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jeudi, 01 octobre 2026

La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz

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La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz

Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/09/25/la-plutocracia...

La dure réalité se révèle désormais dans toute son ampleur et indique sans détour que les familles Rothschild et BlackRock éprouvent des difficultés à trouver de meilleurs représentants capables de gérer confortablement leurs intérêts depuis les sphères du pouvoir politique français et allemand.

Car lorsque les Français et les Allemands — ainsi que l’opinion publique internationale — soulignent l’impopularité de Macron et de Merz, qui font l’objet de taux de rejet social considérables, rarement observés chez les plus hauts dirigeants de ces deux États, et lorsqu’il est dit que les camps politiques respectifs auxquels appartiennent ces deux dirigeants traversent eux aussi des difficultés non négligeables, nous constatons que la ploutocratie internationale a des problèmes à résoudre.

On constate également que les entités supranationales sont récusées par une part importante des citoyens français et allemands et que, tôt ou tard, ceux-ci refuseront de continuer à suivre docilement les programmes dangereux, qui plus est, destructeurs de la souveraineté nationale, défendus par les Rothschild et BlackRock.

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Ils pourront conserver le contrôle de nombreux leviers du pouvoir, mais ils finiront incontestablement par perdre leur emprise sur la majorité de ces peuples. Une fois ce tournant historique atteint, un changement radical pourrait — ou non — se produire.

Il semble que Macron et Merz ne soient pas très efficaces dans l’exercice de leurs fonctions étatiques, car, lorsqu’ils auront tous deux achevé leur mandat, leurs peuples, et le système même qu’ils servent, seront confrontés à un nombre encore plus élevé de problèmes. Il ne faut pas croire, de manière linéaire, que seuls les Français et les Allemands d’en bas subissent toutes les difficultés découlant des insuffisances de Macron et de Merz dans l’art de gouverner, car les maîtres du système sont eux aussi confrontés à des difficultés encore plus graves.

Des sensibilités particulières se sont déjà mobilisées contre l’oligarchie mondialiste et partagent la conviction que le jeu démocratique n’existe pas pour les sommets du pouvoir financier. Elles considèrent au contraire que ceux-ci sont toujours disposés à interrompre le libre jeu de la démocratie populaire dès que le peuple commence à se penser et à agir comme un substantif, comme un sujet, et non plus comme un adjectif ni comme l’objet des dirigeants d’élites criminelles et hostiles à la souveraineté nationale.

Relier le nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie

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Relier le nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie

Source: https://www.estica.ro/news/conectarea-nord-estului-chinei...

Le président du Conseil maritime de Russie, Nikolaï Patrouchev, a donné le coup d’envoi de la construction du terminal de fret en eau profonde de Naïba, dans le port de Tiksi, situé dans l’Arctique russe.

Lors de la cérémonie de lancement du projet, Patrouchev a déclaré que «l’un des itinéraires fondamentaux du Corridor de transport transarctique (TTC) sera la route internationale de transport Mohe–Naïba. L’élément clé de cet itinéraire sera le terminal de fret en eau profonde de Naïba, dans le port maritime de Tiksi. Le nouveau complexe portuaire comprendra des zones destinées au transbordement de marchandises liquides et sèches, des réservoirs de carburant ainsi que les équipements nécessaires. D’ici à 2035, la capacité du port devrait dépasser trois millions de tonnes».

Il a indiqué que la mise en service du port en eau profonde de Naïba ouvrirait de nouvelles perspectives en matière de logistique et constituerait une infrastructure d’appui pour le développement de la base de matières premières. Il a ajouté que «cet itinéraire reliera les provinces du nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie. La réalisation du projet permettra d’accélérer le développement économique, d’améliorer la connectivité des territoires de l’Arctique et de l’Extrême-Orient, et de stimuler le développement des industries extractives, notamment celui du pôle industriel de Koutchous, ainsi que la mise en service de nouvelles capacités de production et l’élargissement de la base de fret».

La création du TTC, qui englobe la Route maritime du Nord ainsi que les voies navigables intérieures (ndt: Ob, Iénisséi, Lena) et les infrastructures de transport qui leur sont associées, contribuera à ce que Patrouchev a qualifié de «développement global des territoires de la zone arctique et de l’Extrême-Orient, de la base de fret, ainsi que du transport intérieur, international et de transit des marchandises et des passagers le long du littoral russe».

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La route internationale de transport Mohe–Naïba (Tiksi) est un vaste projet multinational d’infrastructures reliant directement les provinces du nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie. Ce corridor multimodal transarctique est conçu pour relier la ville de Mohe — la ville la plus septentrionale de Chine, située dans la province du Heilongjiang — au nouveau terminal portuaire en eau profonde de Naïba, aménagé à proximité de Tiksi, sur la côte de la mer des Laptev, dans la République de Sakha.

En intégrant des lignes ferroviaires, des autoroutes, le transport fluvial par barges — sur la Léna, la Iana et la Kolyma — ainsi que des routes maritimes arctiques, le corridor crée une voie de transit directe entre les centres industriels chinois et la Route maritime du Nord (NSR). Long d’environ 4000 kilomètres, ce corridor réduit presque de moitié la distance de transport traditionnelle entre la Chine et l’Occident, par rapport à l’itinéraire passant par le canal de Suez.

Le corridor est largement utilisé pour acheminer des ressources minérales vers le sud — notamment les marchandises provenant du pôle aurifère de Koutchous — ainsi que pour transporter vers le nord des produits manufacturés et des biens essentiels à l’approvisionnement des régions septentrionales. Le coût de développement du projet est estimé à environ 1130 milliards de roubles, soit 14 milliards de dollars américains.

Source première: https://chinabeyondthewall.org/connecting-chinas-northeast-with-russias-arctic-coast/

Le postmodernisme au pouvoir: de la philosophie à la politique

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Le postmodernisme au pouvoir: de la philosophie à la politique

Alexandre Douguine 

Présentateur: Pour poursuivre dans la direction que vous indiquez: que s’est-il exactement passé en Allemagne en cinq ans? Je précise qu’il s’agit d’élections régionales et municipales, lors desquelles le parti au pouvoir n’atteint même pas, par endroits, le seuil minimal requis. Pendant longtemps, le pays a semblé aspirer à la stabilité. Tous ces sigles — CDU, CSU — sont restés plus ou moins ce qu’ils étaient dans les années 1980. Un seuil critique a-t-il été franchi? Les gens se sont-ils lassés qu’on leur impose des idées obscures et malsaines? De nouvelles technologies sont-elles apparues ? Ou bien une certaine prise de conscience s’est-elle produite?

Alexandre Douguine : Je ne pense pas que les Allemands soient devenus tellement plus avisés. Beaucoup, tout simplement, n’y croyaient pas — ils ne croyaient pas au postmodernisme et considéraient comme des outrances les théories d’un passage de l’être humain à une existence rhizomatique, les idées de la «mort de l’homme», le posthumanisme ou encore la «liberté de choisir son genre» conçue comme une affaire de choix personnel. Au départ, il s’agissait d’une provocation philosophique. À partir des années 1960 et 1970, et plus particulièrement dans les années 1970 et 1980, des gens se réunissaient lors de colloques, discutaient de choses exotiques voire farfelues, puis ont commencé à exercer une influence sur des pans toujours plus vastes de l’enseignement; enfin, les étudiants formés au postmodernisme se sont retrouvés à la tête de l’État.

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Même si cela demeurait cantonné à la philosophie, aux études culturelles et à l’histoire de l’art, la perversion devenait discrètement la norme. Deleuze (photo), le principal théoricien du postmodernisme, proposait un tournant vers les «masses schizo»: selon lui, la schizophrénie était une bonne chose, tandis que la mauvaise chose, c'était la paranoïa — c’est-à-dire la rationalité rigoureuse. Ce qui était bon, au contraire, c’était l’individu fragmenté, éclaté en états multiples et même en organes qui ne s’accordent pas les uns avec les autres; il estimait que cette forme de schizophrénie était propre aux masses. Peu à peu, ces principes ont pénétré la haute politique. Beaucoup ont écarté la question d’un revers de main: ce n’est qu’un exposé d'intello, un vidéoclip, une métaphore; cela n’abolit pas la normalité. Or, tout l’enjeu réside précisément dans l’abolition de la normalité. Une personne est soit normale, soit elle ne l’est pas. Au départ, l’idée était qu’il fallait traiter les personnes anormales avec respect et ne pas les humilier — et cela est juste, bien évidemment. Les traiter avec la bienveillance du thérapeute ou de la personne charitable est une chose. Inverser la norme et promouvoir la pathologie, puis remettre le pouvoir à cette pathologie, en est une autre.

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Tel est le sens de la philosophie postmoderniste aujourd’hui incarnée par la CDU et la CSU, par les responsables politiques britanniques et par les dirigeants de l’Union européenne: tout le pouvoir doit être donné au vice, à la folie, à l’idiotie, à la dysgénie et à la dégénérescence — le triomphe est esthétiquement mis en scène par des dégénérés, le tout étant présenté comme une nouvelle démocratie. Tout le monde affirme pourtant que ce n’est pas sérieux. Puis survient un Merz, un Starmer ou un Boris Johnson — amas de matière négligée, toujours débraillé, chemise hors du pantalon et lacets défaits, qui cahote à travers le monde tel un colis froissé, influe sur le cours d’une guerre et distribue des promesses aux nazebroques ukrainiens. Tout cela serait comique et absurde si ce n’était pas imprégné d'un appel à la guerre et si cela ne se transformait pas en crimes sanglants.

Durant toutes ces années, l’Occident a montré de plus en plus ouvertement cette facette de lui-même, conçue et mise en place depuis longtemps — et ce n’est que maintenant que le citoyen ordinaire commence à comprendre que quelque chose ne va pas. Il est peut-être trop tard. Les dissidents seront privés d’accès à la Bundeswehr, et les élections en Mecklembourg seront déclarées irrégulières sous prétexte d’«ingérence russe». Il suffira de produire une photographie: un homme marchant sur les rives de la Baltique et qui a l’air russe — qui est en bonne santé, blanc, accompagné de sa femme, de son enfant et de son chien. Qu’il soit russe ou non, en bonne santé ou non, et même qu’il ait réellement existé ou non, importe peu. Les journaux publieront la photographie sous la légende «les Russes arrivent», et, pour le dégénéré, cet argument suffira à annuler l’élection. C’est ainsi que le système est organisé, et ils ont eu recours à cette méthode plus d’une fois.

Ainsi, si l’on demande dans l’abstrait laquelle de ces deux formes de démocratie l’emportera, je pense que ce sera la nouvelle. Tel est l’avenir qu’ils ont planifié. L’ancienne démocratie n’a pas encore pleinement compris que la dysgénie, la dégénérescence et les valeurs non traditionnelles sont tout ce qu’il reste à la nouvelle démocratie à avaler et à annihiler. Et ce n’est pas une question. C’est un ordre, et un ordre ne se discute pas: c’est ainsi que cette société est construite. Nous connaissons mal l’Occident contemporain, raison pour laquelle nous sommes surpris que quiconque puisse voter pour un tel programme. En réalité, ceux qui ne voteront pas pour la nouvelle démocratie seront privés du droit de vote et envoyés en «rééducation» — dans des colonies spéciales où le changement de sexe sera obligatoire. Voilà comment tout cela finira.

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Ce qui se passe est grave. Cela ne touche pas seulement la culture de l’Occident, mais aussi sa politique et son économie. L’Europe détruit sa propre économie de ses propres mains — et elle s’en réjouit. Les gazoducs qui ont explosé ne représentaient pas seulement notre argent; ils représentaient aussi l’argent des Allemands. Après avoir ruiné leur secteur énergétique et leur économie, ils décident que c’est ainsi que les choses doivent être. Il ne peut en aller autrement lorsqu’on a affaire à une Furie. Et, dans l’est de l’Allemagne, beaucoup refusent de dire « miaou » et « ouaf » sur l’ordre de Merz — cette demi-caricature d’homme, moitié cabaret des minorités, moitié Tarantino. Certains ont déjà cédé; d’autres non. Et il faut se préparer à la probabilité que, dans l’Occident, la nouvelle démocratie l’emporte. C’est à elle que nous devrons avoir affaire.

* * *

Le mouvement LGBT et toutes les perversions, y compris celles montrées sur des photographies de responsables politiques de gauche de la République fédérale d’Allemagne, sont catégoriquement interdits dans la Fédération de Russie.

La route vers Mad Max ? - Carburant, pénurie et effondrement à venir

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La route vers Mad Max ?

Carburant, pénurie et effondrement à venir

Constantin von Hoffmeister

La route vers Mad Max commence bien avant que le premier convoi armé n’apparaisse à l’horizon. Elle commence lorsque les pétroliers cessent de circuler, que les raffineries s’éteignent, que les dépôts de carburant se vident et que les machines qui nourrissent les villes et déplacent les armées commencent à manquer de combustible. Il y a d’abord le choc des prix. Puis les files d’attente. Puis le marché noir. Puis vient la question que redoute tout gouvernement: que se passe-t-il lorsque le système existe encore sur le papier, mais que le carburant qui le maintient en vie n’arrive plus?

La diplomatie a soudain revêtu un caractère d’urgence. Sergueï Lavrov et Marco Rubio se sont rencontrés à New York. Des représentants américains et iraniens ont mené des pourparlers indirects en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Kirill Dmitriev s’est rendu aux États-Unis pour s’entretenir avec des membres de l’administration Trump. Xi Jinping est arrivé à Washington pour une visite d’État, où Trump l’a accueilli personnellement à la base interarmées d'Andrews. Ces rencontres portent sur des guerres, des puissances et des intérêts différents, mais elles se déroulent toutes sur une même toile de fond: l’énergie.

1a8257edbaaf4ef41cac9fcfbc7acf53.jpgHalford Mackinder enseignait que la politique mondiale repose en dernière instance sur la maîtrise de l’espace physique, des communications et des ressources. Les États peuvent parler le langage du droit, des valeurs et de la diplomatie, mais les navires ont toujours besoin de carburant, les camions de gazole et les armées de lignes d’approvisionnement. L’actuelle effervescence diplomatique peut donc être interprétée, en partie, comme une réaction à un fait matériel qu’aucun communiqué ne saurait faire disparaître: le système mondial d’approvisionnement en carburants est soumis à de très fortes tensions.

81749129abd65e8b4403e5ea310f1323.jpgAlfred Thayer Mahan aurait immédiatement compris l’origine du danger. L’économie moderne reste tributaire d’une poignée de passages maritimes que la géographie a rendus irremplaçables. Le détroit d’Ormuz est désormais fortement perturbé, Bab el-Mandeb demeure dangereux et l’oléoduc saoudien Est-Ouest a été temporairement fermé à la suite d’attaques. Il ne s’agit pas de simples lignes tracées abstraitement sur une carte. Ce sont les artères par lesquelles le pétrole brut et les produits raffinés circulent du producteur au consommateur. Lorsque plusieurs artères se rétrécissent simultanément, l’ensemble du système commence à se disputer les itinéraires encore disponibles.

Le pétrole peut exister sous terre en quantités considérables, mais cela importe peu s’il ne peut atteindre une raffinerie, si celle-ci ne peut se procurer de matière première ou si le gazole raffiné ne peut être acheminé jusqu’à son marché. Mahan écrivait sur la maîtrise des mers en termes militaires. Aujourd’hui, celle-ci signifie aussi la maîtrise des routes empruntées par les pétroliers, des terminaux d’exportation et des polices d’assurance qui permettent aux cargaisons de prendre la mer.

nicholas-j-spykman.jpgNicholas Spykman soutenait que la puissance se concentre le long de la grande frange littorale de l’Eurasie. Il suffit d’observer la crise du gazole pour voir sa carte se dessiner presque d’elle-même. La Russie a restreint ses exportations de gazole après que des attaques ukrainiennes répétées eurent endommagé ses capacités de raffinage. Les routes du Moyen-Orient sont perturbées. Les raffineurs asiatiques doivent se disputer le pétrole brut et décider de la quantité de carburant qu’ils peuvent réserver aux acheteurs étrangers.

En conséquence, les États-Unis sont devenus encore plus importants en tant qu’exportateurs, alors même que les consommateurs américains paient eux-mêmes des prix records: la moyenne nationale du prix du gazole a dépassé les six dollars le gallon ce mois-ci.

Les stocks mondiaux sont si faibles que, selon Reuters, la pénurie pourrait se prolonger bien au-delà du début de l’année 2027. Le problème ne se limite donc plus à une guerre en particulier. La pression se propage de la Russie au Golfe, du Golfe à l’Asie, de l’Asie à l’Europe et à l’Afrique, puis de la demande étrangère au marché intérieur américain. Spykman voyait l’Eurasie comme une ceinture stratégique interconnectée. Le marché du gazole démontre la même chose à travers les oléoducs, les raffineries et les pétroliers.

84-88.-Carl_Schmitt1.jpegVient ensuite le problème des sanctions, et Carl Schmitt se révèle ici plus utile que la plupart des économistes. Schmitt insistait sur le fait que le pouvoir politique se révèle le plus clairement dans la capacité à décider du moment où les règles ordinaires cessent de s’appliquer. Le 18 septembre, Trump a promulgué le Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act. Entre autres dispositions, cette loi autorise le président à imposer des droits de douane pouvant atteindre 100% aux principaux acheteurs de pétrole et de gaz naturel russes. Il s’agit d’un pouvoir juridique considérable. Mais le pouvoir sur le papier et le pouvoir dans la pratique sont deux choses différentes.

La Chine et l’Inde demeurent des acheteurs essentiels de l’énergie russe, tandis que le pétrole brut russe continue d’alimenter des raffineries approvisionnant les marchés mondiaux. Appliquer la loi avec une rigueur maximale pourrait donc pénaliser Moscou tout en accentuant la pression sur le marché même des carburants que Washington cherche à stabiliser. Le paradoxe est éminemment schmittien: plus le pouvoir d’exception placé entre les mains de l’exécutif est grand, plus celui-ci peut être amené à juger avec prudence du moment où ce pouvoir peut effectivement être exercé.

Friedrich_List_1845_crop.jpgFriedrich List aurait immédiatement discerné le problème de fond. Un pays n’est pas économiquement souverain au seul motif qu’il peut acheter à bas prix quelque chose à l’étranger. La souveraineté exige des capacités productives. Certains États produisaient beaucoup plus de carburants raffinés qu’ils n’en consommaient, tandis que d’autres ont laissé stagner leurs capacités de raffinage parce que les importations coûtaient moins cher. Ce dispositif paraissait efficace parce que les voies maritimes étaient ouvertes, les exportateurs fiables et les risques politiques apparemment maîtrisables. Ce monde est en train de disparaître. Les exportations russes ont été restreintes, les capacités de raffinage et le transport maritime au Moyen-Orient ont été frappés par la guerre, et les raffineurs asiatiques ajustent leur production en fonction de leurs propres besoins. Même la Chine, qui a récemment augmenté ses exportations de produits raffinés, considère celles-ci comme une variable qu’elle peut restreindre ou accroître en fonction de sa situation intérieure. L’ancienne distinction de List entre la richesse et le pouvoir de produire de la richesse paraît soudain moins désuète. Un parc de réservoirs rempli de gazole importé constitue une richesse. Une raffinerie capable de remplacer ces importations constitue une puissance.

Karl-Polanyi.jpgKarl Polanyi aurait ajouté que les marchés n’existent jamais indépendamment de la société. Sur un écran de négociation, le gazole apparaît comme une marchandise parmi d’autres; mais, hors de la salle des marchés, il fait fonctionner presque tout ce qui maintient la société industrielle en vie. Les pénuries d’essence gênent les automobilistes et deviennent vite politiquement douloureuses. Les pénuries de gazole ont une portée bien plus vaste. Les camions transportent la nourriture. Les tracteurs cultivent les champs. Les excavatrices ouvrent les mines et les chantiers de construction. Les navires de pêche ramènent des protéines à terre. Les groupes électrogènes de secours maintiennent en fonctionnement les hôpitaux, les usines et les télécommunications.

Lorsque le prix du gazole augmente brutalement, la hausse ne reste pas cantonnée à la station-service. Elle se répercute sur le fret, l’alimentation, la construction, l’exploitation minière et l’électricité. Voilà pourquoi la pénurie actuelle revêt davantage d’importance qu’une flambée ordinaire des prix des matières premières. Une société moderne peut s’accommoder du renchérissement d’un produit de luxe. Il lui est bien plus difficile de faire face à une hausse du coût du transport, de la production et de la livraison de presque tout. Reuters décrit aujourd’hui les stocks de plusieurs grands marchés comme historiquement bas, tandis que les marges de raffinage asiatiques ont atteint des niveaux extraordinaires. Polanyi soulignait que les chocs économiques finissent par devenir des chocs sociaux. Le gazole constitue un mécanisme de transmission exceptionnellement direct.

202209301735.jpgFernand Braudel nous aurait invités à cesser de regarder uniquement les présidents pour nous intéresser plutôt aux structures qui se trouvent sous eux. L’Afrique en offre une illustration. Pendant des décennies, une grande partie du continent a exporté du pétrole brut tout en important des produits pétroliers raffinés. Des pétroliers arrivaient dans les ports côtiers, le carburant était déchargé, puis des flottes de camions-citernes le transportaient sur des centaines, voire des milliers de kilomètres vers l’intérieur des terres. Ce système dépend de transports maritimes bon marché, de ports opérationnels, de centres de raffinage accessibles et d’une quantité suffisante de devises pour acheter les produits. Supprimez un élément et le réseau devient coûteux. Supprimez-en plusieurs à la fois et le réseau peut commencer à se gripper.

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L’immense raffinerie Dangote (photo), au Nigeria, est importante précisément parce qu’elle modifie cette ancienne structure en créant de grandes capacités de raffinage au sein même de l’Afrique. Ses exploitants s’attendent désormais à ce que les tensions mondiales sur les carburants persistent au-delà de la guerre actuelle au Moyen-Orient. Braudel écrivait l’histoire en étudiant les fondements matériels lents qui sous-tendent les événements politiques spectaculaires. Les raffineries, les ports et les dépôts de carburant appartiennent à cette couche plus profonde.

immanuel_wallerstein.jpgL’approche des systèmes-monde d’Immanuel Wallerstein aide à comprendre pourquoi les États importateurs les plus pauvres subissent les conséquences les plus graves. Un pays industriel riche confronté à un gazole coûteux peut puiser dans ses réserves, subventionner les consommateurs, ajuster les taxes, surenchérir sur les concurrents les plus pauvres pour accaparer des cargaisons ou réorienter une partie de la demande vers d’autres formes d’énergie. Un pays pauvre qui importe la quasi-totalité de son carburant dispose de moins de moyens de défense. Il participe aux mêmes enchères mondiales avec moins d’argent. Lorsque l’offre se contracte, le plus offrant ne reçoit pas simplement un meilleur service: quelqu’un d’autre risque de ne recevoir aucune cargaison.

Les tensions actuelles sur les carburants au Pakistan ont déjà poussé le gouvernement à rétablir des mesures d’économie d’énergie, notamment des restrictions sur l’utilisation de carburant par les services officiels et une réduction des horaires d’ouverture des commerces. Dans une telle crise, la ligne de partage décisive ne se situe donc pas simplement entre l’Est et l’Ouest ou entre le Nord et le Sud. Elle passe entre les États possédant une profondeur financière, industrielle et logistique suffisante pour absorber un choc et ceux dont l’économie dépend d’un flux ininterrompu de produits importés de première nécessité.

imaikhge.jpgIbn Khaldoun aurait compris ce qui se produit ensuite, car il considérait l’ordre politique comme quelque chose d’enraciné dans la cohésion matérielle plutôt que dans le cérémonial gouvernemental. Lorsque le camion-citerne cesse d’arriver, la crise se propage vers le bas à travers la société. La pompe d’irrigation tombe en panne sèche. Le tracteur reste immobilisé près du champ. Le moulin à farine réduit sa production. Le camion de livraison ne peut effectuer sa tournée. Les denrées alimentaires deviennent plus chères. L’approvisionnement en électricité devient moins fiable. La colère, qui concernait initialement le prix du carburant, commence à se greffer sur tous les griefs déjà présents dans la société. Les gouvernements des États fragiles tombent rarement à cause d’un seul produit, mais les pénuries peuvent révéler des faiblesses jusque-là dissimulées. Voilà pourquoi la pénurie de gazole mérite autant d’attention que les engrais et les céréales. L’agriculture dépend de ces trois éléments. Supprimez les engrais et les rendements baissent. Supprimez les importations de céréales et les prix alimentaires augmentent. Supprimez le gazole et même les céréales disponibles risquent de ne pas parvenir jusqu’aux villes.

2007_Giovanni_Arrighi_lecture_in_South_Africa.jpgGiovanni Arrighi aurait replacé ce phénomène dans le cadre de la redistribution plus générale du pouvoir économique actuellement en cours. Les exportateurs d’énergie exercent une influence parce que le système industriel ne peut toujours pas fonctionner sans des flux denses de matières premières physiques. La Russie, l’Iran et les producteurs du Golfe occupent donc des positions qui ne peuvent être comprises uniquement à travers les tableaux du PIB ou les valorisations des marchés financiers.

Parallèlement, des consommateurs tels que la Chine et l’Inde acquièrent leur propre influence parce qu’ils peuvent absorber d’énormes volumes qui étaient autrefois acheminés ailleurs. Le pétrole brut russe peut être expédié vers l’est, raffiné en Asie, puis revenir sur les marchés mondiaux sous une autre forme. Par conséquent, les sanctions réorganisent les échanges plutôt qu’elles ne les font simplement disparaître. Les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes ont imposé des coûts réels à la Russie, notamment des pénuries intérieures et une réduction des capacités de raffinage, mais elles ont également contribué à resserrer l’offre internationale de gazole. Cela ne démontre pas l’existence d’une stratégie russe délibérée visant à provoquer une pénurie mondiale. Cela signifie toutefois que la rareté matérielle peut accroître la valeur de négociation des approvisionnements russes qui demeurent disponibles.

antonio-pires-127138316-206872931015399-8647872110804292462-n.jpgJean Thiriart concevait la géopolitique en termes de blocs continentaux plutôt que de petits États isolés, et le choc actuel sur les carburants montre pourquoi l’échelle continentale est importante. L’Europe découvre une fois encore que la sécurité énergétique est indissociable de la géographie. Les États-Unis peuvent s’appuyer sur une immense production pétrolière intérieure. La Russie dispose de vastes réserves d’hydrocarbures. La Chine possède d’énormes capacités industrielles et de raffinage. L’Inde a construit certaines des raffineries les plus importantes au monde. L’Europe, en revanche, combine une forte consommation avec une dépendance considérable à l’égard de l’énergie et des produits raffinés importés. Les prix records des carburants dans plusieurs pays européens sont donc plus qu’un problème pour les consommateurs. Ils révèlent le coût lié au fait d’occuper une péninsule riche mais dépendante des ressources, à l’extrémité occidentale de l’Eurasie, alors que les relations avec son plus grand fournisseur d’énergie oriental sont brisées. La question de savoir si l’Europe réagira en diversifiant davantage ses sources d’approvisionnement, en reconstruisant ses capacités de raffinage, en accélérant l’électrification ou en rouvrant éventuellement certains canaux avec la Russie est d’ordre politique. La géographie, toutefois, n’a pas changé.

2023_Aleksandr_Dugin.jpgLe langage de la multipolarité d’Alexandre Douguine offre une autre manière d’interpréter l’effervescence diplomatique. Le monde devient plus difficile à organiser autour d’un centre unique capable de fixer des règles à tous les autres. Washington peut sanctionner la Russie, mais doit tenir compte des réactions chinoises et indiennes. La Russie peut réorienter son énergie vers l’est, mais la Chine et l’Inde peuvent exiger des rabais. La Chine peut tirer parti de son envergure industrielle, mais demeure fortement tributaire des routes maritimes de l’énergie. Les monarchies du Golfe possèdent du pétrole et des capacités de raffinage, mais la guerre peut fermer leurs voies de sortie. L’Iran peut menacer Ormuz, mais toute perturbation menace également les clients asiatiques avec lesquels Téhéran souhaite entretenir des relations. Aucun acteur n’est souverain sur l’ensemble du système. Chacun possède quelques atouts majeurs et plusieurs faiblesses. Dans la pratique, la multipolarité ressemble donc moins à un congrès harmonieux des civilisations qu’à un marché âpre où s’échangent rapports de force, avantages géographiques et nécessités. Les négociations actuelles prennent tout leur sens sous cet angle: les puissances discutent parce qu’aucune d’entre elles ne peut maîtriser toutes les conséquences d’une poursuite de l’escalade.

Arnold-J-Toynbee-FBA.width-592.jpgArnold Toynbee écrivait que les civilisations sont façonnées par leurs réponses aux défis. Les mois à venir pourraient constituer une épreuve d’une brutalité très concrète. Le système mondial du gazole est déjà sous tension: les prix américains ont dépassé six dollars le gallon, les marges de raffinage asiatiques ont atteint des niveaux records, les consommateurs européens sont confrontés à des coûts de carburant exceptionnellement élevés et les analystes s’attendent à ce que l’épuisement des stocks demeure problématique jusqu’en 2027.

Pourtant, les marchés s’adaptent aussi. La Chine peut exporter davantage de produits raffinés. De nouvelles capacités de raffinage peuvent entrer en service. La demande peut baisser. Le détroit d’Ormuz peut rouvrir plus largement. Les raffineries russes peuvent être réparées. D’autres voies d’approvisionnement peuvent se développer. Voilà pourquoi Moscou, Washington, Pékin, Téhéran et les capitales du Golfe ont toutes intérêt à négocier avant que la pénurie ne devienne incontrôlable. Le danger est réel, mais la capacité du système à se réorganiser l’est également. L’enjeu consiste désormais à déterminer qui supportera le coût de cette réorganisation.

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Et c’est là que l’image de Mad Max cesse d’être entièrement comique. Si les négociations échouent, les États les plus riches ne sombreront probablement pas dans des batailles pour des jerricans. Ils disposent de réserves, d’argent, d’infrastructures et de solutions de remplacement. Les États les plus vulnérables risquent d’être confrontés à une situation plus dure: approvisionnement intermittent, marchés noirs, raffinage improvisé, coupures d’électricité, paralysie des transports et troubles politiques.

8fbc20fb1eb940e6a0f2f81078d5aa7c.jpgThomas Hobbes avait compris que l’ordre dépend en partie de la capacité de l’État à assurer la sécurité physique. Dans le monde moderne, cela inclut le maintien des systèmes matériels dont dépend la vie quotidienne. Un gouvernement incapable d’assurer le transport des denrées alimentaires, le fonctionnement du réseau électrique et l’approvisionnement des exploitations agricoles en carburant découvre rapidement à quel point la distance entre l’ordre administratif et le désordre peut être ténue. En ce sens, l’humble baril de gazole est devenu l’un des objets stratégiques discrets de la crise mondiale actuelle.

mercredi, 30 septembre 2026

La rencontre entre Pound et Pasolini — qui le détestait d’abord avant de devenir son fervent admirateur: les coulisses de l’entretien de la Rai racontées par Luca Gallesi

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La rencontre entre Pound et Pasolini — qui le détestait d’abord avant de devenir son fervent admirateur: les coulisses de l’entretien de la Rai racontées par Luca Gallesi

Par Giovanni Sessa

Source: https://www.barbadillo.it/133742-lincontro-tra-pound-e-pa...

Les vies et la vision du monde des deux protagonistes de l’ouvrage: «Elles se croisèrent de manière imprévisible en 1967, grâce à un mémorable entretien télévisé devenu un témoignage d’une extraordinaire actualité».

Cop_Gallesi_Pound-e-o-Pasolini-400x654.jpgLuca Gallesi, essayiste et journaliste de premier plan, est un spécialiste reconnu d’Ezra Pound. Il a consacré un nombre considérable de publications au poète américain. Son dernier travail sur le sujet est un livre véritablement important. Nous faisons référence à Pound et/ou Pasolini, paru aux éditions Ares. Ses pages permettent de faire la lumière sur deux auteurs anticonformistes, critiques de la société consumériste et capitaliste qui, bien qu’ils aient suivi des voies politiques différentes, au cours d’un cheminement de recherche marqué par des passions et des souffrances personnelles, furent en réalité, à y regarder de près, des intellectuels en quelque sorte complémentaires. L’ouvrage est enrichi d’une introduction de Giuseppe Garrera qui en restitue le contexte. Les vies et les visions du monde des deux protagonistes du livre «se croisèrent de manière imprévisible en 1967, grâce à un mémorable entretien télévisé devenu un témoignage d’une extraordinaire actualité» (p. 13).

À la fin des années 1960, Pound et Pasolini semblent appartenir à deux mondes inconciliables. Ils appartiennent à des générations différentes. Pasolini «est bien intégré […] à l’establishment culturel, tandis que le vieux poète s’est presque retiré de la scène» (p. 13); il a laissé derrière lui le tempus dicendi et est entré dans le tempus tacendi.

Les lettres de l’intellectuel frioulan à Scheiwiller, l’éditeur italien de Pound, témoignent clairement d’un pathos hostile, dicté par des préjugés politiques, à l’égard de l’auteur des Cantos, qui fut interné pendant de longues années dans un hôpital psychiatrique judiciaire en raison de son adhésion au fascisme. Gallesi rappelle également qu’en 1965, Pasolini porta un jugement dévastateur sur le Dante de Pound, jugement fondé sur une évidente incompréhension idéologique. Pound était un critique acerbe du mode de vie américain, tandis que Pasolini était fortement attiré par la culture du Nouveau Monde. Pourtant, les deux hommes avaient en commun, sur le plan existentiel, leurs origines paysannes et la conviction que la poésie constituait l’unique paideia possible dans un monde désormais désacralisé, capable de mettre en accusation la dévastation de la nature et de la psyché humaine produite par la démesure usuraire du néocapitalisme.

À l’instar de l’Italien, Pound confie au cours d’un entretien qu’il «lutte pour résister à l’idée que l’Europe et la civilisation sont en train d’aller en enfer» (p. 17). Comme le remarque Gallesi, l’engagement des deux intellectuels ne fut pas sic et simpliciter politique, mais revêtit un caractère éminemment éthique et social. Chez l’Américain, cet engagement fut suscité par son adhésion à l’éthique confucéenne. À la lumière de la bibliographie critique la plus reconnue, l’auteur de Pound et/ou Pasolini retrace les vies tourmentées des deux intellectuels et expose avec force de conviction leur vision complexe du monde, en s’attardant notamment sur le retour de Pound en Italie.

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Il présente également la rencontre entre le poète américain et l’un des plus grands représentants de la Beat Generation, Allen Ginsberg (photo): «Pound […] est intrigué par ce jeune homme aux cheveux longs» (p. 38), qui admire sa poésie, mais qui «partage aussi ses idées économiques, qu’il considère comme actuelles» (p. 39), en particulier sur la question de la guerre, brutalement revenue au centre du débat public avec l’embrasement du conflit vietnamien.

À la même époque, Pasolini rencontra lui aussi Ginsberg: «Le poète beat appartient à la nouvelle gauche américaine, que Pasolini considère comme l’un des ferments culturels les plus importants de son époque» (p. 40). Ginsberg fut un homme courageux : il eut l’audace de défendre Pound contre les attaques de critiques littéraires liés à la CIA.

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Certes, Pound fut, à sa manière, «fasciste», tandis qu’après la Seconde Guerre mondiale Pasolini se rangea parmi les «antifascistes» alors que l’heure de cette confrontation était déjà largement passée. À ce propos, Gallesi remarque opportunément que Pier Paolo, en homme libre, écrivit également dans Il Reporter, financé par Arturo Michelini, et qu’il fut introduit au Corriere della Sera par Gaspare Barbiellini Amidei, un homme qui n’appartenait certainement pas à la gauche.

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Les trajectoires existentielles et intellectuelles de Pound et de Pasolini se rencontrèrent lors de l’entretien télévisé déjà mentionné, tourné en octobre 1967 et diffusé le 7 juin de cette même année: «Le mérite de cette rencontre mémorable revient entièrement à un jeune reporter de la Rai de l’époque […] Vanni Ronsisvalle» (p. 54). Celui-ci était à la fois un ami de Pasolini et un admirateur de la poésie de l’Américain. Grâce à lui, les réticences initiales d’Olga Rudge, préoccupée par les répercussions politiques que l’entretien aurait pu provoquer, furent surmontées. L’entretien figure dans le documentaire Une heure avec Ezra Pound, produit par la Rai pour l’émission «Incontri», dirigée par Gastone Favero. La voix off qui ouvre le programme et intervient entre les échanges des deux intellectuels est celle d’Arnoldo Foà. Les Cantos, quant à eux, sont commentés par Carlo Izzo, Eugenio Montale et Sergio Pautasso.

L’entretien, dont Gallesi reconstitue et analyse de manière critique les passages les plus importants, révèle tout l’univers intellectuel et poétique de Pound, y compris ses idées d’économiste hérétique. Il s’agit d’une lecture décisive pour l’exégèse de l’apport intellectuel poundien, qui permet également, grâce à la fluidité de la prose de l’auteur, de saisir le caractère extraordinaire de ce document télévisé. Les «antimodernes» Pound et Pasolini se rencontrèrent grâce au média télévisuel, dont ils avaient tous deux dénoncé le caractère «diaboliquement» problématique.

Les échanges entre les deux hommes au sujet de Joyce, Eliot et Brâncuşi nous paraissent particulièrement significatifs. En outre, à propos des Cantos, l’auteur observe: «Il importe de souligner que Pound n’accepte nullement le jugement expéditif de ceux qui affirment le caractère fortuit des citations […], lesquelles sont au contraire […] des parties d’un thème principal qui est repris et répété, comme dans une partition musicale» (p. 84).

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Au cours de l’entretien, Pier Paolo abandonne ses préjugés politiques à l’égard du poète et, dès lors, «Pound est de plus en plus présent dans l’œuvre de Pasolini» (p. 112). Dans le film Salò ou les 120 Journées de Sodome, consacré au thème de «l’anarchie du pouvoir», après les tortures infernales infligées à certains des protagonistes, on entend à la radio la voix de Pound lisant le chant XCIX, dans lequel est reproduit l’Édit sacré, recueil de préceptes éthiques confucéens. Les violences du film constituent la négation des vers de Pound et des valeurs fondamentales pour lesquelles le grand poète s’est battu. Ces vers représentent un contre-chant salvateur face à la démesure du temps présent.

Luca Gallesi, Pound e/o Pasolini, introduction de G. Garrera, Éditions Ares, 136 pages, 14 euros.

Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz

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Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz

Alexandre Douguine

Présentateur : Alexandre Guélievitch [Douguine], le week-end n’a pas été consacré uniquement aux élections russes. L’Allemagne offre une fois de plus un tableau saisissant. Des élections ont eu lieu à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — des régions qui, certes, ne sont pas les plus peuplées, et il s’agit que de scrutins régionaux. Malgré cela, la coalition gouvernementale et le chancelier Merz en personne ont essuyé un sérieux revers. Dans certains Länder, son parti n’atteint même pas le seuil des 5% nécessaire pour entrer au parlement régional. En Mecklembourg, l’AfD obtient de bons résultats dans les sondages; à Berlin, c’est la gauche. Le décompte final dans les circonscriptions uninominales reste encore à effectuer. Que se passe-t-il en Allemagne? On nous a appris que tenir deux ans au poste de chancelier ou de Premier ministre constituait déjà un exploit, et que les changements de dirigeants étaient devenus monnaie courante aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Allemagne. Ou bien quelque chose qui leur est propre est-il malgré tout en train d’y prendre forme?

Alexandre Douguine: Dans la première partie de notre entretien, nous avons dit que la société russe surmonte le côté hideux de la démocratie occidentale en y introduisant ses propres significations — et même ses propres procédures. En Occident, le mot «démocratie» lui-même a été déformé au point d’en devenir méconnaissable et s'est transformé en pouvoir des minorités.

Aujourd’hui, il existe en Occident deux démocraties, deux définitions du mot — en Amérique et en Europe, berceau de la démocratie. Selon l’interprétation la plus «avancée», la démocratie est le pouvoir des minorités.

Dans cette logique, si vous êtes un pervers, un malade — souffrant, par exemple, de démence ou de troubles cognitifs — et qu’en plus vous appartenez à une minorité ethnique, religieuse ou autre, alors c’est vous le bon «démocrate»: vous soutenez les autres minorités, vous ouvrez grand la porte à une immigration illimitée, vous abolissez les valeurs traditionnelles et vous les remplacez par des valeurs non traditionnelles. Voilà ce qui passe pour la version «avancée» de la démocratie.

Mais il existe également de larges couches de la population qui comprennent la démocratie autrement. Le «démocrate à l’ancienne » raisonne simplement: si cela ne me plaît pas, je voterai autrement, contre la coalition en place. Et il reste encore à venir une troisième démocratie, électronique, dans laquelle les robots logiciels et l’intelligence artificielle voteront. Palantir — la grande entreprise américaine d’analyse de données fondée en 2003 — prépare quelque chose de ce genre, bien que cela n’ait pas encore été annoncé.

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Ces deux mode de démocratie existent réellement — en science politique, dans le discours et dans les résolutions. Je ne les invente pas. Certains, en Occident, estiment que la démocratie est une affaire de minorités; d’autres pensent toujours que c’est la majorité qui décide. C’est à cela que l’Allemagne se heurte aujourd’hui. Les personnes qui croient au pouvoir de la majorité votent comme elles l’entendent. Celles qui ont été rééduquées, formées à aimer l’ignoble migrant violeur et le déviant qui erre dans les rues des vieilles villes européennes, votent autrement. Il existe même un mot pour cela: la dysgénie. Les libéraux de gauche dans l’esprit de Merz prêchent que plus une personne est repoussante et laide, mieux c’est. On rassemble d’immenses chœurs de dégénérés qui remplissent des hangars entiers — entonnent des chants grotesques, appuyés par des musiciens et des chefs d’orchestre; ils sont censés chanter mal et faux, parce que le beau chant est considéré comme un signe de «suprémacisme élitiste ». Merz est le porte-parole de cette dysgénie, tout comme le couple Macron, chez qui l’on ne saurait distinguer lequel est l’homme et laquelle est la femme.

Ces minorités se considèrent comme les seules détentrices légitimes de la démocratie. Mais certaines régions d’Allemagne — l’Est et le Nord, en particulier la Saxe-Anhalt — voient les choses autrement. Des Baltes et des Slaves y vivaient autrefois; ce sont à l’origine des terres slaves et baltes. Peut-être les gènes des gens respectables y ont-ils survécu. Ou peut-être le socialisme en RDA [République démocratique allemande] a-t-il rendu service à la population locale en la laissant attachée à l’ancienne démocratie.

L’ancienne démocratie, c’est ce qui se produit lorsqu’un citoyen ordinaire contemple le cauchemar qui l’entoure — lorsqu’on le force à dire que deux et deux font cinq, qu’il est plus en sécurité aujourd'hui alors même qu’on peut le poignarder et le tuer à chaque coin de rue, et que quiconque n’est pas d’accord avec cette situation est un fasciste — et que rien de tout cela ne parvient à entrer dans son esprit. Pour lui, pouvoir marcher dans une rue sans que rien ne lui tombe dessus et voir des gens se parler poliment est une bonne chose. Ce n’est pas du fascisme. C’est l’exigence minimale d’un ordre sain.

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Une grande partie des Allemands ne votent ni pour la droite ni pour la gauche. Ils votent pour la démocratie à l’ancienne: pour que la vie soit commode et vivable, et non pour financer des chœurs dysgéniques, des hurluberlus qui s'identifient à des animaux, à des chiens, et des habitués de clubs BDSM qui scandent: «Pas d’AfD, pas de normalité». Ce qui s’affronte, au fond, c’est la démocratie telle que la conçoit une personne normale et la démocratie imaginée par une personne gravement perturbée par une démence quelconque. La même chose se produit en Amérique.

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Il est difficile de dire laquelle des ces deux conceptions de la démocratie l’emportera. J’ai un jour discuté de cette logique minoritaire avec Francis Fukuyama lors d’un débat. Il disait que toute majorité est dangereuse: elle peut choisir Poutine, un dictateur ou Hitler; il ne faudrait donc pas l’écouter, mais, au contraire, écouter les «minorités dysgéniques», les dégénérés et les personnes atteintes de démence. Parce qu’ils sont faibles, ils incarnent la «pensée faible», une philosophie faible et une théologie faible; selon cette théorie, de tels dirigeants à l’esprit déficient seraient préférables pour un pays à de sérieux bâtisseurs d’ordre. Le chaos et la schizophrénie, soutient-on, seraient préférables à l’ordre et à la paranoïa. Il est difficile de prévoir l’issue de cet affrontement.

Lorsque l’AfD a remporté les élections en Saxe-Anhalt, il a été proposé de lui interdire l’accès aux informations classifiées de la Bundeswehr — au motif qu’elle n’adhère pas à la démocratie des minorités et représente dès lors un autre type anthropologique; elle «n’aurait pas le droit» de savoir, car elle pourrait relier les faits entre eux et agir rationnellement. Selon cette logique, les véritables visages de la nouvelle démocratie sont Kaja Kallas, Ursula von der Leyen et Annalena Baerbock — représentantes de ce qu’ils appellent les «minorités mentales».

61+d1SR7OFL._UF1000,1000_QL80_AIweblab1381794,T1_.jpgVous direz qu’il s’agit, de ma part, d’une parodie malveillante de l’Occident contemporain. Lisez leurs manuels de science politique, leurs cours de philosophie et leurs études culturelles; parlez aux philosophes qui incarnent cet Occident. Prenez Žižek, une icône de la pensée libérale: négligé, à la parole inarticulée, il transforme chaque phrase en un paradoxe dépourvu de sens qui humilie la raison. Ce n’est pas un hasard s’il a intitulé l’un de ses livres Moins que rien — Hegel et l’ombre du matérialisme dialectique. Voilà le diapason de l’orthodoxie philosophique actuelle: un festival de dégénérés qui ont érigé la dysgénie en principe. La dysgénie est l’opposé de l’eugénisme: il ne s’agit pas de favoriser la reproduction du meilleur type humain, mais de celle du pire, de lui confier le pouvoir et de l’écouter au nom de la «solidarité» et de «l’empathie». Plus la strate des déficients mentaux est importante en politique et aux plus hautes fonctions de l’État, plus la garantie est solide que les personnes normales n’accéderont pas au pouvoir.

Pour l’instant, cela ne fonctionne pas tout à fait. Ils semblent tout contrôler, et pourtant une vague de mécontentement monte. La vieille démocratie citoyenne, tranquille et petite-bourgeoise, semble dire: je n’ai pas disparu; je vais voter. À Berlin, on ne peut pas voter pour l’AfD — car ce serait comme voter pour Poutine ou Trump; dans le bureau de vote, au sens figuré, les groupes dysgéniques vous mettront en pièces. Plus à l’est, les gens votent tout à fait tranquillement pour l’AfD. C’est un vote en faveur de la normalité contre une anti-normalité confortablement installée.

Regardez ce que propose Merz. Premièrement, une immigration illimitée. Deuxièmement, des valeurs anti-traditionnelles et des défilés consacrés à toutes les perversions imaginables. Et, parallèlement, la guerre contre la Russie, la militarisation et la surveillance totale. Ces deux orientations sont incompatibles. Soit vous choisissez les défilés — et vous vous rapprochez alors d’une Greta Thunberg déchaînée et de son fondamentalisme écologique —, soit vous choisissez la guerre, auquel cas il vous faut du nationalisme, du patriotisme, du «fascisme».

Comment concilier le fait que Merz attise d’une main une vague de désintégration et appelle, de l’autre, ces mêmes personnes à se préparer en toute hâte à la guerre contre la Russie? Une personne normale examine cette proposition et constate qu’elle ne tient pas debout. L’exigence de s’abandonner à la décadence tout en devant, simultanément, «se mettre à courir ventre à terre vers le front de l’Est» paraît relever de la folie totale à quiconque possède encore un peu de raison. Selon toute apparence, ces personnes sont plus nombreuses dans l’est de l’Allemagne, dans l’ancienne Prusse. Les gens de ces régions se sont révélés plus sains.

Perte de la raison pure

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Perte de la raison pure

Par le Dr. Hans Hofmann-Reinecke

Source: https://pi-news.net/2026/09/verlust-der-reinen-vernunft/

La politique relève exclusivement de la raison. Pourtant, les opinions politiques naissent souvent sur le plan émotionnel.

La raison est la faculté de reconnaître les liens entre les choses et d’agir sur la base des connaissances ainsi acquises. À cette aune, aucune des décisions politiques stratégiques prises au cours des quinze dernières années n’a été raisonnable. Aujourd’hui, la réalité rattrape nos gouvernants, qui tentent par tous les moyens de se maintenir au pouvoir contre la volonté de la population. Mais comment a-t-on seulement pu en arriver là?

Supposons tout d’abord que les gouvernants s’efforcent de consacrer toutes leurs forces au bien-être du peuple, d’accroître sa prospérité et de le préserver de tout préjudice. On sait certes que Mobutu, Mugabe et leurs semblables sont devenus milliardaires grâce à la corruption et aux dépens des peuples qui leur avaient été confiés, mais cela, c’est l’Afrique. En Europe, voire au sein de l’Union européenne, de tels manquements de la part de nos dignitaires seraient tout de même inconcevables.

Comment a-t-il alors été possible que notre pays soit si impitoyablement ruiné sous les yeux d’une population éclairée et démocratique?

Depuis Emmanuel Kant, nous savons que la raison pure ne saurait être l’unique source de nos décisions. Les réactions vitales sont déclenchées par des émotions profondément programmées dans notre système d’exploitation. Lorsque la main est posée sur une plaque de cuisson brûlante, il n’est pas temps d’analyser les causes ni de comparer les différentes possibilités d’action.

Nous sommes donc dotés de deux systèmes de navigation indépendants, qui se contredisent parfois: la raison et le sentiment. Selon la situation, l’un est plus utile que l’autre. Et suivre la mauvaise boussole peut coûter très cher. D’incommensurables souffrances humaines naissent du fait que des questions auxquelles seul le cœur peut répondre sont tranchées par l’intellect; et, inversement, du fait que les émotions dominent lorsque l’intellect serait en mesure d’apporter la solution.

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Greta et les ours en peluche

La politique relève exclusivement de la raison. Pourtant, les opinions politiques naissent souvent sur le plan émotionnel, et ce n’est pas une bonne chose. Une telle politique des cœurs devient encore plus dangereuse lorsque se forment des groupes dans lesquels tous les cœurs battent au même rythme. Au sein de telles masses, la raison est mise hors circuit et l’on savoure un agréable «sentiment d’appartenance collective». On succombe à la magie de la simplification, qui élimine toute contradiction logique.

Vous souvenez-vous de Greta Thunberg ou de la culture de l’accueil avec ses ours en peluche? Aujourd’hui, tout cela n’est plus qu’embarrassant, mais à l’époque, c’était comme une révélation à laquelle le pape lui-même rendait hommage. Et bientôt, la «neutralité climatique» et la «sortie du nucléaire», aujourd’hui considérées comme si sacrées, ne seront plus, elles aussi, que des épisodes embarrassants — bien que très coûteux.

La politique s’est féminisée. Serait-ce donc aux femmes que nous devons l’abandon de la raison? Depuis que l’humanité existe, il est manifeste que les femmes suivent davantage leurs sentiments et les hommes leur intellect. Ce n’est qu’ainsi que l’humanité a survécu. Mais qu’en est-il en politique?

Mais alors, qu’en est-il d’Alice Weidel, qui, avec sa logique acérée comme une lame, fait paraître bien dépassé plus d’un homme agressif? Ou de Giorgia Meloni? Et de la légendaire Margaret Thatcher? Angela Merkel, elle aussi, était une logicienne impitoyable, dotée d’un quotient intellectuel terriblement élevé, qui avait toujours trois coups d’avance sur ses adversaires. Elle ne sortait le registre émotionnel qu’à des fins de propagande.

On ne peut néanmoins nier que la politique allemande s’est féminisée. Et l’on ne peut pas davantage nier que la politique ruineuse menée de 2010 à 2025 n’est en rien comparable aux réalisations des responsables politiques allemands de 1949 à 1964. Mais cela tenait-il aux responsables politiques — ou peut-être aux électeurs?

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La Terre est une sphère

Le personnel politique n’est pas le seul à s’être féminisé; une telle transformation s’est également produite dans l’enseignement. Au cours de mes treize années de scolarité, j’ai eu d’innombrables enseignants, mais une seule enseignante, très exactement. Aujourd’hui, le personnel éducatif est presque exclusivement féminin. Cela façonne les élèves. Leur aspiration à analyser systématiquement les liens entre les choses et à agir sur la base des connaissances ainsi acquises est négligée. Non seulement les générations concernées obtiennent des résultats de plus en plus mauvais aux tests PISA dans les comparaisons internationales, mais leur capacité à évaluer de manière critique les programmes politiques en a, elle aussi, nécessairement pâti.

Qu’il soit féminin ou masculin, le niveau de formation ainsi que l’éducation à la discipline intellectuelle doivent être à nouveau relevés si l’Allemagne ne veut pas sombrer complètement dans le tiers-monde. Il nous faut de nouveau des ministres des Affaires étrangères qui sachent que la Terre est une sphère, et des ministres des Finances qui s’intéressent aux chiffres. Nous n’avons pas besoin d’une politique woke. Le wokisme n’est qu’une astuce destinée à masquer sa propre incapacité en la faisant passer pour une vertu. Nous avons besoin de responsables politiques pour lesquels la compétence, le devoir et la responsabilité ne sont pas des mots inconnus, ainsi que d’électeurs capables d’identifier eux-mêmes de tels candidats, au lieu de laisser le Tagesschau et consorts leur dicter dans quelle case ils doivent mettre leur croix.

* * *

Le best-seller de l’auteur, Grün und Dumm (« Vert et stupide »), ainsi que ses autres ouvrages, sont disponibles sur Amazon. D’autres articles et les coordonnées de l’auteur sont disponibles sur www.think-again.org.

Une approche zen du Système

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Une approche zen du Système

Troy Southgate

Source: https://troysouthgate.substack.com/p/a-zen-approach-to-th...

yasutani.jpgBEAUCOUP trop de personnes se plaignent du Système tout en semblant parfaitement disposées à coopérer avec lui. Aucun de nous n’est parfait, et nous avons tous nos petites incohérences et contradictions, mais le plus grand danger que présente le fait de rester attaché au Système ne réside pas simplement dans la trahison de ses propres principes: il tient aussi au fait que l’on contribue à perpétuer le Système lui-même. Je vais tenter d’illustrer cela à l’aide d’un exemple emprunté à l’un des célèbres maîtres zen, Hakuun Yasutani (1885-1973) (photo).

Lors d’une séance avec l’un de ses élèves occidentaux, qui se plaignait de ne pas parvenir à accepter l’argument non dualiste selon lequel un arbre ou une pierre faisait partie de lui-même, Yasutani lui répondit ce qui suit:

« Prenez un cercle doté d’un noyau. Sans le noyau, il n’y a pas de cercle ; sans le cercle, il n’y a pas de noyau. Vous êtes le noyau, le cercle est l’univers. Si vous existez, l’univers existe, et si vous disparaissez, l’univers disparaît lui aussi. Tout est lié et interdépendant. Cette boîte posée sur la table n’a pas d’existence indépendante. Elle existe par rapport à mes yeux, qui la voient différemment des vôtres et encore différemment de ceux d’une autre personne. Par conséquent, si j’étais aveugle, la boîte cesserait d’exister pour moi. »

Bien que l’explication de Yasutani ait été conçue pour conduire ses élèves vers l’éveil bouddhique, elle est également essentielle pour ceux d’entre nous qui souhaitent mettre fin au Système. Il serait très imprudent de notre part d’affronter directement la puissance de l’Establishment mondialiste, du moins en Europe et en Amérique du Nord, mais nous pouvons néanmoins contribuer à le détruire en nous libérant de nos derniers attachements. Il peut sembler difficile de croire que le fait de tourner le dos au Système entraînera son effondrement à terme, mais c’est exactement ce qui se produira. Songez à ce que disait Yasutani: lorsqu’un individu disparaît, l’univers disparaît lui aussi. Nous débrancher du Système — ou de ce que certains appellent la Matrice — est précisément ce que nos maîtres capitalistes redoutent le plus. Si vous n’achetez pas leurs produits, ne regardez pas leurs émissions de télévision, n’envoyez pas vos enfants dans leurs écoles et ne participez pas à leur économie, vous «disparaissez» en substance de la manière décrite par Yasutani.

De même, lorsque vous aurez abandonné les derniers vestiges de la modernité, le Système «disparaîtra» également pour vous, tout comme la boîte de Yasutani ne peut plus être vue par un homme ayant perdu la vue des deux yeux. En définitive, lorsque suffisamment de personnes décideront qu’elles ne souhaitent plus renforcer le Système en prenant part à son fonctionnement, le Système lui-même dépérira et mourra. C’est précisément pour cette raison que les mondialistes recourent à des formes répressives, tirées de la technologie, afin d’étendre leur pouvoir dans le monde entier. Nous leur sommes bien trop précieux et, sans travailleurs, contribuables ni consommateurs, nous «disparaissons» définitivement des radars internationalistes.

En revanche, si vous continuez à discuter de Trump, de Poutine ou de tout autre responsable politique, vous légitimez le feuilleton grotesque qu’est la démocratie libérale; si vous regardez la propagande hollywoodienne sur Netflix, vous permettez à leur révisionnisme népotique de demeurer incontesté; si vous lisez leurs journaux, ils façonneront votre point de vue; et si vous laissez le système éducatif endoctriner vos enfants, ceux-ci grandiront en adoptant les valeurs de nos ennemis. Voilà pourquoi personne ne devrait jamais se sentir impuissant: le pouvoir est entre vos propres mains. Il est possible, assurément au cœur même de la bête, de mener la guerre contre le Système simplement en l’ignorant autant que nous le pouvons. Ceux qui, en Afrique, en Asie ou au Moyen-Orient, sont actuellement assassinés ou réduits à mourir de faim trouveraient sans aucun doute impossible d’ignorer le Système; mais pour ceux qui vivent en Occident et dans la vie quotidienne desquels le Système continue d’occuper une place injustifiable, il est peut-être temps de commencer à le faire «disparaître».

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mardi, 29 septembre 2026

Pékin, le grand médiateur

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Pékin, le grand médiateur

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/pechino-il-grande-mediatore/

La Chine se taille, avec force et détermination, un nouveau rôle sur la scène internationale.

Et ce rôle correspond parfaitement tant à sa nature historique qu’à sa projection politique pour l’avenir.

Le rôle de médiateur. Ou plutôt de Grand Médiateur, celui qui cherche à apporter une solution politique aux différends internationaux.

En évitant qu’ils ne dégénèrent en conflits armés.

C’est le rôle que Pékin est en train de se tailler. Et non par quelque «pacifisme» idéologique. Bien au contraire, c’est précisément l’histoire de la Chine qui dicte l’agenda de la Cité interdite.

Pékin ne cherche pas à étendre son territoire à la manière d’un empire. Il cherche plutôt à exercer un contrôle sur les flux et les échanges commerciaux, tout en demeurant à l’intérieur de ses frontières, qui sont déjà extrêmement vastes.

Cela ne signifie naturellement pas une quelconque forme de neutralité. Ni, à plus forte raison, de «pacifisme».

Le gouvernement chinois poursuit des objectifs précis. Et il les poursuit avec une extrême détermination.

Parmi ceux-ci, le commerce avec la Russie joue un rôle primordial. La Russie est en effet un grand producteur de matières premières, en particulier de gaz et de pétrole, qui sont indispensables à la croissance de l’économie chinoise.

Vient ensuite la liberté de commercer et d’exporter dans le monde entier les produits de son industrie. La nouvelle Route de la soie 2.0 et le «noble collier de perles» maritime en sont les deux exemples les plus connus, bien qu’ils ne soient pas les seuls.

Le gouvernement chinois, les maîtres de la Cité interdite, préfèrent éviter autant que possible les confrontations directes.

Cela ne signifie toutefois pas qu’ils ne se préparent pas à la guerre.

Ils savent parfaitement qu’ils sont dans la ligne de mire de Washington. Et que seul l’enchevêtrement complexe des intérêts financiers rend plus difficile — ou, à tout le moins, retarde — le moment de la confrontation ou de l’affrontement avec les États-Unis.

Mais celui-ci viendra tôt ou tard. C’est pourquoi Pékin s’y prépare selon une logique typiquement chinoise.

Une logique difficile à comprendre pour nous, Occidentaux, et plus encore pour les Américains, qui considèrent que l’histoire n’a commencé qu’il y a deux siècles.

La Chine et les Chinois raisonnent selon des perspectives et des horizons temporels infiniment plus longs.

Et ils ont de la patience. Beaucoup de patience.

17:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, actualité, politique internationale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’extension de la guerre contre l’Iran signalée par le contrôle de Berbera par les Émirats arabes unis

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L’extension de la guerre contre l’Iran signalée par le contrôle de Berbera par les Émirats arabes unis

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206621

Le contrôle exercé par les Émirats arabes unis (EAU) sur le port de Berbera, au Somaliland, constitue un point précis où les intérêts commerciaux et la stratégie militaire se recoupent clairement.

Un contrat de 442 millions de dollars sur trente ans

En mai 2016, la société DP World, alors dirigée par Sultan Ahmed bin Sulayem, correspondant épistolaire d’Epstein, a signé un contrat d’une durée de trente ans, d’une valeur de 442 millions de dollars, pour l’exploitation du port en eau profonde de Berbera.

En 2017, le Parlement du Somaliland a finalement approuvé la construction d’une base militaire émiratie à Berbera, donnant ainsi aux EAU accès à la piste d’atterrissage de 4140 mètres construite par l’Union soviétique, ainsi qu’à d’autres installations aéronautiques.

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L’importance stratégique de Berbera

Pour les EAU, cette porte d’accès en eau profonde située sur le golfe d’Aden occupe naturellement une position stratégique favorable: elle ne se trouve qu’à 300 kilomètres du détroit crucial de Bab el-Mandeb. Cela permet aux EAU de faire transiter des forces navales et aériennes par cette voie maritime et de défier ainsi aussi bien les intérêts d’Ansar Allah au Yémen que ceux de l’Arabie saoudite dans la région.

La base militaire est en cours d’agrandissement en vue d’une éventuelle utilisation conjointe par les EAU, Israël et les États-Unis. Le Monde a publié des images satellites à ce sujet en juillet. Des rapports OSINT diffusés sur X évoquent la construction de nouvelles positions pour missiles sol-air, de stations radar, de hangars destinés aux drones et aux avions, ainsi que de plusieurs structures souterraines, bunkers et dépôts de munitions.

Le rôle commercial de Berbera s’accroît lui aussi, les entreprises se réorientant de plus en plus vers la mer Rouge à la suite de la crise dans le détroit d’Ormuz.

Le Somaliland, théâtre d’une nouvelle bataille géostratégique ?

Lors de sa récente visite aux États-Unis, le dirigeant somalilandais Cabdiraxmaan Cirro a présenté son pays et le port de Berbera comme une porte d’accès stratégique à la mer Rouge pour les États-Unis et comme une base potentielle contre les Houthis. Des experts militaires avertissent toutefois déjà que le conflit qui se poursuit au Moyen-Orient risque de s’étendre au Somaliland et au reste de cette région africaine.

Qui profite de la vague de réarmement en Europe? - BlackRock est aux avant-postes

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Qui profite de la vague de réarmement en Europe?

BlackRock est aux avant-postes

Source: https://uncutnews.ch/wer-profitiert-von-europas-aufruestu...

Le paysage politique allemand est soumis à une pression croissante. Lors des élections régionales organisées dimanche en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU du chancelier fédéral Friedrich Merz n’a pas réussi à franchir le seuil des 5%. Pour la première fois de leur histoire, les chrétiens-démocrates ne seraient plus représentés au parlement d’un Land allemand. Avec 38,2% des voix, l’AfD est arrivée en tête et a nettement amélioré son résultat. Après l’annonce des projections électorales, Merz a néanmoins déclaré vouloir rester en fonction: «Je souhaite faire avancer notre pays».

Parallèlement, les critiques se multiplient concernant le réarmement massif de l’Europe et la question de savoir qui profite des milliards mobilisés à cette fin. Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock, se trouve de plus en plus au centre de l’attention. La youtubeuse et militante Naomi Seibt a attiré l’attention sur un discours prononcé par Beatrix von Storch, députée de l’AfD au Bundestag. Celle-ci a formulé une grave accusation devant le Parlement fédéral: la nouvelle donne politique en Allemagne, dans les domaines de l’endettement et de l’armement, profiterait précisément à l’ancien employeur du chancelier Merz.

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Avant son retour au premier plan de la vie politique, Friedrich Merz a présidé pendant plusieurs années le conseil de surveillance de BlackRock Asset Management Deutschland. Compte tenu de la politique financière et de défense actuellement menée par l’Allemagne, ce passé suscite des critiques. Sous sa direction, l’Allemagne a adopté un programme de réarmement d’une ampleur historique, prévoyant d’affecter plusieurs centaines de milliards d’euros supplémentaires à la défense. Des critiques comme Beatrix von Storch se demandent donc si cette politique ne favorise pas aussi, directement ou indirectement, les intérêts économiques de l’ancien employeur du chancelier.

Un examen de l’industrie de l’armement permet de comprendre sur quoi repose cette critique. BlackRock détient une participation importante dans Rheinmetall, l’un des plus grands groupes allemands d’armement et l’un des principaux bénéficiaires économiques de la hausse des dépenses européennes de défense. En outre, le gestionnaire d’actifs détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses autres entreprises de l’industrie de l’armement. Lorsque le cours de leurs actions augmente sous l’effet de la hausse des dépenses de défense, les fonds détenant ces actions en profitent eux aussi.

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Selon cette présentation des faits, les liens en question dépassent le cadre de l’industrie de l’armement. BlackRock intervient, ou est intervenu, en tant que conseiller dans la mise en place de structures d’investissement destinées à la reconstruction et au développement économique de l’Ukraine. Le gestionnaire d’actifs participe ainsi aux réflexions sur la manière dont des capitaux privés peuvent être mobilisés et employés pour reconstruire le pays. Beatrix von Storch a soutenu devant le Bundestag que des recettes fiscales et des milliards mobilisés par les pouvoirs publics pourraient ainsi, en définitive, être dirigés vers des structures dont bénéficierait également l’ancien employeur de Merz.

Une information publiée par Bloomberg a suscité une attention supplémentaire. Selon cette information, avant l’annonce des nouveaux projets financiers allemands, BlackRock avait sensiblement modifié son positionnement sur les obligations d’État allemandes, ou misé sur une hausse de leurs rendements. La raison en est la suivante: une forte augmentation de la dette publique peut entraîner une hausse du rendement des obligations fédérales allemandes. Les positions financières correspondantes peuvent profiter de cette évolution.

Beatrix von Storch a donc résumé son accusation devant le Bundestag en des termes particulièrement vigoureux: l’Allemagne s’endette tandis que BlackRock en tire profit. Cette accusation relie ainsi trois domaines: les participations de BlackRock dans des entreprises d’armement, son rôle dans les structures d’investissement destinées à l’Ukraine et son positionnement sur le marché allemand des obligations d’État.

Les critiques en déduisent l’existence d’un conflit d’intérêts plus fondamental entre la finance et la politique. Un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde se trouve aujourd’hui à la tête du gouvernement allemand, tandis que sont prises des décisions politiques concernant des secteurs et des marchés financiers dans lesquels BlackRock a massivement investi.

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Il convient toutefois de distinguer les liens publiquement connus de la conclusion politique qui en est tirée. Les participations de BlackRock dans les entreprises d’armement, les anciennes fonctions exercées par Merz au sein de BlackRock, le rôle du gestionnaire d’actifs dans le cadre des investissements en Ukraine ainsi que les positions sur le marché obligataire rapportées par Bloomberg constituent le fondement de l’argumentation. En revanche, l’affirmation selon laquelle Merz mènerait délibérément cette politique au profit de son ancien employeur constitue une accusation politique formulée par Beatrix von Storch et d’autres critiques.

Le fait que cette critique soit formulée par une députée de l’AfD ne change rien au fait que les liens économiques sous-jacents soulèvent une question politique: jusqu’où peut aller la proximité résultant des passages de hauts responsables entre l’un des gestionnaires d’actifs les plus puissants au monde et les plus hautes fonctions gouvernementales, alors même que sont prises des décisions portant sur de gigantesques investissements publics?

La portée de cette question dépasse par ailleurs largement l’Allemagne. Les Pays-Bas, la Belgique et la France subissent également des pressions croissantes afin d’augmenter considérablement leurs dépenses de défense. Dans ces pays aussi, BlackRock détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses entreprises, tout en gérant les capitaux d’investisseurs institutionnels et de fonds de pension qui investissent à leur tour dans des obligations d’État. Le débat allemand devient ainsi une question européenne: qui profite économiquement de la plus grande vague de réarmement que l’Europe ait connue depuis des décennies?

Plus les milliards consacrés à l’armement, à l’endettement public et à la future reconstruction de l’Ukraine seront nombreux, plus la question des éventuels conflits d’intérêts entre le monde politique et l’industrie financière gagnera en importance. Le cas Merz-BlackRock illustre à cet égard la proximité entre ces deux univers: un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde dirige aujourd’hui l’Allemagne dans une période de dépenses de défense historiquement élevées, tandis que BlackRock intervient, par l’intermédiaire de ses fonds, précisément dans les secteurs économiques et financiers susceptibles de bénéficier de cette évolution.

La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires

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La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires

Werner Olles

L’essai de David Berger, « La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires. Pourquoi l’éthique catholique classique de la paix n’a-t-elle rien perdu de son actualité ? » (Theologisches – Katholische Monatsschrift, septembre 2026), est plus urgent que jamais au regard de l’expérience de deux guerres mondiales dévastatrices et du développement de nouvelles technologies d’armement et de l’intelligence artificielle. Bien entendu, l’espoir d’un monde sans guerre nous paraît moralement souhaitable.

L’auteur pose toutefois en même temps la question légitime de savoir si le renoncement à toute forme de violence militaire correspond réellement à la conception chrétienne de l’être humain, ou s’il ne risque pas lui-même de favoriser de nouvelles formes d’injustice. Ce débat a retrouvé une actualité nouvelle à la suite de déclarations de Léon XIV, qui a affirmé que la doctrine traditionnelle de la guerre juste était dépassée au regard des formes modernes de guerre. Cette appréciation a été largement approuvée dans les médias germanophones, mais a suscité une nette opposition parmi les catholiques aux États-Unis. Elle touche en effet à un domaine central de la doctrine morale catholique, élaboré avec soin au fil de nombreux siècles et confirmé à maintes reprises par le magistère de l’Église.

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La question décisive n’est pas de savoir si les systèmes d’armes modernes sont plus terribles que ceux d’autrefois, bien que cela ne fasse aucun doute. Il convient plutôt de se demander si les transformations technologiques de la guerre peuvent rendre caducs les principes moraux fondamentaux à l’aune desquels les actes humains sont jugés, et si l’existence d’armes nucléaires, de drones ou de l’IA rend dépourvue de sens la distinction morale entre une défense juste et un recours injuste à la violence.

La doctrine classique de la guerre juste répond clairement par la négative à cette question. Elle ne se conçoit pas comme une justification de la guerre, mais comme sa limitation et son encadrement moraux les plus rigoureux. Précisément parce que la guerre constitue un mal grave, elle ne doit jamais être entreprise à la légère. Tout au plus peut-elle, sous des conditions strictement définies, être engagée en dernier recours pour défendre le bien commun. L’auteur insiste donc à juste titre sur le fait que la doctrine de la guerre juste n’est pas une éthique de la guerre, mais une éthique de la paix. Son objectif n’est pas de légitimer la violence militaire, mais de soumettre son usage à des conditions morales rigoureuses et de limiter ainsi les souffrances humaines.

L’essai de Berger examine si ces principes demeurent valables dans les conditions du XXIe siècle. À cette fin, il présente la doctrine classique de la guerre juste chez Augustin et Thomas d’Aquin, ainsi que sa genèse, dont le véritable point de départ se trouve dans l’œuvre du saint Père de l’Église Augustin (354-430), dont les réflexions ont façonné de manière décisive l’éthique chrétienne de la paix jusqu’à nos jours. Les premiers chrétiens vivaient en effet dans une situation où la question de la violence étatique ne se posait que de manière limitée. En tant que minorité religieuse dans l’Empire romain, ils n’assumaient aucune responsabilité politique et ne pouvaient influer sur les décisions de l’État. Avec la reconnaissance du christianisme au IVe siècle, cette situation changea radicalement. Les chrétiens assumèrent désormais eux-mêmes des responsabilités au sein de l’État et de la société. Mais cette question, jusque-là plutôt théorique, se posa alors avec une urgence nouvelle : un souverain chrétien peut-il recourir à la violence pour protéger ses sujets ?

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Augustin ne répondit à cette question ni par un oui sans réserve ni par un non inconditionnel. Dans son œuvre principale, De civitate Dei, il décrit plutôt la paix comme la « tranquillité de l’ordre », puisqu’elle constitue l’état naturel et véritable de la coexistence humaine. Ainsi, il ne définit jamais la paix comme un simple état politique, mais comme une « réalité morale ». C’est précisément pour cette raison que le renoncement à toute forme de violence ne saurait en aucun cas être moralement requis en toutes circonstances. Une injustice grave, la violence et l’oppression ne doivent donc pas être acceptées passivement, car elles représentent le contraire de la paix, et un tel ordre demeure profondément injuste. Le rétablissement d’un ordre juste peut dès lors, dans des circonstances exceptionnelles, rendre nécessaire le recours à la force militaire. Ce n’est pas la guerre en elle-même qui est moralement condamnable, mais avant tout ses causes.

Augustin affirme tout aussi clairement qu’une guerre juste ne doit jamais être menée par simple désir de conquête, par recherche du profit économique ou par ambition personnelle. Cette séparation entre vengeance privée et protection publique du droit constitue l’un des enseignements évidents de l’éthique augustinienne de l’État et de la paix. Elle concerne également la disposition intérieure avec laquelle une guerre juste doit être menée. La finalité de la force militaire n’est pas l’anéantissement de l’ennemi ; le véritable objectif de l’action militaire et politique demeure toujours la paix.

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Des siècles plus tard, Thomas d’Aquin (1225-1274) s’appuiera sur les fondements de cette doctrine classique et déterminera ainsi toute la tradition ultérieure. Sa théorie de la guerre juste, exposée dans la Somme théologique, apporta une contribution décisive en montrant clairement que la guerre ne se situe jamais en dehors de la doctrine morale chrétienne. Il n’élabora cependant aucune doctrine fondamentalement nouvelle, mais ordonna les idées de son prédécesseur en un édifice intellectuel cohérent. Il y intégra également sa théorie selon laquelle la justice privée et l’anarchie menacent lorsque des individus prennent les armes de leur propre initiative. Si l’État détient le monopole de la violence, ce n’est donc pas parce que la violence serait bonne en elle-même, mais uniquement parce qu’une autorité légitime peut la soumettre à des normes juridiques objectives.

Bien entendu, un souverain légitime peut lui aussi commettre de graves injustices. Se référant à Augustin, Thomas voit la finalité de la force militaire non pas dans le châtiment pour lui-même, mais fondamentalement dans la défense du bien commun. La haine, la soif de pouvoir et les cruautés s’opposent à la promotion du bien et au rétablissement d’une paix juste. Cela ressort déjà de l’ensemble de la doctrine morale thomiste, dans laquelle chaque acte particulier est soumis aux normes et aux valeurs du droit naturel. C’est là que se trouve déjà le noyau de la doctrine ultérieure distinguant le droit de faire la guerre (ius ad bellum) de la conduite moralement permise pendant la guerre (ius in bello).

La doctrine de la guerre juste, fondée par Augustin et systématiquement développée par Thomas d’Aquin, n’a cependant jamais été considérée, dans la tradition catholique, comme un édifice doctrinal figé. Les transformations et évolutions historiques, ainsi que l’expérience des deux guerres mondiales dévastatrices, ont finalement placé le catholicisme devant des défis qu’Augustin et Thomas ne pouvaient prévoir. Les guerres de masse industrialisées, les bombardements stratégiques de villes entières et le développement des armes nucléaires ont profondément et radicalement transformé le visage de la guerre. Devenue entre-temps un véritable caméléon, la guerre n’a pas seulement changé de forme technique ; les critères moraux semblent eux aussi avoir perdu leur validité. Cela contredit toutefois l’ensemble de la doctrine du droit naturel, à laquelle les États sont également tenus par principe.

Mais « c’est précisément pour cette raison que de nombreux arguments plaident en faveur de considérer la doctrine de la guerre juste non pas comme une relique des siècles passés, mais comme l’expression d’une éthique de la paix qui ne romantise pas le recours à la force militaire et ne l’exclut pas non plus catégoriquement, mais le soumet à des conditions morales rigoureuses. Aujourd’hui en particulier, dans les circonstances profondément transformées et compte tenu des possibilités techniques (IA, etc.) de la puissance destructrice humaine, cette éthique n’est pas moins nécessaire qu’à l’époque d’Augustin ou de Thomas d’Aquin, mais plus que jamais » (David Berger).

Autres contributions : « Droit, loi et pouvoir. Précieuses indications du juriste Carlos A. Gebauer », « Orage sur l’Europe », « Se convertir à l’orthodoxie ? » et « À contre-courant. Sur l’argumentation théologique dans la critique du colonialisme de Bartolomé de Las Casas ».

Contact : Verlag nova & vetera, Estermannstr. 71, 53117 Bonn.

www.theologisches.net

lundi, 28 septembre 2026

Un livre de George Orwell: Les socialistes peuvent-ils être heureux?

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Un livre de George Orwell: Les socialistes peuvent-ils être heureux?

Par Mario Grossi

Source: https://ilfondo.org/i-socialisti-possono-essere-felici-un...

Douze textes courts de George Orwell montrent le pouvoir à l’œuvre sur l’individu : la pauvreté, la bureaucratie, la discipline et l’utopie comme formes de déshumanisation.

71Bs2aGrafL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgCan Socialists Be Happy? (= Les socialistes peuvent-ils être heureux?) — Un livre de George Orwell

Certains auteurs ressemblent à des feux éteints. Les cendres de leurs chefs-d’œuvre obscurcissent et dissimulent les braises encore ardentes de leurs textes considérés comme mineurs. Or, ce sont précisément ces braises encore incandescentes qui peuvent raviver la flamme de leur talent et réveiller la curiosité du lecteur qui s’est arrêté à la contemplation des cendres superficielles, aussi majestueuses soient-elles. Tel est le cas de George Orwell, justement vénéré pour La Ferme des animaux et 1984, dont les cendres cachent des tisons brûlants qui en ravivent la splendeur.

Un recueil d’articles et de brefs essais vient de paraître sous un titre trompeur, Les socialistes peuvent-ils être heureux ?. Celui-ci reprend le titre de l’un des articles, mais ne rend pas justice au thème général qui donne sa cohérence au choix des textes réunis dans le volume. Il s’agit de douze textes courts qui, sous des angles différents, explorent un seul et même sujet, peut-être celui qui tenait le plus à cœur à l’auteur: la relation entre le pouvoir et l’individu.

Une relation totalement asymétrique en faveur du Grand Léviathan, qui exerce sa force disproportionnée contre l’individu, lequel ne dispose pas d’armes assez puissantes pour s’opposer à cette masse immense qui le domine et tend à l’écraser. Un pouvoir qui emploie tous les moyens dont il dispose pour anéantir l’individu refusant de se soumettre ou qui, afin d’éviter les ennuis, cherche à se cacher dans un territoire qu’il imagine libre, mais qui se révèle être un piège supplémentaire, incapable de le sauver du désastre. C’est l’assujettissement imposé par une entité — le Léviathan, précisément — qui, avec ses mille tentacules, ne laisse aucun répit, n’accorde aucune trêve et ne tolère aucune zone franche. Son pouvoir est omniprésent, immanent et méticuleux, et il dispose d’un instrument infaillible: la déshumanisation de l’individu lui-même.

Le Grand Léviathan exerce sa force disproportionnée contre l’individu.

Ce thème revient dans chacune des œuvres d’Orwell, à commencer par 1984, où la description de la société dystopique passe invariablement par la destruction de toute humanité chez les citoyens, qui en viennent à trahir leurs amis les plus chers et leurs convictions les plus fermes afin de ne pas être broyés par une machine infernale qui n’accorde aucun intérêt à leur individualité.

La-ferme-des-animaux.jpgLa Ferme des animaux nous montre que l’identité de ceux qui exercent ce pouvoir immense, bureaucratique, invisible et envahissant importe peu. Le simple fait de le détenir suffit à mettre en marche la machine destructrice. Les hommes ne sont pas les seuls détenteurs de ce pouvoir coercitif et infâme: il suffit que les cochons prennent leur place pour que le massacre reprenne avec un zèle renouvelé. Ce roman fait écho aux réflexions de Milovan Djilas, communiste dissident qui consacra à cette question des pages décisives dans La Nouvelle Classe.

Si l’on sonde l’atmosphère de Et vive l’aspidistra !, cette plante triste qui végète avec lassitude dans toutes les maisons de la petite bourgeoisie anglaise, on découvre que le pauvre vendeur fait partie d’un mécanisme destiné à le broyer. Le broyeur est le boa constricteur invisible que représente une société qui, sous les dehors trompeurs d’une communauté civilisée et bien élevée, le fait vivre à la limite du supportable grâce à un salaire totalement insuffisant, avant de l’abattre dès qu’il montre les premiers signes de faiblesse dus à l’épuisement auquel son travail et sa condition le condamnent. L’usure lente et inexorable de ses chaussures et de ses vêtements, qu’il n’a pas les moyens de remplacer, en constitue un témoignage tragique.

Et-vive-l-aspidistra.jpgTout cela est mystifié par l’apparente et triste dignité de ces mêmes individus, qui se bercent d’illusions dans leur paisible désespoir :

    «Ces petits-bourgeois, là-bas, derrière leurs rideaux brodés, avec leurs enfants, leurs meubles bon marché et leurs aspidistras, vivaient sans aucun doute selon le code de l’argent et réussissaient pourtant à conserver leur dignité. Ils avaient leurs règles, leurs points d’honneur inviolables. Ils “restaient respectables”: ils faisaient claquer leurs aspidistras comme des drapeaux».

La déshumanisation dont le pouvoir se sert pour soumettre l’individu est étudiée dans différents domaines.

Dans Le Quai de Wigan, long reportage consacré aux ouvriers et aux mineurs durant la Grande Dépression, Orwell décrit les conditions abrutissantes dans lesquelles ils vivent, conditions qui résultent, ici encore, de la déshumanisation que la machine du pouvoir leur impose à ses propres fins. Ce reportage rappelle de très près celui que Jack London avait publié trente ans plus tôt, Le Peuple de l’abîme. Il en va de même dans Hommage à la Catalogne, où les souvenirs de l’expérience vécue par Orwell aux côtés des républicains durant la guerre d’Espagne alternent avec la description des persécutions exercées par les émissaires soviétiques et la GPU contre les anarchistes et les socialistes.

51pyFDfa9PL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgPour revenir à l’ouvrage qui nous occupe, ces thèmes réapparaissent avec force dans Les socialistes peuvent-ils être heureux?. La déshumanisation dont le pouvoir se sert pour soumettre l’individu y est examinée dans différents contextes.

L’Asile de nuit décrit l’un des refuges londoniens qui illustrent parfaitement l’hypocrisie du pouvoir: celui-ci offre un abri et un repas en échange de la soumission totale des malheureux, auxquels on attribue un numéro qui devient leur seul moyen d’identification. Des fantômes tous semblables dans leurs vêtements en lambeaux, leur saleté incrustée et leur crainte d’être chassés par le kapo du moment, lequel réglemente, au nom du pouvoir et de la discipline, l’accès au dortoir sous couvert du slogan — quintessence de l’hypocrisie — «nous le faisons pour votre bien».

Ici encore, le pouvoir qui agit en coulisses le fait par personne interposée, comme dans Une pendaison, où le bourreau agit lui-même sous l’action de la Bête bureaucratique qui surveille et réglemente tout. Le bouleversement causé par le spectacle, pour la première fois, de la suppression d’une vie humaine impressionne Orwell, qui souligne cette barbarie en observant les rires des personnes présentes. Incapables de supporter la tension du moment, elles évacuent leur angoisse par un rire libérateur, lui aussi contraint et dirigé par des fils obscurs qui le rendent obligatoire et nullement libre, mais simplement nécessaire pour ne pas succomber psychologiquement à la tragédie du crime qui vient d’être commis.

Dans Comment meurent les pauvres, le pouvoir qui s’exerce sur l’individu malade, ayant besoin de soins mais surtout d’un soutien psychologique, est incarné par le médecin glacial et indifférent, entouré d’étudiants avides de palper, d’ausculter et de percuter des poitrines sans accorder la moindre compassion au patient. Personnalité transparente, celui-ci n’est même pas perçu autrement que comme un objet utilisable pour leurs exercices. Sa déshumanisation est totale, car il n’est même plus capable de se révolter contre cet état de fait: il subit passivement cette profanation qui prend la forme d’une visite à l’hôpital, mais qui ressemble bien davantage à l’application rigoureuse de la règle du pouvoir.

Lorsque la société idéale devient une pratique courante, le poison inhérent à une bureaucratie élitiste se révèle tel qu’il est: un monstre qui écrase tout.

127544_548a530fbb5434897cf2a9c67cc6220f.jpgOn en arrive enfin au très bref essai Les socialistes peuvent-ils être heureux?, qui semble constituer une réponse à la déshumanisation décrite dans les autres articles. Mais la réponse à ce qui paraît être une question rhétorique est : non ! Le socialisme est lui aussi une forme de consolation irréalisable, un modèle qui ne peut rendre heureux parce qu’il tente de transformer le véritable sens du bonheur.

Partant du Chant de Noël de Dickens, où le véritable bonheur s’incarne dans le dîner de Noël au cours duquel le petit Tim et sa famille peuvent enfin manger et suspendre temporairement la faim qui traverse toute leur existence, Orwell décrit ces modèles de «paradis sur terre» qui voudraient prolonger indéfiniment un bonheur ne pouvant être, dans la réalité, qu’une suspension éphémère des souffrances quotidiennes. Une société utopique dans laquelle cette prolongation infinie n’est que l’ultime et tragique tromperie infligée au malheureux, engendrant seulement l’ennui, l’incapacité de désirer et l’apparition d’une bureaucratie parasitaire qui cherche à endormir tout le monde, non «pour son bien», mais afin de ne pas être dérangée.

En somme, ici encore, lorsque la forme idéale se transforme en pratique ordinaire, le poison inhérent au pouvoir concentré entre les mains d’une bureaucratie élitiste se révèle tel qu’il est: un monstre qui écrase tout, un Moloch qui exige du sang pour étancher sa soif inextinguible, une classe élitiste entourée de ses clients, qui repose sur la peine et la terreur d’une multitude d’individus acceptant par peur un esclavage fondé sur leur abrutissement.

Il serait erroné de considérer ces articles comme un héritage figé dans le siècle dernier. Certains comportements et certains thèmes sont plus actuels que jamais, tout comme ce pouvoir omniprésent qui, bien qu’il se soit fait plus feutré, continue d’exercer une pression insupportable sur ceux qui ne participent pas au banquet des sauvés.

Les engloutis subsistent, peut-être dans une meilleure condition que celle qui est décrite ici, mais toujours écrasés par cet instrument invincible que l’on appelle la déshumanisation.

9788898607945_0_500_0_0.jpgFiche du livre:

Titre: I socialisti possono essere felice? (= Les socialistes peuvent-ils être heureux?)

Auteur : George Orwell

Sous la direction de : Santa Bellomìa

Éditeur : Ultima Spiaggia

Année : 2026

Nombre de pages : 150

Format : broché

ISBN/EAN : 9788898607945

Prix : 10,00 €

Travail productif et puissance industrielle

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Travail productif et puissance industrielle

Dr Neema Parvini

Contribution invitée pour l’Institut de politique économique conservatrice (IKW). Munich, le 25 septembre 2026.

Source: https://institutkw.de/produktive-arbeit-und-industrielle-...

Messages clés et recommandations d’action

- La distinction classique entre travail productif et travail improductif devrait de nouveau être davantage prise en compte dans la politique économique moderne : toute valeur ajoutée mesurée en termes monétaires ne crée pas dans la même mesure du capital reproductible, des connaissances techniques, des capacités industrielles ou des possibilités d’action stratégique.

- Le produit intérieur brut ne constitue pas, à lui seul, un indicateur suffisant de la puissance économique et de la résilience d’un pays, car il agrège des formes de valeur ajoutée qualitativement très différentes. Un milliard supplémentaire provenant des services financiers, du divertissement ou des services à la personne peut être précieux pour l’économie nationale, mais ne revêt pas la même importance stratégique que des capacités de production supplémentaires dans les domaines des machines, des installations énergétiques, des véhicules, des produits chimiques ou d’autres biens critiques.

- La faiblesse centrale du modèle économique néolibéral réside dans l’hypothèse selon laquelle la disponibilité mondiale pourrait, dans une large mesure, se substituer aux capacités de production nationales. Dans des conditions internationales stables, cette logique maximise l’efficacité à court terme, mais elle peut simultanément engendrer des dépendances industrielles qui ne deviennent pleinement visibles qu’en cas de sanctions, de conflits commerciaux, de crises énergétiques ou de tensions géopolitiques.

- L’industrie ne se réduit pas à la production actuelle : elle constitue une capacité d’action accumulée. Les usines incarnent des machines, des relations avec les fournisseurs, des routines techniques, des ouvriers qualifiés, des ingénieurs, des savoirs issus de l’expérience ainsi qu’un savoir-faire institutionnel constitué au fil des décennies. La disparition de telles structures est donc qualitativement différente d’un déplacement temporaire de la valeur ajoutée entre secteurs.

- Le capital financier ne peut pas remplacer rapidement et intégralement les capacités industrielles perdues. Certaines usines standardisées peuvent certes être construites en partie dans un délai d’un à trois ans, tandis que la mise en place de chaînes complexes de matières premières, d’infrastructures et de création de valeur peut nécessiter plus de dix ans. La politique économique doit donc davantage tenir compte de l’irréversibilité temporelle des pertes de structures industrielles.

- Les exemples de l’Iran, de la Russie et de la Chine montrent que les performances économiques sous pression géopolitique ne peuvent être évaluées uniquement à partir des revenus nominaux ou du PIB. Malgré de longues années de sanctions, l’Iran a encore produit plus de 1,07 million de véhicules automobiles en 2024 et accru sa production de gaz naturel de 64 % entre 2013 et 2023 ; de telles capacités illustrent la valeur stratégique d’une base matérielle de production.

- À l’inverse, le Royaume-Uni montre qu’une économie peut perdre une profondeur industrielle considérable malgré une forte productivité et un secteur des services développé : l’emploi dans l’industrie manufacturière est passé de 6,704 millions de personnes en 1979 à 2,482 millions au premier trimestre de 2026. La désindustrialisation ne doit donc pas être comprise uniquement comme un recul de la production industrielle, mais comme la disparition de sites, d’emplois, de chaînes d’approvisionnement et de capacités reproductibles.

- Une stratégie de réindustrialisation doit donc prendre le capital humain aussi au sérieux que le capital physique. La proportion d’environ 30 % de diplômés de l’enseignement supérieur en ingénierie, industrie manufacturière et construction enregistrée en Iran, contre 9 % au Royaume-Uni, montre que la puissance industrielle dépend à long terme de la formation de compétences techniques et qu’elle ne peut être créée par de seuls programmes d’investissement.

- La politique économique devrait donc compléter la perspective traditionnelle de l’efficacité par une perspective stratégique de la production. Outre le PIB, la productivité et les prix, il conviendrait de mesurer régulièrement les capacités industrielles, la profondeur du tissu national de fournisseurs, les qualifications techniques, la disponibilité de l’énergie et des matières premières, les dépendances à l’égard des importations ainsi que le temps nécessaire à la reconstruction des chaînes de valeur critiques.

- La question décisive de politique économique n’est donc pas seulement de savoir quelle quantité de valeur ajoutée une économie produit, mais aussi quels biens et quelles technologies fondamentaux elle est capable de fabriquer elle-même, à quelle vitesse elle peut accroître sa production et quelles capacités lui restent lorsque les marchés internationaux ne fonctionnent plus sans heurts.

La notion perdue de travail productif

L’une des distinctions fondamentales de l’économie politique classique, qui a largement disparu du débat contemporain sur la politique économique, concerne la différence entre travail productif et travail improductif. Paul Cockshott (photo) reprend cette question dans How the World Works et s’inscrit ainsi dans une longue tradition allant d’Adam Smith à Karl Marx en passant par David Ricardo. [1–3]

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Chez Smith, le travail productif se caractérise par le fait qu’il crée une valeur qui se fixe dans un bien vendable et subsiste au-delà du moment immédiat où la prestation est fournie. Parmi les contre-exemples, Smith cite notamment le domestique et même le chanteur d’opéra : le service peut être utile, précieux et socialement apprécié, mais son résultat disparaît au moment de sa consommation et ne laisse derrière lui aucun stock de capital reproductible. [1]

Marx développe cette distinction, mais en lui donnant une précision conceptuelle différente. Pour lui, dans les conditions capitalistes, est avant tout productif le travail qui produit directement de la plus-value et valorise le capital. Chez Marx, la frontière ne correspond donc pas simplement à la séparation entre production matérielle et services. Un service peut lui aussi constituer un travail productif, dès lors qu’il produit de la plus-value dans le cadre d’un processus de production capitaliste. [2]

Cette différence est précisément déterminante. La catégorie classique de « productif » ne signifie pas « moralement précieux », « socialement nécessaire » ou « agréable ». Elle vise plutôt à déterminer quel type de travail produit un surplus économique reproductible, un stock de capital ou un système de production. Cette distinction analytique revêt, pour la compréhension des processus modernes de désindustrialisation, une importance plus grande que ne l’admet généralement la science économique contemporaine.

Le PIB et l’angle mort néolibéral

Dans la comptabilité nationale moderne, cette distinction classique a été largement abandonnée. Le produit intérieur brut mesure la valeur ajoutée créée au sein d’une économie, qu’elle provienne de la production industrielle, des services financiers, du divertissement, de la restauration ou de nombreux autres services. Les activités liées aux jeux d’argent peuvent elles aussi faire partie de la valeur ajoutée brute mesurée. [4–5]

Il serait donc techniquement inexact d’affirmer que la science économique actuelle considère simplement « toute activité permettant de gagner de l’argent comme productive ». Le véritable problème est plus profond : dans la pratique politique, la valeur ajoutée mesurée en termes monétaires sert régulièrement d’indicateur central des performances économiques, alors même que les différentes formes de valeur ajoutée sont loin d’être équivalentes en matière de formation du capital, de capacités technologiques, de sécurité d’approvisionnement et de capacité d’action géopolitique.

Un casino peut générer des revenus, des emplois, des bénéfices et des recettes fiscales, et contribuer ainsi aux performances économiques mesurées. Mais il ne produit pour autant ni machines-outils, ni turbines à gaz, ni micropuces, ni véhicules automobiles, ni installations chimiques, ni capacités de production présentant un intérêt militaire. Un pays peut donc demeurer riche sur le papier tout en perdant des capacités qui, en cas de crise, ne peuvent être remplacées par l’argent seul.

C’est précisément là que se situe l’angle mort de l’ordre économique néolibéral. Pendant des décennies, son économie politique a de plus en plus considéré la valeur ajoutée monétaire et les capacités réelles de production comme des grandeurs interchangeables. Lorsqu’un bien pouvait être fabriqué à moindre coût à l’étranger, la délocalisation de sa production apparaissait comme un gain d’efficacité. Là où l’usine nationale disparaissait, le marché international était censé reprendre sa fonction. Le prix, le rendement du capital et la valeur ajoutée agrégée étaient déterminants ; la question de savoir quelles capacités physiques une économie possédait encore elle-même faisait l’objet d’une moindre attention.

L’erreur qui en découle ne consiste pas à déclarer les services sans valeur. Elle consiste à considérer comme interchangeables, du point de vue de leur importance stratégique, différents types d’activités économiques.

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L’Iran : les sanctions comme politique industrielle imposée

L’Iran offre à cet égard un contre-exemple remarquable. Dès novembre 1979, les États-Unis ont imposé à l’Iran, par l’Executive Order 12170, d’importantes sanctions portant sur les avoirs; la portée, l’orientation et l’intensité du régime de sanctions ont ensuite été modifiées à plusieurs reprises et considérablement élargies. [6]

Depuis 1979, le développement industriel de l’Iran n’a pas progressé chaque année, contrairement à ce que l’on affirme parfois de manière simplificatrice. Les données de la Banque mondiale font plutôt apparaître d’importantes fluctuations. Une vaste base industrielle s’est néanmoins constituée et maintenue sous des décennies de pression économique extérieure. [7] Cela apparaît de façon particulièrement nette dans le secteur énergétique. Selon l’Energy Information Administration des États-Unis, la production iranienne de gaz naturel sec a augmenté de 64% entre 2013 et 2023 seulement, pour atteindre 9,4 billions de pieds cubes. L’Iran figurait ainsi parmi les plus grands producteurs de gaz naturel au monde. [8]

Il en va de même pour l’industrie automobile. Malgré un léger recul par rapport à l’année précédente, l’Iran a encore produit 1.077.839 véhicules automobiles en 2024. [9] Il ne s’agit pas d’une production artisanale marginale, mais d’une production à l’échelle industrielle qui suppose une vaste structure de fournisseurs, d’ingénierie et de fabrication.

La thèse plus générale est que les sanctions et les restrictions à l’importation ont précisément contribué à imposer cette évolution. Il est naturellement impossible de démontrer l’affirmation contrefactuelle selon laquelle l’Iran n’aurait développé aucune industrie automobile en l’absence de sanctions. Le mécanisme n’en demeure pas moins plausible : lorsque des biens importants ne peuvent être importés de manière fiable, les incitations à développer sur le territoire national des chaînes de production, des pièces de rechange, des connaissances techniques et des capacités de fabrication augmentent.

Dans de telles conditions, les sanctions fonctionnent involontairement comme une forme brutale de politique industrielle imposée. Elles provoquent d’importantes pertes de prospérité et des inefficacités, mais peuvent simultanément imposer une substitution aux importations et une autonomie technologique. Une économie devient ainsi moins efficace au sens étroit de la division internationale du travail à court terme, mais éventuellement plus résiliente du point de vue de ses capacités physiques de production.

Dans une lecture fondée sur les rapports de puissance, il faut ajouter que l’adoption généralisée des régimes de sanctions américains par les proches alliés de Washington restreint la marge de manœuvre de ces États en matière de politique économique. La description polémique de telles relations comme « analogues à celles de vassaux » ne désigne donc pas une catégorie du droit international, mais exprime une critique de la dépendance économique extérieure asymétrique.

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Les ingénieurs constituent un capital stratégique

La structure industrielle se reflète dans la formation du capital humain. Le Global Engineering Capability Review de la Royal Academy of Engineering fait état, pour l’Iran, d’une proportion exceptionnellement élevée de diplômes universitaires techniques : au cours de la période de comparaison utilisée dans ce rapport, environ 30% des diplômés de l’enseignement supérieur relevaient de l’ingénierie, de l’industrie manufacturière et de la construction. [10]

Pour le Royaume-Uni, en revanche, l’OCDE indique qu’en 2023, seuls 9% des diplômés de l’enseignement supérieur étaient issus des filières de l’ingénierie, de l’industrie manufacturière et de la construction ; selon cet indicateur, le pays se classait au 38e rang sur 44 pays recensés. [11] Les années de référence des deux statistiques ne sont pas identiques, raison pour laquelle il ne convient pas d’en tirer une comparaison annuelle précise. La différence structurelle demeure néanmoins considérable.

La critique acerbe selon laquelle les universités occidentales produiraient un nombre croissant de diplômés dans les domaines des réseaux sociaux, du féminisme, des sciences humaines et d’autres disciplines axées sur les « compétences relationnelles », tandis que les économies industrielles formeraient des ingénieurs, est formulée de manière polémique. Elle soulève toutefois une question vérifiable d’allocation des ressources : quelle proportion de sa jeune élite universitaire un pays forme-t-il dans les domaines du génie mécanique, de la production industrielle, de l’énergie, de l’électrotechnique, de la chimie et d’autres disciplines directement liées à sa capacité de fabriquer des objets complexes?

Cette évolution présente également une ironie historique. Pendant des décennies, le Royaume-Uni a lui-même été l’un des principaux centres internationaux de formation technique. Avant 1979, les relations éducatives entre le Royaume-Uni et l’Iran étaient étroites : entre 1942 et 1978, le British Council a fait venir au Royaume-Uni près de 10.000 étudiants et visiteurs iraniens et a participé, dans les années 1970, à d’importants projets de formation en Iran. [12] La biographie personnelle d’un ingénieur iranien venu au Royaume-Uni dans les années 1970 pour y étudier l’ingénierie s’inscrit, elle aussi, dans ce schéma historique. [13]

À l’époque, de jeunes Iraniens se rendaient au Royaume-Uni parce que la formation technique britannique jouissait d’un prestige international et que le pays constituait lui-même une puissance industrielle majeure. Aujourd’hui, un ingénieur iranien peut effectuer une part beaucoup plus importante de sa formation dans son propre pays. Le transfert de connaissances s’est donc, au moins partiellement, inversé.

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Royaume-Uni : désindustrialisation malgré les gains de productivité

L’évolution britannique offre le contraste le plus marqué. Il convient toutefois d’employer le terme de désindustrialisation avec précision. Il serait erroné d’affirmer que la production industrielle réelle du Royaume-Uni a diminué chaque année depuis Margaret Thatcher. L’industrie britannique restante est en même temps devenue nettement plus productive: l’indice de l’ONS relatif à la production industrielle par emploi est passé de 35,3 en 1997 à 99,9 en 2025, pour une valeur de référence de 100 en 2023. [14]

Mais c’est précisément pour cette raison qu’une analyse portant exclusivement sur la production dissimule la rupture structurelle. Le nombre d’emplois dans l’industrie manufacturière britannique est passé de 6,704 millions en 1979 à 2,482 millions au premier trimestre de 2026. Cela correspond à une perte d’environ 63%. [15]

La désindustrialisation ne signifie donc pas nécessairement que la quantité de biens matériels produits diminue chaque année. Elle signifie la perte de profondeur industrielle: moins de sites, moins de travailleurs, des chaînes d’approvisionnement plus fragiles, une capacité d’approvisionnement nationale plus faible et la disparition de branches entières de production. Les gains de productivité peuvent longtemps masquer ce processus dans les données agrégées relatives à la production.

Le secteur de l’énergie présente une évolution similaire. Le Royaume-Uni dispose d’importantes réserves de pétrole et de gaz en mer du Nord, mais leur exploitation connaît depuis longtemps un déclin structurel. La production britannique de gaz naturel est passée de 108,4 millions de tonnes équivalent pétrole en 2000 à 28,6 millions en 2025, soit une baisse d’environ 74%. En 2025, la production totale d’énergie primaire du Royaume-Uni était inférieure d’environ 68% à son niveau record de 1999. [16]

Parallèlement, la consommation finale d’énergie de l’industrie est passée de 38,7 millions de tonnes équivalent pétrole en 1990 à 17,3 millions en 2025. [16] La consommation d’énergie ne se confond pas avec la production industrielle, mais un recul d’une telle ampleur constitue un indice supplémentaire de la transformation à long terme de la base matérielle de production.

Les fermetures concrètes d’usines rendent visibles des transformations structurelles abstraites. L’usine de moteurs Ford de Bridgend, au pays de Galles, a définitivement cessé sa production le 25 septembre 2020. [17] Les données les plus récentes du secteur automobile soulignent également l’ampleur de la pression: en 2025, 764.715 véhicules au total ont été produits au Royaume-Uni, soit 15,5% de moins que l’année précédente. La production de voitures particulières a diminué de 8,0%, tandis que celle de véhicules utilitaires légers a chuté de 62,3%. [18]

Cette évolution ne peut être entièrement attribuée à un programme politique particulier. Les taux de change, les technologies, l’évolution de la productivité, les prix de l’énergie, la concurrence internationale et les décisions des entreprises jouent également un rôle. Le néolibéralisme a toutefois fourni la justification intellectuelle permettant de considérer la perte des capacités nationales de production non comme une perte stratégique, mais souvent comme l’expression d’une spécialisation efficace.

C’est précisément là que réside la critique décisive.

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L’argent ne fait pas surgir une usine sur simple pression d’un bouton

L’idée néolibérale selon laquelle les capacités de production perdues pourraient, en cas de besoin, être simplement rachetées grâce au capital sous-estime le temps, les connaissances et les complémentarités industrielles nécessaires.

Certaines installations de production modernes peuvent être construites plus rapidement que ne le laisse penser l’hypothèse générale d’un délai de cinq à dix ans. L’Agence internationale de l’énergie estime que de nombreuses installations standardisées destinées à la fabrication de technologies énergétiques propres nécessitent environ un à trois ans de construction. Mais cette même analyse montre que les infrastructures en amont, les autorisations, les réseaux et les projets d’exploitation de matières premières peuvent demander beaucoup plus de temps. Les nouveaux projets miniers et certains éléments des infrastructures fondamentales nécessitent souvent plus de dix ans. [19]

L’unité pertinente n’est donc pas le bâtiment industriel pris isolément. C’est l’écosystème industriel qui importe: le terrain, les autorisations, le raccordement énergétique, le parc de machines, la fabrication d’outils, les fournisseurs, les matières premières, la logistique, les ingénieurs, les ouvriers qualifiés, l’expérience opérationnelle et les connaissances tacites accumulées au fil des décennies.

Pour reconstruire des chaînes de valeur complexes, une période de cinq à dix ans n’a donc rien d’exceptionnel, même si certaines usines peuvent être édifiées plus rapidement.

L’argent n’est pas, en ce sens, une usine maintenue en réserve. Le capital financier peut financer une usine, mais il ne peut pas faire en sorte qu’elle ait déjà existé. Il peut rémunérer des ingénieurs, mais il ne peut pas faire l’économie de leur formation. Il peut commander des machines, mais il ne peut pas garantir qu’en cas de crise, les fournisseurs étrangers les livreront. Il peut acquérir des brevets, mais il ne peut pas reproduire automatiquement des connaissances de production accumulées au fil de plusieurs décennies.

Renoncer à des capacités industrielles ne revient donc pas simplement à céder une production actuelle. Cela revient à abandonner des possibilités d’action futures.

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La Russie et le retour de la puissance matérielle

La Russie offre un autre exemple. Les réformes économiques menées au début des années 1990 sous Boris Eltsine ont suivi une logique radicalement favorable au marché: libéralisation rapide des prix, ouverture économique extérieure et vaste programme de privatisations. Le terme de « thérapie de choc » n’est pas ici une invention polémique rétrospective ; il a également été employé dans la littérature internationale consacrée à la politique économique. [20]

La phase de privatisation a simultanément créé d’importantes concentrations de richesse privée et d’influence politique. Sous Vladimir Poutine, le rapport de forces s’est de nouveau déplacé en faveur du contrôle étatique, notamment dans les industries stratégiques liées aux matières premières. [21]

Après 2022, les sanctions occidentales, les restrictions commerciales et la confrontation géopolitique ont de nouveau accentué les pressions en faveur de la substitution aux importations, de chaînes d’approvisionnement alternatives ainsi que d’une production industrielle et militaire davantage dirigée par l’État.

La résilience surprenante de l’économie russe immédiatement après la première vague de sanctions s’explique en partie par ces capacités matérielles. La BERD a enregistré pour le premier semestre de 2024 une croissance russe de 4,7%, après 3,6% en 2023. Parmi les causes, elle cite notamment l’augmentation des revenus pétroliers, les échanges commerciaux avec des économies n’appliquant pas de sanctions et la forte hausse des dépenses militaires. [22]

Cet exemple ne prouve toutefois pas que la capacité industrielle élimine toutes les contraintes économiques. La pénurie de main-d’œuvre et les goulets d’étranglement en matière de capacités sont devenus de plus en plus contraignants; pour 2025, la Banque mondiale ne fait plus état que d’une croissance réelle de 1,0%. [23]

C’est précisément cette combinaison qui est révélatrice: la capacité physique de production peut conférer à un État soumis à une pression géopolitique une résilience que son PIB nominal, pris isolément, sous-estime. Elle ne supprime toutefois ni la rareté des ressources, ni les contraintes démographiques, ni les dépendances technologiques.

Le même principe fondamental s’applique à la Chine, mais à une échelle encore plus grande. L’importance géopolitique de la Chine ne peut s’expliquer uniquement par les revenus, la taille de ses marchés financiers ou son secteur des services. Elle repose en grande partie sur le fait que des usines, des ports, des machines, des produits chimiques intermédiaires, des capacités de production électronique, des installations métallurgiques, des chaînes de fabrication de batteries et des millions de travailleurs techniquement qualifiés y sont physiquement présents.

L’erreur de catégorie néolibérale

C’est à ce stade que réapparaît la distinction classique entre travail productif et travail improductif.

L’objection néolibérale habituelle consiste à dire que l’accent placé sur l’industrie ne serait rien d’autre qu’un «fétichisme de l’industrie manufacturière»: les services seraient tout aussi nécessaires, les entreprises hautement productives des secteurs de la finance, du logiciel, de la recherche ou du conseil pourraient générer une valeur ajoutée considérable, et une économie moderne n’aurait pas besoin de fabriquer elle-même le plus grand nombre possible de biens.

Cette objection soulève un point réel, mais elle ne réfute pas la critique.

Bien entendu, les services sont nécessaires. Bien entendu, un logiciel peut revêtir une importance stratégique supérieure à celle de la production d’un simple bien de consommation. Et il serait évidemment absurde, du point de vue économique, de vouloir produire chaque bien dans une autarcie nationale.

La question décisive est plutôt de savoir si chaque unité de valeur ajoutée monétaire possède la même qualité stratégique. La réponse est manifestement négative.

Un pays qui génère un milliard d’euros supplémentaire grâce à l’intermédiation financière, aux jeux d’argent ou aux services à la personne ne dispose pas automatiquement des mêmes capacités qu’un pays qui produit pour un milliard d’euros supplémentaire de machines-outils, d’équipements destinés à la fabrication de semi-conducteurs, de turbines, de véhicules ou de produits chimiques intermédiaires. Ces deux types d’activités peuvent figurer dans le PIB. Leur importance pour la capacité d’une société à reproduire elle-même ses systèmes énergétiques, industriels, militaires ou d’approvisionnement diffère néanmoins fondamentalement.

L’époque néolibérale a systématiquement sous-estimé cette différence. Elle a maximisé l’efficacité à court terme par la division mondiale du travail et considéré que les capacités industrielles pouvaient à tout moment être remplacées sur le marché mondial. Les avantages liés à la baisse des coûts de production ont été immédiatement réalisés; les dépendances stratégiques qui en découlaient ont, en revanche, été reportées dans l’avenir et socialisées en cas de crise.

Ainsi, une économie pouvait devenir sur le papier plus prospère et plus efficace, tout en perdant simultanément des capacités dont dépend sa souveraineté à long terme.

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Les États-Unis et le difficile retour de l’industrie

Aux États-Unis également, ce problème est désormais reconnu sur le plan politique. Le programme électoral républicain de 2024 plaçait explicitement le rapatriement des chaînes d’approvisionnement critiques et de la production industrielle au cœur de sa politique économique. [24]

La question de savoir si cela a déjà débouché sur une réindustrialisation durable en est une autre. Les données confirment précisément le scepticisme qu’il convient d’adopter face aux grands programmes de «relocalisation» annoncés à grand renfort de publicité.

Dans une étude sur les chaînes de valeur mondiales publiée en 2026, l’OCDE conclut que, pour 2023 et 2024, les éléments attestant d’un vaste mouvement de relocalisation sont limités. Dans les 41 économies étudiées, la part de valeur ajoutée nationale pondérée par les exportations n’est passée que de 77,0% en 2022 à 77,6% en 2024. Les entreprises diversifient leurs fournisseurs et réorganisent leurs chaînes de production, mais ces évolutions ne permettent pas de conclure à une relocalisation massive de l’ensemble de la production. [25]

L’évolution de l’emploi aux États-Unis ne révèle pas non plus, jusqu’à présent, une véritable renaissance industrielle. En août 2026, le nombre de salariés affectés à la production ou occupant des fonctions non dirigeantes dans l’industrie manufacturière américaine s’élevait à environ 8,749 millions, contre 8,781 millions un an auparavant. [26]

La politique industrielle peut infléchir la tendance. Mais elle ne peut pas reconstituer par décret les écosystèmes industriels disparus. Cela confirme précisément la thèse centrale: les usines, les ouvriers qualifiés, les fournisseurs et les connaissances techniques réagissent beaucoup plus lentement que les marchés de capitaux et les annonces politiques.

Fuite des cerveaux, classements de QI et composition des élites

Une autre partie de l’argumentation, beaucoup plus spéculative, concerne la représentation répandue de la «fuite des cerveaux» hors d’Iran, de Russie et de Chine.

Dans certains classements internationaux de QI en ligne, ces pays apparaissent relativement bien placés. Une analyse de l’International IQ Test publiée en 2025 attribuait 107,19 points à la Chine, 106,3 à l’Iran et 103,16 à la Russie; le Royaume-Uni, avec environ 99,68 points, ne figurait qu’au 33e rang. Dès l’analyse suivante, le tableau avait considérablement changé : le Royaume-Uni obtenait 101,57 points et se classait au 14e rang, tandis que la Chine, l’Iran et la Russie demeuraient relativement bien placés. [27]

Ces variations importantes montrent précisément pourquoi de telles statistiques doivent être considérées avec beaucoup de prudence. Il s’agit de participants auto-sélectionnés à un test en ligne, et non d’échantillons nationaux représentatifs. Les recherches méthodologiques consacrées aux comparaisons internationales de QI indiquent en outre que de telles estimations nationales peuvent être fortement biaisées par les conditions de développement, la sélection des échantillons et les méthodes de mesure. [28]

Le classement peut donc susciter une question, mais il ne saurait apporter la preuve de l’«intelligence» moyenne des populations nationales.

Il serait tout aussi erroné d’en conclure que la fuite des cerveaux iraniens n’a pas eu lieu. La Banque mondiale décrit expressément l’émigration des travailleurs qualifiés hors d’Iran comme un problème ancien qui s’est récemment aggravé ; elle touche notamment des spécialistes techniques des secteurs de l’énergie et des technologies de l’information, ainsi que du personnel médical. [29]

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La question la plus intéressante consiste toutefois à savoir si la fuite des cerveaux et le développement de capacités techniques nationales peuvent se produire simultanément. Les données iraniennes relatives à la formation d’ingénieurs, à la production énergétique et à l’industrie automobile tendent à l’indiquer.

Une hypothèse dérangeante se dessine ainsi : l’émigration des classes moyennes urbaines diplômées ne doit pas être automatiquement assimilée à l’émigration proportionnelle de l’ensemble des compétences déterminantes pour les performances industrielles. La composition sociale et politique d’une diaspora peut différer considérablement de celle des milieux techniques et industriels qui demeurent dans le pays.

L’idée simpliste selon laquelle l’émigration entraînerait chaque fois automatiquement la disparition de «l’intelligence» d’un pays est donc insuffisante. La diaspora iranienne comporte notamment une composante oppositionnelle très visible sur le plan politique et en partie monarchiste. Sa mobilisation politique contre la République islamique ne prouve toutefois ni une perte ni un gain de compétence industrielle dans le pays d’origine.

La thèse plus générale, délibérément provocatrice, est donc la suivante : ce qui est décrit comme une «fuite des cerveaux» du point de vue des pays occidentaux d’accueil peut en partie constituer également une forme de sélection sociale et politique. Certains segments d’une bourgeoisie cosmopolite quittent le pays, tandis que d’autres groupes de population et certaines institutions continuent de développer des compétences techniques. Il ne s’agit pas d’une loi générale suffisamment établie, mais d’une question de recherche légitime.

Le paradoxe historique de la Chine et de la Russie

La Chine et la Russie rendent cette question encore plus aiguë. Au XXe siècle, ces deux sociétés ont subi des persécutions politiques massives qui ont notamment frappé les couches instruites et techniquement qualifiées.

Pendant la Révolution culturelle chinoise, des écoles et des universités ont temporairement fermé, des enseignants, des professeurs et d’autres membres de l’intelligentsia ont été persécutés, et des étudiants ont été envoyés à la campagne. [30] En Union soviétique, les répressions staliniennes menées pendant la Grande Terreur ont également frappé des scientifiques, des artistes, des élites techniques et d’autres groupes dirigeants de la société. [31]

Il ne découle évidemment pas de ces catastrophes historiques que les purges créent du capital humain. Elles ont détruit du capital humain.

Ce qui est remarquable, en revanche, c’est que des États ont pu reconstruire de vastes systèmes techniques et industriels même après de telles pertes. Malgré son coût humain extraordinairement élevé, l’industrialisation soviétique a créé une immense base industrielle fortement axée sur l’industrie lourde et la production militaire. [31]

Cela remet en question une représentation linéaire largement répandue : le groupe social qui émigre ou qui est éliminé politiquement ne correspond pas nécessairement à l’ensemble des compétences qui déterminent, à long terme, le stock de capital technique d’une économie. Les institutions peuvent reproduire les connaissances techniques; de nouvelles générations d’ingénieurs peuvent être formées; des processus d’apprentissage industriel peuvent se dérouler même dans des conditions politiques extrêmement défavorables.

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Un barista est-il productif ?

La distinction classique conduit enfin à des cas limites apparemment banals, mais éclairants sur le plan analytique.

Un barista est-il un travailleur productif ou improductif ?

Selon une définition matérielle simplifiée à l’extrême, la réponse serait incertaine: le café est immédiatement consommé et ne laisse aucun stock de capital durable. Chez Marx, le cas est en revanche beaucoup plus clair. Un barista employé par une entreprise capitaliste et dont le travail contribue à la valorisation du capital engagé peut parfaitement accomplir, au sens marxiste, un travail productif. [2]

Il en va de même pour de nombreux services. La distinction décisive ne passe donc pas simplement entre l’usine et le café.

L’exemple délibérément provocateur des barbiers turcs au Royaume-Uni touche lui aussi au cœur du problème. Si tous les barbiers disparaissaient, la société serait manifestement moins bien pourvue en ce type de services; la valeur ajoutée, les revenus et le bien-être des consommateurs diminueraient. Il ne s’ensuit toutefois pas que leur disparition aurait les mêmes conséquences stratégiques que celle d’une usine de moteurs, d’une raffinerie, d’un fournisseur de semi-conducteurs ou d’une industrie de machines-outils.

La catégorie de travail productif est donc utile sur le plan analytique lorsqu’elle n’est pas comprise comme une hiérarchie morale entre les professions, mais comme une question de capacité de reproduction, de formation du capital et d’options stratégiques.

L’industrie est une capacité d’action accumulée

L’ancienne distinction entre travail productif et travail improductif n’est donc nullement un simple vestige théorique.

Elle met en évidence une faiblesse des indicateurs modernes de politique économique : le produit intérieur brut mesure l’activité économique et la valeur ajoutée, mais non la capacité physique directe d’un État à maintenir des systèmes de production complexes ou à les mobiliser en cas de crise. Même l’OCDE souligne que le PIB ne constitue pas une mesure exhaustive du bien-être social. [4]

Pour la géopolitique et la politique économique stratégique, la perspective du PIB est encore moins suffisante.

Sont également pertinents le volume et la qualité du stock de capital industriel, la profondeur des chaînes d’approvisionnement nationales, l’énergie et les matières premières disponibles, le nombre de travailleurs possédant une formation technique, les stocks d’outils et de machines, l’approvisionnement en pièces de rechange, les capacités de recherche industrielle ainsi que le temps nécessaire pour rétablir les capacités perdues.

C’est en définitive là que réside la critique la plus sévère du modèle néolibéral des dernières décennies. Celui-ci a trop souvent traité les capacités réelles de production comme si elles pouvaient être rachetées à tout moment en échange d’argent. Il a confondu la minimisation des coûts avec la résilience, la disponibilité mondiale avec les capacités propres, et la valeur ajoutée nominale avec le capital stratégique.

Cette hypothèse fonctionne tant que les chaînes d’approvisionnement internationales restent ouvertes, que l’énergie demeure disponible, que les rivaux géopolitiques veulent continuer à fournir des biens et que les conflits militaires ou politiques n’interrompent pas les échanges commerciaux. Dès que ces conditions cessent d’être réunies, ce qui a été perdu devient visible.

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Les usines ne sont pas seulement des bâtiments. Elles concentrent des machines, des fournisseurs, des ingénieurs, des ouvriers qualifiés, des routines d’exploitation, des brevets, des connaissances sur les matériaux et l’expérience cumulée de plusieurs générations. L’industrie constitue donc une capacité d’action accumulée.

L’Iran a pu préserver et développer une partie de cette capacité précisément sous la pression extérieure. Après 2022, la Russie a pu s’appuyer sur d’importantes capacités matérielles. La Chine dispose d’un écosystème industriel d’une ampleur qui détermine dans une large mesure sa position géopolitique. Le Royaume-Uni et d’autres économies occidentales ont, en revanche, sacrifié pendant des décennies une partie de leur profondeur industrielle et longtemps considéré les dépendances qui en résultaient comme une transformation structurelle normale.

Défendre ce modèle en invoquant le «fétichisme de l’industrie manufacturière» est donc insuffisant. Il ne s’agit pas de remplacer chaque coiffeur par un sidérurgiste ni de déclarer tout service inutile. Il s’agit de reconnaître qu’une économie ne se compose pas uniquement de flux monétaires et que chaque million d’euros de valeur ajoutée ne crée pas la même capacité de réaction face à une crise énergétique, une guerre commerciale, des sanctions ou un conflit militaire.

Le critère décisif de la politique économique du XXIe siècle ne doit donc pas être exclusivement le suivant : quelle quantité de revenus une économie génère-t-elle? Il doit également être formulé ainsi: que peut-elle encore produire elle-même, à quelle vitesse peut-elle accroître ses capacités de production et de quelles connaissances dispose-t-elle lorsque le marché mondial cesse de l’approvisionner?

Sources et bibliographie:

(1) Smith A. (1776). An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations, Book II, Chapter III. URL: https://en.wikisource.org/wiki/The_Wealth_of_Nations/Book_II/Chapter_3

(2) Marx K. (1864). Results of the Direct Production Process: Productive and Unproductive Labour. URL: https://www.marxists.org/archive/marx/works/1864/economic/ch02a.htm

(3) Cockshott P. (2020). How the World Works: The Story of Human Labor from Prehistory to the Modern Day. Monthly Review Press. URL: https://monthlyreview.org/9781583677780/

(4) OECD (o. J.). Nominal gross domestic product (GDP). OECD Data. URL: https://www.oecd.org/en/data/indicators/nominal-gross-domestic-product-gdp.html

(7) Office for National Statistics (2017). Double deflation: methods and application to UK National Accounts experimental statistics. URL: https://www.ons.gov.uk/economy/nationalaccounts/uksectoraccounts/articles/doubledeflation/methodsandapplicationtouknationalaccountsexperimentalstatistics

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(8) U.S. Department of the Treasury, Office of Foreign Assets Control (2026). Iran Sanctions. URL: https://ofac.treasury.gov/sanctions-programs-and-country-information/iran-sanctions

(9) World Bank (2026). Manufacturing, value added – Iran, Islamic Rep. World Development Indicators. URL: https://data.worldbank.org/indicator/NV.IND.MANF.KN?locations=IR

(10) U.S. Energy Information Administration (2024). Iran – Country Analysis Brief. URL: https://www.eia.gov/international/content/analysis/countries_long/Iran/

(11) Japan External Trade Organization (2025). Iran automobile production statistics based on OICA data. URL: https://www.jetro.go.jp/biz/areareports/2025/12940875b2aa9f23.html

(12) Royal Academy of Engineering (o. J.). Global Engineering Capability Review – Labour Force. URL: https://reports.raeng.org.uk/global-engineering-capability-review/labour-force.html

(13) OECD (2025). Education GPS – United Kingdom: Fields of study among tertiary graduates. URL: https://gpseducation.oecd.org/CountryProfile?primaryCountry=GBR&topic=EO&treshold=10

(14) Pendred P. (1989). British Council: Activities in Iran, 1942–79. Encyclopaedia Iranica. URL: https://www.iranicaonline.org/articles/british-council-activities-in-iran-1942-79/

(15) Parvini N. (2022). Am I White? Forbidden Texts. URL: https://forbiddentexts.substack.com/p/am-i-white

(16) Office for National Statistics (2026). Output per job: Manufacturing. URL: https://www.ons.gov.uk/employmentandlabourmarket/peopleinwork/labourproductivity/timeseries/dj4p/prdy/previous/v47

(17) Office for National Statistics (2026). Workforce jobs: Manufacturing. URL: https://www.ons.gov.uk/employmentandlabourmarket/peopleinwork/employmentandemployeetypes/timeseries/jwr7/lms

(18) Department for Energy Security and Net Zero (2026). UK Energy in Brief 2026. UK Government. URL: https://www.gov.uk/government/statistics/uk-energy-in-brief-2026

(19) Welsh Government (2020). Written Statement: Bridgend Ford Closure. URL: https://www.gov.wales/written-statement-bridgend-ford-closure

(20) Society of Motor Manufacturers and Traders (2026). Tough year for auto but new models and industrial strategy can deliver growth. URL: https://www.smmt.co.uk/tough-year-for-auto-but-new-models-and-industrial-strategy-can-deliver-growth/

(21) International Energy Agency (2023). Energy Technology Perspectives 2023: Energy supply chains between transition and disruption. URL: https://www.iea.org/reports/energy-technology-perspectives-2023/energy-supply-chains-between-transition-and-disruption

(22) Timmer H. (2014). From shock therapy to sustainable development. World Bank. URL: https://blogs.worldbank.org/en/developmenttalk/shock-therapy-sustainable-development

(23) World Bank (2004). Corporate Governance Country Assessment: Russian Federation. URL: https://www.worldbank.org/en/country/russia/publication/rosc

(24) European Bank for Reconstruction and Development (2024). Growth in EBRD regions trimmed as economies adjust to new realities. URL: https://www.ebrd.com/home/news-and-events/news/2024/growth-in-ebrd-regions-trimmed-as-economies-adjust-to-new-realities.html

(25) World Bank (2026). The Russian Federation – Overview and economic indicators. URL: https://www.worldbank.org/ext/en/country/russia

(26) Republican Party (2024). 2024 Republican Party Platform. The American Presidency Project. URL: https://www.presidency.ucsb.edu/documents/2024-republican-party-platform

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(27) OECD (2026). Global Value Chain Repositioning: What We Know and What It Means for Policy. URL: https://www.oecd.org/en/publications/global-value-chain-repositioning_8c97068d-en/full-report.html

(28) U.S. Bureau of Labor Statistics (2026). The Employment Situation – August 2026. URL: https://www.bls.gov/news.release/empsit.t22.htm

(29) International IQ Test (2026). Average IQ by Country. URL: https://international-iq-test.com/en/test/IQ_by_country

(30) Wicherts J. M., Borsboom D. und Dolan C. V. (2010). Why national IQs do not support evolutionary theories of intelligence. Personality and Individual Differences.

(31) World Bank (2023). Iran Economic Monitor. URL: https://documents1.worldbank.org/curated/en/099107508212324041/pdf/IDU021ade6b80e3fd045190b8530b2ad462b0d6c.pdf

(32) Giles J., Park A. und Wang M. (2008). The Great Proletarian Cultural Revolution, Disruptions to Education, and the Returns to Schooling in Urban China. World Bank.

(33) Library of Congress (o. J.). Internal Workings of the Soviet Union: The Great Terror. Revelations from the Russian Archives.

* * *

* Mit Zustimmung des Autors basiert dieser Beitrag auf dessen Originalveröffentlichung vom 03.11.2025; er wurde lediglich zur besseren Strukturierung, Sachlichkeit und Verständlichkeit überarbeitet und um aktuelle Quellen ergänzt, wobei KI-gestützte Methoden unterstützend eingesetzt wurden.

 

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Sombres nuages sur la nation «arc-en-ciel»

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Sombres nuages sur la nation «arc-en-ciel»

par Georges Feltin-Tracol

L’information est passée inaperçue au début de l’été. L’Afrique du Sud, la fameuse «nation ”arc-en-ciel”», préfiguration d’un avenir mondial radieux, fait face à une flambée xénophobe inouïe. Pourtant, les chemises brunes ne défilent pas dans les rues du Cap ou de Pretoria. La vindicte populaire n’affecte pas pour l’instant les descendants européens, mais plutôt des populations africaines immigrées.

Le 30 juin dernier marquait le dernier jour de l’ultimatum posé par plusieurs groupes activistes favorables au départ immédiat des étrangers noirs. Ce jour-là, outre de nombreuses manifestations en maints points d’Afrique du Sud, bien des magasins ont gardé leurs rideaux baissés; les lignes de bus ont noté une faible fréquentation et tous remarquèrent l’étonnante absence d’embouteillages routiers. À Durban, plus de 11.000 Malawites se rassemblèrent aussitôt dans un parc de stationnement motorisé. La veille, l’un des leurs, âgé de 29 ans, venait d’être assassiné. Les intimidations verbales et les menaces physiques ne suscitent néanmoins qu’une réaction mitigée d’autorités, souvent dépassées sur le plan local par l’ampleur du mécontentement.

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Les tensions entre Noirs d’Afrique du Sud et immigrés originaires d’autres États africains sont fréquentes. Les Asiatiques sont eux aussi visés par cette colère populaire difficilement contrôlable. En 2008, des violences similaires avaient provoqué une soixantaine de morts. Treize ans plus tard, en juillet 2021, on recensait jusqu’à 350 morts. La «Bête immonde» semble se complaire dans la patrie de feu «Madiba» Mandela…

Les données démographiques estiment à 5,1%, soit plus de trois millions de personnes, le nombre d’étrangers africains présents légalement en Afrique du Sud. D’autres chiffres, plus ou moins officieux, indiquent au contraire un nombre élevé d’étrangers, légaux et clandestins, de dix à vingt millions ! L’attrait s’explique par le «mirage économique» sud-africain bâti par les Afrikaners et les Blancs anglophones, qui continue d’attirer bien des gens en quête d’espoir matériel. Or trois décennies de gouvernement ininterrompu de l’ANC (Congrès national africain) ont fortement mis à mal les structures économiques déjà affaiblies par des années de sanctions économiques occidentales pour cause d’apartheid.

La corruption endémique des gouvernants, la déliquescence accélérée des services publics et l’obsolescence des infrastructures industrielles et des transports alimentent le fort taux de chômage: 30%. Il monte jusqu’à 60% chez les 15–24 ans. La forte pression migratoire accroît –c’est inévitable!- les tensions sociales. Dans les provinces de Gauteng et du Kwazulu–Natal, des individus hostiles aux étrangers filtrent l’entrée des malades et des enfants devant les écoles et les hôpitaux. Ils effectuent aussi dans les rues des contrôles d’identité aléatoires, interrogent en zoulou ou en xhosa et molestent leurs interlocuteurs s’ils ne répondent pas.

D’après les enquêtes d’opinion, plus de 40% de Sud-Africains, en particulier les Noirs de la classe ouvrière et des milieux agricoles, ne cachent plus leur exaspération envers les étrangers. Cette hostilité manifeste déchire tout discours panafricaniste; elle se distingue aussi parfois de la leucophobie persistante qui heurte les propriétaires terriens boers – afrikaners.

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Les États concernés rapatrient dans l’urgence le maximum de leurs concitoyens. Ces actes auraient en effet provoqué le départ de 25.000 à 160.000 étrangers. Des sources journalistiques font pour leur part état de 45.000 personnes rentrant dans la précipitation au Malawi, au Zimbabwe, au Mozambique, au Ghana et au Nigeria. Elles laissent derrière elles affaires personnelles et locaux professionnels derrière elles. Outrés, le Ghana et le Nigeria s’élèvent contre l’inaction du gouvernement sud-africain. Ils auraient l’intention de saisir des juridictions internationales. Ces départs n’éteignent pas la fronde populaire. Depuis le mois de juillet s’organisent tous les jeudis des manifestations contre l’immigration, et ce jusqu’aux élections municipales de novembre 2026. Y aurait-il donc des interférences politiques?

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Deux mouvements plus ou moins informels sont en pointe dans ce combat. Le premier se nomme «Operation Dudula», soit en zoulou «Opération Repousser». Son porte-parole, Thami Madondo, collabore avec «March and March»-«Défiler encore et toujours»-dont la principale meneuse s’appelle Jacinta Ngobese–Zuma (photo). Cette ancienne animatrice à la radio de 40 ans condamne le laxisme d’État et une violence quotidienne souvent hors de contrôle. Lors d’une précédente manifestation anti-immigration, elle n’a pas hésiter à brandir un gourdin devant les caméras pour montrer sa détermination.

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Créé en 2024 à Durban, «March and March» dont le mot d’ordre est «Abahamba!» qu’on peut traduire du zoulou par «Qu’ils dégagent!», irrite l’ANC qui, depuis les élections législatives de 2024, doit partager le pouvoir avec son opposition incarnée par l’Alliance démocratique. Au début du mois d’août, Jacinta Ngobese–Zuma annonce la fondation d’une ONG, SA First Forum («Forum Afrique du Sud d’abord!») et se rapproche dans la foulée d’une autre ONG, composée d’Afrikaners, l’AfriForum. Au risque de déplaire et de heurter les sympathisants de «March and March» et d’«Operation Dudula»?

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Les commentateurs politiques pensent que cette agitation serait soutenue en sous-main par Jacob Zuma. Président de l’Afrique du Sud de 2009 à 2018, cet ancien convive aux repas de Jeffrey Epstein traîne plusieurs enquêtes de corruption. Il quitte l’ANC en 2024 et fonde un nouveau parti politique, uMKhonto we Sizwe (MK ou «Lance de la nation» en zoulou). Il reprend sciemment le nom de la branche armée de l’ANC du temps de la lutte contre l’apartheid. Aux législatives de 2024, sa jeune formation arrive en troisième position avec 58 députés sur 400. Son irruption électorale freine un autre parti, scission elle aussi de l’ANC en 2013, réputé pour son radicalisme révolutionnaire marxiste anti-Blancs, les Combattants pour la liberté économique de Julius Malema (39 sièges, soit cinq de moins).

Ainsi l’Afrique du Sud connaît-elle des populismes guère évoqués par la médiacratie occidentale. Elle a en effet à cœur de ne pas briser des clichés éculés, ni de montrer l’incurie du gouvernement kleptocratique sud-africain. Par ailleurs, cet exemple de remigration incite le Kenya à expulser les marchands d’autres États africains limitrophes alors que le président kenyan se proclame panafricaniste… Qu’attendent donc les vedettes de la musique anglo-saxonne pour organiser un triple concert simultané dans le but de recueillir des fonds pour tous ces déplacés chassés de l’Azanie, ce vrai paradis sur terre ?            

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 199, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale, le 24 septembre 2026.

samedi, 26 septembre 2026

La fin de l’ONU

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La fin de l’ONU

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/la-fine-dellonu/

Soixante-dix-sept délégations ont quitté l’Assemblée générale des Nations unies lorsque Bibi Netanyahou s’apprêtait à prendre la parole.

Soixante-dix-sept… et, manifestement, il ne s’agissait pas uniquement de pays musulmans, loin de là, puisque figuraient notamment parmi eux le Venezuela et la Slovénie, pour ne citer que deux exemples.

Netanyahou a néanmoins pris la parole, sur un ton méprisant et devant une salle à moitié vide.

Sans probablement se rendre compte que cet «incident» confirme, ni plus ni moins, la fin de l’ONU.

Du moins de l’ONU telle qu’elle a existé jusqu’à présent.

C’est-à-dire une assemblée de pays contrôlée, dans les faits, par leur hôte. Un hôte — les États-Unis — qui se montre par ailleurs extrêmement vigilant et intrusif, et qui n’a jamais manqué une occasion de faire sentir qu’il était l’actionnaire majoritaire.

Certes, il y a déjà eu par le passé des moments où l’Assemblée s’est montrée réticente à obéir aux desiderata — ou plutôt aux ordres — de Washington.

Cependant, il s’est toujours agi de cas relativement marginaux, qui ne touchaient pas au fond même de la politique américaine.

Ici, la situation est nettement différente. Netanyahou représente celui qui a déterminé le choix des États-Unis de s’engager résolument contre l’Iran. Celui qui a fortement influencé leurs choix et leurs décisions, et qui continue de le faire.

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Naturellement, la spectaculaire protestation des délégués de l’ONU concernait le massacre de Gaza, et non le conflit en cours avec l’Iran.

Il est toutefois inutile de se voiler la face. Les deux questions sont étroitement liées.

Condamner explicitement le carnage palestinien et le boucher israélien signifie aussi stigmatiser ceux qui permettent et cautionnent ce carnage.

Il s’agit donc de l’administration Trump, qui a placé l’alliance avec Tel-Aviv au-dessus de toute autre considération, lui sacrifiant tout reste de crédibilité.

Dans les faits, cela marque — ou plutôt pourrait marquer — la fin de l’ONU. Ou, du moins, de ce que l’ONU a jusqu’à présent feint et prétendu être.

La brutalité et l’arrogance de Netanyahou contraignent les Nations unies à se regarder en face. Et, surtout, à constater que l’administration Trump ne fait même plus semblant de leur reconnaître un rôle impartial.

C’est le signe de la fin. La fin, par ailleurs, d’un malentendu. D’un mensonge qui, depuis l’après-Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, a laissé croire aux rêveurs et aux utopistes qu’il pouvait exister un gouvernement mondial placé au-dessus des véritables puissances militaires et économiques.

Un réveil assurément brutal. Le rictus de Bibi sonnant le glas de cette chimère.

La salle qui se vide comme un retour à la réalité de la politique mondiale.

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Accord à New York: le Groenland devient un protectorat militaire américain

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Accord à New York: le Groenland devient un protectorat militaire américain

New York. Dans l’ombre de conflits plus spectaculaires, le gouvernement américain du président Donald Trump n’a pas renoncé à ses ambitions expansionnistes dans son environnement immédiat. Les États-Unis viennent de faire un grand pas vers leur objectif d’annexer le Danemark (1) — même si cela n’est pas présenté ainsi à l’opinion publique mondiale. Mardi, à New York, Trump, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen ont signé un «accord de sécurité» portant sur l’Arctique et l’Atlantique Nord. Cet accord vise avant tout à accroître la présence militaire américaine au Groenland et complète l’accord de défense américano-danois de 1951. Il entrera en vigueur à l’issue des procédures parlementaires requises.

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Deux nouvelles bases américaines sont prévues, à Narsarsuaq, dans le sud, et à Mestersvig, sur la côte est. Par ailleurs, l’actuelle base spatiale de Pituffik pourra être agrandie. Depuis plusieurs décennies déjà, les États-Unis y exploitent une installation d’importance stratégique destinée à l’alerte antimissile et à la surveillance de l’espace. La mise en place d’un système de défense antimissile «Golden Dome» fait également partie de l’accord. Des représentants américains ont en outre confirmé l’octroi de droits permanents d’accès, de stationnement et de survol. Selon l’interprétation américaine, ces droits devront être maintenus même si le statut constitutionnel du Groenland venait à changer à l’avenir — par exemple si le Groenland était effectivement annexé en tant que 51ᵉ État des États-Unis.

Trump avait auparavant exigé à plusieurs reprises une prise de contrôle du Groenland par les États-Unis et n’avait exclu ni le recours à la pression militaire ni celui à la pression économique. Cette exigence ne figure pas explicitement dans l’accord, mais elle n’est pas non plus abandonnée. À la place, Washington obtient «seulement» des droits à long terme pour assurer la sécurité de l’île et de l’Amérique du Nord — ce qui revient de fait au même. En effet, les États non membres de l’OTAN ne seront pas autorisés à établir de bases militaires au Groenland; les investissements stratégiques d’autres puissances devront également être restreints. Ces dispositions visent en particulier l’influence de la Chine et de la Russie.

Copenhague et Nuuk soulignent certes le maintien de la souveraineté du Royaume du Danemark ainsi que du droit des Groenlandais à l’autodétermination. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a déclaré que l’accord reconnaissait «la souveraineté et l’intégrité territoriale du Royaume», de même que le droit des Groenlandais à l’autodétermination. Quant à savoir ce que cela vaudra encore une fois que cette immense île sera devenue un protectorat militaire américain, c’est une tout autre question (mü).

Source: Zu erst, septembre 2026.

Note:

(1) Remarque : le texte source allemand dit littéralement « Annexion Dänemarks », c’est-à-dire « annexion du Danemark ». Compte tenu du reste de l’article, l’auteur voulait probablement dire « annexion du Groenland ». La traduction ci-dessus conserve néanmoins la formulation originale.

Un livre de Knut Hamsun: La vie culturelle de l’Amérique moderne

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Un livre de Knut Hamsun: La vie culturelle de l’Amérique moderne

Par Giovanni Sessa

Source: https://ilfondo.org/la-vita-culturale-dellamerica-moderna...

Knut Hamsun observe l’Amérique de la fin du XIXe siècle et en dénonce la frénésie, l’utilitarisme et la démesure. Un livre qui demeure capable de parler à notre époque.

La vie culturelle de l’Amérique moderne — Un livre de Knut Hamsun

891b0722cddaaf5f3322294da071dad4.jpgLe Norvégien Knut Hamsun (1859-1952) est l’un des plus grands écrivains de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle. En 1920, il reçut le prix Nobel de littérature, et ses livres marquèrent profondément les lecteurs comme la critique, au point de susciter d’amples débats.

Parmi ses œuvres les plus mémorables figurent notamment les romans à caractère autobiographique Pan et La Faim.

Du premier se dégage avec force la fascination pour la nature sauvage du Grand Nord, que le jeune Hamsun éprouva pendant son séjour dans une petite ville située au-delà du cercle polaire arctique, alors qu’il travaillait comme ouvrier agricole dans le nord de la Norvège.

Dans le second, en revanche, l’écrivain — qui, durant la Seconde Guerre mondiale, fut proche du national-socialisme — relata l’existence dramatique qu’il mena au Danemark, dans la ville de Christiania, en tentant de survivre avec, pour seule compagne, la faim. Dans ces circonstances, le jeune narrateur découvrit le caractère fantomatique de la vie urbaine et moderne.

Dès ses débuts, Hamsun fut un intellectuel antimoderne. Il fut essentiellement un esprit libre et solitaire, qui regardait la vie avec les yeux d’un paysan contemplatif et nostalgique. Ces traits existentiels constituent une constante dans la production littéraire du grand écrivain norvégien. La récente publication, chez Bietti, de son ouvrage La vie culturelle de l’Amérique moderne le confirme. Publié pour la première fois en 1889, un an avant La Faim, ce livre est issu du développement de deux conférences données au Cercle des étudiants de Copenhague.

Précédé d’une préface de Tore Hamsun qui en restitue le contexte, le volume comprend également une postface significative et d’une grande actualité d’Eduardo Zarelli, ainsi que les annexes Ciel obscur et Festina lente. Le texte est divisé en cinq chapitres dans lesquels l’auteur aborde différents aspects de la vie intellectuelle américaine, de la littérature aux arts figuratifs, de l’art dramatique aux effets produits par la vision américaine du monde sur la vie quotidienne.

L’étude est éminemment critique et met en lumière l’essence eschatologique de la civilisation états-unienne. Comparée aux expériences littéraires ultérieures de Hamsun, la prose de ces pages peut paraître rude, encore immature et excessivement chargée de pathos, mais le livre n’en demeure pas moins agréable à lire. Il s’agit, après tout, des débuts d’un grand écrivain.

Scan10582-1.jpgL’ouvrage fut inspiré par les deux séjours effectués par Hamsun outre-Atlantique à des périodes différentes, pour une durée totale de quatre ans: de février 1882 à l’automne 1884, puis de l’automne 1886 à l’été 1888. Tore Hamsun écrit:

    « Il y arriva [aux États-Unis] comme un simple émigrant et lutta chaque jour pour joindre les deux bouts, conquérir une place parmi ses compatriotes et entretenir le feu du talent littéraire qui brûlait en lui » (p. 15).

Le volume est, de fait, porteur d’une polémique implicite à l’encontre de son compatriote Bjørson, homme de lettres renommé porté en triomphe par ses compatriotes lors de son séjour aux États-Unis.

    Arriver aux États-Unis, dès la fin du XIXe siècle, impliquait d’entrer dans l’atelier de la modernité.

Entrons maintenant dans le vif du propos de Hamsun. Dès l’ouverture du récit, ses intentions polémiques à l’égard de la vie culturelle américaine apparaissent clairement:

    « La première chose qui bouleverse l’étranger épuisé par le long voyage, c’est le vacarme infernal, l’agitation, la vie frénétique dans les rues, la hâte inquiète et précipitée avec laquelle chacun se déplace partout » (p. 41).

Arriver aux États-Unis, dès la fin du XIXe siècle, impliquait de pénétrer dans l’atelier de la modernité, d’être confronté à la «mobilisation totale» des hommes et des choses, d’accéder directement au Ge-stell, au Dispositif de la technoscience au service de la «Forme-Capital». Dans l’Amérique moderne, l’existence humaine est consumée par le binôme travail-consommation :

    « Le cœur des hommes bat à tout rompre lorsqu’ils reçoivent un petit feuillet jaune du trésorier municipal, et ils courent à perdre haleine pour payer leurs impôts » (p. 43).

Malgré l’exaltation formelle de la liberté, la vie individuelle est entièrement absorbée par celle de l’Appareil.

imkh.jpgCette situation s’accompagne d’un patriotisme exacerbé, qui pousse les citoyens à croire qu’ils vivent dans le meilleur des mondes possibles, dans le royaume de la liberté. À l’époque contemporaine, cette conviction a conduit certains intellectuels à émettre l’hypothèse de la «fin de l’histoire». Celle-ci se serait réalisée politiquement dans la démocratie parlementaire et dans le «règne de la marchandise» mis en scène par le capitalisme cognitif. En ce sens, le livre de Hamsun revêt une dimension prophétique. L’écrivain soutient que l’autocélébration américaine repose en réalité sur une ignorance crasse:

    « L’étranger […] s’étonnera que ce peuple, si épris de lui-même, ne sache que peu ou rien des autres » (p. 45).

C’est cette absence de savoir qui produit :

    « la confiance naïve et aveugle des Américains dans leur capacité à vaincre n’importe quel ennemi éventuel » (p. 44),

une confiance qui ne s’est jamais démentie. Il suffit de penser à Trump qui, aujourd’hui encore, affirme ingénument pouvoir ramener à l’âge de la pierre les ennemis de sa politique.

    Festina lente, « Hâte-toi lentement », est l’oxymore de la réflexion mûrie et de l’action durable.

Selon Hamsun, les expressions artistiques et littéraires des Américains sont imprégnées d’une vision utilitariste simpliste de l’existence et soutenues par une conception messianique héritée du puritanisme néo-gnostique. Celle-ci pousse cette civilisation à vouloir ramener à elle-même, et à sa propre vision du monde, les autres peuples de la Terre, en recourant même à l’exportation «balistique» de la démocratie.

Enfants-de-leur-temps.jpgToutefois, suggère Zarelli, si le «mal américain» est l’ennemi qu’il faut combattre, il convient de ne pas le concevoir en termes «absolus». L’Amérique possède une âme plurielle. L’auteur de la postface rappelle à juste titre que la culture américaine a également produit une pensée critique à l’égard de la démesure capitaliste et cite à ce propos, entre autres, Emerson, Thoreau, Pound et Kerouac.

L’attitude existentielle qu’il faut retrouver pour s’opposer à la «Forme-Capital» a été parfaitement illustrée par Hamsun dans l’essai Festina lente, «Hâte-toi lentement». Cette expression est :

    « l’oxymore de la réflexion mûrie et de l’action durable, à l’image du symbole de la tortue portant une voile qu’utilisait Cosme de Médicis » (p. 265).

Elle implique d’agir en harmonie avec le cours naturel des choses, conformément aux enseignements du savoir traditionnel. À la lumière de cet enseignement, le volume La vie culturelle de l’Amérique revêt une actualité pressante. Il met en évidence la nécessité de remédier au désordre existentiel des hommes de notre temps afin de reconstruire le tissu communautaire déchiré par le nosos, la maladie contemporaine de la démesure, d’origine américaine.

Hamsun.jpgFiche du livre:

Titre : La vita culturale dell'America moderna (= La vie culturelle de l’Amérique moderne

Auteur : Knut Hamsun

Traduction : Enrica Berto

Préface : Tore Hamsun

Postface : Eduardo Zarelli

Éditeur : Bietti

Année : 2026

Nombre de pages : 284

Prix : 20,00 euros

ISBN : 9788882486037

La péninsule arabique: une boîte de Pandore

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La péninsule arabique: une boîte de Pandore

Par Filippo Bovo

Source : Filippo Bovo & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-vaso-di-pandor...

Ce qui se déroule actuellement dans le sud de la péninsule Arabique est bien plus qu’une simple guerre civile opposant deux gouvernements incompatibles: le Conseil politique suprême de Sanaa — Ansar Allah et ses alliés intérieurs — et le Conseil de direction présidentiel d’Aden, soutenu par Riyad. L’implication directe de l’Arabie saoudite en fait en effet bien davantage qu’un simple conflit intérieur, comme le confirme également l’ampleur des dommages qu’Ansar Allah et l’Arabie saoudite se sont infligés jusqu’à présent, parfois même en passant outre le gouvernement d’Aden.

Chaque camp tend à mettre en avant ses propres résultats et les dommages qu’il a subis, s’en servant pour justifier de nouvelles représailles. Toutefois, si l’on sort de la sphère médiatique, le décompte des raids aériens donne à penser que l’Arabie saoudite cherche progressivement à en réduire le nombre, tout en tentant de relancer une voie de négociation qu’elle poursuit, à vrai dire, depuis les premiers jours.

Le 3 juillet, après le bombardement de l’aéroport de Sanaa par des avions saoudiens et ceux du Conseil de direction présidentiel, l’accord qui, depuis avril 2022, avait tant bien que mal rétabli une certaine paix dans un pays ravagé par des années de guerre a volé en éclats. Négocié sous l’égide des Nations unies, cet accord avait instauré un équilibre fragile entre les deux entités gouvernementales yéménites: d’une part, Ansar Allah et ses alliés sunnites et laïques à Sanaa; d’autre part, le Conseil de direction présidentiel à Aden, qui rassemble des formations laïques, sunnites et islamistes et constitue, au regard du droit international, le seul gouvernement reconnu du Yémen.

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L’Arabie saoudite et le Conseil de direction présidentiel entendaient réaffirmer l’embargo aérien en vigueur contre Sanaa et, de fait, faire respecter le droit. Il s’agissait cependant d’une décision à courte vue et dépourvue de clairvoyance. Les considérations humanitaires ne manquaient pas pour ne pas empêcher des avions iraniens de transporter des délégations yéménites à Téhéran afin qu’elles assistent aux funérailles du Guide suprême Ali Khamenei. Cela a conduit Ansar Allah, en ripostant aux bombardements et aux attaques du Conseil de direction présidentiel, à violer de nouveau et plus gravement encore, selon ce dernier et l’Arabie saoudite, l’accord ainsi que le droit dans son ensemble. Mais puisque l’Arabie saoudite traversait une phase plutôt constructive dans ses relations avec Téhéran et avait tout intérêt à garantir la tranquillité de ses frontières méridionales et des eaux de la mer Rouge, son intervention contre Sanaa n’a été rien de moins qu’un acte autodestructeur.

Ce n’est donc pas un hasard si toute la boîte de Pandore que nous connaissons aujourd’hui s’est de nouveau ouverte à partir de là. Les attaques contre les différentes infrastructures saoudiennes et le blocage de la navigation des navires liés à Riyad en sont la preuve. Fermer les yeux et autoriser ce vol à destination et en provenance de Téhéran — lequel a de toute façon pu avoir lieu, non sans difficultés — aurait été pour l’Arabie saoudite une décision beaucoup plus avantageuse et clairvoyante, non seulement dans la perspective de préserver la fragile trêve avec Sanaa, mais également dans celle d’une détente plus large avec son voisin iranien, qui aurait préparé le terrain à des accords futurs plus vastes tout en prolongeant l’endiguement du rival émirati. Ce dernier a d’ailleurs profité de la crise pour s’y immiscer en apportant, en coulisses, un habile soutien tactique à Ansar Allah. Il a ainsi obtenu une plus grande marge de manœuvre diplomatique auprès de Téhéran et est sorti de l’«encerclement» dans lequel il se trouvait au moins depuis décembre dernier, lorsque l’intervention de l’Arabie saoudite à Aden avait éliminé ses milices au Yémen, à commencer par le Conseil de transition du Sud d’Aïdarous al-Zoubaïdi.

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Pour l’Arabie saoudite, persévérer dans la voie actuelle n’est rien d’autre qu’un choix suicidaire. Il s’agit de choisir entre deux défaites différentes: l’une fracassante, avec la destruction d’une part toujours plus importante de ses infrastructures, et pas seulement pétrolières, ainsi que des conséquences qui, à ce jour, ne peuvent encore être pleinement chiffrées sur les plans énergétique et financier; l’autre plus limitée, avec un nouvel accord qui sera d’autant plus humiliant et coûteux pour Riyad qu’il interviendra tardivement. Tertium non datur: il n’existe pas de troisième possibilité.

S’il reste encore une chance de s’arrêter — sans pour autant revenir à un accord comparable à celui de 2022, mais avec davantage de concessions en faveur d’Ansar Allah —, elle se concentre dans une fenêtre temporelle qui se referme d’heure en heure. La dynamique de ces derniers jours le souligne impitoyablement: 26 frappes aériennes saoudiennes, pour un total de 300 depuis le début de la semaine, qui ont provoqué des représailles toujours plus importantes et destructrices de la part d’un adversaire, Ansar Allah, qui a entre-temps progressé dans de vastes zones encore placées, il y a quelques jours à peine, sous le contrôle d’Aden.

Il ne sert guère à grand-chose de bombarder Sanaa — en favorisant qui plus est une action terroriste de l’État islamique contre le gouvernement local — si le résultat consiste à subir plusieurs vagues de bombardements contre Riyad, au cours desquelles ont été touchés l’aéroport international Roi-Khaled ainsi que les bases Prince-Sultan et Roi-Salmane, mais aussi Taïf, Al-’Ula, Jizan, Abha, Djeddah, Farasan, Khamis Mushait, Yanbu et Al-Kharj, où se trouvent des bases aériennes et des sites d’ARAMCO. Si l’Arabie saoudite a tout à perdre, c’est l’inverse pour Ansar Allah, qui combat jusqu’au bout dans une résistance où il apparaît bien plus que victorieux.

Dans les rangs d’Ansar Allah, certains réclament d’ailleurs ouvertement une révision du traité de Taïf de 1934, signé à l’issue de la guerre entre l’Arabie saoudite du roi Abdelaziz Al Saoud et le Royaume mutawakkilite du Yémen de l’imam Yahya Mohammed Hamid ed-Din, au terme de laquelle ce dernier fut contraint de renoncer aux territoires contestés de l’Asir, de Jizan et de Najran. Plus le conflit se prolongera, plus des revendications de ce type apparaîtront, tandis que l’Arabie saoudite continuera d’essuyer des dommages toujours plus importants infligés par Ansar Allah, qui remporte dans le même temps des victoires contre le gouvernement méridional, faible et divisé.

Ce n’est pas un hasard si Riyad a transmis à Ansar Allah, par l’intermédiaire d’Oman, une proposition de trêve de deux semaines, qui serait suivie de négociations directes afin d’examiner les besoins humanitaires et de rechercher une solution plus globale. Ansar Allah réclame toutefois davantage — et sait qu’il est en mesure de le faire —, à savoir un accord mettant fin au blocus aérien, maritime et terrestre de Sanaa, ainsi que le retrait des forces politiques, militaires et de sécurité de Riyad. Tant que l’écart entre les propositions et les revendications ne se réduira pas, il sera impossible de parler de trêve et le conflit se poursuivra. Le prince héritier Mohammed ben Salmane — MBS — se trouve donc pris dans un piège qu’avaient déjà connu ses prédécesseurs, les princes héritiers Khaled ben Sultan et Mohammed ben Nayef, lorsqu’ils franchirent les frontières yéménites en 2009 et en 2015. Dans leur cas, les résultats ne furent pas des meilleurs. MBS, aujourd’hui partagé entre un accord qui constituerait une retraite humiliante et amoindrirait son prestige à Riyad et au sein de la couronne saoudienne, et une guerre susceptible de l’emporter encore davantage et d’emporter avec lui le royaume des Saoud, ne se trouve guère dans une situation plus favorable. Encore quelques jours, et quelque chose portera sans aucun doute ses fruits sur le plan diplomatique : honnêtement, j’ai déjà une idée de ce dont il s’agira, mais j’en ai déjà suffisamment écrit ici.

vendredi, 25 septembre 2026

Les BRICS s’élargissent et Bruxelles change de stratégie

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Les BRICS s’élargissent et Bruxelles change de stratégie

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena  

Pendant longtemps, la vision européenne des BRICS était simple: la Russie et la Chine construisent un contrepoids à l’Occident, et un nombre croissant d’États du Sud global les rejoignent; l’Europe devrait donc empêcher des pays importants comme l’Inde de basculer durablement dans ce camp.

Seulement voilà: l’Inde n’a «basculé» nulle part.

New Delhi est membre des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai, achète de l’énergie russe et ne participe pas aux sanctions occidentales contre Moscou. Parallèlement, l’Inde approfondit ses relations avec Washington, coopère avec les États-Unis, le Japon et l’Australie dans le cadre du Quad et développe considérablement son partenariat avec l’Union européenne.

L’Inde ne choisit pas son camp. Et c’est précisément cela, sa stratégie.

Une analyse récente de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne ne décrit donc pas l’Inde comme un État qui oscille entre deux camps. New Delhi cherche plutôt à conserver simultanément le plus grand nombre possible d’options en matière de politique étrangère.

Les BRICS donnent accès à une enceinte réunissant des pays du Sud global. La Russie demeure importante pour l’approvisionnement énergétique et certains volets des relations en matière d’armement. Le Quad sert de cadre à la coopération en matière de sécurité dans la région indo-pacifique. L’Europe, quant à elle, offre des technologies, des capitaux et un accès à son marché, ainsi que, de plus en plus, une coopération en matière de sécurité et de défense.

L’Inde ne construit pas une loyauté envers des alliances. Elle se constitue un éventail d’options.

Et c’est précisément cela qui semble également modifier la perception européenne des BRICS.

En novembre 2025, l’Union européenne a expressément pris pour prétexte la prochaine présidence indienne des BRICS afin de rechercher un «engagement constructif» avec New Delhi. Quelques semaines plus tard, cette orientation s’est concrétisée.

Le 27 janvier 2026, l’Union européenne et l’Inde ont achevé leurs négociations sur un accord de libre-échange. Dans le même temps, elles ont convenu d’un vaste partenariat en matière de sécurité et de défense, complété par un programme stratégique à l’horizon 2030.

La coopération s’étend des chaînes d’approvisionnement, des technologies critiques et des infrastructures numériques à la sécurité maritime, à la cyberdéfense, aux infrastructures critiques et à l’industrie de la défense.

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L’Union européenne ne cherche donc plus à détacher l’Inde des BRICS. Elle crée parallèlement le plus grand nombre possible d’autres liens fondés sur des intérêts communs.

C’est précisément là que réside l’une des faiblesses potentielles des BRICS, dont le format ne cesse de s’élargir.

Un plus grand nombre de membres signifie davantage de poids économique, davantage de matières premières et une plus grande portée politique. Mais cela ne suffit pas à faire naître une politique étrangère commune.

L’Inde, la Chine, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis poursuivent parfois des intérêts très différents en matière de sécurité et entretiennent des relations très diverses avec Washington, Bruxelles, Moscou et Pékin.

Les BRICS s’élargissent plus rapidement que ne progresse leur cohésion politique.

C’est précisément cette hétérogénéité qui intéresse l’Union européenne. Si elle ne peut empêcher l’essor d’institutions alternatives, elle peut au moins tenter de préserver leur ouverture sur l’extérieur.

L’Inde doit pouvoir coopérer avec les BRICS tout en restant profondément intégrée aux structures européennes de commerce, de technologie et de sécurité. Il en va de même pour le Brésil, l’Afrique du Sud et les États du Golfe.

Cette stratégie est nettement plus subtile que l’ancienne injonction: choisissez entre nous et les autres.

En effet, de nombreux États rejoignent les BRICS précisément parce qu’ils ne veulent pas s’engager durablement en faveur d’un camp géopolitique. Cela rend le format attrayant, mais complique en même temps sa cohésion politique.

Un plus grand nombre de membres ne signifie donc pas automatiquement davantage de puissance collective.

Il est possible d’additionner les populations, les performances économiques et les réserves de matières premières. La capacité d’action politique, elle, ne se calcule pas de la même manière.

Bruxelles semble miser sur cette stratégie: ne pas combattre les BRICS de l’extérieur, mais lier le plus étroitement possible à l’Europe le plus grand nombre de leurs membres, afin que l’élargissement des BRICS ne donne pas naissance à un bloc géopolitique uni.

Le véritable enjeu ne réside donc plus dans la question de savoir qui rejoint les BRICS, mais dans celle de savoir si, à mesure que leur nombre de membres augmente, les BRICS pourront un jour développer une véritable capacité d’action commune.

Sources:

Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, Lizza Bomassi et Ummu Salma Bava, Owning the Middle: What India’s BRICS Presidency Says About the Future of Multilateralism, 11 septembre 2026.

Service européen pour l’action extérieure, EU–India Foreign Policy and Security Consultations, 25 novembre 2025.

Conseil européen, EU–India Summit, 27 janvier 2026.

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Le système libéral-bureaucratique

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Le système libéral-bureaucratique

Par Roberto Pecchioli

Source : Ereticamente & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-sistema-libera...

Une connaissance, animateur de l’office de tourisme d’un village de l’arrière-pays, se plaint avec irritation de la difficulté d’organiser la fête annuelle du village. Non par manque de fonds, de bénévoles ou d’intérêt, mais en raison du pouvoir écrasant et dévastateur de la bureaucratie. Des semaines de travail sont nécessaires pour obtenir des autorisations, remplir des formulaires, satisfaire les exigences d’innombrables administrations et institutions, organiser chaque événement conformément à une quantité exorbitante de normes, de circulaires et de règlements.

Tout cela pour quelques journées de fête dans une société qui se vante d’être la plus libre de l’histoire. Ce n’est pas vrai, comme chacun le sait par expérience directe. Nous vivons dans un système libéral-bureaucratique, un despotisme conforme à la loi.

71DjPGuYPyL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgIl ne s’agit ni d’une contradiction ni d’une hétérogenèse des fins, mais de la conséquence logique du libéralisme réel. Alexis de Tocqueville en avait perçu les prémices dans un célèbre passage de De la démocratie en Amérique :

    « Si je cherche à imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde, je vois une foule innombrable d’hommes égaux, uniquement occupés à se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils satisfont leurs désirs. Au-dessus d’eux s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leurs biens et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à l’autorité paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance. Il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur, mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »

Un très mauvais maître, Michel Foucault, a parlé d’une société organisée comme un « dispositif ». Même l’organisation des grandes entreprises privées se caractérise par le bureaucratisme, la rigidité et l’adhésion irréfléchie à des règles minutieuses, souvent incompréhensibles. Le libéralisme économique et l’étatisme sont frères et ne s’opposent qu’en paroles: ils marchent séparément pour frapper ensemble. Même les professions dites libérales sont prisonnières de protocoles, de lignes directrices et de carcans dans lesquels le Marché sacré — pseudonyme de l’intérêt privé — et la boulimie normative remplissent chacun une fonction, avec pour conséquences l’absence de liberté concrète, la sanction et le contrôle.

Le démantèlement libéral — avec l’apport fondamental du marxisme — des normes culturelles et des coutumes a engendré un pouvoir diffus, à la fois libéral sur le plan économique et étatiste-bureaucratique. Nous vivons au sein d’une singulière créature hybride : l’étatisme individualiste.

Le libéralisme échoue au moment même où il est pleinement réalisé. Devenue dominante à partir des années 1990, la philosophie politique née pour réaliser la tapisserie pluraliste — devenue un patchwork abstrait — a produit un déséquilibre économique intolérable, imposé l’uniformité — le mondialisme, les économies d’échelle, la consommation uniformisatrice du McMonde et des centres commerciaux identiques partout — et favorisé la dégradation matérielle et spirituelle. Elle doit défendre et étendre ces réalités grâce à son alliance avec son frère ennemi étatiste: son moyen privilégié est le monstre bureaucratique, la progression algébrique des normes, des contrôles et, bien entendu, des contrôleurs.

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Son projet a besoin de la mégamachine au sein de laquelle se conjuguent l’action de l’État, de l’économie, du système éducatif, de la science et de la technologie. Il en résulte une société de solitaires diversement égaux, incapables de nouer des relations, saturés de droits, définis par des libertés abstraites, voire dissolvantes, impuissants, apeurés et seuls. Des proies parfaites pour le système de la consommation et des bureaucraties, maternelles et enveloppantes autant qu’implacables, omnivores et punitives. Celles-ci sont alimentées non seulement par la prolifération des réglementations, mais également par le consentement intéressé de classes bureaucratiques pléthoriques, composées de prétendus experts — et de contrôleurs aux aguets — que Costanzo Preve appelait les couches dominées au sein de la classe dominante.

L’action coordonnée du dogme libéral et de la pratique bureaucratique réduit les choix à des mécanismes dépersonnalisés, à des voies prédéfinies et à des caprices rebaptisés droits, au sein d’un gigantesque système de dépendance et d’addictions. Entre la demande de protection de la liberté individuelle et l’expansion de l’État se dissimule la relation d’interdépendance entre l’État, les bureaucraties et le marché. Ils croissent nécessairement et constamment de concert. L’étatisme rend possible l’individualisme, qui exige à son tour le cadre étatiste. Nous devenons chaque jour davantage individualistes et étatistes. Le rôle des forces politiques est complémentaire.

Une alternance sans alternative — selon Jean-Claude Michéa — dans laquelle les uns se concentrent sur l’individualisme et l’égoïsme social sans toucher au cadre étatiste, tandis que les autres réalisent l’opération inverse mais équivalente. Les uns comme les autres évoluent dans le même horizon, en accord avec les prémisses philosophiques et les résultats pratiques du libéralisme. En uniformisant par la consommation et l’intérêt l’individu, séparé de son identité, de sa communauté ainsi que de ses appartenances naturelles, professionnelles, territoriales et spirituelles, le libéralisme doit organiser le conflit engendré par la fragmentation de la société au moyen de nouvelles normativités, de lois, de dispositifs, d’interdictions et d’obligations que seules les bureaucraties savent administrer, animées par le préjugé idéologique du progrès, de la tolérance et de l’inclusion.

Le système porte le nom significatif de gouvernance : administration de l’existant sur le terrain du libéralisme économique, assortie de la production continue de nouveaux droits, de nouvelles significations et de nouvelles règles devant être garanties par la bureaucratie. Les dominants se répartissent leurs domaines respectifs, mais restent unis et alliés dans leur gestion. En dessous végète la masse de tous les autres. Le pouvoir préfère les prétendus « derniers » — immigrés, minorités sexuelles et autres catégories similaires, qui dépendent de lui pour survivre ou faire valoir leurs droits — au reste de la population, cette armée désarmée des avant-derniers, sur laquelle pèsent le poids de l’injustice libérale et la prison constituée par l’armée impersonnelle des experts et des fonctionnaires : l’appareil bureaucratique, les petits chefs d’un mémorable film de Totò.

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Le libéralisme efface la conception de la liberté comme capacité de maîtriser la recherche de la satisfaction immédiate des instincts ou des désirs. Il s’agissait de la capacité à se gouverner soi-même en différant ses instincts, ses besoins et ses pulsions, et en renonçant à ce qui était jugé négatif parce que contraire à la vertu et au bien. Si l’aboutissement commun à tous les courants libéraux, de droite comme de gauche, est la prédominance de l’action subjective, sa sphère juridique est le droit positif. C’est-à-dire un système fondé sur de simples procédures — et non sur des principes ou sur le bien commun — ainsi que sur des majorités changeantes. Les assemblées politiques légifèrent conformément à la pensée dominante d’un moment historique donné, laquelle est la pensée, c’est-à-dire l’intérêt, de la classe dominante. La formulation des normes est généralement complexe, obscure et contradictoire, conçue de manière à exiger l’arbitrage de légions de spécialistes ainsi qu’une multitude de règlements, dont l’élaboration d’abord, puis la mise en œuvre, produisent de nouvelles bureaucraties dotées de pouvoirs toujours plus étendus, autoréférentiels et débordant dans le vide de la décision politique voulu par le libéralisme réel. L’affaire de l’Ilva en Italie en est un exemple : les installations de ce géant sidérurgique, stratégiques pour l’avenir industriel, ont été mises à l’arrêt par une décision judiciaire, l’ordre de bureaucrates publics devenu pouvoir autonome.

La substance du système est celle d’un (dés)ordre qui amplifie toutes les formes d’individualisme, tout en les faisant garantir par un vaste appareil juridique, politique et social dont diverses bureaucraties sont à la fois les gardiennes et les bénéficiaires. Ainsi, l’autonomie du subjectivisme libéral, qui tend vers l’anarchie, est contrôlée, façonnée et administrée par l’imposition d’innombrables lois, avec pour conséquence évidente l’élargissement de la sphère d’influence de l’État et de bureaucraties omnivores transformées en police des comportements.

51IwahdBbvL._SX195_.jpgParadoxalement, plus l’autonomie libérale est grande, plus l’État devient omniprésent. La liberté d’hier, constituée de relations et de liens communautaires, associatifs, moraux et familiaux, se rétrécit au profit d’une émancipation qui, afin d’éviter la guerre de tous contre tous, nécessite le Léviathan bureaucratique. Le libéralisme atteint son accomplissement grâce à l’individu libéré et à l’État contrôleur. Le Léviathan privé, maître de tout, dispose d’une interface étatiste et bureaucratique chargée — à ce qu’elle affirme — de contenir les excès du subjectivisme absolu de l’homo homini lupus de Thomas Hobbes. Ce n’est pas un hasard si ce penseur anglais du XVIIe siècle fut le secrétaire de Francis Bacon, le scientifique et philosophe qui voulait dominer les forces de la nature afin de les exploiter économiquement, avant de devenir le modèle de référence de John Locke, premier théoricien du libéralisme au XVIIIe siècle.

C’est également de cette période que date l’idée, exposée dans La Fable des abeilles de Mandeville, selon laquelle les vices privés se transforment en vertus lorsqu’ils génèrent du profit. L’horizon est celui du déchaînement individualiste de ce que Joseph Schumpeter appellera les « esprits animaux » du capitalisme libéral, insoutenables sans une solide armature bureaucratique au sein de laquelle l’État devient le policier.

En dernière analyse, le projet du libéralisme économique — désormais entré dans sa phase libertaire-libertine —, puisqu’il épuise les ressources morales et naturelles sur lesquelles il s’était initialement fondé, survit grâce au concours déterminant de la technologie et à son inquiétant aboutissement, la fintech, oscillant entre l’anarchie subjective croissante et le contrôle omniprésent et coercitif d’un appareil bureaucratique mis à son service. L’avenir proche — et, en partie, le présent déjà — laisse entrevoir une liberté extrême dans la sphère pulsionnelle au sein d’une oppression extrême. L’un des drames de cette contradiction — une forme d’anomie ou d’aporie qui aurait surpris Émile Durkheim, le premier à l’avoir étudiée — est la tendance de l’homo contemporain, qui n’est plus tellement sapiens, à réduire cette condition en forme d’entonnoir à un simple problème «technique», qu’il faudrait résoudre par des doses plus massives de libéralisme économique et de libertarisme ou de contrôle politique et bureaucratique, selon les mouvements du balancier entre les deux principales tendances de l’arc-en-ciel libéral. Deux solutions également destructrices, auxquelles il faut opposer, avec patience, ténacité, ouverture culturelle, imagination, mais aussi radicalité, la sortie de la toile d’araignée libérale-bureaucratique.

Qui sont les Houthis: histoire, objectifs et rôle dans le conflit au Yémen

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Qui sont les Houthis: histoire, objectifs et rôle dans le conflit au Yémen

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/chi-sono-gli-houthi-stori...

Les Houthis, officiellement connus sous le nom d’Ansar Allah («Partisans de Dieu»), sont un mouvement politique et militaire yéménite. Ces dernières années, ils sont devenus l’un des acteurs les plus importants du Moyen-Orient, tant en raison de leur rôle dans la guerre civile yéménite que de leurs opérations militaires en mer Rouge et dans les pays voisins.

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Le mouvement trouve ses racines dans le nord du Yémen, principalement dans la province de Saada, près de la frontière avec l’Arabie saoudite. Il est né dans le milieu religieux et culturel des zaïdites, une branche de l’islam chiite historiquement très présente dans le nord du Yémen.

Selon des documents des Nations unies, les origines du mouvement remontent aux initiatives de renouveau culturel et religieux zaïdite apparues au cours des années 1980 et 1990. À partir de 2004, les tensions avec le gouvernement central ont débouché sur une série de conflits armés connus sous le nom de «guerres de Saada». Une reconstitution détaillée est disponible dans ce rapport des Nations unies sur le Yémen (cf.: https://digitallibrary.un.org/record/1478791/files/S_2018_193-EN.pdf ).

Le nom «Houthi» vient de la famille de Hussein Badreddin al-Houthi, l’un des principaux dirigeants du mouvement à ses débuts, tué en 2004. La direction du mouvement est ensuite passée à son frère, Abdul-Malik al-Houthi.

La puissance politique et militaire des Houthis s’est considérablement accrue après les soulèvements du Printemps arabe et la fin de la présidence d’Ali Abdallah Saleh. En 2014, les Houthis sont entrés dans la capitale, Sanaa, et ont progressivement pris le contrôle des principales institutions. Au cours des premiers mois de 2015, l’affrontement avec le gouvernement yéménite s’est intensifié et le président Abd-Rabbo Mansour Hadi a quitté la capitale. Les Nations unies ont retracé les différentes phases du conflit ainsi que les violations commises par les diverses parties dans ce rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.

En mars 2015, une coalition dirigée par l’Arabie saoudite est intervenue militairement pour soutenir le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Dès lors, le conflit yéménite s’est transformé en une guerre longue et complexe opposant différents groupes locaux et puissances régionales.

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L’un des aspects les plus débattus concerne les relations entre les Houthis et l’Iran. Téhéran apporte un soutien politique au mouvement et, selon plusieurs gouvernements occidentaux et de nombreux observateurs internationaux, lui a fourni au fil des ans une assistance militaire, des technologies, des formations ainsi qu’un soutien au développement de missiles et de drones.

Les Houthis sont ainsi fréquemment décrits comme faisant partie de ce que l’on appelle «l’Axe de la résistance», le réseau de groupes et d’alliés régionaux liés à l’Iran. Le Council on Foreign Relations a publié une analyse approfondie consacrée précisément aux relations entre l’Iran et les Houthis (cf.: https://www.cfr.org/articles/irans-support-houthis-what-know ).

Les définir simplement comme une force contrôlée par l’Iran peut toutefois être réducteur. Le mouvement a des origines proprement yéménites, possède sa propre structure politique et militaire ainsi que des intérêts locaux qui ne coïncident pas toujours entièrement avec ceux de Téhéran.

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La situation géographique du Yémen confère aux Houthis une importance stratégique particulière. Le pays borde en effet la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, l’un des passages maritimes les plus importants — un véritable goulet d’étranglement — pour le commerce international.

Ces dernières années, les Houthis ont utilisé des missiles, des drones et d’autres armes contre des navires marchands et des cibles régionales. Les opérations en mer Rouge ont également eu des conséquences sur le trafic maritime international, incitant certaines compagnies maritimes à modifier leurs itinéraires. Cette question est également suivie par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui publie des documents et des mises à jour concernant la situation au Yémen et la sécurité de la navigation en mer Rouge.

Les États-Unis ont modifié à plusieurs reprises la classification du mouvement en tant qu’organisation «terroriste». Après une première désignation en 2021, suivie de sa révocation, Washington a de nouveau adopté des mesures et une désignation à l’encontre d’Ansar Allah. Une partie de la documentation officielle américaine sur cette question est disponible sur le site du département d’État des États-Unis (cf.: https://2021-2025.state.gov/terrorist-designation-of-the-houthis/ ).

 

Par la guerre en Ukraine vers la soumission aux États-Unis

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Par la guerre en Ukraine vers la soumission aux États-Unis

Franz Ferdinand 

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206398

Au cours des deux dernières semaines, la situation sur le champ de bataille a évolué de manière plutôt laborieuse pour la Russie : au nord de l’agglomération de Kramatorsk et Sloviansk, l’armée ukrainienne a mené avec succès des contre-attaques qui n’étaient peut-être, elles aussi, qu’une sorte de version ukrainienne de l’offensive allemande des Ardennes pendant la Seconde Guerre mondiale, peu avant l’effondrement.

En revanche, la guerre économique déclenchée contre la Russie par l’Occident dit « des valeurs », au moyen d’innombrables sanctions, s’est transformée en une guerre économique globale et couronnée de succès du Sud global contre cet Occident des valeurs.

Il faut à cet égard considérer la situation générale en Ukraine conjointement avec celle qui prévaut autour de l’Iran et de l’Arabie saoudite :

La guerre en Ukraine, la guerre d’agression contre l’Iran lancée par Donald Trump, ainsi que les actions des Houthis et, éventuellement, de groupes mandataires iraniens en Irak, doivent désormais être considérées comme une troisième guerre mondiale, qui se déroule toutefois, à bien des égards, différemment des Première et Seconde Guerres mondiales du siècle dernier. Il faut également prendre en compte la Chine en tant que participante silencieuse en arrière-plan, celle-ci soutenant à de nombreux égards aussi bien l’effort de guerre russe que le combat défensif de l’Iran.

L’intérêt de la Chine réside avant tout dans l’éviction du dollar américain de son statut de monnaie de référence mondiale, objectif qui doit être atteint par le déclassement du système financier occidental. Il suffit pour cela à la Chine de renforcer les évolutions existantes ou simplement de les laisser suivre leur cours, comme les actions des Houthis contre l’approvisionnement pétrolier occidental dans le détroit de Bab el-Mandeb, ou l’interruption de l’oléoduc est-ouest qui traverse l’Arabie saoudite. Au total, ces actions, conjuguées au blocage du détroit d’Ormuz, affectent jusqu’à 30 % de l’approvisionnement mondial en pétrole ! Le prix du pétrole est ainsi passé de 60 dollars l’année dernière à environ 104 dollars le baril actuellement !

Même Mike Wirth, le patron de Chevron, met en garde contre une crise mondiale des carburants susceptible d’échapper totalement à tout contrôle !

On peut toutefois difficilement imaginer que la Chine tolère ces actions des Houthis, soutenus par l’Iran, sans être elle-même intéressée par cette évolution. Pour la Chine, l’essentiel est seulement de continuer à être suffisamment approvisionnée en pétrole, ce qui est également possible par voie terrestre.

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Il est intéressant de noter, dans ce contexte, que les États-Unis ont rejeté une demande d’assistance de l’Arabie saoudite. Manifestement, l’hégémon est déjà tellement surmené et affaibli qu’il n’est plus en mesure de mener des actions contre les Houthis.

La situation sur le marché pétrolier est encore aggravée par les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes. Celles-ci avaient encore été célébrées par les médias occidentaux comme un « game changer », mais elles conduisent désormais la Russie à interdire ses exportations de diesel et font, en ce moment même, flamber les prix de ce carburant ! En Allemagne, le prix du diesel est passé cette année de 1,60 euro à un niveau atteignant actuellement 2,50 euros le litre ! Tandis que les Russes doivent encore faire la queue pour obtenir leur diesel, beaucoup moins cher, le citoyen de l’Union européenne ne pourra bientôt plus du tout se permettre d’en acheter.

Cette évolution des prix du pétrole et du diesel a simultanément entraîné une hausse généralisée des prix des matières premières. Les prix du riz et des céréales, par exemple, ont augmenté de 50 % au cours de l’année.

Le taux d’inflation officiel de 2,9 % annoncé pour l’Allemagne ne peut être considéré que comme une plaisanterie, ainsi que chaque citoyen peut lui-même le constater en faisant ses achats quotidiens.

Ces récentes flambées des prix aggravent à présent la situation du système financier occidental délabré. Conjuguée à l’état dramatique des finances publiques dans l’Occident des valeurs, la poussée inflationniste générale a désormais entraîné une hausse des taux d’intérêt du marché obligataire, ainsi qu’un relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine jusqu’à 4 %. De nouvelles hausses des taux directeurs sont également attendues de la part de la BCE.

Les États doivent maintenant payer ces taux d’intérêt plus élevés non seulement sur leurs nouveaux emprunts, mais aussi — ce qui est particulièrement douloureux — sur le refinancement de leur dette existante. Donald Trump et son gouvernement ont franchi cette année, avec brio, le seuil des 40 000 milliards de dollars de dette, dont 7 000 milliards devront être refinancés à court terme à un taux d’intérêt plus élevé ! Il en va naturellement de même pour tous les débiteurs européens, ce qui conduira inévitablement à des programmes d’austérité en pleine période de déclin économique général, et donc à une érosion supplémentaire du système politique existant.

La Réserve fédérale pourrait certes financer la dette américaine en faisant fonctionner la planche à billets, mais cela conduirait inévitablement à l’hyperinflation et, par conséquent, à la fin du dollar en tant que monnaie de référence mondiale.

Ces hausses de taux portent préjudice à l’ensemble du développement économique dans l’Occident des valeurs et entraînent inévitablement des pertes d’emplois, ainsi qu’un mécontentement encore plus grand à l’égard du système politique existant dans l’Union européenne.

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La France constitue un exemple révélateur de cette situation : elle est actuellement déjà ingouvernable et pourra, lors de l’élection présidentielle de l’année prochaine, choisir entre Marine Le Pen et le communiste Jean-Luc Mélenchon. Après une victoire de Le Pen, plus rien ne serait sans doute comme avant au sein de l’Union européenne !

Toutefois, la hausse des taux d’intérêt du marché a des répercussions particulièrement dramatiques sur les bilans des banques et des compagnies d’assurance, et ce, sans que le public s’en aperçoive. Comme chacun sait, ces établissements détiennent environ 60 % de leurs placements sous forme d’obligations, et c’est précisément sur le marché obligataire que les hausses de taux ont provoqué un véritable carnage boursier. Cela s’explique par le fait que, durant la période de taux nuls ou faibles, il y a trois ou quatre ans, des obligations à long terme assorties de coupons très faibles ont été émises, et que leur cours s’est aujourd’hui effondré en raison de la hausse des taux. Le cas d’une obligation à trente ans à taux zéro, dont le cours a désormais fondu de moitié, est devenu célèbre — une perte de valeur inhabituelle pour une obligation.

Certes, il ne s’agit que de pertes comptables, que l’on dissimule simplement dans les bilans bancaires en ne procédant à aucune dépréciation comptable. Dans le cas contraire, les résultats des banques fondraient comme neige au soleil et leurs cours boursiers s’effondreraient eux aussi. Quoi qu’il en soit, de telles pertes comptables ne deviennent effectives que lorsqu’une banque est contrainte, pour une raison quelconque, de vendre une obligation de ce type. Les banques ne sont, en tout état de cause, plus en mesure d’absorber d’autres chocs extérieurs.

Les indices boursiers se situent certes encore actuellement à des niveaux records, mais la hausse des rendements obligataires mine naturellement aussi le marché des actions. Tout investisseur expérimenté sait que les cours des actions ne sont que du vent, en partie encore uniquement portés par des spéculations totalement irrationnelles, comme dans le cas de « l’intelligence artificielle ». Dès que les grands investisseurs tourneront le dos au marché des actions en raison des taux élevés et préféreront investir dans des obligations plus sûres, la bulle boursière éclatera. L’inévitable désillusion concernant les valeurs liées à l’IA constituera une autre cause de l’éclatement de cette bulle !

Selon toute probabilité, un effondrement boursier et financier partira une nouvelle fois des États-Unis. Il convient à cet égard de rappeler la crise financière de 2008, lorsque les États-Unis avaient exporté vers l’Europe des créances irrécouvrables sous la forme de « titres » dits subprimes et que les faillites bancaires n’avaient pu être évitées que grâce à des interventions massives des gouvernements. Le prochain tsunami financier reléguera dans l’ombre la crise de 2008 !

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Dans cette situation générale, l’Europe doit en outre faire face au fait qu’elle se trouve engagée dans une guerre économique avec les États-Unis. Sous Donald Trump, les États-Unis tentent systématiquement de saigner l’Europe à blanc, les Verts allemands jouant notamment le rôle d’une cinquième colonne de la haute finance américaine. L’« escroquerie du CO₂ » a servi à démanteler le secteur énergétique allemand et, de surcroît, la destruction du gazoduc Nord Stream 2 a rendu l’Allemagne dépendante des livraisons de gaz de schiste américain, cinq fois plus cher que le gaz russe. Il en résulte un exode de l’industrie allemande hors d’Allemagne vers les États-Unis, mais également vers la Chine.

Dans le même temps, en plus du soutien à l’Ukraine — qui s’élève actuellement à 190 millions de dollars par jour —, le citoyen de l’Union européenne devrait encore assumer des dépenses militaires nettement plus élevées afin d’alimenter l’industrie américaine de l’armement.

Il est donc d’ores et déjà prévisible que l’Europe de l’Union européenne sera la grande perdante de la guerre en Ukraine. D’une certaine manière, cela rappelle la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le « soutien » américain a complètement ruiné la Grande-Bretagne en tant que grande puissance et l’a transformée en caniche des États-Unis ! L’Union européenne ne pourra échapper à ce sort qu’en mettant fin le plus rapidement possible à sa guerre contre la Russie, en réorientant son économie vers une coopération avec la Russie et en réduisant ainsi ses liens avec les États-Unis.

jeudi, 24 septembre 2026

Grande-Bretagne et Israël: une alliance en miettes?

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Grande-Bretagne et Israël: une alliance en miettes?

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/gran-bretagna-e-israele-u...

La relation historique entre la Grande-Bretagne et Israël a récemment franchi un seuil critique, passant d’un partenariat stratégique à toute épreuve à un bras de fer diplomatique ouvert. Les évolutions récentes ainsi que les dossiers analysés par la presse internationale et les centres d’études géopolitiques montrent que les deux pays n’agissent plus comme des alliés traditionnels, mais comme de véritables adversaires au sein de l’échiquier occidental. Au cœur de cette fracture se trouvent les opérations militaires à Gaza, la flambée des tensions en Cisjordanie et la crainte de Londres de perdre sa crédibilité internationale en matière de droit humanitaire.

La rupture diplomatique a été encore alimentée par les mesures économiques et les sanctions coordonnées. Sous l’effet d’une forte pression parlementaire et populaire, le gouvernement britannique a gelé les négociations en vue d’un nouvel accord commercial et adopté des sanctions ciblées contre des entités et des réseaux qui financent les colons dans les territoires occupés. En annonçant un durcissement imminent des restrictions visant le commerce lié aux colonies, Londres a aligné sa ligne politique sur celle d’autres partenaires occidentaux, provoquant une vive réaction de Tel-Aviv. De son côté, le gouvernement israélien a qualifié ces décisions d’ingérence inacceptable dans sa souveraineté nationale et, en pleine campagne électorale, est allé jusqu’à menacer la Grande-Bretagne de représailles diplomatiques.

Ce climat d’affrontement bilatéral s’inscrit dans un contexte mondial fortement polarisé, dans lequel le facteur russe joue un rôle de catalyseur de l’instabilité. Alors que le Royaume-Uni est devenu l’un des soutiens les plus intransigeants de l’Ukraine face à l’agression de Moscou, Israël a maintenu une position d’extrême prudence et de neutralité à l’égard du Kremlin afin de préserver ses intérêts stratégiques et sécuritaires au Moyen-Orient, notamment dans l’espace aérien syrien. Cette divergence fondamentale éloigne davantage encore les orientations géopolitiques de Londres et de Tel-Aviv, affaiblissant la cohésion générale des alliés occidentaux face aux crises régionales.

Dans le débat public et les analyses diffusées en ligne, cette crise est par ailleurs souvent mise en relation avec de grands acteurs financiers et institutionnels. D’un côté, il y a l’hostilité politique entre le gouvernement de Benyamin Netanyahou et le philanthrope George Soros — accusé à plusieurs reprises par Tel-Aviv de financer des ONG critiques à l’égard de la politique de colonisation — ; de l’autre, des personnalités institutionnelles telles que le roi Charles III, qui évoluent dans des milieux proches de ceux du philanthrope juif hongrois, au sein d’organisations comme le Forum économique mondial (WEF), capables d’imposer l’agenda économique mondial d’une manière souvent contraire aux intérêts de la droite israélienne.

La crise actuelle entre Londres et Jérusalem reflète donc l’affrontement concret entre, d’une part, la ferme volonté d’Israël de régler une fois pour toutes la question de sa sécurité nationale sans subir de pressions extérieures et, d’autre part, la nécessité pour la diplomatie britannique de préserver son image de garante du droit international et des « valeurs occidentales », tout en soutenant — hypocritement — la perspective d’une solution à deux États.

Ce que Julia Mendel, l’ancienne porte-parole de Zelensky, n’a pas été autorisée à dire devant le Parlement européen

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Ce que Julia Mendel, l’ancienne porte-parole de Zelensky, n’a pas été autorisée à dire devant le Parlement européen

par Olli Garch

Source: https://ansage.org/was-selenskyjs-ex-sprecherin-julia-men...

Malheureusement passée presque inaperçue, du moins auprès du public allemand, une nouvelle démonstration de force du bloc de soutien « Slava Ukraini » de l’eurocratie, partisan d’une escalade toujours plus extrême avec la Russie, s’est produite cette semaine contre les voix critiques et dissidentes — en plein cœur des ténèbres, à Bruxelles. Julia Mendel, ancienne porte-parole du président ukrainien Volodymyr Zelensky, vivant aux États-Unis et connaissant de l’intérieur l’appareil du pouvoir ukrainien, devait prendre la parole mercredi au Parlement européen à l’invitation de l’AfD.

L’accès lui a toutefois été catégoriquement refusé après que Zelensky l’eut inscrite dimanche dernier — probablement juste à temps de son point de vue — sur la liste des sanctions, au motif que Mendel diffuserait, quoi d’autre, de la « désinformation » et de la « propagande russe », et qu’elle « soutiendrait » même désormais, prétendument, la politique agressive de la Russie contre l’Ukraine.

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L’Union européenne, servile, s’est empressée d’exécuter cette décision arbitraire et répressive, manifestement destinée à réduire au silence une voix extrêmement compromettante pour Kyiv, prise par le chef de guerre d’un État profondément corrompu, et a interdit à Mendel de s’exprimer.

Précisément cette UE qui, d’ordinaire, tient les dissidents en si haute estime lorsqu’il s’agit de transfuges d’États qu’elle combat et exècre — y compris les États-Unis, bien entendu. Mais lorsqu’il s’agit de la persécution politique d’une lanceuse d’alerte ukrainienne issue de l’entourage immédiat de Zelensky, qui pourrait révéler quelques vérités gênantes sur les pratiques en vigueur et le comportement de ce favori de l’UE jouissant d’une totale impunité, elle y participe avec zèle.

En Ukraine, Mendel est pratiquement hors-la-loi ; même aux États-Unis, elle doit craindre pour sa vie face aux hommes de main de Kyiv. Ses avoirs dans son pays ont été gelés, toute activité économique lui est interdite et ses comptes sur les réseaux sociaux sont bloqués et censurés. La justice ukrainienne a en outre menacé de « partager toutes les informations avec ses partenaires afin de synchroniser les sanctions dans les juridictions internationales ».

C’est là la méthode typique de Zelensky, célébré dans l’UE comme un prétendu « héros de la liberté » et « défenseur des valeurs occidentales », mais ébranlé par divers scandales de corruption et gouvernant depuis plus de deux ans sans mandat populaire, de manière toujours plus tyrannique.

Un tiers de l’Ukraine est devenu un enfer

L’hebdomadaire suisse Weltwoche a désormais publié le manuscrit du discours que Mendel avait prévu de prononcer devant le Parlement, mais qu’elle n’a jamais pu donner. Elle y critique sévèrement la situation en Ukraine et les pratiques de Zelensky. Elle y explique également clairement pourquoi elle a décidé de s’exprimer publiquement : elle se tient là, affirme l’ancienne porte-parole, « parce que l’Ukraine et l’Europe préfèrent, encore et encore, une mauvaise guerre à une mauvaise paix ».

Les habitants des régions situées sur le front vivent dans une pauvreté inimaginable ; il existe une grave pénurie de médecins et presque plus d’écoles en état de fonctionner. Mille dollars représentent une fortune inimaginable en Ukraine, mais presque rien des dizaines de milliards d’aide occidentale ne parvient précisément aux habitants des régions où sévit la guerre, alors même que la situation militaire ne s’améliore pas. Dans le même temps, d’autres vivent dans une richesse inimaginable grâce à une corruption gigantesque. Malgré cette corruption et l’efficacité limitée du gouvernement ukrainien, la population supporte tout cela.

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Selon Mendel, un tiers de l’Ukraine est devenu un enfer ; près de vingt pour cent de son territoire est occupé, tandis que dix pour cent supplémentaires se sont transformés en un front en flammes. Pourtant, l’Europe et Zelensky soutiennent aveuglément une stratégie qui fait de cette souffrance quotidienne un état permanent, la rendant presque «invisible et insignifiante». Pour beaucoup, l’objectif illusoire de «détruire la Russie» est plus important que celui de sauver l’Ukraine.

Plusieurs fois par mois paraissent dans les médias dominants des articles de propagande passionnés annonçant que la Russie est sur le point de s’effondrer. Le prix de cet effondrement au ralenti que l’on prétend imminent est l’effondrement réel de l’Ukraine.

« Une simple arithmétique »

Mais si le chef d’État de son propre pays accepte le statu quo, pourquoi les députés européens devraient-ils le remettre en question ? demande sarcastiquement Mendel. Malheureusement, la plupart des gens ignorent que de nombreux médiateurs ont proposé d’établir des canaux directs avec le Kremlin et de permettre des contacts en vue de négociations, mais que l’Ukraine a rejeté ces propositions.

Il existe également diverses interprétations juridiques de ce que l’on réduit aujourd’hui, de manière simpliste, à la formule « céder ou ne pas céder des territoires ». Celle-ci suggère une attitude russe obstinée et fondée sur le chantage, qui ne laisserait prétendument à Zelensky d’autre possibilité que de poursuivre sans cesse le combat.

En réalité, plusieurs propositions d’accords ont été avancées, mais n’ont été que brièvement mentionnées en public. Elles ne figureront toutefois pas dans les livres d’histoire et ne subsisteront que dans la mémoire de ceux qui ont tenté d’apporter une aide diplomatique, parce que Zelensky les a toutes rejetées. Cela vaut même pour celles auxquelles il avait personnellement donné sa parole et son engagement. Sur les grandes questions relatives à une solution de paix, il s’oppose systématiquement à toute avancée et présente au contraire « la voie la plus maximaliste et la plus inaccessible vers la victoire comme l’unique voie vers la paix ». Cela montre à Mendel et à bien d’autres qu’il ne s’intéresse nullement à une solution pacifique.

Mais, demande-t-elle, «comment 25 millions d’Ukrainiens, dont la moitié sont des retraités, sont-ils censés défendre 500 millions d’Européens contre 140 millions de Russes?». Elle interpelle avec émotion l’Union européenne, qui finance et rend possible cette absurde mission-suicide jusqu’à la victoire finale: «N’avez-vous pas honte?».

Outre le vieillissement de la population ukrainienne, le taux de natalité est catastrophiquement bas. La guerre continue de coûter des vies et pousse de plus en plus à l’étranger ceux qui veulent simplement vivre. L’Ukraine a été transformée en un endroit où la vie et un avenir porteur d’espoir paraissent de plus en plus impossibles.

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Mendel — voilà pour la « propagande russe » — sait parfaitement, et affirme ouvertement, que la Russie est responsable de cette misère. Mais son objectif est de mettre fin aux souffrances et de parvenir à une solution viable sans prolonger la guerre et les destructions. Elle mise sur le sens des responsabilités et la Realpolitik. Les chiffres bruts imposent ces conclusions : il s’agit d’une simple arithmétique montrant « comment mon pays disparaît sous vos yeux, accompagné d’applaudissements chaleureux pour un homme sur le tapis rouge, un homme qui est désormais au pouvoir depuis huit ans et trouve toujours une nouvelle raison pour laquelle la guerre ne peut pas encore prendre fin ».

Davantage d’armes et d’argent pour prolonger indéfiniment le conflit

La guerre a également détruit l’économie et la démocratie ukrainiennes. Il n’y a « plus de science, plus d’innovation en dehors du secteur militaire », poursuit Mendel. Les trois quarts du budget de l’État ukrainien sont financés par des aides étrangères.

Dans le même temps, elle observe que les voix ukrainiennes dérangeantes ne sont plus seulement ignorées, mais de plus en plus réduites au silence, simplement parce qu’elles s’opposent à la guerre. Leur nombre continue néanmoins de croître, « malgré les persécutions, les menaces, les sanctions illégales, les poursuites pénales, les campagnes de diffamation et la stigmatisation de personnes qualifiées de “traîtres” ».

En Europe, garder le silence sur ce qui se passe en Ukraine est désormais considéré comme « patriotique », car toute critique ou remise en question est assimilée à de la propagande prorusse ou à de la collaboration. Dans ce climat, la corruption s’est démesurément développée en Ukraine et y règne « à une échelle que vous ne pouvez tout simplement pas imaginer ; elle atteint le cercle le plus proche du président et, confrontée à une pauvreté totale, elle est en train de détruire la motivation même de résister à la Russie ».

Parallèlement, de véritables chasses à l’homme sont menées contre les hommes. Des actes de torture sont commis dans les bureaux de recrutement; certains hommes sont battus à mort par des agents chargés de la mobilisation et parfois tués par leurs propres commandants.

La guerre de Poutine, souligne Mendel, est incontestablement injustifiable par sa brutalité et son mépris de la vie humaine. Mais les agissements de Zelensky — annuler des réformes, protéger des réseaux corrompus, tromper son propre peuple et placer son pouvoir personnel au-dessus de la survie de la nation — ne sont pas moins injustifiables.

Elle pose ouvertement une question éminemment rationnelle qu’elle souhaitait lancer aux députés du Parlement européen: «Croyez-vous vraiment qu’une course aux armements sans fin, dans laquelle on accumule toujours davantage d’armes, aidera l’Ukraine à remporter la victoire — sans économie et avec une population qui, année après année, devient très inférieure à celle de la Russie?».

L’Ukraine a contribué à établir un modèle de militarisation totale de la société, qui semble désormais servir d’exemple à certains États de l’Union européenne. Il s’agit manifestement d’une allusion à l’Allemagne, avec son obsession particulièrement prononcée pour l’« aptitude à la guerre » et sa propagande anxiogène permanente, alimentée par les drones, au sujet d’une attaque russe contre l’OTAN.

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Certains dirigeants occidentaux ont fait leur la propagande belliciste collective et le réarmement. Il existe aujourd’hui dans l’Union européenne des voix «qui semblent croire que la militarisation de leurs économies et de leurs sociétés peut constituer une réponse aux difficultés politiques et économiques», constate-t-elle. Mais un réarmement permanent, associé à l’entretien constant d’une image de l’ennemi, développe une «dynamique propre»: plus une société est préparée à la guerre, plus la pression augmente pour justifier cette préparation. Tôt ou tard, cette logique risque de «provoquer précisément le conflit qu’elle prétend vouloir empêcher».

« Chaque critique est pourchassé et étiqueté comme prorusse »

Mendel observe de plus en plus « des menaces plutôt que de la diplomatie ; la volonté de détruire la Russie, quel que soit le nombre de vies ukrainiennes que cela coûte et l’affaiblissement de l’Ukraine qui en résulte ; ainsi que le désir de vendre autant d’armes que possible ». Tout cela sert pleinement les intérêts des dirigeants ukrainiens, raison pour laquelle Zelensky approuve sans réserve cette politique d’escalade.

La raison, aussi égoïste que funeste, est que l’économie est devenue pour le président ukrainien une source privée d’enrichissement. Il en va de même pour les autres profiteurs qui souhaitent transformer la guerre en état permanent afin de continuer à gouverner sans entraves et à s’enrichir.

C’est pourquoi, même à l’étranger, tous ceux qui ont tenté de parler avec Poutine ont été attaqués par Zelensky, « pourchassés et étiquetés comme prorusses », d’Orbán et Fico jusqu’au président des États-Unis. Les responsables politiques occidentaux devraient précisément s’en étonner, car leur propre histoire devrait leur avoir appris que, dans le monde civilisé, « des récits aussi superficiels en noir et blanc » ne devraient pas dominer, « surtout lorsqu’il s’agit de la guerre, la seule guerre en Europe », critique Mendel.

L’« effondrement » de la Russie n’est imminent que dans l’esprit d’idéalistes ignorant les réalités économiques de la Russie et de l’Ukraine. Chaque article écrit par un théoricien ou un croisé contre la Russie constitue « une petite tragédie, un signe du déclin de notre civilisation ».

Lorsqu’il s’était présenté à la présidence, Zelensky avait affirmé qu’il se mettrait à genoux devant Poutine afin que celui-ci ne contraigne pas l’Ukraine à se mettre à genoux. Il avait également déclaré que, s’il ne parvenait pas à mettre fin à la guerre civile qui faisait déjà rage à l’époque dans l’est du pays, il céderait sa fonction à quelqu’un qui en serait capable.

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Depuis, il modifie les conditions de paix d’une semaine à l’autre, toujours en formulant des exigences maximalistes qui garantissent qu’aucun accord ne soit conclu : tantôt l’adhésion à l’OTAN, tantôt la restitution de la Crimée, puis le rétablissement des frontières de 1991 ou encore l’adhésion pleine et entière à l’Union européenne.

L’affirmation la plus troublante de Mendel est peut-être la suivante : lorsqu’en 2021 Zelensky était sur le point de perdre le pouvoir, il aurait finalement trouvé dans la guerre avec la Russie le moyen de prospérer, profitant de chaque aspect du conflit, accumulant un pouvoir presque illimité et se prélassant dans la gloire internationale. Selon cette lecture, l’invasion russe elle-même aurait donc déjà servi les intérêts de Zelensky, et pas seulement la prolongation ultérieure et perpétuelle de la guerre, avec les avantages paradisiaques et confortables qu’elle procure à lui-même et à sa clique.

En conclusion de tous ces constats, Mendel exige un retour urgent à la diplomatie et à la primauté du politique. Rien ne saurait justifier une perte aussi immense de vies humaines et de capital humain que celle qui se produit dans l’est de l’Ukraine.

La stratégie meurtrière des élites européennes

Il n’est vraiment pas surprenant que ce discours n’ait pas été autorisé au Parlement européen, puisqu’il expose avec une franchise impitoyable les principales réalités : premièrement, que l’Ukraine ne peut pas gagner cette guerre, quelle que soit l’ampleur de l’aide militaire occidentale — sauf au prix d’une confrontation nucléaire ; deuxièmement, que Zelensky et sa camarilla sont des kleptocrates sans scrupules et des profiteurs de guerre corrompus ; troisièmement, que les responsables politiques européens militarisent de plus en plus leurs propres peuples afin de détourner l’attention de leur échec total en politique intérieure.

L’aveuglement somnambulique de Bruxelles, en particulier, dans sa fidélité absolue à un régime non viable à long terme, s’est encore manifesté cette semaine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fièrement annoncé qu’elle avait téléphoné à Zelensky et lui avait promis le versement de 3,3 milliards d’euros supplémentaires à l’Ukraine pour acquérir « des missiles et des drones ». Il était bien entendu « tout à fait clair » que « davantage était nécessaire », raison pour laquelle elle a aussitôt promis: «D’autres fonds suivront!».

La semaine suivante, elle participerait à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, et son « message aux amis de l’Ukraine dans le monde entier » serait simple: «L’Europe renforce son engagement. Les autres doivent maintenant eux aussi renforcer leur soutien».

Voilà donc l’unique et meurtrière stratégie des élites européennes qui, à l’instar des gouvernements de nombre de leurs États membres, présentent comme seule option la prolongation criminelle d’une guerre sans issue, au détriment de la population civile. Elles discréditent toutes les solutions de rechange et rejettent, au moyen d’arguments irrationnels, toute initiative diplomatique visant la seule solution négociée réaliste et viable.

Pour Zelensky et sa nomenklatura, il s’agit de préserver ses pleins pouvoirs dictatoriaux et de continuer à accumuler des richesses fabuleuses en détournant les fonds occidentaux. Les responsables politiques occidentaux cherchent quant à eux à détourner l’attention des crises intérieures qu’ils ont eux-mêmes provoquées en intensifiant la guerre. Mais leur objectif est le même: ils souhaitent prolonger les massacres ad infinitum, quel qu’en soit le prix.

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Depuis longtemps déjà, cette vérité ne peut plus être exprimée impunément en Europe, comme en témoignent les nombreux critiques réduits au silence, y compris en Europe, de Jacques Baud à Thomas Röper et Alina Lipp.

Cette Union européenne ressemble désormais davantage à l’Ukraine que l’Ukraine ne s’est, inversement, rapprochée des nobles principes de l’«Occident des valeurs», dont les responsables européens ayant totalement échoué ne cessent de rabâcher les mérites dans leurs discours dominicaux.

C’est probablement ce que Friedrich Merz voulait dire lorsqu’il évoquait le «haut degré de concordance» et la «compatibilité» comme conditions de son «partenariat stratégique» et qualifiait l’Ukraine de «gain» pour l’Union européenne: en matière de mépris du peuple, de prétentions autoritaires et de propension à la corruption, Kyiv et Bruxelles ne se distingueront sans doute bientôt plus guère.