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mercredi, 19 août 2026

USA/Chine: le piège des matières premières - La riposte silencieuse de Pékin contre l’Occident

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USA/Chine: le piège des matières premières

La riposte silencieuse de Pékin contre l’Occident

Auteur : R.T. 

Source: https://zurzeit.at/index.php/usa-china-die-rohstoff-falle/

Tandis que Washington et Bruxelles se félicitent dans les médias parce que de nouveaux paquets de sanctions et barrières douanières ont été décrétés, Pékin resserre les vis en coulisses: par des contrôles ciblés à l’exportation et des exigences de licence pour les matières premières critiques, les terres rares et les technologies de transformation, la République populaire révèle le talon d’Achille de l’industrie occidentale. Le dogme de la croyance globaliste en la fiabilité des chaînes d’approvisionnement se retourne désormais contre ses adeptes, avec une rudesse sans appel.

L’étau à la source des matières premières: le régime des licences de Pékin

Pékin a adapté la logique des sanctions occidentales et l’a retournée contre ses inventeurs. Par le biais d’autorisations d’exportation pour des métaux clés – des terres rares comme le samarium, le dysprosium et le terbium, jusqu’au gallium, germanium et graphite – le ministère chinois du commerce (MOFCOM) contrôle de facto les artères vitales de la haute technologie moderne. Des contrôles extraterritoriaux plus avancés ont été annoncés en 2025, puis suspendus pendant un an.

Ceux qui pensaient que le conflit se limiterait aux semi-conducteurs et aux logiciels se trompent. La Chine contrôle environ 60% de l’extraction mondiale des terres rares nécessaires aux aimants, 91% de leur raffinage et près de 94% de la production d’aimants permanents. Si Pékin ralentit même légèrement ces livraisons ou subordonne les exportations à des autorisations officielles, les chaînes de production occidentales peuvent immédiatement être interrompues.

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La transition verte fait de l'Europe un otage géopolitique

La situation est particulièrement critique pour l’Europe et son économie locale. Tandis que la bureaucratie de l’UE impose au continent des diktats de décarbonisation et de transformation, l’Europe dépend fortement des chaînes d’approvisionnement chinoises pour de nombreuses matières premières nécessaires, en particulier pour les aimants à terres rares. Moteurs électriques, éoliennes, robotique ou électronique de défense moderne: sans matériaux magnétiques suffisants et métaux raffinés, des secteurs clés de la production industrielle européenne sont sous forte pression.

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Le projet phare de Bruxelles, le Critical Raw Materials Act (CRMA), doit réduire cette dépendance et renforcer l’extraction, le traitement et le recyclage européens. Mais la création de capacités alternatives avance lentement. Nouvelles mines et installations de raffinage nécessitent des années, tandis que les procédures d’autorisation, les normes environnementales et l’opposition locale ajoutent des obstacles supplémentaires. L’Europe a pris conscience de sa dépendance stratégique – mais est encore loin de l’avoir surmontée.

Du culte du libre-échange à la vulnérabilité stratégique

La crise actuelle des matières premières résulte aussi de décennies de politique économique ayant sous-estimé les risques stratégiques de chaînes d’approvisionnement mondiales très concentrées. L’idée que le marché mondial fournirait des matières premières de manière fiable et sans discrimination, quelles que soient les conditions géopolitiques, s’effondre sous les yeux de la nomenklatura occidentale.

Tandis que les États-Unis essaient au moins d’imposer leurs propres clauses de protection par des accords bilatéraux, l’Union européenne reste particulièrement vulnérable. L’industrie locale – des fournisseurs de l'industrie automobile, en Autriche et en Allemagne du Sud, à la construction mécanique – se retrouve face à des incertitudes d’approvisionnement, à des coûts d’achat parfois fortement augmentés et à des obligations de reporting supplémentaires vis-à-vis des autorités chinoises.

La fin des illusions exige la souveraineté sur les matières premières

La riposte chinoise dans le domaine des matières premières montre clairement que la souveraineté économique ne peut être assurée par des discours ou des directives sur papier, mais seulement par des chaînes d’approvisionnement solides et diversifiées.

Si l’Europe ne veut pas être durablement réduite au rôle de jouet industriel entre Washington et Pékin, il faut un changement de cap: la suppression des blocages réglementaires inutiles pour les projets de matières premières locaux, le développement de capacités européennes de raffinage et une politique commerciale qui prend au sérieux les dépendances stratégiques sont désormais essentiels.

Celui qui perd le contrôle du socle matériel de son économie perd aussi, à terme, sa capacité d’action en politique étrangère.

Contre les sanctions contre la Russie: l’UDC lance l’«Initiative pour la neutralité»

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Suisse

Contre les sanctions contre la Russie: l’UDC lance l’«Initiative pour la neutralité»

Berne. Coup de tonnerre en Suisse: lors d’une conférence de presse commune, Christoph Blocher, figure emblématique de l’UDC, Walter Wobmann et Stephan Rietiker ont lancé la campagne pour la dite « Initiative pour la neutralité ». Selon les initiateurs, il est grand temps: la Confédération doit revenir à sa «neutralité perpétuelle, armée et crédible» et inscrire ce principe durablement dans la Constitution fédérale.

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D’après l’UDC, la neutralité suisse a été de plus en plus érodée ces dernières années. En adoptant les sanctions de l’UE contre la Russie en 2022, la Suisse aurait perdu son rôle traditionnel de médiateur et se serait retrouvée sur la liste de sanctions russes. Blocher s’est également opposé au concept d’une neutralité «flexible» ou «pragmatique».

L’initiative prévoit de maintenir la Suisse durablement neutre et armée. L’adhésion à des alliances militaires serait exclue. Des sanctions propres contre des États en guerre ne seraient à l’avenir autorisées que si elles reposent sur une décision du Conseil de sécurité de l’ONU. Par ailleurs, la Confédération devrait renforcer à nouveau son rôle de médiateur dans les conflits internationaux.

Selon l’UDC, la majorité du Conseil fédéral et du Parlement suit une autre voie. Elle mise sur des prises de position en politique étrangère et sur des sanctions, ce qui affaiblit l’indépendance nationale. Blocher et ses partisans appellent donc à un retour à la conception traditionnelle de la neutralité. La population suisse se prononcera sur l’initiative le 27 septembre (mü).

Source: Zu erst, Août 2026.

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"Les Suisses voteront pour un retour à la stricte neutralité - Linitiative de l'UDC prévoit l'interdiction des sanctions".

Cendrars et Céline, de Guerre à La main coupée: histoire de vies blessées

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Cendrars et Céline, de Guerre à La main coupée: histoire de vies blessées

Le chef-d’œuvre de l’écrivain franco-suisse revient en librairie : un voyage dans les tranchées de l’âme, à l’image de celles du frère ennemi Louis-Ferdinand.

Roberto Alfatti Appetiti

Source: https://www.ilgiornale.it/news/letteratura/cendras-e-celi...

la_main_coupee.gifLa nouvelle édition italienne de La main coupée (Einaudi), accompagnée de l’introduction dense et éclairante d’Andrea Cortellessa, possède la rare vertu des rééditions nécessaires: ne pas se contenter de ressusciter un chef-d’œuvre injustement négligé, mais remettre en lumière la profonde parenté entre deux géants de la littérature, Frédéric-Louis Sauser et Louis Ferdinand Auguste Destouches, mieux connus sous les noms de Blaise Cendrars et Louis-Ferdinand Céline. Et cela, non seulement pour leur proximité temporelle ou pour la similitude de leurs parcours: en relisant l’œuvre la plus importante de l’écrivain suisse naturalisé français, on ne peut manquer de percevoir l’ombre inquiète de Ferdinand Bardamu, et d’entendre comme bande-son le grondement souterrain de Guerre, avec lequel Cendrars présente la Première Guerre mondiale: non pas une interruption de la civilisation, mais sa vérité ultime. Pourtant, les deux, frères ennemis, se détestaient. En 1932, face au succès retentissant du Voyage, Cendrars revendiqua d’en avoir anticipé, dans son Moravagine — autre chef-d’œuvre insuffisamment reconnu — et «de bien dix ans», tous les thèmes: «guerre, fuite, Amérique, érotisme, périphéries, médecine, etc.».

Moravagine-Blaise-Cendrars-1926-.jpgDe son côté, Céline, de seulement sept ans son cadet, n’hésita pas à évacuer son collègue avec une féroce suffisance: «Je le connais depuis quarante ans et il n’arrivera jamais à faire tenir un livre debout... Il ne compte que sur un étonnement de bric-à-brac, de petite couturière». Une marque typiquement célinienne: brillante, venimeuse, et surtout injuste. Car Cendrars a su construire magistralement l’un des romans les plus puissants et extrêmes sur la dimension inhumaine de la guerre. Sa fragilité narrative apparente n’est pas une faiblesse architecturale: c’est une poétique de la déflagration.

Il ne se contente pas de raconter la guerre, il écrit à partir de la guerre. L’auteur, en réalité, en commença l’ébauche dès 1918, mais ne termina le livre qu’après les ravages du conflit suivant. La mémoire procède par éclairs et distorsions perceptives, saute de tranchée en tranchée, restituant, comme en direct, des détails et des images effrayantes de cette «usine de la mort».

La prose conserve quelque chose de l’ivresse des avant-gardes historiques: le simultanéisme, le montage, le flux continu de marchandises, de trains, de ports, de corps, de langues. Mais cette vitesse n’est plus innocente. Céline ne le comprit pas — ou le comprit trop bien. Entre leurs œuvres, la symétrie est frappante: même urgence de presser l’accélérateur de la narration, mêmes épaves humaines à faire exister dans la grande Histoire. Bien qu’allergique à la rhétorique, Cendrars ne peut s’empêcher d’appeler ses camarades «martyrs, même à rebrousse-poil, pauvres diables, tombés sans savoir ni pourquoi ni comment». «Loufoques» qui n’ont rien de héros et ne combattent pas pour l’honneur, mais affrontent la routine téméraire des soldats comme «une petite guerre d’Indiens dans la grande guerre mécanisée», essayant de sauver leur peau.

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Cendrars, en 1916, après son amputation.

La genèse des deux romans, d’ailleurs, prend naissance dans la même blessure historique et corporelle: la guerre comme mutilation, le corps lacéré devenu grammaire narrative. Tous deux en tirent une lésion invalidante au bras. Céline, blessé en octobre 1914 en Flandre, fera de sa blessure une mythologie personnelle et stylistique. Cendrars, en septembre 1915, la « patte », la main droite et une partie du bras, les vit emportés par une rafale de mitrailleuse allemande sur le front de la Somme, dans la Champagne «pouilleuse», la région des poux où poussent désormais des vignobles rassurants.

Non de simples épisodes biographiques, mais un principe poétique commun. La différence décisive tient à leur manière d’assimiler le chaos. Cendrars conserve encore la trace railleuse de l’aventurier du XIXe siècle, de l’étranger engagé dans la Légion étrangère française, de l’homme traversant le monde comme une succession d’épiphanies brutales. Quand la guerre le mutile, il ne se laisse pas anéantir par l’horreur, il apprend à écrire de la main gauche et se réinvente écrivain. Son irréductible vitalisme continue à chercher énergie, vitesse, métamorphose.

front-medium-1039373556.jpgCéline accomplit au contraire un pas supplémentaire, peut-être irréversible. Chez lui, la guerre n’ouvre pas le monde: elle le ronge. Le front n’est pas une expérience, mais une révélation métaphysique sur la nature humaine. Dans Guerre, tout est putréfaction physiologique, bourdonnement nerveux, paranoïa acoustique. Son génie consiste à avoir transformé la langue elle-même en une blessure suppurante: rythme syncopé, ellipses, oralité hystérique, points de suspension comme des spasmes respiratoires.

Sous ces divergences, cependant, demeure une même intuition: la Première Guerre mondiale a détruit à jamais le roman du XIXe siècle. Après Verdun, la Flandre, la Champagne, il n’est plus possible de raconter le monde avec la continuité narrative d’un Honoré de Balzac ou d’un Léon Tolstoï. Cendrars et Céline appartiennent à la même généalogie de la fracture. Tous deux écrivent sur les décombres. C’est pourquoi la démolition de Céline sonne aujourd’hui presque comme une ironie. S’il est un écrivain qui fait tenir debout un livre par le montage de fragments, c’est bien Céline. Lui aussi construit par accumulation, par rejets, par éclairs soudains. Il existe ensuite une coïncidence symbolique qui rend la comparaison encore plus suggestive: tous deux meurent en 1961, à quelques mois d’intervalle. Cendrars le 21 janvier, Céline le 1er juillet. Deux morts qui semblent clore simultanément une saison de la littérature européenne: celle des écrivains qui avaient traversé la catastrophe originelle du XXe siècle en la transformant en révolution stylistique. Avec eux s’éteint une génération pour qui l’écriture était inséparable du risque physique et de la ruine.

a5b522b31cd85366d244176ae49618461a32a4450af0544b0f754b1053e35426.jpgIl est également significatif d’observer à quel point le destin posthume des deux auteurs a été très différent. Céline, malgré la renommée mondiale acquise, est resté un monument scandaleux, sans cesse revisité à travers le prisme de l’antisémitisme et de la collaboration. Cendrars, au contraire, a souvent été cantonné au rôle d’irrégulier fascinant, d’avant-gardiste intermittent, presque d’auteur latéral. Son influence, toutefois, demeure aussi clandestine qu’énorme: sans Cendrars, il serait difficile d’imaginer une certaine prose traversant les entrailles du XXe siècle, le reportage lyrique, voire certaines formes du montage cinématographique appliqué à la narration.

Darya Douguina - Discipline, esprit et civilisation : l’homme qui n’a pas de prix

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Darya Douguina - Discipline, esprit et civilisation : l’homme qui n’a pas de prix

Diego Cinquegrana

Source: https://www.facebook.com/CantiereMultipolare

Une civilisation ne disparaît pas seulement lorsqu’elle est envahie, morcelée ou privée de sa souveraineté. Elle peut continuer à posséder des frontières, des bâtiments publics, des armées, des universités et des drapeaux, et être déjà morte. Sa fin commence lorsque les hommes qui l’habitent ne distinguent plus le vivre du fonctionner, le désir de la volonté, la liberté de la simple possibilité de choisir entre des marchandises équivalentes.

C’est cette mort intérieure qui prépare toutes les autres.

Tout système politique produit son propre modèle humain. Le libéralisme a engendré un individu qui se considère comme l’origine, la mesure et le propriétaire de soi-même. Un être persuadé que le bonheur consiste à élargir son propre champ de plaisir, à réduire toute contrainte et à transformer le monde en matière disponible.

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Cet individu peut se dire progressiste ou conservateur, pacifiste ou guerrier, cosmopolite ou nationaliste. Ses opinions changent ; la structure profonde demeure. Il continue de mesurer la vérité à l’aune de l’avantage qu’il en retire, l’amitié à la réputation qu’elle confère, la communauté à la protection qu’elle garantit, et même la révolte à la visibilité qu’elle procure.

Darya Douguina représentait une fracture à l’intérieur de cette anthropologie.

Chez elle, la pensée ne demandait pas à être admirée, mais à être vérifiée. Une idée devenait sérieuse lorsqu’elle entrait dans la conduite, altérait les habitudes, imposait un renoncement et rendait impossible de continuer à vivre exactement comme avant.

Comprendre ne suffisait pas : il fallait permettre à la compréhension d’exercer une autorité.

D’où son insistance sur la discipline. Non pas la discipline extérieure de l’obéissance passive, mais celle, plus difficile, qui empêche l’homme de contredire au quotidien ce qu’il affirme reconnaître comme vrai.

La discipline est le pont entre la connaissance et l’existence. Sans elle, même la pensée la plus radicale devient une décoration mentale.

Darya invitait à démasquer la faiblesse lorsqu’elle se déguise en sensibilité, prudence, réalisme ou supériorité morale. La fragilité non affrontée ne reste pas innocente : elle cherche des alliés, produit des chantages, organise le monde afin que rien ne puisse la mettre à l’épreuve.

L’homme contemporain ne manque pas de facultés. Il possède un corps, une raison, des émotions, de la mémoire et une quantité infinie d’outils. Ce qui lui manque, c’est un centre capable d’attribuer à chaque faculté une mesure et une direction. Le corps réclame la satisfaction, l’esprit calcule les intérêts, l’émotion exige l’expression; aucune autorité intérieure ne décide quelle voix doit commander.

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La distinction traditionnelle entre le corps, l’âme et l’esprit ne décrit pas trois parties juxtaposées. Elle indique un ordre. Le corps offre la force et la limite; l’âme recueille passions, images et mémoire; l’esprit oriente l’être entier vers ce qui le dépasse. Lorsque cette hiérarchie se brise, l’homme devient un territoire disputé.

Le marché dirige ce qu’il désire. La réputation surveille ce qu’il ose. L’algorithme anticipe ce qu’il pensera. La peur de l’exclusion corrige ce qu’il s’apprête à dire.

La Bhagavad-gītā permet d’approfondir le diagnostic. La matière n’est pas une hallucination à mépriser: elle est réelle, mais transitoire. Elle apparaît, prend forme et disparaît, comme la saison des pluies qui réveille les semences puis se retire. L’erreur ne consiste donc pas à habiter le monde matériel, à travailler, construire, combattre ou transformer la réalité. Elle consiste à s’identifier entièrement à ce qui passe et à se croire propriétaire de ce qui, en vérité, ne nous est confié que pour un temps.

La conscience contaminée prononce deux formules: je suis le créateur et le maître; je suis le propriétaire et le bénéficiaire.

C’est le faux ego.

Une erreur ontologique qui devient aussitôt économique, politique et sociale. L’individu se considère comme un centre autonome et regarde chaque être comme un instrument de son propre accomplissement. Les amis deviennent un patrimoine relationnel, les maîtres des certificats de noblesse, le savoir un capital culturel, la douleur un crédit moral, la communauté un public et la cause une extension du personnage.

Ici apparaît ce type humain mineur, mais omniprésent, qui transforme l’amitié en intermédiaire. Quand un homme lui apporte du prestige, il le célèbre; quand il a épuisé sa fonction, il le déprécie. Il n’aime ni ne hait: il cote. C’est le courtier des relations, le petit financier de l’humain.

Il peut parler d’autocritique, à condition de garder la mise en scène sous contrôle. Il peut se montrer vulnérable, à condition que la vulnérabilité améliore son image. Il peut se déclarer héritier d’hommes supérieurs, à condition que personne ne lui demande quelle œuvre autonome il a tiré de cet héritage.

Tuer symboliquement le père signifie empêcher que son nom ne remplace à jamais sa propre forme. L’héritage doit être conquis une seconde fois: traversé, jugé, transformé. Celui qui n’accomplit pas ce passage reste gestionnaire d’un capital reçu.

Darya ne resta pas une simple conséquence d’Alexandre Douguine. Elle a assumé la pensée paternelle, Platon, Proclus, la Russie et l’Eurasie comme des matériaux à travailler. Le nom Platonova, qu'elle s'était choisi, exprimait aussi cette décision: ne pas habiter passivement une généalogie, mais s’exposer au risque d’une vocation propre.

Le maître authentique ne produit pas d’imitateurs. Il conduit l’élève jusqu’au point où plus aucune autorité extérieure ne peut remplacer sa responsabilité.

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Dans les prévisions d’Alexandre Douguine pour 2050 reviennent clones, cyborgs, guerres mondiales, catastrophes environnementales, dissolution des États et naissance de grands espaces continentaux. L’apparence est visionnaire, parfois délibérément extrême. Mais le noyau est déjà visible: le globalisme ne cherche pas seulement à gouverner des territoires, mais à produire des êtres dépourvus de profondeur héréditaire, facilement réécrits et interchangeables.

Le cyborg n’a pas besoin d’avoir des bras métalliques. Il peut avoir un visage humain, un emploi, des relations, des opinions politiques. Il est cyborg lorsque sa relation au réel passe presque entièrement par des dispositifs qui sélectionnent ce qu’il voit, mesurent ce qu’il ressent et transforment chaque geste en information.

Son véritable organe est l’interface.

À travers elle, l’amitié devient réseau, la culture positionnement, la révolte identité visuelle. Même le rebelle est intégré: il peut prononcer des mots terribles, exhiber des symboles radicaux, commémorer des morts, pourvu qu’il continue à se comporter comme un usager, un consommateur et un promoteur de lui-même.

Ce n’est pas un ennemi du système. C’est un segment de marché.

La même logique apparaît, agrandie à l’échelle planétaire, dans la finance contemporaine. Ici, le faux ego n’est plus seulement une déformation individuelle: il devient infrastructure. Le monde entier est observé depuis la position de celui qui doit traduire chaque événement en risque, rendement, perte ou opportunité.

BlackRock possède un observatoire qui classe les principaux risques géopolitiques et en estime l’impact possible sur les marchés. Conflits, crises énergétiques ou catastrophes sont intégrés dans des scénarios financiers et transformés en variations anticipées des prix des actifs. C’est le métier déclaré d’un gestionnaire d’investissement; mais cette normalité même révèle la mutation du langage politique.

Le mort devient une donnée. Le bombardement, de la volatilité. La famine, une pression inflationniste. La reconstruction, une catégorie d’investissement.

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En novembre 2022, BlackRock Financial Markets Advisory a signé avec le ministère de l’Économie ukrainien un accord pour concevoir une structure apte à attirer des capitaux publics et privés dans la future reconstruction. En janvier 2026, Larry Fink déclarait publiquement que BlackRock était toujours impliqué dans le fonds pour la reconstruction de l’Ukraine. Nous sommes face à une continuité manifeste entre la catastrophe analysée, la destruction comptabilisée et l’après-guerre préparé pour l’investissement.

Le capital n’a pas besoin de désirer le désastre. Il lui suffit d’être prêt à en administrer l’avant, le pendant et l’après.

Vanguard fonctionne différemment, mais produit une concentration comparable. Il collecte l’argent de plus de cinquante millions d’investisseurs et le répartit à travers des fonds et ETF sur de vastes portions du marché. Au 31 mars 2026, il déclarait 11.900 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Une part décisive de sa puissance provient des fonds indiciels: ils ne sélectionnent pas chaque entreprise, mais répliquent automatiquement la composition d’un indice.

Suivre un indice semble un acte neutre. Mais quand l’automatisme déplace des milliers de milliards, il crée une présence permanente dans une grande partie de l’économie cotée. La propriété économique reste dispersée entre des millions d’épargnants; l’administration des participations et d’une partie des voix se concentre chez le gestionnaire.

Christian Pickel est une des voix de cette machine. Son profil public célèbre les compétences relationnelles, le réseautage, la capacité à évoluer entre différentes cultures et l’idée que chaque personne rencontrée peut constituer une expérience précieuse. La grammaire parfaite de l’époque: la rencontre humaine comprise avant tout comme une valeur acquise et monnayable.

Le communicant rend amical ce que le bilan rend abstrait. Il convertit la concentration financière en opportunité, le réseau d’influence en ouverture, l’adaptabilité en cosmopolitisme, la transformation de chaque relation en ressource dans la rassurante religion des relations.

En mars 2026, par exemple, Vanguard Capital Management déclarait à la SEC gérer 166,9 millions d’actions Palantir, soit 7,28 % de la catégorie indiquée. Les actions étaient détenues via des fonds et comptes gérés dans le cours normal de l’activité et non dans le but de contrôler la société. C’est précisément cette précision qui éclaire le phénomène: il n’est pas nécessaire de contrôler Palantir ni d’en détenir la majorité pour administrer l’une de ses principales participations institutionnelles.

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L’automatisme n’annule pas le pouvoir. Il le rend impersonnel.

Aucun épargnant individuel n’a consciemment choisi tout le réseau d’entreprises du fonds. Personne ne semble être le propriétaire effectif de l’ensemble. Pourtant, le capital vote, se déplace, rémunère, sélectionne et accompagne la croissance des entreprises incluses dans les indices.

La ploutocratie n’est donc pas seulement le gouvernement visible de quelques milliardaires. C’est un ordre où toute chose est rendue convertible. Territoire, travail, savoir, guerre, reconstruction, relation et dissidence doivent pouvoir entrer dans un portefeuille, produire un flux ou augmenter une valeur.

C’est le faux ego transformé en système mondial: je suis le propriétaire; je suis le bénéficiaire; tout ce qui existe doit servir mon expansion.

Darya Douguina introduit une mesure incompatible avec cette logique.

La vocation n’est pas un investissement.

Le devoir ne varie pas selon la rentabilité.

La communauté n’est pas du réseautage.

La Nation n’est pas une marque culturelle.

L’amitié n’est pas du capital social.

La philosophie n’est pas un secteur de la production éditoriale.

Le 20 août 2022, Darya a été tuée par un agent du SBU ukrainien, l’un des tentacules armés de la ploutocratie mondiale.

Mais la mort ne doit pas la transformer en une image de plus à consommer.

On peut utiliser Darya comme certificat de radicalité, ajouter son nom à sa propre généalogie et répéter ses mots sans rien laisser changer. Même la commémoration peut devenir une forme d’appropriation.

Même le martyr peut être transformé en capital symbolique…

Ou bien on peut accepter l’épreuve que sa pensée impose.

La question n’est pas combien de fois nous la citons, mais quelle part de nous ses paroles rendent désormais indéfendable. Quel confort elles dérangent. Quel mensonge elles déconstruisent. Quelle action elles rendent nécessaire.

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La Bhagavad-gītā ne propose pas la fuite hors de l’action. Arjuna reçoit son enseignement au moment même où il voudrait s’écarter de la tâche. La libération ne consiste pas en l’inertie, mais dans la purification du mobile: agir sans se considérer comme le propriétaire exclusif de l’action, sans transformer le résultat en aliment pour le faux ego.

C’est là qu’un type humain différent peut naître.

Non pas le titan qui dilate démesurément son moi, mais l’homme intégral qui le remet à sa place. Non pas l’individu mutilé qui nie le corps, mais celui qui l’éduque. Non pas le sentimental ballotté par chaque émotion, mais celui qui ordonne son âme. Non pas l’intellectuel qui accumule les doctrines, mais celui qui soumet la pensée à un principe supérieur.

Cet homme sait que la matière est réelle, donc il la travaille; il sait qu’elle est transitoire, donc il ne l’adore pas.

Il possède sans être possédé. Il utilise la technique sans en devenir l’appendice. Il entre dans les relations sans les transformer en clientèle. Il reçoit un héritage sans en vivre de rente. Il peut obéir sans être servile ; il peut commander parce qu’il a appris à se commander lui-même.

Il ne cherche pas à échapper au karma en cessant d’agir. Il brise la chaîne en purifiant l’action du besoin de s’y approprier. Le travail n’est plus seulement subsistance ou carrière: il devient service rendu à une forme qui durera au-delà de sa vie. Le sacrifice n’est ni de l’automutilation ni du spectacle: c’est la subordination de l’immédiat à ce qui mérite continuité.

Il ne demande pas sans cesse: «Qu’est-ce que j’obtiendrai?». Il demande: «Qu’est-ce qui doit être fait?».

Il ne confond pas l’impersonnalité avec l’absence de visage. Il a un nom, un caractère, une histoire, une terre et des responsabilités précises. Mais il n’utilise pas ces choses pour bâtir une clôture autour de son ego. Il les inscrit dans un ordre plus vaste.

Il est individu, mais pas individualiste. Il est une partie, mais pas une masse. Il est discipliné, mais pas automatique. Il est spirituel, mais ne fuit pas le monde. Il est révolutionnaire, mais n’a pas besoin d’en avoir l’air.

Son critère n’est pas la pureté de l’image, mais la fécondité de l’action. Il ne se contente pas de dénoncer le désordre: il construit des lieux où un autre ordre peut déjà respirer.

Il travaille, éduque, protège, produit, transmet. Là où le système fabrique des usagers, il forme des hommes. Là où la finance voit des actifs, il reconnaît des êtres, des œuvres et des territoires. Là où le marché dissout les liens, il assume des attaches dont il accepte d’être jugé.

Il ne considère pas la communauté comme un public réuni autour de sa propre personne. Il y occupe une fonction. Il peut être maître, ouvrier, mère, soldat, paysan, artiste, scientifique ou gardien. La valeur ne dépend pas du rang social, mais de l’accord entre la tâche reçue et la forme avec laquelle elle est accomplie.

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Cet homme n’est pas un fantasme biologique futur. C’est une possibilité pérenne à reconquérir à chaque époque. Il est aussi ancien que le guerrier qui domine la peur, le moine qui domine le désir, l’artisan qui domine la matière et le gouvernant qui domine sa propre avidité. Il est nouveau parce qu’il doit réapparaître dans des conditions qui semblent avoir programmé son extinction.

Darya nous montre que la transformation est possible, qu’une jeune femme peut prendre des idées immenses et les obliger à passer par l’étude, l’erreur, la discipline, le courage et la vie concrète.

Sa force ne nous autorise pas à nous sentir forts.

Elle nous empêche de continuer à appeler force notre propre représentation de la force.

L’homme qui vient ne sera pas sans corps, désirs ni contradictions. Il ne sera pas infaillible ni pur. Mais il sera capable de reconnaître ce qui, en lui, appartient à la dispersion, et de le combattre sans indulgence. Il ne se présentera pas comme créateur absolu, propriétaire du monde et bénéficiaire de tout. Il se saura organe conscient d’un corps plus vaste, partie active d’une communauté, responsable devant les vivants, les morts et ceux qui ne sont pas encore nés.

C’est cela, l’homme qui n’a pas de prix.

Non parce qu’il n’a pas de valeur, mais parce qu’aucun marché ne possède l’unité de mesure capable de l’acheter.

Il peut perdre argent, position, public et même la vie.

Mais il ne peut être liquidé.

Parce que ses racines ne plongent pas dans le marché.

Et ce que le marché n’a pas engendré, le marché ne peut le révoquer.

 

mardi, 18 août 2026

Recension: Aux confins du monde de Michael Pye

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Recension: Aux confins du monde de Michael Pye

Source: https://erkenbrand.net/boekbespreking-aan-de-rand-van-de-...

Dans Aux confins du monde, Michael Pye examine comment les cultures médiévales nées autour de la mer du Nord ont joué un rôle clé dans la formation du monde moderne. Le livre propose une alternative rafraîchissante et puissante au récit répété à satiété selon lequel la civilisation européenne ne viendrait que de la gloire de Rome, de la Grèce ou de l’essor intellectuel de la Renaissance. Pye se concentre sur les marges rudes et froides de l’Europe, entre environ 650 et 1550 après J.-C.: la Scandinavie, la Grande-Bretagne et le nord-ouest de l’Europe, avec une attention particulière pour les Pays-Bas. Bien que Pye présente une bonne documentation historique, ses choix révèlent qu’il propose aussi un cadre moral.

En douze chapitres, divers sujets sont abordés, à commencer par l’introduction de l’écriture en Europe du Nord-Ouest et la confrontation entre les clercs chrétiens et les vestiges de la littérature pré-chrétienne de l’Antiquité. Pour nous, la christianisation de l’Europe a toujours été source de division. Fut-ce une bénédiction qui a façonné l’Europe en une civilisation unie, ou l'infiltration d’un ordre moral étranger et hostile? Dans le récit de Michael Pye, la christianisation de l’Europe est surtout présentée comme un processus de fusion entre traditions chrétiennes et pré-chrétiennes. La conversion forcée des Saxons, telle qu’il la décrit, semble avant tout guidée par des motifs politiques et stratégiques.

the-edge-of-the-world-9781681772066_lg.jpgDans le récit de Pye, l’affrontement ultérieur entre les Saxons déjà christianisés et les Vikings païens, ou « Normands » venus du Danemark, n’est pas présenté principalement comme un conflit religieux ou idéologique. Il décrit plutôt ces affrontements comme des raids opportunistes menés par des paysans du Nord désœuvrés, qui profitaient habilement des faiblesses défensives des établissements et monastères dans les régions des Iles britanniques. Ces habitants de l'espace insulaire britannique, eux-mêmes loin d’être innocents ou pacifiques, constituaient une proie facile pour les incursions rapides et souvent impitoyables des Vikings. Pye souligne que ces attaques étaient motivées de façon pragmatique – gain économique, exploitation de faiblesses défensives – plutôt que par une inimitié religieuse ou culturelle profonde. Cette perspective nuance l’image traditionnelle des raids vikings comme de simples actes de barbarie ou d’agression païenne.

Les vastes expéditions d’exploration des Vikings, qui atteignirent des régions lointaines et laissèrent un impact durable, sont également largement traitées. Il décrit notamment la fondation de la Rus’ de Kiev par les Varègues, un groupe de marchands et de guerriers scandinaves qui établirent en Europe de l’Est une entité politique et culturelle influente, jetant les bases des futurs États slaves.

Pye évoque aussi la tentative ambitieuse mais finalement infructueuse des Vikings d’établir une colonie permanente au Vinland, région que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Terre-Neuve. Cette entreprise, bien que de courte durée et vouée à l’échec en raison de conflits avec les populations autochtones et de problèmes logistiques, témoigne de l’extraordinaire compétence maritime et du goût de la découverte des Vikings.

Il aborde ensuite l’évolution de l’habillement et de la mode, qui reflétaient non seulement le statut social et l’identité régionale, mais aussi les réseaux commerciaux qui diffusaient tissus et styles sur de longues distances. Pye accorde aussi une attention particulière à la morale sexuelle de l’époque, analysant les tensions et interactions entre prescriptions chrétiennes et coutumes pré-chrétiennes, et la façon dont elles façonnaient les normes sociales.

55877520.jpgLa centralisation progressive de la législation écrite est également discutée, Pye montrant comment les traditions orales laissèrent place à des systèmes juridiques formels, qui posèrent les bases de sociétés plus structurées. Il décrit aussi le développement de la construction et de la taille des établissements, des petits villages aux centres commerciaux animés, ainsi que les techniques impressionnantes de construction navale des Vikings et d’autres peuples maritimes, qui leur ont permis d’imposer leur domination sur les mers.

Pye traite également de l’impact dévastateur des invasions mongoles. La peste noire reçoit aussi une attention particulière, Pye mettant en lumière les conséquences démographiques, sociales et économiques de cette pandémie, telles que la pénurie de main-d’œuvre et les adaptations ultérieures des lois et des structures de pouvoir.

On en vient alors à la partie la plus importante du livre: l’économie. C’est le fil conducteur de l’ouvrage et, selon l’auteur, le moteur principal de nombreuses évolutions historiques décrites. Le lecteur a nettement l’impression que les différents changements sociaux, culturels et politiques du monde médiéval nordique – tels que l’expansion des réseaux commerciaux, l’essor des villes et les innovations en construction navale – ont inévitablement convergé vers la formation du capitalisme moderne tel que nous le connaissons.

806x1200.jpgDans la dernière partie du livre, Pye se concentre spécifiquement sur la montée de la Bourse d’Anvers, qui a joué un rôle crucial en tant qu’un des premiers marchés financiers organisés d’Europe. Il décrit comment, sous la pression de l’occupation espagnole et des troubles qui s’ensuivirent, cette Bourse a déplacé son centre de gravité vers Amsterdam, qui est ainsi devenue le nouveau cœur financier de l’Europe. Cela marque, selon Pye, le début du monde économique moderne, où de puissants courtiers et spéculateurs dictent les règles. Il décrit une économie qui s’émancipe de la realpolitik [1], où le bien commun, la cohésion sociale ou les intérêts à long terme – tels que la préservation de l’identité culturelle ou la continuité ethnique – sont au centre.

Le livre comporte certes des faiblesses. Il s’agit clairement d’un exemple d’histoire populaire, destinée à enthousiasmer un large public pour le sujet. Cela se manifeste par les nombreuses anecdotes, pas toujours pertinentes, que l’auteur entremêle dans son récit, sans toujours enrichir les grandes tendances historiques qu’il souhaite mettre en lumière. Par ailleurs, certains chapitres manquent de cohérence : il est certes logique que des lois aient été adoptées pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre après la peste noire, mais le lien entre l’invasion mongole et la naissance de la science moderne reste flou.

Le style de Pye est celui d’un journaliste-historien : il veut raconter, non pas seulement expliquer. Pourtant, ses choix de perspective reflètent aussi des positions idéologiques claires. Dans son introduction, Pye insiste sur une approche prudente des sujets qu’il considère lui-même comme sensibles, voire dangereux. S’il souhaite inspirer et enthousiasmer ses lecteurs pour l’histoire de la culture du nord-ouest européen, il précise que son ouvrage n’est pas destiné à éveiller des sentiments de supériorité culturelle ou raciale. Surtout dans le dernier chapitre, le ton devient celui d’une leçon de morale.

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Pye (photo) se positionne comme avocat de l’ouverture, de la tolérance et du cosmopolitisme – des valeurs qu’il projette sur un passé qui ne connaissait pas ce langage. Dès lors, la frontière entre histoire et message politique devient floue. Le passé n’est pas seulement expliqué, mais aussi utilisé.

Au final, la force de l’ouvrage de Michael Pye ne réside pas tant dans l’originalité de ses sources que dans sa façon de réorganiser des faits connus, restituant ainsi l’image d’une Europe du Nord-Ouest dynamique et auto-créatrice. Pourtant, l’épilogue du livre trahit la frontière fragile entre l’historiographie et la leçon de morale : dès lors que Pye utilise le passé comme miroir pour l’enseignement des vertus contemporaines, son récit s’éloigne de l’analyse historique pour tendre vers une certaine orientation culturelle. C’est précisément là que le lecteur est invité non seulement à comprendre le passé, mais aussi à réfléchir à la manière dont il est raconté aujourd’hui – et pourquoi.

Note:

[1] Pye n’a pas utilisé ce mot dans ce contexte.

Article : Ganzer Prenadier.

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Félicien Marceau: le génie bourgeois que la France a oublié

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Félicien Marceau: le génie bourgeois que la France a oublié

Son immense talent lui valut un Goncourt mais il a toujours payé sa proximité avec le groupe des «Hussards»

Roberto Alfatti Appetiti

Source: https://www.ilgiornale.it/news/cinema/felicien-marceau-il...

27692.jpgIl y a cinquante ans, sortait dans les salles françaises Le Corps de mon ennemi. Jean-Paul Belmondo était alors l’une des étoiles les plus brillantes d’Europe lorsque Henri Verneuil l’appela à interpréter une histoire de vengeance qui était aussi une radiographie tout aussi impitoyable de la province française et de sa respectabilité apparente, derrière laquelle se cachent hypocrisies et intrigues.

Dans la grande exposition rétrospective «Belmondo le Magnifique», qui se tiendra du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027 à la Cinémathèque française, le film recevra déjà les honneurs qu’il mérite. En revanche, le nom de l’auteur du roman (Le corps de mon ennemi, publié en Italie par Rizzoli en 1976) dont il est tiré, est peu évoqué: Félicien Marceau, nom de plume de Louis Carette.

RO80242277.jpgJournaliste, romancier, dramaturge, essayiste, Marceau fut pendant plus de deux décennies l’un des auteurs les plus lus et représentés sur la scène française. L’humour raffiné et mordant de ses comédies domina les affiches théâtrales et ses romans atteignirent un très large public. Le cinéma, principale fabrique de l’imaginaire collectif, a catapulté ses personnages au-delà des frontières de la littérature, prolongeant leur vie bien au-delà de la saison du succès éditorial.

Mort près de Paris en 2012, à un souffle de ses cent ans, Marceau, tenu à l’écart par la culture dominante de l’interminable second après-guerre, a été effacé du débat d’idées. Sa riche production littéraire a été reléguée à la rubrique «divertissement». Lui-même a été réduit au statut d’écrivain mineur, voire marginal, bien qu’il ait été rapproché de géants tels que Molière ou Balzac, auquel il a d’ailleurs dédié un essai apprécié.

Parmi les intellectuels les plus controversés de l’époque, réfractaire à toute forme d’engagement, il était né sous le nom de Louis Carette en 1913 à Kortenberg, en Belgique. Pendant l’Occupation, imperturbable, il continua à écrire pour Le Soir, rebaptisé Le Soir volé (le soleil volé) parce qu’il était passé sous contrôle pro-allemand. Condamné par contumace pour collaboration après la Libération, il dut se réfugier en France.

41lKL+QEh8L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgC’est seulement alors que naquit Félicien Marceau. Sa seconde vie prit des tournures dignes du scénario d’un film. En quelques années, l’exilé belge parvint à s’imposer comme vedette de la scène culturelle. Sa signature devint gage de théâtre brillant : dialogues rapides, ironie mordante, personnages oscillant entre illusions et désenchantement. Le théâtre était le lieu naturel de Marceau. Toute son œuvre tourne autour d’une même intuition: les hommes jouent sans cesse la comédie, même lorsqu’ils ne croient plus à leur rôle. Dans la vie comme sur la scène, chacun s’en tient au scénario qu’il s’est donné.

En 1969 arriva le Prix Goncourt pour Creezy, roman publié par Ugo Mursia Editore à peu près en même temps que chez Gallimard. En 1975 suivit l’entrée à l’Académie française. Les ombres du passé, cependant, ne cessaient de l’accompagner. Ni le Goncourt, ni la Coupole de l’Académie ne le mirent à l’abri des critiques et des protestations. La biographie comme sentence définitive du tribunal invisible de l’Histoire. Peu importe ce qu’un écrivain a écrit: importe ce qu’on peut lui imputer. À la différence d’autres intellectuels de l’après-guerre, Marceau ne fit pas d’aveu public. Aucun repentir n’a été exhibé. Cette réserve contribua à alimenter les soupçons et à attirer les inimitiés.

imafmcrges.jpgMarceau, qui pourtant s’est toujours tenu à distance respectable de la politique, commit une autre faute impardonnable: il gravitait dans le milieu des Hussards, ce courant littéraire qui, dans les années cinquante, autour de Roger Nimier, opposa au courant sartrien de l’intellectuel engagé le goût du style et la liberté narrative.

Élève de Paul Morand, Marceau partageait avec ce monde la défiance envers la littérature idéologique et le refus de toute forme de moralisme politique. Ses personnages n’incarnent pas des valeurs à défendre ou à combattre: ils poursuivent des désirs, des intérêts, des illusions vouées à se briser. Illusions amoureuses, sociales, politiques, générationnelles.

Marceau, d’ailleurs, appartient à une génération qui a vu s’effondrer nombre des certitudes du premier XXe siècle. Les idéologies, les classes dirigeantes, les hiérarchies sociales, jusqu’à l’idée traditionnelle de l’Europe. De là naît son désenchantement: ni rageur comme celui de Céline, ni provocateur comme celui de Nimier. Il ne dénonce pas, ne juge pas. Il observe et note, avec lucidité.

Creezy, la protagoniste du roman éponyme, est le symbole parfait de la France de ces années-là, animée par une génération inquiète, insoumise aux liens, assaillie par une vitesse sans direction et consumée par le présent. Ce n’est pas une femme fatale, mais un mannequin qui échappe aux conventions bourgeoises et traverse le monde de la mode et de la haute société parisienne, laissant derrière elle une armée de courtisans.

MV5BMTMwMjUzMDI1OV5BMl5BanBnXkFtZTYwNzY3Njk5._V1_.jpgLe co-protagoniste-narrateur est le député quadragénaire de l’Assemblée nationale, interprété dans l’adaptation cinématographique par un Alain Delon mûr et ambigu, mais face à la jeunesse de Creezy il se découvre vulnérable et son pouvoir n’est qu’un décor imposant mais inutile. Derrière le ton léger, on perçoit toujours une note mélancolique. Marceau, d’une plume délicate, dessine une civilisation qui perd confiance en elle-même. La comédie continue, mais le lecteur comprend que le rideau est en train de tomber inexorablement. La fin des illusions est le vrai sujet, bien plus que la mondanité futile.

imaoeufges.jpgL’Italie occupe une place non négligeable dans cet univers littéraire, et pas seulement parce qu’il a épousé l’actrice napolitaine Bianca Della Corte. Marceau avait déjà une forte inclination théâtrale, mais le Belpaese le conforta dans l’idée que la vie est une représentation permanente. Ses œuvres théâtrales, parmi lesquelles L’Œuf et La bonne soupe, lui valurent aussi chez nous une grande popularité. Capri, petite île, roman lui aussi publié chez Mursia, révèle par ailleurs l’irrésistible fascination que la Méditerranée exerçait sur l’écrivain: Capri y apparaît comme un lieu suspendu entre élégance, sensualité et décadence, presque une métaphore de la beauté destinée à s’évanouir.

Aujourd’hui, Marceau est absent des librairies italiennes. Il n’en reste plus trace dans les catalogues. Les anciennes traductions sont de plus en plus difficiles à trouver. Le théâtre bourgeois français n’a plus le prestige d’antan et sa vision élégamment réactionnaire du monde ne semble plus séduire les grandes maisons d’édition.

Les langues vivantes - Sur la mort inventée du latin et du grec

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Les langues vivantes

Sur la mort inventée du latin et du grec, le siècle qui nous a appris à les craindre, et ce que leur renaissance nous révèle de l’atrophie du discours public

Source: https://demospolis.substack.com/p/the-living-dead-languages

Je n’ai jamais compris pourquoi le latin et le grec ancien sont souvent qualifiés de « langues mortes ». Cette expression m’a toujours semblé bien pire qu’inexacte. Elle m’a donné l’impression d’être un ordre subconscient, une consigne: aborde cette langue comme on s’approche d’un cadavre sur la table d’une morgue, avec des instruments, à distance clinique, en t’attendant à n'en rien retirer et en espérant n’en rien retirer.

C’est enseigner pour une autopsie, non pour une rencontre.

Rien, dans le fait d’entrer dans une pièce pour saluer un parent cher, même changé par les années, ne ressemble à entrer dans une morgue. Les deux postures ne pourraient être plus différentes, et il m’a toujours semblé que nous devons au latin et au grec le statut de parents que nous aurions en commun.

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Ce raisonnement n’est pas sentimental. Une langue meurt lorsque la communauté qui la parlait disparaît sans laisser de descendance: aucun héritier, aucune continuité, rien à transmettre. Ce n’est pas ce qui est arrivé au latin ni au grec, et il vaut la peine de préciser pourquoi. Le latin n’a pas disparu. Il s’est transformé, comme toute chose vivante se transforme, en italien, espagnol, français, portugais, catalan, roumain et une vaste constellation de langues régionales encore parlées par des centaines de millions d’hommes qui ont hérité de son système de cas dans leur bouche dès l’enfance, bien avant de le rencontrer comme matière scolaire.

Le grec non plus n’a pas disparu. Le grec moderne n’est pas une reconstruction ou une résurrection savante; c’est la même langue, parlée par le même peuple sur la même terre, évoluant sans interruption depuis au moins trois mille ans.

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Les peuples, en règle générale, ne disparaissent pas simplement, pas plus que la langue dans laquelle ils mènent leur existence. Il s’agit d’une transformation, de l’œuvre ordinaire du temps sur toute langue vivante, y compris le latin et le grec.

Qualifier une langue de morte, c’est autoriser l’autopsie. Dire qu’elle a survécu à travers de nombreux enfants adultes, c’est s’obliger à aller rendre visite à la famille.

Le monde est-il devenu stupide ?

Il y a une seconde chose que je n’ai jamais su expliquer, et elle est étroitement liée à la première.

Si le latin et le grec sont aujourd’hui tant redoutés, abordés par les élèves avec plus de crainte que de curiosité, pourquoi, pendant tant de siècles, des gens ont-ils souhaité les apprendre ?

Les humanistes de la Renaissance rivalisaient du prestige d’une phrase cicéronienne. Pendant un millénaire, les écoles monastiques et les cathédrales considéraient une maîtrise du latin comme un passeport pour toute l’Europe savante. Diplomates, scientifiques et clercs conduisaient le quotidien de leur vie dans cette langue. Ce n’est pas la grammaire de Cicéron ou d’Homère qui est soudainement devenue plus difficile au cours des cent cinquante dernières années, ni les populations qui seraient soudainement devenues moins capables de l’apprendre.

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Les langues ne changent pas de degré de difficulté. Quelque chose d’autre a changé. Et c’est parmi des chercheurs qui partagent ces deux soupçons — sur la fausse métaphore de la mort et sur ce revirement inexplicable du désir à la crainte — que j’ai trouvé quelques-unes des réponses les plus éclairantes qui soient.

Un matin d’octobre 2025, quarante personnes se sont réunies à la Faculté de lettres classiques de l’Université de Cambridge, et quelque deux cent trente autres se sont connectées depuis le monde entier, pour passer une journée à discuter de la façon dont il faudrait enseigner le latin et le grec ancien aux enfants. L’événement était modeste, voire de niche, selon les standards des colloques universitaires. Pourtant, dans les communications issues de cette journée, se trouve un argument qui répond d’un coup à mes deux soupçons et porte des implications bien au-delà de la salle de classe : il touche, en fait, à la santé de la cité elle-même.

Décoder n’est pas lire

Le débat pédagogique en question concerne ce que les linguistes appellent l’Input Compréhensible : l’idée qu’une langue s’acquiert non pas par la mémorisation de ses règles, mais par l’expérience répétée d’une communication signifiante, juste au-dessus du niveau de compétence actuel de l’élève.

Pendant des décennies, c’est la prémisse inverse qui a régi l’enseignement des langues anciennes. Le latin et le grec étaient enseignés comme des codes à déchiffrer : déclinaisons rabâchées, phrases démontées en parties grammaticales, la compréhension n’advenant qu’après la traduction achevée.

Le résultat, comme plusieurs intervenants l’ont noté, fut des générations d’élèves capables d’analyser un subjonctif avec précision sans pouvoir lire un paragraphe de Cicéron pour le plaisir ou le sens. Un chercheur a constaté que les élèves abordant Tacite, après avoir passé leur GCSE, reconnaissaient à peine un dixième du vocabulaire de sa phrase d’ouverture. Ils avaient appris un appareil pour décoder le latin. Ils n’avaient pas appris à le lire.

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Ce qui est diagnostiqué ici, si l’on prend du recul par rapport aux cas particuliers des déclinaisons, c’est une forme bien moderne d’appauvrissement: le traitement de la langue comme une source d'informations à extraire plutôt que comme un moyen de compréhension partagée. Le mouvement de l’input compréhensible affirme explicitement que ce n’est pas seulement inefficace, mais psychologiquement corrosif. Des étudiants anglais, assez courageux et motivés pour apprendre les classiques, peuvent analyser le latin en silence mais ressentent une réticence viscérale, presque physique, à prononcer un seul mot à voix haute, parce que la langue n’a jamais été pour eux qu’une énigme à résoudre.

Le siècle qui a appris à craindre

C’est ici que le second soupçon, celui d’une peur apprise, trouve sa réponse. Cette crainte a été fabriquée, elle n’est pas inhérente aux langues elles-mêmes. Rien, dans le latin ou le grec, n’impose à l’élève de les aborder avec anxiété plutôt qu’avec désir, et, je l’ai déjà noté, pendant l’essentiel de leur histoire, rien ne l’a imposé.

Les langues ne sont pas soudainement devenues plus difficiles au cours du dernier siècle et demi. Ce qui a changé, c’est le dispositif bâti pour les enseigner.

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Les nouveaux systèmes scolaires nationaux du XIXᵉ siècle, et avant tout la tradition du gymnasium allemand de dissection grammaticale poussée, transmise en Flandre par exemple à travers les grammaires très répandues d’Adhemar Geerebaert (photo), ont réorganisé les deux langues autour de l’analyse des formes plus que de la lecture du sens. Les élèves consacraient «de nombreuses heures hebdomadaires» au latin sous ce régime et «finissaient souvent sans pouvoir lire couramment ou composer correctement».

Le réformateur allemand Georg Rosenthal, écrivant de l’intérieur même de cette tradition en 1924, lui donna son épitaphe la plus acérée: Gesehenes Latein ist kein Latein: « Le latin vu n’est pas du latin». Des générations d’écoliers ne furent pas vaincues par Cicéron ou Homère, mais par une méthode conçue pour valoriser l’enseignant et s’interposer entre eux et la langue.

Cette transformation n’eut pas lieu isolément. Elle appartenait à une confiance plus large du XIXᵉ siècle que l’éducation pouvait être rendue scientifique, standardisée et mesurable.

La même époque qui bâtit la bureaucratie moderne a aussi refaçonné la classe à son image. Le savoir devint quelque chose à classifier, examiner, certifier; la langue, un objet à analyser. On produisit des administrateurs, au détriment de citoyens capables de juger.

Nous avons hérité d’écoles remarquablement efficaces pour enseigner aux élèves à identifier les parties d’une phrase, mais de plus en plus incertaines quant à la tâche, bien plus difficile, d’entrer dans une conversation sur le bien commun.

La réduction du grec et du latin à la seule grammaire n’a pas été une simple erreur pédagogique. Elle fut l’expression d’une habitude civilisationnelle plus large: remplacer la participation par la procédure, la compréhension par la technique, la sagesse par l’administration.

Il vaut la peine de s’arrêter sur l’étrange familiarité de cet appauvrissement aujourd’hui hors de la classe. L’instinct qui consiste à traiter la langue comme un simple gisement d’information à extraire (lire le titre, extraire la citation, laisser l’algorithme résumer l’argument pour ne pas avoir à s’y attarder) a migré de la classe de lettres classiques à toute l’architecture du discours public contemporain.

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Nous avons construit une culture civique préoccupée par le décodage de l’utile plutôt que par la lecture et la compréhension. Nous décodons les discours pour y trouver des scandales, survolons les interviews pour en extraire des titres, les débats pour des extraits à publier sur les réseaux sociaux, et les livres pour des citations à partager. Nous ne restons plus assez longtemps dans la langue pour que le sens s’y dépose et puisse nous transformer.

La culture civique actuelle traite le discours politique selon son contenu extrait, tout en restant étrangère à l’acte délibératif que le discours est censé mettre en œuvre. Le parallèle n’est pas fortuit. Il s’agit, je veux le suggérer, de la même réduction, mais sous un autre habit.

Avant que “mot” ne signifie mot

Les Grecs n’avaient pas de terme distinct pour “langue” opposé à “raison”, ou “raison” opposée à “discours public”. Logos remplissait ces trois fonctions. Pour Aristote, l’être humain n’est pas seulement zoon politikon, l’animal politique, mais il l’est précisément parce qu’il est zoon logon echon: l’animal qui possède le logos, capable d’exprimer non seulement le plaisir et la douleur, comme les autres animaux, mais aussi le juste et l’injuste, l’utile et le nuisible, en commun avec les autres.

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La polis, dans cette conception, n’est pas d’abord un ensemble d’institutions. C’est une communauté constituée par l’acte partagé de la parole signifiante sur la manière de vivre. La citoyenneté est inséparable de la capacité à user du logos avec autrui, non simplement à le décoder seul.

C’est pourquoi la redécouverte du “latin vivant” (la méthode directe de Rouse à la Perse School en 1902, le rêve d’entre-deux-guerres d’un latin comme lingua franca européenne neutre et unificatrice, les dialogues dans les écoles jésuites où les élèves se saluaient, débattaient, se taquinaient en latin plutôt que de simplement le traduire) porte un enjeu qui va bien au-delà de la simple curiosité d’antiquaire.

Chacun de ces mouvements, en son siècle, fut une tentative pour restaurer à la langue la condition qu’Aristote supposait: un médium partagé, et non un corpus tenu à distance. La devise de Caton, chère aux partisans de la renaissance du latin, exprime la même intuition en six mots : rem tene, verba sequentur : “Saisis la chose, les mots viendront.”

Le sens précède et engendre la langue; la langue ne précède ni n’engendre le sens. Inverser cet ordre, comme l’a fait la pédagogie grammaticale-traductive, comme le fait aujourd’hui une bonne part de notre discours public, c’est produire un flot verbal qui n’a jamais vraiment été compris par quiconque, pas même par son auteur.

Petites républiques de parole

Ce qui est frappant chez les praticiens de cette nouvelle et vieille approche du grec et du latin, c’est avec quelle délibération ils ont reconstitué les conditions d’une petite polis dans la classe pour résoudre ce problème.

À l’Open University, on donne aux étudiants du latin littéraire “incompréhensible” qu’ils ne peuvent pas encore traduire et on leur demande de lui donner sens, ensemble, à travers la discussion et la traduction parallèle, avant d’y revenir des années plus tard avec une compétence acquise: une pédagogie qui valorise la lutte interprétative collective plus que la certitude prématurée et solitaire.

À Haileybury, les textes sont lus à haute voix, en chœur, de sorte que la compréhension se vérifie non par un test silencieux, mais par la confiance audible d’une salle d’élèves parlant ensemble.

À l’Université d’Oxford, l’argument de Cressida Ryan en faveur d’un design inclusif rend explicite ce que les autres laissent entendre : qu’un environnement “à haute sauvegarde de la face”, où l’acte vulnérable d’essayer la parole à voix haute n’est pas puni par les vingt mille petites humiliations qu’un certain type d’élève a déjà intériorisées à l’adolescence, n’est pas un luxe, mais une condition préalable à tout essai de parole.

Aucune de ces solutions n’est technique. Elles redécrivent la classe comme un lieu où le sens doit être bâti ensemble, à voix haute, au risque de l’erreur, plutôt qu’assemblé en privé puis remis à la correction.

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Il est difficile de ne pas remarquer que c’est précisément cette capacité que la vie politique contemporaine est en train de perdre: la volonté de risquer une opinion inachevée à voix haute, parmi d’autres, dans l’espoir que la compréhension résultera de l’échange, et non d’une possession préalable.

Nous n’avons pas perdu la capacité de transmettre des informations. Mais nous avons perdu, dans une mesure préoccupante, le confort acquis de pratiquer le logos ensemble en public, au rythme et dans la vulnérabilité qu’exige la véritable délibération.

Le vrai cadavre

Le latin n’a jamais été un corps sur la table. Ce que nous avons réellement disséqué, ces deux derniers siècles, c’est notre propre volonté d’user de la langue ensemble, en public, quitte à prendre des risques ; et ce patient-là, contrairement à la langue de Cicéron, n’a peut-être pas de descendants vivants dans les coulisses.

L’ironie, c’est que cette redécouverte arrive précisément au moment où les machines excellent dans les compétences que les écoles ont mis deux siècles à cultiver. L’intelligence artificielle peut désormais traduire, analyser et résumer plus vite et plus précisément que n’importe quel élève. La machine n’a pas tort de le faire, mais la tâche pédagogique s’est déplacée en conséquence: ce qu’il reste à cultiver pour l’apprenant humain, ce n’est plus la restitution, mais le jugement interprétatif, la capacité à s’asseoir devant un texte ou un argument et à se demander ce qu’il signifie, ce qu’il implique, ce qu’il exige du lecteur.

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Cette réflexion vaut tout autant pour la citoyenneté. Un public qui a délégué la tâche de comprendre à une machine à produire du résumé, comme la télévision, sans conserver la capacité acquise d’interpréter, de délibérer et de s’exprimer lui-même, a reproduit dans l’ensemble de la vie civique le même échec que l’Input Compréhensible visait à corriger dans la classe de latin : un flot de paroles apparemment fluide, mais sans compréhension habitée.

C’est la même question que de savoir si un collégien doit rencontrer l’ablatif absolu à travers une histoire graduée sur Ariane ou au détour d’un exercice de grammaire isolé. Le pari sous-jacent, que la langue partagée est soit vécue et parlée vers une compréhension commune, soit simplement décodée et laissée inerte, est le même pari dont dépend finalement la santé de la cité.

Une civilisation qui a oublié — ou réprimé — comment user de sa propre langue ensemble, de façon vulnérable, provisoire, communautaire, ne devrait pas s’étonner de découvrir que son discours politique, aussi abondant soit-il, ne persuade plus, ne lie plus, et n’a plus vraiment de sens.

Rem tene, verba sequentur.

La redécouverte du grec et du latin ne porte pas, au fond, sur le grec ni sur le latin.

Il s’agit de se rappeler à quoi sert la langue. À communiquer.

Avant les institutions, il faut la parole. Avant la politique, il faut le logos.

Une civilisation tient non seulement par ses lois ou ses marchés, mais par sa capacité partagée à chercher le sens à voix haute.

Voilà pourquoi les classiques comptent.

Pas seulement parce qu’ils nous enseignent des mots et des concepts anciens, mais parce qu’ils nous rappellent comment un peuple libre apprend à parler.

Héraclite et le Feu Divin

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Héraclite et le Feu Divin

Circulo Pyr 

Source: https://circulopyr.substack.com/p/heraclito-y-el-fuego-di...

Ce monde, le même pour tous, n’a été créé ni par aucun des Dieux ni par aucun des hommes, mais il a toujours été, est et sera un Feu éternellement vivant, qui s’allume et s’éteint selon une mesure – FR30

Héraclite d’Éphèse est l’un des philosophes les plus complexes qui aient existé. D’emblée, il ne rentre pas dans la catégorie moderne de ce qu’est un philosophe, et d’autre part, ses fragments paraissent à première vue « faciles » à comprendre. Cela a entraîné une grande confusion autour de lui et il n’existe toujours pas de conclusions claires sur ce qu’il a voulu nous dire (ce qui n’est pas forcément négatif).

Cet article vise à rapprocher le penseur de nos lecteurs et à proposer une brève introduction aux éléments principaux de sa théologie. À travers le regard de différents auteurs modernes, nous allons montrer les diverses formes de compréhension qu’il a suscitées. Il serait bien plus facile de présenter Héraclite du point de vue des auteurs anciens, à partir de la manière dont ils l’ont cité et inclus dans leurs propres œuvres (Philosophes Présocratiques – Éditions Gredos). Mais cela nous éloignerait de l’objectif de cet article, qui n’est autre que de montrer que, lorsque quelque chose est caché, il faut le découvrir de façon directe, et non à travers un échafaudage qui ne fait que se chercher lui-même.

Le Sombre d’Éphèse

Dans l’Antiquité, il était connu comme ho Skoteinós, « le Sombre ». Diogène Laërce rapporte qu’il déposa son livre dans le temple d’Artémis et qu’il l’écrivit délibérément de façon obscure, afin que seuls ceux qui étaient préparés s’en approchent et ainsi afin d'éviter le mépris de la foule¹. Cicéron disait la même chose: il aurait caché sa pensée à dessein².

Héraclite – Le Feu comme principe universel

À son style d’écriture s’ajoute le fait que son traité sur la nature ne s’est pas conservé. Il nous reste environ 130 fragments, des citations éparses recueillies par Platon, Aristote, Sextus Empiricus, Clément ou Hippolyte. Cela rend la reconstruction plus difficile, car il faut distinguer le commentateur du commenté et leurs implications. Aristote remarquait :

Fragments.jpg"En général, ce qui est écrit doit être facile à lire et à comprendre, ce qui revient au même, et cela se produit lorsqu’il y a beaucoup de conjonctions ; ce n’est pas le cas lorsqu’il y en a peu, ou lorsqu’il n’est pas facile de ponctuer, comme dans l’œuvre d’Héraclite. En effet, l’œuvre d’Héraclite est difficile à ponctuer, car il n’est pas clair où il faut le faire, avant ou après un mot, comme au début du livre. Là, il dit : « Bien que cette raison existe toujours, les hommes deviennent incapables de la comprendre. » Il n’est donc pas clair si le « toujours » se rapporte à ce qui précède ou à ce qui suit". Aristote, Rhétorique III 5, 1407b

Robinson souligne qu’Héraclite écrit avec une densité linguistique remarquable : une seule phrase porte plusieurs idées à la fois, et ses fragments résonnent ensemble, répétant des images qui s’enrichissent lorsqu’on les lit ensemble³. Il joue avec la position des mots et l’homophonie (bíos [vie] et biós [arc]). Son fragment sur la nature est très connu :

« La nature des choses aime à se cacher » FR1234

Ou encore sur la dissimulation du Dieu de Delphes :

« Le Seigneur dont l’oracle est à Delphes ne révèle ni ne cache: il indique » FR93

Tout cela nous place déjà devant une exégèse compliquée, voire impossible. Nous utilisons le mot impossible car le philosophe moderne ne parvient qu’à effleurer d’un doigt une manière de penser pré-moderne comme celle d’Héraclite. Ses textes doivent être objet de méditation dans le cadre du travail spirituel des jeunes Européens, non une matière à analyser intellectuellement.

61xNv2TjYwL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgCela étant dit, Guido Calogero ("Eraclito", in « Giornale critico della filosofia italiana », 1936) attribue cette difficulté à une structure mentale archaïque, dans laquelle le plan du langage recouvre complètement la logique et l’ontologie: le mot n’agissait pas comme un simple symbole de l’objet, mais comme sa manifestation réelle, faisant des contradictions linguistiques de véritables tensions existentielles. Dans son ouvrage sur Héraclite, Spengler met en avant l’absence d’un lexique scientifique systématique à l’époque et relie la brièveté aphoristique d’Héraclite à son tempérament individuel: une irrévocable fierté aristocratique qui le conduisit à une existence solitaire et à contempler la foule à distance⁵.

Jaeger s’approche un peu plus de la réalité d’Héraclite et souligne qu’il ne parle pas le langage d’un maître ou d’un érudit, mais celui d’un prophète qui veut éveiller les hommes⁶.

Le Feu

Le cosmos est

« Ce monde, le même pour tous, n’a été créé ni par aucun des Dieux ni par aucun des hommes, mais il a toujours été, est et sera un Feu éternellement vivant, qui s’allume et s’éteint selon une mesure » FR30

Cette phrase contient toute la philosophie d’Héraclite, et aussi toute sa problématique, car chaque mot admet des lectures incompatibles.

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Contrairement aux penseurs ioniens précédents, qui plaçaient le principe originel — l’archè — dans des éléments matériels comme l’eau, l’air ou l’indéterminé, Héraclite rompt radicalement avec cette tradition. Spengler souligne qu’il fut le seul philosophe grec à comprendre le cosmos comme un phénomène purement dynamique et énergétique, un processus pur (immatériel) et conforme à la loi⁷. Sous cette perspective, le Feu ne constitue pas une substance première, mais l’incarnation du changement constant et de la métamorphose pure, une tropé qui s’oppose radicalement à la notion statique de l’archè, offrant l’expression esthétique suprême de la mobilité et de la tension⁸. Le choix du Feu répond, selon Spengler, à une motivation quasi religieuse; il affirme que le Feu est la plus terrible et puissante des forces élémentaires, celle qui domine véritablement la nature. C’est pourquoi il l’aimait⁹.

811-J6SEsTL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgHeidegger va encore plus loin et rejette toute lecture physique. Il associe le Feu, le pyr, à l’éclair, le keraunos, qui dirige le tout¹⁰.

« Tout est gouverné par l’éclair » FR64

Il affirme que kósmos et pyr disent la même chose¹¹. Le Feu n’est pas un élément chimique : il est l’embrasement instantané qui ouvre la clairière — la Lichtung — où les choses émergent du caché et apparaissent avec leurs contours. Le Feu est l’alètheia, le dévoilement qui se retire à nouveau vers l’occulté.

Robinson affirme que le Feu fonctionne comme un étalon d’équivalence cosmique:

« Le feu change tout et se change en tout, de même que les marchandises en or et l’or en marchandises. » FR90

Il note également que les mesures du fragment 30 sont les lois inébranlables de la physique¹². Jaeger, pour sa part, doute que ce Feu soit même l’archè, et il lui semble évident que même dans l’Antiquité il n’y eut pas d’affirmations héraclitéennes claires sur une destruction du monde par le Feu¹³.

Face à cela et aux doutes que cela génère, la question est: qu’est-ce que ce Feu? Cependant, pour y répondre, il faut d’abord répondre à d’autres questions.

617PIBsE65L.jpgLa première: est-ce une substance ou un processus? Le débat sur le fait de savoir si le Feu constitue une substance ou un processus divise les spécialistes: d’un côté, les interprètes naturalistes comme John Burnet et Heinrich Gomperz y voient la matière primordiale ou Urstoff du cosmos, Robinson l’identifie à l’éther ou au feu purifié des régions célestes, défendant qu’il agit à la fois comme constituant matériel, principe physique et force directrice rationnelle, rejetant ainsi qu’il ne soit qu’un simple symbole¹⁴. En sens inverse, Spengler nie catégoriquement cette nature substantielle en affirmant qu’Héraclite ne connaît pas la substance, ce qui est pour lui le facteur décisif pour comprendre sa pensée¹⁵.

La deuxième: est-ce un Dieu? Pour Gomperz, le Feu s’unifie avec la raison universelle et représente Zeus, l’intelligence cosmique. Robinson associe le Feu divin (l’éclair) à « la seule chose sage », le to sophon, la divinité suprême qui

« L’Un, la seule chose sage, veut et ne veut pas recevoir le nom de Zeus » FR32

Dans sa lecture, ce principe suprême, l’éther, l’éclair et le « Feu toujours vivant » sont une seule et même chose: le Feu ne symbolise pas seulement, il est cette justice ou sagesse qui gouverne le monde¹⁶. Il y a même un jeu caché dans le grec, car Zeus sonne comme zēn, « vivre », et le principe suprême est justement ce qui maintient l’univers en vie¹⁷ (le jeu Zeus/zēn).

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Spengler indique que le Feu est la totalité unifiée du cosmos, mais non un dieu particulier, ni l’âme, ni le logos. Pour lui, dans la bouche des Grecs Theós est un concept physique ; le Dieu d’Héraclite n’est pas une personne, c’est la nécessité et la puissance absolues du logos¹⁸.

La troisième: le Feu est-il la Loi, le logos? Par influence stoïcienne, on a souvent répété que le Feu et le logos sont identiques. Jaeger nuance cette fusion plus qu’on ne le reconnaît habituellement: pour lui, le divin est la loi unique du cosmos, et le logos selon lequel tout arrive… est la loi divine elle-même, au point qu’avec Héraclite apparaît pour la première fois dans la pensée philosophique l’idée de « loi »¹⁹.

Le Feu s’approche du divin non parce qu’il est la matière première, mais par son pouvoir de gouverner: le fait que le Feu d’Héraclite ait le pouvoir de gouverner ou de piloter le rapproche étroitement de la sagesse suprême, même si ce n’est pas tout à fait la même chose que Dieu²⁰.

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Spengler le nie catégoriquement: entre le Feu, mode d’apparition du devenir, et le logos, loi formelle qui le régit, une identité est impossible en principe, car le logos ne désigne pas une force, et encore moins une intelligence; il désigne une relation, une mesure²¹. Par ailleurs, Heidegger va dans une autre direction: le cosmos et le Feu sont la même chose, et le Feu ne se soumet pas à une mesure extérieure, il est lui-même « donneur de mesure » — de metron —, une mesure qui n’est pas un étalon quantitatif, mais la clairière d’ouverture où les choses viennent à la présence. Dans sa lecture ultime, Alètheia, Physis et Logos « sont la même chose »: l’Un qui réunit et conduit tout²².

Panta rhei et la tension des opposés

« Ceux qui entrent dans les mêmes fleuves sont baignés par des eaux toujours nouvelles » FR12

Ce fragment a été profondément déformé dans la pensée sur Héraclite, la permanence de la structure et la mutation de la substance ne sont pas des termes antagonistes, mais complémentaires²³. Quant à Spengler, il situe le devenir dans une dimension plus radicale ; il précise qu’il ne faut pas concevoir tout dans un flux constant — ce qui impliquerait une catégorie statique de l’être —, mais que l’essence primitive du phénomène doit être entendue comme un pur dynamisme et un réseau de tensions²⁴.

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Pour les opposés, il se passe quelque chose de similaire, tout n’est qu’une question de perspective :

« Le chemin qui monte et le chemin qui descend sont un et le même » FR60

Le chemin ne change pas, seule change la direction de celui qui le parcourt. Spengler combat un malentendu habituel à ce sujet : loin d’être identiques, les opposés partagent une même origine et n’ont de sens qu’en interdépendance ; on ne connaîtrait pas le concept de justice s’il n’existait pas l’injustice²⁵.

« Ils ne comprennent pas comment ce qui diverge converge : harmonie de tensions opposées, comme celles de l’arc et de la lyre. » FR51

Arc et lyre accomplissent leur destin grâce à la tension des forces opposées qu’ils contiennent ; c’est, selon Héraclite, la véritable harmonie. L’unité réside dans la lutte, et cette lutte est la justice souveraine. Le cosmos ne fonde pas son équilibre sur le repos, mais sur une auto-régulation continue de forces en lutte, qui se traduit par une harmonie invisible par nature, parce que :

« L’harmonie invisible est supérieure à l’évidente » FR54

La guerre comme loi du cosmos

« La guerre est le père de tous, le roi de tous ; à certains elle montre qu’ils sont dieux, à d’autres qu’ils sont hommes ; elle fait des uns des esclaves, des autres des libres. » FR53

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La guerre, le pólemos, n’est pour lui ni un conflit destructeur ni une affaire simplement humaine ; Héraclite la voit comme la force créatrice de l’univers. C’est elle qui établit les distinctions et les limites du monde. Et loin d’être une anomalie, elle est la règle :

« Il faut savoir que la lutte est universelle et que la discorde est justice ; tout naît de la discorde et de la nécessité. » FR80

Jaeger souligne qu’Héraclite l’«intronise comme le maître même de l’univers» et qu’elle devient «son expérience philosophique primordiale»²⁶.

Le logos divin est en lui-même la « loi de la guerre » qui unifie les tensions nécessaires. Spengler note que le monde est un terrible et éternel agôn, gouverné par de strictes lois du conflit²⁷. De cette même racine naît son mépris pour l’érudition :

« L’érudition n’instruit pas l’esprit: sans quoi, elle aurait instruit Hésiode et Pythagore, et même Xénophane et Hécatée. » FR40

La guerre entre les hommes reflète la structure de l’univers et justifie les hiérarchies : libres contre esclaves. Il n’existe pas de valeurs éthiques absolues et statiques ; les relations humaines doivent être sans cesse mesurées et refaites à travers la lutte. Et cette position s’étend à son eschatologie :

« Les dieux et les hommes honorent ceux qui sont tombés au combat » FR24

et

« Plus la mort est grande, meilleure est la destinée » FR25

La mort au combat, mort «sèche», de feu, assure à l’âme une destinée divine: les âmes de ces héros ne se dissolvent pas dans l’eau comme dans la mort ordinaire, mais montent comme gardiens immortels et vigilants des vivants et des morts.

Nous devons admettre qu’il existe deux espèces de sacrifices; l’une propre aux hommes complètement purifiés, ce qui, comme le dit Héraclite, n’arrive que rarement à un homme ou à quelques rares personnes (Jamblique, Des mystères, V, 15).

Heidegger évitait de réduire la discorde héraclitéenne, l’éris, à une guerre au sens vulgaire. Pour lui, la discorde est l’aller et retour entre l’occultation et le dévoilement de l’Être, une tension originaire dans laquelle les opposés se tournent l’un vers l’autre dans une appartenance mutuelle, empêchant ainsi que l’Être ne devienne un absolu plat et sans vie²⁸.

« Les contraires s’accordent, et de ce qui diffère naît la plus belle harmonie ; tout procède de la discorde. » FR8

Rester éveillé devant le Feu

« Le caractère de l’homme est son destin » FR119

On ne peut guère ajouter plus à ce fragment pour conclure l’article. Il existe deux approches possibles d’Héraclite: une voie analytique, ardue, complexe et éloignée de la réalité vécue par lui (comme on l’a vu dans les différentes positions des commentateurs), et une autre perspective immédiate, dotée d’une profondeur singulière, qui nous invite à entrer dans sa philosophie depuis notre propre dimension spirituelle.

Nous devons nous éveiller et vivre immergés dans les éléments mentionnés ci-dessus (Feu, guerre, tension, éclair). Se consumer soi-même, brûler ce qui nous entoure, vivre autour de ce feu transformateur.

Notes: 

(1) Diógenes Laercio, ix 5

(2) Cicerón, de finibus II 5, 15, etc

(3) Heraclitus - Fragments, T. M. Robinson, pág 5 (University of Toronto Press)

(4) La traduction de tous les fragments provient de: Heráclito: fragmentos e interpretaciones, José Luis Gallero y Carlos Eugenio López, Ediciones Ardora.

(5) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 99–102 (Tradition Ed)

(6) The Theology of the Early Greek Philosophers, Werner Jaeger, pág111–112 (Oxford Press)

(7) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 94–95 (Tradition Ed)

(8) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 27–128 (Tradition Ed)

(9) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 28 (Tradition Ed)

(10) The inception of occidental thinking and Logic: Heraclitus’ doctrine of the logos, Martin Heidegger, pág 123, 262 (Bloomsbury)

(11) The inception of occidental thinking and Logic: Heraclitus’ doctrine of the logos, Martin Heidegger, pág 124 (Bloomsbury)

(12) Heraclitus - Fragments, T. M. Robinson, pág 184 (University of Toronto Press)

(13) The Theology of the Early Greek Philosophers, Werner Jaeger, pág 122–123 (Oxford Press)

(14) Heraclitus - Fragments, T. M. Robinson, pág 96–97, 186 (University of Toronto Press)

(15) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 127 (Tradition Ed)

(16) Heraclitus - Fragments, T. M. Robinson pág 186 (University of Toronto Press)

(17) Heraclitus - Fragments, T. M. Robinson pág 103 (University of Toronto Press)

(18) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 154, 165 (Tradition Ed)

(19) The Theology of the Early Greek Philosophers, Werner Jaeger, pág 115–116 (Oxford Press)

(20) The Theology of the Early Greek Philosophers, Werner Jaeger, pág 122, 126 (Oxford Press)

(21) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 53, 165 (Tradition Ed)

(22) The inception of occidental thinking and Logic: Heraclitus’ doctrine of the logos, Martin Heidegger, pág 127–128, 277 (Bloomsbury)

(23) Heraclitus - Fragments, T. M. Robinson pág 185 (University of Toronto Press)

(24) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 98, 123 (Tradition Ed)

(25) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 139–143 (Tradition Ed)

(26) The Theology of the Early Greek Philosophers, Werner Jaeger, pág 118. (Oxford Press)

(27) Heraclitus, Oswald Spenger, pág 146 (Tradition Ed)

(28) The inception of occidental thinking and Logic: Heraclitus’ doctrine of the logos, Martin Heidegger, pág 110 (Bloomsbury)

 

lundi, 17 août 2026

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

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Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

par Michele Blanco

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33490-mich...

La thèse avancée par Jeffrey Sachs et Sybil Fares est claire: la guerre en Ukraine n’est pas seulement un affrontement entre Moscou et Kiev, mais le produit d’une stratégie américaine planifiée depuis plus de trente ans. Une stratégie qui a transformé le territoire ukrainien en principal champ de bataille et de test pour la nouvelle guerre technologique contemporaine, alors que Kiev continue d’en payer le prix humain, économique et territorial, prix qui est extrêmement élevé.

Aujourd’hui, la puissance du complexe militaro-industriel ne se limite plus aux seuls généraux et fabricants d’armes. Elle réunit des sociétés informatiques, des fonds d’investissement, des entreprises énergétiques, des services de renseignement et des géants du numérique. Ce système n’influence pas seulement la politique étrangère des États-Unis, il tend à l’hégémoniser, en déterminant totalement ses objectifs et ses instruments.

L’idée ne naît pas avec le conflit actuel. Dans son célèbre essai Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski désignait l’Ukraine comme l’un des principaux pivots géographiques de l’Eurasie. Sans Kiev, affirmait-il, la Russie aurait d’immenses difficultés à conserver son rang de grande puissance.

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Dans cette perspective, l’élargissement de l’OTAN n’a pas été seulement un processus d’intégration politique des pays d’Europe de l’Est à l’alliance occidentale, mais l’avancée progressive de l’infrastructure stratégique jusqu’aux frontières russes.

Bill Clinton a entamé avec force l’expansion; George W. Bush a ouvert la voie à l’adhésion future de l’Ukraine et de la Géorgie; Barack Obama a soutenu les nouveaux équilibres politiques nés à Kiev en 2014 après la destitution du gouvernement pro-russe; Donald Trump a fourni les premières armes antichars; Joe Biden a rejeté les demandes russes pour une nouvelle architecture de sécurité européenne. Différents présidents, avec des langages et des styles variés, ont assuré une continuité stratégique bien perceptible: empêcher Moscou de reconstituer une zone d’influence autonome dans l’espace post-soviétique.

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La véritable transformation concerne cependant le plan militaire. L’Ukraine est devenue un immense laboratoire de guerre où sont expérimentés drones, systèmes de reconnaissance automatique, guerre électronique, liaisons satellitaires et logiciels capables d’identifier des cibles en traitant d’énormes quantités de données.

Dans cet écosystème, Palantir joue un rôle central, entreprise née aussi grâce au soutien financier du renseignement américain et aujourd’hui engagée dans l’analyse du champ de bataille ukrainien. Les données recueillies lors de millions de missions alimentent des algorithmes conçus pour accélérer la sélection des cibles et automatiser la gestion des opérations.

Militairement, l’avantage pour les États-Unis est évident: observer la réaction des armes russes, tester des contre-mesures, perfectionner leurs propres systèmes et entraîner les algorithmes sans engager directement leurs troupes sur le terrain, éliminant ainsi le risque de pertes humaines. Toutefois, plus Washington participe au choix des cibles, à la planification des itinéraires et à la transmission des informations, plus la frontière entre simple soutien militaire et participation directe au conflit devient mince.

Sur le plan économique, l’affrontement a déclenché une nouvelle et immense expansion des dépenses militaires occidentales. Les arsenaux européens doivent être reconstitués, les infrastructures numériques modernisées, les usines de munitions agrandies. Les entreprises d’armement, de satellites, de logiciels et de drones font face à un marché extrêmement lucratif et destiné à durer.

L’Europe finance sur fonds publics une grande partie de cette transformation, mais reste dépendante des technologies, des systèmes d’information et des plateformes américaines. Le résultat géoéconomique est paradoxal : alors qu’elle affirme vouloir atteindre une autonomie politique et stratégique, l’Union européenne augmente sa dépendance industrielle et militaire à l’égard de Washington.

L’Ukraine elle-même est progressivement intégrée dans ce système. Ses ressources minières, ses infrastructures énergétiques, ses compétences informatiques et l’expérience acquise sur le terrain deviennent les éléments d’une nouvelle économie de guerre. Kiev reçoit des armes et des financements, mais accumule des dettes, perd de la population et voit, de façon inexorable, ses marges de souveraineté politique se réduire.

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Le lien avec l’Iran, en outre, n’est pas secondaire. Brzezinski considérait également Téhéran comme un nœud fondamental: contrôler la zone iranienne, c’est influencer le Golfe Persique, la mer Caspienne, les routes énergétiques et les liaisons entre l’Asie centrale, la Russie, la Chine et le Moyen-Orient. Les technologies expérimentées contre la Russie peuvent être transférées vers les pays du Golfe pour contrer la "menace iranienne". L’Ukraine devient ainsi le banc d’essai, tandis que le Moyen-Orient représente le grand marché de débouché et le second front de la compétition géopolitique.

D’un côté, Washington cherche à empêcher la formation d’un bloc continental entre la Russie, la Chine et l’Iran; de l’autre, il entend garder le contrôle sur les routes énergétiques, les technologies stratégiques et les systèmes financiers internationaux.

La contradiction finale concerne l’Ukraine elle-même. Présentée comme bénéficiaire de la protection occidentale, elle se retrouve avec des territoires perdus, des infrastructures détruites, des millions de réfugiés et une vie politique fortement limitée et subordonnée aux exigences de la guerre.

La paix supposerait un compromis basé sur la neutralité de l’Ukraine et de nouvelles garanties pour la sécurité européenne. Un tel accord réduirait toutefois l’utilité stratégique du pays comme avant-poste anti-russe et interromprait un cycle économique extrêmement profitable pour les États-Unis et les grandes multinationales.

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La guerre se poursuit donc non seulement en raison de l’incapacité de Moscou et de Kiev à trouver un accord, mais aussi parce qu’autour du conflit s’est consolidé un système d’intérêts pour lequel la paix apparaît moins avantageuse que la poursuite de l’affrontement. La crainte exprimée par Dwight Eisenhower en 1961—que l’appareil militaire et technologique puisse prendre le pas sur la politique—trouve aujourd’hui dans le drame ukrainien sa confirmation la plus évidente.

L’Arctique, enjeu entre la militarisation occidentale et le développement sino-russe

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L’Arctique, enjeu entre la militarisation occidentale et le développement sino-russe

par Giulio Chinappi

Source: https://www.cese-m.eu/2026/08/lartico-conteso-tra-la-mili...

Routes, ressources, dissuasion nucléaire et droits des peuples autochtones font du Grand Nord un carrefour décisif de l’ordre mondial. Tandis que l’Occident en accentue la militarisation et l’exploitation corporative, la Russie et la Chine construisent un corridor eurasiatique fondé sur la souveraineté, les infrastructures et la coopération.

Le recul progressif des glaces est en train de transformer l’Arctique, de périphérie extrême du système international, en l’un des principaux espaces de la compétition géopolitique contemporaine. La région concentre en effet quatre dimensions stratégiques difficilement séparables: l’ouverture de nouvelles routes maritimes, l’accès à d’immenses ressources énergétiques et minières, la centralité en matière de dissuasion nucléaire et la possibilité d’influencer la future gouvernance des communications entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.

L’enjeu ne concerne donc pas seulement le contrôle de territoires reculés ou de gisements jusqu’à récemment inaccessibles. L’Arctique représente l’un des lieux où se mesure concrètement la crise de l’ordre maritime construit par les États-Unis et leurs alliés après la Seconde Guerre mondiale. La Route maritime du Nord, développée le long des côtes russes, peut relier l’Asie orientale à l’Europe par un itinéraire bien plus court que les routes passant par les détroits de Malacca et de Suez. Elle réduit également la dépendance à l’égard de passages obligés sur lesquels les puissances anglo-saxonnes conservent une capacité de surveillance, de pression et un potentiel d’interdiction navale. Pour ces raisons, la Route de la soie polaire et la convergence stratégique entre la Russie et la Chine peuvent reconfigurer la logistique et les flux énergétiques au profit des puissances eurasiennes, limitant la suprématie occidentale traditionnelle sur les grandes lignes de communication maritimes.

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Pour la Chine, la route arctique constitue avant tout une réponse structurelle au fameux « dilemme de Malacca ». Une part déterminante des importations énergétiques et du commerce chinois continue de transiter par des détroits qui, en cas de grave crise internationale, pourraient être contrôlés ou bloqués par les forces navales américaines et alliées. Un corridor septentrional, protégé par les capacités russes, offre à Pékin une diversification qui n’est pas seulement commerciale, mais aussi stratégique.

Pour la Russie, la Route maritime du Nord est à la fois une voie navigable nationale, un projet de développement des régions du nord et un outil de projection internationale. Moscou dispose de la géographie, des infrastructures côtières, des ressources et surtout de la plus grande flotte de brise-glaces au monde, y compris des unités à propulsion nucléaire nécessaires pour garantir la navigation dans des conditions extrêmes. Des terminaux comme Sabetta, les installations de gaz naturel liquéfié de la péninsule de Yamal, les ports de Mourmansk et Arkhangelsk ainsi que les réseaux de recherche et de secours transforment progressivement le littoral nord russe en un système logistique intégré.

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Notre analyse est confirmée par les chiffres. Selon Rosatom, en 2024, le volume total des marchandises transportées le long de la Route maritime du Nord a atteint le record de près de 37,9 millions de tonnes. En 2025, les cargaisons à destination de l’est sont montées à 8,3 millions de tonnes, soit une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente. Il s’agit encore de volumes limités par rapport aux grands corridors maritimes du sud, mais suffisants pour démontrer que l’Arctique n’est plus une simple hypothèse cartographique.

Ces éléments rendent également évidente la complémentarité sino-russe. La Russie offre l’accès territorial, l’expérience opérationnelle, les ressources énergétiques et les brise-glaces ; la Chine met à disposition des capitaux, des chantiers navals, des capacités technologiques, la demande commerciale et une immense base industrielle. Le résultat est la formation d’un corridor eurasiatique dans lequel la souveraineté russe sur la route se combine avec l’intérêt chinois pour des liaisons plus sûres et diversifiées.

Ce n’est pas un hasard si le Livre blanc chinois sur l’Arctique de 2018 place explicitement la Route de la soie polaire dans le cadre de la Belt and Road Initiative. Le document affirme que la participation chinoise doit être fondée sur le respect, la coopération, l’avantage mutuel et la durabilité, en reconnaissant la souveraineté et la juridiction des États arctiques, le droit international de la mer et les intérêts des populations locales. Pékin entend contribuer à la construction d’infrastructures, à la sécurité de la navigation, à la recherche scientifique et à l’utilisation rationnelle des ressources, en subordonnant formellement les activités économiques à la protection de l’environnement et au respect des cultures indigènes.

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Cette approche montre clairement que la Russie et la Chine tendent à considérer le développement de la région arctique comme faisant partie d’un projet d’intégration territoriale et économique à long terme, dans lequel infrastructures, établissements humains, production énergétique et routes commerciales doivent être coordonnées. À l’inverse, les États-Unis et leurs alliés l’interprètent de plus en plus ouvertement comme un espace à intégrer dans le dispositif militaire de l’OTAN et à ouvrir aux intérêts des grandes entreprises énergétiques, minières et technologiques occidentales.

La stratégie arctique du Département de la Défense américain de 2024 est révélatrice de cette approche. Le document décrit l’Arctique comme essentiel à la défense du territoire des États-Unis, accorde une place centrale à la compétition avec la Russie et la Chine, et prévoit le renforcement des capacités de renseignement, de surveillance, de communication, de mobilité militaire et d’entraînement dans les régions du nord. Le Pentagone a explicitement indiqué l’augmentation de la présence et des opérations militaires comme l’un des moyens de protéger les intérêts américains.

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Cette orientation s’est encore renforcée avec l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’OTAN. Sept des huit États membres du Conseil de l’Arctique appartiennent désormais à l’Alliance atlantique. En 2026, l’OTAN a mis en place de nouvelles forces terrestres multinationales en Finlande et en Suède, organisé l’exercice Cold Response 26 et lancé la Task Force X-Arctic, destinée à accroître la connaissance opérationnelle et la présence de l’Alliance dans le Grand Nord. Ainsi, l’Arctique est progressivement intégré au front militaire qui, de l’Europe orientale, s’étend jusqu’à la mer de Barents et à l’Atlantique Nord.

Le Groenland constitue le point le plus évident de cette conception. La base américaine de Pituffik, anciennement appelée Thulé, joue un rôle fondamental dans les systèmes d’alerte antimissile, de surveillance spatiale et de défense aérospatiale des États-Unis et du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. Comme on le sait, et comme l’ont réaffirmé à de nombreuses reprises Donald Trump et d’autres membres de son administration, Washington considère ouvertement l’île comme étant «d’une grande valeur stratégique» pour les États-Unis et l’OTAN.

L’héritage de la présence militaire américaine démontre cependant l’écart existant entre la rhétorique occidentale sur la protection de l’environnement et la réalité de ses politiques arctiques. À Camp Century, base construite sous la calotte glaciaire du Groenland et abandonnée en 1967, on a laissé des déchets physiques, des eaux contaminées, du carburant, des polychlorobiphényles et des matériaux radioactifs. Des études scientifiques ont estimé la présence d’environ 200.000 litres de diesel et 24 millions de litres d’eaux usées. La fonte des glaces risque à long terme de remettre ces substances en circulation.

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En janvier 1968, de plus, un bombardier américain B-52 engagé dans une mission d’alerte nucléaire s’écrasa près de la base de Thulé alors qu’il transportait des armes thermonucléaires, provoquant la dispersion de matières radioactives. Ces épisodes montrent comment la militarisation occidentale a laissé dans le Grand Nord un héritage environnemental et politique qui continue de peser sur la population groenlandaise.

Pour ce qui est d’un épisode plus récent, en 2023, l’administration américaine de Joe Biden a approuvé le projet pétrolier Willow dans la National Petroleum Reserve-Alaska. Cette décision a confirmé la primauté du développement pétrolier dans une zone essentielle à la faune et aux activités de subsistance des communautés autochtones. En janvier 2025, la nouvelle administration américaine menée par Donald Trump a ordonné d’accélérer l’exploitation des ressources énergétiques, minières et forestières de l’Alaska, présentant la mesure comme une question de sécurité nationale.

La Russie, pour sa part, adopte une approche différente, fondée sur la reconnaissance de l’Arctique comme partie intégrante de son territoire national et sur la nécessité de maintenir la population, les activités économiques et les services publics dans les régions du nord. Sa stratégie jusqu’en 2035 fixe parmi ses objectifs officiels l’amélioration de la qualité de vie, la protection de l’environnement, le soutien aux communautés autochtones, le développement économique et la défense de la souveraineté nationale.

Le budget fédéral pour la période 2025-2027 a prévu environ 405 millions de roubles par an pour le soutien direct aux petits peuples autochtones de l’Arctique russe. Des programmes sont également en cours pour intégrer les activités traditionnelles dans l’économie régionale, soutenir l’élevage de rennes, la pêche, l’artisanat, les langues minoritaires et l’accès aux outils technologiques et logistiques. Une nouvelle conception du développement durable des peuples autochtones du Nord, de la Sibérie et de l’Extrême-Orient a été mise en place pour la période allant jusqu’en 2036.

La différence entre les deux approches apparaît enfin sur le terrain de la gouvernance. Après 2022, la suspension des réunions diplomatiques du Conseil de l’Arctique a montré l’impossibilité d’administrer la région sans la Russie, qui possède environ la moitié du littoral arctique. Depuis 2024, les huit États ont progressivement repris les réunions virtuelles des groupes de travail et, en mai 2025, toutes les délégations ont participé au passage de la présidence de la Norvège au Royaume du Danemark. En 2026, toutefois, les réunions diplomatiques officielles restent suspendues, tandis que la coopération scientifique et technique se poursuit.

L’avenir du Grand Nord dépendra donc du choix entre deux trajectoires. La première est celle d’un Arctique militarisé, divisé en blocs et soumis à la combinaison de la présence de l’OTAN, des intérêts des multinationales de l’énergie et à l’utilisation sélective de l’écologie. La seconde est celle d’un corridor eurasiatique construit grâce à des investissements infrastructurels, à la coopération entre États souverains et à la participation des économies asiatiques au développement de la Route maritime du Nord.

La coopération sino-russe n’élimine pas automatiquement les risques écologiques ni ne garantit à elle seule les droits des peuples autochtones. Elle offre toutefois une perspective alternative à la prétention occidentale de contrôler tant les routes traditionnelles qu’émergentes. La bataille pour l’Arctique concerne, en dernière analyse, la question de savoir qui pourra établir les règles du commerce, de l’accès aux ressources, de la sécurité et du développement dans le nouvel ordre multipolaire. Pour cette raison, le Grand Nord ne représente plus la marge glacée de la politique mondiale: il en est devenu un des centres décisifs.

Giovanni Gentile, un Italien dans la tourmente

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Giovanni Gentile, un Italien dans la tourmente

par Giovanni Facchini (2014)

Source: https://www.centrostudilaruna.it/giovanni-gentile-un-ital...

Recension d’un essai de Primo Siena

71zDx-gssuL.jpgLors de l’émission « Le temps et l’Histoire » diffusée le 26 mai dernier sur Rai3 et consacrée à la figure de Giovanni Gentile, l’animateur Roberto Fagiolo adressa à l’invitée du jour, la professeure Alessandra Tarquini de l’université « La Sapienza » de Rome, une question selon nous très intéressante. Faisant référence à l’adhésion du philosophe, alors âgé, à la toute nouvelle République Sociale Italienne créée à l’automne 1943, consacrée par son acceptation de la présidence de l’Académie d’Italie reconstituée, avec tous les risques que cela pouvait alors impliquer, l’animateur s’exprima ainsi:

« Mais j’ai envie de dire, excusez-moi, justement pendant que vous parlez, mais qu’est-ce qui le pousse à le faire, je veux dire, si les années précédentes il s’était en quelque sorte mis en retrait, était revenu à se consacrer à ses études, qu’est-ce qui le pousse à se mettre en première ligne, à devenir président de cette Académie d’Italie, pourquoi fait-il ce choix?»

La réponse de la professeure Alessandra Tarquini fut claire et objective:

Je dirais ceci: celui qui choisit un projet politique ne l’abandonne pas lorsque ce projet politique vacille. En somme, Gentile choisit d’adhérer au régime fasciste en 1922 parce qu’il y voit une possibilité, celle d’achever le Risorgimento, et donc de construire réellement une Italie nouvelle et moderne. Cette possibilité ne disparaît pas lorsque Gentile entre en conflit avec divers représentants du fascisme, par exemple en 1937, il y a une confrontation très dure avec Starace, alors secrétaire du PNF. En politique, ces choses peuvent arriver, ce n’est pas pour cela qu’on abandonne la partie, on continue à lutter. Je crois que Gentile continue à lutter pour la cause fasciste et, de ce point de vue, la question me paraît très importante, c’est-à-dire qu’est-ce qui le pousse à le faire: c’est le fait qu’il croit fermement au fascisme et en Benito Mussolini [1].

primosiena.jpgEt, si l’on se réfère à l’auteur de l’essai dont il est ici question, « qu’est-ce qui a poussé » le jeune Primo Siena (photo), alors âgé de seize ans, et des milliers d’autres garçons comme lui, à s’engager volontairement parmi les bersaglieri de la RSI? « Qu’est-ce qui l’a poussé », revenu miraculeusement des goulags de Tito, à entrer aussitôt au sein du MSI et à se jeter sans compter dans le difficile combat politique et culturel de la droite, dont il fut l’un des protagonistes absolus pendant plus de quarante ans?

Cette question provocatrice, si typique de l’esprit de la petite Italie d’aujourd’hui, si incommensurablement éloignée au point de ne pouvoir même imaginer ni comprendre les choix idéaux et les sacrifices d’Hommes tels que ceux de l’époque, unit donc dans la réponse de la brillante professeure Tarquini aussi bien le vieux philosophe que le jeune volontaire d’alors.

i__id425_mw600__1x.jpgC’est peut-être aussi pour cette raison que Primo Siena, aujourd’hui presque nonagénaire (ndt: il a 98 ans aujourd'hui), a voulu consacrer un essai à Giovanni Gentile, en ce soixante-dixième anniversaire de son martyre (= 2013), entièrement centré sur sa « philosophie du combat ». Il vaut la peine de rapporter presque entièrement la première page de l’introduction:

«Toute l’œuvre philosophique de Giovanni Gentile – parfois en des termes explicites, parfois de manière implicite – développe une vigoureuse critique de la démocratie moderne, quantitative, atomistique, égalitaire, mécaniste et fondamentalement irréligieuse, et s’attaque à ses mythes, à commencer par cet hypocrite pacifisme qui contrevient à la vraie paix, dont le siège se trouve avant tout dans le cœur de l’homme, mais comme dépassement de cette guerre intérieure que l’homme livre chaque jour pour lui-même.

Ce n’est pas un hasard si Giovanni Gentile a défini sa pensée comme une “philosophie de la mêlée”, mais en attribuant à ce mot la noble signification de combat ouvert et loyal qui arrache la mêlée à la tentation de la transformer en agitation plébéienne. 

La philosophie comme combat fut, pour Gentile, une norme de vie au sens classique et romain du terme: une vie où la conscience et la fidélité, la virilité, le courage et la force d’âme resplendissaient de la valeur des antiques vertus des Quirites, sapientia, fides, fortitudo, constantia; vertus dans lesquelles la démocratie des Lumières moderne semble avoir presque totalement perdu leur signification» [2].

L’essai de Primo Siena, malheureusement peu promu et injustement négligé en ce 2014 (Giovanni Gentile. Un Italien dans la tourmente, en librairie chez l’éditeur Solfanelli, commandes à: edizionisolfanelli@yahoo.it ; tél.: 335/6499393; 14,00 €, 191 pages), est une œuvre à la fois concise et complète, un texte accessible à tous comme dans la meilleure tradition de l’auteur, toujours actif comme pédagogue et éducateur dans le monde de l’école.

L’essai s’articule en trois parties distinctes mais parfaitement complémentaires: la première section, rédigée directement par Siena, dresse une biographie du philosophe de Castelvetrano et en analyse la pensée philosophique et pédagogique, puis aborde le délicat thème de la « fortune » de Gentile et de son œuvre dans l’après-guerre; la deuxième section est une belle anthologie de textes et d’articles de Giovanni Gentile lui-même, sous le signe d’une philosophie du combat faite de responsabilité et d’engagement civique; la troisième partie rassemble trois essais intéressants d’autant d’auteurs sur la philosophie et la pensée de Gentile, désormais difficiles à trouver et presque introuvables: le premier de Leonardo Castellani, jésuite argentin, intitulé Giovanni Gentile philosophe du fascisme ; le second d’un chercheur d’origine roumaine mais espagnol d’adoption, élève du philosophe à « La Sapienza » de Rome, George Uscatescu, qui propose une comparaison intéressante entre le thème de l’humanisme du travail chez Gentile et la figure de l’Ouvrier (Der Arbeiter) dans le célèbre essai d’Ernst Jünger; le troisième est le texte de la conférence qu’Armando Carlini prononça lors d’un mémorable congrès de 1955 à Florence, intitulée La pensée politique de Giovanni Gentile.

i__id809_mw600__1x.jpgDans la première partie sont abordés les principaux thèmes de l’œuvre et de la pensée de Gentile, qui, comme on le sait, ne fut jamais un intellectuel abstrait de salon, mais ressentit toujours le devoir de l’engagement et de la participation civique, comme en témoignent de manière pérenne sa fameuse réforme scolaire et la réalisation de l’encyclopédie italienne, que nous pouvons brièvement citer à titre d’exemple.

Les Français furent les fondateurs de l’Encyclopédie, avec Diderot et d’Alembert, les Anglais, avec leur vaste empire et leur domination maritime au XIXe siècle, avaient créé la célèbre Encyclopaedia Britannica ; personne n’aurait parié un sou que la pourtant ancienne et prestigieuse, mais désorganisée et querelleuse, culture académique italienne aurait pu produire une œuvre aussi cohérente et claire. Et pourtant, Giovanni Gentile, en coordonnant une équipe (on dirait aujourd’hui un « team ») de plus de trois mille chercheurs de toutes origines politiques et culturelles, réussit en quelques années (1929) ce tour de force, et encore aujourd’hui, les gros volumes de l’Encyclopédie italienne trônent dans toute bibliothèque publique qui se respecte.

La réforme scolaire de 1923 : il semble qu’à l’origine de tant de succès de notre secteur industriel pendant les années du boom économique, il y ait également eu la préparation rigoureuse et complète du lycée, et jusqu’à il y a peu, à l’étranger, on s’étonnait que nos cadres, techniciens, médecins et ingénieurs aient étudié le latin et le grec à l’école publique supérieure et en connaissent les bases.

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Primo Siena aborde ensuite les principaux aspects de la pensée philosophique et politique de Gentile, sans pour autant s’aventurer dans les méandres de la spéculation philosophique la plus poussée, qui rendent souvent les textes sur l’actualisme de Gentile difficiles à comprendre.

618LDqcntoS._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgIl fait particulièrement référence à la dernière œuvre de Gentile, achevée précisément à l’été 1943, Genèse et structure de la société, et à la signification que prennent dans celle-ci des concepts tels que «État éthique» et «humanisme du travail» dans leur rapport avec la liberté et l’individu.

L’accusation de «totalitarisme idolâtre de l’État» souvent portée contre Gentile trouve ici des réfutations nécessaires et argumentées: à travers la synthèse corporative fasciste, Gentile visait à la réalisation d’un État organique hiérarchiquement ordonné, et en ce sens, les considérations de Luca Leonello Rimbotti, exprimées dans un article récent et intéressant, peuvent être utiles:

« Le tout que l’État englobe est en fait la nation, c’est le peuple. L’État n’est pas l’ossature bureaucratique, ni même le pouvoir institutionnel, le monstre froid dont parlait Nietzsche. L’État selon Gentile est plutôt la structure de protection qui rassemble et unit en une multiplicité [nous dirions, en une gerbe de forces], et aussi, sur un plan pratique, la machine qui organise la vie en société. Et surtout, il véhicule la sacralité, la religiosité de l’être ensemble comme nation, ce qui unit dans un destin commun. La force de l’État enfin, qui est l’autre et la plus vraie face de l’État fort, ne réside pas dans l’autorité absolue du pouvoir sur les citoyens, mais dans l’acceptation volontaire de l’autorité reconnue, que ceux-ci signent librement. L’État éthique est l’État du consensus, de l’identification volontaire et consentie de tous dans le tout communautaire. La réalité qui, comme le dit Gentile, est in interiore homine, veut dire qu’elle représente l’unification de la pensée et de l’action des hommes dans un effort commun, ce qui constitue la substance de toute société saine » [3].

Le chapitre consacré à la «fortune» de Giovanni Gentile dans l’après-guerre, souvent oublié par la culture officielle ou, pire encore, comme cela est arrivé récemment dans la tentative du philosophe Emanuele Severino [4], «récupéré» en tout ou en partie comme maître caché de Gramsci et du marxisme et donc «antifasciste» à son insu, est central dans l’essai de Primo Siena.

9788845277535-it.jpgUn destin commun à d’autres grands de la culture et de l’intellectualité du XXe siècle, il suffit de penser au poète américain Ezra Pound, au romancier norvégien (prix Nobel de littérature en 1920) Knut Hamsun, aux écrivains français Robert Brasillach, Pierre Drieu La Rochelle, Louis Ferdinand Céline, au romancier roumain Vintila Horia et à bien d’autres, coupables d’être «fascistes» et donc à censurer ou, pire, à enfermer—pas seulement au sens figuré !—en asile psychiatrique; ou bien, quand cela arrange la fameuse culture officielle, «réhabilités» en tout ou en partie, présentant leur adhésion aux fascismes comme «particulière», «atypique», «due aux circonstances» et autres pieux euphémismes du vocabulaire politiquement correct.

En réalité, si les thèses de Severino et consorts étaient vraies, même Gentile n’aurait pas évité un séjour en hôpital psychiatrique, puisqu’il aurait été un bel exemple de schizophrénie d’avoir rédigé avec Mussolini, rien de moins, que la voix officielle, l'entrée « Fascisme » de l’Encyclopédie italienne tout en étant en même temps le maître caché de l’antifascisme marxiste et/ou libéral (selon les interprétations qui arrangent…).

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La vérité est que Gentile fut certes un très grand lecteur et interprète de Hegel et de Marx, mais que son analyse le conduit à dépasser les deux par la synthèse corporative fasciste originale et le rattachement à la tradition la plus authentique de la pensée italique, par exemple à travers l’interprétation du concept marxiste de praxis en termes « spiritualistes » reprise par Giuseppe Mazzini (p. 54).

Naturellement, la culture officielle ne peut toujours pas accepter le fait que l’un des philosophes et penseurs les plus originaux et importants du XXe siècle, non seulement est italien, mais aussi européen et mondial, ait été jusqu’au bout de façon convaincue et cohérente « fasciste », raison pour laquelle, tant dans les manuels scolaires que dans les ouvrages spécialisés, on assiste à des silences embarrassés ou à des interprétations des plus arbitraires et «domestiquées».

Heureusement, dès les premières années de l’après-guerre, un petit noyau de jeunes intellectuels de droite, actifs dans des associations culturelles et des revues plus ou moins liées au Mouvement social italien, a maintenu vivante la mémoire de Gentile et de sa doctrine toujours d’actualité, et ici le témoignage de Primo Siena, en rappelant des épisodes désormais oubliés et des publications désormais introuvables, est absolument précieux.

md30758503177.jpgParmi tous, il faut rappeler l’œuvre de Vittorio Vettori qui, dès 1951, publia la revue Études gentiliennes, revue de politique et de culture et, par l’intermédiaire du «Centre national gentilien», promut et organisa un congrès resté célèbre, du 15 au 17 avril 1955, précisément dans le cloître de la basilique Santa Croce à Florence où le philosophe, assassiné par les partisans, avait été enterré 11 ans plus tôt.

Y participèrent tous les protagonistes de la droite de l’époque et d’éminentes personnalités de la culture et de l’intellectualité, que nous énumérons ici pour retrouver le visage d’une époque, les années 1950, où la droite et la culture « nationale » n’étaient pas encore tout à fait marginalisées ou, pire, boutée « dans les égouts », sans pour autant devoir renier leur identité: Gaetano Rasi et Primo Siena de la revue Carattere, Ernesto Massi de Nazione Sociale, Edmondo Cione, Armando Carlini, Gioacchino Volpe, Nino Tripodi, Augusto De Marsanich, Marino Gentile, Ugo Spirito, Giotto Dainelli, Giuseppe Tucci; la communication qui fit le plus d’impression fut toutefois celle d’un outsider, le jeune Gianni M. Pozzo, avec une intervention sur « La vie comme milice dans l’historicisme et la pédagogie de Gentile ».

En réalité, la droite du MSI n’a pas toujours été attentive à la «bataille des idées» et a souvent négligé l’œuvre toujours actuelle de Gentile, jugée «difficile» et «gênante», tandis que parmi les militants les plus engagés et les groupes radicaux, on préférait souvent lire des auteurs comme Julius Evola, peut-être capables de susciter plus de fascination et d’attrait dans le climat particulier de ces années-là.

Au-delà de toute nostalgie et de toute, quoique nécessaire, reconstitution historique, la puissance du magistère gentilien constituera un patrimoine toujours actuel pour la culture italienne, auquel puiser surtout dans ces moments d’extrême difficulté et de désorientation, si bien que l’essai de Primo Siena, avec d’autres contributions récentes [5], tombe sûrement à point nommé.

De Giovanni Gentile, aujourd’hui, nous avons besoin aussi et surtout parce qu’il fut un chercheur qui sut toujours faire suivre l’action à la parole (pensée et action), cohérent et responsable jusqu’au bout; c’est pourquoi il vaut la peine de rapporter quelques extraits de certains de ses articles que Primo Siena a justement insérés dans son anthologie, car ils constituent un exemple de droiture morale et d’esprit de sacrifice qui, aujourd’hui, où toutes les valeurs sont renversées, paraissent presque «scandaleux».

31441564458.jpgDu fameux « Discours aux Italiens », prononcé au Capitole le 24 juin 1943, un appel à resserrer les rangs au-delà des égoïsmes, des commérages, des défaitismes de toute sorte pour le bien non seulement du fascisme, mais de la Patrie:

Chaque peuple a devant lui une victoire qui est son devoir et une victoire qui est son droit. Ce droit ne manque pas à celui qui accomplit son devoir. Et quand il échoue, quand tout serait perdu sauf l’honneur, tôt ou tard, l’histoire nous l’enseigne, la justice s’accomplit, car un peuple qui garde intacte la conscience de sa propre dignité, qui ne perd pas la notion de ce qu’il est et doit être, peut voir un instant s’obscurcir le firmament au-dessus de lui ; mais, tôt ou tard, les étoiles recommenceront à briller dans le ciel ; et dans sa conscience tranquille il saura retrouver sa route. Et les ennemis continueront de s’incliner devant la nation qui, même à travers le malheur, aura démontré sa nature immortelle [6].

Suit l’article « Reconstruire », paru dans le Corriere della Sera le 28 décembre 1943, après l’adhésion à la RSI, où Giovanni Gentile lance un dernier appel désespéré aux Italiens pour qu’ils ne se laissent pas entraîner dans la guerre civile:

Les fascistes ont pris, comme ils en avaient le devoir, l’initiative de la reconquête, et c’est pourquoi ils doivent être les premiers à donner l’exemple en sachant jeter dans le feu tout esprit de vengeance et de faction, et placer constamment la Patrie au-dessus même du parti [...] Frapper donc le moins possible; aller à la rencontre des masses pour en gagner la confiance et les rappeler à la conscience du devoir commun [7].

81Qw14fnuVL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgEt enfin un extrait de ce qui sera le dernier écrit de Gentile, « Le sophisme des prudents », dans « Civilisation fasciste » (avril 1944), où l’auteur s’en prend à l’attentisme, à l’apathie et à la résignation dans lesquels la majeure partie des Italiens étaient malheureusement tombés :

Pourtant, dans les moments où le danger est le plus pressant et où l’incitation à l’action est la plus vive, il y a dans cette prudence quelque chose qui heurte le sentiment moral, tel qu’il agit universellement dans la conscience et exige de chacun, impérieusement, l’accomplissement d’un devoir indéclinable. [...] La société est ce que nous en faisons: toujours acteurs et jamais spectateurs. Même avec la volonté de s’isoler et de se replier dans la vie privée, selon l’éternelle tendance épicurienne de l’esprit humain, qui a historiquement créé tant de formes religieuses de désagrégation de la vie sociale, par le désir naturel d’échapper aux douleurs de la lutte inhérente au dynamisme de la société, celle-ci demeure toujours quelque chose d’interne à l’individu, et elle est ce qu’il en fait... [...] Réalistes, oui, mais d’un réalisme intégral, qui nous inclut aussi ; nous, prêts à faire, à notre petite échelle, notre devoir, à notre place, dans une collaboration disciplinée, avec l’âme ouverte à la confiance dans une issue qui sauve l’honneur dont les peuples, pas moins que les individus, ont besoin pour vivre, et à laquelle les prudents semblent savoir renoncer [8].

Tous ces généreux appels à rester à son poste, à accomplir son devoir, à ne pas se laisser entraîner par le climat de haine et de violence qui régnait désormais dans tout le centre-nord, avec déjà des dizaines et des dizaines de morts tombés sous la main des « gappistes », ne pouvaient que coûter cher à Giovanni Gentile, d’autant plus que ces appels, vu l’autorité et l’exemple direct de leur auteur, produisaient manifestement quelque résultat aussi bien parmi les antifascistes non communistes que dans la population ordinaire.

C’est ainsi qu’eut lieu le lâche attentat du 15 avril 1944: comme beaucoup de membres naïfs de la RSI, Gentile n’avait aucune escorte, peut-être par un malentendu dû au sens de l’honneur, du « mépris du danger », mais aussi pour ne pas alourdir les finances de l’État et détourner des hommes précieux du front ou d’autres tâches jugées plus importantes ; il fut donc facile pour le partisan Bruno Fanciullacci, déguisé en étudiant de philosophie avec des livres en bandoulière, d’approcher le vieux Gentile, alors septuagénaire, toujours aimable et disponible pour tous, et de l’abattre à coups de revolver.

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Aujourd’hui, soixante-dix ans plus tard, l’Italie n’a peut-être jamais été aussi éloignée de celle que Giovanni Gentile avait rêvée et pour laquelle il a tout donné, jusqu’à sa vie, mais c’est bien Primo Siena lui-même, bersagliere de la RSI, jamais repenti, qui nous rappelle avec son essai que les idées ne meurent jamais et qu’il ne faut jamais se rendre ni se résigner. Paroles peut-être rhétoriques, mais dont nous avons un besoin extrême en ces temps très difficiles.

NOTES:

[1] L’épisode intitulé « Les ennemis de Giovanni Gentile » est entièrement et librement visionnable sur le site YouTube à l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=hjAC4AIOk8E  ; le dialogue en question a lieu vers la 26ème minute.

[2] P. Siena, Giovanni Gentile. Un Italien dans la tourmente, éd. Solfanelli, Chieti, 2014, p. 5.

[3] Luca Leonello Rimbotti, "Giovanni Gentile : du marxisme à l’humanisme du travail", dans ITALICUM, Périodique de culture, d’actualité et d’information, année XXIX – septembre-octobre 2014 pp. 27-29.

[4] Concernant l’interprétation de E. Severino, il est toujours intéressant d’écouter le dialogue dans la même émission « Il tempo e la Storia » mentionnée plus haut, entre le présentateur et la chercheuse Alessandra Tarquini (http://www.youtube.com/watch?v=hjAC4AIOk8E , autour de la 35ème minute):

Ce jugement de Severino nous suffit-il ? Seul celui qui pense en grand peut aussi se tromper en grand…

Peut-être pas, et personnellement je ressens dans les mots de Severino une difficulté à admettre qu’on puisse être à la fois un très grand philosophe et aussi un grand fasciste, et donc c’est un peu un tour de passe-passe, un raisonnement un peu compliqué de parvenir à concilier ces deux choses… La culture italienne a eu beaucoup de mal à admettre qu’un grand philosophe, comme l’a certainement été Giovanni Gentile, ait aussi été un personnage très important du régime fasciste.

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[5] Voir par exemple Antonio Fede, Giovanni Gentile entre actualité et actualisme, Idées Nouvelles éd., Rome, 2007 ; et l’essai tout juste paru de Valerio Benedetti, Reprendersi Giovanni Gentile, Éditions AGA – La Testa di ferro, Rome 2014.

[6] P. Siena, Giovanni Gentile, op. cit. p. 109.

[7] P. Siena, Giovanni Gentile, op. cit. pp. 130-131.

[8] P. Siena, Giovanni Gentile, op. cit. pp. 135-138.

Éloge de l’homme nord-germanique : introduction à «Rembrandt éducateur» de Julius Langbehn

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Éloge de l’homme nord-germanique: introduction à «Rembrandt éducateur» de Julius Langbehn

par Alexander Jacob

Source: https://www.unz.com/article/in-praise-of-north-germanic-m...

Julius Langbehn est né en 1851 dans le nord du Schleswig. Il étudia les sciences naturelles et la philologie à l’université de Kiel, mais ses études furent interrompues par la guerre franco-prussienne, à laquelle il participa comme volontaire. Après la guerre, en 1873, il voyagea en Italie puis, de retour en Allemagne, poursuivit ses études à l’université de Munich où il obtint un doctorat en histoire de l’art et en archéologie. Sa thèse portait sur les premières statues grecques de Niké, déesse de la victoire. Après de nouveaux voyages et un court séjour à Vienne, il s’installa en 1885 à Dresde. Durant l’hiver 1889, Langbehn rendit visite à Nietzsche, qu’il considérait comme une âme sœur, dans son asile psychiatrique de Iéna, et demanda que le philosophe soit retiré des soins de médecins qu’il jugeait incompétents pour être placé sous sa propre surveillance psychologique. Il n’obtint pas gain de cause et retourna, avec regret, travailler à son ouvrage sur Rembrandt. Le livre fut publié anonymement en 1890, « von einem Deutschen » (par un Allemand), et connut un immense succès. Il fut réimprimé 40 fois en deux ans.

pic1-5.jpgRembrandt as Educator par Julius Langbehn

Édité, traduit et présenté par le Dr Alexander Jacob.

Le titre du livre de Langbehn fut inspiré par l’essai de Nietzsche Schopenhauer als Erzieher (1874). La préférence de Langbehn pour le Nietzsche philo-sémite plutôt que pour le Schopenhauer antisémite peut trahir son propre philo-sémitisme, trait que releva Theodor Fritsch, qui signala que jusqu’à la 7ème édition, l’ouvrage de Langbehn était effectivement assez philo-sémite, et que c’est sa propre correspondance avec Langbehn, insistant sur la nécessité de l’antisémitisme dans une telle vision du monde, qui poussa ce dernier à rendre les éditions ultérieures plus ouvertement antisémites. Parallèlement, l’ouvrage devint plus pro-catholique dans ses dernières éditions et, en 1900, Langbehn se convertit même au catholicisme.

Les succès politiques de la Prusse lors de l’unification allemande en 1871 menaçaient d’engloutir l’Allemagne sous le militarisme, l’industrialisation et les tendances rationalistes en sciences et en art. Les marxistes réagirent à cette menace par des projets essentiellement économiques fondés sur le principe de la « lutte des classes ». Les idéalistes, quant à eux, proposèrent une révolution culturelle par le renouvellement de la culture allemande elle-même. Cet effort aboutit à ce qu’on appelle généralement la « Révolution conservatrice », incarnée dans des œuvres comme Preußentum und Sozialismus (Prussianisme et socialisme) d’Oswald Spengler (1919), Das dritte Reich (Le Troisième Reich) d’Arthur Moeller van den Bruck (1923) et Die Herrschaft der Minderwertigen (La domination des hommes de moindre valeur) d’Edgar Julius Jung (1930).

imagjlbremerzes.jpgL’appel de Langbehn pour une aristocratie sociale trouva un écho dans l’œuvre poétique influente de Stefan George, Das neue Reich (Le Nouveau Reich) (1929), qui esquissa une aristocratie spirituelle comme idéal de la société allemande. Rembrandt als Erzieher (Rembrandt éducateur) de Langbehn peut être considéré comme un précurseur de la Révolution conservatrice, puisqu’il s’efforce de combattre les maux de la culture démocratique du tournant du siècle—instaurée par des élites cosmopolites parvenues, promouvant des modes artistiques étrangères, notamment françaises—par un retour à l’éthos aristocratique naturel de l’élément le plus fort de la population allemande, les Allemands du Nord. Selon Langbehn, seul un retour de l’Allemagne à son caractère nord-allemand pouvait neutraliser efficacement l’esprit scientifique et matérialiste qui avait commencé à désintégrer sa culture à la fin du XIXe siècle.

Dans le même temps, l’ouvrage de Langbehn est aussi une contribution majeure à la série d’œuvres sur l’idéal nordique inaugurée par l'Essai sur l’inégalité des races humaines du comte Arthur de Gobineau (1855) et poursuivie par Les Fondements du XIXe siècle de Houston Stewart Chamberlain (1899), Le Mythe du XXe siècle d’Alfred Rosenberg (1930) et La Piété du caractère nordique de Hans Günther (1934). Ces œuvres formèrent l’arrière-plan intellectuel de l’idéologie raciale nationale-socialiste que Heinrich Himmler et le Rasse- und Siedlungshauptamt (Bureau principal de la race et de l’installation), fondé en 1931, cherchèrent à mettre en œuvre.

Langbehn-scaled.jpgPourtant, l’étude de Langbehn est véritablement psychologique, fondée sur son origine et sa familiarité avec la culture du Schleswig-Holstein, ainsi que sur ses vastes études en histoire de l’art. Son analyse subtile et détaillée du caractère nord-allemand vise à démontrer son aptitude à diriger le jeune Reich allemand, et à servir de modèle pour l’humanité tout entière.

Bien que le travail de Langbehn (portrait, ci-contre) n’ait pas été un précurseur direct du mouvement national-socialiste, ses oeuvres furent réimprimées tout au long du Troisième Reich. En effet, de nombreuses œuvres de la Heimatkunst (art du terroir) exposées à la Grande exposition d’art allemand à Munich en 1937 correspondaient aux exhortations de Langbehn à un style pictural allemand patriotique.

L’insistance de Langbehn sur la préservation et la valorisation du physique allemand comme manifestation extérieure de la personnalité éthique des Allemands trouva aussi une application pratique dans plusieurs mouvements de jeunesse apparus au tournant du siècle, notamment le mouvement Wandervogel (fondé par Hermann Hoffmann-Fölkersamb et Karl Fischer à la fin du XIXe siècle pour promouvoir les activités de plein air et la culture populaire). Beaucoup de ces mouvements furent cependant interdits en 1933 par les nationaux-socialistes, qui créèrent leur propre Hitlerjugend afin d’éviter toute opposition de la part d’autres groupements de jeunesse.

Langbehn commence son ouvrage en identifiant la dévotion croissante visant à enregistrer et classer toute activité, plutôt qu’à développer une vision organique de la réalité, comme la principale menace pour la culture allemande. La spécialisation a mené à une vision du monde microscopique qu’il faut remplacer par une vision artistique, qui, elle, est macroscopique.

19148448297.jpgLa lumière crue de la raison critique en science doit être remplacée par le clair-obscur qui nourrit la créativité artistique. La stérilité croissante de la science moderne ne peut être combattue que par une régénération des sources psychologiques de la créativité dans le caractère allemand. Celles-ci sont principalement le sens de l’individualité et de la personnalité, qui ont été développées par l’Allemand.

Les Allemands modernes devraient apprendre des meilleurs individus et personnalités de leur passé historique, et, pour faciliter cet exercice, Langbehn choisit le peintre bas-allemand Rembrandt comme l’exemple symbolique de l’esprit allemand par excellence. Le caractère germanique est essentiellement fondé sur la loyauté et s’oppose naturellement à toute forme de frivolité. La tranquillité et la profondeur sont les qualités marquantes de ce caractère, toutes deux se reflétant particulièrement dans les effets lumineux du clair-obscur de Rembrandt. Rembrandt n’était en effet pas un classique, mais était mystérieusement lié à la terre et à la paysannerie néerlandaise ainsi qu’à l’éthos aristocratique naturel des Bas-Allemands.

Ces aspects remarquables des Allemands et de leur jeune empire doivent être protégés des influences étrangères, notamment "galliques et romaines". En art, suivre les modes étrangères, surtout françaises, est particulièrement néfaste car la peinture française est soit trop agitée, soit trop académique et rigide. La préférence française pour le réalisme scientifique, symbolisée par les romans naturalistes d’Émile Zola, doit être combattue par un retour aux traditions folkloriques allemandes. L’architecture doit éviter l’ornementation pour exprimer l’esprit du peuple allemand et privilégier le style monumental et viril qui le caractérise.

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Les idéaux artistiques de Langbehn sont toutefois non seulement locaux mais également moraux. Ainsi Rembrandt est considéré comme représentant une vision protestante du monde et ses figures chrétiennes sont souvent issues du peuple modeste. Cette simplicité de caractère se rencontre surtout à la campagne, rarement dans les métropoles, qui ont perdu, par leurs spécialisations scientifiques modernes, le sens de la totalité que l’art devrait exprimer. Ainsi, par exemple, la multiplication des musées à Berlin et dans d’autres villes ne fait que masquer l’absence d’un véritable culte des Muses dans la vie culturelle allemande contemporaine.

En science, la spécialisation a abouti à une préoccupation pour les détails qui ne sont pas éclairés par une appréhension subjective de leur véritable signification. La science doit être imprégnée d’un esprit artistique pour acquérir une vision synthétique et multiple du monde—une vision philosophique. Une telle conception serait nécessairement hiérarchique, car les objets doivent être considérés selon leur degré de valeur humaine intrinsèque, et non comme également significatifs de façon objective.

Johannes_Kepler_1610-746x1024.jpgContre la vision darwinienne du monde, Langbehn propose celle, organique et artistique, de Johannes Kepler (portrait), qui voyait la Nature comme un organisme unifié.

L’historiographie aussi est devenue froide en négligeant les valeurs au profit des détails. C’est le résultat des méthodes romaines d’écriture de l’histoire, que les Allemands feraient bien d’abandonner au profit de méthodes plus germaniques. Naturellement, Langbehn s’oppose aussi au droit romain, système légal étranger inadapté aux Allemands.

La médecine doit elle aussi devenir plus holistique, se concentrant sur l’homme entier plutôt que sur des maladies individuelles. Langbehn recommande même des expériences douteuses de son temps en crâniologie, physiognomonie, hypnotisme et spiritisme, comme exemples d’une psychologie plus intégrale que les approches scientifiques contemporaines de l’étude de l’homme.

die-tafeln-zur-farbenlehre-und-deren-erklaerungen_9783458191407_cover.jpgDe façon générale, le monde extérieur étudié objectivement ne permet pas de comprendre adéquatement l’univers organique de la nature. Seule une science philosophique le peut. Un des modèles de vision scientifique organique de Langbehn est la « Théorie des couleurs » de Goethe, qui, contrairement à celle de Newton, est subjective, et, contrairement à celle d’Emil du Bois-Reymond, physiologiste de renom de son temps, organique. Les correspondances entre macrocosme et microcosme doivent être étudiées méticuleusement pour développer un système « mathématico-tectonique » de la nature. En effet, si ce système était perfectionné, les lois du mouvement planétaire pourraient même s’appliquer à la coloration des ailes d’un insecte.

En politique, la forme de gouvernement la plus populaire est la monarchie. La paysannerie sur sa terre constitue déjà un ordre aristocratique proche de la nature et, comme elle, hiérarchique. Entre les paysans « nobles » et leur roi se trouvent les artistes formateurs, qui représentent l’aspect créatif de la « classe moyenne ». Ces trois ordres forment ensemble la patrie. Maintenant que l’Allemagne a acquis l’unité politique, elle doit rechercher son unité spirituelle et intellectuelle par la consolidation de ces trois ordres.

Si la Prusse a largement contribué à l’unification politique de l’Allemagne, elle demeure trop rigide dans son esprit militaire. Elle doit se germaniser pour devenir un modèle patriotique chaleureux pour tous les Allemands et non rester un simple modèle politique pour le nouvel État. Par ailleurs, la Prusse doit être représentée par ses provinces plutôt que par la capitale figée, Berlin. Langbehn suggère que, là encore, la Prusse ferait bien de s’allier avec la Hollande, car les Hollandais possèdent ce « rythme » qui peut compléter la « symétrie » prussienne. En fait, la Prusse fut initialement peuplée par de nombreux immigrants néerlandais. Une plus grande infusion de sang hollandais lui serait donc salutaire.

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Les Hollandais sont, selon Langbehn, l’incarnation de l’esprit de liberté, exprimé de façon éclatante dans leur guerre d’indépendance contre les Habsbourg d'Espagne à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. Langbehn considère qu’une nation vraiment conservatrice, enracinée dans ses traditions, est « libérale », c’est-à-dire dévouée à la liberté, alors qu’un peuple disposé « libéralement » a besoin de la discipline du conservatisme.

D’autres sources bas-allemandes pour un réveil psychologique de l’esprit allemand sont le Danemark/Suède et l’Angleterre. Langbehn prend soin de préciser que sa propre patrie, le Schleswig-Holstein, peut être considérée comme le centre historique des terres bas-allemandes, la famille aristocratique d’Oldenbourg y ayant fourni rois et reines à la moitié du monde. C’est de cette même source que doit s’étendre la domination de l’Allemagne moderne.

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L’esprit colonisateur des Bas-Allemands s’illustre au mieux par l’épanouissement de la république vénitienne durant la Renaissance, car, selon Langbehn, une grande partie de la classe dirigeante était constituée de Bas-Allemands (Lombards) et de Slaves (Croates). Langbehn décrit la vieille culture vénitienne comme fondée sur une saine association entre commerce et art. Elle était aussi plus grecque (byzantine) que romaine dans son style et, selon lui, sa cathédrale Saint-Marc ressemble au temple de Salomon tel que peint par Rembrandt. Langbehn va même jusqu’à déduire de telles affinités artistiques que la route d’Amsterdam à Jérusalem passe par Venise.

D’un autre côté, lorsqu’il compare Venise à l’Amérique du Nord, également peuplée et développée par les Bas-Allemands, il note le contraste marqué entre le caractère aristocratique de la première et le caractère démocratique de la seconde. Le mépris de Langbehn pour la démocratie nord-américaine fait écho à son aversion pour les modes françaises en art et en littérature. Pourtant, il espère que l’aristocratisme naturel des Bas-Allemands finira par imprégner le Nouveau Monde. Il se montre ici, du point de vue sociologique, plutôt naïf, car l’accent mis sur l’économie par les fondateurs puritains d’Amérique, associé à l’infiltration croissante de l’esprit financier juif, rend désormais impossible la fertilisation spirituelle de la culture américaine par l’Europe germanique. De plus, la qualité d’individualisme que Langbehn présente comme la marque distinctive des Bas-Allemands est devenue le vice incontrôlable de la société américaine actuelle.

En tout cas, Langbehn soutient que, comme les Vénitiens, les Allemands modernes doivent développer une aristocratie sociale pour s’opposer au mouvement croissant de la social-démocratie. Les meilleurs éléments de la société doivent toujours gouverner les inférieurs, et une aristocratie sociale ne sera garantie que si les classes moralement et matériellement les mieux dotées de ses habitants agissent sérieusement comme les avocats et les gardiens nés des classes moralement et matériellement moins bien loties, et si cette relation trouve son expression constitutionnelle durable [p. 262].

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On ne doit pas juger les gens seulement selon leur richesse mais aussi selon leurs valeurs morales, intellectuelles, sociales et historiques. Et le peuple doit toujours être protégé par les nobles :

Prendre soin des faibles contre les forts, de la justice contre l’injustice, du peuple contre ses oppresseurs, c’est agir en chevalier: c’est en ce sens actif que la chevalerie doit renaître [p. 263].

En fait, le petit peuple doit être transformé en peuple (politique) en lui accordant des salaires plus élevés et des terres. Le gouvernement aristocratique de l’Allemagne sera essentiellement représenté par l’officier prussien et le prêtre chrétien, particulièrement catholique. Tous deux appartiennent à des ordres naturellement aristocratiques et symbolisent le trône et l’autel. Ces deux ordres reposent sur l’ordre agraire des paysans, dont la société, comme indiqué, est aussi hiérarchisée de manière aristocratique.

La politique allemande doit finalement devenir une sorte de politique artistique (ndt: l'équivalent de l'artecrazia italienne). La Prusse, qui s’est jusque-là concentrée sur le développement scientifique, doit maintenant se tourner vers le développement artistique. L’aspect enfantin du caractère allemand, représenté par les artistes, doit s’unir à l’aspect politique, incarné par les guerriers, à commencer par Siegfried.

L’homme politique-artiste doit faire émerger et développer l’individualité et la spontanéité du peuple. La culture d’une nation ne peut être ranimée par des professeurs et des directeurs de musée. Car, alors que le paysan et l’artiste produisent, le savant spécialiste, comme le commerçant, ne fait que commercialiser des biens intellectuels. De même que tous les arts doivent être considérés ensemble comme un complexe créatif, de même toutes les divisions de la politique doivent être unies dans le but du développement national, qui pourra alors être étendu à la culture internationale—à condition qu’une nation n’absorbe en elle que les éléments nobles d’une autre nation, et non les éléments dégénérés. Comme l’artiste, l’homme politique doit être formé par les anciennes traditions mais capable d’en intégrer de nouvelles dans sa pleine personnalité.

Gotthold-Ephraim-Lessing.jpgEn considérant plus en détail la culture allemande, Langbehn souligne d’abord le défaut du rationalisme chez des auteurs comme Gotthold Lessing (1729–1781) (portrait), qui était détaché du peuple allemand et était devenu plus universaliste dans ses opinions que spécifiquement allemand. Son prussianisme est trop froid, trop cosmopolite.

De même, le philologue et historien Theodor Mommsen (1817–1903) s’intéressait davantage à l’éthos romain qu’à l’éthos grec ou allemand et était donc étranger à l’esprit national allemand. L’aspect excessivement rationnel et mécanique de la culture allemande moderne se manifeste de façon frappante dans son centre culturel actuel: Berlin. Berlin a un aspect juif, que Langbehn décrit comme une dégénérescence de l’ancien judaïsme sain qui habitait les salons de Rahel Varnhagen (1771–1833).

Le regard à courte vue porté sur l’actualité a conduit aux modes éphémères de la littérature romanesque et d’autres productions futiles de salon. L’amour du futile et la haine du génie sont en effet les caractéristiques typiques du philistinisme, que la politique artistique de Langbehn combat vigoureusement. Le remède pour Berlin est d’absorber des influences plus diverses venues de l’extérieur. Berlin ne représente que l’esprit du petit officier prussien, alors que les provinces prussiennes contiennent davantage l’esprit de l’officier aristocratique. Cette Prusse, disciplinée et hiérarchisée, doit être mise au service de la régénération de la culture allemande et, en retour, être enrichie, « civilisée » par l’humanité du reste de la population allemande.

Un autre défaut de la culture allemande actuelle est sa surestimation du monde universitaire. Les professeurs représentent en fait une multiplication démocratique d’opinions qui, par leurs spécialisations étroites, voilent la véritable voix du peuple. Le « sens de l’essentiel » qui est la marque du génie est tout à fait perdu. La tentative de l’écrivain français Émile Zola d’écrire des romans « naturalistes » et scientifiques est un exemple de l’esprit petit-bourgeois de la culture démocratique.

Johann_Joachim_Winckelmann_(Anton_von_Maron_1768).jpgLes historiens de l’art, eux aussi, comme le classiciste Johann Winckelmann (1717–1768) (portrait), ne sont pas assez allemands dans leurs intérêts académiques. Même Goethe a flirté, sans succès, avec le style classique, comme dans son drame Iphigénie. Ce n’est que dans la seconde partie de son Faust qu’il a trouvé un sujet et un style allemands. Ce style fut en effet perfectionné par les remarquables Bas-Allemands, que sont Shakespeare et Rembrandt, le premier par l’ampleur de sa vision, le second par sa profondeur.

La culture doit être subjective, organique et artistique, non rationnelle, objective, mécanique ou matérialiste. L’Allemagne ne doit pas « classiciser » mais créer une culture classique qui lui soit propre. Langbehn relie étymologiquement l’art classique à l’armée et à la marine, et souligne que les vertus classiques de l’esprit militaire prussien doivent désormais être formulées artistiquement afin de créer une nouvelle culture classique allemande.

d604eeac325e495bc82961f35acac6a0.jpgLa culture allemande est avant tout musicale, mais, bien que les œuvres de Richard Wagner aient établi une sorte d’imperium musical allemand, son style est en réalité un style celto-romain bruyant, qui n’a pas la simplicité que la musique allemande doit avoir. La culture allemande doit être héroïque, et Langbehn considère, dans ce contexte, que le Nibelungenlied médiéval constitue une expression plus authentique de l’héroïsme germanique que les sagas nordiques, qui contiennent de nombreuses influences étrangères dans leur composition.

Langbehn évoque la langue bas-allemande elle-même comme un modèle de simplicité et d’héroïsme qui pourrait servir de véhicule à une grande poésie, voire héroïque—si seulement elle trouvait des poètes dignes de ce nom. Par ailleurs, la culture allemande doit être centrée sur l’héroïsme, mais aussi mettre en valeur la qualité de douceur du héros. Cette qualité trouve son accomplissement dans la figure suprêmement douce du Christ.

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Enfin, en ce qui concerne le développement de la culture en Allemagne, Langbehn insiste sur l’importance de la culture corporelle, afin que les corps des Allemands restent purs et sains dans leur forme. Les vêtements doivent être naturels et colorés, plutôt que sombres et ternes comme ils le sont actuellement. L’éducation de la jeunesse doit être assouplie par rapport à la discipline rigide actuelle, afin que les élèves ne soient pas effrayés mais libres dans leur apprentissage. Le programme d’études doit être réorienté des études romaines vers les études grecques et germaniques. L’éducation doit être réservée à une minorité noble qui y est adaptée, et ne pas être généralisée de façon démocratique.

Dans la dernière partie de l’ouvrage, sur la signification universelle de l’homme allemand, Langbehn fait l’éloge de l’Allemand comme modèle de simplicité noble, possédant un équilibre sain entre passion et raison. Il est particulièrement intéressant de noter sa référence répétée à la « nature enfantine » du Bas-Allemand, qui le hisse au-dessus des autres. Le Christ lui-même possédait une nature enfantine, qu’il alliait à une nature artistique, en faisant de sa vie une œuvre d’art par le don de son sang pour nos âmes. La noblesse artistique et la noblesse politique doivent aller de pair, car elles cherchent à réaliser le même potentiel spirituel supérieur de l’humanité.

Le but suprême du développement humain est la moralité. La culture germanique repose sur le concept d’honneur et doit s’opposer à l’éthique du parvenu cupide actuelle. Elle doit donc mener « une lutte morale contre l’argent ». Comme il le déclare, « le Siegfried moderne—l’Allemand renaissant—devrait tuer ce dragon luisant » (p. 169).

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Des cercles intellectuels aristocratiques tels que ceux qui existaient à Weimar à l’époque de Goethe et Schiller doivent être recréés en Allemagne pour ennoblir sa culture. Le dirigeant politique idéal, le « Kaiser secret » de la tradition allemande, doit également être humble et désintéressé, comme le Christ. Il doit perdre sa personnalité individuelle dans celle de la nation et toujours chercher à défendre les faibles d’esprit, tout comme un vrai Kaiser défend les faibles économiquement.

Pour réformer le Reich, il doit être un chef intellectuellement puissant. En vérité, le peuple attend toujours qu’un génie fort le guide. Les descriptions par Langbehn de son Kaiser idéal annoncent de façon prophétique le principe du Führer qui fut réalisé en Allemagne trente ans après la publication de ce livre.

Comme dans le national-socialisme, Langbehn insiste sur le fait que la culture allemande doit être populaire, c’est-à-dire fondée sur les modes locales et non étrangères, surtout galliques. À l’heure actuelle, disait-il, la littérature et le théâtre sont dominés par des mercantiles qui importent en Allemagne des modes françaises. À ce stade, Langbehn aborde la cruciale question juive, mais il prend soin de distinguer ceux qu’il considère comme de vrais Juifs nobles et les Juifs dégénérés de la Bourse. Il affirme que l’antisémitisme ne doit pas devenir plébéien, mais savoir distinguer les bons Juifs des mauvais, bien que les mauvais doivent être écartés des positions de pouvoir.

La culture allemande doit être à la fois artistique et guerrière, car ce dernier aspect est nécessaire pour défendre le premier. Elle doit aussi être chrétienne, car la tradition allemande est principalement chrétienne. Il est intéressant de noter que, contrairement à Nietzsche qui considérait le christianisme comme l’expression d’une « morale d’esclave », Langbehn voit en lui une religion spirituelle aristocratique née du conflit avec le rationalisme démocratique des pharisiens de son temps. Il souligne l’excellence du catholicisme comme véhicule de culture spirituelle par rapport au protestantisme, car il est indéniablement plus artistique.

Beaucoup fut perdu dans la culture allemande à cause des tendances iconoclastes de nombreux réformateurs protestants. L’esprit créateur du catholicisme doit donc être ravivé à tel point que Luther finira par occuper une place secondaire dans l’histoire des peuples germaniques. C’est en revenant au christianisme originel que les Allemands pourront retrouver l’esprit aristocratique originel qui animait leur culture avant la christianisation.

Ainsi, Langbehn préconise un retour à la vie intellectuelle allemande aristocratique, douce et poétique du Moyen Âge, au profond instinct maternel de la période christiano-germanique primitive, à la vie forte, courageuse, enfantine, imagée et éduquée par l’image de l’Allemand le plus ancien, à la germanité sous sa forme la plus pure [p. 451].

Cette renaissance de la véritable culture germanique, selon Langbehn, est d’une importance vitale non seulement pour l’Allemagne, mais aussi pour l’ensemble de l’humanité, car les Allemands, en tant que peuple le plus enfantin et le plus vigoureux, pourront, grâce à ce réveil, apporter leurs bienfaits aux autres nations, de la même manière que les chrétiens ont autrefois diffusé leur religion.

dimanche, 16 août 2026

Les reportages européens de Drieu La Rochelle : à la découverte de la Hongrie, de l’Italie, de la Tchécoslovaquie

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Les reportages européens de Drieu La Rochelle: à la découverte de la Hongrie, de l’Italie, de la Tchécoslovaquie

Entre 1934 et 1935, l’écrivain français visita trois pays européens et rédigea de longs articles pour l’hebdomadaire parisien Marianne dirigé par Berl.

par Sandro Marano

Source: https://www.barbadillo.it/132700-i-reportage-europei-di-drieu-la-rochelle-alla-scoperta-di-ungheria-italia-cecoslovacchia/

Le philosophe Henri Bergson soutenait que l’attention et l’élasticité sont les deux forces complémentaires que la vie nous offre et dont il faut tenir compte : la première nous permet de discerner les contours des situations, la seconde nous donne la possibilité de nous y adapter au mieux. En y regardant de près, attention et élasticité sont précisément les qualités requises d’un bon journaliste, particulièrement lorsqu’il est appelé à réaliser des reportages. Ces qualités, on les retrouve au plus haut degré dans les reportages européens que Drieu La Rochelle écrivit entre la fin de 1934 et le début de 1935, lors de sa visite en Hongrie, en Italie et en Tchécoslovaquie pour le compte de l’hebdomadaire illustré Marianne dirigé par son ami Emmanuel Berl.

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1934 et l’adhésion au fascisme

Nous devons au chercheur Marco Spada et à sa passion pour l’écrivain français la traduction et l’édition de ces textes, précieux à bien des égards. L’année 1934, rappelle-t-il dans son introduction, est un tournant dans la vie de Drieu. C’est en effet cette année-là, après les mouvements anti-gouvernementaux de février qui virent manifester ensemble des camps politiques rivaux, nationalistes comme communistes, qu’il adhéra définitivement au fascisme. Le fruit le plus mûr de cette expérience fut ce superbe essai qu’est Socialisme fasciste.

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Il s’agissait donc de comprendre à la fois l’apport de la révolution fasciste et son influence sur certains États d’Europe centrale nés de la dissolution de l’Empire austro-hongrois. Spada écrit: «Le choix des destinations n’était nullement fortuit: la Hongrie était gouvernée par Miklós Horthy, allié des Allemands depuis 1933 et révisionniste convaincu du traité de Trianon [traité de 1920 qui avait fixé les frontières de la Hongrie, réduisant son territoire et sa population]; la Tchécoslovaquie traversait la période de transition entre l’anti-bolchévique Masaryk et le gouvernement de Benes; tandis que l’Italie avait déjà lancé tous ces processus sociaux, politiques et environnementaux qui firent d’elle le phare de l’Europe, alors que celle-ci embrassait lentement l’idée fasciste».

51hu5AiXGPL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgDrieu journaliste

Drieu, dans son travail de journaliste, se montra scrupuleux, attentif, exempt de préjugés. Dans ses reportages, il décrit tous les aspects des nations visitées en partant de la géographie. En effet, comme il le précisera plus tard dans Socialisme fasciste: « Marx avait oublié, entre autres, qu’au-delà du matérialisme des forces de production existe aussi celui de la géographie (...), le matérialisme du climat qui a forgé les patries et qui n’a pas fini de les forger ». Ainsi, géopolitique, économie, aspects sociaux et historiques s’amalgament dans une prose simple, fluide, parfois brillante, riche en détails.
La Hongrie

En visitant Budapest, l’écrivain français s’exclame: « Voici le double bonheur de Budapest: être traversée par le Danube et, sur la rive droite de ce beau fleuve, être d’abord Buda, avec ses belles collines ». Il écrit aussitôt: « La nuit savourée sur les quais de Pest est le troisième enchantement de Budapest, mais qui se recombine avec les deux premiers (...). Je me promène à midi comme à minuit sur le boulevard. La vraie haute société n’y va pas ; mais, Dieu merci, je ne vis pas parmi la haute société. Il y a la bourgeoisie, qui aujourd’hui dirige ce pays, mêlée désormais aux innombrables restes de la gentry, de la noblesse moyenne ou petite – contrairement à nos préjugés qui nous font imaginer la Hongrie entre les mains de deux cents aristocrates». Et il ne pouvait manquer de remarquer, en « tombeur de femmes » qu’il était, la beauté des Hongroises: « Il y a des femmes. Je regarde les femmes. D’ailleurs, je ne ferai que les regarder. Je quitterai la Hongrie sans avoir connu les Hongroises. D’ailleurs, je suis fatigué des aventures fugaces et le voyage, en général, ne m’incline pas à l’amour (...). Et pourtant, la Hongroise est exactement mon type ».

Le voyage de Drieu en Hongrie ne s’arrête pas à Budapest: il continue dans la vaste plaine magyare et dans d’autres villes: « J’adore arriver dans une de ces villes qui sont aux confins du monde. Le bout du monde n’est pas forcément lointain. Ce sont ces villes, grandes ou petites, dont on n’a jamais entendu parler, même quand on n’est pas complètement ignorant en géographie. Ce sont ces villes où l’on n’aurait jamais pensé venir, et dont on devient à jamais citoyen sentimental, simplement parce qu’on y a traîné ses souliers pendant trois jours ».

Le reportage sur la Hongrie se distingue par le dialogue entre un noble hongrois, propriétaire de vastes domaines et aux tendances libérales, et Drieu lui-même. Ici, l’écrivain français propose l’idée d’une fédération danubienne regroupant les petits peuples vivant le long du fleuve, pour dépasser l’étroitesse des revendications nationalistes: « Vous pouvez redevenir grands en participant à un État danubien plus sain, plus stable et plus fort que l’État autrichien. Non pas un État hiérarchique comme l’ancien, mais fédératif ».

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La Tchécoslovaquie

Quant à la Tchécoslovaquie, Drieu loue surtout sa démocratie parlementaire et autoritaire, qui a su mener une vraie réforme agraire contre les grands domaines, réforme dont il décrit brièvement les points essentiels. Et, tout en reconnaissant que subsiste un problème de minorités allemandes qui conduira bientôt à la crise des Sudètes, ainsi qu’une séparation de fait entre les populations tchèque et slovaque, il ne manque pas d’adresser une critique voilée à la politique hitlérienne: « Ce peuple slave de Tchécoslovaquie a d’un bond atteint la “sagesse” politique de ces peuples d’essence germanique qui, dans les recoins d’Europe, démontrent – contre l’affirmation hitlérienne – que le germanisme peut s’accorder avec le système parlementaire ».

La Bohême et la Moravie lui apparaissent comme des régions riantes, pleines d’eau et de forêts, qui le réjouissent. Et, pour le ravir également, il y a les petites villes: « Voici la première vision de ces petites villes tchèques ou moraves qui, à l’image des villes allemandes, offrent toujours une charmante place centrale. Ces places sont bordées de maisons d’un ou deux étages, étroites, posées sur des arcades modestes et un peu austères (...) qui présentent toujours quelque délicieux ornement de la Renaissance ou de la Contre-Réforme jésuite, deux époques joyeuses qui se font face aux marges du trou noir de la guerre de Trente Ans ».

En comparant ensuite Prague à Budapest, il observe que si à Budapest la nature est plus vaste et généreuse, à Prague, le passé artistique est infiniment plus fort. Ce qui le surprend positivement, c’est « la rencontre, au cœur de l’Europe, entre la vitalité slave, la volonté germanique et l’intelligence latine et juive ».

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L’Italie

À l’Italie fasciste, Drieu consacre trois reportages datés respectivement du 26 décembre 1934, des 2 et 9 janvier 1935. L’écrivain français saisit aussitôt le caractère fondamental de la révolution fasciste, à savoir qu’il s’agit d’une révolution en marche, graduelle, qui «avait devant elle une tâche immense: faire passer un pays qui s’attardait dans les charmes nocifs ou vicieux d’une enfance retrouvée au XVIIᵉ siècle vers la rude discipline d’une nation mûre, s’exprimant dans un État moderne».

Image4784.jpgIl s’attarde alors, avec de nombreux détails, sur la forme sociale du nouvel État qui s’exprimait dans le contrôle exercé sur les banques, la lutte contre la tuberculose et divers instituts sociaux: des assurances contre les accidents à la prévoyance sociale, de l’ONMI (Œuvre Nationale pour la Maternité et l’Enfance) «qui assiste la mère pendant la grossesse, l’accouchement et la période post-natale» à la magistrature du travail et aux conventions collectives de travail qui sont une pièce de la construction corporative prenant racine dans la Charte du Travail de 1926.

Drieu visite l’université de Rome, « à la géométrie vivante, élégante », et assiste au fervent élan constructif de l’Italie fasciste, notamment aux travaux d’assainissement des marais Pontins et à la naissance de Littoria (aujourd’hui Latina), et il informe avec admiration de la valorisation de l’agriculture par le régime: «À la fin de 1933, l’État fasciste travaillait à l’assainissement de plus de quatre millions d’hectares sur seize millions de terres cultivables et y avait dépensé trois milliards et demi de lires. On a asséché et drainé les fonds; creusé des canaux; consolidé et terrassé les collines; reboisé les montagnes. La bataille du blé a été engagée et rapidement gagnée ». Il ne manque pas de noter l’effort du régime pour réduire les grands domaines: «Ainsi avance un régime qui n’attaque le système capitaliste que de façon indirecte et qui doit s’occuper autant de panser les blessures que celui-ci provoque que de le frapper avec prudence».

En appréciant « l’intelligence réaliste » de Mussolini et « la puissance poétique » du nouvel État, Drieu conclut : « Ce qui est beau, c’est que le génie d’une époque et d’un homme élève un peuple au-dessus de lui-même ; ce qui est encore plus beau, d’une beauté fatale, c’est qu’un peuple, au moment où il est au-dessus de lui-même, reste encore lui-même ».

Pierre Drieu La Rochelle, Marianne. I reportage europei (1934-1935), ( = Marianne. Les reportages européens (1934-1935), édité par Marco Spada, Eclettica 2026, 153 pages, 14 euros.        
        

Quand l’espace devient un champ de bataille

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Quand l’espace devient un champ de bataille

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena  

La guerre en Ukraine ne se décide plus seulement sur le front. Celui qui contrôle l’espace informationnel contrôle le champ de bataille. C’est précisément pour cette raison que la constellation de satellites russe «Rasswet» provoque actuellement de fortes inquiétudes à Kiev.

Selon Politico, le système russe se développe beaucoup plus rapidement que prévu initialement. Des experts ukrainiens mettent en garde: Moscou pourrait ainsi acquérir un avantage technologique qui dépasserait largement le cadre de l’Ukraine. La véritable importance de ce développement réside cependant ailleurs.

La guerre en Ukraine a toujours été, dès le départ, une guerre d’asymétrie technologique. Starlink est devenu l’un des instruments militaires les plus importants pour Kiev. La communication par satellite a permis d’assurer des liaisons stables, même lorsque les infrastructures classiques étaient détruites ou perturbées. Renseignement, communication, pilotage de drones et commandement des opérations se sont progressivement fondus en un système numérique global.

Cela a créé une constellation remarquable. Une entreprise privée américaine est devenue l’un des acteurs majeurs sur un théâtre de guerre européen.

L’accès à un réseau de communication s’est soudainement transformé en une ressource stratégique. Dans le même temps, le contrôle de cette ressource n’était ni à Kiev, ni à Bruxelles, mais en dernier ressort entre les mains d’un groupe américain. L’incident lié au blocage de certains terminaux Starlink a montré combien la guerre moderne dépend désormais des plateformes numériques. Celui qui contrôle l’infrastructure contrôle aussi sa disponibilité.

C’est ici que «Rasswet» entre en jeu. La Russie ne dispose pas encore d’une flotte de satellites comparable à Starlink. Pour des usages militaires, ce n’est d’ailleurs pas nécessaire dans l’immédiat.

Ce qui compte n’est pas le nombre absolu de satellites. Ce qui compte, c’est la capacité d’assurer, à un moment donné, une connexion stable sur une zone déterminée. Une couverture limitée pourrait déjà suffire pour piloter des drones en temps réel, transmettre des données de renseignement sans délais importants et connecter plus efficacement les unités militaires entre elles.

Cela changerait les rapports de force.

Jusqu’à présent, une partie du problème pouvait être résolue de façon administrative. Les accès indésirables ou non autorisés pouvaient être bloqués. Un réseau satellitaire national obéit à d’autres règles. Le conflit se déplace alors du contrôle des accès vers une confrontation technique beaucoup plus complexe.

La guerre électronique, les opérations de brouillage, les attaques contre les stations au sol, les cyber-opérations ou même la capacité à détruire des satellites deviendraient soudain beaucoup plus importantes et beaucoup plus coûteuses. Le véritable tournant ne réside donc pas uniquement dans la nouvelle technologie. Il réside dans le fait que la voie à sens unique prend fin.

La guerre en Ukraine apporte donc un enseignement qui dépasse largement l’Europe de l’Est. La puissance militaire du XXIᵉ siècle ne se définit plus exclusivement par les chars, l’artillerie ou les avions de combat. Elle naît à l’intersection de l’espace, de l’intelligence artificielle, des technologies de communication et des systèmes d’armes autonomes.

Qui possède ses propres satellites gagne une indépendance stratégique.

Qui dépend de systèmes étrangers, reste dépendant des décisions étrangères. La prochaine concurrence globale entre grandes puissances ne se jouera donc pas seulement sur terre, en mer ou dans les airs. Elle se décidera en orbite.

#geopolitique@global_affairs_byelena

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«La métapolitique à son plus haut niveau»: les Définitions de Giorgio Locchi

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«La métapolitique à son plus haut niveau»: les Définitions de Giorgio Locchi

par Joakim Andersen

Source: Arktos Journal, 14 août 2026

Giorgio Locchi (1923–1992) fut, aux côtés de figures telles que Dominique Venner et Alain de Beniost, l’un des fondateurs de la Nouvelle Droite française. Guillaume Faye le comptait parmi ses sources d’inspiration les plus importantes, et lorsqu’on lit les références de Faye à Locchi, il apparaît rapidement comme un penseur précieux et original.

Malgré cela, Locchi demeure relativement méconnu dans le monde anglophone, peu de ses textes ayant été accessibles aux non-francophones. C’est pourquoi l’anthologie Définitions (publiée en anglais par Arktos en 2024) rend un grand service à la culture: il s’agit d’une collection de textes traduits offrant une bonne introduction à sa pensée.

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L’hégémonie largement libérale qui domine encore l’Occident fait que de larges pans de la vision du monde dominante sont considérés comme allant de soi, et même restent sans nom. Comme les poissons, nous manquons de mots pour désigner l’eau dans laquelle nous nageons. Locchi est comme un soleil qui éclaire ce qui, sinon, resterait caché. Il nomme des aspects du sens commun concernant l’humanité et l’histoire, à l’aide de termes tels qu’égalitarisme, conception segmentaire de l’histoire et mentalité.

Mais Locchi identifie également une alternative : la tendance surhumaniste, représentée par des figures telles que Wagner et Nietzsche. Cela le rend intéressant d’un point de vue métapolitique, mais aussi précieux pour les universitaires, les artistes et les militants politiques.

Les Définitions de Giorgio Locchi – proposées en anglais par Arktos,  sont également disponibles sur Amazon.

En partant de l’anthropologie d’Arnold Gehlen, Locchi montre que l’homme est un être biologique, mais en même temps « ouvert au monde », perpétuellement libre de choisir:

« Réduire l’homme à une espèce biologique, c’est le dépouiller de son humanité, de son historicité. C’est, bien sûr, le désir inconscient des sociétés épuisées par l’histoire. »

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Ceci s’applique aussi bien aux individus qu’aux sociétés, car « la culture est la nature de l’homme ». Locchi identifie deux types idéaux anthropologiques, tout en restant parfaitement conscient qu’il s’agit de tendances coexistant chez la plupart des gens. D’un côté, il y a l’homme de masse, incapable de faire autre chose que suivre ; de l’autre, le fondateur/héros, qui possède et réalise une idée de sa société.

Dans le modèle de Locchi, il n’y a pas de contradiction nécessaire entre l’individu autonome et sa société: le fondateur/héros conserve et ennoblit à la fois la culture et la société de son peuple. L’alternative est une fausse dichotomie : « En prenant la tête d’une société, le héros occupe de plein droit le sommet de la hiérarchie sociale. »

Il convient également de noter, dans ce contexte, la réflexion de Locchi sur la relation entre société et mythe : « comme lien social, le Mythe organise la société, garantissant sa cohérence dans l’espace et à travers le temps. » Le mythe est central, ce qui signifie qu’une société qui perd ses mythes, ou laisse ses ennemis les remplacer, s’expose à de grands dangers. Une telle société a besoin de nouveaux mythes, et Locchi considérait Bach et Wagner comme des tentatives en ce sens. C’est un projet digne d’intérêt pour les artistes, philosophes et musiciens.

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Locchi développe également l’une des idées centrales de la Nouvelle Droite: la conception sphérique du temps. Il identifie la vision linéaire, ou plus précisément segmentaire, de l’histoire qui caractérise aussi bien la bourgeoisie que la gauche, avec pour objectif « la fin de l’histoire ». Une telle vision de l’histoire est marquée par un élan égalitaire : la fin de l’histoire ne laisse pas de place pour les « grands hommes » ou l’inégalité. En même temps, Locchi montre que la conception égalitaire de l’histoire a connu trois phases : du mythique à l’idéologique puis au scientifique. Toutes procèdent de la même mentalité.

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Une autre intuition précieuse de Locchi est que l’analyse idéologique doit identifier les mentalités et les sentiments sous-jacents. Contrairement au mode de pensée linéaire, une mentalité anti-égalitaire guide Nietzsche, Wagner et les Révolutionnaires Conservateurs des années 1920. Pour Nietzsche, passé, présent et futur coexistent ; leurs significations s’influencent mutuellement, et les événements révolus sont potentiellement toujours présents. Pour Locchi, l’histoire est « la lutte entre les hommes au nom d’images qu’ils créent eux-mêmes et qu’ils cherchent, en les réalisant, à égaler ». Ici aussi, on retrouve un idéal agonistique sans complexe, où la rivalité et la compétition ne sont pas vues comme négatives mais, au contraire, comme le moteur de l’histoire.

L’idéal agonistique est profondément indo-européen, ce dont Locchi était parfaitement conscient. Son essai « Identité indo-européenne et monde moderne » est une application fascinante de la vision indo-européenne du monde à la société, dans laquelle les mythes indo-européens de la guerre entre Ases et Vanes illustrent comment « les ‘dieux-prédateurs’, continuateurs du ‘premier homme’ comme auto-domesticateur, s’imposent à travers la magie liante de leur chef, Odinn-Wotan. »

De même, deux catégories sociales peuvent être identifiées historiquement : « ceux qui ont atteint un niveau supérieur de conscience… se proposaient comme élite » ; « la ‘domestication’ de la masse était assurée par l’élite. » Ici, Locchi s’appuie sur la description par Dumézil des trois fonctions indo-européennes, qu’il réduit et combine en deux. C’est aussi fascinant à lire que son massacre intellectuel du projet de Lévi-Strauss. Pour Locchi, toute société a une élite de magiciens et de guerriers qui, ayant acquis la maîtrise de soi, peuvent aussi revendiquer le droit de la diriger.

Dans l’ensemble, Définitions est un trésor, ou un arsenal, pour la véritable droite. Locchi écrit avec autorité sur Wagner, Nietzsche et Dumézil, ainsi que sur Spengler et la Révolution conservatrice.

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Il aborde la « maladie américaine » qui a frappé l’Europe, décrit l’Empire européen comme un idéal, et identifie le rêve égalitaire de mettre fin à l’histoire – et, avec elle, à l’humanité au sens locchien (« alors l’histoire, dans son ensemble, se termine aussi avec nous »). Il décrit les tentatives de réhabiliter et de neutraliser Nietzsche ; il observe au passage que « les ‘sociétés froides’ devraient en réalité être qualifiées de branches mortes culturelles ».

La vision claire de l’homme et de l’histoire chez Locchi est inspirante, tout comme sa mise en garde contre les tentatives de sortir de l’histoire. Tout aussi inspirantes et impressionnantes sont ses analyses des mythes, d’Œdipe et du mythe indo-européen de la création à L’Anneau du Nibelung et la guerre des dieux.

La mentalité qui guide Locchi ressort en contraste marqué avec la mentalité et les sentiments qui guident les « libéraux » et « gauchistes » d’aujourd’hui ; et pour la plupart des lecteurs, Locchi sera probablement une source d’inspiration.

En résumé, Définitions incarne la métapolitique à son meilleur, et l’époque actuelle semble également mûre pour la tendance surhumaniste et la conception sphérique de l’histoire, d’une manière que les années 1980 ne l’étaient peut-être pas.

Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

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Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

Source: https://report24.news/usa-verkaufen-euro-um-den-yen-zu-re...

Washington, en collaboration avec Tokyo, a soutenu le yen en chute libre – et pour cela, a précisément vendu des euros. Selon le Financial Times, la BCE n’a été informée qu’après la transaction, alors que le Japon, plus grand détenteur étranger de bons du Trésor américain, a de moins en moins de raisons de placer son capital aux États-Unis ou en Europe. Ce revirement japonais tombe particulièrement mal pour l’Allemagne : Berlin inonde le marché des capitaux de nouvelles dettes, alors que l’un des principaux créanciers de l’Occident pourrait rapatrier ses fonds.

Le vendredi 31 juillet, le Japon et les États-Unis sont intervenus conjointement sur le marché des changes pour éviter une nouvelle chute du yen. La devise japonaise était tombée à près de 164 yens pour un dollar – un niveau inédit depuis environ quarante ans. Tokyo aurait mobilisé près de 36,6 milliards de dollars ce jour-là ; la veille, presque 59 milliards de dollars avaient déjà été injectés sur le marché, selon les calculs de Reuters. Le yen s’est alors temporairement redressé jusqu’à 155,20 pour un dollar. Il cote désormais autour de 159. Le message des marchés est clair : même des interventions de plusieurs dizaines de milliards n’offrent à Tokyo guère plus qu’un court répit.

Mais le plus intéressant a été la façon dont Washington a financé ses achats de yen : les Américains ont vendu des euros. Pas de vente de dollars, ce qui aurait affaibli leur propre monnaie et ravivé les inquiétudes inflationnistes. Pas de pression supplémentaire sur le marché obligataire américain, déjà fragilisé. À la place, le Trésor américain a puisé dans ses réserves d’euros. HSBC a qualifié cette démarche d’« éventuellement sans précédent » auprès de Reuters. Washington dispose d’environ 26 milliards d’euros immédiatement mobilisables pour ce type d’intervention. Lorsqu’il a fallu limiter ses propres problèmes, c’est donc une devise de réserve étrangère qui a été sacrifiée.

À Francfort, on n’aurait été informé que lorsque tout était déjà joué. Selon le Financial Times, la BCE n’a pas été consultée avant la transaction américaine. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, n’a parlé à Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, que le samedi suivant. Plusieurs banquiers centraux européens ont vu dans cette opération une rupture avec les usages entre grandes banques centrales occidentales. Reuters avait d’abord seulement mentionné des contacts entre la BCE et la Fed ; la chronologie n’a été clarifiée que plus tard. Washington avait besoin d’une devise dont la vente ne lui ferait pas trop de mal. L’euro a manifestement  rempli ce rôle de façon parfaite.

Les milliers de milliards japonais pèsent sur Washington

Pourquoi l’administration Trump s’occupe-t-elle autant du yen ? Le Japon est un allié proche, mais sur les marchés financiers, l’amitié s’arrête là où commencent les milliers de milliards. Selon les dernières données disponibles du Trésor américain, le Japon détenait, fin mai, 1143 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Il reste ainsi le principal créancier étranger de Washington. En février, ce chiffre était encore de 1239 milliards de dollars. En trois mois, les avoirs déclarés ont donc diminué de plus de 96 milliards.

C’est risqué pour Washington. Si Tokyo veut soutenir le yen, il lui faut des dollars ou d’autres devises étrangères à vendre contre des yens. Une grande partie des réserves japonaises est investie en bons du Trésor américain. S’ils sont vendus, leur prix baisse et leurs rendements augmentent. Or, Washington ne peut pas se permettre cela actuellement. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a récemment approché à nouveau les 5,3 %. Pour un État qui doit continuellement refinancer son immense dette, chaque hausse de rendement devient très coûteuse. Reuters a d’ailleurs cité la crainte de ventes supplémentaires de Treasuries japonais comme l’une des principales motivations de l’intervention américaine.

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Bessent a donc déjà prévu la suite. Grâce au dispositif FIMA Repo de la Fed, les banques centrales étrangères peuvent déposer des Treasuries en garantie et obtenir des dollars en échange. Le Japon n’a donc pas besoin de vendre ses Treasuries sur le marché en cas de besoin de liquidités. Le secrétaire au Trésor américain a même évoqué, après l’intervention, une possible extension de cet instrument. En d’autres termes : Washington aménage une sortie de secours à son principal créancier étranger pour éviter qu’il ne vende massivement les Treasuries en cas de crise.

Le calcul est simple. Si le yen continue de baisser, Tokyo doit mobiliser des sommes de plus en plus importantes pour le défendre. Si le Japon vend des Treasuries, les coûts de financement américains augmentent. Si Washington vend lui-même des dollars, il affaiblit sa propre monnaie et risque d’aggraver l’inflation. Donc, on vend de l’euro. Pour les Américains, c’était la solution la plus confortable. Apparemment, les Européens n’ont même pas été consultés.

L’argent japonais n’a plus besoin de l’Occident

Derrière cette spectaculaire intervention se cache un problème bien plus vaste. Pendant des décennies, les investisseurs japonais ont placé leur argent à l’étranger, faute de rendements au pays. Assureurs, banques, fonds de pension et gestionnaires d’actifs achetaient des Treasuries américains, des obligations d’État européennes et d’autres actifs étrangers. En parallèle, le yen est devenu la devise de prédilection pour les carry trades: s’endetter à bas coût au Japon, placer l’argent ailleurs à meilleur rendement, et empocher la différence.

Cette époque s’achève. Les obligations d’État japonaises à 30 ans offrent désormais presque 4% de rendement. Les titres allemands de même maturité, environ 3,6%. Même les obligations japonaises à deux ans rapportent environ 1,64% – un record depuis 31 ans. Mitsubishi UFJ, Daiwa et d’autres gestionnaires japonais lancent déjà de nouveaux fonds pour attirer à nouveau les épargnants nationaux vers les obligations japonaises. Parallèlement, la Banque du Japon entend réduire son portefeuille d’environ 48.000 milliards de yens sur l’exercice en cours, tandis que le gouvernement devrait, selon JPMorgan, émettre environ 15.000 milliards de yens de dette supplémentaire. Tokyo a besoin d’acheteurs – et les cherche de préférence sur le marché domestique.

La question devient donc de plus en plus gênante pour les investisseurs japonais: pourquoi placer son argent à Washington, Francfort ou Paris, alors que le rendement est de retour au pays ? Investir à l’étranger, c’est aussi prendre un risque de change ou payer pour le couvrir. Avec des taux japonais plus élevés, l’ancien attrait des obligations occidentales disparaît vite. Il n’est pas nécessaire que le Japon vende un millier de milliards de Treasuries en un jour. Il suffit que les assureurs, fonds et banques achètent moins de nouvelles obligations américaines ou européennes et rapatrient davantage de capitaux à l’échéance.

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La BCE avait déjà mis en garde en 2023, alors que les rendements japonais étaient encore beaucoup plus bas. Une normalisation de la politique monétaire nippone pourrait entraîner un rapatriement de capitaux, soulignait le rapport sur la stabilité financière. Les investisseurs japonais auraient un impact significatif sur les marchés obligataires internationaux, notamment sur certains segments de la zone euro. Trois ans plus tard, ce scénario théorique est devenu une réalité motivée par le rendement.

Les carry trades risquent de provoquer la prochaine vague de ventes

La situation est encore plus explosive à cause du yen carry trade. Pendant des années, les investisseurs pouvaient se financer quasiment gratuitement au Japon et placer cet argent dans des obligations, actions ou autres actifs mieux rémunérés à travers le monde. Tant que le yen restait faible, c’était lucratif. Si la devise s’apprécie fortement, cela devient vite un piège. Les positions doivent être débouclées, les actifs vendus et les yens rachetés. Ce mécanisme a déjà provoqué de fortes turbulences à l’été 2024. UBS estimait le volume du yen carry trade concerné à environ 500 milliards de dollars à l’époque.

Pour l’instant, ce commerce perdure. Le yen s’est de nouveau affaibli après la récente intervention, attirant à nouveau les spéculateurs. Pour Tokyo, c’est un cercle vicieux : plus le carry trade reste attractif, plus la pression sur la devise perdure. Il faudra tôt ou tard intervenir à nouveau pour des milliards, ou relever davantage les taux. Or, des taux japonais plus élevés rendent le rapatriement du capital encore plus attractif. Washington, Francfort et les marchés actions internationaux dépendent ainsi d’une devise qui a longtemps servi de distributeur automatique à bas coût pour le monde entier.

L’Allemagne a soudainement besoin de chaque acheteur

Pour l’Allemagne, ce déplacement intervient au pire moment. Le frein à l’endettement a déjà été assoupli politiquement à tel point que son nom devient ironique. Pour 2026, près de 97,9 milliards d’euros de nouvelles dettes sont prévues dans le budget principal. En y ajoutant les « fonds spéciaux », l’endettement doit dépasser 180 milliards d’euros. S’y ajoute un fonds spécial pour les infrastructures de 500 milliards d’euros. Berlin a donc besoin, pour des années, d’acheteurs pour d’énormes volumes de dette nouvelle.

Or, ces acheteurs retrouvent désormais des alternatives ailleurs. Si les assureurs ou fonds de pension japonais préfèrent placer leurs milliards au pays, les emprunteurs européens devront offrir des rendements plus élevés. Les premiers signes sont déjà visibles. Quand les taux longs japonais ont fortement augmenté en juillet, les marchés obligataires européens ont eux aussi souffert. Les analystes de la Commerzbank ont explicitement évoqué le risque de rapatriement du capital japonais. L’Allemagne paie déjà nettement plus d’intérêts qu’à l’époque des taux zéro. Chaque dixième de point supplémentaire devient, avec la montée des dettes, une somme réelle. Et ce n’est ni le ministre des Finances ni un fonds spécial qui paiera – ce sera le contribuable.

La France et l’Italie souffrent encore plus de telles hausses de taux. Mais l’Allemagne est dans le même bateau que les autres pays de la zone euro. Si les taux des États très endettés montent plus vite que ceux des Bunds allemands, la BCE sera à nouveau pressée d’intervenir. La zone euro connaît ce scénario. Dès que les marchés recommencent à différencier le risque des dettes souveraines, les responsables politiques européens retrouvent soudainement leur attachement aux fameux « instruments de stabilité ».

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Le yen faible exerce une pression supplémentaire sur l’industrie allemande

Pour l’industrie exportatrice allemande, le yen n’est pas un détail. Un taux de change extrêmement faible donne aux industriels japonais un avantage compétitif substantiel sur les marchés mondiaux. Nomura a calculé qu’environ un tiers de la forte hausse des profits des grands groupes japonais au premier trimestre 2026 était due à la faiblesse du yen. Toyota, Honda et d’autres exportateurs en profitent directement. Honda a vu son bénéfice trimestriel plus que doubler récemment et a cité elle-même la faiblesse du yen comme facteur favorable.

Les concurrents se trouvent notamment à Stuttgart, Munich et Wolfsburg. Les constructeurs allemands font déjà face à des prix de l’énergie élevés, la réglementation européenne, une demande intérieure faible et la concurrence chinoise. Dans le même temps, le Japon vend avec un « rabais de change ». Il en va de même pour la mécanique, l’électronique et de nombreux produits industriels spécialisés. Un yen plus fort ôterait donc au moins une partie de ce désavantage aux exportateurs allemands. C’est ici que le calcul s’inverse: un yen plus fort serait le bienvenu pour les industriels allemands. Mais ce même yen fort peut faire éclater les carry trades, rapatrier le capital japonais et ainsi augmenter les coûts de financement de l’Allemagne. Le Japon agit donc sur deux leviers très différents de l’économie allemande.

Le grand effondrement du dollar n’a pas lieu – pour l’instant

La disparition annoncée du dollar n’apparaît, pour l’instant, guère dans les chiffres sur les réserves. À long terme, la devise américaine a certes perdu du terrain, mais au premier trimestre 2026, sa part dans les réserves mondiales a même augmenté, selon le FMI, de 56,42 % à 57,13 %. L’euro est passé sur la même période de 20,38 % à 20,03 %. Ceux qui voient déjà le dollar à l’agonie doivent donc interpréter les chiffres de manière très généreuse. Le vrai problème de Washington est ailleurs: les Treasuries américains doivent trouver chaque année des acheteurs en quantités gigantesques – et c’est justement le Japon, jusqu’ici l’un des principaux acheteurs, qui retrouve des taux attractifs chez lui.

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L’or reste néanmoins recherché. Les banques centrales ont acheté 289 tonnes nettes au deuxième trimestre, et 345 tonnes sur le premier semestre. La Pologne, l’Ouzbékistan et la Chine figurent parmi les plus gros acheteurs. Mais c’est le chiffre semestriel le plus bas depuis 2022. Il n’est donc pour l’instant pas question d’une fuite accélérée de toutes les banques centrales hors du dollar. L’attaque la plus sérieuse contre le modèle financier américain vient actuellement d’un phénomène beaucoup plus banal : le retour des taux d’intérêt au Japon.

Et cela suffit déjà à rendre Washington nerveux. Tokyo détient plus de 1000 milliards de dollars de Treasuries, doit défendre sa monnaie et peut soudain offrir à ses épargnants des rendements inimaginables depuis des décennies. Les Américains réagissent par des soutiens de liquidité, des achats conjoints de yen et la vente de réserves en euros. Quand les États-Unis ont dû choisir ce qu’ils souhaitaient protéger – le dollar, leur marché de la dette ou les sensibilités européennes –, c’est manifestement l’euro qui a été sacrifié en premier.

samedi, 15 août 2026

La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique

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La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Après plus de quatre ans de guerre, un changement remarquable se profile dans le débat sur la politique étrangère américaine: une paix durable ne peut pas être obtenue simplement à partir d'exigences individuelles, de garanties de sécurité et d'accords bilatéraux. Elle doit lier les intérêts de tous les acteurs décisifs, y compris la Russie.

C’est précisément l’objet d’un nouvel article de Matt Waldman et Samuel Charap dans Foreign Affairs ( https://www.foreignaffairs.com/ukraine/how-broker-peace-ukraine ). Rien que la question de départ est mérite le détour: comment un processus de médiation doit-il être structuré pour que des discussions parallèles puissent finalement aboutir à un accord solide?

Les auteurs critiquent la structure actuelle des négociations. Washington, Kiev, Moscou et les gouvernements européens discutent dans différents formats de documents différents. Il manque un cadre de négociation commun dans lequel les questions décisives seraient abordées simultanément et de façon liée.

Cela paraît d’abord technique. En réalité, cela touche au cœur du conflit.

En effet, un compromis entre Washington et Kiev peut être inacceptable pour Moscou. Des concessions à la Russie peuvent, à leur tour, être bloquées à Londres, Bruxelles ou dans certains États membres de l’UE. Garanties de sécurité, sanctions, territoires, stationnement de troupes, reconstruction et future orientation de la politique étrangère de l’Ukraine ne peuvent donc pas être séparés clairement les uns des autres.

Une deuxième idée est encore plus intéressante. Les négociations doivent s’orienter en fonction des intérêts et non seulement des positions publiquement affichées. Cela remet indirectement en question une méthode qui a marqué la diplomatie occidentale pendant des années: dans un premier temps, on formule une solution au sein de sa propre alliance, ensuite on essaie de convaincre l’autre partie de l’accepter.

Or, un accord essentiellement conçu par une partie et ensuite présenté à l’autre reste dépendant de la pression politique et militaire qui en impose l’acceptation.

C’est là que commence la véritable portée géopolitique de l’article: les États-Unis peuvent offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine. Mais si la mise en œuvre concrète de ces garanties crée, du point de vue russe, une menace stratégique permanente, il n’en résulte pas encore la paix. Washington peut, en même temps, promettre à Moscou un allègement des sanctions. Mais une part importante des sanctions est entre les mains de l’UE et du Royaume-Uni.

Ainsi, la nature même des négociations change. Il ne s’agit plus seulement de savoir où, un jour, passera une ligne de cessez-le-feu. Il s’agit de relier territoire, présence militaire, garanties de sécurité, sanctions, forces armées ukrainiennes et future position stratégique de l’Ukraine.

Quiconque relie ces questions se retrouve inévitablement face à une question plus vaste: quel ordre de sécurité doit prévaloir en Europe de l’Est après cette guerre? C’est là que réside l’enjeu politique: pendant des années, la guerre en Ukraine a été traitée en Occident principalement comme un problème dont la solution politique pouvait être définie entre Kiev et ses soutiens occidentaux. La Russie devait, au final, être amenée à accepter cet ordre.

Une telle construction montre clairement ses limites. Les ordres de sécurité ne fonctionnent pas parce qu’ils sont moralement souhaités ou décidés diplomatiquement. Ils fonctionnent lorsque les grandes puissances concernées ont suffisamment de raisons pour ne pas les remettre en question en permanence.

Le débat revient ainsi à un point que l’on cherchait à éviter depuis des années:

La guerre en Ukraine est depuis longtemps plus qu’une guerre pour le territoire ukrainien. Elle fait partie de la lutte pour l’ordre futur du pouvoir et de la sécurité en Europe de l’Est.

Et c’est précisément pour cette raison que la paix sera nettement plus difficile à obtenir qu’un simple cessez-le-feu. On peut négocier sur les lignes de front. Il faudra cependant s’entendre sur un nouvel ordre de sécurité européen.

#geopolitique@global_affairs_byelena

Pourquoi fête-t-on le Ferragosto et l'Assomption en Italie? 

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Pourquoi fête-t-on le Ferragosto et l'Assomption en Italie? 

Aujourd’hui, la fête traditionnelle du Ferragosto, centrée aujourd'hui sur le 15 du mois, mais jadis étendue à tout le mois ou presque, est placée sous le signe du repos et des vacances, mais on y célèbre encore des foires et des fêtes dont la plus importante est l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie.

par Alfredo Cattabiani

Source: https://www.barbadillo.it/58354-tradizioni-di-a-cattabiani-perche-festeggiamo-il-ferragosto/

« En 18 av. J.-C., Auguste, le premier empereur romain, institua aux Calendes du mois les “Feriae Augusti”, les Fêtes d’Auguste, d’où est né le Ferragosto italien. Aujourd’hui, le Ferragosto est fêté le 15 du mois mais les festivités s'étalaient jadis à tout le mois ou presque. Il est désormais placé sous le signe du repos et des vacances, mais on y célèbre encore des foires et des fêtes dont la plus importante est l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie.

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Il n’en allait pas autrement dans la Rome antique, dès l’époque monarchique, lorsque les semaines centrales du mois étaient parsemées de fêtes en l’honneur de certaines divinités, dont Diane, le 13 août.

La déesse, dont le nom était archaïquement scandé “Diana”, et dont la racine signifiait “espace céleste”, avait, entre autres fonctions, celle de protéger les naissances.

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Servius, peut-être pour la rapprocher de la déesse grecque Artémis et ainsi la rendre plus noble, racontait que son simulacre avait été apporté dans le Latium par Oreste: s’étant arrêté dans la forêt d’Aricia, sur les rives de l’actuel lac de Nemi, il y avait fondé un sanctuaire. En réalité, le sanctuaire ne devait rien aux Grecs et reflétait un culte local envers la déesse qui, selon Servius, était “Lune au ciel, Diane sur terre et Proserpine aux enfers”, et semblable en tout à Junon Lucina ou Regina.

Le Tusculan Égée Libius, dictateur de la Ligue scellée entre les peuples latins, remplaça ensuite l’ancien sanctuaire par un temple, centre de la Ligue elle-même.

Dans la forêt autour du temple – Diane était aussi appelée “la reine des forêts” – et gardée par un prêtre singulier, existait à l’époque archaïque un rituel sanglant: tout fugitif pouvait se substituer au prêtre s’il parvenait à approcher un arbre sacré de la déesse et à en détacher une branche – la branche d’or – qui lui permettait de combattre celui qui gardait le sanctuaire et de le tuer. Ainsi, le prêtre, racontait Strabon, “tient l’épée à la main, regardant continuellement autour de lui s’il est attaqué, afin de pouvoir se défendre”.

“Mais la lutte”, ajoutait Pausanias, “n’est pas ouverte aux hommes libres, mais aux esclaves échappés à leurs maîtres”.

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Lorsque Servius Tullius conclut un pacte d’alliance entre les peuples du Latium et Rome, il transféra le centre de la Ligue de la forêt d’Aricia à l’Aventin, y construisant un nouveau temple en l’honneur de Diane (photo).

Mais la tentative de Rome ne dut pas convaincre les alliés, car Tarquin, dernier roi, déplaça de nouveau le centre de la Ligue à la forêt Ferentine, dans le temple de Jupiter Latin sur le mont Albain.

Cependant, la Fête de Diane resta célébrée au temple de l’Aventin, où se rendaient, au matin du 13 août, maîtres et serviteurs, sans distinction de caste. Les femmes, qui durant l’année avaient l’habitude de suspendre aux murs du sanctuaire des tablettes votives et de consacrer leurs vêtements à la déesse, l’invoquaient surtout comme “Diana Lucina”, protectrice des accouchements (illustration, ci-dessous).

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Le même jour avait lieu, dans un bois de lauriers sur l’Aventin, au centre duquel se trouvait un petit temple, la fête en l’honneur de Vortumnus (illustration, ci-dessous), dieu chargé de la transformation et du changement cyclique qui déterminait les saisons et faisait mûrir les fruits.

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“Grâce à moi”, lui faisait dire Properce, “les grappes des premiers raisins deviennent bleutées, l’épi se gonfle de sève. Tu peux voir ici les douces cerises, les prunes d’automne, les mûres rougies par le soleil d’été ; ici, les greffeurs viennent, couronnés de fruits, pour payer leur vœu.”

7e1b01631273de8f61173259da7f40a9.jpgLe 17 août suivaient les fêtes en l’honneur de Portunus, dieu des ports et des portes, apparenté à Janus, également célébré ce jour-là ; et le 19, les “Vinalia Rustica” dédiées à Vénus.

Temple de Portunus à Rome.

“On donne le nom de Vinalia rustica au 19 août”, expliquait Varron, “parce que ce jour-là on dédia un temple à Vénus, et à cette déesse sont sacrés les jardins: c’est pourquoi c’est un jour férié pour les jardiniers.”

En même temps, on annonçait la future vendange.

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Le 21 du mois d’Auguste était au contraire consacré à Consus, dieu de la récolte engrangée ; le 23 à Ops Consiva, l’abondance agricole personnifiée (statue, ci-dessous).

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Enfin, les foires d’août se concluaient par un autre sacrifice à Vortumnus. »

(extrait de “Ferragosto” dans “Aestas”, chapitre VII du “Calendario”)

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Quelles pistes pour une renaissance européenne?

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Quelles pistes pour une renaissance européenne?

Après la partie I : Retour aux sources, la nostalgie de l’Europe
et la partie II : La Belgique traditionnelle résiste-t-elle à l’uniformisation wokiste ?,
voici le troisième et dernier volet de cette série consacrée à la Belgique, considérée comme l’un de mes pays d’origine mais aussi, plus politiquement, comme siège des institutions européennes, série intitulée Fragments d’Europe : la Belgique dans l’œil du cyclone.
Chacun des volets composant cet article peut être lu séparément, mais l’ensemble peut apporter une quatrième dimension tout aussi significative.

L’Europe n’est pas l’Occident : elle est son antithèse

En réalité, ce titre : Quelles pistes pour une renaissance européenne ? n’est pas tout à fait conforme à la longue histoire de l’Europe : il ne s’agit pas d’une « renaissance européenne » ; pour qu’il y ait une renaissance, il faut d’abord qu’il y ait eu une naissance ; l’Europe unie, solidaire dans la diversité de ses peuples et se reconnaissant un socle ethnique commun, une histoire commune, des mœurs communes, un destin commun et un avenir — un projet —commun, n’a jamais existé.

e5ff63fbd8a5d4e71f3acd736533d808.jpgTout au long des siècles, voire des millénaires, les peuples européens n’ont cessé de s’étriller, de s’écharper, de se massacrer mutuellement. Cette attitude tient à l’esprit européen fondamentalement rebelle et querelleur, certes, mais aussi plein de contradictions ; le type d’homme européen peut être un anticonformiste avéré et fier de l’être (de nos jours totalement minoritaire), ou un bien-pensant bourgeois conservateur et formaliste, tel celui qui a facilement succombé à la propagande, certes massive, qui s’est abattue sur l’ensemble des peuples européens avec une accélération au début des années 2020 (fausse pandémie et faux vaccins en ont été les principaux vecteurs et supports).

Pour prendre un exemple plus ancien, la France celtique, composée de dizaines de tribus gauloises perpétuellement en guerre les unes contre les autres, n’a jamais réussi à se rassembler contre l’ennemi commun: Rome, et il faut souligner le courage des résistants gaulois qui, sous la conduite de Vercingétorix, ont osé se lever contre un ennemi largement plus fort parce que militairement plus structuré ; les autres Gaulois sont devenus des Gallo-romains, en clair, des collabos de l’envahisseur. Nous retrouverons la même configuration lors de la Deuxième Guerre Mondiale où les résistants qu’on dirait aujourd’hui « de plateau » (télé) se sont soudain révélés, à la fin de la guerre, bien plus nombreux que les vrais, ceux qui ont risqué leur vie dans les combats et l’y ont souvent laissée.

e8244564b6d582cbd79eded228968ddf.jpgUne suite de « coïncidences significatives »

Je veux ici évoquer le concept de « synchronicité » élaboré par Carl Gustav Jung (portrait, ci-contre).

Je soutiens l’idée, dans le premier volet de cette série de trois articles, appelé Retour aux sources, la nostalgie de l’Europe, que l’Europe n’a existé qu’une seule fois, en 1830, lorsque l’ensemble des Européens, excédé par les exactions des pirates barbaresques qui écumaient la Méditerranée et, au-delà, les côtes européennes, à partir de leurs bases situées en Algérie, décida de monter une opération d’envergure contre ces esclavagistes-rançonneurs, opération confiée à la France qui assuma l’ensemble de la réalisation ; la quasi-totalité des pays européens approuva cette intervention(1), si ce n’est quelques réticences ambigües des habituels blancs non-Européens, les Anglais, qui jouaient leur tout aussi habituel double-jeu.

Quelques remarques à propos de cette opération hautement symbolique :
• La Russie, d’où sont issus les premiers Européens, approuva cette opération « spéciale » et se joindra à cette coalition.
• la date, 1830, fut à la fois la date de naissance de l’Algérie, celle de la naissance de la Belgique, celle de la seule opération commune européenne, la seule fois où les peuples européens seront unis contre un ennemi commun et qui reste actuellement, pour les Européens, le plus grand ennemi commun : l’islam fanatique et conquérant, instrumentalisé à notre époque en partie par la coalition occidentale et en partie par ses propres démons(2).
• L’Europe dite « de Bruxelles » deviendra ensuite l’ennemie de la véritable Europe des peuples, mais aussi l’ennemie de la plus grande partie du véritable territoire européen qui inclut l’immense Russie, qui fut également le berceau des plus anciens Européens.

Je n’ai jamais cru au hasard, j’ai toujours été attentif aux signes qu’envoient quotidiennement les dieux pour nous indiquer le chemin. La synchronicité est l’un des canaux par lequel Dieu, ou les dieux, nous adressent des messages.
• Les premiers Européens sont apparus en Russie, il y a 6000 ans, sur ce territoire tellement haï par les faux dirigeants « européens » actuels (et l’on commence à comprendre pourquoi(3)), entre l’embouchure du Danube et le fleuve Oural, au bord de la mer Noire, fondant la culture des Kourganes(4).

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En remontant bien plus loin dans le temps, les Européens sont les héritiers des Hyperboréens, encore quelques milliers d’années auparavant ; c’est la vision primordialiste : le monde est issu d’une civilisation originelle primordiale dont les vestiges sont situés désormais sous la calotte glaciaire de l’Arctique, qui a essaimé ses connaissances sur toute la planète ; toutes les civilisations en sont issues(5).

L’Occident comme déclin

Je reprends ici le titre d’un livret de Guillaume Faye paru en 1984 aux éditions du Labyrinthe qui commençait ainsi : « La vieille tradition se trompe : l’Occident n’est plus européen, et l’Europe n’est plus l’Occident. Dans sa marche vers l’ouest, le soleil de notre civilisation s’est terni.
Parti d’Hellade, investissant l’Italie, puis l’Europe occidentale, puis l’Angleterre et, enfin, ayant traversé les mers, s’étant installé en Amérique, le centre de ʺl’Occidentʺ s’est lentement défiguré. Aujourd’hui, comme le comprit Raymond Abellio, c’est la Californie qui s’est instaurée comme épicentre et comme essence de l’Occident. Terre pacifiée des bords du Pacifique, elle est le symbole de ce bonheur où meurt notre civilisation ; terre de la fin de l’histoire, et terre hollywoodienne du simulacre, elle marque l’asymptote qui monte jusqu’à la folie, de la société marchande, de la société du spectacle et du cosmopolitisme
. »

Guillaume Faye - Occident comme déclin Oswald Spengler - Déclin Occident

Il y a plus d’un siècle, Oswald Spengler a écrit un livre capital paru en 1916 après dix ans de recherches, où il décrit la fin de notre civilisation: Le déclin de l’Occident, mais c’est à cette époque-là que l’Occident a commencé à produire ses plus néfastes effets. L’Occident est né du rejet par les Américains de leurs racines européennes; Spengler a décrit le génie spécifique des différents peuples européens avec une minutie, une justesse et une érudition qui laissent pantois, mais l’Europe n’est pas l’Occident ; le schéma bien connu de Spengler : naissance-culture-civilisation où la culture apparaît comme l’apogée et la civilisation comme le déclin, semble couler de source mais Spengler a confondu le déclin de l’Occident avec le déclin de l’Europe.

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Le même Guillaume Faye que je citais plus haut, écrivait déjà en 1980 : « La civilisation occidentale n’est pas la civilisation européenne. Elle est le fruit monstrueux de la culture européenne, à laquelle elle a emprunté son dynamisme et son esprit d’entreprise, mais à laquelle elle s’oppose fondamentalement. »

D’accord avec Guillaume Faye, je dirais que le génie européen n’a aucun rapport avec le déclin de l’Occident ; l’Europe n’est pas en déclin, elle n’a même pas commencé à naître et ses valeurs se sont à peine étendues sur le monde(6), à l’instar de la civilisation primordiale dont elle est issue, que son élan a été bloqué par les puissances satano-mondialistes qui l’ont considérée comme leur ennemi de prédilection.

Car l’Occident est une fabrication démoniaque de fin de cycle, constituée d’un triptyque, une hydre à trois têtes :
• L’Israël sioniste,
• l’Amérique,
• et ce machin, comme dirait de Gaulle, qui s’appelle « l’Union européenne » qui n’a absolument rien d’Européen.

L’Occident n’existe pas : c’est une chimère, une création artificielle :
• l’Amérique est une création des Européens biblistes puritains chassés d’Europe qui ont identifié leur histoire à celle des Juifs chassés d’Égypte, en en reprenant tous les codes, les prénoms, les us et les coutumes.
• la fausse Europe, dite « Union européenne », ou « L’Europe de Bruxelles », est une création des Américains à la fin de la deuxième guerre mondiale, dirigée à la fin de la guerre en partie par d’anciens nazis recyclés par la CIA et, actuellement, par des Young leaders formés par la French American Foundation, comme Emmanuel Macron, Jean-Noël Barrot, François Hollande, Laurent Wauquiez, Alain Juppé ou Édouard Philippe (et bien d’autres) en France. Nous retrouvons là les noms de quelques-uns des principaux destructeurs-fossoyeurs de la France.

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• Israël est une création des Britanniques, à la fin de cette même guerre. L’Israël sioniste n’est pas l’Israël des Juifs traditionnels ; le sionisme israëlien n’est même pas majoritairement constitué de Juifs d’origine mais de Khazars, d’Ashkénazes, des slaves convertis au judaïsme au Ve siècle.

Alors, quel avenir pour l’Europe ?

Mon voyage au cœur de la Bête (la Belgique, capitale de « l’Europe ») m’a permis de prendre son pouls ; elle n’était pas encore immonde (la Bête) avant que je découvre que les plus grandes villes belges arboraient les drapeaux de la honte et de la décadence contemporaines (le drapeau ukrainien, le drapeau LGBTQ, le drapeau « européen »). Il n’y a pas de drapeau européen reconnu et accepté par les peuples européens, pour les autres…

 

Les drapeaux de Bruges place du Palais de justice : drapeau de l’Ukraine, de Bruges, drapeau LGBTQ, drapeau de la Flandre, drapeau de la Belgique

Les drapeaux de Bruges place du Palais de justice : drapeau de l’Ukraine, de Bruges, drapeau LGBTQ, drapeau de la Flandre, drapeau de la Belgique

Au vu de ce constat, dans n’importe quel cas de figure de l’une des hypothèses que je vais évoquer ci-après, les Européens ne s’en sortiront pas sans dommage. Mais j’espère que les premières lueurs du nouveau cycle viendront très vite effacer les mauvais souvenirs.

Certains se consoleront en sachant que cette configuration catastrophique — les bouleversements qui apparaissent immanquablement lors d’une fin de cycle, qu’ils soient d’origine naturelle ou provoqués par des humains (ou des pseudo-humains) — affectera l’ensemble de la population terrestre mais les modalités de ce séisme seront différentes selon les peuples concernés, leur mode de vie, la géographie, le degré de manipulation et de soumission exercé contre ces populations par leurs propres dirigeants, etc.

Si je limite mes considérations au seul cas spécifique européen, je vois trois pistes :
• le suicide programmé, une agonie lente et silencieuse,
• la guerre civile raciale, une hypothèse élaborée par Guillaume Faye,
• la guerre civile européenne voulue par les dirigeants européens qui, sous la pression des Otano-sionistes, provoquent en permanence la Russie pour qu’elle entre en guerre, des dirigeants suffisamment stupides pour ne pas comprendre que la Russie pourrait éliminer physiquement la totalité de l’Europe en quelques minutes.

Ces trois cas de figure peuvent évidemment se conjuguer et s’interpénétrer.
1. Suicide programmé : une agonie lente et silencieuse
D’une manière générale, les « Occidentaux », et plus précisément les Européens, ont été conditionnés à accepter un suicide général qui se décline de diverses façons :
• importations en masse de populations allogènes criminelles qui pratiquent quasi-impunément meurtres, assassinats, vols, viols, attentats, lynchages des populations obligées de les accueillir et de subir leurs méfaits(7).
• agressions institutionnelles : avortements, euthanasie, épandages chimiques, guerres, génocides, création de faux vaccins, fabrication de vraies pandémies…

La culture de mort est la plus facile à mettre en œuvre(8). Dans ce cadre, nos dirigeants agissent au grand jour et ne s’en cachent même pas ; ils font voter légalement leurs députés acquis à leur cause qui organisent ainsi la mort douce de nos anciens(9) façon « Soleil vert » ou sournoise façon Rivotril.

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Ces gens qui ont accepté, dans les années 2020 toutes les contraintes sans broncher: confinements, masques, faux vaccins, pass sanitaire, prescriptions absurdes… étaient près de 80% de la population française; autant dire que ces personnes hantées par leur idée de sauvegarder à tout prix la moindre parcelle de leur confort vont mourir à petit feu devant leur poste de télévision à ingurgiter toutes les balivernes déversées par les médias. Comme disait Schwab : « Vous ne posséderez rien et vous serez heureux ». Le Meilleur des Mondes.

Ces gens-là sont donc déjà condamnés à disparaître, et peut-être plus vite qu’ils ne l’auraient espéré, soit par le biais des gouvernements en place qui appliquent les ordres de l’Ordre mondial dont le principal objectif reste la dépopulation planétaire par tous moyens(10), soit sous le couteau des hordes islamiques (ce qui est un moyen de dépopulation parmi d’autres) si une guerre civile raciale se déclenche, parce qu’ils sont les plus faibles et donc les plus vulnérables et donc les moins dangereux à attaquer, soit, de l’autre côté, par les résistants(11) qui les considèreront comme des traîtres alors que ce ne sont que des crétins lâches, égoïstes et rabougris. Pour Guillaume Faye, il s’agit là de « l’émasculation mentale des Français de souche, comme des autres Européens de l’Ouest, unique dans le monde et à travers les âges. » (La Guerre civile raciale, p.58).

 

Guillaume Faye - Pierre-Emile Blairon

Guillaume Faye (à gauche) avec Pierre-Émile Blairon

2. La guerre civile raciale, l’hypothèse de Guillaume Faye

C’est un autre titre d’ouvrage de Guillaume Faye, son dernier livre qui a été édité à titre posthume ; je l’avais acheté à son éditeur au cimetière, le jour de l’enterrement de Guillaume.

Guillaume Faye avait aussi émis trois hypothèses mais qui ne concernaient que la guerre civile raciale: soumission, défaite ou victoire. « La première, la pire, serait celle de la soumission. Si, face aux envahisseurs et agresseurs étrangers, les Français blancs ne se défendent pas, il n’y aura pas de guerre. Ce sera le pourrissement, l’effondrement sans vrai combat, ni vengeance isolée. La deuxième hypothèse, et elle est terrible, angoissante, impensable, c’est l’éclatement d’une guerre civile raciale avec défaite des autochtones français et autres Européens ethniques, ayant contre eux leur propre État collabo(12). La troisième hypothèse, c’est celle d’une guerre civile victorieuse, avec bien sûr des conséquences historiques incalculables, dont l’effondrement de tous nos paradigmes politiques. » (p.69).

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J’aurais aimé que Guillaume soit encore en vie pour voir Citizen Vigilante(13), ce film promu par Elon Musk qu’il a diffusé gratuitement sur l’ensemble de la planète pendant quelques jours ; on peut critiquer la réalisation du film sur le plan technique, selon certains commentateurs (je n’y ai pas trouvé grand-chose à redire), mais ces critiques sont là surtout pour minimiser le choc que provoque le film qui brise tous les tabous au sujet de l’inefficacité de la police, de la corruption de la justice et de la protection des délinquants par la classe politique et les médias aux ordres, tous aspects qui sont clairement exposés dans ce film sans aucune sorte de retenue et qui suggère une réponse radicale aux agressions perpétrées par les délinquants allogènes.

Aujourd’hui même, 5 juillet 2026, à Narbonne, Amandine Chaudier, la mère de Louis, lynché à mort par une bande de racailles, est intervenue lors d’une « marche blanche »(14) : « « Aujourd’hui, la justice des hommes telle qu’elle est écrite ne me convient pas. Je vais me battre pour que justice te soit rendue. » La mère de Louis, 17 ans, lynché à mort à Narbonne, a réclamé « 30 ans de peine ferme, incompressible, définitive » pour les meurtriers de son fils, à l’issue d’une marche blanche organisée sur les lieux de l’agression. » (France Info).

3. La guerre civile européenne
Je ne vais pas revenir sur les circonstances de l’intervention de la Russie pour protéger les habitants russophones et russophiles d’une région de l’Ukraine, le Donbass, massacrés quotidiennement par les forces otano-kieviennes depuis 2014 jusqu’à l’opération spéciale décidée par Vladimir Poutine en 2022 pour les protéger et faire cesser ces exactions. Le nombre des victimes des agresseurs otano-ukrainiens est évalué à 15.000 morts civils.

Nos dirigeants européens, prétextant l’invasion illégale du territoire ukrainien par la Russie tiennent absolument à lui faire la guerre; ils oublient quand même qu’un traité (Minsk) a été signé et qu’il a été bafoué, de l’aveu même du président Hollande qui avait déclaré qu’il cherchait juste du temps pour préparer l’armement de l’Ukraine(15).

En réalité, les Pieds-Nickelés (les dirigeants européens qui étaient trois à l’origine mais qui ne sont plus que deux : Macron et Merz, Starmer ayant été mis hors-jeu) ont eu l’idée de ressusciter une vieille doctrine du XIXe siècle qui professe le prométhéisme (une doctrine politique qui n’a pas grand-chose à voir avec le personnage mythique) dont le projet consiste à créer une nouvelle Europe toujours liée à l’Amérique mais sans … la Russie(16).
Comme ces deux lascars, fermement soutenus par deux folles : von der Leyen et Kallas, sont aussi têtus que stupides, ils finiront peut-être par y arriver.

 

Ursula von der Leyen - Kaja Kallas

Kaja Kallas et Ursula Von der Leyen

Il y aura donc inévitablement une guerre nucléaire mais pas comme on l’imagine. Selon Gérard Chevrier, dès les premières attaques des Pieds-Nickelés contre la Russie, cette dernière répliquera en envoyant des missiles à tête nucléaire mais Chevrier nous rappelle qu’il existe toutes sortes de bombes nucléaires de différentes puissances, lancées à différentes hauteurs qui n’impliquent pas forcément la destruction du monde, ni même d’une ville, à condition de savoir s’en servir(17).

Je ne sais pas choisir entre ces trois éventualités ; je pense qu’il y aura vraisemblablement une conjonction de ces trois calamités à plus ou moins forte intensité qui affectera l’Europe qui n’échappera pas à son destin.

Dans le pire des cas, des archéologues du 80e siècle trouveront quelques traces d’une haute civilisation qui aurait existé quelques milliers d’années plus tôt mais ils seront tout aussi moqués que Schliemann quand il n’avait pas encore découvert Troie, ou raillés comme ceux qui cherchent toujours l’emplacement de l’Atlantide.

Pierre-Émile Blairon

Notes: 

(1) « Afin de marquer leur approbation à l’expédition punitive, les États européens ont détaché des officiers auprès de Bourmont. Le colonel du génie Filosoloff et le lieutenant Doubenski représentent la Russie de Nicolas Ier, le prince Schwarzenberg l’Autriche de François Ier. Le grand-duc de Toscane a dépêché le chevalier Mazzi et Ferdinand VII d’Espagne don Guerrero de Torres, don Villalonga, don Lasanca, don Soria et les comtes de Mirasol et de la Porterie. » (Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, 1830-1848, éditions Tempus, 2004)

(2)  Voir mon article du 17 octobre 2020 : Terrorisme islamique et terreur sanitaire : le monde pris dans l’étau de Big Brother

Pierre-Emile-Blairon-Convergences-malefiques.jpg(3) Ces « chefs d’État » qui dirigent actuellement l’Europe sont des imposteurs à la solde des satano-mondialistes. La fin d’un cycle est caractérisée par deux phénomènes qui semblent antagonistes mais qui se complètent : l’Apocalypse et la Révélation ; ces événements sont presque simultanés, mais la Révélation suit de très près l’Apocalypse - une fausse victoire des forces du Mal - par laquelle le monde doit inévitablement passer d’abord ; ces forces maléfiques seront anéanties pour laisser place à la Révélation. L’Âge de Fer est immédiatement remplacé par l’Âge d’Or. J’emploie un vocabulaire à la fois traditionnel-primordialiste et chrétien ; il n’y a pas incompatibilité ; la Tradition primordiale inclut toutes les spiritualités authentiques du Monde. Voir mon livre Les convergences maléfiques, Amazon, 2026.

(4) Voir mon article du 4 mars 2023 : L’Ukraine, berceau et tombeau des Européens, inclus dans mon livre : Les Stratégies du mensonge, p. 138, paru en 2026 chez Amazon

(5) Voir mon article du 13 septembre 2024, La Prophétie du Grand Monarque, inclus dans mon livre : La Satanisation du Monde, p. 131, Amazon 2024

Pierre-Emile-Blairon-Haute-trahison-couverture.jpg(6) Les ennemis de la véritable Europe n’ont pas de valeurs ; toute grande culture, toute grande civilisation est fondée sur des valeurs spirituelles qui se dégradent, au fil du temps, dans les émanations morbides des matières organiques en décomposition qu’engendrent, in fine, le matérialisme. Voir mon article du 9 février 2025 sur les valeurs européennes qui vont à l’encontre des anti-valeurs républicaines, révolutionnaires, démocratiques dont on nous rebat les oreilles en permanence : L’être « sigma » : manipulation CIA-woke-LGBTQ+ ou résurgence des valeurs chevaleresques? inclus dans mon livre Haute trahison, p.234, Amazon 2026.

(7) On se souvient du meurtre de ce jeune Anglais, Henry Nowak, poignardé par un immigré indien dans la nuit du 3 décembre 2025 : « Le rôle de la police dans l’affaire du meurtre de Henry Nowak, un étudiant blanc de 18 ans poignardé à mort à Southampton (sud) par Vickrum Digwa, un jeune homme sikh de 23 ans, a suscité l’indignation au Royaume-Uni, et des accusations de partialité de la part de l’extrême droite. Les agents ont d’abord cru le meurtrier, qui prétendait, à tort, avoir été victime d’une agression raciste de la part de l’étudiant. Au lieu de porter secours à Henry Nowak, qui leur disait avoir été poignardé et se plaignait de ne plus pouvoir respirer, les policiers lui avaient passé les menottes en lui signifiant son arrestation, peu avant qu’il ne succombe à ses blessures. » (Sud-Ouest du 1er juillet 2026).

Nous avons ici un parfait exemple de ce que Guillaume Faye appelle l’ethnomasochisme.

https://www.facebook.com/watch/?v=2445749542574292

(8)  Voir mon article du 5 mars 2024 : L’avortement gravé dans le marbre de la Constitution : Pulsion de mort ou suicide assisté de la France ?

(9) Dans  toutes les cultures traditionnelles, les anciens sont considérés comme un réservoir précieux de connaissances destiné à éduquer les jeunes générations et à perpétuer la mémoire des peuples dont ils sont issus.

(10) Les « êtres différenciés », comme les appelait Evola: au maximum 20% de la population de souche, mais on sait que ce sont les minorités actives qui créent le monde et qui font l’Histoire.

(11) https://odysee.com/@Rediffusions.com:0/Citizen.Vigilante.2026.VOSTFR.:e

(12) Intervention de la mère de Louis à Narbonne : https://www.facebook.com/reel/1023907800556337?locale=fr_FR

(13) Voir mon livre Les Convergences maléfiques, p.74 et suiv. Amazon, 2026.

(14) https://www.facebook.com/reel/2799699787047961?locale=fr_FR

(15) Lire dans nos colonnes : Hollande et Merkel : responsables de la guerre en Ukraine du 13 décembre 2022.

(16) Voir mon livre Les Convergences maléfiques, p.74 et suiv. Amazon, 2026.

(17) L’Union Européenne va réussir à déclencher la guerre avec la Russie /Gérard Chevrier – 30 juin 2026
https://www.facebook.com/reel/2799699787047961

 

vendredi, 14 août 2026

Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

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Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Dans le magazine britannique The Spectator, Tom Switzer met en garde contre un nouveau cataclysme, façon 1914. Ukraine, Iran, mer Rouge, Taïwan, mer de Chine méridionale, Corée, Inde et Pakistan: de plus en plus de crises pourraient se lier, des erreurs de calcul pourraient entraîner une escalade régionale après l’autre – jusqu’à la perte de contrôle.

Cette idée n’est pas nouvelle. Ce qui est plus intéressant, c’est pourquoi ces conflits, pourtant très éloignés les uns des autres, sont liés entre eux.

Le lien, selon Switzer, ce sont les États-Unis. La guerre contre l’Iran consomme des avions, des système de défense antiaérienne, des missiles et des munitions. Le soutien à l’Ukraine mobilise en partie les mêmes ressources,qui sont limitées. Plus Washington a besoin de moyens au Moyen-Orient et en Europe, moins il en reste pour la dissuasion de la Chine dans l’Indo-Pacifique.

Switzer décrit ainsi assez précisément le talon d’Achille de l’ordre actuel: les États-Unis ont des obligations mondiales, mais ne disposent pas de ressources illimitées. Sa conclusion est cependant que c’est précisément pour cette raison que le leadership américain est nécessaire. L’ordre international libéral ne peut pas se maintenir tout seul. Les règles ont besoin de quelqu’un pour les faire respecter. Sans une Amérique désireuse et capable de le faire, l’ordre est mis sous pression.

Mais de quel ordre parlons-nous exactement ?

Si les États-Unis doivent contenir simultanément la Russie en Europe, l’Iran au Moyen-Orient et la Chine en Asie de l’Est, une surcharge pour Washington ne signifie pas nécessairement la fin de tout ordre international.

Cela signifie la fin d’un ordre bien précis: celui de la Pax Americana. Pour l’Allemagne en particulier, cette distinction est révélatrice: en effet, un recul de la domination américaine ne signifierait pas qu’il n’y aurait soudainement plus de politique de puissance sur le continent européen. Au contraire. L’Allemagne, la France, la Pologne, le Royaume-Uni, la Russie et les États intermédiaires devraient ajuster beaucoup plus directement leurs intérêts, leurs besoins de sécurité et les rapports de force entre eux. Cela ne serait pas automatiquement pacifique. La transition pourrait même être dangereuse. Mais à long terme, il pourrait en émerger un ordre européen fondé davantage sur les rapports de force et les intérêts réels de ce continent, au lieu de rester dépendant de la manière dont Washington répartit ses priorités mondiales entre l’Europe, le Moyen-Orient et le Pacifique.

C’est une question fondamentale pour l’Allemagne. Car tant que l’architecture de sécurité européenne est essentiellement organisée par les États-Unis, la sécurité allemande reste inévitablement liée aux intérêts américains hors d’Europe. Un conflit à propos de Taïwan deviendrait alors indirectement une question de sécurité européenne. Une guerre contre l’Iran influencerait les ressources militaires disponibles pour l’OTAN. Et un changement de priorités américain vers le Pacifique modifierait immédiatement la situation stratégique de l’Allemagne.

La puissance mondiale américaine protège l’Europe, mais elle lie aussi l’Europe à la stratégie globale de Washington.

En Asie de l’Est également, un retrait américain ne laisserait pas simplement un vide que la Chine remplirait. Le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Australie auraient un intérêt bien plus fort à contrebalancer la Chine par eux-mêmes. Au Moyen-Orient, l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël devraient organiser davantage l’équilibre régional entre eux. Le monde deviendrait peut-être plus agité et régionalisé. Mais c’est justement cette régionalisation qui pourrait, à long terme, empêcher que chaque conflit local ne devienne automatiquement une question de puissance américano-russe ou américano-chinoise. Et c’est ici que la comparaison avec 1914 devient intéressante. À l’époque, des mécanismes rigides d’alliances ont fait qu’une guerre régionale est devenue, en quelques semaines, une guerre entre grandes puissances. Aujourd’hui, il existe une autre forme de couplage: les États-Unis sont présents simultanément dans presque toutes les zones de conflit majeures.

Ainsi, Switzer décrit involontairement autre chose: la Russie, la Chine et l’Iran n’ont pas besoin d’un pacte militaire commun pour mettre l’ordre américain sous pression. Ils n’ont même pas besoin de coordonner entièrement leurs politiques.

Il suffit que chacun agisse là où résident ses propres intérêts: la Russie mobilise des forces en Europe. L’Iran le fait au Moyen-Orient. La Chine oblige Washington à garder des réserves dans le Pacifique.

Trois États, trois intérêts, trois théâtres, mais la même base de puissance américaine.

C’est sans doute le véritable changement de notre époque. Les adversaires de la Pax Americana n’ont pas besoin de vaincre l’Amérique ensemble. Ils doivent simplement faire en sorte que Washington tente de rester suffisamment fort partout à la fois.

Et pour l’Allemagne, une question se pose alors, qui va bien au-delà de Trump, de l’Ukraine ou de l’Iran :

Voulons-nous attendre de voir quelle partie de son ordre mondial Washington pourra encore défendre à l’avenir, ou commencerons-nous un jour à penser un ordre européen selon nos propres intérêts ?

#geopolitique@global_affairs_byelena

Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

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Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

Magdebourg/Berlin. L’alliance Sahra Wagenknecht (BSW) se positionne en Saxe-Anhalt comme un partenaire potentiel de l’AfD pour promouvoir un changement de gouvernement. L’AfD est créditée d’environ 40% dans les sondages depuis des mois, tandis que la CDU du ministre-président Sven Schulze atteint environ 24%. Explicitement, le BSW n’exclut pas une coopération avec l’AfD.

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Les têtes de liste Claudia Wittig et Thomas Schulze ont formulé six projets comme base d’une éventuelle coopération. Il s’agit notamment de plus d’enseignants et de temps d’apprentissage commun plus long, d’une allocation régionale pour les soins, ainsi que d’un renforcement de la police régionale à un effectif d'au moins 7000 agents d’ici 2028. S’y ajoutent une initiative au Bundesrat pour des livraisons de gaz et de pétrole à prix réduit en provenance de Russie, la résiliation du contrat d’État sur les médias et une réforme fondamentale de l’audiovisuel public.

Wittig a déclaré: «Ce n’est que si le BSW entre au parlement régional que le prochain mandat du ministre-président CDU pourra être évité. L’AfD n’y arrivera pas seule».

La fondatrice du parti, Sahra Wagenknecht, mise, elle aussi, sur un changement de pouvoir. «Le changement ne viendra qu’avec le BSW! Notre objectif électoral est la destitution du titulaire CDU et son remplacement par un ministre-président sans étiquette, qui mettra fin à l’idiotie du cordon sanitaire». Schulze ne recevra aucune voix du BSW. Son départ serait, selon Wagenknecht, «la prochaine gifle méritée pour Friedrich Merz et probablement la fin de son mandat de chancelier désastreux».

Le politologue Oliver Lembcke, de l’université de la Ruhr à Bochum, y voit un signal stratégique adressé aux électeurs. Un vote pour le BSW pourrait permettre un changement de gouvernement. Si l’AfD a besoin d’un partenaire, le BSW se présente en même temps comme un possible faiseur de majorité (rk).

Source: Zu erst, Août 2026.

Cuba, le troisième front

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Cuba, le troisième front

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/il-terzo-fronte/

Miguél Díaz-Canel est le président de Cuba. Peu connu du grand public occidental, qui reste le plus souvent ancré dans la mythologie des Castro.

Cuba, aujourd’hui, est une réalité complexe. Bien au-delà des mythologies de nos castristes de salon. Une réalité en devenir, en pleine transformation, souvent tourmentée.

Le projet de Fidel de créer un État fondé sur une économie solidaire, différente du libéralisme sauvage qui domine le continent américain, conserve encore une certaine vitalité et validité. Et pourtant, il peine, ce projet, surtout parce qu’il est isolé.

Castro n’était pas marxiste. Même si les circonstances de l’histoire l’ont contraint à se rapprocher de l’URSS pour survivre à la pression des États-Unis.

En réalité, il s’agissait avant tout d’une révolution nationale, pour racheter Cuba, alors réduite à un gigantesque bordel aux mains des mafias américaines.

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Une révolution qui ne fut pas particulièrement sanglante. Car le régime de Batista s’effondra de lui-même, emporté par la corruption et ses contradictions internes.

Puis, il y eut la tentative de Kennedy de reprendre le contrôle de la grande île. Elle échoua lamentablement.

La Baie des Cochons fut l’un des pires épisodes de l’histoire occidentale. Et des centaines de jeunes Cubains, encadrés et armés par la CIA, furent envoyés au massacre. Puis abandonnés.

Washington, cependant, a la mémoire longue. Et n’a jamais totalement renoncé à reprendre le contrôle total de Cuba.

Et aujourd’hui, avec Trump, l’étau se resserre autour du régime cubain.

Il l’étouffe, dans le but de forcer La Havane à revenir complètement dans son orbite.

C’est un étau mortel. Qui ne permet même plus à Cuba de maintenir son système de santé, fierté et orgueil du régime. Et cet étau accule de plus en plus un système déjà éprouvé par l’isolement.

Naturellement, Cuba peut compter sur l’aide de la Russie et de la Chine.

Moscou envoie des marchandises, et surtout des pétroliers, pour tenter de ravitailler la Grande Île caribéenne.

Pékin procède à l’installation de systèmes de production d’énergie solaire, afin de pallier le manque de sources capables d’alimenter le système cubain.

Cependant, les difficultés de Cuba semblent s’accroître. Washington est déterminée à l’étouffer et à reprendre le contrôle.

Díaz-Canel tente, de plus en plus désespérément, de faire savoir au monde ce qui est en train de se passer.

En jeu, il n’y a pas seulement son régime.

Ce qui est remis en cause, c’est la possibilité même de l’existence d’un système politique indépendant des États-Unis dans leur sphère d’influence directe.

Cuba est le Troisième Front de la guerre mondiale, asymétrique, qui se déroule sous nos yeux.

Des yeux qui, trop souvent, ne veulent pas voir la réalité. Ni la reconnaître.

18:03 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, cuba, caraïbes, castrisme, amérique ibérique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’Axe Eurasiatique

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L’Axe Eurasiatique

Alexandre Douguine

Animateur : Le premier sujet, et sans doute le plus important et le plus discuté actuellement, c’est la reprise de l’affrontement entre les États-Unis et l’Iran, dont la phase active, pour parler en ternes relatifs, dure déjà depuis 7 à 8 jours. Le cessez-le-feu temporaire qui avait été signé n’est plus en vigueur. Et à l’heure actuelle, nous observons le tableau suivant : les deux pays échangent des frappes, mais de manière assez retenue, me semble-t-il — mais je me trompe peut-être. Nous aimerions savoir à quoi nous attendre par la suite, car il y a maintenant plusieurs hypothèses: soit ils échangent quelques tirs puis rétablissent un cessez-le-feu, soit, au contraire, tout cela conduit à une escalade encore plus grande, et pour l’instant les parties ne font qu’attendre. Le Washington Post rapporte également que, en ce moment même, après les pertes que les États-Unis ont subies dans cet affrontement avec l’Iran, ils préparent une opération de grande envergure et essaient d’assurer la sécurité du détroit d’Ormuz pour que les navires puissent y passer sans encombre. Que faut-il attendre ?

104229153-GettyImages-578547766.jpgAlexandre Douguine : Je pense qu’à présent, nous sommes arrivés à un point où toute la campagne de communication — ces posts marketing de Trump visant à réguler le marché (en l’occurrence, la bourse, l’indice Dow Jones et d’autres instances) —, où la spéculation, y compris économique, autour de la guerre, a atteint sa limite.

Autrement dit, la guerre entre l’Amérique et l’Iran est passée du domaine des déclarations à celui de la réalité. C’est seulement maintenant, et en vérité, que cela se passe. Et l’Iran en fait l’expérience depuis longtemps: ils ont subi d’énormes pertes au sein de leur direction. Pour l’Iran, tout cela est depuis longtemps chose sérieuse, alors que pour les États-Unis, cela restait encore un jeu, tout n’était que simulacre. Et voici qu’à présent, ils annoncent dix-sept soldats américains tués — je pense qu’en réalité, ils ont dépassé la centaine au fil du temps, mais c’est seulement maintenant qu’ils commencent à l’admettre. Ce n’est pas qu’ils viennent de mourir — ils étaient déjà morts plus tôt, et les soldats américains meurent régulièrement dans ces affrontements avec les Iraniens, mais ils sont beaucoup plus nombreux que ce que l’on reconnaît officiellement.

imadtrkges.jpgMais le simple fait de commencer à les reconnaître indique que l’on a dépassé un certain interdit implicite. Car au début, tout se passait comme dans un jeu vidéo : on appuie sur des boutons, et aussitôt, la direction change en Iran, il n’y a plus d’armes nucléaires, ils viennent embrasser la chaussure de Ben-Gvir et d’autres extrémistes racistes d’Israël, et tout rentre dans l’ordre, le terrain est ouvert à une croissance folle de l’économie américaine et mondiale, et Trump devient le « roi du monde ». Jusqu’à un certain moment, l’Amérique essayait de donner cette impression. Ce n’est plus possible.

Quand les Iraniens ont montré qu’ils étaient coriaces, qu’ils sont un « État-civilisation », qu’ils sont un sujet de la politique mondiale et non un objet, qu’ils sont un pôle du monde multipolaire — sans offenser tous les autres États et sociétés islamiques qui aiment s’enorgueillir, s’emporter, se frapper la poitrine, crier « Allah Akbar », et qui, en pratique, ne sont que de pitoyables marionnettes de l'Occident et d’Israël. Malgré tout leur grandiloquence et leur brutalité, ils se révèlent en réalité être des suiveurs dociles. Mais sur fond de ces « suiveurs » islamiques, l’Iran, le véritable Iran chiite, prouve ce que c’est d’être musulman, d’être croyant, d’être indépendant, d’être libre, de mener une vraie guerre sainte — un djihad. Non pas en attaquant des pauvres, des faibles, ceux qui ne peuvent pas se défendre, mais en défiant le véritable mal absolu mondial incarné par les États-Unis et Israël.

MV5BMjMxNzg0ODAyMl5BMl5BanBnXkFtZTgwMzQxMDAwMjE@._V1_.jpgC’est ainsi que l’Iran a démontré ce que c’est que d’être indépendant, souverain, véritablement croyant. Et ce réveil de l’Iran lui-même, qui, sans guerre ni changements politiques directs ces dernières décennies, commençait aussi à s’endormir. Là aussi, on commençait à dire: « Eh bien, nous attendons la bataille finale, nous en parlons tout le temps, mais elle n’arrive jamais ». Comme dans le film « Le Désert des Tartares » : on attend la bataille finale, la venue de Gog et Magog, mais ils ne viennent jamais, et les gens commencent à désespérer de leur propre foi. Et soudain, cette foi a été totalement ravivée par l’agression américano-israélienne — et maintenant, l’Iran est à nouveau authentique. Et cette guerre sera authentique, car l’Iran a déjà tout perdu de ce qu’il pouvait perdre, désormais il ne peut que gagner, en défendant jusqu’au dernier Iranien sa souveraineté, son indépendance, sa dignité et sa véritable foi.

Voilà, dans le cadre de l’islam, un exemple de résistance incroyable et réelle, sur lequel les Américains ne comptaient pas. Ils pensaient que tout serait décoratif, qu’ils achèteraient le sommet de l'Etat iranien, qu’ils élimineraient les mécontents, et que des gens dociles prendraient leur place, et tout le pathos de la préparation à la bataille finale en Iran, qui dure depuis un demi-siècle, depuis la révolution de l’ayatollah Khomeini, s’effondrerait. Mais il ne s’est pas effondré, en réalité. Et maintenant, c’est au tour du système, de la force qui se proclamait absolument invincible, de s’effondrer. Et c’est maintenant que tout commence.

On commence à l’admettre : des pertes chez les Forces armées, d’ailleurs, un des dirigeants de la Marine américaine — ils disent qu’il est mort lors d’un incident, pas vraiment militaire, écrasé dans un hélicoptère, mais il est mort, c’est le « brouillard de la guerre », personne ne sait vraiment… En d’autres termes, les Américains commencent à reconnaître qu’ils subissent des pertes. Les frappes sur les bases américaines au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie, les attaques constantes contre Israël et la destruction de la base économique et technologique des alliés des États-Unis au Moyen-Orient (y compris les complexes de dessalement, que l’Iran a frappés) — cela signifie que les Iraniens comprennent parfaitement : soit ils gagnent, soit ils cessent d’exister. Aucun compromis possible.

l-0x24wh-786x458z-1.jpegAnimateur : Peut-on discuter un peu ici de la question du compromis et de l’accord ? Il y a une déclaration du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araqchi (photo), qui estime que son pays pourrait mettre fin à l’affrontement militaire avec les États-Unis et passer à une résolution négociée du conflit, s’il obtient un avantage sur le champ de bataille. Il envisage donc deux scénarios : une fin de la guerre sous forme de capitulation ou l’obtention d’un avantage, puis un éventuel nouvel accord. S’ils s’expriment ainsi, cela signifie que cette situation s’est déjà produite auparavant, mais non pas grâce à des succès militaires, mais grâce à leur bonne tactique économique, en fermant le détroit d’Ormuz, ce qui a provoqué un mécontentement mondial et obligé les États-Unis à chercher un compromis, pour obtenir une trêve et alimenter un peu le marché pétrolier. Pourquoi, par exemple, l’Iran, outre la fermeture du détroit d’Ormuz, ne fermerait-il pas aussi le détroit de Bab-el-Mandeb pour obtenir le même avantage économique, voire l’accentuer ? Ou demanderait-il aux Yéménites de le faire ?

Alexandre Douguine : Je pense que cela ne va pas tarder — la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb. Les Iraniens iront jusqu’au bout, ils sont très cohérents. Et même lorsqu’ils ont accepté de négocier avec les États-Unis l’ouverture du détroit d’Ormuz, ils ont posé des conditions très strictes. Et Trump pensait qu’il pouvait tromper tout le monde — mais c’est un tricheur, un escroc en réalité. Trump, c’est tout simplement un assassin agressif et un escroc qui ne tient pas ses promesses. Et les Iraniens le comprennent mieux que quiconque.

Animateur : Mais il n’agit ainsi qu’envers l’Iran ? Ou bien agit-il de la même manière envers tout le monde ?

Alexandre Douguine : S’il agit ainsi envers certains, il agit de la même façon envers les autres. Il ne faut pas se faire d’illusions : nous avons affaire à un maniaque déchaîné, qui ne tient jamais parole, qui change constamment de position sur n’importe quel sujet en fonction de la conjoncture du moment — qu’elle soit boursière ou politique. C’est un véritable escroc.

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Aujourd’hui, toute l’Amérique le maudit, même ses propres électeurs se détournent de lui. Tout est clair avec lui : il est arrivé avec de nobles slogans de lutte contre le « deep state », mais il a trahi tous ceux qu’il pouvait. C’est un homme sans aucune autorité, dans aucun domaine : les démocrates le détestaient et le détestent toujours, et désormais sa propre base électorale le méprise profondément. Quant à la façon dont le reste du monde voit l’Amérique, inutile d’en parler — c’est la fin.

Mais ce n’est pas aussi important que sa motivation intérieure. Il est arrivé avec certains principes idéologiques qui étaient très attractifs: valeurs traditionnelles, retour à la religion, concentration sur les problèmes internes, publication des dossiers Epstein, arrestation de tous ceux impliqués dans la pédophilie, le cannibalisme et autres atrocités commises par des représentants des élites américaines et européennes. Il avait promis tout cela. Il avait promis d’arrêter les guerres, de mettre fin à la guerre en Ukraine.

imtrvsmagages.jpgEn sociologie américaine, il existe la notion de «quatrième tournant» (fourth turning): les partisans de Trump associaient la quatrième phase du cycle à l’époque de Biden et des mondialistes, et après l’élection de Trump, beaucoup ont sincèrement cru que «l’âge d’or» allait commencer. Ils croyaient qu’il se battrait pour que «l’Amérique soit d’abord », pour qu’il n’y ait plus de deep state.

Il a tout trahi et tout le monde. Et pourquoi a-t-il fait cela ? Beaucoup disent, comme vous l’avez justement noté, qu’il est sous l’influence d’Israël, qu’il a été pris en otage, qu’on le fait chanter avec des dossiers compromettants, notamment sa participation à ces orgies sataniques chez Epstein, ou d'une autre manière. Mais cela n’a pas d’importance. Il a complètement perdu la face — partout: auprès de ses partenaires européens, de la population américaine elle-même, de ses propres partisans et dans le monde entier. C’est pourquoi les Iraniens étaient prêts à parvenir à un accord raisonnable même avec ce maniaque, mais c’est impossible, car il est impossible de s’entendre avec de tels individus. Aujourd’hui, les Iraniens parlent de leur volonté de revenir à la table des négociations, mais c’est purement pour la forme — ils ne sont en réalité prêts à rien. Ils comprennent parfaitement à qui ils ont affaire. C’est pourquoi un prochain round de négociations n’est possible que si les Iraniens améliorent encore leur position à la table des négociations.

Des centaines de milliers, voire des dizaines de milliers de cadavres américains renvoyés chez eux; la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb par les Houthis; une lutte acharnée pour la zone côtière; la coupure des câbles à fibres optiques au fond du détroit d’Ormuz; des frappes sur les infrastructures économiques critiques des alliés arabes des États-Unis se trouvant à portée des missiles iraniens. Et nous verrons bien ce que la prochaine étape nous apportera.

Animateur : Vous avez mentionné des dizaines, voire des centaines de milliers de cadavres américains renvoyés aux États-Unis. Est-ce que cela signifie que l’on s’attend désormais à une véritable opération terrestre ?

Alexandre Douguine : Ils en parlent tous les jours.

Animateur : Parler, c’est une chose. Mais quelles actions concrètes sont à attendre ?

Alexandre Douguine : Bien sûr, nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce qui va se passer. Je ne dis pas que je le vois, je parle de la manière dont les Iraniens voient leur propre vision du monde: si l’escalade continue, ils combattront jusqu’à la mort. Ils défendront chaque parcelle de terre iranienne.

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Trente millions de personnes se sont portées volontaires — soit un Iranien sur trois — pour défendre leur patrie. Il s’agit à la fois des partisans du régime du Velayat-e-Faqih et, d’ailleurs, de l’opposition politique qui, face à l’agression américano-israélienne, est aujourd’hui unie dans la défense de la patrie. La société iranienne est absolument unie et déterminée à défendre son pays.

Et là, ni les drones ni la simple économie… Regardez la géographie de l’Iran, les montagnes du Zagros — elles sont pratiquement infranchissables. Et si une opération terrestre commence, elle pourrait durer des décennies, et ce serait fatal pour les États-Unis. Les Iraniens tiendront jusqu’au bout. Bien sûr, il y aura d’énormes pertes du côté iranien, mais aujourd’hui, personne n’est en mesure d’arrêter cette guerre.

Trump ne peut pas l’arrêter à ses conditions, car les Iraniens lui imposent des positions de négociation très strictes. Il tergiverse, il ment, il menace, il insulte les gens. Il se comporte — il n’y a pas de mots — comme un terroriste, comme Zelensky. Où que l’on regarde, c’est comme si on avait un « Quartier 95 » sanglant : que ce soit aux États-Unis, ou en Ukraine — c’est le même modèle. Mensonge, tromperie, cruauté, sadisme. Aucun accord, aucune réalité — une politique totalement irrationnelle de maniaques globaux. Et il est impossible de dire qui a appris de qui : les Américains des Ukrainiens ou l’inverse, mais aujourd’hui ils agissent très semblablement sur la scène internationale. Et les Iraniens l’ont parfaitement compris à leurs dépens : leurs dirigeants politiques, religieux, spirituels, militaires ont été lâchement assassinés sans aucune raison, sous de faux prétextes — tout comme les Américains ont occupé l’Irak, puis renversé Kadhafi en Libye. C’est du mensonge pur et l’application de plans hégémoniques d’une brutalité extrême.

Voilà pourquoi, à mon avis, il faut tirer la conclusion qu’aucune négociation avec ce pouvoir occidental déchaîné n’est plus possible. De telles négociations sont sans valeur, nous en avons fait l’expérience. On peut dire ce qu’on veut, mais tout continue: le soutien de Washington à Kiev se poursuit, tout continue comme avant.

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Je pense que les Iraniens nous donnent l’exemple — à nous et à toute l’humanité. Et à la Chine, bien sûr, qui est la prochaine cible. Et la Corée du Nord — qui est fière et forte, mais ne pourra sans doute pas résister seule. Nous devons construire cet axe eurasien, dont Trump a d’ailleurs récemment parlé. Trump, semble-t-il, reçoit actuellement ses premières leçons de géopolitique de ses maîtres venus du camp néoconservateur: il a soudain découvert l’existence de l’Axe eurasien, qui inclut la Russie, l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, que des agents sionistes l’auraient trompé, et que nous sommes bons et refuserons de le soutenir — on peut le dire ainsi, mais cela ne mène nulle part. Il serait beaucoup plus réaliste, réfléchi et responsable pour la Russie de se préparer à défendre cet axe eurasien. Oui, il existe, car tout prétendant à une politique souveraine, à un monde multipolaire, à l’indépendance vis-à-vis de l’Hégémon, est un ennemi de l’Hégémon. Trump est arrivé au pouvoir sous la bannière de la fin de cette hégémonie globale. Non seulement il ne l’a pas arrêtée, il l’a amplifiée. Il a mené une politique unipolaire agressive par des méthodes et à une échelle que ses prédécesseurs mondialistes n’auraient jamais osé employer. Autrement dit, il est arrivé au pouvoir sur la vague de l’anti-mondialisme, et il est devenu un mondialiste encore plus agressif et plus sanglant.

Animateur : C’est un avis important sur ce que signifie en réalité cette préparation. Vous avez dit que la Russie doit se préparer à cette confrontation. Mais comment exactement ? Que faut-il faire ?

Alexandre Douguine : Dans notre conscience stratégique actuelle, il y a deux aspects. Le premier — la croyance que nous pourrons parvenir à un accord avec Trump et au moins, sous certaines conditions, geler ce conflit, ne serait-ce que temporairement, pour obtenir un répit. Mais nous n’utilisons jamais vraiment ces pauses pacifiques à bon escient : ce n’est qu’en temps de guerre, dans des conditions extrêmes, que nous sommes vraiment capables de nous renouveler d’une quelconque manière. Ce temps que nous essayons désespérément de gagner lors des négociations, en fait, ne nous est même pas bénéfique.

La deuxième position — plus responsable, plus réaliste et, à mon avis, la seule adéquate: l’escalade avec l’Occident, avec l’Amérique et l’Union européenne, ne fera que s’intensifier. Nous devons nous attendre à l’entrée de nouveaux acteurs dans la guerre contre nous — par exemple, des attaques contre Kaliningrad, un blocus complet de la navigation dans la mer Baltique et de nombreux autres coups, y compris les plus efficaces, les plus lourds missiles, contre le territoire russe, auxquels il est difficile de se protéger. Cela se produit déjà, et ces frappes deviennent de plus en plus fréquentes et douloureuses, sous différentes formes.

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Il faut se préparer à l’escalade qu’on nous impose et oublier ce sujet que seraient d'éventuelles négociations. Alors il ne nous restera plus qu’un seul plan, et non plus un « plan A » et un « plan B ». Le premier plan: on négocie; le deuxième plan: on agit si la négociation échoue. Mais la négociation échouera non pas parce que nous ou l’Occident agissons mal, mais précisément parce qu’en voyant en nous ce « plan A » (cette orientation vers la négociation), l’Occident interprète cela comme une faiblesse. Et c’est tout.

D’ailleurs, on ne pourra négocier que lorsque nous nous serons véritablement mobilisés et que nous commencerons à nous comporter autrement. Actuellement, nous disons: «Ça, c’est pour ceci, ça, c’est pour cela». Tant que nous disons « pour ceci », nous annulons d’emblée nos propres actions. Désormais, nous devons dire: « Et ça, c’est en avance, et ça aussi, c’est en avance — et pas seulement pour l’Ukraine, mais pour tous ceux qui soutiennent la guerre autour, — et tout cela, c’est en avance».

Autrement dit, ce n’est pas « pour ceci » ou « pour cela », c’est simplement à titre d’avance — « prenez, s’il vous plaît ». Et dès que nous commencerons à agir selon le « plan B » et que nous oublierons le « plan A », alors, à mon avis, ils voudront négocier avec nous. Voilà le problème: dès qu’ils voient notre volonté de parvenir à un règlement pacifique, ils ne font qu’aggraver la situation. Et ce n’est qu’en voyant la montée en puissance de notre côté qu’ils commenceront à envisager de discuter.

Animateur : Donc il est clair qu’il ne faut pas chercher à s’entendre avec les Américains et l’Occident en général. Mais qu’en est-il alors de la coopération interne entre les pays de cet axe eurasien ? Pourquoi n’approfondissons-nous pas notre coopération militaire, alors que nous savons tous — Russie, Chine, Corée du Nord, Iran — que nous nous opposons à l’Occident ?

Alexandre Douguine : Pour deux raisons. La première, c’est que chacun d’entre nous — peut-être à l’exception de la Corée du Nord, plus perspicace en géopolitique — estime qu’il est bien plus simple de négocier individuellement avec l’Occident. C’est-à-dire: nous allons négocier, et les Iraniens avec les Chinois se débrouilleront de leur côté. La Chine pense: que les Iraniens et les Russes fassent la guerre, nous verrons plus tard. Et jusqu’à un certain temps, les Iraniens aussi disaient qu’ils avaient leur propre voie, leurs propres relations avec l’Occident, et que les Russes menaient leur «opération militaire spéciale» en Ukraine. Oui, nous nous aidons les uns les autres — eux nous aident, nous les aidons, la Chine aussi — mais: chacun pour soi. C’est la logique d’un «nationalisme étroit», si l’on veut: les gens ignorent la géopolitique et les lois de l’histoire, ne se concentrant que sur les intérêts nationaux immédiats dans un esprit de réalisme pragmatique, quitte à trahir parfois leurs alliés pour leur propre intérêt. C’est la politique dite machiavélienne, caractéristique à divers degrés de tout pays. C’est précisément cela qui fait obstacle à l’affirmation réelle de l’axe eurasien, lequel découle de la logique géopolitique appliquée à la situation actuelle et de la nécessité de l’opposition du monde multipolaire au monde unipolaire.

Deuxième point : l’Occident dispose de vastes et très influents réseaux d’agents au sein des élites dirigeantes de tous ces pays, sauf peut-être la Corée du Nord. En Chine et en Iran — jusqu’à tout récemment. Et chez nous, bien sûr, il y a la «sixième colonne»: elle existe officiellement, sans même se cacher, depuis les années 90, et aujourd’hui on l’appelle «le parti de l’armistice», etc. Ces réseaux disent: «Mais quel est notre intérêt là-dedans? Nous faisons partie de l’Occident, nous pouvons parfaitement nous entendre avec l’Occident, et nous souffrons uniquement à cause de nos propres radicaux et des autres membres radicaux de cet axe eurasien». Chez nous, on dit: «Sacrifions la Chine au profit de l’Occident, sans parler de l’Iran et de son radicalisme. Rapprochons-nous de l’Occident». Les Iraniens disent la même chose: «Sacrifions les Russes, ils ne nous aident pas vraiment, ils ne font que promettre. Pourquoi avons-nous besoin d’eux? Réglons la question avec l’Occident». Et les Chinois disent: « Regardez, nous n'avons pas encore de guerre avec Taiwan, certes, nous nous y préparons, nous apprenons des fautes des autres, nous étudions les expériences de la belligérance de type nouveau en Ukraine et au Moyen-Orient, mais quand il s'agit de nous, nous verrons bien. Mais, pour l'instant, nous ne romperons pas définitivement avec l'Occident". 

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Il en résulte donc que souverainistes — une sorte de réalistes limités — et simples agents d’influence occidentaux agissent ici de concert. Ils essaient de relativiser, de minimiser la nécessité de créer ce bloc géopolitique multipolaire — l’axe eurasien. Ils freinent ce processus de l’intérieur. Et bien sûr, l’Occident fait tout pour empêcher l’émergence de cet axe. Or, il est indispensable de le créer. Il se forme de fait, mais non parce que nous avançons activement. Cet axe eurasien se forme en réaction, comme une réponse aux attaques des mondialistes. Les vraies leçons de géopolitique, nos élites semblent incapables de les comprendre d’elles-mêmes. J’ai eu cette impression après quarante ans de diffusion de la géopolitique dans notre société: oui, on en prend note, mais comme «nul n’est prophète en son pays», tout cela est considéré comme une lecture facultative — on lit, c’est intéressant, c'est étrange. Mais les vraies leçons de géopolitique, c’est l’Occident qui nous les donne.

Animateur : Voici la question suivante. Peut-il se produire que Russie, Chine, Iran et Corée du Nord commencent à s’unir plus rapidement et rejettent les raisons que vous avez évoquées, en essayant de les éradiquer ? Sous quelles conditions ? Que faudrait-il ? Est-ce qu’un événement vraiment grave — par exemple, une frappe nucléaire sur l’Iran — pourrait en être le catalyseur ? Nous avons déjà évoqué que les États-Unis pourraient se retrouver dans une position où il ne leur resterait plus que l’option nucléaire. D’ailleurs, la possible apparition de l’arme nucléaire en Arabie saoudite est aussi un sujet très intéressant à évoquer ici, car cela pourrait toucher toute la région. Selon vous, l’axe eurasien ne se mettra en place que dans de tels scénarios catastrophiques, ou bien le catalyseur pourrait-il être moins critique ?

Alexandre Douguine : Honnêtement, j’ai du mal à répondre. Je ne vois qu’une chose : nous n’apprenons ni de nos erreurs, ni en entamant une réflexion, mais par réaction. Il est difficile de dire à quel moment nous passerons des rêveries irresponsables sur une entente possible avec l’Occident à l’action directe. Mais nous ne nous réveillons que quand il devient impossible de continuer à dormir. Tant que nous pouvons ignorer la réalité, tant que nous pouvons nous bercer d’illusions sur notre appartenance à la civilisation occidentale, sur l’idée que l’Occident n’est «pas si mauvais» et que nous avons des racines communes, cela durera indéfiniment. Toute démarche basée sur la science, la logique, l’histoire, la géopolitique ou la stratégie, initiée de l’intérieur, n’a aucun effet.

Ces discours s’accompagnent de processus matériels et économiques très sérieux, mais volontairement, activement, de façon proactive, nous ne sommes pas capables d’agir dans une logique eurasienne. Nous commençons à bâtir cet axe, à agir en État souverain — cela concerne aussi bien l’Iran que nous et la Chine — uniquement quand nous sommes frappés de plein fouet. Que ce soit une frappe nucléaire, un missile qui tue tout le commandement iranien, ou des complots: souvenez-vous de la Chine, où sur sept chefs militaires, six ont été exécutés. Ce n’est pas arrivé par hasard. La Chine n’aime pas les mesures radicales, elle n’est pas prête, donc la situation de recrutement par les Américains des chefs militaires chinois a atteint un point critique où il a fallu les éliminer.

Nous réagissons seulement quand il n’est plus possible de ne pas réagir — mais qu’est-ce qui doit se passer pour que nous comprenions la nécessité de créer activement, immédiatement, et de façon offensive cet axe eurasien, avec des manœuvres militaires communes et une entraide réciproque ? Il nous faut bâtir un bloc militaire.

L’Occident veut à tout prix nous en détourner : ils disent qu’ils négocieront avec les Russes à Anchorage, avec les Chinois à Pékin, avec les Iraniens en Suisse — avec chacun séparément, pourvu qu’il n’y ait pas de bloc militaire. Cela signifie qu’ils en ont peur, donc nous devons absolument le créer. Un simple bloc militaire Russie, Iran, Chine: «vos ennemis sont nos ennemis», et nous commençons à nous entraider. L’Iran aurait un accès à l’Arctique via la Caspienne, et nous, un accès aux mers chaudes. Nous pourrions résoudre de nombreux problèmes stratégiques. Qu’est-ce qui nous en empêche ? Ceux pour qui cela est mortellement dangereux — sont nos ennemis. Mais nous, nous ne les considérons souvent pas comme des ennemis, pensant: «Bon, c’est important pour la Chine de s’opposer à l’Amérique, parce qu’ils se font concurrence en PIB et en technologies», ou «C’est nécessaire pour l’Iran radical, mais pourquoi aurions-nous besoin d’une telle confrontation?». 

Néanmoins, tous ceux d’entre nous qui veulent préserver leur souveraineté, leur dignité, leur culture, leur fierté, leur indépendance et leur liberté seront obligés de rejoindre cet axe eurasien agressif, voire offensif, je dirais. Car, si nous n’attaquons pas, c’est nous qui sommes attaqués. L’ennemi ne comprend pas d’autre langage.

Animateur : Dans le même temps, l’Occident agit de manière sournoise et perfide. Les États-Unis donnent maintenant à l’Arabie saoudite la possibilité d’enrichir de l’uranium – c’est un nouveau projet dirigé contre l’Iran. D’autre part, au Japon, on évoque la possibilité d’acquérir et de stocker des armes nucléaires, et le « principe des trois non-nucléaires » ne devrait plus s’appliquer. D’ailleurs, à l’origine, notre confrontation avec l’Ukraine s’est aussi largement aggravée lorsque des discussions ont commencé sur la possibilité pour Kiev d’obtenir des armes nucléaires — cela a été l’un des problèmes clés. Il en résulte que tout notre environnement est d’une façon ou d’une autre concerné par ces processus (à l’exception de la Corée du Nord). Et la question se pose: pourquoi ne pouvons-nous pas agir de manière similaire? Si les États-Unis créent indirectement une menace nucléaire autour de nous, pourquoi ne pourrions-nous pas leur créer la même menace en retour, ou bien n’en avons-nous pas la capacité?

Alexandre Douguine : Nous en avons la capacité, mais nous n’avons ni la détermination, ni la compréhension de la profondeur des processus qui se déroulent dans le monde. À un moment, nous avons glissé vers une explication banale, triviale, grossière, presque ignorante et mythologique de tous les processus historiques par l’économie, l’intérêt et le commerce. Par exemple: les indicateurs économiques montent, donc tout le monde y trouve son compte. Mais c’est une naïveté impensable, c’est de l’idiotie — une idiotie stratégique — que de mesurer les processus historiques et stratégiques avec des modèles économiques. L’économie est importante, mais elle ne détermine rien dans le monde. Elle s’adapte aux idéologies et aux intérêts. Croire que l’économie «résoudra tout», que le marché et sa «main invisible» mèneront à l’harmonie — il n’y a rien de plus dangereux que cette idéologie. C’est une construction fausse, créée exprès pour les colonies, afin qu’elles aident tranquillement l’hégémon et la métropole à croître à leurs dépens.

Halford_Mackinder.jpgCette idée globaliste s’est tellement enracinée chez nous que toute analyse géopolitique rigoureuse et froide — fondée sur les mêmes principes que ceux sur lesquels l’Occident bâtit ses stratégies — est perçue comme secondaire. Pourtant, la géopolitique n’a pas été inventée par nous, mais par les Anglo-Saxons. Mackinder en a créé les systèmes et le vocabulaire. Et quel est le sens de cette géopolitique? C’est que la civilisation de la Mer — anglo-saxonne, libérale-démocratique, capitaliste — lutte contre la civilisation de la Terre, fondée sur des principes héroïques, sur des valeurs traditionnelles et une culture spirituelle particulière. Cette guerre est inévitable. Elle ne peut pas cesser tant que l’un des participants existe dans l’indépendance et la liberté. D’où découle directement l’idée de nous infliger une «défaite stratégique». C’est la géopolitique en action. L’Occident ne cache pas ces principes, ils sont enseignés dans toutes les académies. Pourquoi ne pas les transposer à notre réalité, apprendre ce qui se passe, au lieu de simplement réagir ?

On frappe « Wildberries » — nous frappons Kiev, on attaque une résidence — nous faisons une frappe de riposte. Mais cela donne l’impression que nous sommes terrés et que nous faisons juste de la résistance. Nous devons faire exactement le contraire de ce qu’ils font. Ils veulent nous infliger une défaite stratégique, pour qu’il n’y ait plus de principe Terre. Nous, nous voulons exister — donc nous devons gagner cette guerre contre la civilisation de la Mer. Et cela inclut l’Occident collectif, y compris Trump. Si, comme il l’avait promis au départ, il avait reconnu la multipolarité et accepté que l’Occident n'en soit qu’un des pôles, cela aurait été une autre histoire, et il aurait fallu lui donner sa chance. Nous avons investi là-dedans, nous y avons cru. Mais quand tout a volé en éclats, il n’était plus possible de ne pas le voir: il n’y a plus ce Trump qui arrivait au pouvoir, il n’y a plus de «MAGA», plus de publications des listes d’Epstein, ni de combattants contre le «deep state». Tous ceux qui partageaient cette idéologie sont aujourd’hui dans l’opposition à Trump. Il s’est avéré être un rouage — soit c’est sa tragédie personnelle, soit il a toujours été un vaurien et un clown. Peu importe, à ce stade.

imapwges.jpgAujourd’hui, nous avons affaire à la géopolitique classique: c’est eux ou nous. L’axe eurasien est un élément fondamental de cette prospective qui est au cœur de leur vision. Leur lutte contre un bloc eurasien potentiel a commencé dès les années 1980. Paul Wolfowitz (photo) a inscrit dans la doctrine de sécurité nationale, déjà sous Clinton dans les années 90, le principe majeur: empêcher la création sur le territoire de l’Eurasie d’un bloc politico-militaire et économique qui pourrait limiter l’influence de l’Occident global dans cette région. Et ce principe n’a pas disparu, il passe d’une administration à l’autre.

Animateur : Je voudrais poser une autre question: quel rôle joue dans ce contexte l’intelligence artificielle et ce qui s’est passé à la Conférence mondiale sur l’IA à Shanghai ? Si la Chine parle de créer une sorte d’alliance dans le domaine de l’IA, est-ce une étape vers l’unification de l’axe eurasien, ou est-ce autre chose ?

Alexandre Douguine : Je pense que c’est, en partie, un pas vers l’unification. Les principes de la géopolitique, contre lesquels tant de nos compatriotes — des gens bons, intelligents — se sont élevés, c’est une sorte d’aveuglement collectif. Ne pas voir l’évidence, ne pas reconnaître les lois de la géopolitique, leur force, ou tout au moins le fait que l’Occident ne fonctionne que sur cette base — il faut l’admettre. Si nous l’avions fait, nous aurions appliqué ces principes de géopolitique, les principes de la civilisation de la Terre et la nécessité de l’intégration de l’axe eurasien à tout: à l’alliance militaire dont nous parlions, à la prolifération nucléaire — car la civilisation de la Mer permet à ses clients (Israël, Arabie saoudite, peut-être le Japon et même l’Ukraine) de posséder l’arme nucléaire, mais pas à nous. Donc, il faut dire: ils prolifèrent, ils répandent l’arme nucléaire parmi «les leurs», nous devons la répandre aussi parmi «les nôtres». Ils attaquent et mentent — nous ne devons pas croire leurs mensonges, nous devons nous défendre, et parfois mener des actions préventives et adopter une politique offensive. Pareil pour l’économie: ils la créent dans leur intérêt, nous devons la développer dans le nôtre, collectivement, avec les autres pays de l’axe eurasien, en y attirant les pays neutres (c’est pour cela que BRICS est une excellente initiative).

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Il en va de même pour l’intelligence artificielle. L’IA est un outil extrêmement puissant des nouvelles technologies, et soit elle appartiendra à la civilisation de la Mer, comme aujourd’hui, soit nous essaierons de construire la nôtre, continentale, terrestre — russo-chino-irano-coréenne — qui soit technologiquement indépendante. Il faut aujourd’hui disposer des serveurs, des systèmes de refroidissement adéquats, ce à quoi la Chine travaille activement, et de certains algorithmes.

Les modèles développés par la Chine sont retravaillés, ils deviennent souverains, et si on leur coupe Grok, ChatGPT, Gemini ou Claude, les Chinois ont leurs propres équivalents. Ils font de même avec toutes les innovations technologiques, obtenant d’énormes succès et renforçant la souveraineté de leur État. Nous devons nous impliquer dans ce processus. Nous avons signé la charte lors de la conférence sur l’IA, mais il nous faut justement une IA eurasienne. Essayez de dire cela lors d’un événement sérieux — tout le monde rira, baissera les yeux ou pensera que c’est de la propagande du Kremlin, que c’est impossible. Qu’il n’y a qu’un seul progrès, une seule société, une seule démocratie, un seul système politique, un seul modèle économique — le capitalisme libéral occidental, et rien d’autre!

En réalité, le problème n’est pas l’intelligence artificielle, mais l’intelligence naturelle de nos élites. Elle est rongée par la moisissure toxique de l’occidentalisme. On aura beau tourner autour d’accords sur le travail commun avec les Chinois sur l’IA, rien ne bougera tant que, dans la tête de nos gens d’influence, la vision occidentalo-centrée du monde, de l’histoire, de la société, de l’économie et de la technologie dominera. Tant que l’Occident sera pour eux «l’alpha et l’oméga» de l’univers, tout sera bloqué. Nous ne construirons pas les bonnes relations avec la Chine, et il y aura toujours quelque chose qui entravera les processus positifs. Nous n’aiderons pas l’Iran et attendrons — Dieu nous en garde — qu’il échoue, et alors tout ce qui s’est abattu sur eux s’abattra sur nous.

Si nous ne nous réveillons pas dès maintenant dans tous ces domaines, il faudra au pays — disons-le ainsi — un «réveil géopolitique». Il s’agit précisément de l’eurasisme politique, de la conscience de la civilisation de la Terre, de notre destin particulier et de la nécessité de défendre le monde multipolaire, non seulement par des réponses réactives aux défis, mais aussi par des actions proactives. Nous devons nous-mêmes fixer l’agenda, créer nous-mêmes les processus et les événements, et que le camp occidental, que nos ennemis, cherchent comment y répondre, au lieu de toujours être à la traîne et d’agir dans la réaction.

Cette leçon de géopolitique que nous donne aujourd’hui l’Occident collectif, nous aurions pu l’apprendre par nous-mêmes, de notre propre volonté, si nous avions fait l’effort. J’espère que nous approchons de ce point de bascule où nous allons enfin vraiment nous consacrer à la géopolitique, au niveau qu’elle exige, et avec le sérieux nécessaire.

 

Deutsche und Niederländische Texte: Juli 2026 - Duitse en Nederlandse teksten: juli 2026

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Deutsche und Niederländische Texte: Juli 2026

Duitse en Nederlandse teksten: juli 2026

Met open ogen de oorlog in? Waarom stelt Europa deze vragen niet?

Met open ogen de oorlog in? Waarom stelt Europa deze vragen niet?

Jeanne Delahaye

Bron: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7

Sinds het begin van de oorlog in Oekraïne wordt de berichtgeving in Europa gedomineerd door wapenleveranties, sancties en militaire ontwikkelingen. Tegelijkertijd lijkt een ander debat vrijwel volledig uit de publieke ruimte verdwenen te zijn:

Welke langetermijnbelangen nastreeft Europa eigenlijk zelf?

Deze vraag dringt zich des te meer op wanneer men de uitspraken leest van vooraanstaande Amerikaanse politici en strategen. Ze zijn openbaar gemaakt, in boeken gepubliceerd of voor parlementaire commissies verklaard.

Frankrijk: Hoe men de geesten voorbereidt op oorlog door de vrijheid van meningsuiting en informatie te onderdrukken

Frankrijk: Hoe men de geesten voorbereidt op oorlog door de vrijheid van meningsuiting en informatie te onderdrukken

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

We zouden in deze vakantietijd graag wat zorgelozer zijn. Maar dat valt niet mee. Aan de ene kant zijn er de steeds talrijkere branden in Frankrijk, met de menselijke tragedies die ze veroorzaken.

Frankreich: Wie man die Bevölkerung auf den Krieg vorbereitet, indem man die Meinungs- und Informationsfreiheit unterdrückt

Frankreich: Wie man die Bevölkerung auf den Krieg vorbereitet, indem man die Meinungs- und Informationsfreiheit unterdrückt

Gastel Etzwane 

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Man hätte in diesen Ferienzeiten gerne einen leichteren Kopf. Das ist schwierig. Auf der einen Seite die sich häufenden Brände in Frankreich, mit den menschlichen Tragödien, die sie verursachen.

Partijen, facties en broederschappen: De vroege geschiedenis van het Egyptisch nationalisme

Partijen, facties en broederschappen: De vroege geschiedenis van het Egyptisch nationalisme

door Troy Southgate

Quelle: https://www.facebook.com/troy.southgate

Een van de belangrijkste nationalistische entiteiten in het Egypte van de jaren 1920 en 1930 was de zeer populaire Wafd-partij, die werd opgericht na de Eerste Wereldoorlog.

Parteien, Fraktionen und Bruderschaften: Die Frühgeschichte des ägyptischen Nationalismus

Parteien, Fraktionen und Bruderschaften: Die Frühgeschichte des ägyptischen Nationalismus

von Troy Southgate

Quelle: https://www.facebook.com/troy.southgate

Einer der wichtigsten nationalistischen Akteure im Ägypten der 1920er und 1930er Jahre war die äußerst populäre Wafd-Partei, die nach dem Ersten Weltkrieg gegründet worden war.

Tien waarschuwingssignalen voor het verval van een samenleving

Tien waarschuwingssignalen voor het verval van een samenleving

door Meinrad Müller 

Bron: https://www.unser-mitteleuropa.com/201946

Velen herinneren zich de oude uitspraak uit Asterix en Obelix: "Ze zijn gek, die Romeinen." De Galliërs observeerden Romeinse legionairs die dingen deden die tegen elk gezond verstand ingingen. Niet omdat ze dom waren, maar omdat ze bevelen uit Rome moesten opvolgen. Denken was niet gevraagd, gehoorzaamheid wel.

Over de neergang van de westerse beschaving door Pierluigi Fagan

Over de neergang van de westerse beschaving

door Pierluigi Fagan 

Bron: Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della-civilta-occidentale

Arlacchi schreef in Il Fatto een analyse over de relatie tussen de westerse beschaving, die in verval is, en de opkomende groep beschavingen die tegenwoordig het “Mondiale Zuiden” worden genoemd, ook al liggen sommige daarvan eerder in het oosten dan in het zuiden.

Über den Niedergang der westlichen Zivilisation

Über den Niedergang der westlichen Zivilisation

von Pierluigi Fagan 

Quelle: Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della-civilta-occidentale

Arlacchi hat im „Fatto“ einen Analyseartikel über die Beziehungen zwischen der im Niedergang befindlichen westlichen Zivilisation und der aufsteigenden Gruppe der heute als „globaler Süden“ bezeichneten Zivilisationen geschrieben, wobei einige davon eher im Osten als im Süden liegen.

DVD: De Magiër van het Kremlin - Een politieke thriller en zijn realpolitieke achtergronden

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Werner Olles 

In 2019 reist de Amerikaanse journalist en Ruslanddeskundige Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) naar Moskou om daar de voormalige adviseur van Poetin, Wadim Baranow (Paul Dano), te ontmoeten, die zich uit de officiële politiek heeft teruggetrokken. Op zijn buitenverblijf vertelt hij Rowland zijn levensverhaal, dat begint in de vroege jaren negentig, toen het Sovjetcommunisme was ingestort.

DVD: Der Magier im Kreml - Ein Polit-Thriller und seine realpolitischen Hintergründe

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Werner Olles

2019 reist der amerikanische Journalist und Rußlandexperte Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) nach Moskau, um dort Putins ehemaligen Berater Wadim Baranow (Paul Dano) zu treffen, der sich aus der offiziellen Politik zurückgezogen hat. Auf seinem Landsitz erzählt er Rowland seine Geschichte, die in den frühen 1990er-Jahren beginnt, als der Sowjet-Kommunismus zusammengebrochen war.

Het nieuwe biologische type - Gottfried Benn over geschiedenis voorbij de democratie

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Constantin von Hoffmeister

Bron: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type

De Duitse dichter Gottfried Benn (1886-1956) stelt dat de geschiedenis niet voortschrijdt door democratische keuzes of publieke consensus, maar door elementaire krachten die op beslissende keerpunten verschijnen. Volgens hem komen grote historische omwentelingen nooit voort uit stemmen of debatten.

Der neue biologische Typ - Gottfried Benn über Geschichte jenseits der Demokratie

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Constantin von Hoffmeister

Quelle: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type

Der deutsche Dichter Gottfried Benn (1886–1956) vertritt die Auffassung, dass die Geschichte nicht durch demokratische Entscheidungen oder öffentlichen Konsens voranschreitet, sondern durch elementare Kräfte, die zu entscheidenden Wendepunkten in Erscheinung treten.

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Tucker Carlson, 35 jaar lang een trouwe Republikein, verlaat de partij en wil helpen bij het opbouwen van een derde kracht. Hij wil zelf niet kandideren.

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Culturele uitwisseling begeleidt al lange tijd de politieke en economische interacties tussen staten, maar pas in de twintigste eeuw kwam culturele diplomatie naar voren als een bewuste staatsstrategie.

Soft Power in einer post-hegemonialen Welt: Begriffskrise und neue Akteure kultureller Einflussnahme

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Kultureller Austausch begleitet seit langem die politischen und wirtschaftlichen Interaktionen zwischen Staaten, doch erst im 20. Jahrhundert entwickelte sich die kulturelle Diplomatie zu einer bewussten staatlichen Politik.

Bastardmoderne

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Es ist der Abfall der neokapitalistischen Warengesellschaft, deren Selbstinterpretationssystem wohl nirgendwo besser zum Ausdruck kommt als im Frankfurter Bahnhofviertel, wenn in einer dreckigen, verpinkelten Ecke in der Niddastraße ein Cracksüchtiger langsam seinem Tod entgegendämmert.

Wanneer de staat verzwakt, wordt hij autoritair: het Duitsland van Merz legaliseert massale surveillance

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Gastel Etzwane 

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Terwijl de regering van Friedrich Merz geconfronteerd wordt met groeiend protest en een wankelende legitimiteit, slaat Duitsland een nieuwe, verontrustende weg in.

Wenn der Staat schwächer wird, wird er autoritär: Das Deutschland unter Merz legalisiert die Massenüberwachung

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Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Während die Regierung von Friedrich Merz mit wachsendem Protest und schwindender Legitimität konfrontiert ist, überschreitet Deutschland eine neue, beunruhigende Schwelle.

Frankrijk, Duitsland, Groot-Brittannië: Drie patiënten, één diagnose

Frankrijk, Duitsland, Groot-Brittannië: Drie patiënten, één diagnose

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Het Britse tijdschrift The New World stelt deze dagen een vraag die men in de mainstream zelden zo openlijk leest: Wie van de drie voormalige leidende machten van West-Europa zit eigenlijk het diepst in de crisis? Alleen al de manier waarop de vraag wordt gesteld is veelzeggend; de diagnose is inmiddels zo overduidelijk dat men die niet langer onder het tapijt kan vegen.

’68 was de zelfhervorming van het kapitaal

’68 was de zelfhervorming van het kapitaal

door Francesco Petrone 

Bron: Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-auto-riforma-del-capitale

Costanzo Preve, een belangrijk filosoof, essayist en politicoloog, formuleerde de stelling dat ’68 een beweging was die “antiburgerlijk, maar niet antikapitalistisch” was. Hij kwam tot de conclusie dat ’68 de grootste opstand van de kleine burgerij uit de geschiedenis was.

1968 war die Selbstreform des Kapitals

1968 war die Selbstreform des Kapitals 

von Francesco Petrone

Quelle: Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-auto-riforma-del-capitale

Costanzo Preve, ein bedeutender Philosoph, Essayist und Politologe, vertrat die These, dass 1968 eine Bewegung „antibürgerlich, aber nicht antikapitalistisch“ war. Er kam zu dem Schluss, dass 1968 die größte Revolte der Kleinbürgerlichkeit in der Geschichte war.

Frankrijk: De politieke keuze om de criminaliteit te laten toenemen

Frankrijk: De politieke keuze om de criminaliteit te laten toenemen

Bron: https://informationnationaliste.fr/2026/07/15/le-choix-politique-de-laisser-augmenter-la-delinquance/

In 2026 staat Frankrijk op de 99e plaats van de Global Peace Index, een ranglijst waar men natuurlijk kritiek op kan hebben, maar die toch een onmiskenbare trend weergeeft. De studie is gebaseerd op opzettelijke doodslag, misdrijven in verband met verkrachting en seksueel geweld, misdrijven tegen eigendom en corruptie.

Frankreich: Die politische Entscheidung, die Kriminalität steigen zu lassen

Frankreich: Die politische Entscheidung, die Kriminalität steigen zu lassen

Quelle: https://informationnationaliste.fr/2026/07/15/le-choix-politique-de-laisser-augmenter-la-delinquance/

Im Jahr 2026 belegt Frankreich den 99. Platz im Global Peace Index – ein Ranking, das zwar sicherlich kritikwürdig ist, aber dennoch einen unumstößlichen Trend aufzeigt.

Frederik II en Eurazianisme: Twee visies op het imperium

Frederik II en Eurazianisme: Twee visies op het imperium

Constantin von Hoffmeister

Bron: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism

De geschiedenis keert vaak terug naar dezelfde vragen, zelfs als ze verschillende antwoorden geeft. De ene tijd spreekt door koningen, een andere door filosofen. De ene strijdt om kastelen en handelsroutes, een andere om technologie, economie en de machtsbalans tussen continenten.

Friedrich II. und Eurasismus: Zwei Visionen von Imperium

Friedrich II. und Eurasismus: Zwei Visionen von Imperium

Constantin von Hoffmeister

Quelle: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism

Die Geschichte kehrt oft zu denselben Fragen zurück, selbst wenn sie unterschiedliche Antworten gibt. Eine Epoche spricht durch Könige, eine andere durch Philosophen. Die eine ringt um Burgen und Handelswege, die andere um Technologie, Wirtschaft und das Kräfteverhältnis zwischen Kontinenten.

De beschaving van de lust

De beschaving van de lust

Karim Nazriev

De richting waarin de moderne wereldbeschaving zich beweegt, is een van de fundamentele vragen binnen het strategisch denken. Het centrale thema is: wat zijn de wetten die de ontwikkeling van de wereldbeschaving bepalen en wat zijn haar waarde-elementen? In de eerste plaats denken we aan de vooruitgang van de mensheid op het gebied van kunstmatige intelligentie.

Die Zivilisation der Wollust

Die Zivilisation der Wollust

Karim Nazriev

Die Richtung, in die sich die moderne Weltzivilisation bewegt, ist eine der Grundfragen der strategischen Sichtweise. Das Hauptthema ist: Welche Gesetze bestimmen die Entwicklung der Weltzivilisation und was sind ihre Wert-Elemente? Zunächst denken wir an die Fortschritte der Menschheit im Bereich der Technologie der Künstlichen Intelligenz.

Duits model voor Peking - Chinees model voor Duitsland

Duits model voor Peking - Chinees model voor Duitsland

Enrico Toselli

Bron: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-modello-cinese-per-la-germania/

Duits model of Chinees model om de stagnerende economie van het tanende Europa nieuw leven in te blazen, dat daardoor steeds oorlogszuchtiger wordt? Paradoxaal genoeg zou China behoefte hebben aan het Duitse model, het originele, met meer sociale zekerheid, medezeggenschap en participatie.

Deutsches Modell für Peking - Chinesisches Modell für Deutschland

Deutsches Modell für Peking - Chinesisches Modell für Deutschland

Enrico Toselli

Quelle: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-modello-cinese-per-la-germania/

Deutsches Modell oder chinesisches Modell, um die stagnierende Wirtschaft des im Niedergang befindlichen Europas wiederzubeleben, das deshalb immer kriegslustiger wird? Paradoxerweise bräuchte China das deutsche Modell, das Original, mit mehr Sozialstaat, Mitbestimmung, Beteiligung.

„Die tote Seele des Liberalismus“

„Die tote Seele des Liberalismus“

Werner Olles 

Zwei Texte von Günter Maschke aus seinem wissenschaftliche Nachlaß, mit einem Nachwort von dessen Verwalter Dr. Dr. Thor von Waldstein.

Je onderhandelt niet met Dadzjdzjal - Eskalatie moet wederzijds zijn

Je onderhandelt niet met Dadzjdzjal

Eskalatie moet wederzijds zijn

Alexander Doegin

Alexander Doegin onthult waarom escalatie wederzijds moet zijn, anders worden onderhandelingen met het Westen een valstrik.

Zoals verwacht kwam er nooit vrede tussen Iran en de Verenigde Staten. De VS hervatten het bombarderen van Iraans grondgebied. Teheran viel Amerikaanse militaire bases in Bahrein aan en sloot opnieuw de Straat van Hormuz. Het werkte niet, en het had ook nooit kunnen werken.

Mit Dadschdschal verhandelt man nicht - Eskalation muss wechselseitig sein

Mit Dadschdschal verhandelt man nicht

Eskalation muss wechselseitig sein

Alexander Dugin

Alexander Dugin erklärt, warum Eskalation wechselseitig sein muss, andernfalls werden Verhandlungen mit dem Westen zur Falle.

Wie erwartet kam es nie zu einem Frieden zwischen Iran und den Vereinigten Staaten. Die USA nahmen die Bombardierung iranischen Territoriums wieder auf. Teheran griff amerikanische Militärbasen in Bahrain an und schloss erneut die Straße von Hormus.

De Griekse kunst van nieuwsgierigheid - Het Griekse beschavingwonder

De heropening van de Agora

De Griekse kunst van nieuwsgierigheid

Het Griekse beschavingwonder

Bron: https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curiosity Grote beschavingen benaderen de wereld niet met angst, noch met naïeve overgave, maar met een vertrouwen dat gebaseerd is op de realiteit die zij opbouwen. Zulke beschavingen sluiten zich niet op in hun eigen schulp om uiteindelijk uit te sterven.

Die griechische Kunst der Neugier - Das zivilisatorische Wunder der Griechen

Die Wiedereröffnung der Agora

Die griechische Kunst der Neugier

Das zivilisatorische Wunder der Griechen

Quelle: https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curiosity Große Zivilisationen begegnen der Welt nicht mit Angst, noch mit naiver Hingabe, sondern mit einem Vertrauen, das auf der Realität gründet, die sie schaffen. Solche Zivilisationen schließen sich nicht in ihrem eigenen Gehäuse ein, um schließlich auszusterben.

Pax Silica: Wordt Europa de digitale vazal van de VS?

Pax Silica: Wordt Europa de digitale vazal van de VS?

Dreigt Europa met „Pax Silica” tot digitale vazalliteit van de Verenigde Staten te vervallen? Terwijl Washington het bondgenootschap presenteert als antwoord op China, zien critici hierin het einde van de Europese technologische soevereiniteit.

NATO: Europa erkennt, dass es nie geschützt, sondern von Washington an der Leine gehalten wurde

NATO: Europa erkennt, dass es nie geschützt, sondern von Washington an der Leine gehalten wurde

von Raphaël Besliu

Quelle: https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-quelle-na-jamais-ete-protegee-mais-tenue-en-laisse-par-washington/

Nach dem NATO-Gipfel in Ankara ist eine Frage, die vor zwei Jahren noch lange verschwiegen wurde, nun in den europäischen Regierungszentralen angekommen: Was passiert, wenn die USA austreten? Laut Financial Times erwägen Bündnisbeamte und europäische Po

Oekraïne: MI6 en CIA betalen tienduizenden huurlingen

Oekraïne: MI6 en CIA betalen tienduizenden huurlingen

Bron: https://www.anonymousnews.org/international/ukraine-mi6-und-cia-bezahlen-zehntausende-soeldner/Zware verliezen van het regime in Kiev in de Oekraïne-oorlog dwingen de westerse regisseurs ervan om steeds grotere contingenten huurlingen voor Kiev te betalen. Douglas MacGregor noemt een recordaantal van meer dan 50.000 huurlingen.

De Groenen willen Taurus „eindelijk onverwijld“ aan Oekraïne leveren: Zij zijn de Duitse oorlogsstokers nummer één

De Groenen willen Taurus „eindelijk onverwijld“ aan Oekraïne leveren: Zij zijn de Duitse oorlogsstokers nummer één

Tobias Riegel

Bron:  https://www.nachdenkseiten.de/?p=153561

Met een recent verzoek in de Bondsdag om Oekraïne „eindelijk onverwijld“ Duitse Taurus-raketten te leveren, bevestigen de Groenen opnieuw hun status als de meest meedogenloze militaristen in het parlement. 

De City tegen Rusland? Achter de Europese crisis de terugkeer van de oude oorlog tussen zee en land

De City tegen Rusland? Achter de Europese crisis de terugkeer van de oude oorlog tussen zee en land

door Nicola Bielli 

Bron: Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la-russia-dietro-la-crisi-europea-il-ritorno-dell-antica-guerra-tra-il-mare-e-la-terra

Terwijl Europa getuige is van de zoveelste escalatie in de confrontatie tussen NAVO en Rusland, blijft één vraag aan de zijlijn van het publieke debat staan: waarom lijkt het Verenigd Koninkrijk vaak vastber

Die City gegen Russland? Hinter der europäischen Krise die Rückkehr des alten Krieges zwischen Meer und Land

Die City gegen Russland? Hinter der europäischen Krise die Rückkehr des alten Krieges zwischen Meer und Land

von Nicola Bielli

Quelle: Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la-russia-dietro-la-crisi-europea-il-ritorno-dell-antica-guerra-tra-il-mare-e-la-terra

Während Europa eine weitere Eskalation der Konfrontation zwischen der NATO und Russland erlebt, bleibt eine Frage im öffentlichen Diskurs weiterhin am Rande stehen: Warum erscheint das Vereinigte Kö

Beoordeling van de Slag om Ali al-Taher (Libanon)

Beoordeling van de Slag om Ali al-Taher (Libanon)

Zeinab Al Saffar

In de militaire en strategische wetenschap verwijst men met "verlies van prestige" naar het instorten van het imago dat een militaire macht heeft opgebouwd rond haar zogenaamd onbetwistbare capaciteiten. Deze ineenstorting heeft zware tactische, strategische en psychologische gevolgen.

Analyse der Schlacht um Ali al-Taher (Libanon)

Analyse der Schlacht um Ali al-Taher (Libanon)

Zeinab Al Saffar

In der Militär- und Strategiewissenschaft bezieht sich der Begriff „Prestigeverlust“ auf den Zusammenbruch des Images, das eine Militärkraft um ihre vermeintlich unbestreitbaren Fähigkeiten aufgebaut hat. Dieser Zusammenbruch bringt schwerwiegende taktische, strategische und psychologische Folgen mit sich.

De verordeningstirannie

De verordeningstirannie 

Door Juan Manuel de Prada

Bron: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista-por-juan-manuel-de-prada/

Op de laatste dag van de recente Boekenbeurs van Madrid gaf de gemeente opdracht om het Retiro-park te ontruimen en te sluiten “vanwege het dreigende noodweer”.

Die Verordnungs-Tyrannei

Die Verordnungs-Tyrannei 

Von Juan Manuel de Prada

Quelle: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista-por-juan-manuel-de-prada/

Am letzten Tag der jüngsten Madrider Buchmesse ordnete die Stadtverwaltung an, den Retiro-Park „wegen drohenden Unwetters“ zu evakuieren und zu schließen.

Rusland, Centraal-Azië en kwesties van infrastructuur-politiek

Rusland, Centraal-Azië en kwesties van infrastructuur-politiek

Leonid Savin

We bevinden ons momenteel in een periode van geopolitieke turbulentie. Enerzijds betekent dit voor velen politieke onzekerheid en instabiliteit. Voor anderen is dit juist een gunstige tijd op het gebied van geo-economie, vooral voor actoren die buiten de belangrijkste conflicten blijven.

Russland, Zentralasien und Fragen der Infrastruktur-Politik

Russland, Zentralasien und Fragen der Infrastruktur-Politik

Leonid Savin

Wir befinden uns derzeit in einer Phase geopolitischer Turbulenzen. Für viele bedeutet das politische Unsicherheit und Instabilität. Für andere hingegen ist dies ein günstiger Moment in der Geoökonomie, insbesondere für jene Akteure, die sich außerhalb der Hauptkonflikte halten.

Nord Stream: De aanklacht die Berlijn niet langer kan wegduwen

Nord Stream: De aanklacht die Berlijn niet langer kan wegduwen

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Voor het eerst heeft het Duitse Openbaar Ministerie een aanklacht ingediend vanwege de explosie van de Nord-Stream-pijpleidingen. Een proces is het nog niet; de staatsveiligheidskamer in Hamburg moet deze eerst toelaten. Maar zelfs de aanklacht is al voldoende om een ongemakkelijke waarheid zichtbaar te maken die Berlijn liever had verdrongen.

De ziekte van de woke “Antifa”-linksen

De ziekte van de woke “Antifa”-linksen

Werner Olles

Het volgende pathografische essay, geschreven door een medisch leek, is een eerste poging om de diverse psychosen van de woke “Antifa”-linksen in kaart te brengen, met als doel de falanx van de georganiseerde betermensen duurzaam te doorbreken. Het pretendeert niet alle aspecten te hebben onderkend of uitputtend behandeld.

Die Krankheit der woken „Antifa“-Linken

Die Krankheit der woken „Antifa“-Linken

Werner Olles

Der nachfolgende pathographische Essay eines medizinischen Laien ist ein erster Versuch die diversen Psychosen der woken „Antifa“-Linken zu erfassen, um die Phalanx der organisierten Bessermenschen nachhaltig zu durchbrechen. Er beansprucht nicht alle Aspekte erkannt und erschöpfend behandelt zu haben.

Uit Schotland met woede

Uit Schotland met woede

Andrea Marcigliano

Bron: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/

We weten weinig over Lara Bird. Alleen dat ze is verkozen tot het Lagerhuis tijdens een tussentijdse verkiezing.

En, alles bij elkaar genomen, interesseert het ons eigenlijk niet om meer te weten, behalve dat ze trouw aan de Britse Kroon heeft gezworen terwijl ze duidelijk haar vingers kruiste als bijgeloof. En nadat ze had verklaard dat haar trouw alleen en uitsluitend naar Schotland uitgaat.

Mit Wut aus Schottland

Mit Wut aus Schottland

Andrea Marcigliano

Quelle: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/

Über Lara Bird wissen wir kaum etwas. Nur, dass sie bei einer Nachwahl ins Unterhaus gewählt wurde.

Und im Grunde interessiert es uns auch nicht, mehr zu erfahren, außer dass sie bei ihrer Vereidigung auf die britische Krone demonstrativ die Finger gekreuzt hat – als Zeichen des Aberglaubens. Und nachdem sie erklärt hatte, dass ihre Treue einzig und allein Schottland gelte.

Europol: Crimineel netwerk van 400.000 leden uit 118 landen terroriseert Europa

Europol: Crimineel netwerk van 400.000 leden uit 118 landen terroriseert Europa

Bron: https://report24.news/europol-400-000-koepfiges-verbrechernetzwerk-aus-118-nationen-terrorisiert-europa/

Buitenlandse bendes maken enorme winsten in heel Europa. Het officiële EU-verhaal van de “verrijking door open grenzen” botst frontaal met de realiteit op het continent: een gloednieuw Europol-rapport laat zien dat een enorme transnationale golf van criminaliteit Europa overspoelt.

Polen en Oekraïne: Een verstoorde burenrelatie

Polen en Oekraïne: Een verstoorde burenrelatie

Warschau/Kiev. Het al langer sluimerende conflict tussen Polen en Oekraïne wordt steeds heviger. Toch zijn beide landen op elkaar aangewezen – Oekraïne op Poolse militaire hulp en het logistieke netwerk van Polen, waarlangs westerse steun het land binnenkomt; maar ook Polen heeft Oekraïne nodig als strategisch voorland.

Toch is de sfeer tussen beide landen al lange tijd gespannen en recent is het conflict verder geëscaleerd.

China leider in 69 van de 74 sleuteltechnologieën. Maar het heeft een Europa nodig dat niet alleen aan oorlog denkt

China leider in 69 van de 74 sleuteltechnologieën. Maar het heeft een Europa nodig dat niet alleen aan oorlog denkt

Enrico Toselli

Bron: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-tecnologie-chiave-ma-ha-bisogno-di-uneuropa-che-non-pensi-solo-alla-guerra/

Nvidia-chips? Nee, bedankt. China, dat tot voor kort nog wanhopig op zoek was naar geavanceerde technologie op dit vlak, kan nu zonder veel import.

China ist führend in 69 von 74 Schlüsseltechnologien. Aber sie braucht ein Europa, das nicht nur an Krieg denkt

China ist führend in 69 von 74 Schlüsseltechnologien. Aber sie braucht ein Europa, das nicht nur an Krieg denkt

Enrico Toselli

Quelle: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-tecnologie-chiave-ma-ha-bisogno-di-uneuropa-che-non-pensi-solo-alla-guerra/

Nvidia-Chips? Nein, danke. China, das bis vor Kurzem noch verzweifelt nach fortschrittlicher Technologie in diesem Bereich suchte, kann mittlerweile auf viele Importe verzichten.

Vreemdelingen in een vreemd land - Van de Romantiek tot Nietzsche - een essay van Mario Bosincu

Vreemdelingen in een vreemd land - Van de Romantiek tot Nietzsche - een essay van Mario Bosincu

Giovanni Sessa

Bron: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggio-di-mario-bosincu/

Mario Bosincu, germanist aan de Universiteit van Sassari, had al in eerdere werken laten zien een onderzoeker van hoog niveau te zijn. De lezing van zijn meest recente werk bevestigde deze indruk. We doelen op het boek Stranieri in terra straniera.

Fremdlinge im fremden Land - Vom Romantizismus zu Nietzsche – ein Essay von Mario Bosincu

Fremdlinge im fremden Land - Vom Romantizismus zu Nietzsche – ein Essay von Mario Bosincu

Giovanni Sessa

Quelle: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggio-di-mario-bosincu/

Mario Bosincu, Germanist an der Universität Sassari, hatte bereits in früheren Arbeiten gezeigt, dass er ein Wissenschaftler von hohem Niveau ist. Die Lektüre seines neuesten Werks hat diesen Eindruck bestätigt. Gemeint ist der Band Stranieri in terra straniera.

Genoeg van de sancties, genoeg van de economische oorlog!

Italië: een oproep tegen sancties

Genoeg van de sancties, genoeg van de economische oorlog!

Bron: https://www.lafionda.org/2025/05/28/basta-sanzioni-basta-guerra-economica/

Voor een campagne die het einde van de sancties tegen Rusland en andere landen ondersteunt

Sinds februari 2022 hebben de Verenigde Staten en de Europese Unie het strengste sanctieregime uit de moderne geschiedenis aan Rusland opgelegd, waarmee de reeds in 2014 ingestelde sancties verder zijn verscherpt.

Schluss mit den Sanktionen, Schluss mit dem Wirtschaftskrieg!

Italien: Ein Appell gegen Sanktionen

Schluss mit den Sanktionen, Schluss mit dem Wirtschaftskrieg!

Quelle: https://www.lafionda.org/2025/05/28/basta-sanzioni-basta-guerra-economica/

Für eine Kampagne, die ein Ende der Sanktionen gegen Russland und andere Länder fordert

Seit Februar 2022 haben die Vereinigten Staaten und die Europäische Union gegen Russland das härteste Sanktionsregime der jüngeren Geschichte verhängt und damit die bereits 2014 in Kraft gesetzten Maßnahmen weiter verschärft.

Friedrich Merz, de sinistere kanselier van een tanend Duitsland

Friedrich Merz, de sinistere kanselier van een tanend Duitsland

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

De Duitse kanselier Friedrich Merz kondigde met dat gesloten, sombere gezicht, dat lijkt verstijfd in een kille en vermoeide vastberadenheid, een impopulaire maatregel aan: het einde van ziekteverlof per telefoon en de plicht tot een medisch attest vanaf de eerste dag van afwezigheid. Geen glimlach, geen warmte.

Friedrich Merz, der düstere Kanzler eines im Niedergang begriffenen Deutschlands

Friedrich Merz, der düstere Kanzler eines im Niedergang begriffenen Deutschlands

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Der deutsche Kanzler Friedrich Merz kündigte mit diesem verschlossenen, finsteren Gesicht, das wie in kalter und müder Entschlossenheit erstarrt scheint, eine unpopuläre Maßnahme an: das Ende der telefonischen Krankmeldungen und die Verpflichtung zur Vorlage eines ärztlichen Attests bereits am ersten Fehltag. Kein Lächeln, keine Wärme.

De derde wereldoorlog wordt nog voorbereid

De derde wereldoorlog wordt nog voorbereid

Cristi Pantelimon

Bron: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

De enige manier waarop de VS aan het roer kunnen blijven van de mondiale aangelegenheden, is een wereldoorlog—dus een grootschalig conflict waarin de VS als scheidsrechter optreden en niet als directe deelnemer.

Der Dritte Weltkrieg wird noch vorbereitet

Der Dritte Weltkrieg wird noch vorbereitet

Cristi Pantelimon

Quelle: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Die einzige Möglichkeit, wie die USA weiterhin an der Spitze der globalen Angelegenheiten bleiben können, ist ein Weltkrieg, also ein groß angelegter Konflikt, bei dem die USA als Schiedsrichter und nicht als direkter Teilnehmer auftreten.

Yves Lacoste, de geograaf die de wereld terugbracht naar de werkelijkheid

Yves Lacoste, de geograaf die de wereld terugbracht naar de werkelijkheid

Giuseppe Gagliano

Bron: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geografo-che-restitui-il-mondo-alla-realta/

Kaarten als machtsinstrumenten

Het overlijden van Yves Lacoste, op 20 juni 2026 in Bourg-la-Reine op 96-jarige leeftijd, markeert het einde van een tijdperk in de Franse strategische cultuur. Het is niet slechts een geograaf die verdwijnt.

Yves Lacoste, der Geograph, der die Welt zur Realität zurückführte

Yves Lacoste, der Geograph, der die Welt zur Realität zurückführte

Giuseppe Gagliano

Quelle: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geografo-che-restitui-il-mondo-alla-realta/

Karten als Machtinstrumente

Der Tod von Yves Lacoste, der am 20. Juni 2026 im Alter von 96 Jahren in Bourg-la-Reine verstorben ist, markiert das Ende einer Ära in der französischen strategischen Kultur. Es verschwindet nicht nur ein Geograph.

JD Vance: “Ik ben boos over de opkomst van China… maar vooral ben ik boos dat het Amerikaanse leiderschap dit heeft laten gebeuren.”

JD Vance: “Ik ben boos over de opkomst van China… maar vooral ben ik boos dat het Amerikaanse leiderschap dit heeft laten gebeuren.”

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Deze uitspraak van de Amerikaanse vicepresident JD Vance onthult een visie die zowel diep neerbuigend als grotendeels losgezongen van de realiteit is.

JD Vance: „Ich bin wütend über den Aufstieg Chinas… aber vor allem bin ich wütend, dass die amerikanische Führung dies zugelassen hat.“

JD Vance: „Ich bin wütend über den Aufstieg Chinas… aber vor allem bin ich wütend, dass die amerikanische Führung dies zugelassen hat.“

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Diese Aussage des US-Vizepräsidenten JD Vance offenbart eine Sichtweise, die zugleich zutiefst herablassend und weitgehend von der Realität abgekoppelt ist.

De noodzaak om subjectieve knelpunten en objectieve noodzakelijkheid te onderscheiden

De noodzaak om subjectieve knelpunten en objectieve noodzakelijkheid te onderscheiden

door Riccardo Paccosi 

Bron: Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-distinguere-criticita-soggettive-e-necessita-oggettive

In de zomer van 2024 schreef ik, me bewust van mijn grote beperkingen als buitenstaander van de Duitse context, dat de soevereinistisch-marxistische partij BSW van Sahra Wagenknecht een akkoord zou moeten zoeken met de soevereinistisch-liberalen van Al...

Die Notwendigkeit, subjektive Schwächen und objektive Notwendigkeiten zu unterscheiden

Die Notwendigkeit, subjektive Schwächen und objektive Notwendigkeiten zu unterscheiden

von Riccardo Paccosi 

Quelle: Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-distinguere-criticita-soggettive-e-necessita-oggettive

Im Sommer 2024 schrieb ich – mir meiner erheblichen Grenzen als außenstehender Beobachter des deutschen Kontexts durchaus bewusst –, dass die souveränistisch-marxistische Partei BSW von Sahra Wagenknecht eine Verständigung mit den souveränistisch-lib..;

Het langdurige conflict met Europa

Het langdurige conflict met Europa

door Daniele Perra 

Bron: Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-contro-l-europa

Tijdens de verkiezingscampagne zei Donald J. Trump dat hij binnen een maand na zijn verkiezing een einde zou maken aan het conflict in Oekraïne. Nu, bijna twee jaar later, is de situatie heel anders. Of, waarschijnlijker, loog Trump – zoals gewoonlijk – bewust.

Der langfristige Konflikt mit Europa

Der langfristige Konflikt mit Europa

von Daniele Perra

Quelle: Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-contro-l-europa

Im Wahlkampf sagte Donald J. Trump, er werde innerhalb eines Monats nach seiner Wahl den Konflikt in der Ukraine beenden. Heute, fast zwei Jahre später, sieht die Situation ganz anders aus. Oder, wahrscheinlicher, Trump log wie so oft ganz bewusst. Der Konflikt in Osteuropa ist nämlich funktional für die „Wiederaufbau“-Pläne der USA.

Duitsland bewapent zich en Washington strijkt het geld op

Duitsland bewapent zich en Washington strijkt het geld op

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena  

Mark Rutte heeft in Washington een argument voor de NAVO dat hij graag herhaalt: Europese en Canadese wapenopdrachten ter waarde van 300 miljard dollar zorgen voor bijna 200.000 banen in de VS. Wat hij verkoopt als succesverhaal van het bondgenootschap, is in werkelijkheid een rekening – en de vraag is alleen wie die uiteindelijk betaalt.

Wij betalen meer.

Europese steun aan Oekraïne krijgt een houdbaarheidsdatum

Europese steun aan Oekraïne krijgt een houdbaarheidsdatum

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena 

Voorafgaand aan de NAVO-top in Ankara wordt er onderhandeld over 70 miljard euro voor militaire steun aan Oekraïne in 2026. Voor 2027 moet bij voorkeur een vergelijkbaar bedrag worden gereserveerd.

Precies daar begint echter de discussie. Nog één extra hulpjaar kan worden goedgekeurd. Maar steeds minder regeringen willen zich vastleggen op een blijvende verplichting.

Euraziatische machtsstrijd: Armenië – de nieuwe stormram van Washington

Euraziatische machtsstrijd: Armenië – de nieuwe stormram van Washington

Washington/Jerevan/Moskou. De VS zijn erin geslaagd Armenië los te weken van Rusland. Tot deze conclusie komt de Amerikaanse geopolitiek-analist en ex-militair Brian Berletic. In een recent artikel op het platform “The New Atlas” wijst hij op een Amerikaanse strategie die al sinds de jaren negentig wordt gevolgd.

De partij van Sahra Wagenknecht (BSW) neemt het voortouw: Meerderheden in de toekomst ook met de AfD

De partij van Sahra Wagenknecht (BSW) neemt het voortouw: Meerderheden in de toekomst ook met de AfD

Magdeburg/Schwerin. Sahra Wagenknecht zorgt steeds weer voor verrassingen. Nu heeft haar partij opnieuw kritiek geuit op de “brandmuur” van de oude partijen tegen de AfD – en komt met een even ongebruikelijk als constructief voorstel.

Een film met de juiste vragen: Wie blies Nord Stream op?

Een film met de juiste vragen: Wie blies Nord Stream op?

Berlijn. Op 26 september 2022 werd de Oostzee nabij het Deense eiland Bornholm opgeschrikt door vier explosies. De Nord Stream-pijpleidingen, waardoor Russisch aardgas naar Duitsland en West-Europa stroomde, werden daarbij verwoest. De gevolgen waren verstrekkend en zijn tot op de dag van vandaag merkbaar: exploderende energieprijzen, bedrijven die hun productie verplaatsen, het verlies van de economische stabiliteit van Duitsland.

Tommy Robinson – Zoon van zijn klasse

Tommy Robinson – Zoon van zijn klasse

Werner Olles 

Nee, hij is waarlijk geen intellectueel in de gebruikelijke zin van het woord.

Tommy Robinson – Sohn seiner Klasse

Tommy Robinson – Sohn seiner Klasse

Werner Olles

Nein, er ist wahrlich kein Intellektueller im üblichen Sinn.

De oorlog om superintelligentie en investeringen – Het geval Leopold Aschenbrenner

De oorlog om superintelligentie en investeringen – Het geval Leopold Aschenbrenner

Markku Siira

Bron: https://markkusiira.substack.com/p/superalyn-sota-ja-sijoitukset-tapaus

De essaybundel “Situational Awareness: The Decade Ahead” (2024) van de Duits-Amerikaanse AI-onderzoeker en investeerder Leopold Aschenbrenner biedt een analyse over de toekomst van kunstmatige intelligentie die sterk de belangen van de Verenigde Staten benadrukt.

Der Krieg um Superintelligenz und Investitionen – Der Fall Leopold Aschenbrenner

Der Krieg um Superintelligenz und Investitionen – Der Fall Leopold Aschenbrenner

Markku Siira

Quelle: https://markkusiira.substack.com/p/superalyn-sota-ja-sijoitukset-tapaus

Die Textsammlung „Situational Awareness: The Decade Ahead“ (2024) des deutschstämmigen KI-Forschers und Investors Leopold Aschenbrenner bietet eine Analyse der KI-Zukunft, die stark die Interessen der USA betont.

Duitsland en Europa tegenover de autocrisis: een versnellende industriële en sociale ramp

Duitsland en Europa tegenover de autocrisis: een versnellende industriële en sociale ramp

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Eind juni 2026 kwam het nieuws als een donderslag bij heldere hemel: Volkswagen overweegt een grootschalig herstructureringsplan, met wereldwijd tot 100.000 ontslagen en de mogelijke sluiting van vier iconische fabrieken in Duitsland (Hannover, Zwickau, Emden en Neckarsulm, waarbij de laatste Audi’s produceert).

Deutschland und Europa angesichts der Automobilkrise: Eine sich beschleunigende industrielle und soziale Katastrophe

Deutschland und Europa angesichts der Automobilkrise: Eine sich beschleunigende industrielle und soziale Katastrophe

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Ende Juni 2026 schlug die Nachricht wie ein Blitz ein: Volkswagen erwägt einen massiven Restrukturierungsplan mit bis zu 100.000 Stellenstreichungen weltweit und der möglichen Schließung von vier bedeutenden Werken in Deutschland (Hannover, Zwickau, Emden und Neckarsulm, letzteres produziert Audi).

Welke rol Zuid-Korea speelt bij de militarisering van de EU

Bijna niemand weet het !

Welke rol Zuid-Korea speelt bij de militarisering van de EU

Bijna niemand weet hoe belangrijk Zuid-Korea is geworden voor de militarisering van de EU. Toch is Zuid-Korea na de VS de tweede grootste wapenleverancier voor de Europese NAVO-landen en heeft daarmee Duitsland en Frankrijk ingehaald.

Vier teksten over Wit-Rusland

Vier teksten over Wit-Rusland

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena 

Belarus: De omstreden voorruimte van Rusland

Het EU-Instituut voor Veiligheidsstudies waarschuwt ervoor om Belarus niet langer als een louter randonderwerp van het Europese oostelijke beleid te beschouwen. Minsk maakt allang deel uit van een gezamenlijke Russisch-Belarussische militaire ruimte.

Het Belarussische leger hoeft daarvoor niet eens Oekraïne binnen te vallen.

Het menselijk lichaam en de dans - Een essay van Walter F. Otto

Het menselijk lichaam en de dans 

Een essay van Walter F. Otto

door Giovanni Sessa

Bron: https://ilfondo.org/il-corpo-e-la-danza-un-saggio-di-walter-f-otto/

Otto, filoloog en godsdiensthistoricus, was een vooraanstaand intellectueel van de twintigste eeuw. Uit zijn werken blijkt een uitgesproken belangstelling voor de Griekse religiositeit.

Der menschliche Körper und der Tanz Ein Essay von Walter F. Otto

Der menschliche Körper und der Tanz 

Ein Essay von Walter F. Otto

von Giovanni Sessa

Quelle: https://ilfondo.org/il-corpo-e-la-danza-un-saggio-di-walter-f-otto/

Otto, Philologe und Religionshistoriker, war ein bedeutender Intellektueller des 20. Jahrhunderts. Aus seinen Werken geht ein vorrangiges Interesse für die griechische Religiosität hervor.

Presseschau - Juni 2026

Presseschau - Juni 2026

AUßENPOLITISCHES  

„Druck auf Inflation“.

Klassieke Studies als strategische infrastructuur - Waarom grootmachten Thucydides lezen

Klassieke Studies als strategische infrastructuur

Waarom grootmachten Thucydides lezen

Demos and Polis

Bron: https://demospolis.substack.com/p/classical-studies-as-strategic-infrastructure

De rivaliteit tussen China en de Verenigde Staten is één van de bepalende vragen van de internationale politiek geworden. Beleidsmakers en wetenschappers aan beide kanten merken steeds weer dat ze spreken over een Griekse historicus die vierentwintighonderd jaar geleden is overleden: Thucydides.

Klassische Studien als strategische Infrastruktur - Warum Großmächte Thukydides lesen

Klassische Studien als strategische Infrastruktur

Warum Großmächte Thukydides lesen

von Demos and Polis

Quelle: https://demospolis.substack.com/p/classical-studies-as-strategic-infrastructure

Die Rivalität zwischen China und den USA ist zu einer der entscheidenden Fragen der internationalen Politik geworden.

Belgien und seine versagende Justiz

Belgien und seine versagende Justiz

Pieter

Quelle: https://zannekinbond.org/belgie-en-haar-falende-justitie/ 

Die Krise, in der sich die belgische Justiz befindet, ist kein Zufall und ebenso wenig ausschließlich das Ergebnis individueller Fehler. Sie spiegelt vielmehr den Charakter des belgischen bürgerlichen Staates selbst wider.

Waarom Mackinders ideeën faalden

Waarom Mackinders ideeën faalden

Eldaniz Gusseinov 

Bron: https://www.linkedin.com/in/eldaniz-gusseinov/

Mackinders ideeën over het Heartland als bron van grondstoffen en als strategische ruimte buiten het bereik van maritieme machten zijn in de praktijk grotendeels niet gerealiseerd, om één eenvoudige reden: zijn concept onderschatte de factor van de vraag.

Warum Mackinders Ideen scheiterten

Warum Mackinders Ideen scheiterten

Eldaniz Gussejnow

Quelle: https://www.linkedin.com/in/eldaniz-gusseinov/

Mackinders Vorstellungen vom Heartland als Ressourcenzentrum und strategischem Raum, der außerhalb der Reichweite der See-Mächte liegt, wurden in der Praxis größtenteils nicht verwirklicht – aus einem einfachen Grund: Sein Konzept unterschätzte den Faktor der Nachfrage.

jeudi, 13 août 2026

L’Odyssée de Nolan, une fabrication dans une civilisation en phase terminale

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L’Odyssée de Nolan, une fabrication dans une civilisation en phase terminale

Roberto Pecchioli

Source: https://telegra.ph/LOdissea-di-Nolan-nella-civilt%C3%A0-t...

On se demande ce qu’Homère – ou celui qui a écrit l’Odyssée – penserait du succès, trois millénaires après le poème, de la version cinématographique de Christopher Nolan d’un des textes fondateurs de la civilisation classique puis européenne. Le film a déjà engrangé un milliard de dollars : une affaire en or. La presse italienne s’empresse de rappeler que cette superproduction hollywoodienne a dépassé au box-office Buen Camino de Checco Zalone. Ce sont là les seuls critères de comparaison – quantitatifs, marchands, arithmétiques – d’une civilisation à bout de souffle, qui traite l’Odyssée plus ou moins comme une série Netflix, curieusement située dans un passé lointain, sur les mers chaudes de la Méditerranée. Ulysse n’est plus qu’un rusé, revenu de la ruse du cheval qui lui permit de vaincre les Troyens assiégés, en difficulté lors de son retour aventureux (dix ans, soit autant que la guerre victorieuse) à Ithaque, sa petite île dont il est le roi. Il lui arrive de tout, mais l’Odyssée n’est pas un roman d’aventures. Dans le film, tous les thèmes fondamentaux s’estompent, le sens des archétypes qu’Homère a sculptés génération après génération devient impalpable.

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Le spectateur – différent par nature du lecteur – n’est pas amené à réfléchir sur les fondements de l’existence qu’Homère explore à la phase germinale de la civilisation. La nostalgie pour la patrie natale, l’amour conjugal, la relation avec le père et le fils Télémaque (lui-même en voyage à la recherche du père, c’est-à-dire des racines et de la légitimité), la souffrance, la violence, la mortalité et l’immortalité, le rôle du destin et des dieux, la guerre et l’apaisement de l’âme, la relation aux vices et désirs mis à l’épreuve dans la grande aventure du retour ; le sens de la limite violée (un des piliers du sens grec de la vie), le désir de "prendre le large", saisi par Dante dans la Comédie, formidable fresque de la vision chrétienne médiévale. Et puis la guerre, la haine, la violence, la lutte âpre contre les Prétendants, les rivaux au trône et à la main de Pénélope, le lit nuptial sculpté par le jeune Ulysse, dont la profanation serait un sacrilège aussi grave que l’usurpation du trône.

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Laissons de côté les dérapages « woke », admettons d’emblée qu’il s’agit d’un produit bien conçu pour le public contemporain, mais regrettons la décente Odyssée de la Rai de la fin des années soixante, des trois réalisateurs (Bava, Rossi, Schivazappa, car l’entreprise semblait trop vaste pour un seul) interprétée par le visage dur et tourmenté de Bekim Fehmiu (Ulysse) et les traits intenses, profondément grecs, d’Irene Papas (Pénélope) (photo). Oublions aussi ce fait bien humain que toute œuvre comme l’Odyssée, au même titre que d’autres récits poétiques et littéraires qui ont façonné la civilisation – l’Iliade, l’Énéide, la Bible, la Divine Comédie, la tragédie grecque, le théâtre de Shakespeare, les romans de Dostoïevski – a autant d’interprétations qu’il y a de lecteurs. Reste l’amertume de voir sur grand écran une pierre angulaire de ce que nous sommes (ou étions) réduite à un divertissement pour un public gavé de pop-corn et de coca, invité non à réfléchir mais à s’émerveiller des effets spéciaux et de la maîtrise indéniable des images et des décors. Peut-être est-ce du passéisme, mais même les protagonistes – Matt Damon et Anne Hathaway – ne nous semblent pas à la hauteur d’autres acteurs qui ont incarné Ulysse et Pénélope.

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Nolan a mis en scène un produit arrogant, sous-culturel, plein de grossièretés, avec un sens très faible de la composition, s’adressant de façon trop servile à un public dont le goût a été déformé par les séries télévisées, comme nous le disions, mais aussi par la réduction de tout à du spectacle, la recherche de l’émerveillement à tout prix, l’indifférence aux thèmes existentiels qui font d’Homère – qu’il ait existé ou non – le père d’une civilisation entière et d’une vision du monde. Les réflexions de spectateurs concernent le fait que la fin méritée de notre coin du monde n’est pas due à l’islamisation, mais à l’américanisation, à la réduction matérialiste, mercantile et superficiellement émotionnelle qui rend impossible la prise de hauteur et empêche de voir autrement qu’à travers les canons incapacitants du règne de la quantité. En ce sens, il faudrait applaudir l’Odyssée de Nolan, car c’est un succès commercial. Elle génère du profit, donc l’œuvre est réussie, voire belle, dans l’esthétique inversée qui est désormais dominante. Mais la négativité la plus profonde, selon nous, réside dans la réfutation d’Homère et de son poème à laquelle se livre le réalisateur.

Incapable d’en reproduire la grandeur, la délicatesse et en même temps la puissance évocatrice, il s’applique à la profaner. La beauté suprême de l’Odyssée réside dans le fait de nous montrer que nous, êtres humains, pouvons extraire le doux miel de la triste fleur de la vie ; que, même si les portes ténébreuses de l’Hadès nous attendent au tournant, nous sommes animés d’un feu qui triomphe de l’amertume et des destins les plus sombres. Homère raconte une histoire d’innombrables horreurs ; et pourtant Ulysse en sort plus riche de sagesse, plus endurci, plus magnanime : en un mot, plus humain. Et au cœur de l’horreur, l’étonnement refait surface comme une brise qui réconforte, sans priver la réalité de la moindre parcelle de sa dureté, en la parfumant d’une joie secrète et sereine.

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L’apogée du poème se trouve peut-être dans le palais de l’hospitalier Alcinoos, roi des Phéaciens. C’est là qu’Ulysse raconte ses mésaventures, c’est là qu’il affronte la tentation la plus complexe : l’amour de Nausicaa, fille du roi, incarnation parfaite de la grâce virginale, pudique et exubérante, timide et séduisante. Elle aime le héros en secret et peut-être Ulysse en est-il aussi amoureux, mais il sait refuser – d’une manière à la fois subtile et tendre – un amour jamais exprimé avec des mots, un amour devenu rosée, un sentiment matinal qui, dans sa fraîcheur primitive, ignore les blessures du désir. Une œuvre qui ne parvient pas à saisir ce moment sublime (Nolan ignore Nausicaa) ne mérite pas d’être appelée adaptation de l’Odyssée. Cela constitue une sordide profanation. Il y a de nombreux moments mémorables amputés dans le film : incompréhension, soumission aux canons commerciaux, choix conscient qui abaisse l’épopée à une simple intrigue.

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Ce que Nolan ne néglige pas, il le démolit, le déconstruit. Un exemple est le chant des sirènes – les voix du monde, des plaisirs qui détournent des grands objectifs – que nous n’entendons pas, étouffé par la voix agaçante du « je » narrateur, une pseudo-lyrique tirade à phrases de calendrier. Nolan nous prive de la plus sublime expérience acoustique de toute l’histoire. L’artiste sans esprit, au lieu de montrer, explique ; et c’est une lassante leçon d’impuissance créative. Il impose un monologue tonitruant au lieu de nous offrir le chant des sirènes. Au moins aurait-il pu nous montrer le changement qui s’opère ensuite dans l’âme du héros. La nature improprement poétique de Nolan n’y parvient pas, nous forçant à écouter un discours pompeux. Il nous prive aussi de l’humour malicieux d’Ulysse, de ses jeux de mots astucieux avec Polyphème : la rhétorique, l’intelligence, plus puissantes que la force brute du cyclope.

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Le réalisateur nous ôte les larmes furtives d’Ulysse devant le noble Argos mourant, le vieux chien qui le reconnaît à Ithaque. On est surpris par la misogynie de Nolan qui maltraite et montre son incompréhension des personnages féminins mémorables comme Circé et Calypso, transformées l’une en femme négligée, l’autre en corps artificiel pour publicité de parfum. Le résultat est la perte impardonnable de la grandeur morale de l’œuvre d’Homère. Celui qui aborde l’Odyssée par le film ne comprendra rien aux raisons de sa force première, de sa valeur archétypale, de l’intemporalité de ses thèmes les plus profonds.

Pourquoi, enfin, Ulysse veut-il à tout prix retourner à Ithaque, jusqu’à refuser l’immortalité promise par la nymphe Calypso qui le retient des années ? Pourquoi Télémaque le cherche-t-il ? Pourquoi Pénélope lutte-t-elle pour se soustraire aux intrigues des Prétendants ? Ulysse ne fut jamais dans l’oubli total entre les bras de Calypso. Il resta l’homme qui, bien que succombant au charme et aux sortilèges de la nymphe, sut résister à ses offres d’immortalité. Nostalgique de sa terre pierreuse, avide de retrouver l’amour conjugal, il la repoussa ; la créature divine goûta alors l’amertume, profondément humaine, de la désillusion et de la défaite, fondant en larmes dans sa grotte couverte de vignes.

Nolan, obtus ou politiquement correct, ne sait pas représenter la cruauté des héros qui pillent les villes, tuent les hommes et se partagent les femmes, qui dans le film sont assassinées. Pourtant, chez ces héros ancestraux, il y a une noblesse tragique et de la compassion, la crainte de la colère divine, le sens de l’honneur, le don généreux de son sang, l’acceptation virile du destin. Dans le film, abondent nihilisme, brutalité et chaos. Personne ne se bat pour la gloire, personne n’est mû par des idéaux, tous agissent par peur ou intérêt. Une photographie du climat postmoderne, aussi vulgaire que l’époque qui est la nôtre. Le sommet du négatif est atteint en montrant presque avec complaisance Hélène – le prétexte de la guerre de Troie – le visage mutilé par Ménélas, roi et mari trompé : un acte inconcevable dans l’univers hellénique, preuve de la misogynie de Nolan, cachée derrière un féminisme de façade.

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Ménélas a l’allure d’un catcheur télévisé ; les compagnons d’Ulysse appellent leur roi « bâtard chanceux ». Les Prétendants ressemblent à des voyous de boîte de nuit, le roi Agamemnon est habillé non en guerrier mais en héros de bande dessinée façon Batman. La séquence où Ulysse massacre les Prétendants est d’une vulgarité absolue. Rien de l’enchantement vengeur du poème, seulement une scène d’action brute qui ruine la magie sanglante d’Homère, transformée en séquence pulp insistante. Ulysse ne combat pas les Prétendants, il les massacre rituellement, les laissant pétrifiés d’horreur. Lorsqu’il se débarrasse des haillons qui le déguisent, il bande son arc comme lui seul sait le faire et transperce la gorge d’Antinoos – chef des Prétendants – et alors les genoux et les cœurs des autres vacillent. Non devant un guerrier supérieur, mais face à un ennemi qu’ils croyaient relégué aux cauchemars les plus sombres.

Nolan nous fait passer plus de trois heures à démystifier (le triste travail d’un demi-siècle de décadence) les héros homériques, réalisant un clinquant fatras qui, à la fin, mythifie de la façon la plus grossière Ulysse, un être sans âme. Un gagnant dans le sens où il récupère le succès, le royaume, Pénélope, sans qu’il nous soit dit pour quelle raison, par quel moteur il fut poussé, à quels idéaux et impulsions spirituelles il répondit, assez puissants pour en faire l’éponyme d’une civilisation millénaire. Personne, peut-être, sinon le Hasard ou le Chaos. Vive Zalone, battu au box-office, qui se contente de nous faire rire et ne prétend pas réécrire maladroitement un poème-mythe, pierre angulaire qui demeure dans l’âme de quiconque s’approche de ses vers immortels.

« Muse, conte-moi l’homme aux mille tours,

qui tant erra, après qu’il eut renversé les murs sacrés de Troie ;

qui vit beaucoup de villes, connut l’esprit de tant de peuples,

et sur les mers souffrit maintes douleurs au fond du cœur. »

18:00 Publié dans Cinéma, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christopher nolan, odyssée, ulysse, homère | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook