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mercredi, 07 octobre 2026

Pays-Bas: le député du FVD Van Houwelingen démontre que seul le discours prescrit compte encore

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Pays-Bas: le député du FVD Van Houwelingen démontre que seul le discours prescrit compte encore

Source: https://deanderekrant.nl/kabinet-jetten-zet-kritiek-oorlogsexperts-weg/

Le ministre des Affaires étrangères Tom Berendsen (CDA) refuse de répondre sur le fond aux questions parlementaires de Pepijn van Houwelingen, dans lesquelles celui-ci soumet au gouvernement les critiques d’éminents spécialistes de la guerre, critiques selon lesquelles la guerre en Ukraine est une guerre par procuration opposant l’OTAN et l’UE à la Russie.

Selon le gouvernement, ces critiques constituent «de la désinformation prorusse provenant du Kremlin» et on a «délibérément évité d’entrer dans de tels cadres interprétatifs». Van Houwelingen a réagi avec fureur: «C’est véritablement inconcevable, quelle stupidité insensée. Voilà donc comment on entraîne sa population dans une guerre contre la Russie».

Le député du FVD avait demandé au gouvernement de «répondre sur le fond (!)» aux analyses de critiques connus, parmi lesquels Glenn Diesen, Jeffrey Sachs et John Mearsheimer. Ces universitaires mettent depuis des années en garde contre la politique occidentale qui, selon eux, a conduit à une guerre par procuration extrêmement dangereuse entre l’OTAN et l’UE, d’une part, et la Russie, d’autre part, menée aux dépens de la population ukrainienne.

La semaine dernière, Van Houwelingen a publié la réponse du ministère des Affaires étrangères, qui a fait savoir, par la voix de Tom Berendsen, membre du CDA, qu’il ne répondrait pas sur le fond aux questions parlementaires — alors qu’il y est constitutionnellement tenu en vertu de l’article 68. Le ministre des Affaires étrangères refuse d’examiner les analyses des experts, car il est «absolument évident que la Russie mène contre l’Ukraine une guerre d’agression illégale qui ne saurait être justifiée d’aucune manière». En ignorant les questions de Van Houwelingen, il a été «délibérément évité d’entrer dans de tels cadres interprétatifs», selon Berendsen.

Van Houwelingen a déclaré sur X être abasourdi: «Incroyable. En d’autres termes, ce gouvernement qualifie d’avance — je dis bien d’avance ! — toute forme de critique, y compris les critiques très solidement étayées d’éminents experts indépendants, de “désinformation provenant du Kremlin”. C’est exactement ce qui figure dans la note décisionnelle: lisez-la vous-même ! Il refuse ensuite — eh oui, il refuse ! — de réfuter ces critiques sur le fond et de répondre aux questions parlementaires à ce sujet».

Dans ses questions parlementaires, le député du FVD avait précisément demandé que celles-ci ne soient pas rejetées d’avance comme relevant du «complotisme», de la «propagande du Kremlin» ou de la «désinformation». La réponse du ministre fut: «Voir la réponse à la question 2». Il y avait répété le discours gouvernemental selon lequel la Russie était l’agresseur.

La semaine dernière, Van Houwelingen a déclaré au journal De Andere Krant qu’il avait conscience que le dépôt de questions et de motions parlementaires ne changerait pas grand-chose en politique. «Mais nous voulons montrer ainsi qu’ils n’ont aucun argument. Et l’on espère malgré tout qu’un processus de réflexion s’engagera chez les gens. Il s’agit de les démasquer. Leur véritable nature se révèle».

Dans ce cas, Van Houwelingen a démontré que le gouvernement Jetten détermine quelles questions sont légitimes et lesquelles ne le sont pas. Les questions jugées illégitimes — relevant de la «désinformation» — ne doivent alors apparemment pas recevoir de réponse sur le fond. Un passage du roman 1984 de George Orwell se rapproche ainsi dangereusement de la réalité: «Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime et le plus essentiel».

Cela a suscité des réactions indignées sur X. Un certain Nestor a écrit: «Cette réaction est vraiment choquante. Depuis près de sept ans, on se dit que cela ne peut pas devenir plus insensé. Mais ces nullités réussissent tout de même à le faire». Selon Gert Jan Smit, «la Seconde Chambre, en particulier, n’est plus qu’une vaste mascarade, simple prolongement du FEM, frappé d’incapacité, et exécutant docile des décisions de l’UE et de l’Agenda 2030».

Moyen-Orient: les États-Unis ont retiré leurs troupes d’Irak

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Moyen-Orient: les États-Unis ont retiré leurs troupes d’Irak

Mais la souveraineté réelle de Bagdad reste limitée

Leonid Savine

À la fin du mois de septembre, les dirigeants américains ont officiellement annoncé la fin de l’opération «Détermination absolue» et le retrait des troupes américaines du pays. Ainsi s’est achevée une occupation de l’Irak longue de vingt-trois ans, bien que les troupes aient déjà été retirées en 2011 avant de revenir en 2014, sous prétexte de lutter contre le groupe terroriste État islamique* (lequel est interdit en Russie).

Le retrait des troupes a été effectué conformément à l’accord conclu entre Washington et Bagdad en 2024. Les adversaires de Washington, au premier rang desquels l’Iran, ont considéré cette décision comme une nouvelle défaite et une fuite, tandis qu’en Irak elle a donné lieu à des célébrations de grande ampleur. Le 1er octobre a été proclamé «Journée de la souveraineté de l’Irak» par les dirigeants du pays.

Le Premier ministre irakien, Ali al-Zaïdi, a qualifié le retrait des troupes de début d’une «nouvelle étape», placée sous le signe de la souveraineté de l’Irak, du renforcement des institutions de l’État et de «relations de partenariat équilibrées avec ses amis». Le conseiller irakien à la sécurité nationale, Qassem al-Araji, a qualifié la fin de la mission de la coalition dirigée par les États-Unis de «jalon important», affirmant qu’elle «renforcerait la souveraineté» et servirait les intérêts nationaux de l’Irak ainsi que les aspirations de son peuple.

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Le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani, a pour sa part déclaré le 1er octobre qu’Erbil soutiendrait Bagdad dans ses efforts pour renforcer la souveraineté et la stabilité de l’Irak. Il a ajouté que le moment était venu de régler les différends de longue date entre les deux gouvernements ainsi que les autres questions non résolues dans l’ensemble du pays. «Au Kurdistan, nous coopérerons toujours et soutiendrons toute mesure qui renforce la souveraineté, la sécurité et la stabilité de l’Irak», a-t-il déclaré lors d’un discours prononcé à Bagdad à l’occasion de la Journée de la souveraineté. Il a fait observer à juste titre que «la souveraineté ne se résume pas au retrait des forces armées étrangères; elle constitue une responsabilité nationale globale», évoquant le respect de la Constitution, le problème des nombreux groupes armés — allusion manifeste aux forces soutenues par l’Iran — et la nécessité de lutter conjointement contre les foyers de terrorisme qui subsistent encore.

Il ne fait aucun doute que les querelles et les contradictions internes à l’Irak, notamment celles de nature ethnique et religieuse, demeurent un problème grave et urgent. Barzani n’a toutefois pas mentionné un élément essentiel de la souveraineté: sa dimension économique, à savoir les revenus pétroliers, qui avaient déjà fait l’objet de différends entre Erbil et Bagdad. Mais il est ici question du contrôle extérieur exercé sur la perception des revenus tirés de l’extraction du pétrole, principal pilier de l’économie irakienne.

En effet, après l’invasion de l’Irak par les forces américaines en 2003, lancée sous un prétexte fallacieux — la prétendue détention d’armes chimiques par Saddam Hussein —, l’Autorité provisoire de la coalition, dirigée par les États-Unis, a créé le Fonds de développement pour l’Irak (FDI). Celui-ci se trouvait de facto au sein de la Réserve fédérale de New York et avait pour fonction de recueillir les recettes provenant des ventes de pétrole, lesquelles devaient servir à la reconstruction et au développement. Le Fonds était également censé protéger les revenus pétroliers de l’Irak contre les actions en justice et les revendications liées au régime de Saddam Hussein. Le décret du président George W. Bush instituant ce mécanisme a été renouvelé par chacun de ses successeurs à la présidence des États-Unis.

En définitive, le Fonds est devenu un compte de la Banque centrale d’Irak auprès de la Réserve fédérale de New York, ce qu’il demeure à ce jour. Cela confirme une fois de plus les accusations formulées dès le départ par les critiques de l’occupation américaine de l’Irak, selon lesquelles la véritable raison de l’invasion était la nécessité de prendre le contrôle du pétrole irakien.

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Or, le pétrole représente environ 90 % du budget de l’État irakien, ce qui confère à Washington une influence considérable sur la stabilité économique et politique du pays. Par exemple, lorsque le gouvernement irakien a demandé le départ des troupes américaines en 2020, Washington a menacé de restreindre l’accès de l’Irak aux fonds détenus auprès de la Réserve fédérale de New York. Bien qu’un accord sur le retrait des troupes ait ensuite pu être trouvé, les moyens permettant d’exercer un nouveau chantage subsistent encore aujourd’hui. La seule existence d’un compte auprès d’une banque étrangère, sur lequel les transactions sont effectuées en dollars américains — le maintien du statut du pétrodollar servant les intérêts de Washington — témoigne des limites de la souveraineté nationale de l’Irak.

Autre exemple de l’influence exercée par les États-Unis au moyen du système bancaire: leur intervention directe dans les opérations d’achat et de vente de devises. Historiquement, la Banque centrale d’Irak utilisait les enchères de dollars, officiellement connues sous le nom de «guichet des devises», comme principal mécanisme de mise à disposition de dollars. Les banques privées et les bureaux de change pouvaient participer quotidiennement à des enchères afin d’acheter des dollars américains contre des dinars irakiens. L’Irak a officiellement cessé d’utiliser ce système au début de 2025, après avoir subi de fortes pressions de la part des États-Unis, Washington soupçonnant que des transferts en dollars puissent être effectués au profit d’entités visées par des sanctions, en particulier l’Iran.

Enfin, pour revenir à la présence militaire américaine, même si les opérations officielles de grande ampleur prennent fin, le Pentagone conservera, selon les déclarations officielles de représentants de ce ministère, ses capacités régionales en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, lesquelles pourront être employées dans ce pays arabe. Cela implique à la fois le maintien d’une certaine influence et l’accès à des informations sensibles.

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Par ailleurs, les États-Unis ne sont pas les seuls à avoir porté atteinte à la souveraineté irakienne par le recours à la force militaire: la Turquie l’a également fait. Ankara avait initialement établi la base de Bachiqa-Zilkan, près de Mossoul, dans le nord de l’Irak, en 2015, afin d’entraîner les forces locales à combattre l’État islamique, ce qui avait provoqué des tensions diplomatiques avec Bagdad. Cette décision avait entraîné le déploiement dans la région d’environ 600 militaires des forces armées turques. Toutefois, à l’issue d’une récente rencontre avec le Premier ministre irakien en marge de la dernière session de l’Assemblée générale des Nations unies, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a accepté que la base soit progressivement transférée sous le contrôle de Bagdad. Les mesures prévues engagent également les deux pays à éliminer les «éléments armés étrangers interdits» présents dans le nord de l’Irak et à rétablir la pleine autorité de l’État à Sinjar.

«Parallèlement aux progrès accomplis par la République d’Irak dans la mise en œuvre de ces mesures de sécurité, le gouvernement de la République de Turquie réaffirme son engagement à procéder au transfert progressif du camp de Bachiqa-Zilkan, conformément aux mécanismes et au calendrier convenus », indique le communiqué conjoint des deux gouvernements.

Compte tenu du retrait des troupes américaines, on a l’impression que les actions de la Turquie sont, d’une certaine manière, synchronisées et coordonnées avec Washington. Certes, l’influence de la Turquie sur l’Irak n’était pas aussi forte que celle des Américains, même si Ankara a exploité toutes les possibilités que lui offrait sa position de pays voisin.

En définitive, on peut conclure que, même si la présence américaine en Irak devient moins visible, les États-Unis conservent néanmoins le contrôle réel des processus politiques et économiques du pays. La prochaine étape logique pour les dirigeants irakiens, dans leur démarche de restauration de la souveraineté nationale, devrait donc consister à rechercher une solution de remplacement réelle et opérationnelle pour effectuer les règlements liés à la vente de leur pétrole aux acheteurs étrangers.

Dividualisme et tournant ontologique

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Dividualisme et tournant ontologique

Alexandre Douguine

Douguine soutient que le tournant ontologique demeure prisonnier des conceptions occidentales linéaires de l’histoire et néglige les «alter-civilisations» et les «alter-humains», qui ne sont pas des «Terriens» archaïques…

Les auteurs du tournant ontologique ont de nombreux mérites. Mais ils restent sous l’emprise de l’hypnose raciste-occidentale du temps linéaire. Pour eux, il existe des humains et des Terriens. Les Terriens sont archaïques, tandis que les humains relèvent de la modernité occidentale. Les sauvages, d'un côté, et la civilisation — au singulier —, unique et occidentale, de l'autre.

Ils ne conceptualisent pas les Barbares, que la civilisation occidentale moderne — au singulier — considère comme des sous-civilisations. Or, ce sont des alter-civilisations. Il existe donc des humains — les Occidentaux modernes — et des alter-humains — non occidentaux ou non modernes. Ni humains ni Terriens — c’est-à-dire sauvages.

Les Barbares sont les civilisations prémodernes occidentales et les civilisations non occidentales. Les alter-humains devraient faire l’objet d’une thématisation anthropologique.

Ils sont sacrés comme les Terriens et hautement sophistiqués comme les Occidentaux modernes. La modernité occidentale n’englobe pas toutes les civilisations; elle n’est ni unique ni universelle. Elle constitue le deuxième monde, ni le premier ni le tiers-monde, ni la semi-périphérie — ni le centre ni la périphérie.

Le tournant ontologique en anthropologie: il ne s’agit pas seulement de différentes visions d’une même réalité commune, mais de mondes entièrement différents. C’est un passage de l’épistémologie — comment nous connaissons — à l’ontologie — ce qui est —, qui consiste à prendre l’altérité au sérieux sans présupposer le dualisme entre nature et culture.

Le dividualisme : la révolution silencieuse du tournant ontologique

La pensée occidentale considère la personne comme un individu: délimité, autonome et formant un tout en lui-même.

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Marilyn Strathern (photo) — s’appuyant sur l’ethnographie mélanésienne — a mis en évidence quelque chose de bien plus radical: de nombreuses personnes sont mieux comprises comme des dividus.

Un dividu n’est pas un tout qui entre en relation.

Il est les relations.

Il est composé de liens, de flux, d’obligations et de connexions partielles. La personne est composite, divisible et seulement temporairement stabilisée.

Ce n’est pas du « collectivisme ».

C’est une ontologie différente de la personne.

L’individu est l’accomplissement propre à un monde particulier.

Dans d’autres mondes, le dividu constitue la forme par défaut.

Dès lors que l’on prend cela au sérieux, toute la grammaire de l’agentivité (*), de la propriété, de la parenté et de la politique doit être réécrite.

Lisez Do Kamo si vous voyez ce que je veux dire (2).

La véritable cause des troubles en France, c’est Macron. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi. Pourquoi les Français l’ont-ils choisi pour un second mandat? Pour le premier, peut-être se sont-ils dit: «Essayons…». Mais pour le second? Ont-ils perdu la tête?

Entre les humains capitalistes et les Terriens archaïques — les êtres de la Terre —, il existe une polarité radicale. D’accord. Mais cette polarité est beaucoup moins prononcée entre les Terriens et les alter-humains, formant plutôt une sorte de continuum.

La majorité des tenants du tournant ontologique — malgré l’excellence de leur multilatéralisme, de leur monde de mondes — demeurent des libéraux de gauche. Ils partagent une foi aveugle dans le progrès, bien que celui-ci soit désormais appréhendé de manière critique comme une fatalité, comme un mécanisme à cliquet dégénératif.

La gauche contemporaine se compose de progressistes catastrophistes. Ils imaginent le post-capitalisme comme un monde post-apocalyptique. L’IA est le Capital — Nick Land. De même que les êtres de la Terre ont été opprimés par les humains — cf. de Castro-Danowski (3) —, les humains sont voués à être soumis par l’IA — ou la « SI », selon Trump.

Le paysage à la Mad Max de l’après-guerre nucléaire est la version actualisée du communisme-anarchisme. Une fois de plus, la gauche anticapitaliste hallucinée sert d’idiot utile au capitalisme réaliste et pragmatique. Les deux ont tort, mais le capitalisme est le pire. Il doit exister une autre issue.

Le concept d’«idiot» n’est ni un diagnostic psychiatrique ni une insulte. Il désigne l’individu pur, libéré de toute forme d’identité collective. Le libéralisme est l’idéologie qui promeut ouvertement l’idiotie comme norme et comme idéal. Émeutes raciales en France? Les libéraux ont tout fait pour les provoquer. Faites confiance au plan.

Peut-être vaudrait-il mieux que les patriotes français rejoignent les manifestations et renversent les mondialistes? Alain Soral nous manque: c’est pourtant son moment.

Notes:

(1) L'agentivité (emprunté de l'anglais agency, et aussi appelée «capacité d'agir» ou «puissance d'agir») désigne la capacité d'un individu, d'un groupe ou d'une entité à agir de manière intentionnelle, autonome et consciente sur le monde, sur autrui et sur soi-même.

(2) Le terme Do Kamo a deux significations majeures, profondément ancrées dans la culture de la Nouvelle-Calédonie (Mélanésie). Il s'agit d'un concept ethnologique clé (et d'un livre célèbre) ainsi que du nom d'un établissement scolaire réputé à Nouméa.

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1. Concept anthropologique et livre de Maurice Leenhardt (photo)
Dans la langue des Kanak (les autochtones de Nouvelle-Calédonie), do kamo signifie littéralement "l'homme dans son authenticité" ou "l'homme vrai".
  • Le livre : Do Kamo : La Personne et le Mythe dans le Monde Mélanésien est un chef-d'œuvre publié en 1947, écrit par le missionnaire et anthropologue français Maurice Leenhardt.
  • Le cœur du sujet : Leenhardt y décrit comment l'être mélanésien ne se perçoit pas traditionnellement comme un individu isolé (à la manière occidentale), mais se définit à travers les mythes et ses relations avec la nature, le cosmos et la communauté. C'est uniquement lorsque ces relations sont en équilibre que l'on peut parler de do kamo.
2. Lycée Do Kamo (Nouméa)
Inspiré par ce concept, le Lycée Do Kamo a été fondé en 1980 à Nouméa, la capitale de la Nouvelle-Calédonie.
  • Contexte : Il s'agit d'un lycée polyvalent protestant qui joue un rôle clé dans l'éducation de la jeunesse kanak. Son objectif est de préparer les jeunes à la société moderne tout en préservant leur identité culturelle et leurs valeurs traditionnelles.
  • Formations : L'établissement propose une filière générale (avec des spécialités telles que les mathématiques, l'économie et les sciences humaines) ainsi que des formations technologiques et professionnelles (notamment la filière STMG et le management du sport)

(3) Danowski et de Castro (Déborah Danowski et Eduardo Viveiros de Castro - photos) sont deux éminents penseurs brésiliens connus pour leurs travaux philosophiques et anthropologiques communs sur la crise climatique.

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Voici les éléments clés de leur collaboration :
  • Leur parcours : Déborah Danowski est professeure de philosophie à l'Université pontificale catholique de Rio de Janeiro. Eduardo Viveiros de Castro est un anthropologue de renom, professeur au Musée national de l'Université fédérale de Rio de Janeiro et théoricien du « perspectivisme amérindien ».
  • Leur œuvre majeure : Ils ont coécrit le livre influent Há mundo por vir? Ensaio sobre os medos do fim (traduit en français sous le titre Existe-t-il un monde à venir ? Essai sur les peurs de la fin).
  • Le cœur de leur philosophie : Dans leurs travaux, ils analysent les récits apocalyptiques contemporains liés à l'effondrement écologique et au changement climatique. Ils opposent l'angoisse occidentale et capitaliste de la « fin du monde » aux cosmologies des peuples autochtones de l'Amazonie. Ils démontrent que de nombreux peuples autochtones ont déjà survécu à la fin de leur propre monde depuis des siècles, et qu'ils offrent des modes de pensée et des stratégies de subsistance précieux pour l'avenir de la planète.

 

L’effondrement du récit et le césarisme

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L’effondrement du récit et le césarisme

Expérimentation d’un style d’écriture plus dynamique

Source: https://spenglarianperspective.substack.com/p/narrative-c...

Le jour de Noël de l’an 800, le pape Léon III couronna Charlemagne «empereur des Romains» dans la basilique Saint-Pierre, jetant ainsi les bases de ce qui allait devenir le Saint-Empire romain germanique. Cet acte procédait d’une dépendance mutuelle: Charlemagne ne disposait pas d’un titre ultime susceptible de légitimer sa domination sur la majeure partie de l’Europe occidentale, tandis que le pape avait besoin de protection après avoir failli être privé de son siège. Un accord fut donc conclu: l’Église recevrait la protection du roi des Francs et le pape ferait de Charlemagne et de son empire les protecteurs temporels de l’Église. Ce fut la graine dont allait finalement éclore la culture faustienne.

Mais il ne s’agissait nullement d’un phénomène unique ou inhabituel dans les cultures complexes. En Grèce, les cultes homériques conféraient leur légitimité aux oligarques de la polis. En Chine, les dynasties Shang et Zhou constituaient les ponts spirituels entre le ciel et la terre. Lors de la bataille du pont Milvius, Eusèbe nous rapporte que Constantin eut un songe lui enjoignant d’inscrire les lettres «χ» et «ρ» sur les boucliers de son armée s’il voulait remporter la victoire; ce faisant, il devint le premier empereur chrétien.

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Le monde politique est régi par les faits. Les faits sont momentanés et sont évalués en fonction des occasions qu’ils offrent. Pour un homme politique, "un plus un" n’a aucune valeur s’il ne tire aucun bénéfice à l’affirmer. Mais le monde spirituel, précurseur de toute science, philosophie et mathématique d’une rigueur intellectuelle croissante, est régi par les Vérités. Les Vérités sont jugées selon qu’elles sont immuablement vraies ou fausses, quel que soit le sens que cela revêt d’une culture à l’autre.

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Spengler affirme catégoriquement que les Vérités n’existent pas en politique. Lorsqu’elles y existent, elles constituent des résistances dans le cours des opérations. Toute politique est une forme de guerre, de l’enceinte parlementaire au champ de bataille. Si l’un reste fidèle à ses principes parce qu’ils sont «justes», tandis que l’autre trahit les siens parce que cela lui permettra de l’emporter, ce dernier vaincra naturellement le premier dans la plupart des cas. Il arrive que cela puisse être évité si le premier est le plus fort, mais c’est déjà reconnaître que les vérités sont un luxe, alors que la force et la gestion de la puissance constituent le véritable langage du monde.

Cependant, un homme qui enfreint toutes les lois et trahit tous ses serments est un homme auquel on ne peut se fier. Il ne poursuit que son propre intérêt et celui de ses semblables, s’il en a; la fin naturelle d’un tel homme est donc d’être tué par ceux qu’il s’est aliénés. La version occidentale de cette idée est le contrat social, débattu parallèlement à la question de la nature humaine durant toute l’époque baroque et industrielle. Les hommes conviennent que l’état de nature, en raison de son chaos, est moins souhaitable qu’une société ordonnée. Nous acceptons donc tous de respecter les lois, les traités, les règles, les accords, etc., afin de nous garantir mutuellement un sentiment de sécurité et de confiance.

Et que sont les lois, sinon des liens fixes dont la validité est immuable? Les Vérités constituent la meilleure forme de traité: lorsque deux personnes conviennent qu’un plus un font deux, elles peuvent coopérer sur la base d’une logique immuable, et non seulement en fonction de rapports de force changeants. Voilà pourquoi il est si essentiel que, dans une société, nous parlions tous la même langue et partagions les mêmes principes fondamentaux ainsi que les mêmes intuitions spirituelles sur le monde. Sans cela, nous ne pouvons nous accorder sur la forme la plus puissante de contrat social ni organiser la société à grande échelle.

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À l’autre extrémité du parcours d’une civilisation, j’ai une autre histoire à raconter. Cicéron était un idéologue. Il s’appuyait largement sur des principes premiers pour élaborer des systèmes de défense de la République, de l’éthique stoïcienne et de la théorie politique. Écrivain et orateur, il se servit de ces talents pour attaquer Marc Antoine après l’assassinat de César. Il n’était pas un très bon homme politique et tenta de dresser Antoine et Octavien l’un contre l’autre dans le cadre d’un projet visant à restaurer la République. Il n’avait toutefois pas prévu avec quelle facilité ces deux hommes pourraient contourner les règles et les institutions grâce à leurs armées et dresser des listes de personnes à tuer. Cicéron figurait sur celle de Marc Antoine. Sa tête et ses mains furent clouées aux Rostres, dans le Forum, la tribune même depuis laquelle il avait prononcé ses discours contre Antoine. Sa tête fut ensuite envoyée à Alexandrie, où Fulvie, l’épouse d’Antoine, lui arracha la langue avant de la transpercer à plusieurs reprises.

Spengler qualifia le meurtre de Jules César de dernier souffle de l’esprit apollinien, mais c’est à la mort de Cicéron que son cœur cessa de battre. Dès lors, la moitié occidentale de l’Empire sombra lentement dans une barbarie croissante et des conflits mesquins, jusqu’à sa disparition au Ve siècle.

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Le règne d’Auguste était nécessairement lié à une image de légitimité spirituelle. Mais le mensonge s’était déjà révélé, et il devint toujours plus manifeste à chaque nouvel empereur qui revêtit la pourpre. Par la notion de césarisme, Spengler tente de percer les faux-semblants et de montrer que l’histoire s’achève lorsque l’on ne croit plus en rien d’autre qu’en la politique de la force pure. Un historien pourrait d’abord se donner du mal pour en déceler la moindre trace chez un homme comme Auguste, mais avec chacun des Julio-Claudiens, il devint de plus en plus évident que le système dépendait de la force brute pour maintenir chaque souverain au pouvoir. Après la mort de Néron, la rapidité avec laquelle l’Empire fut déchiré par la question de savoir qui commanderait fut alarmante.

J’ai évoqué dans d’autres publications l’époque où nous nous trouvons aujourd’hui et la manière dont le césarisme se tient à notre porte. Si vous avez moins de trente ans, vous vivrez probablement assez longtemps pour voir notre Jules César, même si vous ne vous rendrez sans doute pas compte que c’est lui. Si nous suivons une datation exacte, 2017 fut l’année de Tiberius Gracchus, un candidat antisystème auquel les equites — les puissances financières — ont retiré le tapis sous les pieds et qui fut finalement assassiné. L’année 2106 verra l’assassinat de César et 2119 notre bataille d’Actium.

Ces événements pourraient survenir quelques décennies plus tôt ou plus tard, car bien que les universitaires insistent pour présenter Spengler comme une sorte de déterministe, ces événements sont voués à se produire sans être liés par une causalité stricte. Au vu de l’évolution actuelle, je pense que nous connaîtrons notre épisode cicéronien bien avant 2100. Nous ressentons déjà les effets d’une société qui perd son ancrage dans la vérité et, contrairement aux configurations antérieures, cet effondrement du récit sera existentiel et nous précipitera dans des conditions césariennes.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, un nouveau contrat social s’est établi, défini par une piété intransigeante envers les principes libéraux. Cet ordre fondé sur des règles a été maintenu, non par l’évidence intrinsèque de ses principes ni par leur harmonie avec la nature humaine, mais en érigeant ses vérités en objectif de la politique elle-même et en entretenant ce récit au moyen d’une production médiatique incessante.

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La guerre froide est désormais suffisamment éloignée pour que nous puissions reconnaître qu’elle fut une période de propagande permanente. En dehors des différents conflits par procuration, les tensions entre les États-Unis et la Russie n’étaient en réalité qu’une guerre culturelle entre deux récits cherchant à s’approprier le consensus de l’après-guerre. Réseaux de renseignement façonnant l’opinion publique au moyen d’opérations sous faux pavillon, campagnes de relations publiques inspirées de Bernays, financement de revues politiques dans les universités de l’Ivy League par des milliardaires et des gouvernements, procès portant sur l’authenticité historique de certains événements, journaux, radio, télévision: où que l’on allât, on était soumis à une guerre des récits qui culmina dans la "fin de l’histoire", autrement dit dans la victoire du libéralisme américain.

Dans le même temps, la gauche américaine poussait plus loin les présupposés de ce consensus. La théorie critique et le postmodernisme visaient à psychologiser notre histoire et notre identité. Si Spengler avait vécu jusque dans les années 1960 et 1970, il aurait volontiers reconnu dans ce mouvement universitaire ce qu’il appelait, dans les dernières lignes du dixième chapitre de son premier volume, le «scepticisme physiognomonique».

« Et il reste la possibilité d’un troisième et dernier stade de la philosophie occidentale, celui d’un scepticisme physiognomonique. Le secret du monde apparaît successivement comme un problème de connaissance, un problème de valeur et un problème de forme. Kant considérait l’éthique comme un objet de connaissance; le XIXe siècle la considérait comme un objet d’évaluation. Le sceptique traiterait l’une comme l’autre simplement comme l’expression historique d’une Culture» — Vol. 1, p. 374.

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Ce que poursuivaient des penseurs comme Foucault et Derrida pourrait aujourd’hui être interprété comme une forme de nihilisme à l’égard de la philosophie. Mais, d’une certaine manière, ils l’achevaient, ou du moins jouaient leur rôle dans la symphonie. L’homme faustien devait se libérer des dernières contraintes du corps: le sexe devint le genre, la sexualité devint un spectre, la race devint une construction; parallèlement, la famille devint une oppression, l’homophobie une projection, et la nationalité la voie ouvrant la marche vers le génocide.

Aujourd’hui, le contrat social moderne considère les croyances véritablement traditionnelles et nationalistes comme le véritable état de nature. Nous sommes des cellules cancéreuses à éviter ou à combattre et contre lesquelles il faut à tout prix se prémunir dans les sphères du pouvoir, car, à leurs yeux, nous représentons l’homme déloyal qui menace de défaire ce contrat social. Celui-ci a été fondé sur les principes premiers de liberté individuelle, de démocratie et de vérité dite au pouvoir. Depuis, on s’est battu pour lui et on l’a intégré à un récit complexe qui présente tout autre ensemble de règles comme ouvrant la voie au mal absolu: la Shoah.

Si l’on peut appeler cela du libéralisme — car ce n’est certainement pas le libéralisme de l’Empire britannique —, il se retranche derrière l’autorité de la vérité pour justifier ses actes. Nous faisons confiance aux experts qui apparaissent sur nos écrans de télévision et dans nos fils X, car puisqu’ils disposent, à n’en pas douter, d’une vérité scientifique évaluée par les pairs, éprouvée et vérifiée, nous pouvons faire confiance aux responsables politiques qui s’abritent derrière eux pour gouverner avec droiture et sans corruption.

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Toutefois, l’essor des réseaux sociaux a notamment engendré une vague de protestantisme à l’égard des récits officiels. Cette vague prend la forme de communautés très spécialisées qui se constituent grâce aux actuels systèmes de communication globale, s’appuyant souvent davantage sur des blogs et des forums de theorycels (*) que sur des recherches universitaires, sur des discours qualifiés de complotistes, ou sur un examen d'obédience populiste de toutes les dimensions de «l’establishment». C’est particulièrement le cas dans la droite dissidente, qui se trouve inconditionnellement exclue et rejetée pour les raisons exposées plus haut. Cela semble suffire à semer le doute sur le récit de l’establishment dominant, surtout lorsque celui-ci commet des erreurs critiques au sujet de ces récits.

La pandémie de CO VID-19 a révélé les dangers qu’il y avait à s’en remettre à des experts agréés par le gouvernement. Les dossiers Epstein ont récemment mis au jour le manque de sincérité de notre classe politique, qui tente de se présenter comme morale tout en portant préjudice aux plus jeunes d’entre nous. Le génocide commis par Israël nous montre à quel point notre «ordre fondé sur des règles» est en réalité impuissant à empêcher précisément ce qu’il est censé prévenir. Et face à tout cela, la réponse de nos élites n’est ni le dialogue ni la liberté, mais des mesures actives et une répression de la liberté d’expression. Les fissures commencent à apparaître.

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Avant d’aborder les effets futurs de cette situation, déterminons pourquoi nous vivons sous ce régime si particulier. Comme je l’ai indiqué, l’ordre existant ne repose pas tant sur sa propre évidence que sur des récits hermétiques destinés à le maintenir à flot. Spengler expose longuement les principes de la politique. Le monde-comme-histoire s’organise en «formes», c’est-à-dire en groupes unis par une conviction émotionnelle tenue pour évidente. Mais lorsqu’un groupe perd cette confiance intérieure, soit il se dissout, soit il remplace cette incertitude par des éléments constitutionnels. Son caractère de mouvement au sein de l’histoire est alors remplacé par la stabilité des constitutions, des lois, de l’écrit et des vérités du monde-comme-nature.

Il ne devrait pas être nécessaire de dire qu’il ne faut pas jeter de déchets par terre; pourtant, nos trottoirs sont tout de même couverts de chewing-gums séchés. Nous pouvons donc adopter des lois déclarant que cela est interdit, et il s’ensuivra un processus de cause à effet selon lequel jeter des détritus entraînera une amende de 100 livres sterling si l’on se fait prendre. Les rues d’un pays comme le Japon sont parfaitement propres, de sorte qu’une telle loi n’y est guère nécessaire. Mais lorsqu’on vit dans une société remplie de gens qui ne se sentent plus partie prenante de celle-ci, il faut déclarer explicitement, de manière toujours plus autoritaire, ce qui sera ou ne sera pas attendu d’eux.

Les pays totalement dépourvus de forme étendent cette logique à tous les aspects de la société et deviennent des machines hypertrophiées qui imposent la manière dont les choses devraient être selon un ensemble de comportements entièrement philosophiques et dénués de sens pratique. Le simple fait que nos gouvernements doivent mener contre nous des guerres de l’information témoigne de l’état de stagnation de nos pays, puisque personne n’est naturellement convaincu de leur légitimité. Et la situation ne fait qu’empirer lorsque ce qui nous est imposé est étranger aux principes intuitifs de l’intérêt national et leur est contraire.

« Et désormais, des lois étaient adoptées non seulement pour des objectifs nationaux, mais aussi pour des cas particuliers, et jamais les lois ne furent plus nombreuses que lorsque la chose publique était la plus corrompue. »— Tacite, Annales, livre III, chapitre 27.

Les récits politiques ne sont qu’un substitut au fait d’être en forme, un mythe religieux de création substitué à une véritable politique. Le monde moderne dépend à tel point de ces récits qu’il ne reste presque rien pour nous retenir s’ils s’effondrent. C’est pourquoi, alors qu’à une autre époque le peuple aurait pu s’unir et renverser le système, les individus se replient. Il n’existe aucune vision alternative d’un avenir collectif.

Lorsqu’il s’avère que tout le système est conçu pour permettre à des psychopathes de violer et de dévorer nos enfants, et à des étrangers de violer et de dévorer nos enfants, on se sent quelque peu aliéné par rapport au processus. Mais cela s’étend également à toutes les situations où le pouvoir contredit les sensibilités qui nous ont été inculquées. On peut imaginer à quel point la plèbe fut abattue lorsque Tiberius Gracchus, dont le potentiel de réforme populaire était sans égal, fut simplement poussé à bout puis assassiné sous ses yeux. Chaque fois qu’un événement de ce genre se produit, le récit expliquant le fonctionnement du monde, ce qui est vrai et moral, ainsi que ce que l’on peut attendre en matière d’équité et d’honneur, subit des dommages irréversibles.

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Ce processus était déjà à l’œuvre bien avant la révélation de quoi que ce soit de malfaisant. Une enquête de l’Office for National Statistics nous montre que près de la moitié des participants — 44% — déclaraient avoir peu ou pas confiance dans leur capacité à participer à la vie politique. La plupart des gens — 63% — avaient peu ou pas confiance dans leur capacité à peser sur l’action du gouvernement. Deux tiers des participants ont également indiqué clairement qu’il existait un lien entre leur confiance dans un gouvernement et la capacité de ses dirigeants à respecter les mêmes règles que tous les autres.

Le cabinet de Starmer n’est arrivé au pouvoir qu’en raison de la progression de l’abstention cette année-là, ce qui lui a conféré un mandat moins important que celui du Brexit, contre lequel des manifestations incessantes avaient pourtant eu lieu. C’est par pure chance pour nous que certains des projets qu’ils avaient élaborés et contre lesquels nous avions lancé des pétitions — avant d’être de toute façon contournés — se sont effondrés. Le sentiment, chaque année plus marqué, que voter ne résoudra rien a atteint un tel niveau qu’un initié comme Dominic Cummings peut affirmer que, si Reform ne redresse pas le pays, les gens se concentreront sur les moyens d’en faire sortir leurs enfants. Car lorsque la promesse échoue et que le récit s’effondre après s’être imposé partout, les individus renoncent tout simplement aux solutions politiques et se tournent vers leur sphère privée.

C’est dans ce terreau que commence à pousser le césarisme. Le césarisme ne signifie pas qu'un certain type d’homme se hisse au sommet; c’est une attitude à l’échelle d’une civilisation, selon laquelle: 1. la vérité en politique a toujours été un mensonge; 2. l’idéalisme est puni par le pouvoir; et 3. si la politique n’est pas orientée vers le bien, elle se réduit par défaut à la question de savoir qui détient le pouvoir et qui ne le détient pas.

On gère la situation telle qu’elle se présente parce que tout ce qui dépasse notre condition immédiate échappe à notre contrôle. Les intérêts nationaux se dégradent donc en intérêts régionaux, puis locaux, puis personnels, tandis qu’en surface, les lois et les systèmes créés par une religion à laquelle plus personne ne croit demeurent en place.

Spengler établit des comparaisons entre le césarisme et certains grands hommes de la période de l’État absolu, comme Oliver Cromwell. Ce qui les distingue toutefois, c’est l’absence de forme sous-jacente. À l’époque de Cromwell, une énergie était nourrie par un sentiment de race — au sens où Spengler entend ce terme — et d’identité nationale. Cela signifiait que si un homme tombait, dix autres pouvaient prendre sa place, car tous comprenaient inconsciemment la tâche à accomplir. Mais le césarisme émerge d’une période où la mort de la forme a été dissimulée par l’idéologie, le récit, la philosophie, les constitutions, les lois, les vérités et les mensonges, qui ont lentement remplacé le navire planche après planche avant de finir par pourrir et de ne plus rien laisser avec quoi travailler. Lorsque ces récits s’effondrent, il ne subsiste plus aucune force motrice en dehors de ce que tel ou tel grand homme est susceptible de faire pour vous.

Il faut le comprendre à mesure que nous nous enfonçons dans ce siècle. Derrière la promesse du multiculturalisme, de l’antiracisme et d’un avenir progressiste se trouve un réseau de centaines de milliers de bureaucrates et de dirigeants d’entreprise uniquement préoccupés par leur intérêt personnel, qui ne veulent pas perdre leurs positions corrompues. Ils ne forment pas un groupe uni par une forme; ils ne font que sauver leur propre peau. À l’instar de Trump et de Tiberius Gracchus, ils sont les proto-Césars, mais appartiennent simplement au camp opposé. La seule chose qui justifie leur position est un récit déchiqueté expliquant pourquoi ils se trouvent là au départ. Pourtant, chaque année, un nouveau scandale les fait trébucher et révèle la corruption. Ils ont fait tomber Musk tout en conservant Thiel; ils feront à Reform ce qu’ils ont fait à Trump 1.0. Combattre tout cela uniquement au moyen d’un récit idéologique qui nous serait propre est vain, parce que: 1. l’époque dans laquelle nous entrons est post-narrative; et 2. lorsque l’establishment est démasqué, cela ne fait qu’amener les gens à créer un million de récits complotistes qui leur sont propres, lesquels convergent tous vers une religiosité secondaire gnostique nous disant: «Il est de toute façon trop inutile d’essayer de les arrêter». L’histoire future revient ainsi entre les mains de factions d’élite, qui se concentrent progressivement autour d’hommes capables de démanteler le système et de «restaurer la République» en ne renforçant que leur propre pouvoir et celui de leur famille, quel que soit le nombre d’entre nous qui en souffriront. C’est dans ce fragment de connaissance que réside la voie à suivre.

Je voulais expérimenter avec un article qui ne soit pas simplement une simplification de ce que Spengler a déjà écrit, et je me suis dit qu’il n’avait pas très bien expliqué la politique intérieure propre à la transition vers le césarisme.

Note:

(*) Les theorycels sont des personnes qui se focalisent lourdement sur des idées compliquées, abstraites et académiques sans avoir de bonnes compétences pratiques, liées au monde réel. 

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mardi, 06 octobre 2026

Readiness 2030: peut-être ne s'agit-il pas du tout de l'autonomie de l'Europe? 

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Readiness 2030: peut-être ne s'agit-il pas du tout de l'autonomie de l'Europe? 

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena 

Le nouveau rapport de l’Agence européenne de défense met en évidence un problème: l’Europe se réarme, mais pas assez rapidement. D’importantes lacunes subsistent en matière de défense aérienne et antimissile, de munitions, de drones, de forces terrestres et navales. L’objectif reste néanmoins inchangé: atteindre la préparation en matière de défense d’ici à 2030.

C’est peut-être précisément là que réside une erreur de raisonnement.

Nous supposons souvent qu’à long terme, Bruxelles souhaite bâtir une puissance militaire européenne stratégiquement autonome, moins dépendante des États-Unis et dotée de sa propre industrie ainsi que de ses propres capacités.

Mais si, à court terme, ce n’était tout simplement pas la priorité?

Et s’il s’agissait d’abord, d’ici à 2030, de constituer aussi rapidement que possible une masse militaire aussi importante que possible — au besoin en recourant au crédit, au besoin avec des systèmes d’armes américains, et toujours dans le cadre des structures de l’OTAN?

Readiness 2030 correspond en tout cas à cette logique. Jusqu’à 800 milliards d’euros doivent être mobilisés, dont 150 milliards au moyen de prêts SAFE. D’autres marges de manœuvre considérables seront créées grâce à l’assouplissement des règles budgétaires applicables aux dépenses de défense. Parallèlement, l’OTAN s’engage sur une trajectoire à long terme pouvant atteindre 5% du PIB des pays membres d’ici à 2035.

Dans le même temps, le Conseil européen qualifie désormais explicitement la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine de «défi existentiel pour l’Union européenne» et demande que la préparation en matière de défense soit renforcée d’ici à 2030 «à un rythme soutenu et à grande échelle».

Il s’agit d’une formulation politique remarquablement forte.

Et elle change la logique.

Si les dirigeants politiques européens considèrent réellement la confrontation avec la Russie comme existentielle, l’enjeu principal n’est plus de concevoir l’architecture de défense européenne la plus adéquate pour les vingt prochaines années. Ce qui compte avant tout, c’est le temps.

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Des armes maintenant. Des munitions maintenant. Une défense aérienne maintenant. Des capacités de production maintenant.

La provenance du matériel devient alors secondaire.

L’achat de systèmes américains ne contredit donc nullement une telle stratégie. L’autonomie stratégique constituerait un objectif à long terme. La préparation à la guerre d’ici à 2030 est une mission à moyen terme.

Et c’est ici que l’Ukraine acquiert également une seconde fonction.

Officiellement, il s’agit de défendre l’Ukraine. Dans le même temps, l’Union européenne affirme elle-même que l’expérience militaire et les innovations ukrainiennes en matière d’armement doivent être mises en relation avec l’industrie européenne de la défense. Ursula von der Leyen a déjà déclaré que l’Ukraine disposait de l’innovation et que l’Europe pouvait assurer le changement d’échelle — tout en renforçant ainsi sa propre défense.

On peut en déduire une hypothèse plus large:

L’Ukraine maintient la Russie engagée militairement, tandis que l’Europe gagne du temps pour reconstruire sa propre base militaire.

Il ne s’agit pas d’une stratégie secrète avérée. Mais cette fonction stratégique est difficile à ignorer.

Fait intéressant, Moscou décrit désormais cette évolution exactement de cette manière, mais en termes beaucoup plus tranchés. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, a déclaré en juin que la Russie partait du principe que l’Union européenne et l’OTAN se préparaient à une confrontation militaire «aux alentours de 2030». Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a, quant à lui, soutenu que l’Europe souhaitait plutôt «geler» le conflit ukrainien, gagner du temps et parvenir à sa propre aptitude au combat d’ici à 2030. Il s’agit d’interprétations russes, non de constatations factuelles indépendantes. Elles montrent toutefois comment le réarmement européen est perçu à Moscou.

Et c’est précisément là qu’apparaît un dangereux effet miroir.

La Russie considère elle aussi l’issue de la guerre en Ukraine comme une question stratégique existentielle. Du point de vue de Moscou, un cessez-le-feu dépourvu d’un nouvel ordre de sécurité ne serait peut-être qu’une pause durant laquelle l’Ukraine serait réarmée et intégrée plus étroitement aux structures militaires occidentales. De son côté, l’Union européenne déclare officiellement que, même après un cessez-le-feu, des garanties de sécurité à long terme et une capacité ukrainienne durable à dissuader la Russie resteraient nécessaires.

Les deux parties ne considèrent donc pas nécessairement la période suivant un éventuel cessez-le-feu comme une période de paix.

Elles pourraient la voir comme une phase de préparation en vue du prochain affrontement.

Dès lors, le réarmement européen prend lui aussi une autre signification.

Non pas :

Guerre en Ukraine → cessez-le-feu → nouvel ordre de sécurité européen.

Mais peut-être :

Guerre en Ukraine → gain de temps → réarmement européen → confrontation militaire durable avec la Russie.

Pour les institutions politiques européennes, cette évolution crée en outre un mécanisme classique de coûts irrécupérables.

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Plus les budgets, l’industrie, les infrastructures et les discours politiques seront orientés vers l’hypothèse d’une menace russe durable, plus il sera difficile de procéder ultérieurement à un changement de cap fondamental.

Car si une détente politique stable devait réellement s’instaurer, une question finirait inévitablement par se poser:

Pourquoi 5%? Pourquoi 800 milliards? Pourquoi cette mobilisation permanente?

Cela ne signifie pas pour autant que les responsables politiques européens «veulent» la guerre.

Mais cela signifie que les institutions, les budgets et la légitimation politique sont de plus en plus liés à une certaine perception de la menace. Et, comme on le sait, de telles structures développent leur propre inertie.

Peut-être faudrait-il donc considérer Readiness 2030 moins comme un projet de souveraineté stratégique européenne.

Peut-être s’agit-il avant tout d’une course contre la montre: l’Europe veut être militairement en mesure d’agir avant que l’Ukraine ne cesse de jouer son rôle de zone tampon militaire avancée.

Si cette hypothèse est juste, elle permet également d’expliquer la contradiction entre la grande rhétorique européenne sur l’autonomie et la dépendance persistante à l’égard des capacités américaines.

L’autonomie peut attendre.

2030, apparemment, ne le peut pas.

#géopolitique @global_affairs_byelena

La France des révoltes et l’illusion d’une convergence entre travailleurs et périphéries ethniques

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La France des révoltes et l’illusion d’une convergence entre travailleurs et périphéries ethniques

par Sergio Filacchioni 

Source: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/francia...

Rome, 3 octobre — Après le refrain selon lequel «en France, au moins, ils savent manifester», il en est un second qui accompagne désormais presque automatiquement chaque nouvelle flambée de contestation de l’autre côté des Alpes: la convergence. Le mot a refait surface ces derniers jours, tandis que le mouvement parti des lycées français s’étendait rapidement, passant d’une protestation contre le manque d’enseignants, la surpopulation et la dégradation des établissements à une mobilisation nationale qui, au 3 octobre, avait touché plus de 1200 écoles et entraîné plus de cinq mille arrestations. Syndicats, enseignants et organisations politiques ont progressivement rejoint un mouvement né avant eux, tandis qu’aux revendications scolaires se sont ajoutés incendies, affrontements et formes de violence urbaine que le gouvernement français a présentés comme un changement de nature de la contestation.

De là découle une image presque inévitable: les élèves commencent, les professeurs les rejoignent, les travailleurs se mettent en grève, les périphéries ethniques se mobilisent, et ce qui était un conflit particulier devient une opposition générale. Le verbe choisi par Ilaria Salis pour commenter les protestations françaises a d’ailleurs précisément été «élargir». C’est une image politiquement séduisante, comme toute utopie, car elle promet de résoudre par la quantité ce que la politique ne parvient plus à construire par l’organisation: si suffisamment de colères finissent par se retrouver dans la même rue, tôt ou tard naîtra aussi le sujet capable de les représenter. Seulement, l’histoire française des trente dernières années suggère exactement le contraire. Une révolte peut s’étendre sans converger, car occuper simultanément le même espace ne signifie pas partager la même conception du conflit, de l’État, du travail ou de l’ordre qui devrait lui succéder.

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Toutes les révoltes françaises ne sont pas une seule et même révolte

Depuis des décennies, la France connaît une récurrence du conflit social qui a peu d’équivalents en Europe. En 1995, les grèves contre le plan Juppé paralysèrent pendant plusieurs semaines une partie décisive du pays et contraignirent le gouvernement à retirer certaines des mesures prévues concernant les régimes de retraite des travailleurs des transports. Huit ans plus tard, ce furent les intermittents du spectacle qui paralysèrent festivals et institutions culturelles pour protester contre la réforme de leur régime de protection sociale, jusqu’à entraîner l’annulation du Festival d’Avignon de 2003. Vinrent ensuite les émeutes des banlieues de 2005, les grandes mobilisations contre les réformes des retraites et la loi Travail, les Gilets jaunes de 2018, la nouvelle bataille sur les retraites et, en 2023, les émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk, qui se propagèrent en l’espace d’une semaine à près de neuf cents communes françaises. Lue comme une séquence continue, cette histoire peut donner l’impression d’un mouvement unique qui referait périodiquement surface. En réalité, derrière la continuité des barricades se trouvent des mondes très différents.

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Le mouvement de 1995 appartenait encore pleinement à une culture du conflit organisé: cheminots, transports publics et autres secteurs de l’État disposaient de structures syndicales, d’assemblées, de représentants, d’objectifs définis et d’une mémoire des mobilisations antérieures. La radicalité ne consistait pas simplement à élever le niveau de l’affrontement, mais à parvenir à le maintenir assez longtemps pour le transformer en rapport de force. La protestation des intermittents de 2003, elle aussi, tout en donnant naissance à des coordinations capables d’agir en dehors des structures syndicales traditionnelles, conservait une composition identifiable et, surtout, un objet précis de conflit : le régime d’assurance-chômage d’une catégorie professionnelle qui connaissait parfaitement l’institution contre laquelle elle luttait.

Avec les émeutes des banlieues apparaît une autre forme. Le conflit devient plus territorial, générationnel et discontinu ; il peut se propager à une vitesse considérable, mais ne dispose pas nécessairement d’une organisation capable de transformer l’incendie en continuité. Les émeutes de 2023 en ont constitué une manifestation évidente : des centaines de communes touchées, des milliers de voitures incendiées, des mairies, des commissariats et d’autres bâtiments publics attaqués, mais aucune structure nationale issue de cette explosion et capable d’en préserver la force pour la transformer en programme. La différence ne réside donc pas entre une protestation policée et une protestation violente. Elle se situe entre un conflit qui possède une forme et un autre qui consume sa propre force au moment même où il la manifeste.

Quand la radicalité n’est plus qu’intensité

Telle est la limite de la forme-émeute, qui s’est progressivement imposée dans l’imaginaire de la contestation contemporaine. Sa force est évidente : elle ne nécessite pas d’appareils lourds, se diffuse rapidement, rend difficile toute prévision du lieu où l’affrontement éclatera et, grâce aux réseaux sociaux, peut déplacer en quelques heures des groupes de jeunes d’un établissement à l’autre ou d’un quartier à l’autre. La note des services de renseignement parisiens consacrée aux mobilisations actuelles décrit précisément TikTok et Snapchat comme des outils au moyen desquels les lycéens établissent des contacts et se prêtent mutuellement assistance lors des blocages. Dans le même document, le mouvement apparaît toutefois extrêmement fragmenté et difficile à contrôler, à tel point que la reconstitution proposée par Le Monde relativise la thèse gouvernementale d’une direction centrale de La France insoumise et évoque plutôt la tentative de la gauche radicale de se greffer sur une contestation qui avait déjà éclaté spontanément.

Le problème vient ensuite. La spontanéité peut déclencher un conflit, mais elle ne lui indique pas où aller. Un mouvement organisé cherche à préserver ses forces, à choisir ses objectifs, à empêcher que chaque provocation ne détermine l’orientation de la journée, à limiter les arrestations et les blessés qui ne produisent aucun avantage et, surtout, à maintenir un rapport entre les moyens employés et le but poursuivi. Le service d’ordre des anciennes mobilisations n’était pas seulement un vestige militariste de la politique du XXe siècle ; il indiquait que quelqu’un maîtrisait suffisamment le mouvement pour assumer la responsabilité de le discipliner. L’émeute renverse cette logique. La capacité à produire du désordre augmente tandis que celle de déterminer la signification politique de ce désordre s’affaiblit. Une nuit peut être beaucoup plus violente et, le lendemain matin, il peut y avoir beaucoup moins de choses à négocier.

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Le mouvement français de ces derniers jours rend cette contradiction particulièrement visible, puisqu’il est né de revendications scolaires élémentaires. Selon la reconstitution du Monde, le blocage initial de Créteil est parti sans partis ni syndicats, à l’initiative d’élèves exaspérés par les emplois du temps, le manque de professeurs, l’inadaptation des locaux et l’incertitude entourant leur avenir. Quelques jours plus tard, le gouvernement parlait d’un basculement vers les « violences urbaines », avec des établissements incendiés, des membres du personnel blessés et des groupes se déplaçant d’une école à l’autre.

Le paradoxe est difficile à ignorer : une protestation réclamant davantage d’enseignants peut finir par offrir sa scène à ceux qui agressent le personnel scolaire ou incendient une école. Non parce que ces deux phénomènes seraient nécessairement l’expression d’un même mouvement, mais précisément parce que, lorsqu’une direction reconnue fait défaut, l’espace ouvert par la protestation devient également accessible à ceux qui n’en partagent pas les revendications. Appeler tout cela « convergence », c’est résoudre par les mots une contradiction qui, politiquement, demeure intacte.

Les Gilets jaunes ont réussi là où la convergence devient difficile

Les Gilets jaunes constituent à cet égard un précédent beaucoup plus intéressant que les émeutes des banlieues, car ils ont, pendant un certain temps, construit un espace politique dans lequel des personnes issues de milieux différents pouvaient se reconnaître sans qu’un parti ait défini à l’avance la signification de leur présence. Le mouvement est né en 2018, en dehors des grandes structures syndicales et partisanes, autour du prix du carburant et de la situation économique de la France périphérique, avant d’élargir rapidement son champ aux inégalités, aux salaires, aux services publics, à la fiscalité, à l’immigration et à la représentation politique. Les revendications circulant au sein du mouvement étaient elles aussi difficiles à enfermer dans l’axe traditionnel droite-gauche. Les 42 revendications publiées en novembre 2018 comprenaient une hausse du salaire minimum, une plus grande progressivité fiscale, la défense des retraites, l’opposition aux délocalisations et à l’austérité, la protection des petites entreprises, le contrôle des élus et des mesures relatives à la question migratoire.

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La difficulté est apparue lorsqu’il a fallu passer de la présence à la représentation. Les tentatives de certains protagonistes de se présenter aux élections ou de parler au nom des Gilets jaunes se sont heurtées à une très forte résistance, tandis que des groupes comme celui de Commercy défendaient le principe d’assemblées populaires contre l’idée même que quelqu’un puisse facilement devenir le porte-parole du mouvement. C’est précisément ce passage qui montre à quel point la convergence est une construction politique et non une simple photographie sociale. Les Gilets jaunes sont parvenus à rassembler des intérêts différents précisément parce qu’ils ont suspendu, pendant un certain temps, la question de savoir qui devait les représenter ; lorsque cette question est devenue inévitable, toute la difficulté de transformer leur force en sujet stable est apparue. La véritable convergence a donc un coût. Elle exige de renoncer à une partie de ses propres catégories, d’accepter des éléments étrangers à son propre lexique et de trouver un intérêt commun suffisamment puissant pour unir ce qui demeure différent.

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La « maranza » révolutionnaire existe surtout dans l’esprit de ceux qui le cherchent

C’est ici que le débat français rejoint directement une tentation qui, ces dernières années, a également trouvé sa place en Italie: transformer la marginalité urbaine en sujet politique du simple fait qu’elle est marginale. La version la plus aboutie en a été élaborée par Houria Bouteldja dans Beaufs et barbares, publié en Italie sous un titre qui ne laisse aucune place à l’équivoque: Maranza di tutto il mondo, unitevi ! — « Maranzas de tous les pays, unissez-vous ! ». Le projet déclaré consiste à construire une alliance entre les « barbares » des périphéries postcoloniales et les « ploucs » issus du monde du travail pauvre européen, en réunissant les jeunes des deuxième et troisième générations, les travailleurs appauvris et d’autres laissés-pour-compte au sein d’un bloc capable d’affronter à la fois l’ordre économique et le « contrat racial ». Cette intuition contient une vérité matérielle et une erreur politique. La vérité est que la précarisation, la désindustrialisation, la crise du logement et la marginalité urbaine peuvent toucher des personnes qui n’ont pas les mêmes origines et les placer du même côté de certaines fractures économiques. L’erreur consiste à croire que cette position produit à elle seule le « nous » nécessaire pour les transformer en une force unique.

La conscience de classe n’est d’ailleurs pas la conséquence mécanique du solde d’un compte bancaire. Si tel était le cas, chaque crise économique aurait automatiquement provoqué une révolution et chaque périphérie aurait engendré la même politique. L’ancien mouvement ouvrier européen est devenu ce qu’il fut parce qu’il a construit tout un monde autour d’une condition économique : syndicats, coopératives, partis, sections, journaux, maisons du peuple, rites, symboles, disciplines et mémoires familiales. Il ne s’est pas contenté de constater que des millions de personnes étaient exploitées ; il leur a appris à interpréter cette exploitation de la même manière. Lorsque cette transmission se brise, la marginalité reste disponible pour des interprétations différentes, voire incompatibles. C’est précisément ce qui fragilise l’idée du « maranza » comme nouveau prolétaire. Le jeune qui vit aux marges de la ville, déteste la police, consomme des symboles de statut social et participe à une émeute ne franchit pas la première étape d’un parcours politique simplement parce qu’un intellectuel parvient à le faire entrer dans une catégorie marxiste. Il peut avoir des intérêts matériels communs avec un travailleur, mais aussi se faire une représentation complètement différente de l’autorité, de la propriété, de la communauté et même de ce qu’il considère comme une vie réussie.

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La même erreur était déjà perceptible dans l’interprétation des banlieues françaises. Entre la génération de la Marche pour l’égalité de 1983 et celle des émeutes de 2005, ce ne sont pas seulement les conditions matérielles qui ont changé, mais aussi les structures par lesquelles ces conditions se transformaient en action collective. La sociologie française a précisément insisté sur la rupture générationnelle des formes associatives et politiques dans les périphéries. Ce qui demeure constant, c’est la marginalité ; ce qui change radicalement, c’est la manière dont elle se transforme en comportement public. C’est pourquoi deux groupes peuvent avoir des raisons différentes de haïr le même ordre sans avoir aucune raison d’en construire ensemble un nouveau.

La convergence est le problème, non la solution

La France insoumise semble aujourd’hui consciente d’au moins la première moitié du problème. Elle n’a pas besoin d’avoir organisé les blocages des lycées pour en comprendre le potentiel ; elle doit devenir la force capable de leur donner un sens avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. Le gouvernement Lecornu a accusé LFI et les milieux d’ultragauche d’être à l’origine des protestations. Toutefois, la note des services de renseignement parisiens utilisée pour étayer cette interprétation ne concerne que la Seine-Saint-Denis et, comme l’a fait observer Le Monde, elle documente surtout la présence d’organisations désireuses de tirer parti d’une mobilisation fragmentée et déjà en cours. Cette stratégie est politiquement compréhensible, mais elle demeure un pari. Une protestation scolaire peut être reliée aux coupes budgétaires ; celles-ci, aux conditions de travail dans la fonction publique ; le travail public, à la politique économique du gouvernement ; et, à partir de là, on peut tenter de construire un front général. Mais plus ce front s’élargit, moins il est possible de tenir pour acquis que tous ceux qui le rejoignent partagent la même interprétation du conflit.

C’est précisément ici que le rêve de la « convergence » devient un raccourci lexical servant à appeler « unité » ce qui n’est encore que proximité, «conscience» ce qui peut n’être qu’un simple ressentiment, et «politique» ce qui ne demeure parfois qu’une pure et simple disposition à l’affrontement. Au cours des trente dernières années, la France a connu des grèves capables de faire plier les gouvernements, des révoltes urbaines sans représentation, des coordinations professionnelles, des mouvements transversaux et des émeutes capables de se propager dans des centaines de villes. Il n’existe aucune ligne ascendante conduisant naturellement d’une forme à l’autre. Au contraire, cette succession montre combien il est rare que l’intensité, l’étendue et la forme politique parviennent réellement à coïncider.

Le problème de ceux qui rêvent d’une convergence entre travailleurs, étudiants et populations marginalisées des métropoles réside alors dans l’ordre des opérations : ils imaginent d’abord l’utopie, puis cherchent à plier la réalité à cette image. C’est l’acte typique de la superstition marxiste, qui consiste à croire en l’existence d’une « conscience naturelle » des exploités, des marginaux et des plus démunis, qu’il suffirait de faire émerger.

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L’histoire n’est pas mue uniquement par des intérêts matériels

Il est inutile de répéter qu’une communauté politique, aussi large soit-elle, ne naît pas seulement parce qu’un nombre suffisant de personnes sont en colère au même moment. Elle naît lorsque cette colère acquiert une mémoire, une discipline, un langage et une mesure commune de ce qu’il vaut la peine de défendre et de construire. L’ancienne politique le savait bien; la culture de l’émeute, au contraire, tend à confondre l’absence de forme avec la liberté à l’égard de toute forme. Et c’est ici que la rhétorique de la gauche se heurte à sa limite la plus profonde: l’histoire n’est pas mue uniquement par des intérêts matériels. Les appartenances, les identités ethniques et communautaires, la religion, les fidélités, les hostilités et les pulsions continuent d’agir sans se laisser ordonner selon la simple opposition entre le haut et le bas.

Dans les révoltes françaises de ces derniers jours, la contradiction atteint le paradoxe d’écoles incendiées et de membres du personnel agressés au sein d’une mobilisation née avant tout pour réclamer davantage d’enseignants et de meilleures conditions scolaires. En somme, nous avons là la démonstration qu’un élargissement peut se produire sans parvenir à engendrer la convergence tant rêvée. Et tant que l’on continuera de confondre la capacité d’incendier le même espace avec la volonté d’habiter le même monde, ce mot servira surtout à dissimuler le problème qu’il prétend avoir résolu.

La société anesthésiée: distraction, fragmentation et contrôle social

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La société anesthésiée: distraction, fragmentation et contrôle social

Par Marcelo Ramírez

Source: https://noticiasholisticas.com.ar/la-sociedad-anestesiada...

Le problème de notre époque ne peut se résumer à une prétendue diminution de l’intelligence. La société contemporaine conserve d’immenses capacités cognitives, techniques et professionnelles. Des millions de personnes maîtrisent des procédures complexes, utilisent des technologies sophistiquées, administrent des ressources et résolvent les difficultés du quotidien. Pourtant, ces mêmes personnes mobilisent de moins en moins ces capacités pour comprendre le monde dans lequel elles vivent, établir des liens de causalité, hiérarchiser l’information et agir en fonction des conséquences à long terme. La dégradation actuelle est fonctionnelle, car elle affecte l’attention, la mémoire, le jugement et la volonté politique sans empêcher la machine économique de continuer à fonctionner.

Cette transformation produit un individu efficace dans l’accomplissement de tâches délimitées, mais vulnérable face aux processus qui déterminent sa vie. Il peut travailler, consommer, s’endetter, voter et donner son avis, mais éprouve de plus en plus de difficultés à reconstituer le lien entre une décision économique, une structure de propriété, une politique publique et leurs effets sociaux. L’abondance de données ne corrige pas cette faiblesse ; au contraire, elle l’accentue souvent, car l’information parvient sous une forme fragmentée, décontextualisée et soumise à une concurrence permanente pour capter l’attention.

Pendant des siècles, une part importante de la culture populaire a conservé une aspiration symbolique à l’élévation. Lire, apprendre un métier, connaître l’histoire, s’exprimer avec précision, écouter quelqu’un qui en savait davantage et comprendre la politique étaient des comportements associés au progrès personnel, même si cet idéal n’a jamais été universel et a toujours coexisté avec l’ignorance, la frivolité et les divertissements futiles. La différence actuelle réside dans l’échelle et dans la fonction. La banalité a cessé d’occuper les marges du temps libre pour devenir l’un des principes organisateurs de la vie quotidienne.

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Une personne peut passer quatre, cinq ou six heures devant un écran, recevoir des centaines d’images, entendre des centaines de phrases et terminer sa journée sans avoir assimilé une seule idée structurée. Jamais autant d’informations n’ont été disponibles, et rarement elles ont été consommées de façon aussi superficielle. La culture numérique a multiplié les possibilités d’accès à la connaissance, mais elle a également perfectionné une économie qui tire profit de l’interruption de la concentration, de la stimulation de l’anxiété et de la transformation de chaque seconde d’attention en marchandise.

La première dégradation touche la capacité de concentration. TikTok, les Reels, les Shorts, les notifications, les titres, les mèmes, les vidéos accélérées et les extraits d’entretiens entraînent l’esprit à changer d’objet toutes les quelques secondes. Le cerveau apprend alors le comportement qu’il pratique et, après des années de consommation fragmentaire, le maintien d’une activité continue commence à provoquer de l’inconfort : lire vingt pages, écouter une conférence, suivre un raisonnement complexe, regarder un film sous-titré ou accorder dix minutes à un argument avant de le juger.

Cet inconfort est souvent confondu avec une incapacité, alors que, dans de nombreux cas, il traduit une perte d’entraînement cognitif. L’attention fonctionne comme une discipline et s’affaiblit lorsque l’ensemble de l’expérience culturelle récompense le passage immédiat au stimulus suivant. Le résultat politique est profond : celui qui perd la capacité de suivre une explication complexe a besoin que le monde soit réduit à des slogans simples tels que « bon ou mauvais », « héros ou traître », « victime ou oppresseur », « démocrate ou fasciste », « Occident ou dictature ». Le slogan remplace l’argument et la politique devient une gestion émotionnelle des masses.

Le divertissement participe à cette transformation. Les contenus triviaux ont toujours existé, et le repos fait partie d’une vie saine. Le problème apparaît lorsque, comme nous l’avons vu, la majeure partie de l’expérience culturelle s’organise autour du futile et lorsque le divertissement cesse d’offrir une pause face à la réalité pour prendre sa place. Scandales de célébrités, défis absurdes, plaisanteries humiliantes, étalages de consommation et comportements dangereux rivalisent pour obtenir quelques secondes de visibilité. Leur objectif commun est de capter l’attention.

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La reconnaissance sociale, qui pouvait autrefois s’obtenir par le savoir, le prestige professionnel, le courage, le service rendu à la collectivité ou la création artistique, peut désormais être acquise par une brève irruption dans le flux collectif. Cette logique provoque une inflation des comportements extrêmes : si une imprudence filmée génère davantage de vues qu’une explication rigoureuse, le système d’incitation est établi. La plateforme n’a pas besoin d’ordonner des comportements dégradants ; il lui suffit de les récompenser.

C’est ainsi que se forme la stupidité fonctionnelle. Une personne peut conserver ses aptitudes professionnelles tout en renonçant à la pensée autonome, en adoptant des opinions préfabriquées, en répétant des phrases, en défendant des positions qu’elle n’a jamais examinées, en s’indignant du sujet que l’algorithme lui a présenté ce matin-là et qu’elle oubliera dès l’arrivée de la polémique suivante. L’économie a besoin d’individus capables de produire et de consommer. Le pouvoir tire profit du fait que ces mêmes individus manquent d’intérêt, de temps ou d’habitudes pour comprendre.

L’identité politique a progressivement été remplacée par une identité de consommateur. La question de la société que l’on souhaite construire a cédé du terrain à une autre question, plus immédiate et plus pressante : que puis-je acheter ? Une maison, une automobile, un téléphone dernier cri, un voyage, des vêtements, un corps, des expériences, des restaurants, des abonnés. Toute la vie commence à se mesurer à l’aune de signes extérieurs de réussite, et l’horizon existentiel se réduit à l’accumulation privée.

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Cette réduction affaiblit ainsi l’idée d’un destin collectif. La détérioration de l’hôpital public paraît lointaine tant que l’on dispose d’une médecine privée ; la dégradation de l’enseignement perd de son urgence pour celui qui peut payer une école privée ; l’insécurité devient le problème des autres tant que l’on vit dans un quartier protégé ; la précarisation du travail émeut peu tant qu’elle touche autrui. Une privatisation psychologique de l’existence s’installe : ma maison, mon argent, mon corps, mes vacances, ma famille, mes problèmes. Le reste devient un décor, un film que nous regardons depuis notre confort individuel.

Le narcissisme parachève ce déplacement. Les réseaux sociaux ont approfondi une transformation culturelle antérieure en convertissant la vie personnelle en produit. La personne se photographie, s’exhibe, se compare et se mesure. Elle compte ses abonnés, ses voyages, ses biens, ses muscles, ses expériences et ses adhésions. Chaque élément de l’identité peut être transformé en signe public, et chaque signe doit être validé. L’appartenance à une communauté cède du terrain devant la gestion permanente de soi.

Il en résulte une société à la fois connectée et atomisée, où des milliers de contacts coexistent avec peu de relations solides, des milliers d’opinions avec peu de convictions et des milliers d’images avec peu d’expériences partagées. La connexion technique facilite les contacts, mais ne crée pas à elle seule une communauté, car une communauté exige de la continuité, des obligations mutuelles, une mémoire, de la confiance et une capacité de sacrifice. Ces dispositions entrent en tension avec une culture centrée sur la satisfaction immédiate et l’optimisation individuelle.

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L’empathie est un autre facteur qui se détériore lorsque l’individu devient un spectateur permanent. Une guerre, un meurtre, une catastrophe, un enfant blessé ou une personne humiliée apparaissent dans le même flux qu’une publicité, une danse ou un animal amusant ; cette succession élimine ainsi le contexte moral. La tragédie devient un stimulus parmi d’autres, et le geste consistant à faire glisser le doigt ou la souris remplace le temps nécessaire à la compréhension. L’accoutumance à l’horreur ne rend pas automatiquement les individus cruels ; elle produit un phénomène plus répandu : une sensibilité saturée, qui reconnaît la souffrance puis passe immédiatement à autre chose.

La dispersion de l’attention se conjugue à la division horizontale de la société. Générations, identités, modes de vie, tribus culturelles et communautés numériques dialoguent principalement avec elles-mêmes. Chaque groupe reçoit un langage, un répertoire de griefs et un ensemble d’ennemis. La société peut parler de politique toute la journée sans jamais discuter du pouvoir réel : qui possède les ressources, qui décide des investissements et des orientations, qui s’approprie les gains de productivité, qui contrôle les infrastructures et qui fixe les règles.

L’identitarisme contemporain en fournit un exemple central. La lutte contre des discriminations concrètes fait partie de toute société qui aspire à la justice. Le problème apparaît lorsque ces revendications se transforment en une taxonomie morale capable d’ordonner l’ensemble de la vie sociale en catégories rigides de victimes et de bourreaux. Le sexe, le genre, la race, l’origine, l’orientation et l’identité culturelle en viennent à fonctionner comme des positions prédéterminées à partir desquelles sont attribuées la légitimité, la culpabilité et l’autorité.

Cette logique peut opposer des groupes qui partagent objectivement les mêmes conditions matérielles. Deux travailleurs dont les salaires se sont dégradés finissent par se considérer comme des adversaires culturels ; des hommes et des femmes soumis à la même précarisation sont incités à interpréter leur relation comme une guerre structurelle. L’énergie politique se déplace vers le langage, les pronoms, la représentation symbolique, l’identité d’un acteur ou la composition démographique d’une campagne publicitaire. Pendant ce temps, la propriété, la concentration économique et la répartition des richesses demeurent intactes et toujours plus éloignées de l’examen public.

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Le capitalisme d’entreprise a rapidement compris qu’il pouvait absorber cette révolution symbolique. Une entreprise peut afficher une diversité irréprochable tout en maintenant des conditions de travail abusives. Elle peut orner son logo des couleurs d’une cause, se soustraire à l’impôt et accroître la concentration du marché ; elle peut intégrer toutes les identités imaginables à une publicité sans modifier l’identité des propriétaires de l’entreprise. La représentation modifie les images et les possibilités individuelles ; la transformation matérielle modifie les rapports de pouvoir. Confondre ces deux échelles permet de présenter une adaptation culturelle comme un changement structurel.

La fragmentation identitaire intègre en outre une forme de surveillance sociale, car le contrôle circule entre les citoyens par l’intermédiaire de sanctions réputationnelles, de l’opprobre public, de l’isolement professionnel et de l’exclusion de certains espaces. Une étiquette peut se substituer à l’argument. Des termes tels que « raciste », « misogyne », « transphobe », « fasciste » ou « négationniste », employés pour clore automatiquement le débat, interrompent des discussions qui devraient être tranchées par l’examen des faits et des raisonnements. La peur de la sanction engendre l’autocensure et appauvrit la capacité collective à formuler des questions difficiles.

Les universités, les jeunes, les intellectuels, les artistes, les journalistes et les mouvements sociaux — secteurs historiquement associés à la production de la dissidence — peuvent consacrer une quantité considérable d’énergie à surveiller leur propre pureté idéologique. Les querelles internes occupent le devant de la scène tandis que progressent l’automatisation, la financiarisation, la concentration économique et la précarisation du travail. Le pouvoir est moins exposé lorsque ceux qui pourraient le critiquer sont accaparés par des combats latéraux et que le vocabulaire radical se substitue à la capacité d’organisation.

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La conséquence politique de ce processus est une population fatiguée, distraite et résignée, peuplée de citoyens apathiques qui peuvent se méfier du système, haïr leurs dirigeants et savoir qu’ils vivent moins bien. Mais l’apathie n’exige pas le consentement ; elle exige l’inaction. C’est pourquoi ses formules caractéristiques expriment une impuissance acquise : ils sont tous pareils, rien ne change, cela a toujours été ainsi, moi, je m’occupe de mes affaires.

Cette dernière formule représente une victoire totale de la dépolitisation. Une société peut connaître vingt années de détérioration économique et y répondre par des stratégies privées d’adaptation : un second emploi, l’émigration, l’achat de dollars, les cryptomonnaies, les plateformes, les livraisons ou l’entrepreneuriat. Chacune de ces réponses peut être rationnelle d’un point de vue individuel, mais leur généralisation révèle la disparition de la question collective. L’interrogation sur les causes de l’appauvrissement est remplacée par la recherche d’une issue personnelle.

Les réseaux sociaux offrent un mécanisme efficace de défoulement. Les gens se plaignent, insultent les responsables politiques, partagent des dénonciations, publient des mèmes et participent à des discussions interminables. L’individu a le sentiment d’avoir réagi parce qu’il a exprimé son indignation, tandis que la structure demeure intacte. Une catharsis sans action se produit et peut remplir une fonction stabilisatrice : le mécontentement se libère symboliquement avant de se transformer en organisation, en discipline, en stratégie ou en construction institutionnelle.

Même la consommation intensive de contenus politiques peut devenir un divertissement idéologique. Une personne écoute pendant des heures des commentateurs qui confirment exactement ce qu’elle pense déjà. Elle s’indigne, partage et discute ; elle éprouve le sentiment de participer chaque jour à une bataille historique tout en demeurant immobile devant un écran. L’information politique perd sa fonction lorsqu’elle ne modifie ni les critères de jugement, ni les liens, ni les priorités, ni les capacités. Elle alimente une identité et une émotion, mais ne produit aucun pouvoir social.

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La manipulation contemporaine exploite cette faiblesse. Il n’est pas nécessaire de convaincre profondément toute la population ; il suffit d’administrer son attention. Un scandale chasse le précédent, une guerre en efface une autre, une polémique culturelle domine l’espace public pendant quarante-huit heures et une provocation délibérée contrôle la conversation durant plusieurs jours. La saturation produit de l’amnésie, et chaque événement semble repartir de zéro, faute d’une mémoire suffisante pour le relier à une séquence.

Le contrôle social adopte alors une forme sophistiquée de brouillage. Les transformations structurelles se produisent au vu et au su de tous, entourées de milliers de stimuli secondaires. Une célébrité éclipse une crise économique, et une querelle verbale occupe des semaines tandis que se prennent des décisions qui auront des conséquences pendant des décennies. Il n’est plus indispensable de dissimuler les faits ; il suffit de les présenter comme ennuyeux, trop complexes, lointains ou inévitables, et de veiller à ce qu’il y ait toujours quelque chose de plus attrayant à regarder.

L’anesthésie s’approfondit avec la disparition des projets historiques. L’industrialisation, le développement national, l’État-providence, l’intégration continentale, la conquête spatiale, le socialisme, la modernisation et la libération nationale ont offert des horizons capables de mobiliser des générations entières. Ces projets pouvaient être contradictoires et engendrer des conflits, mais ils situaient la politique sur le terrain de l’avenir, obligeant à débattre du pays et de la société qui devraient exister vingt ou trente ans plus tard.

Une grande partie de la politique contemporaine se contente, en réalité, d’administrer le présent. L’urgence économique enferme des millions de personnes dans la question de savoir comment finir le mois. Cette préoccupation est parfaitement compréhensible et absorbe l’énergie disponible. Sa généralisation produit cependant un effet dévastateur : une société incapable d’imaginer l’avenir finit par administrer son propre déclin. L’absence d’horizon transforme chaque renoncement en adaptation réaliste et chaque recul en fatalité.

La culture adulte accompagne ce processus par une infantilisation croissante : langage simplifié, conflits réduits à des personnages bons ou mauvais, besoin permanent de divertissement, faible tolérance à l’ennui et à la frustration, gratification immédiate, recherche constante d’approbation et difficulté à différer les récompenses. Ces dispositions alimentent d’immenses industries, car elles correspondent au consommateur idéal : impulsif, anxieux, porté à la comparaison, insatisfait et facile à stimuler.

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L’intelligence artificielle met en évidence la gravité du problème. Cette technologie peut transformer le marché du travail, l’éducation, l’administration, la production intellectuelle, la culture, la guerre et la structure économique. Une société politiquement éveillée devrait débattre de ceux qui posséderont ces systèmes, de ceux qui s’approprieront les gains de productivité, de la manière dont les revenus seront répartis et de ce qui se produira lorsqu’une entreprise qui avait besoin de mille salariés pourra fonctionner avec cent.

Il s’agit de questions d’ordre civilisationnel, mais elles sont reçues par une culture qui reste fragmentée en circuits de distraction. Un groupe regarde de courtes vidéos, un autre consomme des séries ou du football, ou se concentre sur les paris. Certains participent aux guerres culturelles ou s’immergent pendant des heures dans des contenus politiques partisans. La distraction varie selon l’âge, la classe sociale et l’appartenance culturelle. Le mécanisme demeure constant, et chaque groupe reçoit sa propre dose d’anesthésie.

Ceux qui tentent d’échapper à cette dynamique se heurtent à l’isolement. S’ils perçoivent des processus inquiétants et essaient de les expliquer, ils obtiennent des réponses prévisibles : cela a toujours été ainsi, n’exagère pas, on ne peut rien y faire, arrête de trop réfléchir. Une personne isolée peut parfaitement comprendre un problème tout en se sentant incapable de le modifier. Mais la répétition de cette expérience engendre le découragement, puis la résignation et, finalement, le silence.

La phrase « cela ne sert à rien » peut se révéler plus efficace qu’une interdiction : elle est mortelle. Une personne convaincue qu’elle peut changer quelque chose constitue un sujet politique potentiel. En revanche, une personne persuadée que rien ne peut changer s’immobilise d’elle-même. Elle conserve des libertés formelles, peut écrire, voter, manifester et insulter le gouvernement, mais elle a perdu l’espoir d’une efficacité collective. Or cette perte détruit le lien entre la conscience et l’action.

L’architecture d’ensemble combine plusieurs processus qui se renforcent mutuellement. Une attention moindre entraîne moins de lecture, moins de connaissances et une dépendance accrue aux slogans. Un narcissisme plus prononcé engendre moins de solidarité, moins d’organisation et une moindre capacité politique. Une précarité accrue provoque fatigue, repli individuel et résignation. La banalisation détruit les hiérarchies intellectuelles ; le consumérisme remplace le citoyen par le consommateur ; la guerre culturelle détourne l’indignation ; la surveillance morale engendre l’autocensure ; la saturation empêche la construction d’une mémoire ; l’isolement démoralise ceux qui tentent encore de comprendre.

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Il en résulte une population cognitivement fragmentée, culturellement appauvrie, socialement atomisée, émotionnellement stimulée, économiquement anxieuse et politiquement résignée. Elle peut être profondément insatisfaite tout en demeurant immobile ; constater qu’elle perd des droits, du pouvoir d’achat, de la stabilité et sa capacité de décision, sans transformer ce malaise en explication cohérente, cette explication en conscience commune, et cette conscience en organisation.

La forme contemporaine de domination peut coexister avec les élections, Internet, la liberté d’expression, des millions de médias et une quantité pratiquement illimitée d’informations. La liberté politique exige davantage que l’absence de censure : elle requiert la capacité de comprendre, d’établir des priorités, de s’associer, d’entretenir des liens et d’agir. Lorsque ces capacités se dégradent, les institutions formelles subsistent tandis que diminue le pouvoir effectif de la société de décider de son avenir.

Telle est la dernière contradiction. L’humanité dispose de la plus vaste infrastructure de connaissances de son histoire et l’utilise, dans une large mesure, pour consommer des stimuli de quelques secondes. Elle prend connaissance d’une injustice survenue à dix mille kilomètres et l’oublie avant de l’avoir comprise ; elle se connecte à des continents entiers, mais s’enferme dans une identité soigneusement mise en scène.

En définitive, elle peut être libre de s’informer tout en perdant le désir, l’habitude et le temps nécessaires pour le faire.

La domination la plus efficace construit une société dans laquelle penser paraît ennuyeux, inutile ou trop difficile. Le pouvoir n’a pas besoin d’être aimé ni de convaincre tout le monde que les choses fonctionnent. Il lui suffit d’une population distraite, individualisée, épuisée et persuadée que rien d’important ne dépend d’elle. Il suffit que ceux qui pourraient remettre en cause la structure se combattent entre eux, que ceux qui perçoivent le problème se sentent seuls et que l’indignation soit intense mais fragmentaire.

La société peut alors discuter en permanence pendant que d’autres décident. Une personne peut se sentir rebelle tout en restant politiquement inoffensive et contempler sa propre spoliation, en comprenant vaguement ce qui est en train de se produire, puis, quelques secondes plus tard, recommencer à faire défiler l’écran vers le stimulus suivant.

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La dissonance cognitive comme mécanisme de contrôle

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La dissonance cognitive comme mécanisme de contrôle

Mattias Forsgren

Source: https://mattiasforsgren.substack.com/p/kognitiv-dissonans...

Lorsqu’une catastrophe annoncée ne se produit pas, il arrive quelque chose d’inattendu aux convictions des gens. C’est précisément ce que le psychologue social américain Leon Festinger et ses collègues découvrirent en 1954 lorsqu’ils infiltrèrent une petite secte apocalyptique du Minnesota.

Le groupe croyait qu’une immense inondation ravagerait la Terre le 21 décembre et que des extraterrestres sauveraient les croyants. Lorsque rien ne se produisit, les membres ne furent pas désillusionnés – ils devinrent encore plus convaincus. Ils se mirent à recruter de nouveaux adeptes avec une énergie renouvelée et élaborèrent de nouvelles explications pour justifier le fait que la prophétie ne s’était pas réalisée.

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Dans l’ouvrage classique When Prophecy Fails (1956), Festinger montra que la dissonance cognitive – le malaise psychologique qui survient lorsque la réalité entre en conflit avec une conviction profondément ancrée – n’est souvent pas surmontée en abandonnant cette conviction. Au contraire, l’être humain gère ce malaise en renforçant sa croyance, en rationalisant l’échec et en accroissant son engagement.

Ce mécanisme s’est par la suite révélé extrêmement utile bien au-delà des petites sectes religieuses. Dès les années 1920, des théoriciens de la propagande tels que Harold Lasswell et Edward Bernays expliquaient comment exploiter les tensions psychologiques internes, l’ambivalence et le besoin d’harmonie mentale des individus afin d’orienter l’opinion publique dans les sociétés dites démocratiques.

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Lasswell définissait la propagande comme « la gestion des attitudes collectives par la manipulation de symboles significatifs ». Bernays allait encore plus loin et décrivait un « gouvernement invisible » qui façonne le consentement en exploitant des motivations et des émotions inconscientes. Steven Hassan a montré par la suite comment le gaslighting (*), en provoquant une dissonance cognitive, était devenu une technique centrale aussi bien dans les sectes que dans les opérations politiques d’influence de masse.

Aujourd’hui, nous voyons cette technique employée avec Vladimir Poutine dans le rôle principal. Les médias et les faiseurs d’opinion occidentaux présentent un récit contradictoire qui porte toutes les marques d’un produit délibérément construit à partir des méthodes développées pour diriger la «démocratie». D’un côté, Poutine est un homme mourant: cancer, maladie de Parkinson, accident vasculaire cérébral, sosies et « seulement quelques mois à vivre » font régulièrement les gros titres depuis plus d’une décennie. De l’autre, Poutine constitue une menace apocalyptique qui serait actuellement en train de conquérir l’Europe, de manipuler les élections occidentales et de représenter la plus grande menace pour la civilisation depuis les années 1930.

Lorsque Poutine réapparaît vivant et prend la parole après la dernière prédiction de sa mort, le récit ne disparaît pas. Il est immédiatement reformulé: «Il est faible, mais c’est précisément pour cette raison qu’il est plus dangereux que jamais». Le verdict de mort n’est pas considéré comme la preuve d’une couverture médiatique erronée, mais comme une raison supplémentaire d’agir immédiatement. La dissonance entre le «dictateur faible et décadent» et la «menace mondiale toute-puissante» est surmontée en liant encore plus étroitement le public au message général: la Russie constitue une menace existentielle qui exige des sanctions, des livraisons d’armes, des budgets de défense élevés et de la méfiance envers toute voix critique.

04381c3fbcefb8939afe5820e34a64f0.jpgIl s’agit d’une forme sophistiquée de gaslighting collectif. Le lecteur doit porter cette contradiction en lui et apprend à gérer la tension en acceptant la ligne politique qui en découle. Comme dans la secte étudiée par Festinger, l’investissement dans le récit – en temps, en identité et en conviction morale – devient si important qu’il est psychologiquement coûteux de l’abandonner.

Les techniques décrites par Lasswell, Bernays et, plus tard, Hassan sont ici systématisées: créer une dissonance, présenter la solution politique comme la seule issue possible et stigmatiser ceux qui refusent de jouer le jeu.

Cette prophétie concernant Poutine est flexible et éternelle: elle ne peut jamais être entièrement réfutée. Pendant que nous attendons le prochain gros titre annonçant sa mort ou la prochaine «invasion», le mécanisme continue de remplir sa fonction: nous maintenir engagés, effrayés et fidèles au cadre mis en place pour diriger la «démocratie» moderne.

Il est peut-être grand temps de nous demander: qui profite réellement du fait que nous ne soyons jamais autorisés à quitter la secte apocalyptique?

Permettez-moi, dans ce contexte, de rappeler l’excellent article de Kamal El Salim paru dans le quatrième numéro de Parabol en 2024:

- « Après avoir examiné 671 unes – aussi bien ce que l’on appelle l’“etta”, c’est-à-dire l’information principale de la page, que ce que l’on appelle le “puff”, une accroche –, le résultat est clair. Sur 586 d’entre elles, soit pas moins de 87%, le président russe Vladimir Poutine est mentionné.

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- 174 unes affirment que Poutine perdra la guerre. En voici quelques exemples: “Trois experts de la Russie: cela pourrait être la fin de Poutine”, “Magnus Falkehed: c’est le début de la fin pour Poutine”, “Mats Larsson: LA NOUVELLE LOI MONTRE LE DÉSESPOIR DE POUTINE” et “Un expert: POUTINE PEUT TOMBER À TOUT MOMENT”.

- Ces prédictions se sont succédé pendant toute la durée de la guerre, sans qu’aucune d’entre elles ne se réalise.

- 23 unes affirment que Poutine souffre d’une maladie grave ou de troubles mentaux.

- 121 titres présentent Poutine comme une menace pour la Suède, souvent en associant cette menace à l’OTAN dans le rôle du sauveur. »

Cf. : https://www.parabol.press/tva-ar-med-expressen-586-lop.../

Personne n’échappe aux manchettes !

hantise_affiche.jpgNote:

(*) Le gaslighting consiste à manipuler délibérément et systématiquement une autre personne afin de l’amener à douter de sa propre perception de la réalité, de sa mémoire et de sa raison. Il s’agit d’une forme de violence psychologique dont le but est de créer de la confusion et de l’incertitude afin d’exercer un contrôle. Le terme est tiré du célèbre film Gaslight (Hantise) de 1944. Dans ce film, un mari manipule sa femme, notamment en diminuant l’intensité de l’éclairage au gaz dans leur maison, puis en affirmant qu’elle ne fait qu’imaginer les choses lorsqu’elle lui fait remarquer que la lumière faiblit.

lundi, 05 octobre 2026

Élections à la Douma d’État: la «démocratie russe» face à la démocratie occidentale

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Élections à la Douma d’État: la «démocratie russe» face à la démocratie occidentale

Réflexions sur les récentes élections en Russie

Alexandre Douguine

Présentateur (Alexeï Krassilnikov) : Selon les chiffres que Maria Romanova vient d’annoncer au journal, le taux de participation s’est établi à 59%, tandis qu’il a atteint près de 91% pour le vote en ligne. D’après Ella Pamfilova, Russie unie recueille 57,83% des voix et arrive en tête dans 208 circonscriptions uninominales; elle devrait obtenir 355 sièges. Le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) obtient 13,81%, et le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR) presque 9% — ce qui représente d’ailleurs une progression notable: lors des élections précédentes, sous Vladimir Jirinovski, son résultat était inférieur d’environ un point et demi. «Gens nouveaux» recueille 7,96%. Pour l’instant, Russie juste ne franchit pas le seuil électoral: il ne lui manque que quelques centièmes de point. Nous attendons les résultats définitifs après le dépouillement de tous les bulletins; ces chiffres correspondent à 95,18% des bulletins dépouillés.

Nous allons tout examiner en détail: le fond, la forme et le contexte dans lequel se sont déroulées ces journées de vote.

Présentateur: Alexandre Guelievitch, sur quoi attireriez-vous l’attention? Peut-être moins sur les résultats des partis — environ 5% seulement des bulletins ayant encore été dépouillés — que sur les événements marquants qui ont accompagné ces trois jours, ainsi que le vote anticipé qui les a précédés, avec des urnes mobiles?

Alexandre Douguine : Le contexte dans lequel se sont déroulées les élections a été véritablement héroïque. Au cours de la dernière nuit précédant le dimanche, le régime de Kiev a lancé une attaque massive: plus d’un millier de drones ont été dirigés contre la Russie et, d’après Pamfilova, 76 bureaux de vote ont été endommagés. L’Ukraine et l’Occident qui la soutient ont tenté de faire échouer les élections — de les rendre impossibles, chaotiques et illégitimes, de faire en sorte qu’elles n’aient tout simplement pas lieu. Ils n’y sont pas parvenus, et c’est très important. Nous avons organisé ces élections de manière ordonnée, résolue et unie, en démontrant notre détermination, notre sens de l’organisation et notre discipline — aussi bien ceux de la population que ceux de l’État et de l’administration. À mon sens, il s’agit d’une victoire modeste, mais réelle, dans la guerre morale que nous menons contre l’Occident et le régime nazi de Kiev.

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Venons-en maintenant aux résultats. Il convient ici de rappeler une publication judicieuse d’Alexeï Tchadaïev. Aujourd’hui, beaucoup ont du mal à commenter les élections: tous les partis qui y participent sont patriotiques, tous soutiennent le président et l’opération militaire spéciale, et tous sont unanimes sur les principales questions de politique nationale et de vision du monde. Tchadaïev est l’un des acteurs les plus remarquables du développement de nos systèmes sans pilote; c’est un ingénieur qui a participé dès l’origine à la création d’un puissant réseau de tels systèmes et, à mon avis, un politologue de grand talent. Il a relevé un point important: les gens votent pour Russie unie parce que le nom même de ce parti exprime une forme de dépassement des partis, ainsi que l’absence de démocratie parlementaire.

L’idée est que la Russie doit être unie, tandis que la fragmentation du système politique en factions, en composantes et en partis produit, au fond, de la désunion — alors que Russie unie propose de rassembler. C’est un parti qui propose, en substance, de mettre de côté la démocratie représentative et libérale de type occidental pour rechercher la voie menant à l’authentique démocratie russe, dans laquelle l’unité prime sur tout. C’est l’exact opposé de la théorie occidentale de la démocratie libérale propre à l’époque moderne, selon laquelle plus la séparation des pouvoirs — exécutif, législatif et judiciaire — est forte, et plus ceux-ci se limitent mutuellement, mieux c’est.

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Je ne pense pas que les électeurs étudient en profondeur le programme de Russie unie. Ce qui compte, c’est le nom lui-même et le fait que le parti soutienne ouvertement Poutine et l’opération militaire spéciale. Les cinq premières personnalités de sa liste ont également revêtu une portée symbolique: Lavrov; Vladislav Golovine, héros de l’opération militaire spéciale; Maria Lvova-Belova, déléguée auprès du président aux droits de l’enfant; et le correspondant de guerre Evgueni Poddoubny — autrement dit, des personnes que le peuple comprend. C’est un parti solidaire de l’État et de son dirigeant, et il possède quelque chose qui transcende les partis, qui est au-dessus d’eux — le gage d’une nouvelle forme démocratique.

La démocratie russe ne repose pas sur la division et le morcellement, mais sur l’unité. Quant à leurs divergences d’opinions, leurs jugements propres et leurs nuances, les citoyens doivent les porter à la connaissance des autorités et de la société par d’autres moyens, et non au travers de débats parlementaires. C’est pourquoi, chez nous, le Parlement n’est pas le lieu des discussions: un parti, désigné comme le principal, l’emporte, et cela est parfaitement démocratique, puisque c’est précisément ce que veulent les gens. Nous, Russes, voulons que l’on cesse de discuter de sujets futiles au Parlement. La Douma n’est pas une foire grotesque; c’est le lieu où il faut réfléchir et aider le pouvoir à mettre en œuvre sa ligne politique. Au fond, les députés sont des conseillers, et il faut élire à ces fonctions des personnes intelligentes, car tout le monde n’est pas capable de réfléchir.

Voilà ce que nous mettons dans notre conception de la démocratie: pour parler franchement, nous l’envisageons sans partis. Russie unie est un compromis entre les vestiges occidentaux introduits dans la Constitution au cours des années 1990 — la trace de notre occidentalisme et de notre dérive libérale mondialiste — et la Russie de demain, où tout sera uni: les peuples, les confessions traditionnelles, le peuple et l’État. Quant à la diversité et aux divergences d’opinions, il faut réfléchir en profondeur à la place qui doit leur revenir — car même le christianisme affirme qu’«il faut bien qu’il y ait parmi vous des divergences». Exprimez vos points de vue, argumentez; pour cela, il faut trouver des espaces permettant un véritable échange d’opinions — mais certainement pas le Parlement. Le mot « parlement » vient du français parler…

Présentateur: … oui, parler. Chez nous, la Douma tire son nom du mot «penser». Vous souvenez-vous que, jadis, on avait même rebaptisé la «discussion»?

Alexandre Douguine : Exactement. Il vaut mieux penser d’abord et parler ensuite, plutôt que l’inverse. Chez nous vient d’abord la Douma, et ensuite seulement le Parlement, parler.

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Participation et vote en temps de guerre

Présentateur : Il convient ici de préciser que les partis qui, selon les résultats provisoires, entrent à la Douma d’État soutiennent eux aussi l’opération militaire spéciale: il ne s’agit donc pas uniquement de Russie unie. Quant à la participation, près de 60% — provisoirement 59% —, c’est nettement plus que lors des précédentes élections législatives et proche du taux enregistré à l’élection présidentielle. Cela signifie que l’électeur est politiquement motivé: il comprend qu’il doit voter, quel que soit le niveau du scrutin ou la force politique concernée, même lorsque, de toutes parts, on lui répète que cela ne changera rien. C’est un phénomène intéressant: la hausse de la participation électorale témoigne d’une volonté de s’affirmer et d’accomplir son devoir civique.

Alexandre Douguine: Nous sommes en guerre et, dans ces conditions, le vote record en faveur du président devient un vote en faveur de son Parlement, de ses partis et de son système politique. On nous bombarde et on nous tue; on cherche, par la force, à nous priver de la possibilité de soutenir le président et de vaincre, y compris dans les batailles sociales que nous menons pour assurer notre cohésion. C’est pourquoi nous allons voter: nous montrons que l’on ne peut pas nous intimider, que nous soutenons la ligne du président et que celui-ci n’est pas seul — tous les partis sont derrière lui, et derrière les partis se tient le peuple tout entier.

Présentateur : Depuis plusieurs années déjà, la participation devient presque l’unique indicateur essentiel que l’on suit et au nom duquel on mène principalement campagne; savoir qui vote pour qui n’est plus qu’une question secondaire. Alexandre Guelievitch, vous avez souligné à juste titre qu’il n’est pas toujours possible de prendre connaissance des programmes, et c’est une idée qu’il faut bien comprendre. Les normes démocratiques que l’on impose comme les seules possibles ne fonctionnent pas toujours ni partout; il suffit d’observer les pays où les tentatives d’implanter une formule démocratique universelle n’ont pas été couronnées de succès. Chaque pays suit sa propre voie, et le modèle doit y être adapté. C’est pourquoi l’appel à se rendre avant tout aux urnes devient de plus en plus compréhensible et de mieux en mieux accepté par ceux qui votent.

Alexandre Douguine : C’est précisément ainsi qu’il faut interpréter le taux élevé de participation et le score important de Russie unie: il s’agit, en un sens, d’un référendum — non pas «pour les uns ou pour les autres», mais en faveur de la ligne politique du président et de l’État. Les relations entre le peuple et l’État sont complexes et non linéaires — il en a toujours été ainsi tout au long de notre histoire et dans toute société. En temps de guerre — une guerre juste, patriotique et populaire — cela apparaît avec une netteté particulière. Les instruments par lesquels le peuple exprime son accord avec l’État peuvent être divers : sondages d’opinion, rassemblements, manifestations ou encore élections. Et ces élections diffèrent des précédentes: elles reflètent l’état d’une société qui soutient la marche vers la victoire.

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Lorsqu’ils prennent leur bulletin de vote, certains raisonnent ainsi: «Ceux-là, je les reconnais; celui-ci a dit quelque chose de drôle; celui-là est bien.» Mais les couches les plus profondes de la population votent avec leur âme, d’un seul bloc, et choisissent Russie unie parce que c’est le parti de Poutine.

Voter pour ce parti revient, en substance, à voter en faveur du passage d’une démocratie libérale d’imitation à une véritable démocratie russe des zemstvos. On considère habituellement le contraire: les électeurs de Russie unie voteraient de façon moins réfléchie, en obéissant à des consignes. À mon avis, c’est exactement l’inverse: les gens votent conformément à ce qu’ils ressentent. C’est un choix existentiel, et l’identité de ces personnes importe peu; ce qui compte, c’est qu’elles votent en faveur de la ligne politique et de la stratégie de l’État et, en temps de guerre, incontestablement en faveur de la victoire.

Présentateur : J’ajouterai que chacun a décidé lui-même pour qui il voterait. Le simple fait que ces élections aient eu lieu sous une menace physique sérieuse est significatif: dans la seule région de Moscou, 1600 drones ont été abattus samedi sur l’ensemble des lignes de défense. Se rendre dans un bureau de vote dans de telles circonstances suppose une détermination intérieure supplémentaire. Ella Pamfilova fait état d’attaques de drones des forces armées ukrainiennes qui auraient presque délibérément visé les véhicules des membres des commissions électorales, notamment dans la région de Briansk; dans plusieurs régions, il y a également eu des drames mortels. C’est aussi un facteur de mobilisation et d’unification. Nous attendons les chiffres définitifs, mais il nous reste pour l’instant environ trois minutes pour tirer une sorte de conclusion.

Alexandre Douguine : Cette fois-ci, les possibilités de voter ont été extrêmement nombreuses et variées: les personnes soumises à toutes sortes de contraintes ont eu la possibilité d’exprimer leur position. Pour ce qui est du respect formel des normes de la démocratie occidentale, celles-ci ont été respectées. Il reste que, de mon point de vue, ces normes ne constituent nullement la vérité ultime. La vérité ultime, c’est Dieu, c’est ce que disent la religion, la révélation, l’Église et la tradition. La démocratie n’est pas sacrée et ne constitue pas une valeur sacrée. Mais notre peuple, surtout en temps de guerre, la transforme en quelque chose de plus grand: un moyen d’exprimer une position existentielle, dans des conditions littéralement héroïques.

Natalia Sanaïkhina, membre de la commission électorale n°1283 dans la région de Moscou, a été blessée lors d’une attaque de drones, mais elle est néanmoins allée accomplir son devoir. Pour beaucoup, ce fut une épreuve. Nous avons pris une procédure électorale assez contestable, qui n’a rien de véritablement russe ni de sacré, et nous l’avons transformée en quelque chose d’autre. Les Russes savent faire cela: lorsqu’ils empruntent quelque chose aux autres, tantôt ils le détériorent, tantôt, au contraire, ils l’améliorent. Ce vote a été juste, et ces élections ont véritablement été plus que de simples élections.

Présentateur : Et pour conclure, établissons une comparaison avec les élections américaines. Vous avez observé à juste titre que les possibilités de voter étaient nombreuses, que ce soit par anticipation ou à distance; nos collègues de Khabarovsk et de Saint-Pétersbourg ont raconté comment les bulletins étaient acheminés — ici par drone, là dans le réceptacle d’une excavatrice. Cela rappelle les élections américaines, où une personne se contente de se présenter, de donner son nom et de voter sans passeport ni pièce d’identité — de nombreux étrangers ont eux aussi voté de cette manière. Les exigences de transparence et de rigueur qui peuvent être imposées à des élections ont effectivement été respectées chez nous.

Cascades de crises mondiales - Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques

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Cascades de crises mondiales

Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques

(Situation au 2 octobre 2026)

Jens Kröger

Source: https://jensk250895.substack.com/p/globale-krisenkaskaden... 

1. Le réseau imbriqué des crises internationales

Les conflits géopolitiques surviennent rarement de manière isolée. Les affrontements militaires, les perturbations des marchés mondiaux et les luttes de pouvoir intérieures s’influencent mutuellement.

Le conflit larvé entre les États-Unis et l’Iran provoque de profondes secousses sur les marchés internationaux de l’énergie. Cela accroît considérablement la pression économique exercée sur des États européens comme l’Allemagne et la France.

Dans le même temps, les gouvernements de Washington et de Berlin se retrouvent soumis à une forte pression politique intérieure les obligeant à agir. La baisse des taux d’approbation et le risque d’éclatement des coalitions influencent les décisions stratégiques et militaires prises à l’étranger.

Pour comprendre le contexte, il est nécessaire d’examiner le système dans son ensemble: outre la politique quotidienne et les mouvements de troupes, des intérêts financiers profondément enracinés jouent un rôle déterminant.

Depuis des décennies, des réseaux bancaires et des groupes de réflexion occidentaux cherchent à placer sous leur contrôle les ressources mondiales en matières premières. Les orientations politiques prises aux États-Unis ou en Allemagne ont ainsi des répercussions directes sur le prix de l’essence dans les stations-service nationales, la stabilité des réserves d’urgence des différents pays et la sécurité mondiale.

Message essentiel:

« Les escalades militaires au Moyen-Orient, les pénuries mondiales de carburant et les crises politiques intérieures aux États-Unis comme en Allemagne sont étroitement liées. Elles sont alimentées par les luttes de pouvoir actuelles et par des structures financières géopolitiques profondément enracinées. »

2. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran: escalade militaire et crise énergétique mondiale

2.1 Déploiement militaire et calendrier stratégique

Les forces armées américaines ont considérablement renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient. Pour la première fois depuis avril et pour la deuxième fois depuis 2003, trois porte-avions américains se trouvent simultanément dans la région.

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Parmi les forces et unités déployées figurent :

Porte-avions : l’USS Theodore Roosevelt, dont l’arrivée est prévue pour la fin du mois d’octobre, l’USS George Washington et l’USS George W. Bush.

Forces amphibies : le groupe opérationnel du Makin Island, accompagné de la 13e unité expéditionnaire des Marines.

Effectifs : plus de 2 000 à 4 000 Marines américains, ainsi qu’environ 10 000 soldats supplémentaires au total.

Capacités aériennes et défensives : plus d’une douzaine d’avions de combat F-35B, des véhicules blindés et deux batteries supplémentaires de missiles Patriot, déployées en Arabie saoudite et au Qatar afin de protéger les installations pétrolières et gazières locales.

L’un des principaux déclencheurs de la récente spirale d’escalade rhétorique et militaire est un incident survenu à bord d’un avion de ligne de FlyDubai à destination de Tel-Aviv. Le copilote y aurait poignardé le commandant de bord. Malgré des informations contradictoires — allant de deux pilotes à la retraite à un plombier sans expérience aéronautique qui aurait fait atterrir l’appareil —, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ont immédiatement attribué l’incident au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (IRGC).

Cet incident sert désormais de possible prétexte — de catalyseur pour une opération sous faux drapeau — à des frappes militaires de représailles immédiates.

Sur le plan stratégique, l’armée américaine est confrontée à un problème technique: les principales installations nucléaires iraniennes se trouvent jusqu’à 600 mètres de profondeur sous une épaisse masse rocheuse, comme le complexe de bunkers «Spitzhackenberg». Les bombes conventionnelles antibunkers ne peuvent pénétrer à une telle profondeur. C’est pourquoi l’option d’une invasion terrestre passe au premier plan: des unités spéciales des Marines devraient alors placer des charges explosives au cœur même des forteresses souterraines.

Le calendrier de ces opérations est étroitement lié aux élections de mi-mandat américaines de novembre. Du côté américain, il est envisagé de reporter les vagues d’attaques de grande ampleur après le jour du scrutin, afin de réduire au minimum les risques politiques avant les élections.

Du côté iranien, en revanche, la crainte d’une attaque américaine massive et inévitable s’accroît, ce qui pourrait conduire les dirigeants iraniens à lancer eux-mêmes une frappe préventive avant novembre.

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2.2 Le différend relatif aux réserves stratégiques d’urgence et les accusations de chantage

Les tensions militaires pèsent lourdement sur les marchés énergétiques. Les prix connaissent des hausses spectaculaires à la pompe: l’essence a augmenté de 48%, tandis que le diesel a bondi de 70%.

La vulnérabilité européenne à ce choc des prix résulte d’une chaîne directe de causes et d’effets: pour des raisons politiques, l’Europe a volontairement interdit l’importation de diesel russe et a transféré sa dépendance en matière d’approvisionnement vers les raffineries américaines. Les États-Unis utilisent désormais cette dépendance volontaire comme moyen de pression.

Outre la modification de la structure commerciale, d’autres facteurs aggravants entrent en jeu :

- La persistance de l’incertitude et des attaques contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.

- L’explosion des coûts du transport et de l’assurance maritimes.

- De nouvelles attaques des Houthis contre les installations de traitement du groupe pétrolier Aramco en Arabie saoudite.

- Les interdictions russes d’exporter des carburants et les restrictions chinoises à l’exportation.

Afin de faire baisser les prix aux États-Unis avant les élections de mi-mandat, Washington adresse un ultimatum à ses partenaires européens (Panneau n°1).

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Exigence des États-Unis

Libération de réserves de diesel: l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Irlande devraient débloquer au total 120 millions de barils de diesel issus de leurs réserves stratégiques sur une période de six mois.

Menace d’interruption des exportations: en cas de refus européen, les États-Unis menacent de suspendre totalement leurs exportations de diesel vers l’Europe.

Conséquences possibles pour l’Europe

Épuisement du dispositif d’urgence: les réserves nationales destinées à amortir les graves perturbations de l’approvisionnement tomberaient presque à 0%.

Effondrement de la logistique: puisque l’Europe tire la moitié de son diesel des raffineries américaines, une interruption des exportations américaines provoquerait l’arrêt du transport routier de marchandises, de l’agriculture et de l’artisanat.

* * *

2.3 Informations générales: comment fonctionnent les réserves stratégiques de pétrole?

Les réserves stratégiques d’urgence ne sont pas stockées dans de grands réservoirs en surface. Leur stockage et leur extraction sont techniquement complexes.

Stockage dans des cavernes salines : les cavernes salines sont d’immenses cavités artificiellement creusées par dissolution au cœur de profondes formations salifères. Le pétrole brut y flotte physiquement sur une couche d’eau salée.

Mécanisme d’extraction : pour extraire le pétrole, de l’eau douce est pompée au fond de la caverne. L’eau injectée repousse le pétrole, plus léger, vers le haut et jusqu’à la surface. La cavité doit toujours rester remplie afin d’éviter l’effondrement de la roche.

Risques techniques liés à une utilisation répétée : lorsque de l’eau douce est injectée trop souvent, elle dissout davantage de sel sur les parois. Des morceaux de roche se détachent alors, le pétrole brut est contaminé et la cavité souterraine perd durablement sa stabilité.

3. Politique intérieure américaine : élections de mi-mandat, chute dans les sondages et déclarations de Trump

3.1 Des sondages catastrophiques et la tournée électorale de Trump

À l’approche des élections de mi-mandat, l’administration américaine de Donald Trump subit une pression considérable. Le Wall Street Journal a relevé des niveaux historiquement bas :

- Taux d’approbation global: 37 %. À titre de comparaison, avant de précédentes élections de mi-mandat, George W. Bush se situait à 39 % en 2006 et Barack Obama à 46 % en 2010.

- Effondrement parmi les électeurs latino-américains : chute de 62 points, pour atteindre seulement 15 % d’opinions favorables, contre 77 % d’opinions défavorables.

- Effondrement parmi les électeurs noirs : recul de 49 points du taux d’approbation.

- Chute selon le niveau d’études : électeurs titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires : −37 % ; diplômés de l’enseignement supérieur : −15 % ; titulaires d’un master ou d’un doctorat : +10 %.

- Renversement sur la question migratoire : l’avantage électoral en matière de compétence perçue sur l’immigration est passé de 12 points en faveur des républicains en 2024 à 6 points en faveur des démocrates en septembre 2026.

En raison de ses dérapages verbaux et de ses absences cognitives, de grandes chaînes de télévision conservatrices comme Fox News et Newsmax ont cessé de diffuser en direct les interventions électorales improvisées de Trump. Le président américain est désormais largement relégué sur des chaînes locales marginales, comme Fox 2.

Pour enrayer cette chute, Trump parcourt des États traditionnellement très républicains, les Deep Red States, comme l’Oklahoma, le Texas, l’Ohio, l’Alabama et le Nebraska. Les projections relatives aux sièges du Sénat font toutefois apparaître des pertes considérables, même dans ces bastions conservateurs:

Michigan: 80% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Maine: 74% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Texas: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Ohio: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Iowa: 59% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Alaska: 51% de probabilité de victoire pour les démocrates.

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3.2 Citations et controverses tirées de l’entretien accordé à Time Magazine

Dans un entretien de plusieurs heures accordé à Time Magazine, ainsi que sur Truth Social, Trump s’est exprimé sur la liberté de la presse et le conflit avec l’Iran.

À propos de la liberté de la presse et du traitement médiatique de son action gouvernementale, Trump a déclaré :

« Même si j’accomplissais quelque chose de vraiment extraordinaire […], ils diraient: pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus rapidement? Ce sont tout simplement des gens affreux […] Je crois en une presse libre […], mais je ne crois pas aux fausses informations. »

Concernant la situation militaire en Iran et la manière dont il se définit lui-même en tant que chef du gouvernement, Trump a déclaré:

« J’avais dit qu’il faudrait entre quatre et six semaines pour éliminer la menace nucléaire iranienne. Je l’ai fait en une seule nuit. »

Lorsque le journaliste lui a demandé comment ses déclarations relatives à la destruction totale de l’Iran pouvaient être conciliées avec sa prétention à être un président de la paix, Trump a répondu:

« Parce qu’en détruisant l’Iran, nous instaurons la paix dans le monde. Avec l’Iran, je crois qu’il ne pourrait jamais y avoir de paix. »

Mise en perspective analytique: ces citations témoignent d’une attitude de plus en plus défensive à l’égard de la presse et d’une radicalisation de la politique étrangère. L’affirmation selon laquelle le problème nucléaire aurait été résolu « en une seule nuit » est en contradiction directe avec les mouvements de troupes réels et les difficultés non résolues dans le détroit d’Ormuz.

4. La crise politique en Allemagne: fin de la coalition, scandale de l’OTAN et blocage des réformes

4.1 Le scandale du prix de la paix décerné à l’OTAN et les manifestations citoyennes

En Allemagne, l’attribution du Prix westphalien de la paix à l’alliance militaire de l’OTAN, à l’hôtel de ville de Münster, a suscité une vive controverse. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a reçu le prix, tandis que le chancelier fédéral Friedrich Merz a prononcé l’éloge officiel.

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Des médias critiques comme la Berliner Zeitung ont souligné le renversement orwellien résumé par la formule «la guerre, c’est la paix», consistant à décerner un prix de la paix à une alliance militaire. Ils ont rappelé des interventions historiques de l’OTAN, telles que la guerre de Yougoslavie en 1999.

À l’époque, le bombardement ciblé de sites chimiques comme Pančevo — où l’OTAN avait frappé, malgré un avertissement préalable, un réservoir contenant 450 tonnes de chlorure de vinyle cancérigène — ainsi que celui de la raffinerie de Novi Sad avaient causé des dommages environnementaux et sanitaires durables. Devant l’hôtel de ville, de bruyantes manifestations citoyennes ponctuées de cris tels «Assassins!» ont accompagné la cérémonie.

Les organisateurs ont tenté en vain de couvrir ces invectives en faisant jouer une fanfare militaire.

4.2 Niveaux historiquement bas et ultime conflit au sein de la coalition gouvernementale

Les alliances gouvernementales à Berlin se trouvent au bord d’une paralysie totale :

Niveaux historiquement bas dans le baromètre ARD-Deutschlandtrend: 88% des personnes interrogées se déclarent mécontentes du travail du chancelier Friedrich Merz, contre seulement 10% d’opinions favorables. Par ailleurs, 89% sont insatisfaites du gouvernement fédéral dans son ensemble.

Situation financière critique: avec plus de mille milliards d’euros de dette, les caisses de protection sociale sont menacées de faillite. Après avoir reçu 3,2 milliards d’euros, l’assurance dépendance a encore besoin de 700 millions d’euros de prêts sans intérêt; sans apport supplémentaire, elle risque de se retrouver en cessation de paiement en novembre.

Le conflit autour de la taxe sur le sucre: le ministre des Finances Lars Klingbeil prévoyait une taxe sur les boissons sucrées, susceptible de rapporter entre 450 millions et 1,2 milliard d’euros, ainsi que la création de 223 nouveaux postes administratifs. Le projet a échoué en raison du veto de deux ministres compétents et de l’opposition du groupe parlementaire CDU-CSU.

Ultimatum de la CDU-CSU: le groupe parlementaire bloque la réforme de l’impôt sur le revenu de Klingbeil et exige de la ministre du Travail Bärbel Bas d’importantes concessions concernant les réformes du marché du travail.

Les appels téléphoniques secrets de Steinmeier  le président fédéral Frank-Walter Steinmeier est intervenu lors d’entretiens téléphoniques confidentiels avec Lars Klingbeil et Alexander Dobrindt, avertissant du risque de déclenchement d’une crise d’État incontrôlable.

Le jugement de Gauck et la crainte d’élections anticipées: l’ancien président fédéral Joachim Gauck a commenté les spéculations concernant une démission du chancelier Merz en affirmant que celui-ci serait, dans ce cas, un «parfait imbécile politique». Le véritable moteur du blocage berlinois réside dans la peur profondément ancrée des élites politiques face à des élections anticipées rapides, qui entraîneraient, selon les sondages actuels, une progression massive de l’AfD.

5. Analyse géopolitique approfondie : intérêts financiers, oligarques et «empire mort-vivant»

5.1 Le pillage de la Russie dans les années 1990 et la rupture opérée sous Poutine

Un examen des fondements économiques des relations entre l’Occident et la Russie permet de mettre en lumière les racines des conflits actuels.

Les années 1990 et le pillage de la Russie: après l’effondrement de l’Union soviétique, des conseillers occidentaux appartenant à l’entourage de Boris Eltsine ont pris en charge la rédaction de décrets étatiques. Des matières premières et des installations industrielles russes d’une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars ont ainsi été privatisées et transférées à l’étranger. La Semibankirchtchina, ou « règne des sept banquiers », s’est alors mise en place.

Des acteurs financiers occidentaux comme George Soros, Edmond Safra et Jacob Rothschild ont utilisé des intermédiaires tels que Bill Browder, de Hermitage Capital, ainsi que des oligarques locaux, comme Mikhaïl Khodorkovski, afin de prendre le contrôle de ressources stratégiques. L’objectif était d’utiliser les matières premières russes comme garanties de crédit.

Explication: les garanties de crédit servent de sûreté aux banques. Lorsqu’une banque prend le contrôle des réserves pétrolières ou aurifères d’un pays, elle peut s’appuyer sur celles-ci pour accorder des crédits internationaux et percevoir des intérêts. Le pays concerné perd alors la maîtrise de ses propres richesses.

La réorganisation opérée par Poutine à partir de 2000: après son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine mit fin à cet accès direct. Lors d’une réunion autour d’une table ronde, il lança un ultimatum aux oligarques : ils pouvaient conserver leurs biens, mais devaient payer leurs impôts, préserver les emplois et se retirer de la politique.

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Lorsque Mikhaïl Khodorkovski, fondateur de l’organisation Russie ouverte, enfreignit ces règles, il fut arrêté en 2003 pour fraude fiscale. L’objectif des intérêts financiers occidentaux — s’emparer des ressources naturelles russes, estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars, afin de les utiliser comme garanties financières — se trouva ainsi bloqué.

5.2 Le concept de l’« Empire britannique mort-vivant » et la dynamique Master-Blaster

L’analyste financier Alex Krainer décrit les structures d’influence dissimulées des réseaux financiers et de renseignement britanniques sur la politique mondiale (Panneau n°2).

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(NdT: Denktanks = Groupes de réflexion, Boîtes à penser, think tanks).

Ce modèle explique la répartition des rôles entre les groupes de réflexion londoniens et la puissance militaire américaine:

Opérations clandestines: les tentatives d’influence se manifestent dans des affaires telles que le Russiagate, le scandale de blanchiment d’argent de HSBC ou des documents stratégiques comme l’étude Britain and Iran War, publiée par Policy Exchange en juillet 2023, qui esquissait à l’avance le déroulement de la crise au Moyen-Orient.

Retour historique sur 1863: pendant la guerre de Sécession, le tsar russe Alexandre II soutint le président américain Abraham Lincoln. Il envoya les flottes russes de l’Atlantique et du Pacifique à New York et à San Francisco. Cette mesure empêcha une intervention militaire planifiée par la Grande-Bretagne et la France en vue de partager les États-Unis.

Le principe « du plomb ou de l’argent » — Plomo o Plata: Krainer décrit ainsi le mécanisme de domination exercé par le système financier impérial sur les États souverains. Les gouvernements se voient proposer soit « l’argent » — l’intégration à l’élite mondiale et le maintien de leurs privilèges en échange de l’ouverture de leurs ressources nationales —, soit « le plomb » : frappes militaires, changements de régime et appauvrissement en cas de résistance, comme en Libye, en Syrie, au Venezuela ou en Russie.

6. Synthèse et principaux enseignements

Les crises mondiales forment un système cohérent. La politique de puissance militaire, la lutte pour des réserves de carburant devenues critiques, les mécanismes de chantage politique intérieur et les intérêts financiers profondément enracinés s’imbriquent les uns dans les autres (Panneau n°3).

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Conflit entre les États-Unis et l’Iran

Problème principal: Renforcement militaire massif — trois groupes aéronavals et 10 000 soldats — avant les élections américaines de mi-mandat ; instrumentalisation d’incidents comme celui de FlyDubai.

Répercussions mondiales: Forte hausse des prix de l’énergie — essence : +48 %, diesel : +70 % — et risque élevé de frappe préventive en raison des installations souterraines situées à 600 mètres de profondeur.

Réserves d’urgence américaines et Europe

Problème principal: Dépendance européenne envers le diesel américain, provoquée par l’embargo contre la Russie; exigence américaine portant sur 120 millions de barils de diesel issus des réserves d’urgence.

Répercussions mondiales: Épuisement des réserves de sécurité européennes jusqu’à un niveau proche de 0%; risque d’effondrement de la logistique européenne des marchandises en cas d’arrêt des exportations américaines.

Crise politique en Allemagne

Problème principal: Niveaux historiquement bas du gouvernement — 88 à 89% d’insatisfaction —, menace de faillite de l’assurance dépendance et blocages réciproques concernant la taxe sur le sucre et les réformes du travail.

Répercussions mondiales: Perte de la capacité d’action politique; avertissements du président fédéral concernant une crise d’État; crainte des élites face aux gains de l’AfD en cas d’élections anticipées.

Intérêts financiers géopolitiques

Problème principal: Lutte pour le contrôle des ressources mondiales — estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars en Russie — au moyen du principe «Master-Blaster» et du modèle «du plomb ou de l’argent».

Répercussions mondiales: Persistance des tensions géostratégiques et des guerres par procuration destinées à imposer les structures financières et de crédit occidentales.

La paranoïa collective - Une réflexion systémique

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La paranoïa collective

Une réflexion systémique

Mattias Forsgren

Source: https://mattiasforsgren.substack.com/p/den-kollektiva-par...

La société fonctionne à bien des égards comme un immense cerveau (*). Tous deux sont ce que le philosophe Terrence Deacon appelle des systèmes téléo-dynamiques – des processus auto-organisés qui créent du sens et une orientation en restreignant leurs propres possibilités. Ce sont des systèmes vivants hautement évolués et extrêmement complexes, issus de quatre milliards d’années de perfectionnement évolutif. Ils agissent de manière orientée vers un but, même si aucune personne ni aucune cellule ne dirige l’ensemble (**).

Dans le cerveau, cela se produit lorsqu’une grave menace ou un événement inattendu survient. Certaines voies nerveuses sont fortement activées, tandis que d’autres sont inhibées. L’attention se concentre sur la menace, les sens se focalisent et le système optimise sa capacité de réaction.

À l’échelle de la société, nous observons la même dynamique. Au cours des dernières décennies, une menace à la fois en est venue à dominer le débat public: le terrorisme après 2001, le changement climatique, la pandémie de Covid-19 et, ces dernières années, la Russie et Poutine en tant que principales menaces existentielles. À chaque étape, la société s’est rassemblée autour d’un récit dominant. Notre attention et nos efforts se sont concentrés sur celui-ci, tandis que d’autres questions importantes ont été reléguées au second plan, telles que les infrastructures, l’éducation et les services de soins.

Ce qui rend ce phénomène particulièrement intéressant – et inquiétant –, c’est que certaines menaces ne sont pas seulement apparues naturellement, mais ont été activement amplifiées, voire fabriquées, par des centres de pouvoir au sein même de la société. L’histoire en fournit plusieurs exemples bien documentés:

- L’incendie du Reichstag de 1933 en Allemagne fut utilisé par les nazis comme prétexte pour instaurer des lois d’exception et écraser l’opposition.

- L’incident du golfe du Tonkin de 1964 fut fortement exagéré par le gouvernement américain afin d’obtenir l’approbation du Congrès pour une escalade majeure de la guerre du Viêt Nam.

- L’histoire des couveuses de 1990, pendant la crise du Koweït, au cours de laquelle un récit fabriqué affirmant que des soldats irakiens avaient tué des bébés placés en couveuse fut diffusé afin de rallier l’opinion publique à la guerre.

- Les armes de destruction massive en Irak furent présentées en 2003 comme une menace imminente, alors que nous savons aujourd’hui que les preuves avaient été fabriquées.

Lorsque de telles manipulations se produisent, la société apparaît comme une personne à la personnalité dédoublée. Une partie du système – certaines élites, institutions et certains services de renseignement – utilise la peur comme un outil pour diriger et mobiliser le reste de la population. La réponse collective au stress est activée, tandis que la pensée critique et les perspectives alternatives sont inhibées. Il en résulte une lutte interne pour le pouvoir, dans laquelle une partie de la société en manipule une autre en créant et en entretenant une représentation de la menace.

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Il s’agit d’une forme sombre de téléo-dynamique: un processus auto-amplificateur dans lequel l’absence de sécurité – la menace supposée – constitue une puissante présence organisatrice qui favorise certains intérêts. Comme dans une personnalité disharmonieuse, les différentes parties de la société peuvent poursuivre des objectifs contradictoires, l’une des instances dirigeantes utilisant la peur pour conserver ou accroître son pouvoir sur l’autre.

La question que nous devons nous poser est de savoir à quelle fréquence les menaces que nous avons perçues au cours des dernières décennies ont été réelles, exagérées ou partiellement fabriquées. Et, plus important encore: comment construire des sociétés capables de résister à ce type de manipulation interne? À l’instar d’un cerveau sain, une société saine doit être capable d’actualiser ses modèles, de remettre en question ses propres récits et de se détacher des menaces qui ne sont plus pertinentes.

Seul un système capable de maîtriser ses propres forces téléo-dynamiques sans en devenir le prisonnier peut être qualifié de libre – qu’il s’agisse d’un être humain ou d’une société tout entière.

La société est un système adaptatif complexe dans lequel différentes composantes – gouvernements, médias, services de renseignement, groupes de réflexion et intérêts économiques – interagissent de manière à produire des schémas qu’aucun acteur ne contrôle entièrement. Tout comme dans le cerveau, le comportement global émerge d’interactions locales.

Dans la théorie des systèmes, on parle souvent de boucles de rétroaction auto-amplificatrices et de propriétés émergentes. Nous voyons ici comment une menace perçue peut devenir une telle force auto-amplificatrice. La menace engendre une peur qui confère un pouvoir d’action aux institutions chargées de la gérer. Ces institutions sont ensuite incitées à maintenir, voire à amplifier, la perception de la menace.

La particularité de ce type de systèmes est qu’ils peuvent s’abuser eux-mêmes. Lorsque certains centres de pouvoir exagèrent ou fabriquent, consciemment ou inconsciemment, des menaces – comme dans les cas de l’incendie du Reichstag, de l’incident du golfe du Tonkin, de l’histoire des couveuses ou des allégations concernant les armes de destruction massive en Irak –, une scission se produit au sein même du système. Une partie de la société en manipule une autre par la peur – comme lorsque le centre de la peur d’une personne souffrant d’arachnophobie amène les cellules nerveuses de son centre visuel à voir une araignée là où il n’y a qu’une tache de saleté.

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D’un point de vue systémique, il ne s’agit pas principalement de complots individuels, mais de la manière dont les incitations, les structures de pouvoir et les flux d’information interagissent pour créer des récits stables et auto-amplificateurs. Le système acquiert une sorte d’«instinct de survie» collectif qui accorde la priorité à certaines menaces plutôt qu’à d’autres – même lorsque les motifs initiaux de cette hiérarchisation étaient exagérés ou fabriqués.

Le grand défi pour un tel système consiste à développer sa capacité d’autoréflexion et d’actualisation de ses modèles. Un cerveau sain peut se détacher d’une ancienne menace lorsque de nouvelles informations montrent qu’elle n’est plus pertinente. Une société saine a besoin de la même capacité: pouvoir remettre en question ses propres récits dominants, se détacher des menaces exagérées et réorienter son attention collective vers des défis plus réels et plus urgents.

J’ai un jour eu une élève qui passait une épreuve portant sur le thème «Le cerveau et les comportements». Les circonstances étaient telles qu’il m’a semblé naturel de lui demander si elle estimait avoir retiré quelque chose de l’enseignement. Elle expliqua que la connaissance des processus cachés du cerveau l’avait aidée à gérer une peur de l’avion assez extrême. Ces connaissances lui avaient fourni un point de départ à partir duquel elle pouvait considérer la réponse corporelle au stress provoquée par sa peur de l’avion ainsi que ses visions catastrophiques comme des phénomènes naturels, et ne pas leur permettre ainsi de prendre le contrôle total du monde tel qu’elle le percevait.

Sans cette capacité, le cerveau comme la société risquent de rester prisonniers d’une paranoïa chronique – un état dans lequel une partie du système protège sa propre cohérence interne et sa domination au détriment de la capacité de l’ensemble du système à faire face à la réalité.

Notes:

(*) Le système nerveux. Cf.  https://substack.com/home/post/p-202697541

(**) LA VIE – une solution à l’énigme de la conscience. Cf. https://substack.com/home/post/p-193045562

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Le monde à la croisée de trois voies: perspectives de la multipolarité et processus occultes de redistribution de l’influence

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Le monde à la croisée de trois voies: perspectives de la multipolarité et processus occultes de redistribution de l’influence

Vivien Yor

1. Introduction: la crise des modèles linéaires et la métaphore des trois trains

Le système mondial contemporain connaît une transformation fondamentale dont l’ampleur exclut toute possibilité de la décrire dans le cadre des paradigmes traditionnels de la science politique. Les modèles linéaires qui dominaient le discours des experts au tournant des XXe et XXIe siècles ont définitivement perdu leur valeur prédictive. Les tentatives visant à faire entrer les processus actuels dans le schéma d’un affrontement bipolaire rigide ou, à l’inverse, à les décrire à travers le prisme d’une Pax Americana unipolaire en déclin se heurtent au phénomène de diffusion de la puissance.

Le pouvoir mondial et le potentiel économique ne sont plus concentrés dans un seul centre géographique ou idéologique. Le monde est entré dans une phase de multipolarité dynamique, dans laquelle le facteur déterminant n’est plus la conservation statique des positions, mais la vitesse et la trajectoire de déplacement des grands systèmes géopolitiques.

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Pour comprendre adéquatement cette réalité, il convient de recourir à la métaphore de trois locomotives indépendantes suivant des trajectoires qui se croisent. Chacun de ces vecteurs possède sa propre vitesse souveraine, une réserve particulière d’inertie historique et une vision spécifique du développement civilisationnel. Il s’agit du système atlantique placé sous l’égide des États-Unis, du vaste projet productif et politique de la Chine, et du conglomérat du Sud global, qui acquiert rapidement une capacité d’action autonome et dont l’Inde constitue le noyau. Ces systèmes ne suivent plus la même voie de mondialisation tracée selon les modèles occidentaux. Au contraire, ils façonnent leurs propres circuits technologiques, financiers et logistiques, ce qui entraîne inévitablement des frictions aux points où ils se rencontrent.

La Russie se trouve à l’épicentre de ce bouleversement tectonique, à l’intersection des principaux axes transeurasiatiques. Sa position géopolitique est singulière: elle ne constitue la périphérie d’aucun des trois vecteurs mentionnés et ne cherche pas à s’intégrer à leurs structures en qualité d’élément subordonné. Située à la croisée de ces macro-systèmes, la Fédération de Russie doit résoudre une tâche historique d’une extrême complexité: transformer sa position géographique et civilisationnelle médiane, de facteur de vulnérabilité qu’elle était, en avantage stratégique, en assumant le rôle de pont souverain et de force d’équilibre au sein de l’architecture internationale.

2. Le vecteur atlantique : inertie de l’hégémonie et obstacles liés au ralentissement institutionnel

Le premier vecteur de la politique mondiale, qui est historiquement le plus profondément enraciné, est représenté par le macro-système atlantique, dont les États-Unis d’Amérique et leurs alliés d’Europe occidentale constituent le noyau. Cet ensemble dispose d’une formidable inertie de leadership, née à l’issue de la Seconde Guerre mondiale et consolidée après la dissolution de l’Union soviétique. Cette inertie repose sur un réseau complexe et ramifié d’institutions de régulation mondiale qui, pendant des décennies, ont été considérées par la communauté internationale comme des composantes universelles et irremplaçables de l’infrastructure internationale.

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Le principal instrument permettant au vecteur atlantique de maintenir sa domination demeure l’architecture financière fondée sur le statut du dollar américain en tant que principale monnaie de réserve mondiale. La maîtrise des systèmes de règlement, des mécanismes de compensation et de la répartition des liquidités permet à Washington de prélever une rente technologique et financière à l’échelle mondiale.

La domination financière est renforcée par la supériorité technologique: les multinationales occidentales conservent des positions clés dans le domaine des brevets, de la conception de composants microélectroniques avancés, de la gestion des services mondiaux d’informatique en nuage (cloud) et de la mise au point d’algorithmes d’intelligence artificielle. Un système rigide d’alliances politico-militaires constitue un autre facteur de stabilité: ces dernières années, il a non seulement été réactivé en Europe, mais s’étend aussi activement dans la région Asie-Pacifique par l’intermédiaire de dispositifs tels que l’AUKUS.

Néanmoins, la progression de la locomotive atlantique se heurte de plus en plus nettement à des processus de ralentissement intérieur et extérieur. Le principal paradoxe de l’étape actuelle réside dans le fait que les instruments destinés à préserver l’hégémonie sont devenus des facteurs de son affaiblissement. L’instrumentalisation agressive des mécanismes financiers — recours à des trains de sanctions, gel puis tentative de confiscation des réserves souveraines d’or et de devises — a détruit le mythe fondamental de la neutralité et de la sécurité du système financier occidental. Cela a déclenché un processus irréversible de dédollarisation et de recherche de circuits de paiement alternatifs par les acteurs non occidentaux.

L’architecture interne du vecteur atlantique présente elle aussi des signes d’usure systémique. La société américaine connaît une profonde polarisation politique qui complique l’élaboration d’une stratégie étatique à long terme. Pour sa part, le sous-ensemble européen du système atlantique traverse une crise majeure, provoquée par la rupture des anciennes relations énergétiques avec la Russie et par la désindustrialisation des principales économies du Vieux Continent. Le système occidental a atteint les limites de son expansion extensive et n’est plus en mesure d’imposer ses règles du jeu sans se heurter à une ferme résistance de la part des autres centres de puissance.

3. Le vecteur chinois : la conception d’un espace mondial souverain

Le deuxième puissant vecteur qui détermine les contours de la nouvelle multipolarité est la République populaire de Chine. La trajectoire de développement de Pékin a connu une transformation qualitative: la Chine a définitivement achevé la phase durant laquelle elle fonctionnait comme «l’usine du monde», fournissant aux multinationales occidentales une main-d’œuvre bon marché et des capacités d’assemblage. Elle constitue aujourd’hui une superpuissance souveraine dans les domaines productif, financier et, surtout, géopolitique, qui est passée d’une stratégie d’intégration à l’ordre mondial existant à la conception de son propre espace global.

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La stratégie chinoise repose sur le principe de la création de corridors de développement alternatifs et indépendants de l’Occident. La manifestation la plus éclatante de cette approche est la méga-initiative «Une ceinture, une route», qui ne constitue pas un simple projet logistique, mais un programme global visant à façonner une nouvelle réalité géoéconomique eurasienne et afro-eurasienne. En construisant des ports au Pakistan, des voies ferrées en Asie centrale et des pôles d’infrastructure en Afrique, Pékin organise autour de lui les chaînes de valeur ajoutée et forme ainsi un ensemble d’États dont la sécurité économique dépend directement de la stabilité de leurs relations avec la Chine.

Parallèlement, l’influence chinoise se politise rapidement. Pékin transforme activement son poids économique en instruments diplomatiques, en jouant le rôle de médiateur dans des conflits régionaux autrefois jugés insolubles et en créant de nouveaux cadres de coopération multilatérale. Dans ce contexte, des institutions telles que les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai prennent la forme de forums alternatifs au sein desquels sont définies des règles du jeu affranchies des diktats occidentaux et de l’occidentalo-centrisme.

Dans le domaine technologique, la Chine met en œuvre une doctrine de substitution complète aux importations et de souverainisation des secteurs critiques. Confronté aux sanctions et au blocus technologique imposés par les États-Unis, Pékin a accéléré les travaux portant sur la lithographie nationale, l’informatique quantique, la robotique et les énergies vertes, domaines dans lesquels la Chine occupe déjà des positions dominantes à l’échelle mondiale.

Le mouvement du vecteur chinois n’est toutefois ni isolé ni dépourvu d’obstacles. Il se heurte à l’opposition coordonnée du bloc atlantique, qui cherche à mettre en œuvre une stratégie de «réduction des risques» (de-risking) et à créer des barrières militaires autour des frontières chinoises. En outre, la trajectoire à long terme de la Chine est grevée par des défis structurels internes, dont les plus aigus sont le déclin démographique, le vieillissement de la population et la nécessité de réorienter le modèle de croissance économique — jusqu’ici fondé sur l’investissement et les exportations — vers la consommation intérieure.

4. Le vecteur du Sud global: décentralisation, démographie et stratégie du pragmatisme

Le troisième vecteur de la transformation mondiale se distingue par sa très grande hétérogénéité, mais possède en même temps la dynamique de croissance la plus forte. Cet ensemble englobe un vaste conglomérat d’États du Sud et de l’Est globaux, parmi lesquels l’Inde s’affirme de plus en plus clairement comme la principale locomotive et la cheffe de file conceptuelle.

Ce vecteur se distingue fondamentalement des vecteurs atlantique et chinois: il ne possède aucun centre de direction idéologique ou administratif unique et rigide. Sa consolidation ne s’effectue pas autour des directives d’une seule superpuissance, mais sur le fondement d’une aspiration commune à la souverainisation des économies nationales et à la révision de l’héritage colonial au sein de la division internationale du travail.

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Le principal moteur de ce vecteur est un bouleversement démographique fondamental. Alors que les économies développées de l’Occident et les centres industriels d’Asie orientale sont confrontés à des processus irréversibles de vieillissement de la population et de contraction de la main-d’œuvre, l’Inde, les pays du Moyen-Orient et le continent africain connaissent une formidable explosion démographique. L’afflux d’une population jeune, urbanisée et de plus en plus qualifiée transforme ces régions, autrefois marchés d’écoulement passifs, en puissants centres autonomes de développement industriel et technologique.

La deuxième assise majeure du Sud global réside dans la souveraineté sur les ressources. Le nouveau paradigme technologique, fondé sur les énergies vertes, la numérisation et l’intelligence artificielle, dépend de manière critique de l’approvisionnement en terres rares, en lithium, en cobalt, en cuivre et en hydrocarbures traditionnels. Les pays du Sud, qui détiennent l’essentiel des réserves mondiales de ces éléments, abandonnent progressivement le modèle de la simple vente de matières premières au profit de la création de pôles nationaux de transformation. En échange de l’accès aux ressources, ils contraignent les acteurs mondiaux à investir dans les infrastructures locales et à partager leurs technologies.

La stratégie politique des pays appartenant à cet ensemble repose sur les principes d’un pragmatisme strict et sur le rejet de la logique des blocs. L’Inde et ses partenaires régionaux ne souhaitent plus être des éléments subordonnés dans les jeux géopolitiques d’autrui et rejettent catégoriquement la nécessité de choisir entre Washington et Pékin. Leur doctrine consiste à maximiser l’intérêt national en entretenant simultanément des relations avec tous les centres de puissance.

Sur la scène internationale, cette approche se cristallise dans la revendication d’une réforme profonde des institutions de l’ONU, du FMI et de la Banque mondiale, afin d’adapter leur structure au poids réel des nouvelles puissances économiques. En maintenant un équilibre entre sa participation à des formats occidentaux — tels que le Quad — et l’approfondissement de son intégration au sein des BRICS, l’Inde montre clairement comment la politique multi-vectorielle devient le principal instrument de protection de la souveraineté au XXIe siècle.

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5. La Russie comme carrefour eurasien: le concept de pont stratégique et de capacité d’action multivectorielle

La position de la Fédération de Russie à l’épicentre des interactions entre les trois macro-systèmes décrits détermine le caractère unique de sa stratégie géopolitique et géoéconomique contemporaine. La Russie ne peut se permettre de se fondre dans aucun des vecteurs existants, car cela entraînerait la perte de son identité civilisationnelle et de sa souveraineté. La position médiane u pays dans l’espace eurasien impose la mise en œuvre de la doctrine du « Carrefour»: transformer sa situation géographique en instrument actif de formation de nouveaux équilibres macro-régionaux.

La réalisation concrète de cette stratégie est liée au développement d’une infrastructure transcontinentale continue, capable de relier les ensembles isolés des trois trains mondiaux. La Route maritime du Nord constitue le premier élément essentiel. Elle passe du statut d’artère nationale de transport à celui de corridor maritime mondial le plus court entre une Asie en plein essor et les marchés européens. Le développement de la flotte de brise-glaces et des infrastructures portuaires de cette route permet à la Russie de proposer une solution de remplacement aux voies méridionales traditionnelles, vulnérables à l’instabilité géopolitique et à la piraterie.

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Le corridor international de transport Nord-Sud représente le deuxième axe majeur de cette manœuvre infrastructurelle. Ce projet relie directement les pôles russes de la Baltique et de la Volga, en passant par la région caspienne et l’Iran, au port indien de Mumbai ainsi qu’aux marchés du golfe Persique.

La création de cet axe permet à la Russie non seulement de diversifier ses flux d’exportation face aux sanctions occidentales, mais aussi d’organiser autour d’elle les besoins logistiques du vecteur du Sud global, en pleine croissance. Les ressources industrielles et les matières premières de Sibérie et de l’Oural sont réorientées de l’axe atlantique vers les marchés d’Asie et d’Afrique, ce qui transforme radicalement toute la configuration des équilibres commerciaux eurasiens.

Le concept de neutralité technologique et commerciale devient un aspect essentiel de la nouvelle capacité d’action autonome de la Russie. Le principe stratégique consiste à ne pas se lier par des engagements exclusifs envers une norme technologique particulière ou un marché monopolistique. La Russie cherche à adopter les meilleures solutions disponibles à l’échelle mondiale tout en mettant en place des circuits financiers et de règlement indépendants.

L’utilisation des monnaies nationales dans le commerce avec la Chine, l’Inde et les pays du Moyen-Orient, la création de systèmes de paiement souverains et d’actifs financiers numériques: autant de mesures visant à établir une architecture de sécurité invulnérable aux pressions extérieures et aux diktats des sanctions émanant de l’un ou l’autre des trois vecteurs. À ce carrefour, la Russie n’agit pas comme un tampon passif absorbant les coups portés par d’autres, mais comme un modérateur actif et un garant de la stabilité politico-militaire, empêchant le système international de glisser vers une confrontation bipolaire destructrice.

6. Conclusion : l’architecture de l’avenir à la fin du premier tiers du XXIe siècle

Au terme de cette analyse des processus occultes de redistribution de l’influence, on peut affirmer que le système mondial a irrémédiablement perdu son ancien caractère mono-centrique. Les trajectoires des trois grands vecteurs mondiaux — atlantique, chinois et méridional — déterminent le caractère complexe et fluctuant de la géopolitique contemporaine. L’époque de l’imposition unilatérale des règles du jeu est révolue; s’ouvre désormais une ère d’équilibres complexes, dans laquelle la stabilité de tout État dépend de sa capacité à s’adapter rapidement à l’évolution des rapports de force et à préserver sa liberté de manœuvre.

À la fin du premier tiers du XXIe siècle, les contours de l’architecture internationale seront moins définis par les frontières rigides des blocs militaires que par la souplesse et la ramification des alliances transfrontalières, la fiabilité des corridors logistiques et l’indépendance des plateformes technologiques. Les tentatives visant à isoler certains éléments majeurs de ce système ou à freiner la marche des locomotives de l’histoire au moyen de barrières artificielles ne font qu’accroître la tension générale et accélérer la fragmentation de l’espace mondial.

Dans cette nouvelle réalité, les acteurs qui réussiront seront ceux qui sauront valoriser efficacement leurs avantages géographiques et civilisationnels sans céder à la tentation de l’isolement en blocs. La stratégie de la Russie, qui vise à s’affirmer comme un carrefour eurasien souverain et comme un pont infrastructurel fiable entre l’Est, l’Ouest et le Sud, constitue une réponse viable et profondément pragmatique aux défis de l’ère de la grande transition. L’avenir n’appartient pas à ceux qui cherchent à ériger des murs autour d’anciens privilèges, mais à ceux qui ouvrent de nouvelles voies aux carrefours du monde multipolaire.

dimanche, 04 octobre 2026

Les blocages culturels: quand le stéréotype remplace la connaissance

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Les blocages culturels: quand le stéréotype remplace la connaissance

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/i-blocchi-della-cultura-q...

Il existe des formes d’ignorance qui ne proviennent pas simplement du fait de ne pas savoir, mais de la conviction que l’on sait déjà. C’est là l’un des principaux blocages culturels de notre époque: une personne entend prononcer un mot tel que Moyen Âge, islam, philosophie, empire, religion, aristocratie, peuple ou science, et une image toute faite surgit immédiatement dans son esprit. Il ne s’agit pas nécessairement d’une image construite par l’étude; elle provient souvent d’une publicité télévisée, d’un titre parcouru rapidement, d’un film, d’une plaisanterie, d’une publication sur un réseau social ou d’années de simplifications répétées. Le problème ne réside pas dans le fait d’avoir une première impression, car nous en avons tous, mais il apparaît au moment où cette première impression devient une barrière qui empêche de connaître ce qui se trouve derrière elle.

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Prenons le Moyen Âge. Dans le langage courant, il suffit de dire «nous sommes revenus au Moyen Âge» pour évoquer l’arriération, l’ignorance, la violence, la superstition et la saleté. Dans les films et les représentations populaires, l’homme médiéval est souvent transformé en caricature: grossier, fanatique et incapable de raisonner. Puis on commence à lire et, soudain, on découvre les universités médiévales, les grandes controverses philosophiques, la scolastique, les cathédrales, les innovations agricoles et techniques, les villes marchandes, le droit, les corporations, Dante, Thomas d’Aquin, Abélard et Ockham.

Cela ne signifie pas, entendons-nous bien, transformer le Moyen Âge en un âge parfait: les guerres, les persécutions, les famines et les violences existaient bel et bien. Cela signifie toutefois comprendre qu’environ mille ans d’histoire européenne ne peuvent être réduits au mot «obscurité». Celui qui ne connaît que la caricature voit un homme du Moyen Âge et rit; celui qui approfondit le sujet se demande au contraire ce que cet homme pensait, quel était son univers mental, quels problèmes il cherchait à résoudre et quelles connaissances il possédait.

Quelque chose de semblable se produit lorsque l’on parle de l’islam. Une personne qui n’a rencontré le monde islamique que presque exclusivement à travers des informations sur le terrorisme, la criminalité, les guerres ou le fondamentalisme risque d’établir une association automatique: islam égale violence. Mais cela relève de l’actualité, non de l’histoire d’une civilisation. Il suffit de commencer à approfondir le sujet pour découvrir un univers infiniment plus vaste.

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On rencontre Averroès, philosophe, médecin et juriste de Cordoue, l’un des grands commentateurs d’Aristote, dont l’œuvre exerça également une influence considérable sur la philosophie européenne; on rencontre Avicenne, figure majeure de l’histoire de la philosophie et de la médecine; on découvre des mathématiciens, des astronomes, des médecins, des traducteurs et des savants qui œuvrèrent de Bagdad à l’Andalousie. On découvre des bibliothèques, des centres d’étude, des débats philosophiques, des écoles juridiques, de la poésie, de l’architecture et des siècles de relations, pacifiques autant que conflictuelles, avec les mondes chrétien, juif, persan, indien et méditerranéen. Ici encore, il ne s’agit pas d’idéaliser: le monde islamique, comme les mondes chrétien, européen ou asiatique, comprend des époques splendides et des pages terribles. Le problème consiste à croire qu’une civilisation vieille de plus d’un millénaire puisse être expliquée par le journal télévisé du soir.

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Le même mécanisme concerne la Rome antique. Pour beaucoup, Rome signifie légionnaires, gladiateurs, empereurs cruels et banquets décadents. Ces éléments sont réels, mais ils ne constituent qu’une infime partie d’une histoire bien plus complexe. Derrière Rome se trouvent le droit, l’administration, l’ingénierie, la rhétorique, la philosophie, les réseaux commerciaux, l’organisation des villes, la citoyenneté et un immense processus de rencontres et d’affrontements entre différents peuples. Lorsque l’on commence à lire les œuvres de Cicéron, d’Horace, de Sénèque ou de Marc Aurèle, ces hommes qui vécurent il y a deux mille ans cessent soudain de paraître si éloignés, car ils parlent d’ambition, de peur, d’amitié, de mort, de pouvoir, de bonheur et de faiblesse humaine.

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Un autre blocage culturel concerne la philosophie. Combien de fois entend-on dire: «À quoi cela sert-il?». Cette question procède souvent de l’idée qu’il s’agirait d’une activité abstraite pratiquée par des personnes qui discutent de questions incompréhensibles et oiseuses. Pourtant, nombre d’idées que nous employons quotidiennement sans nous en rendre compte sont le fruit de plusieurs siècles de débats philosophiques. Qu’est-ce qui rend une loi juste? Que signifie être libre? D’où l’autorité politique tire-t-elle sa légitimité? Existe-t-il des limites à la connaissance? Qu’est-ce qui rend une personne moralement responsable? Quelle est la relation entre l’individu et la société? Ce sont des questions philosophiques avant même d’être politiques ou juridiques. Une personne peut ignorer la philosophie, mais il est beaucoup plus difficile de vivre en dehors des conséquences des idées philosophiques.

La simplification fonctionne même dans la direction opposée lorsqu’il est question de science. Celle-ci est parfois représentée comme une machine produisant des certitudes absolues, résumées par la formule: «La science le dit». Celui qui étudie véritablement la méthode scientifique découvre au contraire une réalité plus intéressante: la science progresse à travers des hypothèses, des observations, des expériences, des erreurs, des vérifications, des controverses, des corrections et des révisions. Sa force ne réside pas dans son infaillibilité, mais dans sa capacité à mettre continuellement ses propres conclusions à l’épreuve. Ici encore, la connaissance détruit une caricature, car elle remplace une image simpliste par la compréhension d’une méthode.

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Même des mots comme «barbare» sont trompeurs. Dans l’imaginaire collectif surgissent des hommes vêtus de peaux de bêtes, hurlants, primitifs et uniquement désireux de détruire Rome. Puis on étudie les Goths, les Lombards, les Francs et d’autres peuples, et l’on découvre des royaumes, des législations, des conversions religieuses, des alliances matrimoniales, des relations diplomatiques, des armées organisées et des métissages constants avec le monde romain. La réalité est bien moins cinématographique et beaucoup plus intéressante, précisément parce qu’elle oblige à renoncer à l’image toute faite et à accepter la complexité.

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Ce mécanisme devient particulièrement important lorsque l’on passe de l’histoire et de la culture à la géopolitique. Les États, les peuples et les civilisations sont eux aussi souvent enfermés dans des images simplistes: l’Occident, l’Orient, le monde islamique, la Russie, la Chine, l’Europe, la Méditerranée. Des expressions utiles pour s’orienter peuvent rapidement se transformer en catégories rigides, comme si elles englobaient des sociétés parfaitement uniformes, des intérêts immuables et des comportements toujours prévisibles.

Pourtant, comprendre un pays ne consiste pas seulement à observer les décisions de son gouvernement à un moment historique donné, tout comme comprendre un conflit ne consiste pas à se limiter à la succession des événements militaires, ou pire encore, à leur représentation médiatique.

Derrière les choix politiques se trouvent la géographie, la mémoire historique, l’identité, l’économie, la démographie, la religion, les ressources, les perceptions de la sécurité et des relations construites au fil de décennies ou de siècles. Un stéréotype peut suffire à formuler un slogan; il suffit rarement à comprendre pourquoi des millions de personnes, des institutions et des États interprètent le monde d’une manière différente de la nôtre.

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Nous arrivons ici au cœur du problème: s’informer ne signifie pas nécessairement connaître. Une personne peut passer des heures chaque jour devant les journaux télévisés, les réseaux sociaux et les émissions de télévision tout en demeurant culturellement pauvre, non parce que la télévision, les journaux ou Internet seraient nécessairement inutiles, mais parce qu’une information fragmentaire ne se confond pas avec la connaissance. Et la culture commence souvent exactement là où s’arrête le stéréotype. La lecture produit en effet un résultat particulier: elle rend le monde plus difficile à simplifier. Après avoir étudié sérieusement une civilisation, il devient plus difficile de la mépriser en bloc; après avoir lu un auteur, il devient plus difficile d’en faire une caricature; après avoir appris à connaître une époque, il devient plus difficile de la juger à travers une plaisanterie. Non parce que l’étude empêche de critiquer, mais parce qu’elle permet de mieux critiquer.

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Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou

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Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Qu’est-ce qui a poussé le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à chercher le dialogue avec son homologue russe, Sergueï Lavrov?

L’initiative allemande s’explique par des considérations relevant aussi bien de la politique étrangère que de la politique intérieure. Sur le plan extérieur, c’est surtout l’escalade croissante de la guerre visant les infrastructures en Ukraine qui se trouve au premier plan. Dans ce contexte, la partie ukrainienne subit une pression de plus en plus forte.

Le blocus des ports d’Odessa ainsi que les attaques régulières contre les installations industrielles, les voies de transport et les infrastructures de communication aggravent la situation économique et sociale du pays. Dans ce contexte, l’intérêt pour une suspension des hostilités, au moins temporaire, s’accroît en Europe, notamment à l’approche de l’hiver, durant lequel les attaques russes pourraient se concentrer davantage sur les infrastructures énergétiques.

Il est remarquable que les principaux soutiens européens de l’Ukraine — la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni — aient eux-mêmes largement insisté, durant l’été de cette année, sur l’intensification des attaques ukrainiennes au moyen de systèmes d’armes à longue portée. Les orientations politiques correspondantes avaient déjà été arrêtées en janvier, lors des entretiens de Volodymyr Zelensky avec Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer.

Le revers de cette logique d’escalade apparaît désormais: Moscou est appelé à limiter ses attaques sur le territoire ukrainien, à assouplir le blocus maritime et, en particulier pendant les mois d’hiver, à renoncer aux attaques contre l’approvisionnement énergétique.

Si la Russie acceptait ces demandes, elle renoncerait toutefois à une part considérable du potentiel de pression militaire qu’elle a désormais constitué.

L’initiative de dialogue de Wadephul comporte cependant aussi une dimension de politique intérieure. En Allemagne, l’inquiétude grandit face à une nouvelle escalade du conflit. La perspective d’une confrontation militaire de plus en plus directe entre l’Allemagne — ou l’OTAN — et la Russie suscite un scepticisme manifeste au sein d’une partie de la population, d’autant plus que le gouvernement fédéral dirigé par Friedrich Merz suit une ligne toujours plus conflictuelle en matière de politique étrangère et de sécurité.

Cette évolution fait également partie du contexte politique dans lequel l’AfD gagne du terrain, tandis que l’Union chrétienne-démocrate et chrétienne-sociale se retrouve sous pression.

Dans ce contexte, la rencontre entre Wadephul et Lavrov, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, remplissait également une fonction de politique intérieure: Berlin montre que les canaux de communication avec Moscou ne sont pas entièrement fermés.

Pour l’instant, il s’agit toutefois principalement de déconflictualisation diplomatique, c’est-à-dire d’afficher ostensiblement la volonté même de se parler. Rien ne permet encore de savoir si cette démarche débouchera sur un véritable dialogue politique de fond.

#géopolitique @global_affairs_byelena

Les géopolémiques de Trump

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Les géopolémiques de Trump

par Georges Feltin-Tracol

Herodote-N-200-201-50-ans-de-geopolitique-hommage-a-Yves-Lacoste.jpgDécédé le 20 juin dernier à l’âge respectable de 96 ans, le géographe Yves Lacoste a réhabilité la géopolitique à l’université. Quelques mois auparavant, à l’occasion de la parution de son 200ème numéro, Hérodote, sa revue fondée en 1976 avec l’investissement de l’éditeur François Maspero, lui rendait un vibrant hommage.

Rien ne prédestinait Yves Lacoste à la géopolitique. Tenant d’une géographie critique se référant à la fois au marxisme et au tiers-mondisme, ce militant du PCF dans sa jeunesse découvre les écrits de l’historien musulman Ibn Khaldoun (1332–1406) et du géographe français Élisée Reclus (1830–1905), par ailleurs fervent partisan de l’anarchisme. C’est à leur contact et en étudiant sur le terrain les ravages des bombes étatsuniennes sur les rizières du Vietnam du Nord, qu’il comprend que «la géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre», titre de son célèbre essai qui le consacre en patron de la géopolitique dans l’Hexagone dès 1976.

La-geographie-ca-sert-d-abord-a-faire-la-guerre.jpgLa géographie n’est pas une science objective quand bien même elle emploie des outils mathématiques et statistiques. Certes, la géographie physique qui étudie les morphologies terrestres s’approche d’une certaine rigueur scientifique en dépit du facteur anthropique qu’il ne faut jamais négliger.

Quant à la géographie humaine à laquelle se rattache la géopolitique, elle ne bénéficie pas de cette assurance relative puisqu’elle se fonde sur des présupposés humains qui rendent impossibles l’élaboration de toutes autres paradigmes géographiques au contraire de la géométrie non euclidienne développée au XIXe siècle par Bernhard Riemann. L’étude du monde est par conséquent sujet d’interprétations sans cesse divergentes.

Donald Trump ignore tout de l’épistémologie de la géopolitique. Il possède toutefois un instinct redoutable qui l’entraîne dans une incroyable guerre toponymique. Dès le jour de son investiture, le 20 janvier 2025, un décret présidentiel transforme le golfe du Mexique en «golfe de l’Amérique». Le point culminant de l’Amérique du Nord se situe en Alaska. Le sommet porte le nom de Mont McKinley en hommage au 25e président des États-Unis, William McKinley, assassiné en 1901 par l’anarchiste Leon Czolgosz et mis en avant en permanence par son lointain successeur. En 2015, le sommet change de nom et devient officiellement Denali, ce qui signifie dans l’idiome amérindien local «Celui qui est haut». Trump rétablit son nom précédent en 2025.

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Le 27 août 2026, furieux que le gouvernement canadien et des gouverneurs provinciaux, en particulier celui de l’Ontario, Doug Ford, pourtant conservateur populiste lui-même, lui tiennent tête et répondent à ses mesures protectionnistes par une hausse élevées des droits de douane, Donald Trump renomme le lac Ontario en «lac Amérique». Osera-t-il changer le lac Majeur en «lac Trump»?

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L’actuel locataire de la Maison Blanche souhaiterait aussi que l’État du Nouveau Mexique devienne l’«État de la Nouvelle-Amérique»… Dès le 2 septembre, il entend dénommer en plein conflit avec l’Iran le détroit d’Ormuz en «détroit Trump». On attend avec impatience qu’il donne son image et ses formes à la Statue de la Liberté tant il est vrai qu’un Donald Trump en robe longue et un peu moulante ferait son plus bel effet. À moins qu’il rebaptise New York, ce fief démocrate progressiste, en Trumpville…

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Le 7 septembre dernier, sur son propre réseau social Truth Social, le chef d’État yankee publie une carte de l’Amérique du Nord, des Antilles, de l’Amérique centrale, de Cuba, du Groenland et de l’Islande, en y incluant les territoires français et néerlandais, recouverte de la bannière étoilée étatsunienne.

On reste pantois devant cette représentation fantasmée des USA hypertrophiés, surtout si on la compare avec les actions musclées de l’ICE, la police anti-immigration. Ses agents, recrutés à la va-vite, pourchassent régulièrement les Latinos avant de les expulser vers leurs pays d’origine. Or l’extension territoriale des États-Unis à des territoires majoritairement hispanophones impliquerait-elle l’octroi de la citoyenneté étatsunienne à ces populations pour l’instant expulsables du territoire US ? Quelle contradiction ! Sauf dans l’hypothèse sinistre que les États-Unis renoueraient avec leur funeste passé génocidaire des peuples autochtones et de la traite négrière. On peut aussi imaginer qu’en promouvant la submersion migratoire de l’Europe ainsi que l’instabilité globale en Afrique du Nord, Washington inciterait Afrikaners et Européens de l’Ouest à fuir leurs foyers historiques afin de s’installer dans les méga-« États-Unis » christianomorphes blancs. Cette inquiétante supposition est possible.

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Les contentieux géopolitiques ne portent pas que sur les toponymes. Ils affectent aussi planisphères et autres cartes du monde. Évacuons le problème de la centralité cartographique. Les cartes disponibles en Europe sont euro-centrées. En Amérique du Nord, l’américano-centrisme domine. En Australie, la carte fréquente indique le Nord vers le bas et place en son centre l’île-continent des antipodes.

Non, le sujet concerne ici la pertinence de la projection cartographique. Géographes et cartographes savent toute la difficulté matérielle de représenter le globe terrestre tridimensionnel sur une surface plane bidimensionnelle. Il en résulte toujours des distorsions plus ou moins complexes. La carte la plus utilisée en Occident procède de la projection du Flamand Gérard Mercator (1512–1594) destinée à l’origine à la navigation transocéanique. La carte mercatorienne étire les territoires aux hautes latitudes et au contraire les contracte vers l’équateur; il en ressort une représentation visuelle inexacte puisque le Groenland d’une superficie de 2.166.086 km² est vu plus étendu que l’Inde (3.287.263 km²). Sur d’autres projections, le Groenland se présente plus vaste que l’Afrique qui, en réalité, fait quatorze fois la superficie de l’île septentrionale !

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Le 4 septembre 2026, l’assemblée générale de l’ONU adopte une résolution intitulée « Rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentativité équitable des régions du monde, en particulier l’Afrique » malgré le vote hostile des États-Unis d’Amérique et six abstentions dont celle de l’Ukraine. Cette motion approuvée écarte la projection cartographique de Mercator au profit d’une projection récente, réalisée en 2018, appelée Equal Earth, conçue par Bojan Savric, Bernhard Jenny et Tom Patterson. La configuration préserve la surface relative des étendues terrestres (le Groenland y est bien moins étendu que l’Afrique) malgré une diminution partielle et le maintien de déformations aux hautes latitudes septentrionales et méridionales.

Mandaté dès avril 2025 par les cinquante-cinq États de l’Union africaine, le Togo soutient cette initiative aussitôt applaudie par les associations décoloniales wokistes pour qui ce vote représente «un acte de justice cognitive et de réparation mémorielle» en attendant peut-être que les États européens sortent le carnet de chèque, car ces derniers baignent dans la prospérité économique et l’excédent budgétaire astronomique. Pour sa part, l’association CorrectTheMap (« Corriger la carte ») se réjouit de cette adoption qui permettrait de «démanteler l’héritage colonial […] qui déforme l’identité africaine». Six décennies après la décolonisation, il était temps et urgent de réagir! Soulignons la référence explicite à un sentiment identitaire africaine alors que s’aggravent les tensions intra-africaines en Afrique des grands lacs.

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Le choix de la projection Equal Earth ne suscite pas le consensus parmi les experts. Le cartographe allemand Arno Peters (1916-2002) réalise dès 1967 sa propre carte inspirée et corrigée de la projection du pasteur écossais James Gall (1808–1895). Le planisphère selon Peters réduit les surfaces aux hautes altitudes et les élargit à l’équateur. La carte qui en résulte est fort correcte. L’émission géopolitique « Le dessous des cartes » diffusée sur la chaîne Arte, connue pour être l’antre des nostalgiques de la division Charlemagne, l’utilise dès son lancement. Il est regrettable que l’ONU, toujours aussi conformiste, n’évoque pas et ne choisisse encore moins la projection Peters n’est point été envisagée, sinon choisie.

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Les cartes ne sont jamais neutres. Le sémanticien non aristotélicien Alfred Korzybski (1879-1950) estimait que « la carte n’est pas le territoire ». La carte n’est qu’une simplification assumée, plus ou moins probante, de la réalité géophysique. Donald Trump aurait tout intérêt maintenant de concevoir sa propre projection. En effet, toute projection cartographique expose les arrières-pensées de son concepteur.    

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 200, d’abord mise en ligne le 1er octobre 2026 sur Synthèse nationale.

Mouvements de foule

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Mouvements de foule

par Pierre-Emile Blairon

Les Français ne sont certainement ni ochlophobes (peur des foules tumultueuses), ni agoraphobes (peur des foules dont on ne peut se dégager facilement), ni claustrophobes (peur des espaces confinés) ; ces phobies sont susceptibles de générer des malaises (vertiges, tremblements, sueurs).

Je suis donc très heureux de savoir mes compatriotes en bonne santé, tout au moins prémunis de certaines légères affections psychiatriques comme celles que je viens de citer.

Du pain et des jeux

On peut déplacer les Français par milliers, par dizaines de milliers, par centaine de milliers, et même par millions pour des événements de types très variés et pour des raisons très diverses ; ces raisons peuvent être :

-festives : ils n’hésitent pas à se déplacer pour admirer et ovationner des personnalités plus ou moins charismatiques précédées d’une aura « vues à la télé », comme des acteurs, des sportifs, des écrivains ou des politiciens connus, faire la queue pour écouter des chanteurs à la mode dans des salles immenses ou attendre des heures sur un trottoir pour la dédicace d’un livre (écrit par un « nègre » bien souvent, quand la personnalité qui s’y emploie est politique), participer dans la liesse à des spectacles de rue (J.O., spectacles de Toulouse [1]), à des rassemblements traditionnels souvent couplés à des fêtes religieuses locales où l’on chante et où l’on boit plus que de raison, comme les fêtes de Bayonne qui réunissent en juillet plus d’un million de personnes en blanc et rouge pendant 5 jours (et 5 nuits).

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Ces démarches sont souvent liées à des pulsions primaires fabriquées par les médias qui peuvent se transformer rapidement en idolâtrie, quelquefois hystérique et incontrôlable dans sa manifestation. Pour les Français, le moindre prétexte est bon pour faire la fête, pour « communier » en foule dans une même ferveur quelle qu’elle soit ; leur idéal de vie en même temps que leur devise pourrait être: panem et circenses, du pain et des jeux. En vérité, étant donné la situation économique catastrophique de la France, les Français se nourrissent actuellement plus de jeux et de fêtes que de pain.

- politiques : les Français sont passionnés de politique politicienne dont ils connaissent tous les artifices et rouages, phénomène qui se constate plus couramment dans les communautés rurales que dans les villes ; la haute politique, le politique, ne les intéresse guère, ils n’ont pas envie de réfléchir, mais ils participent volontiers aux meetings et aux défilés (dans les villes) et, dans les campagnes, aux cocktails clientélistes offerts par leur candidat (ou son adversaire) où ils rencontreront le notaire, le pharmacien, leur médecin référent et le curé et pourront ainsi créer et alimenter les potins qui combleront leurs journées et les discussions de fins de repas.

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- religieuses : visite d’un prélat, voire du pape, processions votives, messes, fêtes traditionnelles catholiques fréquentes dans notre pays comme dans tout le sud, l’ouest et l’est de l’Europe.

- revendicatives : les Français défilent presque toutes les semaines (hors vacances) pour des revendications diverses, la « rentrée » étant une période favorable à ce genre de manifestations :  pompiers, paysans, artisans, lycéens, syndicalistes, Gilets jaunes, Bonnets rouges…

- culturelles : se rendre à une exposition de peinture, aller au cinéma, voir une pièce de théâtre, pour avoir, et surtout pour donner, l’impression d’être actif, « dans le coup ».

- sportives : matches de football et courses à pied, par exemple, déplacent spectateurs et participants en grand nombre dans d’immenses stades et sur les routes.

Certains ne manqueraient pour rien au monde une manifestation où ils doivent être parce qu’il sera de bon ton d’y être ; il ne faut surtout pas louper un événement dont leur voisin les a assurés de sa participation. C’est un phénomène de mimétisme social dûment identifié.

La masse a les mêmes comportements que la foule à la différence près que la foule se réunit en un même lieu pour pouvoir accomplir une célébration – on peut ajouter une dimension pseudo-religieuse à la plupart de ces événements qu’on appellera alors « grandes messes » - alors que la masse est diluée dans un espace non défini et n’a nul besoin de se déplacer pour exister.

Au Moyen-Âge, les comportements étaient encore plus superstitieux et irraisonnés : ce sont des reliques qui déplaçaient les foules qui faisaient parfois à pied des centaines de kilomètres, pour voir des présumés restes d’un saint ou d’une sainte comme une épine de la couronne du Christ, un tibia ou un lambeau d’étoffe, les « fidèles » espérant tirer un bénéfice personnel du seul fait de les approcher ou mieux, de les toucher.

Picture_of_Le_Bon.jpgGustave Le Bon

Dans le n° 48 de la revue Cahiers de Psychologie Politique (janvier 2026), Matthijs Gardenier commente le point de vue de Gustave Le Bon, auteur du célèbre ouvrage Psychologie des foules paru en 1895 : « Les participants à une foule se retrouveraient dans un état d’esprit particulier, de quasi-hypnose qui déterminerait le déclenchement de l’action collective. En effet, la participation à une foule occasionnerait une forte suggestibilité. Dans un état proche de l’hypnose, les individus seraient prêts à accepter n’importe quelle information comme étant exacte, sans la passer au crible de la raison. Le Bon prend comme exemple les récits contradictoires des témoins oculaires au cours de la bataille de Waterloo. À celle-ci, se joint un autre élément, la contagion ou l’imitation. »

Je n’ai pas résisté au plaisir de vous faire découvrir cet extrait qui suit de l’œuvre de Gustave Le Bon où il dévoile un aspect de son talent qui ressemble fort à un pouvoir visionnaire car il parle ici de la « chute de la tour Eiffel » (qui m’a fait penser à une autre chute : celle des twin towers de New-York) et du naufrage d’un transatlantique (ce qui arrivera quelques années après la parution de son ouvrage avec le naufrage du Titanic) :

« Tout ce qui frappe l'imagination des foules se présente sous forme d'une image saisissante et bien nette, dégagée de toute interprétation accessoire, ou n'ayant d'autre accompagnement que quelques faits merveilleux ou mystérieux : une grande victoire, un grand miracle, un grand crime, un grand espoir. Il faut présenter les choses en bloc, et ne jamais en indiquer la genèse. Cent petits crimes ou cent petits accidents ne frapperont pas du tout l'imagination des foules ; tandis qu'un seul grand crime, un seul grand accident les frapperont profondément, même avec des résultats infiniment moins meurtriers que les cent petits accidents réunis... Un accident qui, au lieu de 5 000 personnes, en eût seulement fait périr 500, mais le même jour, sur une place publique, par un accident bien visible, la chute de la tour Eiffel, par exemple, eût au contraire produit sur l'imagination une impression immense. La perte probable d'un transatlantique qu'on supposait, faute de nouvelles, coulé en pleine mer, frappa profondément pendant huit jours l'imagination des foules. Or, les statistiques officielles montrent que dans la même année un millier de grands bâtiments se sont perdus. Mais, de ces pertes successives, bien autrement importantes comme destruction de vies et de marchandises qu'eût pu l'être celle du transatlantique eu question, les foules ne se sont pas préoccupées un seul instant. » (Le Bon 1895).

Je vais donner trois exemples très différents d’événements qui ont motivé le déplacement des foules ou leur engagement, récents et même actuels, puisqu’ils se sont déroulés en ce mois de septembre 2026, et se déroule encore pour l’un d’entre eux. Ces trois manifestations sont représentatives de ce besoin des Français de participer à un événement afin de pouvoir ensuite dire : « j’y étais », mais aussi de l’inconséquence de ces personnes car, la fête finie, on ne peut que constater l’apathie, l’irresponsabilité ou l’indifférence des Français concernant leur propre destin et celui de leurs enfants.

Ces trois événements sont : les concerts donnés par la chanteuse Céline Dion à Paris, la venue du pape en France, le blocus des lycées.

Trois événements qui ont déplacé les foules et défrayé la chronique : Céline Dion, le pape, la mobilisation des lycéens

- La séquence satanique: les concerts de Céline Dion à Paris

Après six ans d’absence en raison d’une maladie très rare appelée curieusement le « syndrome de la personne raide[2] », Céline Dion est réapparue en pleine forme pour entamer un marathon de 26 concerts étalés entre l’automne 2026 et mai 2027 en France ; qui ont réuni ou réuniront chaque soir plus de 30.000 spectateurs pour un total qui dépassera les 800.000 personnes.

Les concerts de Céline Dion sont marqués visuellement par des références à Satan qui, selon certaines analyses, laissent supposer qu’elle aurait conclu « un pacte avec le diable », comme c’est le cas de beaucoup d’artistes dans le monde qui ne cessent de manifester leur obéissance à ce personnage qu’on croit imaginaire (en France, une chanteuse comme Mylène Farmer semble tout autant possédée comme l’indiqueraient ses constantes références à Lucifer dans ses spectacles).

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En outre, la collection de vêtements pour enfants en bas âge que Céline Dion a créée est incontestablement d’inspiration démoniaque (malgré les dénégations de ses défenseurs) et vient appuyer l’hypothèse de sa soumission. (voir photos)

- La séquence christique: la visite en France du pape Léon XIV

Hasard du calendrier ? Il n’a pas fallu attendre longtemps la réponse de la communauté chrétienne à cette provocation satanique. Le pape Léon XIV a en effet séjourné en France du 25 au 28 septembre 2026 ; sa visite a rassemblé plus d’un million de fidèles venus le saluer.

Cette immense foule qui s’est rassemblée dans le calme et la bonne humeur, mais aussi dans le recueillement, pour accueillir dans la paix et la joie le chef de sa communauté a surpris les analystes et les « experts » en tout et en rien des médias de grand chemin qui n’ont trouvé pour la plupart qu’une seule parade à ce qu’ils considèrent comme un camouflet pour leur logique profondément « progressiste » : le silence[3].

Car leurs ressorts profondément manichéens ne peuvent déduire de cette incontestable preuve de la survivance d’une foi portée par ces vilains « traditionalistes conservateurs » que le signe de leur propre échec ; c’est le grain de sable qui vient enrayer leur machine dans sa course aux lendemains qui ne cessent de chanter.

Mon esprit toujours aussi critique apportera cependant un bémol à ce qui constitue pour les fidèles chrétiens la preuve que leur foi peut être revivifiée, que rien n’est perdu alors que l’on pensait que les Français s’étaient enfoncés dans une torpeur qui confinait à la neurasthénie, que ce peuple n’avait plus de vitalité et qu’il se laissait doucement aller dans la facilité d’une décadence qui avait marqué de la même façon la fin de l’empire romain ; et l’on revient au début de cet article : panem et circenses.

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Car il est fort possible que beaucoup de spectateurs venus assister au show de Céline Dion se sont retrouvés également présents dans cette assemblée de fidèle chrétiens.

Ont-ils été soudainement touchés par la grâce ? Retrouvent-ils miraculeusement le chemin de la foi ?

Certains sans doute ; mais je crois plutôt que le portrait du Français hédoniste décadent que j’ai tracé au début de cet article n’est en rien démenti ; le Français, à l’image de son cher président, pratique le « en même temps ».

Ce sont les mêmes qui, toujours aussi irresponsables, se retrouvent à dénoncer la violence avec laquelle leurs chers petits ont été dissuadés par la police de saccager ce qui reste de notre beau pays et, notamment, leurs propres lycées dont ils se plaignent de la vétusté pour certains ; le raisonnement de ces petits blancs est simple : puisque notre établissement n’est pas suffisamment confortable, autant le détruire entièrement ; mais nous verrons que d’autres facteurs interviennent qui compliquent les choses.

En clair, les Français n’ont aucun mal à faire cohabiter le diable et le Bon Dieu et à passer de l’un à l’autre selon leurs besoins ou leur humeur du jour.

Sionisme, antisionisme, antisémitisme

Une dernière remarque sur le rassemblement chrétien : il a eu un précédent qui a suscité aussi à l’époque une grande vague d’espoir, il s’agit de La Manif pour Tous qui s’est dressée contre Le Mariage pour Tous (entre personnes de même sexe) en 2013.

La Manif pour Tous avait, elle aussi, réuni 1 million d’individus, et sa pétition avait été signée par 700 000 personnes, pétition rejetée par le Conseil d’État, en-dehors de toute règle juridique, notamment celle imposée alors par le Tribunal administratif.

Et que s’est-il passé ensuite ? Rien.

Et que se passera-t-il après ce formidable accueil du pape ? à mon avis, mais j’espère me tromper : rien.

Et pourquoi ?

Toujours pour la même raison : la plupart sont venus pour la fête, pas par conviction religieuse ou humaniste, ils sont venus pour faire comme les autres, par mimétisme.

Les « cathos-tradis », en général, mais il y a des exceptions louables, ne sont pas des militants, ce sont des bourgeois conformistes. On n’est plus à l’époque de Degueldre ou de Bastien-Thiry qui connaissaient la nécessité et le prix du sacrifice.

Un exemple ? Les structures existent pour aider les Chrétiens d’Orient actuellement persécutés par Tsahal. Qui leur vient en aide ? Personne.

Un horrible génocide est en train de se perpétrer à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et encore ailleurs si rien ni personne ne vient arrêter les sionistes qui ne vivent que pour l’expansion du Grand Israël ; ce génocide ne fait pas de différence entre musulmans et chrétiens, ces derniers étant très nombreux dans cette région puisque le christianisme est précisément né dans cette région. Ne serait-ce pas en accord avec les principes fondamentaux chrétiens de dénoncer, pour le moins, le massacre des hommes et de la terre qui se pratique quotidiennement dans ces pays?

Qui le fait ? Personne.

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Il n’y a pas de solidarité chrétienne « occidentale », voire universelle (c’est le sens même du mot : catholique), envers ceux des leurs qui sont martyrisés dans d’autres régions du monde, comme il n’y a pas de point de vue chrétien occidental sur les massacres et les tortures perpétrés par Tsahal avec l’accord tacite des Américains. Tous les fidèles des autres religions dans le monde sont solidaires de leurs coreligionnaires, pas les chrétiens occidentaux. Pourquoi ?

Parce que les chrétiens occidentaux sont sionistes à l’image du RN et de la plupart des structures dirigeantes de notre pays, c’est-à-dire exactement : américano-sionistes. Donc mondialistes parce que l’Occident n’est rien d’autre que l’alliance de trois entités visant à s’approprier le monde : cette pseudo-Europe (qui nous maltraite, nous, Européens), l’État sioniste d’Israël et l’Amérique du Nord.

D’autant qu’on sait maintenant que l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme n’a aucun sens puisque les Israéliens sionistes qui tiennent le pouvoir en Israël ne sont pas juifs d’origine mais ashkénazes, issus du peuple khazar, juifs convertis au VIIIe siècle et que les vrais juifs ne les reconnaissent pas comme tels [4].

La séquence chaotique: les « lycéens en colère »

Le mouvement a été déclenché à l’origine par les représentants syndicaux du lycée de Créteil, invoquant un manque de moyens comme la nécessité de mettre à disposition du lycée une seconde infirmière ; il est difficile de croire qu’il s’est propagé aussi vite sans être encadré, et sans doute préparé, par des professionnels de la mise en place du désordre, comme le sont les membres de LFI, voire des individus non identifiés payés pour accomplir cette besogne ; la racaille des banlieues n’a pas été convoquée pour l’occasion, elle était sur place.

On a vu des représentants de l’autorité, comme le maire de Saint-Denis, ou d’autres élus LFI portant l’écharpe, participer à la mise en place du chaos qui a ensuite gagné toute la France.

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Les forces de l’ordre ont réagi assez rapidement, mais n’ont pas été à même de tenir le terrain par manque d’effectifs et aussi par l’impossibilité de prévoir les cibles auxquelles cette racaille bien formée allait s’attaquer car les pseudo-lycéens s’en sont pris immédiatement à des structures qui n’ont aucun lien avec l’école, comme une église à Strasbourg [5], un bus à Marseille [6], dans cette vidéo, une surveillante est tabassée à Annecy par une bande de sauvages [7], dans cette autre, les pseudo-lycéens affichent clairement leur appartenance à un pays étranger.

Il n’est pas impossible que ce chaos soit piloté par le gouvernement lui-même, ce qui lui donnerait la possibilité, au plus fort de l’embrasement de ce mouvement, qui n’est peut-être pas encore arrivé, de décréter une situation d’urgence afin de prendre les pleins pouvoirs.

Conclusion : je n’ai pas choisi ces trois séquences au hasard ; et, même, je ne les ai pas choisies du tout, elles m’ont été imposées par l’actualité : la France, fille aînée de l’Église a été, en ce mois de septembre et est encore, en ce mois d’octobre, au centre d’un conflit qui voit s’affronter les deux grands blocs qui composent le monde actuel : d’une part, le bloc des sociétés traditionnelles respectant les lois naturelles, humaines et cosmiques qui ont toujours régi le monde dans lequel nous vivons depuis des millions d’années qui ont su bâtir, au fil du temps, une société où les hommes ont vécu tant bien que mal, avec les aléas et les vicissitudes intrinsèques à notre condition, avec des règles morales et religieuses qui se sont efforcées de canaliser les pulsions négatives de nos semblables essayant de cohabiter plus ou moins harmonieusement sur cette Terre qui nous porte et, d’autre part, une engeance issue des reliquats morbides d’anciennes civilisations disparues qui vénèrent un démon, Satan, et qui tentent d’asservir notre Humanité ou de la remplacer par des robots et une intelligence artificielle qu’elle met en place d’une manière systématique sous nos yeux incrédules.

Nous avons du mal à croire que la génération qui va nous succéder et qui devra affronter ce terrible ennemi est constituée par ce groupe de sauvages qui s’exprime par des cris ou des onomatopées, se comporte comme des zombies dont le cerveau aurait été gravement détérioré et ne songe qu’à se dégager de toute contrainte pour vivre une existence illusoire, faite de jouissance sans entraves, fabriquée sur la base d’utopies qui leur ont été inculquées dès leur prime enfance par des invertis qui se sont peu à peu emparés des rênes de l’Éducation nationale (voir photo).

photo 2(1).jpgLa photo de cette jeune fille brandissant un carton résume assez bien la faillite de son éducation, dont la responsabilité incombe à la fois à ses parents démissionnaires de leur fonction de parents, qui n’ont pas su la préserver des dangers de la vie, mais aussi à l’Éducation nationale qui s’est immiscée dans un domaine qui ne lui appartient pas, celui de l’éducation sexuelle, en banalisant et même en encourageant les comportements à risque et les comportements déviants, une incompétence, si ce n’est une malveillance, dont cette jeune fille, jetée en pâture sur les réseaux sociaux, va désormais faire cruellement les frais.

Ces parents, dont j’ai dénoncé, au début de cet article, l’hédonisme, la passivité et l’insouciance, sont responsables de n’avoir rien fait pour préparer cette génération à la vie réelle qui peut être belle quelquefois mais exigeante plus souvent. Ces parents, en prenant le parti de ces jeunes gens, leurs enfants, ne font rien d’autre que d’essayer de s’absoudre de leur propre irresponsabilité et de leur propre incompétence à vivre en se fixant des règles, une morale, et en s’obligeant à des devoirs.

Notes: 

[1] Voir mes articles à ce sujet, sur le présent site, et aussi rassemblés dans l’ouvrage La Satanisation du Monde, Amazon 2025.

[2] Gérard Fauré, l’ancien fournisseur en cocaïne de l’oligarchie française et internationale qui en est très dépendante, pense plutôt que Céline Dion souffrirait d’un manque ou, au contraire, d’une overdose permanente, d’adrénochrome, cette substance qui serait prélevée dans le sang des jeunes enfants que les pédosatanistes du cercle d’Epstein auraient préalablement volés, effrayés puis torturés afin d’en obtenir la meilleure production, le but recherché par les oligarques « invités » ou plutôt « piégés » d’Epstein étant d’espérer vivre plus longtemps grâce à la régénération de leur sang. (« J’avais raison ! Céline Dion et La polémique du sosie », https://www.youtube.com/watch?v=tLkbwd1tymo)

[3] Voir les articles de Georges Gourdin sur le sujet : Génération Léon, prenez le Pouvoir ! du 1er octobre 2026 et Léon XIV au Stade de France : la Vérité contre le règne du mensonge du 26 septembre 2026.

[4] Voir mon article : L’Occident et la droite nationale française face à l’anéantissement de Gaza, article également inclus dans l’ouvrage Haute Trahison, Amazon 2026, p.101.

[5] Une église incendiée par les « lycéens » : https://www.facebook.com/reel/1412906561032222?locale=fr_FR

[6] Témoignage de Jean Mizrahi, professeur : Les transports en commun ont été à l'arrêt aujourd'hui à Marseille où je vis. Des élèves du lycée professionnel la Floride, où j'ai enseigné pendant une année il y a deux ans, ont mis le feu à un bus avec son chauffeur à l'intérieur, qui en a réchappé par miracle, mais semble-t-il quand même avec des brûlures. Je ne suis pas étonné, je me souviens de la population de ce lycée, j'y ai passé des moments peu sympathiques avec des gamins dont certains franchement déjantés. Devant un autre lycée marseillais, un camion de pompiers a été incendié.

[7] Une surveillante tabassée à Annecy par des sauvages hurlant dans une langue inconnue : https://www.facebook.com/reel/1636111814571232?locale=fr_FR

samedi, 03 octobre 2026

Assez de «transition énergétique»: la Norvège met un frein aux exportations d’électricité

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Assez de «transition énergétique»: la Norvège met un frein aux exportations d’électricité

Oslo/Berlin. Un nouveau mensonge énergétique vole en éclats: celui de la grande solidarité européenne à l’ère «post-fossile». Il n’en est rien: la Norvège entend désormais consacrer davantage son énergie hydraulique à son propre approvisionnement. Aucun nouveau câble électrique vers l’Europe ne devrait être planifié au moins jusqu’en 2029. Le ministre de l’Énergie, Terje Aasland, a qualifié d’«idée erronée» la conception jusque-là répandue selon laquelle l’hydroélectricité norvégienne pourrait compenser les fluctuations de la production éolienne et solaire en Europe.

Jusqu’à présent, la Norvège jouait un rôle important dans la compensation des fluctuations de l’offre sur le marché européen de l’électricité. L’hydroélectricité du pays pouvait fournir de l’énergie supplémentaire lorsque la production éolienne et solaire était faible. Mais Oslo justifie désormais son changement de cap par les conséquences sur son propre marché de l’électricité: l’utilisation des réservoirs pour répondre aux besoins européens peut réduire les réserves norvégiennes, tandis que les fluctuations de prix du marché européen pourraient «contaminer» la Norvège. C’est ce que le pays veut éviter.

La suspension de la construction de nouveaux câbles sous-marins devrait, dans un premier temps, rester en vigueur jusqu’en 2029. Il y aura donc moins de capacités de transport supplémentaires entre la Norvège et le reste de l’Europe. Pour les pays qui recourent à l’hydroélectricité norvégienne lorsque la production éolienne et solaire est faible, cela modifie les possibilités d’importation existantes.

Parallèlement — et là encore, contrairement à la plupart des pays de l’Union européenne — Oslo continue de miser sur l’exploitation des énergies fossiles. De nouveaux gisements de pétrole et de gaz sont mis en exploitation dans la mer de Barents. Le gouvernement norvégien souligne l’importance de la sécurité énergétique et de la fiabilité de l’approvisionnement.

L’Allemagne est directement touchée par cette réorientation de la politique norvégienne. Jusqu’à présent, les importations d’électricité en provenance de Norvège et d’autres pays européens permettent de compenser les pénuries lorsque l’énergie éolienne et solaire ne produit pas suffisamment d’électricité en Allemagne. À l’avenir, ce ne sera plus possible si la Norvège privilégie son autosuffisance et ne veut plus subir le chaos des prix européens de l’électricité.

Bien entendu, la diminution des exportations norvégiennes influencera le marché européen de l’électricité. En période de production insuffisante, d’autres centrales devront prendre le relais — mais plus les centrales norvégiennes. Pour l’Allemagne, cela devrait accroître le besoin en capacités de réserve nationales, notamment en centrales à gaz. Or, celles-ci sont encore loin d’être disponibles. Il ne reste donc que cette conclusion décevante: l’Allemagne subit de plus en plus les conséquences de sa « transition énergétique » (se).

Source: Zu erst, octobre 2026. 

 

Pino Rauti et la primauté de la culture sur la politique

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Pino Rauti et la primauté de la culture sur la politique

par Gennaro Malgieri

Source: https://www.barbadillo.it/133721-pino-rauti-e-il-primato-...

Il déploya toute sa fière « différence » dans le champ de l’irrégularité, ce qui lui valut de considérables malentendus sans jamais le faire dévier de la conviction acquise dès sa prime jeunesse: la nécessité, autrement dit, de conjuguer les valeurs traditionnelles avec la «question sociale» dans une synthèse que nous pourrions aujourd’hui, non sans audace, qualifier de «métapolitique».

Il y a cent ans, le 19 novembre 1926, naissait à Cardinale, en Calabre, Pino Rauti. Intellectuel et homme politique, il fut le symbole vivant de la complexité de la droite italienne. Le peu d’aisance dont fait preuve le journalisme politique de notre pays lorsqu’il doit aborder les personnages «cruciaux» de la vie publique, surtout lorsqu’ils se laissent difficilement enfermer dans des carcans idéologiques, laisse place à l’incompréhension ou, pire encore, à l’effacement. Ce fut le cas de Rauti qui, avec son obstination à attirer sur lui les foudres destructrices de l’establishment politique et médiatique, témoigna de la primauté de la culture en politique, au détriment des manœuvres électoralistes à courte vue et de la partitocratie.

C’est en ce sens qu’il résuma quelque soixante-dix années de militantisme, jusqu’à finir par incarner une certaine idée de la droite qui déconcerte les observateurs tout autant que la plupart de ceux qui se reconnaissent ou se sont reconnus dans la droite elle-même.

imagprimmes.jpgRauti déploya toute sa fière « différence » dans le champ de l’irrégularité, ce qui lui valut de considérables malentendus sans jamais le faire dévier de la conviction acquise dès sa prime jeunesse: la nécessité, autrement dit, de conjuguer les valeurs traditionnelles avec la «question sociale» dans une synthèse que nous pourrions aujourd’hui, non sans audace, qualifier de «métapolitique», et qu’il imaginait comme le fondement d’une République pacifiée et modelée selon les principes de la participation et du décisionnisme.

Il est facile de réduire Rauti à un «incendiaire des âmes», pour reprendre l’expression forte et suggestive que la Pravda — rien de moins — forgea pour lui en 1979, lorsque même en Union soviétique on s’aperçut que des idées rautiennes, solidement articulées au sein d’un groupe de jeunes responsables politiques qui étaient aussi des intellectuels, et diffusées par un journal qu’il venait de fonder, Linea, pouvait naître une droite non conventionnelle. Celle-ci se présentait comme une alternative à la droite stéréotypée, bien-pensante et quelque peu empesée alors en vogue, au service des classes bourgeoises et rassurante pour le système des partis lui-même.

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En somme, une droite «révolutionnaire», riche d’idées et capable d’une suprême apostasie: la négation des vertus plébéiennes au nom d’une paradoxale conception aristocratique du social, plus proche de la pensée de Georges Sorel et du syndicalisme qui en découlait que d’une droite entièrement fondée sur «la loi et l’ordre», dont le conservatisme s’épuisait dans le cadre tranquille de l’opposition parlementaire.

Par ses initiatives politiques et culturelles, ses revues, ses livres — quoi que l’on en pense, Les idées qui ont fait bouger le monde et l’Histoire du fascisme en cinq volumes, écrite avec Rutilio Sermonti, demeureront des ouvrages fondamentaux — ainsi que par ses centres d’étude et de réflexion, Rauti tenta, en y parvenant en partie, de rassembler la jeunesse la plus réactive et anticonformiste de la droite à partir de la fin des années 1960.

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La complexité d’une droite qui se réclamait non pas du fascisme en tant que tel, mais du monde intellectuel bien plus vaste de la tradition et du conservatisme — dont les filiations évoliennes étaient avant tout indéniables — est précisément illustrée par l’action formatrice de Rauti. Pour lui, les sciences nouvelles et l’écologisme, le radicalisme institutionnel et le populisme localiste, les questions propres à la jeunesse — de la musique alternative à l’art d’avant-garde, de la problématique féminine à la réinterprétation des phénomènes associatifs dont naquirent les célèbres Camps Hobbit, de la littérature fantastique à la bande dessinée, jusque-là chasse gardée de la gauche, pour ne citer que quelques-unes des expressions qui contribuèrent à moderniser la droite italienne — ainsi que la réinterprétation du solidarisme dans une perspective prévoyant le dépassement de la lutte des classes et la remise en question du capitalisme financier fournirent au monde qui se reconnaissait dans le Mouvement social italien un véritable arsenal d’idées pour mener, comme on le disait alors, le «bon combat».

Rauti fut le moteur de tout ce foisonnement d’innovations, que même la persécution politique et judiciaire la plus dure, la plus acharnée et la plus monstrueuse, dont il fit l’objet pendant une quarantaine d’années, ne parvint pas à freiner. Il faudra un jour rendre compte de cette page de l’histoire personnelle de Rauti, qui s’entremêle aux pages les plus controversées et problématiques de l’histoire républicaine, en partant du principe que les idées ne sauraient être traduites en justice et que l’on ne peut fabriquer des monstres servant une stratégie conçue dans on ne sait quels sanctuaires du pouvoir, stratégie qui aurait dû déstabiliser le système afin de stabiliser des configurations de pouvoir qui se livraient la guerre à l’aide des instruments que nous avons malheureusement connus.

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Des légions d’inquisiteurs et de «pisteurs» ont tenté de détruire la crédibilité de Rauti, son honorabilité et son univers politique lui-même, mais elles n’y sont pas parvenues. Les innombrables procès auxquels il dut faire face, loin de le briser, le rendirent plus fort: il fut toujours acquitté et sortit indemne des nombreuses enquêtes qui, comme l’attestèrent ses collègues du Tempo dès 1972, n’avaient rien à voir avec un journaliste qui aimait l’engagement politique et le concevait comme un devoir civique absolu, même lorsque les idées «dangereuses» ou «risquées» qu’il professait pouvaient lui coûter cher.

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Malgré tout, les innombrables fois où il fut élu député, parlementaire européen et représentant du Parlement italien auprès du Conseil de l’Europe démontrent que la confiance qui lui était accordée — et que partageait d’ailleurs l’ensemble de son parti — était plus forte que les préjugés.

Rauti fut néanmoins toujours une âme inquiète. Dès sa prime jeunesse, lorsqu’il rejoignit la République sociale italienne puis fut emprisonné dans les camps de concentration d’Afrique du Nord, il acquit la conviction que son destin serait celui d’un «agitateur». Parmi les jeunes qui adhérèrent au MSI dès ses débuts, il manifesta immédiatement son impatience envers un ritualisme néofasciste nostalgique et dépourvu de profondeur spirituelle, au point de faire partie du «commando» des FAR, secrètement dirigé par Pino Romualdi, accusé d’attentats subversifs — pour mémoire, pas un cheveu ne fut touché — et traduit en justice en 1951 aux côtés de nombreux autres révolutionnaires. Le plus illustre d’entre eux se présenta au Palazzaccio, le palais de justice de Rome, en fauteuil roulant, accompagné et défendu gratuitement par le plus grand avocat du XXe siècle, Francesco Carnelutti: il s’agissait de Julius Evola, dont l’Autodéfense demeure l’un des textes les plus significatifs pour comprendre la période vécue par les vaincus dans la République démocratique et antifasciste.

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Dans ces circonstances, tandis que la lutte politique se durcissait, Rauti acquit la conviction que le parlementarisme auquel le MSI était en train de se cantonner le condamnerait à l’extinction. Il fonda le Centre d’études Ordre nouveau qui, contrairement à une vulgate mensongère, n’avait rien de «subversif»; parallèlement, il poursuivit la polémique politique et orienta de nombreux jeunes vers la formation culturelle. Vint ensuite la réconciliation avec le MSI d’Almirante et l’ambitieuse bataille visant à «percer à gauche», dans la conviction que seule la droite nationale et sociale pouvait donner au pays une nouvelle configuration. Il devint secrétaire du parti en 1990, mais son passage à sa tête fut de courte durée, notamment en raison de jeux de pouvoir internes. Il y aurait beaucoup à dire sur cette période confuse qui demeure néanmoins la plus féconde après l’époque d’Almirante, marquée par la Grande Droite.

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Rauti s’en est allé après ses amis avec lesquels il avait vécu le rêve de la révolution impossible: Giano Accame, Enzo Erra et Fausto Gianfranceschi. Tous furent les protagonistes d’une droite incomprise, dont les réserves demeurent riches pour quiconque voudrait la pénétrer au-delà des nappes de brouillard qui font obstacle à une vision politique sérieuse. C’est ce que Rauti recommandait surtout à ses jeunes amis: ne pas disperser la moisson d’une histoire, car sans racines il ne saurait y avoir d’avenir. C’est ce qu’il reste de plus précieux de lui chez ceux qui l’ont admiré, qui lui ont porté de l’affection et même chez ceux qui l’ont contesté. Quoi que l’on puisse en penser, force est aujourd’hui d’admettre que Rauti fut un homme de cette droite complexe, précisément, non conventionnelle, pétrie de certitudes et de contradictions et, pour cette raison même, vivante — une droite qui ne mérite pas d’être sommairement écartée comme le produit d’une idéologie marginale.

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L’âme végétale. Spengler, la cognition basale et la fin du monopole du cerveau

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L’âme végétale. Spengler, la cognition basale et la fin du monopole du cerveau

Par Francesco Petrone

Source : Tota Pulchra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-anima-vegetale-...

Le-declin-de-l-Occident-I-II.jpgEn 1918, lorsque paraît le premier volume du Déclin de l’Occident d’Oswald Spengler, l’Allemagne vient de perdre la guerre. Le philosophe et historien allemand, encore inconnu du grand public, semble annoncer que ce n’est pas seulement une guerre qui a été perdue, mais qu’une civilisation tout entière arrive à son terme. Wittgenstein l’apprécie, Walter Benjamin le lit. En Italie, Croce et Evola le traduisent, car il est considéré comme incontournable. Les historiens universitaires le détestent en raison de la place qu’il accorde à la biologie et de son recours jugé excessif à l’intuition.

L’idée que les civilisations sont des organismes qui naissent et sont destinés à mourir comme des plantes était considérée comme une hérésie par l’historicisme progressiste de l’époque. Spengler prévoyait le césarisme, puis la domination de l’argent et de la presse, les guerres d’anéantissement et la lassitude spirituelle. En des termes plus actuels, il faisait comprendre que la force propulsive intérieure était en train de s’épuiser.

Pour l’école des Lumières, puis pour l’école marxiste et enfin pour le progressisme américain, l’histoire est une flèche: elle va du primitif au civilisé, du sauvage au technologique. Plus le temps passe, plus nous progressons, et c’est toujours nous qui sommes les meilleurs. Spengler nie tout cela. L’histoire n’est pas une ligne: elle est faite de civilisations qui naissent, fleurissent et meurent comme des corps, chacune possédant son printemps, son été, son automne et son hiver. Herder avait affirmé que chaque peuple constitue un organisme achevé, doté de son propre esprit, et non une étape menant jusqu’à nous. Spengler reprend cette idée et y ajoute le parallèle avec tout organisme: de manière analogue, les civilisations, elles aussi, naissent et meurent.

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Après la Seconde Guerre mondiale, le penseur disparaît de ce que nous appelons la culture institutionnelle, en raison de son conservatisme et d’un pessimisme peu compatible avec les impératifs de la reconstruction. L’Occident semble être véritablement entré dans l’hiver qu’il décrivait, avec ses mégalopoles, sa technique dépourvue de finalité et l’argent devenu l’unique langage universel. C’est la même description que proposent Fritz Lang dans Metropolis et Charlie Chaplin dans Les Temps modernes. C’est aussi l’époque où Aldous Huxley écrit le roman dystopique Le Meilleur des mondes. Il ne s’agit pas de la peur d’une dictature, mais de la modernité elle-même.

Spengler décrit différents types de civilisations, chacune ayant ses propres caractéristiques. Toutefois, sous chacune d’elles, il place quelque chose de plus ancien, qu’il appelle l’«âme végétale». Ce serait la couche aveugle qui ne veut rien, ne pense pas et ne projette rien. Elle existe simplement et demeure attachée au sang, à la terre, au rythme des saisons, à la naissance et à la mort sans pourquoi. Pour Spengler, la culture est semblable à une plante: elle naît d’un paysage, croît, fleurit et se fane.

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Spengler affirmait qu’avant l’âme animale, qui se déplace et veut, et avant l’âme spirituelle, qui pense, il existe une intelligence qui n’a pas besoin d’un moi. Une sagesse qui sait s’enraciner, percevoir l’humidité et orienter la feuille vers le soleil. Cette affirmation forte, formulée il y a un siècle, semble aujourd’hui avoir reçu une confirmation scientifique grâce à ce que Levin et Lyon appellent la «cognition basale»: la décision sans cerveau, la mémoire sans neurones, la finalité sans conscience. Le trait génial de Spengler est qu’il ne la considérait pas comme une intelligence primitive, comme une version rudimentaire de la nôtre. Il la voyait comme quelque chose de plus profond. L’homme faustien qui veut conquérir Mars est tapageur, mais fragile et éphémère. Le végétal, qui demeure immobile et sait quand vient le printemps, dure mille ans. Spengler a séduit certains traditionalistes parce que, si la raison faustienne conduit au vide, la voie de sortie ne consiste peut-être pas à aller toujours plus loin, mais à descendre d’un niveau, à revenir à l’âme.

Ce que la biologie découvre aujourd’hui en laboratoire, c’est qu’une colonie de cellules sait trouver la solution d’un labyrinthe. Spengler l’avait déjà pressenti sous la forme d’une philosophie de l’histoire. La plante pense, mais d’une manière différente de la nôtre. La cognition basale n’est pas une découverte unique, mais un nom nouveau donné à une idée plus ancienne qui a enfin pris une forme structurée.

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En juin 2018, au Konrad Lorenz Institute, en Autriche, Pamela Lyon, philosophe australienne de la biologie, propose d’appeler tout cela Basal Cognition. Michael Levin (photo), biologiste qui travaillait depuis des années sur la bioélectricité des tissus, emploie pour la première fois ce terme dans une publication de 2019. En mars 2021 paraît la publication considérée comme l’acte de naissance universitaire de ce domaine. D’autres scientifiques avaient auparavant préparé le terrain. En tant qu’intuition, la théorie existait déjà depuis vingt ans. En 1918, Spengler l’appelait «âme végétale». Depuis 2018, la science l’appelle «cognition basale». Il lui aura fallu exactement cent ans pour dire la même chose à l’aide des instruments de laboratoire.

Il ne s’est pas agi d’une preuve unique, mais d’une série d’expériences qui ont démoli, pièce après pièce, l’idée selon laquelle un cerveau est nécessaire à l’intelligence. C’est une vérité qui fait voler en éclats de nombreuses certitudes et dont l’importance est comparable à celle de la découverte de l’héliocentrisme. Nous savons aujourd’hui qu’une bactérie se souvient et nage en direction du sucre. Ce n’est pas un réflexe mécanique, car elle compare ce qu’elle percevait une demi-seconde auparavant à ce qu’elle perçoit maintenant. Elle possède une mémoire biochimique. Il s’agit de perception, de mémoire et de décision — sans le moindre neurone.

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En 2000, à l’université de Hokkaidō, Nakagaki (photo) place dans un labyrinthe une moisissure visqueuse dépourvue de cerveau, avec de la nourriture aux deux extrémités. La moisissure ne procède pas au hasard: elle évalue et optimise. Le mimosa replie ses feuilles lorsqu’on le laisse tomber. Si la chute est répétée, il cesse de les refermer après cinq ou six fois. Il a compris qu’elle n’était pas dangereuse. C’est l’habituation, la forme la plus élémentaire d’apprentissage. Si on le secoue ensuite en lui appliquant un nouveau stimulus, il referme aussitôt ses feuilles: il n’est donc pas épuisé, il a bel et bien appris. Et il s’en souvient pendant vingt-huit jours.

Vient ensuite l’expérience de Levin, qui coupe la tête d’une planaire. Celle-ci régénère une nouvelle tête. Avant l’amputation, Levin lui avait appris à éviter une lumière associée à une décharge électrique. La nouvelle tête, qui n’a jamais vécu cette expérience, se souvient pourtant encore qu’elle doit éviter la lumière. Où la mémoire se trouvait-elle? Elle était stockée dans les potentiels électriques des tissus.

Par conséquent, soit nous élargissons la définition de la cognition, soit nous devons dire qu’une moisissure est aussi intelligente qu’une souris lorsqu’il s’agit de résoudre un labyrinthe. Il est établi que l’intelligence précède le système neuronal, c’est-à-dire ce que nous appelons le cerveau. Cela semble porter le coup de grâce à la vulgate positiviste.

La thèse classique, de Cabanis à Vogt au milieu du XIXe siècle, affirmait que le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile. L’âme ne serait rien d’autre qu’un épiphénomène du cerveau. Supprimez le cerveau, et tout disparaît. Mais si l’apprentissage, la mémoire et la décision sont présents sans le moindre neurone, on ne peut plus affirmer que le cerveau produit la cognition. Tout au plus la concentre-t-il.

51EVMDYXrhL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgEn outre, la conscience ne réside pas dans le cerveau, comme le montrent certains cas limites. Parnia découvre une activité consciente chez des personnes en arrêt cardiaque présentant un électroencéphalogramme plat. Les enfants atteints d’hydranencéphalie étudiés par Shewmon, qui sont presque dépourvus de cortex, sourient à leur mère et manifestent des préférences musicales. Selon le modèle qui assimile le cerveau à l’âme, ils devraient être dans un état végétatif; ils manifestent pourtant de l’affection.

Le professeur Faggin affirme qu’un ordinateur, même s’il était grand comme une ville, ne ressentirait rien, parce qu’il ne sait qu’exécuter des opérations. La conscience n’est ni calculable ni algorithmique. Si elle se trouvait dans le cerveau comme un logiciel, nous devrions pouvoir la reproduire au moyen d’un algorithme suffisamment complexe. Nous n’y parvenons pas parce que, selon Faggin, elle ne s’y trouve pas.

Le positivisme aurait donc confondu le contenant avec le contenu. Cela revient à dire que la musique se trouve dans la radio parce que, lorsque la radio est cassée, on n’entend plus la musique. Le cerveau ne serait qu’une antenne et un amplificateur, et non un générateur. Si nous retirons la radio, nous supprimons la manifestation locale de la musique, mais la transmission demeure.

Cela nous ramène à Spengler, qui appelait «âme faustienne» celle qui cherche l’infini dans l’espace, mais savait qu’avant elle existaient l’âme magique et l’âme apollinienne, chacune étant liée à un corps différent. Il n’affirmait jamais que l’âme était le cerveau. Il disait que chaque culture possède un corps et une âme qui s’appartiennent mutuellement.

91KCnmaQyBL._UF1000,1000_QL80_.jpgL’étape logique suivante est celle que Federico Faggin cherche à formaliser. Levin et Lyon ont affirmé que l’intelligence précède le cerveau. Un cerveau n’est pas nécessaire pour décider, se souvenir ou anticiper. L’intelligence n’est donc pas un produit du cerveau: elle est une propriété de la vie que le cerveau utilise et amplifie. Faggin affirme que la conscience précède l’intelligence. Selon lui, l’erreur consiste à penser que la conscience est une intelligence accrue par la complexité. Pour lui, la conscience est première: elle constitue un champ quantique fondamental, non algorithmique et non calculable. C’est ce qu’il appelle la seity, du latin seitas: le fait d’être par soi-même, l’être conscient qui sait qu’il l’est. L’intelligence, même basale, est la manière dont un organisme utilise la conscience pour connaître; elle ne la produit pas.

Faggin emploie la métaphore de l’électricité, qui existait avant l’ampoule. L’ampoule ne crée pas l’électricité: elle la transforme en lumière. Le cerveau ne crée pas la conscience: il la transforme en expérience consciente. Si la cognition basale démontre qu’un comportement intelligent est possible sans neurones, Faggin tente de démontrer qu’une expérience consciente est possible sans calcul classique. L’intelligence basale retire au cerveau le monopole de l’intelligence.

81K8XUEwKBL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgFaggin retire au cerveau, assimilé à un processeur, le monopole de la conscience. Si un système sans cerveau se comporte intelligemment au moyen de la bioélectricité et de signaux chimiques, un système, qu’il possède ou non un cerveau, éprouve le sentiment d’exister.

Faggin explique que la conscience n’est pas produite, mais perçue. Levin étudie comment une cellule décide; Faggin étudie pourquoi il existe quelqu’un qui éprouve cette décision. Si Levin a raison, Spengler avait raison au sujet de l’âme végétale qui décide. Si Faggin a raison, Spengler avait plus raison encore: cette âme végétale ne se contente pas de décider, elle éprouve aussi, à sa manière, le fait d’être vivante, bien avant que l’être humain ne se demande ce que signifie ressentir.

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Repenser 1789: entre capitalisme, Révolution conservatrice et faux mythe de l’erreur napoléonienne

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Repenser 1789: entre capitalisme, Révolution conservatrice et faux mythe de l’erreur napoléonienne

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/ripensare-il-1789-capital...

J’estime que le jugement historique porté sur la Révolution française exige désormais de dépasser la dichotomie entre l’apologie démocratique et la diabolisation réactionnaire, en intégrant les catégories de l’économie politique et de la sociologie historique.

Comme l’ont mis en évidence des historiens de l’envergure de Jean Jaurès, dans sa monumentale Histoire socialiste de la Révolution française, puis Albert Mathiez, 1789 ne saurait être compris sommairement comme une simple conjuration ourdie par la franc-maçonnerie ou comme une catastrophe politique, mais bien comme le coup de force par lequel la bourgeoisie productive et les classes urbaines déracinèrent un système oligarchique profondément corrompu.

L’élite financière et aristocratique de l’Ancien Régime, vouée à la rente parasitaire et à la spéculation sur la dette publique, finit par mériter cette déflagration radicale qui, par la justice sommaire et la guillotine, frappa non seulement les nobles oisifs, mais aussi les notables compromis dans la banqueroute de l’État.

Du reste, la crise morale de la noblesse résidait précisément dans la perte de sa raison d’être historique: la mission originelle de la classe aristocratique n’était certainement pas d’accumuler des richesses matérielles, de rivaliser dans l’ostentation esthétique ou de se disputer le port de la perruque la plus somptueuse, mais de défendre la nation par les armes. C’est précisément de ce devoir suprême de sang et de sacrifice que découlait à l’origine son privilège; dès lors que l’aristocratie s’était transformée en une caste parasitaire uniquement vouée au luxe et étrangère à sa propre fonction guerrière, elle avait de facto légitimé sa dissolution.

Toutefois, la critique formulée par les théoriciens de la Révolution conservatrice allemande — d’Oswald Spengler à Arthur Moeller van den Bruck — touche à un point névralgique du processus révolutionnaire lorsqu’elle en dénonce la dissolution du sacré, l’atomisation de la communauté organique et la désacralisation du pouvoir. Au sein de cette grande tradition critique de la pensée antirévolutionnaire, la confrontation entre les deux principaux pères du conservatisme moderne, Edmund Burke et Joseph de Maistre, se révèle décisive et nous conduit à privilégier nettement la radicalité métaphysique du second.

imageedbs.jpgEdmund Burke, bien qu’il condamnât avec force les excès jacobins dans ses célèbres Réflexions sur la Révolution de France, conservait néanmoins une perspective gradualiste, liée au constitutionnalisme britannique et incapable de saisir la profondeur de la rupture ontologique ouverte par 1789.

C’est au contraire Joseph de Maistre qui, dans ses Considérations sur la France, offre la clé d’interprétation la plus profonde: la Révolution ne fut pas un simple événement politique ni un accident de parcours, mais un châtiment providentiel.

Attribuer exclusivement à la Révolution française la responsabilité du nihilisme moderne constitue par conséquent une erreur de perspective. Le véritable agent de dissolution de la Tradition ne fut pas la guillotine de Robespierre, mais, en définitive, l’industrialisation anglo-saxonne et l’essor du capitalisme.

Comme l’ont également soutenu des penseurs proches de la critique de la modernité économique, ce fut le modèle capitaliste britannique — fondé sur la marchandisation totale de la terre, du travail et de l’être humain — qui désintégra, plus que tout autre événement, les liens communautaires que l’Europe avait préservés pendant des siècles. À cela s’ajoute l’impossibilité d’écarter le facteur humain et social: la Révolution française ouvrit la voie à la mobilité sociale, brisant les chaînes d’une caste figée et permettant pour la première fois au mérite de s’affirmer.

Jacques-Louis_David_-_The_Emperor_Napoleon_in_His_Study_at_the_Tuileries_-_Google_Art_Project.jpg.jpgC’est dans cette vaste fresque historique que s’inscrit l’analyse, à notre avis partielle et trompeuse, formulée par Julius Evola à l’égard de Napoléon Bonaparte. Dans la perspective du traditionalisme intégral évolien, Napoléon est sommairement écarté comme un « fils de la Révolution », vecteur d’idées niveleuses et démocratiques qui aurait porté le coup de grâce aux hiérarchies traditionnelles européennes par la centralisation bureaucratique et le Code civil. Cette lecture présente cependant des limites évidentes. Napoléon ne fut pas le continuateur de l’égalitarisme destructeur des jacobins de la dernière heure, mais celui qui neutralisa militairement et politiquement les excès de la Révolution, en canalisant les énergies de la nation au sein d’une structure étatique hiérarchisée.

En d’autres termes, plutôt que de niveler la société par le bas, Bonaparte substitua aux privilèges héréditaires de l’ancienne caste une nouvelle noblesse fondée sur la valeur, le courage et la compétence dans les domaines civil et militaire, mettant concrètement en œuvre le principe de la carrière ouverte aux talents. Son ambition de restaurer un Empire et de dialoguer avec l’Église démontre en outre sa volonté de refonder une souveraineté verticale, en opposition radicale au parlementarisme amorphe et sans âme qu’Evola critiquait à juste titre. Réduire Napoléon au rôle de simple serviteur de la modernité bourgeoise revient enfin à oublier que l’ensemble de son projet stratégique, qui culmina dans le Blocus continental, constitua la plus grande tentative géopolitique de l’histoire moderne visant à étouffer dès sa naissance l’hégémonie financière et industrielle de l’Angleterre capitaliste.

La modernité ne constitue donc pas un bloc monolithique, et la Révolution française ne saurait se réduire à une simple erreur ou à une conjuration. Reconnaître la validité de la dénonciation conservatrice face à la perte du sacré propre à la modernité impose par ailleurs de diriger la critique non vers Paris, mais vers les brumes de l’industrialisme anglo-saxon.

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vendredi, 02 octobre 2026

Dérive de la justice en Italie

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Dérive de la justice en Italie

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

Partout en Europe occidentale, nous sommes confrontés à des décisions de justice qui mettent en danger notre sécurité collective. Cela s’est manifesté en Italie dans deux affaires judiciaires récentes qui y ont suscité une vive émotion. En juin, un juge de Pérouse, en Ombrie, a décidé de remettre en liberté un migrant clandestin gambien, déjà «connu des services de police», après une tentative d’enlèvement d’une fillette de cinq ans. À Turin, ce scénario absurde s’est répété: un ressortissant bangladais a été remis en liberté après avoir agressé sexuellement une jeune fille de treize ans, au motif qu’il s’était «excusé».

L’homme originaire du Bangladesh travaillait dans une supérette à Turin. Une jeune fille de treize ans l’a accusé d’avoir eu un comportement sexuel déplacé. Selon les services de police, son récit concordait avec les images de vidéosurveillance du magasin. Celles-ci montraient d’ailleurs que, peu auparavant, l’homme s’en était également pris à une femme de quarante ans, que la police italienne cherche actuellement à retrouver. À la suite d’une plainte déposée par la famille de l’adolescente, l’homme a été interpellé par la police.

Comment peut-on encore expliquer ce laxisme à la famille des victimes? Aux victimes elles-mêmes?

Le procureur Paolo Cappelli avait demandé son placement immédiat en détention en raison d’un risque imminent de récidive. Lors de son interrogatoire, l’auteur a reconnu les faits et s’est «excusé». Malgré ses aveux concernant ces faits graves et «les difficultés de l’homme à maîtriser ses pulsions», le juge d’instruction a décidé de le remettre en liberté. Il doit seulement se présenter à la police à intervalles déterminés.

Ces décisions provoquent une nouvelle polémique politique au sein des autorités italiennes. La présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a bien résumé la situation: «Une jeune fille de treize ans va acheter un goûter pour ses petits frères. Elle entre dans une petite boutique et, lorsqu’elle rentre chez elle, sa jeune vie est détruite».

Il n’est guère surprenant que l’Association nationale des magistrats italiens ait réagi. Elle ne s’est toutefois pas prononcée sur les décisions des juges, mais sur l’intervention de Meloni, qu’elle a considérée comme une atteinte à l’autonomie du pouvoir judiciaire.

Eh bien… On peut peu à peu se demander si la justice de nos pays d’Europe occidentale est réellement équipée pour réagir efficacement à ce type de faits criminels graves et répétés.

Bourgeoisie traditionaliste ou révolte conséquente: la querelle autour de la légitimité doctrinale de Julius Evola dans le monde hispanophone

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Bourgeoisie traditionaliste ou révolte conséquente: la querelle autour de la légitimité doctrinale de Julius Evola dans le monde hispanophone

Une étude de cas sur l’intransigeance, le marché de l’édition et la domestication institutionnelle de la pensée évolienne

Carlos N. Mancini

Source: https://carlos2.substack.com/p/burguesia-tradicionalista-...

1. Introduction

Le présent article examine un échange récent entre deux figures du milieu traditionaliste hispanophone — Marcos Ghío et Guillermo Más Arellano — en tant qu’étude de cas d’une tension structurelle qui traverse depuis des décennies la réception de Julius Evola en langue espagnole: le conflit entre une lecture maximaliste et doctrinalement intransigeante du traditionalisme, d’une part, et une pratique éditoriale et intellectuelle qui opère dans les limites du marché et de la légalité contemporaine, d’autre part.

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Il convient de préciser d’emblée la répartition des voix dans cet échange. Les deux seuls interlocuteurs directs sont Marcos Ghío (photo, ci-dessus, en haut), auteur de l’accusation centrale, et Guillermo Más Arellano (photo, ci-dessus, en bas), qui lui répond en confirmant son récit. Eduard Alcántara, en revanche, n’intervient à aucun moment: il est exclusivement mentionné à la troisième personne par Ghío, comme exemple de l’attitude que celui-ci conteste.

2. Antécédents : la question de la garde doctrinale

La controverse actuelle ne peut être comprise sans faire référence à la querelle historique autour de la «garde» de l’œuvre d’Evola en espagnol. Pendant des décennies, Marcos Ghío, par l’intermédiaire du Centre d’études évoliennes en Argentine, a exercé un rôle pratiquement monopolistique dans l’introduction et la traduction d’Evola en espagnol. Ses traductions, marquées par un lexique dense et militant, correspondaient à une interprétation doctrinale particulière de l’auteur, dans laquelle la rigueur conceptuelle était subordonnée à une stricte fidélité idéologique.

L’apparition de maisons d’édition plus récentes, telles qu’EAS (Ediciones Bicentenario / Editorial EAS) en Espagne, a modifié cet équilibre. En proposant des traductions plus fluides et commercialement viables, ces maisons ont engendré une friction inévitable entre celui qui se perçoit comme le dépositaire historique de la doctrine et ceux qui cherchent à dynamiser sa diffusion et à élargir son public. Il convient de signaler, à cet égard, que le paysage anglo-saxon offre un contraste instructif: des maisons telles qu’Inner Traditions — avec des traductions de Guido Stucco, E. E. Rehmus et Martin Schwartz — ou Arktos ont abordé des ouvrages tels que Revolt Against the Modern World, Ride the Tiger et The Hermetic Tradition selon des critères philologiques considérablement plus rigoureux. Elles ont ainsi permis d’accéder à la complexité syntaxique d’Evola sans l’opacité qui caractérise certaines des premières versions espagnoles.

3. L’accusation de Ghío: puritanisme doctrinal contre accommodement

Le message de Marcos Ghío formule une critique à plusieurs volets qui mérite d’être décomposée de manière analytique.

Premièrement, la contestation du récit de résistance d’Alcántara — tiers absent de l’échange. Ghío commence son intervention en demandant de quel « combat » parle Alcántara et affirme ne l’avoir jamais entendu invoquer la « révolte contre le monde moderne ». Loin de lui reconnaître une attitude de résistance, il le décrit comme quelqu’un qui cherche simplement « à s’adapter au monde moderne » afin « de ne pas être mis en prison » — autrement dit, comme quelqu’un qui se déclare antimoderne dans son discours tout en veillant soigneusement, dans la pratique, à préserver sa liberté et la viabilité juridique de son activité éditoriale.

Deuxièmement, l’analogie avec Guillermo Más Arellano lui-même, auquel Ghío rappelle avoir demandé par le passé un débat ouvert fondé sur la confrontation des idées. D’après le récit de Ghío, Arellano aurait refusé, au motif qu’un tel débat l’empêcherait de continuer à publier des livres auprès de cette maison d’édition. Ghío assimile cet épisode à l’attitude d’Alcántara: dans les deux cas, soutient-il, la sauvegarde des intérêts éditoriaux prévaut sur le combat doctrinal frontal.

Troisièmement, le reproche de «bourgeoisie traditionaliste», que Ghío étend aux deux hommes — Alcántara et Arellano — et, par extension, à l’ensemble du milieu éditorial et universitaire («ce sont des bourgeois qui veulent se faire passer pour des traditionalistes»). Sa mention — ironique ou tout simplement erronée dans sa transcription — de la Fondazione Julius Evola, qu’il désigne comme la «Fondation Evola», à propos des tentatives visant à introduire Evola dans les milieux universitaires, est significative. Pour Ghío, cette institutionnalisation universitaire ne constitue pas une légitimation, mais une domestication: l’entrée de la doctrine dans l’establishment qu’elle devrait, en principe, combattre. Il conclut son intervention par une allusion sarcastique au fait d’avoir «vu le système», présentant le cas d’Arellano comme l’exécution d’une contrainte extérieure déguisée en cohérence doctrinale.

4. La réponse de Guillermo Más Arellano: démarcation éthique et confirmation pragmatique

La réponse de Guillermo Más Arellano s’articule en deux temps nettement distincts.

Dans un premier temps, il fixe une limite éthique et commerciale élémentaire: il refuse de dire du mal de son propre éditeur, tout en précisant qu’Alcántara avait bel et bien été invité à parler d’Evola. Cette distinction est significative, car elle sépare deux plans que Ghío tend à confondre dans son accusation: d’une part, la réserve professionnelle à l’égard de celui qui le publie — une attitude qui peut se défendre au nom d’une loyauté commerciale élémentaire — et, d’autre part, l’ouverture d’un espace légitime de débat doctrinal sur Evola, qu’Arellano ne ferme absolument pas.

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Dans un second temps, cependant, Arellano abandonne toute stratégie défensive et confirme sans réserve le récit de Ghío concernant l’épisode du débat refusé: il reconnaît que celui-ci «ne ment pas» et que la conversation s’est déroulée exactement comme il l’a relatée. Bien plus, il accepte cette caractérisation en recourant à une formule qui confine à l’auto-ironie — «je suppose que c’est un argument bourgeois en bonne et due forme» — et conclut la discussion par ces mots: «je ne peux donc rien ajouter». Cette phrase fonctionne comme une reconnaissance explicite des limites que sa position institutionnelle lui impose.

Cette séquence est remarquable par son honnêteté intellectuelle: au lieu de se livrer à une défense apologétique globale, Arellano nuance ce qu’il juge injuste dans l’accusation de Ghío — le mélange de deux situations distinctes —, mais ne cherche pas à esquiver ce qu’il reconnaît comme exact. Il ne tente pas non plus de parer ses propres concessions commerciales d’un radicalisme que sa pratique effective ne confirme pas.

5. Analyse: deux logiques irréconciliables

L’échange dans son ensemble révèle un fossé structurel entre deux logiques dans le rapport à la doctrine traditionaliste:

La logique intransigeante et maximaliste — celle de Ghío — conçoit le traditionalisme comme un combat frontal et non négociable contre la modernité. Elle interprète toute concession d’ordre juridique, commercial ou institutionnel — celle d’Alcántara, évoquée à la troisième personne, comme celle d’Arellano lui-même — comme une forme de trahison doctrinale.

La logique pragmatique et institutionnelle — celle d’Arellano et, par extension, d’Alcántara tel qu’il est décrit — admet la nécessité d’agir selon les règles du marché de l’édition et dans le cadre juridique en vigueur. Elle distingue la loyauté commerciale de l’ouverture doctrinale, sans pour autant renoncer — du moins selon la perception qu’elle a d’elle-même — à une adhésion substantielle à la pensée évolienne.

Cette tension n’est ni accidentelle ni propre au cas hispanophone: elle reproduit, sur le plan de la réception, l’aporie qu’Evola lui-même a explorée dans Cavalcare la tigre [Chevaucher le tigre] à propos de la position de l’homme différencié face à un monde en dissolution — à savoir s’il est possible de maintenir intérieurement une attitude d’«apoliteia» tout en participant nécessairement aux structures du monde moderne afin de pouvoir y agir, y compris dans le cadre de l’activité éditoriale elle-même.

6. Conclusion

L’épisode analysé illustre, à petite échelle, un problème fondamental dans l’histoire de la réception d’Evola en espagnol: l’impossibilité de séparer complètement la question doctrinale de la question institutionnelle. L’accusation de «bourgeoisie traditionaliste» que Ghío porte contre Alcántara et Arellano n’est pas entièrement réfutée par ce dernier. Elle est nuancée sur un point — la distinction entre loyauté éditoriale et ouverture au débat — et confirmée sur un autre — le refus d’un débat public pour des raisons commerciales. Cette confirmation partielle ne saurait être assimilée à une défaite doctrinale; elle traduit plutôt la reconnaissance consciente du fait que toute transmission actuelle d’une pensée radicale exige nécessairement un certain degré de médiation avec les structures que cette pensée entend, sur le plan théorique, rejeter.

Note méthodologique: la présente analyse repose sur une conversation de l’auteur avec Guillermo Más Arellano ainsi que sur des déclarations de Marcos Ghío, dont la véracité n’a pas été vérifiée de manière indépendante au-delà de ce qu’ont affirmé les interlocuteurs eux-mêmes.

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L’Occident des valeurs commet un suicide collectif – De l’essor au déclin

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L’Occident des valeurs commet un suicide collectif – De l’essor au déclin

par Franz Ferdinand

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/207164

Nous prenons de plus en plus conscience que nous vivons un changement d’époque. L’Occident des valeurs est sur le point de céder à d’autres acteurs son rôle dirigeant sur cette planète. Bien entendu, il ne le fait pas volontairement. Les deux guerres actuelles, en Ukraine et au Moyen-Orient, sont les conflits apparemment inévitables qui marquent le début de la fin d’une époque.

La question est de savoir si la fin de la domination occidentale est inévitable, si elle aurait pu être empêchée ou s’il est encore possible de l’éviter.

Décadence, bureaucratie et élites: l’anatomie du déclin

Les principaux adversaires dans cette lutte visant à évincer l’Occident des valeurs sont précisément des pays qui, au cours de leur histoire, ont déjà atteint un apogée avant de s’effondrer pour diverses raisons: la Chine, l’Inde, la Perse et la Russie.

La fin des grands empires et des grandes civilisations est suffisamment bien connue grâce à l’histoire. La question se pose donc: qu’est-ce qui provoque la chute d’un grand empire ou d’une civilisation? Les causes sont-elles différentes à chaque fois, ou existe-t-il des schémas fondamentaux récurrents qui conduisent au déclin?

D’autres penseurs se sont déjà penchés sur ces questions:

Glubb, Spengler, Tainter et Turchin : ce qu’ils disent de notre déclin

1. Sir John Bagot Glubb

Sir John Bagot Glubb passa la majeure partie de sa vie comme soldat dans les déserts du Moyen-Orient. Il publia un essai intitulé The Fate of Empires and Search for Survival.

Il distingua six âges que traverse un empire :

- D’abord un âge des pionniers: des hommes pauvres, endurcis et intrépides qui surgissent de nulle part.

- Ensuite, un âge des conquêtes.

- Puis un âge du commerce, au cours duquel les épées se transforment en livres de comptes.

- Vient ensuite un âge de l’abondance, où les livres de comptes conduisent au confort.

- Puis un âge de l’intellect, au cours duquel des personnes vivant dans l’aisance commencent à se disputer sur tout.

- Et enfin un âge de la décadence. [Remarque: c’est là que nous nous trouvons actuellement!]

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Glubb remarqua qu’aucune civilisation n’avait jamais eu le sentiment de se trouver en déclin. Les personnes qui vivaient durant le dernier âge ne le percevaient pas comme une fin. Elles le considéraient comme un raffinement et un progrès, comme le moment le plus avancé et le plus intelligent jamais atteint par leur culture. L’automne donne l’impression d’être le sommet. Voilà le piège.

2. Oswald Spengler

Un professeur allemand nommé Oswald Spengler avait déjà compris la même chose soixante ans avant Glubb. Il le vit encore plus clairement – et devint ainsi l’un des hommes les plus détestés de la vie intellectuelle européenne.

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En 1918, dans une Allemagne qui venait de perdre une guerre, il écrivit un livre intitulé Le Déclin de l’Occident. Il y affirma quelque chose auquel personne n’était préparé: ce n’était pas seulement l’Allemagne qui arrivait à son terme, mais l’Occident tout entier – et cela depuis déjà un certain temps. L’argument de Spengler reposait sur une distinction que presque personne ne fait encore aujourd’hui. Une culture, disait-il, est quelque chose de vivant. Elle croît et possède une âme. Elle produit des cathédrales, des mathématiques et de la musique en vertu d’une nécessité intérieure qu’elle-même ne saurait même nommer.

Une civilisation, en revanche, est ce que devient une culture lorsqu’elle cesse de croître. Elle est la coquille durcie d’une formation qui a achevé son devenir et ne peut désormais plus qu’administrer, gouverner et dépérir.

La culture est le printemps et l’été. La civilisation est l’hiver qui leur succède.

Selon les calculs de Spengler, l’Occident entra dans son hiver aux alentours de 1800. Nous nous y trouvons depuis deux siècles. Nous l’appelons simplement "modernité".

La première folie: résoudre chaque problème jusqu’à ce que les solutions tuent la société

3. Joseph Tainter

L’anthropologue américain Joseph Tainter publia en 1988 un ouvrage intitulé L’Effondrement des sociétés complexes. Sa réponse à la question de la chute des civilisations était si sobre qu’elle ne ressemblait guère à de l’histoire.

Les civilisations, soutenait-il, ne meurent pas de décadence. Elles ne meurent pas non plus à cause des barbares. Elles meurent parce qu'elles résolvent des problèmes.

Cela fonctionne de la manière suivante: une société se trouve confrontée à un problème – une sécheresse, une guerre frontalière ou une pénurie. Elle le résout en créant davantage de complexité: un nouveau service administratif, un nouvel impôt, une nouvelle classe de spécialistes ou une armée plus nombreuse. La solution fonctionne, tout le monde en est reconnaissant, et la société est désormais un peu plus complexe qu’auparavant.

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Puis survient le problème suivant, et la réponse est la même: davantage de structures, davantage d’administration, davantage de niveaux entre la personne munie d’une pelle et celle qui prend les décisions concernant les pelles. Pendant longtemps, cela est rentable. Chaque unité supplémentaire de complexité créée rapporte plus qu’elle ne coûte. C’est ainsi que la croissance est ressentie de l’intérieur.

Mais, à un certain moment, la courbe s’infléchit. Chaque nouvelle solution coûte un peu plus et rapporte un peu moins. La bureaucratie nécessaire au fonctionnement de la bureaucratie s’accroît. Les problèmes simples ont été résolus depuis longtemps, et seuls les problèmes coûteux demeurent.

Finalement, la société atteint un point que Tainter qualifia de rendement marginal décroissant de la complexité. À partir de ce moment, elle doit dépenser toujours davantage simplement pour rester là où elle se trouve déjà – non pour progresser, mais seulement pour maintenir l’état existant.

Rome en est le cas d’école, et les détails sont de nature à mettre mal à l’aise. Au IIIe siècle, l’Empire n’était plus maintenu que par des mesures d’urgence. En une seule génération, Dioclétien doubla approximativement la taille de l’armée et de la bureaucratie afin d’empêcher l’effondrement des frontières.

Il fallait bien que quelqu’un paie. La charge fiscale pesant sur les paysans augmenta donc à tel point qu’il devint finalement moins coûteux d’abandonner ses propres terres que de continuer à les cultiver. Tant de personnes le firent que les Romains avaient un terme juridique spécifique pour désigner les champs vides: Agri Deserti – terres abandonnées.

[Remarque: de nos jours, des entreprises fuient l’Union européenne vers l’Amérique, Dubaï ou la Chine afin d’échapper à l’horreur bureaucratique de l’UE!]

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La teneur en argent des pièces romaines passa d’environ 90% sous Néron à moins de 5% dans les années 260, parce que l’État payait ses soldats avec une monnaie dont il diminuait toujours davantage et en toute discrétion la teneur en métal précieux.

Et voici le détail par lequel Tainter conclut ce cas:

[Remarque: dans l’Occident des valeurs, le prix de l’or a été multiplié par cent au cours des cinquante dernières années.]

Vers l’an 440, un prêtre de Gaule, nommé Salvien, écrivit un pamphlet furieux sur ce qu’il observait autour de lui. Les Romains ordinaires, rapportait-il, fuyaient chez les barbares – non pas parce qu’ils étaient faits prisonniers, mais de leur plein gré. Ils préféraient vivre sous les Goths et les Francs plutôt que sous leur propre gouvernement. Car quoi que les barbares leur prissent, c’était moins que ce que Rome leur prenait.

Salvien comprit qu’ils préféraient vivre libres sous l’apparence de la captivité plutôt que captifs sous l’apparence de la liberté. Lorsque les barbares finirent par envahir l’Empire, qu’envahirent-ils donc? Une entité dont la préservation était devenue si coûteuse que ses propres citoyens n’en voulaient plus.

Le terme employé par Tainter pour désigner ce qui se produisit ensuite est celui d’«économisation». De son point de vue, l’effondrement n’est pas un échec. Il s’agit d’une décision rationnelle prise simultanément par des millions de personnes: celle de ne plus payer pour un niveau de complexité qui ne produit plus aucun rendement. La folie ne résidait jamais dans une décision isolée. Chaque nouveau service administratif avait un sens. Chaque nouvel impôt était nécessaire. Chaque niveau supplémentaire constituait une solution à un problème réel.

[Remarque: de nos jours, c’est pire, car nous résolvons principalement des problèmes fictifs.]

C’est précisément ce qui rend le processus si semblable à chaque fois. Personne ne décide consciemment de construire une machine qui deviendra un jour trop lourde pour être encore gérable. On ne décide tout simplement jamais de cesser de la construire. Et, de l’intérieur, ce poids n’est jamais perçu comme un poids. Il apparaît comme un raffinement.

La deuxième folie: produire davantage de princes qu’il n’existe de trônes

4. Peter Turchin

Mais la complexité ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la violence. Rome ne devenait pas seulement de plus en plus coûteuse. Elle se déchirait déjà de l’intérieur depuis un siècle avant que les Goths ne franchissent le Danube en grand nombre. L’homme qui tenta de comprendre pourquoi cela se produit était l’écologue des populations Peter Turchin. Il passa la première moitié de sa carrière à modéliser l’essor et l’effondrement de populations animales – scarabées, campagnols, êtres vivants dépourvus d’idéologie.

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Puis il appliqua les mêmes mathématiques aux sociétés humaines. En 2016, il publia Ages of Discord, une étude dans laquelle il examinait en quelque sorte les États-Unis comme un biologiste examine une boîte de Petri. Son idée centrale concernait un mécanisme qu’il appela la «surproduction des élites».

Toute société produit, durant ses phases de croissance, davantage de personnes riches et instruites qu’elle n’en a besoin: davantage d’avocats que de tribunaux, davantage de candidats aux fonctions publiques que de postes disponibles, davantage de fils d’hommes importants qu’il n’existe de positions éminentes dont ils pourraient hériter.

Durant les décennies prospères, cela demeure invisible, car le gâteau croît suffisamment vite pour faire une place à chacun. Puis la croissance ralentit. Le nombre de postes disponibles cesse d’augmenter, tandis que le nombre de personnes élevées dans l’attente d’obtenir un tel poste continue à croître.

Considérons la République romaine au cours de son dernier siècle: en 81 av. J.-C., Sylla doubla le Sénat, le faisant passer de 300 à 600 membres. Quarante ans plus tard, César l’agrandit jusqu’à 900 membres. [Remarque: en Autriche, l'actuel gouvernement des partis perdants est lui aussi actuellement le plus important en nombre et le plus coûteux qu’ait connu la Deuxième République. Le personnel excédentaire est également recasé comme autant des prétendus consultants externes].

Les guerres civiles qui détruisirent la République ne furent pas menées par des paysans. Elles furent menées par les élites – autour de la question de savoir quelles élites pourraient continuer à appartenir aux élites [Remarque: pour cette raison, une «division de la société» a lieu en Allemagne; on veut même interdire le parti émergent qui, selon les sondages, serait le plus puissant].

La situation était semblable en France dans les années 1780. Il existait une génération de jeunes hommes ambitieux, instruits et pourvus de titres, le plus souvent des avocats de province, qui avaient fait tout ce que le système exigeait d’eux, mais trouvaient néanmoins tous les postes déjà occupés.

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La Révolution ne fut pas déclenchée par les affamés, mais par les surqualifiés. Les affamés constituaient l’arme. C’est la seconde moitié du mécanisme de Turchin – et celle qui le rend mortel. La surproduction des élites ne produit à elle seule qu’un grand nombre de personnes amères et frustrées. Mais elle ne se manifeste jamais seule.

Les mêmes forces qui bloquent l’ascension des élites sont désignées par Turchin comme une «pompe à richesse»: les richesses affluent constamment vers le sommet, tandis que les salaires stagnent. Parallèlement, la population située en dessous s’appauvrit. [Remarque: la «transition énergétique», la pandémie de coronavirus et, à présent, le réarmement massif ont servi et servent à transférer l’argent du bas vers le haut].

Il se crée ainsi, à la base, une masse de personnes en colère et, au sommet, un excédent de personnes ambitieuses privées des postes auxquels elles s’attendaient. Ces élites «sans siège» finissent alors par faire quelque chose de prévisible: elles cessent de rivaliser au sein du système pour les sièges existants et commencent plutôt à rivaliser pour prendre la tête de ceux qui veulent brûler ces sièges. Turchin les appelle des contre-élites. Tout effondrement en produit. Ce ne sont pas des personnes extérieures au système.

Rome en fournit un exemple particulièrement clair. En 63 av. J.-C., un patricien nommé Lucius Sergius Catilina – issu d’une ancienne famille, doté d’une généalogie irréprochable et ayant échoué à deux reprises dans sa tentative de devenir consul – cessa de lutter pour obtenir cette fonction. Il entreprit plutôt d’organiser les hommes qui avaient tout perdu à cause des dettes de Rome: des aristocrates ruinés, des vétérans démobilisés auxquels on avait promis des terres qu’ils ne reçurent jamais, et des paysans dont les champs avaient été absorbés par les domaines des sénateurs. Il leur promit l’annulation de toutes les dettes, et la ville faillit être incendiée. Catilina n’était pas un révolutionnaire. C’était un initié rejeté qui découvrit que la foule placée en dessous de lui constituait une arme – et qui ramassa cette arme. Dans son hiver, chaque civilisation fait croître une moisson de Catilina. La seule question est de savoir combien de personnes appauvries ils peuvent atteindre.

En 2010, avant même la publication d'Ages of Discord et avant que de telles réflexions ne deviennent à la mode, Turchin publia une courte lettre dans la revue Nature. Sur la base de ses modèles, il prédit que les États-Unis et l’Europe occidentale atteindraient vers 2020 un pic d’instabilité politique [Coronavirus!!!]. Il ne lisait pas alors les nouvelles. Ces nouvelles n’existaient pas encore. Il examinait plutôt des rapports numériques: le nombre de diplômés en droit par rapport au nombre de postes juridiques, la concentration de la richesse au sommet par rapport à la stagnation des salaires à la base.

Le rythme cinquantenaire des troubles aux Etats-Unis devait se manifester à nouveau en 2020, après les années 1870, 1920 et 1970.

5. Arnold Toynbee

Dans son étude historique en douze volumes, parue entre 1934 et 1961, Arnold Toynbee soutenait que les civilisations s’élèvent en répondant à des défis et déclinent lorsqu’elles cessent de le faire. Une minorité créatrice répond à chaque crise par quelque chose de nouveau. Les masses l’imitent. La société s’élève.

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Le déclin commence au moment où la minorité créatrice devient une simple minorité dominante: une classe dirigeante qui a cessé de créer du nouveau et se contente désormais de gouverner; qui maintient sa position par la violence et l’habitude plutôt qu’en apportant encore une quelconque réponse aux défis de son époque.

La formule de Toynbee, encore citée aujourd’hui, signifie en substance: les civilisations ne sont pas assassinées. Elles se suicident. À sa manière, il s’agit d’une théorie porteuse d’espoir. Le suicide suppose une décision. Et une décision suppose qu’il aurait été possible de décider autrement.

La troisième folie : échanger l’action contre l’argumentation

Voici la description que Glubb donne du dernier âge:

Les héros de la culture ne sont plus les soldats, les bâtisseurs ou les hommes d’État. Ce sont les athlètes, les chanteurs et les acteurs. La population de la capitale est obsédée par le divertissement et la sexualité. Les étrangers affluent, attirés par la richesse, tandis que les habitants du pays – vivant dans le confort, querelleurs et discutant sans fin – cessent d’avoir des enfants. Un immense appareil d’État assume les tâches autrefois accomplies par la famille et la tribu [Remarque: un État-providence hypertrophié!!!].

Il règne un pessimisme profondément enraciné, le sentiment que les meilleurs jours sont déjà passés. Mais surtout, il existe une obsession de l’intellect au détriment de l’action. Tout le monde débat. Personne n’agit.

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Tel a été Bagdad à l’apogée du califat abbasside, décrit à travers les lamentations d’historiens arabes qui observaient le phénomène en train de se produire.

Glubb passe en revue ces caractéristiques, propres au déclin de la Bagdad des Abbassides, presque point par point. Dans les décennies précédant la chute de l’ensemble, d’abord tombé aux mains des Turcs, puis aux mains des Mongols, les érudits de Bagdad écrivaient sur la popularité des chanteurs d’une manière semblable à celle dont les gens écrivent aujourd’hui à ce sujet: comme un symptôme, comme un scandale, comme la preuve que quelque chose s’était amolli.

Mais l’absence d’enfants est la caractéristique qui frappe le plus profondément, car c’est elle qui revient toujours.

f2d939b87b232df6caf1020e8307eae2.jpg6. Polybe

Au IIe siècle av. J.-C., Polybe décrivit une Grèce si fortement dépeuplée que les villes se vidaient – non pas à cause d’épidémies ou de la guerre. Les hommes, écrivait-il, s’étaient tournés vers le luxe et l’apparat et n’arrivaient plus à se résoudre à se marier. Quant à ceux qui le faisaient malgré tout, ils n’élevaient qu’un enfant, ou deux tout au plus, afin que la fortune reste indivise et que les parents puissent continuer à vivre confortablement. Une civilisation qui avait produit Platon et Alexandre décida silencieusement qu’elle préférait ne pas poursuivre sa trajectoire.

Spengler avait un nom pour les hommes de cette époque. Il les appelait les habitants de la ville mondiale: déracinés, intelligents, stériles – des personnes pour lesquelles l’argent avait remplacé le sang comme force organisatrice de la vie.

L’âge de l’intellect constitue, selon tout critère que cet âge lui-même reconnaîtrait, l’apogée: davantage d’éducation, davantage de débats, davantage de tolérance et davantage de confort qu’à tout autre moment antérieur de l’histoire de la civilisation. Tous les critères qu’une personne cultivée appliquerait semblent indiquer que la situation n’a jamais été meilleure.

Et, selon les calculs de Glubb, ceux de Spengler et selon les autres exemples cités, c’est précisément le signe fiable que la fin n’est plus éloignée que d’une ou deux générations.

L’homme intelligent ne peut pas le reconnaître, car pour le reconnaître, il faudrait un critère que l’homme intelligent lui-même considère comme primitif.

[Fin des développements tirés de la source susmentionnée.]

L’Occident des valeurs aujourd’hui

Tous les symptômes d’une société en déclin mentionnés dans ce texte s’appliquent très exactement à l’Occident des valeurs:

1. Inflation des lois et des réglementations

L’inflation absurde des lois et des réglementations dans l’Union européenne et les États nationaux constitue le chemin le plus sûr vers la chute et la désintégration. Il s’agit de moins en moins de résoudre des problèmes réels et de plus en plus de résoudre des problèmes fictifs, tels que l’imposture climatique et bien d’autres absurdités sur lesquelles on pourrait écrire pendant des soirées entières.

Ce n’est qu’une question de temps avant que l’armée de bureaucrates nécessaire à la mise en œuvre de toutes ces stupidités ne puisse plus être entretenue par la production économique réelle. Cette bureaucratisation conduit inévitablement à la destruction ou à la fuite de secteurs économiques entiers, comme actuellement l’industrie automobile, l’industrie chimique ou le secteur de l’énergie. Cela sape en même temps la base économique dont vivent, en définitive, les bureaucrates superflus eux-mêmes.

2. Surproduction d’«élites»

À cela s’ajoute la surproduction d’«élites» – ou, plus exactement, d’acteurs qui se considèrent eux-mêmes comme appartenant aux élites.

De nos jours, il s’agit d’innombrables diplômés de diverses disciplines universitaires «exotiques», telles que la sociologie, la psychologie, la science politique, les sciences du climat et les études de genre, qui n’ont pratiquement aucune perspective de carrière convenable et sont donc principalement recrutés par les ONG les plus diverses, lesquelles veulent remodeler le monde entier selon les conceptions de certains individus immensément riches. Ces «pseudo-élites» espèrent parvenir ainsi, après une quelconque «révolution», aux mangeoires des élites actuelles.

Ce sont précisément les ONG qui favorisent l’inflation des lois et des réglementations destinées à résoudre des problèmes fictifs tels que l’imposture climatique, accélérant ainsi la chute de l’Occident des valeurs.

3. Absence d’enfants

L’absence d’enfants est une conséquence de la désorientation générale, laquelle est à son tour également une conséquence de l’avalanche de problèmes fictifs. Car pourquoi mettre des enfants au monde si l’on croit sérieusement que la Terre va bientôt cuire?

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Retour au système des traités de Westphalie? Pas tout à fait! - L’étrange retour de la souveraineté dans un monde qui a dépassé le cadre de l’État territorial

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Retour au système des traités de Westphalie? Pas tout à fait!

L’étrange retour de la souveraineté dans un monde qui a dépassé le cadre de l’État territorial

Jerry B. Marchant

Jerry B. Marchant, d’IS IT PROPAGANDA?® (https://substack.com/@isitpropaganda), soutient que la multipolarité fait renaître la souveraineté westphalienne tout en transformant le système international.

La paix de Westphalie, conclue en 1648 par les traités de Münster et d’Osnabrück, est traditionnellement considérée comme l’acte fondateur du système international moderne. On lui attribue l’établissement de l’État territorial souverain, l’affirmation du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures et le remplacement des prétentions universalistes du Saint-Empire romain germanique et de la papauté par un ordre composé d’États formellement égaux.

Près de quatre siècles plus tard, alors que le moment unipolaire de l’après-guerre froide cède la place à un paysage multipolaire contesté, façonné par la Chine, la Russie, l’Inde et un Sud global plus affirmé, l’héritage westphalien a acquis une pertinence nouvelle. La multipolarité représente-t-elle un retour aux principes westphaliens après l’interventionnisme de l’ère unipolaire, ou marque-t-elle une rupture fondamentale avec l’ordre fondé sur la souveraineté associé à 1648?

Cet essai ne défend ni la thèse d’un simple retour ni celle d’une rupture nette. Il est plus juste de comprendre la multipolarité contemporaine comme une réaffirmation sélective et asymétrique des normes westphaliennes. Les puissances émergentes ou renaissantes invoquent la souveraineté et la non-ingérence pour s’opposer aux pratiques interventionnistes de l’ère unipolaire, tout en évoluant dans des structures économiques, technologiques et informationnelles que la logique territoriale de 1648 ne peut pleinement régir.

Il en résulte un système hybride: westphalien dans son vocabulaire normatif, mais de plus en plus post-westphalien dans sa structure matérielle.

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Le mythe et la réalité de 1648

Avant d’établir un lien entre le système des traités de Westphalie et la multipolarité, il convient de nuancer la signification historique du premier. Les règlements de 1648 n’ont pas instauré l’égalité souveraine au sens moderne du terme. Comme l’a démontré Andreas Osiander, les traités ont principalement mis fin à la guerre de Trente Ans, redistribué des territoires au sein du Saint-Empire romain germanique et établi des droits religieux limités pour les princes allemands. L’Empire lui-même a subsisté pendant encore un siècle et demi.¹

Ce qui allait être désigné sous le nom de «souveraineté westphalienne» était en grande partie une construction rétrospective. Les positivistes juridiques du XIXe siècle, puis les théoriciens des relations internationales, ont fait de ce règlement le récit fondateur de l’ordre international centré sur l’État. L’influent essai publié par Leo Gross en 1948 a encore consolidé cette interprétation.²

616TwId4LeL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgLa description que Stephen Krasner donne de la souveraineté comme une «hypocrisie organisée» permet de saisir le paradoxe qui en résulte: la non-ingérence était proclamée comme principe tout en étant violée de manière répétée par les États puissants. Les faits historiques montrent donc que la souveraineté n’a jamais constitué une règle absolue ni appliquée de manière cohérente.³

Cette distinction importe aujourd’hui. La question n’est pas de savoir si la multipolarité constitue littéralement un «retour à 1648», mais quels acteurs invoquent les principes westphaliens, contre qui et dans quel but.

L’intermède unipolaire

Les décennies qui ont suivi l’effondrement de l’Union soviétique ont représenté un éloignement significatif du principe traditionnel de non-ingérence. Au cours des années 1990 et 2000, l’internationalisme libéral a de plus en plus considéré la souveraineté comme étant subordonnée à d’autres principes, notamment les droits de l'homme, la gouvernance démocratique et la protection humanitaire.

L’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999, menée sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, a été justifiée en partie par l’argument selon lequel le principe de souveraineté ne pouvait protéger un État se livrant à de graves exactions. L’approbation par les Nations unies, en 2005, de la "doctrine de la responsabilité de protéger" a pareillement établi que la souveraineté s’accompagnait de responsabilités dont la violation pouvait justifier une action internationale.

L’invasion de l’Irak en 2003 et l’intervention en Libye en 2011 ont encore illustré la tension entre la souveraineté territoriale et les doctrines interventionnistes.

713RuliT6yL._SY466_.jpgDans L’Ordre du monde (World Order, 2014), Henry Kissinger a formulé une critique réaliste des tentatives visant à ériger un modèle libéral-démocratique particulier en principe universel d’organisation. Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur cet argument, l’essor ultérieur de la multipolarité montre que la souveraineté conditionnelle n’est pas restée sans réponse.⁴

Multipolarité et redéploiement stratégique de la souveraineté

La multipolarité contemporaine a donc replacé la souveraineté au cœur du vocabulaire diplomatique.

Les diplomaties russe et chinoise mettent régulièrement l’accent sur l’intégrité territoriale, l’égalité souveraine et la non-ingérence. Ces principes apparaissent également dans de nombreuses déclarations des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai. L’accent mis par l’Inde sur l’autonomie stratégique et le non-alignement s’inscrit dans une tradition apparentée, enracinée dans la conférence de Bandung de 1955.

imamachages.jpgCes États ne partagent toutefois pas nécessairement un projet politique commun. Le concept de «monde multiplexe» d’Amitav Acharya est utile parce qu’il évite de réduire la multipolarité à une simple «montée en puissance du reste du monde». Différentes puissances peuvent convenir qu’il faut limiter l’universalisme occidental et la souveraineté conditionnelle, tout en étant en désaccord sur ce qui devrait les remplacer.⁵

Il en résulte une contradiction importante.

L’invocation de la souveraineté par la Russie cadre difficilement avec son invasion de l’Ukraine en 2022, qui a violé l’intégrité territoriale ukrainienne. Cette contradiction illustre l’argument plus général de Krasner: la souveraineté peut fonctionner simultanément comme un principe, comme un bouclier diplomatique et comme un instrument de pouvoir appliqué de manière sélective.

Il faut donc appliquer aux puissances multipolaires les mêmes critères d’analyse qu’aux puissances occidentales. La rhétorique de la souveraineté est significative, mais elle ne suffit pas à établir l’existence d’une pratique cohérente.

Là où le système des traités de Westphalie atteint ses limites

Le problème de fond est que le système international contemporain a évolué bien au-delà des conditions territoriales de 1648.

L’interdépendance économique a engendré des chaînes d’approvisionnement, des réseaux financiers, des systèmes réglementaires, des régimes de sanctions et des dépendances monétaires qui estompent la distinction entre affaires intérieures et internationales. Les États peuvent exercer une influence considérable au sein de l’espace économique d’un autre État sans en franchir physiquement les frontières.

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Le cyberespace représente un défi encore plus manifeste. Les flux de données, les cyberattaques, les infrastructures numériques et les opérations d’information franchissent couramment les frontières territoriales. La Russie et la Chine ont réagi en formulant des concepts tels que la «cybersouveraineté» et la «souveraineté informationnelle», dans le but d’étendre l’autorité territoriale au domaine numérique. Cette démarche même témoigne de la pression qui s’exerce sur la souveraineté traditionnelle.

Les acteurs non étatiques compliquent davantage encore le modèle westphalien. Les multinationales, les plateformes technologiques, les réseaux terroristes et les communautés transnationales peuvent exercer une influence qui ne s’inscrit pas clairement dans le cadre des frontières territoriales.

Le changement climatique en offre peut-être l’exemple le plus évident. Ses causes et ses conséquences ignorent les frontières nationales, ce qui rend insuffisante la compétence exclusivement nationale pour traiter le problème.

Le paradoxe est donc clair: la multipolarité peut renforcer l’importance politique de la souveraineté au moment même où la mondialisation rend plus difficile son exercice en termes territoriaux absolus.

La rewestphalisation comme pratique sélective

L’essor de la multipolarité doit par conséquent être compris comme un processus de rewestphalisation sélective, plutôt que comme une restauration de l’ordre de 1648 ou comme son rejet complet.

Pour les puissances émergentes ou renaissantes, l’égalité souveraine et la non-ingérence fournissent un langage permettant de contester les pratiques interventionnistes de l’ère unipolaire. Cela a modifié les débats sur l’intervention et donné au Sud global davantage de poids au sein d’institutions dans lesquelles les justifications universalistes jouissaient autrefois d’une plus grande autorité.

Cette réaffirmation est toutefois principalement normative et rhétorique, plutôt que structurelle. Les déclarations diplomatiques ne peuvent rétablir l’État territorialement délimité en tant que siège exclusif de l’autorité, car les interdépendances économiques, technologiques et environnementales qui se sont développées au fil des siècles ne peuvent être simplement inversées.

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L’ordre qui en résulte est donc westphalien dans sa forme et post-westphalien dans son fonctionnement. Les États continuent de parler le langage de l’égalité souveraine, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence, tout en évoluant au sein d’un système qui rend de plus en plus difficile l’autonomie territoriale absolue.

C’est ici que le lien entre le système des traités de Westphalie et la multipolarité revêt toute son importance. La multipolarité ne représente pas nécessairement un retour au monde de 1648. Elle traduit plutôt une lutte renouvelée pour déterminer qui est en droit de définir la souveraineté et les limites de l’intervention dans un monde qui n’est plus dominé par un centre de pouvoir unique.

Comprendre la multipolarité exige donc de tenir simultanément compte de deux idées.

Premièrement, le vocabulaire de la souveraineté associé au système des traités de Westphalie conserve une grande puissance politique. Il fournit aux puissances émergentes un langage permettant de contester la souveraineté conditionnelle et les doctrines interventionnistes associées à l’ère unipolaire.

Deuxièmement, ce vocabulaire ne décrit plus pleinement la réalité matérielle des relations internationales. L’interdépendance économique, les réseaux numériques, les défis environnementaux et les acteurs transnationaux ont créé des formes de pouvoir qui ne peuvent être contenues à l’intérieur des frontières territoriales.

Le système contemporain ne constitue donc ni un simple retour à la Westphalie ni une rupture nette avec celle-ci. Il représente une nouvelle étape dans la longue histoire de la souveraineté en tant que principe que les États invoquent, défendent, réinterprètent et parfois violent en fonction de l’évolution de la répartition du pouvoir.

La question centrale de l’ère multipolaire n’est donc peut-être pas de savoir si le système des traités de Westphalie fait son retour.

Elle est peut-être de savoir qui définira désormais ce que signifie la souveraineté.

Notes: 

(1) Osiander, Andreas. “Sovereignty, International Relations, and the Westphalian Myth.” International Organization 55, no. 2 (2001): 251–287.

(2) Gross, Leo. “The Peace of Westphalia, 1648–1948.” American Journal of International Law 42, no. 1 (1948).

(3) Krasner, Stephen D. Sovereignty: Organized Hypocrisy. Princeton University Press, 1999.

(4) Kissinger, Henry. World Order. Penguin Press, 2014.

(5) Acharya, Amitav. The End of American World Order. Polity Press, 2014.

jeudi, 01 octobre 2026

La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz

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La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz

Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/09/25/la-plutocracia...

La dure réalité se révèle désormais dans toute son ampleur et indique sans détour que les familles Rothschild et BlackRock éprouvent des difficultés à trouver de meilleurs représentants capables de gérer confortablement leurs intérêts depuis les sphères du pouvoir politique français et allemand.

Car lorsque les Français et les Allemands — ainsi que l’opinion publique internationale — soulignent l’impopularité de Macron et de Merz, qui font l’objet de taux de rejet social considérables, rarement observés chez les plus hauts dirigeants de ces deux États, et lorsqu’il est dit que les camps politiques respectifs auxquels appartiennent ces deux dirigeants traversent eux aussi des difficultés non négligeables, nous constatons que la ploutocratie internationale a des problèmes à résoudre.

On constate également que les entités supranationales sont récusées par une part importante des citoyens français et allemands et que, tôt ou tard, ceux-ci refuseront de continuer à suivre docilement les programmes dangereux, qui plus est, destructeurs de la souveraineté nationale, défendus par les Rothschild et BlackRock.

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Ils pourront conserver le contrôle de nombreux leviers du pouvoir, mais ils finiront incontestablement par perdre leur emprise sur la majorité de ces peuples. Une fois ce tournant historique atteint, un changement radical pourrait — ou non — se produire.

Il semble que Macron et Merz ne soient pas très efficaces dans l’exercice de leurs fonctions étatiques, car, lorsqu’ils auront tous deux achevé leur mandat, leurs peuples, et le système même qu’ils servent, seront confrontés à un nombre encore plus élevé de problèmes. Il ne faut pas croire, de manière linéaire, que seuls les Français et les Allemands d’en bas subissent toutes les difficultés découlant des insuffisances de Macron et de Merz dans l’art de gouverner, car les maîtres du système sont eux aussi confrontés à des difficultés encore plus graves.

Des sensibilités particulières se sont déjà mobilisées contre l’oligarchie mondialiste et partagent la conviction que le jeu démocratique n’existe pas pour les sommets du pouvoir financier. Elles considèrent au contraire que ceux-ci sont toujours disposés à interrompre le libre jeu de la démocratie populaire dès que le peuple commence à se penser et à agir comme un substantif, comme un sujet, et non plus comme un adjectif ni comme l’objet des dirigeants d’élites criminelles et hostiles à la souveraineté nationale.