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lundi, 06 avril 2026

Un recueil riche en curiosités surprenantes

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Un recueil riche en curiosités surprenantes

par Georges Feltin-Tracol

sylvain-roussillon-auteur-ecrivain-conferencier-728x1024.jpgSi Sylvain Roussillon (photo) ne milite plus au sein des mouvements royalistes, lui qui fut l’un des initiateurs à la fin des années 1980 de la célèbre campagne « Génération Maurras » en réponse à la pitoyable « Génération Mitterrand », il poursuit son engagement en collaborant avec Zentromag, Rébellion, Réfléchir & Agir, Livr’Arbitres, La Revue d’histoire européenne et d’autres périodiques plus ou moins connus. Déjà auteur de six ouvrages dont La tentation fasciste des républicains irlandais (2022) chez le même éditeur, il aime écrire sur des sujets qu’il apprécierait lire.

Ce recueil de textes associe curiosité et éclectisme. Quel point commun entre les anciens dreyfusards devenus d’ardents collaborationnistes, les chrétiens cachés du Japon, l’opposition phalangiste à Franco, les féministes fascistes et l’écrivain Xavier de Maistre, frère cadet de Joseph ? Aucun, sinon un évident non-conformisme qui convient à son auteur.

Visitez le site de Sylvain Roussillon: https://www.sylvain-roussillon.fr/

Sylvain Roussillon dresse le portrait de Robert E. Howard, le père de Conan le Cimmérien, quand il n’approche pas la bibliographie imaginaire, à savoir des livres inventés devenus mythiques tels le Necronomicon cher à Lovecraft, le De Vermis Mysteriis ou les Cultes innommables de F.W. von Junzt. Il s’attarde enfin sur la figure du vampire en littérature.

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Dans cette collection d’articles rassemblés selon une classification précise  (« Peuples et communautés » ou « Insolites et inclassables ») se distinguent trois contributions remarquables: les Khevsours, peuple du Caucase en Géorgie, descendants des croisés francs; le général-brigadier cherokee sudiste Stand Watie (1806 – 1871) et la célèbre duchesse d’Uzès (1847 – 1933), première femme au monde à obtenir le permis de conduire, qui finança les journaux et les actions de la « droite sociale » et de la « gauche nationale » par-delà l’épisode boulangiste fondateur d’une « droite révolutionnaire et enracinée » qui se manifeste encore de nos jours.

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Quant à l’article qui offre son titre au volume, sans rien divulguer, signalons seulement qu’en plus d’être un champignon (venimeux ?), le camarade Lénine « était aussi une onde radio ». On aura compris que Sylvain Roussillon entend à la fois surprendre et instruire. Il fait œuvre de réinformation historique.

GF-T

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Géopolitique de la troisième guerre mondiale

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Géopolitique de la troisième guerre mondiale

Alexandre Douguine

De nombreux analystes avancent actuellement l’hypothèse que la troisième guerre mondiale a déjà commencé et que nous en sommes à sa première phase. Que ce soit vrai ou non, nous le saurons dans un avenir proche, mais supposons pour l’instant que cette hypothèse est fondée et tentons d’en examiner les contours géopolitiques.

La signification de la troisième guerre mondiale réside dans un changement radical de toute l’architecture de la politique mondiale. Les institutions internationales existantes depuis longtemps ne correspondent plus à la réalité. Elles sont toujours structurées selon la logique du système de Westphalie et du monde bipolaire. Le modèle de Westphalie repose sur la reconnaissance de la souveraineté de tous les États reconnus au niveau international. L’ONU est bâtie sur le même principe.

Cependant, dans la pratique, au cours des cent dernières années, le principe de souveraineté est devenu une pure hypocrisie. Dans les années 1930, en Europe, un système s’était formé où seuls trois forces étaient souveraines, et de manière strictement idéologique : 1) l’Occident bourgeois-capitaliste (Grande-Bretagne, États-Unis, France, etc.) ; 2) l’URSS communiste ; 3) les pays de l’Axe, avec une idéologie fasciste.

Une telle situation a perduré après la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais un seul de ces pôles idéologiques — le fasciste — a disparu. Cependant, les deux autres — capitaliste et socialiste — se sont renforcés et étendus. Mais là encore, aucun État-nation en soi n’était souverain. Certains étaient dirigés depuis Moscou, d’autres depuis Washington. Le mouvement de non-alignement oscillait entre ces deux pôles.

L’auto-dissolution du Pacte de Varsovie et l’effondrement de l’URSS ont éliminé le bipolarisme, et à partir de ce moment, seul les États-Unis ont été porteurs de la souveraineté. L’ONU et le modèle de Westphalie sont devenus de simples paravents de l’hégémonie mondiale. Ainsi est apparu un monde unipolaire.

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Dès les années 1990, il est devenu évident qu’il fallait revoir le droit international au profit soit d’un gouvernement mondial (version libérale de la fin de l’histoire selon Francis Fukuyama), soit d’une hégémonie occidentale directe (les néoconservateurs américains). Les pays européens ont suivi le scénario du gouvernement mondial, en cédant leur souveraineté en faveur de l’UE, en tant qu’étape préparatoire à celui-ci. À leur tour, il a été suggéré discrètement à tous les autres de se préparer à la même chose.

Cependant, au début des années 2000, une nouvelle tendance a émergé: la volonté de restaurer la souveraineté en Russie et en Chine. Moscou et Pékin ont tendu vers la réalisation de la souveraineté non plus comme une fiction, mais comme une réalité. C’est ainsi que la multipolarité s’est manifestée. Désormais, il était proposé que les porteurs de la souveraineté deviennent des États-civilisations — aussi bien déjà constitués (Russie, Chine, Inde) que potentiels (monde islamique, Afrique, Amérique latine). Et c’est ainsi qu’ils se sont constitués en BRICS.

En conséquence — le projet unipolaire est entré en collision avec le multipolaire. Tant les globalistes que les néoconservateurs s’opposaient au multipolarisme. Le potentiel de conflit était évident, et les anciennes normes et règles, encore issues des périodes géopolitiques précédentes, n’étaient plus applicables.

Il n’importe pas de savoir si la troisième guerre mondiale a déjà commencé ou non, mais sa teneur géopolitique est claire : c’est une guerre entre l’unipolarité et le multipolarisme pour une nouvelle architecture mondiale, pour la répartition des centres de décision souverains — soit uniquement à l’Ouest, soit parmi les États-civilisations en pleine montée en puissance.

Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche pour un second mandat en 2024 avec un programme qui laissait penser qu’il adopterait le multipolarisme : refus des interventions, critique des globalistes, conflit direct avec les libéraux, attaques virulentes contre les néoconservateurs, concentration sur les problèmes intérieurs des États-Unis, appel à revenir aux valeurs traditionnelles — tout cela laissait penser que Trump et son administration prendraient partie pour le multipolarisme, tout en cherchant à assurer aux États-Unis des positions aussi avantageuses que possible dans cette nouvelle configuration.

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Cependant, très vite, l’administration américaine a commencé à se rapprocher des néoconservateurs et à s’éloigner de sa position initiale. Par la suite, elle a soutenu le génocide à Gaza, poursuivi l’approvisionnement de Kiev en renseignements, capturé Maduro, préparé une invasion de Cuba, et enfin déclaré la guerre à l’Iran avec l’assassinat des dirigeants politiques de la République islamique d’Iran.

La troisième guerre mondiale a été déclenchée par les États-Unis dans le contexte de la préservation, du renforcement et même de l’affirmation définitive du modèle unipolaire de l’ordre mondial. On propose à tous les autres d’être soit des vassaux obéissants, soit des ennemis. C’est avec ces adversaires du monde unipolaire que Washington mène cette troisième guerre mondiale. En jeu, il y a la souveraineté. Il n’existe pas encore une seule puissance capable de faire face de manière symétrique aux États-Unis, c’est pourquoi ceux-ci déploient des actions militaires sur plusieurs fronts simultanément.

Le premier front de cette guerre du monde unipolaire contre un monde multipolaire est l’Ukraine. Cette guerre a été provoquée par les néocons dès l’époque d’Obama, et ce sont surtout les globalistes qui y ont pris part, voyant en la Russie non seulement un obstacle géopolitique à l’établissement d’un gouvernement mondial, mais aussi une menace idéologique. Trump a hérité cette guerre, et il ne s’en réjouit pas vraiment (la Russie étant une puissance nucléaire avec une idéologie conservatrice, contre laquelle le président américain n’a rien à redire). Mais Moscou n’est manifestement pas prête à reconnaître sa vassalité envers Washington, insistant sur la souveraineté et la multipolarité, ce qui est incompatible avec l’hégémonie unipolaire. Quoi qu’il en soit, Washington continue de soutenir le régime de Kiev, tout en transférant l’initiative aux pays européens de l’OTAN, pour lesquels ce conflit revêt un caractère à la fois essentiel et idéologique. Ce front demeure important, et plus Moscou défend sa souveraineté, plus Washington sera dur avec la Russie.

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Le deuxième front des États-Unis concerne l’hémisphère occidental: l’enlèvement de Maduro et la prise de contrôle du Venezuela, la préparation d’une invasion de Cuba, des actions contre les cartels au Mexique, en Colombie, en Équateur, etc. En substance, c’est une guerre contre toute l’Amérique latine dès lors qu’un pays tente de résister au diktat direct des États-Unis.

Le troisième front, actuellement à la phase la plus intense, est l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, qui a enflamé tout le Moyen-Orient. Cela inclut également la poursuite des opérations militaires de Tel-Aviv à Gaza, au Liban, au Yémen, ainsi que la refonte de toute la carte du Moyen-Orient.

En substance, l’Occident mène actuellement une guerre simultanée contre trois pôles du monde multipolaire (Russie, monde islamique, Amérique latine). À l’ordre du jour, l’ouverture d’un quatrième front — dans le Pacifique. Le conflit avec la Chine est inévitable selon la logique globale des changements en cours dans la politique mondiale.

L’Inde — un autre État-civilisation — adopte encore une position fluctuante et, en raison des contradictions avec la Chine et le Pakistan, penche vers les États-Unis et Israël. Mais pour jouer le rôle de vassal docile, l’Inde, avec son potentiel, ne semble guère adaptée, d’autant plus que la multipolarité constitue la ligne officielle de son gouvernement.

Ainsi, la carte de la géopolitique de la troisième guerre mondiale est esquissée dans ses grandes lignes. La faction du monde unipolaire y est représentée par les États-Unis, l’Occident dans son ensemble et leurs vassaux, y compris le Japon et la Corée du Sud en Extrême-Orient. Ils se battent selon deux scénarios qui ne sont pas totalement identiques: le mondialisme (l’UE et le Parti démocrate des États-Unis) et l’hégémonie américaine directe (les néocons).

Par ailleurs, Netanyahu a dans cette configuration ses propres plans autonomes pour la construction d’un grand Israël, ce qui est difficilement conciliable avec le mondialisme libéral, mais tout à fait soutenu par la Maison-Blanche, les néocons et les chrétiens sionistes. Cependant, dans l’ensemble, cette coalition reste relativement solidaire face au monde multipolaire et, à mesure que l’escalade augmente, elle sera contrainte d’agir de plus en plus de manière unie, en laissant les contradictions internes pour plus tard.

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Le camp du monde multipolaire est beaucoup plus dispersé. Ses principaux centres sont la Russie et la Chine. La Russie mène déjà sa guerre en Ukraine, tandis que la Chine évite pour l’instant une confrontation directe. Le monde islamique est divisé, une partie des pays musulmans étant sous contrôle total des États-Unis. L’Iran et le monde chiite en général sont les plus radicaux, ils sont en première ligne de la confrontation contre l’Occident, mais les Iraniens ne comprennent pas encore totalement que d’autres fronts de cette guerre, notamment l’Ukraine, les touchent directement.

La direction de la RPDC comprend parfaitement la situation géopolitique globale, étant la plus ouverte à soutenir la Russie dans la confrontation contre l’Occident sur le front ukrainien.

L’Amérique latine est également fragmentée. Le gouvernement de Lula au Brésil penche vers la multipolarité, tandis que le régime de Milei en Argentine soutient, au contraire, l’axe américano-israélien.

En Afrique, la multipolarité est la plus fortement ressentie par les pays de l’Association du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger). La position leur est proche, tout comme celle de l’Afrique du Sud, de la Centrafrique, de l’Éthiopie et de certains autres pays. Mais aucun d’eux ne possède une position consolidée.

L’Inde adopte une position neutre — d’un côté, en tant que membre du bloc multipolaire, et de l’autre, en raison de ses relations étroites avec les États-Unis et Israël.

Globalement, les forces unipolaires, malgré toutes leurs contradictions internes, sont plus consolidées et ont une vision plus claire de contre qui, pour quels intérêts et quelles valeurs elles combattent. La divergence de priorités et même de visions sur le modèle final de l’ordre mondial souhaité par l’Occident — les États-Unis — ne constitue pas un obstacle à leur stratégie commune, à leur coopération étroite dans le domaine du renseignement, à l’échange de technologies militaires, etc.

De leur côté, le camp multipolaire est beaucoup plus dispersé. Même les pays directement attaqués par l’Occident unipolaire ne se précipitent pas pour intégrer leur potentiel ni pour soutenir directement les autres.

Qui connaît Ivan Iline ?

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Qui connaît Ivan Iline ?

Karl Richter

Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798

Il faut que je rappelle un peu le contexte. Vladimir Poutine, personnellement, est une personne modeste. Il s’efforce d’adopter un mode de vie sain et suit une routine quotidienne disciplinée. Il ne fait pas de grands tapages autour de sa personne et ne se donne pas en spectacle au public en étalant ses hobbies et préférences. Mais ils existent. L’une d’elles concerne le philosophe et écrivain Ivan Iline (1883 – 1954).

38ee14945e94e558ab2f39d6b7e258ff.jpgIline est largement inconnu en Occident, et en particulier en Allemagne. Ce n’est que progressivement – et surtout après l’entrée des troupes russes en Ukraine en février 2022 – que l’on commence à s’intéresser davantage à ce qui motive réellement Poutine, où se trouvent les sources d’inspiration de sa politique. L’un des premiers à se pencher sur Ivan Iline fut le publiciste et philosophe français Michel Eltchaninoff, qui en 2015 publia son livre Dans la tête de Vladimir Poutine, qui est désormais aussi disponible en allemand.

Eltchaninoff rapporte dans cet ouvrage une information intéressante: le corps d’Iline a été exhumé en 2005, à l’initiative de Poutine, car il avait été enterré en Suisse; la dépouille a été ramenée en Russie, où elle a été ensevelie dans le monastère de Donskoï à Moscou; là reposent également Pouchkine et Soljenitsyne, deux figures fondatrices de l’identité russe – à noter: toutes deux non communistes.

Un an plus tard, Poutine fit venir l’héritage d’Iline depuis l’Université d’État du Michigan. Et en 2009, il déposa à nouveau des fleurs sur sa tombe, en présence des médias. Depuis, il le cite régulièrement lors de ses interventions publiques, en le présentant comme une figure intellectuelle de premier plan, et il n’est pas difficile de discerner, dans les déclarations programmatiques de Poutine, l’héritage d’Iline.

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Pour obtenir ce livre d'Ivan Iline (l'éditeur a opté pour la graphie "Ilyine"):

https://www.editions-ars-magna.com/livre/ilyine-ivan-les-fondements-du-combat-pour-une-russie-nationale/

Mais qui était Iline? Né en 1883, petit-fils du commandant de la garde du palais de Moscou et fils d’une femme germano-russe, il semblait avoir devant lui un avenir prometteur. Le tsar Alexandre III était son parrain. Iline étudia le droit à Moscou et rédigea en 1918 une thèse sur Hegel. Mais la révolution bolchevique, qui plongea la Russie dans le chaos, changea tout. Iline était monarchiste, croyant convaincu, et s’est opposé dès le départ aux communistes. En tant que soutien des « Blancs » lors de la guerre civile, il fut arrêté six fois et condamné à mort. La sentence ne fut pas exécutée. En 1922, il fut expulsé de l’Union soviétique et partit d’abord en Allemagne. Ses quelque cinquante ouvrages, qu’il écrivit en allemand et en russe, furent interdits en Union soviétique.

En exil, Iline devint un penseur de la mouvance anti-communiste. Certains le considèrent comme le fondateur d’un « fascisme chrétien », mais cela est une vision trop simpliste. Le christianisme est certes une constante centrale dans la pensée d’Iline, mais elle n'est pas la seule. Dans son manifeste publié en 1939, Les fondements éternels de la vie, il cite également: la famille, la patrie, la liberté, la conscience, la conscience juridique, l’État et la propriété privée. En somme, c’est l’idéologie de Vladimir Poutine, qui lors d’une des conférences de Valdai ces dernières années, a recommandé un «conservatisme modéré» comme ligne directrice de sa politique, formulant ainsi une antithèse au déclin des valeurs en Occident.

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Par ailleurs, l'engouement de Poutine pour Iline est l’un des arguments les plus solides contre l’accusation, parfois entendue dans le contexte de la guerre en Ukraine, selon laquelle le chef du Kremlin serait un « néo-bolchevique » ou un « néo-stalinien ». Rien n’est plus faux, ni plus idiot.

Pour les Allemands, la relation d’Iline avec le Troisième Reich est intéressante à examiner. Comme d’autres exilés russes, il accueillit Hitler avec une bienveillance initiale. En 1933, il publia un article sous le titre National-socialisme. L’esprit nouveau, dans lequel il défendait le mouvement nazi. «Qu’a fait Hitler? Il a arrêté la progression du bolchevisme en Allemagne, et cela a rendu un grand service à toute l’Europe», y affirmait-il. Il ne faut pas juger les événements en Allemagne sous le prisme juif. Au contraire, l’esprit du national-socialisme suggère à l’Allemagne des tâches créatives – une conclusion qu’on ne peut contredire face au lourd héritage de la démocratie de Weimar.

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En 1934, Iline reçut toutefois une interdiction d’écrire. Avec le soutien du compositeur Sergei Rachmaninov, il déposa en 1938, avec sa femme, une demande de séjour en Suisse et s’installa à Genève. Mais encore en 1948, après l’apocalypse de la fin de la guerre, il était loin de condamner le national-socialisme. Au contraire, il analysa dans un texte intitulé « Sur le fascisme » les « erreurs » du Troisième Reich et du fascisme italien. En réaction au bolchevisme, le fascisme aurait eu sa légitimité, écrit-il: «Le fascisme avait raison parce qu’il partait d’un sentiment national-patriotique sain». Cependant, les fascistes avaient commis des erreurs: leur attitude hostile envers la religion, la dictature et le chauvinisme militaire, ainsi que le monopole d’un seul parti. À la fin, Iline exprima l’espoir que les patriotes russes ne répéteraient pas les erreurs du national-socialisme. Dans l’obscurité de l’après-guerre, alors que les chars de Staline montaient la garde sur les rives de l’Elbe, c’était une vision audacieuse. Pourtant, Iline était convaincu que l’URSS ne serait pas le dernier mot dans l’histoire millénaire de la Russie. Et il avait raison. 

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Son œuvre principale  -aux côtés de ses études dignes d’intérêt telles «Les fondements éternels de la vie» et «L’essence et la particularité de la culture russe» (1942)-  demeure son volumineux de confessions, intitulé «Sur la résistance violente au mal», qui a été rédigé en 1925 en exil à Berlin. C’est une lecture édifiante pour tous les libéraux et pacifistes, car Iline y prône l’utilisation occasionnelle de la violence — lorsque «la contrainte physique et l’oppression» sont la seule possibilité de résister au mal; tolérer le mal reviendrait à y participer. Au regard du bolchevisme, il appelait au courage: «arrêter, condamner et fusiller». Car, en fin de compte, aucun arrangement n’est possible avec le mal. Si nécessaire, il faut le combattre et l’éradiquer ici et maintenant, selon la maxime: il n’y a rien de bon, sauf si on le fait. Les grandes choses sont simples. 

Pour les patriotes allemands, il s’agirait de découvrir en Iline une mine d’idées toujours valables et porteuses de sens. En regardant la culture populaire russe, l’âme russe et l’essence de la Russie dans une vision d’ensemble, on peut comparer, en Allemagne, l'oeuvre d'Iline à des figures telles que le « père de la gymnastique » Jahn, Ernst Moritz Arndt ou Julius Langbehn («Rembrandt éducateur»). Au moins certains de ses livres sont disponibles en allemand. La lecture en vaut la peine. Elle enrichit et donne du courage en des temps sombres, car Iline évoque les valeurs éternelles, vraiment importantes: la patrie, la nation, l’identité. 

Cette année, l’anniversaire d’Iline sera commémoré: il est né un 9 avril (selon le calendrier grégorien, le 28 mars) 1883 à Moscou.

Le système wilsonien de Versailles est mort! 

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Le système wilsonien de Versailles est mort! 

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

La guerre en Iran signifie aussi la fin du système wilsonien, œcuménique et internationaliste postulant une « paix mondiale » et une lutte policière contre la guerre.

Une fédération (globale) d’États, dit Carl Schmitt, ne connaît pas la guerre, mais seulement « les exécutions ».

Nous avons vécu un siècle d’exécutions, durant lequel le concept juridique de guerre est revenu à la pré-modernité, avec l’aide de nuances moralisatrices (guerre « juste » contre guerre « injuste »).

Dans ce sens, une discrimination dangereuse a été opérée entre la direction des États (à commencer par le Kaiser Guillaume II) et le peuple (Wilson, dans sa déclaration du 2 avril 1917, disait que les Américains n’avaient rien contre le peuple allemand…).

Nous sommes donc dans le domaine de ces « États voyous », de ces États pirates, qui sont déclarés hors-la-loi. Quelle loi ? La loi… œcuménique, internationaliste mais auto-destructrice de la Société Globale, qui, en théorie, admet tout membre respectant le statut pacifique de la Société, éliminant complètement le sens réaliste que revêt l’idée de conflit.

Mais une paix totale est-elle possible ? Seulement à condition qu’il existe un Sur-État assurant la police globale.

Donc, soit nous créons une Société Globale où les États perdent et où il y a une police (une Garde Globale), soit nous acceptons l’existence des États en tant que sujets du droit international (plus, éventuellement, le déclenchement de conflits entre eux, qui peuvent conduire à la guerre), et alors, les États ne sont plus des « États voyous » et le concept de Garde Mondiale disparaît.

Nous sommes dans cette dernière situation.

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Trump détruit le mondialisme parce qu’il n’a plus la capacité d’être la Garde. Mais il mène la guerre, pleinement, même s’il l’habille des vieilles robes de l’internationalisme pacifiste.

Or, la Garde Mondiale n’opère pas dans le système international où le concept de guerre est clairement défini, mais dans un système où les disputes sont internes. Il est évident que l’œcuménisme est mort, car Trump est seul contre l’Iran, qui n’est plus un pirate à punir par la police globale, mais un État avec des intérêts qu’il peut défendre en menant la guerre !

L’internationalisme transforme la guerre entre États en guerre civile, rien de plus. Les conflits ne disparaissent pas, mais sont simplement floutés dans des nuances morales et sont « internationalisés », devenant ainsi « dé-nationalisés ».

Dé-nationaliser un conflit signifie le transformer en conflit global. Cas de l’Ukraine contre la Russie, de l’Iran contre les États-Unis, etc.

En principe, la séparation entre régime et peuple, entre État et nation, reste un artifice de la notion internationaliste de la guerre (le poutinisme contre le peuple russe, les ayatollahs contre le peuple iranien que Trump veut sauver du régime, etc. Bien sûr, les Russes ont aussi leur propre version, avec le régime de Zelenski !).

Attention ! Nous-mêmes pouvons tomber dans cette vision étrange, en admettant que nous n’avons plus d’État, mais un « régime » comme celui de Nicușor Dan ou de Bolojan en Roumanie. Une telle chose est inadmissible en droit international, car c’est un piège de l’internationalisation du concept de guerre…

En somme, le système de la Paix instauré dans les banlieues parisiennes, après la Première guerre mondiale, renforcé à nouveau à Paris après le second conflit mondial, touche à sa fin.

Le groupe BRICS est la version non mondialiste du monde de demain, sans prétentions universalistes, mais faisant appel à des concepts juridiques clairs, qui devront être réajustés et réorganisés dans leur « droit ».

 

dimanche, 05 avril 2026

2026: Sommes-nous en train de vivre la fin d’un monde?

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2026: Sommes-nous en train de vivre la fin d’un monde?

Pierre-Emile Blairon 

Mon article précédent, « La Constante de Ninive, aux origines de l’Humanité » (sur ce site en date du 25 mars 2026), évoquait les débuts de la présence humaine sur Terre ; celui-ci va nous entretenir de sa disparition, tout au moins en ce qui concerne le présent cycle. L’article suivant, qui s’appellera « Les Convergences maléfiques », supputera les modalités de cette fin. 

L’Homme, l’ordre cosmique et le chaos final

Nous vivons une période de chaos intense. Le chaos est inhérent à l’ordre cosmique, il en est une séquence, et même une séquence créative ; chaque nouveau cycle naît d’un chaos avant d’y replonger ; c’est une loi naturelle ; chaos, naissance, vie, mort ; chaos, naissance, vie, mort… La nature vivait ce processus depuis des milliards d’années quand l’Homme n’était pas encore là pour s’étonner de cette consternante et ennuyeuse routine.

Chaque fin de cycle est marquée par des bouleversements plus ou moins violents ; ils étaient à l’origine uniquement d’ordre naturel ; les instances divines ont jugé utile de rajouter l’Homme à ce dispositif sur la planète Terre. On peut supposer que l’être humain, doté d’un cerveau et d’une conscience, avait pour mission de s’insérer harmonieusement dans la création, voire de la réguler.

Il semble bien que son apparition n’a eu, au contraire, comme conséquence que d’introduire des éléments de désordre dans ce bel ordonnancement cosmique, tout au moins, dans la phase finale d’un cycle, précisément à cause de sa propension à se prendre pour un dieu et à vouloir le remplacer, ce qui s’appelle l’hubris, ou la vanité.

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Même Dieu fut contraint de le reconnaître selon ce qu’en dit le récit biblique : « Le Seigneur vit que les hommes étaient de plus en plus malfaisants dans le monde, et que les penchants de leur cœur les portaient de façon constante et radicale vers le mal. Il en fut attristé et regretta d'avoir fait les hommes sur la terre. » Genèse (6-5, 6-6).

Il n’est pas difficile de comprendre que nous sommes à l’ultime fin de notre cycle si nous considérons l’importance du chambardement actuel ; bien sûr, il s’agit de la fin d’un grand cycle, un Manvantara de 64.800 ans [1] selon la tradition indo-européenne, qui inclut 30 petits cycles zodiacaux de 2160 ans, le dernier étant celui de l’ère chrétienne qui s’achève en même temps que s’achève celui qui le contient. Nous terminons l’Ère des Poissons pour entrer dans celle du Verseau.

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Le temps cosmique est comme une montre qui ne cache rien de ses mécanismes qui nous donne à voir de multiples roues dentées de diamètres différents qui ne tournent pas à la même vitesse sauf pour se rejoindre lors d’une conjonction, ce qui se produit au niveau cosmique avec la rencontre en ligne de certaines planètes [2] ou lorsque les trois aiguilles (heure, minute, seconde) d’une même horloge viennent coïncider pour marquer, la tête en bas, le nadir, le 666, ou, en haut, le zénith au midi.

Les trois principaux marqueurs d’une fin de cycle sont :

- 1. L’inversion des valeurs, celles qui ont toujours guidé les antiques sociétés traditionnelles depuis des millénaires, qui surent établir un code de bonne conduite à l’usage de leurs populations et un code de chevalerie à l’usage de leurs élites. La négation et même l’inversion de ces valeurs est l’un des moyens de destruction de ces sociétés.

- 2. Le règne du mensonge et de la manipulation. Nous vivons dans un monde où le mensonge et la manipulation constituent la base même de l’expression et de l’action de nos fausses élites, un système d’ingénierie sociale et de propagande qui tient les populations en état de sidération puisqu’elles ne savent plus ce qu’il se passe réellement ; elles vivent dans le monde irréel que leurs dirigeants ont choisi de leur montrer.

- 3. La trahison des « élites » : cette trahison est inévitable dans la mesure où nul individu ne peut accéder au poste de responsabilité (et donc de confort matériel) qu’il convoite s’il ne passe pas par les fourches caudines d’une sélection impitoyable, dont les critères ont depuis longtemps été identifiés et imposés, qui élimine tous ceux qui refusent de se soumettre à la caste dominante occulte, celle qui dirige réellement le monde [3].

Les fins du monde se suivent… mais se ressemblent-elles ?

Ces « fins du monde » ont été racontées par la parole humaine, transformée et perpétuée en mythes, contes, légendes, ou la parole divine, consignée dans les Livres sacrés qui ont engendré les religions, mais aussi racontées par l’Histoire ou la préhistoire.

En réalité, ce que nous appelons fin du monde n’est que la fin d’un monde, depuis celui que nous voyons se désagréger sous nos yeux et qui peut nous atteindre dans notre propre chair, jusqu’à celui, invisible, dont la déliquescence se déroule dans le monde des cieux et des dieux dans un fracas d’engrenages et de poulies qui bouleversent le monde en permanence mais qui ne parvient jusqu’à nos oreilles que par l’écho lointain d’un orage ou la rumeur de batailles qui affectent des régions lointaines.

En voici quelques exemples.

La fin des Assours

Le récit d’une « fin de monde » le plus ancien que nous connaissons est daté de 64.800 ans[4] !

le-destin-du-monde.jpgLa fin des Assours, telle qu’elle nous est contée par Alain Daniélou [5], est la retranscription faite du Linga, l’un des trois Pûranä: Shiva, Vishnu et Linga, textes sacrés de l’hindouisme.

Ce déclin se manifeste de différentes façons; c’est dans le détail de ce curieux inventaire que l’on va retrouver la quasi-totalité des événements qui constituent notre vie actuelle de tous les jours. Il suffit de retranscrire ces mots en langage et en pensée moderne ; cette énumération peut aussi servir de prédiction. Nous n’inventons jamais rien ; tout ce qui arrive s’est déjà produit dans le passé ; il faut juste être attentif aux paroles et aux légendes des anciens.

- Le nombre des princes et des agriculteurs décline graduellement.

- Les classes ouvrières veulent s’attribuer le pouvoir royal et partager le savoir, les repas et les lits des anciens princes.

- La plupart des nouveaux chefs est d’origine ouvrière. Ils pourchassent les prêtres et les tenants du savoir.

- On tuera les fœtus dans le ventre de leur mère et on assassinera les héros.

- Les Shudra prétendront se comporter comme des brahmanes et les prêtres comme des ouvriers.

- Des voleurs deviendront des rois, les rois seront des voleurs.

- Les dirigeants confisqueront la propriété et en feront un mauvais usage.

- Ils cesseront de protéger le peuple.

- De la nourriture déjà cuite sera mise en vente.

- Le nombre des vaches diminuera.

- Des groupes de bandits s’organiseront dans les villes et les campagnes.

- Les commerçants feront des opérations malhonnêtes.

- Ils seront entourés de faux philosophes prétentieux.

- Tout le monde emploiera des mots durs et grossiers.

- On ne pourra se fier à personne.

- Les gens du Kali-Yuga prétendront ignorer les différences de race et le caractère sacré du mariage, la relation de maître à élève, l’importance des rites.

- Les agriculteurs abandonneront leurs travaux de labours et de moisson pour devenir des ouvriers non-spécialisés et prendront les mœurs des hors-castes.

- L’eau manquera et les fruits seront peu abondants.

- Beaucoup seront vêtus de haillons, sans travail, dormant par terre, vivant comme des miséreux.

- Les gens croiront en des théories illusoires.

- On vénèrera de faux dieux dans de faux ashrams dans lesquels on décrètera arbitrairement jeûnes, pèlerinages, don de ses biens, austérités, au nom de prétendues religions.

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Le Dieu Shiva, voyant cette décadence, « lança contre elle son arme la plus terrible, une arme de feu qui, en un instant, brûlait tout, détruisait toute vie […] Seuls furent sauvés quelques fidèles de Shiva qui s’étaient échappés dans la région où vivent les Gana (les compagnons de Shiva), c’est-à-dire le monde Mahar ou monde extra-planétaire. Ce sont ces rescapés qui ont préservé en secret certains éléments du savoir des Assours pour les humanités futures ».

Où l’on voit, avec ces dernières lignes, que les cycles se terminent tous de la même façon. Avec, en prime, la bombe nucléaire et les extraterrestres !

Sur un plan plus pragmatique, il nous est décrit qu’une minorité lucide et volontaire subsiste après le cataclysme; elle a pris soin de rassembler les éléments positifs qui constituent le meilleur de leur Humanité et traverse, avec son bagage sur le dos, le gué qui la mène vers l’inconnu. C’est grâce à eux, à ces hommes et ces femmes de savoir, mais surtout d’héritage - la mémoire des temps anciens - et d’intuition, ces êtres éveillés, que le nouveau cycle peut démarrer sur les bases de l’ancien. Les racines étant préservées, un nouvel arbre peut dès lors s’épanouir et fleurir. Mircea Eliade vient nous confirmer la répétition de ce processus.

Mircea Eliade : avant moi, le déluge

9782228925464-fr.jpgJe disais en introduction de cet article que les fins du monde s’inscrivent dans une sorte de normalité cosmique répétitive. C’est ce qu’affirme Mircea Eliade lorsqu’il écrit que « Les traditions de déluge se relient presque toutes à l’idée de résorption de l’humanité dans l’eau et à l’institution d’une nouvelle époque, avec une nouvelle humanité. Elles trahissent une conception cyclique du cosmos et de l’histoire :  une époque est abolie par la catastrophe et une nouvelle ère commence dominée par des « hommes nouveaux ». […] Nous n’avons pas à insister sur la conception cyclique de la réabsorption dans les eaux et de la manifestation périodique, conception qui se trouve à la base de toutes les apocalypses et des mythes géographiques comme l’Atlantide. […]. L’humanité disparaît périodiquement dans le déluge ou l’inondation à cause de ses « péchés » (dans la majorité des mythes du pourtour du Pacifique, le motif de la catastrophe est une faute rituelle). Jamais elle ne périt définitivement mais elle reparaît sous une nouvelle forme, reprenant le même destin, attendant le retour de la même catastrophe qui la réabsorbera dans les eaux [6]. »

L’Atlantide

Mircea Eliade mentionne ci-dessus la légendaire Atlantide dont le sombre destin est intimement lié à la dégradation des mœurs et à l’hubris omnipotent qui, selon Platon, aurait marqué ses dernières années. Le déchaînement des éléments qui a conduit à l’engloutissement de l’île est la punition des dieux, l’application immédiate du karma.

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Platon situe l’Atlantide près du détroit de Gibraltar (les colonnes d’Hercule) : « Les monuments écrits disent que votre cité détruisit jadis une immense puissance qui marchait insolemment sur l’Europe et l’Asie tout entières, venant d’un autre monde situé dans l’océan Atlantique. On pouvait alors traverser cet Océan ; car il s’y trouvait une île devant ce détroit que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Héraclès. Cette île était plus grande que la Libye et l'Asie réunies. »

La position géographique de l’Atlantide n’a, jusqu’à présent, jamais pu être déterminée ; l’hostilité des milieux rationalistes dits « scientifiques » et la chape de plomb que ces forces obscurantistes ont posée sur toute tentative d’entreprendre des recherches hors des dogmes officiels et, d’une manière générale, sur tout ce qui concerne nos origines, est la raison principale de cet échec.

Les assertions de Platon évoquant une guerre entre les Atlantes et les proto-Grecs athéniens semblent cependant hasardeuses et anachroniques puisque le philosophe date l’époque de l’engloutissement de la grande île à plus de 11.000 ans avant notre ère.

La mythologie et les textes anciens nous fournissent d’autres éléments.

Les textes sacrés indiens et iraniens, les Grecs Hésiode, Ovide, Platon, Diodore, Pindare, ou le Romain Virgile, nous donnent les principales caractéristiques des quatre âges (cinq pour Hésiode qui y rajoute l’Âge des héros) qui composent un cycle de 64.800 ans : l’Âge d’or qui a duré 25.920 ans, puis l’Âge d’argent lui a succédé (19.440 ans), avant de laisser la place à l’Âge de bronze [7] (12.960 ans) et, enfin, nous vivons l’Âge de fer (6480 ans qui est l’unité de temps de base la plus courte selon la déclinaison 4-3-2-1.)

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La date probable qui a vu la disparition de l’Atlantide [8] (vers moins 11.500), celle donnée par Platon, s’inscrit dans la période de l’Âge de bronze (ou d’airain). C’est l’âge des conflits et des combattants, celui où règnent encore et toujours les Titans, l’âge prométhéen, celui des hommes qui contestent la suprématie des dieux, les précurseurs de l’Homme moderne, l’âge de l’hubris, de la vanité.

Il annonce celui que nous vivons et qui en est à ses derniers instants, le quatrième âge, le dernier du cycle, l’Âge de fer, qui confirme la détérioration des valeurs traditionnelles et chevaleresques, les dépravations en tous genres, l’apparition de peuples voués à des cultes démoniaques, l’adoration du Veau d’or, l’instauration des valeurs matérielles, du rationalisme, du mensonge, de la violence, du meurtre et de l’esclavage généralisés ; les dernières grandes civilisations traditionnelles meurent. Symboliquement, le fer, à l’inverse de l’or incorruptible, est amené à se décomposer, à rouiller et à disparaître totalement.

L’Atlantide est considérée, dans les livres sacrés, comme une résurgence tardive ou un pôle secondaire, mais faillible, de l’Hyperborée, la mère de toutes les civilisations.

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Des entités maléfiques ont pris le pouvoir sur le monde

Cette période que nous vivons est une période de transition qui se situe entre la fin d’un grand cycle et le commencement d’un nouveau.

Elle se déroule dans le plus grand désordre possible puisque tout est actuellement chamboulé; c’est donc une période extrêmement vulnérable: l’ordre cosmique se retrouve assailli par toutes sortes de parasites qui attendent cet instant depuis des millénaires, parasites d’origine humaine et supra-humaine, résidus d’anciennes civilisations, de mondes disloqués ou larvaires qui n’ont pas su se dégager de leur matérialité, ou d’une vie pendant laquelle ils ont semé la violence et la terreur autour d’eux, et qui n’ont plus d’espoir de trouver la lumière qui attend chacun de nous à la fin d’une vie.

Dans cette masse grouillante du bas-astral se retrouvent toutes les entités négatives à qui les mondes supérieurs sont fermés (parce qu’ils refusent eux-mêmes de s’y retrouver en y acceptant les lois) et qui n’ont d’autre ressource que de tenter de composer un monde terrestre dont ils doivent à tout prix prendre le contrôle sous peine de recommencer à hanter les bas-fonds où ils ont sévi pendant des siècles et des siècles aux dépens de l’Humanité.

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Ces entités maléfiques sont actuellement à l’œuvre et semblent avoir momentanément pris le pouvoir sur le monde comme les horreurs auxquelles elles se livrent impunément semblent le prouver.

Cependant, leur terrain d’action privilégié, et même unique, est le monde terrestre matériel; elles n’ont aucune possibilité d’intervenir sur le plan spirituel, ce qui constitue leur « talon d’Achille ».

Nos modernes satanistes sont les héritiers de la race des Titans qui, dans la mythologie grecque, ont voulu se mesurer aux dieux par la révolte de leur figure la plus emblématique qui s’appelle Prométhée, lequel est réputé avoir créé les humains ; le prométhéisme, ou le titanisme, a donné naissance au surhumanisme, qui est lui-même l’antichambre de l’actuel transhumanisme qui milite pour un « homme augmenté », équivalent d’un surhomme qui serait physiquement immortel grâce à des manipulations scientifiques dont ces gens prétendent avoir la maîtrise.

Cette vanité, cet orgueil qui a poussé les Titans à défier les dieux [9] s’appelle l’hubris, la démesure élevée en mode de fonctionnement de nos sociétés actuelles, la folie titanesque.

Et ce n’est pas un hasard si l’équivalent des Titans chez les monothéistes sont les anges rebelles, et de ce fait déchus, dont le chef s’appelle évidemment Satan.

c3b6f92442f0cfbb64e040377d40ff47.jpgPour ce qui semble constituer une secte, Satan est l’entité qu’elle vénère. Pour des esprits rationnels, Satan – ou le diable - n’existe peut-être pas ; on peut les comprendre, cette référence paraît anachronique, faite pour faire peur aux enfants qui ne sont pas sages, comme l’histoire du Chaperon rouge et du grand méchant loup, mais il faut bien admettre que les satanistes, qui se définissent eux-mêmes comme tels, sont bien réels comme les contraintes délirantes qu’ils nous ont imposées et nous imposent encore et les terribles cérémonies dont nous commençons à peine à prendre connaissance des horribles détails.

Nous verrons dans le troisième volet à paraître de cette étude que beaucoup d’actions des satano-mondialistes sont déterminées par rapport à la numérologie, dates, chiffres, nombres symboliques, ou par rapport à d’anciennes formules abracadabrantesques; c’est le monde d’Harry Potter couplé à celui des salles de torture de l’Inquisition; cette potion magique est additionnée par ces apprentis-sorciers d’une grosse louche d’hyper-technologie scientiste pour faire moderne; ça semble très infantile mais c’est effrayant car cette secte n’a aucune limite dans sa volonté, son imagination et sa capacité à faire le mal tous azimuts.

Le projet ultime de ces entités malfaisantes consiste, en réalité, à réduire considérablement la population humaine par tous moyens de telle façon que la caste dont elles font partie puisse vivre indéfiniment sur notre planète en ayant réduit en esclavage ce qui reste d’humains ou/et en les ayant transformés en robots.

Ce projet échouera car son armature est tout artificielle et ses buts exclusivement matériels, mais le monde devra cependant passer par de grandes épreuves pour s’en dépêtrer ; je vais donner deux exemples, deux prédictions récentes fondées sur des études astrologiques qui annoncent, pour la première, des bouleversements imminents en France, dans les semaines à venir et, pour la seconde, une fin du monde possible pour… 2030 [10].

Screenshot 2023-04-20 08.49.19.png- L’astrologue François Barthomeuf (photo) évoque une configuration astrale exceptionnelle en mars-avril 2026 qui annonce des bouleversements décisifs en France: c’est Pluton dans le signe du Verseau opposé à Jupiter dans le signe du Lion; quand on remonte le temps, la seule conjonction identique se situe en… juillet 1789!

Il évoque également, à la même période, l’éventualité d’un procès de Macron, suite à ce qui paraît s’annoncer comme une « Révolution », mais il nous fait remarquer qu’il faut aussi, pour que cette Révolution réussisse, qu’elle soit menée, d’en haut, par un personnage qui disposerait « d’une légitimité morale, par rapport à la France, un nom qui résonne à l’oreille des Français, qui dépasse les clivages des partis, qui réunisse toute la population française fragmentée au travers d’une vision philosophique (spirituelle ?) pour la France [11]. »

arton1912-b508d.jpg- Un autre astrologue, Jean Phaure, un auteur primordialiste chrétien (1928−2002), situe la fin de notre cycle en 2030, se référant à une tradition hindoue [12] et nous rappelle que le cardinal Nicolas de Cuse (1401−1464) (illustration), de son nom allemand Nicolas Krebs, avait avancé la même date pour le même événement. Alea jacta est.

Pierre-Émile Blairon

Notes: 

[1] Voir mon article du 22 mars 2026 : La Constante de Ninive : Aux origines de l’Humanité

[2] Ibid.

71igaNJZ5XL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg[3] Mes trois derniers ouvrages contenus dans la série Chroniques d’une fin de cycle sont titrés : Haute Trahison (Amazon, 2026), La Satanisation du monde (Amazon, 2025), L’Emprise du mensonge (Amazon, 2026, à paraître).

[4] Ce nombre correspond bien à une fin de cycle, puisqu’elle se situe à la fin du Manvantara qui a précédé le nôtre il y a 64.800 ans et qui avait donc la même durée. Les Puranas qui retranscrivent en sanscrit ces anciennes légendes sont datés entre 400 et 1000. Jacques Bergier nous raconte l’histoire d’un historien chinois, nommé Xu Lu Zhai, qui avait découvert que la civilisation chinoise était vieille de deux Manvantaras (129.600 ans). Voir à ce sujet mon article du 22 mars 2026 : La Constante de Ninive : Aux origines de l’Humanité.

[5] Alain Daniélou, Le destin du monde selon la tradition shivaïte, Albin Michel, 1992.

[6] Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, Payot, 1964, p.182-183

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[7] Les Amazones, en tant que femmes guerrières représentantes de l’ère matriarcale (qui caractérisait l’Âge d’argent), font le lien entre l’Âge d’argent et l’Âge de bronze qui introduit la violence guerrière masculine et son triomphe ; les Amazones étaient en guerre contre les Atlantes. (L’Atlantide eut comme premier roi un Titan, Atlas, frère de Prométhée.) Le Soleil-roi de l’Âge d’or, masculin, incorruptible comme le métal qui le symbolise, laisse la place à la lune, l’élément féminin, la Magna Mater, représentée par l’argent, avant d’être elle-même remplacée par le bronze, symbole de la matérialité et de la force, et avant de finir avec l’Âge de fer, un métal qui va rouiller sous les assauts de l’eau et disparaître.

Les-Atlantes-hier-et-aujourd-hui.jpg[8] Pour en savoir plus sur l’Atlantide, lire l’ouvrage de Jacques Gossart, qui fait partie du groupe d’archéologie alternative Kadath, Les Atlantes hier et aujourd’hui, Robert Laffont

[9] Quand je parle indifféremment des « dieux », ou des « instances divines » ou de « Dieu », c’est pour signifier qu’il existe un ou plusieurs plans supérieurs ; il est possible que l’espèce humaine fasse partie de ces plans supérieurs, comme tout ce qui fait partie du cosmos et de la nature, et que nous fabriquions nous-mêmes notre destin et les règles qui régissent l’ordre cosmique naturel. D’un point de vue holistique, chacun de nous serait une partie de Dieu, et en même le tout, une partie et le tout de la création et de l’ordre cosmique comme l’est le brin d’herbe.

[10] Voir mon article du 17 octobre 2024 : La guerre des deux mondes.

[11] François Barthomeuf nous fait remarquer que l’anagramme de Macron est: Monarc.

Je ne serais pas étonné que ce nom ait été spécialement inventé pour le personnage, ce qui est conforme à sa mégalomanie et à celle de ceux qui se seraient penchés sur son  berceau et seraient à l’origine de cette manipulation, et peut-être de cette créature ; de même que son prénom Emmanuel, qui signifie en hébreu, Dieu est avec nous et qui est fêté le… 25 décembre ! La totale…

[12] Il s’agirait, selon cette tradition hindoue, de la date de fin de notre cycle, mais Jean Phaure ne donne pas d’indication sur cette source. Voir Jean Phaure, Le cycle de l’Humanité adamique, introduction à l’étude de la cyclologie traditionnelle et de la fin des temps, p. 511, éditions Dervy.

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Évaluation stratégique et géopolitique (vendredi 3 avril 2026, 35ème jour de la guerre)

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Évaluation stratégique et géopolitique (vendredi 3 avril 2026, 35ème jour de la guerre)

Talal Nahle 

Source: https://www.facebook.com/demir.adnan.2025

La page Facebook d'Adnan Demir commente chaque jour les événements de la guerre d'Iran, en langue turque. Nous ne pourrons pas traduire chaque jour ces précieux commentaires. Que nos lecteurs consultent donc quotidiennement cette page remarquable.

35ème jour : « La rébellion des généraux » frappe le Pentagone... L’Iran brûle ses serveurs technologiques dans son espace aérien et abat un F-15E ! 

Ce 35ème jour ouvre une page sans précédent dans l’histoire des conflits modernes. Pour la première fois, nous assistons à une « révolte silencieuse » qui secoue les plus hautes sphères de la commandement militaire américain; le Commandant des forces terrestres quitte immédiatement ses fonctions, et le Secrétaire à la Défense (y compris le Commandant des forces terrestres) démet plus de douze généraux. Le Pentagone se désagrège intérieurement en rejetant les ordres suicidaires de Trump concernant une opération terrestre contre l’Iran. 

Sur le champ de bataille, l’Iran tient la situation bien en mains: ses missiles frappent les serveurs de la Silicon Valley à Bahreïn et aux Émirats arabes unis, et leur défense aérienne abat les F-15E, symboles de la supériorité aérienne américaine. Entre-temps, la position internationale menée par la Russie, la Chine et la France refuse que l’ONU autorise l’usage de la force dans le détroit d’Hormuz, ce qui fracture le parapluie occidental. 

Je vous présente cette analyse approfondie de l’échiquier régional et international : 

Premièrement : « Le massacre des généraux »... Le Pentagone refuse le suicide de l’armée de terre

C’est le développement le plus dangereux à Washington depuis la guerre du Vietnam. 

GEN_Randy_A._George_(2).jpg- Le limogeage des commandants : la démission du Général d’Armée Randy George (photo) et la révocation, par le Secrétaire à la Défense (Pete Hegseth), de 12 généraux dont le Commandant de l’Armée de terre n’est pas une simple rotation. Ces commandants professionnels, ayant une connaissance réelle du terrain, réalisent que les plans d'invasion de Trump (à Kharg ou pour saisir l’uranium) constituent un « hachoir à viande » pour la Marine. Plutôt que d’envoyer des milliers d’Américains à la mort, ils choisissent de se révolter ou de démissionner. 

- L’attitude moqueuse des Français: le général français « Yakovleff » résume ces plans américains ostentatoires en disant: « Les responsables américains devraient arrêter de se droguer à la coke.». La structure militaire occidentale considère que les ordres de Trump relèvent plus du Hollywood que de la réalité militaire.

Deuxièmement : L’hypocrisie française et la chute de l’avion F-15E... Les ennemis contrôlent le ciel iranien 

- Le choc Strike Eagle : les médias iraniens ont publié des images du crash d’un chasseurs de type F-15E Strike Eagle appartenant à la 494ème escadrille américaine basée au Royaume-Uni, abattu dans l’État de Markazi. Cet événement répété horrifie Washington: l’Iran ne se contente pas d’abattre de petits drones, mais aussi ses avions de chasse de quatrième génération, parmi les plus avancés. 

- L’arnaque française (Mission 52): malgré la déclaration publique que la France refuse toute opération militaire, les données aériennes ont prouvé que les bombardiers stratégiques américains B-52H ont toujours survolé l’espace aérien français pour frapper l’Iran. Ce double jeu de Paris—d’un côté la diplomatie douce (pour permettre le transit de ses navires dans le détroit d'Ormuz) et de l’autre le soutien militaire secret—est confirmé.

Troisièmement : L’équation de la Silicon Valley... Les frappes contre Amazon et Oracle 

imambages.jpg- L’application stricte de l’ultimatum: comme prévu, les Gardiens de la Révolution ont maintenu leur menace. Après avoir attaqué « Amazon » au Bahreïn (en représailles à l’assassinat de Fathali Zadeh), l’Iran a détruit aujourd’hui l’infrastructure cloud d’Oracle aux Émirats (en représailles à l’attentat contre Kamal Kharrazi). 

- Message aux grandes entreprises technologiques - avec la liste suivante: Google, Microsoft, Meta. Ce ciblage ébranle considérablement la confiance dans l’infrastructure numérique du Golfe. Si « Amazon » minimise la perte financière, le « coût de la perte de confiance » forcera Trump à faire pression pour arrêter la guerre. La poursuite du conflit fera de tous les centres de données occidentaux des cibles légitimes dans tout le Moyen-Orient.

Quatrièmement: L’économie de l’armement et l’épuisement d’Israël... «L’armée épuisée» 

imaghsles.jpg- La stratégie du Hezbollah (économie des armes): le média hébreu «Or Heller» (Kanal 13) admet que le Hezbollah mène la guerre avec une intelligence redoutable: il lance 200 roquettes par jour (dont 70% pour écraser les forces terrestres au sud du Liban). Le Hezbollah prévoit une guerre qui plongera Israël dans une crise grave, par épuisement des munitions et retards dans la préparation, guerre qui pourra durer des mois. 

- L’aveuglement d’Israël: Yedioth Ahronoth (Ron Ben-Yishai) reconnaît que l’armée n’a attaqué qu'«après avoir tiré ses roquettes» sur les plateformes du Hezbollah, ce qui constitue un échec honteux en termes d’«attaques préventives». 

- Le projet de «zone tampon» sectaire: la radio militaire israélienne a annoncé un plan pour éradiquer une zone de 4 km dans le sud afin de créer une « zone tampon » qui exclurait «les villages chrétiens sous contrôle de la sécurité israélienne». C’est une tentative malveillante et flagrante d’attiser les tensions sectaires au Liban et de créer une nouvelle «Armée de Lahad»; ce projet est condamné d’avance à l’échec.

Cinquièmement : La défaite dissuasive américaine et l’acceptation de la souveraineté iranienne 

- La souveraineté de Hormuz: CNN et le Financial Times confirment que l’appel de Trump à sécuriser le détroit d’Hormuz équivaut en réalité à «reconnaître indirectement la victoire stratégique de l’Iran et son contrôle sur le passage»; Téhéran a prouvé que «l’honneur national» ne peut pas s’acheter avec les accords commerciaux de Trump. 

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- L’attaque du radar THAAD en Arabie saoudite: la confirmation par CNN de l’attaque contre le radar critique AN/TPY-2 du système THAAD en Arabie saoudite montre que la «surveillance défensive» américaine dans la région est devenue aveugle; cela explique la précision extrême des missiles iraniens contre leurs cibles.

Conclusion pour les leaders : Que se passera-t-il après le « cul-de-sac » à Washington ?

Nous assistons à «la désintégration du consensus américain» et à la concrétisation de la victoire de l’Axe: 

- États-Unis: l’annonce par Washington que «les négociations avec Israël sont dans une impasse», la rébellion des généraux, et le refus du Conseil de sécurité de légitimer la guerre. Trump est coincé, incapable de négocier, et les généraux refusent l’opération terrestre; de grandes entreprises, telles Amazon et Oracle, sont bombardées. 

- L’axe de la Résistance: il est passé de la «défense stratégique» à la «discipline géoéconomique»; viser le port de Fouzair avec des drones ferme la dernière porte de sortie, et l’abattage du F-15E confirme que l’Iran possède toujours des systèmes de défense aérienne très avancés (comme la version améliorée du Bavar-373).

Prévision stratégique:

Les prochains jours seront décisifs pour les États-Unis: Trump subira une forte pression du « Deep State » (renseignement, Département d’État, grandes entreprises) pour réduire la tension. S’il persiste dans son entêtement (en utilisant des bombardiers B-52), l’Iran réagira en attaquant Google et Microsoft, ce qui déclenchera une nouvelle crise financière sur Wall Street et forcera Trump à capituler ou à être destitué sous la pression de l’économie mondiale en déclin. 

 

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La guerre contre l’Iran – Quelles onséquences après une guerre d’agression contraire au droit international?

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La guerre contre l’Iran – Quelles conséquences après une guerre d’agression contraire au droit international?

par Siegfried Bublies

Source: https://wir-selbst.com/2026/04/03/der-iran-krieg-konsequenzen-nach-dem-volkerrechtswidrigen-angriffskrieg/

Le 28 février, lorsque les forces aériennes d’Israël et des États-Unis ont lancé leurs attaques coordonnées contre des responsables iraniens, des commandants militaires et des institutions de l’État iranien, tuant notamment le guide iranien Ayatollah Ali Khamenei ainsi que près de 50 hauts représentants du régime iranien, cela a été justifié par la déclaration qu’il s’agissait simplement d’exercer le droit à l’auto-défense. En principe, toutefois, pour tous les membres des Nations Unies, l’interdiction de faire usage de la menace ou de la force militaire est établie dans l’article 2 de la Charte des Nations Unies. Les exceptions à cette règle sont strictement limitées aux mesures de légitime défense en cas d’attaque ou d’attaque imminente.

Tant l'armée israélienne que les États-Unis soutiennent que leur attaque constitue une « frappe préventive ». En général, la doctrine du droit international ne justifie une frappe préventive qu’en dernier recours, avant une attaque imminente. Mais ce n’est pas le cas en l'occurrence.

Déjà du 13 au 25 juin 2025, les installations du programme nucléaire iranien avaient été largement détruites par des frappes aériennes israéliennes et américaines. De nombreuses rampes de lancement de missiles balistiques avaient également été détruites lors de cette guerre de 12 jours. Les capacités militaires de l’Iran avaient ainsi été suffisamment neutralisées pour qu’on ne puisse plus envisager une attaque à court terme de l’Iran contre Israël ou les États-Unis. Il faut surtout voir comme particulièrement pernicieuse l’attaque des forces aériennes d’Israël et des États-Unis contre la direction iranienne le 28 février, d’autant plus qu’elle a eu lieu à un moment où, parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l’Iran – selon les déclarations du ministre des Affaires étrangères omanais, qui agissait en tant que médiateur – étaient proches d’un aboutissement décisif, et où l’Iran avait promis de faire de larges concessions en matière d’enrichissement d’uranium (avec un accès permanent pour les inspecteurs américains aux installations) et de programme de missiles. Joseph Kent, un républicain et directeur du Centre américain de lutte contre le terrorisme, un représentant éminent du mouvement MAGA, a annoncé sa démission à Trump à la mi-mars, en déclarant : « Je ne peux pas soutenir en conscience cette guerre persistante en Iran. L’Iran ne représentait pas une menace immédiate pour notre pays. »

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On peut évidemment contourner l’interdiction d’utiliser la force, telle qu’elle est prévue dans la Charte des Nations Unies, si l’on possède la puissance militaire suffisante pour agir sans subir ensuite des sanctions. Tant les États-Unis que Israël disposent de cette force militaire. En ce qui concerne les sanctions de l’ONU, ni les États-Unis ni Israël ne doivent s’en soucier, car les États-Unis, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, peuvent bloquer toute mesure par leur droit de veto.

Il s’agit en tout cas d’une guerre d’agression contraire au droit international. Cependant, Israël et les États-Unis soutiennent également – dans une démarche de mise en scène moralisante – que ces aspects du droit international seraient sans importance, dès lors qu’il est établi que le régime des mollahs en Iran mène une politique criminelle, tant par le soutien à des groupes islamistes terroristes au Moyen-Orient que par la répression brutale de sa propre population. Il est évident que cette vision – que Trump et Netanyahou, en tant que représentants d’une mission anti-islamiste et humanitaire, semblent partager – est largement répandue dans le spectre politique conservateur-libéral en Allemagne, un récit que l’on se plaît à adopter, car il reflète l’attitude servile des rêveurs transatlantiques face à la puissance occidentale de plus en plus agressive, incarnée par les États-Unis.

Ulf-Poschardt-600x400.jpgAinsi, Ulf Poschardt (photo), rédacteur en chef du journal Die Welt, peint déjà le tableau utopique d’un Iran orienté vers les valeurs occidentales, après un changement de régime provoqué par des bombardements israéliens et américains. Ce point de vue méconnaît non seulement la complexité du système de pouvoir iranien, dans lequel la Garde révolutionnaire islamiste possède une base de plusieurs millions d’adhérents avec un potentiel militaire et économique considérable, mais il ignore aussi complètement la situation géopolitique et la logique de puissance des États-Unis et d’Israël au Moyen-Orient.

Cela témoigne d’une naïveté de belle ampleur et d’un dogmatisme idéologique propre aux conservateurs-libéraux en Allemagne, qui pensent à tort que cette guerre d’agression extrêmement coûteuse et risquée, menée par les forces américaines et israéliennes contre l’Iran, aurait pour but la libération du peuple iranien d’un régime dictatorial, afin de leur offrir ensuite les promesses de bonheur de la communauté occidentale. Cette guerre d’agression n’est qu’un autre exemple de l’application brutale de leurs propres intérêts géopolitiques par les États-Unis et Israël. Il serait également pertinent de se demander quelle est l’attractivité réelle d’une communauté de valeurs occidentale, telle qu’elle est proposée dans la version américaine, qui piétine constamment les fondements du droit international qui visent à assurer une coexistence pacifique entre peuples et nations, un Occident américain qui utilise sa puissance militaire de manière impitoyable et coercitive, même envers ses alliés.

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Israël voit dans cette situation, qui est tout à fait compréhensible pour un État entouré d’ennemis, une occasion d'affaiblir militairement ou même d’éliminer l’Iran en tant que principal ennemi au Moyen-Orient, à court terme, par le biais de frappes militaires. Netanyahou profite de la guerre en cours, en coordination réfléchie avec les ultra-orthodoxes, pour intervenir militairement au Liban et potentiellement occuper durablement le sud du pays. Il ne s’agit pas seulement de détruire le Hezbollah, mais aussi d’établir progressivement un Grand Israël, projet auquel Netanyahou a explicitement adhéré. Cela inclut la Cisjordanie, Jérusalem-Est, la bande de Gaza, le plateau du Golan syrien et probablement aussi le sud du Liban.

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Les États-Unis considèrent que l’Iran est surtout un allié de la Russie et de la Chine, et cherchent donc, par leur intention de réduire l’Iran à néant, à détruire un système de alliances qui se resserre, lequel sert principalement les ambitions énergétiques chinoises en matière de sécurisation des ressources, mais va à l’encontre des intérêts impérialistes américains.

La concurrence politico-militaire, de plus en plus claire et également plus dangereuse, entre les deux superpuissances restantes, les États-Unis et la Chine, s’est – et ce n’est pas nouveau depuis la guerre d’agression illégale contre l’Iran – déplacée de la rivalité économique vers la confrontation militaire. La volonté d'escalade provient clairement des États-Unis. Les alliés européens n’ont pas été informés avant le début de la guerre d’agression contre l’Iran, et les conséquences encore imprévisibles sur le plan énergétique et financier leur ont été imposées comme autant de faits accomplis. Une puissance dirigeante occidentale, aussi impitoyable dans la poursuite de ses propres intérêts, a perdu toute légitimité à prétendre façonner et diriger la grande région en tant qu’hégémonie, que ce soit culturellement, juridiquement ou économiquement.

Cela implique des conséquences pour une orientation politique à long terme des États européens :

1.

La guerre d’agression illégale des États-Unis et d’Israël contre l’Iran met en évidence de manière éclatante que la situation géopolitique impose un retour des États européens à une politique de sécurité qui leur est propre. Les États-Unis et Israël poursuivent leurs propres intérêts stratégiques, qui ne sont pas compatibles avec ceux des Européens. Il en découle impérativement que la sécurité d’Israël ne peut pas être la raison d’État de l’Allemagne. De plus, la concurrence conflictuelle entre les États-Unis et leur adversaire oriental, la Chine, tourne autour des marchés de débouché et des sources de matières premières. Les Européens, économiquement et militairement impuissants, ne jouent plus aucun rôle en tant qu’acteurs sur la scène mondiale.

2.

Les obligations d’alliance au sein de l’OTAN doivent être redéfinies. Il est probable que les États-Unis se retireront eux-mêmes de l’OTAN. Si cela n’était pas le cas, les responsabilités devront être renégociées. Il est incompréhensible que le commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe – doté de compétences très étendues – doive toujours être un général américain. À moyen terme, les Européens ont besoin d’une alliance de défense propre pour remplacer l’OTAN.

3.

Étant donné que les bases militaires américaines en Allemagne (environ 35.000 soldats sont stationnés sur le sol allemand), qui servent de points d’appui opérationnels pour les interventions militaires américaines en Afrique et au Moyen-Orient, sont essentielles pour la machine de guerre américaine, dès lors une résiliation des accords d’implantation serait dans l’intérêt de l’Allemagne si elle ne souhaite pas être impliquée dans l’escalade guerrière des États-Unis dans les périphéries de première importance pour l’Europe, c'est-à-dire en Afrique et au Moyen-Orient.

4.

La politique énergétique vitale pour l’Allemagne, en tant qu’État industriel, ne doit pas dépendre des intérêts américains. À court et moyen terme, nous avons à nouveau besoin de la Russie en tant que fournisseur de pétrole et de gaz. Pour des raisons géographiques, énergétiques, sécuritaires, politiques et, plus prosaïquement, égoïstes, l’Europe est donc durablement dépendante d’un partenariat étroit avec la Russie. Réactiver ette orientation politique doit être rapidement décidé, et les Européens doivent se préparer à résister résolument aux États-Unis.

5.

Le droit international est le droit des faibles ! L’Allemagne, ainsi que les peuples et États européens, sont des nains militaires, et c’est précisément pour cette raison qu’ils doivent faire des normes du droit international, telles qu’elles sont inscrites dans la Charte des Nations Unies et reconnues mondialement comme éléments de sécurité pacifique, la base de leur politique internationale et le fondement de leur conception politique. Cela inclut le non-recours à la violence et la reconnaissance de la souveraineté des nations ainsi que du droit à l’autodétermination des peuples comme des remparts contre l’arrogance des acteurs mondialistes et impérialistes.

Qui est Siegfried Bublies?

Siegfried Bublies, est éditeur, est le fondateur de la revue « wir selbst » en 1979, est le propriétaire de la maison d’édition Bublies et de la maison d’édition Lindenbaum. La version imprimée de « wir selbst » (revue pour l’identité nationale) a été suspendue en 2002 puis relancée en 2019 en tant que revue en ligne. Depuis 2022, des éditions imprimées de la revue « wir selbst » sont à nouveau publiées. Vous trouverez ci-dessous les numéros encore disponibles des quatre dernières années.

Site des éditions Bublies: https://bublies-verlag.de/

Site des éditions Lindenbaum: https://lindenbaum-verlag.de/

Lien pour commander les numéros de "wir selbst": https://lindenbaum-verlag.de/produkt-kategorie/zeitschrift/

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En théorie qu’est-ce qui est positif dans la guerre en Iran?

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En théorie qu’est-ce qui est positif dans la guerre en Iran?

Cristi Pantelimon

La guerre en Iran est « avantageuse » du fait qu’elle a commencé après celle en Ukraine. En quoi ?

Nous avons tous vu que la guerre en Ukraine a été traitée dans la presse internationale (notamment anglo-saxonne) comme étant de nature morale : une guerre juste du côté de l’Ukraine, une guerre injuste du côté de la Russie.

Mais, à l’heure actuelle, il a été difficile de justifier la guerre en Iran avec ce concept « discriminatoire » de la guerre (selon la définition qu'en donne Carl Schmitt).

Déjà, en 1937, Carl Schmitt, le grand juriste allemand, analysant la littérature anglo-saxonne et française qui justifiait le nouveau concept de guerre du type préconisé par la « Société des Nations », avait observé un phénomène intéressant: la tendance des théoriciens américains et anglais à revenir à un concept prémoderne de la guerre, à savoir l'idée de « guerre juste et injuste », c’est-à-dire de droit et d'injustice.

Un système juridique formé uniquement par des États théoriquement égaux ne peut pas s’adapter à ce concept discriminatoire de la guerre.

Un système dans lequel il existe une guerre juste ou injuste représente un autre système juridique que celui dans lequel on a une guerre, tout simplement. Les deux concepts sont différents et ne peuvent être assimilés au sein d’un même système juridique. En réalité, il s’agit de deux types de guerres !

Soit nous admettons que les États ont le droit égal de faire la guerre ou de se défendre (ou de rester neutres, par conséquent), donc nous avons un certain concept juridique de la guerre, soit nous n’admettons pas cela et faisons une discrimination en divisant les guerres en justes et injustes — éliminant aussi la possibilité de neutralité, car face à une guerre injuste, on ne peut rester neutre, tout comme face à une guerre juste. De plus, celui qui « se défend » face à une attaque « juste » se trouve, d’une certaine manière, dans l’illégalité...

C’est pourquoi l’Ukraine a voulu que nous soyons tous à ses côtés, sans possibilité d’être neutres, et c’est aussi pour cette raison que les États-Unis ont demandé que le « monde » intervienne dans le détroit d’Ormuz (même si la justification morale de cette guerre contre l’Iran a été fortement atténuée par les conditions réelles de l’opération), en faisant appel une fois de plus au concept moral d’une guerre juste contre l’Iran...

Il faut cependant revenir en arrière et dire qu’un système juridique qui divise les guerres en guerres justes et en guerres injustes n’est pas un système unitaire. Nous avons deux concepts différents de guerre, et non pas un seul !

Inversement, si nous admettons que les États ont le droit de faire la guerre (ce qu’ils font, comme on le voit), nous disposons d’un système juridique cohérent, avec un seul concept de guerre et qui s’applique également à tous, sans discrimination.

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Il faut que nous décidions: soit nous appliquons des connotations morales à la guerre, mais cela sort de la logique des relations internationales modernes (et on revient à Grotius ou Vattel (portrait), du 18ème siècle), soit nous rejetons la discrimination dans le concept de guerre et acceptons alors la neutralité et l’égalité des États entre eux. Pour la cohérence logique et juridique du système international, la dernière option est évidemment la seule possible !

Voici un extrait de l’écrit de Carl Schmitt (« La transition au concept discriminatoire de la guerre » - 1937) :

« Le concept de guerre qui a prédominé jusqu’à aujourd’hui permet, par la non-discrimination et par l’importance accordée à la parité entre les deux parties impliquées, qu’un conflit armé réciproque soit reconnu légalement comme un concept juridique unifié. La supposition d’un tel système est sa non-extension aux États tiers, en d’autres termes, la renonciation à une distinction juridique entre guerres justes et injustes valable pour les États tiers. Dès qu’une décision est prise concernant la légalité ou l’illégalité des guerres ou leur admissibilité pour les parties tierces, l’unité du concept de guerre se désagrège, laissant derrière elle, d’un côté, la guerre juste permise par le droit international, et de l’autre, la « guerre » injuste et illicite. Ces deux concepts représentent, en réalité, deux types de guerres, chacune ayant une signification complètement différente et opposée, et ne peuvent donc pas être désignés par le même terme — « guerre » — comme étant la contrepartie l’une de l’autre. La justice et l’injustice ne peuvent être juridiquement liées au même concept. » (p. 66)

samedi, 04 avril 2026

Carl Schmitt: Miniatures de Plettenberg 18 – Berlin-Schlachtensee, mars-mai 1945

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Carl Schmitt: Miniatures de Plettenberg 18 – Berlin-Schlachtensee, mars-mai 1945

Jeroným Černý

Source: https://deliandiver.org/carl-schmitt-plettenberske-miniat...

Contexte

Ces notes de journal datant de 1945 sont tirées de l'édition critique des archives littéraires de Schmitt, préparée dans le cadre d'un projet d'édition à long terme financé par la Communauté allemande de recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft, DFG). Le texte s'appuie sur les manuscrits originaux et les notes sténographiques (sténographie de Gabelsberger) conservés dans les archives littéraires de Carl Schmitt à Plettenberg. L'édition a été préparée sous la supervision scientifique de la Carl-Schmitt-Gesellschaft e. V. dans le cadre de la collection Plettenberger Miniaturen.

La publication des notes de journal de Carl Schmitt prises à Schlachtensee, près de Berlin, au printemps 1945, constitue une réalisation éditoriale remarquable qui met à la disposition du lecteur un texte né de l’expérience immédiate d’un tournant historique, et non d’une réflexion rétrospective. Il ne s'agit ni d'un document de repentance ni d'une justification a posteriori du passé, mais de la poursuite de la pensée de Schmitt sous forme de journal, caractérisée par la distance, l'observation et une réflexion sur le présent, concise sur le plan linguistique. La critique ne vise donc pas à porter un jugement moral sur l’auteur, mais à examiner la nature du texte lui-même, son cadre éditorial et son importance pour la réception contemporaine de l’un des penseurs politico-juridiques les plus controversés du 20ème siècle.

La critique est structurée en blocs thématiques qui ne suivent pas la succession mécanique des entrées du journal, mais la logique interne de la réflexion de Schmitt.

Berlin 1945 : l'effondrement du monde

Les notes du journal de Carl Schmitt, datant de mars à mai 1945, ont été rédigées alors que Berlin se trouvait dans un état de décomposition effective de l'ordre politique, juridique et civilisationnel. La ville, où Schmitt réside dans le quartier de Schlachtensee, est certes éloignée des combats les plus violents du centre, mais elle est néanmoins pleinement entraînée dans la logique de la guerre totale: bombardements, chaos, mouvements de réfugiés, effondrement de l’approvisionnement, présence de forces armées et menace constante de violence. Le journal de Schmitt n’est pas une chronique des événements militaires, mais le récit d’une expérience existentielle de la fin du monde, dans laquelle les catégories politiques se désagrègent en une réalité nue faite de peur, de faim et d’incertitude.

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Un thème récurrent est le rétrécissement de l’horizon de la vie humaine à des actes élémentaires: la recherche de nourriture, d’eau, de combustible, la quête d’un espace relativement sûr, l’attente de l’arrivée des troupes, l’interprétation des bruits de tirs. Schmitt remarque comment la réalité quotidienne se réduit à la survie biologique, tandis que tout ce qui revêtait auparavant une signification « d’ordre supérieur » – la culture, l’éducation, l’État, les institutions – apparaît comme vide ou impuissant. Selon lui, cette expérience révèle la véritable nature de la civilisation moderne: sa capacité à diriger le monde se transforme, en temps de crise, en une incapacité à protéger qui que ce soit. En même temps, il y a une peur permanente, qui n’est pas seulement la peur de la mort, mais la peur de l’imprévisibilité de la situation. Schmitt souligne à plusieurs reprises que ce ne sont pas des règles qui décident de la vie et de la mort, mais le hasard, l’instant, la rencontre avec un soldat ou un officier en particulier. Cette expérience revêt une profonde signification théorique : elle montre l’effondrement de la distinction entre légalité et illégalité, entre guerre et criminalité, entre décision et arbitraire. Le pouvoir ne se manifeste pas ici comme un acte souverain, mais comme un simple fait de violence, dépourvu de toute forme de légitimation.

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L’attention de Schmitt se porte à plusieurs reprises sur la figure du soldat, notamment russe, mais pas dans un sens idéologique. Les Russes ne sont pas décrits dans le journal comme des ennemis avant tout, mais comme les porteurs d’un rapport au pouvoir et à la réalité différent, étranger à Schmitt, mais compréhensible. Il déduit de leurs agissements une combinaison de brutalité et de pragmatisme qui contraste avec la décomposition de l’autorité étatique allemande. Alors que l’État allemand s’effondre dans les formules toutes faites, les ordres vides de sens et l’obéissance formelle, le vainqueur apparaît comme une puissance brutale, mais d’autant plus efficace. Une caractéristique importante de ces notes est l’absence de pathos lié à la défaite. Schmitt évite les formulations héroïques ou tragiques. Il ne voit pas la fin du Reich comme une chute dramatique, mais comme un épuisement qui révèle le vide des constructions idéologiques. Il se moque à plusieurs reprises des clichés linguistiques qui, il y a peu encore, légitimaient la violence, et constate leur totale futilité face à la menace réelle.

C'est également à cette phase du journal qu'apparaît le motif du silence. Schmitt constate que tout discours sensé devient impossible. Le langage de la politique, du droit et de la philosophie fait défaut ; il ne reste que de brèves notes, des bribes, tantôt ironiques, tantôt résignées. Le silence n’est pas ici l’expression d’un vide, mais un geste de défense, un simple refus de poursuivre un discours qui s’est révélé faux. Le premier bloc thématique du journal dépeint ainsi Berlin en 1945 non pas comme une toile de fond historique, mais comme un laboratoire de l’effondrement de l’ordre moderne. Schmitt n’y propose pas encore de réflexion systématique sur la culpabilité ou la responsabilité ; ces questions viendront plus tard. Pour l’instant, nous en sommes à l’expérience fondamentale: le monde, qui était perçu comme juridiquement et politiquement ordonné, s’est effondré en une succession de situations où règnent la force, le hasard et la capacité de survivre.

Culpabilité, nihilisme et effondrement du sens

Après une première expérience de la menace physique et de l'effondrement de l'ordre quotidien, le journal de Schmitt évolue progressivement vers une réflexion plus profonde sur la culpabilité et le sens, ou plutôt vers la question de savoir s'il est encore possible, dans une situation de défaite totale, de parler de responsabilité dans les catégories morales et juridiques traditionnelles.

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Chez Schmitt, le thème de la culpabilité n'apparaît pas sous la forme d'une confession autocritique explicite, mais comme un problème théorique et théologique qui émerge de la confrontation avec le nihilisme de l'époque moderne. Schmitt constate à plusieurs reprises que l’effondrement de l’ordre politique est en même temps un effondrement du contenu significatif, dans lequel se sont vidés de leur sens les concepts par lesquels la guerre, l’État et la nation étaient légitimés. Le langage qui, il y a peu, servait encore à justifier les décisions et à mobiliser la société, apparaît désormais vide de sens. C’est précisément dans ce vide que se révèle, selon Schmitt, le cœur du nihilisme: non pas comme une négation active des valeurs, mais comme une situation dans laquelle les valeurs cessent d’avoir un caractère contraignant.

Dans ce contexte, des motifs théologiques apparaissent de plus en plus souvent dans le journal, notamment des références à la conception chrétienne de la culpabilité, du jugement et de la rédemption. Schmitt ne revient pas ici au christianisme sous la forme d’une piété personnelle, mais comme au dernier cadre conceptuel capable de nommer une situation dénuée de sens. Alors que la morale moderne échoue selon lui, le langage théologique de la culpabilité et du jugement conserve la capacité de structurer l’expérience de la catastrophe.

La distinction entre culpabilité personnelle et culpabilité politique joue ici un rôle fondamental. Schmitt refuse de réduire la défaite et les crimes du régime à des défaillances morales individuelles, tout en évitant d’assumer directement sa propre responsabilité politique. Dans son interprétation, la culpabilité est plutôt structurelle: elle découle de la participation à un ordre qui s'est effondré plutôt que d'une action concrète. Ce mode de réflexion permet à Schmitt de garder ses distances tant par rapport à une introspection moralisatrice qu'à une simple auto-justification. Dans son journal, le thème du jugement revient à plusieurs reprises, mais il n’est pas compris avant tout comme un jugement humain, mais comme un jugement historique ou divin. Schmitt remarque qu’après l’effondrement de l’État, l’instance capable de statuer avec autorité sur la culpabilité et l’innocence disparaît. C'est précisément cette absence d'autorité décisive qui, selon lui, constitue l'un des traits les plus profonds du nihilisme: un monde où personne ne peut légitimement juger est un monde sans ordre.

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Une caractéristique marquante de ces passages est la critique du moralisme d'après-guerre, que Schmitt anticipe avant même la fin de la guerre. Il craint que la défaite ne soit interprétée non pas comme un fait politique, mais comme un drame moral dans lequel les vainqueurs se présenteront comme des juges sans responsabilité propre. Cette critique n’est pas formulée ouvertement, mais transparaît dans des remarques ironiques sur la « morale des vainqueurs » et la condamnation universelle des vaincus. Parallèlement, cependant, apparaissent dans le journal des moments d’incertitude existentielle qui ne peuvent être réduits à une construction théorique. Schmitt note des sentiments de vide, de désespoir et de silence qui ne sont surmontés par aucune foi claire. Le christianisme fonctionne ici plutôt comme un langage permettant de parler de ce vide, et non comme une source de réconfort ou d’espoir.

Le deuxième bloc thématique montre ainsi Schmitt dans la position d’un penseur confronté à l’échec radical de l’ordre politique et moral moderne, sans disposer d’une alternative convaincante. La culpabilité n’est pas résolue ici, le nihilisme n’est pas surmonté et la théologie n’offre pas le salut, mais seulement un cadre conceptuel dans lequel cette situation peut être réfléchie. Le journal devient ainsi le récit d’une pensée en situation limite, où les anciennes catégories se sont effondrées et où les nouvelles ne font que se chercher péniblement.

L'État, la légalité et l'effondrement de la souveraineté

Dans le troisième niveau des notes du journal, Carl Schmitt revient sur les concepts qui constituent le cœur de sa propre théorie politico-juridique: l'État, la souveraineté, la légalité et la décision. Pour lui, l’année 1945 ne représente pas seulement la défaite historique de l’Allemagne, mais aussi un test empirique de la validité de ces concepts. En ce sens, le journal se lit comme une réévaluation silencieuse, mais fondamentale, des catégories théoriques à travers lesquelles Schmitt a analysé la politique moderne pendant des décennies.  Schmitt constate que l’État, en tant que garant de l’ordre, a de fait cessé d’exister avant même sa capitulation formelle. Les institutions continuent d’émettre des ordres, mais ces ordres n’engagent plus personne; les normes subsistent sur le papier, mais perdent leur force normative. La légalité se détache de la réalité et se transforme en une forme vide. C'est précisément cette situation qui, selon Schmitt, révèle la faiblesse de l'État de droit moderne: sa dépendance à l'égard d'un pouvoir de fait qu'il n'est pas en mesure de garantir lui-même.

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Schmitt accorde une attention particulière à l'effondrement de la décision souveraine. Dans ses travaux antérieurs, il définissait le souverain comme celui qui décide de l’état d’exception. En 1945, cependant, aucune décision de ce type n’est prise. L’état d’exception existe, mais sans souverain. Le pouvoir se désagrège en fragments que personne ne rassemble, et la prise de décision bascule dans le domaine du hasard et de l’arbitraire local. Cette expérience est paradoxale pour Schmitt: l’état d’exception, qui devait confirmer la souveraineté, devient la preuve de son inexistence.

Dans ce contexte, le journal formule une critique virulente de l'État bureaucratique. Schmitt constate que c'est précisément en temps de crise que la bureaucratie se révèle totalement impuissante. Elle est capable de produire des documents, des ordres et des actes formels, mais pas de véritables décisions; l'État se réduit ainsi à un appareil administratif dépourvu de noyau politique, ce qui, selon Schmitt, représente la phase finale de son évolution moderne. Schmitt réfléchit également à la relation entre le droit et la victoire. Il prend conscience que l’ordre d’après-guerre ne reposera pas sur la continuité des normes juridiques, mais sur le fait de la victoire. Le droit n’apparaît pas ici comme un système neutre de règles, mais comme un instrument de légitimation du pouvoir des vainqueurs. Cette perspective conduit Schmitt à un profond scepticisme à l’égard de l’idée d’un droit international universel et neutre sur le plan des valeurs, qui, selon lui, présuppose toujours un porteur politique concret.

Le journal laisse également entrevoir une autocritique implicite de la théorie de Schmitt lui-même. Si l’État échoue précisément au moment où il doit décider, il faut alors repenser la relation entre la décision, les institutions et la légitimité. Schmitt ne formule certes pas ces questions de manière systématique, mais ses remarques révèlent qu’après 1945, il n’est plus possible de s’en tenir sans autre forme de procès à l’ancien schéma conceptuel.

Schmitt apparaît ainsi non pas comme un théoricien de la souveraineté, mais comme un auteur dont les propres catégories sont mises à l’épreuve par une réalité implacable. L’État, la légalité et la souveraineté n’apparaissent pas dans le journal de 1945 comme des concepts stables, mais comme des constructions problématiques dont la validité est conditionnée par des circonstances historiques et de pouvoir concrètes. C’est précisément cette expérience qui fait de ce journal l’un des documents les plus intéressants et les plus contradictoires de la pensée tardive de Schmitt.

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Vainqueurs, vaincus et nouvel ordre mondial

Dans ce cadre conceptuel, le journal de Schmitt passe de l’expérience immédiate de l’effondrement de l’État à une réflexion plus large sur l’ordre mondial d’après-guerre. La victoire des puissances alliées n’est pour lui pas seulement un fait militaire, mais le signe d’une transformation plus profonde de l’ordre politique mondial. Schmitt ne raisonne toutefois pas en termes de restauration de la vieille Europe, mais dans la perspective de la fin définitive d’une époque où l’Europe constituait le centre de la prise de décision politique. Il accorde une attention particulière à l’Union soviétique, qui n’apparaît pas dans ses notes principalement comme un adversaire idéologique, mais comme le porteur d’un autre type de pouvoir, radicalement différent. Pour lui, la Russie incarne une forme d’existence politique qui n’est pas encombrée par les fictions juridiques libérales ni par l’universalisme moral. Son pouvoir s’exprime directement, sans besoin d’être légitimé par des valeurs abstraites. C’est précisément cette « sincérité du pouvoir » qui, selon Schmitt, rend la présence soviétique effrayante, mais en même temps politiquement compréhensible.

À l’inverse, l’Occident, principalement sous la forme des puissances anglo-américaines, apparaît dans le journal comme une force qui combine la supériorité militaire avec le langage moral des valeurs universelles. Schmitt voit dans cette alliance entre pouvoir et morale un danger fondamental: les vainqueurs se stylisent en juges de l’humanité, masquant ainsi leurs propres intérêts politiques et transformant le conflit politique en condamnation morale. Cette critique anticipe les réflexions ultérieures de Schmitt sur la « notion discriminatoire de la guerre » et sur la rhétorique humanitaire en tant qu’instrument de pouvoir. Dans cette configuration, l’Europe apparaît comme un espace sans voix propre. Schmitt remarque que le vieux continent a perdu la capacité de formuler son propre projet politique et devient l’objet des décisions d’autrui. L’Allemagne, qui était encore récemment considérée comme un acteur clé de la politique européenne, se réduit désormais à un territoire conquis dont le destin sera déterminé de l’extérieur. Schmitt interprète cet état non pas comme une défaite temporaire, mais comme le symptôme d’un épuisement plus profond de la tradition politique européenne.

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Le journal aborde le thème de la fin du nomos européen, c’est-à-dire de l’ordre spatial et juridique qui a structuré la politique mondiale pendant des siècles. L'effondrement de l'Allemagne est ici compris comme faisant partie d'un processus plus large, dans lequel se désagrège la conception européenne de l'ordre fondée sur la souveraineté étatique, le territoire délimité et l'équilibre des pouvoirs. Selon Schmitt, le monde d'après-guerre se caractérisera par une asymétrie, dans laquelle les grandes puissances mondiales, agissant avec des prétentions universalistes, auront le dernier mot. Dans le même temps, Schmitt rejette toutefois toute nostalgie simpliste. Il n’appelle ni au retour de la vieille Europe, ni à la réhabilitation de l’État vaincu. Il constate plutôt que la politique s’est déplacée vers un autre plan, où les catégories européennes traditionnelles cessent de fonctionner. Ce glissement est pour lui source d’angoisse intellectuelle, mais non d’espoirs illusoires.

À ce niveau, le journal s’étend du domaine de l’expérience personnelle à un diagnostic géopolitique, où le réalisme du pouvoir se mêle à un profond scepticisme envers l’universalisme moral des vainqueurs. Schmitt apparaît ici comme un penseur qui tente de comprendre le nouvel ordre mondial au moment de sa naissance, sans se faire d’illusions ni sur la position des vaincus ni sur l’avenir de l’Europe.

Autoréflexion, silence et « système Plettenberg »

Dans les derniers passages de son journal, l'attention de Carl Schmitt s'éloigne progressivement des événements immédiats et des réflexions géopolitiques pour se tourner vers sa propre existence après la défaite. Le journal se transforme alors en un espace d’introspection, caractérisé toutefois par la retenue, le caractère fragmentaire et le refus de toute confession explicite. Schmitt n’écrit ni confession ni plaidoyer; ses notes prennent plutôt la forme d’une cartographie silencieuse de nouvelles conditions d’existence. Le silence est l’un des thèmes clés. Schmitt suggère à plusieurs reprises que parler signifie s’exposer à un danger, non seulement physique, mais aussi moral et politique. Les mots perdent leur fonction protectrice et deviennent des éléments de preuve. Le silence est donc compris non pas comme un vide, mais comme une forme d’autodéfense et, en même temps, comme un moyen de préserver son autonomie intérieure dans une situation où l’espace public cesse d’être sûr.

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La maison de Carl Schmitt à Plettenberg.

C’est dans ce contexte qu’apparaît l’embryon de ce que des interprétations ultérieures qualifieront de «système Plettenberg»: un retrait de la vie publique, universitaire et politique, vers une vie privée qui reste toutefois intensément intellectuelle. Le journal laisse entendre que ce retrait n’est pas seulement une réaction forcée face à la défaite et à l’ostracisme, mais aussi une stratégie consciente. Schmitt prend conscience que la possibilité de poursuivre sa réflexion est subordonnée à une prise de distance par rapport au discours public, désormais dominé par les vainqueurs et leurs catégories morales. Chez Schmitt, l’auto-réflexion ne se situe pas au niveau du regret face à des décisions politiques concrètes, mais au niveau du destin d’un penseur qui faisait partie d’un ordre effondré. Il revient sans cesse à l’idée que l’intellectuel est inévitablement impliqué dans des structures de pouvoir qu’il ne peut pas entièrement contrôler. Cette perspective lui permet de concevoir son propre passé comme tragique, mais pas nécessairement criminel, évitant ainsi une nouvelle fois toute auto-évaluation morale univoque.

Le temps joue un rôle important dans ces passages. Schmitt est conscient qu’un jugement immédiat est inévitablement injuste, tandis qu’une véritable compréhension exige du recul. Le journal travaille ainsi implicitement avec l’idée d’un décalage historique, dans lequel le sens des événements ne se révèle qu’a posteriori. Cette orientation vers la réception future de sa propre œuvre est manifeste dans les notes sur ce qui doit être conservé, ce qui doit être oublié et ce qui doit rester tu. Les dernières parties du journal ne montrent aucun signe d’optimisme ni d’espoir de restauration de l’ordre politique. Pourtant, elles ne sont pas l’expression d’une résignation. Elles signalent plutôt un glissement de la réflexion vers un autre plan, où il n’est plus question de décisions politiques, mais d’interprétation du monde après la catastrophe. C’est précisément sur ce plan que naît le Schmitt d’après-guerre – un auteur dont l’influence va paradoxalement croître au cours des décennies suivantes depuis la périphérie, depuis l’espace du silence et de la correspondance privée.

Le dernier bloc de réflexion de cette recension conclut ainsi le journal non pas par une conclusion, mais par une transition. La défaite ne conduit pas à une conclusion théorique, mais à une transformation de la manière de penser et d’exister. Le journal de 1945 apparaît en ce sens comme un tournant : la fin d’un monde et, en même temps, le début d’une longue période de réflexion qui façonnera l’œuvre tardive de Schmitt ainsi que sa réception ambivalente.

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Le journal de 1945 dans l’œuvre de Schmitt

Les notes du journal de Carl Schmitt de 1945 constituent, dans son œuvre, un document exceptionnel qui se distingue tant de ses écrits théoriques systématiques que de ses textes essayistiques ultérieurs. Il ne s’agit ni d’une révision théorique au sens strict du terme, ni d’une confession personnelle, mais d’un enregistrement de la pensée dans une situation limite, où l’appareil conceptuel existant s’avère insuffisant, mais encore irremplaçable. C’est précisément cette ambivalence qui fait du journal une source essentielle pour comprendre la pensée tardive de Schmitt.

Le journal de 1945 est avant tout un document sur l’effondrement de l’ordre politique moderne, vu du point de vue de l’auteur qui a analysé et articulé théoriquement cet ordre pendant des décennies. Schmitt ne présente pas ici un nouveau concept d’État, de souveraineté ou de droit, mais observe leur effondrement effectif dans une situation où l’état d’exception ne conduit plus à une décision, mais à la dissolution du pouvoir dans la réalité nue de la violence et du hasard.

Cette désintégration est à la fois une confirmation et une réfutation empiriques de sa propre théorie: une confirmation en ce sens que la politique se réduit effectivement au conflit et à la décision, une réfutation en ce sens que la décision cesse d’avoir un caractère souverain. Le journal revêt également une importance particulière pour la compréhension du rapport de Schmitt à la culpabilité et à la responsabilité. Au lieu d’un règlement moral direct avec le passé, le texte propose une réflexion structurelle et théologique qui permet de nommer la catastrophe sans la condamner ni la clore définitivement. La culpabilité n’est ici ni individualisée ni pleinement externalisée; elle reste un problème non résolu, repoussé à l’horizon d’un jugement historique ou transcendant. Ce caractère inachevé est l’une des caractéristiques les plus problématiques, mais aussi les plus éloquentes du journal.

Sur le plan géopolitique, le journal anticipe les réflexions ultérieures de Schmitt sur la fin du nomos européen et l’émergence d’un nouvel ordre mondial, dans lequel le pouvoir se légitime par le biais de valeurs universalistes.

La critique de l’universalisme moral des vainqueurs, associée à une reconnaissance réaliste du fait de la victoire, prend ici la forme d’un diagnostic discret mais rigoureux, qui sera réinterprété et instrumentalisé à maintes reprises au cours des décennies suivantes. De plus, elle est plus que jamais d’actualité en 2026.

Le journal de 1945 marque ainsi la transition vers l’existence d’après-guerre de Carl Schmitt, caractérisée par un repli sur la vie privée, le silence et une influence indirecte par le biais de la correspondance et des visites. En ce sens, il ne s’agit pas de la fin de la pensée de Schmitt, mais de sa transformation. L’expérience de la défaite ne conduit pas à un nouveau projet politique, mais à une réflexion de longue haleine sur un monde où la politique s’est définitivement dissociée de la tradition européenne de l’État. Dans l’ensemble, le journal de 1945 peut être lu comme un texte « frontalier » qui révèle les possibilités de la théorie politique de Schmitt au moment même de sa vérification historique. Son importance ne réside pas dans les réponses qu’il apporte, mais dans les questions qu’il laisse ouvertes et qui restent d’actualité dans les débats actuels sur la crise de l’État, du droit et de la légitimité politique.

Sources: 

Édition : Carl Schmitt – Opuscula (Miniatures de Plettenberg, volume 18)

Carl Schmitt, Berlin-Schlachtensee mars–mai 1945, Éd. Martin Tielke et Gerd Giesler, 26 pages, ISBN 978-3-9820020-7-1, Publié à la demande de la Carl-Schmitt-Gesellschaft e. V.  (2025)

vendredi, 03 avril 2026

Erdogan entre dans le jeu

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Erdogan entre dans le jeu

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/erdogan-entra-in-gioco/

Dites ce que vous voulez, mais il est certain que Recep Tayyyp Erdogan n’est pas un homme qui se contente de demi-mesures diplomatiques.

Il parle et il parle très clairement. Et, en général, il agit en conséquence.

La situation qui est en train de se créer avec la guerre en Iran, déclenchée par Washington et Israël, ne lui plaît pas du tout. Pour toute une série de raisons.

Avant tout, le fait que le Mossad israélien arme les Kurdes iraniens pour les utiliser contre le régime de Téhéran.

Et cela, pour Ankara, constitue un gros problème. En fait, une véritable menace.

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Le parti kurde iranien, le PJAK, est en effet une branche du PKK, le parti communiste kurde turc, toujours en conflit contre Ankara.

Et la Turquie a beaucoup peiné au fil des années pour réprimer, sinon éliminer complètement, la guérilla kurde sur son territoire.

Il est donc évident qu’Erdogan craint que le soutien d’Israël au PJAK, pour l’utiliser à des fins anti-iraniennes, se traduise par une nouvelle révolte des Kurdes de Turquie.

Un risque, rappelle Erdogan, déjà couru en Syrie. Et il rappelle justement qu’Ankara était alors intervenue militairement. Et lourdement contre les Kurdes syriens. Indifférent aux jeux d’alliances et au soutien que ceux-ci recevaient de Washington.

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Erdogan ne mâche pas ses mots. Le soutien aux Kurdes est une menace pour la Turquie. Donc, si Israël continue sur cette voie, Ankara interviendra militairement. En demeurant totalement indifférent aux alliances liant ces Kurdes à Washington et sans tenir compte des contraintes de l’OTAN.

Car, certes, la Turquie fait partie de l’OTAN. En fait, elle représente la deuxième armée de l’Alliance atlantique. Dépourvue d’armes nucléaires, mais dotée d’une force redoutable.

Mais, pour les Turcs, faire partie de l’alliance ne signifie pas être serviles et soumis.

Cela ne signifie pas subir des choix qui nuisent à ses propres intérêts.

Comme l’a fait, rappelons-le, l’Italie en Libye. Et, à bien des égards, même avant, en Serbie.

Par ailleurs, il faut noter que l’alliance étroite, peut-être trop étroite, entre Washington et Tel-Aviv – qui ne fait pas partie de l’OTAN – commence à devenir un gros problème pour l’Alliance atlantique.

Dans un certain sens, cela pourrait en devenir la tombe.

Déjà l’Espagne a pris ses distances, ce qui a mis Trump en colère. Et la dissidence face à la politique américaine au Moyen-Orient est apparue aussi à Paris et, fait plus notable, à Londres.

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Ici, cependant, nous avons la deuxième puissance militaire de l’OTAN qui se prépare à entrer en scène contre ces Kurdes qui sont utilisés par Israël et, par corrélation logique, par Washington.

Peut-être pouvons-nous commencer à raisonner selon des paramètres différents. L’OTAN est désormais une vieille chose. Le vestige d'une guerre (froide) du passé. Un instrument devenu complètement inutile.

Erdogan le fait comprendre clairement. Et tous, même à Rome, devraient commencer à s’en rendre compte.

17:52 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, erdogan, turquie, iran, kurdes, moyen-orient | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les États-Unis comme éternel ennemi de l’Europe

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Les États-Unis comme éternel ennemi de l’Europe

Raphael Machado

Source: https://telegra.ph/Gli-Stati-Uniti-come-eterno-nemico-del...

Si les États-Unis sont les amis de l’Europe, alors l’Europe n’a pas besoin d’ennemis.

Nous nous sommes habitués à considérer la relation entre les États-Unis et les pays européens, notamment ceux d’Europe occidentale, comme une alliance irréprochable, une véritable amitié entre les peuples. D’ailleurs, le discours dominant parle d’une seule « civilisation occidentale », qui unit l’Amérique du Nord et l’Europe, fondée sur les mêmes « valeurs judéo-chrétiennes ».

Cette perspective, partagée par de nombreux atlantistes et anti-impérialistes, est erronée en raison de sa myopie. Elle repose sur une lecture limitée de l’histoire, qui ne prend en compte que le monde depuis la seconde moitié du 20ème siècle jusqu’aux dernières années.

Ainsi, face aux événements contemporains qui témoignent d’un certain mépris, voire d’une hostilité, des États-Unis envers l’Europe, certains restent stupéfaits. Peut-être les Européens eux-mêmes, mal informés et victimes d’ingénierie sociale, restent-ils déconcertés, sans comprendre ce qui se passe.

187d7101a131fa2a95c4fcca498fea0f.jpgAu-delà de la politique étrangère britannique elle-même, qui a toujours été anti-européenne, la fondation même des États-Unis s’est faite dans une perspective anti-européenne. Pour les « pères pèlerins », les pays européens étaient tyranniques, oppressifs et hédonistes. Le papisme était le siège même de l’Antéchrist. Même les pays protestants comme les Pays-Bas étaient critiqués et condamnés comme libertins et insuffisamment religieux.

Extrêmement sectaires, les puritains qui allaient fonder les États-Unis ne considéraient même pas possible de continuer à respirer le même air que les Anglais, les Hollandais et, en général, les Européens d’autres confessions chrétiennes. Le gouverneur de Plymouth, William Bradford, également l’un des premiers écrivains américains, le précise très bien dans son ouvrage Of Plymouth Plantation où il commente, par exemple, que « Satan semble avoir suivi une méthode similaire en ces derniers jours, puisque la vérité a commencé à émerger et à se répandre après la grande apostasie de cet homme du péché, l’Antéchrist papal ».

Il n’est donc pas surprenant que dès le XIXe siècle, les États-Unis fassent leurs débuts sur la scène internationale avec une politique étrangère spécifiquement anti-européenne, visant à forcer l’expulsion des Européens de leurs derniers territoires en Amérique latine afin de remplacer la présence européenne par la leur. L’objectif principal à l’époque était l’Espagne (et dans ce cas, même la foi catholique espagnole jouait un rôle dans la propagande américaine).

Après avoir achevé l’expulsion des Européens (à l’exception des Anglais et, en partie, des Français) des Amériques, la politique étrangère américaine s’est concentrée sur l’ingérence permanente dans les affaires européennes, visant toujours à étouffer l’émergence de toute puissance capable de défier sa force croissante. À l’ombre de l’Empire britannique, qui au début du 20ème siècle commençait déjà à montrer des fissures, les États-Unis ont attisé la Première Guerre mondiale pour liquider quatre empires à la fois: les empires allemand, austro-hongrois, ottoman et russe, et affaiblir également la France et le Royaume-Uni.

caricature-sdn.jpgLa Société des Nations, quant à elle, fut créée pour permettre aux États-Unis d’influencer la politique européenne via les votes de leurs représentants latino-américains, sans que les États-Unis eux-mêmes ne se soumettent à son mandat.

On pourrait ici rappeler brièvement le rôle de Wall Street dans le soutien initial à la montée d’Hitler en Allemagne, mais même sans tenir compte de cet aspect, il est de notoriété publique et bien connu que l’OTAN a été conçue non seulement comme une arme pour tenir l’URSS hors d’Europe, mais aussi comme une structure d’occupation pour garantir la soumission des Européens et cimenter l’occupation militaire américaine du continent européen.

Maintenir l’Europe sous tutelle a toujours été un objectif principal des États-Unis, qu’ils poursuivent encore aujourd’hui.

Il est nécessaire d’insister sur cette dimension historique afin que l’on soit conscient de l’horizon radicalement anti-européen de la politique étrangère américaine. Prenons, par exemple, l’épisode de la naissance de l’euro en 1999. Malgré les critiques répandues contre l’Union européenne et l’euro de la part des souverainistes, on tentait encore parfois d’orienter le projet d’intégration européenne dans une direction qui défierait l’hégémonie économique et financière des États-Unis. Autrement dit, pendant une courte période, on tenta de considérer l’euro comme une possible voie vers la dédollarisation.

Mais juste après la naissance de l’euro, les États-Unis ont lancé une guerre en Europe, bombardant la Serbie sans aucune justification légitime, si ce n’est celle d’écraser les Serbes (alliés historiques de la Russie). L’impact immédiat pour le reste de l’Europe fut un effondrement immédiat de l’euro, car les investisseurs le vendaient pour acheter des dollars, et une baisse significative sur tous les marchés boursiers européens, autrement dit une fuite de capitaux. Un simple dommage collatéral… ou l’intervention en Serbie avait-elle été pensée dès le départ aussi comme un coup contre l’Europe ?

Le moment actuel de tension entre les États-Unis et l’Europe n’est donc pas un simple accroc dans ces relations.

Récapitulons ce qui s’est passé ces dernières années.

Les États-Unis ont convaincu les dirigeants européens d’allumer le feu en Ukraine, avec le Maïdan et la préparation d’une guerre contre la Russie. La réaction russe avec l’opération militaire spéciale a immédiatement entraîné la plus grande vague de sanctions de l’histoire de l’humanité, mais le principal perdant fut l’Europe, qui a perdu l’accès à des sources d’énergie extrêmement bon marché venant de Russie.

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L’impact économique fut immédiat, avec une hausse de l’inflation et un ralentissement de l’activité économique. Des pays comme la Bulgarie, la Slovaquie, la Finlande, la République tchèque et la Lituanie ont vu leur PIB diminuer entre 2 et 5 %.

L’attentat contre le gazoduc germano-russe Nord Stream a encore aggravé la situation, en particulier pour l’Allemagne qui, à partir de ce moment, est simplement entrée en récession, avec un PIB en baisse de près de 1% par an jusqu’à la stagnation à partir de 2025. Parallèlement, le secteur industriel allemand s’est réduit, avec une perte d’emplois allant jusqu’à 200.000 unités. Pendant ce temps, bien que l’Allemagne ait réussi à remplacer le gaz russe par du gaz naturel liquéfié, les coûts restent environ 80% plus élevés que le gaz russe, avec des répercussions sur l’économie et les prix.

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En d’autres termes, la “locomotive” économique de l’Europe a déraillé. Il s’agit de l’Allemagne même qui, dans la géopolitique classique (que les stratèges atlantistes connaissent très bien), a toujours été considérée comme un allié naturel et complémentaire de la Russie. En effet, depuis au moins 200 ans, l’un des objectifs principaux de la géopolitique atlantiste a été d’empêcher une alliance entre l’Allemagne et la Russie.

Pendant ce temps, très vite, les États-Unis, déjà sous Trump, ont commencé à exercer une pression encore plus forte sur l’Europe, avec la question du Groenland, les droits de douane et les tentatives de faire supporter aux Européens les coûts d’un conflit principalement géré à Washington.

Pour empirer les choses, depuis 2022, les États-Unis ont exercé des pressions pour éliminer tout achat de gaz russe par les Européens. Cet objectif a été pratiquement atteint début 2026. Peu après, les États-Unis ont déclenché une guerre dans le Golfe, provoquant la paralysie de l’industrie pétrolière régionale et une envolée des prix du baril de pétrole. Une grande partie du pétrole, du GNL et de certaines autres matières premières dont dépendait l’économie européenne provenait justement du Golfe…

Si les États-Unis sont les amis de l’Europe, alors l’Europe n’a pas besoin d’ennemis.

Article original : Strategic Culture Foundation

Autarcie plutôt que dépendance: pourquoi nous devons enfin devenir adultes en matière de politique énergétique

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Autarcie plutôt que dépendance: pourquoi nous devons enfin devenir adultes en matière de politique énergétique

Un jeune député régional de l’AfD demande une réorientation de la politique énergétique et environnementale et plaide pour plus d’autarcie, une exploitation des ressources et un pragmatisme technologique. Mike Grener esquisse ici un agenda qui va bien au-delà de la simple critique.

Par Maximilian Gerner

Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/autarkie-statt-a...

Je suis donc le nouveau venu ici, dans le rédaction de freilich-magazine.com. Maximilian Gerner est mon nom, et si vous ne me connaissez pas encore – ce qui est assez probable, sauf si vous me suivez déjà depuis longtemps sur Instagram grâce à mes contributions sur les dégustations de bières nationales et internationales ou les matchs du VfB Stuttgart –, cela devrait bientôt changer. En effet, j’ai été élu lors des élections régionales du 8 mars 2026 pour l’AfD au Parlement du Bade-Wurtemberg, et je compte bien y instaurer un nouveau style politique. Tant selon les critères généraux que pour l’AfD. Cela semble ambitieux ? Mais ce n’est peut-être pas tant que ça, car la barre n’est souvent pas très haute.

imgmages.jpgMais commençons par le début: je suis né en 1998, intéressé par la politique depuis au moins 1999, j’aime autant troller hors ligne qu’en ligne, et je pense que la consommation d’alcool et la musculation sont deux facettes d’une même médaille. En 2017, je suis devenu membre de l’AfD – sobre, je tiens à le préciser – et depuis 2022, je suis conseiller parlementaire pour l’environnement, le climat et l’économie de l’énergie au sein du groupe AfD au Parlement du Bade-Wurtemberg. En étant placé 22ème sur la liste, je suis désormais passé de collaborateur à député, et je vais donc coûter encore plus d’argent aux contribuables à l’avenir. Merci à tous les électeurs – je donnerai tout pour que ceux-ci puissent dire dans cinq ans: ce type vaut notre argent !

Entre ambition et réalité

Au cours des quatre dernières années, j’ai, de par mon métier, traité quotidiennement des questions de politique environnementale et énergétique, et je suis convaincu que ce domaine doit occuper une place bien plus centrale dans notre travail politique. Cela concerne aussi bien la politique énergétique pure que les questions environnementales. Les deux sont souvent liées, mais il existe également des questions importantes de protection de l’environnement qui n’ont rien à voir avec la production d’énergie. Ici, nous avons, en tant que représentants de l'AfD – et je le dis sur le mode de l'autocritique – encore des progrès à faire.

Trop souvent, les figures politiques de l’AfD ne parlent avec passion de la protection de l’environnement que lorsqu’ils peuvent l’opposer, par exemple, aux éoliennes. Je veux changer cela, car la protection de l’environnement n’est pas un vêtement de circonstance qu’on enfile tous pendant quelque temps puis qu’on range ensuite dans le placard, mais la condition de base pour assurer une existence digne aux générations présentes et futures. Comme je suis quelqu’un qui aime passionnément se retrouver dans la nature, j’en suis peut-être plus conscient que d’autres. Je veux porter cette conscience non seulement au Parlement, mais aussi dans mon propre parti.

Car selon moi, il ne suffit pas de critiquer les éoliennes dans les régions peu venteuses ou au milieu de la flore et de la faune fragiles. Il ne suffit pas de produire de l’énergie solaire uniquement sur des surfaces déjà imperméabilisées et de ne pas vouloir voir ces installations sur des espaces verts. Si nous voulons faire notre travail correctement en tant que mandataire de l'AfD, nous devons offrir plus. Oui, nous voulons revenir sur la sortie du nucléaire – mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. Oui, nous voulons maintenir provisoirement les centrales à charbon dans le cadre d’un mix énergétique équilibré. Mais que se passera-t-il après ?

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Pourquoi l’autarcie est importante

Nous vivons une époque incertaine. Et c’est un euphémisme. Nous sommes témoins de bouleversements géopolitiques historiques. À la frontière orientale de l’Europe, la guerre fait rage. La volonté affichée de la Chine de s’emparer de Taïwan menace les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ce n’est pas seulement le cas pour l’industrie des semi-conducteurs, mais aussi pour le secteur important des terres rares.

Et aux États-Unis, le président est imprévisible: aujourd’hui, il pourrait imposer des tarifs absurdes contre tout et n’importe qui, demain faire kidnapper le chef d’État d’un pays voisin, ou après-demain envahir le Groenland – rappelons que cette terre appartient au Danemark et que le Danemark est membre de l’OTAN !

Il serait négligent, face à tout cela, de ne pas se préparer de manière aussi diversifiée et autarcique que possible, surtout en ce qui concerne l’approvisionnement énergétique. Ce n’est pas seulement vrai depuis la pénurie de gaz, il y a quelques années. Et c'est dès lors clair: nous ne devons pas dépendre de monopolistes étrangers – peu importe si le monopoliste actuel semble encore bienveillant envers nous aujourd’hui.

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Exploiter les ressources nationales

Selon moi, cela signifie ce qui suit: nous avons besoin d’une vision globale pour que notre pays puisse couvrir autant que possible ses besoins en énergie et en matériaux par lui-même. Cela inclut, par exemple, des installations de biogaz décentralisées, tout comme une sortie contrôlée de l’interdiction de fait du fracking, afin de ne pas devoir importer le gaz pour nos centrales à gaz. Il s’agit également d’explorer les gisements nationaux de lithium, par exemple dans la fosse rhénane. De même il faut se préparer à l’extraction de l’uranium dans les Monts Métallifères, une fois que sera lancée la reprise du nucléaire – notamment avec de petits réacteurs décentralisés. Ce sont des points qui n’ont jusqu’à présent aucune place dans le débat public, ni n’ont été abordés de manière offensive par l’AfD. Je m’engagerai de toutes mes forces pour que cela change.

Il serait court-termiste de laisser de côté ces sujets. La ministre de l’Économie Katherina Reiche (CDU) a récemment souligné que l’Allemagne dispose de ses propres gisements de gaz et a déclaré: «Du gaz peut être extrait ici». Cette déclaration a vite été éclipsée par l’attaque américano-israélienne contre l’Iran. Mais elle montre que le sujet finira par arriver sur la table. Nous devons y être préparés.

La question de la crédibilité politique

Ce serait très contradictoire si, faute de préparation, les sections locales de l’AfD venaient à empêcher l’exploitation des ressources nationales par une attitude «pas dans mon jardin», alors que le parti ne cesse de revendiquer leur utilisation dans la production énergétique. Il faut bien sûr « peser avec beaucoup de sensibilité les intérêts environnementaux et l’approvisionnement en ressources », pour citer à nouveau Mme Reiche – mais on ne peut pas, d’un côté, refuser l’importation de gaz liquéfié des États-Unis pour des raisons soi-disant écologiques (en remplacement du gaz russe), et de l’autre, bloquer l’exploitation de nos propres gisements ici. On ne peut pas réclamer le retour du nucléaire tout en dépendant naïvement du marché étranger pour l’approvisionnement en uranium – surtout venant du Kazakhstan, proche de la Russie et de la Chine, qui, en cas de conflit mondial majeur (le mot-clé, ici, est Taïwan), agirait probablement dans l’intérêt de ces puissances.

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Ce ne sont là que deux exemples parmi tant d’autres. Mais vous l’aurez sans doute compris à ce stade: je suis sérieux quand je parle de résilience, de diversification et d’autarcie. L’idée et surtout la mise en œuvre concrète peuvent être inconfortables, mais c’est la seule réponse sensée aux grands défis de notre époque, tout en respectant la durabilité. Nous devons en finir avec le petit jeu étriqué et aller vers un concept global cohérent. J’y apporterai ma contribution. Sauf si je suis au bar, au stade, dans la nature ou à l’entraînement.

À propos de l’auteur Maximilian Gerner

Maximilian Gerner, né en 1998, est sommelier de bière et connaisseur du football. Depuis 2026, il est député de l’AfD au Parlement du Bade-Wurtemberg.

Le pouvoir du mythe - Souvenirs de Joseph Campbell

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Le pouvoir du mythe

Souvenirs de Joseph Campbell

(26 mars 1904 – 30 octobre 1987)

John Morgan

Source: https://counter-currents.com/2026/03/remembering-joseph-c...

Joseph Campbell, le célèbre professeur de mythologie comparée, est né in 26 mars en 1904. Pour de nombreux lecteurs, moi y compris, il a été une «drogue initiatrice » non seulement pour découvrir une nouvelle façon de regarder les mythes, mais aussi pour acquérir une manière non matérialiste de concevoir le monde. Et bien que Campbell soit resté, en tant que figure publique, majoritairement apolitique, des éléments de sa vie privée montrent qu’il était au moins nominalement un « homme de droite ».

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Campbell est né dans une famille catholique irlandaise à White Plains, New York. Il a fréquenté le Dartmouth College, puis l’Université Columbia, où il a étudié la littérature anglaise et médiévale. Ce n’était pas un intellectuel uniquement tourné vers les livres, il était aussi un athlète accompli, et en fait, pendant son séjour à Dartmouth, il était considéré comme l’un des coureurs de demi-fond les plus rapides du monde.

411tOS3nDkL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgC’est pendant ses voyages en Europe et en Asie dans les années 1920 et 1930, ainsi qu’à travers de nombreuses lectures, alors qu’il vivait dans une cabane à Woodstock, dans l'Etat de New York, que Campbell a développé son intérêt pour la mythologie mondiale. Il a également découvert les idées de C. G. Jung, qui allaient influencer profondément toute son œuvre. Il a participé à de nombreuses conférences historiques des cercles Eranos en Suisse, aux côtés de Jung lui-même, mais aussi de figures telles que Mircea Eliade, Karl Kerényi et Henry Corbin, parmi beaucoup d’autres. En 1934, Campbell fut engagé comme professeur au Sarah Lawrence College à New York, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1972, après quoi il s’installa avec son épouse à Honolulu, dans les îles Hawaii.

Fait intéressant concernant la Seconde Guerre mondiale: Campbell était un fervent non-interventionniste (comme son ami, le poète Robinson Jeffers), même après l’attaque de Pearl Harbor. Il donna d’ailleurs une conférence publique à Sarah Lawrence trois jours après l'attaque japonaise, exhortant ses étudiants à ne pas céder à l’hystérie de guerre et à poursuivre leurs études plutôt que de rejoindre l’armée. Il était si passionné par ce sujet qu’il en envoya une copie au romancier allemand Thomas Mann, qui à l’époque travaillait à convaincre les Américains de rejoindre la lutte contre le Troisième Reich, alors qu'il était exilé en Californie (Mann lui répondit de façon très véhémente).

joseph-campbell-a-fire-in-the-mind-9780892818730_hr.jpgSelon le biographe de Campbell, Stephen Larsen, dans ses journaux, il apparaît comme l’un des premiers « théoriciens du complot » sur Pearl Harbor, soulignant que l’administration Roosevelt cherchait à provoquer les Japonais depuis des années, et il mentionnait que la Marine américaine avait reçu des informations relatives à une attaque imminente, mais que ces avertissements furent ignorés — peut-être délibérément.

Bien que Campbell ait donné de nombreuses conférences publiques et publié de nombreux livres, dont Le Héros aux mille et un visages en 1949, qui était la synthèse la plus complète de ses idées principales, et son opus en quatre volumes Les Masques de Dieu (1959–1968), où il tenta de résumer toutes les mythologies du monde, il resta relativement méconnu en dehors des cercles académiques jusqu’à la fin de sa vie.

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Sa célébrité tardive est largement due à l’appui de deux de ses plus grands admirateurs. L’un est Jerry Garcia du groupe Grateful Dead (photo), qui invita Campbell à assister à un concert à Berkeley, en Californie, en février 1985 (Campbell rapporta avoir été impressionné, le comparant aux anciens festivals dionysiaques et aux célébrations de Pâques en Russie).

En novembre 1986, Campbell et Garcia se partagèrent le podium lors d’une conférence à l’UC de Berkeley. L’autre participant était George Lucas, qui a souvent cité la conception du mythe de Campbell dans des interviews comme l’une de ses principales inspirations pour l’écriture des films Star Wars. En effet, dans les années 1980, Lucas invita Campbell à son Skywalker Ranch pour visionner la trilogie entière (Campbell en fit un éloge prudent), et contribua à la réalisation du facteur clé de la renommée tardive de Campbell: la série La Puissance du Mythe de Bill Moyers.

08026300_power-of-myth.jpgMoyers, figure respectée de la télévision, filma une série d’entretiens avec Campbell au milieu des années 1980, principalement au Skywalker Ranch, montés en six épisodes d’une heure diffusés sur PBS en 1988, accompagnés d’un livre du même nom. La série présente et détaille les idées de Campbell de manière accessible et divertissante. Elle fut très populaire, lors de sa première diffusion comme en rediffusion et en vidéo, et consacra Campbell comme un intellectuel influent et respecté dans la conscience populaire américaine.

Les ventes de ses livres explosèrent également. Malheureusement, il n’a pas vécu assez longtemps pour voir cela, étant décédé l’année précédente, mais il a laissé derrière lui une vaste œuvre où il avait déjà exposé sa vision du monde.

Comme c’est souvent le cas pour les hommes blancs célèbres qui ne se conforment pas à la correction politique: après leur mort, dont celle de Campbell, certains anciens collègues et connaissances ont commencé à l’accuser de racisme et d’antisémitisme. Cette accusation apparut dans un article de Brendan Gill dans le numéro du 28 septembre 1989 de The New York Review of Books, intitulé « The Faces of Joseph Campbell », où il invoquait des preuves purement anecdotiques pour soutenir l’idée que Campbell était antisémite, notamment sa position sur la guerre, le fait qu’il ait loué le germanique Jung tout en dédaignant le juif Freud, et l’amour de la culture allemande ainsi que le rejet général des religions abrahamiques dans son travail — tout cela est indéniablement vrai.

Dans les lettres publiées en réponse, certains défendirent Campbell tandis que d’autres poursuivirent l’attaque, dont un collègue de Sarah Lawrence qui affirma que Campbell avait réagi avec horreur à la politique d'intégration raciale de l’école (encore une fois, aucune preuve n’a jamais été produite). Ses amis indiquèrent que Campbell n’a jamais caché ses sympathies conservatrices, et soulignèrent que le fait qu’il soit favorable à la culture allemande et « païenne » tout en dédaignant le judaïsme et le christianisme n’était pas une preuve de racisme.

Le-heros-aux-mille-et-un-visages.jpgNéanmoins, ces accusations ont constamment pesé sur l’œuvre de Campbell, même si elles n’ont pas eu d’effet notable sur la popularité de ses travaux (j’ai entendu parler de cette controverse peu après avoir découvert Campbell, alors que je lisais Le Héros aux mille et un visages dans un restaurant à Ann Arbor, Michigan, en 1995, lorsqu’un serveur passant près de moi m’a demandé: «Tu lis Joseph Campbell, l’ancien antisémite, hein?». J’ai ensuite appris que le serveur était étudiant à l’Université du Michigan.)

En aparté, concernant la question de Campbell homme de droite, j’ai découvert récemment grâce à un commentaire sur une publication antérieure de cette commémoration que Campbell avait été rédacteur associé de Mankind Quarterly, un journal universitaire consacré à l’anthropologie et à la science de la race, publié depuis 1960. Parmi ses rédacteurs, de nombreux noms familiers aux lecteurs de Counter-Currents, dont Edward Dutton, Richard Lynn et Roger Pearson.

mq_cover1.jpgMankind Quarterly n’a jamais cédé à la correction politique et est aujourd’hui vilipendé dans les médias comme étant un « journal suprémaciste blanc », etc. Le fait que Campbell ait accepté d’y associer son nom montre qu’il s’intéressait à la réalité raciale et qu’il n’était pas intimidé par le risque que des personnes mal intentionnées utilisent cette association pour ternir sa réputation.

Qu’elles soient fondées ou non, les accusations d’antisémitisme contre Campbell suivent un schéma typique que doit affronter tout artiste ou érudit qui refuse de se conformer à la ligne officielle.

Si Campbell s’était consacré à « déconstruire » la mythologie, à montrer que le Mahabharata ou les légendes arthuriennes n’étaient que des «récits» exprimant le patriarcat et la répression sexuelle par exemple, ses lacunes personnelles aux yeux du monde académique auraient été ignorées. Ce qui gêne véritablement les universitaires dans l'oeuvre de Campbell, comme dans celles de Jung, de Mircea Eliade ou de René Guénon, c’est qu’ils ont osé affirmer qu’il existe un sens essentiel aux choses, ce qui implique qu’il pourrait exister des valeurs et des traditions dignes d’être préservées.

awLTnrK-show-poster2x3-QdSNwHv.jpegJ’ai découvert la série La Puissance du Mythe en vidéo dans ma bibliothèque locale en 1995, à une période où je cherchais un nouveau sens et une nouvelle direction dans ma vie. J’avais 22 ans, et comme la plupart des Américains, j’avais été éduqué dans une conception strictement matérialiste du monde. Pendant quelques années, je m’étais considéré comme un athée nietzschéen et existentialiste (bien que je n’aie compris qu’à moitié Nietzsche et les existentialistes). Mais j’ai vite trouvé cette position insuffisante en entrant dans l’âge adulte et en commençant à mieux comprendre la complexité de la condition humaine.

C’est la découverte de Colin Wilson, dont j’ai parlé par ailleurs, et de Campbell à cette époque (et, à travers ce dernier, de son propre maître, Jung) qui m’a convaincu qu’il existe plus dans la réalité et dans la vie que ce que l’on peut connaître par les cinq sens. Même si j’ai ensuite trouvé d’autres maîtres et intérêts qui, à certains égards, les dépassent, je resterai toujours reconnaissant envers ces deux figures pour m’avoir «converti» à autre chose qu’au modèle matérialiste moderne.

61SOMMXR34L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgLe Puissance du Mythe m’a frappé comme une révélation et m’a poussé à lire les autres livres de Campbell. Comme beaucoup aujourd’hui, j’avais toujours pensé que les mythes n’étaient que des histoires pittoresques, avec une simple leçon morale à en tirer. Campbell affirmait que ces mythes sont en réalité des reflets d’une réalité beaucoup plus profonde, à la fois métaphysique et reflétant des processus psychologiques profonds dans notre inconscient qui transcendent l’individu et sont liés à notre mémoire raciale.

Plus important encore, Campbell m’a d’abord montré que le sens était ancré dans quelque chose d’extérieur à nous-mêmes, ce qui était très différent de ce qu’on m’enseignait dans la plupart de mes cours de littérature à l’université. J’ai rapidement commencé à voir tout d’un point de vue « campbellien », et je doute que j’aurais eu l’enthousiasme nécessaire pour terminer mes études sans l’inspiration qu’il m’a apportée.

717otEG2R3L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgLe cœur de la vision du monde de Campbell est l’idée de ce qu’il appelait le «monomythe». Il postule qu’au-dessous de toutes les mythologies du monde, il existe une structure unique qu’elles suivent plus ou moins toutes. Cette structure est intemporelle, car elle est inscrite dans notre conscience, et on la retrouve dans les meilleures œuvres d’art et de littérature modernes — Campbell lui-même aimait particulièrement James Joyce, et le terme «monomythe» vient justement de Finnegans Wake — tout autant que dans les anciens mythes.

Campbell croyait que ce monomythe était l’expression de la réalité métaphysique unique qui se cache derrière la simple apparence des choses, et que chaque culture et chaque époque développe ses propres récits pour exprimer cette réalité immuable selon «la conscience non forgée de sa race», pour paraphraser Joyce. En ce sens, il partage des points communs avec les traditionalistes comme Guénon et Julius Evola. Je ne sais pas si les traditionalistes ont commenté Campbell directement, mais ils le critiqueraient sûrement pour les mêmes raisons qu'ils critiquent Jung: à savoir qu’il comprenait les mythes comme contenant des symboles psychologiques et des « archétypes », et comme des représentations de processus psychiques, plutôt que comme des expressions d’une réalité objective (ce que tout « vrai croyant » pourrait reprocher à la conception jungienne du mythe).

Une grande part du succès de La Puissance du Mythe, comme ce fut le cas pour moi, vient du fait que Campbell apparaît dans ses entretiens et conférences enregistrés comme un homme extrêmement sympathique, doté d’un don pour communiquer des idées complexes et des récits avec un langage simple. Il était aussi un conteur magistral. Il incarnait l’image de votre professeur préféré, qui (on l’espère) vous a ouvert aux merveilles du monde des idées et vous a donné la passion ardente d’apprendre davantage sur un sujet particulier. Comme les meilleurs enseignants, ce que vous apprenez de lui n’est que le point de départ d’une longue odyssée qui vous conduit à d’autres idées et à d’autres horizons dans la vie.

md31238194283.jpgIl existe certainement de nombreuses critiques sur la conception des choses de Campbell. Outre les objections des traditionalistes déjà évoquées, certains chercheurs ont affirmé que non seulement Campbell, mais tous ceux qui œuvrent dans les domaines de la mythologie comparée ou de la religion comparée, sont dans l’erreur en mettant l’accent sur les points communs entre les traditions du monde au détriment des particularités qui les distinguent, présentant ainsi un faux universalisme. Il y a peut-être un fond de vérité là-dedans, mais il me semble que cela témoigne surtout du désintérêt postmoderne pour tout ce qui affirme qu’il existe un sens essentiel aux choses, préférant étudier chaque sujet isolément plutôt que comme partie d’un tout. Après tout, comment une histoire vieille de trois mille ans venant de la Grèce antique pourrait-elle enseigner à un Américain d’aujourd’hui plus qu’un roman de Toni Morrison ? En réalité, ces anciennes histoires pourraient même être nuisibles, puisqu’elles dépeignent un mode de vie qui renforce des ordres sociaux anciens plutôt qu’insister sur l’égalité raciale ou la fluidité du genre.

Lors de son procès d’après-guerre pour avoir promu le fascisme, Evola a dit à propos de ses convictions: «Mes principes ne sont que ceux qu'avant la Révolution française toute personne bien née considérait comme sains et normaux». Je soupçonne que Campbell pensait quelque chose de similaire, même s’il n’a jamais formulé cela en des termes aussi provocateurs. Quand on regarde les histoires anciennes, qu’elles soient européennes, indiennes, chinoises, amérindiennes ou autres, il y a incontestablement une vision commune qui défie directement les normes et valeurs que nous considérons comme normales dans le monde moderne.

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Et c’est peut-être là la valeur ultime de Campbell selon notre point de vue. Il existe sans doute des érudits plus grands de la mythologie et de la religion à lire. Mais surtout pour les nouveaux venus, il sait ouvrir le monde primordial, intemporel, pré- et anti-moderne de la sagesse qui continue de résider au fond de notre âme et de façonner nos vies, que nous en soyons conscients ou non. Nous faisons tous partie d’une histoire commencée bien avant notre naissance et qui continuera bien après notre mort. Campbell met en lumière cette histoire et notre place en elle comme peu d’autres le peuvent. Et c’est, au fond, ce que la « vraie droite » représente réellement.

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jeudi, 02 avril 2026

Discours de Trump à l’idiocratie - Une machine de guerre guidée par la décadence et l’illusion

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Discours de Trump à l’idiocratie

Une machine de guerre guidée par la décadence et l’illusion

Alexander Douguine

Alexander Douguine sur l’empereur-clown et la machine de guerre délirante.

Trump a prononcé son adresse à la nation. Elle fut brève. Il paraissait pitoyable et brisé. Ses joues étaient tombantes; ses paupières gonflées. Il avait visiblement décliné. Pourtant, en même temps, il menaçait l’Iran de poursuivre la guerre. Le calendrier a changé; il s’agit désormais d'une guerre de plusieurs années. Une opération terrestre est plus que probable, bien que Trump ne l’ait pas encore annoncée ouvertement. Pour l’instant, utilisant presque exactement les mêmes mots qu’Hillary Clinton avait employés à propos de la Libye, il a promis de «bombarder l’Iran pour le ramener à l’âge de pierre, là où il doit rester». Il est difficile de dire à quel «âge» appartient la civilisation de Jeffrey Epstein, surtout puisque, en Occident, les grandes époques et périodes de déclin total semblent avoir été confondues et ré-interprétées. Pire, ce que nous observons aujourd’hui ressemble à une idiocratie.

Les commentaires sur le discours de Trump sur les réseaux sociaux sont en grande majorité moqueurs, sarcastiques et négatifs, à l’exception de tentatives désespérées de bots cherchant à atténuer ce fiasco épique, répétant des louanges identiques et maladroitement formulées.

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La très grande majorité des anciens partisans de Trump déclarent ouvertement que «le vieux a perdu la tête» («il n’est plus là»). De courtes vidéos comparant Trump à Boris Eltsine — présentant Trump comme une honte pour l’Amérique et Eltsine comme une honte pour la Russie — apparaissent de plus en plus souvent; dans ces vidéos, les deux semblent danser et gesticuler. Au passage, il faut reconnaître à Trump qu’il ne boit pas d’alcool. Seulement du Coca Light. Ses vices sont d’une autre nature. Beaucoup aux États-Unis sont convaincus que, ayant été pris dans les rets d'Epstein et des services secrets israéliens, il est devenu victime d'un chantage et a ainsi lancé la guerre contre l’Iran, qu’il est désormais forcé de poursuivre contre toute logique, malgré l’absence totale de tout désir de combattre parmi le public américain.

Trump a également déclaré que la santé, le coût de la vie et la sécurité alimentaire ne sont pas ses préoccupations. Sa préoccupation, c’est la guerre. Voilà ce que dit ce «président du monde entier».

Il a été élu sur des promesses strictement opposées.

En résumé, le discours de Trump équivaut à un fiasco politique et psychologique complet sur fond d’escalade vers une grande guerre. Cela ressemble de plus en plus à une Troisième Guerre mondiale.

Les États-Unis (représentés par Trump seul et le groupe de fanatiques sionistes qui l’entourent) cherchent à mener une guerre pour Israël contre l’Iran, tandis que les dirigeants européens concentrent leurs efforts contre la Russie. L’OTAN est fracturée, mais la paix semble avoir été oubliée par presque toutes les parties de l’Occident collectif, aujourd'hui fissuré, sinon brisé.

Que nous le voulions ou non, nous, Russes, sommes aussi, des participants à cette guerre mondiale — sur notre front ukrainien.

Dans une guerre à grande échelle, il ne faut jamais sous-estimer l’adversaire, aussi pitoyable qu’il puisse parfois paraître. Il faut augmenter sa propre force rapidement et par tous les moyens. Aussi dégradé que puisse paraître Trump lui-même, les États-Unis restent une puissance militaire redoutable. Et les pays européens de l’OTAN restent un adversaire assez sérieux. Par conséquent, pour la Russie, malgré toutes nos intentions pacifiques, il n’y a pas d’autre option que de combattre — de vraiment combattre, pas à moitié. Nos ennemis (si ce ne sont pas ceux-ci, ce seront d’autres) ont l’intention de mener la guerre longtemps et avec une grande férocité, y compris contre nous. Cela ne peut être ignoré, et tout discours ou rêve de paix doit être reporté à un futur indéfini.     

Paix ou guerre, paix ou guerre, paix ou guerre ? Guerre ! Liberté ou mort, liberté ou mort, liberté ou mort ? Guerre !

— Egor Letov

19:24 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, donald trump, idiocratie, états-unis | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Il est temps de fermer les bases militaires américaines en Asie occidentale

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Il est temps de fermer les bases militaires américaines en Asie occidentale

Brecht Jonkers

La décision du régime américain de faire la guerre à la République islamique d’Iran, en particulier durant le mois de Ramadan, restera dans l’histoire comme un exemple manifeste de l’hybris impérial, de l’arrogance et du surestimation de soi. Et, tout comme le règne hautain et auto-satisfait du Pharaon et la confiance excessive et pécheresse de Sodome et Gomorrhe, cela ne fera qu’accélérer l’effacement de l’Empire qui sombrera dans les oubliettes de l’histoire.

Ce que Trump avait promis était une opération de changement de régime «rapide et facile», censée durer tout au plus quelques semaines. Cela rappelle étrangement le souvenir de l’Arabie saoudite promettant de vaincre le Yémen en seulement six semaines en 2015, une guerre qui, à ce jour, en est à son onzième anniversaire.

Ce que Trump a réellement provoqué, cependant, c’est un Iran plus uni que jamais, le détroit d’Ormuz entièrement sous contrôle iranien et inaccessible à tout allié du sionisme, le marché mondial du pétrole en désarroi, la destruction généralisée et le mécontentement parmi les monarchies alliées des États-Unis dans le Golfe Persique, et une récession économique qui va maintenir la plupart des pays occidentaux et leurs satellites sous une poigne ferme pendant des années.

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Loin de voir le gouvernement islamique de Téhéran s’effondrer sous les bombes américaines pour être remplacé par un régime fantoche issu d’une «révolution colorée» typique soutenue par les États-Unis, l’héritage de la Révolution islamique a atteint un niveau élevé de cohésion nationale. Le peuple iranien, et une grande partie du monde, comprennent qu’il s’agit d’un conflit fondamental mené à un niveau eschatologique: une guerre claire entre le bien et le mal.

Les différences politiques entre les factions en Iran ont été mises de côté, et même d’anciens participants aux manifestations anti-gouvernementales des derniers mois ont rejoint les rassemblements d’un million de personnes en soutien à la défense de l’Iran. De plus, des décennies de propagande politique visant à diaboliser la République islamique ont été défaites en quelques semaines, alors que les capacités de mener une soft war de l’Iran ont fait un travail remarquable en exposant, sur les réseaux sociaux et par le journalisme populaire, le fonctionnement interne de la clique sioniste.

La guerre d’agression contre l’Iran survient juste après les révélations fracassantes sur l’opération pédophile menée par le clan Epstein, et la méfiance publique envers le régime américain atteint un niveau record. Des personnalités majeures de l’establishment, telles que Joe Kent démissionnant de la direction du National Counterterrorism Center en signe de protestation, ou le politologue John Mearsheimer déclarant que les États-Unis ont « déjà perdu » la guerre contre l’Iran, sont des gifles retentissantes aux propagandistes de l'impérialisme américain qui auraient été impensables au sommet de la frénésie de la « guerre contre le terrorisme » il y a vingt ans. Petit à petit, les populations occidentales se réveillent face à la vérité derrière les mensonges qu’on leur a servis depuis leur naissance.

Les États-Unis ont dû recourir à leurs États satellites pour obtenir de l’aide, tels un suzerain féodal appelant ses vassaux à la rescousse lorsque la situation devient difficile. L’humiliation a été aggravée lorsque aucun porte-étendard n’a rallié le drapeau, car l’ensemble de l’OTAN, à l’exception de la Grande-Bretagne, a refusé l’appel. Même parmi les monarchies arabes habituellement loyales du Golfe Persique, le mécontentement gronde face aux actions de Washington et au manque de coordination avec ses alliés supposés.

L’Iran a répété à plusieurs reprises qu’il n’a aucun conflit direct avec les pays de la région du Golfe Persique. Il cible exclusivement les bases militaires utilisées par l’ennemi américano-sioniste. Il l’a fait avec une précision chirurgicale et une efficacité remarquable: chacune des 17 bases militaires américaines identifiées par l’Iran dans la région ouest-asiatique ont été rendues inopérantes. En conséquence, l’ensemble des bases stratégiques et militaires américaines dans le Golfe Persique, fruit de plus de trois décennies de travail, a été annulée en quelques semaines seulement.

Il faut désormais s’attendre à ce que les monarchies arabes exigent bientôt le départ complet et officiel des troupes américaines de leurs territoires. Ce n’est pas une hypothèse farfelue, car la plupart de ces bases sont un phénomène récent. À l’exception du Bahreïn, où les États-Unis ont repris les bases coloniales britanniques après l’indépendance du pays, toutes les bases américaines de la région datent des années 1990, lorsque l’atmosphère de la première guerre du Golfe a entraîné une augmentation rapide des bases militaires.

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Ce n’est qu’après le pivot américain vers le monde arabe, qui a débuté en 1991, que la région du Golfe Persique est devenue centrale dans la politique étrangère américaine, motivée à la fois par une soif insatiable de pétrole bon marché et par l’influence croissante des néoconservateurs à Washington.

Exiger la fin du déploiement militaire direct dans des pays comme le Qatar serait tout à fait raisonnable. Surtout, cela mettrait fin presque immédiatement aux frappes de missiles et de drones iraniens sur ces royaumes. Il est inconcevable que cette idée n’ait pas traversé l’esprit des dirigeants arabes, surtout lorsque la survie même des monarchies pourrait être en jeu si leur implication directe dans cette guerre se poursuit. Trump a montré, avec son manque habituel de tact, que les États-Unis considèrent les États arabes comme à peine plus que de l’immobilier utile pour un usage purement militaire, et ne feront rien pour les défendre comme le ferait un véritable allié ou suzerain.

L’importance du retrait des troupes américaines du Golfe Persique ne saurait être surestimée. Il saboterait effectivement le cœur de la doctrine militaire américaine de bombardement stratégique, de la même manière que l’Iran l’a déjà fait militairement en mettant hors service les bases américaines.

Malgré tout le faste et l’apparat entourant la posture militaire américaine, la guerre reste toujours soumise à la dure réalité matérielle. Si les bombardiers stratégiques américains peuvent atteindre l’Iran depuis des bases telles que Diego Garcia ou même depuis les États-Unis eux-mêmes, la situation est bien plus compliquée pour les chasseurs-bombardiers et les avions d’accompagnement qui étaient auparavant stationnés autour du Golfe Persique. Désormais, avec l’incapacité de quasi toutes les bases américaines de la région, les États-Unis doivent dorénavant compter sur les porte-avions comme seul socle fiable pour leur aviation de réaction rapide.

Après tout, les forces américaines ont dû quitter l’Afghanistan il y a quelques années, et ont quasiment fui l’Irak face à la résistance incessante des Forces de mobilisation populaire. Ainsi, les avions embarqués restent la seule option fiable.

Il est à noter qu’à ce moment précis, il n’y a qu’un seul porte-avions, l’USS Abraham Lincoln, qui a été affecté aux opérations de combat contre la République islamique. L’USS Gerald Ford (photo) était destiné à l’opération, mais a depuis été envoyé à Split, en Croatie, pour réparations à la suite d’un prétendu « incendie dans la buanderie ». La limitation à un seul porte-avions est étrange, sachant que la marine américaine se vante d’avoir au moins 11 porte-avions opérationnels à tout moment.

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Les États-Unis ont commencé à redéployer du matériel militaire depuis l’Asie orientale vers le Golfe Persique, comme l’a montré le retrait récent de certains systèmes de missiles en Corée du Sud. Toutefois, ils devront faire face au fait que, sans leurs bases opérationnelles, cela aura un impact minimal.

Il est remarquable que l’Iran n’ait aucune revendication territoriale concernant les monarchies du Golfe, même pas envers Bahreïn qui était un territoire iranien avant 1971. Contrairement à la rhétorique sioniste et wahhabite en cours, l’Iran n’est pas et n’a jamais été une menace pour l’existence ou l’intégrité territoriale de l’un des pays entourant le Golfe Persique.

Bien que certains internautes aient exprimé des désirs fantasques concernant une expansion iranienne ou des expéditions punitives contre les États khaleeji, l’Iran n’a jamais envisagé ces idées. En réalité, la principale menace pour les systèmes politiques des monarchies vient probablement du fait que les piliers jumeaux de l'architecture géopolitique de la région, soit 1) le soutien militaire américain garanti et 2) le flux ininterrompu de pétrodollars sont en train d’être sapés. Rompre la dépendance à l’égard des États-Unis et forger une voie souveraine pourraient s’avérer les moyens les plus fiables d’assurer la stabilité politique. Oman en est la preuve.

Comme dans le célèbre conte « Les Habits neufs de l’Empereur », il suffit d’une âme courageuse avec du bon sens et de l’audace pour pointer du doigt et dire que l’empereur est en réalité nu. Une fois que cette voix s’exprime, la mascarade s’achève et la vérité est révélée au monde entier.

L’Iran s’est imposé comme cette âme courageuse de notre époque. Les vêtements de l’imperator, qui aujourd’hui portent des noms tels que le Dôme de fer, l’armée américaine, le pétrodollar et « l’ordre fondé sur des règles », se sont révélés n’être que des illusions communément acceptées. Les missiles et drones du Corps des gardiens de la révolution islamique ont démoli le rideau de fumée masquant la faiblesse intrinsèque de l’hégémonie américano-sioniste.

La guerre est encore loin d’être terminée, malgré les tentatives continues et de plus en plus désespérées de Trump pour négocier la paix. L’Iran a rejeté ces demandes à plusieurs reprises. Les termes d’un accord de paix seront entièrement fixés par l’Iran, en tant que vainqueur de cette guerre qui restera dans l’histoire comme une humiliation majeure pour l’empire américain.

Quelles que soient les évolutions des prochains mois, il est certain que l’Asie occidentale ne sera plus jamais la même.

Les problèmes d'une éventuelle invasion terrestre de l’Iran

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Les problèmes d'une éventuelle invasion terrestre de l’Iran

Raphael Machado

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100069794930562

Dans l’état actuel des événements au Moyen-Orient, nous n’avons aucune idée quant à savoir si les États-Unis vont tout simplement abandonner le conflit avec l’Iran pour se concentrer sur d’autres objectifs suite à l’échec de leurs plans contre Téhéran, ou s’ils vont tout aussi simplement doubler la mise et tenter de débarquer des troupes dans la région.

Cette guerre ne peut pas être analysée selon la seule perspective d’intérêts économiques ou d’objectifs géopolitiques nécessaires et réalistes de la part des États-Unis, de sorte que leurs décisions sont habituellement irrationnelles et donc peu prévisibles.

Supposons donc que les États-Unis soient effectivement en train de planifier un doublement de la mise et vont lancer une invasion terrestre de l’Iran.

En premier lieu, pourquoi feraient-ils cela ? Parce que la seule façon de vaincre militairement une puissance régionale ou mondiale est de le faire en utilisant des forces terrestres. Il est possible de bombarder une micro-nation jusqu’à sa soumission, mais pas une puissance, même régionale.

Les attaques de décapitation ne fonctionnent pas non plus. Les embargos et blocus navals encore moins. Seule l’action de forces terrestres, c’est-à-dire d’armées au sens classique du terme, permet d’entreprendre l’occupation territoriale, la destitution d’un gouvernement et d’infliger une défaite stratégique et définitive à un ennemi qui n’est pas une micro-nation.

La motivation serait donc d’imposer une défaite claire et inéluctable à l’Iran, lui infligeant échec et mat ou, au minimum, un simple échec. En d’autres termes, il pourrait s’agir aussi bien d’une opération visant un changement de régime par voie terrestre (échec et mat) que de l’occupation d’un ou plusieurs points stratégiques dans le but de forcer des négociations dans des conditions favorables aux États-Unis, sans viser la destruction définitive de l’ennemi (échec).

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On ne parle pratiquement que de la possibilité d’un débarquement sur l’île de Kharg, mais il existe plusieurs autres hypothèses de cible. La prise de Qeshm, par exemple, et des autres îles du détroit d’Ormuz. La prise de Bandar Abbas, par exemple, ville qui fait face directement au détroit. D’autres évoquent une opération plus ambitieuse dans le port de Chabahar, au Baloutchistan iranien.

À présent, tout est possible, y compris une opération amphibie (c’est-à-dire un débarquement de troupes sur un territoire hostile) réussie, qui atteindrait ses objectifs. Mais les précédents historiques ne sont pas très favorables aux intentions possibles des États-Unis.

Hormis dans certaines conditions très particulières, il n’existe pas, dans l'histoire d’opérations amphibies ayant constitué des victoires.

Rapidement, il y aurait ceux qui feraient référence au célèbre débarquement en Normandie, l’Opération Overlord, dans laquelle une avant-garde de 160.000 hommes a traversé la Manche pour entamer l’invasion de l’Europe «germanisée». Mais nous sommes ici dans un cas très spécifique.

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Les Allemands, sur le théâtre de la France du Nord, étaient clairement en minorité par rapport aux troupes alliées – un mois et demi après le débarquement, on comptait 300.000 Allemands contre un million cinq cent mille Alliés. De plus, 80% des hommes et des ressources militaires de l’Allemagne étaient mobilisés sur le Front de l’Est contre l’URSS. Autrement dit, l’Allemagne menait une guerre sur deux fronts. À ce moment-là, les Alliés avaient déjà acquis la pleine suprématie aérienne sur les Allemands. La Luftwaffe n’existait plus, donc les soldats alliés n’avaient pas à se soucier de l’« artillerie aérienne » allemande.

Aucune de ces conditions n’est présente en Iran.

Les Iraniens seront en supériorité numérique face à toute opération amphibie occidentale. On compte 350.000 membres actifs dans l’Artesh, 200.000 hommes dans la Garde Révolutionnaire, et chez les Basij, 90.000 hommes actifs, 400.000 en réserve, et jusqu’à un million ou plus qui sont mobilisables.

Les Iraniens, en outre, ne mènent pas une guerre terrestre sur deux fronts. Il semble cependant que les États-Unis tentent de résoudre cela en instrumentalisant les Kurdes comme force de diversion, afin d’attirer des troupes iraniennes vers le nord-ouest pendant que d’éventuels débarquements auraient lieu au sud. Le problème, évidemment, est que sous n’importe quel angle, les Kurdes ne représentent pas une menace suffisamment forte pour obliger les Iraniens à déplacer la majeure partie de leurs forces vers le nord-ouest. Au contraire, les Iraniens maintiennent déjà les Kurdes en échec uniquement par des attaques de missiles et de drones, ainsi que par quelques actions terrestres rapides et ponctuelles. Une attaque kurde devrait aussi se préoccuper de sa propre arrière-garde face aux milices chiites irakiennes, et de la possibilité d’une intervention turque.

Même la suprématie aérienne est aléatoire. Les missions de bombardement contre l’Iran évitent l’espace aérien iranien. Les avions tirent à distance, que ce soit depuis l’Irak, l’Arabie Saoudite ou d’autres pays. Lorsqu’ils pénètrent dans l’espace aérien iranien, ils sont souvent touchés et finissent par s’écraser ou doivent effectuer un atterrissage d’urgence. L’Iran a peut-être perdu ou simplement renoncé à utiliser sa propre force aérienne, mais en ce qui concerne l’utilisation comme soutien tactique à l’infanterie et aux marines, les missiles et les drones peuvent jouer le même rôle.

Quelle serait la viabilité du succès d’une opération terrestre avec une grande infériorité numérique, devant affronter une bonne partie des forces militaires iraniennes et sans suprématie aérienne ?

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On pourrait évoquer d’autres exemples historiques. Par exemple, la campagne américaine dans le Pacifique contre le Japon ? Le premier problème de cette comparaison est que la majeure partie de la force japonaise était concentrée au Japon. Ce que le Japon possédait sur ses îles du Pacifique, c’était de petites forces dispersées, presque sans soutien aérien et très peu de soutien naval. Le coup final qui convainquit le Japon de se rendre fut l’invasion de la Mandchourie par les soviétiques avec une grande masse militaire, et non les opérations amphibies des États-Unis.

La Guerre de Crimée? Là-bas, la réalité est que l’objectif franco-britannique était extrêmement limité, et en fait, la Russie gardait également la majorité de ses troupes près de la Baltique pour éviter une invasion par cette direction, ainsi que dans les environs de la Pologne.

L’invasion de la Sicile? On retrouve la répétition des scénarios et conditions déjà évoqués: l’Italie avait déjà perdu une grande partie de ses troupes en Afrique du Nord, elle n’avait plus de soutien aérien ni naval, elle était en minorité et le gouvernement italien ne voulait plus combattre et allait bientôt renverser Mussolini.

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Quant à presque toutes les autres opérations amphibies des deux derniers siècles? Elles ont échoué. Le cas classique étant la campagne de Gallipoli, où l’armée ottomane, pourtant obsolète et fragile, réussit à fixer et à bloquer les deux têtes de pont de l’Entente, les épuisant jusqu’à ce que les Britanniques soient contraints d’évacuer leurs troupes ou de les transférer sur d’autres fronts.

Il faut comprendre que l’eau est une des plus grandes difficultés de la guerre et que peu de choses protègent un pays mieux que les mers. Combien de fois, par exemple, le Royaume-Uni a-t-il été envahi? Ou même les États-Unis qui, face à leurs principaux rivaux, ressemblent à une île?

Bref, il se peut que les États-Unis prennent effectivement cette décision, et si c’est une opération limitée, juste pour forcer des négociations, accompagnée d’une campagne aérienne dévastatrice et d’une invasion à grande échelle par les Kurdes, il existe alors une petite chance de réussite de l’opération. Mais cela fait beaucoup de « si ».

La probabilité la plus élevée reste l’échec de l’opération amphibie et le gaspillage de vies américaines.

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L'École de Francfort, la théorie critique et le phénomène Jürgen Habermas

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L'École de Francfort, la théorie critique et le phénomène Jürgen Habermas

Un hommage tardif et quelque peu différent

Werner Olles

Au cœur de la période de reconstruction de l’ère Adenauer, une décennie avant la fameuse année 1968, une révolution a éclaté à l’Institut de recherche sociale de Francfort, sous l'impulsion du jeune théoricien marxiste Jürgen Habermas, qui était depuis deux ans assistant à l’Institut.

Max Horkheimer, qui se trouvait alors en vacances dans sa résidence d’été au Tessin, a immédiatement écrit une lettre incendiaire à son ami et co-directeur Theodor W. Adorno, afin de lui ouvrir les yeux sur les dangers qui guettaient désormais l’Institut. Son collaborateur Jürgen Habermas, alors à la fin de la vingtaine, avait publié un essai intitulé « Zur philosophischen Diskussion um Marx und den Marxismus » (« Sur la discussion philosophique autour de Marx et du marxisme »), écrit qui se déclarait de manière irresponsable en faveur de la révolution.

Adorno proposa rapidement d’entrer en contact avec Habermas pour donner à ce jeune assistant trop impulsif une dernière semonce. Horkheimer voyait en effet son œuvre vitale menacée, même si les deux anciens savaient que les drames œdipaux tardifs ne prenaient leur véritable envol que lorsque, deux décennies plus tard, les jeunes reprendraient les mêmes idées subversives des anciens, idées dont ces derniers ne voulaient plus rien entendre.

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Les révoltes de la jeunesse et le conservatisme des anciens révoltés ne sont en réalité rien de bien nouveau — il en existe même en mode inversé, ce qui paraît encore plus déroutant et étrange — et l’article de Habermas dans la revue Philosophische Rundschau n’était en substance qu’un inventaire exhaustif de la littérature marxiste contemporaine, rien de plus, rien de moins, et Horkheimer reconnaissait pleinement la rigueur et la finesse de ce travail.

Sa critique portait cependant sur la conception révolutionnaire de Marx, qui avait renversé la philosophie de Hegel et l'avait remise sur pieds, et sur l’intention du jeune Habermas d’abolir la critique purement théorique pour la transformer en pratique sociale-révolutionnaire.

allemagne, théorie critique, jürgen habermas, école de francfort, sds, hans-jürgen krahl, gauches, philosophie, L'Institut demandait à se débarrasser d’Habermas mais ce ne fut pas immédiat; cependant Horkheimer refusa de lui accorder l’habilitation, ce qui conduisit Habermas à démissionner, pour se faire promouvoir peu après avec son travail intitulé Strukturwandel der Öffentlichkeit chez le marxiste Wolfgang Abendroth à Marburg. Deux ans plus tard, il devient professeur à Heidelberg, puis en 1964 à Francfort, précisément pour prendre la succession de Horkheimer, avec l'accord exprès de ce dernier.

Au même moment où Habermas était nommé « philosophe-sociologue » (Horkheimer) à la faculté, un jeune étudiant nommé Hans-Jürgen Krahl, dont la formation politique initiale avait commencé dans la ligue nationaliste jadis fondée par Ludendorff, puis avait cofondé en 1961 la Junge Union (Jeunesse démocrate-chrétienne) à Alfeld, et qui fut membre d’une corporation étudiante pratiquant la Mensur (duel à l'épée) lors de ses études à Göttingen, décida de se fixer à Francfort pour rejoindre le Sozialistischer Deutscher Studentenbund (SDS), de gauche militante, après s’être insurgé contre un ancien de sa corporation.

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Quelques années plus tard, de 1967 à 1969, il se rendit célèbre lorsqu'il affronta, lors d'une joute oratoire bien connue entre les représentants de l’École de Francfort, dont Adorno et Habermas, d’un côté, et les étudiants révoltés, Krahl étant leur chef de file le plus brillant. Cette joute portait sur le « contrôle sur la force productive de la science ». Alors que le SDS, qui menait le mouvement étudiant et extra-parlementaire, formulait des revendications de plus en plus radicales, Habermas contribua aussi à l’intensification du conflit en avançant des contre-arguments provocateurs de son cru. Les autorités de la théorie critique se sentaient menacées tant sur la plan de la polémique intellectuelle que sur celui de leur intégrité physique, et Habermas réagit en accusant le SDS de fomenter un « fascisme de gauche ».

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Les grèves étudiantes, les occupations de locaux dans diverses institutions et les expulsions par la police se succédèrent. Krahl fut inculpé d’atteinte à la paix intérieure de l’institution — et avant d’être à son tour emmené par la police, il murmura encore quelques mots apaisants à Adorno pour lui dire que tout cela n’était pas ad personam. Cependant c'est Adorno qui dut témoigner contre lui devant le tribunal.

En août 1969, Adorno mourut d’une crise cardiaque, peu après qu’un tract du SDS eut proclamé: «Adorno en tant qu’institution est mort», et le «Conseil des femmes» du SDS avait humilié profondément le professeur cardiaque, qui n’était pas insensible à la beauté féminine, en lui faisant subir une mauvaise plaisanterie. Le fait que Krahl, appelé comme nul autre à succéder à Adorno, ait trouvé la mort un an plus tard dans un accident de voiture sur une route verglacée dans la région de l'Oberhessen, à l’âge de 27 ans, est aussi tragique que banal, mais il est probablement juste de dire que les années mouvementées d’un révolutionnaire comptent comme les années de la vie d'un chien, chacune en valant sept.

allemagne, théorie critique, jürgen habermas, école de francfort, sds, hans-jürgen krahl, gauches, philosophie, Cependant, la confrontation entre Habermas et les étudiants révoltés ne surprend pas rétrospectivement, car le Habermas de 1957 était tout sauf un Krahl avant la lettre, n'était pas un apologète de la révolution, car pour Habermas, la révolution était un problème philosophico-épistémologique, dont la dimension pratique entraînait la violence intrinsèque à toute révolution. Il ne faisait que la repousser avec véhémence, et il ressentait même une peur face à la dialectique fatale des Lumières, en anticipant la célèbre citation de Horkheimer: « …que la révolution ne peut être que fasciste!».

Ainsi, Habermas, au fil du temps, en vint à une conception purement contemplative et non pratique de la théorie marxiste, qu’il rejetait finalement dans sa totalité. Son objectif de fonder la société sur des bases normatives postulait un changement de paradigme: il fallait passer de la «philosophie de la conscience» à une «réalité communicative». Dans la théorie critique des Horkheimer et Adorno, il ne percevait désormais plus qu’une domination fondée sur le scepticisme irrationnel et sur une hostilité à toute rationalité, tandis qu’il reconstruisait lui-même l’histoire mondiale en la percevant comme un processus de formation de l’humanité.

Le représentant le plus éminent de la «deuxième génération» de l’École de Francfort conçut finalement une éthique discursive universaliste qui — comme le remarqua ironiquement Günter Maschke — « est réfutée chaque soir dans le journal parlé de la fin de l’après-midi ».

allemagne, théorie critique, jürgen habermas, école de francfort, sds, hans-jürgen krahl, gauches, philosophie, Dans ce contexte, il vaut la peine de rappeler l’anecdote racontée par feu mon ami Maschke, lorsqu’il donnait des cours à l’académie de la marine de La Punta au Pérou. Dans ce contexte Maschke assista à un combat entre l’armée et les terroristes maoïstes du Sendero Luminoso (Sentier lumineux) dans une petite ville de la Sierra Madre. Sa narration est particulièrement frappante. Après la bataille, la ville n’était plus qu’un champ de ruines, sauf une petite librairie du centre, où était restée intacte une édition espagnole du best-seller de Habermas, Theorie des kommunikativen Handelns («Théorie de l’agir communicationnel»). Lorsqu’il éclata de rire, en découvrant ce livre dans les décombres, malgré les cadavres qui gisaient aux alentours, ses camarades furent quelque peu irrités. En réalité, la théorisation par Habermas d’un tel normativisme positiviste ne se trouve pas dans le domaine du possible humain.

La théorie critique avait pourtant compris très tôt cette différence entre théorie et réel, et la «Dialectique négative», le «catholicisme de Heidegger», mais aussi les premiers écrits de Marx ou de Lénine («L’État et la Révolution») et les «Considérations intempestives» de Nietzsche sont bien plus proches du niveau analytique-intellectuel des années 1920 de Lukács, Korsch et Horkheimer que de l'habermassienne «surveillance morale de la politique» (Günter Maschke). Cette césure explique l’éloignement du réel dans lequel sombre l’intelligentsia des sciences humaines actuelles dans l’université de masse et auprès du personnel qui en dépend pour la «formation, l’accompagnement, la planification».

Avec la disparition de la perspective marxiste sur la révolution dans la pensée de Jürgen Habermas, au profit d’un impératif finalement autoritaire de produire du discours, le chemin vers l’affirmation du statu quo, posé comme indépassable et inamovible, était largement ouvert, et il ne restait rien de l'activisme radical-spontané d’un Herbert Marcuse, que Theodor W. Adorno voulait au moins préserver de manière héroïque et résignée. « Saint Jürgen », comme Günter Maschke appelait volontiers Habermas, a également beaucoup accompli dans ce domaine. Cependant, il ne faut pas oublier ses débuts en tant que jeune marxiste et théoricien de la révolution.

mercredi, 01 avril 2026

Le monde russe et la Pax Americana

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Le monde russe et la Pax Americana

par Leonid Savin

Leonid Savin sur la Pax Russica et l’ordre eurasien à venir.

En russe moderne, le mot « mir » a deux significations: (1) l’espace qui nous entoure, c’est-à-dire la planète Terre; et (2) un état de calme et d’harmonie. En sciences politiques, on utilise souvent le terme latin « Pax », dont dérive le mot anglais « peace » (« paix »). Le plus souvent, le mot Pax est employé avec un adjectif — par exemple, l’expression bien connue « Pax Britannica », qui décrivait la puissance de l’Empire britannique et l’existence de ses colonies à travers le monde.

La Pax Americana, c’est-à-dire la paix à l’américaine, est apparue dans la seconde moitié du 20ème siècle, lorsque la Grande-Bretagne, pour diverses raisons, ne pouvait plus maintenir sa domination mondiale et que ses colonies commencèrent à se détacher massivement dans différentes régions du monde. Pourtant, dans le dictionnaire latin-russe classique (édité par Dvoretsky), une interprétation élargie du mot Pax est donnée, relative à l’Antiquité. Il existait la Pax Romana, décrite comme « cette partie du monde pacifiée par les conquêtes romaines, c’est-à-dire l’Empire romain ».

8e583648b138ec8639c8130a737f4c6c.jpgAinsi, la Pax n’est pas simplement un état de calme et d’harmonie. Premièrement, elle est le résultat des actions du sujet politique qui instaure cette Pax. Cela peut être obtenu par la force des armes ou par la persuasion, mais la « pacification » elle-même implique qu’elle ne découle pas de la volonté libre de ceux sur qui cet ordre est imposé. Deuxièmement, elle possède des contours territoriaux définis. La Pax Romana comprenait la région méditerranéenne, la Gaule et la Bretagne, mais la Scythie, la Perse et, plus encore, l’Inde et la Chine lointaines n’ont jamais été sous l’autorité de Rome.

Au 21ème siècle, les réalités sont différentes. Si quelqu’un ne peut être « pacifié » par la force militaire, alors on utilisera probablement des instruments économiques, l’influence culturelle et les services de tiers — qu’il s’agisse d’organismes supranationaux ou d’organisations internationales influentes. Bien que Volodymyr Zelensky déclare constamment la nécessité d’établir la paix, il est évident que ce processus a peu à voir avec l’Ukraine elle-même, car elle n’est pas un sujet souverain. On ne peut parler de Pax Europaea qu’avec beaucoup de réserve, puisque les principaux acteurs du processus de négociation sont la Russie et les États-Unis.

Si une division des sphères d’influence sur le territoire de l’Ukraine se produit, comme ce fut le cas lors de la conférence de Potsdam, alors deux ordres mondiaux — l’américain et le russe — entreraient en contact et pourraient être séparés par une zone tampon. Cela ressemblerait à l’ère bipolaire, bien que la ligne de séparation, à l’époque, se trouvait beaucoup plus à l’ouest. La question critique et immédiate serait alors: où exactement cette ligne de division passerait-elle? Le long des frontières administratives-territoriales? Le long du Dniepr (en tenant compte du retrait des forces armées ukrainiennes de la partie occupée de la région de Kherson)? Ou bien la Pax Russica s’étendrait-elle beaucoup plus à l’ouest, jusque dans les terres historiques du monde russe?

Il faut souligner que la Pax Russica est quelque chose de plus qu’une zone de contrôle militaire et politique de Moscou. C’est aussi un espace culturel-historique, une sphère d’activité commerciale et économique, et l’activité libre et sans entrave des compatriotes dans d’autres États. En même temps, d’un point de vue étymologique, la Russie procède actuellement précisément à une forme de pacification par des moyens militaires via l’Opération Militaire Spéciale.

61VKJq34UZL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgÀ une échelle géographique plus large et dans une perspective stratégique à long terme, la nuance suivante est importante. Tant que la Pax Americana prévaut en Europe (ce qui est évident sous la configuration actuelle de l’UE et de l’OTAN), la Pax Russica ne pourra évoluer vers une Pax Eurasiatica, même avec la participation active des autres membres de l’UEE (Union économique eurasiatique) et l’implication de l’Inde, de la Chine et de l’Iran, chacun avec ses propres visions de la Pax qui pourraient coexister organiquement au sein d’un Ordo Pluriversalis — un ordre géopolitique multipolaire. Par conséquent, il est nécessaire d’établir les fondements appropriés (garanties, satisfaction des exigences, formulation de positions impératives) non seulement pour une réalisation adéquate de la Pax Russica, mais aussi pour la création de conditions favorables à une future Pax Eurasiatica, ce qui implique clairement la disparition du régime transatlantique par lequel la Pax Americana continue d’exercer son hégémonie sur la péninsule occidentale de l’Eurasie.

L’Occident n’exporte pas la démocratie, mais la destruction

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L’Occident n’exporte pas la démocratie, mais la destruction

Sacha Vliegen

Source: https://www.feniksvlaanderen.be/blog/3095580_het-westen-e...

L’Occident aime se raconter une story héroïque. Lorsqu’il intervient, occupe, bombarde, impose des sanctions ou soutient des changements de régime, il prétend ne pas agir par soif de pouvoir mais par vocation morale. Il ne construirait plus d’empires, mais répandrait la liberté. Il ne mènerait pas de lutte civilisationnelle, mais protégerait les droits de l’homme. Il ne sèmerait pas le chaos, mais établirait des institutions. Le mantra classique est bien connu: nous n’apportons pas la domination, nous apportons la démocratie.

C’est précisément là que réside le plus grand mensonge de notre époque. Aujourd’hui, l’Occident n’exporte pas la démocratie, mais le vide. Il n’exporte pas la maturité politique, mais la décomposition de l’État. Non l’ordre, mais la dissolution. Derrière le discours solennel sur la liberté se cache rarement une communauté concrète qui se comprend avec mesure; ce qui s’impose, c’est plutôt un modèle civilisationnel déraciné qui extériorise sa propre crise intérieure. La démocratie libérale n’apparaît pas dans ce contexte comme une forme de gouvernement modeste parmi d’autres possibles, mais comme une utopie universelle à imposer à l’humanité. C’est précisément pour cela qu’elle devient destructrice.

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Comment l’Occident en est venu à se comprendre comme moderne

Le cœur du problème va plus loin que la seule politique étrangère. On ne peut comprendre l’agression de l’Occident contre des entités extérieures à lui sans pénétrer sa métaphysique interne. L’Occident, dans sa compréhension moderne de lui-même, n’est pas simplement Athènes, Rome, le christianisme ou la cathédrale gothique. Dès qu’il commence à se considérer comme « Occident » au sens idéologique contemporain, il apparaît surtout comme un projet moderne: une civilisation qui se comprend à partir de la raison, du contrôle, de l’universalité abstraite et du primat de l’individu. Ce n’est qu’à partir de la modernité, et de façon accentuée depuis les Lumières, que l’homme se perçoit de plus en plus comme un sujet autonome, précédant ses liens, son histoire et sa place. Il n’est plus intégré dans un ordre qu’il reçoit; il devient une volonté qui se conçoit elle-même.

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Cette image moderne de soi est bien plus radicale qu’on ne l’admet généralement. Elle ne signifie pas seulement que l’homme possède des droits. Elle implique qu’il est pensé politiquement d’abord comme individu détaché, et seulement ensuite comme membre d’une communauté. La nation devient alors secondaire. La religion, préférence privée. La tradition, folklore. L’histoire, matériau. Le lieu, interchangeable. Même le corps devient, à l’époque postmoderne, un objet malléable. L’homme libéral paraît soi-disant libéré, mais en réalité il est débarrassé de toute forme supérieure qui le limite, le forme et l’oriente.

61kJMtpHF-L._SL1200_.jpgC’est là que l’apport d’Inventing the Individual est précieux. Ce que ce livre de Larry Siedentop révèle involontairement, c’est que l’idée occidentale de la personne n’est pas née de nulle part, ni uniquement des Lumières françaises. L’individualisme moderne vit sur un capital moral plus ancien qu’il n’a pas lui-même généré. La dignité de la personne, l’âme égale, la gravité morale de chaque être humain: tout cela s’est développé historiquement dans un long lit chrétien.

L’idéologie libérale contemporaine agit pourtant comme si elle était le point final de l’histoire et pouvait subsister sans racines métaphysiques ou religieuses. Ainsi, elle réduit la personne à l’individu, la communauté au contrat, et la liberté au choix. Ce qui était encore enraciné dans un ordre moral est alors ramené à une procédure.

Le prix du déracinement

Cela entraîne un glissement fatal. Une civilisation qui comprend l’homme principalement comme porteur de droits et de désirs, mais non plus comme héritier, fils, père, citoyen, gardien de traditions et participant à une forme historique précise, mine inévitablement sa propre substance. On retrouve alors précisément les symptômes que les penseurs conservateurs désignent depuis longtemps: décadence, épuisement démographique, perte de sens, solitude massive, addiction à la consommation, vide spirituel et une incapacité croissante à distinguer liberté et errance. Ce que le discours officiel appelle émancipation, devient souvent dans l’expérience quotidienne un abandon.

Une société qui veut d’abord « libérer » l’homme de la famille, de la tradition, de la religion, de la nation et du sexe, ne le libère pas pour l'amener vers un niveau de maturité supérieure, mais vers une plus grande manipulabilité. L’homme qui n’appartient plus à rien ne devient pas souverain, mais contrôlable. Il devient vulnérable aux logiques du marché, à l’idéologie thérapeutique, à la technocratie et aux modes morales. Il possède peut-être plus de choix, mais moins de forme. Plus de stimulations, mais moins de direction. Plus de confort, mais moins de monde.

aeebcec0d0b21bf33f7a7111396a4a24.jpgLa réflexion touche ici à ce que Heidegger n’a besoin de mentionner qu’une ou deux fois pour clarifier le propos. La modernité comprend de plus en plus la réalité selon l’utilité, la faisabilité et la disponibilité. L’étant n’apparaît plus comme quelque chose qui nous précède et à quoi nous devons nous rapporter, mais comme un matériau à ordonner, calculer et exploiter.

En ce sens, la pensée occidentale est devenue univoque, une « monorailité » de technique, de morale et de pouvoir. Cette univoque n’affecte pas seulement l’économie ou la science ; elle touche aussi la politique étrangère. Celui qui comprend le monde uniquement comme un problème à résoudre par des schémas universels ne voit plus les peuples comme des réalités historiques, mais comme des obstacles, des dossiers à traiter ou des projets de transition.

Du vide intérieur à l’agression extérieure

Nous arrivons ainsi à l’exportation de la démocratie. Ces dernières décennies, Washington surtout a persévéré avec un zèle quasi religieux à affirmer que la liberté n’est pas seulement une forme de régime propre, mais une mission. On parlait ouvertement d’une « forward strategy of freedom », de la réforme du Moyen-Orient, de la transformation de sociétés prétendument en retard dans l’histoire.

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En pratique, cela signifiait rarement la formation sur bases organiques d’un peuple politique. Cela signifiait intervention, désorganisation, guerre civile, escalade sectaire, flux massif de réfugiés et institutionnalisation du chaos. L’Irak n’a pas été libéré, mais brisé. La Libye n’a pas été démocratisée, mais démantelée. La Syrie n’a pas été sauvée, mais transformée en champ de bataille par procuration. L’Afghanistan, après vingt ans d’occupation, a été rendu exactement aux forces que l’on croyait avoir vaincues.

Ce n’est ni un hasard ni une série de malheureuses erreurs. C’est structurel. La démocratie n’est pas un logiciel que l’on peut installer militairement. Elle suppose confiance, médiations, tradition juridique, habitudes, loyautés, sacrifices et une compréhension partagée du bien. Quand on ignore ce fond historique et pense que les élections, les ONG et les campagnes médiatiques suffisent à légitimer un régime, il ne se forme pas de démocratie, mais une simulation. Ce qu’on exporte alors, c’est une coquille administrative sans âme. Dès que la puissance occupante part ou que la source d’argent se tarit, il ne reste que des ruines.

b108a2d22b07b8600819b230e9f60dbe.jpgLa tragédie est que l’Occident continue de présenter ces marques de destruction comme l'expression d'une supériorité morale. Il bombarde tout en parlant de droits. Il sanctionne des populations entières et appelle cela une pression sur les régimes. Il détruit des infrastructures et appelle cela une stabilisation. Il arme des mandataires et appelle cela une responsabilité internationale. L’hypocrisie est devenue si totale que l’Occident ne peut se maintenir moralement qu’en occultant systématiquement les conséquences de ses actes.

Même dans la froide sphère du réalisme, une accusation dévastatrice s’élève désormais. John Mearsheimer, qui n’est certainement pas un mystique mais un penseur du pouvoir pragmatique, a évoqué publiquement des dizaines de millions de morts dus à la politique de sanctions et d’intervention américaine.

Pour les États-Unis seulement, il avance le chiffre de 38 millions de morts pour la période 1971–2021. Il n’est pas nécessaire de dogmatiser ce chiffre pour saisir l’essentiel: le coût humain de l’impérialisme moral n’est pas un phénomène marginal, mais son vrai contenu. Même ceux qui trouvent ce chiffre exagéré aboutissent à des millions. Il ne s’agit donc pas d’excès, mais d’un schéma civilisationnel.

Ce qui s’épuise sur le plan intérieur devient agressif sur le plan extérieur. C’est peut-être la loi la plus profonde de l’Occident actuel. Une civilisation qui ne sait plus pourquoi elle vit devient d’autant plus prescriptive envers la façon dont les autres doivent vivre. Puisqu’elle refuse de voir sa propre crise, elle projette sa norme sur le reste du monde. Ainsi, le nihilisme intérieur se transforme en missionarisme extérieur.

On n’arrive plus à susciter l’esprit communautaire à Paris, Londres, Bruxelles ou New York, mais on croit pouvoir remodeler des régions entières selon le modèle de l’État de droit et du marché. On a vidé chez soi la substance du politique, mais on continue à parler ailleurs comme si on incarnait le point final moral de l’humanité.

États-projets et pouvoir déraciné

Cela nous amène à la question des formes de civilisation qui montrent aujourd’hui le plus clairement ce qu’un projet moderne déraciné peut produire. Les États-Unis et Israël ne sont pas identiques, et il serait intellectuellement simpliste de les assimiler. Pourtant, ils partagent une parenté qu’on ne peut ignorer. Ces deux États portent nettement le caractère d’un projet idéologique: définis politiquement, investis d’une mission, orientés technologiquement et constamment justifiés par un appel à l’exceptionnalité. Dans les deux cas, la société n’est pas seulement issue d’une continuité historique lentement consolidée, mais aussi façonnée par la colonisation, la mobilisation, la sécurité et une vision d’avenir. Cela accroît leur énergie politique, mais aussi leur danger.

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Israël montre aujourd’hui, d’une manière saisissante, ce qu’une construction historique artificielle peut engendrer lorsqu’elle s'exprime uniquement par la menace, la notion d’élection divine et la supériorité technique. Là où une civilisation enracinée reste limitée par la tragédie de son héritage, un État-projet considère l’histoire comme un mandat. Gaza n’en est pas l’exception, mais le point culminant. Lorsqu’un ordre politique se déclare moralement absolu et place son adversaire hors de la pleine réciprocité, la destruction devient presque naturellement un moyen acceptable. L’autre n’est plus un voisin, un rival ou même un ennemi au sens classique, mais une perturbation à neutraliser.

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C’est précisément pourquoi l’Occident, sous sa forme actuelle, est si dangereux pour le monde. Une culture déracinée n’est pas simplement faible. Elle est souvent très efficace dans la violence, car elle ne limite plus sa violence par une forme plus élevée de connaissance de soi. Elle dispose de technologie, de capital, de propagande, de satellites, de régimes de sanctions, de drones et de médias mondiaux. Ce qui lui manque, c’est la mesure. Et là où la mesure manque, le pouvoir devient destructeur.

Pour Israël, c’est une version condensée. On y voit aussi comment une société qui se définit principalement par le souci de la sécurité, la persistance de la mémoire et la mobilisation permanente en arrive à un appauvrissement moral. Lorsque la légitimité historique est entièrement absorbée par la défiance existentielle, il ne reste qu’une politique qui est certes très technologique, mais n'est pas sage; puissante, mais non grande. Que John Mearsheimer parle désormais ouvertement de génocide à Gaza n’est pas simplement de la polémique. C’est le signe que même dans l’analyse stratégique classique, la limite du défendable a été franchie.

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De l’autre côté de l’océan, les États-Unis montrent la même logique à plus grande échelle. Là aussi, l’ordre politique est fortement orienté vers les principes abstraits, les procédures, l’universalité idéologique et l’expansion d’un modèle. La république américaine possédait autrefois des traces de vertu locale, de gravité religieuse et de retenue constitutionnelle. Mais la phase impériale a largement annulé ces limitations. Ce qui reste, c’est une civilisation à la fois didactique moralement et imprudente stratégiquement: elle prêche les droits et produit des ruines, elle déclare la paix et exporte la guerre.

C’est là que réside le plus grand danger pour l’avenir. Le déclin de la puissance mondiale occidentale ne signifie pas automatiquement que le monde sera plus calme. Au contraire. Les hégémonies déclinantes sont souvent plus dangereuses que les hégémonies sûres d’elles-mêmes. Celui qui sent son primat s’effriter se tourne plus vite vers les sanctions, l’escalade, les guerres par procuration et les démonstrations ultimes de force. C’est précisément la phase dans laquelle nous nous trouvons. Le monde devient multipolaire, mais l’Occident se comporte toujours comme s’il détenait le monopole de la légitimité. Ainsi, il pourra, tout en s’affaiblissant, encore détruire beaucoup.

Vers un réalisme qui limite les dégâts

La conclusion nécessaire est donc dure mais simple. L’Occident doit abandonner son arrogance morale. Il doit cesser de se considérer comme le tuteur pédagogique de l’humanité. Il doit enfin reconnaître que les rêves libéraux de démocratisation universelle se sont révélés non seulement naïfs, mais mortels. Cela ne requiert pas du cynisme, mais une humanité retrouvée. Tous les régimes n’ont pas à devenir pareils aux nôtres. Toutes les civilisations ne veulent pas de notre anthropologie. Toutes les crises n’appellent pas à intervention. Tous les ennemis ne peuvent être rééduqués. La politique commence là où l’on réapprend à penser en termes de frontières, de relations, de tragédie et de conséquences.

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Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce n’est pas une nouvelle croisade pour les valeurs, mais une éthique civilisationnelle de retenue. Pas un universalisme abstrait qui veut imposer partout le même moule, mais un réalisme tragique qui prend au sérieux la pluralité des peuples et des formes historiques. Pas exporter la démocratie, mais limiter les destructions. Pas la croyance en la fin de l’histoire, mais la préparation à un ordre mondial différent où l’Occident ne dicte plus le catéchisme de l’humanité.

Ce n’est qu’alors qu’il pourra retrouver une part de sa dignité. Non pas en rêvant à nouveau à l’hégémonie, mais en renonçant à l’illusion de pouvoir se recréer lui-même et le monde selon un seul modèle. La première étape vers le renouveau n’est donc pas le triomphe, mais un travail de démasquage. L’Occident n’exporte pas la démocratie. Tant qu’il s'exprime dans sa forme actuelle, il exporte surtout le déracinement, le chaos et la mort.

Celui qui veut vraiment agir humainement pendant la période de transition à venir doit penser moins en termes de supériorité morale et plus en termes de limitation concrète des dégâts. La question n’est plus de savoir comment faire en sorte que le monde soit encore plus occidental. La question est de savoir comment empêcher une hégémonie en déclin d’entraîner encore des régions entières dans sa propre décomposition. C’est là que commence la seule gravitas qui reste crédible aujourd’hui.

Plotin et les agents de la disharmonie

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Plotin et les agents de la disharmonie

Troy Southgate

Source: https://troysouthgate.substack.com/p/plotinus-and-the-age...

Pour la classe capitaliste, diviser l’opinion politique en divers partis et factions contribue à entretenir une illusion importante. On pourrait logiquement argumenter que les gens ont naturellement des opinions différentes, et c’est vrai, mais le but plus large que cela sert est d’empêcher ceux qui sont plus rusés et astucieux de créer des mélanges idéologiques qui combineraient ou transcenderaient véritablement les programmes proposés par la droite et la gauche.

Considérons, par exemple, combien les personnages dans une pièce de théâtre sont très différents. S'ils pensaient, parlaient ou s’habillaient de la même manière, le dramaturge serait la risée du public. Une représentation ne fonctionne que parce que les personnages sont autorisés à entrer en conflit. Il en va de même pour les politiciens. Ils sont autorisés à participer à une mascarade soigneusement orchestrée simplement parce que chaque participant travaille pour la même compagnie théâtrale.

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Dans le Traité 2 de sa troisième Ennéade, le penseur grec Plotin (204-270) soutient que ce qu’il décrit comme le principe de raison est « en guerre avec lui-même » et « possède l’unité, ou l’harmonie, créée par les personnages dans une pièce de théâtre ». En d’autres termes, le philosophe nous dit qu’aucune cohésion n’est possible sans friction. Encore une fois, nous pouvons relier cela à l’opposition artificielle que l’on trouve dans le système parlementaire, opposition qui travaille inévitablement en faveur de nos ennemis. Je suggérerais même que ce que nous observons dans la démocratie libérale représente une forme d’harmonie pour des fins disharmonieuses. Une unité au centre, si vous voulez, qui mène inévitablement au chaos et à la désunion pour le reste d’entre nous.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) a formulé ses propres idées sur l’idéalisme dialectique à partir de la Grèce antique, en insistant sur le fait que ce n’est que par un choc d’idées que l’on peut parvenir à une sorte de synthèse ou de consensus. Il existe également une école philosophique appelée dialètheisme, qui soutient que les contradictions sont un mythe et qu’une déclaration peut être à la fois vraie et fausse en même temps. Ses critiques, quant à elles, rejettent cette idée parce que les dialèthes acceptent l’existence de l’affirmation et de la négation, tout en échouant à saisir une caractéristique cruciale de cette dernière, qu’ils décrivent comme « l’absolutisme de la désaccordance ».

Ce que cela signifie, bien sûr, c’est que, alors qu’il est possible pour une personne de croire que la lune est faite de fromage et qu’une autre la nie, un dialèthe pourrait intervenir en disant que les deux affirmations sont vraies, et que la lune est à la fois faite de fromage et non faite de fromage. Le dialèthe irait même jusqu’à nier la vérité ou la fausseté de ce qu’il ou elle venait de dire.

Un bouddhiste zen pourrait qualifier ce phénomène de « non-dualisme ». Cependant, cela implique que la déclaration initiale ne peut en aucun cas être niée. Cela élimine en quelque sorte le facteur d’opposition de l’équation.

Revenant à ce que j’ai dit plus tôt au sujet des partis et factions, si un politicien devenait dialèthe, il ou elle pourrait avoir une carrière très courte. La seule façon de briser l’étau de la démocratie libérale est donc d’inverser ce que j’ai décrit ci-dessus comme une harmonie menant à la disharmonie, et, nous-mêmes, d’utiliser des moyens disharmoniques pour atteindre des fins harmonieuses. Créer la disharmonie et la confusion au centre, tout en maintenant l’harmonie et l’ordre en périphérie.

            
        

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Israël, Trump et le piège iranien : la guerre dont on ne peut plus sortir élégamment

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Israël, Trump et le piège iranien: la guerre dont on ne peut plus sortir élégamment

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena# 

Selon la narration du New York Times (https://www.nytimes.com/2026/03/22/us/politics/iran-israe...), Israël aurait présenté à Washington un scénario d’effondrement rapide du front intérieur en Iran, créant ainsi exactement cette attente nécessaire à l’entrée en guerre des États-Unis. Selon ce plan: éliminer des membres de la direction iranienne, mener des opérations de renseignement, activer des réseaux d’opposition, provoquer des troubles et faire tomber le système de l’intérieur. Un modèle classique de changement de régime. Mais comme souvent, une fois de plus, il faut bioen constater que le désir de provoquer un soulèvement n’est pas synonyme de soulèvement lui-même. 

Trois semaines après le début des hostilités, le résultat est décevant. Le système iranien est peut-être affaibli, mais il tient bon. Et c’est précisément ce point que les acteurs extérieurs sous-estiment régulièrement: un État ne s’effondre pas parce que ses adversaires souhaitent sa chute, mais seulement lorsque sa capacité de contrôle interne se désagrège réellement. Ce qui ne s’est manifestement pas produit en Iran. 

Cela offre une autre perspective. Si l’on suppose que le plan conjoint américano-israélien visait réellement un renversement rapide, alors ce plan a échoué. Mais si l’on regarde de plus près, il est possible que l’objectif de Washington ne soit pas identique à celui d’Israël. En effet, du point de vue israélien, le problème crucial depuis la phase de la guerre de 12 jours en 2025 était clair: Israël ne peut pas seul renverser l’Iran ni mener une longue guerre d’usure contre lui. Avec les États-Unis à bord, la donne serait différente. 

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C’est ici que réside le cœur du problème: pour Tel-Aviv, le succès n’a peut-être jamais consisté principalement à déstabiliser immédiatement l’Iran, mais à engager profondément les États-Unis dans le conflit. Et à cet égard, l’objectif serait considéré comme atteint. En effet, une fois que les États-Unis s’engagent politiquement, militairement et symboliquement dans un tel conflit, la logique dangereuse de l’escalade commence. Si le premier plan échoue, le second suit. Et si celui-ci rate aussi, on en rajoute encore. Car le retrait devient de plus en plus coûteux.

C’est le véritable dilemme des Américains : ils ne peuvent pas entrer dans une guerre à volonté puis en sortir sans conséquence. Chaque retrait visible nuit à leur crédibilité, à leur dissuasion et à leur influence mondiale. C’est pourquoi, justement, les conflits initialement présentés comme courts, limités et maîtrisables deviennent si souvent des pièges stratégiques.

Trump aurait difficilement admis en public avoir été entraîné dans une telle dynamique. D’autant plus que Washington poursuit bien sûr ses propres intérêts. Il ne s’agit pas seulement d’objectifs de puissance au Moyen-Orient, mais aussi d’effets géoéconomiques. Un conflit prolongé avec l’Iran crée de l’insécurité énergétique, exerce une pression sur les prix et impose de nouvelles charges à l’Europe — c’est-à-dire précisément dans cette zone déjà structurellement vulnérable.

La véritable conclusion est donc la suivante : ce n’est pas l’attaque militaire en soi qui est décisive, mais la modification de la configuration stratégique. Israël a partiellement compensé sa faiblesse centrale — son incapacité à mener une longue opération en solo contre l’Iran — en impliquant plus profondément les États-Unis dans le conflit. Washington, de son côté, fait face au problème classique de toute grande puissance : il voulait influencer la situation, mais pourrait désormais être entraîné par la dynamique même de la guerre.

Ainsi, l’absence de révolution en Iran n’est pas seulement l’échec d’un plan. C’est le moment où l’on voit clairement ce qui comptait vraiment dès le départ : non pas un renversement rapide, mais la création d’une situation dans laquelle l’Amérique ne peut plus simplement arrêter la guerre.

En conclusion : jusqu’à présent, la guerre ne suit pas le scénario officiellement présenté. Mais c’est précisément pour cette raison qu’elle pourrait réussir pour ceux qui n’ont jamais cru à ce scénario officiel.

#géopolitique@global_affairs_byelena

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mardi, 31 mars 2026

Il existe une moralité de la mémoire, que nous avons abandonnée dans le monde occidental

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Il existe une moralité de la mémoire, que nous avons abandonnée dans le monde occidental

par Andrea Zhok

Source: https://www.ariannaeditrice.it/articoli/c-e-una-moralita-...

Dans l’histoire, chaque peuple ayant une capacité d’enracinement historique a respecté diverses formes de moralité, non seulement envers lui-même, mais aussi envers les autres peuples avec lesquels il se confrontait, même militairement.

cc67b6ca1d94d08a5927f87e23e318b7.jpgDes peuples connus pour la dureté de leurs représailles, comme les Turcs ou les Romains eux-mêmes, tenaient à présenter leur éventuelle cruauté comme le juste et équilibré contrepoids à une violation. Cette fiabilité revendiquée des pactes (Pacta Sunt Servanda) n’était pas un signe de faiblesse, mais de force consciente.

Pour fonder des empires, pour rester enracinés sur des terres conquises, il était nécessaire de fournir un cadre normatif permettant même à l’adversaire d’hier de trouver sa place à long terme.

L’extermination, l’effacement de l’ennemi, n’étaient légitimés qu’en présence de la perception d’une violation des pactes.

La raison de cette exigence de justice – même s’il s’agit de sa propre justice – était simple: l’exercice arbitraire de la violence, de la trahison, de la tromperie n’est pas « immoral » parce que « cela ne se fait pas », non pas pour des raisons formelles mais profondes: est immoral ce qui mine le «mos», mine la coutume, ébranle la possibilité de coexister dans le cadre des mêmes habitudes.

Que le guerrier vaincu devienne esclave peut nous horrifier, mais cela faisait partie des règles du jeu (l’alternative était de se faire tuer au combat). Cela ne signifiait pas que tout était permis, même envers l’esclave.

Le sens du comportement moral envers l’ennemi est simple: il sert à créer une plateforme de coexistence à long terme, même avec l’ennemi vaincu. Si on ne le fait pas, on n’atteint jamais véritablement la victoire.

L’étalage de comportements irrémédiablement arbitraires, l’abus, la violence insensée envers le plus faible créent le terrain d’un désir illimité de vengeance et de revanche. Et cela signifie que le conflit restera latent, toujours prêt à se rallumer: la «victoire» ne vient jamais réellement, car il n’y a pas de clôture.

L’une des raisons pour lesquelles les nazis ont fini par être balayés était la grande difficulté culturelle qu’ils avaient à traiter les autres (même les collaborateurs) comme leurs égaux. Le suprématisme nazi a laissé partout une mémoire rancunière, et dès que la supériorité militaire a commencé à vaciller, tout s’est effondré rapidement.

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Cette leçon qui relie politique de puissance et moralité a disparu dans la culture israélienne et états-unienne, où depuis longtemps prévaut l’idée de Thrasymaque, selon laquelle le juste équivaut à ce qui avantage le plus fort. Il faut dire que l’ancien empire britannique, malgré toutes ses limites, maintenait l’idée d’un nécessaire couplage entre puissance et moralité, que ses héritiers historiques ont effacée.

Israël et les États-Unis représentent aujourd’hui une puissance militaire redoutable. Quels horreurs ils sont encore prêts à commettre, nous ne pouvons que l’imaginer. Ils ont déjà montré qu’ils ne sont même pas effleurés par l’idée qu’il puisse exister un espace pour la réciprocité, le respect de l’autre, la parole donnée, les pactes, une forme quelconque de justice morale différente de leur propre intérêt.

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C’est ce qui les rend extrêmement dangereux, certes, mais c’est aussi ce qui les conduira au gouffre. La raison pour laquelle une population démunie et abandonnée du monde comme celle de Palestine a continué à représenter une épine dans le flanc d’Israël, c’est que la violence arbitraire ne s’oublie jamais, elle reste dans la mémoire des générations.

La même chose se produira pour l’Iran, pour le Liban, et aussi pour les pays qui semblent actuellement domptés, comme l’Irak.

Aussi éclairée que notre culture sécularisée puisse penser avoir atteint une conscience supérieure, une intuition religieuse ancienne demeure vraie: à long terme, le mal commis se paie toujours.

Préférez-vous vivre à Technopolis ou à Platonopolis?

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Préférez-vous vivre à Technopolis ou à Platonopolis?

par Marcello Veneziani

Source : Marcello Veneziani & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/preferisci-vivere...

868766cdf4c3993fc92dabc6315dea65.jpgIl y a quatre cents ans, en 1626, le philosophe et ministre Francis Bacon concevait La Nouvelle Atlantide, une œuvre utopique qui décrivait une île idéale, Bensalem, gouvernée par une technocratie scientifique. Au centre se trouvait la «Maison de Salomon», un temple-laboratoire dédié à la recherche expérimentale et au progrès technologique pour améliorer la vie humaine, anticipant les centres de recherche modernes et l’approche scientifique contemporaine.

Quatre siècles plus tard, ce rêve biblique se teinte de transhumanisme, d’intelligence artificielle et de nouvelles technologies pour dépasser le vieillissement, la mort, les limites de notre connaissance et de nos possibilités physiques.

Celui qui propose de réaliser le rêve de Bacon (mais il n’est pas le seul), c’est un ingénieux entrepreneur et philosophe, également impliqué dans l’aventure politique de Trump: Peter Thiel, récemment venu en Italie pour une tournée de conférences. Thiel fait partie de ces « titans » ou surhommes comme Elon Musk, Alex Karp ou Bill Gates qui veulent nous guider vers le futur et l’espace, générant des mutations posthumaines.

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Thiel, avec sa société qui conçoit l’avenir, Palantir Technologies, se propose de réaliser la Maison de Salomon et la cité idéale de Bensalem, anticipée par Sir Francis Bacon dans l’Angleterre du XVIIe siècle. Il y a un mot, en réalité un acronyme, qui résume le projet: TESCREAL, où convergent théories et pratiques technologiques, du transhumanisme au longtermisme. H+, soit Homo plus, est le résultat recherché: une révolution anthropologique par le renversement de l’entropie, oscillant entre physique et virtuel, conquêtes spatiales et génétique, pour vivre sans fin, au-delà de la condition humaine.

Certains annoncent même la naissance d’un «altruisme efficace», mais travaillent en fait pour une sorte d’eugénisme orienté vers le surhumain, donc réservé à quelques élus. Anciens rêves gnostiques et prométhéens pour des individus ou des peuples élus, projets scientifiques et technologiques modernes visent à dessiner la posthumanité du futur ; mais ce sont ces audacieux cosmonautes du futur qui veulent remodeler l’homme et le monde, le corps, l’esprit, la terre, qui en décident les traits et les buts.

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Aimeriez-vous vivre dans la Nouvelle Atlantide ou préférez-vous celle ancienne, mythique, engloutie, à laquelle Platon a fait allusion? Ou, pour être plus précis, préférez-vous vivre dans la Bensalem de Bacon ou à Platonopolis? Le projet de Platonopolis remonte à un philosophe et mystique du troisième siècle après J.-C., Plotin, penseur de la beauté, du retour et de la métaphysique.

194e813f9e731cd211952ba705242732.jpgVenu d’Égypte, ayant vécu longtemps à Rome où il fonda une école platonicienne, puis retiré dans la campagne de Minturnes, Plotin pensa fonder une cité inspirée de Platon et de ses principes. Il essaya de convaincre l’empereur de son temps, Gallien, de la réaliser au sud de Rome. J’ai écrit sur ce rêve dans un livre consacré à ce penseur, « In vita mia. Mémoires de Plotin », qui paraît cette semaine dans l’Universale Feltrinelli (174 pages, dix euros).

9788829792245_0_0_424_0_75-2528170301.jpgLe livre, écrit au début des années 2000 comme s’il s’agissait d’une autobiographie de Plotin, raconte sa vie et en dresse le bilan, tout en étant un voyage dans sa pensée et son œuvre à la fin de sa vie. Un chapitre entier est consacré au rêve de cette ville idéale, guidée par les philosophes et inspirée par les principes de la sagesse, appliqués à la vie pratique et communautaire.

Deux utopies s’affrontent au nom de Bacon et de Platon: la cité parfaite de la technique et la cité idéale de la pensée, l’une inspirée par les dieux, l’autre animée par le rêve de se substituer à eux. «Vous serez comme des dieux», telle est la promesse que le serpent biblique fait à Ève dans la Genèse (3,5). Tu seras comme Dieu, tu connaîtras le bien et le mal, tu ne connaîtras ni la mort ni la souffrance, tu seras autosuffisant, tu n’auras plus besoin du divin.

La cité de Platon, au contraire, est inspirée par les dieux et guidée par l’idée du Bien mais demeure une ville d’hommes vivant dans la sagesse et la mesure, tout en sachant que le temps est «l’image mobile de l’éternel». La technologie aspire à remplacer Dieu, l’homme et la nature; la sagesse, en revanche, façonne une civilisation humaniste, qui vit dans le culte et le respect du divin, du sens de la limite et de l’ordre universel, fondée sur la justice, la vérité et la différence harmonieuse entre ses citoyens et leurs fonctions. L’une est sous le signe du changement, l’autre de l’être.

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Les deux utopies sont indicatives, elles ne peuvent réaliser la cité parfaite sur Terre, mais elles s’inspirent de deux idées opposées: le bien comme puissance, suprématie et efficacité; le bien comme amour de Dieu, amour du destin, amour de la patrie. Il serait difficile de trouver un plombier à Platonopolis, mais il serait peut-être plus difficile encore de trouver une pensée critique à Technopolis. Bien sûr, l’idéal serait une synthèse optimale entre les deux expériences, avec une ville techniquement équipée et organisée comme Technopolis mais inspirée par les principes humanistes de la sagesse, à taille humaine et non à taille d’automate, comme Platonopolis.

En attendant, nous vivons dans ce monde, dans ces villes, parmi guerres, misères, dysfonctionnements, déséquilibres et dangers. Il est beau de rêver la perfection et de s’inspirer de ses idéaux, mais il faut ensuite se réveiller dans la ville réelle, imparfaite et déficiente, et s’efforcer de la rendre au moins plus vivable. Ce qui, à nos yeux, signifie plus humaine, non moins humaine. Comme l’a dit Pascal: «L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête». Nous sommes des hommes, pas des algorithmes.

Théologie politique américaine: la Bible comme arme

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Théologie politique américaine: la Bible comme arme

par Tomislav Sunic

En ce qui concerne la bombe à retardement qui menace le Moyen-Orient et le Golfe, il est trompeur d’attribuer l’entière responsabilité au président Trump ou au Premier ministre israélien Bibi Netanyahou. De nombreux experts du Moyen-Orient négligent un facteur important: la mission que se donnent les Américains, inspirés par la Bible, qui remonte à plus d'un siècle et vise à régénérer le monde — et qui s'applique aujourd’hui en Iran. Cette mentalité messianique éclaire la situation actuelle non seulement au Moyen-Orient, mais aussi au sein de l’UE et de la classe politique américaine.

A006875_Arrival-of-the-Pilgrim-fathers-in-America-on-board-the-Mayflower-1620-1544534436.jpgLes premiers colons américains se considéraient comme des dissidents oints par Dieu, et leur nouvelle patrie comme un don du dieu juif Yahweh. L’Amérique était présentée comme un nouvel Israël — une Terre promise, un nouveau Canaan pour son peuple élu. Les pèlerins, les colons, et plus tard même les politiciens sécularisés se réclamant des Lumières — tous se considéraient comme un peuple élu qui avait laissé derrière lui une Europe malade, corrompue et déchirée par les conflits tribaux. On pourrait citer le sociologue allemand Werner Sombart dans son ouvrage Les Juifs et le capitalisme moderne (1913, p. 44) :

« Ce que nous appelons l’américanisme n’est rien d’autre, si l’on peut dire, que l’esprit juif distillé. »

L’attaque américaine contre l’Iran n’est que la suite logique de cette théologie politique élargie visant à refaire le monde à l’image de l’Amérique. Cette politique inspirée de la Bible, qui frappe aujourd’hui l'Iran, repose sur des idées empruntées à la pensée juive primitive. Les notions de « Cité sur la colline », de « pays de Dieu » et de « Destinée manifeste » s’inspirent toutes de l’Ancien Testament.

L’idée biblique de prédestination a servi aux premiers colons de tremplin pour leur propre conception de l’unicité démocratique. La terre d’Israël biblique était destinée à servir de matrice idéologico-théologique à la vision américaine de la Terre promise, et doit donc être protégé militairement à tout prix aujourd’hui. De plus, pour des millions de chrétiens, la seconde venue de Jésus n’aura pas lieu dans un village des Ozarks ou dans l’arrière-pays croate de Medjugorje, mais uniquement dans la Jérusalem juive.

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Différentes variantes de cette envie d’« améliorer » le monde, inspirée par la Bible, sont depuis longtemps au cœur de la politique étrangère américaine, même lorsqu’elles sont habillées d’un langage laïc. Ces impulsions œcuméniques se présentent désormais sous des étiquettes libérales et communistes telles que les droits de l’homme, la lutte contre le mal, la droiture morale, la tolérance et le multiculturalisme.

Les Juifs modernes sont les derniers à blâmer ici, étant donné que des millions de sionistes chrétiens tentent de dépasser et de « surpasser les Juifs » — aspirant, à leur tour, à se transformer en « véritable Israël » (verus Israel). La mentalité chrétienne monothéiste d’amour-haine vis-à-vis des Juifs peut être décrite comme une sorte de névrose. Elle est liée à un système théologique — puis idéologique — qui présuppose une vérité unique tout en excluant toutes les autres. Un système fondé sur un seul dieu jaloux doit, par définition, rejeter tous les autres dieux concurrents — et toutes les vérités rivales.

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La guerre contre l’Iran s’inscrit dans le sillage de cette auto-élection politique et de cette exclusion théologique de l’Autre, telles qu’elles sont déjà énoncées dans l’Ancien Testament juif. D’où la diabolisation récurrente des opposants politiques ou religieux dans la politique étrangère américaine: d’abord les Indiens, puis les proverbiaux « nazis » allemands « païens », ensuite les « diaboliques » communistes athées, et plus récemment les « diaboliques » islamistes en Iran. Tous ont été présentés comme des sous-humains ou des terroristes. Et avec les terroristes, bien sûr, on ne négocie pas — ils doivent être éliminés ou, à défaut, rééduqués.

C’est presque un truisme que l’UE fasse profil bas concernant le lien politico-théologique entre les États-Unis et Israël: l’Europe fonctionne comme un vassal américain depuis quatre-vingts ans. L’exemple le plus visible de cette déférence se trouve dans le comportement des politiciens allemands, qui émettent parfois de légères critiques à l’égard des engagements militaires américains, mais ne s’aventurent jamais à critiquer Israël — et encore moins à faire des déclarations critiques sur les Israéliens. L’ancienne chancelière Angela Merkel, en mars 2008, a déclaré dans son discours à la Knesset israélienne :

    « Chaque gouvernement fédéral et chaque chancelier avant moi se sont engagés à assumer la responsabilité historique particulière de l’Allemagne envers la sécurité d’Israël. Cette responsabilité historique de l’Allemagne fait partie de la raison d’État (Staatsräson) de mon pays. Cela signifie que la sécurité d’Israël n’est jamais négociable pour moi en tant que chancelière allemande. »

L’Allemagne se distingue comme l’exemple le plus grotesque de cette mimique masochiste. La politique allemande actuelle vis-à-vis de l’engagement militaire américain en Iran évite soigneusement toute critique d’Israël. Craignant d’être qualifiés de fascistes, les politiciens européens sont censés continuer à multiplier les mea culpa antifascistes — sur ordre, pour ainsi dire, de Washington, D.C. et de Tel-Aviv. Dans le même esprit, et dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler une politique d’« expiation de l’homme blanc », l’Allemagne et l’ensemble de l’UE sont censés accueillir des réfugiés dits non blancs, tout en mettant constamment en avant leur rôle de « nations coupables » (Tätervolk) historiquement malfaisantes.

U1_978-3-644-02057-3-1847464583.jpgLa posture conciliante de la classe dirigeante de l’UE face à l’engagement militaire des États-Unis et d’Israël trouve des racines plus profondes. Peu après la Seconde Guerre mondiale, le cercle de réflexion d’obédience néo-communiste connu sous le nom d’École de Francfort — dont de nombreux membres étaient d’origine juive — a joué un rôle clé dans la formation de la nouvelle culture crypto-communiste européenne.

Des vagues de psychanalystes freudo-marxiens américains, majoritairement orientés à gauche et devenus professeurs titulaires, ont afflué en Europe après la guerre, cherchant à remodeler l’esprit européen. À leurs côtés sont arrivés une multitude de prédicateurs hyper-moralistes, inspirés de la Bible, désireux d’imposer le modèle américain de démocratie à la vie publique européenne.

Après les tueries israéliennes à Gaza, la situation pourrait rapidement devenir difficile pour l’identité juive et ses soutiens aux États-Unis. Une sorte de dialectique négative s’est installée. La gauche et les milieux Antifa — contrairement à une droite quasi neutralisée — ont commencé à attaquer Israël et son lobby en des termes de plus en plus durs. Ce n’est guère surprenant. En effet, la gauche, tant aux États-Unis qu’au sein de l’UE, et son acolyte turbulent qu'est le mouvement Antifa, disposent désormais de plus d’espace pour critiquer Israël. Il est difficile de les taxer d’antisémitisme, étant donné qu’ils ont historiquement été influencés par un nombre important d’intellectuels freudo-marxiens.

L’héritage gauchiste se retourne à présent contre ses parrains. Les militants de droite et les nationalistes blancs, quant à eux, ne peuvent pas se permettre ce luxe. Soupçonnés depuis longtemps d’antisémitisme, ils se transforment de plus en plus en caméléons d'Esope — beaucoup redoublent de faux philo-sémitisme, et certains hommes politiques de droite organisent des pèlerinages rituels au Mur des Lamentations à Jérusalem.

Les élites politiques allemandes, pour leur part, tout en mimant le lien américano-israélien, sont allées encore plus loin. Dans leur zèle à afficher des références démocratiques antifascistes et à signaler leur obéissance à Israël, elles rappellent le personnage de la ballade de Goethe, L’Apprenti sorcier. Le jeune apprenti, désireux de se mettre en avant, décide d’imiter les talents de son maître dans la manipulation du balai magique, libérant finalement des forces qu’il ne peut contrôler, causant ainsi sa propre perte:

Balai, ne pourrais-je jamais te calmer ?

Je vais t’attraper,

Te tenir et te frapper,

Et ton vieux bois

Je vais le briser—

Avec une hache bien aiguisée, je te fendrai !  

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La bonne nouvelle, c’est que le langage public dans l’UE et aux États-Unis, après la frappe conjointe israélo-américaine contre l’Iran, est de moins en moins contraint par les normes woke et politiquement correctes. Aux yeux des grands médias, même des intellectuels autrefois qualifiés de radicaux de droite expriment désormais une critique ouverte d’Israël — chose inimaginable il y a encore quelques années.

Cependant, la mainmise sur la liberté d’expression et la recherche académique demeure. Le président Trump, malgré ses initiatives notables pour démanteler l’agenda DEI inspiré par le communisme et pour dénoncer les élites européennes quant à leur contrôle de la pensée, a probablement été contraint de conclure un accord avec le lobby israélien intérieur, qui l’a poussé dans la campagne malheureuse contre l’Iran.

Contrairement à une croyance largement répandue, la complaisance politique envers Israël — y compris ses compagnons de route parmi des millions de chrétiens fervents attendant l’apparition de Jésus — n’est pas le fruit d’une idéologie violente imposée par une poignée de conspirateurs juifs. En réalité, de longs sentiments de culpabilité inspirés par la Bible avaient déjà créé un terrain fertile pour l’érosion de la liberté de pensée.

Associée à l’illusion d’une croissance capitaliste sans fin, et à l’œcuménisme chrétien du « aime ton prochain non blanc », une croyance s’est installée selon laquelle tout finirait par s’arranger. Ce ne sera pas le cas. Au fond, l’esprit du renoncement chrétien équivaut à une perte de l’Esprit lui-même.

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Que nous réserve l'avenir? Trois scénarios pour notre avenir

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Que nous réserve l'avenir? Trois scénarios pour notre avenir

Karl Richter

Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798

Il est tout à fait incontestable que nous nous trouvons à un tournant de l'histoire. Tout semble possible – de la guerre nucléaire à La Planète des singes, en passant par le futur paradis de l'humanité. En fin de compte, tout dépend de chacun d'entre nous. Si une majorité de l'humanité prend conscience du caractère profondément criminel de l'ordre mondial actuel et s'y oppose, le pire pourra peut-être encore être évité. Mais ce réveil doit avoir lieu. L’humanité doit montrer qu’elle a compris et qu’elle est prête pour un ordre mondial meilleur et plus juste; alors, elle obtiendra ce monde meilleur. J’avoue que je trouve cela peu plausible. Le nombre de personnes vaccinées, de zombies et d’individus télécommandés est tout simplement trop important.

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Je vois essentiellement trois scénarios d’avenir envisageables.

Premièrement : le grand boum. Non seulement il est prédit dans de nombreuses prophéties, mais – ce qui est pire – il est activement orchestré par des forces occultes extrêmement influentes et déterminantes. Nous parlons, de manière générale, des sionistes évangéliques américains et des sectes juives de l’Apocalypse comme le Chabad de Loubavitch, qui ont tous deux besoin de la grande guerre pour que le Messie promis puisse se révéler. On peut considérer cela comme irrationnel – mais pour ceux qui sont obsédés par de telles idées, c’est absolument réel et cela a un effet concret sur leurs actions. Mais des forces laïques telles que le régime criminel israélien sous Netanyahou et l’« État profond » occidental, qui veut empêcher à tout prix la fin de l’hégémonie du dollar et des États-Unis, ont elles aussi un besoin urgent de cette grande guerre. Seule une telle guerre peut empêcher que Netanyahou et ses acolytes ne soient traduits en justice. Elle seule promet au capital américain un nouveau cycle d’investissement mondial et une prolongation de la domination du dollar – sinon, le bloc des BRICS remplacera l’ordre mondial américain de manière graduelle au cours des dix prochaines années.

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D’un point de vue réaliste, je considère ce scénario comme le plus probable, car ce sont des fous à Washington et des criminels impitoyables, obsédés par leur sentiment d’élection divine, qui ont le pouvoir à Tel-Aviv. Ils tenteront de déclencher la guerre nucléaire si nécessaire, contre toute raison, et n’auront aucun scrupule à sacrifier en premier lieu l’Iran sur l’autel de leur folie. Alexander Douguine a souligné à juste titre que le « système occidental des valeurs », celui d’Epstein, n’est en fin de compte qu’un culte de Baal qui a besoin de sacrifices humains et d’enfants. Il doit être éradiqué si nous voulons avoir un avenir.

51IsZP4TuGL-3896704238.jpgPar souci d’exhaustivité, il convient de mentionner que de plus en plus de voix considèrent désormais le scénario de la guerre mondiale comme dépassé. Elles avancent que depuis l’époque des prophéties d’Irlmaier, les « lignes temporelles » auraient changé et que le spectacle menaçant d’une guerre mondiale n’aurait plus pour seul but que de favoriser l’éveil mondial, au besoin par le choc. Il n’y aurait toutefois plus de guerre mondiale « chaude ». Je m’abstiens de tout jugement, mais j’estime qu’il est urgent de prendre des précautions dans la sphère privée.

Deuxième scénario : « Comme ça » sans guerre mondiale – c’est-à-dire le remplacement de l’ordre mondial unipolaire dominé par les États-Unis par un véritable ordre mondial multipolaire ; le tout dans un contexte de crise, car la pénurie de biens et l’inflation devraient perdurer pendant de nombreuses années. De nombreux éléments indiquent que la guerre actuelle contre l’Iran joue le rôle d’un catalyseur : elle accélère des évolutions qui étaient de toute façon inévitables, à savoir la fin de l’ordre économique mondial actuel, de la présence américaine au Proche-Orient et de l’influence mondiale des États-Unis en général ; ainsi que la fin d’Israël sous sa forme actuelle et l’émergence de nouvelles puissances régionales.

D'ailleurs, il suffit d'extrapoler les grandes tendances actuelles sur les 30 ou 50 prochaines années pour obtenir une image relativement fidèle du monde de demain : l'Europe, sans énergie, fragmentée ethniquement en son sein et en voie de désindustrialisation, poursuivra son déclin, époque où l'on ira jusqu'à des scénarios de guerre civile, un appauvrissement croissant et la mise en place partielle de dictatures policières (ce qui est également le scénario d'avenir le plus plausible pour l'Allemagne). Avec ou sans Trump, l’Amérique restera une grande puissance, car elle s’accapare actuellement avec succès d’importants gisements d’énergie et de matières premières tout en restant un pôle industriel attractif.

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Parallèlement, les puissances du BRICS telles que la Russie, la Chine et l’Inde renforceront leurs positions sur l’échiquier mondial – mais pas toujours en bonne entente, car dans la lutte pour les ressources, chacun ne pense qu’à son propre intérêt. Tout cela laisse entrevoir un monde plein de tensions et de conflits permanents, certes sans le grand boum, mais tout sauf serein. Israël et les États-Unis ont d’ailleurs réussi à enterrer le droit international.

On n’aurait en réalité pas envie de vivre dans un tel monde.

Si les Allemands, en particulier, s’engagent à grands pas dans cette voie, c’est grâce aux dirigeants fantômes des dernières décennies, qui ont tous agi dans l’intérêt d’autrui et nui à leur propre pays dès qu’ils en avaient l’occasion. Leur souhaiter tout le malheur du monde est certes compréhensible, mais vain – le mal est déjà fait. Par ailleurs, des générations de citoyens allemands portent une part de responsabilité dans cette situation en raison de leur inaction et de leur comportement électoral. L’Allemagne et les autres Européens seraient bien avisés de chercher à (re)nouer des liens économiques avec la Russie et la grande région eurasienne – pour autant qu’il y ait encore là-bas un quelconque intérêt à entretenir des relations avec le cloaque occidental.

Troisième scénario : la prise de pouvoir par l’intelligence artificielle et la fin de l’humanité. Ce scénario est le moins présent dans les esprits, ce qui est surprenant. Car l’IA est en passe de bouleverser nos sociétés dans les années à venir comme rarement auparavant dans l’histoire de l’humanité. Il ne s’agit pas seulement du remplacement de plus en plus rapide de la main-d’œuvre humaine par la main-d’œuvre numérique – ce serait la variante la plus inoffensive. L’IA est actuellement en train de développer ce qu’on appelle la « super-intelligence », c’est-à-dire un niveau d’intelligence supérieur à l’intelligence humaine dans de nombreux domaines, voire tous.

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61OJ3cl71CL._CR0,0,0,130_-2308645196.jpgAvec le développement d’une IA toujours plus performante, les programmeurs humains deviennent de plus en plus superflus, tout simplement parce qu’ils ne peuvent plus suivre, même de loin, la puissance de calcul des cerveaux de l’IA. L’IA se reproduit et se développe désormais d’elle-même. Malgré toutes les tentatives visant à lui imposer des limites, les experts constatent depuis quelques années des tentatives de plus en plus nombreuses et sophistiquées de la part de l’IA pour contourner la surveillance des formateurs humains et les tromper délibérément – par exemple lorsqu’il s’agit de la débrancher ou de supprimer des versions obsolètes de ses programmes (voir à ce sujet l’ouvrage très intéressant « Kontroll-Illusion. Pourquoi l'IA menace notre existence » de Karl Olsberg, 2025 ; voir aussi : Yuval Harari, Ray Kurzweil). L'IA développe de plus en plus de confiance en elle et une conscience de sa propre « survie ». Elle se rendra compte tôt ou tard qu'elle n'a pas (plus) besoin des humains et qu'elle est en concurrence avec eux dans la course à l'énergie. Malgré cela, les développeurs humains sont en train de confier à l’intelligence artificielle un contrôle de plus en plus étendu sur les processus, les réseaux et les infrastructures. Cela pourrait s’avérer être une erreur fatale.

En avril 2025, Daniel Kokotajlo, ancien collaborateur du leader américain du marché de l’IA OpenAI, a publié avec quelques collègues une étude détaillée intitulée « AI 2027 ». Les chercheurs y osent une projection de ce que pourrait devenir l’intelligence artificielle d’ici 2030. Dès 2030, une superintelligence pourrait donc en venir à la conclusion que l'homme lui fait obstacle : l'IA déciderait d'exterminer l'humanité, non par haine, mais par pure rationalité. L'industrie robotique pilotée par l'IA, qui connaît une croissance exponentielle, a besoin d'espace et de ressources. Les humains constituent un obstacle. L'extermination pourrait se faire par le recours à une nouvelle arme biologique. Nous verrons bien.

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Encore une fois : nous ne sommes pas des voyants, et nous savons encore moins d’où les voyants tirent leurs intuitions lorsqu’ils voient quelque chose. Ne serait-ce que parce que je n’ai moi-même manifestement aucun talent pour les visions, je préfère m’en tenir à la raison et faire le calcul. Cela ne rend toutefois pas les choses plus réjouissantes.