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lundi, 28 septembre 2026

Un livre de George Orwell: Les socialistes peuvent-ils être heureux?

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Un livre de George Orwell: Les socialistes peuvent-ils être heureux?

Par Mario Grossi

Source: https://ilfondo.org/i-socialisti-possono-essere-felici-un...

Douze textes courts de George Orwell montrent le pouvoir à l’œuvre sur l’individu : la pauvreté, la bureaucratie, la discipline et l’utopie comme formes de déshumanisation.

71Bs2aGrafL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgCan Socialists Be Happy? (= Les socialistes peuvent-ils être heureux?) — Un livre de George Orwell

Certains auteurs ressemblent à des feux éteints. Les cendres de leurs chefs-d’œuvre obscurcissent et dissimulent les braises encore ardentes de leurs textes considérés comme mineurs. Or, ce sont précisément ces braises encore incandescentes qui peuvent raviver la flamme de leur talent et réveiller la curiosité du lecteur qui s’est arrêté à la contemplation des cendres superficielles, aussi majestueuses soient-elles. Tel est le cas de George Orwell, justement vénéré pour La Ferme des animaux et 1984, dont les cendres cachent des tisons brûlants qui en ravivent la splendeur.

Un recueil d’articles et de brefs essais vient de paraître sous un titre trompeur, Les socialistes peuvent-ils être heureux ?. Celui-ci reprend le titre de l’un des articles, mais ne rend pas justice au thème général qui donne sa cohérence au choix des textes réunis dans le volume. Il s’agit de douze textes courts qui, sous des angles différents, explorent un seul et même sujet, peut-être celui qui tenait le plus à cœur à l’auteur: la relation entre le pouvoir et l’individu.

Une relation totalement asymétrique en faveur du Grand Léviathan, qui exerce sa force disproportionnée contre l’individu, lequel ne dispose pas d’armes assez puissantes pour s’opposer à cette masse immense qui le domine et tend à l’écraser. Un pouvoir qui emploie tous les moyens dont il dispose pour anéantir l’individu refusant de se soumettre ou qui, afin d’éviter les ennuis, cherche à se cacher dans un territoire qu’il imagine libre, mais qui se révèle être un piège supplémentaire, incapable de le sauver du désastre. C’est l’assujettissement imposé par une entité — le Léviathan, précisément — qui, avec ses mille tentacules, ne laisse aucun répit, n’accorde aucune trêve et ne tolère aucune zone franche. Son pouvoir est omniprésent, immanent et méticuleux, et il dispose d’un instrument infaillible: la déshumanisation de l’individu lui-même.

Le Grand Léviathan exerce sa force disproportionnée contre l’individu.

Ce thème revient dans chacune des œuvres d’Orwell, à commencer par 1984, où la description de la société dystopique passe invariablement par la destruction de toute humanité chez les citoyens, qui en viennent à trahir leurs amis les plus chers et leurs convictions les plus fermes afin de ne pas être broyés par une machine infernale qui n’accorde aucun intérêt à leur individualité.

La-ferme-des-animaux.jpgLa Ferme des animaux nous montre que l’identité de ceux qui exercent ce pouvoir immense, bureaucratique, invisible et envahissant importe peu. Le simple fait de le détenir suffit à mettre en marche la machine destructrice. Les hommes ne sont pas les seuls détenteurs de ce pouvoir coercitif et infâme: il suffit que les cochons prennent leur place pour que le massacre reprenne avec un zèle renouvelé. Ce roman fait écho aux réflexions de Milovan Djilas, communiste dissident qui consacra à cette question des pages décisives dans La Nouvelle Classe.

Si l’on sonde l’atmosphère de Et vive l’aspidistra !, cette plante triste qui végète avec lassitude dans toutes les maisons de la petite bourgeoisie anglaise, on découvre que le pauvre vendeur fait partie d’un mécanisme destiné à le broyer. Le broyeur est le boa constricteur invisible que représente une société qui, sous les dehors trompeurs d’une communauté civilisée et bien élevée, le fait vivre à la limite du supportable grâce à un salaire totalement insuffisant, avant de l’abattre dès qu’il montre les premiers signes de faiblesse dus à l’épuisement auquel son travail et sa condition le condamnent. L’usure lente et inexorable de ses chaussures et de ses vêtements, qu’il n’a pas les moyens de remplacer, en constitue un témoignage tragique.

Et-vive-l-aspidistra.jpgTout cela est mystifié par l’apparente et triste dignité de ces mêmes individus, qui se bercent d’illusions dans leur paisible désespoir :

    «Ces petits-bourgeois, là-bas, derrière leurs rideaux brodés, avec leurs enfants, leurs meubles bon marché et leurs aspidistras, vivaient sans aucun doute selon le code de l’argent et réussissaient pourtant à conserver leur dignité. Ils avaient leurs règles, leurs points d’honneur inviolables. Ils “restaient respectables”: ils faisaient claquer leurs aspidistras comme des drapeaux».

La déshumanisation dont le pouvoir se sert pour soumettre l’individu est étudiée dans différents domaines.

Dans Le Quai de Wigan, long reportage consacré aux ouvriers et aux mineurs durant la Grande Dépression, Orwell décrit les conditions abrutissantes dans lesquelles ils vivent, conditions qui résultent, ici encore, de la déshumanisation que la machine du pouvoir leur impose à ses propres fins. Ce reportage rappelle de très près celui que Jack London avait publié trente ans plus tôt, Le Peuple de l’abîme. Il en va de même dans Hommage à la Catalogne, où les souvenirs de l’expérience vécue par Orwell aux côtés des républicains durant la guerre d’Espagne alternent avec la description des persécutions exercées par les émissaires soviétiques et la GPU contre les anarchistes et les socialistes.

51pyFDfa9PL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgPour revenir à l’ouvrage qui nous occupe, ces thèmes réapparaissent avec force dans Les socialistes peuvent-ils être heureux?. La déshumanisation dont le pouvoir se sert pour soumettre l’individu y est examinée dans différents contextes.

L’Asile de nuit décrit l’un des refuges londoniens qui illustrent parfaitement l’hypocrisie du pouvoir: celui-ci offre un abri et un repas en échange de la soumission totale des malheureux, auxquels on attribue un numéro qui devient leur seul moyen d’identification. Des fantômes tous semblables dans leurs vêtements en lambeaux, leur saleté incrustée et leur crainte d’être chassés par le kapo du moment, lequel réglemente, au nom du pouvoir et de la discipline, l’accès au dortoir sous couvert du slogan — quintessence de l’hypocrisie — «nous le faisons pour votre bien».

Ici encore, le pouvoir qui agit en coulisses le fait par personne interposée, comme dans Une pendaison, où le bourreau agit lui-même sous l’action de la Bête bureaucratique qui surveille et réglemente tout. Le bouleversement causé par le spectacle, pour la première fois, de la suppression d’une vie humaine impressionne Orwell, qui souligne cette barbarie en observant les rires des personnes présentes. Incapables de supporter la tension du moment, elles évacuent leur angoisse par un rire libérateur, lui aussi contraint et dirigé par des fils obscurs qui le rendent obligatoire et nullement libre, mais simplement nécessaire pour ne pas succomber psychologiquement à la tragédie du crime qui vient d’être commis.

Dans Comment meurent les pauvres, le pouvoir qui s’exerce sur l’individu malade, ayant besoin de soins mais surtout d’un soutien psychologique, est incarné par le médecin glacial et indifférent, entouré d’étudiants avides de palper, d’ausculter et de percuter des poitrines sans accorder la moindre compassion au patient. Personnalité transparente, celui-ci n’est même pas perçu autrement que comme un objet utilisable pour leurs exercices. Sa déshumanisation est totale, car il n’est même plus capable de se révolter contre cet état de fait: il subit passivement cette profanation qui prend la forme d’une visite à l’hôpital, mais qui ressemble bien davantage à l’application rigoureuse de la règle du pouvoir.

Lorsque la société idéale devient une pratique courante, le poison inhérent à une bureaucratie élitiste se révèle tel qu’il est: un monstre qui écrase tout.

127544_548a530fbb5434897cf2a9c67cc6220f.jpgOn en arrive enfin au très bref essai Les socialistes peuvent-ils être heureux?, qui semble constituer une réponse à la déshumanisation décrite dans les autres articles. Mais la réponse à ce qui paraît être une question rhétorique est : non ! Le socialisme est lui aussi une forme de consolation irréalisable, un modèle qui ne peut rendre heureux parce qu’il tente de transformer le véritable sens du bonheur.

Partant du Chant de Noël de Dickens, où le véritable bonheur s’incarne dans le dîner de Noël au cours duquel le petit Tim et sa famille peuvent enfin manger et suspendre temporairement la faim qui traverse toute leur existence, Orwell décrit ces modèles de «paradis sur terre» qui voudraient prolonger indéfiniment un bonheur ne pouvant être, dans la réalité, qu’une suspension éphémère des souffrances quotidiennes. Une société utopique dans laquelle cette prolongation infinie n’est que l’ultime et tragique tromperie infligée au malheureux, engendrant seulement l’ennui, l’incapacité de désirer et l’apparition d’une bureaucratie parasitaire qui cherche à endormir tout le monde, non «pour son bien», mais afin de ne pas être dérangée.

En somme, ici encore, lorsque la forme idéale se transforme en pratique ordinaire, le poison inhérent au pouvoir concentré entre les mains d’une bureaucratie élitiste se révèle tel qu’il est: un monstre qui écrase tout, un Moloch qui exige du sang pour étancher sa soif inextinguible, une classe élitiste entourée de ses clients, qui repose sur la peine et la terreur d’une multitude d’individus acceptant par peur un esclavage fondé sur leur abrutissement.

Il serait erroné de considérer ces articles comme un héritage figé dans le siècle dernier. Certains comportements et certains thèmes sont plus actuels que jamais, tout comme ce pouvoir omniprésent qui, bien qu’il se soit fait plus feutré, continue d’exercer une pression insupportable sur ceux qui ne participent pas au banquet des sauvés.

Les engloutis subsistent, peut-être dans une meilleure condition que celle qui est décrite ici, mais toujours écrasés par cet instrument invincible que l’on appelle la déshumanisation.

9788898607945_0_500_0_0.jpgFiche du livre:

Titre: I socialisti possono essere felice? (= Les socialistes peuvent-ils être heureux?)

Auteur : George Orwell

Sous la direction de : Santa Bellomìa

Éditeur : Ultima Spiaggia

Année : 2026

Nombre de pages : 150

Format : broché

ISBN/EAN : 9788898607945

Prix : 10,00 €

Travail productif et puissance industrielle

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Travail productif et puissance industrielle

Dr Neema Parvini

Contribution invitée pour l’Institut de politique économique conservatrice (IKW). Munich, le 25 septembre 2026.

Source: https://institutkw.de/produktive-arbeit-und-industrielle-...

Messages clés et recommandations d’action

- La distinction classique entre travail productif et travail improductif devrait de nouveau être davantage prise en compte dans la politique économique moderne : toute valeur ajoutée mesurée en termes monétaires ne crée pas dans la même mesure du capital reproductible, des connaissances techniques, des capacités industrielles ou des possibilités d’action stratégique.

- Le produit intérieur brut ne constitue pas, à lui seul, un indicateur suffisant de la puissance économique et de la résilience d’un pays, car il agrège des formes de valeur ajoutée qualitativement très différentes. Un milliard supplémentaire provenant des services financiers, du divertissement ou des services à la personne peut être précieux pour l’économie nationale, mais ne revêt pas la même importance stratégique que des capacités de production supplémentaires dans les domaines des machines, des installations énergétiques, des véhicules, des produits chimiques ou d’autres biens critiques.

- La faiblesse centrale du modèle économique néolibéral réside dans l’hypothèse selon laquelle la disponibilité mondiale pourrait, dans une large mesure, se substituer aux capacités de production nationales. Dans des conditions internationales stables, cette logique maximise l’efficacité à court terme, mais elle peut simultanément engendrer des dépendances industrielles qui ne deviennent pleinement visibles qu’en cas de sanctions, de conflits commerciaux, de crises énergétiques ou de tensions géopolitiques.

- L’industrie ne se réduit pas à la production actuelle : elle constitue une capacité d’action accumulée. Les usines incarnent des machines, des relations avec les fournisseurs, des routines techniques, des ouvriers qualifiés, des ingénieurs, des savoirs issus de l’expérience ainsi qu’un savoir-faire institutionnel constitué au fil des décennies. La disparition de telles structures est donc qualitativement différente d’un déplacement temporaire de la valeur ajoutée entre secteurs.

- Le capital financier ne peut pas remplacer rapidement et intégralement les capacités industrielles perdues. Certaines usines standardisées peuvent certes être construites en partie dans un délai d’un à trois ans, tandis que la mise en place de chaînes complexes de matières premières, d’infrastructures et de création de valeur peut nécessiter plus de dix ans. La politique économique doit donc davantage tenir compte de l’irréversibilité temporelle des pertes de structures industrielles.

- Les exemples de l’Iran, de la Russie et de la Chine montrent que les performances économiques sous pression géopolitique ne peuvent être évaluées uniquement à partir des revenus nominaux ou du PIB. Malgré de longues années de sanctions, l’Iran a encore produit plus de 1,07 million de véhicules automobiles en 2024 et accru sa production de gaz naturel de 64 % entre 2013 et 2023 ; de telles capacités illustrent la valeur stratégique d’une base matérielle de production.

- À l’inverse, le Royaume-Uni montre qu’une économie peut perdre une profondeur industrielle considérable malgré une forte productivité et un secteur des services développé : l’emploi dans l’industrie manufacturière est passé de 6,704 millions de personnes en 1979 à 2,482 millions au premier trimestre de 2026. La désindustrialisation ne doit donc pas être comprise uniquement comme un recul de la production industrielle, mais comme la disparition de sites, d’emplois, de chaînes d’approvisionnement et de capacités reproductibles.

- Une stratégie de réindustrialisation doit donc prendre le capital humain aussi au sérieux que le capital physique. La proportion d’environ 30 % de diplômés de l’enseignement supérieur en ingénierie, industrie manufacturière et construction enregistrée en Iran, contre 9 % au Royaume-Uni, montre que la puissance industrielle dépend à long terme de la formation de compétences techniques et qu’elle ne peut être créée par de seuls programmes d’investissement.

- La politique économique devrait donc compléter la perspective traditionnelle de l’efficacité par une perspective stratégique de la production. Outre le PIB, la productivité et les prix, il conviendrait de mesurer régulièrement les capacités industrielles, la profondeur du tissu national de fournisseurs, les qualifications techniques, la disponibilité de l’énergie et des matières premières, les dépendances à l’égard des importations ainsi que le temps nécessaire à la reconstruction des chaînes de valeur critiques.

- La question décisive de politique économique n’est donc pas seulement de savoir quelle quantité de valeur ajoutée une économie produit, mais aussi quels biens et quelles technologies fondamentaux elle est capable de fabriquer elle-même, à quelle vitesse elle peut accroître sa production et quelles capacités lui restent lorsque les marchés internationaux ne fonctionnent plus sans heurts.

La notion perdue de travail productif

L’une des distinctions fondamentales de l’économie politique classique, qui a largement disparu du débat contemporain sur la politique économique, concerne la différence entre travail productif et travail improductif. Paul Cockshott (photo) reprend cette question dans How the World Works et s’inscrit ainsi dans une longue tradition allant d’Adam Smith à Karl Marx en passant par David Ricardo. [1–3]

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Chez Smith, le travail productif se caractérise par le fait qu’il crée une valeur qui se fixe dans un bien vendable et subsiste au-delà du moment immédiat où la prestation est fournie. Parmi les contre-exemples, Smith cite notamment le domestique et même le chanteur d’opéra : le service peut être utile, précieux et socialement apprécié, mais son résultat disparaît au moment de sa consommation et ne laisse derrière lui aucun stock de capital reproductible. [1]

Marx développe cette distinction, mais en lui donnant une précision conceptuelle différente. Pour lui, dans les conditions capitalistes, est avant tout productif le travail qui produit directement de la plus-value et valorise le capital. Chez Marx, la frontière ne correspond donc pas simplement à la séparation entre production matérielle et services. Un service peut lui aussi constituer un travail productif, dès lors qu’il produit de la plus-value dans le cadre d’un processus de production capitaliste. [2]

Cette différence est précisément déterminante. La catégorie classique de « productif » ne signifie pas « moralement précieux », « socialement nécessaire » ou « agréable ». Elle vise plutôt à déterminer quel type de travail produit un surplus économique reproductible, un stock de capital ou un système de production. Cette distinction analytique revêt, pour la compréhension des processus modernes de désindustrialisation, une importance plus grande que ne l’admet généralement la science économique contemporaine.

Le PIB et l’angle mort néolibéral

Dans la comptabilité nationale moderne, cette distinction classique a été largement abandonnée. Le produit intérieur brut mesure la valeur ajoutée créée au sein d’une économie, qu’elle provienne de la production industrielle, des services financiers, du divertissement, de la restauration ou de nombreux autres services. Les activités liées aux jeux d’argent peuvent elles aussi faire partie de la valeur ajoutée brute mesurée. [4–5]

Il serait donc techniquement inexact d’affirmer que la science économique actuelle considère simplement « toute activité permettant de gagner de l’argent comme productive ». Le véritable problème est plus profond : dans la pratique politique, la valeur ajoutée mesurée en termes monétaires sert régulièrement d’indicateur central des performances économiques, alors même que les différentes formes de valeur ajoutée sont loin d’être équivalentes en matière de formation du capital, de capacités technologiques, de sécurité d’approvisionnement et de capacité d’action géopolitique.

Un casino peut générer des revenus, des emplois, des bénéfices et des recettes fiscales, et contribuer ainsi aux performances économiques mesurées. Mais il ne produit pour autant ni machines-outils, ni turbines à gaz, ni micropuces, ni véhicules automobiles, ni installations chimiques, ni capacités de production présentant un intérêt militaire. Un pays peut donc demeurer riche sur le papier tout en perdant des capacités qui, en cas de crise, ne peuvent être remplacées par l’argent seul.

C’est précisément là que se situe l’angle mort de l’ordre économique néolibéral. Pendant des décennies, son économie politique a de plus en plus considéré la valeur ajoutée monétaire et les capacités réelles de production comme des grandeurs interchangeables. Lorsqu’un bien pouvait être fabriqué à moindre coût à l’étranger, la délocalisation de sa production apparaissait comme un gain d’efficacité. Là où l’usine nationale disparaissait, le marché international était censé reprendre sa fonction. Le prix, le rendement du capital et la valeur ajoutée agrégée étaient déterminants ; la question de savoir quelles capacités physiques une économie possédait encore elle-même faisait l’objet d’une moindre attention.

L’erreur qui en découle ne consiste pas à déclarer les services sans valeur. Elle consiste à considérer comme interchangeables, du point de vue de leur importance stratégique, différents types d’activités économiques.

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L’Iran : les sanctions comme politique industrielle imposée

L’Iran offre à cet égard un contre-exemple remarquable. Dès novembre 1979, les États-Unis ont imposé à l’Iran, par l’Executive Order 12170, d’importantes sanctions portant sur les avoirs; la portée, l’orientation et l’intensité du régime de sanctions ont ensuite été modifiées à plusieurs reprises et considérablement élargies. [6]

Depuis 1979, le développement industriel de l’Iran n’a pas progressé chaque année, contrairement à ce que l’on affirme parfois de manière simplificatrice. Les données de la Banque mondiale font plutôt apparaître d’importantes fluctuations. Une vaste base industrielle s’est néanmoins constituée et maintenue sous des décennies de pression économique extérieure. [7] Cela apparaît de façon particulièrement nette dans le secteur énergétique. Selon l’Energy Information Administration des États-Unis, la production iranienne de gaz naturel sec a augmenté de 64% entre 2013 et 2023 seulement, pour atteindre 9,4 billions de pieds cubes. L’Iran figurait ainsi parmi les plus grands producteurs de gaz naturel au monde. [8]

Il en va de même pour l’industrie automobile. Malgré un léger recul par rapport à l’année précédente, l’Iran a encore produit 1.077.839 véhicules automobiles en 2024. [9] Il ne s’agit pas d’une production artisanale marginale, mais d’une production à l’échelle industrielle qui suppose une vaste structure de fournisseurs, d’ingénierie et de fabrication.

La thèse plus générale est que les sanctions et les restrictions à l’importation ont précisément contribué à imposer cette évolution. Il est naturellement impossible de démontrer l’affirmation contrefactuelle selon laquelle l’Iran n’aurait développé aucune industrie automobile en l’absence de sanctions. Le mécanisme n’en demeure pas moins plausible : lorsque des biens importants ne peuvent être importés de manière fiable, les incitations à développer sur le territoire national des chaînes de production, des pièces de rechange, des connaissances techniques et des capacités de fabrication augmentent.

Dans de telles conditions, les sanctions fonctionnent involontairement comme une forme brutale de politique industrielle imposée. Elles provoquent d’importantes pertes de prospérité et des inefficacités, mais peuvent simultanément imposer une substitution aux importations et une autonomie technologique. Une économie devient ainsi moins efficace au sens étroit de la division internationale du travail à court terme, mais éventuellement plus résiliente du point de vue de ses capacités physiques de production.

Dans une lecture fondée sur les rapports de puissance, il faut ajouter que l’adoption généralisée des régimes de sanctions américains par les proches alliés de Washington restreint la marge de manœuvre de ces États en matière de politique économique. La description polémique de telles relations comme « analogues à celles de vassaux » ne désigne donc pas une catégorie du droit international, mais exprime une critique de la dépendance économique extérieure asymétrique.

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Les ingénieurs constituent un capital stratégique

La structure industrielle se reflète dans la formation du capital humain. Le Global Engineering Capability Review de la Royal Academy of Engineering fait état, pour l’Iran, d’une proportion exceptionnellement élevée de diplômes universitaires techniques : au cours de la période de comparaison utilisée dans ce rapport, environ 30% des diplômés de l’enseignement supérieur relevaient de l’ingénierie, de l’industrie manufacturière et de la construction. [10]

Pour le Royaume-Uni, en revanche, l’OCDE indique qu’en 2023, seuls 9% des diplômés de l’enseignement supérieur étaient issus des filières de l’ingénierie, de l’industrie manufacturière et de la construction ; selon cet indicateur, le pays se classait au 38e rang sur 44 pays recensés. [11] Les années de référence des deux statistiques ne sont pas identiques, raison pour laquelle il ne convient pas d’en tirer une comparaison annuelle précise. La différence structurelle demeure néanmoins considérable.

La critique acerbe selon laquelle les universités occidentales produiraient un nombre croissant de diplômés dans les domaines des réseaux sociaux, du féminisme, des sciences humaines et d’autres disciplines axées sur les « compétences relationnelles », tandis que les économies industrielles formeraient des ingénieurs, est formulée de manière polémique. Elle soulève toutefois une question vérifiable d’allocation des ressources : quelle proportion de sa jeune élite universitaire un pays forme-t-il dans les domaines du génie mécanique, de la production industrielle, de l’énergie, de l’électrotechnique, de la chimie et d’autres disciplines directement liées à sa capacité de fabriquer des objets complexes?

Cette évolution présente également une ironie historique. Pendant des décennies, le Royaume-Uni a lui-même été l’un des principaux centres internationaux de formation technique. Avant 1979, les relations éducatives entre le Royaume-Uni et l’Iran étaient étroites : entre 1942 et 1978, le British Council a fait venir au Royaume-Uni près de 10.000 étudiants et visiteurs iraniens et a participé, dans les années 1970, à d’importants projets de formation en Iran. [12] La biographie personnelle d’un ingénieur iranien venu au Royaume-Uni dans les années 1970 pour y étudier l’ingénierie s’inscrit, elle aussi, dans ce schéma historique. [13]

À l’époque, de jeunes Iraniens se rendaient au Royaume-Uni parce que la formation technique britannique jouissait d’un prestige international et que le pays constituait lui-même une puissance industrielle majeure. Aujourd’hui, un ingénieur iranien peut effectuer une part beaucoup plus importante de sa formation dans son propre pays. Le transfert de connaissances s’est donc, au moins partiellement, inversé.

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Royaume-Uni : désindustrialisation malgré les gains de productivité

L’évolution britannique offre le contraste le plus marqué. Il convient toutefois d’employer le terme de désindustrialisation avec précision. Il serait erroné d’affirmer que la production industrielle réelle du Royaume-Uni a diminué chaque année depuis Margaret Thatcher. L’industrie britannique restante est en même temps devenue nettement plus productive: l’indice de l’ONS relatif à la production industrielle par emploi est passé de 35,3 en 1997 à 99,9 en 2025, pour une valeur de référence de 100 en 2023. [14]

Mais c’est précisément pour cette raison qu’une analyse portant exclusivement sur la production dissimule la rupture structurelle. Le nombre d’emplois dans l’industrie manufacturière britannique est passé de 6,704 millions en 1979 à 2,482 millions au premier trimestre de 2026. Cela correspond à une perte d’environ 63%. [15]

La désindustrialisation ne signifie donc pas nécessairement que la quantité de biens matériels produits diminue chaque année. Elle signifie la perte de profondeur industrielle: moins de sites, moins de travailleurs, des chaînes d’approvisionnement plus fragiles, une capacité d’approvisionnement nationale plus faible et la disparition de branches entières de production. Les gains de productivité peuvent longtemps masquer ce processus dans les données agrégées relatives à la production.

Le secteur de l’énergie présente une évolution similaire. Le Royaume-Uni dispose d’importantes réserves de pétrole et de gaz en mer du Nord, mais leur exploitation connaît depuis longtemps un déclin structurel. La production britannique de gaz naturel est passée de 108,4 millions de tonnes équivalent pétrole en 2000 à 28,6 millions en 2025, soit une baisse d’environ 74%. En 2025, la production totale d’énergie primaire du Royaume-Uni était inférieure d’environ 68% à son niveau record de 1999. [16]

Parallèlement, la consommation finale d’énergie de l’industrie est passée de 38,7 millions de tonnes équivalent pétrole en 1990 à 17,3 millions en 2025. [16] La consommation d’énergie ne se confond pas avec la production industrielle, mais un recul d’une telle ampleur constitue un indice supplémentaire de la transformation à long terme de la base matérielle de production.

Les fermetures concrètes d’usines rendent visibles des transformations structurelles abstraites. L’usine de moteurs Ford de Bridgend, au pays de Galles, a définitivement cessé sa production le 25 septembre 2020. [17] Les données les plus récentes du secteur automobile soulignent également l’ampleur de la pression: en 2025, 764.715 véhicules au total ont été produits au Royaume-Uni, soit 15,5% de moins que l’année précédente. La production de voitures particulières a diminué de 8,0%, tandis que celle de véhicules utilitaires légers a chuté de 62,3%. [18]

Cette évolution ne peut être entièrement attribuée à un programme politique particulier. Les taux de change, les technologies, l’évolution de la productivité, les prix de l’énergie, la concurrence internationale et les décisions des entreprises jouent également un rôle. Le néolibéralisme a toutefois fourni la justification intellectuelle permettant de considérer la perte des capacités nationales de production non comme une perte stratégique, mais souvent comme l’expression d’une spécialisation efficace.

C’est précisément là que réside la critique décisive.

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L’argent ne fait pas surgir une usine sur simple pression d’un bouton

L’idée néolibérale selon laquelle les capacités de production perdues pourraient, en cas de besoin, être simplement rachetées grâce au capital sous-estime le temps, les connaissances et les complémentarités industrielles nécessaires.

Certaines installations de production modernes peuvent être construites plus rapidement que ne le laisse penser l’hypothèse générale d’un délai de cinq à dix ans. L’Agence internationale de l’énergie estime que de nombreuses installations standardisées destinées à la fabrication de technologies énergétiques propres nécessitent environ un à trois ans de construction. Mais cette même analyse montre que les infrastructures en amont, les autorisations, les réseaux et les projets d’exploitation de matières premières peuvent demander beaucoup plus de temps. Les nouveaux projets miniers et certains éléments des infrastructures fondamentales nécessitent souvent plus de dix ans. [19]

L’unité pertinente n’est donc pas le bâtiment industriel pris isolément. C’est l’écosystème industriel qui importe: le terrain, les autorisations, le raccordement énergétique, le parc de machines, la fabrication d’outils, les fournisseurs, les matières premières, la logistique, les ingénieurs, les ouvriers qualifiés, l’expérience opérationnelle et les connaissances tacites accumulées au fil des décennies.

Pour reconstruire des chaînes de valeur complexes, une période de cinq à dix ans n’a donc rien d’exceptionnel, même si certaines usines peuvent être édifiées plus rapidement.

L’argent n’est pas, en ce sens, une usine maintenue en réserve. Le capital financier peut financer une usine, mais il ne peut pas faire en sorte qu’elle ait déjà existé. Il peut rémunérer des ingénieurs, mais il ne peut pas faire l’économie de leur formation. Il peut commander des machines, mais il ne peut pas garantir qu’en cas de crise, les fournisseurs étrangers les livreront. Il peut acquérir des brevets, mais il ne peut pas reproduire automatiquement des connaissances de production accumulées au fil de plusieurs décennies.

Renoncer à des capacités industrielles ne revient donc pas simplement à céder une production actuelle. Cela revient à abandonner des possibilités d’action futures.

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La Russie et le retour de la puissance matérielle

La Russie offre un autre exemple. Les réformes économiques menées au début des années 1990 sous Boris Eltsine ont suivi une logique radicalement favorable au marché: libéralisation rapide des prix, ouverture économique extérieure et vaste programme de privatisations. Le terme de « thérapie de choc » n’est pas ici une invention polémique rétrospective ; il a également été employé dans la littérature internationale consacrée à la politique économique. [20]

La phase de privatisation a simultanément créé d’importantes concentrations de richesse privée et d’influence politique. Sous Vladimir Poutine, le rapport de forces s’est de nouveau déplacé en faveur du contrôle étatique, notamment dans les industries stratégiques liées aux matières premières. [21]

Après 2022, les sanctions occidentales, les restrictions commerciales et la confrontation géopolitique ont de nouveau accentué les pressions en faveur de la substitution aux importations, de chaînes d’approvisionnement alternatives ainsi que d’une production industrielle et militaire davantage dirigée par l’État.

La résilience surprenante de l’économie russe immédiatement après la première vague de sanctions s’explique en partie par ces capacités matérielles. La BERD a enregistré pour le premier semestre de 2024 une croissance russe de 4,7%, après 3,6% en 2023. Parmi les causes, elle cite notamment l’augmentation des revenus pétroliers, les échanges commerciaux avec des économies n’appliquant pas de sanctions et la forte hausse des dépenses militaires. [22]

Cet exemple ne prouve toutefois pas que la capacité industrielle élimine toutes les contraintes économiques. La pénurie de main-d’œuvre et les goulets d’étranglement en matière de capacités sont devenus de plus en plus contraignants; pour 2025, la Banque mondiale ne fait plus état que d’une croissance réelle de 1,0%. [23]

C’est précisément cette combinaison qui est révélatrice: la capacité physique de production peut conférer à un État soumis à une pression géopolitique une résilience que son PIB nominal, pris isolément, sous-estime. Elle ne supprime toutefois ni la rareté des ressources, ni les contraintes démographiques, ni les dépendances technologiques.

Le même principe fondamental s’applique à la Chine, mais à une échelle encore plus grande. L’importance géopolitique de la Chine ne peut s’expliquer uniquement par les revenus, la taille de ses marchés financiers ou son secteur des services. Elle repose en grande partie sur le fait que des usines, des ports, des machines, des produits chimiques intermédiaires, des capacités de production électronique, des installations métallurgiques, des chaînes de fabrication de batteries et des millions de travailleurs techniquement qualifiés y sont physiquement présents.

L’erreur de catégorie néolibérale

C’est à ce stade que réapparaît la distinction classique entre travail productif et travail improductif.

L’objection néolibérale habituelle consiste à dire que l’accent placé sur l’industrie ne serait rien d’autre qu’un «fétichisme de l’industrie manufacturière»: les services seraient tout aussi nécessaires, les entreprises hautement productives des secteurs de la finance, du logiciel, de la recherche ou du conseil pourraient générer une valeur ajoutée considérable, et une économie moderne n’aurait pas besoin de fabriquer elle-même le plus grand nombre possible de biens.

Cette objection soulève un point réel, mais elle ne réfute pas la critique.

Bien entendu, les services sont nécessaires. Bien entendu, un logiciel peut revêtir une importance stratégique supérieure à celle de la production d’un simple bien de consommation. Et il serait évidemment absurde, du point de vue économique, de vouloir produire chaque bien dans une autarcie nationale.

La question décisive est plutôt de savoir si chaque unité de valeur ajoutée monétaire possède la même qualité stratégique. La réponse est manifestement négative.

Un pays qui génère un milliard d’euros supplémentaire grâce à l’intermédiation financière, aux jeux d’argent ou aux services à la personne ne dispose pas automatiquement des mêmes capacités qu’un pays qui produit pour un milliard d’euros supplémentaire de machines-outils, d’équipements destinés à la fabrication de semi-conducteurs, de turbines, de véhicules ou de produits chimiques intermédiaires. Ces deux types d’activités peuvent figurer dans le PIB. Leur importance pour la capacité d’une société à reproduire elle-même ses systèmes énergétiques, industriels, militaires ou d’approvisionnement diffère néanmoins fondamentalement.

L’époque néolibérale a systématiquement sous-estimé cette différence. Elle a maximisé l’efficacité à court terme par la division mondiale du travail et considéré que les capacités industrielles pouvaient à tout moment être remplacées sur le marché mondial. Les avantages liés à la baisse des coûts de production ont été immédiatement réalisés; les dépendances stratégiques qui en découlaient ont, en revanche, été reportées dans l’avenir et socialisées en cas de crise.

Ainsi, une économie pouvait devenir sur le papier plus prospère et plus efficace, tout en perdant simultanément des capacités dont dépend sa souveraineté à long terme.

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Les États-Unis et le difficile retour de l’industrie

Aux États-Unis également, ce problème est désormais reconnu sur le plan politique. Le programme électoral républicain de 2024 plaçait explicitement le rapatriement des chaînes d’approvisionnement critiques et de la production industrielle au cœur de sa politique économique. [24]

La question de savoir si cela a déjà débouché sur une réindustrialisation durable en est une autre. Les données confirment précisément le scepticisme qu’il convient d’adopter face aux grands programmes de «relocalisation» annoncés à grand renfort de publicité.

Dans une étude sur les chaînes de valeur mondiales publiée en 2026, l’OCDE conclut que, pour 2023 et 2024, les éléments attestant d’un vaste mouvement de relocalisation sont limités. Dans les 41 économies étudiées, la part de valeur ajoutée nationale pondérée par les exportations n’est passée que de 77,0% en 2022 à 77,6% en 2024. Les entreprises diversifient leurs fournisseurs et réorganisent leurs chaînes de production, mais ces évolutions ne permettent pas de conclure à une relocalisation massive de l’ensemble de la production. [25]

L’évolution de l’emploi aux États-Unis ne révèle pas non plus, jusqu’à présent, une véritable renaissance industrielle. En août 2026, le nombre de salariés affectés à la production ou occupant des fonctions non dirigeantes dans l’industrie manufacturière américaine s’élevait à environ 8,749 millions, contre 8,781 millions un an auparavant. [26]

La politique industrielle peut infléchir la tendance. Mais elle ne peut pas reconstituer par décret les écosystèmes industriels disparus. Cela confirme précisément la thèse centrale: les usines, les ouvriers qualifiés, les fournisseurs et les connaissances techniques réagissent beaucoup plus lentement que les marchés de capitaux et les annonces politiques.

Fuite des cerveaux, classements de QI et composition des élites

Une autre partie de l’argumentation, beaucoup plus spéculative, concerne la représentation répandue de la «fuite des cerveaux» hors d’Iran, de Russie et de Chine.

Dans certains classements internationaux de QI en ligne, ces pays apparaissent relativement bien placés. Une analyse de l’International IQ Test publiée en 2025 attribuait 107,19 points à la Chine, 106,3 à l’Iran et 103,16 à la Russie; le Royaume-Uni, avec environ 99,68 points, ne figurait qu’au 33e rang. Dès l’analyse suivante, le tableau avait considérablement changé : le Royaume-Uni obtenait 101,57 points et se classait au 14e rang, tandis que la Chine, l’Iran et la Russie demeuraient relativement bien placés. [27]

Ces variations importantes montrent précisément pourquoi de telles statistiques doivent être considérées avec beaucoup de prudence. Il s’agit de participants auto-sélectionnés à un test en ligne, et non d’échantillons nationaux représentatifs. Les recherches méthodologiques consacrées aux comparaisons internationales de QI indiquent en outre que de telles estimations nationales peuvent être fortement biaisées par les conditions de développement, la sélection des échantillons et les méthodes de mesure. [28]

Le classement peut donc susciter une question, mais il ne saurait apporter la preuve de l’«intelligence» moyenne des populations nationales.

Il serait tout aussi erroné d’en conclure que la fuite des cerveaux iraniens n’a pas eu lieu. La Banque mondiale décrit expressément l’émigration des travailleurs qualifiés hors d’Iran comme un problème ancien qui s’est récemment aggravé ; elle touche notamment des spécialistes techniques des secteurs de l’énergie et des technologies de l’information, ainsi que du personnel médical. [29]

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La question la plus intéressante consiste toutefois à savoir si la fuite des cerveaux et le développement de capacités techniques nationales peuvent se produire simultanément. Les données iraniennes relatives à la formation d’ingénieurs, à la production énergétique et à l’industrie automobile tendent à l’indiquer.

Une hypothèse dérangeante se dessine ainsi : l’émigration des classes moyennes urbaines diplômées ne doit pas être automatiquement assimilée à l’émigration proportionnelle de l’ensemble des compétences déterminantes pour les performances industrielles. La composition sociale et politique d’une diaspora peut différer considérablement de celle des milieux techniques et industriels qui demeurent dans le pays.

L’idée simpliste selon laquelle l’émigration entraînerait chaque fois automatiquement la disparition de «l’intelligence» d’un pays est donc insuffisante. La diaspora iranienne comporte notamment une composante oppositionnelle très visible sur le plan politique et en partie monarchiste. Sa mobilisation politique contre la République islamique ne prouve toutefois ni une perte ni un gain de compétence industrielle dans le pays d’origine.

La thèse plus générale, délibérément provocatrice, est donc la suivante : ce qui est décrit comme une «fuite des cerveaux» du point de vue des pays occidentaux d’accueil peut en partie constituer également une forme de sélection sociale et politique. Certains segments d’une bourgeoisie cosmopolite quittent le pays, tandis que d’autres groupes de population et certaines institutions continuent de développer des compétences techniques. Il ne s’agit pas d’une loi générale suffisamment établie, mais d’une question de recherche légitime.

Le paradoxe historique de la Chine et de la Russie

La Chine et la Russie rendent cette question encore plus aiguë. Au XXe siècle, ces deux sociétés ont subi des persécutions politiques massives qui ont notamment frappé les couches instruites et techniquement qualifiées.

Pendant la Révolution culturelle chinoise, des écoles et des universités ont temporairement fermé, des enseignants, des professeurs et d’autres membres de l’intelligentsia ont été persécutés, et des étudiants ont été envoyés à la campagne. [30] En Union soviétique, les répressions staliniennes menées pendant la Grande Terreur ont également frappé des scientifiques, des artistes, des élites techniques et d’autres groupes dirigeants de la société. [31]

Il ne découle évidemment pas de ces catastrophes historiques que les purges créent du capital humain. Elles ont détruit du capital humain.

Ce qui est remarquable, en revanche, c’est que des États ont pu reconstruire de vastes systèmes techniques et industriels même après de telles pertes. Malgré son coût humain extraordinairement élevé, l’industrialisation soviétique a créé une immense base industrielle fortement axée sur l’industrie lourde et la production militaire. [31]

Cela remet en question une représentation linéaire largement répandue : le groupe social qui émigre ou qui est éliminé politiquement ne correspond pas nécessairement à l’ensemble des compétences qui déterminent, à long terme, le stock de capital technique d’une économie. Les institutions peuvent reproduire les connaissances techniques; de nouvelles générations d’ingénieurs peuvent être formées; des processus d’apprentissage industriel peuvent se dérouler même dans des conditions politiques extrêmement défavorables.

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Un barista est-il productif ?

La distinction classique conduit enfin à des cas limites apparemment banals, mais éclairants sur le plan analytique.

Un barista est-il un travailleur productif ou improductif ?

Selon une définition matérielle simplifiée à l’extrême, la réponse serait incertaine: le café est immédiatement consommé et ne laisse aucun stock de capital durable. Chez Marx, le cas est en revanche beaucoup plus clair. Un barista employé par une entreprise capitaliste et dont le travail contribue à la valorisation du capital engagé peut parfaitement accomplir, au sens marxiste, un travail productif. [2]

Il en va de même pour de nombreux services. La distinction décisive ne passe donc pas simplement entre l’usine et le café.

L’exemple délibérément provocateur des barbiers turcs au Royaume-Uni touche lui aussi au cœur du problème. Si tous les barbiers disparaissaient, la société serait manifestement moins bien pourvue en ce type de services; la valeur ajoutée, les revenus et le bien-être des consommateurs diminueraient. Il ne s’ensuit toutefois pas que leur disparition aurait les mêmes conséquences stratégiques que celle d’une usine de moteurs, d’une raffinerie, d’un fournisseur de semi-conducteurs ou d’une industrie de machines-outils.

La catégorie de travail productif est donc utile sur le plan analytique lorsqu’elle n’est pas comprise comme une hiérarchie morale entre les professions, mais comme une question de capacité de reproduction, de formation du capital et d’options stratégiques.

L’industrie est une capacité d’action accumulée

L’ancienne distinction entre travail productif et travail improductif n’est donc nullement un simple vestige théorique.

Elle met en évidence une faiblesse des indicateurs modernes de politique économique : le produit intérieur brut mesure l’activité économique et la valeur ajoutée, mais non la capacité physique directe d’un État à maintenir des systèmes de production complexes ou à les mobiliser en cas de crise. Même l’OCDE souligne que le PIB ne constitue pas une mesure exhaustive du bien-être social. [4]

Pour la géopolitique et la politique économique stratégique, la perspective du PIB est encore moins suffisante.

Sont également pertinents le volume et la qualité du stock de capital industriel, la profondeur des chaînes d’approvisionnement nationales, l’énergie et les matières premières disponibles, le nombre de travailleurs possédant une formation technique, les stocks d’outils et de machines, l’approvisionnement en pièces de rechange, les capacités de recherche industrielle ainsi que le temps nécessaire pour rétablir les capacités perdues.

C’est en définitive là que réside la critique la plus sévère du modèle néolibéral des dernières décennies. Celui-ci a trop souvent traité les capacités réelles de production comme si elles pouvaient être rachetées à tout moment en échange d’argent. Il a confondu la minimisation des coûts avec la résilience, la disponibilité mondiale avec les capacités propres, et la valeur ajoutée nominale avec le capital stratégique.

Cette hypothèse fonctionne tant que les chaînes d’approvisionnement internationales restent ouvertes, que l’énergie demeure disponible, que les rivaux géopolitiques veulent continuer à fournir des biens et que les conflits militaires ou politiques n’interrompent pas les échanges commerciaux. Dès que ces conditions cessent d’être réunies, ce qui a été perdu devient visible.

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Les usines ne sont pas seulement des bâtiments. Elles concentrent des machines, des fournisseurs, des ingénieurs, des ouvriers qualifiés, des routines d’exploitation, des brevets, des connaissances sur les matériaux et l’expérience cumulée de plusieurs générations. L’industrie constitue donc une capacité d’action accumulée.

L’Iran a pu préserver et développer une partie de cette capacité précisément sous la pression extérieure. Après 2022, la Russie a pu s’appuyer sur d’importantes capacités matérielles. La Chine dispose d’un écosystème industriel d’une ampleur qui détermine dans une large mesure sa position géopolitique. Le Royaume-Uni et d’autres économies occidentales ont, en revanche, sacrifié pendant des décennies une partie de leur profondeur industrielle et longtemps considéré les dépendances qui en résultaient comme une transformation structurelle normale.

Défendre ce modèle en invoquant le «fétichisme de l’industrie manufacturière» est donc insuffisant. Il ne s’agit pas de remplacer chaque coiffeur par un sidérurgiste ni de déclarer tout service inutile. Il s’agit de reconnaître qu’une économie ne se compose pas uniquement de flux monétaires et que chaque million d’euros de valeur ajoutée ne crée pas la même capacité de réaction face à une crise énergétique, une guerre commerciale, des sanctions ou un conflit militaire.

Le critère décisif de la politique économique du XXIe siècle ne doit donc pas être exclusivement le suivant : quelle quantité de revenus une économie génère-t-elle? Il doit également être formulé ainsi: que peut-elle encore produire elle-même, à quelle vitesse peut-elle accroître ses capacités de production et de quelles connaissances dispose-t-elle lorsque le marché mondial cesse de l’approvisionner?

Sources et bibliographie:

(1) Smith A. (1776). An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations, Book II, Chapter III. URL: https://en.wikisource.org/wiki/The_Wealth_of_Nations/Book_II/Chapter_3

(2) Marx K. (1864). Results of the Direct Production Process: Productive and Unproductive Labour. URL: https://www.marxists.org/archive/marx/works/1864/economic/ch02a.htm

(3) Cockshott P. (2020). How the World Works: The Story of Human Labor from Prehistory to the Modern Day. Monthly Review Press. URL: https://monthlyreview.org/9781583677780/

(4) OECD (o. J.). Nominal gross domestic product (GDP). OECD Data. URL: https://www.oecd.org/en/data/indicators/nominal-gross-domestic-product-gdp.html

(7) Office for National Statistics (2017). Double deflation: methods and application to UK National Accounts experimental statistics. URL: https://www.ons.gov.uk/economy/nationalaccounts/uksectoraccounts/articles/doubledeflation/methodsandapplicationtouknationalaccountsexperimentalstatistics

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(8) U.S. Department of the Treasury, Office of Foreign Assets Control (2026). Iran Sanctions. URL: https://ofac.treasury.gov/sanctions-programs-and-country-information/iran-sanctions

(9) World Bank (2026). Manufacturing, value added – Iran, Islamic Rep. World Development Indicators. URL: https://data.worldbank.org/indicator/NV.IND.MANF.KN?locations=IR

(10) U.S. Energy Information Administration (2024). Iran – Country Analysis Brief. URL: https://www.eia.gov/international/content/analysis/countries_long/Iran/

(11) Japan External Trade Organization (2025). Iran automobile production statistics based on OICA data. URL: https://www.jetro.go.jp/biz/areareports/2025/12940875b2aa9f23.html

(12) Royal Academy of Engineering (o. J.). Global Engineering Capability Review – Labour Force. URL: https://reports.raeng.org.uk/global-engineering-capability-review/labour-force.html

(13) OECD (2025). Education GPS – United Kingdom: Fields of study among tertiary graduates. URL: https://gpseducation.oecd.org/CountryProfile?primaryCountry=GBR&topic=EO&treshold=10

(14) Pendred P. (1989). British Council: Activities in Iran, 1942–79. Encyclopaedia Iranica. URL: https://www.iranicaonline.org/articles/british-council-activities-in-iran-1942-79/

(15) Parvini N. (2022). Am I White? Forbidden Texts. URL: https://forbiddentexts.substack.com/p/am-i-white

(16) Office for National Statistics (2026). Output per job: Manufacturing. URL: https://www.ons.gov.uk/employmentandlabourmarket/peopleinwork/labourproductivity/timeseries/dj4p/prdy/previous/v47

(17) Office for National Statistics (2026). Workforce jobs: Manufacturing. URL: https://www.ons.gov.uk/employmentandlabourmarket/peopleinwork/employmentandemployeetypes/timeseries/jwr7/lms

(18) Department for Energy Security and Net Zero (2026). UK Energy in Brief 2026. UK Government. URL: https://www.gov.uk/government/statistics/uk-energy-in-brief-2026

(19) Welsh Government (2020). Written Statement: Bridgend Ford Closure. URL: https://www.gov.wales/written-statement-bridgend-ford-closure

(20) Society of Motor Manufacturers and Traders (2026). Tough year for auto but new models and industrial strategy can deliver growth. URL: https://www.smmt.co.uk/tough-year-for-auto-but-new-models-and-industrial-strategy-can-deliver-growth/

(21) International Energy Agency (2023). Energy Technology Perspectives 2023: Energy supply chains between transition and disruption. URL: https://www.iea.org/reports/energy-technology-perspectives-2023/energy-supply-chains-between-transition-and-disruption

(22) Timmer H. (2014). From shock therapy to sustainable development. World Bank. URL: https://blogs.worldbank.org/en/developmenttalk/shock-therapy-sustainable-development

(23) World Bank (2004). Corporate Governance Country Assessment: Russian Federation. URL: https://www.worldbank.org/en/country/russia/publication/rosc

(24) European Bank for Reconstruction and Development (2024). Growth in EBRD regions trimmed as economies adjust to new realities. URL: https://www.ebrd.com/home/news-and-events/news/2024/growth-in-ebrd-regions-trimmed-as-economies-adjust-to-new-realities.html

(25) World Bank (2026). The Russian Federation – Overview and economic indicators. URL: https://www.worldbank.org/ext/en/country/russia

(26) Republican Party (2024). 2024 Republican Party Platform. The American Presidency Project. URL: https://www.presidency.ucsb.edu/documents/2024-republican-party-platform

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(27) OECD (2026). Global Value Chain Repositioning: What We Know and What It Means for Policy. URL: https://www.oecd.org/en/publications/global-value-chain-repositioning_8c97068d-en/full-report.html

(28) U.S. Bureau of Labor Statistics (2026). The Employment Situation – August 2026. URL: https://www.bls.gov/news.release/empsit.t22.htm

(29) International IQ Test (2026). Average IQ by Country. URL: https://international-iq-test.com/en/test/IQ_by_country

(30) Wicherts J. M., Borsboom D. und Dolan C. V. (2010). Why national IQs do not support evolutionary theories of intelligence. Personality and Individual Differences.

(31) World Bank (2023). Iran Economic Monitor. URL: https://documents1.worldbank.org/curated/en/099107508212324041/pdf/IDU021ade6b80e3fd045190b8530b2ad462b0d6c.pdf

(32) Giles J., Park A. und Wang M. (2008). The Great Proletarian Cultural Revolution, Disruptions to Education, and the Returns to Schooling in Urban China. World Bank.

(33) Library of Congress (o. J.). Internal Workings of the Soviet Union: The Great Terror. Revelations from the Russian Archives.

* * *

* Mit Zustimmung des Autors basiert dieser Beitrag auf dessen Originalveröffentlichung vom 03.11.2025; er wurde lediglich zur besseren Strukturierung, Sachlichkeit und Verständlichkeit überarbeitet und um aktuelle Quellen ergänzt, wobei KI-gestützte Methoden unterstützend eingesetzt wurden.

 

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Sombres nuages sur la nation «arc-en-ciel»

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Sombres nuages sur la nation «arc-en-ciel»

par Georges Feltin-Tracol

L’information est passée inaperçue au début de l’été. L’Afrique du Sud, la fameuse «nation ”arc-en-ciel”», préfiguration d’un avenir mondial radieux, fait face à une flambée xénophobe inouïe. Pourtant, les chemises brunes ne défilent pas dans les rues du Cap ou de Pretoria. La vindicte populaire n’affecte pas pour l’instant les descendants européens, mais plutôt des populations africaines immigrées.

Le 30 juin dernier marquait le dernier jour de l’ultimatum posé par plusieurs groupes activistes favorables au départ immédiat des étrangers noirs. Ce jour-là, outre de nombreuses manifestations en maints points d’Afrique du Sud, bien des magasins ont gardé leurs rideaux baissés; les lignes de bus ont noté une faible fréquentation et tous remarquèrent l’étonnante absence d’embouteillages routiers. À Durban, plus de 11.000 Malawites se rassemblèrent aussitôt dans un parc de stationnement motorisé. La veille, l’un des leurs, âgé de 29 ans, venait d’être assassiné. Les intimidations verbales et les menaces physiques ne suscitent néanmoins qu’une réaction mitigée d’autorités, souvent dépassées sur le plan local par l’ampleur du mécontentement.

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Les tensions entre Noirs d’Afrique du Sud et immigrés originaires d’autres États africains sont fréquentes. Les Asiatiques sont eux aussi visés par cette colère populaire difficilement contrôlable. En 2008, des violences similaires avaient provoqué une soixantaine de morts. Treize ans plus tard, en juillet 2021, on recensait jusqu’à 350 morts. La «Bête immonde» semble se complaire dans la patrie de feu «Madiba» Mandela…

Les données démographiques estiment à 5,1%, soit plus de trois millions de personnes, le nombre d’étrangers africains présents légalement en Afrique du Sud. D’autres chiffres, plus ou moins officieux, indiquent au contraire un nombre élevé d’étrangers, légaux et clandestins, de dix à vingt millions ! L’attrait s’explique par le «mirage économique» sud-africain bâti par les Afrikaners et les Blancs anglophones, qui continue d’attirer bien des gens en quête d’espoir matériel. Or trois décennies de gouvernement ininterrompu de l’ANC (Congrès national africain) ont fortement mis à mal les structures économiques déjà affaiblies par des années de sanctions économiques occidentales pour cause d’apartheid.

La corruption endémique des gouvernants, la déliquescence accélérée des services publics et l’obsolescence des infrastructures industrielles et des transports alimentent le fort taux de chômage: 30%. Il monte jusqu’à 60% chez les 15–24 ans. La forte pression migratoire accroît –c’est inévitable!- les tensions sociales. Dans les provinces de Gauteng et du Kwazulu–Natal, des individus hostiles aux étrangers filtrent l’entrée des malades et des enfants devant les écoles et les hôpitaux. Ils effectuent aussi dans les rues des contrôles d’identité aléatoires, interrogent en zoulou ou en xhosa et molestent leurs interlocuteurs s’ils ne répondent pas.

D’après les enquêtes d’opinion, plus de 40% de Sud-Africains, en particulier les Noirs de la classe ouvrière et des milieux agricoles, ne cachent plus leur exaspération envers les étrangers. Cette hostilité manifeste déchire tout discours panafricaniste; elle se distingue aussi parfois de la leucophobie persistante qui heurte les propriétaires terriens boers – afrikaners.

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Les États concernés rapatrient dans l’urgence le maximum de leurs concitoyens. Ces actes auraient en effet provoqué le départ de 25.000 à 160.000 étrangers. Des sources journalistiques font pour leur part état de 45.000 personnes rentrant dans la précipitation au Malawi, au Zimbabwe, au Mozambique, au Ghana et au Nigeria. Elles laissent derrière elles affaires personnelles et locaux professionnels derrière elles. Outrés, le Ghana et le Nigeria s’élèvent contre l’inaction du gouvernement sud-africain. Ils auraient l’intention de saisir des juridictions internationales. Ces départs n’éteignent pas la fronde populaire. Depuis le mois de juillet s’organisent tous les jeudis des manifestations contre l’immigration, et ce jusqu’aux élections municipales de novembre 2026. Y aurait-il donc des interférences politiques?

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Deux mouvements plus ou moins informels sont en pointe dans ce combat. Le premier se nomme «Operation Dudula», soit en zoulou «Opération Repousser». Son porte-parole, Thami Madondo, collabore avec «March and March»-«Défiler encore et toujours»-dont la principale meneuse s’appelle Jacinta Ngobese–Zuma (photo). Cette ancienne animatrice à la radio de 40 ans condamne le laxisme d’État et une violence quotidienne souvent hors de contrôle. Lors d’une précédente manifestation anti-immigration, elle n’a pas hésiter à brandir un gourdin devant les caméras pour montrer sa détermination.

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Créé en 2024 à Durban, «March and March» dont le mot d’ordre est «Abahamba!» qu’on peut traduire du zoulou par «Qu’ils dégagent!», irrite l’ANC qui, depuis les élections législatives de 2024, doit partager le pouvoir avec son opposition incarnée par l’Alliance démocratique. Au début du mois d’août, Jacinta Ngobese–Zuma annonce la fondation d’une ONG, SA First Forum («Forum Afrique du Sud d’abord!») et se rapproche dans la foulée d’une autre ONG, composée d’Afrikaners, l’AfriForum. Au risque de déplaire et de heurter les sympathisants de «March and March» et d’«Operation Dudula»?

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Les commentateurs politiques pensent que cette agitation serait soutenue en sous-main par Jacob Zuma. Président de l’Afrique du Sud de 2009 à 2018, cet ancien convive aux repas de Jeffrey Epstein traîne plusieurs enquêtes de corruption. Il quitte l’ANC en 2024 et fonde un nouveau parti politique, uMKhonto we Sizwe (MK ou «Lance de la nation» en zoulou). Il reprend sciemment le nom de la branche armée de l’ANC du temps de la lutte contre l’apartheid. Aux législatives de 2024, sa jeune formation arrive en troisième position avec 58 députés sur 400. Son irruption électorale freine un autre parti, scission elle aussi de l’ANC en 2013, réputé pour son radicalisme révolutionnaire marxiste anti-Blancs, les Combattants pour la liberté économique de Julius Malema (39 sièges, soit cinq de moins).

Ainsi l’Afrique du Sud connaît-elle des populismes guère évoqués par la médiacratie occidentale. Elle a en effet à cœur de ne pas briser des clichés éculés, ni de montrer l’incurie du gouvernement kleptocratique sud-africain. Par ailleurs, cet exemple de remigration incite le Kenya à expulser les marchands d’autres États africains limitrophes alors que le président kenyan se proclame panafricaniste… Qu’attendent donc les vedettes de la musique anglo-saxonne pour organiser un triple concert simultané dans le but de recueillir des fonds pour tous ces déplacés chassés de l’Azanie, ce vrai paradis sur terre ?            

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 199, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale, le 24 septembre 2026.

samedi, 26 septembre 2026

La fin de l’ONU

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La fin de l’ONU

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/la-fine-dellonu/

Soixante-dix-sept délégations ont quitté l’Assemblée générale des Nations unies lorsque Bibi Netanyahou s’apprêtait à prendre la parole.

Soixante-dix-sept… et, manifestement, il ne s’agissait pas uniquement de pays musulmans, loin de là, puisque figuraient notamment parmi eux le Venezuela et la Slovénie, pour ne citer que deux exemples.

Netanyahou a néanmoins pris la parole, sur un ton méprisant et devant une salle à moitié vide.

Sans probablement se rendre compte que cet «incident» confirme, ni plus ni moins, la fin de l’ONU.

Du moins de l’ONU telle qu’elle a existé jusqu’à présent.

C’est-à-dire une assemblée de pays contrôlée, dans les faits, par leur hôte. Un hôte — les États-Unis — qui se montre par ailleurs extrêmement vigilant et intrusif, et qui n’a jamais manqué une occasion de faire sentir qu’il était l’actionnaire majoritaire.

Certes, il y a déjà eu par le passé des moments où l’Assemblée s’est montrée réticente à obéir aux desiderata — ou plutôt aux ordres — de Washington.

Cependant, il s’est toujours agi de cas relativement marginaux, qui ne touchaient pas au fond même de la politique américaine.

Ici, la situation est nettement différente. Netanyahou représente celui qui a déterminé le choix des États-Unis de s’engager résolument contre l’Iran. Celui qui a fortement influencé leurs choix et leurs décisions, et qui continue de le faire.

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Naturellement, la spectaculaire protestation des délégués de l’ONU concernait le massacre de Gaza, et non le conflit en cours avec l’Iran.

Il est toutefois inutile de se voiler la face. Les deux questions sont étroitement liées.

Condamner explicitement le carnage palestinien et le boucher israélien signifie aussi stigmatiser ceux qui permettent et cautionnent ce carnage.

Il s’agit donc de l’administration Trump, qui a placé l’alliance avec Tel-Aviv au-dessus de toute autre considération, lui sacrifiant tout reste de crédibilité.

Dans les faits, cela marque — ou plutôt pourrait marquer — la fin de l’ONU. Ou, du moins, de ce que l’ONU a jusqu’à présent feint et prétendu être.

La brutalité et l’arrogance de Netanyahou contraignent les Nations unies à se regarder en face. Et, surtout, à constater que l’administration Trump ne fait même plus semblant de leur reconnaître un rôle impartial.

C’est le signe de la fin. La fin, par ailleurs, d’un malentendu. D’un mensonge qui, depuis l’après-Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, a laissé croire aux rêveurs et aux utopistes qu’il pouvait exister un gouvernement mondial placé au-dessus des véritables puissances militaires et économiques.

Un réveil assurément brutal. Le rictus de Bibi sonnant le glas de cette chimère.

La salle qui se vide comme un retour à la réalité de la politique mondiale.

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Accord à New York: le Groenland devient un protectorat militaire américain

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Accord à New York: le Groenland devient un protectorat militaire américain

New York. Dans l’ombre de conflits plus spectaculaires, le gouvernement américain du président Donald Trump n’a pas renoncé à ses ambitions expansionnistes dans son environnement immédiat. Les États-Unis viennent de faire un grand pas vers leur objectif d’annexer le Danemark (1) — même si cela n’est pas présenté ainsi à l’opinion publique mondiale. Mardi, à New York, Trump, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen ont signé un «accord de sécurité» portant sur l’Arctique et l’Atlantique Nord. Cet accord vise avant tout à accroître la présence militaire américaine au Groenland et complète l’accord de défense américano-danois de 1951. Il entrera en vigueur à l’issue des procédures parlementaires requises.

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Deux nouvelles bases américaines sont prévues, à Narsarsuaq, dans le sud, et à Mestersvig, sur la côte est. Par ailleurs, l’actuelle base spatiale de Pituffik pourra être agrandie. Depuis plusieurs décennies déjà, les États-Unis y exploitent une installation d’importance stratégique destinée à l’alerte antimissile et à la surveillance de l’espace. La mise en place d’un système de défense antimissile «Golden Dome» fait également partie de l’accord. Des représentants américains ont en outre confirmé l’octroi de droits permanents d’accès, de stationnement et de survol. Selon l’interprétation américaine, ces droits devront être maintenus même si le statut constitutionnel du Groenland venait à changer à l’avenir — par exemple si le Groenland était effectivement annexé en tant que 51ᵉ État des États-Unis.

Trump avait auparavant exigé à plusieurs reprises une prise de contrôle du Groenland par les États-Unis et n’avait exclu ni le recours à la pression militaire ni celui à la pression économique. Cette exigence ne figure pas explicitement dans l’accord, mais elle n’est pas non plus abandonnée. À la place, Washington obtient «seulement» des droits à long terme pour assurer la sécurité de l’île et de l’Amérique du Nord — ce qui revient de fait au même. En effet, les États non membres de l’OTAN ne seront pas autorisés à établir de bases militaires au Groenland; les investissements stratégiques d’autres puissances devront également être restreints. Ces dispositions visent en particulier l’influence de la Chine et de la Russie.

Copenhague et Nuuk soulignent certes le maintien de la souveraineté du Royaume du Danemark ainsi que du droit des Groenlandais à l’autodétermination. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a déclaré que l’accord reconnaissait «la souveraineté et l’intégrité territoriale du Royaume», de même que le droit des Groenlandais à l’autodétermination. Quant à savoir ce que cela vaudra encore une fois que cette immense île sera devenue un protectorat militaire américain, c’est une tout autre question (mü).

Source: Zu erst, septembre 2026.

Note:

(1) Remarque : le texte source allemand dit littéralement « Annexion Dänemarks », c’est-à-dire « annexion du Danemark ». Compte tenu du reste de l’article, l’auteur voulait probablement dire « annexion du Groenland ». La traduction ci-dessus conserve néanmoins la formulation originale.

Un livre de Knut Hamsun: La vie culturelle de l’Amérique moderne

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Un livre de Knut Hamsun: La vie culturelle de l’Amérique moderne

Par Giovanni Sessa

Source: https://ilfondo.org/la-vita-culturale-dellamerica-moderna...

Knut Hamsun observe l’Amérique de la fin du XIXe siècle et en dénonce la frénésie, l’utilitarisme et la démesure. Un livre qui demeure capable de parler à notre époque.

La vie culturelle de l’Amérique moderne — Un livre de Knut Hamsun

891b0722cddaaf5f3322294da071dad4.jpgLe Norvégien Knut Hamsun (1859-1952) est l’un des plus grands écrivains de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle. En 1920, il reçut le prix Nobel de littérature, et ses livres marquèrent profondément les lecteurs comme la critique, au point de susciter d’amples débats.

Parmi ses œuvres les plus mémorables figurent notamment les romans à caractère autobiographique Pan et La Faim.

Du premier se dégage avec force la fascination pour la nature sauvage du Grand Nord, que le jeune Hamsun éprouva pendant son séjour dans une petite ville située au-delà du cercle polaire arctique, alors qu’il travaillait comme ouvrier agricole dans le nord de la Norvège.

Dans le second, en revanche, l’écrivain — qui, durant la Seconde Guerre mondiale, fut proche du national-socialisme — relata l’existence dramatique qu’il mena au Danemark, dans la ville de Christiania, en tentant de survivre avec, pour seule compagne, la faim. Dans ces circonstances, le jeune narrateur découvrit le caractère fantomatique de la vie urbaine et moderne.

Dès ses débuts, Hamsun fut un intellectuel antimoderne. Il fut essentiellement un esprit libre et solitaire, qui regardait la vie avec les yeux d’un paysan contemplatif et nostalgique. Ces traits existentiels constituent une constante dans la production littéraire du grand écrivain norvégien. La récente publication, chez Bietti, de son ouvrage La vie culturelle de l’Amérique moderne le confirme. Publié pour la première fois en 1889, un an avant La Faim, ce livre est issu du développement de deux conférences données au Cercle des étudiants de Copenhague.

Précédé d’une préface de Tore Hamsun qui en restitue le contexte, le volume comprend également une postface significative et d’une grande actualité d’Eduardo Zarelli, ainsi que les annexes Ciel obscur et Festina lente. Le texte est divisé en cinq chapitres dans lesquels l’auteur aborde différents aspects de la vie intellectuelle américaine, de la littérature aux arts figuratifs, de l’art dramatique aux effets produits par la vision américaine du monde sur la vie quotidienne.

L’étude est éminemment critique et met en lumière l’essence eschatologique de la civilisation états-unienne. Comparée aux expériences littéraires ultérieures de Hamsun, la prose de ces pages peut paraître rude, encore immature et excessivement chargée de pathos, mais le livre n’en demeure pas moins agréable à lire. Il s’agit, après tout, des débuts d’un grand écrivain.

Scan10582-1.jpgL’ouvrage fut inspiré par les deux séjours effectués par Hamsun outre-Atlantique à des périodes différentes, pour une durée totale de quatre ans: de février 1882 à l’automne 1884, puis de l’automne 1886 à l’été 1888. Tore Hamsun écrit:

    « Il y arriva [aux États-Unis] comme un simple émigrant et lutta chaque jour pour joindre les deux bouts, conquérir une place parmi ses compatriotes et entretenir le feu du talent littéraire qui brûlait en lui » (p. 15).

Le volume est, de fait, porteur d’une polémique implicite à l’encontre de son compatriote Bjørson, homme de lettres renommé porté en triomphe par ses compatriotes lors de son séjour aux États-Unis.

    Arriver aux États-Unis, dès la fin du XIXe siècle, impliquait d’entrer dans l’atelier de la modernité.

Entrons maintenant dans le vif du propos de Hamsun. Dès l’ouverture du récit, ses intentions polémiques à l’égard de la vie culturelle américaine apparaissent clairement:

    « La première chose qui bouleverse l’étranger épuisé par le long voyage, c’est le vacarme infernal, l’agitation, la vie frénétique dans les rues, la hâte inquiète et précipitée avec laquelle chacun se déplace partout » (p. 41).

Arriver aux États-Unis, dès la fin du XIXe siècle, impliquait de pénétrer dans l’atelier de la modernité, d’être confronté à la «mobilisation totale» des hommes et des choses, d’accéder directement au Ge-stell, au Dispositif de la technoscience au service de la «Forme-Capital». Dans l’Amérique moderne, l’existence humaine est consumée par le binôme travail-consommation :

    « Le cœur des hommes bat à tout rompre lorsqu’ils reçoivent un petit feuillet jaune du trésorier municipal, et ils courent à perdre haleine pour payer leurs impôts » (p. 43).

Malgré l’exaltation formelle de la liberté, la vie individuelle est entièrement absorbée par celle de l’Appareil.

imkh.jpgCette situation s’accompagne d’un patriotisme exacerbé, qui pousse les citoyens à croire qu’ils vivent dans le meilleur des mondes possibles, dans le royaume de la liberté. À l’époque contemporaine, cette conviction a conduit certains intellectuels à émettre l’hypothèse de la «fin de l’histoire». Celle-ci se serait réalisée politiquement dans la démocratie parlementaire et dans le «règne de la marchandise» mis en scène par le capitalisme cognitif. En ce sens, le livre de Hamsun revêt une dimension prophétique. L’écrivain soutient que l’autocélébration américaine repose en réalité sur une ignorance crasse:

    « L’étranger […] s’étonnera que ce peuple, si épris de lui-même, ne sache que peu ou rien des autres » (p. 45).

C’est cette absence de savoir qui produit :

    « la confiance naïve et aveugle des Américains dans leur capacité à vaincre n’importe quel ennemi éventuel » (p. 44),

une confiance qui ne s’est jamais démentie. Il suffit de penser à Trump qui, aujourd’hui encore, affirme ingénument pouvoir ramener à l’âge de la pierre les ennemis de sa politique.

    Festina lente, « Hâte-toi lentement », est l’oxymore de la réflexion mûrie et de l’action durable.

Selon Hamsun, les expressions artistiques et littéraires des Américains sont imprégnées d’une vision utilitariste simpliste de l’existence et soutenues par une conception messianique héritée du puritanisme néo-gnostique. Celle-ci pousse cette civilisation à vouloir ramener à elle-même, et à sa propre vision du monde, les autres peuples de la Terre, en recourant même à l’exportation «balistique» de la démocratie.

Enfants-de-leur-temps.jpgToutefois, suggère Zarelli, si le «mal américain» est l’ennemi qu’il faut combattre, il convient de ne pas le concevoir en termes «absolus». L’Amérique possède une âme plurielle. L’auteur de la postface rappelle à juste titre que la culture américaine a également produit une pensée critique à l’égard de la démesure capitaliste et cite à ce propos, entre autres, Emerson, Thoreau, Pound et Kerouac.

L’attitude existentielle qu’il faut retrouver pour s’opposer à la «Forme-Capital» a été parfaitement illustrée par Hamsun dans l’essai Festina lente, «Hâte-toi lentement». Cette expression est :

    « l’oxymore de la réflexion mûrie et de l’action durable, à l’image du symbole de la tortue portant une voile qu’utilisait Cosme de Médicis » (p. 265).

Elle implique d’agir en harmonie avec le cours naturel des choses, conformément aux enseignements du savoir traditionnel. À la lumière de cet enseignement, le volume La vie culturelle de l’Amérique revêt une actualité pressante. Il met en évidence la nécessité de remédier au désordre existentiel des hommes de notre temps afin de reconstruire le tissu communautaire déchiré par le nosos, la maladie contemporaine de la démesure, d’origine américaine.

Hamsun.jpgFiche du livre:

Titre : La vita culturale dell'America moderna (= La vie culturelle de l’Amérique moderne

Auteur : Knut Hamsun

Traduction : Enrica Berto

Préface : Tore Hamsun

Postface : Eduardo Zarelli

Éditeur : Bietti

Année : 2026

Nombre de pages : 284

Prix : 20,00 euros

ISBN : 9788882486037

La péninsule arabique: une boîte de Pandore

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La péninsule arabique: une boîte de Pandore

Par Filippo Bovo

Source : Filippo Bovo & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-vaso-di-pandor...

Ce qui se déroule actuellement dans le sud de la péninsule Arabique est bien plus qu’une simple guerre civile opposant deux gouvernements incompatibles: le Conseil politique suprême de Sanaa — Ansar Allah et ses alliés intérieurs — et le Conseil de direction présidentiel d’Aden, soutenu par Riyad. L’implication directe de l’Arabie saoudite en fait en effet bien davantage qu’un simple conflit intérieur, comme le confirme également l’ampleur des dommages qu’Ansar Allah et l’Arabie saoudite se sont infligés jusqu’à présent, parfois même en passant outre le gouvernement d’Aden.

Chaque camp tend à mettre en avant ses propres résultats et les dommages qu’il a subis, s’en servant pour justifier de nouvelles représailles. Toutefois, si l’on sort de la sphère médiatique, le décompte des raids aériens donne à penser que l’Arabie saoudite cherche progressivement à en réduire le nombre, tout en tentant de relancer une voie de négociation qu’elle poursuit, à vrai dire, depuis les premiers jours.

Le 3 juillet, après le bombardement de l’aéroport de Sanaa par des avions saoudiens et ceux du Conseil de direction présidentiel, l’accord qui, depuis avril 2022, avait tant bien que mal rétabli une certaine paix dans un pays ravagé par des années de guerre a volé en éclats. Négocié sous l’égide des Nations unies, cet accord avait instauré un équilibre fragile entre les deux entités gouvernementales yéménites: d’une part, Ansar Allah et ses alliés sunnites et laïques à Sanaa; d’autre part, le Conseil de direction présidentiel à Aden, qui rassemble des formations laïques, sunnites et islamistes et constitue, au regard du droit international, le seul gouvernement reconnu du Yémen.

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L’Arabie saoudite et le Conseil de direction présidentiel entendaient réaffirmer l’embargo aérien en vigueur contre Sanaa et, de fait, faire respecter le droit. Il s’agissait cependant d’une décision à courte vue et dépourvue de clairvoyance. Les considérations humanitaires ne manquaient pas pour ne pas empêcher des avions iraniens de transporter des délégations yéménites à Téhéran afin qu’elles assistent aux funérailles du Guide suprême Ali Khamenei. Cela a conduit Ansar Allah, en ripostant aux bombardements et aux attaques du Conseil de direction présidentiel, à violer de nouveau et plus gravement encore, selon ce dernier et l’Arabie saoudite, l’accord ainsi que le droit dans son ensemble. Mais puisque l’Arabie saoudite traversait une phase plutôt constructive dans ses relations avec Téhéran et avait tout intérêt à garantir la tranquillité de ses frontières méridionales et des eaux de la mer Rouge, son intervention contre Sanaa n’a été rien de moins qu’un acte autodestructeur.

Ce n’est donc pas un hasard si toute la boîte de Pandore que nous connaissons aujourd’hui s’est de nouveau ouverte à partir de là. Les attaques contre les différentes infrastructures saoudiennes et le blocage de la navigation des navires liés à Riyad en sont la preuve. Fermer les yeux et autoriser ce vol à destination et en provenance de Téhéran — lequel a de toute façon pu avoir lieu, non sans difficultés — aurait été pour l’Arabie saoudite une décision beaucoup plus avantageuse et clairvoyante, non seulement dans la perspective de préserver la fragile trêve avec Sanaa, mais également dans celle d’une détente plus large avec son voisin iranien, qui aurait préparé le terrain à des accords futurs plus vastes tout en prolongeant l’endiguement du rival émirati. Ce dernier a d’ailleurs profité de la crise pour s’y immiscer en apportant, en coulisses, un habile soutien tactique à Ansar Allah. Il a ainsi obtenu une plus grande marge de manœuvre diplomatique auprès de Téhéran et est sorti de l’«encerclement» dans lequel il se trouvait au moins depuis décembre dernier, lorsque l’intervention de l’Arabie saoudite à Aden avait éliminé ses milices au Yémen, à commencer par le Conseil de transition du Sud d’Aïdarous al-Zoubaïdi.

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Pour l’Arabie saoudite, persévérer dans la voie actuelle n’est rien d’autre qu’un choix suicidaire. Il s’agit de choisir entre deux défaites différentes: l’une fracassante, avec la destruction d’une part toujours plus importante de ses infrastructures, et pas seulement pétrolières, ainsi que des conséquences qui, à ce jour, ne peuvent encore être pleinement chiffrées sur les plans énergétique et financier; l’autre plus limitée, avec un nouvel accord qui sera d’autant plus humiliant et coûteux pour Riyad qu’il interviendra tardivement. Tertium non datur: il n’existe pas de troisième possibilité.

S’il reste encore une chance de s’arrêter — sans pour autant revenir à un accord comparable à celui de 2022, mais avec davantage de concessions en faveur d’Ansar Allah —, elle se concentre dans une fenêtre temporelle qui se referme d’heure en heure. La dynamique de ces derniers jours le souligne impitoyablement: 26 frappes aériennes saoudiennes, pour un total de 300 depuis le début de la semaine, qui ont provoqué des représailles toujours plus importantes et destructrices de la part d’un adversaire, Ansar Allah, qui a entre-temps progressé dans de vastes zones encore placées, il y a quelques jours à peine, sous le contrôle d’Aden.

Il ne sert guère à grand-chose de bombarder Sanaa — en favorisant qui plus est une action terroriste de l’État islamique contre le gouvernement local — si le résultat consiste à subir plusieurs vagues de bombardements contre Riyad, au cours desquelles ont été touchés l’aéroport international Roi-Khaled ainsi que les bases Prince-Sultan et Roi-Salmane, mais aussi Taïf, Al-’Ula, Jizan, Abha, Djeddah, Farasan, Khamis Mushait, Yanbu et Al-Kharj, où se trouvent des bases aériennes et des sites d’ARAMCO. Si l’Arabie saoudite a tout à perdre, c’est l’inverse pour Ansar Allah, qui combat jusqu’au bout dans une résistance où il apparaît bien plus que victorieux.

Dans les rangs d’Ansar Allah, certains réclament d’ailleurs ouvertement une révision du traité de Taïf de 1934, signé à l’issue de la guerre entre l’Arabie saoudite du roi Abdelaziz Al Saoud et le Royaume mutawakkilite du Yémen de l’imam Yahya Mohammed Hamid ed-Din, au terme de laquelle ce dernier fut contraint de renoncer aux territoires contestés de l’Asir, de Jizan et de Najran. Plus le conflit se prolongera, plus des revendications de ce type apparaîtront, tandis que l’Arabie saoudite continuera d’essuyer des dommages toujours plus importants infligés par Ansar Allah, qui remporte dans le même temps des victoires contre le gouvernement méridional, faible et divisé.

Ce n’est pas un hasard si Riyad a transmis à Ansar Allah, par l’intermédiaire d’Oman, une proposition de trêve de deux semaines, qui serait suivie de négociations directes afin d’examiner les besoins humanitaires et de rechercher une solution plus globale. Ansar Allah réclame toutefois davantage — et sait qu’il est en mesure de le faire —, à savoir un accord mettant fin au blocus aérien, maritime et terrestre de Sanaa, ainsi que le retrait des forces politiques, militaires et de sécurité de Riyad. Tant que l’écart entre les propositions et les revendications ne se réduira pas, il sera impossible de parler de trêve et le conflit se poursuivra. Le prince héritier Mohammed ben Salmane — MBS — se trouve donc pris dans un piège qu’avaient déjà connu ses prédécesseurs, les princes héritiers Khaled ben Sultan et Mohammed ben Nayef, lorsqu’ils franchirent les frontières yéménites en 2009 et en 2015. Dans leur cas, les résultats ne furent pas des meilleurs. MBS, aujourd’hui partagé entre un accord qui constituerait une retraite humiliante et amoindrirait son prestige à Riyad et au sein de la couronne saoudienne, et une guerre susceptible de l’emporter encore davantage et d’emporter avec lui le royaume des Saoud, ne se trouve guère dans une situation plus favorable. Encore quelques jours, et quelque chose portera sans aucun doute ses fruits sur le plan diplomatique : honnêtement, j’ai déjà une idée de ce dont il s’agira, mais j’en ai déjà suffisamment écrit ici.

vendredi, 25 septembre 2026

Les BRICS s’élargissent et Bruxelles change de stratégie

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Les BRICS s’élargissent et Bruxelles change de stratégie

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena  

Pendant longtemps, la vision européenne des BRICS était simple: la Russie et la Chine construisent un contrepoids à l’Occident, et un nombre croissant d’États du Sud global les rejoignent; l’Europe devrait donc empêcher des pays importants comme l’Inde de basculer durablement dans ce camp.

Seulement voilà: l’Inde n’a «basculé» nulle part.

New Delhi est membre des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai, achète de l’énergie russe et ne participe pas aux sanctions occidentales contre Moscou. Parallèlement, l’Inde approfondit ses relations avec Washington, coopère avec les États-Unis, le Japon et l’Australie dans le cadre du Quad et développe considérablement son partenariat avec l’Union européenne.

L’Inde ne choisit pas son camp. Et c’est précisément cela, sa stratégie.

Une analyse récente de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne ne décrit donc pas l’Inde comme un État qui oscille entre deux camps. New Delhi cherche plutôt à conserver simultanément le plus grand nombre possible d’options en matière de politique étrangère.

Les BRICS donnent accès à une enceinte réunissant des pays du Sud global. La Russie demeure importante pour l’approvisionnement énergétique et certains volets des relations en matière d’armement. Le Quad sert de cadre à la coopération en matière de sécurité dans la région indo-pacifique. L’Europe, quant à elle, offre des technologies, des capitaux et un accès à son marché, ainsi que, de plus en plus, une coopération en matière de sécurité et de défense.

L’Inde ne construit pas une loyauté envers des alliances. Elle se constitue un éventail d’options.

Et c’est précisément cela qui semble également modifier la perception européenne des BRICS.

En novembre 2025, l’Union européenne a expressément pris pour prétexte la prochaine présidence indienne des BRICS afin de rechercher un «engagement constructif» avec New Delhi. Quelques semaines plus tard, cette orientation s’est concrétisée.

Le 27 janvier 2026, l’Union européenne et l’Inde ont achevé leurs négociations sur un accord de libre-échange. Dans le même temps, elles ont convenu d’un vaste partenariat en matière de sécurité et de défense, complété par un programme stratégique à l’horizon 2030.

La coopération s’étend des chaînes d’approvisionnement, des technologies critiques et des infrastructures numériques à la sécurité maritime, à la cyberdéfense, aux infrastructures critiques et à l’industrie de la défense.

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L’Union européenne ne cherche donc plus à détacher l’Inde des BRICS. Elle crée parallèlement le plus grand nombre possible d’autres liens fondés sur des intérêts communs.

C’est précisément là que réside l’une des faiblesses potentielles des BRICS, dont le format ne cesse de s’élargir.

Un plus grand nombre de membres signifie davantage de poids économique, davantage de matières premières et une plus grande portée politique. Mais cela ne suffit pas à faire naître une politique étrangère commune.

L’Inde, la Chine, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis poursuivent parfois des intérêts très différents en matière de sécurité et entretiennent des relations très diverses avec Washington, Bruxelles, Moscou et Pékin.

Les BRICS s’élargissent plus rapidement que ne progresse leur cohésion politique.

C’est précisément cette hétérogénéité qui intéresse l’Union européenne. Si elle ne peut empêcher l’essor d’institutions alternatives, elle peut au moins tenter de préserver leur ouverture sur l’extérieur.

L’Inde doit pouvoir coopérer avec les BRICS tout en restant profondément intégrée aux structures européennes de commerce, de technologie et de sécurité. Il en va de même pour le Brésil, l’Afrique du Sud et les États du Golfe.

Cette stratégie est nettement plus subtile que l’ancienne injonction: choisissez entre nous et les autres.

En effet, de nombreux États rejoignent les BRICS précisément parce qu’ils ne veulent pas s’engager durablement en faveur d’un camp géopolitique. Cela rend le format attrayant, mais complique en même temps sa cohésion politique.

Un plus grand nombre de membres ne signifie donc pas automatiquement davantage de puissance collective.

Il est possible d’additionner les populations, les performances économiques et les réserves de matières premières. La capacité d’action politique, elle, ne se calcule pas de la même manière.

Bruxelles semble miser sur cette stratégie: ne pas combattre les BRICS de l’extérieur, mais lier le plus étroitement possible à l’Europe le plus grand nombre de leurs membres, afin que l’élargissement des BRICS ne donne pas naissance à un bloc géopolitique uni.

Le véritable enjeu ne réside donc plus dans la question de savoir qui rejoint les BRICS, mais dans celle de savoir si, à mesure que leur nombre de membres augmente, les BRICS pourront un jour développer une véritable capacité d’action commune.

Sources:

Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, Lizza Bomassi et Ummu Salma Bava, Owning the Middle: What India’s BRICS Presidency Says About the Future of Multilateralism, 11 septembre 2026.

Service européen pour l’action extérieure, EU–India Foreign Policy and Security Consultations, 25 novembre 2025.

Conseil européen, EU–India Summit, 27 janvier 2026.

#géopolitique@global_affairs_byelena

Le système libéral-bureaucratique

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Le système libéral-bureaucratique

Par Roberto Pecchioli

Source : Ereticamente & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-sistema-libera...

Une connaissance, animateur de l’office de tourisme d’un village de l’arrière-pays, se plaint avec irritation de la difficulté d’organiser la fête annuelle du village. Non par manque de fonds, de bénévoles ou d’intérêt, mais en raison du pouvoir écrasant et dévastateur de la bureaucratie. Des semaines de travail sont nécessaires pour obtenir des autorisations, remplir des formulaires, satisfaire les exigences d’innombrables administrations et institutions, organiser chaque événement conformément à une quantité exorbitante de normes, de circulaires et de règlements.

Tout cela pour quelques journées de fête dans une société qui se vante d’être la plus libre de l’histoire. Ce n’est pas vrai, comme chacun le sait par expérience directe. Nous vivons dans un système libéral-bureaucratique, un despotisme conforme à la loi.

71DjPGuYPyL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgIl ne s’agit ni d’une contradiction ni d’une hétérogenèse des fins, mais de la conséquence logique du libéralisme réel. Alexis de Tocqueville en avait perçu les prémices dans un célèbre passage de De la démocratie en Amérique :

    « Si je cherche à imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde, je vois une foule innombrable d’hommes égaux, uniquement occupés à se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils satisfont leurs désirs. Au-dessus d’eux s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leurs biens et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à l’autorité paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance. Il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur, mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »

Un très mauvais maître, Michel Foucault, a parlé d’une société organisée comme un « dispositif ». Même l’organisation des grandes entreprises privées se caractérise par le bureaucratisme, la rigidité et l’adhésion irréfléchie à des règles minutieuses, souvent incompréhensibles. Le libéralisme économique et l’étatisme sont frères et ne s’opposent qu’en paroles: ils marchent séparément pour frapper ensemble. Même les professions dites libérales sont prisonnières de protocoles, de lignes directrices et de carcans dans lesquels le Marché sacré — pseudonyme de l’intérêt privé — et la boulimie normative remplissent chacun une fonction, avec pour conséquences l’absence de liberté concrète, la sanction et le contrôle.

Le démantèlement libéral — avec l’apport fondamental du marxisme — des normes culturelles et des coutumes a engendré un pouvoir diffus, à la fois libéral sur le plan économique et étatiste-bureaucratique. Nous vivons au sein d’une singulière créature hybride : l’étatisme individualiste.

Le libéralisme échoue au moment même où il est pleinement réalisé. Devenue dominante à partir des années 1990, la philosophie politique née pour réaliser la tapisserie pluraliste — devenue un patchwork abstrait — a produit un déséquilibre économique intolérable, imposé l’uniformité — le mondialisme, les économies d’échelle, la consommation uniformisatrice du McMonde et des centres commerciaux identiques partout — et favorisé la dégradation matérielle et spirituelle. Elle doit défendre et étendre ces réalités grâce à son alliance avec son frère ennemi étatiste: son moyen privilégié est le monstre bureaucratique, la progression algébrique des normes, des contrôles et, bien entendu, des contrôleurs.

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Son projet a besoin de la mégamachine au sein de laquelle se conjuguent l’action de l’État, de l’économie, du système éducatif, de la science et de la technologie. Il en résulte une société de solitaires diversement égaux, incapables de nouer des relations, saturés de droits, définis par des libertés abstraites, voire dissolvantes, impuissants, apeurés et seuls. Des proies parfaites pour le système de la consommation et des bureaucraties, maternelles et enveloppantes autant qu’implacables, omnivores et punitives. Celles-ci sont alimentées non seulement par la prolifération des réglementations, mais également par le consentement intéressé de classes bureaucratiques pléthoriques, composées de prétendus experts — et de contrôleurs aux aguets — que Costanzo Preve appelait les couches dominées au sein de la classe dominante.

L’action coordonnée du dogme libéral et de la pratique bureaucratique réduit les choix à des mécanismes dépersonnalisés, à des voies prédéfinies et à des caprices rebaptisés droits, au sein d’un gigantesque système de dépendance et d’addictions. Entre la demande de protection de la liberté individuelle et l’expansion de l’État se dissimule la relation d’interdépendance entre l’État, les bureaucraties et le marché. Ils croissent nécessairement et constamment de concert. L’étatisme rend possible l’individualisme, qui exige à son tour le cadre étatiste. Nous devenons chaque jour davantage individualistes et étatistes. Le rôle des forces politiques est complémentaire.

Une alternance sans alternative — selon Jean-Claude Michéa — dans laquelle les uns se concentrent sur l’individualisme et l’égoïsme social sans toucher au cadre étatiste, tandis que les autres réalisent l’opération inverse mais équivalente. Les uns comme les autres évoluent dans le même horizon, en accord avec les prémisses philosophiques et les résultats pratiques du libéralisme. En uniformisant par la consommation et l’intérêt l’individu, séparé de son identité, de sa communauté ainsi que de ses appartenances naturelles, professionnelles, territoriales et spirituelles, le libéralisme doit organiser le conflit engendré par la fragmentation de la société au moyen de nouvelles normativités, de lois, de dispositifs, d’interdictions et d’obligations que seules les bureaucraties savent administrer, animées par le préjugé idéologique du progrès, de la tolérance et de l’inclusion.

Le système porte le nom significatif de gouvernance : administration de l’existant sur le terrain du libéralisme économique, assortie de la production continue de nouveaux droits, de nouvelles significations et de nouvelles règles devant être garanties par la bureaucratie. Les dominants se répartissent leurs domaines respectifs, mais restent unis et alliés dans leur gestion. En dessous végète la masse de tous les autres. Le pouvoir préfère les prétendus « derniers » — immigrés, minorités sexuelles et autres catégories similaires, qui dépendent de lui pour survivre ou faire valoir leurs droits — au reste de la population, cette armée désarmée des avant-derniers, sur laquelle pèsent le poids de l’injustice libérale et la prison constituée par l’armée impersonnelle des experts et des fonctionnaires : l’appareil bureaucratique, les petits chefs d’un mémorable film de Totò.

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Le libéralisme efface la conception de la liberté comme capacité de maîtriser la recherche de la satisfaction immédiate des instincts ou des désirs. Il s’agissait de la capacité à se gouverner soi-même en différant ses instincts, ses besoins et ses pulsions, et en renonçant à ce qui était jugé négatif parce que contraire à la vertu et au bien. Si l’aboutissement commun à tous les courants libéraux, de droite comme de gauche, est la prédominance de l’action subjective, sa sphère juridique est le droit positif. C’est-à-dire un système fondé sur de simples procédures — et non sur des principes ou sur le bien commun — ainsi que sur des majorités changeantes. Les assemblées politiques légifèrent conformément à la pensée dominante d’un moment historique donné, laquelle est la pensée, c’est-à-dire l’intérêt, de la classe dominante. La formulation des normes est généralement complexe, obscure et contradictoire, conçue de manière à exiger l’arbitrage de légions de spécialistes ainsi qu’une multitude de règlements, dont l’élaboration d’abord, puis la mise en œuvre, produisent de nouvelles bureaucraties dotées de pouvoirs toujours plus étendus, autoréférentiels et débordant dans le vide de la décision politique voulu par le libéralisme réel. L’affaire de l’Ilva en Italie en est un exemple : les installations de ce géant sidérurgique, stratégiques pour l’avenir industriel, ont été mises à l’arrêt par une décision judiciaire, l’ordre de bureaucrates publics devenu pouvoir autonome.

La substance du système est celle d’un (dés)ordre qui amplifie toutes les formes d’individualisme, tout en les faisant garantir par un vaste appareil juridique, politique et social dont diverses bureaucraties sont à la fois les gardiennes et les bénéficiaires. Ainsi, l’autonomie du subjectivisme libéral, qui tend vers l’anarchie, est contrôlée, façonnée et administrée par l’imposition d’innombrables lois, avec pour conséquence évidente l’élargissement de la sphère d’influence de l’État et de bureaucraties omnivores transformées en police des comportements.

51IwahdBbvL._SX195_.jpgParadoxalement, plus l’autonomie libérale est grande, plus l’État devient omniprésent. La liberté d’hier, constituée de relations et de liens communautaires, associatifs, moraux et familiaux, se rétrécit au profit d’une émancipation qui, afin d’éviter la guerre de tous contre tous, nécessite le Léviathan bureaucratique. Le libéralisme atteint son accomplissement grâce à l’individu libéré et à l’État contrôleur. Le Léviathan privé, maître de tout, dispose d’une interface étatiste et bureaucratique chargée — à ce qu’elle affirme — de contenir les excès du subjectivisme absolu de l’homo homini lupus de Thomas Hobbes. Ce n’est pas un hasard si ce penseur anglais du XVIIe siècle fut le secrétaire de Francis Bacon, le scientifique et philosophe qui voulait dominer les forces de la nature afin de les exploiter économiquement, avant de devenir le modèle de référence de John Locke, premier théoricien du libéralisme au XVIIIe siècle.

C’est également de cette période que date l’idée, exposée dans La Fable des abeilles de Mandeville, selon laquelle les vices privés se transforment en vertus lorsqu’ils génèrent du profit. L’horizon est celui du déchaînement individualiste de ce que Joseph Schumpeter appellera les « esprits animaux » du capitalisme libéral, insoutenables sans une solide armature bureaucratique au sein de laquelle l’État devient le policier.

En dernière analyse, le projet du libéralisme économique — désormais entré dans sa phase libertaire-libertine —, puisqu’il épuise les ressources morales et naturelles sur lesquelles il s’était initialement fondé, survit grâce au concours déterminant de la technologie et à son inquiétant aboutissement, la fintech, oscillant entre l’anarchie subjective croissante et le contrôle omniprésent et coercitif d’un appareil bureaucratique mis à son service. L’avenir proche — et, en partie, le présent déjà — laisse entrevoir une liberté extrême dans la sphère pulsionnelle au sein d’une oppression extrême. L’un des drames de cette contradiction — une forme d’anomie ou d’aporie qui aurait surpris Émile Durkheim, le premier à l’avoir étudiée — est la tendance de l’homo contemporain, qui n’est plus tellement sapiens, à réduire cette condition en forme d’entonnoir à un simple problème «technique», qu’il faudrait résoudre par des doses plus massives de libéralisme économique et de libertarisme ou de contrôle politique et bureaucratique, selon les mouvements du balancier entre les deux principales tendances de l’arc-en-ciel libéral. Deux solutions également destructrices, auxquelles il faut opposer, avec patience, ténacité, ouverture culturelle, imagination, mais aussi radicalité, la sortie de la toile d’araignée libérale-bureaucratique.

Qui sont les Houthis: histoire, objectifs et rôle dans le conflit au Yémen

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Qui sont les Houthis: histoire, objectifs et rôle dans le conflit au Yémen

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/chi-sono-gli-houthi-stori...

Les Houthis, officiellement connus sous le nom d’Ansar Allah («Partisans de Dieu»), sont un mouvement politique et militaire yéménite. Ces dernières années, ils sont devenus l’un des acteurs les plus importants du Moyen-Orient, tant en raison de leur rôle dans la guerre civile yéménite que de leurs opérations militaires en mer Rouge et dans les pays voisins.

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Le mouvement trouve ses racines dans le nord du Yémen, principalement dans la province de Saada, près de la frontière avec l’Arabie saoudite. Il est né dans le milieu religieux et culturel des zaïdites, une branche de l’islam chiite historiquement très présente dans le nord du Yémen.

Selon des documents des Nations unies, les origines du mouvement remontent aux initiatives de renouveau culturel et religieux zaïdite apparues au cours des années 1980 et 1990. À partir de 2004, les tensions avec le gouvernement central ont débouché sur une série de conflits armés connus sous le nom de «guerres de Saada». Une reconstitution détaillée est disponible dans ce rapport des Nations unies sur le Yémen (cf.: https://digitallibrary.un.org/record/1478791/files/S_2018_193-EN.pdf ).

Le nom «Houthi» vient de la famille de Hussein Badreddin al-Houthi, l’un des principaux dirigeants du mouvement à ses débuts, tué en 2004. La direction du mouvement est ensuite passée à son frère, Abdul-Malik al-Houthi.

La puissance politique et militaire des Houthis s’est considérablement accrue après les soulèvements du Printemps arabe et la fin de la présidence d’Ali Abdallah Saleh. En 2014, les Houthis sont entrés dans la capitale, Sanaa, et ont progressivement pris le contrôle des principales institutions. Au cours des premiers mois de 2015, l’affrontement avec le gouvernement yéménite s’est intensifié et le président Abd-Rabbo Mansour Hadi a quitté la capitale. Les Nations unies ont retracé les différentes phases du conflit ainsi que les violations commises par les diverses parties dans ce rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.

En mars 2015, une coalition dirigée par l’Arabie saoudite est intervenue militairement pour soutenir le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Dès lors, le conflit yéménite s’est transformé en une guerre longue et complexe opposant différents groupes locaux et puissances régionales.

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L’un des aspects les plus débattus concerne les relations entre les Houthis et l’Iran. Téhéran apporte un soutien politique au mouvement et, selon plusieurs gouvernements occidentaux et de nombreux observateurs internationaux, lui a fourni au fil des ans une assistance militaire, des technologies, des formations ainsi qu’un soutien au développement de missiles et de drones.

Les Houthis sont ainsi fréquemment décrits comme faisant partie de ce que l’on appelle «l’Axe de la résistance», le réseau de groupes et d’alliés régionaux liés à l’Iran. Le Council on Foreign Relations a publié une analyse approfondie consacrée précisément aux relations entre l’Iran et les Houthis (cf.: https://www.cfr.org/articles/irans-support-houthis-what-know ).

Les définir simplement comme une force contrôlée par l’Iran peut toutefois être réducteur. Le mouvement a des origines proprement yéménites, possède sa propre structure politique et militaire ainsi que des intérêts locaux qui ne coïncident pas toujours entièrement avec ceux de Téhéran.

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La situation géographique du Yémen confère aux Houthis une importance stratégique particulière. Le pays borde en effet la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, l’un des passages maritimes les plus importants — un véritable goulet d’étranglement — pour le commerce international.

Ces dernières années, les Houthis ont utilisé des missiles, des drones et d’autres armes contre des navires marchands et des cibles régionales. Les opérations en mer Rouge ont également eu des conséquences sur le trafic maritime international, incitant certaines compagnies maritimes à modifier leurs itinéraires. Cette question est également suivie par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui publie des documents et des mises à jour concernant la situation au Yémen et la sécurité de la navigation en mer Rouge.

Les États-Unis ont modifié à plusieurs reprises la classification du mouvement en tant qu’organisation «terroriste». Après une première désignation en 2021, suivie de sa révocation, Washington a de nouveau adopté des mesures et une désignation à l’encontre d’Ansar Allah. Une partie de la documentation officielle américaine sur cette question est disponible sur le site du département d’État des États-Unis (cf.: https://2021-2025.state.gov/terrorist-designation-of-the-houthis/ ).

 

Par la guerre en Ukraine vers la soumission aux États-Unis

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Par la guerre en Ukraine vers la soumission aux États-Unis

Franz Ferdinand 

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206398

Au cours des deux dernières semaines, la situation sur le champ de bataille a évolué de manière plutôt laborieuse pour la Russie : au nord de l’agglomération de Kramatorsk et Sloviansk, l’armée ukrainienne a mené avec succès des contre-attaques qui n’étaient peut-être, elles aussi, qu’une sorte de version ukrainienne de l’offensive allemande des Ardennes pendant la Seconde Guerre mondiale, peu avant l’effondrement.

En revanche, la guerre économique déclenchée contre la Russie par l’Occident dit « des valeurs », au moyen d’innombrables sanctions, s’est transformée en une guerre économique globale et couronnée de succès du Sud global contre cet Occident des valeurs.

Il faut à cet égard considérer la situation générale en Ukraine conjointement avec celle qui prévaut autour de l’Iran et de l’Arabie saoudite :

La guerre en Ukraine, la guerre d’agression contre l’Iran lancée par Donald Trump, ainsi que les actions des Houthis et, éventuellement, de groupes mandataires iraniens en Irak, doivent désormais être considérées comme une troisième guerre mondiale, qui se déroule toutefois, à bien des égards, différemment des Première et Seconde Guerres mondiales du siècle dernier. Il faut également prendre en compte la Chine en tant que participante silencieuse en arrière-plan, celle-ci soutenant à de nombreux égards aussi bien l’effort de guerre russe que le combat défensif de l’Iran.

L’intérêt de la Chine réside avant tout dans l’éviction du dollar américain de son statut de monnaie de référence mondiale, objectif qui doit être atteint par le déclassement du système financier occidental. Il suffit pour cela à la Chine de renforcer les évolutions existantes ou simplement de les laisser suivre leur cours, comme les actions des Houthis contre l’approvisionnement pétrolier occidental dans le détroit de Bab el-Mandeb, ou l’interruption de l’oléoduc est-ouest qui traverse l’Arabie saoudite. Au total, ces actions, conjuguées au blocage du détroit d’Ormuz, affectent jusqu’à 30 % de l’approvisionnement mondial en pétrole ! Le prix du pétrole est ainsi passé de 60 dollars l’année dernière à environ 104 dollars le baril actuellement !

Même Mike Wirth, le patron de Chevron, met en garde contre une crise mondiale des carburants susceptible d’échapper totalement à tout contrôle !

On peut toutefois difficilement imaginer que la Chine tolère ces actions des Houthis, soutenus par l’Iran, sans être elle-même intéressée par cette évolution. Pour la Chine, l’essentiel est seulement de continuer à être suffisamment approvisionnée en pétrole, ce qui est également possible par voie terrestre.

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Il est intéressant de noter, dans ce contexte, que les États-Unis ont rejeté une demande d’assistance de l’Arabie saoudite. Manifestement, l’hégémon est déjà tellement surmené et affaibli qu’il n’est plus en mesure de mener des actions contre les Houthis.

La situation sur le marché pétrolier est encore aggravée par les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes. Celles-ci avaient encore été célébrées par les médias occidentaux comme un « game changer », mais elles conduisent désormais la Russie à interdire ses exportations de diesel et font, en ce moment même, flamber les prix de ce carburant ! En Allemagne, le prix du diesel est passé cette année de 1,60 euro à un niveau atteignant actuellement 2,50 euros le litre ! Tandis que les Russes doivent encore faire la queue pour obtenir leur diesel, beaucoup moins cher, le citoyen de l’Union européenne ne pourra bientôt plus du tout se permettre d’en acheter.

Cette évolution des prix du pétrole et du diesel a simultanément entraîné une hausse généralisée des prix des matières premières. Les prix du riz et des céréales, par exemple, ont augmenté de 50 % au cours de l’année.

Le taux d’inflation officiel de 2,9 % annoncé pour l’Allemagne ne peut être considéré que comme une plaisanterie, ainsi que chaque citoyen peut lui-même le constater en faisant ses achats quotidiens.

Ces récentes flambées des prix aggravent à présent la situation du système financier occidental délabré. Conjuguée à l’état dramatique des finances publiques dans l’Occident des valeurs, la poussée inflationniste générale a désormais entraîné une hausse des taux d’intérêt du marché obligataire, ainsi qu’un relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine jusqu’à 4 %. De nouvelles hausses des taux directeurs sont également attendues de la part de la BCE.

Les États doivent maintenant payer ces taux d’intérêt plus élevés non seulement sur leurs nouveaux emprunts, mais aussi — ce qui est particulièrement douloureux — sur le refinancement de leur dette existante. Donald Trump et son gouvernement ont franchi cette année, avec brio, le seuil des 40 000 milliards de dollars de dette, dont 7 000 milliards devront être refinancés à court terme à un taux d’intérêt plus élevé ! Il en va naturellement de même pour tous les débiteurs européens, ce qui conduira inévitablement à des programmes d’austérité en pleine période de déclin économique général, et donc à une érosion supplémentaire du système politique existant.

La Réserve fédérale pourrait certes financer la dette américaine en faisant fonctionner la planche à billets, mais cela conduirait inévitablement à l’hyperinflation et, par conséquent, à la fin du dollar en tant que monnaie de référence mondiale.

Ces hausses de taux portent préjudice à l’ensemble du développement économique dans l’Occident des valeurs et entraînent inévitablement des pertes d’emplois, ainsi qu’un mécontentement encore plus grand à l’égard du système politique existant dans l’Union européenne.

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La France constitue un exemple révélateur de cette situation : elle est actuellement déjà ingouvernable et pourra, lors de l’élection présidentielle de l’année prochaine, choisir entre Marine Le Pen et le communiste Jean-Luc Mélenchon. Après une victoire de Le Pen, plus rien ne serait sans doute comme avant au sein de l’Union européenne !

Toutefois, la hausse des taux d’intérêt du marché a des répercussions particulièrement dramatiques sur les bilans des banques et des compagnies d’assurance, et ce, sans que le public s’en aperçoive. Comme chacun sait, ces établissements détiennent environ 60 % de leurs placements sous forme d’obligations, et c’est précisément sur le marché obligataire que les hausses de taux ont provoqué un véritable carnage boursier. Cela s’explique par le fait que, durant la période de taux nuls ou faibles, il y a trois ou quatre ans, des obligations à long terme assorties de coupons très faibles ont été émises, et que leur cours s’est aujourd’hui effondré en raison de la hausse des taux. Le cas d’une obligation à trente ans à taux zéro, dont le cours a désormais fondu de moitié, est devenu célèbre — une perte de valeur inhabituelle pour une obligation.

Certes, il ne s’agit que de pertes comptables, que l’on dissimule simplement dans les bilans bancaires en ne procédant à aucune dépréciation comptable. Dans le cas contraire, les résultats des banques fondraient comme neige au soleil et leurs cours boursiers s’effondreraient eux aussi. Quoi qu’il en soit, de telles pertes comptables ne deviennent effectives que lorsqu’une banque est contrainte, pour une raison quelconque, de vendre une obligation de ce type. Les banques ne sont, en tout état de cause, plus en mesure d’absorber d’autres chocs extérieurs.

Les indices boursiers se situent certes encore actuellement à des niveaux records, mais la hausse des rendements obligataires mine naturellement aussi le marché des actions. Tout investisseur expérimenté sait que les cours des actions ne sont que du vent, en partie encore uniquement portés par des spéculations totalement irrationnelles, comme dans le cas de « l’intelligence artificielle ». Dès que les grands investisseurs tourneront le dos au marché des actions en raison des taux élevés et préféreront investir dans des obligations plus sûres, la bulle boursière éclatera. L’inévitable désillusion concernant les valeurs liées à l’IA constituera une autre cause de l’éclatement de cette bulle !

Selon toute probabilité, un effondrement boursier et financier partira une nouvelle fois des États-Unis. Il convient à cet égard de rappeler la crise financière de 2008, lorsque les États-Unis avaient exporté vers l’Europe des créances irrécouvrables sous la forme de « titres » dits subprimes et que les faillites bancaires n’avaient pu être évitées que grâce à des interventions massives des gouvernements. Le prochain tsunami financier reléguera dans l’ombre la crise de 2008 !

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Dans cette situation générale, l’Europe doit en outre faire face au fait qu’elle se trouve engagée dans une guerre économique avec les États-Unis. Sous Donald Trump, les États-Unis tentent systématiquement de saigner l’Europe à blanc, les Verts allemands jouant notamment le rôle d’une cinquième colonne de la haute finance américaine. L’« escroquerie du CO₂ » a servi à démanteler le secteur énergétique allemand et, de surcroît, la destruction du gazoduc Nord Stream 2 a rendu l’Allemagne dépendante des livraisons de gaz de schiste américain, cinq fois plus cher que le gaz russe. Il en résulte un exode de l’industrie allemande hors d’Allemagne vers les États-Unis, mais également vers la Chine.

Dans le même temps, en plus du soutien à l’Ukraine — qui s’élève actuellement à 190 millions de dollars par jour —, le citoyen de l’Union européenne devrait encore assumer des dépenses militaires nettement plus élevées afin d’alimenter l’industrie américaine de l’armement.

Il est donc d’ores et déjà prévisible que l’Europe de l’Union européenne sera la grande perdante de la guerre en Ukraine. D’une certaine manière, cela rappelle la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le « soutien » américain a complètement ruiné la Grande-Bretagne en tant que grande puissance et l’a transformée en caniche des États-Unis ! L’Union européenne ne pourra échapper à ce sort qu’en mettant fin le plus rapidement possible à sa guerre contre la Russie, en réorientant son économie vers une coopération avec la Russie et en réduisant ainsi ses liens avec les États-Unis.

jeudi, 24 septembre 2026

Grande-Bretagne et Israël: une alliance en miettes?

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Grande-Bretagne et Israël: une alliance en miettes?

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/gran-bretagna-e-israele-u...

La relation historique entre la Grande-Bretagne et Israël a récemment franchi un seuil critique, passant d’un partenariat stratégique à toute épreuve à un bras de fer diplomatique ouvert. Les évolutions récentes ainsi que les dossiers analysés par la presse internationale et les centres d’études géopolitiques montrent que les deux pays n’agissent plus comme des alliés traditionnels, mais comme de véritables adversaires au sein de l’échiquier occidental. Au cœur de cette fracture se trouvent les opérations militaires à Gaza, la flambée des tensions en Cisjordanie et la crainte de Londres de perdre sa crédibilité internationale en matière de droit humanitaire.

La rupture diplomatique a été encore alimentée par les mesures économiques et les sanctions coordonnées. Sous l’effet d’une forte pression parlementaire et populaire, le gouvernement britannique a gelé les négociations en vue d’un nouvel accord commercial et adopté des sanctions ciblées contre des entités et des réseaux qui financent les colons dans les territoires occupés. En annonçant un durcissement imminent des restrictions visant le commerce lié aux colonies, Londres a aligné sa ligne politique sur celle d’autres partenaires occidentaux, provoquant une vive réaction de Tel-Aviv. De son côté, le gouvernement israélien a qualifié ces décisions d’ingérence inacceptable dans sa souveraineté nationale et, en pleine campagne électorale, est allé jusqu’à menacer la Grande-Bretagne de représailles diplomatiques.

Ce climat d’affrontement bilatéral s’inscrit dans un contexte mondial fortement polarisé, dans lequel le facteur russe joue un rôle de catalyseur de l’instabilité. Alors que le Royaume-Uni est devenu l’un des soutiens les plus intransigeants de l’Ukraine face à l’agression de Moscou, Israël a maintenu une position d’extrême prudence et de neutralité à l’égard du Kremlin afin de préserver ses intérêts stratégiques et sécuritaires au Moyen-Orient, notamment dans l’espace aérien syrien. Cette divergence fondamentale éloigne davantage encore les orientations géopolitiques de Londres et de Tel-Aviv, affaiblissant la cohésion générale des alliés occidentaux face aux crises régionales.

Dans le débat public et les analyses diffusées en ligne, cette crise est par ailleurs souvent mise en relation avec de grands acteurs financiers et institutionnels. D’un côté, il y a l’hostilité politique entre le gouvernement de Benyamin Netanyahou et le philanthrope George Soros — accusé à plusieurs reprises par Tel-Aviv de financer des ONG critiques à l’égard de la politique de colonisation — ; de l’autre, des personnalités institutionnelles telles que le roi Charles III, qui évoluent dans des milieux proches de ceux du philanthrope juif hongrois, au sein d’organisations comme le Forum économique mondial (WEF), capables d’imposer l’agenda économique mondial d’une manière souvent contraire aux intérêts de la droite israélienne.

La crise actuelle entre Londres et Jérusalem reflète donc l’affrontement concret entre, d’une part, la ferme volonté d’Israël de régler une fois pour toutes la question de sa sécurité nationale sans subir de pressions extérieures et, d’autre part, la nécessité pour la diplomatie britannique de préserver son image de garante du droit international et des « valeurs occidentales », tout en soutenant — hypocritement — la perspective d’une solution à deux États.

Ce que Julia Mendel, l’ancienne porte-parole de Zelensky, n’a pas été autorisée à dire devant le Parlement européen

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Ce que Julia Mendel, l’ancienne porte-parole de Zelensky, n’a pas été autorisée à dire devant le Parlement européen

par Olli Garch

Source: https://ansage.org/was-selenskyjs-ex-sprecherin-julia-men...

Malheureusement passée presque inaperçue, du moins auprès du public allemand, une nouvelle démonstration de force du bloc de soutien « Slava Ukraini » de l’eurocratie, partisan d’une escalade toujours plus extrême avec la Russie, s’est produite cette semaine contre les voix critiques et dissidentes — en plein cœur des ténèbres, à Bruxelles. Julia Mendel, ancienne porte-parole du président ukrainien Volodymyr Zelensky, vivant aux États-Unis et connaissant de l’intérieur l’appareil du pouvoir ukrainien, devait prendre la parole mercredi au Parlement européen à l’invitation de l’AfD.

L’accès lui a toutefois été catégoriquement refusé après que Zelensky l’eut inscrite dimanche dernier — probablement juste à temps de son point de vue — sur la liste des sanctions, au motif que Mendel diffuserait, quoi d’autre, de la « désinformation » et de la « propagande russe », et qu’elle « soutiendrait » même désormais, prétendument, la politique agressive de la Russie contre l’Ukraine.

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L’Union européenne, servile, s’est empressée d’exécuter cette décision arbitraire et répressive, manifestement destinée à réduire au silence une voix extrêmement compromettante pour Kyiv, prise par le chef de guerre d’un État profondément corrompu, et a interdit à Mendel de s’exprimer.

Précisément cette UE qui, d’ordinaire, tient les dissidents en si haute estime lorsqu’il s’agit de transfuges d’États qu’elle combat et exècre — y compris les États-Unis, bien entendu. Mais lorsqu’il s’agit de la persécution politique d’une lanceuse d’alerte ukrainienne issue de l’entourage immédiat de Zelensky, qui pourrait révéler quelques vérités gênantes sur les pratiques en vigueur et le comportement de ce favori de l’UE jouissant d’une totale impunité, elle y participe avec zèle.

En Ukraine, Mendel est pratiquement hors-la-loi ; même aux États-Unis, elle doit craindre pour sa vie face aux hommes de main de Kyiv. Ses avoirs dans son pays ont été gelés, toute activité économique lui est interdite et ses comptes sur les réseaux sociaux sont bloqués et censurés. La justice ukrainienne a en outre menacé de « partager toutes les informations avec ses partenaires afin de synchroniser les sanctions dans les juridictions internationales ».

C’est là la méthode typique de Zelensky, célébré dans l’UE comme un prétendu « héros de la liberté » et « défenseur des valeurs occidentales », mais ébranlé par divers scandales de corruption et gouvernant depuis plus de deux ans sans mandat populaire, de manière toujours plus tyrannique.

Un tiers de l’Ukraine est devenu un enfer

L’hebdomadaire suisse Weltwoche a désormais publié le manuscrit du discours que Mendel avait prévu de prononcer devant le Parlement, mais qu’elle n’a jamais pu donner. Elle y critique sévèrement la situation en Ukraine et les pratiques de Zelensky. Elle y explique également clairement pourquoi elle a décidé de s’exprimer publiquement : elle se tient là, affirme l’ancienne porte-parole, « parce que l’Ukraine et l’Europe préfèrent, encore et encore, une mauvaise guerre à une mauvaise paix ».

Les habitants des régions situées sur le front vivent dans une pauvreté inimaginable ; il existe une grave pénurie de médecins et presque plus d’écoles en état de fonctionner. Mille dollars représentent une fortune inimaginable en Ukraine, mais presque rien des dizaines de milliards d’aide occidentale ne parvient précisément aux habitants des régions où sévit la guerre, alors même que la situation militaire ne s’améliore pas. Dans le même temps, d’autres vivent dans une richesse inimaginable grâce à une corruption gigantesque. Malgré cette corruption et l’efficacité limitée du gouvernement ukrainien, la population supporte tout cela.

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Selon Mendel, un tiers de l’Ukraine est devenu un enfer ; près de vingt pour cent de son territoire est occupé, tandis que dix pour cent supplémentaires se sont transformés en un front en flammes. Pourtant, l’Europe et Zelensky soutiennent aveuglément une stratégie qui fait de cette souffrance quotidienne un état permanent, la rendant presque «invisible et insignifiante». Pour beaucoup, l’objectif illusoire de «détruire la Russie» est plus important que celui de sauver l’Ukraine.

Plusieurs fois par mois paraissent dans les médias dominants des articles de propagande passionnés annonçant que la Russie est sur le point de s’effondrer. Le prix de cet effondrement au ralenti que l’on prétend imminent est l’effondrement réel de l’Ukraine.

« Une simple arithmétique »

Mais si le chef d’État de son propre pays accepte le statu quo, pourquoi les députés européens devraient-ils le remettre en question ? demande sarcastiquement Mendel. Malheureusement, la plupart des gens ignorent que de nombreux médiateurs ont proposé d’établir des canaux directs avec le Kremlin et de permettre des contacts en vue de négociations, mais que l’Ukraine a rejeté ces propositions.

Il existe également diverses interprétations juridiques de ce que l’on réduit aujourd’hui, de manière simpliste, à la formule « céder ou ne pas céder des territoires ». Celle-ci suggère une attitude russe obstinée et fondée sur le chantage, qui ne laisserait prétendument à Zelensky d’autre possibilité que de poursuivre sans cesse le combat.

En réalité, plusieurs propositions d’accords ont été avancées, mais n’ont été que brièvement mentionnées en public. Elles ne figureront toutefois pas dans les livres d’histoire et ne subsisteront que dans la mémoire de ceux qui ont tenté d’apporter une aide diplomatique, parce que Zelensky les a toutes rejetées. Cela vaut même pour celles auxquelles il avait personnellement donné sa parole et son engagement. Sur les grandes questions relatives à une solution de paix, il s’oppose systématiquement à toute avancée et présente au contraire « la voie la plus maximaliste et la plus inaccessible vers la victoire comme l’unique voie vers la paix ». Cela montre à Mendel et à bien d’autres qu’il ne s’intéresse nullement à une solution pacifique.

Mais, demande-t-elle, «comment 25 millions d’Ukrainiens, dont la moitié sont des retraités, sont-ils censés défendre 500 millions d’Européens contre 140 millions de Russes?». Elle interpelle avec émotion l’Union européenne, qui finance et rend possible cette absurde mission-suicide jusqu’à la victoire finale: «N’avez-vous pas honte?».

Outre le vieillissement de la population ukrainienne, le taux de natalité est catastrophiquement bas. La guerre continue de coûter des vies et pousse de plus en plus à l’étranger ceux qui veulent simplement vivre. L’Ukraine a été transformée en un endroit où la vie et un avenir porteur d’espoir paraissent de plus en plus impossibles.

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Mendel — voilà pour la « propagande russe » — sait parfaitement, et affirme ouvertement, que la Russie est responsable de cette misère. Mais son objectif est de mettre fin aux souffrances et de parvenir à une solution viable sans prolonger la guerre et les destructions. Elle mise sur le sens des responsabilités et la Realpolitik. Les chiffres bruts imposent ces conclusions : il s’agit d’une simple arithmétique montrant « comment mon pays disparaît sous vos yeux, accompagné d’applaudissements chaleureux pour un homme sur le tapis rouge, un homme qui est désormais au pouvoir depuis huit ans et trouve toujours une nouvelle raison pour laquelle la guerre ne peut pas encore prendre fin ».

Davantage d’armes et d’argent pour prolonger indéfiniment le conflit

La guerre a également détruit l’économie et la démocratie ukrainiennes. Il n’y a « plus de science, plus d’innovation en dehors du secteur militaire », poursuit Mendel. Les trois quarts du budget de l’État ukrainien sont financés par des aides étrangères.

Dans le même temps, elle observe que les voix ukrainiennes dérangeantes ne sont plus seulement ignorées, mais de plus en plus réduites au silence, simplement parce qu’elles s’opposent à la guerre. Leur nombre continue néanmoins de croître, « malgré les persécutions, les menaces, les sanctions illégales, les poursuites pénales, les campagnes de diffamation et la stigmatisation de personnes qualifiées de “traîtres” ».

En Europe, garder le silence sur ce qui se passe en Ukraine est désormais considéré comme « patriotique », car toute critique ou remise en question est assimilée à de la propagande prorusse ou à de la collaboration. Dans ce climat, la corruption s’est démesurément développée en Ukraine et y règne « à une échelle que vous ne pouvez tout simplement pas imaginer ; elle atteint le cercle le plus proche du président et, confrontée à une pauvreté totale, elle est en train de détruire la motivation même de résister à la Russie ».

Parallèlement, de véritables chasses à l’homme sont menées contre les hommes. Des actes de torture sont commis dans les bureaux de recrutement; certains hommes sont battus à mort par des agents chargés de la mobilisation et parfois tués par leurs propres commandants.

La guerre de Poutine, souligne Mendel, est incontestablement injustifiable par sa brutalité et son mépris de la vie humaine. Mais les agissements de Zelensky — annuler des réformes, protéger des réseaux corrompus, tromper son propre peuple et placer son pouvoir personnel au-dessus de la survie de la nation — ne sont pas moins injustifiables.

Elle pose ouvertement une question éminemment rationnelle qu’elle souhaitait lancer aux députés du Parlement européen: «Croyez-vous vraiment qu’une course aux armements sans fin, dans laquelle on accumule toujours davantage d’armes, aidera l’Ukraine à remporter la victoire — sans économie et avec une population qui, année après année, devient très inférieure à celle de la Russie?».

L’Ukraine a contribué à établir un modèle de militarisation totale de la société, qui semble désormais servir d’exemple à certains États de l’Union européenne. Il s’agit manifestement d’une allusion à l’Allemagne, avec son obsession particulièrement prononcée pour l’« aptitude à la guerre » et sa propagande anxiogène permanente, alimentée par les drones, au sujet d’une attaque russe contre l’OTAN.

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Certains dirigeants occidentaux ont fait leur la propagande belliciste collective et le réarmement. Il existe aujourd’hui dans l’Union européenne des voix «qui semblent croire que la militarisation de leurs économies et de leurs sociétés peut constituer une réponse aux difficultés politiques et économiques», constate-t-elle. Mais un réarmement permanent, associé à l’entretien constant d’une image de l’ennemi, développe une «dynamique propre»: plus une société est préparée à la guerre, plus la pression augmente pour justifier cette préparation. Tôt ou tard, cette logique risque de «provoquer précisément le conflit qu’elle prétend vouloir empêcher».

« Chaque critique est pourchassé et étiqueté comme prorusse »

Mendel observe de plus en plus « des menaces plutôt que de la diplomatie ; la volonté de détruire la Russie, quel que soit le nombre de vies ukrainiennes que cela coûte et l’affaiblissement de l’Ukraine qui en résulte ; ainsi que le désir de vendre autant d’armes que possible ». Tout cela sert pleinement les intérêts des dirigeants ukrainiens, raison pour laquelle Zelensky approuve sans réserve cette politique d’escalade.

La raison, aussi égoïste que funeste, est que l’économie est devenue pour le président ukrainien une source privée d’enrichissement. Il en va de même pour les autres profiteurs qui souhaitent transformer la guerre en état permanent afin de continuer à gouverner sans entraves et à s’enrichir.

C’est pourquoi, même à l’étranger, tous ceux qui ont tenté de parler avec Poutine ont été attaqués par Zelensky, « pourchassés et étiquetés comme prorusses », d’Orbán et Fico jusqu’au président des États-Unis. Les responsables politiques occidentaux devraient précisément s’en étonner, car leur propre histoire devrait leur avoir appris que, dans le monde civilisé, « des récits aussi superficiels en noir et blanc » ne devraient pas dominer, « surtout lorsqu’il s’agit de la guerre, la seule guerre en Europe », critique Mendel.

L’« effondrement » de la Russie n’est imminent que dans l’esprit d’idéalistes ignorant les réalités économiques de la Russie et de l’Ukraine. Chaque article écrit par un théoricien ou un croisé contre la Russie constitue « une petite tragédie, un signe du déclin de notre civilisation ».

Lorsqu’il s’était présenté à la présidence, Zelensky avait affirmé qu’il se mettrait à genoux devant Poutine afin que celui-ci ne contraigne pas l’Ukraine à se mettre à genoux. Il avait également déclaré que, s’il ne parvenait pas à mettre fin à la guerre civile qui faisait déjà rage à l’époque dans l’est du pays, il céderait sa fonction à quelqu’un qui en serait capable.

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Depuis, il modifie les conditions de paix d’une semaine à l’autre, toujours en formulant des exigences maximalistes qui garantissent qu’aucun accord ne soit conclu : tantôt l’adhésion à l’OTAN, tantôt la restitution de la Crimée, puis le rétablissement des frontières de 1991 ou encore l’adhésion pleine et entière à l’Union européenne.

L’affirmation la plus troublante de Mendel est peut-être la suivante : lorsqu’en 2021 Zelensky était sur le point de perdre le pouvoir, il aurait finalement trouvé dans la guerre avec la Russie le moyen de prospérer, profitant de chaque aspect du conflit, accumulant un pouvoir presque illimité et se prélassant dans la gloire internationale. Selon cette lecture, l’invasion russe elle-même aurait donc déjà servi les intérêts de Zelensky, et pas seulement la prolongation ultérieure et perpétuelle de la guerre, avec les avantages paradisiaques et confortables qu’elle procure à lui-même et à sa clique.

En conclusion de tous ces constats, Mendel exige un retour urgent à la diplomatie et à la primauté du politique. Rien ne saurait justifier une perte aussi immense de vies humaines et de capital humain que celle qui se produit dans l’est de l’Ukraine.

La stratégie meurtrière des élites européennes

Il n’est vraiment pas surprenant que ce discours n’ait pas été autorisé au Parlement européen, puisqu’il expose avec une franchise impitoyable les principales réalités : premièrement, que l’Ukraine ne peut pas gagner cette guerre, quelle que soit l’ampleur de l’aide militaire occidentale — sauf au prix d’une confrontation nucléaire ; deuxièmement, que Zelensky et sa camarilla sont des kleptocrates sans scrupules et des profiteurs de guerre corrompus ; troisièmement, que les responsables politiques européens militarisent de plus en plus leurs propres peuples afin de détourner l’attention de leur échec total en politique intérieure.

L’aveuglement somnambulique de Bruxelles, en particulier, dans sa fidélité absolue à un régime non viable à long terme, s’est encore manifesté cette semaine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fièrement annoncé qu’elle avait téléphoné à Zelensky et lui avait promis le versement de 3,3 milliards d’euros supplémentaires à l’Ukraine pour acquérir « des missiles et des drones ». Il était bien entendu « tout à fait clair » que « davantage était nécessaire », raison pour laquelle elle a aussitôt promis: «D’autres fonds suivront!».

La semaine suivante, elle participerait à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, et son « message aux amis de l’Ukraine dans le monde entier » serait simple: «L’Europe renforce son engagement. Les autres doivent maintenant eux aussi renforcer leur soutien».

Voilà donc l’unique et meurtrière stratégie des élites européennes qui, à l’instar des gouvernements de nombre de leurs États membres, présentent comme seule option la prolongation criminelle d’une guerre sans issue, au détriment de la population civile. Elles discréditent toutes les solutions de rechange et rejettent, au moyen d’arguments irrationnels, toute initiative diplomatique visant la seule solution négociée réaliste et viable.

Pour Zelensky et sa nomenklatura, il s’agit de préserver ses pleins pouvoirs dictatoriaux et de continuer à accumuler des richesses fabuleuses en détournant les fonds occidentaux. Les responsables politiques occidentaux cherchent quant à eux à détourner l’attention des crises intérieures qu’ils ont eux-mêmes provoquées en intensifiant la guerre. Mais leur objectif est le même: ils souhaitent prolonger les massacres ad infinitum, quel qu’en soit le prix.

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Depuis longtemps déjà, cette vérité ne peut plus être exprimée impunément en Europe, comme en témoignent les nombreux critiques réduits au silence, y compris en Europe, de Jacques Baud à Thomas Röper et Alina Lipp.

Cette Union européenne ressemble désormais davantage à l’Ukraine que l’Ukraine ne s’est, inversement, rapprochée des nobles principes de l’«Occident des valeurs», dont les responsables européens ayant totalement échoué ne cessent de rabâcher les mérites dans leurs discours dominicaux.

C’est probablement ce que Friedrich Merz voulait dire lorsqu’il évoquait le «haut degré de concordance» et la «compatibilité» comme conditions de son «partenariat stratégique» et qualifiait l’Ukraine de «gain» pour l’Union européenne: en matière de mépris du peuple, de prétentions autoritaires et de propension à la corruption, Kyiv et Bruxelles ne se distingueront sans doute bientôt plus guère.

L’enfer victorien 4.0: les centres de données et la logique du technocapitalisme

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L’enfer victorien 4.0: les centres de données et la logique du technocapitalisme

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/viktoriaaninen-helvett...

Lorsque James Watt perfectionna sa machine à vapeur dans les années 1760, personne ne parla de révolution. Il ne s’agissait que d’un moyen plus efficace de pomper l’eau hors des mines. Ce n’est qu’a posteriori que les historiens qualifièrent ce phénomène de révolution industrielle et que l’on constata qu’il s’était accompagné du travail des enfants, du smog, d’épidémies de choléra et de l’apparition d’une classe ouvrière dont l’espérance de vie était inférieure à celle des serfs. Les filatures de coton de Manchester représentaient la technologie de pointe de leur époque, tout en constituant un enfer social.

Nous vivons aujourd’hui un moment comparable, sans toutefois le percevoir clairement. Un centre de données ne crache pas de fumée comme une usine: il bourdonne. Il peut se trouver dans les landes irlandaises, dans les banlieues de Virginie du Nord, dans le désert de l’ouest du Texas ou plus près de nous, dans les régions finlandaises du Kainuu et de l’Ostrobotnie du Nord. Pour le citoyen ordinaire, il se manifeste sous la forme d’un bruit mécanique, d’une facture d’électricité plus élevée, d’une connexion internet qui ralentit ou d’une information annonçant qu’un modèle d’intelligence artificielle a été entraîné au moyen de millions de kilowatts. L’usine concentrait ses conséquences en un seul lieu. Celles d’un centre de données sont partout, de sorte que presque personne n’en perçoit l’ensemble.

L’invisibilité est une forme de pouvoir. Lorsque les coûts de l’infrastructure sont dispersés, plus personne ne demande qui produit l’électricité, qui possède le réseau ou qui assume l’empreinte carbone. Dans l’Angleterre victorienne, il était impossible de ne pas voir la fumée, puisqu’elle assombrissait le ciel et détruisait les poumons. Aujourd’hui, la fumée a été déplacée ailleurs.

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On parle souvent à ce propos de quatrième révolution industrielle : la combinaison de l’intelligence artificielle, de l’automatisation, de l’internet des objets et de l’informatique en nuage. La première révolution industrielle a remplacé le travail manuel par les machines. La quatrième remplace la prise de décision humaine par des algorithmes et transfère les ressources de production vers les centres de données. Dans les deux cas, le changement paraît d’abord technique, mais se révèle finalement social.

En septembre, Google a annoncé qu’il investirait 13 milliards d’euros en Finlande au cours des deux prochaines années. Il s’agit de l’un des plus importants investissements de l’histoire de la Finlande et du plus grand investissement individuel jamais réalisé par Google en Europe. Ces fonds serviront à agrandir le centre de données de Hamina et à en construire de nouveaux à Muhos, Vaala et Kajaani.

L’ampleur du projet est stupéfiante. Google a acquis dans ces trois communes des terrains représentant au total plus de 2000 hectares. Rien qu’à Muhos, plus de 600 hectares ont été réservés aux centres de données et à d’autres activités industrielles, soit l’équivalent de près de 900 terrains de football. Les droits à bâtir accordés sur cette zone représentent près de deux millions de mètres carrés de surface de plancher, soit l’équivalent d’environ 40.000 logements. Neuf salles de serveurs sont prévues à Muhos et huit à Kajaani.

Google présente cet investissement comme une source d’emplois et de croissance économique. Selon l’entreprise, plus de 37.000 emplois seront soutenus pendant la phase de construction, en 2027–2028, et l’investissement apportera chaque année 3,6 milliards d’euros au produit intérieur brut finlandais. Ces chiffres méritent d’être examinés de plus près.

Selon une estimation d’expert de Business Finland, seuls 20 à 30% environ de l’investissement resteront réellement dans l’économie finlandaise. Le reste sera consacré aux équipements importés, aux chaînes d’approvisionnement internationales et à la comptabilité interne du groupe Google. La croissance du produit intérieur brut ne reflète qu’un calcul fondé sur un effet multiplicateur et n’apporte pas directement d’argent aux communes.

Le chiffre relatif aux emplois est encore plus trompeur. Les 37.000 emplois correspondent à un total national pour la phase de construction, et non au nombre d’emplois permanents créés à Muhos ou à Vaala. Une fois la construction achevée, un centre de données fonctionne en grande partie de manière automatisée. Google lui-même évoque environ 7000 emplois permanents dans l’ensemble de la Finlande. Sakari Lähdemäki, chercheur principal à l’Institut finlandais de recherche économique Etla, a jugé cette prévision trop optimiste : les centres de données créent des emplois pendant leur construction, mais relativement peu par la suite.

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Le maire de Muhos, Kimmo Hinno, n’a reçu de Google aucun chiffre précis concernant le calendrier ou l’ampleur du projet. La maire de Vaala, Minna Kärkkäinen, a quant à elle estimé qu’un centre de données emploierait environ 400 personnes durant sa phase d’exploitation, tout en soulignant que les retombées indirectes seraient considérablement plus importantes. Entre 1000 et 1900 travailleurs sont attendus à Vaala pendant la construction. La commune ne dispose toutefois pas d’une main-d’œuvre suffisante pour répondre aux besoins de Google, si bien que les travailleurs viendront d’ailleurs. Vaala compte environ 2500 habitants et Muhos près de 9000. Dans des communes aussi petites, la main-d’œuvre venue de l’extérieur profite peu à l’économie locale.

Hamina offre un exemple qui devrait inciter à la prudence. Google y est présent depuis quinze ans et y a investi environ cinq milliards d’euros. Hamina est néanmoins soumise à un programme d’ajustement économique, et son taux d’imposition communal, qui s’élève à 9,40%, est nettement supérieur à la moyenne finlandaise. La présence ancienne d’un centre de données ne signifie donc pas automatiquement que les finances municipales s’enrichissent.

Les coûts commencent également à apparaître sous d’autres formes. L’Association finlandaise pour la conservation de la nature a accusé Google d’avoir procédé à des abattages potentiellement illégaux sur les chantiers des centres de données de Muhos et de Kajaani. Selon l’association, plus de 300 hectares de forêt ont été abattus à Muhos sans évaluation appropriée des incidences sur l’environnement. Les coupes ont été réalisées pendant l’hiver, avant que les investissements ne soient annoncés publiquement. La législation finlandaise impose une évaluation des incidences sur l’environnement pour tout défrichement entraînant la suppression permanente du couvert forestier sur plus de 200 hectares, mais, selon l’association, aucune évaluation de ce type n’a été menée. De plus, les abattages n’auraient pas dû commencer avant que le plan d’urbanisme ne devienne définitif. Le plan de Muhos fait actuellement l’objet d’un recours devant le tribunal administratif.

Google conteste avoir agi illégalement. Selon son responsable de la communication, Michiel Sallaets, les coupes ont été effectuées conformément à la loi sur les forêts et de vastes études environnementales ont été réalisées dans le cadre des procédures. L’autorité chargée des permis et du contrôle a ouvert une enquête.

Metsähallitus, l’administration finlandaise des forêts domaniales, a vendu à Google un total de 1400 hectares de terrains à Kajaani et à Muhos. D’après le magazine économique Talouselämä, Metsähallitus n’a conclu aucun accord précisant comment la perte du puits de carbone serait compensée. Selon le président du Conseil finlandais du climat, une telle compensation aurait dû être prévue.

Il ne s’agit pas de cas isolés. Ils relèvent de la logique du système. Un centre de données a besoin de terrains, d’électricité et de refroidissement. Pour lui faire place, on abat une forêt qui absorbait du carbone. Elle est remplacée par des bâtiments qui consomment de l’énergie. Le puits de carbone se réduit et les émissions augmentent. L’effet global est négatif, mais il est réparti entre tant d’éléments que personne ne peut l’appréhender d’un seul regard.

Google présente son investissement comme un élément de la transition écologique. L’entreprise s’est engagée en faveur des énergies renouvelables. Au début de l’année, elle a racheté le développeur américain d’énergies renouvelables Intersect pour 4,75 milliards de dollars. Cette acquisition fait de Google le seul géant technologique à posséder sa propre société de production d’énergie. En Finlande, Google a conclu avec Fortum un accord relatif à la prolongation de l’exploitation de la centrale nucléaire de Loviisa et acheté une part importante de nouvelles capacités éoliennes.

Aux États-Unis, l’immense consommation d’électricité des centres de données a déjà entraîné une hausse des prix pour les consommateurs ordinaires. Sur les marchés électriques de la côte Est, par exemple, la demande des centres de données a fait sensiblement augmenter le prix de l’électricité. Il en va de même en Irlande, où les centres de données consomment déjà près d’un quart de l’électricité du pays et ont alourdi les factures d’électricité des ménages.

Il s’agit d’une stratégie commerciale rationnelle, mais aussi d’un exemple de la manière dont le technocapitalisme externalise ses coûts. Lorsque l’électricité devient plus chère, l’entreprise achète un producteur d’électricité. Une forêt qui ralentit les travaux de construction est abattue avant que l’autorisation ne soit définitive. Une commune ayant besoin d’emplois met des terrains à disposition et accélère les procédures d’urbanisme.

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Les panneaux solaires font partie de la même équation. Ils sont présentés comme une solution, mais leur fabrication est énergivore et, à la fin de leur cycle de vie, ils deviennent des déchets problématiques dont le recyclage demeure insuffisant. Selon l’Institut Fraunhofer, la plupart des composants sont incinérés ou recyclés en produits de qualité médiocre. L’Union européenne a commencé à imposer des exigences relatives à l’empreinte carbone des panneaux, car une production renouvelable ne suffit pas si la chaîne elle-même est polluante.

Il s’agit d’une fausse transition écologique. Un centre de données qui achète des panneaux solaires et de l’énergie éolienne peut affirmer qu’il est neutre en carbone. Il ne précise pas qu’une forêt a été abattue pour lui faire place, que son système de refroidissement consomme de l’eau, que les terres rares qu’il utilise sont extraites au Congo et que sa consommation d’électricité entraîne une hausse des prix pour les consommateurs ordinaires.

Dans l’Angleterre victorienne, les usines étaient visibles. La fumée obscurcissait le ciel. Les ouvriers vivaient à l’ombre des usines. Personne ne pouvait prétendre que le problème n’existait pas. Aujourd’hui, les centres de données peuvent prendre la forme de vastes complexes situés à la périphérie des zones habitées. Ce qui reste invisible, c’est l’ensemble des conséquences: la facture d’électricité, la forêt abattue, la rivière qui s’assèche, l’emploi qui disparaît, la mine exploitée à l’autre bout du monde. Chacun n’en voit que la part qui le concerne.

Les habitants de Muhos, Vaala et Kajaani se demandent s’il restera suffisamment d’électricité pour les ménages et à quel prix. L’Association finlandaise pour la conservation de la nature a demandé la suspension des travaux jusqu’à la réalisation d’une évaluation des incidences sur l’environnement. L’initiative citoyenne Datakeskukset kuriin (« Mettre les centres de données sous contrôle ») a également recueilli en trois jours les 50 000 signatures requises et sera soumise à l’examen du Parlement. Elle réclame que le raccordement des centres de données au réseau électrique soit soumis à certaines conditions, ainsi que l’instauration d’une redevance spécifique destinée à couvrir les dommages environnementaux et l’utilisation des ressources liés à leur fonctionnement.

La quatrième révolution industrielle engendrera-t-elle une nouvelle forme d’enfer social, la technodystopie de nos pires craintes? Le progrès technologique n’était-il pas censé faciliter la vie? Peut-être en ira-t-il comme par le passé: le changement s’opérera sous la contrainte de la nécessité et du progrès, et ses conséquences façonneront une fois encore toute une époque.

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«Le nouvel ordre mondial est déjà là»: les prévisions de Jiang Xueqin

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«Le nouvel ordre mondial est déjà là»: les prévisions de Jiang Xueqin

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena 

69c58c1242b5f6001d39109e.jpgL’analyste chinois Jiang Xueqin, parfois surnommé le « Nostradamus chinois » sur les réseaux sociaux, défend la thèse selon laquelle les bouleversements géopolitiques actuels ne seraient nullement l’expression d’un chaos incontrôlé. Il y voit plutôt les éléments d’une réorganisation fondamentale du système international, dont les processus décisifs seraient déjà à l’œuvre.

La Chine occupe une place centrale dans son analyse. Avec l’initiative «Belt and Road» – les Nouvelles Routes de la soie –, Pékin chercherait à édifier un contrepoids économique et infrastructurel au système commercial mondial jusqu’ici dominé par les États-Unis. Selon Jiang, cette initiative pourrait, conjointement avec la Russie et l’Iran, donner naissance à un vaste bloc de puissance économique, militaire et diplomatique.

Une telle alliance eurasiatique faciliterait l’accès de la Chine et de ses partenaires à l’Europe, au Moyen-Orient, à l’Afrique et à la région Asie-Pacifique. Les États-Unis courraient dès lors le risque stratégique de voir le centre économique et politique du monde se déplacer progressivement vers l’Eurasie, tandis que Washington se retrouverait davantage cantonné à l’hémisphère occidental.

C’est également dans ce contexte que Jiang interprète la politique américaine à l’égard de l’Iran. Il y voit une tentative de Washington de réorienter davantage les flux énergétiques mondiaux vers l’hémisphère occidental, notamment en y intégrant les réserves pétrolières du Venezuela. Une telle réorganisation de l’approvisionnement énergétique pourrait toutefois provoquer de graves perturbations dans l’économie mondiale.

Selon son raisonnement, le Japon serait particulièrement vulnérable en raison de sa forte dépendance aux importations énergétiques en provenance du Moyen-Orient. Des perturbations des chaînes d’approvisionnement pourraient exercer une pression sur l’économie japonaise et sur le yen. Si le Japon devait alors vendre d’importantes quantités de bons du Trésor américain, cela pourrait à son tour accroître les coûts de financement des États-Unis.

Jiang relie à cette hypothèse sa prévision suivante: une possible crise de la dette publique américaine. Si les investisseurs étrangers achetaient moins de bons du Trésor américain, Washington devrait offrir des rendements plus élevés. Avec une dette publique avoisinant les 40.000 milliards de dollars, même des hausses modérées des taux d’intérêt pourraient considérablement alourdir les coûts annuels de financement. À long terme, Jiang y voit l’un des principaux risques structurels pesant sur l’ordre économique américain.

Parallèlement, il observe un rapprochement stratégique croissant entre Israël et l’Inde. Sa thèse plus poussée, selon laquelle Israël pourrait utiliser de manière ciblée l’immigration en provenance d’Inde comme instrument démographique — y compris à l’égard d’autres États de la région —, demeure toutefois hautement spéculative et nécessite une vérification indépendante.

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D’une manière générale, Jiang interprète la migration avant tout sous un angle économique. Selon lui, les mouvements migratoires des pays pauvres vers les pays plus prospères seraient également l’expression d’un modèle économique mondialisé reposant sur une offre aussi abondante que possible de main-d’œuvre bon marché. Les entreprises et les investisseurs profiteraient ainsi d’un afflux continu de migrants disposés à travailler dans des sociétés occidentales vieillissantes.

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Son diagnostic sociopolitique est encore plus fondamental. Jiang établit un parallèle avec la célèbre expérience «Universe 25» de l’éthologue américain John B. Calhoun. Au cours de cette expérience, un environnement caractérisé par une nourriture abondante et l’absence de pression extérieure a entraîné, à long terme, de graves troubles du comportement social chez les souris, puis l’effondrement de la population. Jiang transpose ce modèle aux sociétés occidentales prospères et soutient que l’abondance matérielle, lorsqu’elle s’accompagne de la disparition d’objectifs communs et de liens sociaux, pourrait favoriser à long terme une dégénérescence de la société.

Il prévoit également d’importants problèmes d’approvisionnement en Afrique, en Inde et dans certaines régions d’Asie. L’interruption d’importantes voies commerciales et de transport — notamment en raison de perturbations dans le détroit d’Ormuz ou à Bab el-Mandeb — pourrait entraver l’acheminement de l’énergie, des denrées alimentaires et des engrais. Combinées à la pénurie d’eau, ces perturbations pourraient provoquer de nouveaux mouvements migratoires vers le nord.

Ses prévisions pour la seconde moitié de la décennie sont encore plus alarmantes. Pour les années 2027 et 2028, Jiang estime possibles des pannes de courant à grande échelle dans les métropoles américaines. Selon lui, un effondrement prolongé de l’approvisionnement en électricité pourrait rapidement compromettre également l’approvisionnement en eau et en denrées alimentaires, et provoquer des troubles sociaux.

Le déclin démographique le préoccupe également. Jiang juge envisageable que certains États, confrontés à une chute spectaculaire des taux de natalité, adoptent à l’avenir des mesures natalistes beaucoup plus fortes — pouvant aller jusqu’à des interventions étatiques aujourd’hui considérées comme difficilement imaginables.

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Il voit un autre risque dans l’essor actuel de l’intelligence artificielle. Les valorisations élevées de nombreuses entreprises, les participations croisées ainsi que les coûts considérables liés à la construction, à l’alimentation énergétique et à l’exploitation des centres de données pourraient, selon lui, avoir créé une bulle spéculative. Si, parallèlement, les flux de capitaux provenant des riches États du Moyen-Orient venaient à diminuer, cela pourrait provoquer une importante correction des marchés.

Enfin, l’intérêt que porte Jiang aux récits relatifs aux ovnis et aux extraterrestres nous conduit clairement sur le terrain des scénarios spéculatifs. Il affirme que certaines composantes des élites mondiales pourraient un jour utiliser la mise en scène d’une menace extraterrestre pour légitimer de profonds changements économiques et sociaux. Il associe cette idée au conflit générationnel opposant les baby-boomers fortunés aux jeunes générations, auxquelles il devient de plus en plus difficile de se constituer un patrimoine comparable. Il n’apporte toutefois aucune preuve solide à l’appui de cette thèse.

Son affirmation selon laquelle les alunissages américains auraient été mis en scène est tout aussi problématique. Jiang soutient que de véritables avancées technologiques devraient nécessairement entraîner de profonds changements dans la vie quotidienne. Ne constatant pas de telles conséquences des missions Apollo, il met en doute leur authenticité. Cette conclusion contredit toutefois l’abondante documentation historique et scientifique attestant la réalité des alunissages.

Indépendamment de la solidité de chacune de ses prévisions, une idée directrice claire traverse l’argumentation de Jiang: l’affrontement décisif du XXIe siècle ne se joue pas seulement entre différents États, mais entre des systèmes économiques, commerciaux, énergétiques et financiers concurrents.

De son point de vue, nous ne vivons donc pas simplement une série de crises indépendantes les unes des autres. Nous assistons à la tentative de différents centres de pouvoir de redéfinir les règles du futur ordre mondial.

 

#géopolitique@global_affairs_byelena

19:09 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, prévisions, jiang xueqin | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 23 septembre 2026

Parution du numéro 77 de la revue War Raok

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Parution du numéro 77 de la revue War Raok

EDITORIAL

Directeur de publication : un défit constant !

Lorsque j’ai pris la fonction de directeur de publication de la revue War Raok, c’est en parfait autodidacte qu’il m’a fallu assumer toutes les responsabilités, en supporter les conséquences mais surtout éprouver cette immense fierté de remplir un devoir et de pouvoir servir une cause. 

Responsable du contenu et de la cohérence des différents articles, mon rôle essentiel consiste à déterminer les sujets à traiter, à en recueillir les propositions puis à en définir l'angle, la manière dont ils seront abordés sur différents plans: économique, social, politique, culturel, écologique, religieux...

Ensuite, il me faut veiller au respect de la ligne éditoriale avec cette possibilité tout de même d’imposer mes propres points de vue et vision de l’actualité. Enfin, m'assurer que chaque publication respecte non seulement les lois en vigueur, mais aussi les normes éthiques qui permettent de maintenir la confiance du lecteur.

Aussi dans ce numéro 77, deux articles, deux sujets qui peuvent être clivants au regard de la sensibilité et des croyances de chacun ! C’est, pour moi, une marque de liberté, cette liberté d’expression dont certains voudraient aujourd’hui nous priver…

Les deux articles en question sont de deux amis fidèles de la cause bretonne, deux styles différents mais avec toujours cette même rigueur tant dans l’écriture que dans la réflexion, et sans précipitation dans le jugement. Une qualité que j’apprécie énormément.

Le premier article, une « Tribune libre », est consacré à un sujet d’actualité, sujet qui doit nous interpeler tous. La France vient, avec quelques difficultés, de faire adopter une loi relative « au droit à l’aide à mourir » et notre ami Balbino Kalz s’efforce de poser avec talent les bonnes questions. Chacun doit donc se positionner et je sais que les avis vont être partagés et cela est bien normal.

Personnellement, j’ai, comme notre ami, été confronté à cette douloureuse situation de fin de vie d’un proche et j’ai pour cela une approche un peu différente sur le fait d’autoriser les « techniciens » de la santé à donner la mort ! Il existe aujourd’hui, et c’est une véritable révolution de la médecine, ce que l’on appelle « les soins palliatifs », ces soins qui préservent le mieux la dignité humaine, qui n’effacent pas la mort mais l’accompagnent. Accompagner doit être et rester un choix de société, administrer la mort en est un autre. Enfin, une euthanasie déguisée, soit disant très encadrée par les professionnels de santé, me fait froid dans le dos quant aux dérives possibles dans une république française en ruine et incapable de faire respecter ses propres lois!

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Sur un tout autre sujet, mais oh combien d’actualité aussi, un second article, cette fois dans la rubrique « Société », beaucoup moins clivant, mais avec une prise de position, un choix affirmé et argumenté. C’est notre ami Goulc’hen qui aborde de façon objective l’impact sur la souveraineté de l’indépendance énergétique. Sans tomber dans le piège grossier et habituel des slogans creux de certains, Goulc’hen pose la question essentielle: quelle préférence énergétique dans la perspective d’une Bretagne souveraine?

L’indépendance énergétique désigne la capacité d’un pays à couvrir ses besoins énergétiques sans recourir massivement aux importations. C’est un pilier central de la stratégie nationale pour une petite nation comme la Bretagne, c’est également la stabilité économique et la sécurité. Moins dépendante des fournisseurs d’énergie étrangers, la Bretagne aura une plus grande liberté de poursuivre ses propres objectifs. Le choix de l’énergie nucléaire, le nucléaire « nouvelle génération », est un choix réfléchi et assumé par Goulc’hen. Il doit rester un pilier central d’un éventuel mix énergétique et constituer le principal facteur d’indépendance énergétique en matière d’électricité en Bretagne. Ce second sujet est délicat mais il faut avoir le courage de l’aborder, de faire des propositions sérieuses et faire abstraction de quelques irresponsables qui voudraient ramener l’humanité à l’âge de pierre.

Je vous souhaite, chers lecteurs, chers abonnés, une bonne et agréable lecture de ce numéro d’automne.

Padrig MONTAUZIER

Directeur de publication

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SOMMAIRE N° 77

Buhezegezh vreizh, page 2

Editorial, page 3

Buan ha Buan, page 4

Société

Nucléaire, une énergie pilotable, décarbonée et souveraine, page  9

Billet d’humeur

Certains milieux militants bretons ont-ils un problème avec la religion?, page 13

Tribune libre

Fin de vie, euthanasie, “droit à mourir”, page 15

Hent an Dazont

Votre cahier de 4 pages en breton page 19

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Figures

Jean Mabire, toujours parmi nous, page 23

Europa

Les fêtes et traditions automnales en Europe, page 25

Tradition celtique

La transmission des mythes par les textes mythologiques irlandais, page 29

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Histoire de Bretagne

Jean Ier le Roux, duc de Bretagne, page 31

Nature

Le ragondin, page 35

Lip-e-bav

Parmentier à l’andouille de Guémené sur Scorff, page 37

Keleier ar Vro

Un vent de colère souffle sur la Bretagne, page 38

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Bretagne sacrée

La Staurolite : mystérieuse pierre en forme de croix, page 39.

 

mardi, 22 septembre 2026

Michel Clouscard, le critique oublié de la société de consommation

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Michel Clouscard, le critique oublié de la société de consommation

Bernard Lindekens

Source: Nieuwsbrief Knooppunt Delta, nr. 212, september 2026

Certains penseurs ne deviennent véritablement actuels qu’après leur disparition. Michel Clouscard appartient à ce petit groupe. De son vivant, il est resté dans l’ombre de grandes figures françaises telles que Foucault, Deleuze et Barthes, mais aujourd’hui, son œuvre refait de plus en plus souvent surface. Ce n’est pas un hasard. Son analyse du «capitalisme de la séduction» semble avoir été écrite pour une époque où les influenceurs, les réseaux sociaux et l’optimisation permanente de soi régissent la vie quotidienne.

Michel Clouscard (1928–2009) était philosophe, sociologue et marxiste convaincu. Il n’était pourtant pas un penseur marxiste classique. Son œuvre fait dialoguer Marx avec Rousseau et Hegel et part d’une idée simple: une société ne peut être comprise que si la production et la consommation sont étudiées conjointement. L’économie, la culture et la politique ne constituent pas des mondes séparés, mais se renforcent continuellement les unes les autres. C’est précisément pourquoi Clouscard ne s’est pas seulement intéressé au travail et à la propriété, mais surtout à la manière dont le capitalisme produit les désirs.

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Il a exposé cette analyse pour la première fois de manière incisive dans Néo-fascisme et idéologie du désir (1973) (1), un ouvrage au sous-titre évocateur: Les tartuffes de la révolution. La référence au Tartuffe de Molière n’est pas fortuite. Selon Clouscard, de nombreux intellectuels se présentaient comme des révolutionnaires, alors qu’en réalité ils contribuaient à légitimer une nouvelle phase du capitalisme.

Sa lecture de Mai 68 était donc radicalement différente de l’interprétation courante. Selon Clouscard, les manifestations étudiantes ne marquaient pas une rupture avec le capitalisme, mais un déplacement au sein de la culture bourgeoise. L’ancienne bourgeoisie, qui plaçait au premier plan le travail, la discipline et l’épargne, a cédé la place à une nouvelle élite exaltant la liberté, la consommation et l’épanouissement individuel. Le langage de la libération s’est finalement révélé parfaitement compatible avec la poursuite du développement de l’économie de marché.

Ainsi, Clouscard s’opposait aussi au freudo-marxisme de Deleuze et Guattari, alors très en vogue. Là où ceux-ci voyaient dans le désir une force révolutionnaire, Clouscard soutenait exactement le contraire. Selon lui, une politique qui exalte les désirs spontanés tout en se méfiant de l’organisation collective ne fait qu’affaiblir la résistance. La libération individuelle peut en effet être intégrée sans difficulté à un système qui propose sans cesse de nouvelles formes de consommation.

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Son œuvre la plus connue, Le Capitalisme de la séduction (1981) (2), approfondit cette idée. Sa thèse centrale est aussi simple que puissante: le capitalisme moderne ne produit pas seulement des marchandises, mais aussi des désirs. Il ne vend plus des produits parce que les individus en ont besoin; il crée continuellement de nouveaux besoins, de nouvelles identités et de nouveaux modes de vie. Acheter quelque chose, c’est acheter en même temps une image de soi.

Clouscard décrit comment des biens de consommation apparemment banals introduisent progressivement les jeunes dans cette logique. Le juke-box, le vélomoteur, le jean ou la guitare électrique sont bien plus que de simples objets utilitaires. Ils fonctionnent comme des symboles de liberté, de modernité et d’identité. La consommation devient une expérience en soi. Ce n’est pas la valeur d’usage qui compte, mais la promesse d’un certain mode de vie.

Il en va de même pour la mode, la technologie et les produits de luxe. Une voiture de sport ou une moto prestigieuse ne représente pas en premier lieu une utilité pratique, mais un statut social. La consommation devient un langage par lequel les individus expriment leur place dans la société. Le capitalisme déplace ainsi son centre de gravité: ce n’est plus la production de marchandises qui occupe une place centrale, mais la production de désirs.

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Selon Clouscard, cette nouvelle culture de consommation est née lors de la reconstruction de l’après-guerre. Le plan Marshall ne constituait pas seulement une aide économique: il diffusait simultanément un mode de vie américain dans lequel la publicité, la culture populaire et la consommation occupaient une place centrale. L’Europe n’a pas seulement importé des produits américains, mais aussi une nouvelle manière de vivre et de désirer. Mai 68 n’était pas, selon lui, le commencement de cette révolution culturelle, mais plutôt son expression visible.

Sa formule la plus célèbre résume cette évolution de manière concise: culturellement, le capitalisme se déplace toujours davantage vers la gauche; économiquement, toujours davantage vers la droite. Tandis que la liberté individuelle, l’émancipation sexuelle et la diversité culturelle sont encouragées, les mécanismes du marché, la concurrence et la concentration du capital continuent simultanément de s’intensifier. C’est précisément cette combinaison qui rend le système si résilient. L’expérience de la liberté personnelle masque une dépendance économique croissante.

Clouscard se distingue ainsi de nombreux autres penseurs marxistes. Alors que ceux-ci analysaient surtout la production, il a étudié la manière dont le capitalisme façonne également nos désirs, nos goûts et nos identités. Son intuition selon laquelle la domination se présente de moins en moins comme une contrainte et de plus en plus comme une liberté paraît aujourd’hui remarquablement actuelle.

Dans un monde où les algorithmes prédisent nos préférences, où les réseaux sociaux commercialisent notre attention et où les plateformes numériques créent continuellement de nouveaux désirs, Clouscard apparaît étonnamment moderne. Son «capitalisme de la séduction» ne se révèle pas être une curiosité historique, mais un diagnostic incisif de la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui. C’est peut-être précisément ce qui explique pourquoi ce philosophe français longtemps oublié reçoit enfin l’attention qui ne lui a guère été accordée de son vivant.

Notes:

(1) Clouscard, Michel. Néo-fascisme et idéologie du désir. Paris : Denoël/Gonthier, 1973, 186 p.

(2) Clouscard, Michel. Le Capitalisme de la séduction : critique de la social-démocratie libertaire. Paris : Messidor-Éditions sociales, 1981, 248 p. ISBN : 978-2-209-05457-2.

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L’avenir des îles Britanniques: déclin moral et désintégration de l’État

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L’avenir des îles Britanniques: déclin moral et désintégration de l’État

par Alexandre Douguine 

Présentateur : J’aimerais aborder un autre aspect, puisque nous parlerons également aujourd’hui des problèmes de nature existentielle auxquels le Royaume-Uni est confronté. Mais avant d’y venir : vous avez mentionné la division croissante entre les différents centres de pouvoir du monde occidental. Voici ce qui m’est venu à l’esprit : dernièrement, j’ai beaucoup écouté et regardé Charlie Kirk, et cela montre clairement l’immense érosion de la morale dans la société occidentale — quel que soit le niveau dont on parle. Cela pourrait-il précisément constituer le facteur déterminant de la désintégration et de la faiblesse de l’Occident contemporain ? Peut-être même pas l’économie, mais le fait qu’il n’ait tout simplement plus rien sur quoi s’appuyer. Les batailles acharnées que nous observons entre Charlie Kirk et les partisans des mondialistes partout dans le monde témoignent non seulement de l’absence de consensus, mais aussi d’une guerre intérieure qui se prépare.

Alexandre Douguine : C’est une question philosophique très profonde et, en même temps, terrifiante. D’un côté, il paraît évident que l’effondrement des valeurs morales, la dégénérescence, la débauche éhontée et les pathologies qui règnent dans la société occidentale doivent conduire à son inévitable effondrement. Et, malheureusement, même les trumpistes arrivés au pouvoir aux États-Unis n’ont pas créé de véritable alternative morale, trahissant dans une large mesure l’héritage pour lequel Charlie Kirk s’est battu.

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L’Occident se trouve aujourd’hui, de fait, dans un état effroyable. Les gens y ont perdu leur dignité humaine, se transformant en dégénérés et en monstres cupides, agressifs et individualistes. L’idiocratie y triomphe — vous souvenez-vous du film dans lequel, dans la société du futur, le président achète tout simplement les électeurs avec de l’argent? Cette même idiocratie progresse aujourd’hui en Occident sur tous les fronts. Charlie Kirk, en tant qu’éminent partisan du mouvement «Make America Great Again», était une personne très influente, sincère et bonne. Il plaidait en faveur d’un monde authentique et multipolaire ainsi que du rétablissement de relations normales avec la Russie. À bien des égards, il constituait une référence morale, mais dès qu’il a été écarté, tout autour de lui a commencé à s’effondrer, et même ses plus proches collaborateurs et compagnons de lutte se sont révélés sous un jour totalement inattendu. Vous avez raison: c’est un point fondamental.

Mais ici se cache un terrible paradoxe sur lequel j’attire toujours l’attention. Quelqu’un a justement fait remarquer que la vertu, la moralité, la pureté et la miséricorde ne produisent pas, par elles-mêmes, une force terrestre brute. Si nous nous souvenons de l’image de Twin Peaks de David Lynch, une énergie colossale est extraite de la Loge noire (Black Lodge). Plus les âmes de ceux qui accèdent au pouvoir sont perverties, tordues et pourries — que l’on songe seulement à cette monstrueuse «civilisation Epstein» —, plus grande est la puissance sombre et destructrice qu’ils possèdent.

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Le diable est puissant et, plus les hommes se rapprochent de lui, plus leur pouvoir temporel est grand. En revanche, celui qui chemine vers Dieu est soumis à d’immenses restrictions morales: ceci ne peut être fait parce que c’est immoral; cela est inadmissible parce que cela causera du tort à quelqu’un ou conduira au péché. Il en résulte que la décadence morale et l’oligophrénie généralisée en Occident ne signifient pas automatiquement sa faiblesse. Il suffit de se rappeler la récente manifestation des Verts et de la gauche en Allemagne contre l’AfD: des êtres littéralement possédés sont descendus dans la rue, mi-humains, mi-animaux, des personnes tétraplégiques et des pervers de toutes sortes, criant qu’ils n’avaient pas besoin d’une Allemagne normale. C’était comme si un portail vers l’enfer s’était ouvert.

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Il serait toutefois erroné de penser qu’ils sont faibles. Notre conclusion paradoxale est que le mal possède une énergie immense. Mais nous n’avons pas le droit de le combattre avec ses propres méthodes. Nous ne pouvons pas leur ressembler en recourant à leurs artifices ignobles et sataniques, à leur dépravation et à leurs manipulations. Nous sommes tenus de rester fermes dans la Vérité, dans la piété et dans la pureté de l’esprit, car nous menons une guerre sacrée pour Dieu et pour les valeurs traditionnelles. Si nous renonçons à notre éthique de guerriers de la lumière et nous abaissons à leurs méthodes, nous perdrons complètement, même si nous remportons une victoire apparente. Nos restrictions morales, dans cette guerre mondiale pour un monde multipolaire, constituent notre principal bouclier. La dégénérescence morale de l’Occident ne doit être ni sous-estimée ni simplement écartée comme un signe de faiblesse.

Présentateur : Parlons maintenant en détail de ce qui se passe au Royaume-Uni. Il est évident que, d’un côté, on est naturellement tenté de jubiler, mais, de l’autre, nous savons qu’historiquement l’Écosse — ainsi que l’Irlande du Nord, l’Ulster — nourrit ces tendances centrifuges et aspire à rompre ses liens avec l’Angleterre et la Couronne britannique. Selon vous, dans quelle mesure les aspirations des dirigeants de l’Écosse, du pays de Galles et de l’Irlande du Nord sont-elles réalistes, surtout maintenant qu’ils sont unis par une idée commune et tiennent même des conférences de presse conjointes? De ce point de vue, qu’est-ce qui attend le Royaume-Uni en tant qu’État dans un avenir proche?

Alexandre Douguine : Lorsque nous parlons de «l’Angleterre», de «la Grande-Bretagne» ou du «Royaume-Uni», nous oublions souvent qu’il s’agit de choses totalement différentes. L’Angleterre n’est qu’une partie du territoire de l’île principale de Grande-Bretagne. Au nord se trouve l’Écosse et, à l’ouest, le pays de Galles. En Écosse comme au pays de Galles prédominent les Celtes, descendants directs des anciens Bretons qui habitaient ces terres avant l’arrivée des tribus germaniques des Angles, des Saxons et des Jutes.

La Grande-Bretagne réunit trois ensembles historiques et trois peuples aux langues et aux identités totalement différentes. Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi l’Ulster — la partie septentrionale de l’Irlande occupée par les Anglo-Saxons — qui constitue, en substance, une colonie voisine. L’Irlande indépendante elle-même ne fait plus partie du Royaume-Uni. Nous sommes ainsi en présence de quatre zones politiques maintenues ensemble par la force et l’inertie historique.

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À l’heure actuelle, de puissants processus centrifuges sont à l’œuvre le long de toutes ces lignes de fracture. L’Angleterre, qui a gouverné pendant des siècles l’Écosse, le pays de Galles et l’Ulster par la ruse et la violence, s’affaiblit rapidement. Ses dirigeants mondialistes deviennent littéralement bestiaux : ils inondent le pays d’un nombre effréné de migrants clandestins, soutiennent des mouvements extrémistes, se livrent de fait à l’autodestruction et haïssent leur propre peuple. Des millions d’Anglais descendent dans la rue contre cette élite, mais rien ne change.

En voyant ce qui se passe à Londres, les Écossais et les Gallois se souviennent de leurs origines celtiques et se demandent: pourquoi devrions-nous tolérer cette élite mondialiste dégénérée, agressive et russophobe, qui a complètement perdu son humanité dans les réseaux d’Epstein? L’Irlande se souvient, elle aussi, de tout ce qu’elle a subi aux mains de l’Angleterre et cherche à mettre fin à ce vestige colonial dans le nord de son île en réunifiant le pays.

À mesure que Londres perd son autorité, sa puissance financière et sa force, les institutions centrales s’effondrent. La périphérie se renforce tandis que le centre s’affaiblit. Ce qui est aujourd’hui à l’ordre du jour n’est pas la «colonisation de la Russie», dont on délire en Occident, mais la décolonisation des îles Britanniques elles-mêmes. Il existe de nombreux projets visant une telle désintégration: on pourrait ramener la Grande-Bretagne à ses trois États originels — l’Angleterre, l’Écosse et le pays de Galles —, libérer l’Irlande du Nord et aller encore plus loin.

Les îles Britanniques sont aujourd’hui extrêmement vulnérables ; il ne leur reste plus aucune idée nationale, hormis une foi aveugle dans une immigration sans fin. Dans de nombreuses villes et universités britanniques, la population autochtone est évincée par des masses d’étrangers qui haïssent ceux qui les ont fait venir. C’est un monstrueux suicide de la civilisation britannique. Et si nous étions cyniques, nous pourrions dire: ils l’ont mérité; il y a là un châtiment historique supérieur, notamment pour leur passé colonial en Inde et dans d’autres régions du monde.

Ils doivent payer pour leur domination perverse du monde. En réalité, l’Empire britannique n’a rien apporté à l’humanité, sinon le mal. L’histoire de l’impérialisme britannique est terrible, pleine de génocides, de violences, d’injustices, d’infamies et de mensonges. Une grande partie de l’humanité éprouve un sentiment naturel: elle souhaiterait tout simplement qu’il n’existe pas.

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Mais nous, Russes, sommes humanistes. Si nous songeons à cette bonne vieille Angleterre qui existait il y a très, très longtemps, à l’époque de Chaucer, du roi Arthur et des légendes, ou encore à l’Angleterre romantique des œuvres de Walter Scott… Certes, elle avait elle aussi ses problèmes, mais elle possédait son propre style, unique, son esprit et une culture profonde. Ce territoire géographique compact fut autrefois un modèle pour beaucoup, mais l’Angleterre a fini par perdre son atmosphère et son charme, se transformant en un simulacre mondialiste, faux et répugnant, qui nous donne à tous la nausée.

Je pense qu’il vaut la peine de préserver l’Angleterre sous une sorte de forme muséale, en la débarrassant de ses excès et des strates qui s’y sont superposées, et même en la plaçant sous administration extérieure; autrement, ils éliront de nouveau quelque scélérat qui submergera l’île de nouvelles vagues de migrants. J’y ai de bonnes connaissances, des amis de Charlie Kirk — par exemple John Mappin, propriétaire du célèbre château de Tintagel, associé aux légendes du roi Arthur, et représentant de l’aristocratie britannique la plus profondément enracinée. Il existe d’autres personnes remarquables en Angleterre. Lorsqu’elles voient ce qu’est devenu leur pays, elles disent: il faut le détruire; elles-mêmes haïssent l’Angleterre moderne plus que quiconque au monde.

Mais elles aiment une autre Angleterre: celle de Chesterton, de Tolkien, de Conan Doyle et de Dickens. L’Angleterre des traditions, lorsqu’elle avait encore quelque chose d’humain et n’était pas un vide mondialiste dépourvu de culture. C’est pourquoi il me semble que le monde s’appauvrirait si nous la rayions tout simplement de la surface de la Terre. La préserver sous une forme paisible, comme un musée, est peut-être l’option la plus juste et la plus appropriée.

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Présentateur: Mais que le British Museum restitue les objets qu’il a volés dans le monde entier. Pour le reste, que le musée demeure là où il est.

Alexandre Douguine: Très bien. L’essentiel est d’établir sur eux un contrôle extérieur, car ils ne sont plus capables de se gouverner eux-mêmes, et encore moins de gouverner le monde. Nous voyons que leur projet impérial s’est complètement effondré et que leurs prétentions à l’universalisme sont intenables: ni la science, ni la culture, ni la politique de la démocratie libérale ne fonctionnent plus. Tout cela s’est révélé profondément provincial et sans issue.

On pourrait laisser subsister l’Angleterre comme une sorte de musée historique de la démocratie — la ramener, disons, au XIXe siècle, à l’apogée de son ancienne forme. Ce serait merveilleux. Et en faire une sorte d’«euromusée», où nous, les Russes, pourrions même nous rendre sans visa, simplement pour vérifier que tout va bien là-bas et qu’ils ne sont pas retombés dans quelque hérésie dégénérative.

Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle

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Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle

Anton Bespalov

Bien que la diplomatie culturelle se soit imposée comme politique d’État au XXe siècle, le concept de soft power décline en Occident, où la rhétorique de la puissance dure gagne du terrain et où l’écart entre les valeurs proclamées et les politiques effectivement menées sape la crédibilité des messages culturels occidentaux.

Les échanges culturels ont longtemps accompagné les interactions politiques et économiques entre les États, mais ce n’est qu’au XXe siècle que la diplomatie culturelle est apparue comme une politique étatique délibérée. À partir des années 1960, le champ de la diplomatie publique s’est étendu au-delà de la diffusion culturelle pour englober la formation de l’opinion publique étrangère, la communication des objectifs politiques et la lutte contre les stéréotypes.

Dans les années 1990, le terme soft power (« puissance douce ») est entré dans le langage courant. Bien qu’il recoupe largement la diplomatie publique et culturelle, sa portée est également plus vaste : le soft power peut émaner non seulement d’acteurs étatiques, mais aussi de la société civile, du monde des affaires et de la culture populaire.

Le phénomène lui-même est naturellement antérieur à la terminologie employée pour le décrire. Historiquement, la culture et le pouvoir ont toujours été étroitement liés. Les conquêtes d’Alexandre le Grand se sont accompagnées de la diffusion de la culture hellénistique d’ouest en est ; l’influence culturelle des premiers siècles de l’islam a rayonné simultanément dans plusieurs directions. Il est intéressant de constater que l’expansion des cultures ne dépend pas nécessairement de la victoire militaire: la défaite de Napoléon, par exemple, n’a guère contribué à réduire l’attrait de la culture française en Europe et au-delà.

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Ce n’est pas un hasard si le concept de soft power est apparu à la fin de la guerre froide. Les valeurs et les modes de vie occidentaux, diffusés par des canaux informels et — plus rarement — officiels, ont joué un rôle important dans l’érosion des idéologies officielles au sein du bloc de l’Est et ont, par conséquent, contribué à déterminer l’issue de l’affrontement bipolaire. Bien que le terme « instrumentalisation » ne soit entré que récemment dans le langage courant, la culture a été largement instrumentalisée durant la guerre froide, comme le démontre de manière convaincante Frances Stonor Saunders dans son ouvrage Who Paid the Piper?. Dans les années qui ont suivi, encouragées par ce succès perçu, les nations occidentales ont mené des campagnes visant à conquérir les cœurs et les esprits du monde non occidental, créant de nombreuses organisations consacrées à la promotion du soft power.

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Aujourd’hui, cependant, les instruments du soft power suscitent beaucoup moins de débats qu’il y a dix ou quinze ans. En Occident, la rhétorique classique de la puissance « dure » trouve un écho croissant. La mobilisation de l’opinion publique européenne contre la Russie et les menaces de Donald Trump de « détruire » la civilisation iranienne sont devenues presque routinières selon les critères actuels. Dans le même temps, le soft power occidental traverse une grave crise de réputation. L’écart entre les valeurs proclamées et les politiques effectivement menées — qu’il s’agisse du deux poids, deux mesures dans la gestion des conflits ou de la gouvernance économique mondiale — rend les messages culturels et diplomatiques de moins en moins convaincants aux yeux des publics non occidentaux. Alors qu’ils véhiculaient autrefois la vision d’un avenir souhaitable, ces messages sont désormais de plus en plus perçus comme des instruments de coercition.

Dans les années qui ont suivi la guerre froide, les États non occidentaux ont largement adopté le modèle occidental. Par l’intermédiaire de diverses institutions culturelles — ainsi que de médias destinés à un public étranger et largement calqués sur les normes occidentales —, des pays comme la Russie et la Chine ont en grande partie reproduit les modèles occidentaux d’influence culturelle. Ils ont néanmoins rencontré de la résistance, comme en témoignent les sanctions contre Rossotroudnitchestvo, la fermeture des Instituts Confucius dans les pays occidentaux et la censure de RT et de Sputnik. Bien que, dans la pensée libérale occidentale dominante, l’idée selon laquelle les « démocraties » bénéficieront toujours d’un avantage sur les « autocraties » sur le libre marché des idées constitue un dogme, un changement discursif majeur s’est produit.

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Le soft power des États non occidentaux est désormais de plus en plus considéré, par défaut, comme potentiellement préjudiciable aux intérêts occidentaux — et rebaptisé sharp power (« pouvoir tranchant »). Joseph Nye, qui a forgé ce terme, avait en son temps averti de la nécessité de distinguer les deux concepts et de ne pas entraver les efforts légitimes de soft power des pays non occidentaux ; l’expérience récente suggère toutefois le contraire.

L’avenir du soft power dans le dialogue bilatéral entre la Russie et la Chine (Hua Han)

La Chine et la Russie ne se contentent plus de mettre en œuvre des instruments et des stratégies parallèles de soft power : elles convergent progressivement vers une configuration hybride que l’on peut qualifier de « soft power stratégique ». Cette forme émergente d’influence combinée intègre les infrastructures, les médias, l’interconnexion de ressources essentielles et les plateformes institutionnelles dans une architecture géopolitique unifiée. L’analyse de la crise du détroit d’Ormuz, du conflit en Ukraine, de la chaîne russe RT, de la chaîne chinoise CGTN, du réseau médiatique TV BRICS, de la coopération arctique et de l’initiative chinoise « la Ceinture et la Route » montre comment le soft power est devenu indissociable de l’interconnexion matérielle et de l’alignement géopolitique déterminé par les crises, écrit Hua Han, cofondateur et secrétaire général du Beijing Club for International Dialogue.

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En Chine, la reconnaissance des limites du soft power a donné lieu à un débat croissant sur le « pouvoir discursif », c’est-à-dire la capacité de façonner l’agenda international, d’élaborer des récits et de déterminer les cadres de référence dans lesquels sont débattues les questions essentielles. L’objectif n’est plus simplement d’être apprécié, mais de s’exprimer dans un langage que les autres se voient contraints d’écouter. L’efficacité de cette approche continue de faire débat, mais ce changement d’accent est en lui-même révélateur.

L’expérience récente de la Russie offre un autre exemple instructif, sous un angle différent. Depuis 2022, les tentatives d’« effacement culturel » de la Russie ont couvert un large éventail de mesures : de l’interdiction faite aux athlètes russes de concourir sous leur propre drapeau jusqu’au retrait des œuvres de compositeurs russes des programmes de concerts. L’ampleur de ces mesures est sans précédent au cours des dernières décennies. Pourtant, la culture russe n’a pas disparu de la scène mondiale ; la langue russe a conservé sa position dans les régions où elle est traditionnellement forte ; et la perception de la Russie dans le Sud global n’a évolué que marginalement — dans certains cas, elle s’est même améliorée.

Contrairement aux flux financiers ou à la fourniture d’équipements, la culture est difficile à bloquer complètement par des moyens administratifs.

Cela nous conduit à la question plus générale de l’efficacité des institutions étatiques de diplomatie culturelle. Les canaux informels, ce que l’on appelle la « deuxième voie », obtiennent souvent de bien meilleurs résultats. Une étiquette étatique confère inévitablement une dimension politique aux messages culturels, et le public réagit en conséquence. Cela ne signifie pas que l’État doive se retirer totalement de cette sphère. Son rôle pourrait toutefois être repensé de manière plus utile : non plus comme producteur et diffuseur de contenus culturels, mais comme créateur de conditions permettant aux échanges informels de prospérer — politiques de visas, mobilité universitaire, accessibilité des infrastructures numériques et absence de restrictions excessives sur les exportations culturelles.

Dans ce contexte, les nouvelles technologies — notamment l’intelligence artificielle — méritent une attention particulière. Historiquement, les barrières linguistiques ont constitué l’un des principaux obstacles à la diffusion organique des cultures. Aujourd’hui, le développement d’outils de traduction automatique des contenus vidéo, par exemple, contribue à surmonter cet obstacle. Les spectateurs du Brésil ou d’Indonésie qui ont directement accès à des contenus audiovisuels russes, chinois ou iraniens dans leur langue maternelle se forgent leur propre perception de ces pays. Cela ne garantit pas la sympathie — l’exposition directe peut susciter aussi bien l’attrait que le rejet —, mais offre au moins la possibilité d’une perception plus complexe et nuancée, susceptible de dépasser le poids des stéréotypes profondément enracinés.

En ce sens, les avancées technologiques ouvrent des possibilités entièrement nouvelles. La diplomatie culturelle de demain pourrait être beaucoup moins l’œuvre des États et des institutions spécialisées, et relever bien davantage des algorithmes, des plateformes et de millions d’utilisateurs individuels qui n’auraient jamais imaginé devenir des acteurs de la diplomatie. L’influence culturelle ne disparaît donc pas : elle emprunte simplement des voies de plus en plus informelles. Les États qui reconnaîtront cette réalité et élaboreront des politiques laissant une place à ces canaux seront dans une position plus forte que ceux qui persisteront à vouloir contrôler d’en haut cet instrument rétif à toute discipline.

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lundi, 21 septembre 2026

À propos de la crise énergétique en Europe

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À propos de la crise énergétique en Europe

Carlos X. Blanco

L’Europe occidentale manque de ressources énergétiques fossiles. Contrairement à des géants tels que la Chine — qui est en passe de devenir un « État électrique » —, les États-Unis ou la Russie, qui disposent d’importantes ressources énergétiques propres, les États européens sont, dans ce domaine également, devenus dépendants.

La subordination politique et militaire des pays européens depuis l’occupation de 1945 est devenue chronique. Dans une civilisation technologique, celui qui possède et contrôle l’énergie contrôle dans une large mesure le pouvoir. Les précédentes crises pétrolières — comme celle des années 1970 — ont montré que les Européens doivent être prêts à abandonner à tout moment leur voiture au profit du vélo. De même, maintenir les niveaux élevés de consommation des Européens tout en payant des prix exorbitants pour l’énergie et sans disposer d’énergies renouvelables suffisamment développées entraînera la ruine économique de cette partie du monde.

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La « crise d’Ormuz », c’est-à-dire l’attaque injustifiable des États-Unis contre la République islamique d’Iran, constitue une preuve supplémentaire de l’incompatibilité des intérêts et des objectifs des États-Unis, d’une part, et de l’Europe, d’autre part.

Selon la presse, les agressions américaines ont provoqué un tel blocage des voies d’approvisionnement que les Européens ont dû, et devront encore, supporter un surcoût considérable sur leurs importations de pétrole brut. Quatre pays européens seulement — les Pays-Bas, l’Italie, la France et l’Espagne — devront payer 41 milliards d’euros supplémentaires en raison du blocage du détroit d’Ormuz, selon Euronews. Sur ces 41 milliards, 8 milliards incomberont au Royaume d’Espagne.

Les États européens, qui manquent d’énergie et de nombreuses ressources fondamentales pour l’industrie technologique moderne, ont eux-mêmes provoqué leur dépendance, leur soumission et leur absence d’autonomie stratégique. En vain, la presse atlantiste, qui continue d’endoctriner l’Europe, accusera les «radicaux» iraniens du blocage du détroit d’Ormuz et de l’instabilité au Moyen-Orient. Pourtant, les attaques illégales et brutales lancées par Trump, qui ont notamment comporté l’assassinat ciblé de négociateurs et de dirigeants politiques, sont la véritable cause de cette crise qui ruinera l’Europe.

Sur le plan géopolitique, les États-Unis forment une grande île, relativement isolée des bouleversements affectant le reste de la planète. Il s’agit d’une vaste île dotée de ses propres ressources minières et énergétiques, où le Nord yankee peut se réfugier ou se replier en cas d’accumulation de défaites, en exploitant le sud de son propre continent — «l’arrière-pays de la doctrine Monroe» —, en s’emparant du Groenland, etc.

Pourtant, les Européens ont vu, sous leurs propres yeux, les Américains déclencher des conflits contraires à leurs intérêts objectifs, les enfonçant encore davantage dans une dépendance quasi coloniale remontant à 1945. Ignorer cette asymétrie est fatal. Il existe des attaques et des actions que les Américains peuvent, pour le moment, se permettre, mais pas les Européens.

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L’explosion du gazoduc Nord Stream, le 26 septembre 2022, acceptée et même dissimulée par l’Allemagne — le premier pays d’Europe occidentale à en avoir subi les conséquences —, suivie par la soumission des autres pays européens directement concernés par ce gazoduc, constitue un autre cas flagrant: les intérêts des États-Unis et ceux de l’Europe ne coïncident pas. Au contraire, ils sont contradictoires: ce qui profite à l’une des parties nuit nécessairement à l’autre, et inversement.

Le gaz russe, accessible et bon marché pour une grande partie de l’Europe, est désormais interdit sur ordre des États-Unis. L’Europe achète du gaz coûteux aux États-Unis et, par pur esprit de servilité, refuse de négocier avec la Russie. L’enracinement du conflit ukrainien, devenu une véritable guerre de l’OTAN contre la Russie, peut être interprété comme un nouvel épisode de la colonisation américaine de l’Europe.

Les dirigeants et les principaux partis au pouvoir dans les États européens sont influencés, sinon directement choisis, par les États-Unis. La mise en scène de certaines frictions ou divergences entre Trump et ses alliés ne saurait masquer les faits objectifs. Pour atteindre leurs objectifs géopolitiques, les Américains sont disposés à précipiter toute l’Europe dans la ruine économique.

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Le cas espagnol est assez représentatif et comparable au cas allemand. Madrid obtenait de l’Algérie — plutôt que de la Russie — un gaz bon marché et géographiquement proche, couvrant plus de 30% de ses besoins.

La politique de soumission à l’axe atlantique menée par le gouvernement de Pedro Sánchez et le PSOE a provoqué une paralysie des relations avec l’Algérie au cours de l’exercice 2022-2023, blocage auquel il est aujourd’hui remédié.

Plus de 600 millions d’euros ont été perdus en raison de la soumission absolue de Madrid à Rabat, uniquement pour s’aligner sur l’axe atlantiste-sioniste auquel Rabat appartient. L’Espagne doit être le seul cas au monde où un État européen appartenant — prétendument — au «monde libre» et «avancé» est colonisé par une dictature nord-africaine où règnent le sous-développement et l’ignorance.

Cela ne peut s’expliquer que par la vassalité atlantiste. Pourtant, une analyse superficielle des chiffres relatifs aux investissements des entrepreneurs espagnols au Maroc et à ceux des entrepreneurs marocains en Espagne révèle le contraire.

Lors de cette désastreuse crise de 2022, au cours de laquelle l’Espagne a renoncé de facto au Sahara — un territoire qui aurait dû être décolonisé, mais qui demeure de jure sous souveraineté espagnole —, le gouvernement de Madrid a adopté une attitude analogue à celle du gouvernement allemand lorsque le gazoduc Nord Stream a été dynamité sous ses yeux: la ruine nationale et la trahison des intérêts souverains devaient être acceptées avec impassibilité ou résignation en raison de la vassalité envers l’atlantisme, c’est-à-dire envers les États-Unis.

À moins d’un tournant populiste radical, le gouvernement espagnol sera toujours dominé par le gouvernement marocain et risquera de perdre le gaz algérien, ou tout autre avantage nécessaire, en échange de son appartenance à l’axe yankee-sioniste-atlantique, au sein duquel Rabat joue un rôle essentiel — contrairement à l’Espagne. Il en va de même pour les Allemands, qui ont encore intensifié le réarmement et la russophobie même après que Nord Stream eut été saboté sous leurs yeux, allant ainsi à l’encontre des intérêts souverains du peuple allemand et de la moitié de l’Europe.

Être l’ami des Américains coûte cher.

L’avenir incertain de l’Afghanistan

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L’avenir incertain de l’Afghanistan

Leonid Savine

L’opposition intérieure aux talibans s’élargit

À la fin du mois d’août, le Front uni d’Afghanistan a déclaré qu’au moins 180 dignitaires religieux afghans, islamologues et chercheurs avaient émis une fatwa en faveur de la guerre ou d’actions armées contre le mouvement taliban. Selon le communiqué du Front, cette décision religieuse a été rendue par un conseil de savants créé dès 2015 afin d’interpréter les enseignements et les lois de l’islam. Le conseil réunit des savants venus de tout l’Afghanistan, notamment des spécialistes de l’exégèse coranique, de la théologie islamique, des hadiths, de la jurisprudence, de la biographie du prophète Mahomet, de la doctrine islamique et d’autres domaines des études islamiques.

Ces théologiens musulmans ont qualifié la situation actuelle en Afghanistan de «tyrannie» et déclaré que libérer les Afghans de l’oppression constituait leur devoir religieux.

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Cette fatwa pourrait devenir une source importante de légitimité religieuse pour les groupes armés opposés au régime taliban. Sami Sadat (photo), qui dirige le Front uni et commandait auparavant l’armée afghane avec le grade de lieutenant-général, a déclaré qu’il saluait la décision des savants et réaffirmait son engagement en faveur de la résistance armée aux talibans.

Au début du mois d’août, ce même groupe avait annoncé l’opération «Muharib», dirigée contre les forces talibanes et les autres organisations terroristes présentes dans le pays. Immédiatement après cette annonce, le Front uni a mené une série d’attaques dans plusieurs provinces, notamment celles de Kandahar, du Helmand, de Ghor, de Baghlan et du Badakhchan.

Le Front national de résistance et le Front pour la liberté de l’Afghanistan — deux autres forces d’opposition — mènent également des attaques contre les positions talibanes, en particulier dans le nord de l’Afghanistan.

Dans ce contexte, la légitimité religieuse conférée par la fatwa revêt une grande importance, car les talibans définissent largement leur identité politique à travers leur interprétation du droit islamique et se présentent comme un gouvernement islamique.

Cette légitimité est désormais ouvertement contestée. Parallèlement, l’opposition armée cherche à obtenir un soutien plus large, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, en établissant des contacts avec les détracteurs et les adversaires étrangers du régime taliban.

Il existe également d’autres problèmes intérieurs. En août, des protestations ont éclaté parmi les travailleurs du secteur minier. En vertu d’un décret de Hibatullah Akhundzada relatif à l’extraction de l’or, les terres publiques aurifères ont été classées comme zones protégées, et le ministère des Mines a reçu l’ordre de les louer à des particuliers et à des entreprises agréés. Sur le papier, cette organisation paraît structurée. Mais, dans la pratique, elle reflète une politique fondée sur les liens claniques et le népotisme. Sont protégés les sites où entrent en jeu les intérêts de certaines personnes liées aux talibans.

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L’or, comme les autres ressources naturelles, constitue à la fois une source de clientélisme, de coercition et de pouvoir territorial. Le mouvement taliban a créé une force minière spéciale composée de mille combattants pour assurer la sécurité des activités minières. Il écarte parallèlement l’influence des commandants locaux et centralise les revenus provenant de l’extraction de l’or. Selon les chiffres officiels des talibans, quelque cent mille personnes participent directement ou indirectement à l’extraction aurifère dans la seule province du Badakhchan. Mais, dans les pays touchés par des conflits d’intensité moyenne ou élevée où sont extraits des métaux précieux, les recettes qui en découlent servent également à financer des groupes paramilitaires, tandis que les ventes s’effectuent généralement par l’intermédiaire de circuits opaques et du marché noir. Les Émirats arabes unis occupent depuis de nombreuses années une position dominante dans ce commerce.

Le Pakistan a également signalé à plusieurs reprises que l’Afghanistan demeurait une grave menace pour la sécurité en raison du régime taliban, qui ne respecte pas ses engagements visant à empêcher que son territoire soit utilisé comme base arrière pour mener des attaques contre les pays voisins. Cela a entraîné des échanges de tirs à la frontière avec les talibans eux-mêmes, y compris avec l’emploi d’armes lourdes.

Il convient de noter que de nombreux pays ne sont pas pressés de reconnaître les talibans et de normaliser leurs relations avec eux. L’argument le plus important contre une amélioration des relations avec les talibans réside dans leur attitude envers les femmes et les filles. L’UNESCO et l’UNICEF avertissent également que les faibles niveaux de scolarisation menacent une nouvelle génération. Ce problème est davantage institutionnel que temporaire. Selon ONU Femmes, près de huit jeunes Afghanes sur dix n’ont accès ni à l’éducation, ni à l’emploi, ni à la formation professionnelle. Une mise en garde juridique distincte publiée en 2026 indique que les lois pénales adoptées par les talibans affaiblissent encore davantage le statut juridique des femmes et leur accès à la justice.

Plusieurs pays occidentaux, notamment l’Australie et le Canada, ont fait de cette question la pierre angulaire de leur politique et tentent de continuer à exercer des pressions sur les talibans. Conformément à sa ligne politique habituelle, le département d’État américain affirme que toute normalisation future des relations ou toute reconnaissance officielle dépendra de l’amélioration, par les talibans, de la situation des droits humains, du respect de leurs engagements en matière de lutte contre le terrorisme et de la libération des Américains illégalement détenus.

Si certaines décisions positives concernant les relations avec le régime taliban ont été prises du côté russe, il n’en reste pas moins que, objectivement, les talibans eux-mêmes souhaiteraient normaliser leurs relations avec les pays occidentaux. Ils veulent en effet récupérer les avoirs afghans gelés dans les pays de l’Occident collectif et éviter toute conséquence juridique de la part des institutions de ces pays.

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En juillet 2025, la Cour pénale internationale a d’ailleurs émis des mandats d’arrêt contre le chef suprême du mouvement taliban, Hibatullah Akhundzada (photo), et le président de la Cour suprême, Abdul Hakim Haqqani, après que des accusations de persécution fondée sur le genre, qualifiée de crime contre l’humanité, eurent été portées contre eux.

Le secrétaire général de l’ONU a également désigné le terrorisme, la nécessité d’institutions inclusives ainsi que les droits des femmes et des filles comme les principaux problèmes non résolus en Afghanistan. Le PNUD y ajoute une dimension économique, avertissant que l’exclusion des femmes, la faible création d’emplois et la diminution de l’aide internationale compromettent le redressement du pays.

Si les négociations menées par les voies diplomatiques constituent un processus public, les succès de l’opposition armée à l’intérieur de l’Afghanistan pourraient inciter les pays occidentaux à apporter toutes sortes de soutiens aux adversaires des talibans, jusqu’à leur fournir des armes. Cela s’inscrit en effet dans le cadre de la guerre politique, du moins selon les manuels américains, qui autorisent l’emploi de tous les moyens possibles pour renverser un adversaire. Ce n’est pas un hasard si les problèmes de l’Afghanistan ont fait l’objet d’une attention particulière dans la déclaration commune publiée à l’issue du dernier sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. Les pays eurasiatiques souhaiteraient résoudre eux-mêmes cet ensemble de contradictions et de problèmes accumulés, sans intervention extérieure, laquelle entraîne généralement des conséquences négatives prolongées.

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Ryan Perkins: la désindustrialisation allemande dans le plan de bataille américain pour la nouvelle Europe

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Ryan Perkins: la désindustrialisation allemande dans le plan de bataille américain pour la nouvelle Europe

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206014

Ryan Perkins sur l’intégration de l’Europe de l’UE à la politique impériale atlantiste mondiale 

L’auteur et analyste Ryan Perkins explique qu’il n’existe aucun divorce transatlantique. L’Europe serait simplement reconfigurée afin d’accorder aux États-Unis une plus grande liberté d’action dans la région Asie-Pacifique: la désindustrialisation et la financiarisation de l’Allemagne constituent la dot impériale de ce mariage!

Le nouveau rôle de l’Allemagne par la financiarisation, pierre angulaire du plan de bataille américain pour l’Europe

L’article de Ryan Perkins sur la désindustrialisation délibérée de l’Allemagne, traduit en français

Pas de divorce

L’idée selon laquelle les États-Unis et l’Europe se dirigeraient vers une séparation stratégique paraît séduisante sur les plans politique et émotionnel: les différends commerciaux, les subventions industrielles, le partage du fardeau en matière de défense et la rhétorique d’une «autonomie stratégique» européenne sont considérés comme autant de preuves que l’ordre atlantique serait prétendument en train de se désagréger. Mais cela permet seulement aux élites des deux côtés de l’Atlantique de…

    … se bercer, elles-mêmes ainsi que leurs électorats, d’illusions quant à leur capacité d’action politique !

Mais cette idée est fausse! Il n’y aura pas de césure transatlantique, non pas parce qu’un amour perdu aurait été retrouvé, mais parce qu’une telle séparation serait structurellement impossible. Les États-Unis et l’Europe ne sont liés ni par des sentiments ni par des valeurs communes. Ils sont liés par le capital, qu’il est impossible de découpler à une telle échelle.

Au cœur de cette relation se dissimule un fait presque entièrement passé sous silence dans les commentaires des médias [occidentaux] :

    Le stock d’investissements directs croisés entre les États-Unis et l’Europe s’élève à environ sept mille milliards de dollars!

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Il ne s’agit pas de flux commerciaux qui pourraient être réorientés, ni de capitaux de portefeuille qui pourraient être retirés. Il s’agit d’usines, de chaînes d’approvisionnement du secteur de la défense, de banques, d’assureurs, de propriété intellectuelle et d’interconnexions durables entre entreprises, intégrés aux systèmes juridiques nationaux et politiques des deux côtés de l’Atlantique.

Un système édifié sur un socle de capital aussi fondamental ne se désagrège pas: il ne fait que se réorganiser !

Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas l’effondrement de l’ordre atlantique, mais un recalibrage interne au sein d’un empire financier centré sur les États-Unis. Les querelles portant sur la politique industrielle et les dépenses de défense concernent la répartition des coûts et la division du travail, mais ne constituent pas des stratégies de sortie.

Au niveau qui compte réellement, l’intégration s’est au contraire approfondie: les lignes de swap dollar-euro demeurent l’épine dorsale de la stabilité financière mondiale. La coordination réglementaire est aujourd’hui encore plus étroite qu’avant la crise financière mondiale. Lors de chaque période de tension — comme en 2008, durant les crises de l’euro et du Covid, ou lors du choc énergétique —, la coordination s’est au contraire intensifiée et ne s’est nullement délitée.

Ce n’est pas ainsi que se déroulent les divorces. C’est ainsi que se comportent les empires financiers qui ne se dissolvent pas d’eux-mêmes: ils se contentent de réagir et de se réorganiser!

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Le facteur chinois

La logique stratégique à l’origine de ce réalignement est la Chine:

Washington considère la région Asie-Pacifique comme le théâtre décisif de la lutte pour la suprématie au XXIe siècle, précisément parce que la Chine est la seule puissance qui serait capable de contester la suprématie technologique, industrielle et militaire des États-Unis. Cette appréciation entraîne une conséquence inévitable: les États-Unis doivent retirer des ressources d’Europe sans pour autant laisser s’effondrer l’ordre sécuritaire européen.

En d’autres termes, l’Europe doit devenir un pilier suffisamment fiable de l’OTAN pour que les États-Unis puissent déployer leurs forces ailleurs:

    Cela n’exige pas l’indépendance européenne — cela l’exclut au contraire!

Cela nécessite toutefois des capacités européennes — budgétaires, industrielles et institutionnelles — permettant à l’Europe de gérer sa propre zone tout en restant pleinement intégrée au système atlantique.

Ce qui change réellement

C’est pourquoi l’Europe remanie discrètement son système d’exploitation économique:

Les emprunts communs de l’UE, autrefois tabous, sont devenus la norme. On attend désormais de la Banque centrale européenne qu’elle stabilise les marchés des obligations souveraines en temps de crise, plutôt que de rester à l’écart. La discipline budgétaire a cédé la place à la capacité d’action budgétaire…

    …ce qui apparaît le plus clairement dans l’abandon, par l’Allemagne, du frein à l’endettement !

Les politiques de défense et industrielle ne sont plus considérées comme des réponses temporaires à des situations d’urgence, mais comme des composantes permanentes du paysage économique.

Rien de tout cela ne crée un super-État européen. Mais, prises ensemble, ces transformations rendent l’Europe financièrement lisible et opérationnellement mobilisable dans un monde où les États-Unis partent du principe qu’ils seront occupés ailleurs.

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Le nouveau rôle de l’Allemagne dans le nouveau concept européen

Le déclin industriel de l’Allemagne n’est pas le fruit accidentel d’une mauvaise politique énergétique:

    Il s’agit de la reconfiguration stratégique d’un État central au sein de l’empire financier [atlantique]!

La fermeture des centrales nucléaires et l’abandon de la dépendance au gaz russe n’étaient pas des erreurs, mais le démantèlement contrôlé d’un modèle d’exportation obsolète, incompatible avec une zone euro unifiée. En bref, les excédents commerciaux persistants de l’Allemagne et son autoritarisme budgétaire — l’«ordolibéralisme» allemand — ont déstabilisé la périphérie de l’Europe. La véritable fonction de l’Allemagne est passée de la production de biens à la gestion financière — d’hégémon industriel à ancrage financier. Cette financiarisation ne constitue…

    …aucunement un signe d’indépendance européenne, mais celui d’une intégration plus profonde dans un système dirigé par les États-Unis!

[Note de la rédaction: L’école de pensée ordolibérale fut fondée dans la première moitié du XXe siècle par les économistes de l’école de Fribourg. Elle constituait un courant de pensée économique selon lequel l’État fixe un cadre juridique stable afin de garantir la libre concurrence et la liberté du marché.

L’ordolibéralisme sert de fondement théorique à l’économie sociale de marché en Allemagne et en Europe centrale. Il associe les principes de performance et de responsabilité à la compensation sociale, une approche qui est toutefois demeurée complètement étrangère à l’Occident.

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Après 1945, les idées de l’école de Fribourg servirent de fondement théorique à l’ordre économique ouest-allemand sous Ludwig Erhard (photo). L’objectif était d’empêcher les monopoles et les cartels afin de permettre la libre concurrence. Une monnaie stable devait en constituer le fondement décisif.

Associée à la Deutschland AG [1], cette école de pensée allemande devait apparaître comme un chiffon rouge aux yeux des représentants de l’impérialisme et du néocolonialisme atlantistes. Dans la lutte décisive pour reconfigurer le modèle économique allemand en fonction de l’impérialisme économique atlantiste, l’ordolibéralisme allemand fut, au tournant du millénaire, de plus en plus pris pour cible par les curateurs atlantistes. Ceux-ci le firent ensuite dénigrer comme relevant prétendument de la «vieille école», conjointement avec la Deutschland AG, avant de les éliminer définitivement dans le sillage de la crise financière de 2008. Parallèlement, l’Allemagne fut atlantisée.

Les articles de Ryan Perkins portent sur ce nouvel ordre européen consécutif à la prise de contrôle atlantiste, strictement conforme au modèle de domination atlantiste sous une oligarchie qui ne tolère les démocraties simulées que dans certaines limites].

En abandonnant son frein à l’endettement et en acceptant une dette collective de l’UE, l’Allemagne s’est transformée en garante budgétaire de la stabilité continentale. Cela rend possible une Europe plus performante et capable de s’autofinancer, qui agit de façon autonome dans la gestion quotidienne — afin que les États-Unis puissent déplacer leur puissance, leurs ressources et leur attention vers la compétition décisive dans la région Asie-Pacifique:

    La désindustrialisation de l’Allemagne est le prix à payer pour devenir un pilier fiable de cette structure impériale!

L’Ukraine et l’escalade contrôlée

L’Ukraine se trouve au centre de ce nouvel ordre.

La tâche de l’Europe n’est pas de remplacer la puissance militaire américaine, mais de soutenir l’Ukraine sur le long terme et de conserver la possibilité d’intensifier, voire de «rallumer», un conflit gelé chaque fois que cela paraîtrait opportun sur le plan géopolitique — sans obliger les États-Unis à maintenir de nouveau d’importantes forces armées sur le continent. Cela nécessite de l’argent, de la logistique et des capacités de production [chez les Européens de l’UE], mais aucune autonomie rhétorique.

La nouvelle architecture financière européenne est précisément conçue à cet effet !

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Réarmement sans indépendance

Le réarmement de l’Europe ne signifie toutefois pas l’indépendance de sa politique de défense. Bien au contraire!

Les équipements militaires les plus modernes continueront d’être achetés aux États-Unis, avec une production supplémentaire sous licence, notamment dans les pays d’Europe orientale. Les accords transatlantiques conclus en juillet en vue de réorienter le commerce et la sécurité engagent de fait l’Europe à…

    … acheter pour quelque 600 milliards de dollars d’armements américains au cours des dix prochaines années!

Cela lie directement le développement militaire européen aux capacités industrielles des États-Unis!

Ce n’est pas un hasard. Cela est présenté comme le prix de la rapidité, de l’ampleur et de l’interopérabilité, mais lie inévitablement l’Europe aux chaînes de commandement américaines et…

    …garantit que Wall Street en prélèvera, comme toujours, sa part!

La nouvelle division européenne du travail

Ce qui se dessine n’est pas une Europe souveraine, mais une Europe fonctionnelle, organisée selon des schémas manifestement impériaux:

- La France fournit une marge d’appréciation politique et une crédibilité militaire. L’Allemagne apporte la profondeur de ses bilans, tandis que son modèle industriel axé sur les exportations s’érode et que le financement par le déficit devient inévitable.

- L’Europe du Sud sert de zone de transmission budgétaire et de demande.

- L’Europe de l’Est devient l’atelier industriel où se déroulent la production d’armes sous licence, les activités manufacturières énergivores et la logistique avancée, étroitement intégrées aux systèmes de l’OTAN.

Ce n’est pas de la convergence, mais bien de la différenciation!

L’autonomie stratégique comme simple théâtre politique

Le discours sur l’«autonomie stratégique» persiste avec ténacité parce qu’il remplit une fonction politique utile. Il permet aux chefs d’État et de gouvernement européens de justifier l’expansion budgétaire, les dépenses militaires et la centralisation institutionnelle sans devoir reconnaître que ces changements enchaînent davantage l’Europe au système atlantique, au lieu de desserrer ces liens:

    La rhétorique est tournée vers l’extérieur, mais les structures vers l’intérieur!

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Il n’existe aucune issue à ce système

Une véritable séparation transatlantique exigerait des contrôles de capitaux, des sanctions financières entre alliés ou l’effondrement de la coopération en matière de liquidités dollar-euro. Rien de tout cela n’est même de loin plausible. Toutes ces mesures entraîneraient des pertes trop importantes pour que l’une ou l’autre partie veuille les supporter.

L’ordre atlantique n’est pas maintenu par la bonne volonté, mais par le fait qu’une sortie serait financièrement catastrophique.

Conclusions

Les relations transatlantiques ne prennent pas fin: elles sont simplement reconfigurées pour une époque marquée par la rivalité entre les États-Unis et la Chine.

L’Europe est recapitalisée, centralisée et militarisée — non pas pour échapper à la puissance américaine, mais pour permettre à celle-ci d’être employée ailleurs. Les États-Unis ne perdent pas l’Europe: ils délèguent simplement la gestion d’un théâtre d’opérations [territoire occupé] afin de pouvoir se concentrer sur un autre.

Ce qui repose sur sept mille milliards de dollars de capitaux irrécupérables ne se dissout pas:

    Cela ne fait que s’adapter — au service de l’Empire!

Note:

[1] Il existait en Allemagne, jusqu’au tournant du millénaire, un système comparable, la «Deutschland AG», qui s’était développé comme fondement de l’essor industriel de l’Allemagne après la fondation du deuxième Empire allemand en 1871. La structure de la Deutschland AG fut progressivement démantelée, à commencer par l’assassinat, le 30 novembre 1989, d’Alfred Herrhausen, alors président de la Deutsche Bank, par des services atlantistes, avant d’être définitivement éliminée en 2008. La dissolution étatique ultérieure de la République fédérale d’Allemagne au sein du système financier atlantique s’en trouvait ainsi nécessairement prédéterminée.

* * *

Les articles de Ryan Perkins font partie d’une série consacrée à la désindustrialisation de l’Allemagne et à la restructuration de l’Europe dans le cadre de l’Empire américain.

À propos de l’auteur: Ryan Perkins est analyste principal et rédacteur pour le Global Economic Indicator. Il vit à Pékin. Ses analyses ont été publiées dans des médias internationaux tels que The Atlantic Magazine et ont été sollicitées aussi bien par des entreprises que par des groupes de réflexion. Son blog Substack s’est classé à la 49ème place dans la catégorie «Actualités mondiales et politique».

Le livre L’esprit dans la machine de Ryan Perkins, consacré à la technocratie capitaliste, souvent confondue avec le marxisme | Source : ryanperkins.sustack.com

- L’article de Ryan Perkins du 27 décembre 2025, « Désindustrialisation délibérée : le nouveau rôle de l’Allemagne par la financiarisation dans le plan de bataille américain pour l’Europe », en version originale anglaise - ICI: https://ceinewsletter.substack.com/p/deindustrialization-...

- L’article d’UM de Ryan Perkins du 16 décembre 2025, « Le théâtre politique de Friedrich Merz » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205934

- L’article d’UM de Ryan Perkins du 29 octobre 2025, « La désindustrialisation de l’Allemagne est un coup d’État du capital ! » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205668

- L’article d’UM de Ryan Perkins du 10 novembre 2025, « Finale du coup d’État du capital : l’Europe démantelée entre les États-Unis et la Chine ! » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205778   

- L’article d’UM sur le « sombre accord » du 17 janvier 2025 — comment et quand le transfert planifié et systématique de richesses vers les États-Unis a commencé - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/157313 

- L’article d’UM de Ryan Perkins du 20 novembre 2025, « La vassalisation de l’Europe et la Pax Americana dans la pénombre du crépuscule » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205842

Quand la politique étrangère devient une politique industrielle - ce que Volkswagen révèle du modèle allemand

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Quand la politique étrangère devient une politique industrielle - ce que Volkswagen révèle du modèle allemand

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Volkswagen a nettement revu à la baisse ses prévisions pour 2026. On peut y voir un problème propre au groupe: coûts, Porsche, logiciels, politique de gamme et transformation.

Mais on peut aussi pousser l’analyse un peu plus loin.

Car le cas de Volkswagen montre avec une grande précision à quel point les conditions permettant à l’industrie allemande de réussir ont changé.

Pendant longtemps, la Chine a représenté pour les constructeurs automobiles allemands à la fois un marché, un site de production et une source de bénéfices. Aujourd’hui, elle est également devenue un concurrent technologique et industriel qu’il faut prendre au sérieux, non seulement sur son propre marché, mais aussi, et de plus en plus, en Europe et sur les marchés tiers.

De leur côté, les États-Unis, depuis longtemps, ne considèrent plus le commerce comme une simple question d’ouverture des marchés. Les droits de douane, les subventions, l’accès aux marchés et les décisions d’implantation font désormais partie d’une politique industrielle stratégique.

L’Union européenne commence elle aussi à réagir: au moyen de droits compensateurs, du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), d’une politique des matières premières, de marchés publics stratégiques et de tentatives visant à faire davantage du marché intérieur un levier de politique économique.

Il ne s’agit plus seulement de savoir si une entreprise allemande produit de manière suffisamment efficace ou si elle est capable de rester à la hauteur sur le plan technologique.

Il s’agit de savoir dans quelles conditions politiques elle peut encore produire, d’où viennent l’énergie et les matières premières, quels marchés demeurent ouverts, qui définit les normes technologiques et dans quelle mesure les dépendances économiques peuvent être exploitées à des fins de politique étrangère.

C’est précisément ici que la politique étrangère commence à devenir aussi une politique industrielle.

Pendant longtemps, le modèle allemand a reposé sur une combinaison exceptionnellement favorable: une énergie relativement bon marché, des marchés mondiaux ouverts, une demande croissante en Chine, la protection des États-Unis en matière de sécurité et des chaînes d’approvisionnement mondiales résilientes.

Plusieurs de ces conditions s’érodent simultanément. C’est pourquoi l’annonce que fait Volkswagen est plus intéressante qu’un simple avertissement sur résultats (!).

Elle montre que l’Allemagne ne doit pas seulement débattre des stratégies d’entreprise, mais aussi des conditions permettant de maintenir sur son territoire la création de valeurs industrielles.

Il ne s’agit pas pour autant d’autarcie, mais de marge de manœuvre stratégique. Un pays industriel est en mesure d’agir lorsque, en matière d’énergie, de matières premières, de technologies, de capitaux et de débouchés, il ne dépend pas d’une seule configuration politique.

C’est précisément là que réside le véritable défi pour l’Allemagne: non pas choisir entre Washington, Pékin ou un autre centre de pouvoir, mais être capable d’entretenir des relations avec plusieurs centres de pouvoir sans devenir dépendante de l’un d’entre eux au point que ses décisions économiques puissent lui être dictées de l’extérieur.

Volkswagen est donc bien plus qu’un constructeur automobile en difficulté.

Le groupe illustre un modèle économique allemand désormais plongé dans un monde où la puissance économique est de nouveau plus étroitement liée au pouvoir politique, à la maîtrise technologique et au contrôle des ressources.

C’est précisément pourquoi la question de l’avenir de Volkswagen finira par devenir celle de la position stratégique de l’Allemagne elle-même.

#geopolitiek@global_affairs_byelena

 

dimanche, 20 septembre 2026

Clause de l’ONU: l’Allemagne reste un État ennemi des Nations-Unies!

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Clause de l’ONU: l’Allemagne reste un État ennemi des Nations-Unies!

Michael von der Schulenburg,

député européen et diplomate auprès de l’ONU

Source: https://www.anonymousnews.org/hintergruende/un-klausel-de...

Le député européen (BSW) et diplomate de longue date aux Nations unies Michael von der Schulenburg met en garde le gouvernement fédéral allemand : la clause dite des États ennemis, qui autorise dans certains cas une intervention militaire contre les anciennes puissances de l’Axe, n’est ni oubliée ni obsolète.

Lorsque les Alliés de la Seconde Guerre mondiale élaborèrent la Charte des Nations unies, ils souhaitaient créer un système mondial de sécurité collective. Celui-ci devait avoir pour objectif de «préserver les générations futures du fléau de la guerre». En adoptant la Charte des Nations unies, tous les États membres s’engagèrent également à régler désormais leurs différends exclusivement par des moyens pacifiques, et non plus par la force militaire. Les décisions relatives au recours à la force pour maintenir ou rétablir la paix ne devaient plus être prises que collectivement, d’abord par les onze membres, et aujourd’hui par les quinze membres du Conseil de sécurité des Nations unies.

La Charte des Nations unies contient toutefois une exception aujourd’hui largement tombée dans l’oubli: la clause dite des États ennemis, figurant aux articles 53, 77 et 107. Elle confère aux anciennes puissances alliées victorieuses le droit de prendre, même sans mandat du Conseil de sécurité, des mesures militaires contre les États ennemis appartenant autrefois aux puissances de l’Axe, afin d’empêcher toute nouvelle agression de leur part. Le Conseil de sécurité étant expressément exclu dans ce cas, cela pourrait signifier que chacun des anciens Alliés est habilité à déterminer lui-même si une ancienne puissance de l’Axe adopte de nouveau une attitude agressive.

Les pays de loin les plus importants auxquels s’appliquait la clause des États ennemis étaient l’Allemagne et le Japon. Mais cette clause demeure-t-elle applicable plus de quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale? Le gouvernement fédéral allemand répond sans équivoque par la négative. La situation juridique ne paraît cependant pas aussi claire.

Le gouvernement fédéral estime que la clause des États ennemis est depuis longtemps devenue sans objet («obsolète»). Il invoque principalement deux éléments: premièrement, une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies datant de 1995 et, deuxièmement, le traité Deux-plus-Quatre de 1990.

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En 1995, l’Assemblée générale constata, dans une résolution adoptée, que l’Allemagne réunifiée faisait partie des États épris de paix et que la clause des États ennemis était donc dépassée. Auparavant déjà, selon l’argumentation du gouvernement fédéral, les quatre puissances victorieuses avaient renoncé, dans le traité Deux-plus-Quatre, à leurs droits particuliers à l’égard de l’Allemagne, ce qui inclurait également les droits découlant de la clause des États ennemis. Mais ces arguments sont-ils réellement valables? Voici quelques considérations :

1. La clause des États ennemis n’a jamais été supprimée de la Charte des Nations unies.

L’Assemblée générale s’est contentée de constater que cette clause devait être considérée comme sans objet à l’égard d’une Allemagne éprise de paix. Le texte de la résolution ne précise toutefois pas que cette clause serait désormais définitivement caduque. Si, à l’avenir, l’Allemagne n’était plus considérée comme un État épris de paix, la clause des États ennemis pourrait-elle être appliquée de nouveau? Il n’existe probablement pas de réponse claire à cette question.

2. Les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies ne sont pas juridiquement contraignantes.

Les résolutions de l’Assemblée générale ont généralement valeur de recommandations. En vertu de la Charte des Nations unies, les décisions contraignantes ne peuvent, en principe, être prises que par le Conseil de sécurité. Or, aucune résolution du Conseil de sécurité n’a jamais formellement abrogé la clause des États ennemis. Les dispositions concernées figurent donc toujours dans le texte de la Charte.

3. La suppression de la clause nécessiterait une modification de la Charte des Nations unies.

La suppression de la clause des États ennemis nécessiterait une procédure formelle de révision conformément aux règles de la Charte. Cela nécessiterait sans doute également la ratification de cette modification par tous les États membres. Rien de tel ne s’est produit et les articles concernés demeurent donc en vigueur.

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4. Le traité Deux-plus-Quatre ne peut pas modifier la Charte des Nations unies.

Le traité Deux-plus-Quatre est certes un traité juridiquement contraignant au regard du droit international. Toutefois, un traité conclu entre l’Allemagne et les quatre puissances victorieuses ne saurait décider d’une modification de la Charte. Le traité ne contient pas non plus de référence à une abrogation expresse de la clause des États ennemis figurant dans la Charte des Nations unies.

5. La Russie pourrait éventuellement dénoncer le traité Deux-plus-Quatre.

La Russie pourrait faire valoir que l’Allemagne a violé l’esprit et la lettre du traité Deux-plus-Quatre, par exemple en raison de sa participation à l’intervention de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999, du stationnement de troupes allemandes en Lituanie ou de la mise en place de structures militaires de l’OTAN sur le territoire de l’ancienne RDA.

Compte tenu des tensions croissantes entre l’Allemagne et la Russie, la clause des États ennemis pourrait retrouver une importance politique. La Chine l’a déjà invoquée dans le cas du Japon. Comme l’a indiqué l’ambassade de Chine au Japon sur X, la Chine aurait le droit de prendre des «mesures militaires directes» sans solliciter l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, si le Japon prenait des mesures allant dans le sens d’une nouvelle agression.

La Russie pourrait tenter d’invoquer la clause des États ennemis, comme elle en a déjà menacé, pour justifier des opérations militaires contre des installations allemandes produisant des drones à longue portée destinés à la guerre en Ukraine. Elle pourrait alors soutenir que, par son soutien à l’Ukraine, l’Allemagne est devenue de fait partie prenante à la confrontation.

Il pourrait également être souligné que le gouvernement fédéral a élaboré une nouvelle stratégie militaire exclusivement dirigée contre la Russie. Comme circonstance aggravante, il pourrait être avancé que la dernière stratégie militaire allemande remonte à 1939 et qu’elle conduisit directement à la Seconde Guerre mondiale. Par l’application de la clause des États ennemis — voire par la seule menace de son application —, l’Allemagne pourrait être rattrapée par son passé. Il est douteux que la République fédérale d’Allemagne puisse compter, dans ce cas, sur un soutien international.

Le gouvernement fédéral ne devrait donc pas écarter d’un revers de main la possibilité d’une nouvelle application de la clause des États ennemis, mais se rappeler que, compte tenu de son passé, l’Allemagne a l’obligation particulière d’œuvrer en faveur d’une solution pacifique à la guerre en Ukraine, d’éviter les risques d’escalade et de ne pas aggraver davantage les tensions politiques. À une époque où la confrontation militaire s’intensifie, il serait donc particulièrement judicieux de rechercher le dialogue entre l’Allemagne et la Russie ainsi que des voies de désescalade.

Harcèlements eurocratiques

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Harcèlements eurocratiques

par Georges Feltin-Tracol

Siégeant tantôt à Bruxelles, tantôt à Strasbourg, le Parlement dit européen fait penser à cette boisson des années 1980 dont le slogan publicitaire expliquait que « son nom sonne comme un nom d’alcool… mais ce n’est pas de l’alcool ». En effet, l’assemblée élue de la prétendue Union européenne n’est qu’un organe législatif partiel dépendant du bon vouloir des gouvernements des États-membres et d’une Commission bureaucratique.

Quand cette pseudo-assemblée qui coûte un bras aux contribuables n’approuve pas des directives toujours plus oppressantes pour le quotidien du quidam européen, elle décerne des prix à des agents d’influence qui pratiquent aux quatre coins du monde leur savoir-faire subversif sous le doux nom de «révolution de couleur». Elle vote enfin des résolutions tout aussi abracadabrantes les unes que les autres. Ainsi, le mardi 7 juillet 2026, le Parlement européen entérine-t-il à une très large majorité (414 voix pour, 224 contre et 18 abstentions) la requête de l’APPF présentée sous la forme d’un rapport de 294 pages riche en inversions accusatoires et en analyses biaisées, qui entend surveiller le groupe parlementaire Europe des nations souveraines (ENS).

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Créé au lendemain des élections de 2024 autour des quinze députés de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), ENS compte vingt-sept membres dont la Française Sarah Knafo de Reconquête !, l’Italien Roberto Vannacci, élu sur la liste de la Lega qu’il a quittée pour fonder et diriger Futuro nazionale, et les Hongrois du Mouvement Notre Patrie. Il s’agit de la troisième formation issue des droites radicales, de rupture et de conviction en concurrence avec les Patriotes pour l’Europe (85 élus) présidé par Jordan Bardella, et les Conservateurs et réformistes européens (79 membres parmi lesquels Marion Maréchal) animés par Fratelli d’Italia et les Polonais du PiS (Droit et Justice).

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L’APPF désigne pour sa part l’Autorité pour les partis politiques européens et les fondations politiques européennes. Calqués sur le modèle allemand, les partis politiques associés au sein d’un même attelage européen disposent de fondations qui assurent la formation de leurs élus et la diffusion publique de leurs idées. Leurs frais de fonctionnement reposent sur de larges subventions.

Par exemple, le PPE (Parti populaire européen), dans les mains de la CDU (les démocrates-chrétiens allemands), se tourne vers le Centre Wilfried-Martens pour les études européennes, du nom de l’ancien premier ministre belge.

Les sociaux-démocrates ont la Fondation pour les études progressistes européennes; les Patriotes pour l’Europe la Fondation européenne des patriotes pour l’Europe, CRE Nouvelle Direction – Fondation pour la Réforme européenne et ENS de la Fondation Souveraineté. Les instances soi-disant européennes leur versent chaque année jusqu’à 46 millions d’euros !

De création récente (2016), l’APPF doit d’abord s’assurer de la transparence financière des partis et autres fondations, ce qui est légitime. Mais elle doit aussi vérifier si partis et fondations respectent l’ensemble des valeurs dites fondamentales de l’Union supposée européenne, à savoir le respect de la dignité humaine (mais pas du fœtus?), de la liberté (et l’apartheid vaccinal des temps covidiens?), de la démocratie (avec ou sans les magouilles, bourrages des urnes et recours massif au vote par correspondance?), d’égalité (c’est-à-dire?), de l’État de droit (comprendre accepter la suprématie des juges), de la soumission aux droits humains, y compris du droit des individus appartenant à certaines minorités médiatisées, du pluralisme factice (donc sans opinions tranchées), de la tolérance (surtout envers criminels et délinquants), de la justice (encore une chimère néfaste, car non concrète!), de la non-discrimination (redondance avec l’égalité), de la solidarité et de l’égalité entre femmes et hommes (quid des intersexuels, des trans et autres non-binaires?). Le sort des poux et des morpions demeure une préoccupation secondaire, ce qui dénote d’un spécisme inacceptable…

Fort du vote de ce soi-disant Parlement européen à l’exception des trois groupes patriotes, l’APPF peut désormais vérifier le caractère démocratique d’ENS et des partis nationaux qui composent son équivalent partidaire au mépris d’ailleurs de l’article 4 de la Constitution de la Ve République française qui stipule qu’«ils se forment et exercent leur activité librement».

Cette instance parasite va solliciter des universitaires irréprochables et à l’impartialité proverbiale, sûrement spécialistes ès-extrême droite, pour déterminer si ENS (parti et groupe) respecte ou non ces fameux critères démocratiques. Si leur avis est négatif, ENS risque de perdre son statut de «parti politique européen» et de ne plus recevoir deux millions d’euros de subventions annuelles. En revanche, les membres du groupe ne perdront pas leur mandat.

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Il est facile ensuite d’imaginer que dans quelques temps la présidence du Parlement européen saisira l’OLAF (Office européen de lutte antifraude) à propos de détournements financiers imaginaires autour d’assistants parlementaires impliqués dans la vie politique nationale… Une pareille décision aurait un impact certain en Allemagne où des voix politiciennes, ecclésiastiques, « cultureuses » et médiatiques réclament l’interdiction de l’AfD, premier parti d’opposition du pays…

L’APPF a déjà retiré en 2020 son agrément à l’Alliance pour la paix et la liberté pour des motifs semblables. Cette sympathique structure paneuropéenne regroupait les Allemands de Die Heimat (ex-NPD), Les Nationalistes d’Yvan Benedetti et le Parti populaire Notre Slovaquie. Il serait toutefois inapproprié et téméraire de fouiner autour du PPE abonné aux scandales financiers outre-Rhin, des socialistes européens corruptibles, des Verts et de Renew (centristes libéraux macronistes), fidèles relais bien payés des multinationales étatsuniennes et arabes.

L’APPF s’émeut de propos très politiquement incorrects tenus par Alice Weidel de l’AfD, Éric Zemmour et un responsable du mouvement nationaliste bulgare Renaissance. Cette autorité eurocratique semble méconnaître tout bon sens socio-politique.

Hasard du calendrier, l’APPF doit changer sous peu de président. Le candidat pressenti, le Français Philippe Musquar, pencherait bien trop à droite! Horreur! Il aurait milité chez… Les Républicains! Le comble porte cependant sur son mode de sélection obscure et guère transparent. Le choix final sortirait des discussions intenses entre les secrétaires généraux du Conseil européen, de la Commission et du Parlement européen ! Pour donner des leçons au monde entier, le Parlement dit européen est toujours en pointe. Dommage qu’il ne se les applique jamais !

  • « Chronique flibustière » n° 198.