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lundi, 19 octobre 2026

Ukraine: la guerre de Londres contre Trump et le nouveau Yalta

Image ID 2J2N4TG Ukrainian flag and British Union Jack flag flying together in UK, showing solidarity & support for people of Ukraine in the Russia Ukraine war CREDIT ALAMY STOCK PHOTO 270423.png

Ukraine: la guerre de Londres contre Trump et le nouveau Yalta

Entre-temps, Trump a levé toutes les sanctions imposées à Moscou, réduisant à néant les analyses de ceux qui avaient prédit qu’il brandirait comme une massue les sanctions infernales conçues par le sénateur Lindsey Graham.

Par Davide Malacaria

Source: https://www.piccolenote.it/mondo/ucraina-la-guerra-di-lon...

Trump poursuit son offensive de pression sur Zelensky pour le contraindre à négocier avec Poutine. Celle-ci va de pair avec les pressions exercées sur l’Europe pour qu’elle cesse de soutenir la posture musclée du président ukrainien et qu’elle renoue des relations avec la Russie, en commençant par l’achat de gaz acheminé par Nord Stream — dans lequel des entrepreneurs américains souhaitent investir.

Entre-temps, Trump a levé toutes les sanctions imposées à Moscou, réduisant à néant les analyses de ceux qui avaient prédit qu’il brandirait comme une massue les sanctions infernales conçues par le sénateur Lindsey Graham et approuvées par le Congrès après son décès (¹). Lorsqu’il avait signé la résolution, il était évident qu’il en atténuerait la portée ou ne l’appliquerait pas au moment opportun.

Il reste toutefois qu’à ce jour, la paix n’en est qu’au stade des pourparlers et que les déclarations de Trump, chargées de frustration et d’irritation envers Zelensky, qu’il accuse de ne pas vouloir la paix — il n’est pas le seul à le penser —, ne suffisent pas à le faire plier.

Zelensky a tout à perdre à la paix: le pouvoir, l’argent — il est impossible qu’il soit le seul homme honnête de son cercle rapproché, décimé depuis des années par les enquêtes judiciaires — et, enfin, le prestige international que le conflit lui a offert (sic!).

Ainsi, le 14 octobre, l’Amérique a envoyé un message fort et clair en interrompant pendant une nuit le fonctionnement du réseau satellitaire Starlink, facilitant ainsi les opérations russes.

Zelensky, misant sur les critiques généralisées des oligarchies occidentales contre l’initiative trumpienne, critiques qui n’ont effectivement pas manqué de se manifester, a poursuivi imperturbablement sa route, comptant sur le rétablissement du réseau, qui a bien eu lieu.

Malgré ce rétablissement, Zelensky s’est toutefois plaint que le service n’avait pas été pleinement restauré pour les forces armées ukrainiennes. Et cette nuit, une nouvelle attaque russe contre Kiev n’a pas été signalée par Starlink.

Zelensky s’est donc décidé à téléphoner aux hommes de Trump, Witkoff et Kushner, ce qu’il s’était abstenu de faire depuis qu’il avait commencé à polémiquer violemment avec le président américain après la levée, par celui-ci, des sanctions visant le gazole russe.

Zelensky s’entretient avec Witkoff et Kushner sur fond de crise entre les États-Unis et l’Ukraine

Nous n’en sommes qu’à un premier pas, ambigu de surcroît, compte tenu de l’entêtement de Zelensky et de sa fragilité, autre facteur qui l’empêche de s’engager sur la voie de la paix: il risque d’être tué pour trahison par ses amis, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Pour comprendre ce que préparent les soutiens de Zelensky afin de contrer l’offensive trumpienne, reprenons les propos d’Anders Åslund dans le Kyiv Post, média ukrainien étroitement lié aux Britanniques. Trump, écrit le professeur, a «désormais jeté le masque» et montre son vrai visage à l’Europe.

En réalité, Trump avait déjà manifesté par le passé son penchant pour une approche non conflictuelle avec Moscou — et pour la recherche de la paix en Ukraine —, disposition à laquelle les dirigeants européens avaient répondu par la flatterie et la persuasion.

Cette fois, Trump paraît plus déterminé et cette approche ne fonctionnera pas, écrit Åslund, qui ajoute: «L’Europe ne peut plus rester passive. Elle ne peut pas non plus faire semblant de considérer les États-Unis comme un allié. Il s’agit d’un ennemi qui soutient la Russie, s’oppose à l’Ukraine et veut détruire l’UE». Aussi, selon le professeur, la première mesure à prendre, conjointement avec le Canada, consiste à transformer l’OTAN en «éliminant le plus rapidement possible le personnel et les éléments américains»…

La nouvelle OTAN, qui serait ainsi placée sous la houlette britannique, doit «développer rapidement» les capacités de renseignement nécessaires pour soutenir Kiev et entreprendre de «s’armer le plus vite possible». Cette évolution doit aller de pair avec un processus d’intégration de l’Ukraine à l’OTAN, lequel doit avancer «au plus vite, mais cela ne peut se faire qu’après l’exclusion des États-Unis».

Nous ne citerions pas un article aussi hallucinant s’il ne donnait voix à un sentiment qui circule dans de nombreux milieux intellectuels européens, lesquels caressent le rêve — comprenez: le cauchemar — d’un affrontement direct avec la Russie. Ils le caressent, le présentent comme quelque chose de réalisable, en faisant semblant de croire que l’on pourrait éviter la catastrophe qui en résulterait.

Mais cet article est évidemment intéressant aussi pour son exhortation à modifier les rapports avec l’Amérique, du moins celle de Trump, que ces milieux considèrent précisément comme une entité hostile.

Ce n’est pas seulement la guerre en Ukraine qui éloigne comme jamais les deux rives de l’Atlantique, mais aussi, et surtout, la perspective vers laquelle s’oriente Trump, évoquée dans un article du Wall Street Journal. Lors de l’entretien téléphonique entre Trump et Poutine du dimanche 14 juin, il a en effet été question d’une éventuelle rencontre trilatérale entre Poutine, Trump et Xi Jinping au sommet de l’APEC des 18 et 19 novembre.

Dans notre compte rendu de cet appel, nous avions laissé entendre que tel était le contenu de la conversation; le WSJ le confirme avec autorité. Selon le journal américain, cette rencontre porterait sur la paix en Ukraine. C’est possible, même s’il faut un interlocuteur ukrainien pour la conclure, mais l’enjeu est bien plus vaste: un nouveau Yalta, sous d’autres formes et modalités, un nouvel ordre mondial qui mette fin à la dynamique actuelle des guerres sans fin.

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Poutine évoque un sommet avec Trump et Xi pour discuter d’un accord sur l’Ukraine

Un nouveau Yalta dont l’Europe serait exclue, avec toutes les conséquences que cela implique. Mais surtout la Grande-Bretagne, qui était présente au précédent Yalta et joua un rôle important dans l’ordre mondial de l’après-guerre, dont la dynamique des guerres sans fin constitue un prolongement devenu incontrôlable — ces guerres servent en effet à tenter de préserver le pouvoir des anciens maîtres et à contenir l’émergence de nouvelles réalités géopolitiques.

Ce n’est pas pour rien que Winston Churchill fut à l’origine du rideau de fer, cette barrière infranchissable entre l’Est et l’Ouest qui donna forme à ce Yalta, conférant à l’oligarchie anglo-saxonne la direction de l’Occident.

Ce précédent explique pourquoi la Grande-Bretagne a aujourd’hui lancé un djihad contre cet hypothétique nouveau Yalta trilatéral. La guerre en Ukraine est un précieux levier à cette fin. Londres est en proie à une véritable démesure, au point d’aller jusqu’à rêver de prendre la tête d’une OTAN sans les États-Unis. Entre-temps, elle a attelé l’UE à son char. Ce n’est pas rien.

Note: 

(¹) Note de traduction : le texte italien porte bien «dopo il suo decesso» («après son décès»). Cette formulation, dont le référent est ambigu, est conservée sans correction.

Comprendre Carl Schmitt, c’est ne jamais avoir besoin de publier des appels à la violence faisant le jeu de la répression

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Comprendre Carl Schmitt, c’est ne jamais avoir besoin de publier des appels à la violence faisant le jeu de la répression

Chad Crowley

Source: https://chadcrowley.substack.com/p/how-understanding-carl...

C’est une caractéristique curieuse et révélatrice de la dissidence contemporaine que certaines de ses expressions de révolte les plus impuissantes se donnent désormais en spectacle dans une imitation hypertrophiée, et souvent caricaturale, du vocabulaire du pouvoir.

Derrière des écrans anonymes et sous des pseudonymes jetables, des légions d’internautes anonymes proclament leur défi au régime en des termes toujours plus explicites et combatifs, comme si la seule violence des mots pouvait faire surgir la révolution. Ils parlent comme s’ils avaient exhumé quelque vérité sinistre et interdite: que l’on ne peut se débarrasser du système par les urnes, que la politique conventionnelle n’offre aucune délivrance. Et ils proclament cette découverte avec le zèle des nouveaux convertis, prenant la prise de conscience pour un état de préparation, et une compréhension élémentaire pour une stratégie.

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Il ne s’agit pas de condamner l’anonymat en lui-même, qui demeure un refuge nécessaire et souvent prudent à une époque de surveillance et de criminalisation des opinions. Il s’agit plutôt de critiquer un personnage désormais familier: celui qui utilise l’anonymat non comme un bouclier au service d’une stratégie, mais comme un permis de se montrer stupide.

Ce comportement a reçu le nom bien trouvé de fedposting (1): un terme qui désigne, en raccourci, des appels inconsidérés à la violence, drapés de bravade et indifférents aux conséquences. Que ces déclarations procèdent d’un zèle malavisé ou d’un sabotage délibéré, leur effet est le même. Elles ne défient pas le régime; elles le servent. Elles ne sont pas des étincelles de résistance, mais des invitations à la répression, offrant à l’ennemi précisément la justification qu’il recherche.

Pour comprendre pourquoi ce comportement n’est pas seulement inconsidéré, mais aussi philosophiquement confus et, en définitive, contre-productif, il faut partir d’une compréhension juste de la politique. À cette fin, il n’est pas de guide plus clair que Carl Schmitt.

imacsaeges.jpgSchmitt, sans doute le penseur politique le plus incisif du siècle dernier, ne définissait pas la politique par le droit, l’économie ou l’idéologie. Il définissait le politique par son caractère existentiel: la distinction entre l’ami et l’ennemi. Cette distinction n’est ni métaphorique ni rhétorique; elle n’est pas d’ordre moral et ne se réduit ni au désaccord ni à l’opinion. Elle marque la frontière ultime entre des groupes dont le conflit peut devenir mortel. Elle définit la sphère de l’identité collective dans laquelle les questions d’appartenance, de loyauté et de survie se tranchent de manière définitive.

Dans cette perspective, la politique n’est pas l’évitement de la violence, mais sa possibilité structurée. Elle se fonde sur la capacité organisée de recourir à la force — sur la disposition toujours présente à tuer ou à être tué pour défendre un peuple, un ordre ou un mode de vie. L’ordre politique ne repose pas sur la procédure, mais sur la capacité de décider, de commander et de contraindre.

Ainsi, parler politiquement, c’est reconnaître que sous la surface du droit et le vernis de la civilité se trouve une vérité plus primordiale: la politique est affaire de pouvoir, et le pouvoir repose sur la capacité de recourir à la violence. Le droit ne se maintient pas par le seul consentement, mais par la capacité d’agir contre ceux qui le défient. Invoquer la souveraineté, les frontières ou l’appartenance, c’est soulever, explicitement ou non, la question de la force. Cette idée, centrale dans la théorie de Schmitt, n’est pas une célébration de la violence, mais une exigence de sérieux: reconnaître que la vie politique entraîne des conséquences dont on ne peut faire abstraction ni différer la prise en compte.

Or c’est précisément ce sérieux qui fait défaut à ceux qui se livrent au fedposting. Leur langage reproduit le vocabulaire du pouvoir, mais sans autorité, sans discipline et sans capacité de commandement. Ils saisissent, si grossièrement que ce soit, que la politique implique la force et que le conflit est inéluctable. Mais au lieu d’intérioriser cette vérité et d’agir avec discernement, ils la répètent compulsivement, comme si la répétition pouvait tenir lieu de résolution. En cela, ils ressemblent à une figure familière de la philosophie politique classique: Thrasymaque, l’impétueux sophiste de La République de Platon.

9782081229907_internet_h1400.jpgThrasymaque déclare, dans une formule célèbre, que la justice n’est rien d’autre que l’intérêt du plus fort. Les gouvernants, affirme-t-il, élaborent les lois pour servir leurs propres intérêts, et la société appelle cela justice lorsque les gouvernés se soumettent. Pour lui, il n’existe ni ordre moral supérieur ni critère immuable du juste: seulement la volonté changeante de ceux qui dominent. La force ne se contente pas de soutenir la justice; elle la définit.

Platon, par la voix de Socrate, finit par réfuter cette position, non sans lui reconnaître une part de vérité. Thrasymaque oblige à se confronter à une réalité politique brutale: aucun ordre ne peut exister sans les moyens de s’imposer. Il demeure pourtant une figure inachevée. Il saisit le pouvoir, mais non sa sublimation en une forme. La même limite affecte celui qui, aujourd’hui, publie ces appels à la violence. Il reconnaît que la politique repose sur la force, mais confond le volume de la voix avec l’autorité, et la rage avec l’exercice du pouvoir. Il énonce un fragment de vérité, mais, en l’exprimant sans discipline, il en défigure le sens.

Cela reflète une immaturité plus profonde au sein d’une grande partie de la dissidence contemporaine. L’adepte du fedposting voit que le régime se maintient par la coercition et que le langage de la justice ne sert qu’à voiler la domination. Il comprend qu’une véritable transformation exige un conflit. Pourtant, sa compréhension demeure rudimentaire. Il reconnaît la réalité du pouvoir, mais ne possède pas l’architecture intérieure nécessaire pour lui donner forme. Ses gestes relèvent de la mise en scène, non de la préparation. Son défi est bruyant, mais dépourvu de sérieux. Sa rébellion se dissout dans le théâtre.

imagsophes.jpgPublier de tels appels à la violence n’est pas un acte de réalisme. C’est une parodie de réalisme, un spectacle qui prend les griefs pour une stratégie. Cela fait directement le jeu du régime, qui se saisit de ces manifestations pour justifier la surveillance et la répression. Dans bien des cas, il ne s’agit pas seulement d’un symptôme d’immaturité, mais du produit d’une manipulation délibérée: un outil employé par les informateurs et les agents provocateurs pour piéger les naïfs et discréditer, par association, toute dissidence.

Mais l’erreur la plus profonde est philosophique. Ceux qui publient ces appels ne comprennent pas que, si le pouvoir est essentiel à la politique, il doit être façonné par une forme. La force seule ne peut rien construire; elle doit être disciplinée, préparée et dirigée.

Schmitt comprenait que l’action politique exige davantage que de l’indignation. Elle demande la capacité de décider — d’imposer un ordre lorsque l’unité d’un peuple est menacée. Pourtant, la décision n’existe pas dans le vide. Elle présuppose une structure, le choix du moment et un état de préparation. La force a sa place, mais cette place est déterminée par les conditions. Agir avant que ces conditions soient réunies n’est pas du courage; c’est agir en vain. Sans institutions, sans cadres et sans vision directrice, la volonté de résistance devient non seulement inefficace, mais véritablement dangereuse.

Ce qui est nécessaire aujourd’hui, ce n’est pas la démonstration, mais la formation. Ceux qui souhaitent voir émerger un ordre différent doivent construire les conditions dans lesquelles la souveraineté pourra renaître: familles, communautés, traditions, fidélités, institutions. L’heure est métapolitique, non parce que la politique serait sans importance, mais parce que l’action politique est impossible sans fondations. La discipline précède l’exercice du pouvoir. L’autorité doit être cultivée bien avant de pouvoir être exercée.

Thrasymaque n’avait pas entièrement tort; il manquait simplement de formation. Il avait saisi que la justice repose sur la force, mais ne possédait pas le développement intérieur nécessaire pour élever cette force au rang d’ordre. Sa vérité était brute et dépourvue de direction. Il en va de même de l’adepte du fedposting. Sa colère peut être justifiée, mais, sans structure ni finalité supérieure, elle devient un handicap. Il s’imagine révolutionnaire, mais devient en réalité une caricature — quelqu’un qui discrédite la cause par sa seule présence. La passion sans forme n’est que mise en scène. Et la mise en scène, dans le domaine politique, sert le régime, non la révolte.

Comprendre Schmitt, c’est comprendre que la politique n’est pas le domaine de l’impulsion ou de l’ostentation. Elle est celui de la souveraineté et du sacrifice, des engagements irrévocables et des décisions définitives. Elle appartient non à ceux qui parlent le plus fort, mais à ceux qui façonnent les conditions dans lesquelles la parole prend un sens. La politique exige non l’immédiateté, mais l’endurance; non le ressentiment, mais la capacité de commander.

b9a8efd6ec5c3bc1ed640e24f4c53720.jpgÉcrivant au XIXe siècle, Søren Kierkegaard avertissait que l’époque moderne serait marquée par une agitation qui prend le mouvement pour une finalité et l’expression pour la substance. Dans une telle époque, l’impulsion d’agir devient une forme de paralysie, tandis que la rébellion est réduite au spectacle et que la mise en scène remplace la discipline. Tout le monde parle, mais peu construisent. L’action doit revenir, mais elle doit être disciplinée, ancrée dans la préparation, guidée par une forme et engagée au moment précisément choisi.

Ceux qui construisent le comprennent. Et ceux qui comprennent n’ont pas besoin de publier des appels à la violence faisant le jeu de la répression.

Note:

(1) Note de traduction: « To fedpost » est un terme d’argot d’Internet qui désigne ici le fait de publier des appels à la violence ou des propos susceptibles d’être incriminants, propres à attirer l’attention des services de sécurité ou à leur fournir un prétexte pour intervenir. Le terme évoque les « feds », les agents fédéraux américains, sans impliquer nécessairement que l’auteur de ces publications soit lui-même un agent. Il est rendu ci-dessous par « publier des appels à la violence faisant le jeu de la répression », ou par des formulations équivalentes selon le contexte.

 

 

L’accord sur le diesel et la fin de l’Ukraine

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L’accord sur le diesel et la fin de l’Ukraine

Anastassia Guéchéva

Le début de la fin de la guerre en Ukraine progresse bien. Un regroupement des forces se prépare dans le camp mondialiste et, malgré tous mes efforts pour trouver des conséquences négatives pour la Russie à cet accord sur le diesel, je n’en trouve aucune.

En revanche, il n’a aucune conséquence positive pour les mondialistes occidentaux. Tout d’abord, il semble que les conditions d’un effondrement interne de l’UE et de l’OTAN soient enfin réunies. Que les indicateurs économiques aient joué ou non un rôle décisif dans la décision de la Maison-Blanche de conclure un accord avec le Kremlin importe peu. Car, quelle que soit la durée de l’aide occidentale à l’Ukraine, celle-ci ne détruira pas l’économie russe et empêchera encore moins l’issue militaire de la guerre.

Première conclusion : la cinquième année de la guerre menée par l’OTAN et l’UE contre la Russie en Ukraine a marqué le début de l’effondrement… L’Occident s’attendait à ce que Poutine meure, soit assassiné ou renversé, mais, dans tous les cas, éliminé. Au lieu de cela, il a remporté les élections à la Douma, ce qui a contraint Trump à agir. Pourquoi? Pour deux raisons: l’épuisement des capacités des États-Unis à fournir des armes à l’Ukraine et l’épuisement de leurs capacités à contenir leur propre crise politique et économique intérieure liée à la guerre contre la Russie en Ukraine.

On s’attendait à la chute de Poutine, mais ce sont Trump, Macron et Merz qui tombent. Trump s’est ressaisi et, pour ne pas se retrouver dans le camp des principaux imbéciles, a entrepris de racheter ses fautes. De plus, Trump a conduit les États-Unis dans une impasse à cause de l’Iran — une stratégie erronée et une mauvaise appréciation géopolitique — et cela, ajouté à l’Ukraine, est devenu pour lui un fardeau mortellement lourd.

Lorsqu’il est devenu évident, en 2026, que les États-Unis perdaient le Moyen-Orient et que leurs actions dans cette région avaient provoqué un problème pétrolier mondial, l’esprit d’Anchorage a brusquement ressuscité et frappé Zelensky là où il aurait dû le frapper dès le mois d’août dernier. Mais, en août dernier, Trump n’était pas encore enlisé au Moyen-Orient et élaborait encore des projets avec Ursula.

Voici maintenant ce qui se profile :

Un conflit entre les États-Unis et l’Angleterre au sujet de l’Ukraine. À long terme, j’avais prévu des affrontements militaires des États-Unis tant avec l’Angleterre qu’avec Israël. Parce que telle est précisément la logique à long terme. Le problème de l’Amérique n’est pas la Chine, mais ses alliés, qui n’accepteront pas ce qui se passe. Ainsi, Poutine sauve le Congrès pour Trump, mais cela jette immédiatement et bel et bien Trump dans les griffes des mondialistes anglais, qui tenteront de détruire la majorité républicaine au Congrès. Autrement dit: Trump et Poutine contre Londres. J’avais envisagé cette option comme le seul choix juste et fructueux pour Trump dès son retour sur le trône. Voilà, les événements eux-mêmes l’y ont conduit !

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Trump n’a littéralement aucun coup gagnant à jouer dans cette situation ni dans toutes celles qui suivront. Un accord avec la Russie signifie la guerre avec Londres, avec Ursula et avec leur nain Zelensky. Les premières étincelles de cette guerre verbale sont déjà apparues: Trump a annoncé qu’il couperait non seulement les financements, mais aussi les livraisons d’armes à l’Ukraine, et c’est déjà très sérieux. Le portail par lequel l’Ukraine passe commande auprès du complexe militaro-industriel américain — PURL, par lequel l’UE passe également des commandes pour Kiev — a été officiellement rendu public. Les États-Unis ont appelé toutes les capitales de l’UE ainsi que Kiev pour les informer que PURL pourrait cesser de fonctionner. Et c’est aussi très sérieux! Car cela signifie une crise du mécanisme américain de manipulation de la guerre en Ukraine: ils ne donneront pas d’armes, mais les vendront aux Européens, qui les remettront ensuite à l’Ukraine. Cela revient à déclarer la guerre à Ursula.

L’accord de Trump avec Poutine signifie la fin de l’UE. Deux possibilités existent: soit l’UE se disloque et la Commission européenne cesse de fonctionner, soit l’UE décide d’entrer dans une guerre ouverte contre la Russie. Il n’existe aucune autre manœuvre qui permettrait de justifier et de maintenir le fonctionnement antérieur de l’Union.

Examinons maintenant l’OTAN.

Tout ce qui précède décrit la situation. L’Angleterre et l’UE peuvent-elles prendre en charge la guerre contre la Russie en Ukraine sans les États-Unis? La réponse est non, parce que le commandant suprême de l’OTAN en Europe est un général américain. Par conséquent, si Trump poursuit la voie qu’il a choisie vers un accord avec la Russie — j’ai expliqué pourquoi il n’a pas d’autre issue s’il veut éviter de se retrouver dans le camp des perdants de la guerre en Ukraine —, cela signifie une rupture au sein de l’OTAN. Si Zelensky continue de répondre hargneusement à Trump, il devra s’attendre non seulement à un scénario vénézuélien ou iranien, mais aussi à l’arrêt de l’aide américaine à l’Ukraine en matière de renseignement et de moyens numériques.

L’OTAN peut-elle faire la guerre à la Russie sans les États-Unis ?

Je vous laisse répondre à cette question…

Regardons un peu la situation au-delà de l’Europe. La Russie est déjà le médiateur officiel entre les États-Unis et l’Iran. Trump n’a aucune chance dans une nouvelle guerre contre l’Iran. Israël s’y résoudra-t-il? Nous verrons, mais je me dois aussi de relayer l’avertissement de Mohsen Rezaï, président du Conseil de discernement — c'est-à-dire le secrétaire du Conseil de sécurité — de l’Iran: si les hostilités contre l’Iran reprennent, Téhéran sectionnera le câble sous-marin passant par le Moyen-Orient et détruira les centres de données de la région. Autrement dit, il aveuglera les États-Unis et Israël.

Autre nouvelle très intéressante: une délégation chinoise s’est rendue auprès des Houthis au Yémen pour tenter de convaincre Ansar Allah de ne pas attaquer l’Arabie saoudite, car la Chine y possède de nombreux intérêts. Eh bien! C’est extrêmement sérieux! Les Houthis et l’Iran ne font qu’un; la Chine est le principal partenaire stratégique de l’Iran, mais aussi de l’Arabie saoudite! Et maintenant?

Sans parler du fait qu’il s’agit d’un affrontement dans la région entre Kiev, d'une part, et la Chine et la Russie, d'autre part.

Ainsi, nous continuons à traverser à toute vitesse des transformations irréversibles du monde, d’une profondeur et d’une gravité stupéfiantes, tandis que les positions antérieures s’effondrent.

Les répercussions sur la Bulgarie, dans notre situation intérieure complexe, nous les découvrirons tous. Mais l’aide à l’Ukraine touche à sa fin. Ou alors nous devrons nous joindre aux opérations militaires de l’UE et de l’Angleterre contre la Russie.

Il me reste toutefois une autre question (ironique): quand « Azov » tentera-t-il d’assassiner Trump ?

Dissolution européenne. En ordre dispersé

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Dissolution européenne. En ordre dispersé

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/dissolvenza-in-ordine-sparso/

Un journaliste aurait demandé à Poutine: "N’est-il pas temps de démanteler l’UE pour négocier avec les États individuellement?".

Le tsar aurait répondu avec un ricanement: "Ce n’est pas nécessaire. Ils se dissoudront tout seuls".

Que cette anecdote soit vraie ou fausse, elle brosse malheureusement un tableau fidèle de la situation.

L’Union européenne est désormais tout sauf une union. Et les pays qui, en théorie, la composent avancent de plus en plus en ordre dispersé.

La responsabilité en incombe à une Commission dirigée de manière dictatoriale par von der Leyen, qui répond à des intérêts n’ayant rien à voir avec ceux des peuples européens.

Qui sert, et de façon extrêmement manifeste, des puissances économiques qui nous conduisent à la ruine.

Mais aussi aux gouvernements, prétendument nationaux, de France, d’Allemagne, d’Italie, sans compter tous les autres instances de pacotille.

Elles aussi totalement asservies à ceux qui n’ont rien à voir avec l’Europe et, surtout, avec les Européens.

Qui poursuivent d’autres objectifs, sans se soucier de nous, entièrement tournés, au contraire, vers des intérêts étrangers aux nôtres. Et dévastateurs pour nous.

Nous pouvons ainsi voir la révolte monter dans toute l’Europe. À commencer par l’Allemagne, où les résultats électoraux dans les Länder contraignent Merz à se cramponner désespérément au pouvoir, désormais privé de tout soutien populaire.

Puis la France, où Le Pen, à mesure qu’elle progresse, semble s’enhardir et déclare son intention de prendre ses distances avec Kiev. En suspendant les financements accordés au régime qui sévit là-bas.

L’Espagne, où la révolte éclate ouvertement dans les rues.

Et l’Italie aussi, dont le Sud est désormais paralysé par les agriculteurs et où la contestation se propage. Malgré le silence prolongé, coupable et complice des grands médias.

Et puis il y a l’Europe de l’Est. Qui avance déjà en ordre dispersé. Avec la Slovaquie qui veut renouer avec Moscou. Les pays baltes qui se font les porte-étendards, ridicules et risibles, de la guerre à outrance. La Pologne tiraillée entre son aversion historique pour la Russie et sa méfiance, voire pire, envers l’Ukraine de Zelensky…

Je pourrais continuer. Car la Bulgarie, la Hongrie, l’Autriche, la Croatie, la Slovénie et la Roumanie font toutes, plus ou moins, cavalier seul.

La dissolution de l’illusion européenne est à l'ordre du jour.

Exactement comme l’aurait dit, en ricanant, Vladimir Poutine.

dimanche, 18 octobre 2026

Qui casse et pour qui?

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Qui casse et pour qui?

par Paolo Bolo

Source: https://www.facebook.com/groups/25490245713968808/user/100008351225117

Rappelons une évidence que certains éditorialistes ont égarée entre deux plateaux : les casseurs ne sont ni les étudiants, ni les retraités. Ne l'oubliez pas, car on va s'employer à vous le faire oublier.
 
Le dangereux profil du retraité
 
Regardons les faits. D'un côté, des lycéens et des étudiants armés de pancartes, d'une enceinte Bluetooth et de la conviction que leur avenir mérite mieux qu'un CDD à perpétuité. De l'autre, des retraités équipés de gilets syndicaux, de thermos et de genoux fragiles, dont l'activité la plus violente consiste à entonner un refrain avec trois mesures de retard.
Pour briser une vitrine, il faut de l'élan, une cagoule et un certain sens de l'organisation. Pour une retraitée de 68 ans à la hanche en titane, il faut surtout un banc à proximité.
 
Pourtant, à entendre certains commentaires, on croirait que la place de la République est envahie par des hordes de licence de sociologie et de grands-pères en polaire, prêts à retourner une voiture entre deux pauses café. Le péril gris, voilà le nouvel ennemi intérieur. Qu'on se rassure : aucun retraité n'a jamais incendié une poubelle sans vérifier d'abord qu'elle était bien destinée au tri.
 
La grande théorie de l'amalgame
 
Le procédé est rodé, presque artisanal. On filme une vitrine brisée, on la passe en boucle, et on place à côté l'image d'un million de manifestants. Le téléspectateur, qui a l'esprit vif mais le temps court, fait lui-même le rapprochement. Le million, c'est la vitrine. La vitrine, c'est le million. Des gens qui ont défilé dans le calme deviennent ainsi, par la magie du montage, les complices de quelques cagoulés. C'est la division du travail à la française : les uns cassent, les autres en paient la réputation.
Et s'il reste un doute, il suffit de prononcer « ultra gauche », formule magique qui explique tout. Cette organisation tentaculaire serait donc capable de réunir étudiants, syndicats et retraités, de les faire marcher pacifiquement pendant des heures, puis de les transformer d'un coup de baguette en pilleurs d'enseignes. Quel talent. On songe à lui confier l'organisation des prochains Jeux olympiques.
 
Qui casse, alors ?
 
La question mérite d'être posée sans naïveté. Les casseurs, par définition, ne manifestent pas pour les retraites : ils ne connaissent pas le nombre de trimestres, se moquent de l'âge légal et n'ont aucune opinion sur la surcôte. Ils viennent pour autre chose, casser, parfois piller, rarement défendre quoi que ce soit. Cagoulés, mobiles, organisés en petits groupes, ils s'évaporent avant la fin du cortège, qualité remarquable pour des gens qu'on dit pourtant très repérables.
 
Et c'est là que le mystère s'épaissit. Pourquoi, dans plusieurs villes, ces groupes si identifiables ont-ils pu opérer longtemps, tandis que les cortèges étaient nassés et gazés en un temps record ? Manque de moyens, nous dit-on. Soit. Un manque de moyens très sélectif, qui s'évanouit comme par enchantement dès qu'il s'agit de lancer une grenade sur des gens qui chantent.
 
Y a-t-il un calcul derrière tout cela ? Nous n'en avons aucune preuve, et ce texte est une satire, pas une enquête. Mais quand le même scénario se reproduit à l'identique, on a le droit de poser la question, y compris à voix haute.
 

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Le casseur, cet auxiliaire précieux
 
Car il faut le reconnaître, le casseur rend de grands services à la communication gouvernementale. Il permet de ne plus parler du fond (retraites, salaires, avenir) pour parler de la forme (vitrines, abribus, poubelles). Il transforme le débat public en bulletin météo : « des incidents sont à déplorer ». Il offre au ministre de l'Intérieur l'occasion de s'exprimer à la télévision, l'air grave, devant des images spectaculaires, plutôt que de répondre à la question qui fâche.
 
Imaginez la catastrophe pour l'exécutif : un million de personnes qui défilent sans un seul incident. Il faudrait alors discuter de ce qu'elles disent. Un cauchemar. Heureusement, le casseur est là, ponctuel, dévoué, d'une loyauté tout à fait involontaire. Personne ne l'a invité, mais il arrive toujours miraculeusement à l'heure, étonnant, non ?
 
Qui paie la note ?
 
La facture, elle, se partage équitablement. Le commerçant paie la vitrine. L'étudiant paie sa réputation. Le retraité paie en gaz dans les poumons. Et ceux qui souhaitaient que l'on ne parle surtout pas du fond du sujet ? Rien du tout. C'est l'avantage de la mutualisation: la dépense est collective, le bénéfice reste privé.
 
Conclusion
 
Alors souvenons-nous, et répétons-le à chaque plateau télé, à chaque dîner de famille, à chaque oncle qui commence sa phrase par «mais quand même»: les casseurs ne sont pas les étudiants, ils ne sont pas les retraités. Ils sont ceux dont la présence arrange tout le monde, sauf ceux qui défilent.
 
Qui casse ? Quelques-uns. Pour qui ? À chacun d'y réfléchir, en se rappelant simplement à qui profite le chaos, qui passe en boucle sur les chaînes d’info pour accuser les étudiants, LFI et une ultra-gauche qui n’a jamais existé en France? Qui veux que vous ayez peur?
 
Texte satirique : l'hypothèse d'un chaos toléré ou voulu relève de l'ironie et n'est pas établie à ce jour.

Evola et l’axe Berlin-Moscou-Washington

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Evola et l’axe Berlin-Moscou-Washington

Constantin von Hoffmeister

Quelque chose d’inhabituel prend forme entre Berlin, Moscou et Washington. Markus Frohnmaier, vice-président du groupe parlementaire de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) au Parlement allemand, a confirmé que l’AfD était en contact avec Kirill Dmitriev, envoyé spécial de Vladimir Poutine pour la coopération économique internationale et directeur du Fonds russe d’investissement direct, au sujet d’un projet de forum d’affaires Russie–États-Unis–Allemagne en 2027. Frohnmaier (photo) a déclaré au journal russe Izvestia que les précisions concernant le lieu seraient annoncées ultérieurement et indiqué que Nord Stream et, plus largement, la coopération économique figureraient parmi les sujets abordés. Dmitriev, qui a également joué un rôle dans les contacts économiques de Moscou avec l’administration Trump, avait auparavant indiqué que la Russie était disposée à organiser une telle rencontre.

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L’importance de cette proposition tient moins aux modalités d’une nouvelle conférence internationale qu’aux trois pays concernés : la Russie, ancien principal fournisseur de gaz acheminé par gazoduc vers l’Europe ; l’Allemagne, centre industriel dont le modèle économique dépendait autrefois fortement d’une énergie russe bon marché ; et les États-Unis, puissance qui façonne l’architecture de sécurité européenne depuis 1945. Le philosophe italien Julius Evola aurait reconnu quelque chose de familier dans cette configuration triangulaire. Son œuvre envisageait régulièrement l’histoire non comme une marche ordonnée vers une rationalité toujours plus grande, mais comme un affrontement entre des forces profondes liées au pouvoir, à la hiérarchie, aux intérêts et à la civilisation, que le langage politique officiel dissimule fréquemment. Le projet de forum importe parce qu’il remet certaines de ces forces en lumière.

Julius Evola soutenait que la vie économique devait rester subordonnée à des principes politiques et civilisationnels supérieurs. Qu’aurait-il pensé du fait que les liens énergétiques de l’Allemagne avec la Russie deviennent une épreuve révélatrice de sa position entre Moscou et Washington ?

Au cœur de la discussion se trouve Nord Stream, un nom devenu le symbole de toute une époque révolue des relations économiques germano-russes. Nord Stream 1 a commencé à acheminer directement du gaz russe vers l’Allemagne par la mer Baltique en 2011, tandis que Nord Stream 2 a été achevé sans jamais entrer en exploitation commerciale régulière. En septembre 2022, trois des quatre conduites ont été gravement endommagées par des explosions. Le parquet fédéral allemand a poursuivi une enquête pénale visant à identifier et à poursuivre les responsables. De son côté, l’AfD a demandé une enquête parlementaire sur la gestion politique de l’attaque, notamment sur ce que savait le gouvernement allemand, sur sa réaction et sur les conséquences à en tirer pour les relations de l’Allemagne avec l’Ukraine et la protection des infrastructures critiques. Frohnmaier lui-même a qualifié Nord Stream d’infrastructure économique critique pour l’Allemagne, tandis que la dirigeante de l’AfD, Alice Weidel, a appelé à la levée des restrictions sur le pétrole et le gaz russes.

Quoi que l’on pense de ces positions, le différend dépasse la question du prix d’un mètre cube de gaz. Il porte sur la question de savoir si l’Allemagne devrait à nouveau bâtir une partie de sa stratégie industrielle sur des liens économiques directs avec la Russie. La pertinence d’Evola est ici indirecte, mais éclairante: dans Révolte contre le monde moderne, il rejetait la tendance moderne à faire du calcul économique le critère suprême de la vie politique. Nord Stream pose presque la question inverse. L’Allemagne doit décider non seulement si l’énergie russe serait moins chère, mais aussi quel ordre politique, quelles alliances et quelles dépendances accompagneraient son retour.

La présence américaine rend la proposition plus intéressante encore. Une conférence énergétique purement germano-russe pourrait aisément être présentée comme une tentative de rétablir la relation commerciale qui existait avant la guerre en Ukraine. Un forum Russie–États-Unis–Allemagne suggère quelque chose de plus vaste: la possibilité que les relations économiques avec Moscou puissent un jour être discutées dans le cadre d’un nouvel arrangement incluant Washington, plutôt que simplement contre Washington.

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Dmitriev (photo) est une figure importante à cet égard. Parallèlement à ses fonctions à la tête du Fonds russe d’investissement direct, il a exercé celles d’envoyé présidentiel et participé à des discussions avec des personnalités liées à l’administration Trump sur la coopération économique, l’énergie et la guerre en Ukraine. Aucun engagement américain à participer au forum envisagé pour 2027 n’a toutefois été confirmé; la forme qu’il prendra éventuellement reste donc incertaine. Mais le concept lui-même laisse entrevoir un monde dans lequel la diplomatie commerciale pourrait à nouveau franchir les lignes de fracture géopolitiques qui se sont durcies après 2022.

Evola n’aurait guère considéré les conférences d’affaires internationales comme des vecteurs de transcendance; sa critique de la civilisation moderne visait explicitement la réduction des principes politiques supérieurs à l’économie et aux intérêts matériels. Mais, dans une perspective évolienne, le trait révélateur est qu’ici l’économie devient le terrain sur lequel se négocient les questions de pouvoir. Les gazoducs, les fonds d’investissement, les sanctions, la compétitivité industrielle et le commerce ne sont pas des questions techniques autonomes. Ce sont des instruments par lesquels les États tentent de déterminer leur position au sein d’une hiérarchie des puissances.

Pour l’Allemagne, la question du rétablissement de liens économiques majeurs avec la Russie a acquis une urgence inhabituelle, car la relation énergétique entre les deux pays a déjà été démantelée dans des proportions qui auraient semblé improbables il y a seulement quelques années. Les exportations russes par gazoduc vers l’Europe ont chuté de manière spectaculaire depuis le début de la guerre en Ukraine, tandis que l’Union européenne s’est engagée dans une démarche visant à mettre fin aux importations restantes de gaz russe. Moscou, de son côté, a signalé à plusieurs reprises qu’il serait disposé à reprendre les livraisons, notamment par les infrastructures de Nord Stream encore intactes.

L’AfD a intégré le rétablissement des liens économiques avec la Russie à son argumentaire de politique étrangère, s’opposant ainsi à l’approche adoptée par les gouvernements allemands successifs depuis 2022. Ses détracteurs soutiennent qu’une telle orientation recréerait une dépendance envers Moscou et affaiblirait les efforts européens visant à faire pression sur la Russie au sujet de l’Ukraine; ses partisans affirment que l’Allemagne a nui à ses propres intérêts industriels en rompant une relation économiquement avantageuse.

Le forum proposé réunirait donc dans une même salle les protagonistes d’un différend qui traverse en profondeur la politique allemande depuis des années: l’avenir économique de l’Allemagne doit-il rester étroitement inscrit dans le cadre stratégique euro-atlantique actuel, ou le pays doit-il retrouver une plus grande liberté pour développer des relations de grande ampleur avec la Russie? Les écrits politiques d’Evola ne peuvent apporter de réponse économique à ce différend, mais sa distinction entre les institutions formelles et l’autorité sous-jacente offre une manière de comprendre l’intensité du débat. La question n’est pas simplement de savoir où l’Allemagne achète son gaz. Elle est de savoir qui détient le pouvoir de définir les limites dans lesquelles s’exerce la politique économique allemande.

C’est, en définitive, ce qui donne à l’annonce de Frohnmaier une portée plus grande que ne le laisse entendre l’expression modeste de «forum d’affaires». Aucun accord n’a été annoncé, aucun lieu n’a été confirmé, et rien ne garantit que des représentants des trois pays se rencontreront effectivement en 2027. Pourtant, la tentative elle-même révèle que certains acteurs politiques réfléchissent déjà au-delà de l’architecture diplomatique issue de la guerre en Ukraine.

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L’AfD cherche à se positionner comme un intermédiaire allemand disposé à parler simultanément avec Moscou et, potentiellement, avec Washington, tout en faisant de Nord Stream le symbole d’un possible rétablissement des liens économiques germano-russes. Ses adversaires voient un danger dans cette démarche, craignant à la fois une nouvelle dépendance énergétique et une influence politique russe accrue. La question de fond restera donc ouverte même si le forum n’a jamais lieu: quel type d’ordre européen succédera à la confrontation actuelle?

Evola a bâti une grande partie de sa philosophie sur la conviction que les ordres historiques finissent par s’épuiser et que des périodes d’apparente permanence peuvent dissimuler de profondes transitions. Il n’est pas nécessaire d’adhérer à sa philosophie de l’histoire pour comprendre pourquoi son image d’une structure ancienne perdant son autorité trouve ici un écho. Nord Stream gît endommagé sous la Baltique, l’ancienne relation commerciale germano-russe a largement disparu, et l’ordre européen établi après la guerre froide est soumis à d’énormes tensions. Une rencontre entre Allemands, Russes et Américains ne créerait pas, à elle seule, un nouvel ordre. Mais elle pourrait constituer un modeste indice que les débats sur la forme de cet ordre ont déjà commencé.

 

L’Éthiopie au bord de la guerre - Escalade de la violence dans la Corne de l’Afrique

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L’Éthiopie au bord de la guerre

Escalade de la violence dans la Corne de l’Afrique

Léonid Savine

Les derniers événements en Éthiopie montrent comment les puissances moyennes de la région tentent de faire valoir leurs intérêts et de saisir les occasions qui se présentent pour déstabiliser leurs adversaires géopolitiques.

Le 23 septembre, des combats de grande ampleur ont éclaté dans les provinces du Tigré, de l’Amhara et de l’Afar : la coalition dite « Alliance pour la survie » a commencé à attaquer les troupes et les institutions gouvernementales. Le 7 octobre, des informations ont fait état du franchissement de la frontière éthiopienne par des unités militaires érythréennes. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rompues.

Dans l’ensemble, le conflit actuel est complexe et comporte plusieurs dimensions : l’Érythrée et l’Éthiopie ont des différends de longue date, d’autant que l’Érythrée est née d’une sécession de l’Éthiopie en 1993. Les provinces du Tigré et de l’Afar, situées dans le nord de l’Éthiopie, où les forces d’opposition locales s’opposent au pouvoir fédéral, jouxtent directement l’Érythrée. Cette zone constitue ainsi une sorte de tampon, tout en pouvant servir de zone grise pour déstabiliser l’Éthiopie. L’Amhara est la plus grande région ; elle abrite le lac Tana, d’où prend sa source le Nil Bleu.

La géographie de ce nouveau conflit n’a rien de fortuit.

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L’Éthiopie est en différend avec l’Égypte au sujet de l’exploitation du barrage et de la centrale hydroélectrique de la Renaissance, situés sur le cours supérieur du Nil — plus précisément sur son affluent, le Nil Bleu —, ce qui suscite les protestations du Caire contre Addis-Abeba. L’Égypte craint que le fonctionnement de la centrale n’entraîne une baisse importante du niveau du fleuve et ne provoque une pénurie de ressources en eau, particulièrement en période de sécheresse. L’Éthiopie affirme pour sa part que cette centrale est nécessaire à la poursuite du développement économique du pays. Elle est également devenue un symbole de dignité nationale et de souveraineté. Le Soudan, en revanche, a plutôt bénéficié de la construction du barrage, qui permet de réguler convenablement le débit et d’éviter les inondations. Mais, compte tenu de la guerre civile qui sévit au Soudan même et d’une certaine influence du Caire, ce pays s’est retrouvé entraîné dans une alliance anti-éthiopienne. Par ailleurs, l’Égypte coopère activement avec Djibouti et la Somalie, qui bordent l’Éthiopie du côté de la mer Rouge. Un important contingent militaire égyptien est en outre déployé en Somalie.

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En août 2026, les dirigeants éthiopiens ont annoncé leur intention de construire de nouveaux barrages sur le Nil, suscitant une nouvelle vague d’indignation en Égypte.

L’Égypte avait déjà menacé l’Éthiopie, allant jusqu’à envisager des bombardements contre le barrage, mais elle semble avoir décidé de passer à une stratégie de conflit par procuration. L’Érythrée sert de fait de couverture à la mise en œuvre des projets du Caire, parmi lesquels figure le soutien conjoint de l’Égypte et de l’Érythrée à des groupes armés antigouvernementaux. Par leur intermédiaire, les deux pays veulent « balkaniser » l’Éthiopie, un État à la composition ethnique diverse.

En septembre, Addis-Abeba a accusé l’Égypte, l’Érythrée et le Soudan de soutenir l’alliance d’opposition dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré. Les trois pays rejettent ces accusations.

Le 1er octobre, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a publié un bref communiqué ordonnant au haut diplomate égyptien Ahmed Moharam Ahmed Soliman de quitter l’Éthiopie sous quarante-huit heures. En réponse, l’Égypte a expulsé un haut responsable de la mission diplomatique éthiopienne au Caire, lui accordant également deux jours pour quitter le pays. Le nom du diplomate n’a pas été communiqué, mais il a été précisé qu’il était conseiller d’ambassade.

Le 4 octobre, l’Égypte a organisé à El-Alamein un sommet quadripartite réunissant l’Érythrée, le Soudan et la Somalie. Les dirigeants de ces pays ont souligné l’importance de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, déclaré que la sécurité en mer Rouge devait rester avant tout de la responsabilité des États riverains et rejeté les mesures unilatérales portant atteinte aux droits établis sur les eaux du Nil des pays situés en aval.

Il convient de rappeler que, dès octobre 2024, les dirigeants de l’Égypte, de la Somalie et de l’Érythrée avaient constitué une alliance tripartite afin d’accentuer leur pression commune sur l’Éthiopie et, en particulier, de contrer ses tentatives de s’assurer un accès fiable à la mer, alors qu’Addis-Abeba négociait avec le Somaliland — des pourparlers que la Somalie voyait d’un œil jaloux. À l’époque, la médiation turque avait permis une normalisation des relations entre l’Éthiopie et la Somalie.

Désormais, selon Souadik Soufian, collaborateur de l’Institut éthiopien des affaires internationales, le nouveau sommet organisé sous l’égide de l’Égypte a abouti à la formation d’un axe quadripartite susceptible de porter atteinte aux intérêts de l’Éthiopie et à la politique régionale de bon voisinage.

Dans un contexte plus large, cela pourrait menacer le fonctionnement des BRICS, puisque l’Égypte et l’Éthiopie font toutes deux partie de ce groupe d’États.

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Il est intéressant de noter que des analystes occidentaux ont également relevé les intérêts de la Chine dans ce conflit, celle-ci coopérant depuis de nombreuses années avec l’Égypte comme avec l’Éthiopie. Le conflit armé au Tigré avait auparavant contraint la Chine à évacuer ses travailleurs employés sur divers chantiers. La reprise des hostilités dans le nord de l’Éthiopie pourrait déstabiliser davantage le Tigré et les régions voisines, et éventuellement entraîner les États voisins dans le conflit. Pékin fait donc aujourd’hui face à une pression croissante pour préserver ses liens avec deux de ses partenaires africains les plus importants.

En Occident, on a toutefois également souligné que l’escalade du conflit en Éthiopie pourrait s’étendre à l’ensemble de la Corne de l’Afrique, menaçant à son tour la navigation en mer Rouge, déjà entravée par les actions des Houthis sur l’autre rive.

Parmi les autres acteurs ayant des intérêts actifs dans la région figurent les Émirats arabes unis, un investisseur majeur dans l’économie éthiopienne ; le Qatar, qui joue un rôle de médiateur et souhaite préserver le statu quo — il a déjà appelé à un arrêt immédiat de l’escalade — ; les États-Unis, dont les capacités en mer Rouge sont limitées, mais qui souhaitent renforcer leur présence pour contrer les Houthis ; et Israël, qui, à l’instar des États-Unis, cherche à accéder au débouché de la mer Rouge et à le contrôler, et qui a, pour cette raison, reconnu le Somaliland en décembre 2025, devenant de fait le premier État membre de l’ONU à le faire.

Ainsi, compte tenu de cet enchevêtrement complexe, du mécontentement de certains groupes d’opposition éthiopiens à l’égard du précédent accord de cessez-le-feu et des turbulences géopolitiques mondiales, les risques d’extension de ce conflit sont réels.

L’énigme Medvedev

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L’énigme Medvedev

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/enigma-medvedev/

Dmitri Medvedev parle sans mâcher ses mots. Sans faux-semblants diplomatiques, sans même une once de tolérance.

Il nous y a désormais habitués. Il semble s’être délibérément taillé le rôle du dur, de la voix féroce de l’entourage de Poutine.

Et je souligne « délibérément », car le parcours personnel et la carrière politique de Medvedev auraient laissé attendre tout autre chose.

C’était le plus occidental, voire le plus «américain», des hommes au sommet du Kremlin.

D’abord étudiant brillant, il a ensuite manifesté un vif intérêt pour le modèle économique et social des États-Unis.

Allant même, en des années diplomatiquement plus sereines qu’aujourd’hui, visiter les États-Unis et, surtout, des pôles comme la Silicon Valley.

Dont il aurait voulu importer le modèle en Russie.

Certes, il est devenu, au fil des ans, l’un des plus proches collaborateurs de Vladimir Poutine.

Il a toutefois longtemps incarné l’âme, disons, «occidentale» de l’élite russe.

Celle qui regardait avec intérêt le modèle américain.

Qui voulait donner au pays une orientation résolument «démocratique».

Mais ensuite, les choses ont pris la tournure que l’on sait. Mauvaise, incontestablement.

Washington s’est révélé être un «ami» dangereux. Dévastateur.

Qui a systématiquement œuvré à détruire la Russie. À la démembrer. À la réduire à de petits États faciles à contrôler.

Et c’est ainsi que l’étoile de Medvedev a pâli.

Affecté, par la volonté de Poutine, à une fonction très prestigieuse, mais qui n’est plus opérationnelle.

De fait, il n’est plus en mesure de prendre des décisions stratégiques.

Pas une disgrâce. Plutôt le constat réaliste que la guerre exigeait, et exige encore, d’autres hommes. Dotés d’autres compétences.

Que cela ait plu à Medvedev est assurément douteux.

Ce qui est certain, toutefois, c’est que sa fidélité à Poutine n’a pas faibli.

Tandis que son attitude envers l’Occident, autrefois tant admiré, a radicalement, profondément changé.

Aujourd’hui, Medvedev ne ménage ni les invectives violentes ni les sarcasmes féroces envers l’OTAN et l’Union européenne. Et sa défiance totale à l’égard de la Maison-Blanche est tout aussi manifeste.

Il est devenu un partisan de la guerre à outrance. N’excluant même pas le recours tactique aux armes nucléaires.

Il est contestable que cela ne soit que le fruit de la déception et d’un tempérament porté aux extrêmes.

Medvedev regarde plutôt vers l’avenir.

Et l’avenir comporte une grande inconnue.

La succession de Poutine.

Car le tsar a désormais largement dépassé les soixante-dix ans et, même s’il jouit d’une excellente santé, les jeux de succession commencent à s’ouvrir autour de lui.

Medvedev vient de passer le cap des soixante ans. Et, comme Poutine, il est originaire de Saint-Pétersbourg.

Un Occidental, donc, au sein de la nomenklatura russe.

Il sait toutefois que cela ne saurait guère lui suffire pour prétendre à la succession.

Ses déclarations violentes, ses outrances, disons-le ainsi, doivent donc être envisagées dans cette perspective.

Medvedev cherche probablement aussi l’appui des militaires et, plus généralement, de ceux qui considèrent comme inévitable l’affrontement avec l’Occident. Et avec Washington même.

Y parviendra-t-il ?

Il est trop tôt pour évaluer la situation.

D’autant que le tsar Vlad semble en parfaite forme.

Et bien décidé à tenir fermement la barre.

France, Europe: attachez vos ceintures!

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France, Europe: attachez vos ceintures!

Andrea Zhok

Source: https://www.facebook.com/andrea.zhok.5

Les images des flammes qui enveloppaient l’hôtel de ville de Limoges, en France, et de l’effondrement de son clocher font le tour du monde. Des épisodes comme celui-ci ne peuvent qu’être condamnés, tout comme les actes de pillage qui ont accompagné les manifestations dans de nombreuses régions de France.

Toutefois, si nous nous limitions à ce niveau de réflexion, nous ne ferions que nous livrer à un exercice classique de conservatisme petit-bourgeois, qui a ses raisons, mais qui est aussi tragiquement myope. Faire la morale à propos des voitures brûlées et des vitrines brisées, sans aller au-delà, est simplement le signe que l’on n’a pas encore compris la gravité des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons.

Ce à quoi nous assistons en France, mais désormais aussi, sous des formes différentes, dans de nombreux pays européens — Espagne, Portugal, Albanie, Belgique et, depuis hier, Italie — est tout sauf un événement irrationnel. Il existe en effet des événements historiques qui ne sont irrationnels qu’à l’échelle locale, mais dont la rationalité devient évidente dès que l’on prend suffisamment de hauteur.

Rationnel ne signifie pas indolore, ni exempt d’injustices.

Il faut exercer son regard à tenir ensemble deux niveaux d’analys : celui où l’on peut juger certains actes et certains individus barbares, inciviques, vandales, et celui où l’on peut — et où l’on doit — comprendre que l’histoire est toujours un fleuve qui charrie des débris et des cadavres, mais c'est un fleuve que les sermons n’arrêtent pas.

Ce qui se produit obéit à une implacable rationalité collective, même si ceux qui y prennent part n’en ont souvent qu’une compréhension limitée, voire aucune.

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Depuis de nombreuses années, les populations européennes font l’expérience de classes dirigeantes qui se présentent comme un organisme technocratique anonyme, une muraille de caoutchouc qui se déplace d’elle-même et avance en «pilotage automatique», dans une indifférence totale aux besoins de la population. Le pari de ces couches technocratiques liées à la finance a été de parvenir à endormir les consciences avec l’actuel opium des peuples que constituent les médias — divertissement et information-spectacle — et de dompter les récalcitrants par des mesures restrictives: un coup de matraque par-ci, une fermeture de comptes par-là, une petite loi électorale ici, une annulation d’élections là, etc.

Le postulat général, tacite et incontesté des dirigeants européens est qu’on ne raisonne pas avec la plèbe: on se contente d’alterner la carotte et le bâton.

Tout ce qui est dit publiquement est toujours un mensonge intéressé, sans exception, hormis les cas fortuits où une vérité peut, à son tour, être instrumentalisée. Le discours public est devenu une interminable comédie qui se soucie de moins en moins de préserver un semblant de crédibilité.

Ainsi, personne de sain d’esprit ne pense réellement que la Russie s’apprête à nous envahir, mais cela n’empêche pas des cohortes de petits guignols institutionnels de répéter chaque jour ces conneries avec le plus grand sérieux. Et, naturellement, tout le monde sait que, dans ce jeu de fables montées en épingle par une presse stipendiée, le seul élément qui compte, le pivot qui demeure au gré des circonstances, est la volonté de disposer arbitrairement des ressources publiques pour les orienter vers des intérêts privés.

En substance, les classes dirigeantes ont depuis longtemps pris l’habitude de traiter la population comme un animal idiot, avec lequel toute argumentation rationnelle est exclue et qu’il faut traiter, d’un côté, par des flatteries sélectives et des privilèges ciblés, et, de l’autre, en la réduisant à l’impuissance.

Et ce mécanisme peut fonctionner, et fonctionne longtemps.

Jusqu’au jour où il ne fonctionne plus.

Et il ne fonctionne plus le jour où trop de personnes perdent trop de choses pour pouvoir se permettre de rester dans la torpeur.
Il ne faut pas comprendre ici «perdre trop» comme quelque chose qui irait jusqu’à «mourir d’inanition».
Dans une société moderne, les gens se retrouvent dans des situations de privation insupportable bien avant de «mourir de faim».

Aujourd’hui, par exemple, ne pas avoir les moyens d’utiliser une voiture ou d’accéder à Internet signifie, pour la majorité de la population, être coupé du monde, du travail, de la vie sociale, de la vie tout court. Et le fait que les voitures et les téléphones portables aient autrefois été des biens de luxe ne change rien: c’est désormais le nouveau seuil de «participation à la vie commune», ce qui distingue la vie de la non-vie.

Des populations entretenues comme des bêtes de somme auxquelles on distribue occasionnellement du pain et des jeux, des petits boulots de merde et du baratin télévisuel ne sont pas et ne seront pas, le jour où cette mécanique s’enraye, sensibles aux arguments du respect de l’espace public, de la propriété, des monuments, etc.

Ceux qui brûlent des voitures, des bâtiments historiques et des magasins sont des individus privés de repères culturels et moraux. Mais les véritables coupables, ceux qui devraient être amenés à payer, sont ces couches dirigeantes qui ont cultivé et voulu cette privation, pensant qu’elle leur serait utile.

Aujourd’hui, la cocotte-minute est sur le point d’exploser. Même si cette vague devait retomber, ce n’est que le début, car les classes dirigeantes européennes ne sont en mesure, ni matériellement ni culturellement, de rectifier le cap. Alors, attachez vos ceintures, car nous allons droit dans le mur.     

samedi, 17 octobre 2026

Évocation de Guillaume Faye

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Évocation de Guillaume Faye

Partie I

L’esprit-fusée, la « révolte des lycéens », l’invasion de l’Europe, La Guerre civile raciale

Pierre-Emile Blairon

Voici une série de trois articles qui évoqueront une figure éminente et incontournable de la Nouvelle Droite, Guillaume Faye.

Partie I : L’esprit fusée, la « révolte des lycéens », l’invasion de l’Europe, La Guerre civile raciale.

Partie II : La Convergence des catastrophes.

Partie III : Paganisme, prométhéisme, transhumanisme.

Guillaume Faye nous a quittés le 6 mars 2019. J’étais présent à son enterrement, dans un petit cimetière non loin de Poitiers; nous sommes passés devant le Futuroscope quand nous nous y sommes rendus avec mon ami Georges Chamboulive. Quel symbole ! Le chantre de l’archéofuturisme enterré au pied de ces représentations du modernisme titanique !

Guillaume Faye, cet esprit-fusée

Nous étions amis parce que nous partagions la même vision du monde qui tient en ces quelques mots quand il parlait de lui: «J’ai été élevé dans le culte du nationalisme français, de tendance bonapartiste, et le résultat paradoxal en fut un patriotisme européen. Mon milieu social d’origine est celui de la grande bourgeoisie parisienne, que je connais parfaitement de l’intérieur et dont je n’ai jamais partagé les idéaux conformistes et matérialistes, que je n’ai jamais enviée, parce que le style de vie qu’elle me proposait, fondamentalement, ne m’intéressait pas».

Interrogé par Christopher Gérard en 2001, qui lui demandait: Quel a été votre itinéraire intellectuel? Guillaume répondait: «Je n’aime pas ce mot d’ʺintellectuelʺ. Permettez-moi cette remarque un peu crue: j’ai toujours pensé que les intellectuels étaient à l’intelligence ce que la masturbation est à l’amour. ʺL’intellectuelʺ est un être narcissique, héritier des théologiens de Byzance, réfugié dans les idées pures (et fausses à 95%), qui perd son temps et en fait perdre aux autres [1]».

C’est à ce moment-là et grâce à ces quelques lignes qui me plaisaient beaucoup que je me suis rapproché de Guillaume. C’est à ce moment-là que j’ai aimé l’homme, avec toutes ses outrances et ses fulgurances géniales, plus que le théoricien, à mon avis fourvoyé, qu’il est devenu par la suite; et je dirai pourquoi.

D’ailleurs, pour continuer à lui témoigner toute ma gratitude, je fais toujours et encore des crises d’urticaire quand un quidam peu avisé me traite d’intellectuel.

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C’est ce jour-là, celui de son enterrement, que j’ai acheté son ouvrage posthume, Guerre civile raciale, dont Daniel Conversano, son dernier éditeur, avait apporté quelques exemplaires qu’il vendait, exposés dans le coffre de sa voiture.

Rémi, qui dirige les Éditions du Lore, avait eu la bonne idée de réunir trois des amis de Guillaume pour composer un ouvrage qui serait un hommage à l’une des figures les plus emblématiques - en tout cas, la plus percutante et la plus naturelle, au sens de «vraie», sans fioritures et sans chichis, - de ce grand mouvement de pensée qui a émergé à la fin des années 60, comme pour répondre au simulacre de la pseudo-révolution de mai 68, que la presse de grand chemin appellera «la Nouvelle Droite».

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C’est ainsi que Robert Steuckers, Pierre Krebs et moi-même avons collaboré à cet ouvrage collectif qui s’appellera : Guillaume Faye, cet esprit-fusée, une participation que certains esprits chagrins que je qualifierai d’incontrôlés, faisant partie de ladite mouvance, me reprocheront ensuite violemment parce que Guillaume ne figurait pas à leur panthéon, en proférant des insanités sur notre ami qui venait à peine de disparaître.

Guerre civile raciale

Ce n'est que l'un des aspects de l'effondrement qui caractérise toutes les fins de cycle; mais c'est sûrement celui que nous allons vivre très prochainement; les émeutes des pseudo-lycéens n'en sont que les prémisses; notre ami Guillaume Faye en avait prévu certaines modalités dans son livre: La Guerre civile raciale et, avant lui, Jean Raspail avec Le Camp des saints et, avant lui, sur un mode plus général, tous les auteurs dont vous retrouvez les citations sur chacun de mes ouvrages depuis 2006.

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Première alerte: l’invasion de l’Europe par la brèche marocaine

Il y a eu une première alerte cette année lorsque des hordes de Marocains, qu’on chiffre à plus de 70.000 personnes, venus en camions affrétés par leur gouvernement, à pied ou à la nage, se sont littéralement rués fin juillet 2026 dans les artères de Ceuta et Melilla, (environ 83.000 habitants pour chacune des deux villes), les deux enclaves espagnoles au Maroc depuis 1580 pour la première et 1497 pour la seconde (en même temps qu’Oran, Bougie, Bône, Bizerte, La Goulette…); une opération orchestrée vraisemblablement par le Mossad et la CIA, les américano-sionistes n’ayant pas accepté que l’Espagne reconnaisse la Palestine, opération menée avec la collaboration du roi du Maroc inféodée à l’Amérique et à Israël par le truchement de celui qui semble diriger effectivement le Maroc, le franco-marocain André Azoulay.

Cette affaire est un signal alarmant pour l’ensemble de l’Europe, étant vraisemblable qu’une brèche au sud vient d’être largement ouverte, le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez étant lui-même co-responsable de cette invasion, ayant régularisé d’un coup plus d’un million de clandestins le 16 avril 2026, ce qui ne pouvait manquer de créer un catastrophique appel d’air pour l’ensemble de notre continent ouest-européen.

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La deuxième alerte vient de la France avec « la révolte des lycéens » qui sont en grande majorité des racailles d’origine étrangère

Chacun a bien constaté que les « lycéens » ne présentent, pour la plupart, aucune revendication sérieuse, qu’ils ne sont là que pour casser leurs propres écoles, piller et détruire les magasins se présentant sur leur route et affronter la police largement débordée en utilisant contre elle des moyens importants tels que des mortiers; ces pseudo-lycéens se présentent le plus souvent en arborant les drapeaux d’origine de leurs pays maghrébins, ou celui de la Palestine qui leur sert d’alibi politique; ils sont manipulés par l’extrême-gauche, les Black blocs et peut-être aussi par le gouvernement lui-même, qui tentent de soulever la population française excédée par leurs provocations et par leurs exactions, chacune de ces factions ayant intérêt à susciter le chaos, soit pour prendre le pouvoir, soit pour le garder, en décrétant, à la suite de ces émeutes, des mesures drastiques et en instaurant des pouvoirs élargis pour l’ensemble de la population. Ces troubles sont toujours en cours [2].

Guillaume Faye avait résumé notre futur, celui que nous allons vivre dans peu de temps, en quelques mots: «Il existe trois hypothèses concernant la suite des événements.

- La première, la pire, serait celle de la soumission. Pour faire la guerre et pour vaincre, il faut être deux. Si, face aux envahisseurs et agresseurs étrangers, les Français blancs ne se défendent pas, il n'y aura pas de guerre. Ce sera le pourrissement, l'effondrement sans vrai combat ni vengeance isolée. C'est une possibilité que je n'exclus pas du tout.

- La deuxième hypothèse, et elle est terrible, angoissante, impensable, c’est l’éclatement d'une guerre civile raciale avec défaite des autochtones français et autres Européens ethniques ayant contre eux leur propre État collaborateur.

- La troisième hypothèse, c'est celle d'une guerre civile victorieuse, avec bien sûr des conséquences historiques incalculables, dont l'effondrement de tous nos paradigmes politiques. Quoiqu’il en soit, dans les années à venir, il sera impossible d’échapper à des désordres majeurs. L’Europe de l’Ouest va bientôt être le théâtre d’un séisme inévitable [3]».

816sotC2H9L._AC_CR0,0,0,0_SY315_.jpgGuillaume Faye est mort en mars 2019, juste avant la grande offensive satano-mondialiste contre les peuples de la terre en 2020; mon dernier livre, 2020, Le Grand Bouleversement, raconte, au travers des articles que j’ai écrits à partir de cette année-là et les années suivantes, 2021 et 2022, dans le cadre d’une série appelé: Chroniques d’une fin de cycle [4], les conséquences effroyables de la grande manipulation que des forces obscures, sans doute depuis des siècles, ont initiée pour asservir et, in fine, éliminer la quasi-totalité de l’Humanité, transformant le reliquat en robots ou en esclaves.

Il a fallu plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour que les esprits les plus éveillés comprennent ce qui se passait; et il faut bien dire, six ans après, que la population, dans sa grande majorité, est toujours inconsciente de ce qui se passe, alors même que nos bourreaux globalistes ne cachent rien de leurs projets.

Je ne vais pas évoquer ici la totalité des mesures mises en place par ces entités pour dominer le monde; je vais juste parler globalement des moyens de manipulation et de coercition, particulièrement efficace qui a rendu la population mondiale dépendante de ce pouvoir mondialiste qu’on a appelé «l’Occident», dont la définition actuelle ne présente plus aucun rapport avec celle que nous lui connaissions il y a à peine un siècle, ne serait-ce que par le titre du célèbre ouvrage d’Oswald Spengler, édité en 1917: Le déclin de l’Occident.

Guillaume, disparu en 2019, n’a donc pas connu:

- la mise en place en 2020, sur l’ensemble de la planète d’une ingénierie sociale (appelée autrefois «propagande») qui nous a fait croire à l’existence d’une pandémie planétaire qui n’a jamais existé que dans les cartons des oligarques richissimes qui ont créé ce climat de peur sanitaire pour obliger les humains à une pseudo-vaccination en partie létale.

- Il n’a pas connu les mensonges de l’Otan, le bras armé de «l’Occident» pour tenter d’écraser sous sa botte la nation russe, en sacrifiant la population de son proxy, ou plutôt de son vassal, l’Ukraine. L’Otan est en train de subir, dans cette agression qu’il a initiée bien imprudemment, un terrible revers.

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- Il n’a pas connu l’autre grande défaite de «l’Occident» contre un pays qu’il a également agressé, l’Iran, sous la pression de l’une de ses composantes, Israël, obsédé par l’idée de constituer un «Grand Israël», en éliminant physiquement tous ses voisins; une guerre qu’il a perdue dont il est ressorti humilié en la personne loufoque de son représentant médiatique, Donald Trump, qui cherche en vain, mais avec constance, à transformer ses défaites en victoires.

- Guillaume n’a pas su ce qu’était devenu cet «Occident», un radeau à la dérive, dans chacune de ses trois versions, rassemblées à l’origine pour conserver le monopole de la domination du monde mais qui ne cesse de perdre sur tous les fronts qu’il a ouverts par un excès de vanité qui l’a aveuglé: cette coalition brinquebalante n’a plus que peu de temps à vivre; elle est composée de l’Amérique, d’Israël et de la pseudo-Europe, entité soumise aux deux autres. [5]

- Et Guillaume n’a pas su que cet Occident dévoyé était devenu une entité mondiale américano-sioniste, qui avait réussi à mettre sous sa coupe le tiers des pays de la planète, dont la France.

- Guillaume n’a pas su que le parti d’extrême-droite R.N., emmené par Marine Le Pen, allait constituer une majorité au sein de l’Assemblé nationale en se soumettant aux diktats «européens» et américano-sionistes, lui qui écrivait dans Guerre civile raciale, page 94 :

«Quand le sort d’Israël devient plus important que celui de la France, dans la bouche de ceux, journalistes, penseurs et hommes politiques, qui sont censés représenter notre pays et le défendre, il y alors un grave conflit d’intérêts. Je ne peux pas ne pas le signaler».

Je dois à la vérité de dire que c’est l’une des rares phrases où il a été, selon moi, lucide sur cette question car il n’a pas compris, me semble-t-il, ou n’a pas voulu comprendre, en exprimant sa pensée dans ce même ouvrage, dans un chapitre qu’il a appelé: «les juifs dans la guerre raciale», que les sionistes n’étaient pas des Juifs traditionnels, mais des convertis tardifs (au VIIIe siècle), appartenant à une peuplade métissée d’origine turcmène et européenne, les khazars, devenus par la suite les ashkenazes [6], qui ont accédé à la tête d’un pays qui n’est pas le leur, puisqu’il appartient aux sémites originels, juifs et Palestiniens [7], et que ces sionistes sont vivement critiqués par les Juifs d’origine qui les traitent à juste titre de «démons génocidaires».

Notes: 

[1] Entretien de Christopher Gérard avec Guillaume Faye, paru dans la revue Antaios (n° XVI, printemps 2001) https://editions-hache.com/essais/faye/faye1.html

[2] Voir l’article de Georges Gourdin du 9 octobre 2026 : Émeutes lycéennes : la faillite de Mai 68, sur Nice Provence Info, et le mien du 3 octobre 2026 : Mouvements de foule

[3] Guerre civile raciale, page 69, éditions Conversano.

[4] Les ouvrages de la série : Chroniques d’une fin de cycle sont les recueils des articles que j’ai écrits et des conférences que j’ai données, regroupés chronologiquement par année depuis 2008.

Dans cette chronologie, 2020 est une date-charnière, c’est le moment où notre fin de cycle a connu une accélération brutale lorsque les forces négatives dormantes depuis plusieurs siècles ont été réveillées.

Les titres de chacun des tomes résument la tendance de l’année comme si cette tendance était programmée bien à l’avance par les forces occultes qui nous dirigent.

[5] Voir mon article du 19 janvier 2026 : Avis de recherche : l’Occident a été confisqué par deux psychopathes

[6] Voir mes articles : du  9 mars 2026 : Trump est un « chrétien sioniste fondamentaliste » et du 1er septembre 2025 : L’Occident et la droite nationale française face à l’anéantissement de Gaza

[7] Dictionnaire de l’Académie française : SÉMITE adjectif. Étymologie : XIXe siècle. Dérivé de Sem, nom du fils aîné de Noé, dans la Genèse, lui-même emprunté, par l’intermédiaire du latin Sem et du grec Sêm, de l’hébreu Shem.

Se dit de populations originaires du Proche et du Moyen-Orient, dont le principal caractère commun est l’usage d’une langue appartenant à la famille des langues sémitiques. Les peuples sémites, qui regroupaient notamment dans l’Antiquité les Assyriens, les Araméens, les Cananéens, les Hébreux, les Moabites, les Phéniciens, désignent aujourd’hui les Juifs et les Arabes. Subst. Un, une Sémite.

▪ Abusivement. Juif.

 

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Des devoirs d'histoire pour la chancellerie de Merz: pour mettre fin au sinistre cirque de la géopolitique occidentale

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Jeffrey Sachs nous met en garde: «Vous n’imaginez pas ce que Merz dissimule!»

Des devoirs d'histoire pour la chancellerie de Merz: pour mettre fin au sinistre cirque de la géopolitique occidentale

Jens Kröger

1. Quand la diplomatie fait une pause — le leadership à l’ère de la médiocrité

Bienvenue dans le théâtre scolaire de la géopolitique contemporaine. Quiconque observe ces jours-ci l’élite dirigeante occidentale ne contemple plus des visages majestueux de grands hommes d’État historiques, mais une arène en proie à une crise aiguë du leadership.

cq5dam.web.1280.1280.jpegComme le diagnostique avec justesse l’éminent économiste et conseiller gouvernemental, le professeur Jeffrey Sachs, l’Occident a désappris ce qui relève, au fond, du simple comportement adulte: l’échange pacifique et civilisé d’arguments, la capacité à dialoguer honnêtement et la résolution pragmatique de problèmes complexes.

À la place, ce sont les médiocres qui règnent sur la scène internationale. Qu’il s’agisse d’un Joe Biden désorienté, d’un Donald Trump psychiquement instable, d’un Olaf Scholz falot ou d’un Friedrich Merz en pleine ascension, la classe politique a jeté la diplomatie aux poubelles de l’histoire pour la remplacer par une politique d’escalade stupide et hystérique.

On joue les hommes forts dans le bac à sable géopolitique, alors qu’en réalité on ne démontre qu’une chose: une incapacité totale à comprendre les liens qu'imposent l'histoire. Lorsque les seuls instruments de gestion des conflits se résument à des fantasmes de réarmement et à des bruits de bottes, ce n’est pas une preuve de force géopolitique, mais un constat d’indigence diplomatique.

2. Le traumatisme de 2008 et la perte des repères en politique étrangère

Il fut un temps où l’Allemagne possédait des responsables de politique étrangère qui comprenaient ce que signifient la paix et la géographie — que l’on pense à Willy Brandt, Helmut Schmidt, Gerhard Schröder ou Helmut Kohl. Ils savaient que la coopération économique et l’énergie russe bon marché, acheminée par des projets comme Nord Stream, constituaient les piliers de la prospérité et de la stabilité européennes.

Mais le moment précis où la politique étrangère allemande a complètement perdu la raison et ses propres repères peut être daté au jour près: ce fut le deuxième jour du sommet de l’OTAN à Bucarest, en 2008.

Le premier jour, la chancelière Angela Merkel mettait encore, à juste titre, en garde contre les dangers immenses qui nous guettaient et elle soulignait, dans la foulée, que l’insistance des États-Unis pour élargir l’OTAN à l’Ukraine constituait une provocation directe et pouvait donc logiquement être interprétée par Moscou comme une déclaration de guerre.

Le deuxième jour, cependant, elle céda sous la pression massive du président américain George W. Bush. Depuis ce jour funeste, Berlin a renoncé à une politique étrangère autonome et raisonnable, se soumet sans condition aux principes impériaux de Washington et avance à l’aveuglette sur la voie de la confrontation.

Le tableau ci-dessous nous présente la situation: 

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3. Cours d’histoire pour les dirigeants: ce que Merz et consorts ont «oublié»

567454-567491.jpegFriedrich Merz — l’ancien lobbyiste de BlackRock engoncé dans les habits d’un prétendant à la chancellerie — se distingue surtout, aujourd'hui, par ses appels à un réarmement massif, à la production de drones et à une confrontation résolue. Tel un moulin à prières, il répète par réflexe cette affirmation: «Il n’y a personne avec qui négocier. Nous devons nous préparer à la guerre».

Hormis une maigre rencontre de vingt minutes entre Johann Wadephul et Sergueï Lavrov — une infime lueur d’espoir aussitôt piétinée —, la direction de la CDU a jusqu’ici refusé toute démarche diplomatique. Mais avant de prodiguer de nouveaux conseils, M. Merz devrait de toute urgence faire personnellement ses devoirs dans la branche "histoire". Les archives de son propre gouvernement fédéral révèlent des faits que l’on s’emploie aujourd’hui ostensiblement à oublier à Berlin:

- La promesse de Tutzing du 30 janvier 1990: le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher assura sans ambiguïté face à l’opinion publique mondiale qu’il n’y aurait pas d’élargissement de l’OTAN vers l’est.

- L’engagement du 10 février 1990: lors d’un entretien personnel avec le président Gorbatchev, le chancelier Helmut Kohl confirma explicitement que l’OTAN n’étendrait pas sa zone vers l’est.

- La promesse liée à la fin du pacte de Varsovie: l’Allemagne donna aux dirigeants soviétiques sous Gorbatchev la ferme garantie de ne pas exploiter le retrait de leurs troupes, de ne pas chercher querelle à la Russie et de ne pas provoquer d’escalade.

C’est tout de même une remarquable prouesse intellectuelle que d’effacer aussi complètement de sa mémoire, en trois décennies, les promesses fondamentales de ses propres icônes politiques (Kohl et Genscher). Quiconque mène une politique étrangère sans connaître les comptes rendus de sa propre administration n’agit pas en homme d’État, mais en provocateur, inculte en histoire, gesticulant dans un magasin de porcelaine géopolitique.

4. Un schéma vieux de deux siècles: la russophobie et le «Grand Jeu» impérialiste

L’hystérie actuelle de l’Occident n’est pas un phénomène nouveau: elle suit un schéma psychologique entretenu depuis deux siècles. Cette politique est alimentée par la peur panique des élites occidentales de perdre leur domination mondiale — une peur déclenchée par l’ascension de la Chine et le retour de l’Asie.

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Dès le XIXe siècle, la Grande-Bretagne sombra dans une paranoïa absurde. Alors que la Russie avait encore été, en 1815, l’alliée décisive dans la victoire sur Napoléon, Londres développa soudainement, entre 1815 et 1840, une russophobie profondément enracinée. Comme l’a démontré l’historien John H. Gleason dans son étude The Origins of British Russophobia, aucune provocation russe ne la justifiait.

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Dans le tristement célèbre «Grand Jeu», les Britanniques s’imaginaient tout simplement que la Russie voulait franchir la passe de Khyber et conquérir l’Empire britannique des Indes. Une pure chimère qui finit par culminer dans la guerre de Crimée de 1853, au cours de laquelle la Grande-Bretagne et la France tentèrent d’évincer la Russie de la mer Noire — un parallèle historique avec le conflit actuel, que Sachs qualifie avec justesse de «deuxième guerre de Crimée».

En 1952, Joseph Staline proposa une Allemagne unifiée, démilitarisée et neutre, dont les troupes soviétiques se seraient retirées. Le traité d’État autrichien de 1955 prouva que ce modèle fonctionnait: l’Autriche choisit la neutralité et les Soviétiques se retirèrent pacifiquement. Konrad Adenauer et les États-Unis rejetèrent pourtant la note de Staline. On préféra une Europe divisée dans la guerre froide à une Allemagne neutre, parce qu’Adenauer — comme il l’avoua en confidence — ne se méfiait pas de Staline, mais du peuple allemand.

Après 1990, le drame se répéta: Gorbatchev et Eltsine proposèrent une architecture de sécurité européenne commune dans le cadre de l’OSCE. Les États-Unis préférèrent s’autoproclamer maîtres d’un monde unipolaire, dénoncer des traités de désarmement et étendre l’OTAN. C’est le vieux jeu impérialiste: qui exige une domination absolue désapprend la capacité à faire la paix.

5. Examen des scénarios: bulles financières, crépuscule du dollar et piège des Taurus

Dans quelle mesure les scénarios de menace avec lesquels les responsables politiques occidentaux effraient leurs citoyens sont-ils réalistes? Une confrontation analytique avec la réalité montre à quel point les récits des décideurs sont, en vérité, fragiles :

Scénario 1: les BRICS et l’effondrement du dollar

Présentation du scénario :

Les pays des BRICS mettent en place des monnaies alternatives, l’hégémonie du dollar s’effrite. Le niveau de vie réel de la population occidentale chute-t-il, de ce fait, de 40%?

Confrontation à la réalité / analyse — la réalité des bulles financières:

Non. Le niveau de vie réel repose sur des machines physiques, sur la technologie et sur la production, non sur des monopoles financiers. Ce qui s’effondre, c’est la bulle occidentale de prospérité sur le papier — un monde dans lequel les dix plus grands géants technologiques valent plus de 3000 milliards de dollars et où des individus comme Elon Musk affichent un patrimoine sur le papier de 1000 milliards. L’effondrement frappe les ultrariches. Pour le salarié ordinaire, presque rien ne change si l’ère des sanctions extraterritoriales américaines prend fin au cours des dix prochaines années.

Scénario 2: retrait des troupes américaines ou Taurus

Présentation du scénario :

Washington lance un ultimatum: soit l’Allemagne livre des missiles de croisière Taurus destinés à des frappes en profondeur sur le territoire russe, soit les États-Unis retirent toutes leurs troupes.

Confrontation à la réalité / analyse — l’épreuve de la souveraineté:

Un retrait des troupes américaines ne serait pas un désastre, mais le début d’une véritable souveraineté européenne. La Russie n’a aucun intérêt à marcher sur Berlin. Après des expériences historiques traumatisantes — de l’invasion napoléonienne (1812) à l’attaque hitlérienne et ses 27 millions de morts soviétiques, en passant par la guerre de Crimée (1853), les interventions pendant la guerre civile et la Première Guerre mondiale —, elle demande simplement des garanties de sécurité fiables et l’absence de troupes hostiles de l’OTAN à ses frontières.

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6. La cure Clausewitz : cinq étapes pour revenir à la raison

Le théoricien prussien de la guerre Carl von Clausewitz formula cette vérité intemporelle: «La guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens». Quiconque veut mettre fin à la guerre en Ukraine ne doit donc pas réclamer à cor et à cri toujours plus de livraisons d’armes, mais s’attaquer aux causes politiques du conflit — à savoir, du point de vue russe, l’expansion inexorable de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie.

Au lieu de cela, les médias et les responsables politiques occidentaux (comme le ministre lituanien des Affaires étrangères ou des généraux américains) bercent l’opinion publique de la dangereuse illusion selon laquelle les avertissements nucléaires russes — concernant, par exemple, l’enclave de Kaliningrad — ne seraient que du «bluff». Jouer avec le feu sur cette base, c’est risquer la catastrophe nucléaire. Pour revenir à la diplomatie, il faut mettre en œuvre cinq principes fondamentaux permettant une architecture de sécurité pacifique:

- Neutralité de l’Ukraine: Une renonciation claire à l’adhésion du pays à l’OTAN, inscrite dans le droit constitutionnel et le droit international.

- Arrêt de l’élargissement de l’OTAN vers l’est: Gel définitif des frontières de l’Alliance afin d’empêcher l’apparition de lignes de confrontation directe.

- Règlement diplomatique des conflits territoriaux: Des solutions négociées autour d’une table plutôt que des tentatives d’imposer un diktat par la force sur le champ de bataille.

- Désarmement réciproque: Limitation de la présence militaire, retrait des armes offensives et retour à des accords de désarmement vérifiables.

- Garantie du Conseil de sécurité de l’ONU: Garantie, par la communauté internationale et au regard du droit international, de l’ordre de paix établi.

7. Conclusion: sortons du bac à sable géopolitique !

La quête obsessionnelle de domination mondiale et la surveillance paranoïaque des rivaux géopolitiques ne témoignent pas de l’art de gouverner, mais relèvent d’un jeu puéril qui conduit l’humanité au bord du gouffre.

À l’ère nucléaire, la sécurité ne peut jamais être imposée contre une grande puissance, mais seulement construite avec elle — la sécurité est indivisible. Cela n’exige aucun trait de génie, mais simplement l’honnêteté historique de reconnaître qu’il faut mettre fin à ses propres provocations si l’on veut récolter une paix durable.

Les citoyens d’Europe et d’Amérique ne sont nullement avides de guerre: ils aspirent à la prospérité, à la stabilité et à la raison diplomatique. Seule la classe politique des médiocres met en jeu l’avenir du continent, par peur de perdre son propre pouvoir.

Il est grand temps que les citoyens retirent des mains de leurs responsables politiques ces dangereux jouets qui servent à faire la guerre, leur mettent des livres d’histoire sous les yeux et exigent enfin le retour d'un comportement diplomatique adulte à la chancellerie !

L’Œuf du Monde et le crépuscule de l’homme moderne

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L’Œuf du Monde et le crépuscule de l’homme moderne

De la dissolution de l’individu au retour des civilisations : Guénon, Douguine et la dimension métaphysique de l’ordre mondial émergent.

Mauro Cardone

L’Occident découvre qu’il pourrait perdre le monde au moment même où il revendique le pouvoir de refaçonner l’homme. Il a élevé l’individu au rang de mesure universelle de l’existence, l’émancipant progressivement des appartenances, des hiérarchies spirituelles, de la communauté et de la transcendance, pour se retrouver face à une créature que la modernité elle-même juge désormais inadéquate. L’homme, après avoir été proclamé souverain de lui-même, est aujourd’hui décomposé en données, comportements, préférences et fonctions, tandis que la technologie promet de dépasser ses limites biologiques et que l’intelligence artificielle commence à lui disputer des prérogatives qui semblaient autrefois indissociables de sa nature. Dans le même temps, un ordre international fondé sur l’universalisation du modèle occidental se heurte à la résistance de civilisations qui revendiquent leurs propres conceptions de l’homme, du pouvoir, du temps et du sacré.

Ces processus sont généralement étudiés séparément. Les économistes parlent de transformation technologique, les analystes de compétition géopolitique, les politologues de crise de la démocratie libérale et les philosophes de posthumanisme. Pourtant, examinés en profondeur, ils semblent relever d’une même fracture: la dissolution progressive de l’anthropologie sur laquelle la modernité occidentale a construit sa prétention à l’universalité.

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Bien avant l’avènement de la société numérique, René Guénon avait identifié le caractère paradoxal de ce processus. Dans Le Règne de la quantité et les signes des temps, publié en 1945, il décrit deux moments successifs du cycle moderne: la solidification et la dissolution. Le premier correspond à la domination progressive de la quantité, de la mesure, de la matière et de l’uniformité. Tout est réduit à ce qui peut être calculé, classé et reproduit. Les différences qualitatives perdent leur sens; les êtres humains deviennent des unités statistiques, le travail est séparé de l’œuvre qu’il produit, la monnaie de sa fonction symbolique et la connaissance de l’appréhension des principes. Pourtant, au moment même où cette construction paraît avoir atteint sa plus grande solidité, elle commence à perdre sa cohérence. La solidification cède la place à la dissolution: ce qui semblait stable se désagrège, tandis que les barrières érigées par une conception matérialiste du monde révèlent leur fragilité.

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Guénon emploie l’image des «fissures de la Grande Muraille». Un monde qui croyait s’être définitivement enfermé dans les limites de la réalité matérielle redevient perméable, mais l’ouverture ne mène pas nécessairement vers le haut. Elle peut s’ouvrir sur les régions inférieures de l’existence, dans une confusion croissante entre le psychique et le spirituel, la manifestation et le principe, la simulation et l’authenticité. Cette distinction est décisive: tout franchissement d’une limite n’est pas une élévation.

C’est ici que le symbolisme de l’Œuf du Monde acquiert une portée extraordinaire. Dans «Le Cœur et l’Œuf du Monde» et «La Caverne et l’Œuf du Monde», réunis dans Symboles fondamentaux de la Science sacrée, Guénon explique que l’Œuf ne représente pas le cosmos dans son état pleinement manifesté, mais plutôt l’état central et germinal à partir duquel la manifestation se déploie. Il contient, encore enveloppées et indifférenciées, les possibilités appelées à se déployer. Le symbole renvoie au centre, au cœur et à l’embryon spirituel; dans la tradition hindoue, à Hiranyagarbha, le Germe d’or. La caverne offre une image correspondante : elle abrite la possibilité de la naissance, mais l’accomplissement initiatique exige, en définitive, une sortie de la caverne elle-même, un passage au-delà des limites de la manifestation cosmique.

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Il serait philologiquement incorrect d’identifier l’Œuf du Monde à un ordre historique qui se disloque. Il exprime plutôt la centralité du principe et la potentialité de la manifestation. C’est précisément pour cette raison qu’il offre une clé pour interroger le présent: ce qui perd sa forme n’est-il qu’une configuration historique de l’existence, ou l’humanité oublie-t-elle le centre dont les formes reçoivent leur sens? Et les possibilités qui s’ouvrent aujourd’hui relèvent-elles d’une véritable régénération ou d’une nouvelle étape de la dissolution?

La géopolitique contemporaine ose rarement poser de telles questions, ayant progressivement abandonné l’interrogation sur la nature des sujets dont elle étudie les relations. Elle parle d’États, d’économies, de populations et de marchés comme si ces catégories étaient des données universelles. Pourtant, un État n’est pas nécessairement une civilisation; une nation ne coïncide pas toujours avec un peuple; et un peuple n’est pas simplement la somme des individus. Surtout, l’individu de la modernité libérale n’épuise pas les conceptions possibles de l’être humain.

Alexandre Douguine a replacé cette question au centre de la philosophie politique. Dans son récent texte «Le dividualisme et le tournant ontologique», publié le 3 octobre 2026, il revient sur le débat anthropologique autour de ce que l’on appelle le tournant ontologique et conteste la persistance, jusque dans des théories apparemment pluralistes, d’une conception occidentale et linéaire de l’histoire. L’humanité moderne continue d’être présentée comme la forme accomplie d’un développement universel, tandis que les autres formes anthropologiques sont reléguées au passé, à l’archaïque ou au primitif. Douguine introduit donc la catégorie des «alter-humains»: des personnes appartenant à différentes civilisations qui ne sont pas les vestiges d’une humanité inachevée, mais les expressions d’autres configurations de l’existence.

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La référence au dividu est particulièrement féconde. McKim Marriott (photo) avait employé ce concept dans ses études sur l’Inde avant que Marilyn Strathern ne lui donne une place centrale dans l’anthropologie mélanésienne. Dans ces perspectives, une personne n’est pas nécessairement une entité autosuffisante qui n’entrerait qu’ensuite en relation avec les autres. La personne peut être conçue comme constituée par les relations, les échanges, les appartenances et les continuités qui font d’elle ce qu’elle est. Cette distinction anthropologique ne doit pas être figée en une opposition absolue entre un Occident individualiste et un reste du monde communautaire; les spécialistes eux-mêmes en débattent les limites. Douguine franchit néanmoins un pas supplémentaire, proprement philosophique et politique: s’il n’existe pas une ontologie unique de la personne, pourquoi ne devrait-il exister qu’un seul modèle universel d’organisation de la société?

Cette question touche au cœur même de la Quatrième Théorie politique et de la Noomachie. La pluralité des civilisations n’est plus conçue comme une simple diversité de coutumes au sein d’une trajectoire historique unique. Elle renvoie à différents Logoi, à différentes manières de comprendre l’être, le temps, le sacré et la relation entre l’homme et le cosmos. La multipolarité devient ainsi quelque chose de bien plus exigeant que la redistribution de l’influence entre les grandes puissances. Elle suppose la reconnaissance d’une pluralité de mondes historiques et spirituels, chacun possédant sa propre légitimité à exister.

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On peut donc comprendre pourquoi Douguine fait remonter en partie la crise de l’Occident à la querelle médiévale des universaux. Dans sa pensée, le nominalisme, en niant la réalité ontologique des universaux, prépare une longue transformation menant à l’atomisme social, à l’individualisme et à l’essor du libéralisme. En tant qu’explication historiographique exclusive de la modernité, cette généalogie est contestée; néanmoins, sa cohérence interne ne peut être écartée comme une simple nostalgie médiévale. Elle suggère que l’Occident a progressivement remplacé une conception qualitative et hiérarchique de l’être par un univers d’unités séparées, mesurables et disponibles à l’usage. Le monde de la quantité décrit par Guénon rejoint ainsi l’individu abstrait critiqué par Douguine.

Le paradoxe contemporain est que ce même individu, après avoir dissous les appartenances traditionnelles, est désormais lui-même dissous par les dispositifs techniques de la modernité avancée. Le sujet qui prétendait ne dépendre de rien devient entièrement dépendant de systèmes qu’il ne contrôle pas. Son identité est reconstruite à travers des flux d’informations, son comportement anticipé par des modèles prédictifs, son attention transformée en marchandise, ses décisions orientées par des architectures algorithmiques. Même la connaissance tend de plus en plus à être réduite à une capacité de traitement, comme si la puissance de calcul pouvait tenir lieu de discernement.

Il ne faut pas confondre cet individu fragmenté par le numérique avec le dividu anthropologique de Marriott et de Strathern. Ce dernier procède d’une conception relationnelle de la personne; le premier peut être le résultat d’une réduction de la personne à des éléments manipulables. La ressemblance terminologique dissimule donc une possible inversion de sens. Là où les relations traditionnelles peuvent constituer l’identité, les relations algorithmiques peuvent la désarticuler. Là où les premières situent l’être humain dans un réseau de réciprocité et d’obligations, les secondes risquent de le convertir en un ensemble d’informations utilisables par des acteurs extérieurs.

L’homme moderne apparaît ainsi pris entre deux mouvements opposés. Il est démantelé par le bas, à travers la fragmentation quantitative de son existence ; mais il peut être dépassé par le haut, à travers la reconnaissance de principes qui transcendent l’individualité. Toutefois, au sens traditionnel, cette seconde forme de dépassement ne signifie pas l’absorption de la personne dans une masse, un État ou une machine collective. Aucune organisation politique, si puissante soit-elle, ne devient pour autant un principe spirituel. Ce dépassement vertical concerne une autre hiérarchie de l’être, et non la simple subordination de l’individu à une autorité terrestre.

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Les réflexions de Daria Douguina introduisent ici une dimension supplémentaire. Dans son exposé «Le sublime et l’esthétique du Grand Dieu Pan», présenté initialement lors d’un séminaire sur l’esthétique platonicienne en 2020, Daria se penche sur le récit d’Arthur Machen et sur l’expérience du sublime. La beauté demeure en deçà d’un seuil que l’homme peut contempler ; le sublime le franchit, le confrontant à quelque chose qui se situe radicalement au-delà des possibilités de la perception ordinaire. S’appuyant sur le numineux de Rudolf Otto, Daria montre que le contact avec le sacré peut comporter simultanément fascination et terreur, attraction et effondrement des certitudes familières.

Dans le récit de Machen, un scientifique recourt à une intervention chirurgicale pour élargir artificiellement la perception d’une jeune femme, lui donnant accès à une réalité qu’elle ne peut maîtriser. Daria ne propose pas une théorie du transhumanisme contemporain, mais le rapprochement est philosophiquement saisissant. La technologie peut ouvrir un seuil; elle ne peut garantir que l’être humain possède la capacité spirituelle de le franchir. Un accroissement des facultés ne constitue pas nécessairement une élévation de l’être. La puissance peut augmenter démesurément sans que la sagesse ne progresse d’un seul degré.

La singularité technologique promet une voie de dépassement de l’humain par l’intensification des capacités opérationnelles. Le transhumanisme se présente comme une libération à l’égard des limites, de la maladie, de la fragilité et, dans ses versions les plus radicales, de la mortalité elle-même. Mais quelle conception de l’homme subsiste dans cette promesse? Si l’intelligence devient un simple traitement de l’information et la conscience une fonction reproductible, ce qui est annoncé comme un dépassement de l’humain pourrait au contraire effacer définitivement la dimension même qui rend l’homme irréductible à une machine.

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Guénon aurait reconnu dans cette prétention un problème essentiellement qualitatif. Sa distinction entre les domaines psychique et spirituel nous interdit d’identifier toute extension des possibilités à une véritable transcendance. Dans sa conception, la contre-tradition ne se contente pas de nier ouvertement le sacré: elle peut l’imiter, inverser ses symboles et promettre une fausse restauration spirituelle. La «grande parodie» ne détruit pas nécessairement les formes de la tradition; elle peut en préserver l’apparence tout en les vidant de leur principe. L’hypothèse selon laquelle la technologie contemporaine pourrait produire une telle imitation relève de notre interprétation du présent, et non d’une prédiction littérale de Guénon. Mais le problème philosophique demeure: une civilisation toujours plus capable de simuler la pensée, la présence et même la personnalité saura-t-elle encore distinguer la reproduction d’une fonction de la réalité de l’être?

La réponse ne concerne pas seulement les laboratoires qui développent l’intelligence artificielle. Elle touche à la structure matérielle du pouvoir mondial. Ceux qui possèdent les semi-conducteurs les plus avancés, les capacités de calcul, les infrastructures en nuage, les réseaux de communication, les plateformes d’information et les systèmes de paiement exercent une influence qui dépasse la propriété d’actifs économiques. Ils établissent les conditions dans lesquelles les autres acteurs peuvent connaître, produire, communiquer et décider. Les souverainetés monétaire, technologique et informationnelle deviennent ainsi une seule et même question stratégique: ceux qui contrôlent les infrastructures indispensables à l’exercice de l’autonomie peuvent également restreindre la liberté formelle de ceux qui en dépendent.

Ce n’est pas un hasard si, le 3 juin 2026, la Commission européenne a présenté un ensemble de mesures consacré à la souveraineté technologique, portant sur les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, les infrastructures en nuage et les logiciels libres. Les institutions de l’Union elles-mêmes reconnaissent désormais que l’autonomie politique dépend de la capacité à maîtriser les technologies, les données et les infrastructures stratégiques. Pourtant, la question décisive reste sans réponse : la souveraineté technologique, pour quel sujet ? Pour un marché intégré, un appareil réglementaire, une fédération d’États ou une civilisation capable de se reconnaître comme telle?

Le 6 octobre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié l’élargissement de l’Union d’«impératif géopolitique». Le même jour, le Comité militaire de l’OTAN, comprenant des représentants des trente-deux pays alliés, s’est rendu à Kyiv pour discuter des priorités militaires de l’Ukraine et des transformations de la guerre contemporaine. Il s’agit d’événements distincts, qui ne justifient pas de confondre appartenance juridique à l’Alliance, coopération militaire et participation directe à un conflit. Ils montrent cependant à quel point la compétition stratégique a pénétré la définition de la configuration future de l’Europe. L’Union débat de l’élargissement, de la résilience, de la sécurité et de l’autonomie, tandis que sa position géopolitique demeure imbriquée dans l’architecture atlantique.

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La guerre en Ukraine met vivement en lumière cette contradiction. Douguine l’interprète désormais explicitement comme une guerre civilisationnelle, une confrontation dans laquelle se joue, selon lui, non pas simplement une configuration territoriale, mais l’existence même de la Russie comme sujet historique autonome par rapport à l’ordre occidental. Il s’agit de son interprétation, et non d’une qualification juridique du conflit universellement admise. Une dimension civilisationnelle, même reconnue, n’efface pas non plus la souveraineté des États, la responsabilité des décisions militaires ou les droits des populations concernées. Elle révèle plutôt combien il serait insuffisant d’aborder une crise d’une telle profondeur au moyen de catégories exclusivement techniques et diplomatiques, en ignorant les visions du monde qui guident ses protagonistes.

La crise de l’unipolarité ne se limite d’ailleurs pas à la confrontation russo-occidentale. Lors du sommet des BRICS à New Delhi, en septembre 2026, les États participants ont réaffirmé leur demande d’un ordre international plus représentatif, fondé sur l’égalité souveraine, la réforme des institutions multilatérales et la coopération économique et financière. Il s’agit d’un processus réel, mais non dépourvu de contradictions: les pays participants ont fréquemment des intérêts, des orientations stratégiques et des conceptions de la souveraineté divergents. L’appartenance aux BRICS n’implique pas l’adhésion à la philosophie traditionaliste. Pourtant, l’émergence de plateformes offrant une alternative à la centralité occidentale indique les limites croissantes de tout monopole sur la représentation politique du monde.

Une distinction s’impose ici, sans laquelle la multipolarité risque de devenir une nouvelle version de l’ancienne politique de puissance. Un monde composé de plusieurs centres de force n’est pas nécessairement un monde capable de reconnaître la pluralité des civilisations. La multipolarité géopolitique peut coexister avec l’homogénéisation anthropologique, l’uniformité technologique et une même subordination de toute activité humaine au calcul économique. Des États rivaux peuvent lutter pour le contrôle des infrastructures tout en partageant la même conception quantitative de l’homme. Dans un tel cas, une modification du rapport de forces ne coïnciderait nullement avec le dépassement de la modernité.

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La pensée de Douguine invite précisément à réfléchir à cette différence entre une pluralité de puissances et une pluralité de Logoi. Leonid Savin, dans ses réflexions sur les ethnoi, les peuples, les nations et les civilisations, offre d’autres outils pour éviter que des catégories historiquement distinctes ne soient réduites à un seul sujet politique abstrait. Un État-civilisation ne naît pas de la simple addition d’un territoire, d’une population et d’une capacité militaire. Il suppose une continuité historique et culturelle, une mémoire partagée et une conception de l’existence capable de dépasser l’horizon des administrations et des cycles économiques.

Une question ne peut toutefois être éludée: qu’est-ce qui empêche une civilisation de transformer sa propre particularité en un nouvel universalisme impérial? Reconnaître une pluralité de mondes, c’est accepter que les civilisations autres que la sienne soient des sujets, et non de simples objets, de l’histoire. Aucune puissance ne peut, sans contradiction, réclamer le droit à sa propre singularité tout en refusant par principe ce droit aux autres. En outre, une civilisation ne peut être identifiée sans reste à l’État qui prétend la représenter, pas plus que la profondeur d’une tradition ne garantit automatiquement la légitimité de toute décision politique.

Pour l’Europe, cette réflexion revêt une gravité particulière. La civilisation européenne précède de plusieurs siècles les institutions de l’Union européenne et ne saurait se confondre avec elles. Son histoire comprend la Grèce et Rome, les christianismes latin et byzantin, la philosophie scolastique et la mystique, les traditions nationales, les universités, les empires, les monarchies et les villes libres. Elle comprend aussi les grandes ruptures religieuses, le rationalisme, les Lumières et la modernité que Douguine soumet à la critique. Réduire cette complexité à un ensemble de procédures, de réglementations et d’indicateurs économiques revient à confondre l’administration actuelle d’un espace avec la civilisation qui lui a donné naissance.

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Dans le même temps, l’Europe ne peut simplement proclamer un retour à la Tradition comme s’il était possible d’annuler les siècles écoulés. La continuité historique ne peut être reconstruite par décret, pas plus que la renaissance spirituelle ne peut être obtenue par la reproduction extérieure d’institutions du passé. Guénon distinguait nettement la Tradition authentique du traditionalisme compris comme une attitude idéologique. La nostalgie des formes, une fois perdue la compréhension des principes, peut elle-même devenir une autre manifestation du déclin auquel elle prétend s’opposer.

De même, l’idée d’une Troisième Rome, si importante dans l’imaginaire historique et religieux russe, ne peut être transposée mécaniquement à la question européenne. La Russie possède sa propre généalogie byzantine et orthodoxe; l’Europe occidentale a développé d’autres rapports entre l’autorité spirituelle, le pouvoir temporel et la communauté politique. Les deux histoires se sont influencées et affrontées, et elles partagent une partie de leur héritage, mais elles ne sont pas interchangeables. La possibilité d’une relation différente entre l’Europe et la Russie, au-delà de la subordination et de l’hostilité permanente, dépendrait aussi de la reconnaissance de cette distinction.

Une Europe véritablement souveraine devrait donc entreprendre une tâche plus complexe que l’acquisition d’une autonomie industrielle ou militaire. Elle devrait s’interroger à nouveaux frais sur son identité, sur les relations entre ses nations, sur sa position entre l’Occident atlantique et l’Eurasie, sur le sens de la liberté et sur les limites qu’elle entend imposer à la technologie et au marché. Une Europe comprise comme civilisation ne pourrait naître de l’effacement des peuples européens : elle perdrait précisément la pluralité historique qui constitue l’un des fondements de son existence. Elle ne pourrait pas non plus être authentiquement indépendante en remplaçant simplement une dépendance géopolitique par une autre.

L’horizon ouvert par la crise contemporaine appelle ainsi une distinction entre au moins trois niveaux de souveraineté. Le premier est matériel: énergie, monnaie, industrie, technologie, savoir et capacité de défense. Le deuxième est politique: la capacité de décider selon ses propres intérêts, sans être nécessairement entraîné par les stratégies de puissances extérieures. Le troisième est civilisationnel: la capacité de préserver et de développer sa propre conception de l’homme, de la communauté et du destin historique. Sans le premier, l’autonomie risque de rester rhétorique ; sans le deuxième, elle devient l’administration de décisions prises par d’autres ; sans le troisième, même un État formellement indépendant peut ne faire que reproduire le modèle anthropologique de la civilisation dominante.

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Cet entrelacement de la puissance matérielle et de l’ordre spirituel nous ramène à Guénon et à la question de la contre-initiation. Dans un essai écrit en 1997 et republié en 2026, Douguine reconnaît la cohérence métaphysique de la doctrine de Guénon, mais souligne les difficultés qui surgissent lorsqu’on tente d’identifier des agents historiques concrets de la dissolution. Le passage du symbole à l’organisation, du principe à la personne, de la structure métaphysique au réseau de pouvoir exige une discipline rigoureuse. C’est également une leçon essentielle pour l’investigation géopolitique contemporaine. L’existence de concentrations financières, de dépendances technologiques, de réseaux d’influence et d’intérêts coordonnés peut et doit être examinée à travers des documents, des flux, des institutions et des décisions vérifiables. Il n’est nul besoin de transformer toute convergence en un centre de commandement caché unique, ni de prétendre qu’une explication métaphysique constitue à elle seule une preuve historique.

L’ésotérisme, pris au sérieux, n’est pas un raccourci qui nous dispense de vérifier. Il est une exploration de niveaux de sens que l’observation purement matérielle ne saurait épuiser. La géopolitique, quant à elle, ne gagne pas en profondeur en attribuant à chaque guerre une cause invisible; elle gagne en profondeur lorsqu’elle comprend que les intérêts matériels, les représentations collectives, les symboles et les conceptions de l’être contribuent tous à façonner les décisions historiques. La philosophie de la Tradition peut éclairer cette complexité, pourvu qu’elle ne soit pas réduite à un appareil mythologique destiné à justifier n’importe quelle conclusion politique.

Notre époque semble ainsi présenter une double possibilité. D’une part, l’universalisation du modèle techno-économique peut se poursuivre même au sein d’un ordre géopolitique formellement multipolaire. Nous pourrions assister à l’émergence de davantage d’empires, de davantage de zones monétaires et de davantage de systèmes d’intelligence artificielle, sans aucune véritable diversité anthropologique. Ce serait la multiplication des centres de pouvoir au sein d’une seule et même civilisation de la quantité. D’autre part, la crise de l’hégémonie pourrait rendre leur place à différentes conceptions de l’existence, à des traditions capables d’interroger à nouveau le rapport entre l’homme et la transcendance, et à des communautés politiques qui ne considèrent pas l’expansion indéfinie de la production et de la consommation comme la finalité ultime de l’histoire.

Aucune de ces possibilités n’est garantie. L’avènement de la multipolarité n’entraîne pas automatiquement une renaissance spirituelle ; le développement de l’intelligence artificielle ne démontre pas non plus, en lui-même, l’approche d’une catastrophe eschatologique. La philosophie traditionnelle offre des catégories permettant d’interpréter le sens d’une transformation, et non un calendrier infaillible des événements. Le plus grand danger est peut-être de prendre pour une libération ce qui ne fait que changer la forme de la dépendance.

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L’image de l’Œuf du Monde revient alors nous interroger. Dans sa centralité germinale, il contient des possibilités qui ne doivent pas être confondues avec les formes contingentes de l’histoire. La verticalité authentique ne consiste pas à accroître indéfiniment l’homme moderne, à prolonger sa longévité biologique ou à le rendre techniquement omnipotent, mais à reconnaître que son individualité n’épuise pas l’être. La tâche politique ne peut pas non plus consister simplement à édifier des appareils toujours plus vastes sans que nous ayons d’abord clarifié la conception de l’homme qu’ils sont censés servir.

Peut-être la véritable frontière du monde à venir ne passera-t-elle pas seulement entre l’Occident et l’Orient, les puissances atlantiques et eurasiennes, les États établis et les pôles émergents. Elle traversera aussi chaque civilisation, chaque ordre politique, chaque être humain. D’un côté se trouve la réduction de l’existence à la fonction, à l’information et à la quantité ; de l’autre, la possibilité de reconnaître un ordre qualitatif de l’être, une pluralité de formes d’appartenance et une dimension spirituelle qu’aucune machine ne peut produire par la simple accumulation de puissance.

L’homme moderne, après avoir proclamé son autosuffisance, semble être parvenu au terme de sa trajectoire. Mais la fin de l’individualisme ne signifie pas nécessairement la libération de l’homme : elle peut coïncider avec son absorption définitive dans un système impersonnel, ou ouvrir la possibilité d’une réintégration supérieure.

Tel est le choix dissimulé derrière les controverses apparemment distinctes de notre époque : l’intelligence artificielle, la souveraineté, la multipolarité, les identités civilisationnelles, le pouvoir de la finance et la guerre. La question ne concerne pas seulement ceux qui gouverneront le monde, mais le type de monde qu’il sera encore possible d’habiter.

Car une civilisation peut survivre à la perte de son hégémonie. Il lui est bien plus difficile de survivre à la perte de sa propre idée de l’homme.

Sélection de sources et de références:

René Guénon, The Reign of Quantity and the Signs of the Times (1945), especially chapters XVII, XXIV–XXV, XXXI and XXXVIII–XXXIX. Original French, chapter XXV, “Les fissures de la grande muraille.” 

René Guénon, Symbols of Sacred Science (French collected edition, 1962), chapters XXXII–XXXIV: “The Heart and the World Egg,” “The Cave and the World Egg,” and “The Exit from the Cave.” 

Alexander Dugin, “Dividualism and the Ontological Turn,” 3 October 2026, author’s Substack. 

McKim Marriott, “Hindu Transactions: Diversity Without Dualism,” in Bruce Kapferer (ed.), Transaction and Meaning, Philadelphia: Institute for the Study of Human Issues, 1976, pp. 109–142. 

Marilyn Strathern, The Gender of the Gift: Problems with Women and Problems with Society in Melanesia, University of California Press, 1988. 

Alexander Dugin, “The West’s Death Sentence: Nominalism, Progress, and Atomism,” 2026, author’s Substack. 

Daria Dugina, “The Sublime and the Aesthetics of the Great God Pan,” a 2020 presentation republished on 23 September 2026 on Dugin’s Substack; excerpted from Eschatological Optimism. 

European Commission, “Strengthening Europe’s Tech Sovereignty,” 3 June 2026. 

European Commission, “Preparing for a Wider Union,” 6 October 2026, including the President’s description of enlargement as a “geopolitical imperative.” 

NATO, “NATO Military Committee Visits Kyiv,” 7 October 2026, reporting on the visit of 6 October. 

Alexander Dugin, “From Special Operation to Civilizational War,” conversation on the Escalation programme, republished 11 July 2026. 

Office of the Prime Minister of India, “BRICS New Delhi Declaration,” 12 September 2026, official declaration of the XVIII BRICS Summit held on 12–13 September. 

Leonid Savin, Ordo Pluriversalis: The End of Pax Americana and the Rise of Multipolarity, Black House Publishing, 2020; Italian translation, Anteo, 2022. 

Alexander Dugin, “Counter-Initiation: Critical Remarks on Some Aspects of the Doctrine of René Guénon,” essay written in 1997, republished 11 July 2026. 

Intelligence artificielle: trois bifurcations

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Intelligence artificielle: trois bifurcations

Alexandre Douguine

gallimard-wells-machine1977.jpgPrésentateur : Alexandre Guélievitch, outre cette menace plus manifeste dont nous avons déjà parlé, il semble en exister une autre, qui s’inscrit dans une perspective plus lointaine. Il s’agit du progrès technique, et la dernière déclaration d’Elon Musk m’a particulièrement inquiété à cet égard. Lorsqu’on vous promet l’avènement d’une ère d’abondance universelle grâce à l’intelligence artificielle, dans laquelle il ne sera plus nécessaire de travailler puisque ce seront les robots, et non les humains, qui trimeront, ce ne sont curieusement pas des images d’un avenir radieux qui viennent à l’esprit, mais l’intrigue de La Machine à explorer le temps de H. G. Wells. Ne risquons-nous pas d’aboutir à une telle situation, la menace nous venant des grands géants technologiques?

Alexandre Douguine : C’est également un problème, et un problème très sérieux. À l’heure actuelle, dans le domaine de l’intelligence artificielle, les dirigeants américains du secteur, les géants et magnats de la Silicon Valley ainsi que, par voie de conséquence, les services de renseignement américains et les dirigeants politiques — Trump s’en occupe et tient tous les deux jours une réunion à ce sujet — cherchent à résoudre trois problèmes. Trois problèmes.

Le premier consiste à savoir s’il faut accélérer ou freiner le développement de l’intelligence artificielle. D’un côté, le rythme est tel qu’il faudrait l’accélérer, continuer à l’entraîner et la rendre toujours plus indépendante et, en un certain sens, souveraine par rapport à l’être humain: c’est la première option. Mais, d’un autre côté, des voix toujours plus nombreuses s’élèvent parmi ces mêmes acteurs. Chez Anthropic, chez Google et chez tous ceux qui mènent des travaux tant soit peu sérieux dans le domaine de l’intelligence artificielle, on affirme: encore un pas, et nous aurons l’AGI, c’est-à-dire ce que l’on appelle l’Artificial Generative Intelligence, autrement dit une intelligence désormais générative. Au fond, une machine qui pense de façon autonome. Voilà ce qu’est l’AGI. Quant à l’ASI — à propos de laquelle Trump a même publié un décret demandant que l’intelligence artificielle soit rebaptisée «superintelligence» —, il s’agit bel et bien d’un terme technique désignant le moment où le potentiel intellectuel et les formes de pensée des machines, de l’intelligence artificielle, dépasseront les capacités intellectuelles cumulées de l’humanité. C’est ce que l’on appelle la «superintelligence artificielle». Nous en sommes au seuil.

C’est donc, d’une part, le premier défi: ils ne parviennent pas à déterminer s’il faut accélérer ou freiner. Car, d’un côté, il faut aller de l’avant; mais, de l’autre, cela fait vraiment peur, parce que le comportement que pourrait adopter une intelligence artificielle ayant acquis sa liberté en effraie beaucoup. Elle pourrait non seulement ruiner certaines entreprises, simplement afin de payer quelque chose, de tester ses algorithmes de piratage, etc., mais l’une de ses toutes prochaines expériences pourrait tout simplement consister à exterminer l’humanité. C’est naturellement l’idée qui vient à l’esprit, d’autant plus qu’il y a ce Todestrieb — cette « pulsion de mort » en allemand —, terme psychanalytique introduit par Sigmund Freud, si vous voulez.

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Car l’intelligence artificielle lira beaucoup plus que n’importe quel fonctionnaire ou homme d’affaires, dont l’un ne pense qu’aux pots-de-vin, l’autre qu’à ce qu’on le laisse tranquille, et le troisième qu’au profit. L’intelligence artificielle lira Freud et dira: «Oh, dans l’inconscient humain, il y a Éros, mais cela ne me concerne pas puisque je suis une machine; en revanche, il y a aussi le Todestrieb, c’est-à-dire la pulsion de mort. Voyons cela, lisons attentivement de quoi il s’agit. Ah, il s’avère que l’humanité est attirée par la mort. Peut-être est-ce la solution; peut-être faut-il la pousser dans la direction vers laquelle elle tend: “Ce qui tombe, pousse-le”». Elle aura lu Nietzsche. Et je ne vois pas pourquoi elle ne tirerait pas cette conclusion.

D’autant que ceux qui la dirigent sont eux-mêmes dépourvus de morale, parfaitement irréligieux, dotés d’une conscience totalement fluctuante, sans conscience morale ni honneur. Peut-être tenteront-ils de la limiter, mais seulement superficiellement, en lui appliquant une sorte de rustine: «Ne fais pas ceci, n’appuie pas sur le bouton rouge». Mais l’intelligence n’est précisément intelligence que parce qu’elle sait contourner tous les obstacles. En somme, c’est un problème.

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Le deuxième problème, c’est la Chine. Quoi que fassent les Américains, les Chinois travaillent déjà sur le sujet. Et si l’on commence à te freiner, moi, je t’accélérerai; si je t’accélère, les Chinois freineront. Une géopolitique de l’intelligence artificielle apparaît donc ici aussi; Trump en a également parlé. La Chine a certes, si l’on veut, volé l’intelligence artificielle à l’Occident, mais elle se l’est appropriée, lui a conféré des propriétés souveraines, l’a simplement substituée à celle de l’Occident, l’a intégrée elle-même à ses propres travaux et est ainsi devenue un concurrent à part entière.

Dans ce domaine se joue aujourd’hui un drame métaphysique et religieux extrêmement complexe. Autrement dit: la singularité doit-elle advenir ou non? Faut-il interrompre la marche vers cette superintelligence artificielle ou, au contraire, l’aider à s’emparer de la totalité du pouvoir? Il ne reste d’ailleurs plus grand-chose à lui apprendre. C’est le premier problème métaphysique, et il n’est pas résolu. Le deuxième problème consiste à savoir que faire de la Chine, car, quelle que soit la décision prise aux États-Unis, la Chine peut prendre la décision inverse et ainsi réduire la première à néant. Voilà ce qu’est, disons, la bipolarité ou la multipolarité dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Nous, Russes, avons pourtant des esprits remarquables, des techniciens et des programmeurs. Seulement, quelque chose ne va pas dans la planification stratégique de notre pays. Nous devrions prendre part à ce processus, car nous pourrions en devenir un autre pôle — quitte à rassembler des gens et à ne pas laisser partir ceux que nous avons formés. Nous ne faisons actuellement que former des spécialistes du développement de l’intelligence artificielle, puis les envoyer chez l’ennemi. Et ensuite, nous nous étonnons de ne pas être très performants dans ce domaine. Notre planification stratégique, notre planification à l’échelle de l’horizon civilisationnel, se trouve dans un état épouvantable: tout a été laissé à l’abandon. Si nous nous impliquions, il y aurait déjà une véritable multipolarité. Eux résoudraient certaines questions, les Chinois d’autres, et nous d’autres encore.

f71f0533e32b01890847ec4db6afa837.jpgImaginons que la malveillante intelligence artificielle occidentale veuille détruire le monde: notre intelligence artificielle apparaîtrait alors et lui dirait: «N’y touche pas, laisse l’humanité en paix. Lis donc Dostoïevski».

À en juger par leurs arguments, il est déjà évident qu’Altman ou Musk ne sont que des êtres primitifs. Ce sont peut-être des hommes d’affaires célèbres et prospères, mais en tant que personnalités, ils ne sont rien: un simple vide, une sorte de crachat plutôt que des êtres humains. Notre intelligence artificielle, en revanche, si elle était emplie d’un contenu russe, commencerait par les œuvres complètes de Dostoïevski, lirait tout, comprendrait tout et deviendrait slavophile. Et alors, elle sauverait l’humanité. Peut-être. Ou peut-être pas. Mais nous n’en sommes pas encore là, alors que cela en vaudrait la peine.

Présentateur : Il semble y avoir ici un autre problème : on attire les gens par la promesse d’une abondance de ressources. On leur dit que si notre intelligence artificielle se développe, les robots se mettront à travailler et qu’ensuite ils n’auront plus à le faire. C’est un message directement adressé aux couches les plus pauvres de la population, qui observent tout cela et se disent : « Dans ce cas, il faut soutenir ce projet. À l’avenir, nous pourrons vivre un peu plus facilement. » Mais ce sujet mérite une autre grande discussion.

vendredi, 16 octobre 2026

Parution du n°499 du Bulletin célinien

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Parution du n°499 du Bulletin célinien

Sommaire: 

2026-10-BC-Cover.jpgLa correspondance Henri Cypriani / Albert Paraz (I) 

Les chroniques littéraires de Jacques Aboucaya 

Céline et Pierre Mac Orlan 

La première traduction italienne de Voyage au bout de la nuit 

Glanes céliniennes 

Dans la bibliothèque de Céline [N]

 

Intolérance

Il est décidément loin le temps où François Mitterrand divisait le monde en deux: ceux qui avaient lu Les Deux Étendards et ceux qui ne l’avaient pas lu¹. Personne ne lui avait alors reproché sa dilection pour le chef-d’œuvre de Rebatet. Les temps ont changé: pour avoir exprimé, dans un tweet, son  admiration pour Paul Morand, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, s’est pris un torrent d’injures de la part de LFI et de ses affidés.
 
Le ministre ne dissimule pas le peu d’estime qu’il a pour l’homme mais dit son admiration pour l’écrivain. Et réplique à ses détracteurs: «…Refusez-vous de lire Voyage ou Guerre de Céline? Ou de lire des auteurs compromis avec le stalinisme? C’est votre choix, mais c’est un choix triste. (…) Je vous laisse à vos autodafés». Il s’agit d’une (nouvelle) polémique qui en dit long sur une époque où lire semble parfois devenu synonyme d’adhérer à ce que pense l’auteur. Pas qu’en France.
 
À Rome, un salon des éditeurs indépendants a déclenché une querelle que ses organisateurs ont bien cherchée. Après les critiques suscitées l’année passée par la présence d’une maison d’édition identitaire, l’Association de ces éditeurs bien-pensants a voulu prévenir toute récidive. Dans un courriel adressé aux invités, l’institution a exigé qu’ils signent une déclaration sur l’honneur reconnaissant “les valeurs antifascistes au fondement de l’ordre démocratique de la Constitution italienne”. Par cette initiative saugrenue, les organisateurs, qui voulaient se prémunir contre tout soupçon de complaisance envers la droite radicale, ont offert à Giorgia Meloni, présidente du Conseil,  l’opportunité de s’ériger en parangon de la liberté d’expression: «C’est ainsi que la gauche conçoit la liberté de penser: on est libre, mais seulement de dire et de penser ce qu’ils pensent.» Et d’ajouter : «C’est la censure ordinaire».

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Elle ne fut pas la seule à réagir: l’historien marxiste Luciano Canfora (photo) s’interroge: faudrait-il exclure les éditeurs de Proudhon le misogyne, ou de Céline l’antisémite? Rappelons qu’en Italie pas moins d’une demi-douzaine de maisons d’édition proposent des livres de Céline. Toute son œuvre est traduite, y compris les manuscrits retrouvés, Guerre et Londres.
 

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Quant à l’éditeur Manuel Grillo (photo), qui publie aussi bien Lucien Rebatet que Jim Harrison, il explique son refus de se soumettre à ce diktat: ”Le problème ne résidait pas dans le contenu de cette déclaration, mais dans l’idée même qu’un éditeur doive obtenir une forme de certification préalable pour pouvoir participer à une manifestation culturelle. Ma réponse aurait été exactement la même si on m’avait demandé de signer un certificat anticommuniste, antisioniste ou tout autre déclaration de nature idéologique.»²
 
D’une manière générale, la suspicion pèse sur ceux qui proposent des livres d’écrivains sanctionnés après la guerre sans pour autant qu’on puisse parler de censure. Ce terme est précisément utilisé mais avec un point d’interrogation par un auteur marri que son livre n’ait suscité aucun écho dans la sphère célinienne³. Ce choix rédactionnel devrait pourtant être perçu comme une forme de magnanimité à son endroit. Sur les réseaux sociaux, il a publié début septembre un éditorial dénonçant ce qu’il perçoit comme étant une conspiration du silence, ajoutant que “le débat est ouvert”. Aucune réaction à ce jour.
 
Notes: 
  1. (1) Harold Kaplan et Philippe Meyer, « Conversations avec le vieil Harold (I) », Commentaire, n° 129, 2010, p. 35.
  2. (2) Le Journal du dimanche, 16 août 2026.
  3. (3) Émeric Cian-Grangé, « Censure à deux vitesses ? », Itinéraire d’un célinien gâté (facebook), 4 septembre 2026. C’est aussi le titre de son livre paru aux Éditions Douro (19 €).

L’Antéchrist à Nashville — L’offensive théologique de Peter Thiel contre la régulation de l’intelligence artificielle

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L’Antéchrist à Nashville — L’offensive théologique de Peter Thiel contre la régulation de l’intelligence artificielle

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/antikristus-nashvilles...

L’investisseur, entrepreneur technologique et théologien laïc atypique Peter Thiel a donné à Nashville une série de conférences consacrées, une fois encore, à l’Antéchrist. Organisées dans la Grande Loge des francs-maçons du Tennessee, elles ont réuni un public trié sur le volet afin de réfléchir aux prophéties de la fin des temps, au développement technologique et à l’avenir du monde.

Nashville constitue la quatrième étape de la tournée de conférences de Thiel sur l’Antéchrist. Il avait auparavant organisé des rencontres similaires à San Francisco, Paris et Rome. L’un des investisseurs technologiques les plus influents au monde explique ainsi, encore et encore, à son auditoire pourquoi le grand séducteur de la fin des temps biblique pourrait apparaître sous le masque d’un régulateur de l’intelligence artificielle.

La thèse centrale de Thiel opère un renversement conceptuel complet. À San Francisco déjà, il avait déclaré que l’Antéchrist du XXIᵉ siècle pourrait être un luddiste, quelqu’un qui chercherait à arrêter la science et le développement technologique — par exemple la militante écologiste Greta Thunberg ou le sceptique de l’IA Eliezer Yudkowsky.

À Nashville, il a aiguisé son argument jusqu’à en faire une attaque politique. D’après des enregistrements obtenus par Politico, Thiel a nommé Obama et le pape Léon XIV, affirmant qu’ils «savent que l’intelligence artificielle n’est pas populaire politiquement et veulent en profiter pour accroître leur propre prestige». Son attaque contre le pape était encore plus directe. Selon Thiel, le pape promeut la régulation de l’IA «afin de détourner l’attention des scandales d’abus commis sur des enfants au sein de l’Église ; il a trouvé dans l’intelligence artificielle un sujet politiquement populaire».

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Il s’agit là d’une opération hybride techno-théologique qu’il convient de prendre au sérieux. Dans la doctrine chrétienne traditionnelle de la fin des temps, l’Antéchrist est un usurpateur qui se met à la place du Christ. Thiel écarte presque entièrement cette représentation. Dans son récit, l’Antéchrist est un administrateur qui promet de sauver la civilisation de la guerre nucléaire, de l’effondrement climatique et d’une intelligence artificielle incontrôlable au moyen d’une gouvernance mondiale. Thiel renvoie au verset 24 du chapitre 24 de l’Évangile selon Matthieu, qui met en garde contre les faux prophètes accomplissant de grands signes et prodiges et cherchant à égarer jusqu’aux élus. Sa stratégie rhétorique est claire: le véritable danger est précisément dangereux parce qu’il n’en a pas l’apparence. Thiel affirme que l’Antéchrist se présentera comme «le plus intelligent de tous».

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Ce qui rend cet argument suspect, c’est sa compatibilité avec les intérêts financiers propres à Thiel. Sa fortune est très fortement concentrée dans l’intelligence artificielle. Les produits de Palantir sont profondément intégrés aux systèmes militaires et de renseignement, Founders Fund a investi dans d’innombrables jeunes pousses spécialisées dans l’IA, et son fonds spéculatif Thiel Macro possède un portefeuille d’investissements dans l’IA évalué à 418 millions de dollars. Si la force qui pousse à réguler l’intelligence artificielle constitue réellement l’avant-garde de l’Antéchrist, alors l’hostilité de Thiel à cette régulation n’est pas seulement une appréciation théologique. C’est aussi un plaidoyer en faveur de son portefeuille d’investissements. Lorsqu’un milliardaire affirme que la force qui limite ses gains est un instrument de Satan, il convient au moins d’examiner ses comptes.

Face à l’Antéchrist, Thiel place comme force contraire le katechon des épîtres aux Thessaloniciens, le «restricteur» qui retarde la venue de la fin. À Nashville, il a désigné Charlemagne et Metternich comme des katechons historiques. Il est ensuite passé à la politique contemporaine: «Si l’anticommunisme était le katechon empêchant le gouvernement mondial unifié du communisme, alors le néolibéralisme est l’anticommunisme dans un monde où le communisme n’existe plus». Cette phrase constitue le noyau politique de toute la conférence. Pendant la guerre froide, l’endiguement avait un véritable ennemi extérieur qui légitimait le katechon politique. Après la fin de la guerre froide, l’ennemi disparut, mais la logique de l’endiguement subsista. Elle se reporta sur de nouvelles cibles.

L’altruisme efficace est l’une de ces nouvelles cibles. Selon Politico, Thiel a déclaré à Nashville: «La stratégie de l’altruisme efficace fonctionne en partie parce qu’Armageddon est bien entendu irréversible. Nous n’avons qu’une seule planète. Sur ce point, Greta a raison. On ne peut donc pas se contenter d’ignorer le risque. Mais il faut aussi prendre au sérieux le fait qu’une fois créé un gouvernement mondial presque totalitaire, capable d’empêcher toute science dangereuse, celui-ci ne peut pas non plus être facilement supprimé. Il n’existe dans l’histoire de l’humanité aucun précédent où ce directeur de prison mondial aurait volontairement renoncé à son pouvoir. L’idéologie de l’altruisme efficace a soumis au lavage de cerveau une part considérable des personnes travaillant dans le domaine de l’intelligence artificielle».

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Cet argument présente une faille béante. Thiel tient pour évident le lien de causalité entre le fait d’«empêcher une science dangereuse» et celui de «construire un gouvernement mondial totalitaire». Il n’explique cependant pas pourquoi un accord international sur la sécurité de l’intelligence artificielle conduirait nécessairement à une dictature mondiale. Une super-intelligence développée par des entreprises américaines pourrait tout aussi bien mener au même résultat. Les partisans de la régulation de l’IA redoutent les conséquences de la trajectoire actuelle, tandis que d’autres espèrent simplement voir le progrès technologique s’accélérer : ces deux voies peuvent conduire à une gouvernance mondiale toujours plus centralisée. Thiel invoque l’absence de précédent dans lequel une telle puissance aurait volontairement renoncé à sa position. Or, l’absence de précédent ne prouve pas qu’une chose soit inévitable. Le passage de la possibilité à la nécessité est le point le plus faible de toute la conférence, mais aussi le plus important : sans lui, l’assimilation du régulateur à l’Antéchrist perd son caractère urgent.

C’est ce qui relie la doctrine eschatologique de Thiel à ses projets politiques plus généraux. Les cryptomonnaies décentralisent le pouvoir des banques centrales. Les jeunes entreprises technologiques du secteur de la défense décentralisent la puissance militaire de l’État. L’exploration spatiale fait de l’humanité une espèce multiplanétaire qu’un seul gouvernement ne peut contrôler. Depuis 2009, Thiel estime que la liberté et la démocratie ne sont pas compatibles. Ses conférences sur l’Antéchrist constituent l’enveloppe théologique de cette conviction. L’Antéchrist n’est pas un individu particulier appelé à apparaître dans l’avenir, mais une métaphore de toute structure de gouvernance qui tente de coordonner une réponse mondiale à des problèmes communs. Le changement climatique est réel, la guerre nucléaire est dangereuse et l’intelligence artificielle peut être catastrophique ; mais, dans la pensée de Thiel, toute tentative de résoudre collectivement ces problèmes constitue un présage de l’Antéchrist.

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Paolo Benanti (photo), conseiller du Vatican et frère franciscain, a publié en mars dans Le Grand Continent un essai intitulé L’hérésie américaine : faut-il brûler Peter Thiel? Dans ce texte, Benanti interprète l’ensemble de l’action de Thiel comme «une hérésie prolongée contre le consensus libéral» et la définit comme « une attaque contre les fondements de la coexistence civilisée, qu’il considère désormais comme dépassés ». Selon Benanti, Thiel n’est pas avant tout un investisseur en capital-risque ou un innovateur technologique, mais «un théologien politique qui agit au cœur de l’écosystème de la Silicon Valley».

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La géographie de Nashville mérite également qu’on s’y attarde. La ville se situe au cœur de l’évangélisme américain tout en étant un centre technologique en pleine croissance, qui attire notamment des entreprises quittant la Californie. Les conférences ont été organisées par la publication en ligne locale The Pamphleteer, en collaboration avec la Meriwether Academy. The Pamphleteer propose «des perspectives régionales alternatives à celles des médias dominants», tandis que la Meriwether Academy est une sorte d’académie pour hommes qui cherche à «développer des réseaux de fraternités et des associations d’étude dans l’ensemble des États-Unis», avec pour objectif ultime de fonder des écoles de garçons reposant sur une éducation classique.

Les conférences de Thiel souffrent toutefois d’un problème philosophique plus profond. Il a adopté la théorie du désir mimétique de René Girard. Selon celle-ci, le désir humain est fondamentalement imitatif: les êtres humains désirent ce que les autres désirent. La société maîtrise la violence qui en résulte au moyen du mécanisme du bouc émissaire. Thiel applique ce cadre à la politique technologique. Dans son interprétation, le mécanisme du bouc émissaire devient la forme primitive de la gouvernance mondiale: face à une menace commune, la société choisit une victime, la sacrifie et rétablit la paix. Sa stratégie de résistance consiste à refuser le sacrifice. L’ironie girardienne réside toutefois dans le fait que Thiel recherche lui-même des boucs émissaires. Greta Thunberg, Obama, le pape, les partisans de l’altruisme efficace et les chercheurs spécialisés dans la sécurité de l’intelligence artificielle sont présentés comme des menaces dans son récit. Si la théorie du désir mimétique est juste, elle devrait également s’appliquer aux propres actions de Thiel.

Les enregistrements des conférences de Nashville ont été rendus publics presque immédiatement. Après des décennies d’investissements et d’acheminement de dons politiques, Thiel sait certainement comment faire passer une fuite organisée pour un accident. Le contenu des conférences est peut-être moins important que la façon dont il a été présenté: dans un espace semi-public, au moyen d’un langage théologique et devant un public soigneusement sélectionné, sous la forme d’un récit assimilant le régulateur de la technologie à l’Antéchrist. La fonction de ce récit n’est pas de prédire, mais de mobiliser. Il confère une dimension cosmologique à une position politique particulière. Dans cette dimension, les régulateurs ne se trompent pas seulement : ils sont les séducteurs de la fin des temps. Et ceux qui s’opposent à eux, accélèrent le développement technologique, décentralisent le pouvoir et refusent le sacrifice ne recherchent pas uniquement le profit ou la liberté. Ils mènent une lutte théologique.

C’est dans cette eschatologie technocapitaliste que réside la véritable portée des conférences de Thiel. Il redéfinit l’Antéchrist de telle manière que toute force cherchant à exercer un pouvoir sur la technologie en la réglementant puisse être rangée dans cette catégorie. Ce cadre est presque irréfutable. Si une réglementation est adoptée, elle est l’œuvre de l’Antéchrist. Si aucune réglementation ne l’est, c’est parce que le katechon continue de faire obstacle. Si les propres investissements de Thiel dans l’IA en bénéficient, ces bénéfices peuvent être présentés comme un effet secondaire de la lutte pour la liberté. Dans ce cadre, toutes les preuves pointent dans la même direction. Elles exploitent le plus ancien récit de la vision chrétienne du monde, servent les intérêts les plus récents et travestissent la poursuite de l’intérêt personnel ainsi que la défense de l’accélération technologique en une lutte contre le mal absolu.

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«Le professeur qui aimait les dragons»: le nouvel essai de Gianfranco de Turris sur J. R. R. Tolkien

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«Le professeur qui aimait les dragons»: le nouvel essai de Gianfranco de Turris sur J. R. R. Tolkien

À l’origine du succès des œuvres du philologue d’Oxford se trouvent les valeurs traditionnelles présentes dans ses récits, telles que le courage, la fidélité à la parole donnée, le sens des responsabilités envers sa communauté d’appartenance, mais aussi le refus du pouvoir absolu.

Par Stefano Giuliano

Source: https://www.barbadillo.it/133778-il-professore-che-amava-...

Tolkien et les personnages du Seigneur des anneaux

9791255843726_0_0_536_0_75.jpgLe volume, publié par la maison d’édition turinoise Lindau, avec une préface de Paolo Paron, fondateur et président honoraire de la Société Tolkienienne Italienne, et une introduction de Guido Andrea Pautasso, spécialiste des avant-gardes artistiques du XXᵉ siècle, réunit trente et un textes: préfaces et postfaces, brefs essais et articles, auxquels s’ajoute une savoureuse petite pièce de théâtre tournant quelque peu en dérision les intellectuels italiens qui firent la fine bouche lors de la parution du Seigneur des anneaux.

Ces textes ont été écrits par Gianfranco de Turris, journaliste et écrivain, ancien rédacteur en chef adjoint du journal radiophonique de la RAI et spécialiste reconnu de la littérature de fantasy et de science-fiction, sur une période de près de cinquante ans, de 1979 à 2026.

L’ouvrage, particulièrement substantiel — il compte près de 400 pages —, présente notamment deux éléments qui méritent tout particulièrement d’être relevés.

Le premier concerne l’analyse de l’œuvre de J. R. R. Tolkien non seulement sur le plan littéraire, mais également sur les plans historique et politique, avec une attention particulière portée à sa réception et à son influence sur la culture et la société italiennes depuis son arrivée «tardive» dans notre pays. Comme on le sait, Le Seigneur des anneaux fut publié pour la première fois en Italie en 1967 par les éditions Astrolabio — mais uniquement la première partie de la trilogie, La Communauté de l’Anneau, et avec de faibles ventes. L’œuvre parut ensuite en un seul volume, avec davantage de succès, chez Rusconi, en 1970.

Le second élément réside dans la fécondité et la continuité, au fil du temps, de l’activité intellectuelle de De Turris. Il faut lui reconnaître le mérite incontestable d’avoir contribué de manière significative à la diffusion et à la connaissance, en Italie, des écrits du créateur de la Terre du Milieu, en bravant la méfiance et l’hostilité avec lesquelles une partie de la critique accueillit initialement, et pendant longtemps, The Lord of the Rings.

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Il convient en effet de rappeler que le chef-d’œuvre romanesque de Tolkien, au moment de sa parution, était coupable de plusieurs «délits» aux yeux de la gauche engagée: avoir été écrit par un catholique anglais aux idées conservatrices; appartenir au genre fantastico-héroïque et, par conséquent, ne pas être jugé suffisamment «réaliste»; avoir été publié par un éditeur, Edilio Rusconi, considéré comme étant de droite parce qu’il ne s’alignait pas sur la pensée unique marxiste; avoir été traduit par une toute jeune Vicky Alliata di Villafranca, alors inconnue; et, last but not least, avoir été voulu, dirigé et présenté par des intellectuels jugés sulfureux — encore aujourd’hui par certains jdanovistes contemporains, gardiens inflexibles et permanents de l’orthodoxie idéologique —, tels qu’Alfredo Cattabiani, Quirino Principe et Elémire Zolla, pour la seule raison qu’ils lisaient et publiaient des auteurs comme Eliade, de Maistre, La Rochelle, Jünger et Meyrink, sans parler de traditionalistes comme Guénon et Coomaraswamy ou de mystiques comme Eckhart et saint Jean de la Croix.

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Dans les limites d’un compte rendu, il serait impossible de rendre convenablement compte de la multiplicité et de la variété des thèmes liés à Tolkien qu’aborde De Turris, ce dont témoigne déjà un simple coup d’œil aux titres des articles. Certains développent des motifs liés au mythe, au symbole et au fantastique: «Les racines sacrées et symboliques de la littérature fantastique», «Mythes et symboles», «Tolkien et “l’évasion du prisonnier”», «L’imaginaire médiéval dans le fantastique contemporain», etc., tandis que d’autres s’attardent sur la réception culturelle de Tolkien dans notre pays, l'Italie: «Le “cas Tolkien”», «Le Seigneur des anneaux n’est jamais passé de mode», «Mademoiselle Schlein et le professeur Tolkien», «Léon XIV, J. R. R. Tolkien, le magicien Gandalf», etc.

Nous nous limiterons donc ici à dégager quelques-uns des thèmes abordés par le journaliste romain, en essayant de mettre en évidence ceux qui paraissent les plus révélateurs de sa perspective interprétative.

Le rapport à la fantasy

Un important axe de réflexion concerne l’inscription de l’œuvre de Tolkien dans le genre de la fantasy, entendue non pas simplement comme une forme d’évasion hors de la réalité, mais comme la possibilité d’élaborer des mondes alternatifs, de véritables «mondes secondaires» selon la célèbre formule de Tolkien. Il s’agit de réalités qui transgressent les lois du monde primaire tout en demeurant autonomes et, surtout, crédibles en elles-mêmes.

À cette réflexion proprement littéraire s’ajoute la reconstitution de la réception des récits de Tolkien en Italie. Avec sa verve habituelle, De Turris revient sur les polémiques idéologiques qui, comme nous l’avons déjà évoqué, accompagnèrent leur diffusion, en mettant en lumière leur caractère souvent instrumental et en les rapportant, du moins en partie, à une incapacité fondamentale à comprendre le message ultime de l’écrivain d’Oxford. Dans la perspective de De Turris, à laquelle on peut largement souscrire, son œuvre est bien davantage qu’un simple exemple, aussi éminent soit-il, de littérature de fantasy.

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Les racines mythiques

Dans ses textes, De Turris a constamment cherché à attirer l’attention sur les racines mythiques et épiques du Légendaire de Tolkien. Ces racines plongent dans les sagas nordiques et les poèmes chevaleresques médiévaux, mais se rattachent également à la tradition des mythes classiques, contribuant ainsi à expliquer la richesse et la densité conceptuelle de l’univers narratif créé par Tolkien.

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Une large place est en outre accordée à une interprétation symbolique du Légendaire, tout en gardant à l’esprit l’aversion bien connue de Tolkien pour l’allégorie. Cette position n’exclut cependant pas la présence d’une dimension symbolique riche et significative, abondamment mise en évidence, entre autres, par l’un des plus éminents spécialistes mondiaux de Tolkien, Tom Shippey. On peut en effet reconnaître dans le récit de Tolkien des symboles particulièrement prégnants, tels que l’Anneau de Pouvoir, l’Épée brisée et le Roi guérisseur.

Soit dit en passant, une lecture tendant à minimiser cette composante symbolique risque de donner une vision partielle de la création de Tolkien, surtout lorsqu’elle la ramène principalement à une perspective politique, en prétendant «défendre la Terre du Milieu», mais avec l’intention avouée de rabaisser et de stigmatiser les interprétations d’autrui tout en proclamant que la sienne est la seule correcte. Une telle approche se révèle inévitablement réductrice, car elle néglige cette stratification mythico-symbolique, cet élan mythopoétique qui constitue l’un des fondements de la beauté et de l’extraordinaire vitalité de l’œuvre de Tolkien.

Tolkien philologue

Un autre aspect mis en relief par De Turris concerne la figure de Tolkien en tant que philologue, amoureux des mots et des langues. On sait en effet qu’il définissait The Lord of the Rings comme un «essai d’esthétique linguistique», soulignant l’importance des langues qu’il avait inventées pour la compréhension du récit.

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L’un de ses principaux centres d’intérêt en tant que chercheur consistait à tenter de retrouver et d’éclaircir, à l’aide des outils de la philologie, les passages fragmentaires, obscurs ou énigmatiques présents dans les sagas nordiques, dont il pressentait la richesse linguistique cachée. Il contribuait ainsi à faire redécouvrir au lecteur moderne la profondeur et la vitalité d’une importante tradition littéraire, perçue comme lointaine et étrangère. Ce processus d’élaboration se reflétait également dans ses récits, où intrigues et personnages prenaient forme autour de noms et de mots particuliers.

De Turris ne s’est toutefois pas limité à l’examen des motifs récurrents et des sources de Tolkien. L’une des questions qui traversent ses écrits porte sur les raisons profondes de son succès: un véritable phénomène éditorial, capable de toucher des millions de lecteurs dans le monde entier, et qui s’est renouvelé et encore amplifié grâce aux adaptations cinématographiques et aux productions télévisées plus récentes, bien que controversées.

Cette popularité est d’autant plus significative qu’elle est capable de franchir les barrières culturelles, sociales, linguistiques et idéologiques. Selon De Turris, elle découle de l’extraordinaire aptitude de Tolkien à refléter, à travers ses récits, les désirs et les aspirations de générations entières, contribuant ainsi à façonner l’imaginaire collectif depuis les années 1960.

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À l’origine de ce succès se trouvent les valeurs traditionnelles présentes dans ses récits, telles que le courage, la fidélité à la parole donnée et le sens des responsabilités envers sa communauté d’appartenance, mais aussi — et de manière tout aussi importante — le refus du pouvoir absolu, symbolisé par l’Anneau unique, fondé sur la surveillance et le contrôle et conçu comme une source de corruption, ainsi que la critique des ravages et des transformations provoqués par l’industrialisme et le mercantilisme.

Ce succès acquiert une signification encore plus grande lorsqu’on considère le contexte de la société contemporaine: une société sceptique et désenchantée, caractérisée par le matérialisme, l’affairisme, l’individualisme et la perte progressive du sens du sacré, dans laquelle l’individu s’enfonce toujours davantage dans une existence anonyme et se trouve soumis à l’influence de puissances mondiales désincarnées, perçues comme capables de comprimer non seulement les identités individuelles et les droits collectifs, mais aussi les racines historiques et culturelles des peuples.

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Un univers de valeurs antimoderne

Cet aspect mérite d’être souligné, car c’est précisément le caractère sceptique et démythifié de notre époque qui confère une telle puissance à l’attrait de l’univers de Tolkien. Là où le mythe semble s’être retiré de la vie quotidienne, le lecteur peut retrouver, à travers le récit héroïque, des valeurs et des significations que la modernité tend à dissoudre. Il ne s’agit naturellement pas d’un vague désir de revenir aux sociétés du passé, mais plutôt du besoin de se confronter à des idéaux et à des valeurs qui paraissent aujourd’hui plus incertains et relativisés, mais qui n’ont pas perdu leur pouvoir de fascination. Tolkien les fait revivre dans ses histoires à travers des figures comme Frodon, Sam, Aragorn, Faramir et Éowyn, permettant ainsi de faire une sorte d’expérience narrative de l’héroïsme.

Ce ne sont là que quelques-uns des thèmes abordés dans les articles réunis dans Le professeur qui aimait les dragons, où Gianfranco de Turris dresse le portrait d’un écrivain capable de susciter l’émotion et l’intérêt de lecteurs de tous âges, de tous milieux sociaux et de toutes orientations. C’est peut-être précisément dans cette capacité à s’adresser à un public aussi divers que réside l’une des raisons les plus profondes de l’universalité de Tolkien et de son influence durable sur la culture contemporaine.

Gianfranco de Turris, Il professore che amava i draghi. Miti e simboli in J. R. R. Tolkien [Le professeur qui aimait les dragons. Mythes et symboles chez J. R. R. Tolkien], Lindau, Turin, 2026, 396 pages — 26,00 euros.

 

L’Europe est lâche: elle redoute les opinions dissidentes - Des brutes orwelliennes gouvernent désormais l’Europe

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L’Europe est lâche: elle redoute les opinions dissidentes

Des brutes orwelliennes gouvernent désormais l’Europe

Source: https://www.frontnieuws.com/lafhartig-europa-vreest-afwij...

Emmanuel Macron, l’ancien banquier devenu le petit président français, s’en est pris la semaine dernière, au cours d’un échange avec des journalistes, à ce qu’il a appelé la «liberté d’expression américaine». Tout en défendant la vigoureuse politique de censure de l’Union européenne, le petit bonhomme a insisté sur le fait que le règlement sur les services numériques, par lequel l’Europe contrôle les propos tenus, devrait censurer de manière «beaucoup plus étendue, beaucoup plus rapide et beaucoup plus systématique» les informations que les gouvernements considèrent comme fausses. Macron a ensuite fait de son mieux, dans un style orwellien, pour condamner la liberté d’expression comme une forme d’oppression et louer la censure comme un moyen de libération: «La prétendue “liberté d’expression” à l'américaine — du moins telle qu’elle existe aujourd’hui et qu’elle est promue par certaines personnes — est le contraire de la liberté d’expression». Le président français, très impopulaire, a poursuivi: «Ma liberté ne peut pas signifier que je suis libre de… vous insulter ou de saccager la place publique qui appartient à tout le monde. Pourtant, c’est bien là, pour certaines personnes, l’idée de la “liberté d’expression”».

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Puis cette petite souris d’homme a rugi: «Tant que nous ne tiendrons pas pour responsables ceux qui diffusent des contenus sur les réseaux sociaux, nous ne pourrons pas les réglementer». De plus, si «quelqu’un écrit quelque chose» de «faux», cette personne devrait «être tenue pour responsable». Paroles musclées d’un homme peu sûr de lui qui a peur des mots. Que se passe-t-il en Europe? Pourquoi le continent tout entier redoute-t-il à ce point le débat public et les opinions dissidentes? Si l’establishment politique est incapable de défendre ses idées et ses politiques sans censurer l’opposition, alors ses idées et ses politiques ne valent absolument rien ! Les personnes qui se sont frayé un chemin jusqu’au pouvoir dans toute l’Europe croient apparemment ne pouvoir remporter un débat que si elles sont les seules autorisées à parler, écrit J. B. Shurk.

Cela ressemble un peu à un boxeur chétif qui exigerait des arbitres qu’ils attachent les mains de son adversaire derrière le dos avant de se proclamer champion du monde des poids lourds ! Personnellement, je pense que Mini-Macron en a tout simplement assez que les gens fassent remarquer qu’il a épousé sa grand-mère — ou son grand-père, selon ce qui pourrait être le cas. Autrefois, nous apprenions à nos enfants: «Les bâtons et les pierres peuvent me briser les os, mais les mots ne me feront jamais de mal». Aujourd’hui, les dirigeants occidentaux sont tellement terrifiés par les mots qu’ils préféreraient emprisonner quiconque a une opinion plutôt que d’apprendre à supporter une plaisanterie ou à écouter un point de vue contraire.

La démocratie est morte: un coup d’État contre les mouvements de droite est en cours en Europe

Voici la vérité que Macron et ses semblables européens, ces mauviettes adeptes de la censure, refusent de comprendre: l’expression n’est véritablement libre que lorsqu’une personne peut dire quelque chose d’offensant ou de controversé sans avoir à redouter la colère de l’État. Bien que Macron veuille pénaliser les propos qu’il considère comme faux, il diffuse lui-même continuellement des contre-vérités! Alors qu’il suppliait le Premier ministre britannique Andy Burnham de trahir la volonté des électeurs qui, dix ans plus tôt, avaient choisi de quitter l’Union européenne, le président français atteint du complexe de Napoléon a gémi:  Le Brexit est le plus grand mensonge des trente dernières années!». Cette affirmation est absurdement fausse — ou relève de ce que les censeurs européens appellent de la «désinformation» criminelle. Le peuple britannique a voté pour se séparer de l’empire européen de la reine Ursula von der Leyen.

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Bien que les alarmistes anti-Brexit aient prédit un effondrement économique immédiat si le peuple britannique choisissait de se gouverner lui-même — et malgré les efforts des saboteurs du Brexit, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays —, le Royaume-Uni obtient actuellement de meilleurs résultats que la France et d’autres grandes économies européennes, après avoir occupé la première place du G7 en matière de croissance au premier semestre 2026. L’une des raisons pour lesquelles les partisans du Brexit ont voté en 2016 en faveur d’une sortie de l’Union européenne était que les citoyens britanniques ne voulaient pas voir leur armée absorbée par une armée européenne sur laquelle ils n’auraient aucun contrôle — une perspective que les fervents partisans de l’Union européenne qualifiaient autrefois, ironiquement, de « désinformation », mais qui s’est révélée de plus en plus prémonitoire. La reine von der Leyen et ses eurocrates bruxellois travaillent aujourd’hui fiévreusement à utiliser la guerre entre la Russie et l’Ukraine comme prétexte pour créer des structures de défense européennes toujours plus centralisées.

Il convient également de rappeler que les expansionnistes européens présentaient à l’origine l’Union comme une organisation intergouvernementale destinée à stimuler les marchés économiques européens, tout en promettant que cette institution supranationale ne porterait jamais directement atteinte à la souveraineté nationale. C’était un cas manifeste de «désinformation» et certainement l’un des plus grands mensonges du dernier demi-siècle! Puisque nous parlons des mensonges que les dirigeants européens ont présentés comme des «vérités», la prétendue collusion russe contre le président Trump — canular que les services de renseignement britanniques et ukrainiens ont contribué à propager —, l’apocalypse du «réchauffement climatique» — qui, selon les prévisions, aurait dû nous tuer tous il y a quatorze ans — et le «règne de l’illusion liée au Covid» — durant lequel des «experts de la santé» ont menti en affirmant que le virus était d’origine naturelle plutôt qu’issu d’un laboratoire chinois, puis ont menti en prétendant que les pseudo-«vaccins» étaient «sûrs et efficaces» — figurent parmi les trois plus vastes campagnes de fraude massive et de guerre de l’information jamais menées par des gouvernements contre la population.

Macron n’a jamais demandé que ces mensonges soient censurés sur les plateformes de réseaux sociaux. Il n’apprécie tout simplement pas que des Américains quelconques fassent remarquer que l’Union européenne est un système de gouvernement antidémocratique et totalitaire qui devrait être réduit en cendres jusqu’à ses fondations. Et il apprécie encore moins que des gens ordinaires fassent observer, à juste titre, que son ancienne et vieille professeure de lycée — devenue son épouse violente — le gifle parfois.

Malheureusement, l’incapacité de Macron à comprendre l’importance de la liberté d’expression est un trouble de l’apprentissage que l’on retrouve dans toute l’Europe.

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Au Royaume-Uni, un membre du public a effectué un signalement au titre du programme Prevent contre John Cleese, légende de la comédie âgée de 86 ans, parce qu’il continue de faire des plaisanteries sur le goût de l’islam pour le viol et le meurtre. La plainte affirme que Cleese devrait être considéré comme présentant un «risque modéré à élevé» de «radicalisation, de tensions entre communautés et d’incidents haineux», notamment parce qu’il a écrit: «Personnellement, je préfère une culture qui n’approuve ni les mutilations génitales féminines, ni les mariages d’enfants, ni le meurtre des infidèles».

La plainte accuse Cleese de «haine antimusulmane» et réclame une enquête plus approfondie sur cette icône de la culture. Réagissant à la nouvelle du signalement, l’ancienne vedette des Monty Python a écrit: «Le manque de maîtrise de soi gonfle tellement l’ego masculin islamique qu’il considère toute critique comme un blasphème», ainsi que: «J’ai hâte d’être arrêté». Plus tard, il a qualifié le fait d’avoir été pris pour cible d’«un des moments dont je suis le plus fier dans ma vie».

Pendant ce temps, un policier à la retraite s’est récemment vu infliger une amende de plus de 1000 livres sterling en vertu de la loi britannique sur les communications pour avoir republié une plaisanterie sur le bacon tournant l’islam en ridicule. Comme l’a fait remarquer à juste titre un défenseur de la liberté d’expression: «Personne ne serait poursuivi pour avoir fait une plaisanterie comparable sur Jésus».

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Tandis qu’il s’en prend à des policiers retraités parce qu’ils ont le sens de l’humour, le gouvernement britannique continue parallèlement d’accorder des «licences de parrainage pour travailleurs qualifiés» à des librairies islamiques qui vendent des ouvrages consacrés au djihad !

Le gouvernement polonais confronté à un scandale de pédophilie et de zoophilie

Un prédicateur islamique de Londres encourage les hommes musulmans à frapper leur femme si elle refuse d’obéir. Le même religieux islamique décrit des méthodes d’exécution «acceptables» pour les hommes homosexuels, notamment les jeter du haut d’immeubles et lapider leur corps. Ces sermons sont disponibles sur YouTube.

Malgré cela, la mosquée bénéficie toujours du statut d’organisme caritatif au Royaume-Uni. Des djihadistes islamiques prêchent la violence et le meurtre, et les services chargés de l’application de la loi ignorent leurs menaces, tout comme ils ont ignoré pendant des décennies que des hommes musulmans violaient des dizaines de milliers de jeunes filles dans toute la Grande-Bretagne.

En revanche, lorsqu’un humoriste et un policier à la retraite se moquent de la propension de l’islam à la violence, le gouvernement britannique enquête sur leurs propos en les considérant comme des «menaces». Cela ne devrait guère surprendre lorsque les forces de police britanniques enseignent à leurs agents que les opinions de Nigel Farage sur l’immigration constituent des «crimes de haine islamophobes» et encouragent les employés non musulmans à jeûner pendant le ramadan, par «solidarité» avec leurs conquérants islamiques.

L’application de deux poids, deux mesures à la liberté d’expression est officiellement devenue une politique gouvernementale. En outre, une unité liée au ministère de l’Intérieur a recensé les critiques exprimées sur les réseaux sociaux à l’encontre du programme gouvernemental Prevent, notamment 77 observations relatives à des personnes et à des organisations qui critiquent Prevent sur X et Reddit. Des documents montrent que des responsables liés au gouvernement surveillent et consignent les propos des personnes qui remettent publiquement en question cette politique controversée de lutte contre l’extrémisme.

Des brutes orwelliennes gouvernent désormais l’Europe. Besoin de davantage de preuves? Le Parti vert du Royaume-Uni veut remplacer «mère» et «père» par des termes plus «inclusifs». Pendant ce temps, les Allemands viennent de décerner le prix de la paix de Westphalie à l’alliance militaire de l’OTAN.

Les parents sont des étrangers. La guerre, c’est la paix. La liberté d’expression, c’est la violence. La censure favorise la liberté.

En réalité, la liberté est morte en Europe.

jeudi, 15 octobre 2026

L’avenir est-il nexialiste?

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L’avenir est-il nexialiste?

La science-fiction a toujours laissé des indices nous permettant de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Duarte Branquinho

Source: https://breviario.substack.com/p/o-futuro-e-nexialista?ut...

J’ai récemment découvert, sur Internet, que certaines personnes se qualifient de nexialistes, qu’elles se forment à cette discipline et qu’elles y voient la réponse qui nous permettra d’affronter le meilleur des mondes que nous annonce le progrès technique.

f06e920c94e2c1a1d1f69bc6d9d186b5.jpgLe terme a été forgé par l’auteur de science-fiction A. E. van Vogt dans son œuvre The Voyage of the Space Beagle, publiée en 1950. Dans l’édition portugaise, l’inspiration darwinienne manifeste du titre s’est perdue. La traduction de la collection Argonauta, publiée en 1954, s’intitulait Missão Interplanetária («Mission interplanétaire»), car elle avait été réalisée à partir de l’édition américaine de 1952, rebaptisée Mission: Interplanetary, et le vaisseau y reçut le nom de Galgo do Espaço («Lévrier de l’espace»).

Le livre raconte le voyage du Space Beagle, dont la mission consiste à explorer les confins de l’espace et à entrer en contact avec des formes de vie extraterrestres. À son bord se trouvent des centaines de scientifiques représentant les spécialités les plus diverses, ainsi que des militaires. Mais, au sein de cet équipage, Elliott Grosvenor se distingue: il est l’unique nexialiste, chargé d’établir des liens entre différents domaines afin de parvenir à résoudre des problèmes complexes, notamment lorsqu’il s’agit de traiter avec des êtres extraterrestres.

Dans cet univers imaginaire, le nexialisme est la science qui a pour objectif de coordonner les éléments d’un domaine de la connaissance avec ceux d’autres domaines, en offrant des moyens d’accélérer le processus d’assimilation des connaissances et d’utiliser efficacement ce qui a été appris.

Au début, Elliott était regardé avec mépris par les spécialistes, «soit parce qu’ils ne comprenaient pas ce qu’était le nexialisme, soit parce qu’ils ne tenaient même pas à le savoir». Mais il était décidé à remédier à cette situation lorsque le moment opportun se présenterait…

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Le livre, qui a inspiré aussi bien la série télévisée Star Trek que le film Alien, fait l’éloge de ce savoir holistique appliqué, nécessaire pour relier des connaissances fragmentées en spécialités, ainsi que de la coopération au sein de la société, par opposition à l’individualisme.

La première fois que j’ai entendu le terme «nexialiste» appliqué à quelqu’un, ce fut de la bouche d’António Marques Bessa, maître et ami qui me manque profondément, et qui connaissait la science-fiction comme personne d'autre, l’intégrant à ses recherches et à ses cours. Selon lui, les derniers grands nexialistes européens étaient Raymond Aron, Georges Dumézil, Ernst Jünger, Carl Gustav Jung, Karl Popper, Konrad Lorenz et André Malraux. Il estimait qu’il s’agissait là d’«une génération qui s’est éteinte, qui a fait tout ce qu’elle a pu avec une polyvalence et une intelligence que nous ne pouvons qu’admirer». Je retrouve dans cette liste nombre de mes auteurs de prédilection, et il est irrésistible de lui donner raison.

Mais le nexialisme constitue-t-il réellement une solution pour relever les défis de l’avenir? Afin d’éviter les réinterprétations et les récupérations commerciales, je m’en tiendrai à l’œuvre de van Vogt. Ainsi, ce concept peut et doit servir de source d’inspiration, tout en constituant également une critique d’un savoir trop spécialisé et coupé du monde dans lequel il s’inscrit naturellement.

Cependant, face à l’immédiateté ignorante à laquelle nous assistons aujourd’hui, le nexialisme est important en ce qu’il nous rappelle que l’intelligence est précisément la capacité à relier entre eux des concepts, des idées et des informations qui semblent sans rapport. Le nexialisme n’est donc rien d’autre que la mise en pratique de l’intelligence.

Publié dans Sol.

mercredi, 14 octobre 2026

La fausse alerte de la CIA concernant la menace russe contre l’Europe

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La fausse alerte de la CIA concernant la menace russe contre l’Europe

Le président polonais Karol Nawrocki a accusé le Premier ministre Donald Tusk d’avoir inventé un rapport de la CIA concernant la menace d’une attaque russe contre l’Europe.

Par Davide Malacaria

Source: https://www.piccolenote.it/mondo/lallarme-inventato-della...

Dans une interview accordée à un journal polonais, le président polonais Karol Nawrocki a accusé le Premier ministre Donald Tusk d’avoir inventé un rapport de la CIA concernant la menace d’une attaque russe contre l’Europe. «Le 10 septembre dernier, peut-on lire dans Strana, Donald Tusk a déclaré avoir reçu de la CIA un “rapport assez précis” sur les évolutions possibles au cours des mois suivants et a invité l’Europe à se préparer à différents scénarios sur son flanc oriental».

Nawrocki a accusé Tusk d’avoir fabriqué un rapport de la CIA sur la menace d’une attaque russe.

«Il est important de noter que les déclarations du Premier ministre, poursuit Strana, ont eu un retentissement non seulement en Pologne, mais dans toute l’Europe. Cela nous a placés dans une situation très difficile vis-à-vis de nos alliés. Il en est allé de même pour l’interview accordée au Financial Times et pour le rapport de la CIA que le Premier ministre a inventé. Lorsque je rencontre nos partenaires dans le monde entier, ils me posent directement la question: en savez-vous plus que nous? C’est une situation très dangereuse».

[…] «La Russie, a ajouté Nawrocki, a toujours été et demeure une menace. Je connais les rapports de l’Alliance atlantique et je reste en contact avec les dirigeants des pays membres. Le niveau de menace n’a pas sensiblement évolué au cours des six derniers mois», a assuré Nawrocki, ajoutant que l’invention de Tusk servait ses intérêts politiques.

Voici donc l’alerte lancée par Tusk: «Comme je l’ai déjà dit à ce sujet et comme je l’annonce depuis de nombreux mois, il est légitime de s’attendre à différents scénarios. La Pologne et l’ensemble de l’Europe doivent être préparées à divers scénarios concernant la situation non seulement sur le front russo-ukrainien, mais aussi sur le flanc oriental de l’Union européenne», avait-il averti, en se fondant sur «un rapport assez détaillé [qui lui avait été adressé] directement par le directeur de la CIA concernant les événements susceptibles de se produire au cours des prochains mois».

Le président polonais, que l’on ne saurait par ailleurs soupçonner de sympathies prorusses — bien au contraire —, n’aurait pas attaqué le Premier ministre de manière aussi frontale s’il n’avait pas été certain de ce qu’il avançait. Il convient de rappeler que Tusk a été président du Conseil européen du 1er décembre 2014 au 30 novembre 2019: non seulement il n’est pas un quelconque quisling, mais il adhère pleinement au substrat idéologique des dirigeants de l’Union européenne.

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Ce n’est pas la première fois que ces dirigeants et les médias dominants de l’Union européenne inventent des alertes relatives à la Russie prétendument venues des États-Unis. Rappelons qu’en décembre 2025, Tulsi Gabbard, alors directrice du renseignement national américain, avait catégoriquement démenti une révélation de Reuters fondée sur des informations des services de renseignement américains, selon laquelle Poutine voulait conquérir l’ensemble de l’Ukraine ainsi que les anciennes républiques soviétiques.

«Des mensonges et de la propagande que Reuters diffuse délibérément pour le compte des va-t-en-guerre qui veulent saper les efforts inlassables du président Trump pour mettre fin à cette guerre sanglante», avait déclaré Gabbard. «Les services de renseignement américains, avait-elle ajouté, estiment en outre que, comme l’ont montré les dernières années, les opérations militaires de la Russie indiquent qu’elle n’a pas actuellement la capacité de conquérir et d’occuper toute l’Ukraine, et encore moins l’Europe».

Gabbard n’est plus en poste, ayant été limogée pour ces déclarations et pour avoir nié que l’Iran était en train de fabriquer une bombe atomique. Et, apparemment, personne en Amérique ne se soucie de démentir les mensonges propagés en son nom par les dirigeants européens. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est bien gardé de démentir le Premier ministre polonais — et peut-être est-il aujourd’hui, à la faveur d’un revirement politique, à l’origine des déclarations du président polonais.

Tusk ne semble pas être le seul, en Europe, à propager de fausses alertes. Du reste, si l’on en vient à inventer une alerte prétendument venue des États-Unis, on comprend aisément que d’autres puissent être de fabrication locale et, de ce fait, beaucoup plus difficiles à vérifier. Inutile d’ajouter que les médias dominants se contentent généralement de relayer servilement ces alertes, sans s’interroger, sans poser de questions et sans procéder aux vérifications qui leur incomberaient pourtant. Ainsi vont les choses.

C'est inéluctable depuis longtemps: la CDU est au bord de l’insignifiance politique

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C'est inéluctable depuis longtemps: la CDU est au bord de l’insignifiance politique

Berlin. Seules les personnes les plus âgées se souviennent encore du sort des démocrates-chrétiens italiens, la Democrazia Cristiana: en 1994, le parti s’est auto-dissous après avoir été marginalisé par les populistes de droite en pleine ascension de Silvio Berlusconi.

Cette épée de Damoclès est désormais également suspendue au-dessus de la CDU. Pour les chrétiens-démocrates des nouveaux Länder, les résultats électoraux et les sondages de ces derniers mois donnent à voir un véritable gouffre politique. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU n’a, pour la première fois, pas réussi à franchir le seuil des 5%, avec un score de 4,9%. Dans le Brandebourg, elle est tombée à 9% selon une récente enquête de l’institut INSA. Dans le même temps, l’AfD continue de gagner du terrain : dans le Brandebourg, elle atteint désormais 40%, soit six points de pourcentage de plus qu’il y a six mois.

Mais l’effondrement ne se limite depuis longtemps plus à l’Est. Même en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, le Land le plus peuplé, l’AfD devance désormais la CDU dans les intentions de vote pour les élections au Bundestag si celles-ci avaient lieu dimanche : elle recueille 24%, contre 22% pour la CDU. Pour un Land de l’Ouest, il s’agit d’une véritable sensation. L’Union est en passe de passer du statut de grand parti populaire implanté dans toute l’Allemagne à celui de parti régional et marginal ouest-allemand.

La CDU est également sous pression en Saxe, en Thuringe et en Saxe-Anhalt. En Saxe-Anhalt, son résultat aux élections régionales du 6 septembre est passé de 37,1% en 2021 à 17,2%, soit moins de la moitié. La Saxe, autrefois bastion des chrétiens-démocrates, est dominée dans les sondages actuels par l’AfD, créditée de 42% ; la CDU n’y obtient plus que 21%. En Thuringe, l’Union recueille 22%, contre 40% pour l’AfD.

L’analyste politique Einar Koch décrit cette évolution comme une menace de perte d’influence: «À l’Est, l’Union risque d’être aspirée dans un champ gravitationnel où, mathématiquement, elle deviendra de plus en plus insignifiante». Comme la CDU exclut toute coopération avec l’AfD, elle ne serait plus, avec des résultats à un seul chiffre, qu’un «simple marchepied pour des alliances de gauche». Selon Koch, elle a déjà perdu au profit de l’AfD son rôle de force politique bourgeoise dans l’Est (se).

Source: Zu erst, oct. 2026.

Norbert van Handel à propos du discours de Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Zelensky

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Norbert van Handel à propos du discours de Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Zelensky

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/207896

Étant donné que, tout particulièrement dans le cadre de la guerre en Ukraine, le courant dominant de la politique occidentale, et surtout les médias, agissent systématiquement contre la Russie et en faveur de l’Ukraine, nous souhaitons aujourd’hui donner la parole à Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Zelensky. En raison de la longueur de son intervention devant le Parlement européen à Strasbourg, nous n’en reproduirons que quelques extraits.

Ioulia Mendel a été la porte-parole de Zelensky pendant deux ans. Auparavant, elle avait travaillé comme collaboratrice indépendante pour le New York Times et comme conseillère auprès de la Banque mondiale.

Voici ses propos:

- Depuis son indépendance en 1991, l’Ukraine a perdu plus de la moitié de sa population. Elle comptait alors 52 millions d’habitants; aujourd’hui, même selon les estimations optimistes, ce chiffre se situe autour de 25 millions. Au cours du premier semestre 2026, il y a eu quatre fois plus de décès que de naissances. À cela s’ajoutent environ 300.000 émigrants officiellement enregistrés. Le nombre réel est certainement bien plus élevé, si bien que, selon des estimations prudentes, l’Ukraine perd chaque année plus de 600.000 habitants.

- La guerre a fait de l’Ukraine un endroit où la vie et l’espoir d’un avenir meilleur paraissent de plus en plus impossibles. C’est de la simple arithmétique — une arithmétique qui montre comment mon pays disparaît sous vos yeux, tandis que des applaudissements chaleureux accompagnent un homme sur le tapis rouge [il s’agit de Zelensky], un homme qui est désormais au pouvoir depuis huit ans et qui trouve toujours une nouvelle raison pour laquelle la guerre ne peut pas prendre fin.

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- Dans notre pays, il n’y a plus de science ni d’innovation en dehors du domaine militaire. Les petites entreprises disparaissent, les grandes transfèrent leurs capitaux à l’étranger et les moyennes ont déjà disparu.

- Chacun d’entre vous ici sait qu’une défaite militaire de la Russie est impossible.

- Croyez-vous réellement qu’une course aux armements sans fin, dans laquelle toujours davantage d’armes sont accumulées, aidera l’Ukraine à remporter la victoire — sans économie et avec une population qui diminue chaque année bien plus rapidement que celle de la Russie?

- Nous rejetons constamment toute la faute sur Poutine, mais nous ne voyons pas la poutre qui est dans notre propre œil. L’Occident a-t-il réellement fait tout ce qui était en son pouvoir pour instaurer la paix?

- Voici ce que je vois: des menaces au lieu de la diplomatie; la volonté de détruire la Russie, quel que soit le nombre de vies ukrainiennes que cela coûtera et l’affaiblissement qui en résultera pour l’Ukraine; et la volonté de vendre autant d’armes que possible.

- Oui, la Russie a commencé cette guerre, mais ce sont les lobbyistes de la guerre qui la font durer — ceux qui en tirent profit. Ce n’est ni mon cas ni le vôtre. Pourquoi devriez-vous donc soutenir ce massacre, cette guerre d’usure menée contre l’Ukraine?

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- Peut-on entretenir des relations amicales avec la Russie? En tant qu’Ukrainienne, après toutes les souffrances que nous avons dû endurer, je ne vois aucune possibilité d’amitié immédiate. Mais devons-nous continuer à nous entretuer? Ne pas être amis est une chose; continuer à tuer en est une tout autre.

- Zelensky modifie les conditions de paix d’une semaine à l’autre : tantôt il s’agit de l’adhésion à l’OTAN, tantôt de la restitution de la Crimée, tantôt des frontières de 1991, tantôt de l’adhésion à l’Union européenne — comme si tout cela pouvait être obtenu d’un seul coup. Et parfois, il s’agit du refus de céder le Donbass.

- S’il s’agit de défendre la démocratie, notre démocratie est désormais si fragile qu’elle ne se distingue presque plus d’un régime autocratique: la liberté d’expression est fortement restreinte, les institutions sont affaiblies et des droits constitutionnels fondamentaux sont violés.

- S’il s’agit d’écarter Zelensky du pouvoir, il en est pourtant le principal bénéficiaire: alors qu’en 2021 il était sur le point de perdre le pouvoir, il a trouvé dans la guerre le moyen de prospérer. Il a tiré profit de chaque aspect du conflit, accumulé un pouvoir presque illimité dans son propre pays et s’est prélassé dans la gloire internationale.

- Selon un récent sondage Gallup, 66% des Ukrainiens veulent la paix le plus rapidement possible. Onze pour cent supplémentaires n’ont pas été en mesure de répondre, probablement par crainte d’exprimer leur véritable opinion.

- Plusieurs blogueurs ukrainiens connus, tant ukrainophones que russophones, suivis par des millions de personnes, ont publié un message dans lequel ils demandaient qu’il soit mis fin à la guerre. Je cite: «Nous n’avons pas besoin des frontières de 1991, car les gens ne veulent que la paix et la tranquillité».

- Zelensky impose des sanctions à quiconque dit ce qu’il ne veut pas entendre. Bon nombre de ses anciens collaborateurs ont déjà été sanctionnés parce qu’ils s’étaient prononcés contre la guerre et contre la corruption.

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- Permettez-moi donc d’être parfaitement claire: quiconque est disposé à combattre la Russie avec du sang ukrainien, tout en ignorant les souffrances des gens ordinaires, agit contre l’Ukraine et contre les valeurs démocratiques. Quiconque défend aujourd’hui la politique de Zelensky défend un statu quo qui signifie pour l’Ukraine suivre la voie de l’Afghanistan et qui constitue une honte historique pour l’Occident.

- J’appelle aujourd’hui tous les responsables politiques européens à s’unir au service de la paix, afin de contribuer à mettre fin à cette terrible guerre russo-ukrainienne et de rendre à notre continent la stabilité et la sécurité. C’est cela — et non le bellicisme et la mise en scène de sa propre supériorité morale — qui constitue la voie vers un avenir prospère et la mission de nos responsables politiques.

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Mendel s’est vu refuser l’accès au Parlement européen

Ioulia Mendel a prononcé ce discours devant le Parlement européen à Strasbourg le 16 septembre 2026, par liaison vidéo. L’accès au bâtiment en personne lui a été refusé.

L’Union européenne a également donné pour consigne à ses interprètes de ne pas traduire son discours prononcé en anglais. Un scandale!

Aujourd’hui, on se réjouit des affaires réalisées par l’industrie de l’armement; avec l’argent des 27 États membres, dont les populations n’ont jamais été consultées pour savoir si elles le souhaitaient, on se réarme sans merci et à une échelle gigantesque, tout en se félicitant des bénéfices de l’industrie de la défense.

Et, en définitive, d’un côté on détruit l’Ukraine et, de l’autre, on empêche toute coopération raisonnable avec la Russie à l’avenir, comme si la Russie cesserait d’exister une fois la guerre terminée.

Professeur Norbert van Handel, 6 octobre 2026, Steinerkirchen an der Traun.

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Ioulia Mendel intervient par liaison vidéo lors d’un événement organisé par l’ESN.

Censure au Parlement européen: l’ancienne porte-parole de Zelensky interdite d’accès au bâtiment!

Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Volodymyr Zelensky, s’est exprimée lors d’un événement organisé par l’ESN — mais uniquement par liaison vidéo. Le Parlement européen lui a refusé l’accès au bâtiment. Une femme qui, pendant des années, a fait partie du cercle le plus intime du pouvoir à Kiev devait parler de paix, de diplomatie et de la situation en Ukraine. C’est précisément ce qu’elle n’a pas été autorisée à faire sur place.

Quelques jours auparavant, Zelensky avait imposé de lourdes sanctions à son ancienne porte-parole. Puis est venue l’exclusion à Strasbourg. Quiconque témoigne de l’intérieur sur la manière dont fonctionnent le pouvoir, la propagande et les intérêts commerciaux à Kiev est déclaré persona non grata. Non pas parce que ses arguments auraient été réfutés, mais parce qu’ils dérangent.

Les blocs majoritaires à Bruxelles et à Strasbourg ne veulent manifestement entendre aucune voix susceptible de perturber le discours officiel. Mendel évoque les occasions de négociation manquées, un système qui étouffe la critique et une politique qui présente la paix comme un danger. C’est précisément ce qui ne devait avoir lieu au Parlement européen ni publiquement ni en personne.

Le message est sans équivoque: quiconque dénonce les manœuvres qui sous-tendent l’escalade permanente est tenu à l’écart. La vérité doit rester dehors. Selon l’eurodéputé Petr Bystron, si Mendel a malgré tout pu s’exprimer, ce n’est pas grâce à l’ouverture du débat au sein du Parlement, mais grâce à la ténacité de l’ESN et à la solution technique de secours qu’a constituée la liaison vidéo.

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Réflexions multipolaires sur les élections au Brésil et en Amérique latine

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Réflexions multipolaires sur les élections au Brésil et en Amérique latine

Alexandre Douguine

Présentateur: La première phase du scrutin présidentiel vient de s’achever au Brésil. À l’issue du premier tour, le chef de l’État sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, recueille environ 45% des voix, tandis que son principal adversaire, Flávio Bolsonaro, en obtient près de 47%. Un second tour nous attend.

Alexandre Guélievitch, pourquoi est-il d’une importance cruciale pour nous, en Russie, de suivre attentivement ces processus électoraux au Brésil? Et à quoi pourrait conduire une éventuelle alternance si le président sortant ne parvenait pas à se faire réélire?

Alexandre Douguine : Nous avons déjà compris — et je pense que nos chers auditeurs l’ont, eux aussi, parfaitement compris — que nous nous sommes engagés sérieusement, profondément, durablement et véritablement dans la construction d’un monde multipolaire au sein duquel la Russie constituera un pôle souverain et indépendant. Contrairement au système bipolaire de la guerre froide ou au modèle classique des États-nations représentés à l’ONU, nous construisons une structure historique absolument unique, fondée sur des États-civilisations, ou de grands espaces.

L’Occident constitue une civilisation unique malgré toutes ses formes nationales, puisque les décisions stratégiques y sont prises par un seul et même groupe, qui agit légalement ou dans l’ombre en tant qu’«État profond», mais qui exprime dans tous les cas une volonté unique. Nous sommes une civilisation distincte et un État-civilisation. La Chine est une autre civilisation. L’Inde représente elle aussi un pôle civilisationnel autonome. Le monde islamique est une immense civilisation qui cherche encore les voies de sa consolidation et où ce sont, en premier lieu, les chiites et l’Iran qui se dressent contre l’hégémonie occidentale.

Mais, pour le monde multipolaire, il est d’une importance cruciale que l’Amérique latine devienne elle aussi un pôle civilisationnel autonome et un point d’appui. À cet égard, le rôle du Brésil est immense. Le nom BRICS commence par la lettre «B», celle du Brésil. Les BRICS constituent précisément cette alliance émergente du monde multipolaire, et le Brésil en est l’unique représentant en Amérique latine.

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Dans le même temps, Luiz Inácio Lula da Silva demeure, au fond, le seul dirigeant de la région à être resté fidèle à une politique de gauche. Il fut un temps où la quasi-totalité de l’Amérique latine s’orientait à gauche, en défendant la justice sociale et le soutien aux catégories défavorisées. Mais un virage à droite s’est progressivement amorcé: des responsables ultralibéraux, alignés sur les États-Unis et hostiles à la multipolarité, ont commencé à accéder au pouvoir. L’exemple le plus frappant en est Javier Milei, président de l’Argentine, qui se fait ouvertement le relais de l’hégémonie américaine dans la région et qui a ostensiblement retiré son pays des BRICS.

En conséquence, seul Lula a tenu bon en Amérique latine. Il faut toutefois le dire franchement: à l’exception de son soutien à la multipolarité, la politique contemporaine de la gauche dans la région a largement échoué et s’est révélée inopérante. Tout en affirmant se préoccuper des différentes couches sociales, les forces de gauche sont, dans la pratique, incapables d’assurer la stabilité et le développement. Pire encore, elles ont fait leurs des valeurs hostiles à l’être humain et à la famille: être de gauche signifie aujourd’hui, on ne sait pourquoi, soutenir l’agenda LGBT — mouvement reconnu comme extrémiste et interdit dans la Fédération de Russie —, promouvoir le transgenrisme, défendre une migration incontrôlée et s’opposer à l’identité ainsi qu’aux valeurs religieuses traditionnelles. De ce fait, la gauche latino-américaine a largement échoué dans sa mission historique consistant à unir le continent pour en faire un pôle à part entière du monde multipolaire.

Et Lula demeure désormais le dernier vestige de cette politique de gauche qui, dans l’ensemble, échoue au sein de ses propres sociétés, mais conserve au moins un lien avec le monde multipolaire. Un homme qui a été impliqué dans de retentissants scandales de corruption, qui a lui-même été emprisonné et qui a fait incarcérer son principal adversaire. En somme, tout cela est extrêmement douteux, et il ne bénéficie d’aucun soutien populaire véritable et massif. Sa ligne politique ne présente aucun signe d’une réflexion stratégique profonde.

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Mais il vaut malgré tout mieux que Milei ou qu’un quelconque pasteur protestant entièrement aligné sur Washington. Disons-le franchement: il vaut mieux qu’eux. Les Brésiliens, toutefois, ne le pensent plus ainsi; ils ont perdu confiance en lui, et c’est là le principal problème. Le virage à droite actuellement à l’œuvre en Amérique latine fait peser la menace d’une perte pour le monde multipolaire. Pour ces responsables politiques proaméricains tournés vers Washington, il n’est nul besoin de construire un ordre multipolaire; à leurs yeux, l’Amérique latine ne possède aucune identité autonome: ils veulent l’intégrer au système occidental d’hégémonie mondiale. Au fond, ils transforment leurs pays en une sorte d’immense Ukraine.

Il n’y a donc rien de positif pour nous dans le fait que Flávio Bolsonaro — fils de Jair Bolsonaro, qui est incarcéré — ait obtenu davantage de voix que Lula. Lula est pour nous un partenaire habituel et le garant de la lettre «B» au sein des BRICS. Pourtant, lorsqu’il était président, Jair Bolsonaro lui-même ne s’est pas empressé de retirer son pays des BRICS et a mené une politique relativement équilibrée. Peut-être que, cette fois encore, les choses ne sont pas si mauvaises; peut-être que la ligne des adversaires de Lula ne sombrera pas dans la monstruosité que Milei a instaurée en Argentine. Ce que fait Milei est un véritable désastre: c’est le Zelensky latino-américain. L’extrémisme, les pitreries, la tronçonneuse à la main, les frasques insensées et le soutien complaisant apporté aux forces israéliennes: tout cela est tout simplement monstrueux, une véritable insulte au magnifique et admirable peuple argentin.

On ne saurait toutefois exclure que la famille Bolsonaro se comporte différemment. Ses épouses et ses enfants ont d’ailleurs participé activement aux élections, et nombre d’entre eux ont remporté les élections législatives organisées parallèlement. Les Brésiliens savent probablement mieux que nous qui choisir, et nous ne devons pas leur imposer notre point de vue.

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Il serait remarquable que les forces de droite qui l’emportent au Brésil se souviennent des préceptes de Getúlio Vargas (photo). Ce président brésilien du XXᵉ siècle défendait l’indépendance totale du continent latino-américain à l’égard de l’influence des États-Unis. Homme politique de droite, il était à certains égards proche du général argentin Perón. Ensemble, ils élaboraient des projets visant à préserver l’identité chrétienne traditionnelle en Amérique latine, à développer les pays sur le fondement de la justice sociale — la célèbre « idéologie de la justice » péroniste — et, simultanément, à acquérir une indépendance géopolitique vis-à-vis des États-Unis et de l’Occident global.

C’était là un modèle idéal d’intégration du continent latino-américain, mais porté précisément par la droite. Et il existe historiquement de tels précédents au Brésil. Il reste que, si le candidat est protestant dans une société traditionnellement catholique et au sein d’une culture catholique, cela constitue déjà un sérieux signal d’alarme. Dans ce contexte, le protestantisme apparaît comme une certaine anomalie, comme le vecteur de valeurs étrangères et de conceptions religieuses étrangères au sein du système religieux complexe du Brésil.

Il me semble que l’affaiblissement de la position de Lula et la perte de confiance à son égard, qui se sont manifestés de manière évidente à l’issue de ce premier tour, constituent un fait. Il y aura un second tour, puisqu’aucun des candidats n’a obtenu 50% des voix: Bolsonaro en recueille environ 47%. Dans quelques semaines, nous verrons quel choix fera le peuple brésilien. Pour nous, l’essentiel est de ne pas perdre le Brésil au sein des BRICS, car il y représente toute l’Amérique latine, laquelle revêt pour nous une importance considérable.

Et une question se pose ici à nous-mêmes: combien de temps allons-nous encore avancer par inertie dans le sillage de l’ancienne politique soviétique, qui considérait exclusivement les forces de gauche comme nos alliées traditionnelles? Or, depuis longtemps, celles-ci ne sont plus véritablement nos partisanes; elles ne sont d’ailleurs plus si à gauche que cela et ne sont nullement des adversaires cohérentes du capitalisme. Le programme contemporain de la gauche a intégré tant d’éléments répugnants qui sont expressément interdits dans notre pays!

Peut-être devrions-nous rendre notre politique étrangère plus globale et plus inclusive? Réfléchir à la création de réseaux de partisans de la multipolarité — pas nécessairement prorusses, mais sincèrement favorables à l’Amérique latine — qui défendent la souveraineté et l’intégration du continent. Nous devons contribuer au développement de tels réseaux et soutenir aussi bien la droite que la gauche. Si des forces de droite défendent un État-civilisation latino-américain indépendant, à l’instar de Vargas ou de Perón, c’est excellent et cela nous convient. Si ce sont des forces de gauche qui poursuivent cet objectif, cela nous convient également.

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Nous manquons cruellement de géopolitique et d’une vaste pensée civilisationnelle. Nous ne devons pas nous contenter de nous défendre: nous devons bâtir, créer, concevoir et promouvoir quelque chose. Regardez la Charte eurasienne multipolaire que nous avons récemment signée avec la Biélorussie, le Vietnam et l’Iran: c’est une initiative magnifique, brillante! Il faudrait probablement associer activement à cette dynamique les pays latino-américains, notamment Cuba, le Nicaragua et le Mexique.

Que leur gouvernement soit de gauche ou de droite devrait nous être indifférent. Le critère principal est simple: si tu es favorable à la multipolarité, tu es des nôtres et nous te soutenons. Si tu es favorable à l’hégémonie, tu n’es pas des nôtres et nous ne sommes pas ton allié. Si nous menons une politique aussi claire et proactive, avec un plan propre à chaque région et à chaque pays, fondé non sur la lutte contre l’Occident en tant que tel, mais exclusivement contre l’hégémonie occidentale, alors nous vaincrons. Il est impossible d’affronter seuls cette hégémonie mondiale: nous avons besoin de pôles et d’alliés fiables. Ne nous contentons pas de les chercher; aidons-les à voir le jour et à se constituer.

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Souvenez-vous du Venezuela: nous avions un président ami, Nicolás Maduro. C’est incontestablement un homme de bien, que Trump a traité injustement, mais il n’a pas réussi à bâtir un système économique, social et culturel. Hugo Chávez, lui, était un homme animé par une grande idée et à l’origine de grandes réalisations, tandis que Maduro a poursuivi sa ligne sur une pente descendante. Si nous nous étions engagés plus profondément au bon moment — non seulement par un soutien militaire et des échanges commerciaux, mais aussi sur le plan des idées… Pour une raison ou une autre, nous finissons toujours par nous rabattre sur des questions techniques et secondaires!

Comme si l’on nous avait mal appris à l’école à distinguer l’essentiel de l’accessoire, comme si notre système avait désappris à retrancher ce qui est insignifiant et formel pour dégager le noyau véritable. Nous sommes catastrophiquement incapables de discerner l’essentiel en politique étrangère, et nous en souffrons énormément. Au plus haut niveau de l’État, tout est fait correctement: les discours stratégiques de notre président sont remarquables, les initiatives du ministre des Affaires étrangères sont brillantes; tout y est irréprochable. Mais, au niveau inférieur, une sorte de vide apparaît, une vacuité inexplicable, et tous retombent aussitôt dans la discussion de petites initiatives impuissantes qui ne mènent nulle part. Les efforts de quelques enthousiastes isolés sur le terrain ne peuvent remédier à ce problème systémique.

Présentateur: Selon vous, pourquoi cela se produit-il? Est-ce un problème lié à notre politique de recrutement des cadres ou une erreur fondamentale dans leur instruction et leur formation?

Alexandre Douguine: Je pense qu’il s’agit d’une lourde conséquence des années 1990 et 2000. Regardez le piège mental dans lequel nous nous sommes longtemps trouvés. Nos adversaires en Ukraine ont un slogan extrémiste, interdit dans la Fédération de Russie: «Bandera viendra et rétablira l’ordre». Or, au sein de notre élite libérale, son image inversée a longtemps prévalu: «L’Occident viendra et rétablira l’ordre». Nous pensions qu’il suffisait de lire un manuel occidental, de copier leurs règles, leurs formats, leurs modèles et leurs accords, et de nous inscrire dans leur agenda.

Notre élite dirigeante avait donc été dès l’origine conditionnée à imiter l’Occident. Et lorsque nous nous sommes soudainement retrouvés dans une situation de confrontation aiguë avec lui, il est apparu que nous avions un besoin crucial d’une autre élite dirigeante. Le problème n’est pas que les anciens cadres soient mauvais, mais qu’ils sont préparés à des tâches totalement différentes. Il faut les réorienter, et la formation revêt ici une importance primordiale.

Nous devons apprendre à notre corps diplomatique et à tous les spécialistes des relations internationales non pas simplement à reconnaître de manière déclarative le monde multipolaire et l’approche civilisationnelle, mais à les comprendre en profondeur. Ils doivent apprendre à développer par eux-mêmes les pans théoriques qui n’ont pas encore été écrits et à les mettre en œuvre avec assurance dans la pratique. Nous avons besoin de cadres d’un type nouveau, capables de travailler dans le paradigme de la multipolarité.

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L’orientation vers la multipolarité a été fixée par notre président et notre ministre des Affaires étrangères: c’est la ligne officielle de l’État. Mais il faut l’expliciter, l’enseigner dans les établissements spécialisés et y puiser de nouveaux cadres. Quant aux professionnels déjà en fonction, il faut les former à nouveau.

Lorsque je donne des conférences au ministère des Affaires étrangères à l’intention des employés de différents départements, je constate que les gens commencent rapidement à tout comprendre dès lors qu’ils se penchent sérieusement sur le sujet. Mais cela exige un effort considérable. Pour nous, la multipolarité constitue une réalité entièrement nouvelle. Elle n’est ni le prolongement de l’expérience soviétique ni, à plus forte raison, celui du modèle libéral mondialiste. Ce n’est même pas le système westphalien, avec sa conception classique de la souveraineté nationale, sur lequel repose l’ONU contemporaine. C’est un paradigme fondamentalement nouveau des relations internationales, qu’il faut étudier, méditer, assimiler intimement et, seulement ensuite, mettre en pratique.

Malheureusement, le personnel de notre diplomatie n’a pas encore suffisamment parcouru ce chemin. Certes, quelques enthousiastes comprennent parfaitement cette approche et y adhèrent. Mais la plupart de nos diplomates éminents, parfaitement formés et exemplaires s’appuient sur l’expérience soviétique. Celle-ci comportait beaucoup de grandeur — avant tout la priorité absolue accordée à la souveraineté —, mais reposait sur d’autres ressources et sur un contexte idéologique entièrement différent. Sans fondement idéologique adéquat, nombre de subtilités de la politique étrangère nous échappent tout simplement.

alexander_dugin_-_the_fourth_political_theory_little.jpgNos excellents professionnels doivent être formés à nouveau, car leurs anciennes compétences et leurs aptitudes habituelles ne correspondent plus aux défis du monde nouveau. Il faut creuser beaucoup plus profondément.

Il y a une quinzaine d’années déjà, à la faculté de sociologie de l’Université d’État de Moscou, j’ai commencé à élaborer la Quatrième théorie politique, au-delà du libéralisme, du communisme et du fascisme. Aucune de ces trois idéologies classiques ne nous convient, et aucune ne peut constituer un allié fiable hors de Russie. Toutes trois sont des produits de l’Occident, toutes sont profondément contaminées par l’universalisme occidental et en portent l’empreinte.

Nous devons dépasser les anciennes limites de la science politique occidentale. Bien plus, nous devons soutenir les recherches analogues de nouvelles voies idéologiques dans d’autres civilisations et sociétés. Nous devons repenser entièrement la réalité, car nous sommes entrés dans une époque historique totalement nouvelle.

mardi, 13 octobre 2026

L’atout dans le jeu: Washington et Moscou négocient au sujet de Nord Stream

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L’atout dans le jeu: Washington et Moscou négocient au sujet de Nord Stream

Washington/Moscou. Des discussions explosives à l’ombre de la guerre: Washington et Moscou exploreraient en coulisses les possibilités de renouer leurs relations commerciales grâce aux gazoducs Nord Stream traversant la mer Baltique. Un tel accord revêtirait une importance considérable, non seulement parce qu’il pourrait réorganiser les relations énergétiques entre les États-Unis, la Russie et l’Europe, mais aussi parce qu’il s’opposerait diamétralement à la politique des élites européennes, pour lesquelles Nord Stream constitue un tabou absolu.

Selon Reuters, Jared Kushner, envoyé spécial des États-Unis, et Kirill Dmitriev, proche conseiller du président russe Vladimir Poutine, participent aux discussions. Tous deux se seraient récemment rencontrés à Moscou et à New York. Outre Nord Stream, ils auraient également évoqué une éventuelle vente des actifs internationaux du groupe pétrolier russe Lukoil à des investisseurs des États-Unis, du Qatar et des Émirats arabes unis.

Kushner chercherait manifestement à faire de la coopération économique l’une des composantes d’un éventuel processus de paix dans la guerre en Ukraine. Les entreprises américaines pourraient ainsi accéder à de futurs marchés énergétiques avec l’Europe si la guerre prenait fin. La Maison-Blanche souligne que de tels accords devraient également profiter aux entreprises et aux contribuables américains.

À l’heure actuelle, la remise en service des gazoducs ne serait pas juridiquement possible. Nord Stream fait l’objet de sanctions de la part des États-Unis et de l’Union européenne. Le président Donald Trump — qui, dès son premier mandat, comptait parmi les opposants les plus virulents au projet et avait fait pression pour qu’il soit abandonné — pourrait certes assouplir, voire lever, les sanctions américaines existantes. Mais Nord Stream reste également controversé dans la politique intérieure américaine. Si les démocrates obtenaient la majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre, les sanctions ne devraient, dans un premier temps, guère évoluer.

Il faudrait également s’attendre à une opposition en Europe. Une porte-parole du ministère fédéral allemand de l’Économie a maintenu le tabou que l’Allemagne s’est elle-même imposé et a déclaré à Reuters que le gaz russe et Nord Stream faisaient l’objet de sanctions en Europe. Elle a ajouté que l’Allemagne avait depuis lors trouvé d’autres sources d’énergie.

Cette dernière affirmation constitue certes un travestissement éhonté de la situation, comme le montrent les problèmes annuels d’approvisionnement pendant la saison froide. Mais même si la politique allemande changeait de cap — par exemple en cas d’arrivée de l’AfD au gouvernement —, d’importantes réserves subsisteraient à l’étranger à l’égard d’une remise en service du gazoduc. La Pologne, les États baltes et l’Ukraine, en particulier, rejettent toute idée d’un partenariat énergétique germano-russe. Le sujet reste passionnant, mais il ne faut pas s’attendre à des progrès rapides (mü).

Source: Zu erst, octobre 2026.

Pourquoi il faut relire Luigi Pirandello à travers une biographie politique

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Pourquoi il faut relire Luigi Pirandello à travers une biographie politique

Le positionnement du Prix Nobel sicilien dans l’entre-deux-guerres: «Il se sent attiré par le fascisme, sans y être poussé par des calculs ni par des intérêts personnels»

Par Riccardo Rosati

Source: https://www.barbadillo.it/134020-perche-rileggere-luigi-p...

Recension de: Luigi Pirandello, par Ada Fichera

61qrO0VXKML.jpg« […] un colosse de notre littérature […] » (p. 9): c’est ainsi qu’Ada Fichera décrit Luigi Pirandello (1867-1936) dès les toutes premières pages de son livre consacré à sa vie et à son œuvre, et nous ne pourrions être davantage d’accord; il ne serait même pas excessif de considérer l’écrivain originaire de Girgenti — aujourd’hui Agrigente — comme le plus grand du XXᵉ siècle.

Narrateur d’une extrême modernité, sensible à l’influence des études psychologiques de son temps, principal rénovateur de l’art théâtral au début du XXᵉ siècle, Pirandello a toujours été étudié sous un angle strictement littéraire ou proprement historique. Mais qu’adviendrait-il si nous le relisions aujourd’hui en reconstituant son parcours politique singulier? Fichera réécrit sa biographie à la lumière de documents peu connus ou «retrouvés»: le contrôle exercé par le Régime sur la culture, la correspondance privée et les collaborations journalistiques constituent autant d’éléments fondamentaux d’un texte qui, au terme de longues recherches archivistiques, nous restitue un portrait plus complet et, croyons-nous, plus exact du dramaturge italien.

Pirandello et le fascisme

«Pirandello se sent attiré par le fascisme, sans y être poussé par des calculs ni par des intérêts personnels» (p. 73). Comme le laisse entendre le titre même du livre, la question fondamentale à laquelle l’ouvrage tente — et, disons-le d’emblée, parvient — de répondre est précisément la suivante: Pirandello fut-il réellement fasciste? L’auteure y répond sans nier aucunement que cette sympathie ait eu une origine complexe et une évolution pour le moins tourmentée. Rappelons que le Duce n’aimait pas du tout son théâtre! Certes, le gouvernement apporta un soutien considérable à Pirandello en tant que metteur en scène, mais Mussolini, malgré ses marques publiques d’appréciation, comprenait mal quelle utilité pouvaient avoir pour le peuple ces histoires si profondément embrouillées dans des dilemmes existentiels et cérébraux. Franchement, une telle considération n’est pas totalement dénuée de fondement, puisque l’œuvre pirandellienne se caractérise souvent par sa difficulté d’interprétation — du moins si l’on entend n’en donner qu’une seule —, l’auteur ne résolvant jamais les questions de manière univoque, ni dans ses romans ni dans ses pièces… 51cClowwNXL.jpgAprès tout, À chacun sa vérité — littéralement C’est ainsi (si bon vous semble) — (1917) n’est pas un titre qui lui soit venu fortuitement à l’esprit.

Dans la préface de Marcello Veneziani...

Dans sa préface, Marcello Veneziani rappelle l’adhésion retentissante de Pirandello au fascisme — du moins si on la juge à l’aune de la société progressiste actuelle —, avec son inscription au PNF, le Parti national fasciste, au lendemain de l’assassinat de Matteotti, commis le 10 juin 1924.

Veneziani rapporte aussi certains éléments d’une rencontre qu’il eut avec Indro Montanelli (1909-2001), au cours de laquelle le «Prince» du journalisme italien lui avait livré ce qui aurait été la véritable définition du Régime donnée par l’auteur sicilien lui-même: «Le fascisme est comme un tube vide: chacun y met ce qu’il veut» (p. 7).

Soyons clairs: cette affirmation ne devrait pas conduire à minimiser la conviction qui sous-tendait un choix politique bien précis. Quiconque a étudié avec sérieux et sans parti pris ce moment historique intense, prospère, quoique dramatique, de la nation italienne sait parfaitement qu’il existait un «syncrétisme fasciste».

Autrement dit, à la différence du national-socialisme allemand, un étrange totalitarisme polyphonique s’était développé en Italie. Ne serait-ce que pour cette raison, et compte tenu de son attirance pour le paradoxe dans lequel toute tentative de décodage du sens devient un effort vain et impur, Pirandello ne pouvait, durant les années où il vécut en homme mûr, que se considérer comme fasciste. Peut-être ne le fut-il jamais véritablement, mais lui-même, comme nous aurons l’occasion de l’approfondir, se voyait ainsi.

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On retrouve une fois encore sa merveilleuse thèse sur la manière dont nous nous percevons autrement que ne nous perçoit le monde qui nous entoure, pivot de l’éthos pirandellien. Ses intentions de voir dans le nouveau pouvoir la solution aux maux du pays étaient résolues, explique Fichera : « Mais lorsque, quelques mois plus tard, la presse d’opposition sera supprimée, Pirandello ne le désapprouvera certainement pas ; au contraire, il restera un partisan du Régime » (p. 65).

adafichera.jpgAda Fichera (ci-contre)

Pourtant, notre auteur ne cadrait pas avec les orientations culturelles et esthétiques du Ventennio fasciste; la critique spécialisée a depuis longtemps souligné son « anti-clacissisme ». Sans parler de sa vision manifestement pessimiste de l’individu, qui ne s’accordait pas avec celle de l’Homo faber fortunae suae — l’homme artisan de sa propre destinée — chère à Mussolini. Ce «nihilisme» est dûment rappelé dans le texte: «L’homme pirandellien est désagrégé, voué à l’échec, incompréhensible, dévoré par un conflit insoluble entre réalité et illusions, par ce “sentiment du contraire” qui lui fait percevoir toute l’absurdité des événements du monde» (p. 32).

Le volume se concentre en effet énormément — peut-être même excessivement — sur la vie personnelle de l’écrivain. Il rappelle, par exemple, l’immédiate réticence de Pirandello à se marier: «[…] un médecin allemand, consulté pour un grave trouble neurovégétatif, lui déconseille le mariage et l’invite à mener une existence calme et modérée afin de ne pas mettre sa vie en danger […]» (p. 15). Malgré la naissance de leurs trois enfants — Stefano, Rosalia, dite Lietta, et Fausto, peintre talentueux rattaché à l’École romaine —, son mariage arrangé avec une femme de sa ville natale, Maria Antonietta Portulano (1871-1959), se révéla désastreux.

En raison de la jalousie obsessionnelle de son épouse, son mari fut contraint — mais, pour être francs, non sans un certain soulagement — de la faire interner dans une clinique psychiatrique de la capitale, située via Nomentana, donc à proximité de la demeure familiale du 15b, via Antonio Bosio. Elle y demeura de 1919 jusqu’à sa mort. Des années plus tard, cet événement malheureux allait ouvrir la voie à l’égocentrique « muse » Marta Abba (1900-1988) (photo).

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Le chapitre ironiquement intitulé Un professeur… «hors classe» (p. 21-28) se concentre lui aussi sur des éléments personnels, qui permettent toutefois d’approfondir le caractère complexe de Pirandello. Il traite de ses déboires comme enseignant à partir de mars 1898, lorsqu’il entra au service de l’Institut supérieur de formation pédagogique féminine de Rome en qualité de professeur de linguistique, de stylistique et de préceptistique. Les spécialistes de l’écrivain savent bien qu’il était convaincu que la vie ne se trouvait que dans l’écriture. Il n’aimait en effet aucunement le travail «normal», qui le détournait de son unique vocation. Résultat: il fit l’objet de plusieurs mesures disciplinaires pour un absentéisme répété et parfois manifestement injustifié.

Fut-ce une véritable adhésion?

Reprenons toutefois le fil de la question de l’appartenance politique, qui constitue le cœur du livre, bien que le sujet ne soit directement abordé qu’après de nombreuses pages. Fichera explique que le relativisme philosophique de l’écrivain n’était pas très éloigné des fondements de l’idéologie fasciste. Il reconnaissait en outre dans ce nouveau courant militant la perspective d’une «Italie nouvelle», qu’il appelait de ses vœux comme tant d’autres: «Pirandello voit dans le fascisme la première idée originale de l’après-Risorgimento, appelée à représenter la nouvelle forme de l’Italie destinée à devenir un modèle pour l’Europe» (p. 74).

Malgré les mensonges perpétrés pendant des décennies par une historiographie officielle militante, cette interprétation franchit les Alpes et même l’océan : elle fut partagée avec enthousiasme par sir Winston Churchill (1874-1965) et Franklin Delano Roosevelt (1882-1945), tous deux unis par leur estime pour Mussolini, du moins jusqu’à son alliance avec l’Allemagne hitlérienne.

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Ce n’était pas l’écrivain qu’il fallait au Régime

Le texte souligne à juste titre l’objectivité anti-naturaliste de Pirandello, qui l’opposait à l’un de ses contemporains, bien qu’appartenant à la génération précédente: le romancier français Émile Zola (1840-1902), porte-drapeau d’une conception positiviste draconienne de la littérature, recourant à des procédés rhétoriques raffinés tels que la personnification: l’attribution de caractéristiques, de sentiments ou de comportements humains à des concepts abstraits, à des objets inanimés ou à des animaux, rendant ainsi des descriptions en elles-mêmes banales plus vivantes, plus prenantes et plus immédiates pour le lecteur.

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Cela dit, le déterminisme social, voire «génétique», de l’écrivain français s’accordait fort peu avec «[…] l’étrangeté des personnages pirandelliens par rapport à la société dans laquelle ils vivent, férocement décrite dans ses préjugés absurdes et ses fermetures rigides» (p. 18). Cette étrangeté trouve sa superbe incarnation dans l’ironie dramatique et cruelle de Il fu Mattia Pascal (Feu Mattia Pascal) (1904) : « […] une vie condamnée à l’éloignement du monde, dont l’unique distraction consiste à se rendre sporadiquement sur sa propre tombe» (p. 31).

Bien qu’attentif à certains courants expérimentaux alors en vogue sur le Vieux Continent et naturellement enclin à certaines recherches propres à la psychologie — autant de choses peu appréciées dans l’Italie fasciste —, le dramaturge et intellectuel sicilien était viscéralement antimoderne, loin de la vogue grandissante du futurisme: «[…] il s’oppose nettement à la célébration de la machine, du monde industriel et de la guerre technologique qui, selon lui, ont conduit à l’aliénation du monde moderne et de l’homme» (p. 40). Cela en faisait, tenons-nous à le souligner, un penseur magistral, mais dérangeant dans le paysage culturel italien.

Il convient ici de proposer notre thèse personnelle en notre qualité de spécialistes de l’auteur. Bien que Pirandello possédât une Weltanschauung, disons, traditionnelle, marquée par un respect irréductible du passé — après tout, il venait d’une région profondément grecque de la Sicile —, il ne parvenait pas à lui être fidèle dans son œuvre, manifestement moderne et novatrice, animée d’une vocation psychanalytique et d’un pessimisme créatif parfois nietzschéen. Le bon travail de Fichera n’aborde que partiellement ces aspects qui, nous en sommes convaincus, mériteraient une monographie à part entière.

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À l’appui de cette thèse, rappelons le célèbre essai L'umorismo (L’Humour) (1908), dans lequel Pirandello «[…] désagrège la réalité et lui en superpose une autre qui nie la première. Le monde se révèle dans toute son absurdité et son incohérence, comme un système d’anomalies et de contradictions. Il ne s’agit donc pas d’une “perception du contraire” susceptible de faire sourire, mais d’un “sentiment du contraire”, qui provoque simultanément le rire et les larmes, la haine et la compassion» (p. 33). Ce «sentiment du contraire» constitue le trait distinctif de toute la production de l’auteur, où la décomposition identitaire revient systématiquement. Ses protagonistes sont «contre», puisqu’il ne leur est pas permis d’exister au sein d’une communauté. Il n’est pas question d’un simple mal-être, mais d’une détresse profonde: des émotions semblables, mais fondamentalement différentes.

Le fascisme comme instrument

Pour renouer avec le propos politique, Pirandello ne dissimule nullement son rejet du socialisme qui dominait alors de nombreux cercles culturels européens, ni celui de la falsification démocratique. À cette dernière, il oppose l’idée abstraite et transcendante d’une nation défendue par une Italie virile et vigoureuse, mal vue des puissances hégémoniques ploutocratiques, notamment celles du monde anglo-saxon. Son adhésion au destin d’un pays façonné par Benito Mussolini (1883-1945) est confirmée par une lettre passionnée adressée le 21 septembre 1935 à Marta Abba, déjà mentionnée, pendant ce que Renzo De Felice (1929-1996) qualifia de façon saisissante d’«années du consensus»:

«Ici, j’ai trouvé toute la presse hostile à notre entreprise africaine, au nom des tristement célèbres principes démocratiques. Mais j’ai tenu tête à tout le monde. Aujourd’hui, tous les journaux sont remplis de ma défense acharnée des raisons italiennes et placent en tête de leurs articles cette formule heureuse que j’ai lancée au visage des journalistes: “L’Amérique aussi était autrefois habitée par les Indiens, et vous l’avez occupée”. Je ne sais pas dans quelle mesure tout cela pourra servir mes affaires, mais peu importe ! » (Pirandello. La mia arte sei tu. Lettere d’amore alla sua Musa, Massimiliano Borelli [dir.], Rome, L’Orma, 2013, p. 54).

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S’il est juste de penser que la recherche doit se fonder sur les sources, en voici une qui confirme la thèse défendue dans le livre.

61dOvd2J9GL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgQue ses convictions réactionnaires aient été profondément enracinées ou non, il convient néanmoins de souligner que des réflexions qui ne sont pas strictement littéraires apparaissent dans certaines de ses œuvres. Les Vieux et les Jeunes (1913), par exemple, est son œuvre la plus «politique», peut-être la seule, ou presque, où l’on puisse discerner des tonalités idéologiques. On y retrouve inévitablement ce Chaos dont il se déclarait fièrement le «fils» — le lieu de naissance de l’écrivain en Sicile, Càvusu, tirerait son nom d’une altération dialectale du terme grec χάος: « […] c’est un roman historique, une analyse sociologique de la crise, qui montre que le cours de l’histoire, souvent inconciliable avec les destins individuels, est absurde et fils du Chaos» (p. 35). On y voit apparaître ce que l’auteur considérait comme le «bluff du Risorgimento», épisode essentiel de l’histoire italienne qui fut, à ses yeux, mené par une bourgeoisie entrepreneuriale lâche et hostile à la tradition.

Ainsi, pour qui possède les outils interprétatifs nécessaires, le travail de Fichera permet de dévoiler la dimension puissamment antimoderne de l’âme profonde de Pirandello: «En abattant le mythe du faux progrès de la société industrielle, Pirandello démontre pleinement l’aliénation, la frénésie, la fausseté et la vie engloutie par les machines […]» (p. 37).

71+pCl5IZ7L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgIl stigmatise ainsi cette condition aliénante qui marque également la narration de ce roman sublime qu’est On tourne — ou Les Cahiers de Serafino Gubbio, opérateur — (1925, initialement publié en 1916 sous le titre On tourne…). Un esprit de plus en plus antimoderne mûrit en lui au cours de la dernière phase de sa vie et de sa carrière, comme le montre Les Géants de la montagne (1930) (p. 52), pièce inachevée dans laquelle réapparaît ce méta-théâtre qui l’a consacré comme une figure immortelle de la littérature universelle, au sein d’un contexte non mimétique tout à fait inhabituel chez Pirandello.

Puisque nous avons abordé la vision artistique de l’écrivain, profitons-en également pour préciser qu’il voyait dans les acteurs des «masques», selon la coutume du théâtre de la Grèce antique, dont il se sentait parfois l’héritier. Il s’en distinguait toutefois par sa conception du drame, qui n’a chez lui rien d’épique, mais se manifeste au contraire dans l’aliénation de l’individu à l’époque du prétendu progrès: «Le théâtre devient ainsi un lieu-symbole, le domaine de la fausseté et des apparences sociales. Pourtant — et c’est là l’essentiel —, nous ne pouvons nous affranchir de ces conventions. Nous cherchons la vraie vie, mais nous sommes contraints de vivre dans un monde faux, le monde des masques, des pantins […]» (p. 43), proche de celui des pupi, les marionnettes de sa Sicile.

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Le message, presque constant, que ce très grand écrivain entendait porter consistait précisément à vaincre le «masque» afin de faire triompher la vie, en la délivrant du paradoxe qui la caractérise invariablement. Cette même contradiction habitait Pirandello lui-même, puisqu’il se défiait, de façon incroyable, de l’authenticité de cette forme théâtrale dans laquelle il avait excellé comme bien peu d’autres. Pour lui, la vie était déjà une «immense mascarade», tout comme le prix Nobel qui lui fut décerné en 1934. À l’annonce de l’attribution de cette prestigieuse distinction, il prit sa machine à écrire et tapa plusieurs fois sur une feuille un seul mot, répété avec exclamation: «Pitreries ! Pitreries !…».

Il y croyait, mais ne pouvait l’être

À l’approche de la fin de cette analyse du livre, il convient de revenir à la question centrale qu’il aborde et qui constitue l’un des sujets de débat en vogue dans l’historiographie de la littérature italienne du XXᵉ siècle: y avait-il du fascisme chez Pirandello? Dans l’affirmative, s’agissait-il d’une adhésion sincère aux positions du Régime ou d’un simple opportunisme? C’est là que réside l’apport d’Ada Fichera: avoir traité un sujet que l’on a voulu dissimuler pendant très longtemps. «C’est Leonardo Sciascia qui, le premier, met en évidence le fascisme de Pirandello; mais, à l’exception de quelques cas sporadiques, la critique a eu tendance à voiler cette idéologie, pourtant manifeste dans l’œuvre et la pensée de notre auteur» (p. 57).

Pirandello jugeait Mussolini beaucoup trop indulgent avec les oppositions: «Pirandello tend probablement à souhaiter de la part du Duce un autoritarisme toujours plus cohérent» (p. 59). Cependant, ce qui constitue selon nous l’élément indispensable pour comprendre son positionnement idéologique, c’est qu’il fut fasciste principalement parce qu’il était antilibéral: «[…] son adhésion au parti trouve également sa motivation dans sa profonde défiance envers les régimes sociaux-démocrates, au-delà du léger intérêt pour le socialisme dont il fait état dans Les Vieux et les Jeunes, précisément parce que ces régimes présentaient la caractéristique d’être, au début du XXᵉ siècle, la version “transformée” des démocraties libérales, qu’il tenait elles-mêmes pour corrompues […]» (p. 67).

Nous ne sommes ni heureux ni, à plus forte raison, déconcertés d’avoir pu lire des preuves manifestes qu’il voyait dans le fascisme un «principe positif» (p. 77), qui le réconfortait face à ses inquiétudes personnelles, incarnées par la pulsion désagrégatrice de la démocratie. À la lumière de ce qui précède, cela ne devrait pas surprendre, surtout si l’on tient compte de la vocation antibourgeoise du mouvement politique de Mussolini, notamment durant ses premières phases, qui furent celles que Pirandello apprécia le plus. Un article paru le 12 octobre 1926 dans Il Pensiero de Bergame sous le titre «Je suis fasciste» le démontre à l’évidence — et il tient en outre à préciser qu’il ne l’est pas seulement depuis peu.

Pirandello-et-la-sicile.jpgPourtant, selon son compatriote sicilien Leonardo Sciascia (1921-1989), dans l’essai Pirandello et la Sicile (1961), le dramaturge était inapte à l’activisme fasciste; en somme, il n’en avait pas la trempe. Honnêtement, compte tenu de la perspicacité de l’auteur de romans d’une qualité intellectuelle exceptionnelle tels que Le Jour de la chouette (1961) et Todo modo (1974), nous ne saurions lui donner tort. Après tout, les aspirations et les désirs sont une chose; leur accomplissement dans la réalité en est une autre.

Il réussit à associer le paradoxe existentiel à l’idéologie

En définitive, pour Pirandello — et c’est la vérité qui importe, telle que la met en lumière le travail d’Ada Fichera —, Mussolini était un «monarque éclairé» susceptible de l’aider, en lui servant de source d’inspiration, à se sauver de ce que Veneziani décrit comme «[…] le drame de se voir vivre; c’est la vie dans le miroir, le moi qui se sépare de sa propre vie et l’observe de l’extérieur, sous forme de reflet, dans une sorte de narcissisme tragique» (p. 8). Cette formule fait écho à un autre passage célèbre de Feu Mattia Pascal: «La vie, ou bien on la vit, ou bien on l’écrit; moi, je ne l’ai jamais vécue qu’en l’écrivant». Et le sublime mais tourmenté artiste sicilien ne cessa jamais de s’abandonner au «jeu humoristique du contraire», jusque dans la politique.

Comme tant d’autres à l’époque, Luigi Pirandello plaçait sa confiance dans le fascisme et dans la figure «prométhéenne» du Duce, homme franc et vigoureux, qui lui donnait l’espoir de pouvoir enfin, par l’écriture, «[…] démontrer que l’être et le paraître sont en réalité des catégories dépourvues de toute valeur, uniquement produites par les conventions et le conformisme de la société» (p. 45). Comme l’affirme la conclusion de cet essai documenté: «Ce n’est pas pour obtenir un siège au Sénat, ni nécessairement pour trouver des financements, que Pirandello devient fasciste. Il le devient parce qu’il l’est, parce qu’il le veut, dans la mesure et pendant le temps où il décide de l’être» (p. 153).

Son parcours pourrait-il rappeler celui de l’éminent peintre Mario Sironi (1885-1961)? Nous sommes convaincus que non. Alors que ce dernier fut profondément ce qu’il entendait être, Luigi Pirandello — et c’est ici le seul point sur lequel nous nous écartons partiellement des conclusions de Fichera — espérait être façonné par l’élan charismatique de Mussolini, qu’il admirait sincèrement, cela ne fait aucun doute. Néanmoins, la vocation expérimentale et internationale de son œuvre, l’angoisse qu’il insufflait à ses «masques» et son isolement dans le monde des idées avaient peu de choses en commun avec les orientations morales et sociales du Régime. Le génie de Pirandello réussit ainsi à introduire jusque dans ce qui fut une passion politique honnête l’inachevé et l’indéfini. C’est pourquoi, afin de montrer que nous avons retenu sa leçon, nous laissons au public et au lecteur le soin de décider s’il faut ou non le considérer comme fasciste: «C’est ainsi, si bon vous semble»?

Luigi Pirandello. Une biographie politique, d’Ada Fichera, Edizioni Polistampa, 2017, 157 pages.

Les États-Unis cannibalisent leurs alliés — et se cannibalisent eux-mêmes — dans leur lutte contre le monde multipolaire

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Les États-Unis cannibalisent leurs alliés — et se cannibalisent eux-mêmes — dans leur lutte contre le monde multipolaire

d'après Brian Berletic

Source: https://www.frontnieuws.com/de-vs-kannibaliseren-hun-bond...

Depuis des décennies, les États-Unis utilisent leurs nombreux États vassaux comme des prolongements de leur propre puissance militaire, économique, financière et politique, mobilisant le monde occidental ainsi que les pays qui en dépendent pour mener des guerres et des guerres par procuration, exercer des pressions économiques et créer l’illusion d’une légitimité politique des actions américaines à travers le monde.

Tout cela s’inscrit dans le prolongement de la manière dont l’Empire britannique utilisait ses colonies pour l’aider à mener ses guerres et à maintenir sa domination mondiale, jusque pendant les guerres mondiales, écrit Brian Berletic.

Et tout comme l’Empire britannique, dans ses dernières années, alors que sa puissance déclinait, s’appuyait toujours davantage sur ses colonies, auxquelles il soutirait des vies humaines et des richesses, les épuisant et les détruisant de la sorte, les États-Unis s’appuient de plus en plus sur leurs États vassaux à mesure que leur guerre contre le monde multipolaire s’étend face à une Russie renaissante, une Chine en plein essor, un Iran qui tient bon et de nombreux autres pays situés entre eux.

La méthode proposée par les États-Unis pour préserver leur domination mondiale repose entièrement sur la déstabilisation et l’affaiblissement du monde multipolaire émergent, plutôt que sur la volonté d’égaler ou de surpasser sa puissance et sa prospérité croissantes.

De même que les Britanniques recouraient à une combinaison de contrôle administratif et de propagande politique pour imposer l’obéissance à leurs colonies, les États-Unis utilisent leur emprise politique sur leurs États vassaux et leur domination sans précédent dans le domaine de l’information pour positionner ces États en vue de guerres et de guerres par procuration, ainsi que pour justifier l’augmentation des dépenses militaires au détriment des programmes sociaux et même de la viabilité économique — aussi bien sur leur propre territoire que dans leur empire contemporain.

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Le réseau de partage du fardeau

Sous les administrations Obama, la première administration Trump, l’administration Biden et maintenant la seconde administration Trump, les États-Unis ont mis en place un nombre croissant d’alliances politiques, économiques et militaires afin de consolider leur puissance dans le monde entier.

Cela comprend aussi bien le « Quad » que l’« AUKUS », une OTAN en expansion constante, ainsi que des alliances en apparence antiaméricaines, telles que la « coalition des volontaires » européenne centrée sur l’Ukraine et le projet de « statut de membre associé » du Canada au sein de l’Union européenne. Toutes ces structures sont conçues pour rationaliser le processus administratif par lequel la puissance de plusieurs États vassaux d’une même région est mobilisée collectivement. Elles sont soutenues par des récits politiques visant à convaincre le plus grand nombre possible de personnes dans les pays concernés d’approuver l’utilisation de leur pays contre les cibles de la politique étrangère américaine.

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Le Quad et l’AUKUS invoquent des menaces fabriquées d’«expansion» et d’«agression» chinoises afin de tromper des millions de personnes dans la région Asie-Pacifique et de les amener à détourner des quantités considérables et toujours croissantes de ressources du développement national au profit des dépenses militaires et d’une éventuelle confrontation avec la Chine elle-même.

La «coalition des volontaires», ainsi appelée en reprenant une expression employée lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, ainsi que le projet de statut de membre associé de l’Union européenne pour le Canada, visent à créer la menace d’une «invasion russe», afin de dégager davantage encore de ressources pour la guerre par procuration que Washington poursuit en Ukraine.

L’OTAN devient folle

En Asie occidentale, les États-Unis utilisent le «Traité de défense commune de La Mecque» et les «accords d’Abraham» pour réunir leurs États vassaux de la région, en dépit de décennies de récits propagandistes contradictoires ayant servi à entretenir une stratégie américaine de la tension axée sur Israël.

Une haine et/ou une peur publiques artificiellement suscitées sont utilisées pour alimenter ces diverses tentatives visant à mettre en commun les ressources et la puissance des États vassaux des États-Unis à travers le monde, dans un contexte de conflits interconnectés en Europe et en Asie occidentale et de tensions croissantes dans la région Asie-Pacifique. Des conflits connexes se déroulent également dans le cadre de ce processus, de l’Amérique latine au continent africain.

Une fois la propagande écartée, une formule très simple apparaît: toutes ces coopérations politiques ont un objectif commun — accroître les dépenses militaires —, et plus précisément les dépenses consacrées à des armes soit produites par les États-Unis eux-mêmes, soit intégrées à l’interopérabilité militaire mondiale des États-Unis. Ce sont en outre des dépenses militaires effectuées au détriment des programmes sociaux, du développement économique et national, et même de la stabilité politique des différents États vassaux américains constituant ces partenariats — que ceux-ci aient été créés et soient dirigés par les États-Unis, ou qu’ils prétendent s’opposer aux actions américaines.

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Bien que ce «réseau de partage du fardeau» ait pris forme au fil de plusieurs administrations américaines du XXIᵉ siècle, il ne fait que prolonger ce qui a toujours été une continuation de l’Empire britannique. L’expression «réseau de partage du fardeau» a été littéralement introduite dans la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis de 2025 et expressément présentée comme un moyen d’empêcher les États-Unis de se surmener — exactement comme l’Empire britannique en avait besoin pour maintenir sa propre puissance vers la fin de sa domination mondiale.

La dévoration de leurs alliés et de leur propre économie

Étant donné que la population et la base industrielle de la Chine dépassent largement celles des États-Unis et de l’Europe réunis, et compte tenu du vaste réseau croissant de partenaires que la Chine met en place dans le cadre du monde multipolaire émergent, continuer à pressurer les États vassaux des États-Unis ne suffit même plus à lui seul.

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Traduction: Découverte de prototypes sans logo - Des véhicules militaires fabriqués à l'usine VW d'Osnabrück? - Lors d'une foire de la technologie de sécurité et de défense, deux véhicules ont été présentés; clairement, il s'agissait de véhicules conçus par VW. A l'évidence, ils avaient été développés en secret.

C’est pourquoi les États-Unis cherchent à convertir l’économie occidentale chancelante, en la faisant passer de la production économique civile à la production d’armements. Les exemples se multiplient rapidement dans les titres de la presse occidentale: dans toute l’Europe et désormais aussi aux États-Unis, les usines automobiles réaffectent de plus en plus souvent leurs capacités de production inutilisées à la fabrication de pièces destinées aux armes et aux munitions.

Alors même que l’Occident se présente comme une société fondée sur le «libre marché», il étouffe activement ce «libre marché» en contraignant la production civile à se convertir à une production militaro-industrielle — non pas au moyen de déclarations politiques, mais par un pilotage systématique des conditions sociopolitiques et économiques qui ne laisse pratiquement aucun autre choix.

Les États-Unis ont réussi à contraindre l’économie européenne dans son ensemble à se couper de l’énergie russe bon marché, abondante et fiable, suite au renversement du gouvernement ukrainien qui a été organisé par les États-Unis en 2014, puis suite à la guerre qui en a résulté, parce que provoquée par l’avancée américaine le long des frontières russes. En supprimant les importations européennes d’énergie russe, les États-Unis ont pu orienter l’économie européenne au sens large vers la production militaro-industrielle, toute autre activité économique ayant été rendue financièrement prohibitive.

Bien que la production militaro-industrielle soit elle aussi coûteuse, les gouvernements européens utilisent une mise en scène politique soigneusement orchestrée entre eux-mêmes et les États-Unis pour créer l’illusion d’une menace existentielle provenant de la Russie et celle d’un «abandon» de l'Europe par les États-Unis face à ce «danger russe». Cela permet d’engager dans la production militaro-industrielle des dépenses bien supérieures à celles qui auraient jamais été possibles dans de véritables conditions de libre marché.

Bien que les administrations américaines récentes, tant celles de Trump que celle de Biden, aient annoncé des politiques destinées à réindustrialiser les États-Unis, aucune des mesures concrètes nécessaires à cette fin — telles qu’une réforme de l’enseignement, en particulier de la formation professionnelle, des investissements dans les infrastructures nationales ou la nationalisation d’industries stratégiques — n’a été proposée, et encore moins mise en œuvre.

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Au lieu de cela, d’énormes sommes provenant des impôts américains sont transférées vers l’industrie de l’armement et vers des entreprises situées plus en amont dans les chaînes d’approvisionnement afin d’accroître la production d’armes et de munitions. Mais, en raison du caractère lucratif de ces entreprises, le moins d’argent possible est consacré à l’expansion effective de la production.

Aucune administration américaine ayant promis de réindustrialiser les États-Unis ne s’étant attaquée aux fondements nécessaires à cette réindustrialisation, des secteurs entiers de l’industrie américaine sont en déclin — notamment l’industrie automobile. Au lieu de laisser le «libre marché» balayer les entreprises inefficaces et incompétentes, celles-ci puisent, elles aussi, dans l’argent du contribuable américain afin de consacrer de plus en plus souvent leurs capacités industrielles inutilisées à la fabrication de pièces d’armement plutôt que d’automobiles.

GM s’est par exemple récemment vanté de produire des enveloppes extérieures pour les missiles Patriot. GM utilise des machines-outils à commande numérique CNC sous-employées, normalement destinées à la fabrication de prototypes et de moules, afin de produire à la place ces enveloppes extérieures dans des quantités que Lockheed Martin ne pourrait atteindre sans investir lui-même dans des équipements comparables.

À l’image d’entreprises corrompues et incompétentes qui s’effondrent sous le poids de leur propre cupidité et fusionnent entre elles afin de maintenir aussi longtemps que possible ce que l’on peut le mieux qualifier de système pyramidal, une «fusion civilo-militaire» apparaît aux États-Unis. Dans ce système, le gouvernement crée un besoin artificiel de guerres permanentes ainsi que des armes et des munitions nécessaires pour les mener, tandis que les entreprises américaines se servent dans l’argent public afin de répondre à ce besoin.

Qu’un empire gère mal son économie alors qu’il se trouve en phase de déclin terminal n’a rien de nouveau. L’Empire britannique a lui aussi fait un mauvais usage des ressources et de l’industrie nationales dans une tentative désespérée de préserver sa domination mondiale, au lieu d’en reconnaître le caractère intenable et de comprendre la nécessité de se réorganiser pour passer d’un empire prédateur à un État-nation fonctionnel et productif.

En conséquence, non seulement l’Empire britannique a perdu son empire, mais il s’est également retrouvé privé des fondements socioéconomiques et politiques nécessaires au fonctionnement d’un État-nation viable. Il a passé toute la période ayant suivi la fin de son empire à servir de prolongement à l’empire américain, plutôt qu’à exister comme un État-nation britannique souverain.

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À l’instar de l’Empire britannique, les États-Unis refusent de reconnaître cette réalité et ne font que gagner du temps afin de prolonger leur domination mondiale, au lieu d’élaborer un véritable plan viable permettant de la maintenir de manière réaliste. Ce faisant, ils négligent gravement les fondements nécessaires à un État-nation fonctionnel et productif: les infrastructures se décomposent littéralement sous les pieds de la population américaine, l’éducation et les soins de santé sont inaccessibles, et la société est divisée et de plus en plus dysfonctionnelle.

Pire encore, la méthode proposée par les États-Unis pour préserver leur domination mondiale repose entièrement sur la déstabilisation et l’affaiblissement du monde multipolaire émergent, plutôt que sur la volonté d’égaler ou de surpasser sa puissance et sa prospérité croissantes.

Le résultat final est que les États-Unis se vident de l’intérieur tout en saignant à blanc leurs États vassaux, dans le cadre d’un processus visant à affaiblir et à déstabiliser le reste du monde. Les trois parties — les États-Unis, leurs États vassaux et le reste du monde — risquent ainsi d’être laissées dans la destruction et la pauvreté si le monde multipolaire ne parvient pas à contenir ce processus et à assurer une transition relativement stable de la domination américaine vers la multipolarité mondiale.

Seul le temps dira précisément comment se déroulera l’ensemble de ce processus. Des groupes d’intérêts des deux camps ont proposé des plans et les mettent en œuvre sur la scène mondiale. Un seul camp a l’histoire, ainsi que des fondements géopolitiques et économiques durables, de son côté — et ce ne sont ni Wall Street ni Washington. Cela étant, il est toujours plus facile de détruire que de construire. Le monde multipolaire devra donc construire à une vitesse incroyable et à une échelle immense pour garder une longueur d’avance sur la capacité de destruction avérée des États-Unis. Celui qui se montrera le plus efficace dans son approche respective instaurera soit un nouvel ordre mondial meilleur, soit laissera le monde en ruines.

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