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jeudi, 16 juillet 2026

Le nouveau type biologique - Gottfried Benn sur l’histoire au-delà de la démocratie

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Le nouveau type biologique - Gottfried Benn sur l’histoire au-delà de la démocratie

Constantin von Hoffmeister

Source: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type

Le poète allemand Gottfried Benn (1886-1956) soutient que l’histoire n’avance pas par le choix démocratique ou le consensus public, mais par des forces élémentaires qui surgissent lors de tournants décisifs. Selon lui, les grandes transformations historiques n’émergent jamais des votes ou des débats. L’histoire fait plutôt naître ce qu’il appelle un nouveau type biologique, une génération qui incarne des énergies nouvelles et prend sur elle la tâche de façonner une nouvelle ère. Ce nouveau type n’est pas invité à participer, mais contraint d’agir, de supporter les épreuves et de traduire l’idée directrice de sa génération dans la réalité de son temps. Pour Benn, l’histoire exige la fermeté plutôt que l’hésitation, demandant aux individus d’obéir à ce qu’il considère comme la loi fondamentale de la vie par l’action et le sacrifice.

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Selon Benn, chaque fois qu’un tel type humain nouveau fait son entrée dans l’histoire, les arrangements sociaux existants cèdent inévitablement la place. Les hiérarchies établies sont écartées, les anciennes élites perdent leur position privilégiée, et les traditions intellectuelles qui semblaient autrefois permanentes commencent à s’effacer. Il présente ce processus comme ni accidentel ni évitable, mais comme la conséquence naturelle du renouveau historique. Plutôt que de considérer ces bouleversements comme des tragédies, Benn les interprète comme des signes visibles de la fin d’une époque historique et du début d’une autre, où de nouvelles formes remplacent celles qui ont épuisé leur force créatrice.

livre_galerie_2707306002.jpgBenn s’adresse également à ce qu’il perçoit comme la génération montante, présentant sa conviction intérieure comme une force supérieure à toute puissance matérielle. Il oppose cette énergie juvénile à une classe intellectuelle plus âgée qui, selon lui, a atteint les limites de sa capacité créatrice. Il décrit cette classe comme ne survivant plus que sur les fragments de réalisations passées, tout en tournant son attention vers le confort, la richesse et le respect social, au lieu des idéaux supérieurs. Les symboles de la réussite bourgeoise, comme les maisons luxueuses et les voitures onéreuses, deviennent chez Benn la preuve d’une civilisation qui a troqué la vision contre la satisfaction matérielle. Il exhorte donc la nouvelle génération à ne pas gaspiller ses forces en débats sans fin, mais à se consacrer à la construction d’un nouvel ordre politique.

Les concepts de forme et de discipline occupent une place centrale dans la pensée de Benn. Il les présente comme les fondements essentiels sur lesquels toute civilisation durable doit reposer. À ses yeux, l’autorité politique et la création artistique ne sont pas des forces opposées, mais des expressions complémentaires du même élan civilisationnel. L’ordre, le style, la discipline et l’accomplissement artistique forment ensemble le cadre à l’intérieur duquel un peuple peut façonner son destin. Benn voit donc l’avenir reposer sur deux piliers indissociables : l’État comme organisateur de la vie collective et l’art comme son expression spirituelle suprême.

Benn avance en outre que le pouvoir politique possède une fonction formatrice et non pas seulement coercitive. Selon lui, l’État affine l’individu en réprimant l’impulsivité, en donnant à la personnalité structure, clarté et stabilité. Il emploie un langage artistique pour décrire cette transformation, suggérant que le pouvoir rend l’individu capable d’expression artistique en imposant une forme là où régnait auparavant le désordre. L’autorité politique devient donc, dans la conception de Benn, un instrument par lequel le caractère humain est discipliné et élevé jusqu’à pouvoir participer à un ordre culturel supérieur.

Pourtant, Benn soutient finalement que même l’État le plus fort ne peut accomplir l’acte ultime de la création artistique elle-même. Le pouvoir politique peut préparer les individus en cultivant la discipline, la structure et la disponibilité, mais la véritable réalisation artistique demeure hors de la portée du gouvernement. L’État peut établir les conditions dans lesquelles la culture s’épanouit, mais l’acte créateur appartient au seul artiste. Par cette distinction, Benn préserve l’autonomie de l’art, affirmant que si la politique peut façonner le cadre de la civilisation, les plus hauts accomplissements créateurs naissent toujours de l’esprit indépendant de l’individu.

France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic

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France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Le magazine britannique The New World pose ces jours-ci une question que l’on entend rarement poser aussi ouvertement dans le courant dominant : parmi les trois anciennes puissances dominantes de l’Europe de l’Ouest, laquelle est en réalité la plus profondément en crise? Rien que la formulation de cette question est révélatrice; le constat est désormais si évident que l’on ne peut plus l'escamoter sous le tapis.

Ce qui est réellement remarquable, ce n’est pas le classement, mais le schéma qui se profile derrière lui: trois pays – Londres, Paris, Berlin – affrontent simultanément des crises gouvernementales, connaissent des coalitions qui se désagrègent, et font face à une population qui retire de plus en plus sa confiance à ses institutions. Et dans les trois cas, le débat public reste pourtant dominé par tout autre chose: la course aux armements, la menace russe, le prochain milliard à offrir à l’Ukraine. Quant à l’état dégradé des infrastructures nationales, à l’effondrement des systèmes sociaux, à la perte de confiance des citoyens, on en parle bien plus discrètement, si tant est qu’on en parle.

Lorsque trois gouvernements risquent simultanément de perdre le contrôle de la politique intérieure, l’ennemi extérieur devient la bouée de sauvetage la plus fiable, le seul récit sur lequel les élites de Paris, Berlin et Londres peuvent encore s’accorder, car il détourne l’attention de leurs propres échecs tout en mobilisant des ressources budgétaires qu’il serait autrement presque impossible de justifier politiquement.

La véritable question qui se pose n’est donc pas « qui est le plus profondément en crise », mais bien : combien de temps la politique pourra-t-elle encore se légitimer par l’invocation de menaces extérieures, alors que la substance intérieure s’effrite ?

#géopolitique@global_affairs_byelena

1968: auto-réforme du capital

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1968: auto-réforme du capital

par Francesco Petrone

Source : Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-a...

3065.jpgCostanzo Preve, qui fut un important philosophe, essayiste et politologue italien, a exposé sa thèse selon laquelle 1968 fut un mouvement « anti-bourgeois, mais non anticapitaliste ». Il en était venu à soutenir que 1968 fut le plus grand mouvement de révolte de la petite bourgeoisie de l’histoire.

Pour Preve, la contestation était dirigée contre la bourgeoisie traditionnelle, qui avait pour références la famille, l’Église, les devoirs, l’épargne, l’autorité du père. Elle a tiré à boulets rouges sur le mariage, la carrière, la morale, le « poste fixe ». En ce sens, ce fut profondément anti-bourgeois.

bbd5770ef8959ca66af640c1a4766f61.jpgSelon le philosophe, le mouvement était favorable au capitalisme avancé. En effet, 1968 réclamait plus de marché, plus de mobilité, plus de consommation, plus d’individualisme, plus de « réalisation de soi ». Tout ce dont le capitalisme avait besoin pour passer du modèle « fordiste » — usine, ouvrier, syndicat, collectif — au modèle « post-fordiste » : précaire, créatif, flexible, narcissique.

Le capitalisme des années 1970 avait besoin de détruire les anciennes hiérarchies pour mieux vendre. Pendant que les étudiants occupaient les universités au nom de la « libération », le capital délocalisait et démantelait l’usine. Lorsque la bourgeoisie traditionnelle s’est effondrée, ce n’est pas le communisme qui est arrivé. C’est le marché total.

C’est pourquoi Preve qualifie le mouvement de « révolution que le capital a faite contre lui-même ». « 1968 a été le seul mouvement de masse qui a servi les intérêts objectifs du capital tout en croyant le combattre. » Pour Preve, 1968, c’est le nihilisme plus le marché. Ce ne fut pas une révolution, mais une modernisation capitaliste déguisée en révolution. Ce fut l’enterrement du monde paysan/bourgeois et l’inauguration du nouveau capitalisme.

0209f50714b73f8edd05f59a89e4fcfc.jpgPasolini avait eu la même intuition et l’avait écrit, disant que les étudiants étaient les fils de la bourgeoisie, contrairement aux policiers, qui étaient fils de paysans et d’ouvriers du Sud. Par ces mots polémiques, il voulait dire que 1968 était une guerre civile interne à la bourgeoisie. Pas une lutte des classes.

Pasolini détestait la « bourgeoisie », mais il haïssait encore plus le nouveau pouvoir de la consommation, de la télévision, de « l’homologation ». Pasolini disait que de 1961 à 1975, l’Italie avait changé de race. Nous avons perdu les paysans, les ouvriers, les dialectes, les corps, les rites. À leur place sont arrivés les « ragazzi di vita » du bien-être: tous pareils, tous parlant l’italien de la télévision. Pasolini disait en 1975: «Le bien-être a tué l’Italie plus qu’une guerre ne l’aurait fait». Preve a dit en 2000: «1968 a été l’auto-réforme du capital». Les deux ont affirmé que 1968 n’a pas abattu le capital. Il lui a rendu service en abattant tout ce que le capital n’arrivait pas à détruire : la famille, la honte, la tradition.

19:36 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mai 68, 1968, histoire, idéologie, capitalisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle

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Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle

par Anton Bespalov

Source: https://telegra.ph/Il-soft-power-in-un-mondo-post-egemoni...

Les échanges culturels accompagnent depuis longtemps les interactions politiques et économiques entre États, mais ce n’est qu’au XXe siècle que la diplomatie culturelle a émergé comme politique étatique délibérée. À partir des années 1960, le champ de compétence de la diplomatie publique s’est élargi au-delà de la diffusion culturelle pour inclure la formation de l’opinion publique étrangère, la communication des objectifs politiques et la lutte contre les stéréotypes.

Dans les années 1990, le terme « soft power » est entré dans le discours courant. S’il recoupe largement la diplomatie publique et culturelle, il a aussi une portée plus large: le soft power peut émaner non seulement des acteurs étatiques, mais aussi de la société civile, du monde des affaires et de la culture populaire.

Le phénomène en soi, évidemment, est antérieur à la terminologie utilisée pour le décrire. Culture et pouvoir ont toujours été historiquement liés. Les conquêtes d’Alexandre le Grand ont été accompagnées par la diffusion de la culture hellénistique de l’ouest vers l’est ; l’influence culturelle des premiers siècles de l’islam s’est propagée simultanément dans de multiples directions. Il est intéressant de noter que la diffusion des cultures ne dépend pas nécessairement de la victoire militaire: la défaite de Napoléon, par exemple, n’a pas vraiment contribué à diminuer le prestige de la culture française en Europe et au-delà.

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Ce n’est pas un hasard si le « soft power » est apparu comme concept à la fin de la guerre froide. Les valeurs et modes de vie occidentaux, transmis par des canaux informels et — plus rarement — officiels, ont joué un rôle significatif dans l’érosion des idéologies officielles au sein du bloc de l’Est et, par conséquent, dans l’issue du conflit bipolaire. Bien que le terme « instrumentalisation » ne soit entré que récemment dans le langage courant, la culture a été largement instrumentalisée durant la guerre froide, comme le montre de façon convaincante Frances Stonor Saunders dans son ouvrage Who Paid the Piper?. Par la suite, encouragées par ce succès perçu, les nations occidentales ont mené une campagne visant à gagner les cœurs et les esprits dans le monde non occidental, en créant de nombreuses organisations dédiées à la promotion du soft power.

Aujourd’hui, cependant, les outils du soft power font l’objet de débats beaucoup moins nombreux qu’il y a dix ou quinze ans. En Occident, la rhétorique du pouvoir « dur » classique a pris de plus en plus d’importance. La mobilisation de l’opinion publique européenne contre la Russie et les menaces de Donald Trump de « détruire » la civilisation iranienne sont devenues presque routinières selon les normes actuelles.

Dans le même temps, le soft power occidental traverse aujourd’hui une grave crise de réputation. Le fossé entre les valeurs proclamées et les politiques effectives — qu’il s’agisse de doubles standards dans la gestion des conflits ou de gouvernance économique mondiale — rend les messages culturels et diplomatiques de moins en moins convaincants pour les publics non occidentaux. Là où l’on transmettait jadis une vision d’un avenir désirable, ces messages sont désormais perçus de plus en plus comme des instruments de coercition.

Dans les années qui ont suivi la guerre froide, les États non occidentaux ont en grande partie adopté le modèle occidental. À travers diverses institutions culturelles — ainsi que des médias destinés à un public étranger et largement calqués sur les modèles occidentaux — des pays comme la Russie et la Chine ont en substance reproduit les schémas occidentaux d’influence culturelle. Pourtant, eux aussi ont rencontré des résistances, comme en témoignent les sanctions contre Rossotrudnichestvo, la fermeture des Instituts Confucius dans les pays occidentaux, sans parler du blocage de RT et Sputnik. Bien que ce soit un article de foi dans le courant libéral occidental que les « démocraties » auront toujours un avantage sur les « autocraties » dans le libre marché des idées, un changement discursif significatif s’est produit.

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Le soft power des États non occidentaux est désormais de plus en plus perçu, par défaut, comme potentiellement nuisible aux intérêts occidentaux — il est rebaptisé « sharp power ». Joseph Nye, qui a inventé le terme, a un jour mis en garde sur la nécessité de distinguer entre les deux concepts et de ne pas entraver les efforts légitimes de soft power des pays non occidentaux ; l’expérience récente, cependant, suggère le contraire.

L’avenir du soft power dans le dialogue bilatéral entre la Russie et la Chine (Hua Han)

La Chine et la Russie ne se limitent plus à mettre en œuvre des pratiques et instruments de soft power parallèles, mais convergent progressivement vers une configuration hybride que l’on peut qualifier de « soft power stratégique ». Cette forme émergente d’influence combinée intègre infrastructures, médias, connectivité des ressources clés et plateformes institutionnelles dans une architecture géopolitique unifiée.

L’analyse de la crise du détroit d’Ormuz, du conflit en Ukraine, de la chaîne russe RT, de la chinoise CGTN, du réseau médiatique TV BRICS, de la coopération arctique et de l’initiative chinoise « Belt and Road » montre comment le soft power est devenu indissociable de la connectivité matérielle et de l’alignement géopolitique dicté par les crises, écrit Hua Han, cofondateur et secrétaire général du Beijing Club for International Dialogue.

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En Chine, la reconnaissance des limites du soft power a donné naissance à un débat croissant sur le « pouvoir discursif » — c’est-à-dire la capacité à façonner l’agenda international, élaborer des récits et déterminer les cadres de référence dans lesquels sont débattues les questions clés. L’objectif n’est plus simplement d’être apprécié, mais de s’exprimer dans un langage que les autres sont obligés d’écouter. L’efficacité de cette approche demeure débattue, mais le changement d’accent est en soi révélateur.

L’expérience récente de la Russie offre un autre exemple instructif, d’une perspective différente. Les tentatives de « cancel culture », dirigées contre la Russie depuis 2022, ont couvert un large éventail: de l’exclusion des athlètes russes des compétitions sous leur propre drapeau à la suppression des œuvres de compositeurs russes dans les programmes de concerts. L’ampleur de ces mesures n’a pas eu de précédent ces dernières décennies. Pourtant, la culture russe n’a pas disparu de la scène mondiale; la langue russe a conservé sa position dans les régions où elle est traditionnellement forte ; et la perception de la Russie dans le Sud global n’a changé que marginalement — parfois même en mieux.

La culture, à la différence des flux financiers ou des fournitures d’équipements, est difficile à bloquer totalement par des moyens administratifs.

Cela ramène à la question plus large de l’efficacité des institutions étatiques de diplomatie culturelle. Les canaux informels, la « seconde voie » comme on l’appelle, donnent souvent des résultats bien supérieurs. Un label étatique infuse inévitablement un message politique dans le message culturel, et le public réagit en conséquence. Cela ne signifie pas que l’État doive se retirer complètement de cette sphère. Cependant, son rôle pourrait être repensé de façon plus utile: non pas comme producteur et distributeur de contenus culturels, mais comme promoteur de conditions favorables à la prospérité des échanges informels: politiques de visas, mobilité académique, accessibilité aux infrastructures numériques et absence de restrictions excessives sur les exportations culturelles.

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Dans ce contexte, les nouvelles technologies — notamment l’intelligence artificielle — méritent une attention particulière. Historiquement, les barrières linguistiques ont constitué l’un des principaux obstacles à la diffusion organique des cultures. Aujourd’hui, le développement d’outils de traduction automatique pour les contenus vidéo, par exemple, contribue à surmonter cet obstacle. Des spectateurs au Brésil ou en Indonésie, ayant un accès direct à des vidéos russes, chinoises ou iraniennes dans leur langue maternelle, se forgent leur propre perception de ces pays. Cela ne garantit pas la sympathie — l’exposition directe peut autant susciter l’attirance que la répulsion — mais offre au moins la possibilité d’une perception plus complexe et nuancée, susceptible de dépasser le poids des stéréotypes ancrés.

En ce sens, les avancées technologiques ouvrent des perspectives tout à fait nouvelles. La diplomatie culturelle de demain sera peut-être bien moins l’œuvre des États et des institutions spécialisées, et bien davantage le fait d’algorithmes, de plateformes et de millions d’utilisateurs individuels qui n’auraient jamais imaginé devenir des acteurs de la diplomatie. L’influence culturelle, dès lors, ne disparaît pas : elle emprunte simplement des canaux de plus en plus informels. Les États qui reconnaissent ce fait et élaborent des politiques qui laissent place à de tels canaux seront en meilleure position que ceux qui s’obstinent à vouloir contrôler d’en haut cet instrument rétif.

Publié préalablement sur Valdai : https://valdaiclub.com/a/highlights/soft-power-in-a-post-...

14:08 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, soft power | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 15 juillet 2026

Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne

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Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-mod...

Modèle allemand ou modèle chinois pour relancer l’économie stagnante de l’Europe en déclin qui, à cause de cela même, se montre de plus en plus belliciste? Paradoxalement, la Chine aurait besoin du modèle allemand, l’original, avec davantage d’État-providence, de cogestion, de participation. Et l’Europe, pas seulement l’Allemagne, aurait besoin de plus de sérieux dans les hautes études, dans la formation professionnelle, de plus de méritocratie et de moins de dirigeants et de cadres cooptés uniquement par relations.

Il est indéniable qu’à ce stade, c’est l’Europe qui court le plus de risques. Avec une classe politique qui patauge dans l'indécence et un monde entrepreneurial atteint de myopie, avachi par sa lâcheté, perclus d'avarice. Les résultats sont visibles, avec un PIB stagnant, aucune idée, aucun projet qui ait une perspective, ne serait-ce qu’à moyen terme. Mañana por la mañana et pas au-delà. Trop compliqué d’imaginer l’avenir à plus trois jours, à plus d'une semaine.

Trop pénible d’essayer d’expliquer à un gouvernement, à n’importe quel gouvernement, que l’austérité se transforme en pauvreté et que la pauvreté réduit la consommation. Les exportations ne suffisent pas, surtout en période de grandes tensions internationales.

Mais cela vaut aussi pour la Chine. Qui possède un marché intérieur immense mais asphyxié. Et qui aurait besoin d’un marché mondial prêt à absorber la surproduction de Pékin. Évidemment, la pauvreté des Européens favorise l’exportation de produits chinois de basse qualité et à bas prix. C’est pourquoi entrepreneurs et politiques européens veulent imposer des droits de douane et des barrières aux produits chinois. Dans l’espoir que les familles européennes, de plus en plus pauvres, achèteront alors des produits européens à des prix aberrants. Mais le chancelier allemand, à la solde de la finance internationale, exige que les familles s’appauvrissent toujours plus pour que l'on achète des armes…

Evola sur le problème de la décadence

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Evola sur le problème de la décadence

par Joakim Andersen

Source: https://www.arktosjournal.com/p/evola-on-the-problem-of-d...

La métapolitique du langage consiste, entre autres, à retirer de la sphère publique, d’une manière plus ou moins discrète, ces modes de pensée et de perception utiles qui pourraient faciliter le processus que Steve Sailer appelle « remarquer ».

Certains concepts nous aident à reconnaître des schémas : comparez des termes tels que « anarcho-tyrannie », « classe » et « cuckservatism ». Ceux qui ne veulent pas que ces schémas soient remarqués ne trouvent pas non plus leur intérêt à ce que de tels concepts se répandent.

imagdbles.jpgUn tel concept, avec une longue histoire, est celui de la décadence, utilisé non seulement par les fascistes et les réactionnaires, mais historiquement par tout le monde, des communistes comme Karl Marx aux politiciens conservateurs comme Arthur Balfour. En passant, on peut aussi mentionner la chanson suédoise Dekadensen (« La Décadence ») du troubadour Dan Berglund  (photo) en 1979, comme exemple de la façon dont ce terme était autrefois fortement associé aux classes supérieures, même au sein de la gauche radicale.

Les définitions précises de la décadence ont varié, tout comme les explications qui en ont été données. Là où de Gobineau mettait l’accent sur le métissage et Auster sur la perte de foi, les marxistes ont eu tendance à insister sur des facteurs plus matériels.

71N33n-vu-L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgUne analyse intéressante est proposée par le traditionnaliste Julius Evola dans « Le problème de la décadence ».« Le problème de la décadence » d’Evola est inclus dans le volume Recognitions — publié en anglais par Arktos (pour toute commande: https://arktos.com/product/recognitions/)

Dans ce court essai, Evola aborde la question de savoir comment le monde traditionnel a pu être remplacé par le monde moderne, malgré la supériorité du premier — d’abord en Occident, puis à travers le globe. Sa vision de l’histoire diffère de celle des libéraux en ce qu’il ne part pas de l’idée de « progrès », mais au contraire, de celle de « déclin ». Cependant, sa distance par rapport à la vision libérale va plus loin.

Evola considère la société traditionnelle comme fondée sur la souveraineté plutôt que sur la violence. Il parle ici

«de l’attribut “olympien” de la véritable autorité et souveraineté […] de sa manière de s’affirmer directement, non par la violence mais par la présence»¹.

De plus, il note que

«l’adhésion et la reconnaissance de la part de l’inférieur constituent en fait la base fondamentale de toute hiérarchie normale et traditionnelle. Ce n’est pas le supérieur qui a besoin de l’inférieur, mais l’inférieur qui a besoin du supérieur».

Le lecteur attentif remarquera sans doute une certaine affinité ici avec l’anarchisme, quoique d’une variété non égalitaire.

Dans une société traditionnelle, certains individus incarnent des qualités admirables de telle sorte que les autres les reconnaissent et les suivent volontairement: dans la culture populaire, on peut comparer la relation entre Splinter et les Tortues, ou Yoda et Luke. À ce sujet, Evola écrit ailleurs :

«la tradition est pour nous la présence victorieuse et créatrice dans le monde de ce qui “n’est pas de ce monde”, c’est-à-dire de l’esprit, conçu comme quelque chose de plus fort que toute force purement matérielle et simplement humaine»².

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Et :

«L’antithèse entre esprit et pouvoir, l’opposition entre force et autorité n’est, une fois encore, qu’une caractéristique de la pensée “moderne”».

À bien des égards, Evola fonctionne comme un « anti-Marx » nécessaire, bien qu’il ait également observé que, dans une société suffisamment décadente, les théories peu flatteuses et la vision de la nature humaine avancées par Marx et Freud décrivent effectivement de larges segments de la population.

À partir de ce point de départ, Evola explique comment les civilisations traditionnelles peuvent s’effondrer lors de révolutions plus ou moins soudaines. Cela ne signifiait pas nécessairement que leur noyau avait dégénéré; il s’agissait plutôt d’une conséquence du libre arbitre. Dans «Le problème de la décadence», il compare cela aux récits de la Chute de l’Homme et de la rébellion des anges :

«Le révolutionnaire commence par tuer la hiérarchie en lui-même, mutilant en lui-même ces possibilités qui correspondent à la fondation intérieure de l’ordre — et il procède ensuite à démolir l’ordre à l’extérieur de lui également».

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Cela enclenche un processus qui peut aboutir à l’effondrement de la hiérarchie, menant souvent au régicide ou à l’assassinat d’empereurs, comme en Russie et en Éthiopie. Mais, selon Evola, il s’agit fondamentalement d’un processus intérieur, dont les premiers stades passent souvent inaperçus :

«Sans destruction intérieure préalable, aucune révolution».

Comme on peut le voir, il n’est pas déraisonnable de compléter l’analyse traditionnelle d’Evola de la décadence avec des penseurs comme Gobineau et Marx. Quoi qu’il en soit, son accent sur des facteurs et processus non matériels demeure précieux.

La décadence est, avant tout, une incapacité et une réticence à percevoir même les aspects supérieurs de l’existence. Elle se combat donc principalement par la discipline personnelle et le travail intérieur, dont le but, selon Evola, est  

«une adhésion absolue à la vérité, la droiture, la capacité de subordonner la personne à l’œuvre, l’inflexibilité et la rigueur de l’idée, l’indifférence à toute reconnaissance extérieure et à tout avantage matériel»³.

EN SAVOIR PLUS: Julius Evola : Une vie aventureuse, par Andrea Scarabelli, disponible en édition reliée, brochée et ebook chez Arktos et PRAV Publishing - chez Ars en version française: https://www.editions-ars-magna.com/livre/scarabelli-andrea-la-vie-aventureuse-de-julius-evola/

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Notes: 

¹ Julius Evola, « Le problème de la décadence » dans Recognitions.

² Julius Evola, « Sur le secret de la dégradation ».

³ Julius Evola, « L’Ordre de la Couronne de Fer ».

15:52 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : julius evola, tradition, traditionalisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

On ne négocie pas avec Dadjdjal - L’escalade doit être mutuelle

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On ne négocie pas avec Dadjdjal

L’escalade doit être mutuelle

Alexander Douguine

Alexander Douguine explique pourquoi l’escalade doit être mutuelle, sinon les négociations avec l’Occident deviennent un piège.

Comme on pouvait s’y attendre, aucune paix entre l’Iran et les États-Unis n’a jamais vu le jour. Les États-Unis ont repris leurs bombardements sur le territoire iranien. Téhéran a frappé les bases militaires américaines à Bahreïn et a de nouveau fermé le détroit d’Ormuz. Cela n’a pas fonctionné, et cela n’aurait jamais pu fonctionner. On ne forge pas d’accords avec Dadjdjal¹. C’est un principe fondamental de la métaphysique chiite.

Retarder la guerre et maintenir la simple apparence de négociations joue toujours et dans toutes les circonstances en faveur de l’Occident.

En Iran, tout comme dans notre propre guerre russe contre l’Occident, il existe une règle inébranlable: l’escalade doit être réciproque. L’ennemi intensifie, nous intensifions. Ce n’est qu’alors que nous pouvons influencer le processus. Sinon, l’ennemi intensifie unilatéralement, entièrement dans son propre intérêt, tandis que nous nous contentons de réagir de manière passive, en mode « suiveur ». En réalité, ce type d’escalade unilatérale en temps de guerre crée un système de contrôle externe.

Au fait, pourquoi ne brûle-t-on pas de statues de Baal en Russie ? Pourquoi ne soulevons-nous pas une tempête contre les réseaux criminels liés à Epstein ? Pourquoi ne répondons-nous en aucune manière significative à la participation directe des pays occidentaux — les États baltes, la Grande-Bretagne et l’Allemagne — à la guerre contre nous, même si nous en faisons nous-mêmes le rapport ?

L’Iran va à la table des négociations et n’en retire rien. Pour les observateurs extérieurs, cela est évident. Parfois, on voit les choses plus clairement depuis l’extérieur.

D’ailleurs, juste après les premières frappes américaines et israéliennes contre la direction iranienne, les Gardiens de la Révolution (IRGC) ont éliminé une part significative de la sixième colonne. Apparemment, certains subsistent encore. 

Des négociations peuvent avoir lieu, mais on ne doit les mener uniquement dans son propre intérêt et jamais publiquement. Dès qu’elles deviennent ouvertes et publiques, elles se transforment instantanément en une arme d’information que seul l’Occident utilise, et exclusivement à ses propres fins.

C’est pourquoi toute mention de Witkoff, Kushner, ou même Kirill Dmitriev, à un certain moment, devient un coup porté au moral des soldats au front et à l’état d’esprit patriotique du pays. Une seule mention suffit. C’est la même chose avec la diffusion apparemment innocente d’un ancien programme de Vladimir Pozner sur Channel One².

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La même chose se produit avec les Iraniens. Lors des funérailles de l’Imam Khamenei et de sa famille, des malédictions furieuses ont été lancées contre ceux qui négocient avec Dadjdjal : Pezeshkian et Araghchi. Je ne pense pas qu’ils soient personnellement coupables. C’est simplement ainsi que fonctionnent les lois de la guerre de l’information. L’Occident fixe ces règles, et il est le seul à les utiliser de manière unilatérale.

(Traduit du russe)

Notes:

(1) Note du traducteur (NT) : Dadjdjal est le faux messie borgne et l’ultime trompeur dans l’eschatologie islamique. Dans la tradition chiite en particulier, il incarne le mal absolu et la tromperie, rendant toute forme de compromis avec lui impossible.

(2) NT : Douguine fait référence à la rediffusion d’anciens programmes de Vladimir Pozner, journaliste russe bien connu pour ses opinions libérales et pro-occidentales. Même des émissions apparemment inoffensives de ce genre sont vues par de nombreux patriotes comme des instruments subtils de la guerre de l’information, qui minent le moral public et la volonté de résister.

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L’art grec de la curiosité - La merveille civilisationnelle grecque

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Réouverture de l’Agora

L’art grec de la curiosité

La merveille civilisationnelle grecque

Source : https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curios...

Les grandes civilisations abordent le monde non pas avec peur, ni avec une naïveté résignée, mais avec une confiance fondée sur la réalité qu’elles construisent. De telles civilisations ne s’enferment pas dans leur coquille pour finalement s’éteindre. Elles possèdent quelque chose qui échappe à notre époque et à nos schémas de pensée : elles détiennent un centre vivant, un noyau fertile qui engendre l’avenir avec assurance. C’est ce qu’elles protègent à tout prix, mais sans s’y retrancher.

Les Grecs offrent l’un des exemples les plus clairs de ce phénomène, tant dans son expansion que dans sa contraction.

Beaucoup de débats contemporains sur l’identité et la civilisation oscillent – à l’extrême – entre deux pôles. D’un côté se trouve le fantasme de l’ouverture totale: l’idée que toutes les cultures sont interchangeables, que la continuité est sans importance, que l’enracinement est suspect d’extrémisme. De l’autre côté, une rigidité défensive: la conviction que les cultures ne survivent qu’en se protégeant de tout contact.

Les Grecs suggèrent une troisième possibilité.

Ils se distinguaient nettement des autres. Ils défendaient la polis, valorisaient et raréfiaient la citoyenneté, cultivaient des lois, des rites et des formes d’éducation qui leur étaient propres. Pourtant, ils voyageaient aussi, commerçaient, questionnaient, absorbaient, comparaient, métabolisaient et transformaient. Leur civilisation n’était ni informe comme la bouillie occidentale actuelle, ni fermée non plus. Elle était perméable à l’expérience, sans être fragile.

b3dc7ba1c2a11d625a8f84dc6fd9dbb8.jpgCet équilibre mérite une attention renouvelée.

Les Grecs étaient profondément conscients de la différence culturelle. La distinction entre Grecs et « barbaros » était réelle et significative. Pourtant, le terme désignait au départ moins l’origine que la langue et l’intelligibilité: le langage des étrangers sonnait comme des sons incompréhensibles, des « bar-bar », aux oreilles grecques, habituées aux plus hautes octaves de l’harmonie mathématique du cosmos. Au fil du temps, surtout après les guerres médiques, le terme acquit des dimensions politiques et morales.

Cependant, même lorsque les Grecs jugeaient les autres peuples, ils cessaient rarement de les observer. Cette curiosité est l’un des fondements de la civilisation grecque.

Hérodote, le père de l’histoire, ne se contentait pas de raconter les guerres. Il voyagea en Égypte, en Perse, en Scythie, en Lydie, et au-delà, enregistrant coutumes, croyances, pratiques funéraires, systèmes politiques et mythes. Ses Histoires ne sont pas seulement une chronique du conflit entre la Grèce et la Perse; elles comptent parmi les premières grandes œuvres de civilisations comparées.

À un moment donné, Hérodote raconte que les Grecs brûlaient leurs morts tandis que certains peuples indiens consommaient rituellement les corps de leurs parents après leur décès. Chaque groupe considérait les coutumes de l’autre avec horreur.¹

Hérodote conclut que la coutume, en tant que nomos, règne en maître parmi les êtres humains. Ce passage est remarquable car il démontre quelque chose de rare: la reconnaissance que les sociétés humaines vivent leurs propres modes de vie comme naturels. C’est une reconnaissance que la plupart des sociétés et groupes religieux n’ont toujours pas aujourd’hui.

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Les Grecs n’habitaient pas un monde sans hiérarchie ni jugement. Ils pouvaient être arrogants, impériaux, exclusifs et violents. Athènes elle-même pouvait se montrer impitoyable envers ses alliés et rivaux, y compris d’autres Grecs.

La civilisation grecque n’était pas innocente. Et pourtant, contrairement à de nombreux systèmes ultérieurs, les Grecs cherchaient rarement l’effacement total de l’Autre.

Cette distinction est importante.

La civilisation grecque s’est répandue à travers la Méditerranée par les colonies, les routes commerciales, les sanctuaires, la langue, la philosophie et le prestige. Pourtant, l’Égypte resta égyptienne sous les Ptolémées. Les villes phéniciennes conservèrent leur caractère. Les cultes anatoliens survécurent et se mêlèrent aux formes grecques de culte. Les dieux étrangers étaient souvent interprétés à travers les yeux grecs plutôt qu’anéantis purement et simplement. L’instinct grec inclinait fréquemment vers la traduction plutôt que la suppression.

8a571556b5b26e21655c2b23ab324a87.jpgCela révèle quelque chose d’important sur la mentalité grecque.

Les Grecs semblent avoir possédé un noyau civilisationnel suffisamment fort pour risquer la rencontre.

Leur confiance ne provenait pas seulement de la force militaire ou du succès économique, mais d’une conviction plus profonde sur l’intelligibilité du monde. La civilisation grecque reposait sur une idée du kosmos : non simplement l’ordre, mais un ordre porteur de sens. Le monde pouvait être contemplé, interprété, mesuré, orné, discuté.

Cette orientation a produit des conséquences culturelles extraordinaires. La réussite grecque ne fut pas la séclusion ni la revendication de pureté. Ce fut la sélection. Ou peut-être plus précisément: la transformation.

Les Grecs copiaient rarement de façon mécanique. Ils absorbaient, recomposaient, proportionnaient, et rendaient les choses reconnaissablement grecques.

Ce même esprit apparaît dans la philosophie elle-même.

Aristote écrit que tous les hommes désirent naturellement savoir. L’émerveillement, thauma, devient le commencement de la philosophie. La curiosité n’est pas considérée comme une faiblesse ou une déstabilisation, mais comme le point de départ de la civilisation.²

Cela peut expliquer pourquoi la civilisation grecque a produit non seulement l’art et la politique, mais aussi l’enquête elle-même comme idéal culturel.

L’agora n’était pas simplement un marché.

C’était un espace de rencontre et de fécondation croisée.

Le symposium n’était pas simplement un divertissement.

C’était un rituel de conversation disciplinée.

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La tragédie ne détournait pas simplement de la réalité comme une série en ligne.

Elle examinait les limites entre les humains, les dieux et la Nature qui gouverne tout, la souffrance, l’hubris, la délivrance, et la fragilité de ce que nous percevons comme un ordre intouchable.

La civilisation grecque éduquait ses citoyens au sens de la perception.

C’est peut-être pour cela que la Grèce continue de hanter l’Europe. Non pas parce que l’Europe « descend » de la Grèce au sens linéaire et simpliste, mais parce que le monde grec a formulé des questions qui restent pertinentes aujourd’hui :

Comment les êtres humains doivent-ils vivre ensemble ?

Qu’est-ce qui constitue la citoyenneté ?

Comment une société peut-elle rester ouverte sans se perdre ?

La curiosité peut-elle coexister avec la continuité ?

Qu’est-ce qui permet à la rencontre de produire une civilisation plutôt que le chaos ?

Ces questions pourraient en effet définir le XXIe siècle.

Notes:

(1) « Lorsque Darius était roi, il convoqua les Grecs qui étaient avec lui et leur demanda à quel prix ils mangeraient les corps morts de leurs pères. Ils répondirent qu’il n’y avait aucun prix pour lequel ils feraient cela. Ensuite, Darius convoqua les Indiens appelés Callatiae, qui mangent leurs parents, et leur demanda … ce qui les rendrait disposés à brûler leurs pères à leur mort. Les Indiens poussèrent des cris, disant qu’il ne fallait pas parler d’un acte aussi horrible… il est justement dit dans le poème de Pindare que la coutume est le maître de tous. » (« νόμος ὁ πάντων βασιλεὺς θνατῶν τε καὶ ἀθανάτων ». Cité dans le Gorgias de Platon à partir d’un poème de Pindare autrement inconnu. Hdt. 3.38.4)

(2) « C’est par l’émerveillement que les hommes commencent maintenant et ont commencé à philosopher ; s’émerveillant d’abord devant les perplexités évidentes, puis, peu à peu, posant des questions sur les choses plus importantes aussi, par exemple sur les changements de la lune et du soleil, sur les étoiles et sur l’origine de l’univers. Or, celui qui s’émerveille et est perplexe pense qu’il est ignorant (ainsi, l’amateur de mythes est en quelque sorte philosophe, puisque les mythes sont composés de merveilles) »

« …διὰ γὰρ τὸ θαυμάζειν οἱ ἄνθρωποι καὶ νῦν καὶ τὸ πρῶτον ἤρξαντο φιλοσοφεῖν, ἐξ ἀρχῆς μὲν τὰ πρόχειρα τῶν ἀτόπων θαυμάσαντες, εἶτα κατὰ μικρὸν οὕτω προϊόντες καὶ περὶ τῶν μειζόνων διαπορήσαντες, οἷον περί τε τῶν τῆς σελήνης παθημάτων καὶ τῶν περὶ τὸν ἥλιον καὶ ἄστρα καὶ περὶ τῆς τοῦ παντὸς γενέσεως. ὁ δ᾽ ἀπορῶν καὶ θαυμάζων οἴεται ἀγνοεῖν(διὸ καὶ ὁ φιλόμυθος φιλόσοφός πώς ἐστιν: ὁ γὰρ μῦθος σύγκειται ἐκ θαυμασίων)(Aristot. Met. 1.982b)

 

mardi, 14 juillet 2026

Frédéric II et l’Eurasisme: deux visions de l’empire

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Frédéric II et l’Eurasisme: deux visions de l’empire

Constantin von Hoffmeister

Source: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism

L’histoire revient souvent aux mêmes questions, même lorsqu’elle apporte des réponses différentes. Une époque s’exprime à travers des rois, une autre à travers des philosophes. L’une se dispute châteaux et routes commerciales, une autre technologie, économie et l’équilibre de pouvoir entre continents. Pourtant, sous ces différences apparentes se cache un problème familier: comment de nombreux peuples peuvent-ils vivre sous un même ordre politique sans devenir identiques?

IMG_20260714_185825.jpgLe penseur de la Nouvelle Droite allemande Wolfgang Strauss (1931–2014 - Photo: Wolfgang Strauss et Robert Steuckers lors de l'Université d'été du journal berlinois Junge Freiheit, 1995) trouve une réponse dans la figure de Frédéric II (1194–1250), l’empereur médiéval du Saint-Empire romain germanique qui régnait depuis la Sicile et se tenait au carrefour de l’Europe et de la Méditerranée orientale.

Le philosophe russe Alexandre Douguine (né en 1962) aborde la même question du point de vue de la géopolitique contemporaine à travers sa théorie de l’Eurasisme. Bien que Strauss se tourne vers le monde médiéval tandis que Douguine traite de la géopolitique actuelle, tous deux tentent de comprendre comment l’unité politique peut coexister avec une diversité ethnoculturelle durable. Leurs réponses diffèrent sur des points importants, mais chacun remet en cause des présupposés devenus courants à l’époque moderne.

Strauss présente Frédéric II comme un souverain qu’on ne peut comprendre à travers les catégories du nationalisme ultérieur. Son empire n’était pas conçu pour produire un peuple unique parlant une langue sous une administration uniforme. Au contraire, il rassemblait des Allemands, des Italiens, des Grecs, des Arabes, des Juifs et bien d’autres communautés dont l’histoire précédait de loin son règne. La Sicile elle-même reflétait des siècles d’influence romaine, byzantine, arabe et normande, ce qui faisait d'elle l’une des régions les plus diverses de l’Europe médiévale. Frédéric n’héritait pas d’une page blanche pour créer un nouvel ordre politique ; il héritait de la complexité. Strauss soutient que son accomplissement ne réside pas dans l’effacement de cette complexité, mais dans sa capacité à gouverner à travers elle. La loi, la diplomatie, l’érudition et l’administration devinrent des instruments pour maintenir une structure politique assez large pour contenir de nombreuses traditions sans exiger qu’aucune ne cesse d’exister.

imaadudpges.jpgDouguine part d’un monde façonné par des forces différentes. L’industrialisation, les communications mondiales, les marchés internationaux et les États modernes ont transformé la vie politique au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer au XIIIe siècle. Pourtant, il soutient que sous ces changements, les unités les plus profondes de l’histoire restent les civilisations, plutôt que des individus isolés ou des États seuls.

Les civilisations se développent sur des siècles à travers la religion, la langue, la mémoire collective, la géographie et les institutions héritées. Elles ne peuvent simplement être redessinées selon un modèle universel. De ce point de vue, l’Eurasisme est moins une description géographique qu’une tentative de comprendre comment différents centres civilisationnels coexistent dans le système international. Douguine s’interroge donc sur la possibilité qu’un modèle politique ou culturel unique puisse représenter adéquatement des sociétés ayant des expériences historiques profondément différentes. Son argument porte sur le présent, mais il renvoie à d’anciens débats sur la diversité et l’ordre politique.

Strauss présente l’empire médiéval comme fondamentalement différent de l’État-nation centralisé apparu plusieurs siècles plus tard. L’autorité circulait à travers des loyautés superposées, des coutumes régionales, des privilèges locaux et des institutions impériales, plutôt que par une uniformité administrative complète. Frédéric régnait sur des territoires très différents les uns des autres, qui conservaient souvent leurs propres traditions juridiques. Douguine affirme également que de grands espaces politiques n’ont pas besoin d’effacer les différences historiques des peuples qui les habitent. Bien que les formes institutionnelles qu’il évoque appartiennent au monde moderne, il rejette lui aussi l’idée que la stabilité politique exige une homogénéisation culturelle totale. Dans les deux cas, l’empire apparaît moins comme une machine à produire de la similitude que comme une structure capable, du moins en théorie, de contenir la diversité au sein d’un cadre politique élargi.

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La religion occupe aussi une place centrale dans les deux visions, bien que de manières différentes. Strauss décrit Frédéric comme un souverain exceptionnellement disposé à dialoguer avec le monde islamique par la diplomatie, l’érudition et la négociation. La récupération de Jérusalem lors de la Sixième Croisade, obtenue principalement par traité plutôt que par guerre prolongée, illustre un style politique qui préfère souvent l’accord pragmatique à la confrontation militaire. La cour de Frédéric attirait des savants intéressés par la philosophie, la médecine, l’astronomie et les sciences naturelles issus de plusieurs traditions. Douguine aborde la religion autrement. Plutôt que de se concentrer sur la diplomatie d’un souverain, il considère les traditions religieuses comme des éléments essentiels à la formation historique des civilisations elles-mêmes. Christianisme, islam, bouddhisme, hindouisme et autres traditions deviennent partie de la mémoire historique longue à travers laquelle les civilisations se comprennent.

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La géographie joue également un rôle décisif. Strauss revient sans cesse sur l’importance de la Sicile et de la Méditerranée, où l’Europe, l’Afrique et l’Asie se sont rencontrées par le commerce, la diplomatie et la migration. L’empire de Frédéric occupait une position stratégique liant ces mondes. Idées, biens et personnes traversaient la mer sans cesse, faisant de la Méditerranée moins une ligne de séparation qu’une zone de contact. Douguine élargit considérablement cette perspective géographique. Son analyse s’étend sur l’immense masse continentale eurasienne et considère comment montagnes, plaines, rivières, littoraux et frontières stratégiques influencent le développement politique sur de longues périodes. La géographie, dans les deux récits, n’est jamais seulement un terrain physique : elle façonne les échanges économiques, la stratégie militaire, les interactions culturelles et l’expérience historique. Les idées politiques, suggèrent-ils, émergent en partie des paysages où se développent les civilisations.

Strauss écrit en tant qu’interprète de l’histoire médiévale. Sa préoccupation centrale est de comprendre un empereur extraordinaire dans le monde politique et intellectuel du XIIIe siècle. Les preuves proviennent des chroniques, des réformes juridiques, de la diplomatie et des institutions du Saint-Empire romain et du Royaume de Sicile. Douguine écrit en tant que philosophe politique contemporain, abordant des questions posées par l’ordre international du XXIe siècle. Les exemples historiques servent ses arguments théoriques plus larges, plutôt que d’en constituer le sujet principal. Strauss reconstitue donc un cas historique. Douguine construit une structure philosophique. Cette distinction est importante, car l’explication historique et la théorie politique poursuivent des objectifs différents, même lorsqu’elles examinent des thèmes connexes.

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Une autre différence importante concerne la place de l’individu. Strauss place Frédéric lui-même au centre de son récit. L’intelligence, l’éducation, la curiosité et la capacité administrative de l’empereur aident à expliquer le caractère distinctif de son règne. Sa personnalité devient une force historique en soi. Douguine accorde beaucoup plus d’importance aux civilisations en tant qu’acteurs collectifs. Les dirigeants individuels peuvent influencer les événements, mais ils agissent au sein de communautés historiques dont les identités se sont développées sur des siècles. Ainsi, la force motrice de l’histoire passe des souverains exceptionnels aux formations culturelles durables. Une perspective met en avant la biographie ; l’autre la continuité historique. Ensemble, elles illustrent deux méthodes différentes pour expliquer le changement politique.

La comparaison soulève aussi des questions plus larges sur le sens de l’ordre politique. Les débats modernes supposent souvent que les structures politiques plus larges suppriment inévitablement les identités locales et les remplacent par une uniformité centralisée. Strauss complique cette hypothèse en présentant un empire médiéval qui a préservé une diversité régionale considérable tout en maintenant une autorité générale. Les historiens continuent de débattre de l’efficacité de cet équilibre en pratique, mais l’exemple lui-même remet en cause les récits historiques simplistes. Douguine soutient de même que les grandes formations politiques ne doivent pas effacer les distinctions historiques si elles sont organisées autour de la reconnaissance de la pluralité civilisationnelle, plutôt que d’une homogénéisation culturelle. Que l’on soit d’accord ou non avec l’une ou l’autre interprétation, toutes deux encouragent un nouvel examen de présupposés souvent considérés comme évidents.

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Ainsi, le chemin serpente à travers les royaumes de la mémoire, où les pierres des vieux palais se souviennent encore du pas d’empereurs oubliés, et où les rivières portent les noms de peuples depuis longtemps disparus de la terre. Là, l’aigle tourne au-dessus de la montagne et de la mer, ne voyant ni l’Orient ni l’Occident seuls, mais tout l’horizon sous les cieux tournants. Les trônes s’effondrent, les bannières pâlissent, et les voix des rois se dissipent dans le silence, mais le labeur de chaque génération demeure identique : unir la justice à la force, la sagesse au pouvoir, et de nombreux peuples dans une paix qui ne demande pas l’oubli. Car tout empire fondé uniquement sur l’épée se disperse comme la poussière au vent, mais tout royaume qui honore la mémoire de ses peuples, la mesure de la terre et l’ordre inscrit dans le temps laisse derrière lui une lumière que ni les siècles ni les ruines ne sauraient entièrement éteindre.

Entreprises et Autarkeia: économie civilisée

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Les formes du politique

Entreprises et Autarkeia: économie civilisée

Source: https://spenglarianperspective.substack.com/p/firms-and-a...

Merci à vous tous de soutenir Spenglarian.Perspective.

Pour Spengler, l’argent est un concept, une théorie de l’esprit qui attribue de la valeur à des choses dépourvues de valeur intrinsèque. Parce qu’il s’agit d’une théorie de l’esprit, il est également soumis aux modes de pensée particuliers de chaque culture qui le produit. Nous avons vu dans un précédent article sur l’argent que les conceptions classique et occidentale de la monnaie sont mutuellement opposées (cf. http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2026/03/09/p... ). Pour la Grèce, la valeur est inhérente à sa physicalité stable. L’or a une valeur intrinsèque, donc il est façonné en pièce. En Occident, la valeur est produite par la concentration d’énergie et la canalisation en force, la force directionnelle étant un concept totalement étranger à la pensée grecque. Ainsi, la monnaie occidentale, comme sa politique, sa science et ses mathématiques, est dynamique et fondée sur des relations entre des points variables, tandis que la monnaie grecque, encore une fois comme sa pensée et sa politique, repose sur des substances statiques sans conception du passé ni du futur.

Dans la civilisation, ce concept se transforme en formes grandioses. Spengler désigne le capitalisme occidental comme un produit de la pensée cosmopolite et le capital comme la force qui maintient l’économie en mouvement et génère ainsi de la valeur. De façon contemporaine dans la Grèce hellénistique, l’économie avait un effet magnétique qui attirait la monnaie physique du monde connu vers les centres commerciaux.

b9e828a6f974782ef7984b8d858a8fbb.jpgDans chaque cité-État, Spengler note l’idéal commun d’Autarkeia, où chaque polis cherchait à isoler son économie du reste et à être totalement indépendante des autres, disposant de son propre flux interne d’économie qui ne s’échappait pas de sa sphère de visibilité.

Spengler oppose cela à la notion occidentale de l’entreprise, des organisations à but lucratif qui produisent et vendent des biens à l’extérieur de leur sphère pour accumuler des profits, élargissant ainsi leur capital personnel et leur influence sur leur portion du marché. Cela peut être aussi simple qu’un cabinet d’avocats local ou aussi vaste qu’une méga-corporation multinationale, mais l’essentiel est que ce style d’économie expansive et à croissance exponentielle tend à s’étendre délibérément aussi loin que possible pour transformer la production en énergie et en influence. Si une économie moderne tentait d’être stable ou autonome, elle risquerait de perdre face à ses concurrents, et sa réserve de valeur cesserait d’avoir un sens en dehors de la circulation.

L’économie classique était également à courte vue. Si elle visait à rapprocher tout de sa présence, cela s’appliquait aussi temporellement. Les sources de revenus n’étaient considérées que lorsqu’elles devenaient nécessaires sur le moment, ce qui poussait à des moyens désespérés, et parfois autodestructeurs, pour obtenir de l’or. On attendait des édiles romains qu’ils financent les rues, les bâtiments qu’ils projetaient et les jeux qu’ils organisaient, ce qui entraînait d’énormes dettes souvent remboursées par le pillage de provinces, comme le fit Jules César en Gaule. Lorsqu’il y avait des surplus, ils suivaient l’exemple d’Eubule d’Athènes, qui les distribuait au peuple pour gagner en popularité.

L’idée d’intensifier le travail, comme le ferait un gestionnaire ou homme d’affaires occidental, n’est jamais venue à l’homme hellénique, et Spengler note que si Rome n’avait pas eu sous son contrôle une civilisation ancienne avec cet instinct, comme l’Égypte, elle aurait progressivement pillé le monde environnant et se serait éteinte assez rapidement.

La pensée monétaire occidentale ne doute jamais du fait que l’argent doit être planifié. Dès le Moyen Âge, on observe une planification centrale des nations par les trésoriers et financiers en Angleterre et en France, et c’est l’Espagne, vers la fin de la période tardive, qui inventa la comptabilité en partie double, révolutionnant la gestion des valeurs monétaires. Le capitalisme est souvent directement accusé d’être la cause systématique du colonialisme, mais l’expansion est aussi au cœur de tout socialisme ou communisme.

La théorie de la valeur travail reconnaît, à l’époque où les lois de la thermodynamique étaient élaborées, que la valeur n’est pas inhérente à la propriété mais résulte du travail investi, tout comme la conception lockéenne du droit de propriété fut également consacrée par le travail. Le travail est énergie ; donc, le travail génère de la valeur, laquelle peut être mesurée par l’argent. La nécessité de planifier et d’anticiper les événements futurs devient également essentielle pour préserver le flux de ce capital abstrait face aux obstacles à venir.

À partir du début de l’époque impériale, on commence à voir la transformation de l’empire car émerge alors une condition de fellah. L’or change subtilement de valeur intrinsèque à celle de marchandise, parce que la population cesse d’être urbaine et la paysannerie ressurgit, accompagnée de la pensée paysanne.

La valeur de l’or ne signifie quelque chose que dans les cultures urbaines et citadines, car il faut un certain niveau d’abstraction pour que ces milieux existent, mais sur la terre, les problèmes de l’homme ne sont pas idéologiques, spirituels ou politiques ; ils sont pratiques et relèvent des circonstances concrètes. Spengler attribue le déplacement inhabituel de l’or vers l’est après Hadrien à ce phénomène. Le nouveau monde était celui des Mages, qui avait une conception de la valeur nécessitant davantage d’or, tandis que l’Empire romain occidental, hors de sa sphère culturelle, retournait à des conditions plus primitives. À l’époque de Dioclétien, on observe également l’abolition de l’économie esclavagiste. Les hommes ne sont plus une mesure de valeur et leur statut de jetons dans le monde antique change alors que l’on s’appuie de plus en plus sur les conceptions chrétiennes de l’humanité et de l’argent.

Ce que l’avenir de l’économie faustienne nous réserve, Spengler ne pouvait le dire à son époque. Il laisse plutôt un second chapitre sur l’économie, d’une dizaine de pages seulement, utilisant tout ce qu’il avait établi jusque-là dans les deux volumes pour faire une analyse critique du moteur de la société occidentale : la Machine. Nous explorerons cela ultérieurement.

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La civilisation de la luxure

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La civilisation de la luxure

Karim Nazriev

La direction que prend la civilisation moderne mondiale est l’une des questions fondamentales que doit se poser toute vision stratégique alternative. Le thème principal est le suivant: quelles sont les lois qui régissent le développement de la civilisation mondiale et quels en sont les éléments de valeur? Tout d’abord, l’esprit évoque les progrès de l’humanité dans le domaine des technologies de l’intelligence artificielle. Mais à quoi répondent le développement technologique mondial, le développement de l’intelligence artificielle et la numérisation? La science et la technologie ont cherché à réduire le travail humain afin que l’homme puisse atteindre le bien-être. Cependant, le progrès technique a également apporté d’autres problèmes. On peut qualifier cette situation d’antithèse du progrès.

Dans la tentative de libérer l’homme des difficultés, la science et la civilisation dominante d’aujourd’hui ont asservi la société aux moyens et aux choses. Cette civilisation s’est construite sur les valeurs du libéralisme. Bien que le libéralisme ait tenté de garantir la liberté humaine, comment un individu lié à son ego et à sa propre luxure peut-il être libre? La civilisation moderne promeut l’égoïsme et la concupiscence.

Tous ces progrès scientifiques et technologiques dans le monde, le développement économique et les revenus élevés visent à satisfaire la concupiscence, car l’humanité ne reconnaît aucune valeur en dehors de cela. La matrice de cette civilisation-là ne nous permet pas de penser ou de vivre en dehors d’elle. Dans une telle situation, la socialisation devient nécessaire. Sinon, l’individu devient un élément non systémique.

La civilisation moderne a acquis un caractère global avec la mondialisation du libéralisme. Le développement des technologies de l’information et de la communication a diffusé de tels éléments de civilisation dans le monde entier, franchissant les frontières nationales. Une telle civilisation a acquis un caractère universel. Nous pouvons observer les principaux éléments de cette civilisation à différents niveaux à travers le monde. La création d’un espace informationnel unique a conduit à l’acceptation de ces éléments par différentes sociétés, tandis que d’autres doivent passer par un processus d’adaptation.

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La caractéristique la plus importante de cette civilisation est le culte des valeurs matérielles. Les moyens d’atteindre ces valeurs sont l’argent et le capital. Même la cupidité financière est un moyen d’obtenir des biens matériels. Le matérialisme et le désir de biens matériels ont transformé l’homme en une « créature avide ». L’essence de la vie pour ces personnes est représentée par les choses et les moyens de les obtenir. Ainsi, l’homme ne trouve pas la paix dans une telle civilisation. La vie se résume à manger, boire et dormir.

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En réalité, il s’agit d’une civilisation de la consommation. La consommation de masse de biens et de services devient l’objectif principal de l’homme et le fondement des relations économiques, dépassant souvent les besoins biologiques ou sociaux réels. Les médias publicitaires mondiaux, tels que la télévision, Internet et l’industrie cinématographique, en font la promotion. La conscience simpliste forgée via les réseaux sociaux adapte sa propre vie aux contenus diffusés. La vie idéale montrée par les réseaux sociaux et les films est devenue le rêve des masses. Les foules s’efforcent de l’atteindre, sans réfléchir à leurs propres actions. Tout le monde veut être au centre de l’attention sur les réseaux sociaux. L’individu devient une marchandise. Son objectif principal est d’atteindre un certain statut dans la communauté virtuelle.

Le matérialisme et la soif de biens terrestres légitiment le capitalisme. Les moyens financiers deviennent la principale façon d’obtenir des biens matériels. La cupidité financière est devenue l’esprit dominant du peuple. La paix et la patience ont progressivement disparu. Obtenir de l’argent par tous les moyens est devenu le but des gens. Le jeu, la corruption et l’oppression financière sont présents dans les relations sociales. Il est connu que la résistance à la corruption financière dans les pays ne donne pas de résultats, car les législateurs ne tiennent pas compte des lois de la civilisation.

Dans une civilisation qui façonne l’individu dans l’esprit de la cupidité financière, la résistance à la corruption devient un acte anti-systémique. Malheureusement, les pays ne tiennent pas compte de cette loi et la lutte contre la corruption financière n’est en réalité que démagogie et manipulation. La corruption et le jeu sont enracinés dans le corps de l’économie moderne.

La communauté mondiale suit les idéaux de cette civilisation. Mais il n’y a pas de sentiment de bonheur ni de bien-être. Les valeurs spirituelles n’ont pas de place dans une telle société. L’homme ne connaît pas la finalité de sa vie et avance vers l’incertitude. Le système ne lui permet pas de comprendre des questions plus vastes et plus profondes. Il n’a aucune possibilité de choix. Ainsi, il accepte librement le mode de vie dominant.

Le mode de vie de la civilisation moderne est caractérisé par la consommation extrême et l’hédonisme. Le système civilisateur a créé les conditions pour cela, mais, selon la classe sociale à laquelle appartient l’individu, cela se concrétise à ce niveau. Dans la pyramide sociale, la culture de la consommation et de l’hédonisme extrême constitue la base de cette civilisation. Pour atteindre la consommation et l’hédonisme, l’oppression et la corruption sont institutionnalisées. La crise morale est l’élément principal de cette civilisation, car le système génère la crise. L’hédonisme détruit la moralité. Un tel système mondial peut être défini comme une « civilisation de la luxure », car son objectif principal et ultime est de satisfaire l’ego et la concupiscence par tous les moyens. La situation mondiale actuelle montre les signes d’une civilisation de la luxure.

« Civilisation de la luxure » est un terme philosophique et culturel. Il décrit la société de consommation moderne, où la marchandisation et la culture populaire élèvent les instincts biologiques (quête du plaisir, sexualité et hédonisme) au rang d’absolu, les transformant en moteur de l’économie, de la propagande et du statut social.

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En théologie chrétienne, ces concepts se réfèrent aux maladies spirituelles suivantes: la concupiscence de la chair désigne la recherche égoïste des plaisirs physiques (gourmandise, fornication, paresse) et la satisfaction de tous les désirs physiques au détriment de ceux de l’esprit. La concupiscence des yeux est le désir de biens matériels, l’avidité et l’envie. C’est le désir de « posséder » tout ce que l’œil voit. Ainsi, la publicité pour les biens et les objets dans les médias, qui attire l’attention des individus, pousse la personne à devenir avide. Mais il n’y a jamais assez de temps pour tout posséder. À cet égard, tous les conflits entre individus et entre États sont motivés par la possession de biens terrestres. La nature de la civilisation a été décrite en ces termes et l’homme a été défini comme un animal égoïste.

Lorsque l’homme fait de ses désirs matériels, de ses plaisirs et de ses instincts — qui sont en réalité à la base de la survie de la vie terrestre — le but ultime de sa vie, il devient « luxurieux ». Cette immoralité, qui a des effets néfastes aussi bien au niveau individuel que social, est interdite et condamnée dans le Coran et les Hadiths. Tant le christianisme que l’islam ont défini des positions claires et fermes sur ce phénomène, mais dans la civilisation moderne, les valeurs religieuses ne sont plus prises en considération. L’hédonisme et la « civilisation de la luxure » s’imposent dans le monde moderne, en opposition avec les lois religieuses. Les religions du monde sont affaiblies par la « civilisation de la luxure », car cette civilisation s’oppose à leurs valeurs doctrinales. La religion, dans le monde libéral moderne, confrontée à la « civilisation de la luxure », se retrouve contrainte de défendre ses fondements comme un phénomène extrémiste.

La civilisation de la luxure a des racines profondes dans l’histoire humaine, mais elle ne s’est ni institutionnalisée ni systématisée sous sa forme moderne. Ses principaux éléments existaient déjà dans la vie des rois et des courtisans des États du passé et existent encore aujourd’hui. Ce mode de vie a progressivement acquis un caractère de masse. En conséquence du développement de cette civilisation, les gens abordent les phénomènes et les processus sous l’angle de la luxure, de l’ego et de l’instinct sexuel. En l’absence de normes morales et spirituelles capables de transformer un être humain de « bête sexuelle » en personne pensante, l’humanité traverse une profonde crise morale. Pourtant, il n’existe aucun commentaire sur de telles conditions, car il n’est pas clair selon quels critères de valeur il faudrait juger les choses. L’humanité a perdu la conscience de l’essence des valeurs. Elle cherche son salut dans le bourbier de la crise humaine.

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Les éléments de la « civilisation de la luxure » existaient déjà dans le passé, et toutes les grandes figures, y compris les prophètes, ont cherché à la combattre. Dans une certaine mesure, ils y sont parvenus, mais avec le temps et l’apparition d’une nouvelle phase historique, les éléments de cette civilisation ont commencé à prospérer. L’émancipation et l’introduction de l’éducation libérale dans le monde, commencées en Europe, ont contribué à la formation de la « civilisation de la luxure » et à son développement jusqu’à l’époque moderne. C’est cette même émancipation qui a éliminé les valeurs religieuses, qui visaient à contrôler et à réprimer l’ego et la concupiscence. Cette civilisation a prétendu que toutes les sphères sociales devaient contribuer à la glorification et à l’institutionnalisation de la « civilisation de la luxure ».

Il a d’abord été nécessaire de modifier l’habillement et la tenue vestimentaire des femmes. Les femmes devaient devenir des objets de propagande pour l’instinct sexuel et la luxure. Cela s’est produit et la modernisation de l’habillement est aujourd’hui acceptée comme un phénomène moderne et contemporain. La nudité féminine, en tant que symbole de progrès, contribue activement à la civilisation de la luxure.

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Ce processus a débuté en Europe et a été appliqué comme instrument de modernisation dans d’autres régions du monde. L’objectif de l’exposition du corps féminin est de stimuler l’instinct sexuel du sexe opposé. Lors du processus d’européanisation en Turquie, en Russie et en Asie centrale, les femmes ont été dévêtues, et cela a été fait intentionnellement. Dans les nouvelles conditions, ce processus a pénétré les pays islamiques et se réalise en sous-main dans la « civilisation de la luxure ». La « civilisation de la luxure » vise à transformer la femme en être sensuel. L’histoire a montré que cette pratique se met en place et évolue sans cesse. De cette manière, on cherche à rendre les esprits et les pensées dépendants des instincts sexuels, à travers la diffusion de la pornographie et la transformation des gens en utilisateurs de réseaux sociaux, pour que tout soit vu à travers le prisme de la luxure.

Dans les conditions modernes, les femmes à moitié nues sont utilisées dans la publicité comme puissant stimulus visuel pour attirer l’attention. C’est l’une des méthodes du neuro-marketing qui exploite les instincts biologiques primaires. Dans tout le monde du spectacle moderne – des concours aux concerts, des compétitions sportives aux expositions, des films à tout ce qui est présenté comme divertissement –, on recourt systématiquement à des femmes à moitié nues comme outil publicitaire.

L’objectif principal n’est pas le corps en soi, mais de susciter l’instinct sexuel, de troubler l’esprit et d’inciter à des actes sexuels. Ainsi, cette civilisation cherche à libérer les femmes de leurs responsabilités sociales et humaines afin qu’elles puissent profiter de la vie. La réticence au mariage et à la procréation, qui s’est manifestée chez les femmes, est liée à l’hédonisme. Tout ce qui constitue un obstacle au bien-être des femmes est supprimé par la civilisation libérale. D’autres femmes assouvissent leurs instincts comme elles le souhaitent, par divers moyens. Elles n’ont plus besoin des hommes. L’homosexualité masculine et féminine se diffuse partout. Il en résulte que l’amitié et les relations sincères entre membres de la société se perdent. La société devient un troupeau, chacun ne pense qu’à sa propre pâture. Les gens se considèrent les uns les autres comme une source de satisfaction de leurs propres intérêts. La satisfaction de l’ego et de la luxure devient plus importante que toute autre chose, car telle est l’exigence de la civilisation.

La science, l’éducation, la littérature et l’art légitiment en permanence la « civilisation de la luxure ». L’humanité devient un élément de cette civilisation sous l’égide de la science, de l’éducation, de la littérature et de l’art. Lorsque cette civilisation s’étend par le biais des principales institutions de la société, elle acquiert un caractère systémique. Tant qu’un nouveau système n’est pas mis en place, le système de la « civilisation de la luxure » ne peut être totalement détruit. Dans une société où la science et l’éducation sont les promotrices et les propagatrices des valeurs de la « civilisation de la luxure », il est impossible de préserver une société conservatrice.

De plus, préserver une atmosphère morale et spirituelle dans une situation où les gens sont exposés à des contenus immoraux et où la manifestation des instincts sexuels devient monnaie courante, devient extrêmement difficile. Pour attirer l’attention du public et éveiller leur propre ego sexuel, les femmes accordent une grande importance à la modification de leur apparence (augmentation de certaines parties du corps), et cette situation est devenue une tendance sociale moderne.

Dans les sciences sociales, en particulier en psychologie, une idéologie particulière est imposée aux étudiants. Il s’agit en réalité d’un point de vue, mais il est transmis comme une science. La réalité de la situation éducative montre que l’enseignement de certaines théories conduit à la normalisation de certaines questions intimes entre personnes.

8913f9c7fa605af8c35a1b363a3f4bed.jpgDans les universités du monde entier, dans l’enseignement des sciences sociales et en particulier de la psychologie, la méthodologie et le paradigme de S. Freud influencent tout le monde. Pour cette raison, l’attitude envers la luxure et la vision sexuelle de l’autre sexe deviennent normales. Sigmund Freud (ci-contre) considère la luxure (l’attirance sexuelle) non seulement comme un instinct biologique, mais aussi comme la principale force motrice de la psyché humaine. Il introduit le concept de libido : l’énergie psychique à la base de tous les désirs d’amour, de création et de plaisir. Il transmet sa propre perception aux autres comme s’il s’agissait d’une science.

Parfois, on trouve dans la science des éléments déshumanisants et immoraux, ce qui signifie que les scientifiques ont ce type de pensée. Ainsi, par le biais de l’éducation et du système éducatif, cet enseignement déshumanisant et immoral pénètre la conscience des masses. Il existe des millions de sites internet qui promeuvent la pornographie, et la débauche est répandue dans la société ; la raison en est que cette attitude existe dans la science.

1101530824_400.jpgÀ titre d’exemple, on peut citer les enseignements biologiques d’Alfred Charles Kinsey. Sa science et son enseignement sur la pornographie, qu’il dispensait aux étudiants universitaires, ont conduit à la corruption morale de la société.

On peut également mentionner les enseignements de Sigmund Freud, considéré comme un pionnier de la psychologie moderne. S. Freud considère l’homme comme un « animal sexuel » et recommande diverses manières de satisfaire les besoins sexuels. Les enseignements de S. Freud deviennent la source de la diffusion de l’immoralité et de la débauche dans la société, mais malheureusement, dans les établissements d’enseignement supérieur, la psychologie est étudiée à travers une « littérature freudienne ».

Le sens de ces propos est que la « civilisation de la luxure » a été renforcée par un fondement scientifique et théorique. Par conséquent, la société, à travers des théories spécifiques, l’éducation et les moyens de diffusion, a établi un lien avec la « civilisation de la luxure » et s’y adapte. Cependant, le développement de la « civilisation de la luxure » a conduit à une dévalorisation réciproque entre les sexes, et, en conséquence, la consommation d’alcool et de substances enivrantes n’est que la pointe de l’iceberg.

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Le mode de vie « relâché » est l’idée centrale de la « civilisation de la luxure », qui n’est en réalité qu’extase. Les artisans de cette civilisation créent d’autres moyens et voies pour atteindre l’extase selon la demande et l’époque. Les centres de divertissement, les plages, les spectacles qui mettent à l’épreuve la résistance sexuelle, les films, la pornographie, l’industrie vestimentaire et la musique pop se développent en fonction des besoins sexuels des individus.

Avec le temps, la « civilisation de la luxure » s’est répandue dans les pays aux cultures traditionnelles et conservatrices, conduisant à la destruction de l’ordre social. Progressivement, la honte et la pudeur disparaissent chez les femmes comme chez les hommes, et les actes intimes deviennent la nouvelle réalité sociale.

Selon le classement des pays les plus débauchés du monde (World Population Review), l’Australie occupe la première place. En moyenne, les Australiens ont environ 13 partenaires sexuels, les Brésiliens 9, et la Grèce affiche une moyenne de 10,6. Le Chili, la Nouvelle-Zélande, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, la Thaïlande et l’Afrique du Sud figurent également dans le top dix. C’est ce mode de vie, reflet de la « civilisation de la luxure », qui s’est répandu au fil du temps et, dans les décennies à venir, de plus en plus de pays apparaîtront dans ce classement. Ainsi, on peut entrevoir une image possible de l’avenir.

L’intelligence artificielle et la technologie numérique moderne ne peuvent ni soigner ni éliminer la corruption de l’humanité. L’homme ne doit pas être considéré uniquement comme un être consumériste, limité à l’ego et à la luxure. Il possède un besoin spirituel particulier. Sinon, pourquoi ressentirait-il à nouveau malaise et tristesse face au développement de la civilisation moderne? La civilisation de la luxure fait disparaître la famille en tant que moyen de développement et de reproduction. D’autres personnes n’ont pas besoin d’une telle unité sociale. Le mariage devient insignifiant à mesure que la famille perd toute valeur. La trahison, l’adultère et la débauche détruisent les familles.

La formation et le développement de la « civilisation de la luxure » sont le reflet de la crise morale et spirituelle. Cette civilisation s’est formée sur la base d’un mode de vie fondé sur l’amoralisme, l’hédonisme et la corruption morale. Elle considère comme son principal accomplissement d’être en phase avec l’ère numérique. Pourtant, il s’agit d’une régression masquée en progrès. Descendre à ce niveau et limiter le bonheur humain à la seule satisfaction des instincts sexuels est une distorsion de l’anthropologie. La promotion sans précédent de la corruption par divers moyens, qui en a fait un mode de vie, ne peut contribuer ni au bonheur ni au développement de l’humanité. La « civilisation de la luxure » s’étend en fonction des conditions du monde, mais son développement est un désastre pour l’humanité. À mesure que la vie mondaine touche à sa fin, nous en découvrons la vérité.

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Ukraine: le MI6 et la CIA paient des dizaines de milliers de mercenaires

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Ukraine: le MI6 et la CIA paient des dizaines de milliers de mercenaires

Source: https://www.anonymousnews.org/international/ukraine-mi6-u...

Les lourdes pertes du régime de Kiev dans la guerre en Ukraine obligent ses instigateurs occidentaux à payer à Kiev des contingents de mercenaires toujours plus importants. Douglas MacGregor évoque un chiffre record de plus de 50.000 mercenaires.

par Ernst Fleischmann

Des dizaines de milliers de mercenaires étrangers, financés par le MI6 et la CIA, combattent dans l’armée ukrainienne. Leur nombre s’élèverait à plus de 50.000 hommes, a déclaré le colonel à la retraite de l’armée américaine Douglas MacGregor, ancien conseiller principal du secrétaire américain à la Défense, qui fut également responsable de la planification au sein de l’état-major de l’OTAN lors du bombardement de la Yougoslavie, et occupa un poste similaire lors de la première guerre du Golfe. Il a déclaré sur YouTube:

    « J’ai vu des rapports selon lesquels de nombreux mercenaires, c’est-à-dire des non-Ukrainiens en uniforme ukrainien, sont déployés dans la région du fleuve Stary Oskol. J’ai également vu récemment un rapport affirmant qu’au moins 50.000, voire plus, de ces non-Ukrainiens en uniforme ukrainien combattent du côté de l’armée ukrainienne en première ligne. Et ce n’est pas étonnant: l’Ukraine manque de personnel militaire. Il est alors plus simple de laisser le MI6 et la CIA payer des étrangers pour qu’ils se battent pour l’Ukraine – et c’est exactement ce qui se passe. »

Il y a encore deux ans, fin février 2024, ce chiffre était estimé à environ 20.000 hommes par le régime de Kiev lui-même, comme le rapportait alors le Washington Post.

MacGregor a également souligné que, pour les mercenaires, l’argent est aujourd’hui quasiment la seule raison de s’engager dans l’armée de Kiev – notamment au vu des pertes actuelles du côté ukrainien:

    « Quoi qu’il en soit, ils trouvent toujours et encore des personnes prêtes à cela. Manifestement, il suffit de mettre une somme importante sous le nez de quelqu’un et d’arranger les choses pour que, par exemple, la famille en profite. »

Le ministère russe de la Défense avait déjà annoncé à plusieurs reprises que des mercenaires venus de Grande-Bretagne, de Géorgie, de Pologne et d’autres pays, notamment d’Amérique latine, avaient été éliminés en Ukraine, estimant les pertes à plusieurs milliers. Le ministère soulignait que le régime de Kiev les utilisait comme chair à canon.

Les soldats de fortune modernes du côté de Kiev ont reconnu, dans de nombreux entretiens, que la direction ukrainienne coordonne mal leurs actions et que leurs chances de survie sont minces — parfois aussi parce que l’intensité du conflit n’est pas comparable à leurs expériences en Afghanistan et au Moyen-Orient.

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lundi, 13 juillet 2026

Pax Silica: l’Europe va-t-elle devenir la vassale numérique des États-Unis?

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Pax Silica: l’Europe va-t-elle devenir la vassale numérique des États-Unis?

L’Europe est-elle menacée de devenir, avec la « Pax Silica », la vassale numérique des États-Unis? Tandis que Washington présente cette alliance comme une réponse à la Chine, les critiques y voient la fin de la souveraineté technologique européenne.

Par Yannick Gregory

Source: https://www.freilich-magazin.com/welt/pax-silica-wird-eur...

La semaine dernière, vingt États et organisations – dont l’Union européenne, l’Allemagne et la Grèce – se sont réunis à Washington, D.C., pour rejoindre l’alliance « Pax Silica » menée par les États-Unis, formant ainsi une coalition officielle. Cette alliance a été lancée en décembre 2025 par le sous-secrétaire d’État américain Jacob Helberg (ancien conseiller principal du PDG de Palantir, Alex Karp). L’objectif: coordonner plus étroitement les États participants sur les semi-conducteurs, les matières premières critiques, l’énergie, les infrastructures d’IA et d’autres technologies stratégiques, afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.

Dans un article intitulé « Le piège de la souveraineté numérique », Helberg explique les principes fondateurs de Pax Silica comme « une coalition de capacités – une façon pour les États qui se font confiance de trouver la meilleure technologie là où elle existe au sein de cette alliance, et d’entrelacer ces forces. Le principe de base est simple et ancien: des partenaires de confiance qui échangent leurs avantages respectifs peuvent accomplir ensemble ce qu’aucun État isolé ne peut réaliser seul. La puissance de calcul de l’un rencontre les ressources de l’autre, les talents d’un troisième et le capital d’un quatrième – et le résultat n’est pas une simple addition, mais une multiplication. »

Entre espoir et dépendance

Pour les Atlantistes européens, Pax Silica a été une confirmation presque rassurante du rôle de leadership internationaliste des États-Unis sous le président Trump. Ainsi, le commentateur allemand en politique de sécurité et partisan d’une intégration plus étroite entre l’UE et les États-Unis, Ulrich Speck, a écrit sur X: «Il serait bien plus sage d’abandonner l’illusion de souveraineté et de considérer l’espace transatlantique comme un espace économique et technologique commun du "monde libre". Séparés, nous ne pouvons pas rivaliser avec la Chine – et la Chine est le véritable défi et la menace pour notre sécurité, notre prospérité et notre liberté».

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D’autres voient au contraire dans la vision de Helberg (photo) un sombre avenir pour l’indépendance technologique, économique et politique de l’Europe. Dans un article intitulé «Pax Silica: L’alliance transatlantique qui voue l’Europe à la vassalité éternelle», l’économiste français Julien Pillot écrit: «Si nous passons les prochaines années – voire décennies – à construire des architectures compatibles avec les normes définies par les Américains, l’effet cumulatif ne fera que renforcer la position dominante déjà acquise par les entreprises américaines. Jusqu’au point où le coût d’une sortie sera si élevé qu’il nous liera de fait à une trajectoire de développement technologique contrôlée et dominée par les Américains».

En réaction à Pax Silica, l’analyste allemand en IA Kim Isenberg nomme l’obstacle central qui a fait passer l’Union européenne du statut de défenseur bruyant de l’indépendance technologique à celui de suiveur docile: «L’Europe a parlé pendant des années d’indépendance technologique. Mais lorsque l’IA est devenue réalité, lorsqu’il a fallu parler de puces, d’infrastructures cloud, d’énergie, de matières premières, d’usines de puces et de contrôles à l’exportation, l’Europe a choisi l’intégration dans le système américain».

Pourquoi le temps presse pour l’Europe

Dans l’article désormais viral « Ce que nous risquons si nous ratons la révolution de l’IA », l’initiative Europe 2031 résume l’inquiétude des partisans de la souveraineté numérique en Europe: «Un oracle apparaît soudainement à ta porte et te dit que tu dois te qualifier pour le 200 mètres nage libre aux Jeux Olympiques dans trois ans, sinon le monde s’effondrera. Et tu ne t’entraînes presque pas. Peut-être que tu vas à la salle de sport une fois par semaine. Il n’existe aucune version réaliste où tu te qualifies. Mais l’oracle a raison. Le monde s’effondrera si tu n’y parviens pas. Que devrais-tu faire alors?».

En réalité, l’Europe a encore un long chemin d’« entraînement » à parcourir si elle veut développer, avec les États-Unis et la Chine, des modèles d’IA à la pointe de la technologie. Le premier défi, c’est l’infrastructure: l’Union européenne ne représente que moins de cinq pour cent de la capacité de calcul mondiale pour l’IA de pointe, contre 75% pour les États-Unis et 14% pour la Chine. La plupart des plus grands clusters d’entraînement d’IA et plateformes de cloud au monde sont donc aux mains des Américains. Cela donne aux entreprises américaines un avantage considérable pour attirer les talents, le capital et les clients. Parallèlement, les coûts énergétiques plus élevés en Europe, le marché de l’électricité fragmenté et la lenteur des procédures d’autorisation ont considérablement freiné la construction des centres de données nécessaires pour pouvoir rivaliser technologiquement avec les meilleurs.

OTAN: l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington

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OTAN: l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington

par Raphaël Besliu

Source: https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-que...

Dans le sillage du sommet de l’OTAN à Ankara, une question que beaucoup préféraient encore taire il y a deux ans s’est invitée sans détour dans les couloirs des chancelleries européennes: que faire si les États-Unis partent? Les responsables de l’Alliance et les dirigeants politiques européens ont commencé, selon le Financial Times, à penser à «l’impensable», une OTAN sans Washington, ou du moins une OTAN radicalement moins américaine. Ce moment de lucidité forcée mériterait d’être salué, si l’on ne mesurait pas à quel point il révèle, derrière l’apparent volontarisme, des décennies d’irresponsabilité stratégique collective.

Une dépendance choisie, une facture présentée

Un représentant français a résumé avec une franchise inhabituelle la séquence ouverte autour du sommet d’Ankara : «Le Groenland a placé l’européanisation de l’OTAN au centre de son agenda. L’Iran a relégué l’européanisation au second plan. Mais de plus en plus, cela devient le seul moyen de sauver l’OTAN». Ce glissement de curseur au gré des crises dit beaucoup. L’européanisation de la défense n’est pas le fruit d’une volonté politique construite, d’une doctrine réfléchie, d’un projet stratégique assumé. C’est une réaction, tardive et contrainte, à la pression américaine. On ne bâtit pas une défense crédible sous la menace d’un abandon.

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Le président américain a qualifié l’Alliance de «tigre de papier» sans les États-Unis et a explicitement lié la menace d’un retrait américain au refus de certains alliés d’atteindre 5% du PIB en dépenses militaires, ainsi qu’à leur refus de soutenir la campagne américaine contre l’Iran. On peut contester la méthode, juger le chantage grossier. Mais le diagnostic de fond est difficile à réfuter. Une alliance où un seul membre assure l’essentiel de la dissuasion, du renseignement, de la logistique et du commandement n’est pas une alliance: c’est un protectorat.

Air_Marshal_John_Stringer.jpgLe commandant suprême adjoint des forces alliées de l’OTAN en Europe, Johnny Stringer (photo), l’a lui-même reconnu sans ambages: la doctrine de l’Alliance «s’est arrêtée aux alentours de 1991» et n’a pratiquement pas évolué depuis la première guerre du Golfe.

Trente-cinq ans de stagnation doctrinale dans un environnement stratégique bouleversé à plusieurs reprises. Voilà le bilan réel de la tutelle américaine acceptée sans conditions: une Europe stratégiquement atrophiée, incapable de penser sa propre défense parce qu’elle n’avait jamais eu à le faire.

Un haut responsable britannique a averti que la volonté de l’administration Trump de retirer rapidement ses troupes créait un «moment extraordinairement dangereux». Le danger est réel. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire d’où il vient : non pas du retrait américain en lui-même, mais du vide capacitaire que ce retrait révèle. Un continent de 450 millions d’habitants, l’un des premiers pôles économiques mondiaux, qui tremble à l’idée de devoir assurer seul sa propre sécurité, c’est cela, le scandale.

L’argent ne fait pas la stratégie

Les chiffres du réarmement sont présentés comme une preuve de sérieux retrouvé. Les membres non américains de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses militaires de 20% l’année dernière, pour atteindre 574 milliards de dollars. L’Allemagne aurait bondi de 24%, à 114 milliards, avec des projections qui la porteraient vers 180 milliards d’ici 2029. Ces montants sont considérables. Ils ne règlent pas la question essentielle.

Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, l’a lui-même concédé: «Nous atteignons pratiquement la limite d’absorption des fonds alloués». Les industries de défense européennes, comme américaines, sont saturées. Les carnets de commandes débordent.

Mais au-delà des capacités industrielles, c’est la question doctrinale qui reste entière. Le responsable britannique cité par le Financial Times le formule nettement: la manière américaine de faire la guerre reposait sur l’emploi d’une force écrasante. Les Européens devront agir autrement, en créant des dilemmes pour l’adversaire, en construisant une «défense en porc-épic». C’est une vision cohérente. Mais elle suppose une pensée stratégique autonome que l’Europe a précisément renoncé à entretenir pendant trente ans.

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Dépenser davantage dans le cadre d’une doctrine que l’on n’a pas écrite, avec des équipements dont les standards ont été définis à Washington, en maintenant des structures de commandement intégrées pensées pour la subordination, ce n’est pas de l’autonomie stratégique. C’est du réarmement sous franchise. L’Europe peut doubler ses budgets militaires sans gagner un gramme de souveraineté réelle si elle ne tranche pas les questions politiques fondamentales: qui commande, selon quelle doctrine, pour défendre quels intérêts, définis par qui?

Ce sont précisément ces questions que les responsables européens, à en croire les échanges rapportés autour du sommet d’Ankara, commencent à peine à formuler. Formuler, pas résoudre. Le représentant français le dit d’ailleurs avec lucidité: «Moins d’Amérique, ce n’est pas simplement moins de troupes ou de chars venant à notre secours: c’est une question de savoir comment nous combattrons si nous n’avons pas besoin de combattre comme les Américains». C’est la bonne question. Elle aurait mérité d’être posée en 2002, en 2008, en 2014. Elle l’est en 2026, sous la pression d’une administration américaine qui menace de claquer la porte. L’urgence est mauvaise conseillère en matière de doctrine militaire.

Ce que révèle ce moment, au fond, c’est moins la brutalité de Trump que la fragilité d’une construction sécuritaire européenne bâtie sur le confort d’une garantie extérieure plutôt que sur l’exigence d’une autonomie assumée. Les États-Unis ont intérêt à maintenir leur présence en Europe, c’est un levier de puissance considérable. Mais ils ont aussi la capacité de s’en passer stratégiquement. L’Europe, elle, n’a toujours pas démontré qu’elle pouvait exister sans eux sur le plan militaire. C’est cette asymétrie fondamentale, et non les déclarations de Trump, qui constitue le véritable problème.

Source : Géopolitique Profonde, https://geopolitique-profonde.com/actualite/otan-leurope-...

dimanche, 12 juillet 2026

Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!

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Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!

Tobias Riegel

Source: https://www.nachdenkseiten.de/?p=153561

Avec une récente motion au Bundestag visant à livrer « enfin et sans délai » des missiles Taurus allemands à l’Ukraine, les Verts confirment une fois de plus leur statut de militaristes les plus impitoyables du Parlement. L’exigence des Verts de détruire « des rampes de lancement, des dépôts de munitions et des sites de production » sur le territoire russe à l’aide de missiles allemands est d’une telle irresponsabilité qu’il est difficile de trouver les mots pour fustiger cette option politique. Un commentaire de Tobias Riegel.

Comme le rapportent les médias, les Verts ont déposé mercredi dernier au Bundestag une motion demandant la livraison de missiles de croisière Taurus et d’autres mesures pour un appui encore plus soutenu à l’Ukraine. La motion des Verts se trouve sur format pdf, et on peut notamment y lire:

    « Il est en outre nécessaire de permettre à l’Ukraine d’attaquer avec précision des cibles militaires situées derrière le front, afin de réduire durablement la capacité offensive de la Russie. La destruction de rampes de lancement, de dépôts de munitions et de sites de production peut contribuer à diminuer l’intensité des attaques contre la population civile. De telles mesures sont conformes au droit international et servent directement à la protection de la population. Le gouvernement fédéral devrait donc abandonner son blocage concernant la livraison de missiles de croisière et mettre sans délai le Taurus à la disposition de l’Ukraine. »

Le résultat du vote illustre le rôle très radical que jouent les Verts, même parmi les nombreux autres bellicistes qui siègent au Bundestag: selon Abgeordnetenwatch, la motion des Verts a été rejetée par 510 voix contre, et soutenue par 79 voix pour, et une abstention.

« Le parti le plus dangereux du Bundestag »

Ce rejet est certes une bonne chose, mais cela ne signifie nullement que le pacifisme règne désormais au Bundestag en dehors des Verts. Bien sûr, le comportement de vote est aussi lié à la discipline de groupe. De plus, la politique du gouvernement fédéral envers l’Ukraine doit elle-même déjà être qualifiée de radicale, destructrice et dangereuse. Certaines composantes de la CDU sont depuis longtemps favorables à la livraison des Taurus.

Mais il y a toujours plus destructeur, et les Verts assument ici – à l’instar d’un Roderich Kiesewetter par exemple – par leur radicalité particulière sur la question de la guerre, la fonctions de relativiser en comparaison le caractère déjà radical de la politique ukrainienne du gouvernement fédéral. La coalition Noir-Rouge peut alors prétendre: « Voyez, il existe des forces au Parlement qui sont encore plus irresponsables que nous ».

Et l’exigence qui veut que, 85 ans après l’agression allemande contre l’Union soviétique, des missiles allemands détruisent à nouveau des cibles en Russie est d’une telle irresponsabilité que les mots nous manquent pour dénoncer cette posture. À l’ancienne déclaration de Sahra Wagenknecht, selon laquelle les Verts seraient le parti le plus dangereux du Bundestag, les Verts viennent d’apporter une nouvelle confirmation.

La tyrannie réglementariste

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La tyrannie réglementariste

Par Juan Manuel de Prada

Source: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista...

Lors de la dernière journée de la récente Foire du Livre de Madrid, la mairie a donné l’ordre d’évacuer et de fermer le parc du Retiro « face au danger de tempête ». Les centaines d’éditeurs et de libraires, qui participaient à la foire, ont obéi sans broncher à l’injonction, qui a dû leur causer un grand préjudice financier ; car, vu qu’il s’agissait du dernier dimanche après-midi de la foire, les prévisions de ventes étaient très élevées. C'est ce que l’on appelle, selon Étienne de La Boétie, la « servitude volontaire ».

Finalement, il n’y eut ni tempête ni diable. À huit heures du soir, un petit vent s’est levé et fut suivi d'une pluie insignifiante, voire supportable. Cela aurait été une de ces magnifiques fins d’après-midi entrecoupées de pluie, qui sont l’emblème même de la Foire du Livre de Madrid: jusqu’à vingt heures, les ventes auraient été très importantes ; et à partir de vingt heures, le public serait parti en masse, occasion que libraires et auteurs auraient mise à profit pour discuter agréablement, tandis que, de temps en temps, un lecteur intrépide et détrempé serait venu aux stands demander la dédicace de son écrivain préféré. C’est ainsi que cela se passe depuis des décennies à la Foire du Livre de Madrid, sans qu’aucun incident ne soit jamais survenu.

Mais voilà qu’il y a quelques années, un enfant est mort dans le Retiro, écrasé par un arbre tombé sur lui lors d’une tempête. J’ignore si l’arbre était sain et vigoureux et a fini par céder à la force du vent, ou s’il s’agissait au contraire d’un arbre décrépit que les services municipaux n’avaient pas abattu par négligence. Mais qu’une personne meure tous les dix ou vingt ans, écrasée par un arbre dans le parc du Retiro, bien que ce soit une tragédie déplorable, ne peut justifier que, dès qu’une tempête est annoncée, le parc soit fermé, encore moins lorsqu’y est organisée une foire dont l’économie de nombreuses familles dépend.

En Espagne, sans qu’il y ait besoin de tempête, il se produit chaque jour en moyenne deux accidents liés à des chutes de matériaux en provenance de bâtiments; parfois, l’un de ces effondrements blesse un passant, et dans de rares cas, il y a un décès.

Puisque le zèle réglementariste de la mairie de Madrid ordonne de fermer le Retiro chaque fois qu’une tempête est annoncée (même si l’alerte s’avère ensuite fausse ou exagérée), pourquoi ne pas interdire aux Madrilènes de marcher sur les trottoirs de leurs rues face au danger, bien plus réel, de chutes de corniches ou de balcons? Pourquoi ne pas leur imposer le confinement à domicile chaque fois qu’une tempête réelle ou fictive est annoncée? Et, considérant que les chutes de façades se produisent sans même qu’il y ait de tempête, par simple obsolescence des matériaux, pourquoi ne pas décréter un confinement perpétuel des Madrilènes, qui pourraient ainsi être totalement à l’abri des chutes d’objets et des écrasements suite à des éboulements? Mieux encore, pourquoi ne pas tous les enfermer dans des prisons de haute sécurité pour les sauver aussi des accidents domestiques?

3862794165ea2f7eaa6498b9b936571f.jpgLe malicieux Hobbes expliquait déjà que le Léviathan, s’il veut réduire la liberté de ses sujets, doit d’abord attiser en eux la peur de la mort pour ensuite se présenter comme leur protecteur.

Les fausses garanties de sécurité constituent l’un des mécanismes de manipulation les plus efficaces de toutes les tyrannies qui ont existé dans le monde. Le tyran offre à ses sujets une illusion de sécurité qui exige en contrepartie une soumission de plus en plus totale et inconditionnelle ; c’est ainsi, par exemple, que les pauvres gens soumis ont accepté de vivre, pendant la pandémie de coronavirus, en portant un masque en plein air.

Dans les tyrannies d’autrefois, le tyran inspirait des peurs fondées sur l’existence d’ennemis tangibles (puissances étrangères, races envahissantes, criminels en liberté); dans les tyrannies modernes, le tyran attise des peurs fondées sur des ennemis invisibles que seule la « science » détecte, à travers de savantes statistiques, des bulletins météo, des analyses cliniques, des tests de laboratoire; et ainsi, il est possible de transformer la vie des pauvres gens soumis en un ordonnancement minutieux.

Comme nous l’enseigne Montesquieu, « il n’est point de pire tyrannie que celle qui s’exerce à l’ombre des lois et sous la protection de la justice ». Ou peut-être y en a-t-il une pire encore : celle où le peuple accepte les réglementations les plus insensées, croyant illusoirement que le tyran se soucie de sa sécurité, croyant grotesquement qu’en suivant ses ordonnances il pourra se garantir l’invulnérabilité, même au prix de sa propre ruine, parce qu’il a fini par aimer la servitude. C’est ce qui arrive en cette époque maudite.

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La Russie, l’Asie centrale et les enjeux de la politique infrastructurelle

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La Russie, l’Asie centrale et les enjeux de la politique infrastructurelle

Leonid Savin

Nous nous trouvons actuellement dans une situation de turbulence géopolitique. D’un côté, pour beaucoup, cela signifie incertitude et instabilité politique. Pour d’autres, c’est un bon moment sur le plan géoéconomique, en particulier pour les acteurs qui restent en dehors des principaux conflits. Les politologues évoquent également l’essor des puissances moyennes, qui saisissent les opportunités existantes pour améliorer leur position en politique, économie, diplomatie et relations internationales.

Dans le même temps, il existe l’opinion selon laquelle, alors que le système mondial passe de l’unipolarité à la multipolarité, nous vivrions un moment « techno-polaire ».

Même les pays technologiquement avancés ou les groupes d’États tels que l’UE et les États-Unis s’inquiètent fortement de leur souveraineté en matière de technologies critiques, notamment la microélectronique et les industries de haute technologie. La raison en est la même: la désindustrialisation des dernières décennies et la tentative d’utiliser la mondialisation pour exploiter d’autres pays vers lesquels la production avait été délocalisée. Mais avec la défragmentation mondiale actuelle, le leadership technologique devient la clé non seulement des avantages économiques, mais aussi de la stabilité géopolitique.

L’instabilité globale nous amène également à réfléchir à la fiabilité des partenaires – les États fragiles pourront-ils, si leur situation politique ou économique se détériore, honorer leurs engagements ?

L’élément de liaison entre tous les acteurs est l’infrastructure. Récemment, un terme spécifique est apparu: l’infra-politique, qui reflète la manière dont les décisions politiques influent sur la situation des systèmes infrastructurels. Tous les États sont des maillons de la chaîne complexe d’interdépendance de l’économie mondiale.

D’autres risques peuvent s’y ajouter. Ainsi, les sanctions peuvent avoir des effets à long terme sur des pays tiers, car en général, elles visent des secteurs de l’économie qui impactent directement la concurrence économique et la capacité de défense du pays. Certains estiment que même le changement climatique peut également constituer une menace pour l’accès aux produits essentiels et aux innovations technologiques.

L’UE, par exemple, en est arrivée aux conclusions suivantes concernant la géopolitique des chaînes d’approvisionnement :

– il existe des risques significatifs liés à la diversification commerciale en raison de la fragilité des États, de la coercition économique et de la vulnérabilité climatique ;

– une stratégie de diversification sera probablement appliquée aux matières premières ou aux composants, plutôt qu’aux secteurs de haute technologie tels que les processeurs de données, les télécommunications ou les superordinateurs, qui nécessitent de lourds investissements pour être viables ;

– les partenariats commerciaux existants de l’UE constituent une bonne base pour la diversification.

En parallèle, l’UE a tenté d’introduire des droits de douane et des mesures restrictives spéciales, espérant ainsi obtenir un avantage concurrentiel. Et la nouvelle politique tarifaire de Donald Trump montre que cela n’apporte qu’une grande incertitude dans les relations transatlantiques (et au-delà), recréant effectivement un régime de grandes puissances plus caractéristique du XIXᵉ siècle que du XXᵉ siècle avec ses guerres mondiales et son système bipolaire de la seconde moitié du siècle. Reste à savoir si les principaux acteurs joueront la même partition ou si chacun aura la sienne.

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Il semble que la seconde option soit plus probable et, dans le contexte de la géostratégie, nous devrions porter plus d’attention à l’Eurasie. Géopolitiquement, elle a toujours été le prix convoité par les acteurs extérieurs comme la Grande-Bretagne ou les États-Unis. Il existe une sorte d’idée fixe sur le contrôle de l’Eurasie, que l’on retrouve dans les ouvrages de H. Mackinder, N. Spykman et Z. Brzezinski.

Pour cette raison, la pression sur la Russie – le Heartland de l’Eurasie – se poursuit. Pour la même raison, les pays occidentaux tentent activement de pénétrer en Asie centrale, l’arrière-pays, qui est un lien organique entre le Nord et le Sud, ainsi qu’entre l’Ouest et l’Est de l’Eurasie.

En tant qu’ex-républiques soviétiques, ces pays disposent déjà d’une certaine infrastructure, mais en tant qu’États indépendants, ils ont leurs propres intérêts, souvent en contradiction avec ceux de leurs voisins. Tout d’abord, il existe des disputes constantes sur le contrôle des ressources en eau, rares dans la région, ce qui soulève automatiquement la question de l’hydro-hégémonie. L’énergie est un autre facteur important. Outre les réseaux électriques existants, la possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires est envisagée.

L’entreprise russe Rosatom a déjà des contrats avec le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, où la construction d’unités de production d’électricité est prévue. Des négociations sont en cours avec le Kirghizistan pour la construction de centrales nucléaires de faible puissance. L’accroissement de l’indépendance énergétique grâce à de tels projets aidera considérablement ces pays et réduira les tensions liées à la faim énergétique. Il faut considérer tout cela dans le contexte des défis mondiaux actuels, liés aussi au changement climatique, à l’utilisation de nouvelles technologies comme les centres de données, ainsi qu’à l’extraction continue de minerais, du pétrole et du gaz aux terres rares.

En même temps, il est impossible de ne pas prêter attention aux mythes de la soi-disant économie verte, dont les éléments actifs pourraient avoir un effet indésirable à l’avenir. Par exemple, les panneaux solaires et les éoliennes. En plus du fait que leur fabrication nécessite des composants associés à une production polluante, il n’existe pas de technologie véritablement écologique pour l’élimination des panneaux usagés ou des pales d’éoliennes. Par conséquent, ils ne peuvent pas être considérés comme 100 % respectueux de l’environnement. De plus, il faut tenir compte des rapports de prix des producteurs – la Chine domine actuellement dans ce secteur, où la surproduction de ces produits, ainsi que des véhicules électriques, est manifeste. Dans le cadre de la stratégie « Belt and Road », la Chine procède également à des interventions commerciales dans la vente de systèmes de production d’énergie alternative.

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Ainsi, nous observons un type particulier de concurrence, où la Chine possède un avantage évident, puisque ce segment reste demandé par les consommateurs extérieurs.

Si nous continuons à parler de la concurrence dans la région, la Turquie est un autre acteur actif, mais elle tente d’agir par des stratégies culturelles et politiques – à travers l’Organisation des États turciques, en construisant une idéologie artificielle d’identité commune. Parallèlement à la stratégie culturelle et politique, une voie économique est également développée, comprenant la vente de marchandises et l’intérêt des entreprises de construction. Ces entreprises sont théoriquement intéressées par le développement des infrastructures des pays d’Asie centrale, car cela leur permet d’obtenir des contrats de construction.

Cependant, il reste deux acteurs majeurs – l’Iran et l’Afghanistan. Les deux pays ont montré une résilience remarquable face à la pression extérieure, y compris l’usage de la force militaire. Les deux nécessitent une reconstruction et un développement à long terme, notamment par le biais de projets d’importance internationale comme le corridor Nord-Sud, le gazoduc TAPI et bien d’autres initiatives.

Nous avons maintenant dressé un tableau des faits. Cependant, des solutions concrètes sont nécessaires pour mettre en œuvre des stratégies à grande échelle. Cela dépend désormais des dirigeants politiques des pays de la région. Pour sa part, la Russie est intéressée par le renforcement de la stabilité de ce « ventre mou » de l’Eurasie, de sorte que l’élargissement des partenariats en matière de projets d’infrastructures serait dans l’intérêt de Moscou.

L’Ukraine devient le fondement d’un nouvel ordre militaire européen

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L’Ukraine devient le fondement d’un nouvel ordre militaire européen

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Le sommet de l’OTAN à Ankara doit aboutir à trois résultats: une dissuasion crédible et immédiate dirigée contre la Russie, un nouveau partage des charges entre les États-Unis et l’Europe, et un signal clair à Kiev. Les trois points convergent vers le même axe: l'axe Russie–Ukraine.

L’architecture est déjà claire. Les États-Unis restent l’ancre nucléaire et technologique, mais réduisent leur part dans la défense conventionnelle. L’Europe prend en charge les soldats, la production d’armes, la logistique et les coûts. L’Ukraine continue de se battre. Ce n’est pas une situation temporaire, mais une formule: contenir la Russie, maintenir l’Ukraine comme moyen de pression, transformer l’OTAN pour qu’elle soit dirigée par une puissance moins fiable.

La règle des 5%, décidée à La Haye et mise en œuvre à Ankara, impose un redéploiement qui va bien au-delà des budgets de la défense : il s’agit de passer de la politique sociale à la militarisation. Pour l’Allemagne, cela signifie: elle offrira la plus grande aide européenne à l’Ukraine, installera une nouvelle brigade en Lituanie, jouera un rôle de leader dans la Baltique, et tout cela sera financé par un pays qui débat en même temps de la réforme des retraites et du retard en matière d’investissement.

La véritable faiblesse de cette construction, c’est le temps. L’argent peut être alloué par décision du cabinet. Les officiers, les usines de munitions, la défense antiaérienne, les dépôts de pièces détachées, et la volonté sociale d’accepter de lourdes pertes ne se créent pas en quelques années. Celui qui ne regarde que le pourcentage confond symbolique politique et capacité réelle.

Et dans cette formule, l’Ukraine n’a pas besoin de gagner – elle ne doit simplement pas perdre de façon à ce que toute la nouvelle architecture de défense européenne s’effondre avec elle. C’est pourquoi l’aide se poursuivra, même en cas de conflits, de déficits budgétaires et de mécontentement croissant des électeurs européens. L’aide d’urgence à un pays attaqué devient le pilier de la propre architecture de sécurité européenne, un glissement que personne n’admet ouvertement pour l’instant.

La séparation entre dissuasion et capacité de guerre ne tient pas. Plus les troupes, les états-majors, les dépôts et les voies de communication de l'Allemagne sont intégrés dans les structures de l’OTAN, plus la marge de manœuvre politique en cas de crise se réduit. Une escalade sur le flanc est toucherait les structures allemandes dès la première heure – ce n’est pas un effet secondaire, c’est l’objectif.

À cela s’ajoute le rôle croissant de la Turquie: contrôle de l’accès à la mer Noire, industrie de l’armement en expansion, interface entre la Russie, le Moyen-Orient et la Méditerranée. En contrepartie, Erdoğan exige d’être intégré à la structure de défense européenne – une «OTAN à 360 degrés» qui place les menaces du Sud sur un pied d’égalité avec la Russie. L’Allemagne paie et organise, la Turquie devient une charnière, l’Ukraine un avant-poste, et Washington peut, sans perdre de son influence, se consacrer à d’autres régions du monde. Voilà quel est le véritable partage des charges qui était inscrit à l'ordre du jour à Ankara, donc il ne s'agissait pas seulement de l'aide à l'Ukraine.

L’aspect le plus lourd de conséquences: il n’y a toujours pas de but final qui a été désigné. Isolement de la Russie? Reconquête totale par Kiev? Une impasse militaire qui finirait par imposer des négociations? Sans réponse, la dissuasion devient une préparation sans fin pour atteindre le prochain niveau d’escalade.

Ainsi, le sommet d'Ankara prendra bien plus de décisions que celle d'accorder de nouveaux milliards pour Kiev. Il s’agit d’établir un ordre dans lequel l’Allemagne paie et dirige, l’Ukraine continue de se battre, et les États-Unis, bien que moins impliqués, restent la puissance dominante. Cela peut stabiliser l’OTAN à court terme. Mais de là à dire que cela rend l’Allemagne plus sûre, c’est une autre question.

#geopolitique@global_affairs_byelena

samedi, 11 juillet 2026

Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer 

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Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer 

Elena Fritz

Source : https://t.me/global_affairs_byelena

Pour la première fois, le parquet fédéral allemand a porté plainte en raison du sabotage des gazoducs Nord Stream. Ce n’est pas encore un procès ; la chambre de la sécurité de l’État à Hambourg doit d’abord accepter l’acte d’accusation. Mais rien que l’acte d’accusation suffit à révéler une vérité dérangeante que Berlin aurait préféré refouler.

Serhii K., alors officier d’une unité spéciale ukrainienne, aurait dirigé l’équipe de sabotage composée de sept membres. Il est accusé d’un crime de guerre: l’attaque contre une infrastructure énergétique civile. Des traces d’explosifs retrouvées sur le yacht « Andromeda », des conversations téléphoniques compromettantes depuis sa détention en vue d’une extradition. Les preuves sont considérées comme accablantes.

Et voici la partie du dossier qui, en réalité, devrait faire la une des médias: la défense a affirmé que son client ne pouvait pas être poursuivi, car il avait agi sur ordre d’un État. Immunité fonctionnelle — l’argument qui, habituellement, protège les diplomates et les actes gouvernementaux. La Cour fédérale de justice l’a rejeté. Ce que cela signifie, personne ne devrait l’ignorer: la justice allemande elle-même part du principe qu’un État, que l’Allemagne maintient en vie à coups de milliards, a ordonné une attaque contre une infrastructure critique allemande.

Ce n’est pas un dommage collatéral de la guerre. C’est un allié qui mord la main qui le nourrit, tout en continuant à être nourri.

Trois des quatre gazoducs ont été détruits. Ils avaient été construits pour le marché énergétique allemand, appartenant à la panoplie de l’infrastructure critique de l'Allemagne.

Ce n'était pas une attaque contre des biens infrastructurels russes, mais contre le territoire allemand.

Et Berlin a réagi non pas en réexaminant son soutien à l'Ukraine, mais en l’amplifiant! 

Même entre alliés, le récit se fissure. Les tribunaux polonais ont refusé à plusieurs reprises d’extrader les suspects. Pour une partie de la classe politique polonaise, le sabotage était simplement un acte légitime contre les intérêts russes, pas un crime. Si même les alliés ne sont pas d’accord sur le fait qu’il s’agisse d’un crime ou d’une aubaine pour la sécurité de l’Europe, cela devrait faire réfléchir tous ceux qui considèrent la politique inconditionnelle de Berlin comme la seule option possible.

À court terme, le gouvernement allemand séparera justice et politique, invoquera l’indépendance judiciaire, continuera à payer, à livrer. Mais chaque nouveau témoignage à Hambourg rendra plus pressante la même question dérangeante: combien de temps pourrons-nous ignorer que notre propre protégé a peut-être agi délibérément contre nous-mêmes, sans que cela n’ait la moindre conséquence? La charge explosive ne se trouve plus au fond de la mer Baltique aujourd’hui. Elle se trouve dans les dossiers du tribunal supérieur de Hambourg, et Berlin ne pourra pas l’ignorer éternellement.

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La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre

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La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre

par Nicola Bielli

Source : Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la...

Alors que l’Europe assiste à une nouvelle escalade de la confrontation entre l’OTAN et la Russie, une question demeure en marge du débat public: pourquoi le Royaume-Uni semble-t-il souvent plus déterminé que d’autres pays européens à adopter une ligne de plus en plus dure envers Moscou?

Les explications officielles sont bien connues : défense de l’Ukraine, protection du droit international, sécurité européenne, endiguement des ambitions géopolitiques du Kremlin. Ce sont assurément des arguments pertinents, mais ils ne suffisent peut-être pas à expliquer l’ensemble du tableau.

Pour comprendre les racines profondes de la posture britannique, il faut peut-être regarder ailleurs. Non pas vers Westminster, mais vers le cœur financier de Londres. Non pas vers les récits quotidiens de la guerre en Ukraine, mais vers les structures de pouvoir qui traversent l’histoire britannique depuis des siècles.

C’est ici que la réflexion de l’économiste Richard Murphy offre une perspective originale et provocatrice.

Selon Murphy, l’un des spécialistes les plus connus des dynamiques fiscales et des paradis offshore, la City de Londres n’est pas simplement un quartier financier. Il s’agit d’une structure de pouvoir dotée de caractéristiques exceptionnelles à l’intérieur de l’État britannique.

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« Britannia rules the waves » de Nicholas Habbe : Britannia – armée d’une lance, d’un casque et d’un bouclier orné des armes royales britanniques – est assise sur un quadrige aux côtés de Neptune, armée de son trident.

La City of London Corporation, qui gouverne le fameux Square Mile, constitue en effet une anomalie presque unique dans le monde occidental. Les entreprises peuvent y voter lors des élections. Elle dispose de ses propres institutions, de sa propre police et d’un accès privilégié aux centres de décision du pouvoir britannique. Formellement, il s’agit d’une administration locale. En substance, affirme Murphy, elle représente le centre politique d’un réseau financier mondial.

Ce n’est pas un simple héritage médiéval subsistant par inertie. Selon cette interprétation, la Corporation continue d’exercer une fonction précise : défendre les intérêts du capital financier contre toute forme de contrôle démocratique susceptible de limiter sa liberté de mouvement.

C’est une thèse radicale. Mais c’est justement à partir de cette thèse qu’il devient possible de lire sous un autre angle certaines des grandes dynamiques géopolitiques contemporaines.

Au cours des quarante dernières années, le Royaume-Uni a connu une transformation économique profonde. Le pays qui avait porté la révolution industrielle a progressivement réduit le poids de l’industrie manufacturière. Des districts entiers de production sont entrés en crise. Mines, aciéries et chantiers navals ont laissé place à une économie de plus en plus dominée par la finance, les services et la gestion internationale des capitaux.

La City est devenue le cœur battant de ce nouveau modèle.

Londres n’exporte plus principalement des biens industriels. Elle exporte des services financiers, des assurances, des conseils juridiques, des instruments d’investissement et d’intermédiation mondiale.

En d’autres termes, la prospérité d’une partie significative de l’establishment britannique dépend aujourd’hui de la survie d’un ordre international fondé sur la libre circulation des capitaux et sur la centralité des institutions économiques occidentales.

C’est à ce stade que le raisonnement économique se transforme inévitablement en raisonnement géopolitique.

Car chaque système économique développe sa propre vision du monde et sa propre conception de la sécurité.

Historiquement, la puissance britannique fut celle de la mer. L’Empire britannique a bâti sa grandeur en contrôlant les routes commerciales, les échanges maritimes, les assurances et la finance internationale. Il ne dominait pas par la continuité territoriale, mais par les réseaux.

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Russie: plaine fertile et steppe.

La Russie a représenté pendant des siècles son opposé.

Une immense puissance continentale, fondée sur le contrôle de l’espace terrestre, des ressources naturelles et de la profondeur stratégique. Une civilisation géopolitique construite autour de la terre, non de la mer.

L’histoire européenne a largement été l’histoire de cette confrontation.

Du Grand Jeu en Asie centrale à la guerre de Crimée, de l’époque tsariste à la Guerre froide, Londres a constamment considéré la Russie comme son principal rival continental.

La fin de l’Union soviétique semblait refermer ce chapitre, mais aujourd’hui, le conflit est revenu.

Et ce n’est peut-être pas une simple coïncidence.

9780552171618-jacket-large.jpgSelon la lecture proposée par Murphy, la City représente l’évolution moderne de la puissance maritime traditionnelle britannique. Non plus une thalassocratie fondée sur les flottes militaires et les colonies, mais une thalassocratie financière reposant sur les flux de capitaux, les marchés mondiaux et le réseau offshore reliant Londres aux anciennes structures de l’Empire.

Dans cette perspective, la Russie n’apparaît pas simplement comme un adversaire géopolitique ; elle incarne quelque chose de plus profond : la persistance d’une logique alternative à celle de la mondialisation financière. Une logique fondée sur la souveraineté de l’État, le contrôle des ressources stratégiques et la capacité de s’affranchir – au moins en partie – de l’influence des grands centres financiers occidentaux.

C’est de là qu’émerge une question inévitable.

Si la centralité de la City dépend de l’existence d’un certain ordre mondial, que se passe-t-il lorsque cet ordre entre en crise ?

La montée en puissance de la Chine, le renforcement des BRICS, la recherche de systèmes de paiement alternatifs au dollar et l’émergence de nouvelles alliances eurasiatiques érodent progressivement les équilibres qui ont caractérisé le monde depuis 1991.

Pour les élites financières occidentales, il s’agit d’une transformation potentiellement historique, et c’est dans ce contexte que certains observateurs interprètent l’activisme croissant du Royaume-Uni dans la crise ukrainienne.Londres s’est souvent retrouvée en première ligne dans le soutien militaire à Kiev. Elle a appuyé des sanctions de plus en plus sévères contre Moscou. Elle a encouragé une posture stratégique particulièrement affirmée dans la Baltique, la mer du Nord et dans les zones de contact entre l’OTAN et la Russie.

Selon la lecture critique proposée par Murphy, ces choix ne peuvent être compris uniquement à travers le prisme de la sécurité militaire.

Ils refléteraient aussi la nécessité de défendre un système économique et financier qui considère toute réduction de sa centralité mondiale comme une menace.

Naturellement, cette interprétation reste sujette à débat. Il n’existe aucune preuve démontrant une direction directe de la City sur les décisions stratégiques britanniques. Il ne serait pas non plus correct de réduire toute la politique étrangère du Royaume-Uni aux seuls intérêts financiers, mais il serait tout aussi naïf d’ignorer le poids que les structures économiques exercent sur les choix géopolitiques des États.

La véritable question concerne alors l’avenir de l’Europe.Si la confrontation avec la Russie continue de s’intensifier, le continent risque de se retrouver à nouveau piégé dans la logique des blocs opposés. Une logique que l’histoire du XXe siècle a déjà montré capable de transformer des rivalités économiques et stratégiques en conflits dévastateurs.

C’est précisément ici que le raisonnement de Murphy prend une dimension inquiétante.

Lorsqu’une structure de pouvoir perçoit la possibilité de perdre sa position dominante, la tentation de répondre par l’escalade peut devenir très forte. Pas nécessairement par choix délibéré, mais comme conséquence d’une logique systémique qui identifie sa propre survie à celle de l’ordre existant.

La question finale demeure donc ouverte.La tension croissante entre l’Occident et la Russie n’est-elle vraiment qu’une bataille pour la sécurité européenne? Ou bien assistons-nous aussi à la réaction d’un système financier mondial qui voit son hégémonie menacée?

9781786631671.jpgAu cœur de Londres, dans ce mile carré qui continue d’exercer une influence disproportionnée sur les affaires du monde, se trouve peut-être une partie de la réponse.

La City de Londres n’est pas simplement un centre financier. C’est le cœur d’un modèle politique, économique et social spécifique, que l’on pourrait qualifier de financiarisme oligarchique transnational. Selon Murphy, le problème n’est pas la finance en soi, mais le fait que la finance soit devenue le principe organisateur de toute la société. Dans ce modèle, le pouvoir ne découle pas principalement du vote, du travail ou de la production industrielle, mais de la mobilité du capital. Celui qui contrôle le capital financier dispose d’un levier de pouvoir supérieur à celui des gouvernements démocratiquement élus. La conséquence en est une transformation profonde de la démocratie. Formellement, les institutions démocratiques continuent d’exister: on vote, on élit des parlements, on forme des gouvernements. Pourtant, soutient Murphy, le champ des décisions réellement possibles est restreint par la nécessité de ne pas perturber les marchés financiers. Les gouvernements peuvent changer, mais à l’intérieur de limites définies par la réaction des investisseurs, des banques, des fonds et de la City.

Il naît ainsi une sorte de démocratie conditionnée. Les élections déterminent qui gouverne, mais ne décident pas pleinement de ce qui peut être fait. La souveraineté populaire est subordonnée à la confiance des marchés.

Dans cette perspective, le système fiscal joue un rôle central. Murphy interprète le réseau offshore britannique non comme une dérive du capitalisme, mais comme l’un de ses instruments fondamentaux. Les paradis fiscaux liés au Royaume-Uni – des Îles Caïmans aux Îles Vierges britanniques, en passant par Jersey et Guernesey – permettent aux grandes fortunes d’échapper à la fiscalité, à la régulation et, surtout, au contrôle démocratique.

C’est de là qu’émerge un second élément du modèle: la séparation entre la richesse et la responsabilité sociale.

Dans la tradition de l’État social européen, ceux qui bénéficient le plus de l’économie contribuent aussi le plus au financement de la collectivité. Dans le modèle dénoncé par Murphy, au contraire, le capital acquiert la possibilité de se soustraire à ce pacte. Les élites économiques deviennent de moins en moins dépendantes du territoire national, tandis que les citoyens ordinaires restent liés à l’État, aux services publics et à la fiscalité ordinaire.

Il se crée ainsi une double citoyenneté implicite: d’un côté, les citoyens ordinaires, soumis aux lois, aux impôts et aux décisions publiques ; de l’autre, le capital mobile, qui peut se déplacer à sa guise, choisir la juridiction la plus avantageuse et menacer constamment de s’exiler.

Selon Murphy, cela produit une forme de chantage permanent. Toute tentative d’augmenter la fiscalité sur les grandes fortunes, de renforcer les droits des travailleurs ou d’accroître les dépenses publiques se heurte immédiatement à l’objection selon laquelle «les capitaux vont partir».

Le résultat est un État progressivement affaibli.

C’est ici qu’émerge le troisième pilier du modèle: la suprématie de la rente sur la production.

Murphy soutient que la centralité de la City a poussé le Royaume-Uni à abandonner progressivement l’industrie manufacturière et les investissements productifs. Au lieu de créer de la nouvelle richesse par l’industrie, la recherche et l’innovation, l’économie est orientée vers la gestion d’actifs financiers, la spéculation immobilière et la valorisation du patrimoine existant. Dans ce contexte, le logement cesse d’être un bien social et devient un investissement.

Les villes cessent d’être des lieux de vie et deviennent des portefeuilles immobiliers. Les entreprises sont évaluées davantage pour leur valeur boursière que pour ce qu’elles produisent. Le capital recherche des rendements financiers immédiats plutôt qu’un développement productif à long terme. La société qui en découle se caractérise par des inégalités croissantes. Une minorité liée aux circuits financiers mondiaux accumule de plus en plus de richesses, tandis que les salaires, les services publics et les investissements territoriaux stagnent. D’un point de vue sociologique, Murphy décrit une société divisée entre :

- une étroite élite financière globale ;

- une classe professionnelle au service de la finance ;

- une majorité de travailleurs et de citoyens qui subissent les conséquences de décisions prises ailleurs.

De là découle aussi une crise de la légitimité démocratique. Si les citoyens ont le sentiment que tout gouvernement doit de toute façon obéir aux mêmes intérêts financiers, la défiance envers les institutions et la politique s’accroît. En effet, pour Murphy, le populisme contemporain ne naît pas seulement de facteurs culturels ou identitaires, mais aussi de la perception qu’il existe deux systèmes de règles: un pour la population et un pour le capital global.

En toile de fond, on devine une conception presque néo-impériale du pouvoir britannique. Murphy suggère que la fin formelle de l’Empire n’a pas éliminé les structures de domination bâties durant l’ère coloniale. Celles-ci se seraient transformées en un réseau financier mondial centré sur la City, capable d’exercer son influence sans contrôle territorial direct.

L’Empire des canonnières aurait été remplacé par l’Empire des flux financiers.

81o061qndZL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgAu final, c’est un modèle de société très précis qui se dessine, ni une démocratie sociale fondée sur le travail, ni un État-nation gouvernant l’économie, ni même un capitalisme productif tourné vers l’industrie, mais un système où le capital financier global occupe le sommet de la hiérarchie, où l’État devient le garant de sa liberté de mouvement et où la démocratie s’adapte progressivement aux besoins de la finance.

Pour Murphy, la City n’est donc pas seulement un lieu géographique au cœur de Londres. Elle est l’expression institutionnelle d’un ordre politique dans lequel la liberté du capital est considérée comme plus importante que la souveraineté démocratique, l’égalité sociale ou le développement productif. C’est la raison pour laquelle il parle non d’une simple réforme, mais d’une véritable transformation constitutionnelle du rapport entre la finance, l’État et la démocratie.

La Grande-Bretagne, et avec elle la vieille Europe, seront-elles sacrifiées par ces élites pour éviter d’avoir à accepter le tournant “telluro-eurasiatique” de l’Histoire?

Sources: 

  • Richard Murphy, The Joy of Tax (2015) et articles sur le rôle de la "City of London Corporation" et des paradis fiscaux britanniques. 
  • Susan Strange, Casino Capitalism (1986) et Mad Money (1998).
  • Halford J. Mackinder, Democratic Ideals and Reality (1919).

 

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Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)

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Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)

Zeinab Al Saffar

Dans la science militaire et stratégique, lorsque les spécialistes parlent de «perte de prestige», ils font référence à l’effondrement de l’image qu’une force militaire a construite autour de ses capacités supposément incontestées. Cet effondrement entraîne de graves conséquences tactiques, stratégiques et psychologiques.

Le concept de « perte de prestige » dans les études militaires peut être compris à partir des fondements suivants :

Premièrement : l’effondrement de l’équation de la dissuasion

Dans la stratégie militaire, la dissuasion repose sur trois éléments: la capacité, la volonté et la crédibilité (ou la perception que l’ennemi a de cette capacité).

La « perte de prestige » signifie que le troisième élément – la crédibilité – a été détruit. Lorsqu’une armée qui possède une supériorité technologique et de feu écrasante échoue à atteindre un objectif tactique apparemment simple, comme la conquête de la colline Ali al-Taher, l’adversaire cesse de croire aux menaces de cette armée. En d’autres termes, l’ennemi cesse de craindre sa puissance car celle-ci n’a pas été traduite en succès concret sur le champ de bataille.

Deuxièmement : l’échec de l’application de la doctrine du «Choc et Stupeur»

Les armées conventionnelles tirent une grande partie de leur prestige du principe de la décision rapide et de la démonstration d’une force écrasante capable de paralyser la réflexion et la capacité de résistance de l’ennemi.

La « perte de prestige » signifie que l’adversaire a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé. Cela annule, en pratique, l’impact psychologique traditionnellement associé à l’armement avancé.

La « perte de prestige » signifie donc que l’ennemi a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé.

Troisièmement : l’inversion de la logique de la guerre asymétrique

Dans les études militaires sur la guerre de guérilla et les forces irrégulières, un principe largement connu, formulé par Henry Kissinger, affirme:

«L’armée conventionnelle perd si elle ne gagne pas; le guérillero gagne s’il ne perd pas».

Le prestige est perdu lorsqu’une armée conventionnelle se retrouve piégée dans une guerre d’usure. La simple survie et la résilience d’un adversaire face à une force militaire beaucoup plus puissante constituent un coup porté au prestige de l’armée conventionnelle et exposent ses faiblesses opérationnelles.

Quatrièmement : la perte d’initiative due à l’audace croissante de l’adversaire

Le prestige militaire fonctionne comme un bouclier psychologique, décourageant l’ennemi d’entreprendre des actions offensives.

Lorsque ce prestige se détériore, la barrière de la peur est brisée. En termes militaires, cela signifie que l’adversaire abandonne l’attitude de défense passive – se limitant à encaisser les attaques – pour adopter une défense active, voire des actions offensives, incluant embuscades, contre-attaques et attaques contre les lignes de ravitaillement. Ce changement se produit parce que l’ennemi commence à croire que l’armée adverse n’est ni invulnérable ni hors d’atteinte.

Cinquièmement : l’érosion du moral interne

Dans « De la guerre », le théoricien militaire Carl von Clausewitz identifie le moral comme l’un des facteurs décisifs de la victoire.

La perte de prestige affecte non seulement l’ennemi, mais aussi l’armée attaquante elle-même. Lorsque les soldats réalisent que la supériorité de leur entraînement, le soutien aérien et le blindage ne suffisent pas à les protéger de la mort face à un adversaire moins bien équipé, des doutes sur le commandement et sur les capacités militaires émergent. Ces doutes mènent à l’hésitation, à la diminution de l’agressivité et à la baisse de l’efficacité au combat.

Sixièmement : la neutralisation de la supériorité technologique

À l’ère moderne, le prestige militaire repose souvent sur la technologie: puissance aérienne avancée, chars lourdement blindés et systèmes de surveillance sophistiqués.

La perte de prestige, dans ce contexte, signifie que l’adversaire a trouvé des méthodes tactiques efficaces pour neutraliser ces avantages, que ce soit via des réseaux de tunnels, le camouflage, des drones d’attaque à longue endurance ou des armes antichar. Par conséquent, la valeur stratégique de cet arsenal technologique est significativement réduite.

Conclusion militaire

Dans la science militaire, la « perte de prestige » représente le moment où une armée cesse d’être une force capable d’imposer sa volonté par la peur et la dissuasion, devenant au contraire une force réactive, prisonnière d’une guerre d’usure et payant un lourd tribut en vies humaines pour chaque mètre avancé.

C’est le moment où les armées découvrent que la supériorité matérielle – l’acier et la puissance de feu – a été effectivement neutralisée par la supériorité humaine, tactique et adaptative de l’adversaire.

Applications pratiques du concept de perte de prestige

L’incapacité à conquérir un objectif géographique spécifique, tel que la colline stratégiquement importante d’Ali al-Taher – qui domine Nabatieh, la région d’Iqlim al-Tuffah et le secteur nord de la rivière Litani – malgré dix jours d’attaques consécutives et quatre jours de bombardements préparatoires ininterrompus, a des implications militaires et stratégiques qui vont bien au-delà d’un simple revers tactique. Elle touche au cœur même du prestige militaire israélien et de sa doctrine de dissuasion.

La signification de cette « perte de prestige », ainsi que l’importance des pertes rapportées – telles que la mort du commandant du 52e bataillon blindé et la destruction de chars Merkava – peut se résumer ainsi :

1. L’effondrement de la doctrine selon laquelle « la puissance de feu garantit l’avancée terrestre »

Les armées conventionnelles, en particulier l’armée israélienne, s’appuient traditionnellement sur une approche de terre brûlée, utilisant une puissance de feu aérienne et d’artillerie massive pour démanteler les défenses avant l’avancée de l’infanterie et des unités blindées.

L’échec de l’avancée après 96 heures d’attaques continues et de bombardements intenses suggère que le soutien aérien et d’artillerie à grande échelle a perdu une grande partie de son efficacité contre les fortifications souterraines, les réseaux de tunnels et les tactiques défensives dissimulées. Cela affaiblit l’aura d’efficacité longtemps associée à la supériorité technologique et aérienne d’Israël.

2. La supériorité des tactiques complexes d’embuscade sur la technologie

Les pertes en personnel et en matériel – notamment la destruction de véhicules lourdement blindés comme les chars Merkava et la mort d’officiers supérieurs – indiquent que les défenseurs ont réussi à transformer la zone autour de la colline en une « zone de mort ».

iw_atgw_at14_v1.jpgL’utilisation simultanée de drones d’attaque à longue endurance, de missiles antichars guidés (comme le Kornet) (photo) et de tirs de mortier démontre la capacité des tactiques de guérilla modernes et des méthodes de combat rapproché à neutraliser des avantages technologiques autrefois jugés décisifs.

3. L’effondrement moral et psychologique et la perte de « l’image de la victoire »

Les armées dépendent de l’élan fourni par des victoires rapides pour maintenir le moral et justifier les pertes auprès de l’opinion publique interne.

Quand une force militaire conventionnelle, considérée comme l’une des plus puissantes de la région, reste incapable pendant des jours d’assurer une seule position élevée tout en subissant des pertes importantes, cette colline cesse d’être un simple objectif militaire. Elle devient un symbole et un fardeau psychologique.

Une telle impasse engendre frustration et perte de confiance parmi les troupes, tout en soumettant les dirigeants militaires et politiques à une pression croissante devant l’incapacité à obtenir un résultat décisif ou à afficher une image claire de victoire.

4. La perte d’une position opérationnelle critique et la complication des opérations terrestres

D’un point de vue strictement opérationnel, la colline Ali al-Taher constitue une position dominante et un appui fondamental.

Le contrôle de la colline serait essentiel pour garantir l’arrière-garde des forces israéliennes et protéger les lignes d’approvisionnement en cas de déploiement prolongé au nord du Litani. L’échec à la capturer expose les forces en progression à un feu constant et à une vulnérabilité opérationnelle, privant toute incursion terrestre dans la zone de valeur stratégique significative et la réduisant à une coûteuse guerre d’usure sans perspective claire.

5. La perte du pouvoir de négociation politique

Israël a souvent intensifié ses opérations terrestres pour créer des faits accomplis sur le terrain, utilisables ensuite comme instruments de négociation.

La perte de prestige, dans ce contexte, signifie entrer dans des négociations politiques ou des discussions sur un cessez-le-feu à partir d’une position d’usure sur le terrain, et non de force coercitive. La résistance continue sur la colline prive Israël de la capacité d’imposer ses conditions et donne à l’adversaire une plus grande influence sur le moment et les modalités de tout accord à venir.

Évaluation finale

La persistance de la résistance sur la colline Ali al-Taher, dans ces circonstances, représente bien plus que la défense réussie d’une position géographique. Il s’agit d’un signe fort de l’érosion du mythe de « l’armée invincible ».

Selon cette analyse, la bataille démontre que posséder les avions les plus avancés et les chars les plus puissants ne suffit plus pour vaincre une force combattante déterminée, qui combine une connaissance approfondie du terrain, des réseaux défensifs sophistiqués et une grande capacité d’adaptation tactique. Il en résulte un processus d’usure matérielle et humaine qui affaiblit progressivement le pouvoir de dissuasion sur lequel Israël a bâti une grande partie de son prestige militaire au fil des décennies.

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La nouvelle grammaire de la guerre

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La nouvelle grammaire de la guerre

Zeinab Al Saffar

Source: https://zeinabsaffar.substack.com/p/the-new-grammar-of-war

La nouvelle grammaire de la guerre : sept concepts qui ont redéfini les règles en 2026

Les guerres de demain ne se gagneront pas sur le champ de bataille — elles se gagneront dans l’esprit, l’économie et l’écosystème informationnel de l’ennemi.

C’est la leçon brutale et éclairante de 2026. Ce qui a émergé de ce conflit, ce n’est pas simplement un nouvel ensemble de tactiques. C’est une nouvelle philosophie du pouvoir — qui rend dangereusement obsolètes nombre d’hypothèses héritées de l’Occident concernant la guerre, la dissuasion et la victoire.

La victoire n’est plus ce que vous croyez

Oubliez l’anéantissement. Le stratège moderne ne cherche pas à détruire l’ennemi — il cherche à le paralyser. La nouvelle définition de la victoire, c’est l’ingénierie de la « paralysie systémique » : une condition dans laquelle l’adversaire conserve son matériel militaire mais perd la capacité cognitive et institutionnelle de l’utiliser de manière cohérente. Par la perturbation ciblée des systèmes financiers, des réseaux de commandement et des artères de l’information, un État peut être réduit d’un acteur souverain à un dépendant sous gestion — ses choix politiques étant silencieusement pris en otage par des chaînes d’approvisionnement et des infrastructures technologiques contrôlées par le vainqueur. La conquête est invisible. La défaite est permanente.

La guerre existentielle ne concerne pas la survie — elle concerne le contrôle de la réalité

Le conflit de 2026 a mis en avant un concept qui mérite beaucoup plus d’attention qu’il n’en reçoit : la guerre pour la souveraineté épistémique — le droit de définir ce qui est réel. Grâce à des deepfakes générés en temps réel par l’IA et à une désinformation élaborée avec précision, on peut dépasser la propagande du siècle dernier et passer directement à la déconstruction cognitive : le démantèlement systématique des fondations logiques qui maintiennent les croyances partagées d’une société.

Lorsqu’assez de « vérités » contradictoires inondent simultanément l’espace informationnel, le résultat n’est pas simplement de la confusion — c’est un nihilisme informationnel, une paralysie de la volonté collective où les citoyens ne peuvent plus organiser de réponse cohérente à l’agression, car ils ne peuvent plus s’accorder sur ce qui se passe. L’ennemi n’a pas besoin de bombarder vos villes. Il lui suffit d’assassiner votre sens commun de la réalité.

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La géographie comme arme : le réseau de dissuasion distribuée

L’axe qui s’étend de Téhéran à Beyrouth, Bagdad et Sanaa n’est pas une alliance politique au sens traditionnel. C’est une architecture de dissuasion distribuée — un réseau volontairement décentralisé conçu pour rendre toute frappe décisive géométriquement impossible. Aucune frappe unique ne peut neutraliser tous les nœuds simultanément. Mais surtout, le véritable levier du réseau n’est pas militaire — il est géoéconomique. Contrôlez simultanément le détroit d’Ormuz et le Bab el-Mandeb, et vous ne menacez pas un pays. Vous menacez l’économie mondiale. Le conflit local devient une crise internationale. La pression pour désamorcer la situation se déplace du champ de bataille vers les salles de conseil à Pékin, Bruxelles et Washington.

La doctrine de la politique du bord du gouffre: quand l’abîme devient stratégie

La « gestion du bord du gouffre » — l’art de danser sur le fil de la catastrophe pour obtenir des concessions politiques — est entrée dans une nouvelle phase en 2026. Lorsque les menaces ont atteint le langage de l’effacement civilisationnel, le calcul a été entièrement transformé. La réponse n’a pas été la retraite, mais la clarification : une doctrine de punition catastrophique qui lie la survie des intérêts énergétiques et économiques de l’adversaire à la survie de l’État ciblé. L’abîme a cessé d’être une situation d’urgence. Il est devenu une politique opérationnelle permanente — un fait géopolitique que nul acteur régional ne peut se permettre d’ignorer.

La patience stratégique active : gagner en attendant — mais jamais passivement

C’est peut-être le concept le plus mal compris de la littérature stratégique contemporaine. La « patience stratégique active » ne consiste pas à encaisser les coups jusqu’à ce que la situation évolue. C’est une doctrine offensive déguisée en retenue. Le principe est simple et redoutable : les grandes puissances et les armées technologiquement supérieures ont une tolérance limitée pour les conflits ouverts sans issue. En évitant le coup décisif unique — qui pourrait provoquer une riposte écrasante — et en poursuivant plutôt ce que l’on pourrait appeler la « stratégie des mille coupures », un adversaire moins puissant peut éroder systématiquement la légitimité politique, les réserves économiques et la cohésion sociale d’un ennemi plus fort. L’objectif est d’amener l’adversaire à un point d’effondrement spontané — non pas en le battant sur le terrain, mais en rendant sa propre survie insoutenable.

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La diplomatie de terrain : le champ de bataille comme table de négociation

En 2026, les opérations militaires ne précédaient pas les négociations — elles étaient les négociations. Chaque missile, chaque frappe de drone, chaque gain territorial était simultanément un message diplomatique, un vote émis en temps réel à une table de négociation invisible. C’est la « diplomatie de terrain » : la doctrine qui considère les succès militaires tactiques comme des clauses contraignantes dans un accord politique qui s’écrit alors que les combats continuent. Le langage de cette diplomatie n’est pas l’argument juridique — c’est la réalité opérationnelle. Lorsque l’adversaire tente de relever ses exigences politiques, la réponse n’arrive pas sous forme de communiqué, mais sous la forme d’une frappe recalibrée. La ligne de front ne détermine pas seulement les résultats militaires ; elle détermine ce qui est politiquement possible.

Le pouvoir de ce que l’adversaire ignore

Le dernier — et peut-être le plus élégant — des concepts émergés en 2026 est la dissuasion par l’ambiguïté délibérée. Après avoir subi de lourds revers en 2024, la capacité démontrée du Hezbollah à surprendre tactiquement en 2026 a transformé l’ignorance elle-même en arme. En maintenant un écart persistant entre les capacités déclarées et les capacités réelles, une force combattante peut paralyser entièrement l’appareil décisionnel de l’ennemi. Lorsque les commandants ne peuvent pas évaluer précisément ce à quoi ils sont confrontés, ils sont contraints de se préparer au pire — et les scénarios du pire ne sont presque jamais ceux qui autorisent l’action offensive. L’inconnu devient un mur. L’arsenal invisible devient la dissuasion la plus efficace de toutes. L’élément de surprise plane sur le paysage.

En Résumé

Ce que 2026 a établi, avec une clarté inconfortable, c’est que le paradigme dominant de la guerre du XXe siècle — force écrasante, victoire décisive, reddition claire — cède la place à quelque chose de bien plus complexe et bien plus durable. La nouvelle grammaire de la guerre s’écrit en paralysie fonctionnelle, manipulation épistémique, réseaux distribués, catastrophe gérée, patience structurée, diplomatie de terrain en temps réel et instrumentalisation de l’incertitude.

Les États et les stratèges qui apprendront à lire cette grammaire couramment façonneront la prochaine ère de l’ordre international. Ceux qui n’y parviendront pas se retrouveront échec et mat face à des adversaires qu’ils auront constamment sous-estimés — non parce que ces adversaires étaient plus forts, mais parce qu’ils avaient compris les nouvelles règles du jeu tandis que les autres jouaient encore selon les anciennes.

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vendredi, 10 juillet 2026

Pathologies du petit univers «Antifa» gauchiste et woke

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Pathologies du petit univers «Antifa» gauchiste et woke

Werner Olles

L’essai pathographique qui suit, rédigé par un profane en médecine, est une première tentative de saisir les diverses psychoses des gauchistes « Antifa » et wokistes, dans le but de culbuter durablement la phalange des bien-pensants organisés. Il ne prétend pas avoir reconnu et traité tous les aspects de manière exhaustive. Mais au moins, plus personne ne pourra prétendre à l’avenir qu’il n’a rien su des troubles psychiques, ni remarqué que le caractère totalitaire des gauchistes « Antifa » et woke est, depuis longtemps, devenu une menace grave et mortelle pour toutes les personnes et organisations politiques et médiatiques non de gauche.

Quiconque a vu et entendu la soi-disant « conférence de presse » du groupe d’extrême gauche qui a organisé la manifestation ratée contre le congrès de l’AfD à Erfurt, à la télévision ou sur Youtube, et a reconnu le caractère psychotique des messages hallucinés, se demande à juste titre comment il a été possible de refouler pendant des décennies les racines pathologiques du néo-« antifascisme ». Comment a-t-on pu ignorer si facilement le dossier médical de personnes marquées par la folie, comme ce porte-parole du groupe susmentionné, qui se faisait appeler Noa Sander et, en outre, se présentait comme un homme biologique maquillé, en perruque et vêtu de vêtements féminins – présentant ainsi deux graves maladies mentales à la fois? Si l’on ne connaissait jusque-là de telles révélations fanatisées que de sectes tombées dans le délire religieux, il s’est avéré ici que les groupes «Antifa» d’extrême gauche, dès qu’ils bénéficient de reconnaissance publique et d’attention médiatique, peuvent produire sur commande des réactions et des interprétations anormales, proches du délire, en raison d’un état d’esprit particulier – dans ce cas, dû à leur défaite qu'il est impossible de nier, puisqu’ils n’ont pas pu empêcher le congrès de l’AfD. En réalité, de telles hallucinations n’apparaissent généralement pas isolément, mais sont associées à des hallucinations, une circonstance qui facilite grandement le diagnostic.

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Dans ce cas précis, les hallucinations paranoïaques des extrémistes de gauche « Antifa » consistent à désigner les partis conservateurs ou nationaux de droite, ou populistes de droite comme l’AfD, de « fascistes » – ou, selon leur expression genrée, de « FaschistInnen » – qu’il faut combattre par tous les moyens, y compris la violence. Cette psychose est paranoïaque-hallucinatoire dans la mesure où il n’y a jamais eu de fascistes en Allemagne, et il n’y en a bien sûr pas aujourd’hui. Les extrémistes de gauche «Antifa» confondent ici le national-socialisme allemand  -qui d’ailleurs n’était ni de droite ni réactionnaire, mais qu’il conviendrait plutôt de qualifier de national-socialisme totalitaire avec des éléments de gauche et populaires-  avec le fascisme romain classique, qui différait fondamentalement du national-socialisme allemand, tant sur le plan programmatique que sur le plan politique réel. Mussolini voulait un État autoritaire fort, tandis que le national-socialisme détruisait l’État au sens propre; Hitler parlait du «mouvement», du parti, du peuple allemand, et le mot «État» ne franchissait pratiquement jamais ses lèvres.

Il est cependant totalement inutile de proposer nos propres récits, historiquement bien fondés, comme contribution au discours, aux extrémistes de gauche «Antifa». Leurs formes de croyance rigide ne permettent pas de débattre intellectuellement avec leurs ennemis politiques, car le délire et la croyance y sont liés dans une certitude subjective inébranlable, et ils ne peuvent donc être ni touchés ni ébranlés par des certitudes contraires. Au contraire, il s’opère une survalorisation compensatoire de soi chez les woke et les extrémistes « Antifa » de gauche, qui se reconnaissent désormais comme porteurs de sens. Sur le chemin de la psychose, les manifestations de masse comme à Erfurt marquent le sommet du développement délirant progressif, comme on a pu le constater lors de la soi-disant « conférence de presse » à Erfurt.

Selon l’état actuel de la recherche, la psychiatrie clinique distingue trois groupes de maladies: les psychoses organiques, les schizophrénies, ainsi que les troubles névrotiques de la personnalité, la débilité mentale et les déviations sexuelles. Contrairement à tous les autres syndromes psychiques, on observe ici des troubles formels et des troubles relartifs au contenu de la pensée sans altération majeure des capacités intellectuelles. Les plus typiques sont ici le délire de persécution, les perceptions délirantes et les idées surévaluées. La forme la plus fréquente est la schizophrénie paranoïde-hallucinatoire chronique, avec des idées délirantes définies et des illusions sensorielles caractéristiques. D’un point de vue médico-historique, le «wokisme»/extrémiste de gauche est la chronique d’une histoire médicale qui se manifeste par des hallucinations accompagnatrices et des formes délirantes.

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En réalité, cependant, les conséquences imprévisibles des activités que des schizophrènes paranoïdes-hallucinatoires peuvent générer ont jusqu’à présent été gravement sous-estimées, y compris et surtout par la soi-disant Nouvelle Droite intellectuelle. C’est pourquoi les extrémistes de gauche «Antifa» parviennent à déclencher des rébellions, à instaurer des systèmes de société totalitaires et à exercer une violence sanglante, qu’ils annoncent même par écrit et oralement, tout en agissant temporairement dans leurs partis-mères et ONG où ils apparaissent comme des imposteurs déguisés et des notables pieux, accédant même à de hautes et très hautes fonctions d’État et, surtout, trouvant leur place attitrée dans les médias de service public.

Nous soulignons à nouveau que ce petit essai a été rédigé sans compétence scientifique spécialisée, mais qu’il ne s’agit pas, ici, de diagnostics spéculatifs. Malheureusement, nous n’avons pas non plus de conseils à donner sur la manière de traiter les maladies constatées chez les extrémistes de gauche «Antifa». Les états extatiques, la superficialité intellectuelle, l’ignorance et la grossièreté hostile, souvent objectivés dans une extase médiatique avec un comportement anormal et asocial, sont certes relativement faciles à reconnaître, mais il est d’autant plus difficile et dangereux de gérer des personnes qui présentent de tels symptômes.

Comme déjà expliqué, les discussions sont totalement vaines; il serait plus utile de saboter leurs actions par des désinformations, des manipulations et des contre-activités ironiques. Et une chose est également vraie: s’il y avait en Allemagne vraiment quelques milliers de véritables fascistes, comme les extrémistes de gauche « Antifa » les hallucinent, nous n’aurions probablement pas ce problème. Il ne reste donc plus qu’à espérer qu’un gouvernement AfD interdira «l’Antifa», que la justice laxiste sera remplacée par les peines les plus sévères pour la terreur «Antifa», et que les ONG de gauche, inféodées au gouvernement et soutenant les auteurs de violences d’extrême gauche, seront enfin asséchées financièrement.

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Breton, le surréalisme, et la guerre

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Breton, le surréalisme, et la guerre

Claude Bourrinet

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100002364487528

Lorsque Breton accorde, pour la revue View, un entretien à Charles-Henri Ford, qui était écrivain, poète, éditeur, cinéaste, lithographie et photographe d'« avant-garde », en août 1941, il est, depuis le 14 juillet, à New York. Il s'est embarqué, à Marseille, après quelques pénibles péripéties, le 25 mars 1941. A la demande de Pierre Lazareff, il ne va pas tarder à participer, comme « speaker », aux émissions de la radio La Voix de l'Amérique, et à contribuer ainsi à la Résistance contre le nazisme (dès qu'il verra, en 1943, que la balance penche du côté des Alliés, il s'en détachera).

L'exil forcé qui est le sien lui impose une réflexion d'actualité sur l'avenir du surréalisme, dont on aura à l'époque l'impression qu'il achève sa destinée. Question essentielle, si l'on prend la mesure des ambitions d'un mouvement qui se voulut l'expression absolue de la poésie. Car, avec la tourmente mondiale qui bouleversa le monde, en en détruisant une bonne partie, et qui bouleversa les existences profondément, c'est non seulement le statut de la « littérature » (terme qui, comme on le sait, n'a pas pour vocation d'être recommandé dans les cercles surréalistes, mais qu'il faut prendre dans sa plus haute acception), mais aussi ce que l'on est en droit d'attendre de l'homme, qui sont en cause.

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Les propos que tient à cette occasion Breton ont pour vertu d'être valables à n'importe quel moment de l'histoire mondiale des deux ou trois derniers siècles, et, du reste, sont à considérer comme de la plus extrême gravité, dans la mesure où l'objet même de leur visée tend, depuis quelques décennies, à s'étioler, voire à disparaître. Car cette « littérature », dont Gracq disait, au début des années 60, qu'elle « respirait mal », il se peut fort bien qu'elle soit partie pour un « meilleur monde ». De l'absence de faire-part de décès ne découle pas que le cadavre n'existe pas en l'état. Il peut remuer encore, par l'effet de mutations biochimiques, et même il pue, mais il ne chante plus, comme pouvait encore le faire le chef d'Orphée, une fois que son corps, déchiré par les Ménades, eut été enterrés en Piérie par les Muses, et sa lyre placée parmi les constellations. Quant à sa tête, jetée dans l'Hèbre, et qui prophétisait, elle échoua à Lesbos, terre sacrée du lyrisme, où on lui éleva un autel. Le mythe révèle beaucoup, et surtout son besoin, quand il n'est plus là, et que le monde de la contingence la moins sacrée semble se suffire à lui-même.

Par ce détour par l'Hellas antique (guère en honneur chez Breton et ses amis, il est vrai, mais Orphée ne pouvait les chagriner), il ne semble pas qu'on s'éloigne de la question centrale, à savoir des destinées du corps d'un Orphée martyrisé par les Titans du matérialisme le plus nihiliste. Car il arrive sous la Lune, parfois, ce qu'il advient dans les immensités cosmiques. Par exemple, un trou noir peut très bien aspirer tout ce qui vit, et l'engloutir.

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Précisons que les surréalistes, en 1924, avaient anticipé cette histoire de macchabés, avec leur tract, « Un cadavre », destiné à commémorer comme il se doit, au grand mécontentement des assis, la mémoire d'Anatole (Anatole!) France, tout juste décédé. Combien de cadavres, ces derniers temps, aurions-nous dû honorer comme il se doit ! A commencer par ce papelard ineffable de d'Ormesson, qui ressemblait tant à Anatole ! Mais les trépassés pullulent, et il n'est pas besoin qu'ils soient passés de la puissance à l'acte, comme aurait dit Aristote, pour qu'ils embaument le paysage.

On peut généreusement, pour les repérer, ouvrir un large éventail, qui va d'Annie Ernaux à Michel Houellebecq, l'une se voyant consacrée, à Oslo, par la bourgeoisie mondialiste, progressiste et très américanisée, l'autre à Jérusalem, par une bourgeoisie féroce, sanguinaire, et tout aussi américanisée (et c'est au fond, la même). Notons que leur point commun, devenu maintenant le parangon de l'industrie du livre, c'est la sociologie.

Les écrivains romantiques se servaient de la société pour transfigurer la réalité, et pour la porter dans un autre monde, plus vrai, plus signifiant ; ceux de maintenant se plaquent tautologiquement sur elle, comme des buvards, avec la transparence grisâtre d'une écriture sténographique, qui ne fait qu'enregistrer la désespérante médiocrité d'être de notre monde et l'avilissante abdication devant sa pesanteur. Non que l'on n'eût pas, jadis, rendu compte, en littérature, du vide, mais sa dénonciation était un plein : de style, de mots nourris à l'alcool fort, de phrases percutantes. Regardez Huysmans ! Et même Hugo, ou Zola ! On dirait que, maintenant, on a peur d'écrire. Gracq l'avait bien vu, à la suite de Breton : on ne se soucie plus de l'expression. Ce qui compte, c'est ce qu'on a à dire, le « message », qui se résout de fait au misérable cercle des tracas de la vie plate comme un parking. La vie est faite pour être dépassée. Même si l'on a en tête de s'engager pour la « changer ». La littérature n'a pas cette dernière ambition-là. Ou, si l'on veut, oui, elle l'a, mais à la manière de l'alchimiste : on transforme, par le Verbe, le plomb en or. Le retour à l'âge d'or, c'est elle qui l'octroie, par un bouleversement du regard.

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Le surréalisme, me rétorquera-t-on, est bien tombé dans le travers de l'engagement. Breton le reconnaît. Il faut, bien sûr, replacer le grand saut politique – qui ne s'est pas fait d'un coup – dans son contexte. La lumière venue de l'Est a mis un certain temps avant de parvenir jusqu'aux consciences des Européens de l'Ouest. Il y avait la censure, la guerre civile en Russie, la famine, les rumeurs, le manque d'informations. Les partis communistes, fort réduits, ne se sont constitués qu'à partir de 1922. C'est en 1925 que l'idée de rejoindre le combat social et politique apparaît dans les cercles surréalistes, un an après le Manifeste du surréalisme, et c'est en 1927 que les adhésions se multiplient. En 1933, ils sont exclus du parti, à l'exception de quelques membres du groupe, comme Aragon. Souvenons-nous que Gracq ne découvre le surréalisme, surtout Breton, Ernst, et Aragon, qu'en 1932, qu'il entre au parti communiste en 1937, pour le quitter en 1939. Breton et son groupe n'avaient pas attendu le Pacte germano-soviétique pour rompre. Ou, plutôt, ils en ont été mis à la porte.

Pour en revenir à l'engagement, qui corrompt la littérature depuis cette après Grande Guerre où les écrivains pensent être d'une utilité capitale pour soulever le monde, comme un levier, Gracq le met sur le compte, du moins en France, de l'attraction exercée par l'Histoire. Il voit deux courants, dans le romantisme : l'un, d'origine allemande, à partir de Fichte, de Schlegel, de Novalis, plus tard de Hölderlin, Arnim, d'Hoffmann, etc., privilégiant, par divers moyens, comme le rêve, ou le « fantastique », une torsion de la conscience, du regard, un accès à l'être, au dévoilement de ce qui gît sous l'apparence de la réalité, et qui est la vérité de la vie et du monde, quête souvent mystique très proche de la philosophie, de la religion, et d'un certain ésotérisme, par moment (Nerval, Baudelaire, appartiendront à cette mouvance) ; l'autre, le romantisme français, engagé, d'abord royaliste, puis « progressiste », républicain, voire socialiste, et reprenant comme principe la « marche de l'Histoire », les hautes destinées de l'humanité. Le surréalisme balance entre les deux.

Pourtant, Breton avait bien conscience de cette situation aporétique, et il avait constaté que le romantisme français, après 1830, avait pris deux directions divergentes, et, pour tout dire, inconciliables. Car si l'on s'engage politiquement, on perd vite la conscience qu'il existe un autre monde, plus vrai, plus profond : celui de l'action occupe tout le terrain de l'intelligence et de la sensibilité. Et si l'on opte pour la contemplation, ou pour une recherche intérieure, nécessairement individuelle, et de nature complètement étrangère au remue-ménage vernaculaire, on se trouve en décalage social et activiste. Ce que n'avaient pas manqué de faire remarquer les communistes qui, dans leur registre, n'avaient pas pris de gants pour dénoncer les « dérives petites bourgeoises » des surréalistes, usant des procédés grossiers, brutaux, diffamatoires, coutumiers des milieux ivres de leur inculture, et dont le rendement, l'efficacité, priment sur la poésie, hochet pour enfants ou pour efféminés.

On trouve cette engeance aussi bien dans le milieu politique que dans celui des affaires et de l'entreprise. C'est faute d'avoir pris la mesure de ce divorce, programmé dès les prémisses de leur engagement, que les surréalistes ont été entraînés dans des disputes violentes et déshonorantes. Cela n'a pas empêché Breton de flirter avec Trotski, mais à dire vrai, il avait pris bien soin d'affirmer l'indépendance de la poésie par rapport à la politique. L'assassinat du prophète rouge interdit de savoir quelles relations ils auraient pu avoir après la guerre. Mais ce malentendu est symptomatique. Ce n'est certes pas un hasard si, en 1938, Breton tombe d'accord avec Masson sur la nécessité d’un « désengagement total du surréalisme de la situation politique ».

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Il faut l'expliquer, bien sûr, par l'incroyable mystique qu'avait suscitée la Révolution d'Octobre, et les espoirs qu'elle avait fait naître. On croyait joindre la beauté à l'action ce qui était une erreur. La politique est toujours laide et sale, parce qu'elle brasse l'humain. Une autre aberration, qui vient de Rimbaud et de Lautréamont (la poésie doit être faite par tous, et pour tous), les poussait à vouloir socialiser le surréalisme, d'où les tracts, les manifestes, les provocations etc. Gracq en était  vite revenu : il ne peut exister de démocratisation de ce qu'on appelle la « culture » (terme qu'il détestait), ni de la pensée, de la beauté, de l'intelligence etc. Le corps social est lourd, et entraîne vers le bas tout ce qui passe à sa portée. Divulguer ce qui relève de l'arcane revient à le dissoudre dans un marécage spongieux. Étrangement, les surréalistes, si aristocrates dans leur tenue, leurs exigences, leur intolérance même (dans le sens où tout ce qui était laid, grossier, imbécile, leur répugnait), était tombés dans ce sentimentalisme démocratique. Ils voulaient changer la vie, mais ce « changement » devait, pour eux, être social. Certes, pour eux, il fut un temps, dans les peuples dits « primitifs », et peut-être dans certaines circonstances, comme les fêtes populaires, où une telle chose était possible. Ils avaient foi, comme les chrétiens (qu'ils abhorraient) dans la venue de la parousie. Le surréalisme est une certaine façon de secte religieuse.

Pour en revenir à l'article auquel je faisais référence, Breton s'attaque vertement à Aragon et à Desnos, qui reviennent à l'écriture réaliste et à un engagement très utilitaire, fût-il cela de la Résistance. C'est pactiser avec les pouvoirs. Il est remarquable que dans ce texte, Breton ne fasse pas une distinction entre les régimes de l'Axe, et les Alliés anti-fascistes. Remarquons qu'en août 41, nous savons que l'Allemagne hitlérienne a attaqué les Soviets. Chez Gracq, si sceptique en politique, et penchant vers une approche ironique des pouvoirs et des États, quels qu'ils soient – on ne trouve, dans ses écrits, aucune prise de position idéologique, et on ne sait même pas ce qu'il pensait de la situation de la France durant l'Occupation, hormis que les routes, où ne circulaient pratiquement plus de véhicules, n'avaient jamais été aussi libres et « respirantes ». Breton, quant à lui, met dans le même panier fascisme, communisme, et « démocraties libérales » : « La décision y est généralement attendue d'une pure et simple supériorité d'armes : c'est assez dire qu'elle est impensable, parce qu'imprévisible – comme si les communications entre le monde extérieur et le monde intérieur étaient coupées. » «  Vainqueurs et vaincus me paraissent d'ailleurs courir au même abîme s'ils n'instruisent pas à temps le procès de ce qui les a dressés les uns contre les autres : au cours d'un tel procès, l'épuisement des causes économiques de conflit soulignerait, en effet, la commune misère de nos contemporains, laquelle, en dernière analyse, est sans doute d'ordre idéologique ; c'est le rationalisme, de rationalisme fermé qu'est en train de mourir le monde. »

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Autrement dit, la « Libération » (par exemple) n'aura pas été (anticipons de quatre ans) une émancipation de l'homme, qui porte en lui, au plus profond de lui-même, ses chaînes, comme le rationalisme, la rupture entre la conscience et l'inconscient, entre la conscience et le monde etc. La « victoire » d'une force matérielle contre une autre n'est pas la clé. Celle-ci se situe ailleurs. Faute de n'avoir analysé l'enjeu du conflit que par la vision d'un choc entre régimes politiques, on a non seulement oublié ce qu'est la liberté libre de l'homme, qui ne se résout pas que dans le cercle restreint de la liberté d'expression, par exemple, pour ne parler que d'un aspect du monde moderne (dans la société démocratique de masse, on n'interdit pas, mais on ne cesse de « causer »), mais, au nom d'une libération superficielle, on est retombé dans les rets d'un esclavage encore plus pernicieux, celui des objets livrés à la convoitise, et qui n'ont rien à voir avec le désir et le rêves surréalistes, sinon dans leur facture de ready-made.

Les gigantomachies politiques, idéologique, la guerre civile mondialisée, ont fait régresser les recherches existentielles qui avaient marqué les débuts du mouvement surréaliste. Depuis, nous n'avons plus retrouvé les sommets grisants, enivrants, exaltants, qui étaient l'horizon de la marche pleine d'assurance et d'espoirs de ce petit groupe de poètes, qui avait voulu « électriser » le monde avec la magie du mot, et plus largement, du rêve (car il y avait aussi l'image).

Comme l'indique Breton, « le surréalisme […] s'est toujours efforcé de répondre à deux ordres de soucis : les premiers de ces soucis ressortissent à l'éternel (l'esprit aux prises avec la condition humaine), les autres ressortissent à l'actuel (l'esprit témoin de son propre mouvement : pour que ce mouvement soit valable, nous soutenons que, dans la réalité comme dans le rêve, l'esprit doit passer outre au « contenu manifeste » des événements pour s'élever à la conscience de leur « contenu latent »).

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Hégémonie et Empire. Prolégomènes à une étude sur l'hégémonie. Les dilemmes récurrents, la grande politique et la philosophie de la vie

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Hégémonie et Empire. Prolégomènes à une étude sur l'hégémonie. Les dilemmes récurrents, la grande politique et la philosophie de la vie

Irnerio Seminatore 

Source: https://www.ieri.be/fr/publications/wp/2026/juillet/hegemonie-et-empire-prol-gom-nes-une-tude-sur-lh-g-monie-les-dilemmes-r

Table des matières

L'Hégémonie et son "ideal type"

Wilhelm Dilthey et l'historicisme allemand

La philosophie de la vie comme philosophie anti-métaphysique

Paradoxes et dilemmes récurrents

Hégémonie, politique planétaire et Empire

* * *

L'Hégémonie et son "ideal type"

Au regard d'un voyageur des siècles, les dimensions d'une hégémonie frappent  l'esprit  de l'observateur,  par  la force puissante du changement, le choc de ses créations originales,  la fascination d'un passé immémorial  et l'engouement d'un futur de conquêtes La multiplicité des savoirs, dont témoignent les villes, les monuments et les gloires anciennes s'additionnent à l'admiration de palais princiers, à la ferveur d'ateliers ordonnés, à la rigueur de bureaux studieux et au travail collectif  de ses arsenaux , car un pays hégémonique est un chantier impressionnant de techniques, une ruche débordante en ressources, en  projets et en espérance.

Il s'agit ici d'un "idéal type" d'hégémonie, proche cependant de la réalité.

Or l'essence d'une hégémonie repose sur sa philosophie, l'âme d'une hégémonie, dont la géopolitique en fait la cosmopole d'un espace stratégique indépendant et souverain. La forme immatérielle d'une hégémonie demeure cependant son idéologie, qui est son double, popularisé, démultiplié et sournois, où les personnes rassemblent à leurs idées, de convertis récents ou de militants éprouvés.

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Nous retrouvons ces divers éléments dans les témoignages du grandiose et du spirituel, en Egypte, dans la Grèce ancienne, dans l'empire de Rome, dans le Saint Empire Romain Germanique, puis en Espagne, en France, en Grande Bretagne, en Allemagne, dans le soviétisme et aux Etats-Unis.

Des pyramides aux satellites spatiaux et à la conquête du cosmos, autant de témoignages probants, car toute hégémonie a une histoire, une conscience, une démesure et une limite.

De manière générale, là où il n'y a pas de philosophie de la vie, comme conscience de soi, il ne peut pas y avoir de grandeur ni de grande politique, et avec elle, une image du monde.

Partons de la philosophie, non seulement comme soubassement d'un pouvoir montant ou, mieux encore, de la Machtpolitik de l'Allemagne en expansion des XIXe et XXe siècles, mais comme source d'inspiration sur le nationalisme, la souveraineté et, en même temps, comme facteur d'une "autre" régulation internationale.

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Wilhelm Dilthey et l'historicisme allemand

Le maître à penser, donc à penser le "vécu" des individus et des peuples, a fait de l'expérience et de la vie elle-même, le substrat fondamental de toute forme d'affirmation historique, est Dilthey.

Avec Wilhelm Dilthey, la philosophie de l'histoire s’écarte aussi bien de la catégorisation abstraite de l'idéalisme hégélien que de l'abstraction rationaliste de Kant, pour revenir vers les faits concrets et immédiats du monde historique, à la conscience de l'historicité que les événements suscitent chez les acteurs du devenir.

Ce "vécu" n'est pas constitué d'actes cognitifs isolés et, de ce fait, aléatoires, transitoires et fragmentaires, mais des éléments d'une vie sociale intense et hard, individuelle et collective, qui renvoient à la totalité et à l'agir sur la totalité, ou sur le système des forces, selon le langage des systèmes.

Le caractère dynamique de cette totalité s'exprime par l'épanouissement global de toutes les potentialités d'un ensemble sociétal, spécifique et singulier. Ces éléments, en leur forme symbolique, juridique, institutionnelle ou culturelle engendrent identité, appartenance et cohésion et, en leur manifestations publiques, solennité, rites et croyances.

Le ritualisme de la geste hégémonique, comme ensemble de récits épiques ou poétiques, qui racontent les exploits légendaires ou historiques de héros, chefs de guerre ou souverains, ou les foires et les fêtes folkloriques et populaires des bons vieux temps révolus, charpentent les autres figures de la grandeur d'une prééminence civilisationnelle et culturelle de l'histoire en devenir.

Cependant une hégémonie se prévaut d'un autre fondement théorique, une asymétrie de statut politique, constitué par la supériorité de rang d'une communauté ou d'un peuple, que cette dominance a pour but de pérenniser, faire proliférer et magnifier. Or, toute pérennisation d'une supériorité, devenue privilège engendre nécessairement jalousie, convoitise et hostilité.

Apparaît alors une politique de force et d'alliances pour faire face à ces sentiments d'hostilités et la guerre offre ses exploits sanglants, comme moyen de contrainte, pour faire taire ces rivalités. La guerre a été masquée, en son pur concept, au Moyen Âge, par la théorie de la "guerre juste”, autrement dit, par une justification éthico-religieuse dans l’usage de la violence.

st-hilarion-metropolitan-of-kiev-icons-orthodox-christian-supply_109_423x.jpgA titre d'exemple, dans la tradition russe, à l'opposé de la tradition occidentale et du réalisme rationnel de Machiavel, jouant à la force et à la ruse, cette justification n'est pas passée par la voie du formalisme juridique, mais par la priorité accordée à la vérité sur la force. Cette idée est exprimée avec une parfaite clarté dans "Le Discours sur la Loi et la Grâce" du métropolite Hilarion de Kiev (du XIe siècle) (icône, ci-contre), selon lequel la "Loi" de l’Ancien Testament, comme règle extérieure, est distinguée de la "Grâce" du Nouveau Testament, comme loi intérieure de vérité et comme pratique naturelle du pouvoir. Elle a été légitimée par la conformité à la métaphysique d'une justice divine supérieure.

Guerre et religion ont fait partout bon ménage tant en Occident qu'en Orient, et, dans la tradition russe, l'idée, attribuée au prince Alexandre Nevski que: "Dieu n’est pas dans la force, mais dans la vérité", a défini pendant des siècles la philosophie russe du conflit. La légitimité du combat et la victoire finale ne pouvaient appartenir qu'à la justesse métaphysique de la "ligne" politique choisie, celle de la cause défendue. Une thèse de la "troisième Rome", devenue plus tard soviétique et successivement révolutionnaire et tiers-mondiste.

La philosophie de la vie comme philosophie anti-métaphysique

Cependant une philosophie ne serait pas ce qu'elle est, en son essence, un questionnement perpétuel sur le "sens", si la tâche de la philosophie était de construire des métaphysiques, au lieu de comprendre les divers moments à travers lesquels l’homme en est venu à se réaliser dans le siècle et, en même temps, à saisir les liens qui unissent l’individu à la société de son temps. En ce sens, la philosophie de Dilthey peut aussi être définie comme une sorte de relativisme historique, bâti sur l'expérience, car elle entend historiciser tout produit de la pensée et toute épreuve vécue, montrant le lien nécessaire qui existe entre l’homme et son temps, entre la partie et le tout, au delà de toute métaphysique.

cms_visual_2264038.jpg_1706111591000_192x320_0.8_p-3fa63a4481.jpgOn peut dire en synthèse que la philosophie de Dilthey repose sur les aspects fondamentaux suivants:

- la valorisation de l’individu, contre toute généralisation de type idéaliste (reprenant à son compte, les “révoltes” anti-hégéliennes de Schopenhauer, Kierkegaard et Nietzsche ainsi que les principaux représentants de l'historicisme allemand E. Troeltsch, F. Meinecke et en anticipant sur M. Heidegger et K. Jaspers

- la traduction en objectivité du monde "subjectif" de l’histoire;

- la réhabilitation de la dimension émotionnelle et non rationnelle de l'homme en ses multiples connexions organiques.

Ces présupposés nous amènent à ce point au débat sur les études classiques, souvent présentées comme des oppositions entre tradition et progrès, conservatisme et réformisme radical, lorsque la distinction essentielle se situe au contraire dans l'ordre stratégique, entre les acteurs et les sociétés qui considèrent le savoir civilisationnel comme un atout visionnaire et décisionnel et les acteurs et les pays qui le voient comme un détour lointain, inactuel et périmé.

Aussi les décideurs de la multipolarité de notre temps, Washington, Moscou ou Pékin cherchent dans les hégémonies du passé des cadres d'action pour penser l’avenir, se tournant tantôt vers la vision du monde hellène et homérique, tantôt vers la théologie et la morale du christianisme primitif.

Ainsi la question n'est pas de savoir si les questions du passé sont pertinentes, mais s'il y a dans l'histoire des interrogations récurrentes et paradigmatiques

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Paradoxes et dilemmes récurrents

Nous constatons avec étonnement que le monde classique continue à susciter des questionnements jusque dans l'Empire du milieu et par la voie même du céleste Xi Jinping, évoquant le "piège de Thucydide". En effet, il y a des questions qui résistent obstinément à l'oubli et à l’obsolescence et qui ne peuvent se décliner qu'en termes de paradoxes et de grands dilemmes d'action, internes ou internationaux. Dans nos systèmes politiques occidentaux l'ordre interne semble susciter davantage d'intérêt auprès des opinions et quelques-unes des questions-clés de leur univers mental occupent l'esprit citoyen. Nous en regroupons ici les plus incisives et les moins facilement solubles pour les régimes établis:

Quelles sont, de nos jours, les formes politiques saines et corrompues décrites jadis par Aristote et comment une démocratie décline-t-elle?

Y a-t-il affaiblissement de l'esprit de liberté et comment assurer liberté et sécurité?

Peut-on dissocier responsabilité et autorité et faire obstacle aux dérives autoritaires des pouvoirs?

Qu’est-ce qu'un ordre politique légitime?

Qu'est-ce qui corrompt les élites, en les éloignant du peuple et qu’est-ce qui soude une société ou une nation?

Le pouvoir peut-il s’exercer sans démesure?

L'ordre interne demande-t-il de la violence ou peut-il se suffire d'un choc d'autorité?

La scène internationale peut-elle se passer de la guerre et se contenter de la diplomatie, de la finance ou du "doux commerce"?

Hégémonie, politique planétaire et Empire

La confusion entre hégémonie et empire a été entretenue par les "media" mainstream, à propos des "déboires supposés" de l'Administration Trump, en ce qui concerne la rencontre de Trump et de Poutine à Anchorage,  les déclarations de Pete Hegseth à Munich, les relations entre l'Amérique et l'Europe  au sujet de l'Alliance atlantique et de la sécurité globale, l'attaque des Etats Unis et d'Israël contre l'Iran, ou encore la rencontre de Trump et Xi Jinping et la redéfinition des rapports globaux des forces dans le monde.

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Par ailleurs, un nouveau concept de guerre et une nouvelle relation entre conventionnel et nucléaire s'établit, pour mesurer la force ou la puissance. Cet ensemble de facteurs influe sur la conduite et la vision des Européens et plus loin sur l'unité de l'Occident. Sur tous ces sujets la connaissance diplomatique et historique aura à débattre et à faire preuve de subtilité dirimante. Cependant il est indéniable de ne pouvoir renier l'isolement de l'UE et de clarifier, aux yeux de tous, toutes les répercussions de la discorde dans leur camp, en démystifiant le rôle des structures de pouvoir, des hommes et de situations controversés et aujourd'hui peu claires.

Ainsi un rappel simplifié de la théorie permettra de mieux saisir l'essentiel et de relever, dans la gangue entretenue, les responsabilités et les défaillances respectives des différents acteurs de la scène mondiale.                                            

Si, en effet, au niveau du système international, le paradigme essentiel est la stabilité et, en termes de devenir, le changement, l'erreur d'évaluation ou de compréhension d'une décision sur le moyen ou sur le long terme, falsifie l'appréhension d'une conjoncture.

Ainsi, pour revenir au concept de stabilité, cette dernière interfère sensiblement dans la distinction entre l'Hégémonie et l'Empire, car cette distinction repose sur la gestion stratégique du système des forces. Pour mieux préciser, la notion d'Hégémonie se différencie de la notion d'Empire, car la première implique une relation dialectique entre coercition et consensus et la deuxième met en œuvre une logique de domination, de verticalité, de hiérarchie et de bureaucratisation entre une multiplicité de souverainetés militaires. La distinction entre les deux termes semble reposer davantage aujourd'hui sur l'exercice d'un contrôle libéral et informel (Hégémonie) plutôt que formel et direct (Empire).

Dans ce contexte, "la paix par l'empire" apparaît comme liberticide, même si elle vient d'une démocratie impériale comme les États-Unis et se donne pour but de façonner les relations internationales au bénéfice de ses propres intérêts et sur la base d'une gestion lockienne (Hobson), ou d'une "gestion non territoriale" (S. Strange).

En réalité, l'extension de cette gestion à une économie financiarisée et interconnectée, sécrète une bureaucratie immense, qui n'a cure de résoudre les dilemmes des politiques de sécurité à l'intérieur des relations néo-impériales et post-occidentales (USA/UE, USA/FR, USA/ISRAËL...).

Ces dernières peuvent être lues comme des répliques des conduites des puissances coloniales des XIXe et XXe siècles. En agissant plus dangereusement que les vieilles Nations, l'UE, à l'ère des hégémonies planétaires et des conceptions multipolaires du monde, a conçu et conçoit la multipolarité en termes de contrepoids et la guerre régionale (Russie/Ukraine), distincte et disjointe du conflit global et bornée à l'échiquier européen.

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Quant à la stratégie maritime dans l'Indo-Pacifique (Ormuz) et en Extrême Orient (Chine/ Japon, Corées), ou dans le Pacifique Sud (Australie, Nouvelle Zélande), l'ensemble européen ignore ou feint d'ignorer les buts maritimes de l'ami (les Etats-Unis) et les ambitions historiques (Taïwan) de l'ennemi systémique (la Chine). Ainsi, la notion d'Hégémonie, qui se réfère le mieux au système international d'aujourd'hui, anarchique, multipolaire et partiellement décentralisé, mais extraordinairement interconnecté, est celle de "Puissance hégémonique globale", une puissance inclusive et "hors-limites" vis à vis de laquelle l'Europe n'a conçu ni une grande stratégie ni une Grande Politique de type coopératif. Elle joue désormais contre celle-ci, en posture de puissance subordonnée, contre ses intérêts et sa survie historique, à défaut de puissance et faute de vision et de leadership.

Dernière publication

Irnerio Seminatore, Paix et Guerre dans la Grande Politique. La Société Planétaire, le destin de l'Occident et la fin de la civilisation européenne. Edition Godefroy de Bouillon (février 2026). 

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