-européenne et qu’ils fusionnèrent pour donner naissance à la Rome historique, processus symboliquement reflété dans le célèbre épisode de l’enlèvement des Sabines.

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Ce dernier aspect est directement lié à l’un de mes autres principaux axes de recherche: la présence de la religion solaire à Rome et sa relation avec le pouvoir impérial.

Mes recherches doctorales à l’Universitat de València ont précisément porté sur Deus Sol comme instrument de pouvoir dans l’idéologie impériale d’Aurélien (270-275).

L’empereur Aurélien gouverna à l’un des moments les plus difficiles de l’Empire romain. Son règne peut être compris dans le cadre d’un processus de reconstruction politique et militaire, mais aussi idéologique.

Lorsque nous étudions le rôle joué par les images solaires dans ce contexte, nous observons une fois de plus à quel point les sociétés anciennes utilisaient le langage religieux pour représenter le pouvoir, la victoire, la centralité et la stabilité.

Dans mon propre parcours de chercheur, j’ai tenté de maintenir ce dialogue entre histoire ancienne, religion et idéologie.

Les séjours doctoraux effectués à l’Université nationale de Córdoba et au CONICET, en Argentine, ainsi qu’à l’École française de Rome, m’ont permis de développer cet axe de recherche au contact de différents milieux universitaires consacrés à l’étude du monde antique.

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Ces recherches ont également donné naissance au travail intitulé «Sol dans la Rome républicaine: idéologie et représentation», qui étudie la présence et la signification de l’élément solaire depuis les premiers temps de Rome jusqu’à la transition vers l’Empire.

Pourquoi les Indo-Européens continuent-ils de nous intéresser ?

La première réponse qui me vient à l’esprit est: «pour connaître notre passé le plus ancien». Nietzsche disait: «L’homme de l’avenir sera celui qui aura la mémoire la plus longue».

imagdub3oommedges.jpgD’une certaine manière, certains éléments de l’héritage indo-européen demeurent présents dans la civilisation européenne. Revenons au célèbre médiéviste Georges Duby: il a publié un ouvrage extraordinaire, traduit en espagnol sous le titre Les Trois Ordres ou l’imaginaire du féodalisme. Dans cette œuvre, Duby nous explique l’articulation de la société médiévale en trois ordres: pugnatores, laboratores, oratores. Autrement dit, la trifonctionnalité indo-européenne se retrouve en plein Moyen Âge, et ce schéma s’est projeté dans le devenir historique européen.

À présent que l’Iliade est particulièrement en vogue, il convient de rappeler qu’il s’agit d’une œuvre typique de la littérature héroïque indo-européenne, dans laquelle nous retrouvons des éléments communs avec la littérature héroïque d’autres peuples indo-européens, tels que les Celtes, les Germains ou les Indiens. L’Iliade en particulier, et les poèmes homériques en général — que nous pouvons considérer comme l’œuvre fondatrice de la littérature européenne —, sont inexplicables si on ne les replace pas dans leur contexte indo-européen.

C’est là que réside une grande partie de la fascination exercée par l’Histoire : reconstituer, à partir de fragments dispersés, les idées et les sociétés de ceux qui vécurent des milliers d’années avant nous et dont nous sommes, dans une certaine mesure, les héritiers et les continuateurs.

À propos de l’auteur

imerbages.jpgEnrique Ravello Barber, né à Valence en 1968, est diplômé en géographie et en histoire de l’Universitat de València. Il a principalement développé son activité de recherche dans les domaines de l’histoire ancienne, des religions antiques et des études indo-européennes.

Ses recherches doctorales portent sur « Deus Sol comme instrument de pouvoir dans l’idéologie impériale d’Aurélien (270-275) », dans le cadre du programme doctoral «Géographie et histoire de la Méditerranée, de la Préhistoire à l’époque moderne» de l’Universitat de València.

Il est titulaire d’un diplôme universitaire spécialisé en histoire et philosophie des religions et a entretenu une étroite relation universitaire avec le linguiste et spécialiste des études indo-européennes Jean Haudry, fondateur de l’Institut d’études indo-européennes de l’université Jean-Moulin-Lyon-III.

Dans le cadre de ses recherches, il a effectué des séjours doctoraux à l’Université nationale de Córdoba, au Conseil national de recherches scientifiques et techniques d’Argentine (CONICET), ainsi qu’à l’École française de Rome. Il a également donné des conférences au Colegio de Montserrat de Córdoba, en Argentine, à l’Université catholique de Rosario (UCR) et à l’Universidad Abierta Interamericana de Rosario, en Argentine.

Son activité universitaire comprend des conférences sur l’histoire ancienne et sur l’empereur Aurélien, ainsi que des travaux de recherche publiés dans des revues scientifiques de prestige international, notamment «Sol dans la Rome républicaine : idéologie et représentation».

lundi, 31 août 2026

Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»

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Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/204607

Comme chacun sait, la Chine avait déjà déclaré à plusieurs reprises qu’elle s’opposait résolument aux sanctions unilatérales et illégales. L’«Empire du Milieu» prendrait toutes les mesures nécessaires afin de protéger avec détermination ses propres droits et intérêts.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères fixe des limites claires

imljages.jpgLors d’une conférence de presse, Lin Jian (photo), porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré vouloir prendre les mesures nécessaires afin de protéger résolument les droits et les intérêts de la Chine, tout en mettant Washington en garde contre toute tentative de «perturber» les échanges commerciaux entre la Chine et l’Iran.

Ces déclarations faisaient suite aux menaces du secrétaire au Trésor de Trump, Bessent, d’imposer des sanctions secondaires aux pays qui continueraient à commercer avec l’Iran, dans le cadre d’un plan qu’il appelle «Operation Economic Outcast». Ces mesures comprennent des restrictions secondaires dans un large éventail de secteurs, allant des actifs numériques à l’or, en passant par le transport maritime et l’aviation, ainsi que des menaces visant à exclure les partenaires commerciaux de l’Iran du système du dollar.

«Personne n’est exempté ici», a déclaré Bessent après qu’on lui eut expressément demandé si les nouvelles restrictions concerneraient la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran. «Il s’agit de l’asphyxie économique de ce régime, et personne ne devrait mettre notre détermination à l’épreuve».

Les possibilités infinies de la Chine

La Chine dispose toutefois d’options pratiquement illimitées face à l’annonce de Trump, comme nous indiquerons ci-dessous.

Elle pourrait, par exemple, recourir à de petites «raffineries-théières», exploitées exclusivement en Chine et protégeant les grandes entreprises énergétiques publiques des restrictions américaines. Ces raffineries utilisent le yuan afin de contourner les systèmes de compensation en dollars. Des banques chinoises locales, faiblement exposées aux comptes de correspondants bancaires américains, ont recours à des réseaux de paiement alternatifs, notamment le système chinois de paiement interbancaire transfrontalier.

Une autre possibilité consisterait à masquer l’origine du pétrole, notamment par des transferts successifs de navire à navire et par le réétiquetage du pétrole iranien comme pétrole brut malaisien ou indonésien. Cela offrirait aux importateurs une protection juridique reposant sur un déni plausible.

Les efforts déployés par les responsables de l’application des sanctions pour retrouver une «trace documentaire» à travers des intermédiaires complexes pourraient également se heurter à de longues chaînes, difficiles à retracer, composées de petites compagnies maritimes et de courtiers. Certains de ces acteurs se consacreraient exclusivement à l’achat de pétrole iranien et retourneraient ainsi efficacement les menaces américaines à leur avantage, en exploitant la réticence traditionnelle du département du Trésor à imposer des sanctions secondaires par crainte d’une escalade commerciale.

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La Chine pourrait en outre imposer de nouvelles restrictions à l’exportation de terres rares et de métaux, parallèlement à la conclusion d’accords stratégiques de troc et d’investissement avec l’Iran. Le recours au financement serait ainsi entièrement contourné: la Chine pourrait recevoir du pétrole iranien en échange d’équipements de production, de biens de consommation, du développement d’infrastructures ferroviaires ou portuaires, ou d’une multitude d’autres biens et services.

Le recours à des «lois de blocage» serait également envisageable. Il s’agit d’un instrument du ministère chinois du Commerce interdisant expressément aux entreprises chinoises de respecter les sanctions unilatérales américaines. Une autre possibilité serait de mettre en place des assurances alternatives garanties par l’État, afin de permettre aux pétroliers de satisfaire aux exigences d’entrée dans les ports nationaux tout en opérant en dehors de la réglementation maritime occidentale. L’activation d’une immense capacité d’entreposage sous douane sur le territoire continental serait elle aussi concevable, ce qui permettrait au pétrole iranien d’y demeurer indéfiniment sans être dédouané.

Ainsi, si la situation venait véritablement à se durcir, la Chine pourrait, pour le dire simplement, «dire aux États-Unis d’aller se faire voir». Dans le cas contraire, Pékin pourrait, au sens figuré, «précipiter du haut d’une falaise» l’ensemble de la base industrielle et du secteur du commerce de détail américains.

Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant 

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Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant 

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Une nouvelle visite de Steve Witkoff à Moscou ne constituerait désormais guère une information. Que John Ratcliffe s’y rende en personne est une tout autre affaire.

Le directeur de la CIA compte, sans ambigüité, au sein de l’administration Trump, parmi les voix les plus fermes à l’égard de la Russie. Selon The Atlantic, il insiste pour que le soutien américain à Kiev en matière de renseignement soit maintenu et met régulièrement en avant, auprès de Trump, les pertes russes ainsi que la capacité d’action de l’Ukraine.

La logique sous-jacente est très américaine et très trumpienne: celui qui apparaît comme le perdant voit son pouvoir de négociation diminuer.

Il est donc d’autant plus intéressant que ce soit précisément Ratcliffe qui se trouve aujourd’hui à Moscou. Un tel déplacement n’est en effet pas nécessaire pour un échange de routine. Des canaux directs existent entre la CIA et les services russes. Lorsque le chef du renseignement extérieur américain se rend personnellement à Moscou, il s’agit soit d’une question présentant un risque considérable d’escalade, soit de quelque chose qui dépasse déjà les positions exprimées publiquement. Le sens du déplacement n’est pas non plus dénué de signification.

Bien entendu, il n’existe en diplomatie aucune règle simpliste selon laquelle ce serait toujours le plus faible qui se rendrait chez le plus fort. Mais les mouvements politiques obéissent à une certaine hiérarchie. Celui qui fait lui-même le déplacement a quelque chose à transmettre, à empêcher ou à négocier qui lui importe suffisamment pour renoncer à la distance qui avait, jusque-là, été maintenue.

Je vois donc essentiellement deux possibilités.

Ratcliffe apporte un avertissement. Il serait alors question d’un seuil d’escalade que Washington juge suffisamment dangereux pour vouloir le communiquer directement, sans détours ni nuances diplomatiques.

Ou bien nous assistons déjà à la partie la plus intéressante: le passage de l’affrontement public à la négociation des conditions. Ce ne serait pas une «phase de paix». Bien au contraire. C’est précisément avant l’ouverture de négociations sérieuses que les États tentent généralement, une dernière fois, d’améliorer leur position. La pression militaire ne devient alors pas superflue: elle se transforme en argument à la table des négociations.

Le précédent historique doit donc retenir l’attention: en novembre 2021, le directeur de la CIA William Burns s’était rendu à Moscou afin de transmettre personnellement aux dirigeants russes la mise en garde de Washington contre une guerre.

Cela nous apprend peu de choses sur le contenu concret de la mission actuelle de Ratcliffe, mais beaucoup sur son importance. Witkoff se déplace lorsqu’il s’agit d’explorer les possibilités d’un accord. Lorsque Ratcliffe se déplace, il est plutôt question des conditions dans lesquelles un accord devient possible — ou une escalade inévitable.

#géopolitique@global_affairs_byelena

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Le colonialisme au 21ème siècle: centres de données et géopolitique

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Le colonialisme au 21ème siècle: centres de données et géopolitique

Leonid Savin

Comment l’intelligence artificielle influe sur l’économie et l’environnement des pays

Les centres de données existent depuis des décennies. Mais, depuis l’apparition de l’intelligence artificielle (IA) générative, de nouveaux centres de données, plus complexes et connus sous le nom de «centres de données hyperscale», ont commencé à être construits ou planifiés dans le monde entier.

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Dès le départ, la Chine a intégré la création de tels centres au développement des infrastructures du pays et elle est considérée comme un leader reconnu dans ces technologies. Les États-Unis recourent à leur vieille méthode favorite du néocolonialisme, comme dans les années 1990, lorsque l’industrie opérait dans des pays en développement où les faibles salaires et les lacunes de la législation relative à la protection du travail permettaient aux entreprises de dégager une plus-value plus importante et, par conséquent, davantage de profits. De la même manière, les requins actuels du cybercapitalisme implantent leurs centres de données dans les pays dits du tiers-monde.

Sous prétexte d’investissements, de création d’emplois et de développement numérique, des géants tels que Google, Microsoft, Amazon Web Services (AWS) et d’autres créent de nouveaux pôles numériques en dehors des États-Unis. Les écarts de prix de l’électricité, la disponibilité d’importantes ressources naturelles et l’existence des terrains nécessaires aux constructions rendent d’autres pays attrayants. Dans ce contexte, l’Amérique latine ne fait pas exception. De plus, presque partout dans cette région, des forces loyales à Washington sont arrivées au pouvoir; il est donc désormais beaucoup plus facile de négocier avec les gouvernements afin d’obtenir des baisses d’impôts et des contrats avantageux.

Cependant, une nuance très importante, qui ne se remarque pas au premier abord, risque d’entraîner de graves problèmes. Pour fonctionner efficacement, les centres de données ont besoin non seulement d’électricité, mais aussi d’eau, utilisée pour refroidir les processeurs. Si, en Corée du Sud, on tente de résoudre cette question à l’aide de nouvelles approches expérimentales, telles que la création de centres de données sous-marins ou flottants dans lesquels l’eau de mer servirait au refroidissement, et si, en Russie, on étudie l’implantation de centres de données dans des régions caractérisées par de basses températures et un excédent d’électricité, on ne peut en dire autant de l’Amérique latine — ni, d’ailleurs, de l’Afrique et de l’Europe.

Compte tenu de la pénurie manifeste de ressources hydriques provoquée par les changements climatiques, ainsi que du fait que l’eau est également nécessaire à d’autres secteurs industriels, notamment à l’extraction minière, les pays d’Amérique latine qui accueillent des centres de données américains pourraient être confrontés à des risques semblables à ceux qui sont apparus lorsque, dans les années 1990, sous l’effet de la vague de privatisations imposée par la Banque mondiale, les sources d’eau potable sont devenues inaccessibles dans la région, ce qui a entraîné des révoltes sociales — par exemple à Cochabamba, en Bolivie (photo, ci-dessous).

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L’État de Querétaro, au Mexique, est l’un des pôles d’Amérique latine où l’industrie des centres de données connaît le développement le plus rapide. Selon l’Association mexicaine des centres de données, l’État compte quatorze installations. En réponse à une demande d’accès à l’information, le ministère local du Développement fait état de dix-neuf autorisations.

La plupart de ces centres se trouvent à Colón ou à El Marqués, non loin de la capitale de l’État. Les habitants de la région sont déjà confrontés au manque d’eau au robinet, même si beaucoup d’entre eux, faute d’informations, pensent que cette situation est liée à l’insuffisance des précipitations naturelles. En réalité, la majeure partie des prélèvements d’eau est destinée au fonctionnement des centres de données.

Le Centre latino-américain de journalisme d’investigation (CLIPE) a mené une étude dans la région, qui a également montré que les centres de données les plus avancés consomment davantage d’électricité pour fonctionner. Par conséquent, leur refroidissement nécessitera aussi davantage d’eau. Il a également été constaté que les entreprises qui dominent le marché des centres de données constituent des conglomérats aux structures et aux propriétaires complexes, ce qui rend leur réglementation difficile et leur permet d’agir de manière plus opaque en ce qui concerne leur impact sur l’environnement et leur utilisation des ressources.

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Dans le même temps, les entreprises recourent à des procédés de propagande qui dénaturent totalement le sens des faits. Ainsi, Microsoft et ONU-Habitat ont préparé un rapport appelant à investir 82 millions de pesos mexicains dans le développement de l’économie locale à Querétaro. Le rapport désignait la sécheresse comme l’un des principaux problèmes. Toutefois, il ne recommandait pas d’investir dans la résolution de ce problème. Il évoquait plutôt la nécessité d’investir dans les infrastructures régionales, comme le pavage des rues, et affirmait que les centres de données constituaient une occasion de transformation socio-économique pour l’État de Querétaro, et notamment pour les municipalités d’El Marqués et de Colón.

Microsoft, pour sa part, n’a investi ni dans des infrastructures visant à atténuer les conséquences de la sécheresse ni dans la résolution d’autres problèmes socio-économiques de l’État. L’entreprise a toutefois construit à Querétaro un «site de centres de données», entré en service au début de l’année 2024.

Selon des données obtenues par Núcleo Jornalismo, la moitié de tous les centres de données du Brésil — qu’ils soient au stade de la planification, de la construction ou de l’exploitation — se trouvent dans l’État de São Paulo, principalement dans la région de Campinas (photo, ci-dessous).

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Il est évident que la puissance de calcul associée à l’intelligence artificielle est bien supérieure à celle requise par les centres de données traditionnels et qu’elle consomme donc davantage d’énergie. Par exemple, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a estimé qu’une recherche classique sur Google consomme 0,3 wattheure. En revanche, une requête adressée à ChatGPT consomme en moyenne 2,9 wattheures. Selon le rapport de l’AIE, les centres de données ont consommé en 2024 environ 1,5% de toute l’électricité mondiale, soit l’équivalent de 415 térawattheures. Le même rapport indique que ce chiffre doublera d’ici à 2030. Toujours en 2024, l’Irlande a consacré 21% de son électricité — produite principalement à partir de combustibles fossiles — au fonctionnement des centres de données. Le pays en compte plus de 130.

Il est révélateur que, malgré leur rhétorique écologique, les pays occidentaux développés ne tiennent manifestement pas compte de ce que l’on appelle l’empreinte carbone liée au fonctionnement des centres de données.

Une enquête publiée par The Guardian en 2025 a montré que les émissions des centres de données appartenant à quatre des principales entreprises technologiques mondiales — Google, Microsoft, Meta et Apple — ou exploités par celles-ci pourraient être supérieures de 662% aux chiffres qu’elles déclarent officiellement.

Indépendamment des ressources énergétiques dont dispose tel ou tel pays, l’obsession de l’utilisation de l’intelligence artificielle et, par conséquent, du fonctionnement de puissants centres de données débouche sur une ingérence ouverte dans le domaine de la politique et des relations internationales.

En Argentine, le président Javier Milei a proposé un plan visant à accroître la production d’énergie nucléaire afin d’alimenter de nouveaux centres de données. Dans le Paraguay voisin, qui dispose d’un excédent d’énergie propre (1), une pression directe est en fait exercée. Ainsi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a proposé d’utiliser les surplus énergétiques du Paraguay pour alimenter des centres de données consacrés à l’intelligence artificielle. Compte tenu de l’orientation pro-Washington des dirigeants de ce pays et de la politique générale des États-Unis visant à replacer activement l’Amérique latine sous leur tutelle — y compris par l’emploi de la force militaire sous couvert de lutte contre les cartels de la drogue —, tout porte à croire que cette ingérence américaine au profit de ses entreprises ne fera que s’intensifier.

Le capitalisme du téraoctet est aujourd’hui à son apogée. Il existe toutefois un risque sérieux que la bulle de l’intelligence artificielle éclate, comme ce fut autrefois le cas de la bulle Internet, tandis que les problèmes énergétiques et environnementaux engendrés par l’essor actuel, eux, ne disparaîtront pas.

Note:

(1) Le Paraguay est, avec le Brésil, copropriétaire de la centrale hydroélectrique d’Itaipu (photo). Il produit actuellement davantage d’énergie qu’il ne peut en consommer et vend donc ses excédents au Brésil et à l’Argentine à des prix inférieurs à ceux du marché.

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Le destin cosmique de la Russie: le manifeste énergétique de Bouchouïev et Klepatch

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Le destin cosmique de la Russie: le manifeste énergétique de Bouchouïev et Klepatch

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/venajan-kosminen-kohta...

Le cosmisme russe est un courant philosophique et culturel qui associe science, religion et technologie à la foi en un destin cosmique de l’humanité. C’est un mouvement vieux de plus d’un siècle, dont les racines remontent au XIXe siècle. Parmi ses premiers penseurs, on compte le bibliothécaire-futuriste Nikolaï Fiodorov, le biogéochimiste Vladimir Vernadski et le pionnier de l’astronautique Konstantin Tsiolkovski, qui commencèrent à envisager la place de l’humanité dans l’univers sous un jour nouveau.

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Fiodorov (portrait) rêvait de ressusciter les morts par la science. Vernadski adopta et développa le concept de noosphère, inventé par des penseurs français: une couche d’intelligence et de conscience où l’homme commence à diriger le développement de la biosphère de façon consciente. Tsiolkovski croyait pour sa part que l’humanité s’étendrait dans l’espace. Ces penseurs voyaient l’être humain comme une partie organique du cosmos, dont la mission était d’emporter la vie et la conscience au-delà de la planète. Cet héritage est toujours vivant dans la culture intellectuelle et politique russe.

Une expression contemporaine du cosmisme se trouve dans l’article «Энерго‐информационный космизм России» (Cosmisme énergie-information de la Russie, 2022), publié dans la revue Ekonomicheskie Strategii (Экономические стратегии, «Stratégies économiques»). La version anglaise de cet article, «Energy-information Cosmism of Russia», a été publiée en 2023 dans les actes de conférence de l’American Institute of Physics.

Les auteurs, Vitali V. Bouchouïev et Andreï N. Klepatch, appartiennent tous deux à l’élite académique et étatique russe. Bouchouïev est docteur en ingénierie, ancien vice-ministre de l’énergie, et a contribué à l’élaboration des stratégies énergétiques de la Russie jusqu’en 2030. Il est aussi connu comme fondateur de la science synthétique appelée «ergodynamique» (russe : эргодинамика), qui étudie la nature, l’homme et la société (ndt: nous reviendrons très bientôt sur cette problématique).

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Klepatch (photo) est un économiste réputé, ancien vice-ministre des finances, chef économiste et directeur scientifique de la banque russe de développement VEB.RF. Tous deux sont caractérisés par l’excellence académique, une influence stratégique au niveau de l’État, ainsi qu’un intérêt pour le cosmisme et les thèmes ésotériques.

Les technocrates possèdent néanmoins une dimension ésotérique forte. Leurs théories cosmistes – notamment les idées sur l’origine des races humaines à partir de différents systèmes stellaires – ont suscité l’étonnement et la critique dans les milieux universitaires.

En août 2026, Klepatch a été démis de ses fonctions de chef économiste de la VEB.RF. La raison n’était pas ses vues ésotériques, mais sa déclaration pessimiste selon laquelle la Russie ne «gagnerait pas la guerre d’usure et perdrait la compétition technologique et économique non seulement face à la Chine et aux États-Unis, mais aussi parfois face à l’Ukraine».

Dans l’article lui-même, les auteurs partent de prémisses tout à fait différentes. L’idée centrale est résumée dans une phrase de Pythagore et du livre de l’Ecclésiaste: «Ce qui est en haut est aussi en bas; ce qui a été sera». Ce principe hermétique sert de fondement philosophique à l’ensemble du texte. Selon les auteurs, la planète Terre et le cosmos sont des partenaires fractals, qui se ressemblent par leurs propriétés. Ils obéissent aux mêmes lois, cycles et principes de transformation de la matière, de l’énergie et de l’information.

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Dans cette vision du monde, l’univers tout entier est un ensemble fractal composé de superstructures, d’ondes et de résonances. Cette idée reflète directement la philosophie du cosmisme. Selon les auteurs, la civilisation est formée précisément par ce cycle: les ressources naturelles deviennent énergie, de laquelle naît un produit culturel, informationnel et spirituel qui permet la poursuite de l’activité de tous les systèmes vivants.

Les auteurs présentent une conception radicale de l’origine de l’homme. L’humanité n’est pas le résultat de mutations chimiques aléatoires, mais une forme logique et nécessaire selon laquelle «la vie intelligente cosmoplanétaire» s’organise sur Terre. La Terre n’est pas un objet mort mais un sujet vivant, et la vie est une propriété originelle et permanente du cosmos, non un hasard tardif. À ce stade, les auteurs se réfèrent directement à Tsiolkovski, qui affirmait: «Nous venons tous du cosmos, et à l’avenir l’humanité deviendra énergie rayonnante», afin de retourner sous forme d’énergie pure conquérir de nouveaux territoires cosmiques.

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L’une des parties les plus singulières de l’article est la description de l’origine cosmique des races humaines. Les auteurs soutiennent que la Terre fut peuplée par des arrivants de différents systèmes stellaires. La race jaune en Lémurie (Asie) serait venue de la constellation du Lion, la race noire en Afrique de Sirius et la race blanche des zones polaires hyperboréennes (Europe du Nord et Russie) de la Grande Ourse. Ces arrivants ne sont pas venus dans des vaisseaux spatiaux physiques, mais comme «anges holographiques semblables au plasma» qui ont fécondé la surface terrestre et généré une «génération d’Aryens intelligents». Les auteurs soulignent que les différentes races possèdent toujours leurs gènes cosmiques, ce qui explique leurs différences persistantes.

À ce stade, les auteurs rejoignent la tradition ésotérique russe, où le terme «Aryens» désigne un peuple ancestral mythique originaire d’Hyperborée. Ce terme ne vient pas de l’idéologie nazie, mais fut transmis au cosmisme russe au XIXe siècle par la théosophie, notamment par la Russe Helena Blavatsky et sa Société Théosophique. Plus tard, l’Allemagne nazie reprit et adapta ces idées pour ses propres théories raciales.

La conception des auteurs sur les races et l’«aryanité» est politiquement incorrecte aujourd’hui, et bien que teintée d’ésotérisme, elle semble reposer sur des classifications raciales des XIXe et XXe siècles, qui ne sont plus reconnues par la génétique et l’anthropologie contemporaines.

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Ils ne fournissent pas de fondements scientifiques à leurs affirmations, mais se réfèrent à la littérature ésotérique russe, notamment à leur ouvrage antérieur Энергокосмизм России (Cosmisme énergétique de la Russie, 2003) ainsi qu’au livre d’Alexandre Touloupov Род Севера. Русские гиперборейцы (Le clan du Nord. Les Hyperboréens russes, 2013), qui tente de prouver que les Russes descendent des Hyperboréens. Les auteurs s’appuient sur des «connaissances anciennes» et leur propre autorité plutôt que sur la recherche scientifique.

Selon ce schéma cosmique, les auteurs en déduisent l’histoire des migrations humaines. Sous l’effet des changements géoclimatiques, les peuples aryens se déplacèrent des zones polaires vers le sud par trois routes. À l’ouest, la route le long du méridien zéro à travers l’Europe mena à la naissance de la civilisation atlantique. À l’est, le flux migratoire le long du fleuve Lena fusionna avec les Lémuriens et forma la civilisation des «grands mogols», que les auteurs demandent à ne pas confondre avec les conquérants mongols. La route centrale passa par les montagnes de l’Oural (les mythiques montagnes Ripeus de l'antiquité) vers l’Asie centrale et jusqu’en Inde, laissant des traces aryennes encore visibles dans la culture indienne.

Les auteurs répartissent les civilisations eurasiatiques en trois groupes principaux. La civilisation nord-atlantique représente une base de valeurs individualistes, catholiques et protestantes. La civilisation russo-eurasienne est fondée sur le collectivisme, la sobornost (unité spirituelle) et le christianisme orthodoxe. La civilisation est-asiatique repose sur un modèle impérial centralisé. En outre, le monde islamique constitue son propre bloc avec la charia.

Les auteurs soulignent que les frontières de la civilisation russe sont bien définies: le Dniepr à l’ouest (la situation en Ukraine montre qu’au-delà, c’est un autre monde), la Grande Muraille de Chine à l’est et le Caucase au sud. Ils constatent que les tentatives de la Russie et de l’Union soviétique d’exporter leur modèle civilisateur au-delà de ces frontières ont toujours échoué.

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Selon les auteurs, dans toutes les civilisations subsiste un «culte du ciel», souvenir de la planète natale et du foyer des ancêtres. L’homme ne doit pas être considéré comme un être ayant perdu son histoire et son identité, ni comme un robot sans âme dans le monde numérique. En l’homme, la vie et l’existence n’effacent pas la mémoire, et la raison et l’intelligence ne tuent pas l’âme.

9a1adb7b1551337c64e7aebe8a112f42.jpgLes auteurs mettent en avant comme spécificité de la civilisation russe le fait que le culte du ciel s’est concrétisé dans l’activité sociale et économique. Ils voient une continuité de l’époque tsariste à l’Union soviétique: bien que les slogans aient changé, le modèle administratif centralisé et la quête d’un développement harmonieux demeuraient l’expression du même principe d’unité céleste et terrestre.

L’Union soviétique donna au cosmisme une dimension pratique grâce au programme spatial. Contrairement à l’Occident, où l’espace est vu comme un objet de colonisation, pour la Russie il fait partie du «principe cosmoplanétaire».

Les auteurs esquissent des idées exceptionnelles qui, selon eux, devraient alimenter la discussion. Ils présentent une vision géopolitique selon laquelle la Russie n’est pas un carrefour entre l’est et l’ouest mais un pont entre la Terre et le cosmos: une connexion psychophysique dans le continuum énergie-matière-information-noosphère. Ils parlent d’un «univers pulsant où le temps ne progresse pas de façon linéaire mais vibre». Ils avancent que «l’application des phénomènes d’intrication quantique observés au niveau quantique à l’échelle macroscopique permettrait un déplacement dans le temps et l’espace par l’information, non par le mouvement physique». La vision de Tsiolkovski d’une humanité transformée en «énergie rayonnante» reçoit leur approbation, tout comme la rythmo-dynamique qui « permettrait un mouvement sans forces de réaction en réglant la fréquence propre d’un corps».

Les auteurs abordent aussi l’unité des processus électromagnétiques et de la gravité avec les flux d’énergie subtils. Ils citent des chercheurs russes controversés tels que Nikolaï Alexandrovitch Kozyrev et Vladimir P. Kaznatcheïev, selon lesquels le temps et l’énergie sont convertibles entre eux et les latitudes nord de la Russie constituent une zone particulière de transparence de l’information. Ils mentionnent le biophysicien Alexandre Tchijevski, selon qui les tempêtes cosmiques ont des effets sur les phénomènes terrestres. Enfin, ils esquissent l’intégration des processus économiques, écologiques, techniques et cognitifs en un ensemble écosocial et la vision d’un «foyer planétaire commun».

1e422213832260ae2774d4bc8f75319f.jpgLes auteurs, planant dans les sphères cosmiques, redescendent toutefois sur terre en admettant que leurs propositions sont «partiellement spéculatives». Ils soulignent cependant que la Russie peut et doit accomplir sa mission historique: devenir une civilisation cosmoplanétaire centrée sur l’énergie et l’information, et un État leader dans l’exploration spatiale.

Comment cette vision s’accorde-t-elle avec la politique du jour ? La Russie est un pays où l’analyse sérieuse et réaliste – stratégies énergétiques et économiques, calculs géopolitiques, plans ministériels – coexiste avec ce type de contenu ouvertement spéculatif.

Le même Bouchouïev, qui a élaboré les stratégies énergétiques officielles du pays, écrit ailleurs sur l’origine hyperboréenne et les visiteurs angéliques/holographiques. Le même Klepatch, qui a fait des prévisions économiques à long terme pour la VEB.RF, publie aussi des textes néospirituels sur l’influence de l’activité solaire sur les cycles économiques et sociaux.

Cette amplitude de pensée est caractéristique de la culture intellectuelle russe, où la doctrine d’État pragmatique et la spéculation métaphysique peuvent coexister. Il est dans la tradition russe de réfléchir au destin du pays à la fois selon des perspectives réalistes et selon des récits de dimension cosmique. Le cosmisme y vit, à côté de la culture orthodoxe-technocratique officielle, comme un héritage spirituel spéculatif. Bouchouïev et Klepatch incarnent ce phénomène russe unique où le rang académique et la vision du monde ésotérique se rencontrent.

La frontière demeure cependant nette: une pensée excentrique est tolérée tant qu’elle reste distincte du processus décisionnel. Le renvoi de Klepatch de la banque de développement en août 2026, après qu’il ait publiquement exprimé une évaluation exceptionnellement sombre de l’économie russe et de la guerre en cours, est un exemple concret du tracé de cette limite. Les théories imaginatives sont acceptées, mais il n’est pas permis de remettre en cause la ligne en politique étrangère et en politique de sécurité.

Malgré les critiques et les revers, Bouchouïev et Klepatch représentent un phénomène qui ne disparaît pas. Le cosmisme russe n’est pas seulement une curiosité philosophique du passé, mais une façon de penser vivante qui offre des réponses alternatives à l’origine et à l’avenir de l’humanité. Son mélange unique de science, de politique et de spiritualité restera une part du paysage intellectuel russe, marqué par les bouleversements de l’ordre mondial et la montée des technologies d’intelligence artificielle.

18:48 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, cosmisme, cosmisme russe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 30 août 2026

La révolte des pêcheurs d'Ostende (1887)

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Zannekinbond: Lutte flamande – lutte sociale !

La révolte des pêcheurs d'Ostende (1887)

Source: https://www.facebook.com/zannekinbond

Les 23 et 24 août 1887, une révolte des pêcheurs eut lieu à Ostende. Ce fut le point culminant d’une longue série d’émeutes et de troubles, au cours desquelles les pêcheurs ostendais se sont opposés à la concurrence injuste des pêcheurs britanniques qui inondaient le marché local avec du poisson bon marché. Cependant, les pêcheurs flamands n’avaient pas accès aux zones de pêche britanniques et étaient depuis des années fortement désavantagés par le manque d’investissements (matériel vétuste, méthode de pêche au chalut peu avantageuse et infrastructures insuffisantes). De plus, le soutien à l’intervention en faveur des armateurs fut supprimé en 1865. L’État belge et son monarque mégalomane Léopold II préféraient investir dans des monuments grandioses dans la ville plutôt que dans le port et en faveur de la communauté des pêcheurs. Tout cela conduisit à une exploitation persistante et à une pauvreté croissante dans la vaste communauté des pêcheurs.

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La colère populaire atteignit son apogée le 23 août 1887 après un nouveau conflit entre pêcheurs ostendais et pêcheurs anglais qui arrivaient au port. Un commerçant flamand ayant commandé du poisson anglais fut également visé. L’État belge tenta d’étouffer la révolte dans l’œuf en usant d'une violence particulièrement brutale. La gendarmerie tira sur la foule et frappa un pêcheur d'un coup de baïonnette. Le lendemain, cinq morts furent à déplorer, dont deux pêcheurs, suite à l’intervention de la Garde civique belge.

L’État belge craignait que la révolte ne s’étende, un an après les graves troubles lors de la grève des mineurs à Liège et dans le Hainaut, où la répression belge fut féroce contre les ouvriers wallons. La violence entraîna la disparition des pêcheurs anglais d’Ostende pendant de nombreuses années et les travaux d’infrastructure nécessaires furent accélérés. La répression après la révolte populaire fut néanmoins sévère. Des dizaines de Flamands furent traînés devant les tribunaux et condamnés à des peines de prison et de lourdes amendes. L’aumônier des pêcheurs, Hendrik Pype (surnommé «Paster Pype» - photo), créa un fonds de soutien pour les veuves des pêcheurs abattus et devint, dans les années qui suivirent, un symbole de la lutte sociale menée par et pour la communauté des pêcheurs flamands.

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Même si le contexte d’aujourd’hui est fondamentalement différent, les parallèles historiques restent pourtant bien réels. Les pêcheurs flamands n’ont pas affaire aujourd’hui à un seul groupe (comme l'étaient les pêcheurs anglais en 1887), mais à une combinaison de concurrence internationale, de restrictions dans l'espace à exploiter, de réglementations défavorables et de pression économique résultant d’une mauvaise gestion de nature libérale: concurrence sur un marché du poisson européen et mondial, importations de pays tiers et pression persistante sur les prix.

Beaucoup de navires de pêche flamands fonctionnent depuis des années avec une rentabilité en baisse et une flotte en diminution. Les pêcheurs constatent que l’élite politique belge (y compris la partie flamande de l’État) choisit les objectifs politiques de l’UE et non leurs intérêts économiques. Les fonds de compensation européens, les mesures de soutien flamandes, la réserve d’ajustement Brexit… sont jugés très insuffisants et extrêmement bureaucratiques. Il faut oser affirmer que la classe politique veut, à terme, laisser mourir la pêche flamande au profit du commerce et des importations venant de l’étranger.

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Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle

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Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle

Daniele Perra

Source: https://telegra.ph/Geopolitica-dellIndia-nel-secolo-XXI-0...

Après des décennies de non-alignement, la politique étrangère indienne, surtout avec l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, a opéré un tournant décisif avec la nouvelle affirmation d’une diplomatie économique (le fameux «Made in India») et la stratégie du «Look East, Act East». New Delhi cherche en réalité de nouveaux espaces de manœuvre, tant au niveau régional que mondial, pour s’imposer comme acteur fondamental selon sa conception d’une évolution multipolaire.

La politique indienne à l’ère postcoloniale était dictée par un impératif simple: indépendance et souveraineté totales. À cet égard, le non-alignement dans le schéma dichotomique de la Guerre froide s’avérait fondamental pour atteindre cet objectif. Il convient également de rappeler que, bien que Nehru fût perçu comme trop proche de l’Union soviétique, les États-Unis ne manquèrent pas de courtiser l’Inde tout en forgeant une alliance avec le rival pakistanais. Par ailleurs, la politique étrangère de New Delhi fut presque immédiatement marquée par la rivalité avec la Chine communiste; cet autre pays ne put s’empêcher de se rapprocher du Pakistan, surtout après le conflit sino-indien de 1962 (probablement l’événement le plus traumatisant de l’histoire récente de cet État du sous-continent). Inutile de préciser que cela créa dès le début un sentiment d’encerclement dans l’esprit des Indiens, poussant les penseurs les plus influents de la Nation à considérer l’Inde comme une sorte d’île (plutôt qu’une péninsule) au sein du vaste continent eurasiatique. En effet, le sous-continent est presque séparé du reste de l’Eurasie par le vaste système montagneux de l’Himalaya au nord; tandis qu’à l’est, à l’ouest et au sud, c’est l’océan Indien qui délimite ses frontières.

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Avec la fin de la Guerre froide, la politique de non-alignement a été remplacée par une forme de multilatéralisme visant à modifier le fonctionnement du Conseil de sécurité de l’ONU et à promouvoir une répartition plus équitable des ressources et du pouvoir à l’échelle mondiale. Ce facteur a poussé l’Inde elle-même à collaborer avec son rival historique (la Chine, avant même le Pakistan, ce dernier étant considéré comme une annexe de la première) dans différentes organisations internationales, des BRICS à la SCO.

Le 21ème siècle est en effet caractérisé par une approche plus pragmatique de la politique internationale. L’objectif fondamental était (et demeure) l’intégration totale de l’Inde dans l’économie mondiale et la recherche d’un rôle plus actif dans le domaine de la coopération internationale. Les piliers des relations extérieures indiennes sont au nombre de trois: a) l’économie et le commerce; b) la sécurité intérieure face à diverses menaces (djihadisme, groupes sécessionnistes maoïstes ou autres); c) l’interconnexion étroite entre politique intérieure et extérieure.

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Concernant le premier point, la diplomatie économique du «Made in India», du «Start Up India» ou du «Digital India», vise surtout à faire du pays un «hub» continental dans le secteur de la manufacture et de la technologie (l’Inde joue également un rôle important dans l’exploration spatiale), grâce à l’accent mis sur les accords bilatéraux et la coopération régionale.

Le commerce s’oriente principalement vers l’Asie occidentale, l’Afrique, l’UE et les États-Unis. Les relations avec les voisins immédiats restent plus complexes, bien que les relations commerciales avec le Népal, le Bangladesh, le Myanmar, le Bhoutan, le Sri Lanka et les Maldives soient aussi développées, alors que la présence chinoise y croît constamment.

Il faut aussi considérer que la région de l’Asie du Sud, bien qu’elle soit l’une des plus dynamiques en termes de croissance économique à l’échelle mondiale, reste politiquement instable. Elle possède l’une des populations les plus jeunes (on pense à la moyenne d’âge de 22 ans au Pakistan) comparée au reste du monde; et c’est l’une des régions les plus militarisées.

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Dans ce contexte, des pays comme le Népal et le Bhoutan dépendent étroitement de l’évolution des relations entre l’Inde et la Chine. En 2025, on a assisté à une détérioration rapide des relations entre l’Inde et le Bangladesh. Ce pays, paradoxalement, doit son indépendance à l’Inde, mais risque de matérialiser ce qui constitue le cauchemar stratégique de New Delhi: un axe Pakistan-Chine-Bangladesh. En juillet 2025, le régime de l’Awami League a pris fin, suivi de plusieurs condamnations à mort dont celle de son leader Sheikh Hasima. À cela s’est ajoutée une ouverture radicale du pays bengali vers la Chine. Le Bangladesh occupe une position stratégique cruciale dans le golfe du Bengale – position que Pékin entend exploiter pour contourner le détroit de Malacca – et le maintien de bonnes relations avec lui est essentiel pour New Delhi, aussi bien pour le contrôle de l’immigration illégale et des infiltrations djihadistes sur le territoire indien que pour la maîtrise du corridor de Siliguri: une étroite bande de terre reliant l’Inde orientale au reste de l’Union.

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Mais c’est l’océan Indien qui constitue la zone de la plus grande importance stratégique pour l’Inde. Il y transite un tiers du commerce international et deux tiers du commerce pétrolier. Et à ses extrémités se trouvent au moins trois points d’étranglement déterminants pour l’économie maritime mondiale: le détroit de Malacca, le canal du Mozambique et le détroit d’Ormuz (protagoniste dans la phase actuelle du conflit entre la République islamique d’Iran et le binôme USA-Israël).

Ici, récemment, l’Inde a dû faire face à la réduction de son influence et à l’augmentation de celle de la Chine aux Maldives; un système d’îles qui, en plus de sa valeur touristique, possède une importance stratégique en raison de sa position à mi-chemin entre les détroits d’Ormuz et de Malacca.

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Avant d’aller plus loin, il convient d’ouvrir une courte parenthèse historique. Au 19ème siècle, le pouvoir et la technologie n’étaient pas répartis équitablement à l’échelle mondiale. Cela permit à des pays relativement petits sur le plan démographique et territorial (l’Angleterre, la Belgique, pour n’en citer que quelques-uns) de contrôler presque la totalité du globe. Le 21ème siècle, en revanche, avec un retour prépondérant de la démographie comme facteur d’action et de puissance, a radicalement renversé les schémas du passé. Des pays comme la Chine et l’Inde (on pourrait aussi citer le Nigeria, l’Indonésie, le Pakistan, le Brésil, etc.) ressentent le besoin d’occuper un rôle plus important sur la scène internationale et, surtout, de démontrer que la modernisation n’est pas synonyme d’occidentalisation et que le capitalisme peut revêtir des formes différentes.

Dans ce contexte évolutif, l’Inde a cherché à agir en politique étrangère avec un mélange d’idéalisme et de pragmatisme, recherchant à la fois une autonomie stratégique et un engagement renouvelé sur la scène internationale. L’Inde cherche ainsi à se présenter comme «fournisseur de sécurité» dans l’océan Indien et en Asie centrale, méridionale et du Sud-Est.

L’Inde unifiée possède une histoire particulière, fruit des leçons du passé. En effet, l’histoire indienne est une succession de royaumes différents, souvent en conflit, qui, dans bien des cas, ont fini par jouer le jeu des envahisseurs; par exemple les Moghols, dynastie impériale musulmane venue d’Asie centrale, qui furent les seuls à maintenir le sous-continent uni pendant des siècles.

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Avec la fin de l’ère coloniale, l’Inde a dû reconstruire sa propre image. En 1954, elle signa avec la République populaire de Chine, qui venait de s’emparer du Tibet, une déclaration en cinq principes: a) respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale réciproques; b) non-agression et/ou non-ingérence dans les affaires des autres; c) égalité réciproque; d) coopération fondée sur l’avantage mutuel; e) coexistence pacifique. Cela n’empêcha pas un affrontement ouvert en 1962, avec Pékin qui a fini par occuper une partie importante du territoire indien.

Nehru_in_the_Netherlands,_1957.jpgIl faut rappeler qu’à la vision de Nehru (photo), l’action militaire était le dernier recours, inefficace pour résoudre les conflits. Le dirigeant indien voyait l’avenir de l’Asie comme une division en diverses fédérations bâties autour de différents «États civilisationnels». L’Inde, bien sûr, en faisait partie. Cependant, elle devait affronter le risque sécuritaire lié à la présence de populations musulmanes importantes sur ses deux flancs. Son idée de non-alignement l’amena à refuser toute participation à une alliance militaire. Malgré cela, en 1962, l’Inde chercha le soutien des Etats-Unis et du Royaume-Uni contre la Chine. En 1971, elle signa un traité d’amitié et de coopération avec l’Union soviétique, prélude à la relation spéciale que New Delhi (avec des hauts et des bas) entretient encore aujourd’hui avec la Russie; l’un des principaux fournisseurs d’énergie et d’armements du sous-continent.

Cette relation a été remise en question à plusieurs reprises, tant par les théoriciens de l’Hindutva liés au parti actuellement au pouvoir (le BJP de Narendra Modi) que par les tentatives répétées des États-Unis de courtiser l’Inde, culminant avec la déclaration d’amitié et de partenariat stratégique de 2015, après plusieurs décennies où Washington accusait New Delhi de manquer de cohérence stratégique, et après que les Etats-Unis eux-mêmes ont tenté de freiner l’ascension de Modi au pouvoir par l’utilisation massive d’ONG à leur service ou en cherchant à diviser le front populiste en soutenant le Aam Aadmi Party.

Cette déclaration fut le produit d’un nouveau focus stratégique nord-américain; le fameux «Pivot to Asia», visant à impliquer l’Inde dans l'endiguement de la Chine. Selon Washington, seule une alliance «occidentale» permettrait à l’Inde d’atteindre une vraie grandeur; et seul l’exploitation de sa nature «insulaire» (d’État séparé du reste du continent) lui permettrait de se projeter en mer comme nouvelle puissance thalassocratique.

L’Inde semble en effet posséder tous les critères qui favorisent le développement d’une puissance maritime selon l’amiral nord-américain Alfred T. Mahan (1840-1914): 1) position géographique particulière; 2) configuration physique du territoire; 3) extension du territoire et disponibilité de ressources militaires; 4) vaste population; 5) caractère et qualité de la population; 6) caractère/attitude/qualité du gouvernement.

New Delhi, par conséquent, devrait appliquer au golfe du Bengale et à une partie de l’océan Indien sa propre doctrine Monroe, favorisant le développement et l’augmentation numérique de sa marine militaire et, dans le style indien, une projection de puissance fondée avant tout sur la coopération en temps de paix.

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À la lumière de cela, deux faits doivent être soulignés: 1) l’Inde est devenue une puissance nucléaire non pas tant pour effrayer le voisin pakistanais, mais pour disposer d’une forme de dissuasion contre la Chine; 2) l’Inde a déjà connu une tradition thalassocratique dans le passé, liée à l’Empire Tamoul et à la dynastie Chola (un véritable empire maritime qui a étendu son influence sur tout l’océan Indien et l’Asie du Sud-Est).

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Ce n’est pas un hasard si les théoriciens nationalistes indiens rêvent d’une «Grande Inde» qui s’étendrait du fleuve Indus au fleuve Mékong. Une vision qui les rapproche quelque peu du projet biblique du sionisme: le «Grand Israël» s’étendant du Nil à l’Euphrate. Les premiers théoriciens de l’Hindutva (terme signifiant «indianité») ne manquaient pas d’exprimer leur solidarité envers le projet sioniste au Proche-Orient, solidarité fondée surtout sur un mépris commun envers l’islam. L’indianité repose fondamentalement sur le rejet de l’islam et l’acceptation des seules religions proprement indiennes: hindouisme, bouddhisme et sikhisme. Cette hostilité envers l’islam a amené ces théoriciens à considérer que l’islam, en tant que religion étrangère au sous-continent, était même pire que le colonialisme britannique.

Les séquelles de ce modèle idéologique persistent encore aujourd’hui. L’actuel Premier ministre Narendra Modi, par exemple, fut, en tant que gouverneur du Gujarat, protagoniste de véritables pogroms contre la population musulmane de la région. Les relations entre le Likoud israélien et le Bharatiya Janata Party restent excellentes. Ainsi, l’Inde, dans une optique d'endiguement de la Chine et de la nouvelle Route de la Soie, semble vouloir jouer un rôle de premier plan dans l’alternative «Route du Coton» ou IMEC (India-Middle East Corridor), qui devrait permettre à Israël d’étendre son influence sur l’océan Indien via les monarchies du Golfe.

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Bien plus intéressantes du point de vue de la pensée indienne moderne sont les considérations de Swami Vivekananda (1863-1902 - photo), précurseur de l’idée de l’Inde comme « État civilisationnel » et des réflexions de figures du mouvement nationaliste indien anti-colonial, de Sri Aurobindo à Mahatma Gandhi. Vivekananda est aussi considéré comme un réformateur de l’hindouisme et de l’application des valeurs religieuses à la politique. Selon lui, l’indépendance totale ne peut être atteinte qu’en suivant la voie du karmayoga (une action qui ne s’écarte jamais d’un système précis de principes).

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Le Vedanta, en particulier, peut être utile pour comprendre la politique étrangère et surtout il constitue le fondement de l’idée multipolaire indienne, prônant l’unité dans la multiplicité. Un concept que l’on retrouve aussi dans la tradition culturelle et religieuse chinoise. À ce propos, on ne peut oublier le contenu de l’Arthashastra (terme traduisible par «science de l’administration politique» ou «compendium des affaires mondiales») de Chanakya (375-283 av. J.-C.), lequel est considéré comme une sorte de Machiavel indien, bien qu’il ait vécu bien avant le penseur italien. On y retrouve le principe directeur de la politique indienne (inspiré des Upanishad): «la vérité est une, mais il existe différentes voies pour l’atteindre».

Sur ces bases, le multipolarisme indien contemporain est interprété comme un ensemble de puissances responsables vers l’extérieur et non enfermées dans le contrôle interne. Il y a une sorte de rejet de ce qu’on appelle «autisme dans les relations internationales». Dans ce contexte, l’Inde doit agir sur plusieurs fronts.

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Nehru et Brejnev.

Nehru considérait l’URSS comme un facteur de stabilité au nord des frontières indiennes. De l’Asie centrale provient en effet la majorité des approvisionnements énergétiques indiens. La stabilité de cette région est fondamentale, tout comme les relations avec Moscou. Pour cette raison, la chute de l’URSS fut aussi perçue en Inde comme une catastrophe géopolitique. Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle, New Delhi a rejeté le système de sanctions occidental imposé à la Russie suite à son intervention directe dans le conflit civil ukrainien. Il en va de même pour un autre fournisseur de ressources pour New Delhi, l’Iran. Avec la Russie et l’Iran, on construit en effet le corridor de transport Nord-Sud, destiné à acheminer ces ressources vers les ports indiens via la Russie, l’Asie centrale et l’Iran.

L’Inde a besoin d’une Asie centrale stable pour permettre un flux énergétique stable garantissant le soutien à sa croissance économique. En même temps, elle a toujours privilégié une solution diplomatique à la question nucléaire iranienne et soutenu (avec une certaine dose d’ambiguïté) l’idée qu’une attaque militaire contre l’Iran aurait un effet dévastateur (ce qui s’est effectivement produit) sur la région (plus de cinq millions d’Indiens vivent dans les pays du Golfe Persique) et sur l’économie mondiale. L’Inde est le quatrième consommateur mondial de pétrole. Elle a besoin de ressources abondantes à faible coût et ne peut suivre les délires occidentaux dans ce domaine, malgré des pressions internes.

Il est d’ailleurs «curieux» que les principaux acheteurs de pétrole iranien (Corée du Sud, Japon, Taïwan, Chine, Turquie et l’Inde elle-même) soient aussi ceux qui possèdent des «créances» envers les USA. Il est donc évident que Washington cherche à défaire ce type de relations afin que ces pays achètent plus d’hydrocarbures américains (une opération très similaire à ce qui s’est passé en Europe avec la crise ukrainienne).

Il est tout aussi curieux que parmi les « faucons » du parti actuellement au pouvoir, certains considèrent la Russie comme un ennemi de l’Inde ou suggèrent d’utiliser la frontière avec la Chine (de plus en plus militarisée) comme tête de pont en cas d’attaque occidentale contre la République populaire. D’autres encouragent une augmentation de la relation déjà forte avec le Japon pour un simple endiguement de la Chine sur deux fronts.

La relation avec la Russie est particulière, car beaucoup la voient comme un produit des relations personnelles de Nehru dans les premières années de l’État postcolonial. Aujourd’hui, ces relations restent fluctuantes (malgré la signature d’un accord de partenariat stratégique en 2000), surtout à cause de l’ouverture du gouvernement Modi aux Etats-Unis et de sa recherche de diversification dans les fournitures militaires. La Russie, de son côté, a nettement amélioré ses relations avec le Pakistan après les problèmes des années 1980 liés au conflit afghan.

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L’Afghanistan s’est rapidement transformé en théâtre de rivalité entre le Pakistan et l’Inde. La fuite des États-Unis hors de ce pays fut perçue comme une victoire pakistanaise, Islamabad parvenant à se doter d’une profondeur stratégique dans l’État voisin. En réalité, les problèmes jamais entièrement résolus, qui concernent les frontières et les nationalismes respectifs (pakistanais et afghan), ont mené à un affrontement ouvert, lié aussi au fait qu’Islamabad fait obstacle à la construction de relations commerciales entre l’Inde et l’Afghanistan poursuivies par le gouvernement taliban de Kaboul.

La stratégie du «Look East» reste l’un des fondements de la politique étrangère indienne. Elle se serait même développée en quatre phases sur plus d’un millénaire. La première phase fut celle de l’Empire Chola; la deuxième celle de l’Empire moghol; tandis que la troisième débuta durant la Guerre froide, avec le développement d’une relation particulière qui perdure encore aujourd’hui (notamment dans termes de la politique d'endiguement de la Chine en mer de Chine méridionale) entre l’Inde et le Vietnam (l’Inde soutint le Vietnam lors du conflit avec les Khmers rouges cambodgiens, soutenus par la Chine et les Etats-Unis).

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La quatrième phase a commencé dans les années 1990 et a culminé avec l’idée d’«Act East» du gouvernement Modi, visant à améliorer les interconnexions routières et commerciales pour projeter l’influence indienne en Asie du Sud-Est via le Myanmar et la Thaïlande. Cependant, on craint qu’une ouverture excessive n’augmente les risques d’infiltration au sein des frontières indiennes de la criminalité organisée, transnationale et impliquée dans le trafic de drogue, d’armes (avec des conséquences évidentes dans la lutte contre les milices sécessionnistes ou islamistes) et d’êtres humains.

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Le corridor économique Mékong-Inde.

Quoi qu’il en soit, une coopération plus étroite avec le Myanmar permettrait l’exploitation potentielle des immenses ressources de ce pays (plus de trois milliards de barils de pétrole, sans compter le gaz), trop longtemps victime d’une instabilité politique, parfois orchestrée de l’extérieur. Des projets intéressants dans ce domaine sont le corridor économique Mékong-Inde, lié à une coopération plus étroite entre l’Inde et le groupe ASEAN, et le forum trilatéral Inde-Myanmar-Thaïlande.

En conclusion, l’Inde ambitionne de jouer un véritable rôle de leader du Sud Global par la coopération et la diplomatie économique, que le gouvernement Modi a érigées en fondement de sa stratégie. Il est important ici de souligner la différence entre les concepts de «voisinage», que l’Inde applique à sa proximité géographique, et celui de «périphérie», appliqué par les USA à l’Amérique du Sud ou par la Russie à l’espace ex-soviétique, et qui implique l’utilisation d’outils militaires (comme cela s’est souvent produit dans les deux cas) pour (ré)affirmer une suprématie effective. L’Inde et la Chine sont assez similaires à cet égard; toutes deux recourent à la coopération internationale et à leur participation à certaines organisations (BRICS, SCO ou AIIB – Asian Infrastructure Investment Bank) pour développer et améliorer leurs relations bilatérales avec leurs voisins immédiats ou plus éloignés.

Quoi qu’il en soit, la vision multipolaire indienne de l’ère Modi n’est pas exempte d’ambiguïtés. Contrairement à celle de la Chine (qui considère la sécurité et l’économie asiatique comme absolument dépendantes des Asiatiques eux-mêmes, sans aucune influence extra-continentale), elle reste liée à une idée qui semble davantage inspirée de l'uni-multipolarisme huntingtonien, où à un pouvoir économique mondial plus partagé s’oppose la supériorité technologique et militaire incontestée d’une seule puissance: toujours les États-Unis.

samedi, 29 août 2026

La pieuvre de la surveillance «Palantir» s’attaque au marché des médias: vers un lecteur entièrement transparent

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La pieuvre de la surveillance «Palantir» s’attaque au marché des médias: vers un lecteur entièrement transparent

New York. Le groupe américain de sécurité «Palantir» est actuellement la plus grande pieuvre mondiale en matière de données et de surveillance. L’entreprise est particulièrement controversée en raison de ses programmes d’intelligence artificielle destinés à la «lutte préventive contre la criminalité». Malgré cela, en Allemagne, les forces de police de certains Länder utilisent déjà des programmes de «Palantir».

Le groupe cherche désormais à mettre la main sur les données de millions d’utilisateurs de médias. Une alliance inquiétante entre la «Big Tech» et le paysage médiatique international se dessine. USA TODAY Co., le plus grand groupe de presse des États-Unis, qui possède plus de 200 journaux locaux ainsi que le quotidien national USA TODAY, intègre «Palantir» à ses systèmes de traitement des données.

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L’entreprise souhaite analyser plus en profondeur les données de ses lecteurs et transformer des utilisateurs jusqu’ici anonymes en relations identifiables. Mike Reed, PDG de USA TODAY, a déclaré lors de la conférence de presse consacrée aux résultats du deuxième trimestre 2026: «Chaque visite, chaque session et chaque moment d’attention émet un signal». L’association de ces signaux doit permettre de produire de l’«actionable intelligence», c’est-à-dire, en français, des informations exploitables.

Reed a qualifié les utilisateurs anonymes de «public le moins précieux et le moins monétisable» et annoncé son intention de transformer les interactions actuellement anonymes des lecteurs en «relations connues».

Kristin Roberts, directrice des médias de USA TODAY, a évoqué à ce propos «de meilleures recommandations et offres, fondées sur ce qui intéresse réellement les gens». C’est un procédé que nous connaissons déjà chez Amazon, Facebook et Google.

«Palantir» collabore déjà avec d’autres entreprises médiatiques dans le domaine de l’analyse des données. En Allemagne, le groupe d’édition Axel Springer, dont le portefeuille comprend notamment Politico, Business Insider, Bild et The Telegraph, utilise ce logiciel depuis plusieurs années. Les groupes de presse justifient l’utilisation accrue des données par la recherche d’une commercialisation plus efficace et par la baisse du trafic en provenance des moteurs de recherche. De son côté, «Palantir» cite parmi les domaines d’application «des informations détaillées sur les habitudes de lecture, l’efficacité de la publicité et les modèles d’abonnement».

Au sein même de USA TODAY, la coopération avec cette pieuvre des données et de la surveillance est loin de faire l’unanimité. Plus de 800 employés issus de 31 rédactions ont demandé qu’il y soit mis fin. Mais cette activité est bien trop lucrative pour les deux parties (mü).

Source: Zu erst, août 2026. 

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Il n’y a pas que «Starlink»: la Russie développe son propre réseau «Rassvet»

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Il n’y a pas que «Starlink»: la Russie développe son propre réseau «Rassvet»

Moscou. Une course aux armements, dont la plupart des gens n’ont pas conscience, fait rage en orbite terrestre basse: la Russie accélère le déploiement de son propre réseau satellitaire, baptisé « Rassvet ». Ce système est destiné à offrir une solution russe de substitution au réseau de satellites «Starlink» d’Elon Musk et devrait prochainement servir à la transmission rapide de données, aux communications militaires ainsi qu’aux opérations de drones. Le dirigeant du Kremlin, Vladimir Poutine, a déclaré à plusieurs reprises que «Rassvet» pouvait rivaliser avec «Starlink». «Cela demande un certain temps, mais le système a été créé et il fonctionne», a affirmé Poutine à la mi-juin.

L’entreprise chargée du développement, appelée «Bureau 1440», travaille sur «Rassvet» depuis environ cinq ans. Son nom fait référence à Spoutnik 1, qui effectua au total 1440 révolutions autour de la Terre en 1957. L’entreprise est née en 2020 d’un projet de l’opérateur de téléphonie mobile MegaFon et portait initialement le nom de «MegaFon 1440». Trois satellites d’essai ont été lancés en juin 2023, suivis de trois autres en 2024 afin de tester les communications par laser.

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En mars 2026, les seize premiers satellites opérationnels ont été placés dans l’espace. À la fin du mois de juillet, le Bureau 1440 a annoncé le lancement d’un deuxième groupe. Une fois les essais terminés, les satellites devraient atteindre en octobre ou en novembre leur orbite définitive, à environ 800 kilomètres d’altitude. Selon le conseiller ukrainien Serhiy Beskrestnov, connu sous le pseudonyme de «Flash», jusqu’à quarante satellites «Rassvet» se trouveraient déjà en orbite.

Environ douze satellites de la première série ont atteint l’orbite prévue. Au-dessus de l’Ukraine, ils offrent jusqu’à présent une à deux fenêtres d’observation quotidiennes. Selon les circonstances, celles-ci durent de dix minutes à une heure et demie. Le deuxième groupe est toujours en route vers son orbite définitive.

Le déploiement doit se poursuivre rapidement. Selon les services de renseignement ukrainiens, Moscou prévoit de disposer de 292 satellites d’ici à 2027. Bureau 1440 en annonce environ 730 pour 2030 et plus de 900 pour 2035. Les experts estiment que 200 à 250 satellites seraient nécessaires pour assurer une couverture continue de la Russie et de l’Ukraine. Dans le même temps, certains doutent que la Russie puisse lancer l’ensemble de la flotte prévue à l’aide de ses propres lanceurs.

Les services de renseignement militaire ukrainiens affirment avoir constaté une accélération du programme. Le général de division Vadym Skibitsky a déclaré: «Les satellites sont lancés beaucoup plus rapidement que ne le prévoyaient les plans initiaux». Si ce rythme se maintient, «Rassvet» pourrait, selon les experts, permettre une surveillance continue de l’Ukraine d’ici au milieu de l’année 2027.

Dans la guerre en Ukraine, les communications satellitaires jouent un rôle important. «Rassvet» doit également garantir le maintien des liaisons lorsque les réseaux terrestres sont hors service. Ces systèmes peuvent en outre soutenir les opérations de drones grâce à la transmission d’images en direct.

À titre de comparaison, «Starlink» compte déjà plus de 10.800 satellites dans l’espace. En moyenne, SpaceX lance tous les trois jours une fusée Falcon 9 emportant environ deux douzaines de satellites supplémentaires. Le 23 juillet, l’Union européenne a inscrit «Rassvet» dans son 21ᵉ train de sanctions, qui vise le secteur militaro-industriel ainsi que les domaines de l’électronique et des communications. Il est peu probable que cette mesure entrave de manière significative la solution russe de substitution à «Starlink» (mü).

Source: Zu erst, août 2026. 

Heidegger, l’Être et le Mystère de Rome

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Heidegger, l’Être et le Mystère de Rome

Giandomenico Casalino

Source: https://www.paginefilosofali.it/heidegger-lessere-e-il-mi...

Il semblerait qu’entre les deux thèmes, ou complexes de l’Esprit, mentionnés dans le titre du présent écrit, il n’existe et ne puisse exister aucune relation, aucune contiguïté. Il n’en est rien ! Et nous allons ici avancer des considérations probantes, pour ainsi dire “en bonne et due forme”, de manière à permettre à ceux qui s’approchent de la Chose avec l'éros de penser, dans une façon visionnaire, l’extraordinaire et complexe présence du même Logos dans ces deux Réalités, du même Mystère de l’Être et de sa visibilité invisible qui est invisibilité visible.

512x840.jpgHeidegger [1] fut conduit, autour de 1930, par la Pensée à abandonner la dimension existentialiste de son itinéraire spirituel, dont il avait atteint le sommet avec L'Être et le Temps et, laissant derrière lui (ce fut ce qu’on nomma le Tournant [die Kehre]…) la réflexion thématique sur l’être-là, c’est-à-dire le Dasein et donc le sujet, encore, peut-être, trop husserlienne, il s’orienta de façon toujours plus décisive et radicale vers “quelque chose” qui ne soit plus l’étant, dans toutes ses déterminations, y compris celle humaine de l’être-là.

En substance, on pourrait oser dire que le Tournant de Heidegger rappelle ou évoque celui, par ailleurs contemporain, vécu par Evola, puisque ce dernier tournait aussi son esprit et son intelligence vers l’universalité objectivante de la Tradition, allant au-delà de ses précédentes réflexions philosophiques, certes remarquables mais encore chargées de transcendantalisme kantien, pour en arriver à voir et à contempler le scénario surhumain du Transcendant qui est Immanent et de l’Immanent qui est Transcendant; ainsi, Evola, tout comme Heidegger, commençait à voir le Monde d’une façon très proche de la vision hellénique, c’est-à-dire non ontique mais ontologique, pour utiliser le lexique heideggérien.

Ceci étant dit, entrons immédiatement in medias res !

ba5502737ad9ab65724d6627e3519bde.jpgHeidegger, on le sait, a vu et vécu, dans tout son parcours spirituel, de nature intrinsèquement mystico-sapientielle, l’Oubli de l’Être, comme il l’a défini lui-même, qui est, à son juste avis, engendré, causé par l’entification première du Divin, opérée par le christianisme et, ensuite, par l’entification cartésienne de la res cogitans et de la res extensa, entifications qui sont les deux faces de la même médaille et constituent la domination planétaire de la Technique qui, pour le Sage allemand, n’est pas un problème “technique” mais une question dramatiquement et essentiellement philosophique ! Ici, il ne nous est pas possible, pour d’évidentes raisons d’espace, d’exposer un sujet aussi vaste, que nous devons toutefois considérer au moins connu, sinon su, afin d’expliciter, de manière aussi synthétique que possible, les raisons du présent écrit.

006_MH_GrundbegriffeMP.pngSi dans le Cours de 1929-30, intitulé Les concepts fondamentaux de la métaphysique et dans l’autre Cours de 1932, intitulé Le début de la philosophie occidentale, Heidegger aborde, en Grec, la vision grecque de la phỳsis et commence à percevoir dans l’esprit visuel des Grecs la différence ontologique primordiale, entre “ce qui prévaut”, c’est-à-dire l’étant qui croît et se manifeste, et l’Être lui-même, qui est “le prévaloir en tant que tel”; dans le Cours du semestre d’été 1935, Introduction à la métaphysique, il affirme de façon encore plus explicite que la phỳsis, qui est l’imposition, l’éclosion de ce qui éclot, (la rose…), la croissance même, la Vie du Cosmos, est l’Être même: «La phỳsis est le même Être, en vertu duquel seulement l’étant devient observable et le demeure…»!

De notre point de vue, Introduction à la métaphysique est le chef-d’œuvre systématique des années 1930; dans cette œuvre, Heidegger, parcourant sa Voie, communiquant à nos âmes la clarté (Lichtung) manifeste de la phỳsis (mot dont les racines sont : phu et pha, d’où les verbes phỳein et phàinesthai, c’est-à-dire respectivement "croître" et "briller", "apparaître") en vient à affirmer que «… la Vérité du Divin appartient au déploiement essentiel de l’Être…» de sorte qu’il associe explicitement phỳsis, qui est l’Être, c’est-à-dire le Divin (récupérant ainsi le sens archaïque du mot) à la Vérité qui est Alètheia, et cela signifie, helléniquement, que le Divin, to Thèion, est le dévoilement, la manifestation du Soi cosmique et que Lui est la mesure du Tout, et non pas le Dasein qui est l’individu au sens ontique, comme l’enseigne d’ailleurs le Divin Platon.

Ici se trouve la clé de voûte pour entrer dans le sens du logos que nous souhaitons transmettre: Alètheia est, en vertu de l’alpha privatif, l’absence d’occultation, d’obscurcissement, d’oubli et d’absence; et puisque dans la Théologie Orphique la source à laquelle il ne faut pas s’approcher est Lèthe, qui est la perte de la Mémoire, alors que la Santé vient de la Source de Mnémosyne, le mot Lèthe, d’où le verbe lanthàno, qui signifie cacher, occulter, deviendra, chez Heidegger, dès la fin des années 1940, le thème de base du cheminement de la Pensée qui aura pour “objet” uniquement et exclusivement la sophia qui est le Savoir de l’Être et sur l’Être en tant qu’il est le non-latent et donc le permanent dans son essence, qui est une avec son existence.

imagmhessconfes.jpgHeidegger, en même temps, et en vertu de sa vision grecque du Monde et de la Vie, dénonce décidément et en conséquence la progressive entification du Monde, qui est donc la fragmentation mécaniste de la phỳsis, causée par l’imposition du psychisme dualiste chrétien qui a conduit, par ricochet, à la catastrophe spirituelle que constitue l’Oubli de l’Être, qui est l’occultation du Sacré, donc l’Oubli de l’Alètheia, équivalant au règne de son contraire: la Lèthe, c’est-à-dire le non-Être, donc la Technique, car l’absence de Mémoire est l’absence d’Anamnèse, qui est au contraire le Souvenir de la Connaissance vivante des Idées, des Formes, c’est-à-dire de l’Être, expérimentée par l’âme dans la vie “d’avant”, selon le Divin Platon (Phèdre, 249, c VI) ![2]

ormai-solo-un-dio-ci-puo-salvare-intervista-con-lo-spiegel-9788823524217.jpgHeidegger, indépendamment de certaines de ses convictions absolument discutables, comme, par exemple, celle exprimée dans son écrit “La doctrine platonicienne de la vérité” [3], ou le fait de considérer fondamentale la question: «Pourquoi y a-t-il de l’étant plutôt que rien?» [4], a mis en évidence de manière grandiose et extraordinairement dramatique l’abîme nécrotique de la Pensée et donc de l’Esprit dans lequel ce qui reste de l’homme dans l’Âge Sombre actuel a sombré, au point d’affirmer que seul «un Dieu peut nous sauver…!», dans son entretien accordé en 1976, peu avant sa mort, au magazine allemand Der Spiegel ! Et il y aurait beaucoup à dire et à réfléchir, et longuement, sur le fait qu’il ait dit “un Dieu” et non “Dieu”, manifestant ainsi une manière explicitement païenne de penser le Divin !

En définitive, l’Oubli de l’Être est, selon l’ensemble du parcours de pensée de Heidegger, le signe, la marque de l’époque actuelle et c’est en même temps la latence, c’est-à-dire la fuite de l’Être même, son fait de se cacher derrière l’Étant, n’étant plus l’Apparent et le Présent, c’est-à-dire l’Absolu; mais cela est la manifestation, comme Heidegger l’argumentera lui-même dans son Cours sur Héraclite donné en 1943, de l’impuissance épocale de l’Esprit à entrer dans le sens ésotérique, donc profond, du célèbre fragment 123 du sage d’Éphèse: «Phýsis krýptesthai phìlei», que l’on doit traduire en français par «l’Être aime à se cacher»!

Voilà la question centrale qui est l’objet du présent propos! Heidegger a vu, de façon visionnaire, la latence de l’Être, et le mot latence a, sémantiquement et aussi comme racine indo-européenne, la même base linguistique que le verbe lanthàno et que la Lèthe grecs, et ayant acquis tout cela, il nous est permis, à ce stade, de faire cet apparent “saut” vers la Tradition de Rome et son Mystère! [5] Ce n’est pas un saut car «la nature ne fait pas de saut»! Il s’agit ici au contraire de deux chemins parallèles de l’Esprit indo-européen: l’un est celui gréco-germanique selon son génie philosophiquo-religieux, l’autre est celui romain selon son génie juridico-religieux, et “génie”, il convient de le souligner, vient du Génie de la lignée.

Et quel est le parcours parallèle du génie romain? Quelle est la Parole que la Tradition primordiale de Rome proclame emphatiquement (en-Fas = dans la Parole Divine…!), qui est miraculeusement la même que celle du Logos sapientiel de Heidegger ?

Saturn_with_head_protected_by_winter_cloak,_holding_a_scythe_in_his_right_hand,_fresco_from_the_House_of_the_Dioscuri_at_Pompeii,_Naples_Archaeological_Museum_(23497733210).jpgIl réside et est radieusement présent dans la puissance imaginale de la Vision mythique-hermétique de Saturne caché dans le Latium, d’où le thème de la dérivation du mot: “Latium a latere”, dont traitent Virgile (Énéide, VII, 322) et Ovide (Fastes, I, 232). Affirmer que le Nom de la Terre (Saturnia Tellus) et du Genius Loci à partir et sur lequel se manifeste et s’impose éternellement (“Hic manebimus optime!”) Rome, dérive du verbe látere qui, de façon évidente, est, aussi bien littéralement que sémantiquement, identique au lanthàno grec; que le Latium, précisément parce qu’il porte ce nom, issu de ce verbe, cache Saturne qui, tant dans le récit strictement mythico-poétique au sens religieux, chanté par Virgile et Horace, que dans sa dimension ésotérique hermétique, est l’Or caché, occulté, souillé par et dans le Plomb de la Lèthe, c’est-à-dire de l’Oubli de l’Être; que l’Âge d’Or, c’est-à-dire le Satya Yuga sanskrit de la Tradition védique, est l’Âge de l’Être que Virgile, justement dans son Poème, énonce et annonce, car il voit que l’Âge d’Or, qui est Saturne d’Or, coïncide, en fait est, l’Âge Augustéen de la Pax romana, donc éternelle, comme il est évident dans la symbolique florale, absolument et exclusivement apollinienne, de l’Ara Pacis; cela peut-il être considéré, jugé par “quelqu’un”, comme “fortuit”? À “celui-là”, il ne peut objectivement être permis de penser qu’il n’existe aucune relation analogique et, donc, aucune connexion objective (précisément en termes sémantiquement juridiques) entre l’Oubli de l’Être comme obscurcissement du Divin, comme fuite de la Pensée, comme Lèthe en tant que négation d’Alètheia, du Logos de Heidegger, et le Savoir primordial, aussi bien mythique qu’hermétique, présent dans la Spirale de Stéphanos, symbole archaïque de la Tradition alchimique alexandrine, exposé dans sa valeur universelle par Evola lui-même [6]; le Savoir qui voit la même histoire de Rome, ainsi que sa méta-histoire, comme l’accomplissement hermétique du Saturne d’Or dans l’épopée romaine, également mythique; le Savoir qui proclame explicitement que le Mystère de Rome, le Fatum impérial que Jupiter lui-même lui a attribué, sans limite d’espace ni de temps, est le dévoilement, la manifestation, l’effacement de la latence et donc de la fuite, en tant qu’absence de l’Être Primordial qui est Saturne; le Savoir qui fait que la perfection, l’accomplissement de ce Fatum, comme Parole Divine, qui est donc le Retour, l’Anamnèse comme Connaissance-Souvenir, au sens platonicien, du statut doré de Saturne, qui est l’Être, coïncide avec l’Aeternitas Romae elle-même et que, par conséquent, le Peuple romain, en tant que Peuple des Dieux, est la seule forme, dans l’histoire de toute l’humanité, d’initiation communautaire, car il édifie, dans la continuité des siècles, dans l’âme des différents peuples et donc dans l’Invisible, par le Rite juridico-religieux, pendant plus de mille ans, précisément cette sainte union entre le Sénat, le Peuple et le Sacré qui est la Res Publica universelle, dans sa Pax Deorum !

Heidegger, dans le sillage du Destin de sa Pensée qu’il a soignée et gardée, et les Arcana Imperii de Rome invoquent, au même Instant, qui est l’éternité, la même Lumière de l’Être, de la Vérité et du Sacré ! Et cela n’est visible qu’aux yeux de l’Esprit de ceux qui sont érotiquement et donc follement (la manìa platonicienne) amoureux de ce Logos, afin qu’intérieurement [7] ils en proclament la valeur vivante et donc puissamment initiatique, ici et maintenant, dans l’obscur et humide cloaque où l’Europe, en cette époque terminale, repose nécrosée.

Notes: 

[1] Sur Martin Heidegger la bibliographie est immense. Nous nous limitons donc ici à indiquer, comme outils pour aborder la connaissance du Logos heideggérien, qui exige toutefois une étude intense, profonde et constante de toute son œuvre pendant des années, comme nous avons eu la chance de le vivre nous-même, deux volumes : L. GIANFELICI, Philosophie et mystique chez Martin Heidegger, Naples 2006, pp. 229 et suiv. ; R. CAPOBIANCO, La Voie de l’Être de Heidegger, Naples 2023.

[2] R. DE MONTICELLI, L’ascèse philosophique. Études sur le tempérament platonicien, MILAN 1995, pp. 212 et suiv.

[3] M. HEIDEGGER, Chemins qui ne mènent nulle part, Milan, 1987, pp. 159-192 ; voir à ce sujet la critique correcte de P. FRIEDLANDER, Platon, Florence 1979, pp. 298 et suiv.

[4] M. HEIDEGGER, Introduction à la Métaphysique, Milan 1986, pp. 13 et suiv.; IDEM, Qu’est-ce que la Métaphysique?, Florence 1979. Voir à ce propos ce que nous déduisons dans G. CASALINO, L’origine. Contributions à la Philosophie de la Spiritualité Indo-européenne, Gênes 2009, pp. 43 et suiv.

[5] G. CASALINO, Le nom secret de Rome. Métaphysique de la Romanité, Rome 2003 ; IDEM, Le Mystère de Rome et la Tradition Hermétique in A.A.V.V., Caput Mundi. Rome entre histoire et mythe, Hong Kong 2022.

[6] J. EVOLA, La tradition hermétique, Rome 1996, pp. 172 et suiv.

[7] M. SCALIGERO, L’homme intérieur, Rome 1976.

(Article librement inspiré de l’intervention d’Umberto Bianchi à l’occasion de la manifestation Tradition de Rome et Mystères, MMDCCLXXVI Natale di Roma, 22 avril 2023)

 

Giandomenico Casalino

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La révolte des producteurs. Alceste De Ambris et le syndicalisme révolutionnaire 

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La révolte des producteurs. Alceste De Ambris et le syndicalisme révolutionnaire 

Recension d'un livre de Giovanni Parabiago

par Miro Renzaglia

Source: https://ilfondo.org/la-rivolta-dei-produttori-alceste-de-...

Quelle position Alceste De Ambris aurait-il adoptée face à la RSI et à la socialisation de 1944?

71534+93G1L._UF1000,1000_QL80_.jpgLe syndicalisme révolutionnaire a posé une question à laquelle l’histoire a donné de multiples réponses sans jamais l’épuiser: les travailleurs peuvent-ils exercer un pouvoir propre sans en confier la direction à un parti, à l’État ou à une bureaucratie séparée? Les réponses ont pris la forme de partis de masse, de la négociation collective, de l’État-providence et, dans certains systèmes, de la participation des travailleurs à l’entreprise. Ce furent de réelles conquêtes, et il serait caricatural de ne les voir que comme un apprivoisement du conflit.

Entre-temps, cependant, le travail a changé : la grande usine a perdu de sa centralité, les chaînes de production se sont dispersées, les rapports de travail se sont fragmentés. Le paradoxe contemporain s’inverse par rapport à celui des origines: le travailleur possède plus de droits politiques et sociaux, mais a du mal à se reconnaître comme partie d’un sujet collectif.

Au début du XXe siècle, les syndicalistes révolutionnaires voulaient faire du syndicat quelque chose de plus qu’un instrument de défense salariale: le noyau de l’ordre qui devait naître après la révolution. Chez Georges Sorel, cette aspiration avait déjà un contenu positif: discipline, responsabilité, institutions ouvrières capables de préparer une société différente. Mais l’autonomie organisée ouvrait déjà la difficulté qui accompagnera toute l’expérience: l’organisation naît pour donner forme à la volonté des travailleurs; elle peut finir par l’imposer.

Alceste_de_Ambris_1930.jpgAvec La révolte des producteurs, Giovanni Parabiago reconstruit le syndicalisme révolutionnaire italien en suivant surtout la trajectoire d’Alceste De Ambris (photo): des origines soreliennes à Parme et à l’USI, de la fracture interventionniste à Fiume. C’est un choix de perspective qui éclaire le livre, mais qui ne peut devenir la trajectoire de tout le mouvement: certains de ses membres ont abouti au fascisme, d’autres l’ont combattu. Parabiago insiste sur le caractère autonome et libertaire du mouvement: l’émancipation des travailleurs devait naître de leurs propres organisations, sans être confiée aux partis ou à la médiation parlementaire. La préface de Pietro Cappellari, en revanche, enferme le syndicalisme révolutionnaire dans une généalogie qui, de la révision du marxisme, mène au fascisme.

L’Italie giolittienne a confronté le syndicalisme révolutionnaire à un adversaire plus difficile que la répression. L’État libéral reconnaissait les organisations ouvrières, tolérait les grèves économiques, cherchait dans le socialisme réformiste un interlocuteur. Il ne fermait plus les portes: il les ouvrait, et ceux qui entraient découvraient qu’ils avaient accepté le plan de l’édifice. Les conquêtes étaient bien réelles, et c’est précisément pour cela que la question devenait plus insidieuse: chaque amélioration obtenue à l’intérieur du système rendait moins évidente la nécessité de le renverser. Le réformisme pouvait montrer le salaire augmenté, le droit conquis, la loi adoptée; les révolutionnaires devaient expliquer pourquoi tout cela ne suffisait pas. Leur réponse fut que l’amélioration de la condition du producteur laissait intact le rapport qui continuait de faire de lui un subordonné. Le salaire pouvait augmenter indéfiniment sans que la position de celui qui le reçoit ne change d’un iota.

Le conflit avec le socialisme réformiste passait par là: mieux administrer la relation entre capital et travail ou en changer la nature

Le syndicalisme révolutionnaire avait vu ce que l’égalité politique tendait à cacher: derrière le citoyen, restaient le producteur, la propriété, le salaire, la dépendance. Mais transformer le producteur en sujet politique ouvrait un problème que la critique du parlementarisme ne résolvait pas. Le travail organisé n’exprime pas un intérêt unique: un port et une campagne n’ont pas les mêmes intérêts, même lorsqu’ils ont le même ennemi. Si de ces organisations devait naître un ordre nouveau, il fallait établir qui était légitime pour réconcilier des intérêts incompatibles, et au nom de quel principe. L’autogestion du travail répondait à la question de qui devait participer au pouvoir; elle laissait encore ouverte celle de la manière dont le pouvoir commun devait décider.

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La Semaine Rouge montra à quelle vitesse l’ordre pouvait être ébranlé et combien il était plus difficile de donner une forme politique à la force qui l’avait ébranlé. Parmi les syndicalistes, la confiance en la grève générale comme mythe suffisant à la révolution s’ébranla alors. Une minorité chercha dans la guerre une force mobilisatrice différente: discipline, armes, mélange entre armée et peuple, accélération de la crise de l’État. Naquit l’idée de la «guerre révolutionnaire» et le mouvement se scinda.

38491.jpgAvec Fiume, la question devint institutionnelle. De Ambris dut donner forme à l’ordre qui devait succéder à la rupture. La Charte du Carnaro fondait la Régence italienne du Carnaro sur le travail productif, attribuait à la propriété une fonction sociale, donnait une représentation aux corporations, ouvrait au référendum et à la révocation. Dans ce même texte figuraient une Banque Nationale du Carnaro, une magistrature du travail, une armée, et, en cas d’urgence, un Commandant investi de tous les pouvoirs politiques, militaires, législatifs et exécutifs.

La Charte démontrait ainsi que l’autonomie des producteurs, dès qu’elle devenait institution, avait à son tour besoin d’institutions, de magistrats et d’autorités. Et l’article sur le Commandant n’en fixait pas la limite: il citait un précédent et confiait au Conseil la mesure, lui rappelant que dans la République romaine, la dictature durait six mois. On savait qu’une porte était rouverte et on se fiait à la mémoire de Rome pour la refermer. La Charte marquait ainsi le passage de l’autonomie des forces productives à la nécessité d’une autorité capable d’assurer l’ordre commun.

Quelle position aurait adoptée De Ambris face à la RSI et à la socialisation de 1944?

La relation avec le fascisme devient incompréhensible si on la réduit à un héritage d’abord recueilli puis trahi. Dans le programme des Faisceaux de 1919 figuraient déjà les thèmes issus de la rencontre entre syndicalisme révolutionnaire et interventionnisme: représentation professionnelle, participation des travailleurs à la gestion de l’industrie, attribution d’entreprises à des organisations prolétariennes, guerre révolutionnaire, nation en armes. Le fascisme de régime n’abandonna pas ce terrain.

32172105448.jpgLa Charte du Travail de 1927 chercha à le transformer en institution: catégories productives, conventions collectives, magistrature du travail, corporations, responsabilité sociale de la production. Mais elle le fit à travers un État qui pénétrait dans les organisations du travail et en fixait d’en haut fonctions et limites. La tension resta ouverte jusqu’à la République Sociale Italienne, lorsque la socialisation des entreprises fit entrer les représentants des travailleurs dans les organes de gestion.

Le fascisme ne nia pas le syndicalisme révolutionnaire. Il en tenta une part, mais la confia à l’État: précisément le pouvoir dont le syndicalisme voulait autonomiser les organisations de producteurs. Cappellari pousse cette continuité jusqu’à se demander quelle position De Ambris aurait adoptée face à la RSI et à la socialisation de 1944.

Nicola_Bombacci2.jpgComme hypothèse, peut-être aventureuse, on ne peut exclure un retournement total de sa part. Comme celui de Nicola Bombacci (photo - à la fin de sa vie), d’abord fondateur du P.C.d'I. et irréductiblement opposé au fascisme dès ses débuts, puis «Archange de la socialisation» à Salò.

À côté de cette filiation, Parabiago en suggère une autre: celle qui ferait remonter la Constitution républicaine à la Charte du Carnaro. Les similitudes existent, mais dans le livre, il manque la documentation nécessaire pour en faire une filiation historique.

Deux textes peuvent répondre à la même question sans que l’un découle de l’autre: la question était dans l’air, pas dans les archives. Même le projet de Constitution de la République Sociale Italienne, jamais approuvé ni entré en vigueur, aurait accordé un rang constitutionnel à la participation des travailleurs à la gestion des entreprises, déjà traduite dans la législation par la socialisation de 1944: un principe qui présente une évidente ressemblance avec celui reconnu à l’article 46 de la Constitution républicaine.

La succession des formules montre la permanence du problème; elle ne démontre pas à elle seule la généalogie des solutions. La question, cependant, reste entière et réapparaît sous une forme différente: quelle part du pouvoir économique doit revenir à ceux qui travaillent?

La révolte des producteurs remet au jour une tradition que la généalogie fasciste n’épuise pas et que l’histoire de la gauche a regardé avec embarras. Le livre permet ainsi de voir le syndicalisme révolutionnaire là où sa force et sa limite coïncident: il voulut confier aux producteurs la direction de leur propre émancipation, et dut ensuite chercher des institutions capables de la préserver. Il sut dire à qui le pouvoir devait être ôté. Il ne sut pas dire où le mettre. Son héritage commence là où sa révolution s’est arrêtée : quand celui qui parle au nom des travailleurs doit prouver qu’il n’a pas commencé à parler à leur place.

Fiche du livre

Titre : La révolte des producteurs. Alceste De Ambris et le syndicalisme révolutionnaire

Auteur : Giovanni Parabiago

Préface : Pietro Cappellari

Éditeur : Moira Edizioni

Année : 2026

Pages : 96

ISBN : 9798199861915

Prix : 10,40 €

 

vendredi, 28 août 2026

Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps

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Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps

Un livre de Nuccio D’Anna

Giovanni Sessa

Source: https://ilfondo.org/i-cicli-cosmici-le-dottrine-indiane-s...

Nuccio D’Anna enquête sur les doctrines indiennes du temps cyclique, du symbolisme du mont Meru aux yuga et à la précession des équinoxes, reconstituant une cosmologie traditionnelle complexe à travers la méthode comparative.

510jZbUMEsL.jpgNuccio D’Anna a récemment enrichi sa bibliographie d’un ouvrage important, qui sera tout bénéfice pour les lecteurs intéressés par les études historico-religieuses et traditionnelles. Il s’agit du volume Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps, distribué en librairie par Arỹa éditions.

Dans ces pages, l’auteur fait preuve d’une maîtrise peu commune de l’immense littérature critique et guide avec sagacité le lecteur dans l’exégèse des textes sacrés complexes centrés sur la temporalité cyclique. La tâche est accomplie en s’appuyant sur la méthode comparative. Les thèmes abordés sont si vastes qu’il serait difficile de les résumer dans le cadre d’une simple recension. Nous nous attarderons donc uniquement sur certains ensembles théoriques.

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D’Anna débute par la présentation du sens et de la signification du «Centre» dans le monde traditionnel. Il le fait en s’attardant sur la valeur du mont Meru: «considéré comme le reflet du pôle céleste qui soutient, gouverne et oriente l’ensemble du mouvement du cadran cosmique» (p. 3). La structure axiale de la montagne amène à la voir comme «le véhicule des bénédictions divines dispensées sans cesse [...]. Le Meru apparaît comme “l’arbre du cosmos”» (p. 4).

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Selon la tradition védique, de ses branches descendirent les rayons de Sūrya qui transmirent à l’humanité la “loi de Varuṇa”, le Ṛta, l’Ordre qui est Vérité. Le Ṛta «a une relation directe avec la stabilité de la constellation des sept étoiles de la Grande Ourse» (p. 5).

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La montagne sacrée est étroitement liée à Agni, dieu du feu prototypique qui brûle de splendeur au centre du monde, et à Brahma, divinité formatrice assimilable au «Rocher indestructible», d’où rayonnent des «qualités» divines.

Le Meru se dresse au centre d’une île circulaire, elle-même subdivisée en sept «régions», autour desquelles se trouvent sept océans, en correspondance «avec l’organisation planétaire structurée ordinairement sur sept niveaux» (p. 10). La dernière étendue marine est appelée «Océan de Lait».        

L’auteur guide le lecteur dans l’exégèse des textes sacrés complexes centrés sur la temporalité cyclique.

L’auteur précise: «Au cours du déroulement cyclique, sur chacune de ces “îles”, la Tradition [...] devra nécessairement arriver à son développement intégral, ce qui aura pour conséquence inévitable l’épuisement de toutes les possibilités spirituelles véhiculées dans le monde» (p. 13). Il dévoile ainsi le lien de cette symbolique avec le développement cyclique. Chacun des points cardinaux, dans cette cosmosophie, est gardé par une divinité: le cosmos même revêt une forme mandalique. L’éon actuel, dans la liste des 30 kalpa, occupe la 26e place (Varaha-Kalpa) et est précédé du Padama-Kalpa. Selon l’enseignement traditionnel, la manifestation s’est involuée à cause du «poids des hommes», qui ont provoqué une manipulation du Dharma.

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Lors du kalpa précédent au nôtre, Viṣhṇu «Dormant» a opéré «sa propre intervention cosmogonique sous la forme d’une fleur de lotus émergeant de son propre nombril» (p. 20), ce qui a permis la continuité doctrinale et rituelle parfaite entre le sixième et le septième Manvantara de notre kalpa.

Brahma fit émerger la «terre primordiale»: «l’archétype ou modèle pré-formel d’une réalité encore immaculée» (p. 21). Chaque fois que le Principe descend dans le devenir, selon la perspective traditionnelle de l’Inde, il donne lieu à un véritable «sacrifice universel». Il s’agit d’un acte capable de lutter contre les «puissances des ténèbres».

Prajapati.JPGD’Anna attribue en ce sens un rôle essentiel à Prajapati (illustration, ci-contre), qui s’unit à la Terre immaculée émergeant des Eaux. Il «symbolise l’Unité ineffable d’où ont découlé tous les autres dieux et dans laquelle ils retourneront» (p. 28).

Cette potestas porte son regard vers toutes les directions spatiales. Les eaux primordiales ne sont rien d’autre que la transcription symbolique du «murmure» de l’écoulement du temps, puisque le Principe, à la lumière des études de Marius Schneider, souvent cité par l’auteur, n’est que son-lumière. Les chantres sacrés «entendent l’essence sonore et pré-sensible [...] qui se déverse “naturellement” dans la vie cosmique» (p. 31). Le chant solaire des sept Ṛṣi forma la tête de Prajapati qui, harmonisant son et rythme, «permit la formulation des phonèmes et des syllabes» (p. 33).         

Les eaux primordiales sont la transcription symbolique du “murmure” de l’écoulement du temps.

L’auteur rappelle que le septième Manvantara commença après le déluge. L’ère actuelle est divisée en 4 yuga, dont le développement est ordonné autour du symbole de la décade, qui rythme l’appauvrissement spirituel progressif induit par les puissances catagogiques de Koka et Vikoka (Gog et Magog).

Le premier âge est «l’Âge de la Vérité» et de la plénitude spirituelle. Sa couleur est le blanc, révélatrice de son essence sapientielle et de celle de la caste Haṃsa: «Dans le jeu indien des dés [...] ce premier âge [...] correspond au “lancer” réussi» (p. 112).

Dans le deuxième âge agit la «dynastie solaire», qui vise à préserver la tradition «non humaine», exerçant une fonction conservatrice, analogue à celle attribuée en Occident à Saturne. La valeur rituelle du jeu de dés, bien connue à Rome (pratiquée lors des Saturnales, au solstice d’hiver), était liée à certaines conjonctures astronomiques. Les « points » gravés sur les faces des dés étaient appelés «yeux», car ils renvoyaient aux «luminaires» qui brillaient «dans le ciel des origines védiques» (p. 115). Lorsque le roulement désordonné des dés était observé, on l’attribuait à l’alourdissement spirituel du cycle, correspondant au tourbillon frénétique du monde. Le lancer de dés où apparaissait le trois indiquait le deuxième âge, où le monde reposait sur les «trois quarts» du dharma. Sa couleur était le rouge.

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Le deux dans le jeu de dés renvoyait au troisième âge, où le monde se développait selon le rapport lumière/ténèbres, qui tendait de plus en plus à opposer ces deux puissances. Dans cet âge, le sattva se retire, rajas et tamas prédominent. Sa couleur est le vert.

Enfin, le début du kali-yuga «a été fixé en coïncidence avec la conjoncture aurorale commencée à 6 heures du matin le 18 février 3102 av. J.-C.» (p. 118). Ce yuga est également divisé en 4 sous-âges: c’est l’âge du réveil des forces magmatiques et chaotiques qui submergent la perfection de l’Origine. Même Śiva se retire des apparences phénoménales.

Raja_Ravi_Varma,_Dhruv_Narayan.jpgPour comprendre le déroulement cyclique, il est nécessaire de se référer à la précession des équinoxes, où l’obliquité de l’écliptique et de l’équateur dessine une «toupie» cosmique. Cette précession «continue à s’accomplir autour d’un véritable “souverain” qui en dirige le cours: c’est Dhruva» (p. 131 - ill. ci-contre), le pôle fixe, garant du retour à l’ordre à la fin du kali-yuga.

D’Anna enrichit la présentation des cycles indiens par de nombreux rapprochements érudits avec les traditions grecque, mésopotamienne, taoïste et éclaire, entre autres, la faiblesse des exégèses «naturalistes» du temps cyclique, même celle d’Eliade, fondée sur la référence aux cycles lunaires. L’essai de D’Anna est véritablement exhaustif.

Fiche du livre

Titre : Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps

Auteur : Nuccio D’Anna

Éditeur : Arỹa éditions

Année : 2023

Pages : 240

Prix : 26,00 €

Pour une économie viable: ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur

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Pour une économie viable: ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur

Jurij Kofner

Source: https://kraut-zone.de/blog/2026/08/22/nach-innen-ordolibe...

L’État allemand souffre d’une contradiction singulière: là où il devrait se retenir, il intervient toujours plus profondément. Là où il devrait agir, il se révèle impuissant. Il régule les chauffages, les chaînes d’approvisionnement, les obligations de reporting et les décisions des entreprises, tandis que les dépendances stratégiques s’accroissent dans les domaines de l’énergie, des semi-conducteurs, des infrastructures cloud ou des plateformes numériques.

Une économie de marché libre n’a besoin ni d’un État transformationnel omniprésent, ni d’un État minimaliste. Elle a besoin d’un État ordonnateur: ordolibéral à l’intérieur, calqué sur les travaux de Friedrich List à l’extérieur.

La leçon de toute politique visant l'ordre en Allemagne est que la liberté n’est pas seulement menacée par un État tout-puissant, mais aussi par un État faible. Sous la République de Weimar, la capacité de décision de l’État était oblitérée par les partis, les associations et les intérêts particuliers. L’image d’Alexander Rüstow de l’État comme « proie » en saisit l’essence: formellement responsable de tout, mais pratiquement trop faible pour défendre le bien commun face à des intérêts particuliers puissants.

Carl Schmitt décrivit ce même problème comme une crise de la souveraineté de l’État: l’État pluraliste des partis et des corporatismes perd son unité politique lorsque des intérêts particuliers organisés s’approprient l’État et que ce dernier n’est plus capable de décider par lui-même. Sa formule du souverain en cas d'état d’exception révèle une condition de base de toute efficacité politique.

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De haut en bas: Eucken, Rüstow, Röpke et Böhm. 

L’ordolibéralisme (voir à ce sujet notre numéro 34) en a tiré une conclusion: l’État ne doit pas jouer à l’économie (ni être joué par elle), mais créer de l’ordre. Walter Eucken, Franz Böhm, Alexander Rüstow, Wilhelm Röpke et Ludwig Erhard associaient la propriété privée et l’esprit d’entreprise à un État de droit qui garantit l’accès au marché, combat les cartels et applique des règles égales pour tous. Ce n’est pas moins de marché par un État fort – mais c’est seulement un État ordonnateur fort qui rend la concurrence libre possible.

Pour l’Allemagne, cela signifie que la propriété, la responsabilité, la liberté contractuelle, la concurrence par la performance et l’accès ouvert au marché doivent redevenir la norme en politique économique. L’État ne doit pas sélectionner les entreprises selon l’opportunité politique. La politique de compétitivité doit être horizontale: énergie bon marché, fiscalité réduite, procédures d’autorisation rapides, marchés financiers fonctionnels, infrastructures performantes et travailleurs qualifiés – techniciens et ingénieurs.

Cela implique une simplification juridique plutôt qu’un allègement symbolique. Directive sur l’efficacité énergétique, CBAM, taxonomie européenne, RGPD, AI Act et CSRD au niveau européen, ainsi que la loi sur l’efficacité énergétique, la loi sur le devoir de vigilance et la loi sur l’énergie des bâtiments au niveau national, sont des exemples d’une régulation qui est devenue elle-même un désavantage concurrentiel. «One in, two out», les fictions d’autorisation et les révisions automatiques des réglementations au bout de cinq ans maximum seraient des instruments d’ordre cohérents.

L’ordolibéralisme suppose cependant quelque chose qui n’existe pas sur le marché mondial: une instance supérieure qui édicte et fait appliquer des règles contraignantes. À l’intérieur d’un État, la concurrence fonctionne, parce que les tribunaux, les autorités et le monopole de la force protègent la propriété, les contrats et le droit de la concurrence. L’État peut imposer des règles à chaque acteur du marché en tant qu’arbitre.

Au niveau mondial, un tel souverain fait défaut – et il n’est pas près de voir le jour. L’économie mondiale n’est pas un marché intérieur, mais un système d’États concurrents aux intérêts et moyens différents pour asseoir leur puissance. Les institutions internationales comme l’OMC peuvent formuler des règles, mais leur application dépend du pouvoir politique et de l’accord des grands acteurs. En cas de crise, ce qui compte, c’est de savoir qui détient effectivement l’énergie, le capital, la technologie, les infrastructures et les capacités de production stratégiques, et qui peut agir avec. Historiquement, le « libre-échange » n’a surtout fonctionné que durant les périodes où un hégémon mondial avait intérêt à un ordre commercial ouvert – notamment sous la Pax Americana jusqu’aux années 2010. Le blocage de l’organe d’appel de l’OMC depuis 2019 montre clairement cette limite: là où il n’existe pas d’autorité supérieure, ce n’est pas la règle mais la puissance qui prévaut en cas de conflit.

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C’est précisément pour cela que l’Allemagne ne doit pas agir à l’extérieur selon les règles énoncées par les doctrines ordolibérales, mais penser de façon listienne. Friedrich List critiquait le libre-échange abstrait de son temps comme irréaliste et soulignait le rôle des forces productives nationales. La puissance économique repose sur l’industrie, la technologie, l’énergie, la recherche et l’infrastructure – et non sur le libre-échange seul. Dans un monde où d’autres États soutiennent stratégiquement leurs entreprises, il faut de la réciprocité, une protection contre le dumping et les transferts de technologie, ainsi qu’une politique industrielle ciblée et limitée dans le temps. À l’intérieur, l’État reste l’arbitre de la concurrence, à l’extérieur il devient un acteur qui défend ses propres bases économiques.

Une politique listienne commence là où la capacité d’action de l’État dépend de ses propres infrastructures. La souveraineté énergétique signifie s’affranchir du dogme selon lequel une nation industrielle doit importer autant d’énergie que possible au lieu de la produire elle-même. L’Allemagne dispose d’importantes options: la réactivation de huit à onze centrales nucléaires est techniquement possible; les ressources nationales de gaz de schiste exploitables s’élèvent à environ 30.000 TWh – soit plus de 35 années de consommation – et les réserves nationales de lignite à environ 56.000 TWh. Le nucléaire, le gaz de schiste et le charbon doivent donc rester des options stratégiques ouvertes.

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Au XXIe siècle, il en va de même pour le numérique. Quiconque dépend entièrement de fournisseurs américains pour le cloud, les systèmes d’exploitation, les puces, les plateformes et l’IA ne possède pas de souveraineté technologique. Le « kill switch » numérique peut, dans le pire des cas, s'avérer plus sévère que des sanctions classiques. L’Allemagne et l’Europe ont donc besoin de capacités propres en matière de cloud, de calcul, de puces, d’IA et de cybersécurité.

Il faut y ajouter l’infrastructure physique. Le retard d’investissement s’élève à 231 milliards d’euros; l’IWK et l’IMK estiment les besoins publics d’investissement supplémentaire à près de 600 milliards d’euros sur dix ans. Routes, rails, ports, réseaux numériques et infrastructures énergétiques sont des forces productives au sens de List. Même un gouvernement AfD pourrait, en supprimant les dépenses de transformation d’inspiration gauchiste pour la transition énergétique, le lobbying climatique, les structures d’asile ou les programmes de genre, économiser environ 125 à 140 milliards d’euros. Mais cela ne suffirait pas pour répondre aux besoins d’infrastructure, si bien que des dettes strictement affectées à des investissements productifs supplémentaires sont justifiables sur le plan de toute politique visant la consolidation d'un ordre.

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Qui est Jurij Kofner?

En tant qu’Allemand de Russie résidant à Munich, Kofner a non seulement l’avantage de comprendre deux cultures, mais il a aussi travaillé, après des études d’économie, dans des instituts de recherche allemands, autrichiens et russes. Géopolitiquement, il rêve d’une Allemagne souveraine qui brillerait économiquement de Lisbonne à Vladivostok, tandis qu’il applaudit sur le plan idéologique le populisme libertarien venu d’Amérique.

George Orwell: langage, pouvoir et réduction de la pensée

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George Orwell: langage, pouvoir et réduction de la pensée

Source: https://periodistasporlaverdad.com/george-orwell-lenguaje...

La relation entre langage et pouvoir est souvent formulée de manière intuitive, presque comme un avertissement de bon sens. On dit que les mots comptent, que nommer une chose d’une certaine façon conditionne sa perception, ou que la dégradation du langage appauvrit le débat public.

Cependant, dans l’œuvre de George Orwell, cette intuition acquiert une densité bien plus grande. Il ne s’agit pas seulement du fait que le langage exprime des idées politiques, mais qu’il participe activement à leur formation, à leur limitation et à leur transmission. Le pouvoir n’agit pas uniquement sur les corps ou sur les institutions ; il agit aussi sur le champ du dicible et, ce faisant, sur le champ du pensable.

orig_52867335_jpg.jpgCette préoccupation traverse deux textes fondamentaux, très différents l’un de l’autre mais profondément liés. D’un côté, Politics and the English Language, où Orwell analyse la dégradation du langage public et son lien avec la détérioration intellectuelle et morale du discours politique. De l’autre, 1984, où cette intuition devient une construction littéraire extrême: une société dans laquelle le contrôle du langage fait partie d’un système plus large de contrôle de la réalité.

Lus ensemble, ces deux textes permettent de formuler une thèse forte : le langage n’est pas un simple véhicule neutre pour transmettre des pensées déjà élaborées. Il est une condition de possibilité de la pensée elle-même. Modifier le langage ne signifie pas seulement changer la façon dont une chose est dite; cela signifie aussi modifier l’horizon à l’intérieur duquel elle peut être comprise.

Dans Politics and the English Language, Orwell part d’une observation qui semble stylistique, mais dont la dimension est clairement politique. Le langage public — et tout particulièrement le langage politique — tend à se dégrader par des formules toutes faites, des abstractions vides, des euphémismes, des périphrases et des expressions qui remplacent la précision par une sorte d’automatisme verbal. À première vue, cela pourrait passer pour une critique de la mauvaise écriture. Mais le problème qu’Orwell détecte est plus profond : lorsque le langage devient vague, mécanique et préfabriqué, la pensée se fait moins exigeante. Non seulement parce que les mots disponibles sont de moindre qualité, mais parce que le locuteur cesse de confronter réellement ce qu’il dit.

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C’est ici qu’apparaît l’une des intuitions les plus puissantes de l’essai: la dégradation du langage n’est pas seulement le reflet de la dégradation de la pensée; elle la renforce aussi. Il existe une relation circulaire entre les deux. On pense mal et, donc, on écrit mal. Mais en même temps, on écrit dans des formes si routinières et opaques que ces mêmes formes rendent la pensée claire plus difficile. Le langage devient une machine à substituer: au lieu d’obliger à préciser, il permet d’éluder; au lieu de rapprocher de l’objet, il le recouvre de formules.

Orwell insiste particulièrement sur le rôle des euphémismes et des abstractions dans la rhétorique politique. Leur fonction n’est pas seulement d’embellir ou d’adoucir: elle consiste à créer une distance entre le mot et la chose. Une action violente peut être présentée avec des termes administratifs, impersonnels ou techniques; une réalité gênante peut être absorbée par une expression neutre qui la rend plus tolérable. L’effet de ce mécanisme n’est pas seulement rhétorique: en changeant la texture verbale d’un fait, on modifie aussi la façon dont ce fait peut être perçu moralement. La brutalité de la réalité s’atténue lorsque le langage ne contraint plus à la regarder en face.

Dans cette perspective, la critique d’Orwell ne se réduit pas à une défense du «bon style». Ce qui est en jeu, c’est la relation entre clarté verbale, responsabilité morale et jugement politique. Un langage trouble favorise une perception trouble; un langage automatisé facilite l’obéissance à des cadres préfabriqués. La perte de précision n’appauvrit pas seulement l’expression: elle affaiblit la capacité de penser contre les inerties de l’environnement.

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Cette idée trouve dans 1984 une formulation littéraire bien plus radicale. Si, dans l’essai, la détérioration du langage apparaît comme un symptôme et un instrument de l’appauvrissement de la pensée publique, dans le roman ce processus devient un programme politique explicite. La novlangue n’est pas une langue artificielle conçue simplement pour censurer des mots gênants. C’est une technologie du pouvoir destinée à réduire le champ de la pensée dissidente. Elle ne se limite pas à interdire certaines expressions; elle vise à réorganiser le langage de telle sorte que certaines idées deviennent de plus en plus difficiles à formuler et, à terme, à concevoir.

Ce qui importe ici, ce n’est pas seulement l’élimination de termes, mais la transformation de la structure même du langage. Dans la logique de la novlangue, la réduction du vocabulaire n’est pas présentée comme une perte, mais comme une amélioration: moins de mots, moins de nuances, moins d’ambiguïté, moins de possibilités de déviation. L’idéal implicite, c’est un langage fonctionnel, compact, sans zones d’indétermination ni capacité expansive. Mais c’est précisément là que réside sa dimension politique: plus le langage est réduit, plus l’espace disponible pour l’élaboration critique se resserre.

La thèse fondamentale est extrêmement exigeante: penser dépend, en partie, de la disponibilité de distinctions verbales suffisantes. Sans mots, ou sans une structure linguistique capable de soutenir des différences et des relations complexes, la réflexion perd de l’épaisseur. Elle ne disparaît pas magiquement, mais elle devient plus difficile, plus coûteuse et moins transmissible. La domination n’a alors pas besoin de surveiller chaque idée une à une: il lui suffit de réorganiser le milieu où les idées se forment.

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À ce stade, Orwell s’écarte d’une conception simpliste du contrôle idéologique. Il ne suffit pas de diffuser de la propagande ou d’interdire des opinions concrètes. Le pouvoir le plus profond vise à intervenir au niveau préalable où les opinions s’articulent. Il veut façonner la grammaire de la pensée, pas seulement ses contenus superficiels. Voilà pourquoi 1984 n’est pas seulement un roman sur la surveillance, la répression ou le mensonge d’État: c’est aussi, et peut-être surtout, un roman sur la fragilité de la pensée lorsque le langage cesse d’être un espace ouvert et devient une structure administrée.

La connexion entre les deux textes devient alors plus claire. Dans l’essai, Orwell diagnostique une corruption du langage politique qui facilite l’évasion, la manipulation et la paresse intellectuelle. Dans le roman, il imagine la forme extrême de ce processus: un régime où la simplification linguistique ne résulte plus de mauvaises habitudes ou d’intérêts circonstanciels, mais d’une stratégie systématique. Dans les deux cas, le fil conducteur est le même: le langage ne reflète pas seulement le monde, il l’organise, le classe et le rend intelligible d’une certaine manière.

Cette approche est particulièrement féconde pour analyser la narration politique contemporaine. Une grande partie des disputes actuelles ne portent pas seulement sur des faits, mais sur des noms: comment on désigne une politique, comment on nomme un conflit, quels mots acquièrent du prestige et lesquels sont stigmatisés. La lutte pour le langage n’est pas périphérique par rapport au pouvoir; elle fait partie intégrante de son exercice. Celui qui parvient à fixer les termes du débat ne le contrôle pas entièrement, mais il obtient un avantage décisif: il ne définit pas seulement ce qui est discuté, mais aussi à partir de quelles catégories.

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Il convient ici d’introduire une précision importante: dire que le langage conditionne la pensée ne signifie pas qu’il la détermine de manière absolue. Orwell ne défend pas une théorie mécanique selon laquelle il suffirait de changer quelques mots pour produire automatiquement de nouvelles consciences. La relation est plus complexe. Le langage n’enferme pas complètement le sujet, mais il configure le terrain sur lequel il évolue. Il élargit ou réduit les possibilités. Il rend certaines distinctions plus disponibles que d’autres. Il facilite certains liens conceptuels et en rend d’autres plus difficiles. En ce sens, son influence est structurelle, non magique.

La redéfinition des concepts est l’une des formes les plus subtiles et efficaces de cette intervention. Il ne s’agit pas toujours d’inventer de nouveaux mots ; il suffit souvent de déplacer le sens des mots existants. Un terme peut conserver sa forme et changer de contenu. Ainsi, la continuité superficielle du langage masque une transformation plus profonde du cadre conceptuel. Les mots sont toujours là, mais ils n’organisent plus l’expérience de la même façon. Et précisément parce que la mutation est graduelle, elle peut passer relativement inaperçue.

Dans le domaine des médias, cette question prend un poids évident. Les médias n’informent pas seulement sur les événements; ils contribuent aussi à stabiliser des vocabulaires, des formules interprétatives et des hiérarchies sémantiques: quelles expressions sont normalisées, lesquelles disparaissent, lesquelles sont présentées comme raisonnables et lesquelles comme suspectes. Il n’est pas nécessaire d’avoir une censure ouverte pour que l’espace verbal se rétrécisse. Il suffit que certains usages s’imposent comme naturels et que d’autres soient progressivement exclus du cadre de légitimité.

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Cela rejoint directement la préoccupation d’Orwell pour l’automatisation du langage. Lorsque les formules s’imposent comme substituts de la pensée, le locuteur ne décrit plus une réalité concrète, il reproduit un modèle. L’effet est double: d’une part, la complexité du monde est prématurément simplifiée; d’autre part, le sujet perd l’habitude d’examiner ses propres mots. Le langage cesse d’être un travail et devient une inertie.

La pertinence contemporaine d’Orwell réside précisément dans le fait d’avoir compris que la lutte pour la vérité ne peut être dissociée de la lutte pour l’intelligibilité. Une société peut rester pleine de mots et pourtant appauvrir sa capacité à penser si ces mots deviennent de plus en plus rigides, automatiques ou administrés. Le problème n’est pas seulement qu’on mente. C’est qu’on parle de telle manière que le mensonge, la contradiction ou la manipulation deviennent plus faciles à intégrer dans le discours.

En ce sens, son œuvre oblige à formuler une mise en garde exigeante: défendre la clarté du langage n’est ni un ornement ni un luxe stylistique. C’est une condition de la responsabilité intellectuelle. Plus le langage public est opaque, préfabriqué ou administré, plus il devient difficile de garder un jugement autonome. Non parce que l’autonomie disparaît par décret, mais parce qu’elle perd l’un de ses instruments fondamentaux.

La grande épreuve du postlibéralisme

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La grande épreuve du postlibéralisme

Source: https://hardensrost.substack.com/p/postliberalismens-stor...

JD Vance était dans la Situation Room lorsque les bombardiers américains ont frappé les installations nucléaires iraniennes. À peine un an auparavant, il avait décrit le principal mérite de Donald Trump en politique étrangère comme étant de ne pas déclencher de nouvelles guerres. Je lis ce contraste avec un double regard – en tant que Suédois et en tant que personne qui a des racines dans le pays où tombent les bombes.

Michel de Montaigne écrivit un jour: «Je ne peins pas l’être, je peins le passage». Je ne peins pas l’état, je peins la transition. Il voulait dire que l’homme ne peut être compris comme quelque chose de totalement fixe et achevé. Il faut le comprendre à travers les mouvements et les changements qui le façonnent. Cette idée m’est restée et je la ressors maintenant de ma mémoire pour l’appliquer à Vance.

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Why Liberalism Failed de Patrick Deneen fait partie des livres qui ont structuré ma propre pensée. Il a également influencé Vance. Lorsqu’il écrivit plus tard la préface de Regime Change: Toward a Postliberal Future, c’était l’expression d’une véritable parenté intellectuelle, et non une simple recommandation polie.

La critique de Deneen ne vise pas en premier lieu le marché ou la liberté individuelle. Son point de départ, pour ses réflexions, c'est que le libéralisme dissout progressivement les communautés qui nous donnent une identité et un sentiment d’appartenance: la famille, l’église et la communauté locale. L’État reçoit alors une mission différente. Il doit protéger activement les institutions qui rendent une vie bonne possible, au lieu d’adopter une posture neutre face à leur dissolution.

Cette vision rapproche Vance de la tradition postlibérale. Son profil en politique étrangère reposait toutefois sur une autre base – une sorte de réalisme au sens de Kissinger et Mearsheimer, qui s’intéresse aux conséquences politiques plutôt qu’aux ambitions morales. C’est pourquoi Vance s’est longtemps opposé à l’idée d’une guerre avec l’Iran, la décrivant comme une erreur stratégique. Les ressources étaient plutôt nécessaires pour affronter la Chine sur les plans politique et économique, et non pour une nouvelle guerre au Moyen-Orient.

Lorsque les attaques ont finalement eu lieu, il a défendu la décision qui venait d'être prise. Il a souligné que les États-Unis n’étaient pas en guerre contre l’Iran, mais contre le prétendu programme nucléaire du pays. Trump a ensuite constaté que Vance était moins enthousiaste que lui-même, mais qu’il avait tout de même soutenu la décision. La question est donc de savoir si Vance a réellement changé son analyse ou si son rôle politique a évolué.

Nous aimons distinguer les individus entre cohérents et incohérents, entre ceux qui sont fidèles à leurs principes ou ceux qui sont des opportunistes. Mais la réalité consiste souvent, justement, en cette transition décrite par Montaigne, dans laquelle l’homme se transforme à travers les rôles qu’il endosse. La logique du pouvoir se révèle souvent différente de celle des idées. Les élites ne sont pas seulement unies par des convictions communes, mais aussi par des dépendances réciproques.

Pareto, Mosca et Burnham ont décrit ce mécanisme bien avant notre époque, et j’ai moi-même essayé de le décrire dans Eliternas långa dans, où il s’exprimait dans la lutte pour le pouvoir en Iran, après Khamenei. Celui qui veut garder son influence doit parfois accepter des décisions qu’il n’aurait pas prises lui-même. Cela vaut aussi bien à Washington qu’à Téhéran.

responsive_small_webp_6KLg8OKjr7ZWa-YrSxbG80GFrt3GJ77liNc3oUZ_-VM-copie.jpegIl est révélateur que la partie iranienne inclue désormais cette division dans son propre calcul stratégique. Esfandyar Batmanghelidj (photo) écrivait récemment que les dirigeants iraniens considèrent la tension entre différents camps à Washington comme la preuve d’une administration dysfonctionnelle.

Ils voient un adversaire au sein du cabinet, pas seulement d'autres adversaires au Congrès. L’Iran a également noté que Trump a imposé de nouvelles conditions à l’accord sur l’énergie nucléaire avec l’Arabie Saoudite, bien que l’accord avait déjà été signé. Même la puissante alliance entre ces deux pays n’a pas résisté aux impulsions et exigences fluctuantes du président américain. La conclusion à Téhéran est que toute diplomatie avec les États-Unis est à peine possible. La tension intérieure qu'incarne Vance, balancé entre conviction et loyauté, est ainsi devenue un élément d’analyse pour une puissance hostile, et non plus seulement un drame politique interne propre aux Etats-Unis.

Thomas Massie a choisi le chemin opposé. Il a maintenu sa critique et en a payé le prix politique. Cela ne le rend pas nécessairement plus sage que Vance, mais montre que cohérence et influence ne vont pas toujours de pair.

La véritable épreuve du postlibéralisme se retrouve bien ici, dans ce spectacle. Les idées ne changent pas les sociétés par leur seule force. Elles doivent être portées par des personnes qui parviennent à acquérir et à conserver le pouvoir. En même temps, le pouvoir transforme presque toujours ceux qui, au départ, détenaient les idées.

Le postlibéralisme exige un État qui protège activement les institutions affaiblies par le libéralisme. Mais celui qui veut diriger un tel État doit d’abord survivre dans le système existant, avec ses alliances, ses compromis et ses crises.

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J’ai déjà décrit ma propre position comme étant une forme de "réalisme tragique". Il ne s’agit pas de pessimisme, mais d’une méfiance envers l’idée que la politique offre toujours des choix clairs entre le bien et le mal. Plus j’écris sur la politique, moins je suis certain que la cohérence soit toujours possible. Peut-être est-ce une faiblesse chez moi. Peut-être est-ce simplement l’expression des conditions qui sont propres à la politique.

Savoir si Vance a compromis ou simplement découvert les limites de son propre pouvoir, voilà qui est difficile à déterminer. Peut-être que la différence est moins grande qu’on ne le pense. La question ne le concerne pas vraiment, mais elle concerne bien ce qui se passe lorsque les idées quittent les livres pour entrer dans les ministères, les salles de réunion et la Situation Room. Parfois, le monde y change, mais parfois ce sont aussi les idées qui changent.

Montaigne peignait la transition, pas l’état (de choses). C’est aussi cette transition qu’il vaut la peine d’étudier ici – non seulement du passage qui mène de la paix à la guerre, mais aussi celui qui va du penseur au détenteur du pouvoir. C’est une épreuve qui attend tôt ou tard tout mouvement qui veut transformer des idées en pouvoir. La question est simplement de savoir ce qui change le plus: la société ou celui qui a porté l’idée jusqu’ici.

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jeudi, 27 août 2026

Vous avez dit "Crise des valeurs"? 

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Vous avez dit "Crise des valeurs"? 

Par Juan Manuel de Prada

Sources: https://noticiasholisticas.com.ar/crisis-de-valores-por-j...

Chaque fois que nous analysons les calamités qui nous rongent, nous avons tendance à les rapporter à une « crise des valeurs ». Cette expression, qui est devenue une sorte de placebo inoffensif, continue pourtant d’être présentée comme une panacée universelle. Mais la réalité est que les «valeurs» sont des produits culturels, dont la hiérarchie est établie par chaque époque en fonction de ses préférences et de ses intérêts, et dont la validité décline à mesure que ces préférences et intérêts évoluent. Face à ces «valeurs» éphémères et changeantes s’élèvent les vertus immuables, que les Anciens invoquaient dans des circonstances similaires à celles que nous subissons aujourd’hui; mais pour pouvoir invoquer de telles vertus, il faut reconnaître une loi morale dont elles émanent, ce à quoi notre époque ne semble guère disposée.

Aujourd’hui, on parle sans fin, dans une logomachie assourdissante, de valeurs sociales, de valeurs politiques, de valeurs éducatives, etc.; mais parler de «valeurs», c’est comme porter un toast au soleil. En vérité, les soi-disant «valeurs» (terme à la connotation boursière évidente) sont des perceptions subjectives de la réalité, des créations culturelles qui, selon l’époque, sont jugées opportunes ou bénéfiques; et, comme toutes les créations culturelles, elles sont nécessairement changeantes, surtout dans des sociétés aussi «diverses» et «plurielles» que les nôtres, où «coexistent» (en se détestant en sourdine) des personnes aux valeurs radicalement opposées et incompatibles.

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Parler de valeurs dans une société «plurielle», c’est comme parler de goûts personnels: chacun élabore les siens; et chercher à s’entendre au milieu d’une fourmilière de valeurs personnelles inconciliables est aussi illusoire et grotesque que de le faire parmi les ruines de la tour de Babel. Dans nos sociétés, plus qu’une «crise des valeurs», on observe une «pléthore de valeurs», un «supermarché des valeurs» — parfois façonnées par les idéologies en concurrence, parfois par la pure convenance personnelle — qui rendent impossible tout effort collectif.

Mais il est logique que, faute de pouvoir mesurer le bien selon une loi morale immuable, nous finissions par le réduire à ce qui nous est utile ou avantageux, à ce qui confirme ou exalte nos «choix» de vie, à ce que postule notre idéologie. Cette «pléthore de valeurs» est la conséquence naturelle de «l’autonomie personnelle», dogme inattaquable des démocraties modernes.

Chaque individu juge la nature de ses actes sans accepter — ni même envisager — l’existence d’une source suprême d’autorité morale. Et en l’absence de cette source suprême qui détermine où se trouve l’erreur, nous commençons à nous pardonner nos propres erreurs, jusqu’à finir par les aimer; et, une fois que nous les aimons, nous souhaitons qu’elles soient publiquement reconnues comme des réussites (ce que nous obtiendrons si une majorité les adopte). La loi morale n’oblige plus la volonté de la personne — comme le croyait le naïf Kant —, mais c’est la volonté de la personne qui établit à son gré la loi morale, qui n’est alors plus une loi ni une morale, mais un répertoire de valeurs ad hoc.

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Cette «pléthore de valeurs» qui ne reconnaît aucune loi morale ne peut, au mieux, qu’aspirer à imposer une «discipline éthique» qui bride nos appétits et intérêts, érigés en critère de légitimation de nos conduites. Mais cette «discipline éthique» finit tôt ou tard par se relâcher, puisqu’elle se contente de juger les actes à leurs conséquences — critère du pragmatisme —, sans oser reconnaître une norme suprême qui jugerait la nature même des actes.

Ainsi, par exemple, la «discipline éthique» en vigueur dans notre époque postule que nous sommes libres d’agir selon nos désirs; et que cette liberté ne sera blâmable que si elle entraîne des conséquences nuisibles pour autrui. Mais on refuse d’évaluer la nature de nos actes, indépendamment des conséquences qu’ils entraînent; car pour cela, il faudrait restreindre notre liberté, il faudrait la soumettre à une barrière morale préalable. Et cela exigerait de reconnaître une loi morale universelle qui ne puisse être modifiée selon nos préférences ou intérêts; et dont la sanction ne dépende pas — ou seulement pour en apprécier la gravité — des conséquences nuisibles qu’elle peut avoir pour autrui.

Tant que cette loi suprême ne sera pas rétablie, toute tentative de régénération sociale sera vaine; car les «disciplines éthiques» finissent toujours par se relâcher, en s’adaptant aux circonstances, pour continuer à satisfaire des préférences et des intérêts personnels, jusqu’à pourrir totalement. Nous appelons généralement cela une «crise des valeurs», mais il s’agit en réalité du débouché naturel de la «pléthore de valeurs».

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Strategic Latency Unleashed: le manuel qui normalise l'influence psychologique en démocratie

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Strategic Latency Unleashed: le manuel qui normalise l'influence psychologique en démocratie

Source: https://periodistasporlaverdad.com/strategic-latency-unle...

4-davis-2.jpgPendant des années, la manipulation de l’information était perçue comme une anomalie. Aujourd’hui, elle fait l’objet d’études systématiques.

Aujourd’hui, dans les universités, lors de formations pour fonctionnaires et dans des documents d’analyse politique, on étudie en détail comment influencer ce que les gens pensent. Un niveau d’attention qui, jusqu’il y a peu, n’existait que dans des manuels militaires ou de renseignement. Les textes les plus récents sur la communication stratégique expliquent, dans un ton technique mais avec des objectifs très clairs, comment orienter l’opinion publique sans que cela soit facilement détectable.

L’une des idées clés est simple et puissante: il n’est pas nécessaire de convaincre directement qui que ce soit de quoi que ce soit. Ce qui importe, c’est de décider depuis quel point de vue on va aborder un sujet. Si ce cadre est bien défini, les conclusions viennent généralement d’elles-mêmes.

Cette technique, connue sous le nom de framing (cadrage), fonctionne ainsi: d’abord, on décide de quoi il sera question et de quoi il ne le sera pas; ensuite, quelles sont les mots acceptables et quels sont ceux qui paraissent gênants; enfin, quelles opinions sont présentées comme raisonnables et lesquelles sont étiquetées comme exagérées ou inacceptables.

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Lorsque le cadre est fixé, le débat n’est plus libre. Il s’opère dans des limites invisibles. Les personnes pensent discuter, mais elles le font à l’intérieur d’un périmètre préalablement conçu.

Le document souligne à plusieurs reprises que la majorité des décisions humaines ne sont pas prises de façon rationnelle, mais émotionnelle. À partir de cette prémisse, il est proposé de privilégier les messages qui activent:

- la peur

- le sentiment de menace

- l’identité groupale

- l’urgence morale

La logique proposée est directe et assumée: les données complexes fatiguent, génèrent du rejet ou sont simplement ignorées; les émotions, au contraire, mobilisent. De ce point de vue, ce qui compte n’est plus tant que quelque chose soit vrai, mais que cela fonctionne, que cela provoque une réaction immédiate.

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Il n’est pas nécessaire de recourir au mensonge ouvert. Il suffit de décider quelle information est mise en avant et laquelle est laissée de côté. Ce qui est mis en exergue oriente la lecture des faits; ce qui est omis, également.

Dans cette même logique apparaît une autre stratégie centrale: simplifier au maximum. Les conflits sociaux, politiques ou internationaux sont réduits à des récits faciles à digérer, avec des rôles bien définis: les bons et les mauvais, les défenseurs et les menaces, l’ordre contre le chaos.

L’objectif est pratique: faire en sorte que le public s’aligne émotionnellement sans trop de doutes. Plus le récit est simple, moins il y a de place pour la nuance, l’ambiguïté ou la réflexion critique.

Le problème, préviennent certains analystes, est que cette dynamique finit par transformer la réalité en un jeu de noir ou blanc. Et celui qui sort du script, qui introduit des doutes ou des questions gênantes, risque d’être perçu non pas comme un dissident légitime, mais comme quelqu’un de suspect ou mal informé.

Le document accorde une attention particulière à la détection de ce qu’il appelle les «narratifs disruptifs». Il ne s’agit pas uniquement d’informations fausses, mais aussi de discours qui :

- érodent la confiance institutionnelle,

- remettent en cause les consensus,

- génèrent de la désaffection sociale.

La stratégie n’est pas toujours la censure. Dans de nombreux cas, il est recommandé de :

- diluer le message,

- déplacer le centre d’attention,

- l’associer à des acteurs impopulaires,

- ou saturer l’espace informationnel avec des contenus alternatifs.

Le résultat est un type de contrôle bien plus subtil. Le débat n’est pas interdit ni réduit de façon directe, mais il est orienté sur des chemins difficilement repérables et presque impossibles à contrôler.

L’utilisation de données permet d’affiner encore davantage ce contrôle. Un même sujet peut être raconté de différentes façons selon le public visé: on ne s’adresse pas de la même manière à des jeunes qu’à des électeurs plus âgés, ni à des publics critiques qu’à des audiences déjà convaincues. Chaque groupe reçoit la version du message qui s’accorde le mieux avec ses émotions et ses croyances préalables.

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Ainsi, il n’existe plus de récit commun. À la place, circulent de multiples versions d’une même réalité, distribuées avec précision pour renforcer les soutiens et réduire la résistance.

Ce qu’il y a de plus controversé dans le document, cependant, n’est pas une technique particulière, mais la façon dont il conçoit la société. Les citoyens n’apparaissent pas comme un ensemble de personnes qui débattent et décident, mais comme un environnement mental à administrer.

Dans ce cadre, le vocabulaire classique de la politique — pluralisme, divergence, représentation — cède du terrain à celui de la sécurité et de l’efficacité. Le désaccord n’est plus compris comme une partie normale de la vie démocratique, mais comme une anomalie qu’il convient de corriger.

Proximité civilisationnelle: une troisième voie entre le sang et la bureaucratie - Sur la modernité, le droit à la continuité et la reproduction des cultures

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Proximité civilisationnelle: une troisième voie entre le sang et la bureaucratie

Sur la modernité, le droit à la continuité et la reproduction des cultures

Source: https://hardensrost.substack.com/p/civilisatorisk-narhet-...

Le débat actuel sur la nation et l’appartenance n’offre généralement que deux positions. Il est conceptuellement pauvre. Ce que l’on propose, c’est, d’une part, une mesure de l’appartenance fondée sur le sang, la couleur de peau et l’origine. C’est une comptabilité biologique qui ne tient ni historiquement ni moralement.

D’autre part, on trouve un encadrement bureaucratique mesuré en termes de citoyenneté. Une appartenance juridique sans profondeur historique.

Ce que nous allons maintenant construire comme troisième alternative n’est pas un argument sur la culture qui fonctionne le mieux. C’est un argument sur qui a le droit de façonner l’avenir d’une tradition. La question concerne la légitimité, et non le résultat.

La France avant la nation

Il y a cent cinquante ans, la plupart des Français s’identifiaient davantage à leur paroisse ou à leur province qu’à la nation. On ne parlait même pas la même langue. Le breton, l’occitan et l’alsacien coexistaient à la même époque. Les loyautés locales s’opposaient à la nation administrée, une tension que Charles Maurras a formulée par les notions de pays réel et pays légal. Il ne s’agit donc pas ici de théorie de gauche: l’origine est, le cas échéant, à droite.

jules-ferry.jpgLa nation s’est formée grâce aux réformes scolaires de Jules Ferry (portrait), au service militaire et au chemin de fer, un projet conscient et parfois brutal qui a repoussé les langues régionales et les coutumes locales. Ce n’était donc pas seulement une reconnaissance de ce qui existait déjà mais aussi une façon d’écraser le tissu local.

Que la nation ait réussi sans dissoudre entièrement ce qui existait sous la diversité régionale et locale suggère qu’il y avait déjà une communauté plus profonde avant l’école et le chemin de fer. Le succès de la nationalisation n’est cependant pas la même chose que sa justesse. Un résultat fonctionnel n’est pas une preuve de légitimité – ni ici, ni en Perse, ni en France.

Proximité civilisationnelle

La communauté plus profonde qui dépassait le local était fondée sur quatre structures: tradition juridique, principe d’autorité, organisation familiale et récit mythique ou religieux partagé. Je choisis ces quatre car ce sont les institutions par lesquelles une civilisation se reproduit dans le temps. Langue, systèmes économiques et formes politiques peuvent changer rapidement.

508mqeslx840.jpgLa tradition juridique, l’autorité, la famille et le récit populaire changent plus lentement et expriment donc souvent la continuité sur une longue période. Elles reposent sur le même ensemble tissé que Montesquieu décrit dans De l’esprit des lois. Les Bretons et les Provençaux partageaient ces quatre structures malgré des langues différentes, et c’est pourquoi une nation a pu émerger sans que rien ne soit véritablement remplacé.

L’étrangeté civilisationnelle repose sur l’opposé. Ce n’est pas une différence de degré à l’intérieur d’une même maison mais plutôt une différence concernant la question de la maison culturelle dans laquelle on se trouve les uns par rapport aux autres. En France, il y avait une réelle ligne de fracture juridique. Le droit coutumier d’influence franque au nord contre le droit écrit d’influence romaine au sud, une différence germano-romaine que le Code civil de Napoléon a fini par aplanir.

La différence était réelle, mais ne suffit pas pour décrire l’étrangeté. Les différences existaient à l’intérieur d’un cadre déjà partagé de culture chrétienne et de philosophie du droit européenne, et non entre des civilisations distinctes au sens où je l’entends ici.

Les Bretons et les Provençaux étaient donc en réalité plus proches qu’on ne pourrait croire à partir de la diversité du droit. La véritable étrangeté civilisationnelle s’exprime par des philosophies de vie et des conceptions sociales fortement concurrentes. À l’image de l’islam et du christianisme comme deux modèles concurrents. Deux systèmes fondés sur des conceptions différentes de ce qui est vrai ou faux en profondeur.

Densité : deux façons de reproduire une culture

La proximité dit ce qui se rencontre. La densité dit ce qui se passe lors de la rencontre. Mais la densité ne concerne ni l’âge ni la quantité d’histoire derrière une culture. Une culture ancienne peut être «mince» si la transmission entre générations a été historiquement rompue. Une culture jeune peut être dense si elle est encore portée par des institutions vivantes. La densité concerne la capacité d’une culture à se reproduire par elle-même.

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Une culture peut se multiplier organiquement par la vie familiale, les communautés locales, les associations et les coutumes quotidiennes, et se transmettre sans direction centrale. Ou bien elle se multiplie administrativement par l’école, la législation et les institutions publiques. L’État peut préserver la langue et les institutions mais ne peut pas, à lui seul, tisser le matériau dense de coutumes et de loyautés qui rend une culture auto-reproductrice.

Une culture à forte reproduction organique entre donc en rencontre avec d’autres cultures comme une partie participante ou même dominante et peut transformer l’étranger selon ses propres catégories. Parfois, cela se produit malgré l’État, plus que grâce à lui. En Iran, Ferdowsi a pu écrire le Shahnameh sans mandat étatique et n’a été reconnu par la cour que plus tard. Mais c’est le peuple qui a institutionnalisé l’œuvre. La reconnaissance de l’État était cependant nécessaire comme mécanisme protecteur dans les phases ultérieures.

Une culture principalement tenue ensemble par l’administration risque plutôt de devenir une scène où d’autres forces la modèlent.

Deux exemples de densité faible et élevée

Deux pays et leurs trajectoires civilisationnelles sont donnés en exemple ci-dessous: l’Iran face à la Somalie.

La civilisation persane a été confrontée au monde islamique dans des circonstances particulières et avec une densité organique profonde à la base.

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Elle avait sa propre écriture, une tradition administrative et une longue continuité littéraire. La rencontre n’a donc pas entraîné une dissolution culturelle majeure mais plutôt une synthèse longue, riche et conflictuelle. Ferdowsi a écrit le persan directement dans la nouvelle époque et Ibn Sina a instruit l’Europe pendant des siècles après. La friction n’a jamais cessé mais est devenue partie intégrante de la tradition. On observe encore aujourd’hui les effets de la synthèse, tant positifs que négatifs.

Pour un pays comme la Somalie, l’histoire fut différente. Le pays a certes conservé sa langue parlée, mais il manquait les mécanismes étatiques pour protéger le mouvement organique, d’où un sort différent de celui de l’Iran.

Le droit coutumier oral xeer était sophistiqué (1), mais les vestiges de la religion préislamique Waaqisme (2) ne subsistent aujourd’hui que comme traces dans les noms et quelques rites. La rencontre a entraîné une transformation religieuse et institutionnelle plus profonde qu’en Perse.

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La différence ne réside donc pas dans la qualité culturelle mais dans le degré de continuité institutionnelle. Les institutions ont besoin de plus que d’elles-mêmes comme protection quand les empires s’affrontent pour le pouvoir. En raison de la faible densité et des mécanismes étatiques faibles, la Somalie a changé lors de la rencontre. La nouvelle civilisation a ainsi absorbé le pays.

La continuité ne consiste donc pas à arrêter le changement mais à déterminer quel type de changement une culture est capable d’affronter.

Droit à la continuité

Mais même dans le cas de la Perse, je dirais ceci: si j’avais pu remonter le temps et empêcher l’Iran de devenir une civilisation islamique, je l’aurais fait. Peut-être pas parce que le résultat fut mauvais, mais parce que la tradition iranienne n’a jamais eu la chance de devenir ce qu’elle aurait pu être selon ses propres termes. Voilà ce dont il s’agit réellement.

Le droit de changer selon son propre rythme intérieur, plutôt que selon la dynamique et le rythme déjà établis d’une civilisation extérieure. Je ne veux pas dire qu’il s’agit de prétendre ou de vouloir rester inchangé. Les traditions changent toujours. Il s’agit plutôt de maintenir la revendication de pouvoir soi-même déterminer le rythme et la direction du changement. Appelons ce droit le droit à la continuité.

Conflit et catégorie

Quelqu’un dira peut-être que toute culture naît dans la rencontre. C’est vrai. La question n’est donc pas de savoir si des rencontres ont lieu, mais sous quelles conditions elles se produisent. Les conditions ont besoin de deux catégories pour décrire ce que je veux dire.

La première catégorie comprend le mouvement individuel volontaire entre cultures. Il peut s’agir d’une personne, d’un mariage ou d’une formation familiale en cours. Cette catégorie inclut les types de relations humaines par lesquelles les civilisations se sont toujours rencontrées et mélangées.

La seconde catégorie réside dans les transformations démographiques. Ici, l’État détermine une échelle et un rythme de changement que nulle communauté locale n’a décidée ou n’a le temps d’intégrer naturellement. La loi sur l’établissement de 2016 en est un exemple clair. Les communes suédoises ont été forcées d’accueillir un certain nombre de nouveaux arrivants désignés d’en haut, sans possibilité de recours et indépendamment de leur intérêt propre.

Dans cette catégorie surgit le conflit que le droit à la continuité tente de décrire. Les communautés locales tendent à se dissoudre quand l’État intervient et oblige à suivre des directives d’extension.

Une rencontre volontaire entre personnes peut toutefois devenir coutume et s’enraciner localement. Ce type d’intégration organique est aussi menacé lorsque le processus est étendu nationalement à un rythme tel qu’aucun lieu n’a le temps d’intégrer le changement. L’argument de la coutume autorise donc l’intégration. Ce qu’il faut empêcher, c’est la politique d’extension.

Ne me comprenez pas mal. Il ne s’agit pas d’autodétermination libérale. Ce que nous défendons, c’est le droit des communautés à évoluer dans le temps. Nous avons, comme Burke l’a dit, un contrat entre les morts, les vivants et les non-nés. Une obligation qui s’étend aussi loin dans le passé qu’elle se projette vers l’avenir. C’est pourquoi nous défendons le particulier à une époque des Lumières qui, elle, exige l’universalisme. Les communautés locales ont le droit de vivre selon leur propre logique intérieure. De mûrir à leur rythme, comme Herder l’a dit.

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La Suède et la schizophrénie culturelle

La Suède ne manque ni de culture ni de mémoire historique. Nous avons cependant un problème lié à la question de la reproduction. La culture suédoise est aujourd’hui davantage portée par l’État que par les communautés qui la transmettaient historiquement. La famille, la vie associative et le voisinage ont ainsi perdu de leur influence sur leur propre développement.

Notre unité suédoise est donc large mais très superficielle. La culture est administrée d’en haut et est donc à peine organique. Nous sommes aujourd’hui obligés de rencontrer des civilisations étrangères dans des circonstances où la densité culturelle est faible.

Je n’affirme cependant pas que la civilisation étrangère est plus forte au sens absolu. Mais elle a une capacité de reproduction plus forte et des structures traditionnelles construites de façon organique. Ce type de forces civilisationnelles est bien plus faible en Suède. L’État ne défend pas un ordre naturel. Il construit un ordre technocratique. C’est pourquoi il est superficiel.

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Le philosophe iranien Dariush Shayegan (photo) a appelé cet état "schizophrénie culturelle". Il décrit comment une société glorifie sa tradition sans se confronter de façon réaliste à la réalité extérieure que la civilisation rencontre.

Shayegan décrit cependant une relation qui n’est pas tout à fait applicable à la Suède. Il parle de la façon dont le modernisme pénètre la société et détruit la tradition.

En Suède, les rôles sont inversés. Nous sommes la culture administrative moderne. Certaines des structures traditionnelles que nous rencontrons aujourd’hui, où la famille prime, possèdent une force organique que la modernité suédoise a largement perdue.

Une culture qui ne se reproduit plus organiquement ne peut remplacer sa coutume perdue par la répression étatique. Mais c’est précisément le mouvement politique que nous observons aujourd’hui. On recourt à la puissance contraignante de l’État et on le fait avec le langage du modernisme: droits égaux et universalisme.

Les Démocrates suédois préconisaient auparavant un modèle étatique limité dans sa capacité à diriger la société d’en haut et étaient favorables à une autodétermination plus locale. Mais à l’été 2026, ils ont soudain proposé une interdiction totale du voile en Suède, motivée par l’argument universaliste que le voile s’opposait symboliquement à nos valeurs de liberté et d’égalité.

Ils veulent donc remplacer notre coutume culturelle affaiblie par une intervention étatique dans la culture. Progressisme déguisé en conservatisme.

La Suède n’a pas un destin iranien. L’Iran avait sa densité organique construite au moment de la rencontre. Pour la Suède, il y a un risque lorsqu’elle rencontre une culture à capacité de reproduction plus forte. Nous ressentons le stress et saisissons paniqués les outils qui ont autrefois causé le démantèlement de notre culture et de notre structure organiques.

Le rôle véritable de l’État

La tâche de l’État n’est ni de construire une fusion imposée ni une pureté imposée. Elle consiste à protéger les structures existantes et à donner à la culture le temps de retrouver sa propre force. Les familles, les communautés locales, les associations et les coutumes vécues doivent avoir une chance de se porter elles-mêmes. La densité se construit par le bas et prend du temps à se former.

C’est pourquoi la reconstruction de la densité propre et un rythme d’immigration régulé vont de pair. L’un donne à l’autre le temps de se produire. La coutume n’est pas une question d’origine. Elle est une question de temps, de lieu et de ce qu’on a contribué à cet endroit. Être suédois est donc un acte actif dans un domaine de vie particulier et à une époque particulière.

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Conclusion

Ce n’est pas une défense du traditionalisme spécifique suédois ou perse. C’est le même principe partout. Une civilisation devrait autant que possible pouvoir écrire sa propre suite.

La rencontre de la Perse avec l’islam fut tragique dans son origine, et elle l’est toujours sous sa forme actuelle. Mais entre les deux, elle a aussi donné au monde des figures comme Ferdowsi et Ibn Sina. La synthèse iranienne est un mouvement littéraire et philosophique sans égal. Cette dualité n’est cependant pas unique à l’Iran. Les rencontres civilisationnelles peuvent supporter à la fois perte et création si elles en ont la capacité. Elles peuvent gérer friction et renouvellement en même temps. La différence réside dans le degré.

Plus la densité de la culture d’accueil est faible, moins le résultat est grandiose et plus il est purement tragique. La Somalie le montre quand on la compare à la Perse.

Cela ne signifie pas qu’une civilisation écrira toujours le meilleur récit. Mais cela signifie qu’elle pourra écrire le seul récit qui soit véritablement le sien. Ni celui de l’État ni celui de la culture concurrente.

Notes du traducteur: 

(1) Le Xeer est le système juridique traditionnel et non écrit du peuple somalien.

Caractéristiques du Xeer:

Pas de pouvoir central : le système fonctionne sans gouvernement ni législation centrale.

Rôle des anciens : des anciens sages, appelés xeer begti, interviennent comme médiateurs et juges.

Responsabilité familiale : des familles entières sont responsables des actes de leurs membres.

Origine : le Xeer existe depuis avant l’islam, mais il intègre également des règles islamiques.

(2) Le waaqisme est une religion monothéiste ancienne et préislamique des peuples couchitiques de la Corne de l’Afrique, centrée sur le dieu du ciel Waaq.

Principes et histoire

La divinité : Les adeptes vénèrent Waaq en tant que créateur suprême de l’univers et dieu du ciel.

Chronologie : Des groupes couchitiques, tels que les premiers Somaliens et Oromos, pratiquaient cette foi avant l’arrivée de l’islam au VIIe siècle.

Héritage linguistique : Des noms de lieux et des mots comme Ceel-waaq (« puits de Waaq ») et barwaaqo (« abondance de Dieu après la pluie ») utilisent encore le nom ancien.

 

17:08 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, immigration | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook