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mercredi, 04 février 2026

Cinq élections qui pourraient bouleverser la donne politique en Occident

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Cinq élections qui pourraient bouleverser la donne politique en Occident

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

L'année 2026 sera une année électorale et donc potentiellement une année clé pour les démocraties européennes. Qu'il s'agisse de sécurité, d'énergie, de changements géopolitiques, de souveraineté ou de migration, ces élections auront un impact sur l'UE. En avril 2026, les Hongrois éliront un nouveau parlement. Depuis 2010, Orban a réussi, avec sa coalition de centre-droit Fidesz-KDNP, à remporter quatre élections consécutives. Budapest est devenue une plaque tournante du conservatisme européen.

Orban a notamment mené une politique migratoire restrictive, ce qui lui a valu des sanctions juridiques, des pressions financières et politiques de la part de l'UE. Et pour la première fois, toute l'opposition hongroise se rallie derrière une seule figure, Peter Magyar et son parti Tisza, pour défier Orban. Tisza appartient au groupe PPE et se montre très pro-UE. Une défaite d'Orban sera perçue comme un succès stratégique des institutions et de la politique de l'UE.

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Les États-Unis d'Amérique, la Suède, la Slovénie et l'Allemagne

Les élections de novembre 2026 aux États-Unis, les élections dites de mi-mandat, sont également importantes. Il s'agit d'un test crucial pour Donald Trump, car il ne dispose que d'une faible majorité à la Chambre des représentants. Il peut jouer plusieurs atouts : la croissance économique, la lutte contre l'immigration clandestine, la guerre contre la drogue, les interventions à l'étranger. Cela suffira-t-il à lui permettre de conserver sa majorité ou va-t-il la perdre ? Et surtout, quelles en seront les conséquences pour l'Europe ?

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Les Suédois éliront un nouveau parlement en septembre 2026, après quatre ans de gouvernement au cours desquels les Démocrates suédois ont pu influencer la politique migratoire et sécuritaire en accordant leur soutien au gouvernement de centre-droit. Seront-ils récompensés pour cela ? Les récents sondages indiquent que les sociaux-démocrates ont la faveur des électeurs. Y aura-t-il un nouvel accord avec les conservateurs en Suède ? En Slovénie, le populiste de droite Janez Jansa (photo) espère revenir au pouvoir avec son parti SDS après les élections de mars. Cela signifierait un renforcement du bloc de droite en Europe de l'Est.

Enfin, plusieurs élections régionales auront lieu en Allemagne, où les « etablierte Parteien » (les partis établis) observent avec inquiétude la montée en puissance du parti populaire Alternative für Deutschland. Dans certains Länder est-allemands, l'AfD dépasse largement les 35% des intentions de vote, si l'on en croit les sondages. Non, nous ne nous ennuierons certainement pas sur le plan politique en 2026.

Sur la nouvelle stratégie militaire américaine

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Sur la nouvelle stratégie militaire américaine

Leonid Savin

Le 23 janvier 2026, le Département de la Guerre des États-Unis a publié la Stratégie de Défense Nationale, sous-titrée « Restaurer la paix par la force pour un nouveau âge d’or de l’Amérique ». Un vestige important qui attire immédiatement l’attention sur le titre du document est qu’il concerne la défense, non la guerre, même s’il serait plus correct de le désigner comme une stratégie de guerre, puisque le Pentagone a finalement été renommé selon la logique des actions agressives des États-Unis à l’étranger depuis de nombreuses décennies, ce qui est déjà devenu une sorte de norme.

La stratégie se concentre déjà sur l’hémisphère occidental dès les premières pages et présente même une sorte de carte datant de l’époque des Lumières, avec, d’ailleurs, la désignation du Golfe du Mexique, que Donald Trump a tenté de renommer immédiatement après son retour à la Maison Blanche. « Cette stratégie est fondamentalement différente des stratégies grandioses des administrations post-Guerre Froide passées, qui étaient déliées d’un focus concret sur les intérêts pratiques des Américains », indique la section sur l’environnement de sécurité. Ce qui peut être noté concernant les différences, c’est le changement dans le terme terrorisme. Le nouveau document divise ce phénomène en deux sections : le narco-terrorisme et le terrorisme islamique. Si la première innovation est directement liée à la direction vénézuélienne (et, apparemment, sert de signal d’alarme pour d’autres politiciens en Amérique latine), la seconde ravive la phobie des néoconservateurs de l’ère George W. Bush, en insistant sur la diabolisation de l’islam en tant que tel.

Bien que plusieurs dispositions poursuivent la tendance des deux dernières décennies. Il s’agit d’une désignation des principales menaces sous forme d’États. Quatre pays sont restés inchangés : la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord. Mais, en général, il est dit que « les intérêts américains sont également menacés à travers tout l’hémisphère occidental. Dès le 19ème siècle, nos prédécesseurs ont reconnu que les États-Unis doivent jouer un rôle plus puissant et dirigeant dans les affaires de l’hémisphère afin de préserver la sécurité économique et nationale de notre nation. C’est cette compréhension qui a donné naissance à la Doctrine Monroe et au Corollaire Roosevelt qui a suivi. Mais la sagesse de cette approche s’est perdue, puisque nous avons considéré notre position dominante comme acquise, même lorsque celle-ci commença à s’éroder. En conséquence, nous avons vu l’influence de nos adversaires croître, du Groenland dans l’Arctique jusqu’au Golfe d’Amérique, le canal de Panama, et des lieux plus au sud. Cela menace non seulement l’accès des États-Unis à des terrains clés dans tout l’hémisphère ; cela rend également les Amériques moins stables et moins sûres, sapant à la fois les intérêts américains et ceux de nos partenaires régionaux. »

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Ajoutons que la sagesse s’est également perdue dans le fait qu’au moment du discours de James Monroe au Congrès américain, ce pays avait un territoire bien plus petit et, comme l’a correctement noté le président Monroe, n’était jamais intervenu dans des guerres européennes. Mais depuis le 19ème siècle, Washington a adopté une politique offensive, notamment par l’annexion de parties du Mexique et d’anciens territoires espagnols, sans parler des nombreuses interventions du 20ème et 21ème siècles.

Et, en général, la division en hémisphères est une abstraction, tout comme la projection de Mercator donne des dimensions de continents qui ne correspondent pas à leurs échelles réelles. Le point est que les États-Unis essaient non seulement de préserver leur hégémonie, mais aussi de revendiquer le droit exclusif d’intervenir dans les affaires d’autres États (ce qui contredit les promesses électorales de Donald Trump).

Et à propos de la Russie :

« La Russie restera une menace persistante mais gérable pour les membres orientaux de l’OTAN dans un avenir proche. En effet, bien que la Russie souffre de diverses difficultés démographiques et économiques, sa guerre en cours en Ukraine montre qu’elle conserve encore de profonds réservoirs de puissance militaire et industrielle. La Russie a aussi démontré qu’elle possède la résolution nationale nécessaire pour soutenir une guerre prolongée dans son voisinage immédiat. De plus, bien que la menace militaire russe soit principalement concentrée sur l’Europe de l’Est, la Russie détient également le plus grand arsenal nucléaire mondial, qu’elle continue de moderniser et de diversifier, ainsi que des capacités sous-marines, spatiales et cybernétiques qu’elle pourrait utiliser contre le territoire américain. »

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À la lumière de cela, le département veillera à ce que les forces américaines soient prêtes à défendre contre les menaces russes pour le territoire national américain. Le département continuera également à jouer un rôle vital au sein de l’OTAN, en calibrant mieux la posture et les activités des forces américaines en Europe afin de mieux tenir compte de la menace russe pour les intérêts américains ainsi que pour les capacités de nos alliés. Moscou n’est pas en position de revendiquer l’hégémonie européenne. L'OTAN européenne dépasse la Russie en échelle économique, en population, et en puissance militaire latente. En même temps, bien que l’Europe reste importante, elle possède une part plus petite et en diminution de la puissance économique mondiale. Il s’ensuit que, même si nous sommes et resterons engagés en Europe, nous devons — et nous donnerons la priorité — à la défense du territoire américain et à la dissuasion de la Chine », indique le document.

Cela mène à la conclusion que les États-Unis ont besoin des membres européens de l'OTAN pour continuer à affaiblir la Russie et les utiliser comme tampon contre la menace. Comme la Russie n’a pas l’intention d’établir son hégémonie dans la partie européenne du continent (ce qui n’est tout simplement pas rationnel et ne correspond pas aux intérêts stratégiques des États-Unis), ce passage contredit l’affirmation précédente selon laquelle la Russie représenterait une menace pour le flanc est de l’OTAN.

Mais lorsque nous lisons des documents anglo-saxons, nous devons essayer de penser de manière anglo-saxonne. Bien sûr, Washington interprète les actions de la Russie strictement selon ses propres critères. L’intérêt des États-Unis à transférer la responsabilité et les coûts de l'« endiguement de la Russie » aux satellites européens est également compréhensible, puisqu’ils sont plus proches de leurs problèmes, et devront aussi faire face à la Chine, qui est la deuxième puissance militaire mondiale.

Une section spéciale de la stratégie est consacrée à la modernisation militaire américaine. Comme le montrent les activités des chefs précédents du Pentagone, il s’agit d’un processus continu où l’armée américaine s’adapte à la situation actuelle et demande régulièrement des financements au Congrès pour toutes sortes de risques. Beaucoup de projets antérieurs ont échoué complètement, tandis que d’autres ont été réorganisés pour répondre à de nouveaux besoins. Dans cette optique, le secrétaire à la guerre actuel, Pete Hegseth, partage la même enthousiasme de ses collègues et propose de renforcer la base industrielle et matérielle des forces armées américaines.

En résumé, les auteurs de la nouvelle stratégie s’inquiètent davantage de la présence d’autres acteurs dans l’hémisphère occidental ainsi que de la montée en puissance militaire de la Chine. Les termes « narco-terrorisme » et « terrorisme islamique » sont dangereux non seulement en tant qu’outils de diabolisation dans un récit, mais aussi, compte tenu de l’expérience historique précédente, peuvent être utilisés comme justification pour des interventions militaires. Sinon, le document suit la ligne des stratégies précédentes.

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Crise du modèle occidental (États-Unis-UE)

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Crise du modèle occidental (États-Unis-UE)

Cristi Pantelimon

Source: https://www.estica.ro/article/criza-modelului-occidental-...

Ernst Nolte avait jadis raisonné sur l'idée d'« une guerre civile européenne »: la crise actuelle du monde euro-atlantique nous ferait toutefois facilement perdre de vue qu’en réalité nous assistons à la remise en question de la modernité occidentale en tant que telle, et pas seulement de ses versions américaine ou européenne.

Ce n’est pas un hasard si les opposants à notre monde euro-atlantique sont la Chine, la Russie et, avec votre permission, la dernière sur la liste, l’Inde, dont la classe moyenne deviendra dans peu d’années la plus grande du monde.

Si nous sommes attentifs aux signes de la crise, nous voyons des symptômes similaires des deux côtés de l’Atlantique.

Il y a quelques décennies, c'était une dogme des sciences sociales de dire que le socialisme n’avait pas sa place aux États-Unis (Werner Sombart). Un pays grand, individualiste, libéral, en plein essor.

Or, les États-Unis sont confrontés à la forme la plus étrange de socialisme, où la lutte des classes se mène aussi avec l’arme de la lutte raciale !

Le maire de la ville la plus représentative d’Amérique, Zohran Mamdani, est membre des Democratic Socialists of America, un parti socialiste qui ne ressemble en rien à ceux que les Européens exhibaient dans les années 70, l’âge d’or de l’État-providence.

Les mouvements de guérilla dans le Minnesota, la lutte à la baïonnette entre les brigades rouges qui défendent les droits des immigrants et les forces fédérales, étaient difficilement imaginables il y a cinq décennies ; tout comme en Europe, il était difficile d’imaginer des quartiers entiers de villes françaises presque paralysés par des immigrés qui, à la deuxième génération, ont abandonné l’idée républicaine !

Que font les Américains pour sortir de cette impasse ? Ils inventent l’oligarchie culturelle-informationnelle.

Les républicains qui combattent le socialisme, ceux de l’extrême-droite comme la Heritage Foundation, croient que le socialisme commence immédiatement à gauche de la célèbre Ayn Rand !

Une université récemment créée, à Austin (UATX), est précisément conçue pour ce discours impérial-républicain du capitalisme débridé.

71pUHkznVzL.jpgLes prêtres du nouveau culte ? Niall Ferguson, Bari Weiss, Michael Lind (auteur du livre : « Vietnam, la guerre nécessaire »).

La promesse de cette université élitiste: anti-communisme, anti-socialisme, politiques identitaires, anti-islamisme.

Cela sonne très bien : on construit des barricades, on prépare les armées de la guerre civile.

La crise qui a frappé l’Occident n’est autre que la conséquence d’une longue, trop longue cohabitation avec le paradigme de l’individualisme, sous toutes ses formes.

Rien ne mettra fin à ce combat intérieur sinon le retour à la conception traditionnelle de la vérité comme vie communautaire, partage, communauté de vie (les Grecs l’appelaient koinonia).

En dehors de cette lutte contre l’individualisme, pour redécouvrir un esprit commun, il n’y aura pas de paix.

C’est pour cela que l’Asie est forte, car elle n’a pas extrait de la bouteille l’esprit empoisonné de l’individualisme.

Aux débuts de la modernité ancienne (sic), les Grecs ont averti :

« Tant que nous sommes ensemble, nous disons la vérité ; mais lorsque nous ne disons que ce que nous pensons en tant qu’individus, nous disons ce qui est faux » (Héraclite).

Ce qui nous unit nous sauve (la vérité) ; les significations individuelles nous tuent.

Dès le début, la modernité a voulu nous sauver, en synthèse, par voie individuelle, en inventant divers moyens : l’économie, la religion protestante, le libéralisme, la démocratie libérale, le socialisme en tant qu’arme économique.

Tout cela mis sous le même signe de l’égoïsme transplanté à l’échelle de masse.

Pour redevenir un monde, l’Occident doit nier sa momerie individualiste.

Ce n’est qu’alors qu’il pourra atteindre le niveau de l’Asie et qu’il échappera au spectre de l’autodestruction.

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Quand Éléments persévère dans sa dérive néocon

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Quand Éléments persévère dans sa dérive néocon

Claude Bourrinet

La une du dernier numéro d’Eléments laisse à penser (par exemple que le désir d’être financé par Bolloré doit travailler les pauvres cervelles de son comité de rédaction, en grand-peine de financements, et devant la faillite imminente). Depuis une dizaine d’années, la revue a choisi la pente purinée de la droitisation la plus médiocre. Foin de « métapolitique » ! Ceux, qui, comme moi, se sont abonnés à un magazine de haute volée, dès le début des années 1990, éprouvent de grandes difficultés à reconnaître ce "générateur d’idées européennes" qu’était alors le GRECE. Il suffit sans doute, pour attirer des lecteurs qui ont subi, comme tout le monde, le désastre de l’effondrement scolaire et culturel, de promouvoir des bonimenteurs de plateaux-télé, comme Bock-Côté et Onfray, dont la production théorique ne dépasse pas le niveau du journalisme engagé (ou de la compilation la plus pulsionnelle d'un savoir de manuels).

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Bock-Côté, par exemple, oppose deux Occidents, l’un, « progressiste », l’autre, atlantiste, trumpiste, attaché soi-disant aux valeurs traditionnelles, comme la famille, la morale sexuelle etc. La «contre-révolution» trumpienne serait un populisme de tendance libertarienne (ce qui ne semble pas rédhibitoire pour Bock-Côté), nationaliste, désinhibé, incarnant une vitalité culturelle, économique que l’autre Occident, la Vieille Europe, contredit, elle qu’il compare à un système soviétique, étatiste, véhiculant tous les dogmes liberticides (et totalitaires) du progressisme wokiste. Cette réaction trumpienne virulente serait un sursaut salvateur contre la mondialisation qui arase les différences identitaires .

Au fond, il reprend, au niveau d’un ultra-libéralisme musclé, les thèses de Fukuyama. Car, pour lui, comme pour l’auteur de La Fin de l’Histoire, on a deux camps: celui du socialisme (poids de l’Etat, étouffement de l’individu et de l’économie, encadrement de la société), et un libéralisme qui «libère» les volontés et les énergies, en transformant le monde en nouvel Eden consumériste. La seule différence est l’accent mis sur les différences nationales (mais l'impérialisme américain écrase les nations qui tentent de lui échapper).

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Bien entendu, un rédacteur de la revue métapolitique Eléments de 1990 n’aurait jamais distingué le «progressisme», celui de la modernité individualiste, consumériste, hédonisme, du néolibéralisme tout aussi individualiste, décomplexé et économiste. Du reste, ces deux tendances ont eu l’occasion, dans les années soixante-dix, de se conjuguer. Un personnage douteux comme Jerry Rubin (photo), par exemple, ou, en France, un Cohn Bendit, montrent que l’on peut s’afficher comme une sorte de Youpi libertaire, antimilitariste, adonné au Do It soixante-huitard, et verser dans le monde glacé de la finance et des milieux capitalistes les plus calculateurs, du Do it néo-bourgeois tout ce qu’il y a de plus répugnant et dédaigneux des petits que l’on écrase volontiers, puisqu’ainsi est l’ordre du monde (ou de Dieu).

Si l’on prend la peine de penser ce qu’a été le libéralisme, depuis sa naissance au sortir du moyen-âge, et son développement dans la pensée européenne depuis la Renaissance, on s’apercevra que ses tendances de «gauche» et de «droite» s’harmonisent parfaitement dans une élaboration commune, celui d’un nouvel homme détaché des racines et des différenciations essentielles qui caractérisaient l’homme traditionnel, et voué à l'utilitarisme. Et la rhétorique droitarde actuelle, qui voit dans le trumpisme un retour aux «valeurs» ancestrales, se trompe lourdement. Si Trump, en effet, se rattache à un fil civilisationnel, c’est à celui de l’Amérique puritaine, protestante, issue d’un rejet violent de l’Europe enracinée, et voyant dans le commerce, c’est-à-dire la transformation du monde en objet monnayable. Pour elle, l’homme est un producteur frénétique, détruisant la nature, un consommateur égoïste, le citoyen « élu » d’un Nouveau monde messianique, ne cherchant pas à respecter l’altérité des autres civilisations, mais cherchant plutôt à les réduire à l’état de marchés à piller, ou à les anéantir.

71U9tV0wV4L._SL1240_-730373047.jpgDu reste, étrangement, la figure de Proudhon vient à la rescousse pour étayer le projet libertarien. Onfray a toujours eu un penchant pour un théoricien qui, soit dit en passant, aurait pu gêner le sioniste fanatique qu’il est. Pour ma part, entre Proudhon et Marx, je choisis le deuxième. Non pour ses lubies utopistes et prophétiques, dont je fais la part, car au fond, elles appartiennent à la Vieille Europe depuis l’Antiquité (songeons au mythe de l’Âge d’or), mais parce que Marx a pensé l’avènement de la grande industrie militarisée (contrairement à Proudhon, qui n’avait que des réflexes de petit artisan), et parce que Marx, en hégélien qu’il était, savait concevoir de manière très large ce qu’était la grande Histoire, en prenant en considération les rapports réels de forces (qui ne se résolvent pas en l’opposition entre «petits» et «gros», ni dans la réduction de l’aliénation en un simple «vol» («La propriété», c’est le vol »)). Marx analysait en termes de rapports sociaux complexes, et le capitalisme, pour lui, qui était une phase de l’accumulation des forces productives, n’était pas une question morale, mais une nécessité historique 'en cela, il était hegelien). Ce que j’aime en Marx, c’est qu’il échappe à la posture moralisatrice (même s’il a des phrases aiguisées contre les ravages du capitalisme et de l’argent, mais le Manifeste est un outil de propagande).

Il est assuré que Proudhon, pour un libertarien, est une figure hautement intéressante, puisqu’il est contre l’Etat, contre l’impôt, contre la main mise des collectivités envahissantes sur l’individu. «Do it» est un slogan proudhonien.

Le trumpiste est donc tout ce qu’il y a de plus «progressiste» (au sens de l’évolution de l’Histoire, du capitalisme) dans le processus catastrophique engendré par une vision prométhéenne et faustienne de l’humanité.

Et l’on voit bien que l’invocation du «Nicolas qui paie», qui a sa place sur la couverture du dernier numéro d’Eléments, à côté du petit coup de pouce en faveur de l'autre Nicolas, et de Marine, contre la dictature des juges, va dans ce sens. Il va de soi, dans les milieux de droite, très attachés à la… propriété, à l’argent, au « ruissellement » financier, que toute « contribution » à l’équilibre social, comme l’aide aux plus démunis, est perçue comme une spoliation intolérable. «L’impôt, c’est le vol !». Evidemment, dans ce cas de figure, un Napoléon est considéré comme un socialiste, voire un communiste absolument blâmable, contrairement à un Trump, qui n’a jamais ouvert un livre de sa vie, mais qui ne réagit qu’en fonction de la puissance du dollar et à la liberté de l'individu d'aller consommer à Miami (ou sur la Riviera gazaouie).

Les idéologies ne doivent jamais être considérées en soi. Elles prennent la couleur, la saveur, le timbre, la carnation de l’époque où elles sont invoquées. Le nationalisme de 1792 n’est pas celui de 1933. Le libéralisme des Lumières n’est pas celui de Trump, même si, au fond, ils ont des racines communes. Mais l’effet historique n’est pas le même. Si on peut concevoir que la tâche critique portée par les Lumières du XVIIIe siècle a été, en un sens, positive (mais, comme dit Gracq, les Lumières ont éclairé, mais n’ont pas deviné ce que, plus tard, le romantisme a découvert de plus profond), la « libération de l’homme », en Occident atlantiste, se manifeste comme l’un des plus féroces arraisonnements de l’homme, de la nature, du monde, et l’un des pires dangers que l’humanité a eu à affronter, dont elle n’est pas certaine d’y survivre.

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mardi, 03 février 2026

Odessa, clef de voûte du conflit russo-ukrainien

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Odessa, clef de voûte du conflit russo-ukrainien

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/odessa/

On en parle très peu... voire pratiquement pas du tout, dans ces journaux uniformisés que sont désormais nos grands médias.

Pourtant, ce serait une nouvelle à la une. Une nouvelle fondamentale.

Odessa est prise dans les anneaux d'un python. Et elle étouffe peu à peu.

Et Odessa représente la clé de voûte du conflit russo-ukrainien. L'objectif final visé par le Kremlin.

C'est le principal débouché maritime de l'Ukraine. Une ville portuaire, traditionnellement cosmopolite, mais fondamentalement russe dans ses fondements. Elle a été donnée à Kiev pour lui permettre d'avoir un débouché important sur la mer Noire. À une époque pas si lointaine, celle des Soviets. Mais elle a toujours été un monde à part. Fondamentalement étrangère à l'Ukraine, terre agricole, sans aucune projection ni vocation maritime.

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Le dessein stratégique du Kremlin est évident. La conquête d'Odessa signifie réduire ce qui reste de l'Ukraine à un petit État purement continental et enclavé. Sans débouchés sur la mer. Et donc sans projection internationale.

De plus, Odessa représente la possibilité de créer une continuité entre le territoire russe et la Transnistrie. Cette province moldave russophone et rebelle s'est proclamée indépendante, refusant la politique pro-européenne de Chisinau.

Une indépendance de fait, protégée par les troupes russes.

La stratégie russe pour conquérir Odessa progresse lentement. Avec un calme délibéré, sans accélérations, sans offensives violentes.

Poutine veut la ville portuaire, mais pas un bain de sang. Ce qui serait pire qu'inutile. Carrément contre-productif.

D'autant plus que la majorité des habitants, russes et autres, attendent avec impatience l'arrivée des Russes. Considérés comme des libérateurs de l'oppression de Kiev.

La conquête russe signifierait, par ailleurs, un retour d'Odessa au rang de grand port sur la mer Noire.

Un rôle qui, pour l'instant, est paralysé par l'embargo russe, qui ne laisse pratiquement passer aucun navire marchand à destination du port.

Une stratégie d'étouffement bien précise. Et fonctionnelle.

Il faut d'ailleurs rappeler que des navires de l'OTAN arrivaient à Odessa, sous faux pavillon et sous de faux prétextes, pour apporter des armes et des drones aux Ukrainiens. Un ravitaillement de guerre qui a désormais été stoppé.

Poutine rencontre Trump. Il se déclare prêt à négocier avec Kiev. Il serre des mains et sourit.

Cependant, il n'a pour l'instant aucune intention d'accepter un cessez-le-feu.

Du moins, pas avant d'avoir pris Odessa.

Alors, probablement, il y aura un tournant dans cette terrible guerre.

Et le conflit, alors, et alors seulement, touchera à sa fin.

L’Europe après l’érosion de l’OTAN – un projet d’ordre stratégique

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L’Europe après l’érosion de l’OTAN – un projet d’ordre stratégique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena   

Le débat sur la politique de sécurité en Europe a atteint un stade nouveau. Avec la contribution « If NATO Dies, Long Live NEATO » issus du Center for European Policy Analysis (CEPA), une esquisse cohérente d’un ordre de sécurité post-guerre (https://cepa.org/article/if-nato-dies-long-live-neato/) pour l’ordre euro-atlantique est proposée pour la première fois. Non comme une réforme des structures existantes, mais comme une rupture consciente avec celles-ci.

  1. 1. Situation de départ : la perte progressive de fonctionnalité de l’OTAN

Le constat de l’auteur du texte est sobre: l’OTAN existe formellement, mais n’accomplit plus que partiellement sa fonction stratégique initiale. Les intérêts des États-Unis et des États européens se sont structuralement éloignés. Washington privilégie la compétition mondiale des systèmes, l’Europe reste ancrée régionalement. L’OTAN compense cette divergence jusqu’à présent uniquement par le leadership américain – un état qui devient de plus en plus fragile politiquement et socialement.

  1. 2. L’approche NEATO : Sélection fonctionnelle plutôt qu’intégration

L’auteur du CEPA en tire une conclusion claire, mais radicale: l’Europe ne doit pas être davantage intégrée, mais divisée fonctionnellement. L'hypothétique NEATO n’est expressis verbis ni une armée européenne ni une UE militaire. Dans ce modèle, l’Union européenne est considérée comme inadaptée à la politique de sécurité – trop lente, trop consensuelle, trop bloquante politiquement.

À la place, une zone militaire nord- et nord-est-européenne est proposée, composée d’États à haute préparation militaire, qui perçoivent une menace susceptible de conduire à une confrontation. D’autres pays européens restent en dehors. Le concept n’envisage pas la division de l’Europe comme un risque, mais comme une condition de la capacité d’action.

  1. 3. Le vide stratégique du modèle NEATO

Aussi claire que soit cette approche, sa principale faiblesse demeure: les contradictions internes de l’Europe ne sont pas résolues, mais institutionnalisées. La disparition de l’hégémonie américaine en tant qu’élément équilibrant révélerait sans frein les lignes de conflit existantes – entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud, entre grandes et moyennes puissances. Le modèle mise sur l’efficacité opérationnelle, pas sur la stabilité politique.

  1. 4. Une autre approche de l’ordre

Dans ce contexte, une autre conception stratégique, plus prudente, apparaît nécessaire. Elle évite délibérément la formation de nouveaux blocs et mise plutôt sur une limitation de la logique d’escalade.

Les éléments clés d’une telle approche seraient :

– Rattacher clairement la responsabilité militaire à l’État-nation.

Pas de forces supranationales, pas d’engagements automatiques en dehors de situations défensives clairement définies. La puissance militaire reste politiquement attribuable.

– Coopération sans contrainte institutionnelle de blocage.

La coopération sécuritaire se fait bilatéralement ou en petits formats ciblés – régionalement, à durée limitée, toujours révisable. La capacité d’action naît par la précision, non pas par la taille.

– Refus d’une logique de tri européen basée sur la capacité militaire.

Une division de l’Europe en noyaux de sécurité et en marges accroît à long terme l’instabilité. La stabilité ne naît pas de la sélection, mais de l’équilibre d’intérêts divergents.

– Flexibilité stratégique plutôt que fixation permanente.

Dans un ordre mondial fluide, la capacité d’adaptation est plus précieuse que l’immobilisme institutionnel. La politique de sécurité doit garder ses options ouvertes, ne pas fermer d’avance.

  1. 5. Conséquences pour l’Allemagne

De ce point de vue, l’Allemagne n’a pas pour mission de prendre la tête de nouveaux blocs militaires, mais une responsabilité différente: limiter toute escalade par un choix de structure. La valeur ajoutée sécuritaire de l’Allemagne ne réside pas dans une position maximaliste, mais dans l’évitement de liaisons frontales et automatiques qui limitent irréversiblement l’espace d’action politique.

Conclusion

La proposition NEATO marque une étape importante: elle montre à quel point certains segments du débat transatlantique ont déjà évolué d’une logique d’intégration vers une logique de sélection. C’est précisément pour cela qu’il est nécessaire de proposer une contre-approche, qui ne se fonde pas sur une nouvelle architecture confluictuelle, mais sur une modération institutionnelle. 

Ce ne sont plus les alliances qui décident de la sécurité, mais la capacité à attribuer la responsabilité clairement, à peser les intérêts de manière objective et à limiter structurellement toute éventuelle escalade.

#géopolitique@global_affairs_byelena

Les indicateurs économiques allemands annoncent des temps difficiles

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Les indicateurs économiques allemands annoncent des temps difficiles

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94 

Les chiffres du bureau de conseil aux entreprises Falkensteg montrent que le nombre de faillites de moyennes et grandes entreprises (entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur à 10 millions d'euros) aura augmenté de 25% en 2025 par rapport à 2024. Depuis la crise du coronavirus, le nombre de faillites de moyennes entreprises a triplé. Le chercheur Jonas Eckhardt parle d'une évolution dramatique, car selon lui, il ne s'agit plus d'une faiblesse conjoncturelle, mais de problèmes structurels profonds.

Falkensteg_Jonas-Eckhardt_033_k-1526890002.jpgPour 2026, le cabinet de conseil Falkensteg prévoit également une augmentation supplémentaire du nombre de faillites de moyennes et grandes entreprises. Selon Jonas Eckhardt (photo), nous pouvons nous attendre à une augmentation de 10 à 20%. Les principales causes ont déjà été mentionnées: des consommateurs incertains qui reportent leurs achats (construction automobile et mécanique), des coûts énergétiques élevés (en raison de la transition énergétique verte) et une bureaucratie, une réglementation sans équivalent en Europe, même en Flandre.

Les chiffres des exportations baissent, ceux des importations augmentent

Ces chiffres indiquent également une «fatigue économique» en Allemagne. En novembre 2025, les exportations allemandes ont baissé de 2,5% par rapport à octobre, soit la plus forte baisse mensuelle depuis mai 2024. Dans le même temps, les importations de marchandises étrangères en Allemagne ont augmenté de 0,8%. Il s'agit de chiffres officiels, publiés par l'Office fédéral allemand de la statistique.

Les exportations allemandes ont atteint 128,1 milliards d'euros, tandis que les importations étrangères en Allemagne se sont élevées à 115,1 milliards d'euros. L'excédent commercial s'élève ainsi à 13,1 milliards d'euros, alors qu'il était encore de 17,2 milliards d'euros en octobre. La plus forte augmentation des importations a été enregistrée pour les marchandises en provenance de Chine, ce qui n'est bien sûr pas tout à fait surprenant. C'est une augmentation de 8% par rapport au mois d'octobre.

Une dernière donnée économique concernant notre principal partenaire commercial, l'Allemagne: depuis le début de l'année 2026, les réserves de gaz dans les réservoirs allemands ont atteint leur niveau le plus bas en 15 ans. Selon le Verband der europäischen Gasinfrastrukturbetreiber (GIE ou Union des gestionnaires d'infrastructures gazières européennes), les réserves de gaz en Allemagne représentaient 53% de la capacité maximale de stockage au 5 janvier. Normalement, le niveau à la fin janvier est de 70%. L'Agence allemande pour le réseau gazier a donc appelé les Allemands à économiser leur consommation de gaz. Heureusement, l'Allemagne peut compter sur les importations de gaz via la France et la Belgique. La moyenne européenne des réserves de gaz s'élève à 59% de la capacité disponible. Avec 53%, l'Allemagne se situe clairement en dessous de cette moyenne. En Pologne, où il fait également très froid en ce moment, les réservoirs de gaz sont actuellement remplis à plus de 80%.

L'Allemagne est dans une situation difficile. Cela ne sera pas sans conséquences pour les autres États membres de l'UE.

Les néoréactionnaires sont-ils solubles dans la pensée?

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Les néoréactionnaires sont-ils solubles dans la pensée?

par Claude Bourrinet

La galaxie Gutenberg et l’humanisme européen

On se souvient peut-être de la thèse que Marshall McLuhan, en 1962, avait soutenue dans un essai brillant: The Gutenberg Galaxy: The Making of Typographic Man. La cybernétique n’en était alors qu’à ses balbutiements. Elle venait de fêter ses vingt ans, et promettait un bel avenir.

71-RlWtbW1L._SL1000_-406705638.jpgMcLuhan avait d’abord analysé la formation d’un nouvel homme, d’une nouvelle conscience, d’une civilisation inédite générée par l’invention de l'imprimerie à caractères mobiles par Gutenberg (vers 1450). La diffusion du livre imprimé à une échelle inimaginable alors avait instauré la suprématie de la vision et de la linéarité au détriment des autres sens.

Sa vision anthropologique repose sur un postulat : l’homme est un être protéique, modulable, dont la nature est d’être sans nature fixe, en tout cas d’un point de vue psychologique, social, politique. Toutefois, en 1937, à l’âge de 26 ans, il s’était converti au catholicisme romain. Et il est resté un catholique fervent et pratiquant jusqu’à sa mort. On ne peut donc affirmer que, pour lui, la personne n’existait pas, contrairement, par exemple, à la thèse déconstructiviste d’un Foucault, pour qui le moi, l’individu, est un concept vide susceptible d’emprunter tous les oripeaux sociaux et psychiques en fonction des jeux de pouvoirs. «L’homme s’effacera comme à la limite de la mer un visage de sable», affirmait-il. Pour lui, le concept moderne d’individu/de sujet est un produit historique récent et transitoire des savoirs (épistémè) des XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles, pas du tout comme une réalité éternelle ou substantielle.

C’est justement à cette période, précédée tout de même par un XVIIe siècle, phase problématique, de crise, de transition, où les certitudes s’ébranlent, que fait référence McLuhan lorsqu’il décrit les effets produit par la « galaxie Gutenberg ».

Si l’homme (socialisé, l’homme de «culture») est un être modulable, il l’est surtout par le médium (en l’occurrence, le livre imprimé), qui est un prolongement de nos sens (surtout la vue), et découpe, transforme, structure le monde perçu et interprété. Le lien dialectique entre le mot, le signe, et le lecteur, induit l’émergence d’un individu coupé du réel sensoriellement présent (le livre du monde), individualiste et analytique (d’où le succès de la Réforme dans certaines régions européennes, et de la science moderne), et donnant naissance à un humanisme érudit, aux « collèges » où un corpus livresque est livré à la mémoire et à la répétition, et où ces trésors de culture permettent la spécialisation. La personne humaine est considérée alors comme le faisait le cicéronisme : c’est un être éducable, dont on favorise les bons penchants par l’étude, la discipline intellectuelle, et la construction commune, encouragée par les échanges (circulation des livres, « académies », cercles etc.) humains et savants.

Les cultures orales antérieures étayaient la diffusion du savoir sur l’oralité. Le livre manuscrit – d’abord le papyrus, le rouleau (volumen), puis le parchemin, notamment le codex, était rare, cher, et particulièrement périssable. La lecture silencieuse ne s’est imposée dans l’ensemble des «lettrés» qu’à la fin du moyen-âge (bien qu’il y eût parfois des pratiques isolées de cette sorte). Une lecture était une «performance» (au sens théâtral). Elle engageait physiquement le lecteur (et l’auditoire), qui devait régler sa voix, son souffle, son regard en fonction de son public. En outre, elle se pratiquait au sein d’un groupe bien caractérisé, singulier, qu’il fût une assemblée de croyants, dans le cadre d’un office religieux, ou un groupe d’étudiants écoutant le maître ou l’un des leurs, lors d’une leçon universitaire, ou bien, de manière plus intime, dans un lieu privé, comme le manoir d’un noble, ou la maison d’un bourgeois, quand on donnait vie aux romans de la Quête du Graal, par exemple, ou à des Fabliaux. Cet exercice renforçait les liens identitaires des participants, et donnait vie à une relation autant sociale que culturelle (les auditeurs pouvaient réagir au fil de la lecture, par exemple). Ajoutons que cette oralité concernait aussi la transmission, l’élaboration de contes, de légendes, de mythes, dont la multiplicité et la richesse des variantes (tant à l’oral que dans les productions manuscrites) délivraient d’une uniformisation et d’une universalisation de la pensée, dont le livre imprimé, puis les mass media modernes, se feront les vecteurs trop souvent. Le monde était considéré comme un enchâssement de fidélités, et chacun y avait sa place, pourvu qu’il appartînt à un groupe social, à ce qu’on appellera au XVIIe siècle, une « condition ».

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L’âge cybernétique

En 1962, l’âge électrique/électronique est en train d’envahir le monde occidental. A la radio a succédé la télévision, et, dans les années 70/80, internet s’est imposé. L’oralité et l’image semblent de nouveau supplanter l’écrit, le livre, et la simultanéité de l’échange de messages envoyés à partir d’un clavier ou d’un micro rend vaine la macération, la lente digestion intellectuelle et émotionnelle que prodiguait l’usage du livre. Le tempo du véhicule charriant « informations », « connaissances », « affects » etc. s’est accéléré, voire emballé. Le savoir s’est fragmenté, émietté, et simplifié, formatant des cerveaux et des estomacs à sa mesure. Dans le même temps, des connivences, des solidarités, souvent fluctuantes, éphémères, fondées sur des goûts ou des répulsions communs, créent des « réseaux », et même des groupes de pression. La planète leur sert d’espace d’expression, mais le monde, le « village global » ainsi suscité double le monde réel : il est devenu une bulle où des simulacres, des créations électroniques, ont plus de présence, souvent fantasmée, que la réalité.

f7add3e6978080251256e760a83e9a6e.jpgCette schizophrénie est devenue un mode d’existence, et les geeks sont une espèce nouvelle. Plus généralement, l’outil informatique est devenu un instrument d’arraisonnement du monde. Il organise de plus en plus le travail, et modèle la représentation de la vie. On a pu assimiler le cerveau à un ordinateur. Qui contrôle internet contrôle le monde. Une nouvelle caste, aussi assurée de sa supériorité présumée que l’était la classe érudite de l’ancien monde, avance sa maîtrise technique, les connexions qu’elle entretient avec les intérêts d’argent, les besoins économiques, et avec les nouveaux lieux de pouvoir, comme la Silicon Valley, pour s’ériger en nouvelle upper class.

« Le medium est le message »

Quelle est la langue de la cybernétique ? Le langage usité dans des contextes de communication extérieurs à son univers est constitué de phrases, de lexèmes, de morphèmes, qui produisent des sèmes, des unités de sens. Ces éléments structurels sont unis par une syntaxe modulable, complexe, capable de réaliser une pensée élaborée, ou de suggérer finement un ensemble de sensations ou d’émotions. Plus un individu est doté d’un bagage riche en quantité et en qualité de ce genre de briques langagières, idiomatiques, plus il approfondit sa dimension intérieure, et varie ses relations avec son entourage.

Le « mème » (mot valise construit à partir de « gène » ( unité de transmission biologique (ADN)) et de « mimeme », inspiré du grec mimêsis ( imitation) est une unité de transmission culturelle. Un mème, dans ce sens large, est n'importe quelle idée, comportement, style, mélodie, croyance, mode, expression ou rituel qui se réplique d’un cerveau à un autre par imitation, ou plutôt, dans le cas d’internet, par contagion. Comme dans le monde des espèces décrit par Darwin, il s’adapte, peut muter, ou phagocyter d’autres mèmes. L’internaute n’est, somme toute, qu’un truchement, un transmetteur. Ce phénomène d’inondation, de propagation sémiotique, encourage l’uniformisation des réactions et des idées, voire des comportements. Si la cybernétique crée des tribus, elles se reconnaissent par des signes partagés et reconnaissables. Des réactions similaires rompent avec d’autres monomanies tribales, mais soudent de manière holistique les membres du groupe.

Les signes et stimuli sont loin d’appartenir au domaine de la langue. La consommation du Web est surtout celle de l’image et du son. D’une certaine manière, on retrouve la civilisation de l’oralité antérieure à l’avènement de l’imprimé, mais sans cette incorporation sociale, culturelle, civilisationnelle, dont nous avions souligné la mise en œuvre dans de véritables singularités humaines, dans une société qui privilégiait la confiance et la fidélité. En revanche, le monde cybernétique, bien générateur de fusion, est un univers atomisé. Chacun est seul devant son écran. Et son usage, au lieu de ménager un équilibre entre le moi et la collectivité, invite à déverser, les inhibitions de la sociabilité abolies, des fantasmes, des pulsions, des affects violents, des lubies délirantes, des vulgarités, qu’on n’oserait pas exprimer dans un cadre inter-relationnel normal et codifié (par la pudeur, la morale, l’éducation…).

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La néoréaction, ou la fin de l’Occident

Les Etats-Unis d’Amérique ont toujours une certaine avance dans la course vers l’abîme de notre dégénérescence. Le phénomène de la néoréaction, qui se fixe pour objectif de ré-accélérer le capitalisme en Occident, a la réputation d’inspirer le pouvoir trumpien. Son influence dépasse le cadre politique, et touche les décideurs véritables, ceux qui détiennent le pouvoir véritable, et particulièrement les cadres de la Silicon Valley.

Elle se présente comme une contre-culture de droite, mais cette étiquette n’est qu’un enfantillage, car son ambition dépasse les limites de la dichotomie droite/gauche. Certes, l’ennemi affiché est l’égalitarisme progressiste, mais sa portée est plus large, et plus dangereuse qu’une simple posture droitière. Du reste, elle s’oppose à la droite conservatrice, et se présente comme transgressive. Il ne faut pas la placer dans la filiation de Joseph de Maistre, Thomas Carlyle, Louis de Bonald, Donoso Cortés, Nicolás Gómez Dávila ou Karl Ludwig von Haller, bien qu’on puisse trouver dans sa/ses discours des citations des uns et des autres.

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Son émergence est assez récente. Elle est née dans ce bain de culture pullulant de toutes sortes de bacilles douteux qu’est internet. A partir de blogs, de forums, de réseaux, dès 2010, des producteurs d’idées (comme aurait dit Céline) ont surgi hors du bocal, comme Curtis Yarvin, Nick Land, Costin Vlad Alamariu (photo). Les auteurs sont des ingénieurs, des blogueurs, des informaticiens, des start-uppers autodidactes, un milieu inculte et prétentieux assez proliférant, et qui se prend pour une élite.

Sa « culture » reflète le milieu où elle évolue : importance de la science-fiction, ou du fantastique d’épouvante, chez HP Lovecraft, par exemple.

Elle est volontiers provocatrice, mais fuit, comme il est normal, toute pensée structurée et cohérente.

Si on y trouve des références « élaborées », elles se présentent sous une forme légère et adaptée à des intelligences rétives à l’effort cognitif, et la patiente et longue lecture évocatrice de la rumination des vaches, image que Gracq aimait beaucoup. Ses productions sont farcies de citations, d’aphorismes, de condensés, de reader’s digest, bric-à-brac qui peut donner l’illusion d’en savoir beaucoup à peu de frais. La répétition ad nauseam des mèmes, qui crépitent comme une mitrailleuse électronique, s’impose aux consciences et aux cervelles.

Il n’est pas question ici d’analyser en détail la « pensée » que ce courant véhicule, mais qui, idéologiquement, n’est pas si insolite qu’il le dit de lui-même. On y retrouve le culte de l’inégalité, sociale et raciale, l’idéologie libertarienne ultra-libérale, individualiste, une technophilie débridée, et s’y mêlent aussi, aussi étrange que cela puisse paraître aux yeux d’un Français, des délires théologiques, eschatologiques, traditionalistes, un messianisme qui se concilie très bien avec un productivisme conquérant, un projet de conquérir l’ensemble de la nature, de Mars aux abîmes marins, avec l’aide de l’IA.

Mais ce qui frappe surtout, c’est l’abandon complet des inhibitions, des pudeurs, des tabous qui pouvaient freiner les appétits capitalistes du Vieux monde, ou, du moins, susciter une mauvaise conscience parmi ses membres. L’humanisme soucieux des démunis, des misères de la terre, et le souci de la nature, tout cela vole en éclat avec jubilation. L’idée d’instituer un pouvoir féroce, d’écraser le faible sans barguigner, de conquérir les terres d’autrui, d’écraser l’adversaire au nom de la raison du plus fort, de piller, de s’enrichir sans vergogne, n’est associée à aucune honte ni scrupules, et se trouve même considérée comme l’expression d’une certaine excellence.

La technique ne pense pas, comme dit Heidegger. Elle fonctionne. L’homme est un rouage du fonctionnement. On lui demande d’être efficace, techniquement, bien sûr, mais aussi économiquement. Il ne s’agit pas de se polluer la vie avec de la poésie et de l’art, des rêves ou les délices de la contemplation. Le mot d’ordre, c’est l’action, et le succès. Un succès illimité. Comme l’affirmait Spengler, le prométhéisme et le faustisme, qui caractérisent le déclin de l’Occident, s’affichent comme un mouvement continu et sans bornes. Tous les moyens sont bons pour y parvenir, y compris les régimes les plus autoritaires.

On retrouve là les thèses de Johann Chapoutot, qui a fait un lien entre le management et les théories nazies.

Pour Heidegger, la technique est la phase ultime de la métaphysique, dans sa version nihiliste.

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Les néoréactionnaires en Europe

Bien entendu, les « accélérationnistes » sont nombreux en Grande Bretagne. Le techno-libertarianisme est un capitalisme ultra, et l’Angleterre est la patrie du capitalisme.

La néoréaction a aussi été favorisé par le déconstructivisme du structuralisme français, et c’est pourquoi elle est présente dans certains mouvements de la gauche radicale. Mais c’est un mouvement très minoritaire, même à l’extrême droite où, pourtant, on a vu une catholique conservatrice comme Chantal Delsol inviter Peter Thiel à l’Institut de France. Le niveau lamentable de la «pensée» de cet «intellectuel» américain situe l’étiage très bas de certains chantres français du conservatisme. Car on peut déceler, parfois, des champions de ce technocapitalisme furieux, par exemple dans la revue Eléments, un Rochedy, par exemple.

Mais, en général, tant en France qu’en Italie, sans doute moins en Allemagne, les résistances à cette idéologie fumeuse et dangereuse sont assez fortes, et sa pénétration est faible. Sans doute s’y méfie-t-on de la technique, et l’Amérique n’est-elle pas perçue comme une amie. Mais il se peut aussi que, comme le dit Emmanuel Todd, certaines valeurs traditionnelles, issue d’un vieux fonds humaniste, chrétien, antique, subsiste-t-il, pour renforcer cette méfiance. La philosophie européenne, contrairement à l’empirisme logique et aux théories analytiques anglo-saxonnes, qui privilégient le « comment » sur le « pourquoi », se souvient que son souci est ontologique, c’est celui de l’être, et sa longue mémoire laisse ressurgir des souvenirs littéraires, artistiques, culturelles, où la pure contemplation et le plaisir gratuit de vivre et d’être heureux étaient le sommet de l’existence (sans oublier l’attention à la dignité de l’homme, quelle que soit son origine).

41bjcbp2sxL-601924059.jpgL’idéologie néoréactionnaire apparaît comme le dernier cri de rage d’une civilisation qui est en train de périr. Rappelons ce qu’écrivait D.H.  Lawrence, dans son roman Le Serpent à plumes :

« Était-ce l’Amérique le grand continent de la mort, le grand Non! opposé au Oui! de l’Europe, de l’Asie et même de l’Afrique? Était-ce le grand creuset où les hommes venus des continents créateurs étaient refondus, non pour une création nouvelle, mais pour être réduits à l’homogénéité de la mort? Les grands continents-États étaient-ils les agents de la destruction mystique ! Arrachant, arrachant l’âme créée en l’homme, jusqu’à ce qu’enfin ils arrachent le germe en croissance, et le laissent créature de mécanisme et de réaction automatique, avec une seule inspiration, le désir d’arracher le vif de toute créature vivante spontanée. Était-ce là la clé de l’Amérique : le désir de détruire la connexion organique humaine en chaque homme ? Arracher, arracher, arracher à chaque âme individuelle jusqu’à ce qu’elle soit sans racines, frémissante, arrachée. Et au-delà, le désir que chaque homme détruise dans sa propre âme les racines de toute affection et même de la passion physique et du désir, si bien que l’humanité devienne enfin un arbre d’individus innombrables et isolés, tous frémissants et s’affirmant eux-mêmes, mais sans racines ni au ciel ni sur la terre, seulement l’éternel frémissement de l’auto-affirmation et du mécanisme. Était-ce cela, l’Amérique?»

lundi, 02 février 2026

La Caverne de Platon et l’Empire

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La Caverne de Platon et l’Empire

Alexandre Douguine 

Alexandre Douguine sur le Philosophe-Roi et le retour de l’Empire de l’Esprit. 

Dans le septième livre du dialogue La République, Platon décrit le processus de devenir un philosophe-roi comme suit. 

Il compare le monde à une caverne (c’est-à-dire un territoire situé dans une matière dense, dans une montagne ou sous la terre), et l’humanité à des prisonniers enchaînés, incapables de tourner la tête, forcés de regarder des ombres qui se déplacent le long du mur de la caverne. Cela correspond au Royaume inférieur — le monde des corps. La destinée de l’homme ordinaire est de vivre en observant les ombres sur le mur, en les prenant pour la réalité véritable. En vérité, cependant, cela n’est qu’une copie la plus distante et la plus vague, pas même de l’original, mais d’une autre copie. En raison de leur ignorance, les prisonniers ne soupçonnent ni leur véritable condition ni la nature de ce qui leur apparaît comme étant réel. En effet, Platon décrit l’enfer, le royaume des ombres. 

Platon ne pose pas la question de savoir qui a enchaîné les prisonniers et les a condamnés à une existence aussi misérable. Comme nous l’avons vu, les Grecs ne connaissaient pas la figure du diable ni son homologue iranien, Ahriman, et pour eux, une telle formulation du problème aurait peu de sens. Puisque la manifestation suppose nécessairement un éloignement du Premier Principe et, par conséquent, une densification de l’être, il doit exister des régions où les ombres s’épaississent et où la vérité disparaît derrière un horizon lointain. Cela n’est en soi ni mal ni bien, mais plutôt une douloureuse conséquence du processus même de la manifestation — le coût de la manifestation cosmique. Quiconque se contente de cela en assume la responsabilité. 

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Pourtant, selon Platon, parmi les prisonniers, existent aussi ceux qui refusent de se satisfaire. Quoi qu’il leur en coûte, ils tournent la tête en arrière pour voir quels objets projettent les ombres qu’ils observent sur le mur. Alors ils découvrent ce que Platon appelle la «voie supérieure». 

«Imaginez des gens comme s’ils étaient dans une habitation souterraine semblable à une caverne, avec une entrée ouverte vers la lumière tout le long de sa longueur. Depuis leur enfance, ils ont des chaînes aux jambes et au cou, de sorte qu’ils doivent rester à la même place et ne voir que ce qui est directement devant eux, car ils ne peuvent pas tourner la tête à cause de ces liens. Derrière eux, tout en haut, brûle la lumière d’un feu, et entre le feu et les prisonniers court une voie supérieure, sur laquelle, imaginez, une faible muraille a été construite, comme le paravent placé devant les spectateurs de merveilles, derrière lequel ils exhibent leurs prodiges». 

La voie supérieure est le domaine des objets eux-mêmes plutôt que de leurs ombres. Ceux qui portent ces objets, comme lors des processions dionysiaques, conversent entre eux, et leurs voix résonnent dans les murs de la caverne, donnant l’impression que les sons proviennent des ombres sur le mur. 

La philosophie commence avec cette inversion, avec la distinction claire entre ce qui se passe sur la «voie supérieure» — la vision et l’écoute de véritables images et discours. 

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Platon continue en décrivant comment une personne réveillée de l’illusion partagée par la majorité ne se trouve pas dans une position active; elle devient plutôt la proie passive d’une force qui agit contre ses souhaits. Ainsi, Platon veut souligner que dans l’homme ordinaire, tout résiste à devenir philosophe et à saisir la vérité. D’où le langage de la contrainte. 

«Lorsqu’un d’eux est libéré de ses liens et est soudainement contraint de se lever, de tourner le cou, de marcher, et de regarder vers la lumière en haut, cela lui fera mal, et il ne pourra pas regarder les choses lumineuses dont il voyait les ombres auparavant.(….) 

Et s’il est forcé de regarder directement la lumière elle-même, ses yeux ne feront-ils pas mal ? Ne se détournera-t-il pas rapidement vers les choses qu’il peut voir, croyant qu’elles sont plus claires que ce qui lui est maintenant montré ? (….) » 

« Si quelqu’un le traînait de force par la montée escarpée, jusqu’au sommet de la montagne, et ne le lâchait pas avant de l’avoir tiré dans la lumière du soleil, ne souffrirait-il pas et ne protesterait-il pas contre cette violence? Et une fois dans la lumière, ses yeux, saturés de son éclat, ne seraient-ils pas incapables de discerner une seule des choses dont la vérité lui est maintenant révélée? (….)». 

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Il aurait besoin de temps pour s’habituer, s’il veut voir ce qui est en haut. Il doit commencer par ce qui est le plus facile: regarder d’abord les ombres, puis les reflets dans l’eau des êtres humains et des objets divers, et seulement après cela, les choses elles-mêmes. Ensuite, il trouverait plus facile de regarder ce qui se trouve dans le ciel et le ciel lui-même la nuit — c’est-à-dire contempler la lumière des étoiles et de la lune plutôt que celle du soleil et de sa lumière. 

En tout cas, celui qui, de sa propre volonté ou sous l’influence d’une force supérieure, a parcouru ce chemin vers la sortie de la caverne, a non seulement appris la différence entre ombres, images, choses elles-mêmes, et la source de leur lumière, mais aussi quitté le monde même de la caverne, montant vers un autre monde — cette fois le vrai, inondé de la lumière du Nous. Ainsi, le philosophe s’élève du monde des corps vers le monde de l’Esprit. Là, il contemple les objets mêmes dont les objets de la «voie supérieure» ne sont que des copies, ainsi que la vraie lumière qui se trouve en dehors de la caverne. C’est le monde des idées, des paradigmes, des prototypes, des originaux. Et celui qui a réussi à s’échapper de la caverne et à contempler le monde tel qu’il est — et les idées, selon Platon, sont précisément ce qui est (elles existent éternellement et antérieurement à toutes leurs copies) — celui-là est le philosophe. 

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Ici, la définition de la philosophie converge avec le thème du pouvoir et, par conséquent, avec la politique. Le philosophe qui connaît la vérité retourne aux prisonniers pour diverses raisons et travaille à leur libération. Il sait, à l’avance, plusieurs couches de l’être plus qu'ils n'en savent eux, et cela lui donne le droit de gouverner les ignorants. Ainsi, la dignité du vrai souverain ne réside ni dans la compétence, ni dans l’efficacité, ni dans l’origine dynastique, ni dans la force de volonté. Elle découle de la transmutation ontologique de son âme, de la capacité à sortir du fond de la caverne, à dépasser ses limites, et à entrer dans le monde divin où la vérité se donne dans une contemplation immédiate. 

Ainsi apparaît la figure du Philosophe-Roi. En lui, le droit au pouvoir est précisément déterminé par l’esprit éveillé, par la capacité de dépasser les frontières du monde inférieur. Or, c’est aussi la caractéristique distinctive du Roi du Monde et de son Empire Spirituel. Le Roi du Monde et son domaine se situent dans la zone de l’éternité, hors de la grotte des corps. Par conséquent, le voyage du philosophe vers la sortie du monde souterrain est identique à une visite au Royaume du Graal, un retour au paradis. C’est là que se déroule l’investiture du droit de gouverner. Le royaume du Roi du Monde se trouve hors de la caverne. C’est le modèle de tout royaume authentique et réel — non seulement un plan, mais une réalité à vivre, à voir, à entendre et à ressentir comme nous vivons les choses du monde terrestre, seulement avec un degré de intensité, de netteté et de clarté bien supérieur. 

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Le Philosophe-Roi de Platon est un avatar du Roi du Monde. Sur lui repose ce pouvoir. Il consiste en l’esprit, en la transfiguration de la conscience, en le noyau intérieur de l’âme qui accède à la contemplation directe du Logos, du Nous. Par conséquent, pour le philosophe, l’autorité sur les prisonniers de la caverne n’est pas une élévation, mais une descente — un chemin vers le bas, une immersion sacrificielle jusqu’au fond de la caverne, et la courageuse disposition à vivre pour la libération des captifs, pour leur donner accès à la lumière, et pour la construction d’un ordre politique et religieux qui inciterait aussi les meilleurs à suivre le chemin de la philosophie, en montant vers la sortie de la caverne. 

L’état dont parle Platon dans le dialogue portant ce nom est une structure terrestre destinée à l’ascension vers le ciel. De là découle sa fonction religieuse et initiatique. Un tel état n’est pas simplement le meilleur; il est sacré, saint, et, dans une limite ultime, divin. Plus le royaume terrestre ressemble au Royaume Céleste, plus il se rapproche de l’Empire de l’Esprit, et son souverain — du statut du Roi du Monde. 

Du christianisme européen de la raison faustienne - Forme, infini et architecture de la croyance

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Du christianisme européen de la raison faustienne

Forme, infini et architecture de la croyance

Constantin von Hoffmeister

Le divin se révèle à travers la proportion, l’harmonie et la connaissance de soi qui se déploient dans le temps, par le biais de structures qui croissent, mûrissent et atteignent une forme dans l’histoire plutôt que de se tenir en dehors d’elle. Dans cette vision faustienne, la théologie devient une discipline d’intuition façonnée par une nécessité intérieure, attentive à l’ordre, à la mesure et au destin, tandis que la raison sert de vase à travers lequel le christianisme européen articule sa volonté historique vers l’infini, l’espace et la pression silencieuse de l’émergence qui pousse les civilisations vers leur forme désignée.

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Ces réflexions découlent de la théologie spéculative de Gotthold Ephraim Lessing (1729-1781) (illustration), dont le christianisme de raison cherche la structure, la proportion et une nécessité intérieure. Lessing commence par une vision de l’éternité façonnée par la contemplation plutôt que par le mouvement. L’être parfait réside dans le regard de la perfection elle-même. L’éternité apparaît comme une plénitude rassemblée dans la conscience. La divinité se révèle comme une attention concentrée, comme une intensité calme dirigée vers la réalité la plus haute concevable. En ce début, raison et foi convergent. La pensée reçoit un poids ontologique. La théologie acquiert la posture de la métaphysique. Le divin se tient comme une intériorité absolue dont la richesse s’exprime à travers un ordre intelligible.

Lessing avance par la gravité logique plutôt que par la force rhétorique. L’objet le plus parfait équivaut à Dieu lui-même. La pensée divine se tourne vers l’intérieur, embrassant sa propre plénitude. Dans cet acte, penser, vouloir et créer forment un seul mouvement. Chaque idée divine porte une puissance génératrice. La création coule comme une expression plutôt qu’une interruption. La réalité se déploie comme une pensée étendue en forme. Le cosmos émerge comme une intelligibilité rendue visible. Être et sens partagent une seule origine. Le monde apparaît comme la raison rendue spatiale, temporelle et relationnelle.

De cette auto-conscience éternelle naît la figure que l’Écriture nomme le Fils. Lessing décrit cet être comme une plénitude divine saisie comme une totalité. Chaque perfection présente en Dieu apparaît rassemblée dans une unité vivante. Le Fils-Dieu exprime une identité plutôt qu’une division. L’essence reste entière. La distinction n’intervient qu’à travers la séquence implicite de la compréhension humaine. La pensée semble antérieure à son image, bien que la substance reste partagée. La théologie parle ici avec une clarté philosophique. La génération apparaît comme un déploiement logique plutôt qu’un événement temporel. Le divin se révèle à travers une connaissance de soi manifestée.

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Ce Fils-Dieu se tient comme l’image identique de Dieu. Ici, l’image signifie une correspondance parfaite plutôt qu’une imitation. Penser Dieu implique de penser cette image au même moment. L’harmonie découle d’une essence partagée. Là où les attributs coïncident pleinement, la consonance atteint son sommet. Lessing définit l’harmonie comme un accord total de l’être. L’identité et la relation s’entrelacent dans une structure unique. Le christianisme acquiert ainsi une architecture intérieure marquée par la symétrie, l’équilibre et une profondeur intelligible.

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De l’unité vivante de Dieu et du Fils-Dieu provient l’Esprit, décrit comme l’harmonie qui les lie. Cette harmonie contient la plénitude de la vie divine. Père, Fils et Esprit expriment une seule réalité à travers la relation et la présence mutuelle. Chacun dépend des autres comme expressions de la même essence. Lessing présente la Trinité comme une articulation nécessaire de la conscience divine. La théologie y gagne en stabilité par la cohérence. Le mystère se transforme en profondeur accessible à la raison disciplinée.

La raison se tourne ensuite vers l’extérieur, vers la création. Dieu pense ses perfections sous une forme divisée, et chaque pensée se déploie en étant. Les créatures surgissent, chacune portant une part des attributs divins. Ensemble, elles forment le monde en tant que totalité d’expressions différenciées. La création apparaît comme un déploiement gradué plutôt qu’un acte abrupt. Dieu choisit la manière la plus parfaite de division, organisant les êtres le long d’une échelle continue. Les degrés se succèdent sans discontinuité. Chaque niveau rassemble les qualités inférieures et en ajoute d’autres. L’ordre gouverne la multiplicité par la proportion.

Cette échelle s’étend indéfiniment, formant une série infinie. La vastitude du monde découle de la logique de la perfection elle-même. L’infini apparaît comme une nécessité structurelle plutôt que comme un excès poétique. Les êtres simples forment la fondation de la réalité. Les formes composites surgissent des relations entre simples. L’harmonie relie ces éléments, fournissant la clé aux processus naturels. La nature se révèle comme un système lisible façonné par la correspondance, la résonance et une puissance graduée.

Lessing envisage un christianisme futur guidé par la connaissance mûrie sur plusieurs siècles. La recherche avance avec patience. L’observation s’approfondit. Les apparences livrent leurs lois intérieures. La pensée remonte aux premiers principes des phénomènes. La théologie et la philosophie naturelle convergent vers un horizon unifié. La raison s’étend à tout le champ de l’existence. La foi mûrit en insight. La création se révèle comme un tout cohérent, illuminé de l’intérieur par un ordre intelligible.

Dans ce monde ordonné, les êtres reflètent selon leur degré les attributs divins. La conscience apparaît dans une intensité graduée. La capacité d’action augmente avec la conscience. Les êtres moraux émergent lorsque l’intuition rejoint le pouvoir. La loi naît de la structure intérieure plutôt que du décret. La vie éthique se déploie comme un alignement avec sa propre forme. L’action exprime une nature accomplie. La liberté apparaît comme un harmonie avec la mesure intérieure.

À travers la vision historique d’Oswald Spengler (1880-1936), le christianisme de la raison de Lessing gagne une échelle civilisatrice. Spengler décrit les cultures comme des formes vivantes gouvernées par une nécessité intérieure. Lessing fournit la grammaire métaphysique sous-jacente à ces formes. Son univers gradué reflète la montée ordonnée des civilisations, chacune exprimant un style total à travers des étapes successives. Cette théologie appartient à l’âme faustienne, attirée par l’infini, la structure et le destin qui se déploient dans le temps. Lessing propose un christianisme européen façonné pour une civilisation en quête de clarté, de cohérence et de forme comme expressions de sa volonté historique.

La fin de la légitimité occidentale - Comment l’Occident a déconstruit ses propres règles

 

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La fin de la légitimité occidentale

Comment l’Occident a déconstruit ses propres règles

par Kazuhiro Hayashida

Kazuhiro Hayashida explique comment l’Occident a démantelé ses propres règles et légitimé la Russie.

Depuis de nombreuses années, l’Occident utilise des normes telles que «l’ordre international» et le «monde basé sur des règles» pour légitimer ses propres actions, tout en déclarant celles des autres illégitimes. Cependant, lorsqu’il est intervenu au Venezuela, il a en réalité proclamé qu’il n’existe pas de droit international, détruisant ainsi ces mêmes normes de ses propres mains. Ce n’était pas une déviation temporaire, mais une négation des normes elles-mêmes.

À ce moment-là, plusieurs conséquences logiques sont survenues simultanément. Premièrement, la négation des normes devient un précédent plutôt qu’une exception. Revendiquer une exception suppose l’existence d’une norme ; une fois cette norme elle-même niée, le concept d’exception ne peut plus tenir. Deuxièmement, les actions de la Russie deviennent pleinement justifiées lorsqu’on les mesure selon les standards que l’Occident lui-même a employés. Cela peut être compris relativement comme «faire la même chose», mais plus fondamentalement, c’est une question purement logique: si aucune norme n’existe, il n’est pas possible de définir une violation des normes.

Plus important encore, la légitimité n’a pas seulement été rendue impossible à nier; elle est apparue de manière positive. En effet, l’Occident lui-même avait déjà annoncé une nouvelle règle à l’avance – à savoir que l’intervention par la force peut être permise selon les circonstances.

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En conséquence, les actions de la Russie sont légitimées, tandis que l’Occident a complètement perdu ses repères pour critiquer la Russie. Il faut conclure que l’ordre international ne s’est pas effondré naturellement ; il a été démembré par les actions mêmes de l’Occident.

Dans la situation internationale actuelle, les États-Unis mettent en avant l’attachement physique des alliances, la disponibilité à l’action militaire et aux sanctions, ainsi que la défense d’Israël comme symbole. Pourtant, l’acteur qui mérite vraiment l’attention n’est pas l’État qui mène directement des opérations militaires ou impose des sanctions.

Le problème le plus crucial concerne l’Union européenne, qui ne peut plus articuler une position claire sur ces développements, ni même présenter en mots les concepts et normes sur lesquels elle se basait autrefois.

Jusqu’à présent, cet acteur a justifié sa position et son rôle dans la communauté internationale à travers un vocabulaire basé sur une phraséologie évoquant l'«ordre international», un «monde basé sur des règles» et l'«État de droit». Cependant, cet appareil normatif a été détruit de l’intérieur par la pratique elle-même, et l’UE se trouve désormais incapable d’utiliser le même vocabulaire ou de proposer une théorie alternative. Les mots qu’elle emploie sont devenus abstraits et répétitifs, perdant leur capacité à expliquer des principes concrets d’action ou le lieu de responsabilité.

Cet état de perte de mots ne signifie pas la neutralité ou la prudence. Il indique plutôt une confusion de facto: malgré la pression pour réagir aux événements, l’UE ne peut plus s’expliquer la logique sur laquelle elle agit. Des déclarations sont faites, mais leur contenu évite les jugements de valeur, brouille le sujet agissant et délègue les résultats finaux à d’autres. En conséquence, l’attention se tourne naturellement vers l’UE, et le débat international se déplace de la question de l’action militaire ou des sanctions vers celle de savoir pourquoi l’UE ne peut rien dire.

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Dans cette nouvelle configuration, alors que les États réellement actifs reculent à l’arrière-plan, il faut diriger un regard analytique approprié vers l’UE, qui a échoué dans la légitimation linguistique.

En comprenant précisément que l’UE occupe une position à partir de laquelle elle ne peut articuler la justice occidentale comme une théorie légitime, nous pouvons reconnaître que l’effondrement de l’ordre international ne doit pas seulement être vu comme le résultat d’actions individuelles des États, mais comme un problème interne à l’UE et à l’OTAN — les structures mêmes qui ont soutenu les normes occidentales et les ont utilisées pour justifier leur propre position.

De cette manière, en limitant l’analyse à l’UE et à l’OTAN, il devient possible d’identifier le lieu de la rupture structurelle sans discuter directement des acteurs individuels. Cette approche rend visible la configuration géopolitique, et son effet réside précisément dans le changement de perspective lui-même.

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L'UDC suisse réclame les milliards consacrés à l'asile pour l'armée

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L'UDC suisse réclame les milliards consacrés à l'asile pour l'armée

Source: https://opposition24.com/politik/svp-fordert-asylmilliard...

L'Union démocratique du centre (UDC) tire un bilan de la politique d'asile actuelle et exige un changement radical de cap en faveur de la défense nationale. Dans une déclaration récente, l'UDC affirme que le système d'asile coûte des milliards à l'État, sape la sécurité intérieure et fait l'objet d'abus systématiques. Au lieu de générer sans cesse de nouvelles recettes par des augmentations d'impôts, la Confédération doit enfin fixer des priorités et libérer les fonds disponibles pour l'armée, explique le parti dans un communiqué.

Selon le parti, la situation sécuritaire en Suisse s'est sensiblement détériorée. Les crimes violents, les agressions au couteau et les vols à main armée ne sont plus des exceptions, mais font désormais partie du quotidien. La migration liée à l'asile est particulièrement problématique: l'afflux incontrôlé, les contrôles d'identité insuffisants et les rapatriements rarement appliqués ont donné naissance à un système qui favorise la criminalité et sape l'État de droit. Depuis 2000, plus de 655.000 demandes d'asile ont été déposées, l'identité de nombreux demandeurs étant incertaine et les sanctions minimales, même en cas d'infractions graves.

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Sur le plan financier, le système d'asile est depuis longtemps hors de contrôle. Rien qu'au niveau fédéral, environ quatre milliards de francs sont dépensés chaque année, auxquels s'ajoutent des coûts immenses pour les cantons et les communes, ainsi que pour les poursuites pénales et l'exécution des peines.

Dans ce contexte, l'UDC qualifie la proposition du Conseil fédéral d'augmenter la taxe sur la valeur ajoutée de 0,8 point de pourcentage d'attaque directe contre la population. Cette augmentation d'impôt représenterait une charge supplémentaire d'environ 2,7 milliards de francs par an pour les ménages.

Le parti affirme clairement qu'une armée plus forte est nécessaire, mais pas au détriment des citoyens. Au lieu de cela, l'UDC demande que les «milliards de l'asile» soient systématiquement réaffectés et utilisés pour renforcer la capacité de défense du pays. Elle exige en outre des réductions dans l'aide au développement et une réduction significative du personnel fédéral pléthorique. Selon elle, la Confédération n'a pas un problème de recettes, mais un problème de dépenses, et celui-ci est d'origine interne.

dimanche, 01 février 2026

Pas même le Venezuela et l’Iran suffisent à Trump: il menace maintenant l’Irak

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Pas même le Venezuela et l’Iran suffisent à Trump: il menace maintenant l’Irak

par Sergio Caruso 

Source: https://www.ariannaeditrice.it/articoli/non-bastano-venez...

Pas même le Venezuela et l’Iran suffisent à Trump qui menace à nouveau l'Irak, un pays que les États-Unis ont contribué à dévaster avec leur invasion de 2003, menée sur la base d’accusations présentées à l’ONU — les fameuses armes de destruction massive — qui se sont révélées infondées par la suite, mais qui, en attendant, ont justifié bombardements, occupation militaire et le renversement violent de Saddam Hussein, ouvrant une phase de chaos que l’Irak n’a jamais vraiment surmontée.

Aujourd’hui, après avoir annoncé l’envoi d’un second groupe d’attaque navale dans le golfe persique, Trump revient à la charge en menaçant ouvertement Bagdad, avertissant que si l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki revenait au pouvoir, les États-Unis retireraient leur « aide », comme si ce soutien n’avait été dès le départ qu’un levier politique plus qu’un acte de solidarité, et comme si l’Irak n’avait pas déjà été profondément marqué par une intervention qui a détruit institutions, infrastructures et cohésion sociale.

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Les paroles de Trump, confirmées par plusieurs sources internationales, s’inscrivent dans une logique désormais consolidée: Washington revendique le rôle de principal garant de la stabilité irakienne, mais utilise en même temps ce rôle pour conditionner ouvertement les choix politiques internes du pays, en présentant l’« aide » américaine comme indispensable tout en ignorant que l’instabilité actuelle, pour l'essentiel, est une conséquence directe de l’invasion et de la gestion post-guerre.

Le soutien apporté après 2003 — en termes de sécurité, de formation militaire et de fonds pour la reconstruction — a toujours été accompagné d’énormes avantages géostratégiques pour les États-Unis, du contrôle d’une zone clé pour les routes énergétiques à la présence militaire permanente au cœur du Moyen-Orient, jusqu’à la possibilité de contenir l’influence iranienne, transformant l’Irak en un terrain de compétition entre puissances plus qu’en un État réellement souverain.

Dans ce contexte, les menaces de Trump contre le retour d’al-Maliki ne sont pas seulement un jugement personnel sur un leader controversé, mais un signal politique direct aux élites irakiennes, encore une fois appelées à choisir sous pression extérieure, avec le risque d’aggraver les fractures internes entre forces pro-américaines, groupes proches de Téhéran et une population de plus en plus fatiguée d’être l'otage d’un équilibre imposé de l’extérieur.

Les implications politiques sont profondes : sur le plan intérieur, de telles déclarations alimentent la perception selon laquelle le processus politique irakien est contrôlé de l’extérieur, ce qui affaiblit encore la confiance des citoyens dans les institutions et renforce les acteurs armés ou populistes qui se présentent comme défenseurs de la souveraineté nationale ; sur le plan régional, l’Irak reste un nœud central du jeu au Moyen-Orient, pris entre les États-Unis et l’Iran, et chaque intervention verbale ou militaire de Washington contribue à durcir le conflit, rendant plus difficile une stabilisation durable et confirmant l’image d’un pays qui, plus de vingt ans après la chute de Saddam, continue de payer le prix d’une guerre décidée ailleurs et jamais vraiment terminée.

20:07 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irak, moyen-orient, monde arabe, monde arabo-islamique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

La querelle du Groenland et la méditation d’Evola sur le mythe polaire

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La querelle du Groenland et la méditation d’Evola sur le mythe polaire

Et si le mythe nordique raconte Mitgard, la Terre du Milieu, comme un pays vert, on pense immédiatement à la terre des Inuits : vert parce que le nom le suggère, dans un temps ancien, avant que la nuit et la glace ne la recouvrent, ne nous recouvrent.

par Luca Negri

Source: https://www.barbadillo.it/127643-la-querelle-groenlandia-...

Il y a toujours et en tout cas un Groenland à conquérir. Un pôle Nord, une demeure arctique dont nous venons peut-être et qui attend notre retour.

En somme, nous comprenons Donald Trump, qui veut mettre la main là-haut, dans le Grand Nord. Et nous comprenons le Danemark, qui défend une colonie conquise à une époque viking, brumeuse et épique. Nous comprenons l’UE, qui montre enfin un peu de fierté contre le nouveau continent, qui est le vrai adversaire géopolitique, tandis que la Russie est un allié naturel. Et nous comprenons aussi Poutine, qui ne serait pas contre le contrôle de l’île, car il n’y a jamais trop de glace. Nous comprenons surtout les raisons stratégiques, politiques et énergétiques des puissants qui veulent le Groenland. Nous les comprenons surtout sur le plan symbolique.

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Nous les comprenons parce que nous avons lu et relu Révolte contre le monde moderne de Julius Evola, et le chapitre sur le mythe polaire nous a toujours fasciné. L’île ou la terre ferme arctique, écrivait l’ésotériste et philosophe italien, « représente la stabilité spirituelle opposée à la contingence des eaux ». Le centre de gravité permanent, pour parler comme Battiato, et donc avec Gurdjieff. Image du Soi, de l’ego absolu, de l’Atman hindou. De ce non-lieu en dehors de notre corps, qui en est pourtant l’origine et qui reste imperturbé, non blessé, non touché par les contingences, par la douleur de la vie incarnée.

Le Pôle est « le siège des hommes transcendents », écrivait encore Evola, en citant des traditions et enseignements archaïques. Et nous pouvons tous transcender.

Et si le mythe nordique raconte Mitgard, la Terre du Milieu, comme un pays vert, on pense immédiatement à Groenland : vert parce que le nom le suggère, dans un temps ancien, avant que la nuit et la glace ne la recouvrent, ne nous recouvrent.

« Source de races et de peuples », tel était-il encore considéré au Moyen Âge, dernière époque organique et traditionnelle.

De là, peut-être, nous venons tous. Comme d’un pôle métaphysique, nous descendons dans les vicissitudes de la matière et de l’Histoire.

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Cette « île de la splendeur » dans l’extrême nord, serait aussi une « demeure arctique » dans les Védas, selon l’enseignement de Bâl Gangâdhar Tilak (photo), nationaliste indien de confession shivaïte.

C’est peut-être l’ancienne Thule, rêvée et chantée par les Grecs. Île blanche dans la partie septentrionale de l’Atlantique, recherchée par le journaliste, essayiste et militant néo-païen Jean Mabire.

La terre des Hyperboréens, où Nietzsche se sentait idéalement chez lui, invitant ses lecteurs — qui sont tous et personne.

Car ni par la terre ni par la mer, on n'atteint Hyperborée, chantait Pindare. La Voie du Nord, l’« Uttara » hindoue, est dans le monde mais n’appartient pas au monde. Comme le centre géométrique non mesurable, il ne fait pas partie de la géométrie mais permet toute géométrie.

Donc, nous nous engageons surtout à reconquérir ce Pôle Nord.

Mais nous comprenons Trump et les autres puissants, qui peut-être inconsciemment, poussés par l’inconscient collectif, cherchent un peu de terre ferme dans ce monde de plus en plus liquide.

Ce serait une bonne et juste chose si, à partir de cette crise arctique, tout le monde était encouragé à conquérir un Groenland qui lui appartient.

En sortant du symbolique, en revenant à l’actualité, nous espérons néanmoins que la crise se résoudra pacifiquement. De préférence avec la fin de l’OTAN, l’Amérique aux Américains, l’Europe aux Européens (y compris les Russes) et le Groenland aux Groenlandais.

Interdiction de l’AfD: les vieux partis allemands ne tiennent plus qu’en nouant des intrigues

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Interdiction de l’AfD: les vieux partis allemands ne tiennent plus qu’en nouant des intrigues

Source: https://derstatus.at/politik/afd-verbot-altparteien-werde...

Que faire lorsque l’adversaire politique devient trop puissant? Apparemment, on préfère recourir au bâton judiciaire et à des astuces politiques douteuses, plutôt que d’affronter le jugement des citoyens. La frontière entre démocratie et maintien du pouvoir devient préoccupante dans un Allemagne du «Mur de feu» (du "cordon sanitaire").

Interdiction de l’AfD comme condition préalable

Quand un système établi est-il dépassé? La réponse peut être très courte: dès que les vieux acteurs en place mettent la pression pour forcer un dernier reste de cohésion. Les jours d’une ère idéologique semblent comptés, dont les composantes n’ont plus grand-chose en commun quant au fond et au programme, mais qui cherchent le moindre dénominateur commun de peur de perdre le pouvoir. Les Verts exigent, avant les élections régionales en Rhénanie-Palatinat, qu’une procédure d’interdiction contre l’AfD soit engagée.

Sans cet artifice, il ne pourrait y avoir de contrat de coalition, pourrait-on dire. Friedrich Merz a déjà dû accepter des milliards de dettes pour acheter le soutien de la SPD à sa candidature à la chancellerie. Et maintenant, il semblerait aussi qu’à Mayence, une tractation du même acabit se prépare. Si tu me promets que nous irions ensemble devant la Cour constitutionnelle, je te tends la main pour un mariage de convenance, telle serait probablement une solution de compromis. En quoi tout cela a-t-il encore du sens ou relève-t-il du bon ordre des choses? En rien, absolument rien, il faut le constater.

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Éliminer la concurrence par un procès fallacieux

Les pressions et les menaces façonnent désormais tellement la vie politique berlinoise que de simples citoyens seraient depuis longtemps traduits en justice pour des délits, s’ils s’aventuraient à appliquer les méthodes que les partis utilisent sans scrupules ni honte pour préserver leur vacuité. La crainte que l’Alternative für Deutschland puisse atteindre une majorité absolue et empêcher ceux qui se sont si confortablement installés dans les sièges et les postes de prendre pour contrôler le pouvoir, ne conduit pas seulement à des déviances bizarres, mais à des actes carrément criminels.

Les menaces et les ultimatums ne peuvent en aucun cas constituer une base de confiance. Quiconque tombe dans le piège y participe, et devient complice du mécontentement, de la désillusion et de la colère du peuple souverain. Le boycott et le blocage de l’opposition, agonie de critiques, prennent des tournures si extrêmes qu’on ne peut plus parler de démocratie. La polarisation a contribué à bien plus que l’exclusion, que l’isolement et que la privation d’égalité des chances dans les joutes électorales. La privation des droits se poursuit à un rythme sans précédent: ce ne sont pas les Bleus (= AfD), accusés de tous les maux, qui veulent détruire le pays et les institutions, mais bel et bien les partis colorés.

Un quart des électeurs, de manière totalitaire, risque d'être privé de tribune

Vaincre un concurrent à tout prix et le faire taire, se chercher des alliés contre-nature pour suivre la seule voie de la répression: ce type de comportement est assumé de manière dévoyée et délinquante. Les mécanismes sont aussi subtils que dans l'ancienne RDA, on ne fait même plus l’effort de dissimuler le caractère totalitaire de ses agissements. Les partis de l'establishment utilise une règle fondamentale du droit constitutionnel, qui n'autorise l’élimination d’un adversaire politique qu'à titre absolument exceptionnel dans la vie politique. En agissant de la sorte, les vieux partis de l'establishment montrent des traits grotesques, exprimant un primitivisme sordide.

Comme si l’on n’était pas capable de voir ce que Klingbeil, Banaszak, Reichinnek ou Brantner complotent sous le prétexte de «défense» de la démocratie allemande. Ils veulent ôter à un quart des citoyens toute identité idéologique, croyant, dans leur méchante naïveté, qu’après une décision du tribunal constitutionnel de Karlsruhe, les brebis perdues reviendraient aux troupeaux d’origine. La durabilité n’a jamais été leur fort quand il s’est agi d’automobiles électriques nuisibles à l’environnement, de pompes à chaleur et d’éoliennes, qu’ils considèrent comme des exploits en matières écologiques. Il est tout simplement naïf de penser que la politique peut se faire par interdits.

Une interdiction renforcerait l’opposition

Un tel simplisme ne fonctionne ni avec l’alcool ni en ce qui concerne l’AfD. La croyance naïve selon laquelle il suffit de tourner la tête pour oublier est probablement une mauvaise croyance. Mais la RDA a déjà montré que la résistance populaire ne peut pas être arrêtée par des expédients simplistes. Si l’on veut vraiment éliminer le risque d'une rébellion, d'une révolte des mécontents, il faut faire intervenir le seul bon sens.

Jusqu’à présent, la rue est encore calme, à l’exception des grand-mères que l'on a mobilisées pour battre le tambour ou souffler dans des trompettes de Jéricho pour faire reculer et couler la droite alternative. Mais la situation pourrait rapidement changer si l'on place sous tutelle ceux qui refusent de changer de cap, c’est-à-dire si l'on donne à un parti alternatif et challengeur le droit légitime de diriger, si cela est confirmé par le vote des citoyens.

La crainte d'une manipulation des élections n’est pas à écarter; déjà dans des sondages organisés par les médias publics, on constate des décalages étranges, difficilement explicables par la raison. Il faut rester vigilant face à la fraude. Car les «bons» (auto-proclamés) n’hésitent plus devant aucune audace pour garantir leur carrière, leurs postes et leur argent.

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Trump a dévoilé la faiblesse de l’Union européenne

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Trump a dévoilé la faiblesse de l’Union européenne

Le Canada et le Groenland? Il ne sera même pas nécessaire de les occuper: la souveraineté se termine si l’on ne sait pas la défendre

par Sarmaticus

Source: https://www.barbadillo.it/127756-trump-ha-smascherato-la-...

Le président Trump s’est entretenu le mercredi 4 septembre 2019 avec le Premier ministre bahaméen Hubert Minnis, exprimant ses condoléances pour la perte de vies humaines et les dégâts catastrophiques dans certaines parties des Bahamas. Le président a également confirmé l’engagement des États-Unis à fournir une assistance humanitaire rapide aux populations et communautés affectées des Bahamas.

Donald Trump ne se limite pas à ridiculiser l’UE. Il le fait publiquement. Un théâtre si précis qu’il frise la cruauté, si ce n’est qu’il est mérité. Deux images suffisent : 

- Les “meilleurs” de l’UE, réunis dans la salle ovale, regardent une carte, pendant que Trump fait la prédication, en tant que propriétaire remontant le bretelles de quelques locataires défaillants.

- Trump plante le drapeau américain sur le Canada et le Groenland, non comme une conquête, mais comme une moquerie : une image si brutale qu’elle fait exploser chaque leçon que l’UE a donnée sur la souveraineté au cours de la dernière décennie.

Un continent qui a “externalisé”

Dans le miroir que tend Trump, l’UE se voit enfin: un continent qui a externalisé l’énergie, la défense et la prise de décision, mais qui murmure “droit international”, quand son hypocrisie est dévoilée. L’UE prêchait des valeurs, alors qu’elle vivait du gaz russe, économique et fiable. L’UE adressait force reproches à Moscou, tandis que l’OTAN s’insinuait à l’est, brisant promesse après promesse faite à la Russie. L’UE riait des garanties de sécurité en estimant qu'elles relevaient de la paranoïa, même après l’explosion des gazoducs et le scintillement des lumières déclinantes. Et maintenant ? Maintenant, l’UE découvre que l’impérialisme est moche, mais seulement quand l’échiquier est inversé.

Souverains ? Cela dépend...

Soudain, la souveraineté (dans un certain sens) compte. Soudain, les frontières sont sacrées. Soudain, l’ordre basé sur des règles doit être (doucement) défendu – mais seulement lorsque Washington fait pression, au lieu de Moscou. Voilà ce que l’UE refuse de dire: annexer l’UE n’est pas l’intention de Moscou, c’est la réalité de Davos, avec Washington, qui est complice de la classe politique du “véritable européisme”.

La Russie a demandé une architecture de sécurité juste et indivisible, de Lisbonne à Vladivostok. L’Europe n’a pas fait d’offre alternative. Elle a reporté, cachée derrière les communiqués russophobes de l’OTAN. Puis elle a applaudi les sanctions qu’elle savait qu'elles allaient se retourner contre elle, car il était plus facile de faire du théâtre moral que de faire de la stratégie. 

Les familles face à la misère et l’arrogance des élites

Maintenant, les usines sont presque à l’arrêt. Les familles européennes paient le prix le plus élevé de cette arrogance. Le choc des importations de gaz de l'Allemagne a été brutal: selon les données officielles, le prix moyen à la frontière a augmenté de 224 % en un an, après l’interruption de l’approvisionnement via le gazoduc russe, et les coûts énergétiques industriels de l’UE ont atteint 2 à 4 fois ceux des concurrents mondiaux, paralysant la compétitivité dans le secteur manufacturier lourd.

Nous paierons le double

L’Europe s’est mise en rang pour acheter du GNL américain à des prix exorbitants, en faisant semblant de ne pas savoir qui en bénéficiait, en avalant la facture sans broncher et en la qualifiant de “solidarité”. Puis est venue l’humiliation. Trump a publié un message du chef de l’OTAN, Rutte, un message de gratitude, d’éloges et de soumission. Le chef de l’OTAN est réduit à un courtisan numérique, remerciant l’empereur pour sa discipline.

L’Europe aurait pu choisir l’équilibre, la diplomatie plutôt que le dogme russophobe. Elle aurait pu choisir l’autonomie stratégique plutôt que l’esclavage atlantiste, déguisé en vertu. Trump n’a pas créé la faiblesse de l’UE: il l’a dévoilée. Il ne l’a pas sapée dans sa souveraineté. Il a rappelé à l’UE qu’elle ne l’a plus. L’UE voulait être sainte, elle est maintenant simplement faible. Trump n’a pas brisé le continent, il refuse simplement de le faire passer pour pertinent.

vendredi, 30 janvier 2026

«Nous avons conquis l'Inde!». Curieux monde imaginaire des néo-actionnistes 

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«Nous avons conquis l'Inde!». Curieux monde imaginaire des néo-actionnistes 

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/abbiamo-conquistato-lindia-il-c...

Le maître américain n'est plus fiable, entre menaces de droits de douane, guerres et occupations diverses. Il est donc temps de regarder ailleurs. Bon sang, il aurait fallu commencer depuis longtemps, mais on ne peut pas en demander trop aux euro-toxicos de l'UE. Mieux vaut tard que jamais. Mais où chercher? Le Canada s'est tourné vers la Chine, évitant les accords de libre-échange, mais l'idée d'augmenter les échanges commerciaux a suffi à mettre en colère le pirate de Washington: le Canada m'appartient et c'est moi qui le gère.

Bruxelles s'est d'abord tournée vers le Mercosur, avec un accord théoriquement avantageux pour les deux parties, si ce n'est qu'il représente la fin de l'agriculture européenne. Et l'agriculture est le premier élément, fondamental, de la souveraineté. Même si Kallas aura du mal à le comprendre et risque, si elle s'y essaie, d'attraper une méningite carabinée.

Alors, en attendant de surmonter les obstacles posés par la France et le Parlement européen – quelle nuisance, la démocratie... –, l'Europe s'accorde avec l'Inde. Et Linkiesta (qui d'autre ?) se réjouit car c'est un accord qui pénalise la Russie, qui place définitivement New Delhi parmi les grandes démocraties, qui favorisera Israël et, via Suez, donnera plus de travail aux ports italiens.

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Il ne manquait plus qu'un commentaire de Cetto La Qualunque et tout aurait été parfait. Parce que Modi et Poutine ne lisent peut-être pas Linkiesta et viennent de conclure un accord visant à renforcer trois corridors pour le transport de marchandises non seulement entre les deux pays, mais aussi pour accroître les échanges commerciaux dans leurs zones de compétence. La route préférée est celle du nord au sud, qui passe également par l'Iran et réduit considérablement les temps de trajet via Suez. Mais, à terme, l'Inde envisage également de s'appuyer sur la flotte russe pour rejoindre l'Europe via la route arctique. Ce n'est pas vraiment une bonne affaire pour les ports italiens.

Et Modi, qui ne lit pas Linkiesta, s'est également permis d'ignorer les menaces de Trump contre l'Inde pour l'achat de gaz et de pétrole à la Russie. Ce n'est pas un hasard si les euro-toxicos se sont bien gardés de demander à Modi de renoncer à l'énergie fournie à bas prix par Moscou. Cette énergie que l'Europe achète à des prix exorbitants aux États-Unis.

L'Iran et le seuil du temps - La transition de paradigme dans l’intellectualisme

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L'Iran et le seuil du temps

La transition de paradigme dans l’intellectualisme

Ashkan Baladi

«Ce que nous appelons valeurs traditionnelles n’est pas la même chose que les valeurs de la bourgeoisie : nos valeurs leur sont précisément opposées».

«Ni le désir ni la douleur ne doivent jamais être la norme ou la fondation de l’action».

— (Julius Evola)

Il fut un temps où l’intellectuel se limitait à un seul geste, finalement ridicule: l'« opposition au pouvoir»! Ce récit prédominant et tragique a tout plongé dans la ruine pendant des décennies. La pensée était exilée. Le modèle de cette forme d’éclairage était un modèle dévoyé, que l’on pourrait, avec indulgence, qualifier de « sartresque » et désigner comme l’héritage de l’École de Francfort: un équilibre qui manipulait tout système théorique ou toute question historique en faveur de ce qu’il appelait le «faible». Pour l’intellectuel, le chat, l’enfant, l’ethnie, etc., n’avaient pas de différence catégorielle en soi ; leur signification ne découlait que de leur position laquelle était en opposition à «celui qui était capable de fonder», c’est-à-dire à la puissance dominante.

51XZGX7cwHL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgEvola aborde ce problème dans le treizième chapitre de son ouvrage Cavalcare la tigre («Chevaucher le tigre»), sous le titre «Sartre : prison sans murs». Cette forme de « négation » – la négation du pouvoir –, tout comme la liberté, le choix et la responsabilité, se révèlent être des symptômes d’une ère nihiliste, dans laquelle la liberté se réduit au soi et à sa subjectivité. Comme l’homme est condamné à cette seule liberté d’être, la liberté elle-même lui inspire la peur. En fin de compte, cette pseudo-responsabilité se transforme en conscience de «l’absurdité». La liberté moderne en soi est ce qui trouble le sujet; pour y échapper, le sujet moderne se réfugie dans le consumérisme.

Cette forme d’hégémonie intellectuelle a montré ses limites et s’est déformée en un vide, une psychologisation et, en fin de compte, une façade absurde, répétée à l’infini. L’Occident moderne lui-même est envoûté par ce discours auto-créé, et ne fait que retarder le moment de sa mort, qui est indissociable de l’appareil occidental.

L’un des signes les plus évidents de cet effondrement et du changement de paradigme qui l’accompagne fut le remplacement des penseurs qui autrefois travaillaient pour l’État par des journalistes, des acteurs et des célébrités en politique. Les structures sont en déclin. Les économies occidentales en faillite promettent à leurs citoyens, pour une année, une courte période de vacances en bord de mer, dans des économies encore davantage en faillite. Le système théorique de l’Occident est tombé dans sa propre cage. Aucune réorientation de gauche ou de droite ne peut plus le sauver.

Mais le vrai penseur ne craint pas la proximité du pouvoir. C’est précisément à ce point que se manifestent ici la «volonté nationale» et la «vraie histoire». Ici, il n’y a plus de différence entre penser et héroïsme. Le penseur est le guerrier qui lutte non pas sur la base d’une auto-justification théorique, mais pour la préservation de la patrie et du peuple – contre les forces de pillage déchaînée par le diable. Cela garantit la continuité et le renforcement du pouvoir du pays – c’est la tâche de la pensée. En Iran – et auparavant en Russie et en Chine – des conditions favorables se sont créées pour l’émergence de ce type de penseurs, et il semble que ce processus gagne en dynamique.

31309654254.jpgPendant plus d’un demi-siècle, l’histoire des sciences humaines a été manipulée dans le sens de ce qu’on appelle l’esprit moderne. Pendant cette période, les voix les plus authentiques du continent européen ont été houspillées dans l’exil intellectuel: des penseurs comme Julius Evola, Giovanni Gentile, Alfredo Rocco (photo) en Italie, ou – en République de Weimar et au-delà – Carl Schmitt, Ernst Jünger et Martin Heidegger en Allemagne. Tous avaient développé une conscience du «vrai vouloir national» et n’hésitaient pas à s’approcher de ce pouvoir qui, selon eux, incarnait cette volonté.

Cette proximité avec le pouvoir ne doit pas être comprise comme un lobbying de type libéral-démocratique, c’est-à-dire comme la promotion d’intérêts économiques ou partisans. Il s’agit plutôt d’une conscience historique, d’un rapprochement avec des forces originelles oubliées, d’une compréhension du « début » et de la réconciliation avec la force créatrice de la « nation ».

91ff-+S629L._AC_UF894,1000_QL80_.jpgHeidegger s’est approché de cette aspiration du côté des nationaux-socialistes, et dans son discours de 1933, «La défense de l’université allemande», il évoque explicitement cette possibilité. Pour Heidegger, le «Führer» était l’expression de cette volonté et de cette défense du «peuple allemand», et l’université, en tant que lieu d’émergence et de possibilité du savoir, devait mûrir, participer sans doute à cette «direction» et lier sa volonté à cette «direction». Cette essence devient sérieusement claire, de rang et de pouvoir, lorsque en premier lieu et à tout moment, ce sont les guides eux-mêmes qui sont guidés – guidés par l’intransigeance de la mission spirituelle, qui impose le destin du peuple allemand dans le façonnement de son histoire.

Dans notre position décisive, nous nous rappelons encore une fois ce que Carl Schmitt appelle «l’aspect spatial», et la façon dont il le décrit : 

«Indépendamment de la bonne ou mauvaise volonté des hommes, des objectifs pacifiques ou belliqueux, chaque augmentation de la technique humaine crée de nouveaux espaces et des changements imprévisibles dans les structures spatiales héritées». 

Ce changement de la structure spatiale procède aujourd’hui plus que jamais – en résumé – de l’opposition entre «puissances terrestres» et «puissances maritimes». Les puissances terrestres incarnent l’ordre et la légalité, des frontières fixes et cette souveraineté qui découle de la délimitation et de la stabilité. À l’opposé, la puissance maritime est la représentante du commerce libre, des déplacements continus de frontières, ainsi que des modes de vie et des qualités changeantes: la permanence du législateur contre la fluidité et la dissolution des frontières.

Je n’ai pas l’intention ici de réduire la notion de Schmitt à l’empire "du dedans et dehors" ou de me l’approprier. Mais le changement structurel de l’espace se manifeste tout aussi résolument dans le monde de «l’esprit». L’esprit enraciné dans la terre et le sol s’oppose à la vague du mondialisme. Les changements structurels de l’espace subissent – selon le progrès technologique – des modifications correspondantes dans la manière de résister.

L’Iran – tout comme la Chine et la Russie, ainsi que de nombreux pays d’Amérique latine – constitue un modèle parfait pour cette confrontation entre les «forces terrestres»/Est et les «forces maritimes»/Occident. C’est précisément dans cette question que le penseur iranien est parvenu par diverses voies à un consensus et à une «conscience», et poursuit maintenant une stratégie pleine d’espoir.

Oui, l’Iran va gagner, parce qu’il a initié la transition du paradigme de l’intellectualisme.

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Axel Matthes: "Je me permets la révolte"

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Axel Matthes: "Je me permets la révolte"

Bernard Lindekens

Source: Knooppunt Delta, Nieuwsbrief, Nr. 206, Januari 2026

Si tout va bien, il fêtera cette année, le 18 mai, ses quatre-vingt-dix ans: Axel Matthes. Un âge qui impose non seulement le respect, mais il est aussi un homme, devenu quasiment un symbole pendant toute la longue période durant laquelle il a mis au défi, secoué, et parfois carrément irrité le monde de l’édition allemande. Dans cet univers éditorial, son nom apparaît comme un murmure, comme quelque chose que l’on ne prononce pas toujours à haute voix mais que tout le monde connaît. Ce n’est pas un éditeur du genre à vouloir se mettre en avant. Il n’a jamais été l’homme des conférences, des tapis rouges ou des stratégies de best-sellers prévisibles. Axel Matthes considérait une maison d’édition comme un laboratoire de la pensée, pas comme une entreprise avec des objectifs matériels et mensuels. Et c’est précisément pour cela qu’il a laissé une empreinte durable sur la culture littéraire européenne.

Matthes est né en 1936 à Berlin, une ville où l’histoire n’était jamais loin. Il y étudia le droit et la sociologie à l’Université libre de Berlin. Ceux qui l’ont rencontré plus tard ont vite compris que son véritable domaine n’était pas la salle de cours ou le tribunal, mais la zone d’ombre entre littérature, philosophie et l’indicible. L’endroit où la plupart des éditeurs évitent de se rendre.

Il travailla d’abord comme antiquaire, libraire et éditeur avant de fonder, en 1968 à Munich, avec Klaus P. Rogner et Marianne Bernhard, la maison d’édition Rogner & Bernhard. Il y fut responsable du fonds jusqu’en 1976, mais dut quitter à la fin de cette année-là suite à une décision de la directrice, Antje Ellermann.

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Mais la véritable naissance de Matthes en tant qu’éditeur avec sa propre signature eut lieu en 1977, lorsqu’il fonda, avec l’imprimeur Claus Seitz, ce qui allait devenir la légendaire maison d'édition Matthes & Seitz à Munich. Pour Matthes, cela ne signifiait pas simplement créer une nouvelle maison. C’était aussi prononcer un manifeste. Une déclaration que les livres n'existent pas d'abord pour le marché, mais pour cette fine couche de lecteurs prêts à mobiliser leur esprit. Le programme qu’il élaborait n’était pas une simple collection de titres, mais un défi intellectuel. Georges Bataille, Antonin Artaud, Michel Leiris, les surréalistes, les mystiques, les malheureux, les visionnaires — tous trouvaient refuge chez lui. Non pas forcément parce que c’était commercialement judicieux, mais parce que c’était nécessaire. Parce qu’il existe des voix qui sont dangereuses pour le bon goût, pour les orthodoxies politiques de gauche comme de droite, pour la tranquillité de l’âme bourgeoise. Et il fallait que quelqu'un protége ces voix.

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A lire pour cerner la personnalité de Gerd Bergfleth:

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2010/09/24/l...

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2010/09/24/g...

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2023/03/17/g... 

Surtout la série Debatte deviendrait légendaire. En particulier le petit ouvrage de Gerd Bergfleth Zur Kritik der palavernden Aufklärung. Il s’agit d’une petite anthologie où, aux côtés de textes de Bergfleth lui-même, figurent notamment des contributions de Jean Baudrillard (« La fatalité de la modernité ») et de Georges Bataille (« Nietzsche »). Elle provoqua immédiatement un petit scandale lorsque Bergfleth fit lentement basculer la pensée de Walter Benjamin et y chercha la clé dans la judéité de la théorie critique. L’accusation d’antisémitisme ne tarda pas. Mais Axel Matthes défendit son auteur avec ferveur. D’ailleurs, la maison d’édition jouerait un rôle clé dans tout le débat sur le postmodernisme en Allemagne.

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Sa maison d’édition n’était pas seulement un lieu pour découvrir des livres provocateurs et pertinents, mais un lieu pour débattre sur des idées qui dérangeaient. Dans cette perspective, il créa aussi la revue annuelle Der Pfahl, qu’il décrivait comme une exploration du « no man’s land entre art et science ». Ce no man’s land était précisément l’endroit où Matthes se sentait chez lui. Pas dans les disciplines établies, pas au centre, mais toujours en marge — là où tout est encore possible et rien n’est évident. Botho Strauss, l’un des dramaturges les plus importants de l’ex-République fédérale, devint collaborateur de Der Pfahl. Il proposa à Axel Matthes le texte original de l’essai Anschwellender Bocksgesang pour publication. Sur la recommandation de ce dernier, Strauss (photo, ci-dessous) envoya une version abrégée de son texte à Der Spiegel. Ce fut l’un des textes les plus discutés des années 1990 en Allemagne, marquant le passage de Strauss de dramaturge renommé à intellectuel public critiquant le climat politique et culturel dominant (1).

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A lire à propos de Botho Strauss: 

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2023/03/03/i...

À partir de 1991, Axel Matthes contribua régulièrement à la revue conservatrice Etappe et à la revue Criticon, éditée par Caspar von Schrenck-Notzing. En 1997, il fut nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres pour ses mérites envers la littérature française.

Mais chaque idéalisme a ses limites. À partir des années 1990, les difficultés financières s’accumulèrent. Le marché — cette énorme machine indifférente à toute notion de qualité et de réelle pertinence — avait de moins en moins de patience pour une maison d’édition qui refusait de suivre une logique mercantile. Finalement, en 2004, Matthes dut vendre le nom, les droits et le stock. Ainsi naquit Matthes & Seitz Berlin — une nouvelle maison qui poursuit l’esprit de l’ancien, mais avec d’autres moyens et une nouvelle génération à sa tête.

Ce qui reste, c’est l’héritage de Matthes, et celui-ci est plus grand que ce que son ancien chiffre d’affaires annuel aurait jamais pu devenir. Pendant des décennies, il a maintenu un espace où la littérature et la philosophie les plus rebelles pouvaient exister. Non pas parce que c’était possible, mais parce qu’il croyait que c’était nécessaire. Il a montré ce que le métier d’éditeur signifie: prendre des risques, choisir à contre-courant, rester fidèle à l’idée que la culture ne se mesure pas en chiffres de vente.

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A lire pour comprendre le contexte: 

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2011/09/20/r...

Axel Matthes est donc une figure rare dans le monde du livre: un éditeur qui ne se contentait pas de publier des livres, mais incarnait aussi une certaine attitude intellectuelle. Il est la preuve vivante que la littérature est propulsée en avant par des personnes assez têtues pour ignorer ce qu'un monde médiocre exige d’elles. Quiconque a travaillé avec Matthes rappelle toujours son acuité, sa fidélité obstinée à ses auteurs, sa capacité quasi instinctive à sentir quand un texte était une nécessité, pas une option. Et peut-être est-ce cela précisément qui fait qu’un éditeur est un éditeur: connaître la différence entre un livre qui veut exister et un livre qui doit exister.

Peut-être sa plus grande héritage est-il celui qui nous rappelle que la vraie culture commence toujours par quelqu’un qui dit, doucement ou fort : « Je me permets la révolte. » (2)

Bernard Lindekens

Notes:

(1) Le texte original est également paru dans Der Pfahl après sa publication dans Der Spiegel

(2) Librement inspiré par la sélection que Axel Matthes a lui-même constituée : Bernd Mattheus, Axel Matthes, Ich gestatte mir die Revolte, Matthes & Seitz, Munich, 1985, 400 p. ISBN: 978-3-88221-361-4

Allemagne: combat pour la constitution

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Allemagne: combat pour la constitution

Werner Olles

Depuis au moins l’époque de l’essai très lucide de Günter Maschke, Die Verschwörung der FLAK-Helfer (= « La conspiration des auxiliaires de la Flak », 1985), nous savons que l’histoire de la République fédérale d’Allemagne est une histoire qui emprunte la pente savonneuse, et que le noyau sacré de sa constitution, sous la forme d’un « patriotisme constitutionnel », a remplacé la nation. Depuis longtemps, la célèbre phrase de Friedrich Ebert de 1919 n’est plus d’actualité: «Et si nous sommes confrontés à la question: ou l'Allemagne ou la Constitution, alors nous ne laisserons pas l’Allemagne sombrer à cause de la Constitution!». 

Cette phrase éclaire la situation dans laquelle « notre démocratie » se trouve aujourd’hui, bien qu'elle l'explique seulement de manière rudimentaire, mais elle porte encore en elle la substance même de l’État, de la souveraineté et de la nation, ainsi que la conscience de la corruption que contient cette conception propre à la RFA et à ses quislings de gouvernants, propre à son establishment corrompu dans tous les domaines, ceux de la politique, des médias et de l’économie, ainsi que propre à leur «société civile» actuelle, qui n’est rien d’autre qu’un peuple mutilé. 

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Mais si la Constitution est réellement la prison dont il faut s’échapper pour enfin retrouver la nation, alors, en conséquence, on doit voir la RFA comme un organe de domination étrangère et déplorer son absence totale de légitimité politique structurelle, y compris de la démocratisation de cette belle décadence, et on doit aussi la voir comme une hydre quasi-totalitaire, dépourvue de conscience, taraudée par un moralisme excessif, et, dans le sens le plus strict du terme, affecté d’un infantilisme et d’une intrinsèque infériorité dépourvue de limites, et, enfin, on doit la soumettre à une critique des plus acerbes et des plus dures. 

Car, en réalité, les Allemands ne peuvent plus rien faire de ce joujou qu’est la Loi fondamentale, que les vainqueurs alliés leur ont généreusement offert, sauf qu'ils l'ont modifiée à de nombreuses reprises au détriment de leur propre peuple. 

La RFA oscille entre idiocratie et démonocratie: elle est prisonnière d’un lien apparemment indissoluble entre simulation démocratique et hypocrisie. La libérer de cette mentalité propre à des « cerveaux de cochon » signifie, pour la droite, de quitter la zone monotone de la supériorité morale, de briser sa propre hybris et sa propre arrogance, et de sortir de ses ghettos, ceux du statu quo bétonné, de la médiocrité, de l’obscurantisme dogmatique, de l’autosatisfaction et de la lâcheté, afin de parachever l’agonie d’une structure qui n’a plus rien à voir ni avec l’Allemagne en tant qu’État ni avec la nation des Allemands. 

La seule raison d’État allemande qui tienne ne peut être que la restitution du Reich allemand, avec toutes ses bonnes traditions. Grâce à une nouvelle loi sur les partis, il faudra garantir que les positions qualifiables de félonnes pour la patrie, telles qu’elles sont actuellement exprimées par les partis du cartel au pouvoir et surtout par les partis d'une gauche rabique, nouvelle loi qui serait édictée dans la démocratie illibérale qu'il faudra bien vite fonder, une démocratie illibérale qui combinera éléments césariens et démocratie directe, pour que les partis foireux ne puissent plus jamais revenir au pouvoir. 

Les peurs àla carthaginoise et les réserves des instances conservatrices sont hors de propos. Au contraire, la droite doit se laisser guider par la « Déclaration de foi » (1812) de Carl von Clausewitz: "Je crois et je déclare que tout peuple ne doit rien respecter davantage que la dignité et la liberté de son existence… et je considère comme des plus nuisibles la fausse sagesse avec laquelle les petits esprits cherchent à fuir le danger, car elle pouvait inspirer la peur et l’effroi !".

mercredi, 28 janvier 2026

Parution du n°491 du Bulletin célinien

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Parution du n°491 du Bulletin célinien

2026-01-BC-Cover.jpgSommaire:

Céline’s London. Le mystère de La Belle Sauvage

Céline au programme du baccalauréat ? Histoire d’un mythe

Dans la bibliothèque de Céline : Ibsen, L’Impérialisme germaniste dans l’œuvre de Renan, L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche

Londres de Céline et Londres (Albert). La prostitution et la honte.

Angle

N’en déplaise à certain célinien acrimonieux¹, le BC poursuit son bonhomme de chemin et s’achemine vers le 500e numéro. Et ce en dépit de l’âpre anticélinisme qui prospère d’année en année. Tout est fait pour donner de Céline l’image la plus univoque possible.  C’est ce qui  a encore été fait récemment  en adaptant  à l’écran le podcast (à charge) , “Louis-Ferdinand Céline, le voyage sans retour”, diffusé l’année passée sur France Inter. « J’ai été tellement recouvert  de toutes les ordures et les merdes  que cent mille tonnes de parfums  d’Arabie ne me feraient pas encore sentir bon ! » écrivait-il en exil.

Que dirait-il aujourd’hui ?… Rendant compte de ce documentaire, la presse emboîte le pas, dénonçant “un homme monstrueux habité par une noirceur inouïe”. Quant à l’objectif de cette initiative, il n’est guère dissimulé par certains : extirper Céline du “panthéon des lettres françaises” et pour cela “déboulonner” la statue. Certes, on peut critiquer l’homme. Céline  souhaitait la victoire de l’Axe et, pendant l’Occupation, n’a pas mis une sourdine à son antisémitisme obsessionnel.

Mais pourquoi énoncer des contrevérités dans ce qu’il faut bien appeler un réquisitoire ? Les plus flagrantes ont trait aux deux guerres mondiales : Destouches embusqué à Londres car réformé en 1915 par piston² (ceci pour la première) et Céline nazi intégral appelant de ses vœux le génocide (pour la seconde). Une volonté à peine dissimulée de réduire son rayonnement littéraire est ici à l’œuvre.

Dans un courriel adressé à un téléspectateur qui s’était plaint de ce parti-pris, la personne en charge de la médiation des programmes de France Télévisons a répondu que « s’intéresser à un sujet nécessite de choisir un angle ». Et d’ajouter cette précision chafouine : « Retenir certains aspects d’un sujet ne signifie pas occulter tous les autres dans l’absolu, potentiellement abordés lors de prochains programmes sur le thème, abordé sous un angle différent »³. Le hic, c’est que lorsqu’il est question de Céline, c’est toujours le même angle.

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Pour rappel : Antoine de Meaux (“Le procès Céline”, Arte, 2011), Jean-Baptiste Pérétié (“Voyage au bout de Céline”, France 5, 2011), Christine Lecerf (“Louis-Ferdinand Céline au fond de la nuit”, France Culture, 2019), Élise Le Bivic (“Céline : les derniers secrets”, France 5, 2021), pour ne citer que les plus récentes émissions. Toutes font le procès de Céline et méconnaissent ce qui fait la grandeur de l’écrivain. C’est un choix délibéré. Et cela s’aperçoit jusque dans les détails. Ainsi, évoquant la réception critique de Voyage au bout de la nuit, il est précisé que la presse fut partagée. Non pas en raison du langage et du style novateurs de ce premier roman mais parce qu’« on ne sait pas encore où situer politiquement Céline » (!) Il suffit d’analyser le dossier de presse pour se rendre compte que la ligne de partage ne se situe pas sur ce plan. On se plaît à rêver d’une émission où serait mis en relief ce qui fait l’originalité et la valeur de l’œuvre. Un angle pour une fois différent…

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• Philippe COLLIN et Florence PLATARETS : « Face à l’histoire. Louis-Ferdinand Céline, le voyage sans retour », Production Agat Films. Diffusé le 14 décembre 2025 sur France 5.

  1. (1) Le 15 octobre dernier, précisant s’il en était besoin qu’il n’est plus abonné, il a reproduit sur sa page facebook la couverture de notre n° 400 avec ce commentaire (emprunté à l’épilogue de Voyage) : « De l’eau est passée sous les ponts… “qu’on n’en parle plus” ». …Très chic.
  2. (2) Collin évoque une “entourloupe” (!).
  3. (3) Courriel de Fabienne Abbou à Alain Vergneault, 16 décembre 2024.

Vers une stratégie traditionaliste globale

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Vers une stratégie traditionaliste globale

Par Alexandre Douguine

Le problème ne réside pas dans le conflit entre les élites et les masses. Ce n’est pas si simple. Il existe deux types d’élites: l’élite spirituelle et l’élite satanique. Les deux tentent de diriger les masses dans des directions opposées. La modernité occidentale constitue l'apex de l’ascension des élites sataniques. Elles détiennent le pouvoir et répriment leurs ennemis, c’est-à-dire nous.

Les masses ne constituent pas un argument. Elles acceptent ce qu’on leur donne ; elles ne peuvent pas faire autrement. Elles ne font que refléter la sagesse réelle ou satanique de quelques-uns. Elles ne sont ni bonnes ni mauvaises, comme la matière. C’est l’esprit qui décide de tout, et le diable est aussi esprit.

Tout le mal auquel nous faisons face aujourd’hui est très ancien. Il y a cent ans, il était déjà si évident que de grandes puissances et mouvements politiques ont commencé à le combattre. Mais ils ont perdu. Le mal a gagné en force. Nous vivons avec ses conséquences.

La démocratie consiste à ce que les masses votent et choisissent. Mais elles ne font que voter et choisir ce que les élites leur suggèrent. Les élites contrôlent la démocratie. C’est leur outil, leur machine. Qui contrôle l’élite contrôle tout le reste, y compris la démocratie.

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Le globalisme est la conspiration mondiale des élites sataniques. Elles ont adopté sa forme définitive avec l’avènement de la modernité occidentale. Aujourd’hui, leur contrôle est presque total. Tel que le disent les Écritures. Mais choisir le bon camp dans cette bataille apocalyptique est le devoir de l’homme.

Les masses ne peuvent pas choisir. Elles suivent et obéissent. Seul l’homme d’élite choisit vraiment. Ce choix est réel, libre et toujours possible dans toutes circonstances, quelle qu’elle soit. Nous devons viser les élites sataniques si nous ne sommes pas d’accord avec leurs gouvernements sataniques. C’est la Révolution. Il n’y a pas d’autre option.

L’élite satanique est globale, unifiée, et totalement solidaire avec son siège central. C’est pourquoi tous les médias et réseaux qu’elle possède suivent exactement la même narration. L’élite mondiale est petite et très disciplinée. L’élite spirituelle qui lutte contre les mondialistes est divisée.

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L’élite spirituelle est locale et limitée par la nation et la religion. Elle ne peut pas comprendre l’étendue réelle de l’ennemi mondial, l’Antikeimenos. Elle est faible et dispersée. Mais si elle est vraiment spirituelle, elle reconnaît tous ceux qui portent la marque de l’Esprit. Guénon et Evola ont préparé le terrain.

Le traditionalisme doit devenir une réalité stratégique concrète, un réseau révolutionnaire. Ce ne peut pas être un mouvement ou un parti. Il doit devenir autre chose. Nous pouvons imaginer ce qu’il devrait être en comparant ce que nous rejetons le plus dans toutes les questions régionales.

Ce que nous haïssons le plus dans tous les pays nous unit et prépare le terrain pour un niveau supérieur de pensée. Le traditionalisme doit devenir une stratégie globale. C’est la volonté d'aller résolument vers l’Ordre Civilisationnel. La civilisation signifie essentiellement la tradition.

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En luttant concrètement pour notre civilisation contre la civilisation mondiale satanique, nous aidons d’autres civilisations à faire de même. Nous devons comprendre cela. C’est le point qui change les règles du jeu. Nous devons mettre en place l’Internationale Traditionaliste: futuriste et offensive, pas défensive.

Le principal problème des Blancs est qu’ils se sont identifiés à l’Occident, à la modernité, au colonialisme, au matérialisme, au capitalisme, à la technologie. Et tout cela tue (ou a déjà tué) la tradition sacrée que les Blancs possédaient depuis longtemps.

La tradition sacrée des Blancs a été détruite par eux-mêmes. Sans tradition, il n’y a pas de Blancs. Ce n’est pas un homicide, c’est un suicide. Les Blancs ont choisi le suicide, et ils l’ont reçu.

Que signifie être blanc ? Presque rien, sauf l’apparence physique. Sans valeurs sacrées, sans religion, sans racines. Seulement le succès économique et la cupidité capitaliste. Il n’y a plus aucune raison d’être blanc. Le globalisme a été créé et mis en œuvre par les Blancs.

Les Blancs globalistes voulaient que l’humanité soit exactement comme eux, et en partie, ils ont réussi. Mais à un moment donné, ils ont réalisé qu’il n’y avait plus aucune raison de rester blancs. Nous devions tous devenir des « universels ». Et c’est alors que la autodestruction des Blancs a commencé.

Blancs, ne blâmez pas les non-blancs pour votre propre extinction. Blâmez-vous vous-mêmes. Blâmez l’Occident. Blâmez la modernité.

mardi, 27 janvier 2026

Davos 2026: Vers un nouveau désordre mondial

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Davos 2026: Vers un nouveau désordre mondial

Leonid Savin

Le Forum économique mondial, également connu sous le nom de Forum de Davos, s’est tenu en Suisse du 19 au 23 janvier. Ce rassemblement annuel avait été initialement conçu comme une plateforme pour discuter et promouvoir les idées du mondialisme, puis les multinationales, les grandes banques et les élites politiques qui les servent dans différents pays se sont progressivement tournées vers le transhumanisme, le forum est alors devenu une sorte de rassemblement où certains venaient avec des revendications, d’autres se demandaient ce qui se passait et ce qu’il fallait faire ensuite, et d’autres arrivaient simplement comme des célébrités pour participer à une réunion politique importante.

Bien que, en raison de l’inertie des années précédentes, l’Ukraine, l’intelligence artificielle, le commerce mondial et le changement climatique soient encore à l’ordre du jour, l’attention principale s’est déplacée vers le Groenland et ce que le président américain Donald Trump a dit et proposé. Parallèlement, une des directives à l’ordre du jour était la suivante: «Relever les défis critiques: comprendre comment naviguer dans les tensions géopolitiques, affronter la pression inflationniste, la volatilité des chaînes d’approvisionnement et les transitions énergétiques en cours. Identifier de nouvelles opportunités sur les marchés émergents et adopter des stratégies qui aident votre entreprise à rester résiliente». En réalité, le contraire s’est produit. Les tensions géopolitiques se sont accrues, l’incertitude a augmenté, et la volatilité est entrée dans une nouvelle phase.

Trump a été la star du spectacle, dont il était intéressant d’écouter les propos, mais beaucoup n’ont pas aimé ce qu’il disait. Pour résumer son discours confus, le message peut être résumé par une phrase qui est déjà devenue un mème: «Nous voulons récupérer un morceau de glace pour protéger le monde, mais ils ne nous le donnent pas. Ils ont le choix: dire oui, et nous serons très reconnaissants. Ou dire non, et nous nous en souviendrons. Je n’ai pas besoin d’utiliser la force, je ne veux pas utiliser la force, je n’utiliserai pas la force. Je veux commencer immédiatement des négociations pour l’acquisition du Groenland», a déclaré Trump.

Bien que la décision militaire concernant l’annexion semble avoir été reportée, et qu’un nouveau cadre d’accord entre les États-Unis et le Danemark serait en préparation, selon lequel des bases américaines supplémentaires seraient construites au Groenland, la question reste non résolue. Cela signifie que toute la politique intra-européenne restera dans une tension terrible et que nous aurons une fracture transatlantique.

Même le plus proche et le plus ancien allié des États-Unis, la Grande-Bretagne, a condamné les revendications de Washington sur le Groenland. Et au Canada, ils se préparent maintenant à des actions de guérilla en cas d’invasion américaine. Le cas de Caracas a éclipsé l’idée de sécurité commune dans le système de l’OTAN.

Le discours du Premier ministre canadien Mark Carney a également été significatif. Il a calmement admis que «le narratif de l’ordre international basé sur des règles était en partie faux: les plus forts se sont libérés des règles quand cela leur convenait, et les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Nous savions aussi que le droit international était appliqué avec des rigorismes variables selon que l’on était l’accusé ou la victime. Cette fiction était utile, et l’hégémonie américaine, en particulier, contribuait à assurer les biens publics». Pourquoi le Canada n’aime-t-il plus l’hégémonie des États-Unis maintenant? Probablement parce que leurs intérêts ont commencé à être enfreints. Les États-Unis ne considèrent plus qu’il est nécessaire de demander quoi que ce soit à leurs anciens partenaires et satellites.

Il est significatif que, du point de vue de la division géopolitique, peu de choses ont changé au sein de l’UE au cours des 25 dernières années – de nouveaux membres d’Europe de l’Est, comme la Pologne, représentée par son président, ont en fait justifié les actions de Donald Trump. Seule l’Europe ancienne a essayé de se rassembler autour de la menace de la prise du Groenland, tout en reconnaissant sa faiblesse et sa vulnérabilité.

Mais il y a deux autres phobies obsessionnelles: la Russie et la Chine. Un tel trilemme dépasse clairement la puissance de la mentalité collective européenne de l’UE, qui s’est elle-même piégée dans la dépendance aux États-Unis depuis de nombreuses années. Soutenir activement l’Ukraine depuis le coup d’État de février 2014 et en faire une anti-Russie a été une grave erreur politique et la première étape vers le désastre. Et l'abandon du pétrole et du gaz russes bon marché a gravement fragilisé les économies des principaux acteurs du bloc,: c'est bel et bien une continuation logique de l’aveuglement politique européen.

Aujourd’hui, le chancelier allemand Friedrich Merz déclare: «nous sommes entrés dans une époque de politique de grande puissance». La question est maintenant la suivante: quelles sortes de pays sont-ils ? L’Allemagne est définitivement exclue de ce club. Par conséquent, elle est condamnée à suivre les pas des autres ou à s’adapter aux tendances actuelles. Cependant, une autre crise de confiance de l’UE envers les États-Unis (encore une, puisque Washington a souvent agi sans tenir compte de ses alliés auparavant, tant lors de l’occupation de l’Irak en 2003 que durant le premier mandat de Donald Trump en tant que président) révèle aussi une image plus globale.

Il s’agit d’une nouvelle forme de mercantilisme. La politique tarifaire de Trump s’inscrivait dans cette direction, et aujourd’hui nous ne voyons qu’une nouvelle forme de sa manifestation. C’est simplement que les taxes sur un certain nombre de produits en provenance de nombreux pays étaient un prélude à des plans plus ambitieux qui semblaient se concrétiser. Les États-Unis ont commencé à intervenir non seulement dans la politique commerciale, mais tentent également d’établir des règles pour d’autres actifs.

Et si le libre-échange a toujours été une contre-attaque au mercantilisme, dans ce cas, il est peu probable qu’il puisse apporter une solution. Le paradoxe est que les États-Unis eux-mêmes défendaient le libre-échange (bien sûr, dans leur propre interprétation et selon leurs règles), et plusieurs multinationales enregistrées aux États-Unis suivent toujours cette logique. Mais l’instinct de survie des autres puissances, d’une manière ou d’une autre, les obligera à se tourner vers le protectionnisme et à chercher des moyens alternatifs pour établir des mécanismes économiques adéquats.

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Donald Trump espérait probablement renforcer le système qu’il construisait sous l’égide du «Conseil de la paix», qui, selon lui, devrait devenir un substitut aux Nations unies pour traiter les enjeux mondiaux et sous sa propre direction (comme indiqué dans la charte soumise). L’idée est plutôt douteuse, il est difficile d’y croire sérieusement, et encore plus d’y participer. Outre les États-Unis, la cérémonie de signature comprenait l’Azerbaïdjan, l’Argentine, l’Arménie, Bahreïn, la Bulgarie, la Hongrie, l’Indonésie, la Jordanie, le Kazakhstan, le Qatar, le Maroc, la Mongolie, le Pakistan, le Paraguay, l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Ouzbékistan, ainsi que le Kosovo, état autoproclamé. La Hongrie est probablement là uniquement parce que les États-Unis n’imposeront pas de sanctions pour l’achat de ressources énergétiques russes (c’était la raison du vote de la Hongrie à l’Assemblée générale de l’ONU contre Cuba à la fin de l’année dernière). La liste comprend aussi plusieurs satellites évidents de Washington. Les pays musulmans sont clairement présents en raison de l’objectif déclaré d’aider la Palestine. Mais, en général, cela ne donne pas l’impression d’une organisation sérieuse.

Cela crée cependant une nouvelle fragmentation géopolitique. Et avec une telle rupture des anciens liens politiques, on peut se demander si un forum de Davos aura lieu l’année prochaine.

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Mourir pour des idées: une synthèse du suicide européen

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Mourir pour des idées: une synthèse du suicide européen

par Andrea Zhok

Source: https://telegra.ph/Morire-per-delle-idee-una-sintesi-del-...

Il fut un temps où l'Europe Unie était présentée comme:

- un bastion compétitif face aux États-Unis;

- la création d’un organisme supranational doté d’une masse critique capable de s’imposer sur la scène internationale.

Tout cela s’est avéré une farce.

Pourquoi ?

A) Le modèle idéologique:

Lorsque le traité de Maastricht a été élaboré, l’Occident était dominé par la légende de la victoire néolibérale sur l’ours soviétique, et donc le système néolibéral a défini tous les mécanismes juridiques principaux, le rôle de l’industrie publique, les relations avec la finance, selon ce modèle idéologique.

Ce modèle suppose que la liberté d’échange est une substitution idéale à la démocratie (en réalité une amélioration par rapport au mécanisme brut des élections démocratiques) et privilégie le rôle dynamique du grand capital, pour lequel la politique doit jouer un rôle subsidiaire, de facilitateur.

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B) La souveraineté de l’économie financière:

Des théories outrageusement abstraites comme le modèle de Nozick sur la naissance de l’État à partir du libre-échange intéressé ont constitué l’épine dorsale d’un modèle inédit, où l’on imaginait qu’une entité politique (une union politique, un État fédéral, etc.) pourrait émerger comme résultat d’une interaction intense du marché. Le modèle européen est ainsi devenu la première expérience historique (et, vu les résultats, la dernière) où l’on pensait qu’un marché commun (c’est-à-dire un dispositif de compétition mutuelle entre États dans un cadre qui obligeait à la plus grande compétitivité) serait le prélude à une union politique.

Ce qui s’est produit en réalité, comme toujours dans des conditions de marché très concurrentielles sans filtres politiques (sans barrières douanières, sans ajustements monétaires, etc.), c’est qu’il y a eu des gagnants et des perdants, des pays qui ont obtenu des avantages et d’autres dont les ressources ont été vampirisées (l’Italie en fait partie).

L’idée obsolète de gouvernements démocratiques responsables devant les électeurs a été remplacée par celle d’une “gouvernance” comme système de règles pour la gestion économique, menant à l’idée d’une politique gérée par un “pilote automatique”.

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C) La politique du “winner takes all”

Les systèmes financiers sont impersonnels, apolitiques et supranationaux, mais cela ne signifie pas qu’ils n’aient pas de centres de gravité. Le centre de gravité principal du système financier occidental est l’axe New York – Londres, où son bras politique principal a toujours été le gouvernement américain (quel que soit par ailleurs le gouvernement américain).

L’Europe de Maastricht, qui s’est lancée sur la scène internationale selon des règles néolibérales, est fatalement tombée dans l’orbite gravitationnelle des principaux gestionnaires de fonds financiers, incarnés par la politique américaine. Aux États-Unis, la politique de suprématie nationale et de profit financier sont indissociables: c’est la même chose avec de faibles variantes stylistiques. L’Europe de Maastricht est donc revenue intégralement sous l’aile hégémonique des États-Unis, précisément à l’époque où le développement économique d’après-guerre aurait pu permettre une autonomisation.

L’hégémonie des États-Unis depuis les années 90 a été financière, militaire, mais surtout culturelle, détruisant peu à peu toutes les capacités de résistance intérieure en Europe. Sur le plan culturel, les 30 dernières années ont représenté une américanisation idéologique totale de l’Europe, où ont été importés non seulement des produits cinématographiques et des styles musicaux, mais surtout des modèles institutionnels, des modèles de gestion de l’école, de l’université, des services publics, etc.

D) Le suicide géopolitique:

L’hégémonie culturelle a facilité une croissance de l’hégémonie politico-militaire américaine, qui, au lieu de se retirer après les résultats de la Seconde Guerre mondiale, s’est imposée dans une nouvelle dimension géopolitique.

L’Europe (UE) a commencé à soutenir systématiquement toutes les initiatives de restructuration géopolitique américaines, de l’Afghanistan à l’Irak, en passant par la Yougoslavie et la Libye.

Le cadre idéologique – la légende progressiste du système international basé sur les règles et le respect des droits de l’homme – a permis aux politiques américaines d’être acceptées sans résistance par l’opinion publique européenne. La citoyenneté européenne a englouti comme des oies engraissées pendant deux décennies tous les contes américains sur “l’émancipation des peuples opprimés”, “les interventions humanitaires”, “la police internationale”.

Pendant ce temps, alors que nos journaux échangeaient mutuellement des médailles sur notre civilisation et notre enlightenment, (nos "Lumières"), les États-Unis ont rompu toutes les chaînes d’approvisionnement vitales pour l’Europe. Ils ont déstabilisé tous ces producteurs de pétrole du Moyen-Orient qui n’étaient pas déjà vassaux des États-Unis (Arabie Saoudite, EAU, etc.). Ainsi, l’Irak et la Libye ont été transformés de fournisseurs indépendants en amas de ruines où seule la force militaire compte. Avec la naïve fable des droits de l’homme, l’Iran a été placé sous sanctions et isolé également de la possibilité de commercer ses ressources avec l’Europe. Enfin, les provocations répétées à la frontière ukrainienne ont réussi à produire la guerre encore en cours, qui a coupé le principal poumon d’approvisionnement énergétique de l’industrie européenne, la Russie.

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Après avoir éliminé le Moyen-Orient et la Russie, les stratèges européens se sont appuyés à fond sur le GNL américain, faisant perdre dramatiquement en compétitivité l’industrie européenne. Et à ce stade, le pouvoir de négociation européen face aux États-Unis est évidemment nul. Si Trump veut le Groenland, nous lui donnerons le Groenland ; s’il veut le “ius primae noctis”, nous lui donnerons aussi (il lui suffit de couper le GNL pour mettre le continent à genoux).

E) Que faire ?

Une situation aussi compromise est vraiment difficile à récupérer. En fait, l’Union Européenne néolibérale et ses institutions ont scellé le plus grave effondrement historique que l’Europe ait subi dans son histoire, pire même que la Seconde Guerre mondiale, du point de vue du pouvoir comparatif.

La solution théorique, en principe simple (beaucoup moins en pratique), est que l’UE doit fermer boutique, afficher “faillite” et devenir une page sombre dans les livres d’histoire (restera alors la question technique de ce qu’on fait de l’euro).

À la place de l’UE, doivent naître immédiatement des alliances stratégiques entre États européens aux intérêts communs.

Tous les canaux diplomatiques et économiques doivent être rouvert immédiatement avec tous les pays que le soft power américain nous a présentés comme des monstres repoussants : Russie, Chine, Iran.

C’est seulement par cette voie que l’encerclement américain de l’Europe (et du reste du monde) pourra être brisé.

C’est seulement ainsi que l’Europe pourra ouvrir un avenir pour les prochaines générations.

Évidemment, dans l’atmosphère culturelle entretenue depuis des décennies, une telle perspective ne peut que rencontrer une résistance farouche. Et si tel est le cas, une fois de plus, l’Europe se sera sacrifiée pour des idées (stupides).

Mais, contrairement à la chanson de Georges Brassens, cette fois-ci, nous mourrons pour des idées, mais pas d’une mort lente.

Le plus grand problème de l'Europe est peut-être son incapacité à distinguer amis et ennemis

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Le plus grand problème de l'Europe est peut-être son incapacité à distinguer amis et ennemis

par Giulio Chinappi

Source: https://telegra.ph/Il-problema-pi%C3%B9-grande-dellEuropa...

Qui aurait jamais imaginé qu’un conflit, inédit depuis des générations entre les États-Unis et l’Europe, finirait par éclater, avec le Groenland comme épicentre de cette tempête géopolitique?

Dimanche, heure locale, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré sans détour:  je crois que les Européens finiront par comprendre que le meilleur résultat sera que les États-Unis maintiennent ou reprennent le contrôle du Groenland». Le même jour, les ambassadeurs des 27 pays de l’UE se sont réunis à Bruxelles, évaluant l’imposition de droits de douane pour 93 milliards d’euros (108 milliards de dollars) ou des restrictions d’accès pour les entreprises américaines au marché de l'Union. Un jour plus tôt, les États-Unis avaient annoncé qu’ils appliqueraient une nouvelle taxe de 10% au Danemark et à sept autres pays européens à partir du 1er février, jusqu’à ce qu’un accord pour l’achat complet et total du Groenland soit conclu.

En apparence, la dernière réponse européenne semble indiquer qu’enfin, l’Europe pourrait passer de la défense passive à la riposte active. Cependant, la réalité est beaucoup plus complexe. Les droits de douane de 93 milliards d’euros en représailles n’ont pas encore été appliqués. Certains responsables ont noté que cette mesure, ainsi que le soi-disant instrument d'anti-coercition (Anti-Coercition Instrument, ACI), qui peut limiter l’accès des entreprises américaines au marché intérieur de l’UE, «est en cours d’élaboration pour donner aux dirigeants européens un levier dans les négociations cruciales avec le président des États-Unis lors du Forum économique mondial de Davos cette semaine». Mais, selon les rapports, ils attendront jusqu’au 1er février pour voir si Washington donnera suite à la menace tarifaire, avant de décider d’adopter des contre-mesures.

De plus, peu après l’annonce des droits de douane américains, l’équipe de reconnaissance allemande composée de 15 personnes a brusquement interrompu sa participation à l’Opération Arctic Endurance, un exercice militaire au Groenland dirigé par le Danemark pour 2026, et a quitté l’île arctique. Auparavant, sept pays européens, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suède, la France, la Norvège, les Pays-Bas et la Finlande, avaient déployé au total 37 militaires au Groenland. Au moment de la publication, Berlin n’a fourni aucune explication publique pour ce retrait, bien que les analystes l’attribuent largement à la pression tarifaire.

Les États-Unis ont transformé la plaisanterie sur l’«achat du Groenland» en une pression concrète et sérieuse, probablement parce qu’ils ont jugé à juste titre que l’Europe ne réagirait pas de manière énergique. Pendant des années, l’Europe a mal interprété ses propres opportunités de développement ainsi que les changements qui s'opéraient dans le paysage mondial, devenant excessivement dépendante de liens profonds avec les États-Unis et remettant à plus tard, sine die, la coopération avec des partenaires plus vastes, y compris la Chine et la Russie. En conséquence, l’Europe est devenue de plus en plus vulnérable au harcèlement américain, facilement pressurable et manipulable, avec une capacité de riposte limitée.

Par exemple, après l’éclatement du conflit entre la Russie et l’Ukraine, l’Europe a cessé, de manière tranchée, ses approvisionnements en gaz en provenance de Russie, sans faire montre de beaucoup de sagesse politique ou de capacité à évaluer les conséquences concrètes d'une telle décision, pour ensuite se retrouver à faire face à d’énormes coûts économiques et sociaux. Le même schéma s’applique à la Chine. Autrefois florissante grâce à la coopération économique, les relations entre la Chine et l’Europe ont changé lorsque l’Europe a suivi la ligne américaine, en regardant la Chine à travers un prisme idéologique plutôt que comme un partenaire pragmatique.

Dans ses relations avec les États-Unis, l’Europe choisit souvent le compromis, allant jusqu’à l’acquiescement. Lors de la guerre commerciale, l’Europe a pratiquement capitulé sans se battre, ce qui pourrait avoir ouvert la voie aux États-Unis qui peuvent, dès lors, viser ouvertement l'annexion d'une portion du territoire européen.

«Qui sont nos ennemis? Qui sont nos amis?»: c’est là une question de première importance pour toute révolution nécessaire, une phrase bien connue et familière à la majorité des Chinois. Aujourd’hui, apparemment, l’Europe a besoin de cette sagesse. Dans les relations internationales, il n’y a ni amis ni ennemis permanents: l’Europe doit donc faire face à la situation avec réalisme et lucidité.

L’Europe a longtemps cru que les États-Unis étaient ses amis, mais les États-Unis voient-ils l’Europe de la même façon?

Malgré la présence de bases militaires américaines au Groenland et des preuves qui réfutent les affirmations sur la présence de navires de guerre russes et chinois dans la région, les États-Unis auraient pu obtenir facilement ce qu’ils veulent, qu’il s’agisse de ressources minérales ou de routes maritimes arctiques, en renforçant leurs liens militaires avec le Groenland. Cependant, cette fois, Washington s'exprime clairement sur un point: les Américains ne recherchent plus seulement la coopération mais exigent la souveraineté pleine et entière sur le Groenland. Et ils estiment que l’Europe n'opposera probablement que peu de résistance sérieuse.

L’escalade des actions et de la rhétorique américaines montre au monde que, pour les États-Unis, le Groenland est une priorité incontournable. La vraie question est maintenant de savoir si l’Europe pourra faire comprendre à Washington qu’elle est, elle aussi, déterminée à défendre la souveraineté territoriale de ses États membres souverains.