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mercredi, 11 février 2026

Nouvelle arme dans la guerre du 21ème siècle: canon à ondes acoustiques en opération

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Nouvelle arme dans la guerre du 21ème siècle: canon à ondes acoustiques en opération

Minnesota / Caracas. Lors des récents troubles dans le Minnesota ainsi que lors de l’intervention militaire américaine au Venezuela début janvier, des «canons à ondes acoustiques» ont été utilisés. Dans des rapports concernant l’action des autorités migratoires américaines contre des manifestants dans le Minnesota, on voyait des véhicules avec des structures rectangulaires. Il s’agit de dispositifs appelés Long Range Acoustic Devices (LRAD) — en français: dispositifs acoustiques à longue portée. Les patrouilles de l’État du Minnesota ont utilisé un tel système pour faire des annonces, comme l’a rapporté CBS News. Des images montrent des personnes qui reculent dès qu'une annonce est prononcée en guise de test. Les effets sont décrits par des experts militaires comme exceptionnellement intenses, «comme si l’on entendait la voix de Dieu dans sa tête».

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Contrairement aux haut-parleurs classiques, les systèmes LRAD concentrent le son en un faisceau étroit, semblable à la lumière d’un projecteur. Cette technique produit, par l’interaction de nombreux transducteurs acoustiques, un cône sonore très focalisé avec une intensité extrême. La parole ou les signaux d’avertissement peuvent ainsi être transmis sur de longues distances, jusqu’à plusieurs kilomètres.

Ces systèmes ont été développés il y a plusieurs décennies en réponse à l’attaque contre le «USS Cole» (1996). Le fabricant Genasys les commercialise comme un moyen de «communication claire, de sécurité et de contrôle — à tout moment et partout». Ils disposent de deux modes: le mode communication pour les annonces et un mode dissuasif, qui émet des sons intenses. Les fiches techniques indiquent des niveaux jusqu’à 160 dB. La technologie est optimisée pour la bande de fréquences particulièrement sensible de l’audition humaine.

Initialement conçus pour les navires et la gestion de catastrophes, les LRAD trouvent de plus en plus d’usage dans la police et la surveillance des frontières. Genasys explique que les LRAD jouent «désormais un rôle essentiel dans la gestion des troubles». Les forces de sécurité les utilisent pour diriger la foule, l’armée aussi mais pour une influence psychologique. La source invisible des voix peut provoquer de la confusion.

L’inconvénient est le risque pour la santé. Dans le faisceau direct, les sons peuvent provoquer de fortes douleurs et des nausées. Le manuel d’utilisation d’un modèle avertit du risque de perte auditive. Des groupes de défense des droits humains, comme Amnesty International, critiquent leur utilisation lors de rassemblements, dénonçant un abus potentiel.

En tant que tel, ces armes LRAD ont apparemment été utilisées lors de l’intervention militaire américaine au Venezuela. Par la suite, des interviews ont circulé où des personnes témoignent et affirment que l’arme à son a été déployée par des hélicoptères ou des drones.

Un prétendu agent de sécurité vénézuélien a été cité: «Je ne sais pas comment le décrire (…) c’était comme une onde sonore très intense. Soudain, j’avais l’impression que ma tête allait exploser de l’intérieur. Nous avons tous commencé à saigner du nez. Certains ont vomi du sang». Heureusement, l’utilisation du LRAD a évité aux forces américaines d’avoir recours à une violence létale. Le nombre de morts du côté vénézuélien a été limité. Selon les informations disponibles, il s’agissait principalement de mercenaires cubains (mü).

Source: Z uerst, Février 2026. 

20:48 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, armement, canons à ondes acoustiques | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’éveil du Japon à la multipolarité - L'archipel se soustrait à l’ombre américaine

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L’éveil du Japon à la multipolarité

L'archipel se soustrait à l’ombre américaine

Constantin von Hoffmeister

Les élections pour la Chambre des représentants du Japon ont rendu un verdict d’une clarté sans pareille. Le centre-gauche s’est effondré, ses rangs se sont réduits à de simples fragments. Plus des deux tiers de ses sièges ont disparu, un événement de portée historique. Le Parti libéral-démocrate nationaliste (PLD), dirigé par la Première ministre Sanae Takaichi, est sorti de la compétition électorale pour devenir une force dominante après s'être conquis une part record des votes. Le public a choisi la fermeté politique plutôt que la dérive, la souveraineté plutôt que la tutelle, et la continuité identitaire plutôt que les abstractions alambiquées, prônées par les idéologues atlantistes.

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Dans les derniers jours avant le scrutin, des commentateurs libéraux ont lancé les alarmes habituelles. Des colonnes, dans les journaux, évoquaient le spectre de l'autoritarisme et utilisaient un langage rituel autrefois employé dans toute la sphère occidentale chaque fois qu’un pays sortait du cadre convenu. Mais ces avertissements se sont dissous au contact de la réalité. Le PLD est passé de 198 à 316 sièges. Avec son allié, le Parti de l’innovation du Japon, la majorité gouvernementale a obtenu 352 mandats et une super majorité des deux tiers dans la chambre de 465 sièges. De tels chiffres confèrent une autorité sur la législation, le budget et le rythme de la vie nationale. La procédure parlementaire reflète désormais la volonté d’une population prête à agir en tant qu’État-civilisation plutôt qu’en tant que province administrative au sein d’une structure de sécurité américaine.

Ce résultat revêt une signification bien au-delà de l’arithmétique partisane. Une ère multipolaire avance à grands pas dès que les cultures anciennes retrouvent une capacité stratégique. Le Japon prend sa place parmi les pôles de grande profondeur historique et se prépare à l’émergence d’un concert de puissances souveraines. Washington a longtemps considéré le Pacifique comme un lac géré par ses soins, par ses alliances structurées autour de la dépendance, par ses bases disposées comme des rappels permanents de 1945. L’électorat japonais a signalé sa fatigue face à cet arrangement. Une nation avec des millénaires de mémoire cherche un partenariat entre égaux, que ce soit à travers l’Eurasie ou dans l’ensemble de l’Indo-Pacifique, plutôt que la subordination à un ordre occidental unipolaire en déclin.

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La constitution japonaise de 1947.

La nouvelle majorité détient les voix nécessaires pour ouvrir le débat sur une révision de la Constitution de paix de 1947. Cette charte est née durant l’occupation, façonnée par les impératifs américains, et a enfermé le Japon dans un cadre de retenue stratégique. Une révision marquerait un tournant psychologique : le passage du pacifisme supervisé vers une souveraineté mature. La théorie multipolaire considère de telles transitions comme essentielles. Chaque pôle doit disposer d’une défense crédible, d’une autonomie industrielle, d’une confiance culturelle et de la capacité à dissuader la coercition. La réarmement, dans cette optique, devient moins un geste d’agression qu’une déclaration qui affirme que l’histoire a repris son rythme pluriel.

L’énergie politique s’est concentrée autour de Takaichi elle-même. Elle a convoqué les élections en avance sur le calendrier, demandé au peuple son jugement, et l’a reçu en plénitude. Sa présence — directe, vive et indiscutablement distincte du ton gestionnaire de ses nombreux prédécesseurs — a captivé l’imaginaire public. Les foules ont répondu avec l’ardeur autrefois vue lors de la montée insurgée de Junichiro Koizumi (photo, ci-dessous) deux décennies plus tôt. Le leadership, en période de recalibrage civilisationnel, se condense souvent en une figure. L’électorat reconnaît dans une seule personne la possibilité d’un réveil national.

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Les critiques qualifient cette personnalisation de dangereuse. Leur anxiété révèle un attachement plus profond à la neutralité procédurale, une doctrine exportée dans le monde entier durant l’ère libérale. Pourtant, la politique, dans chaque culture durable, puise sa force dans les mythes, les symboles et les émotions collectives. Le réalisme multipolaire soutient que les nations prospèrent lorsque leur classe dirigeante parle dans l’idiome de leur propre tradition plutôt que dans le dialecte standardisé d’une technocratie mondiale. Une idée du nation émotionnellement résonante renforce la cohésion à une époque marquée par des blocs continentaux et la compétition entre grandes puissances.

Les débats sur la sécurité tournent de plus en plus autour de la Chine, présentée dans les commentaires occidentaux comme la menace du siècle, la mieux organisée. Le Japon aborde cette question d’un point de vue plus complexe. La géographie garantit la proximité ; l’histoire encourage la prudence ; la stratégie exige un équilibre. Un Tokyo souverain peut poursuivre la fermeté parallèlement à la diplomatie, cultivant l’équilibre à travers l’Asie plutôt que servant d’instrument avancé pour l'endiguement voulu par les Américains. La multipolarité prospère par des relations calibrées entre puissances voisines, conscientes que la stabilité se manifeste par la reconnaissance mutuelle plutôt que par la pression hégémonique.

L’expansion fiscale, la volatilité monétaire et la hausse des rendements obligataires font partie du paysage économique. De telles pressions accompagnent tout État qui choisit l’autonomie stratégique, car les marchés financiers reflètent souvent les préférences du noyau atlantiste. Pourtant, le Japon dispose de ressources internes redoutables: maîtrise technologique, discipline sociale, culture de l’épargne, rares dans les économies avancées. Une politique économique axée sur le développement national, le renouvellement des infrastructures et la résilience industrielle peut transformer la turbulence à court terme en force à long terme.

L’élection a également porté au pouvoir le Parti de la participation politique, dont la présence parlementaire est passée de deux à quinze sièges, tandis que l’Alliance réformatrice centriste a connu une chute spectaculaire, passant de 167 à 49 sièges. Le Parti communiste a perdu la moitié de ses représentants. Ce schéma suggère une consolidation plus large autour des questions de souveraineté, d’identité et d’orientation stratégique. Les systèmes de partis dans le monde entier montrent des réalignements similaires à mesure que les électeurs s’adaptent à la fin de l’uniformité idéologique imposée durant les décennies de la prépondérance unipolaire.

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Les observateurs qui craignent pour la démocratie assimilent souvent le pluralisme à une conformité aux normes libérales occidentales. La pensée multipolaire propose une définition plus riche: une démocratie authentique est l’expression authentique d’un peuple façonné par sa propre dynamique civilisatrice. La poussée du Japon s’inspire de la continuité impériale, du devoir communautaire, de la retenue esthétique et d’une éthique guerrière raffinée au fil des siècles. Ces éléments coexistent avec des institutions modernes et donnent naissance à une forme politique distincte des modèles américains.

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Le poète samouraï Yukio Mishima évoquait la beauté associée à la discipline, d’une nation dont la vitalité émane de l’unité de la culture et de la défense. Son acte final, dramatique, présenté comme un appel à la restauration de l’honneur, résonne encore comme un avertissement contre une prospérité purement matérielle. Il imaginait un Japon conscient de son âme, prêt à la protéger. À l’ère multipolaire, sa vision acquiert une actualité renouvelée. La souveraineté culturelle, en plus de l’indépendance militaire et économique, constitue l’un des piliers du pouvoir durable.

Derrière le langage mesuré des comités et de la stratégie, vit un autre Japon, où le soleil brille clairement et où l’épée reflète sa lumière. La force apparaît comme une beauté disciplinée dans la forme ; la souveraineté comme une posture de l’esprit avant qu’elle ne devienne un instrument de l’État. Pendant des décennies, l'archipel nippon s'est reposé sous un parapluie nucléaire étranger, la prospérité s’est étendue alors que l’instinct guerrier dormait d'un sommeil léger et ne s'éteignait pas. Maintenant, l’histoire le remue à nouveau. La nation sent que la dignité exige plus que le confort ; elle appelle à la préparation, à l’autodiscipline et à la volonté de durer. Comme une lame doucement dégainée de son fourreau, le pouvoir acquiert du sens par la retenue, la mémoire et la résolution silencieuse de rester debout plutôt que de s’agenouiller sous son propre ciel.

À travers l’Eurasie et au-delà, le schéma se répète. Les États-civilisations émergent, chacun ancré dans la mémoire, la langue et l’ethnie. Le siècle américain recule devant l’histoire qui se remet en marche; un ordre polycentrique prend forme. Le Japon, longtemps limité par l’architecture de la dépendance d’après-guerre, signale désormais sa volonté de s’affirmer comme un pôle pleinement réalisé: autodirigé, enraciné culturellement et engagé avec le monde par la réciprocité plutôt que par la soumission.

Edward Joris: anarchiste, terroriste et activiste flamand

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Edward Joris: anarchiste, terroriste et activiste flamand

Jan Huijbrechts

Source: https://www.facebook.com/jan.huijbrechts.9

Le 11 février marquera le 150ème anniversaire de la naissance d’Edward Joris. Edward qui? me demandez-vous déjà… Aujourd’hui, cet Anversois est une note de bas de page oubliée dans les livres d’histoire, mais il a été un jour connu et surtout redouté dans le monde entier en tant que « terroriste ».

Il vit le jour en tant qu’unique enfant dans une famille modeste du quartier populaire de Sint-Andries. Ce quartier était connu comme la « Paroisse de Misèrerie », ce qui s’appliquait certainement à la famille Joris, qui ne roulait pas sur l’or, surtout après le décès de son père peu après la naissance d’Edward. Peut-être était-ce la raison pour laquelle le curieux Edward a dû quitter l’école à 13 ans pour travailler dans diverses entreprises maritimes. Très tôt, il s’intéressa à la politique, et à 19 ans, Edward Joris, qui avait déjà déménagé à Borgerhout, devint secrétaire de la section locale du Parti Ouvrier Socialiste belge.

De plus, il était aussi un syndicaliste énergique de la confédération de travailleurs « l’Unitas ». Jeune et radical, il était attiré par l’anarchisme et fréquentait régulièrement la Chapelle (de Kapel), un ancien lieu de culte, dit Lantschot, dans le Schipperskwartier ("le quartier des bateliers"). Cette Chapelle abritait un groupe éclectique d’avant-gardistes comprenant notamment les écrivains Emanuel De Bom, Lode Baekelmans, l’historien de l’art Ary Delen et les amateurs d’art libéraux, les frères Franck. Edward se sentait comme un poisson dans l’eau dans cette compagnie artistique et engagée, et il devint ami avec le futur beau-frère de Baekelmans, le libraire-éditeur flamand-libéral Victor Resseler, qui publiait la revue anarchiste Ontwaking, sympathisante du mouvement flamand.

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Entre 1901 et 1904, Edward Joris publiait régulièrement dans « Ontwaking » sous les pseudonymes Edward Greene et Garabed, traitant des tensions politiques dans l’Empire ottoman turc. Et ce n’était pas un hasard: en 1901, cherchant de nouveaux horizons, l'aventure et peut-être aussi une meilleure rémunération, il avait quitté le sable de Sint Anneke et les rives de l’Escaut pour aller se fixer sur le Bosphore, à Constantinople. Il obtint un poste de correspondant anglophone et francophone pour la Deutsche Levante Linie, mais le 14 août 1902 — moins d’un mois après son mariage avec sa fiancée d’Anvers, Anna Nellens — il fut mis à la porte. Heureusement pour le jeune couple, il trouva rapidement du travail et s’intégra à la filiale ottomane de la Singer Company, célèbre fabricant de machines à coudre. C’est dans cette entreprise qu’il rencontra Vramchabouh Vram Kendirian, nationaliste arménien, et fut impliqué dans ce que l’on appelait alors « la Question arménienne ».

L’Empire ottoman, immense, était un État multi-religieux et multi-ethnique où, avant la Première Guerre mondiale, les Arméniens occupaient une position protégée mais clairement subordonnée. Au fur et à mesure que s'affaiblissait le pouvoir central à Constantinople et que montait en puissance économique la communauté arménienne, les tensions entre chrétiens arméniens et Ottomans musulmans s’intensifièrent. Au milieu des années 1890, ces tensions entraînèrent le massacre de Hamidié. Ces massacres, nommés d’après le sultan Abdul Hamid II, qui avait réintroduit le pan-islamisme comme idéologie d’État, furent en partie ciblés contre les Arméniens, mais dégénérèrent parfois en pogroms antichrétiens arbitraires. Le nombre de victimes estimé de ces massacres varie entre 100.000 et 300.000.

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Les récits de Vram Kendirian, qui était devenu le meilleur ami d’Edward, laissèrent une profonde impression sur lui. Vram était un membre éminent de la « Dashnaktzutium », la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA). Lors d’un congrès à Sofia, en Bulgarie, en 1904, cette organisation décida d’assassiner le sultan. La personne chargée de cette mission était Christapor Mikaelian (photo, ci-dessous), l’un des fondateurs de la FRA, présenté à Edward par Vram.

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Ils eurent peu de mal à convaincre Joris que seule la violence pouvait résoudre la Question arménienne. Vram et Mikaelian trouvèrent la mort en mars 1905 en expérimentant des explosifs en Bulgarie. Sur le corps déchiqueté de Vram, la police retrouva le passeport d’Edward Joris, utilisé par les terroristes présumés pour faire passer des explosifs, mais heureusement pour Joris, cette piste ne fut pas suivie. La mort de Vram radicalisa sans aucun doute Joris. Il apporta son aide à l’opération visant à éliminer le sultan. Dans sa maison, on ne se réunissait pas seulement pour discuter, mais il y hébergea aussi les conspirateurs, et comme si cela ne suffisait pas, 140 kg de poudre explosive, emballés comme si c'était du savon français, furent dissimulés dans sa résidence. Ces explosifs furent utilisés le 21 juillet 1905 lors de l’attentat contre le sultan, alors qu’il se rendait à la mosquée Yildiz pour la prière. L’explosion fit 26 morts et en blessa 58. Le sultan en sortit indemne. Les deux auteurs échappèrent à la police, et la femme de Joris réussit à se réfugier en Suisse. Cependant, Joris resta à Constantinople, ce qui le plaça dans une situation précaire, car une semaine plus tard, il fut arrêté. Le 25 novembre 1905, le procès débuta sous une large attention médiatique, et le 18 décembre, Joris et trois Arméniens furent condamnés à mort. Sa femme fut également condamnée à mort par contumace. Contrairement à ses co-condamnés arméniens, Joris ne fut pas torturé et fut plutôt bien traité. Cependant, l’isolement pesait psychologiquement, et à la mi-1907, il commença à élaborer des plans sérieux pour réussir une évasion…

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Edward Joris et son épouse Anna Nellens.

Grâce à une campagne de solidarité internationale organisée par Emanuel De Bom et Victor Resseler, et à la pression diplomatique notamment des gouvernements belge et allemand, Joris fut libéré le 22 décembre 1907, contre toute attente. Après son retour à Anvers, il reprit « ’t Kersouwke », la librairie et maison d’édition de Resseler sur la place Saint-Jacques. Pendant la Première Guerre mondiale, il joua un rôle de premier plan dans la mouvance socialiste de l’activisme, aux côtés de Jef Van Extergem et Antoon Jacob. Les activistes voulaient, avec l’aide de l’occupant allemand, réaliser les revendications de la mouvance flamande d’avant-guerre, mais des figures plus radicales comme Van Extergem et Joris aspiraient se séparer de la Belgique et à créer une république flamande. Son activisme lui valut, après la guerre, cinq années de détention, mais il put y échapper en fuyant vers les Pays-Bas. Après la loi de suspension, il retourna à Anvers en 1929 et travailla à la Radio ouvrière socialiste. Il n’est pas clair si son travail comme directeur de la publicité pour le journal collaborateur « De Dag » à Anvers lui causa à nouveau des problèmes après la Seconde Guerre mondiale.

Edward Joris mourut le 20 décembre 1957 à Anvers.

 

L’Argentine est le pays le plus européen d’Amérique

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L’Argentine est le pays le plus européen d’Amérique

Enric Ravello

Bron: https://euro-sinergias.blogspot.com/2026/01/la-argentina-...

Il existe l’idée pertinente selon laquelle l’Argentine est le pays qui nous ressemble le plus, ou – ce qui revient au même – le pays le plus européen d’Amérique. Ce n’est pas une impression, c’est une réalité – incluant également l’Uruguay. Je voyage fréquemment dans ce pays du sud, avec lequel je suis lié par des liens profonds de toutes sortes. Lors de ces voyages, je visitais souvent la zone située entre Buenos Aires et la fameuse « Pampa gringa ». A une occasion, j’ai visité Tucumán, et lors de mon dernier séjour, j’étais à Córdoba ville et dans la partie centrale de cette province.

Ces voyages, ainsi que de nombreuses lectures sur l’histoire, la culture et l’identité argentine, m’ont conduit à écrire cet article – avec l’idée de l’étoffer à l’avenir – sur la réalité ethno-démographique de l’Argentine.

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Reprenons l’idée initiale : « L’Argentine est le pays le plus européen d’Amérique. »

C'est un fait, sans aucun doute – insistons – mais cela n’a pas toujours été le cas, et cela aurait pu ne pas l’être. Comme nous le verrons dans ces lignes, sans l’immigration massive d’Européens entre 1890 et 1930, la physionomie de l’Argentine aurait été très similaire à celle du Pérou actuel.

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À l’époque hispanique, la grande ville argentine était Córdoba, fondée en 1573 par l’Espagnol Jerónimo Luis de Cabrera. Cabrera désobéit aux ordres du vice-roi du Pérou et fonda une ville qu’il nomma Córdoba de la Nueva Andalucía, bien plus au sud de ce qui lui avait été ordonné, en plein territoire des Indiens Comechingón. Le vaillant conquistador espagnol pénétra dans un territoire encore non colonisé par la Couronne et fonda une ville selon les modèles castillans de l’époque, avec une grande place où étaient présents le pouvoir politique (le cabildo) et le pouvoir religieux (la cathédrale). La ville mérite d’être visitée rien que pour apprécier la richesse de cet héritage hispanique. Un lieu particulièrement remarquable est la maison du marquis de Sobre Monte. Le bâtiment, en plein centre de la ville, conserve la cour intérieure typique avec des pièces tout autour, très répandue en Andalousie, et qui est l’héritage direct de la domus romaine ; c’est aussi cela, l’Espagne a transmis l'héritage de Rome en Amérique.

Aujourd’hui, Córdoba conserve – comme aucune autre ville argentine – une empreinte hispanique impressionnante, visible dans son architecture monumentale et très riche. La ville porte le nom de « la docta » car c’est là que fut fondée la première université du pays. Elle possède également une démographie claire, et la majorité de population est indigène et métissée, avec une fine strate albo-européenne. Comme nous le disait un professeur d’histoire, Córdoba a maintenu la structure de la société de castes qui fut la réalité ethno-démographique de l’Amérique hispanique. Jusqu’à ce jour, la vague migratoire européenne des 19ème et 20ème siècles n’a pas atteint Córdoba.

Nous pouvons affirmer avec certitude que cette réalité ethno-démographique de la capitale régionale qu'est Córdoba aurait été celle de tout le pays si ce flux européen n’avait pas eu lieu.

On retrouve cette même réalité dans des villes plus au nord-ouest comme Salta, où la composante indigène est beaucoup plus importante qu’à Córdoba ou Tucumán, la ville où l’indépendance de l’Argentine a été proclamée.

L’empreinte hispanique dans ces régions est le résultat de l’action conquérante et civilisatrice des Espagnols depuis le 16ème siècle.

Nous appelons cet élément par son nom correct: les criollos, c’est-à-dire les Espagnols nés en Amérique.

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Buenos Aires – Santa María del Buen Ayre – fut provisoirement fondée en 1536 par Pedro de Mendoza, puis définitivement en 1580 par Juan de Garay. C’était un petit port. Fondée selon la logique hispanique de défense du littoral fluvial du Paraná et du Río de la Plata, depuis le centre géo-historique d’Asunción, au Paraguay, en créant une ligne défensive contre les Portugais et les Britanniques: Asunción – Buenos Aires – Montevideo. La ville portuaire grandit, et après l’indépendance du pays, et suite aux affrontements entre unionistes et fédéralistes, elle devint le centre politique de la nouvelle réalité politique indépendante: la République argentine.

En tant qu’État indépendant, dirigé par une élite criolla, l’Argentine lança une grande expansion territoriale, dont l’événement principal fut la fameuse «Conquête du Désert» menée par le général Roca. La conquête permit à la jeune Argentine de disposer d’un vaste territoire sous sa souveraineté, mais il restait un problème fondamental à résoudre: celui de la population – un problème qui perdure encore aujourd’hui, car l’Argentine pourrait accueillir environ 200 millions d’habitants supplémentaires. 

Juan_Bautista_Alberdi.jpgDeux présidents argentins d’origine criolla, Juan Bautista Alberdi (photo) et Nicolás Avellaneda, ainsi que Domingo Sarmiento, virent la nécessité de combler ce vide démographique – ce sont là leurs marques historiques. Pour que l’Argentine devienne le grand pays qu’ils envisageaient, cette immigration devait être européenne. C’est ainsi que commença l’arrivée massive d’Européens, qui changea à jamais la physionomie et la réalité de l’Argentine.

Entre 1880 et 1930, plus de 7 millions d’Européens arrivèrent dans un pays qui comptait en 1895 seulement 4 millions d’habitants. Ce flux migratoire européen se poursuivit pratiquement jusqu’en 1960, avec des chiffres quelque peu moindres. Ces données démographiques expliquent parfaitement la profonde transformation de la société, de la culture, de la physionomie, de l’architecture et de l’identité argentine. L’Argentine que nous connaissons aujourd’hui est en grande partie le fruit de cette émigration européenne, dans un cadre étatique créé par une population criolla d’origine hispano-européenne.

Par nationalités, le groupe principal des arrivants fut celui des Italiens avec 59%, suivis par les Espagnols avec 40% – appelés les «gallegos», à la différence des «criollos» – eux aussi d’origine espagnole mais arrivés bien antérieurement – auxquels il faut ajouter d’autres groupes d’origines européennes diverses: Français, Allemands, Irlandais, Anglais, Écossais, Ukrainiens, Gallois, Polonais, Suisses, Scandinaves, et même des Boers venus d’Afrique du Sud après leur guerre contre l'Empire britannique. 

Pour désigner ce contingent européen, nous utiliserons le terme couramment employé en Argentine, même si sa signification est floue: «gringo». Bien que «criollo» soit un terme clairement défini, «gringo» est une expression populaire dont la signification a évolué au fil du temps. Au début, il désignait principalement des immigrés italiens, notamment du Nord de l’Italie (pour les Italiens du Sud, on disait «Tano»). Par la suite, il a été élargi pour englober non seulement tous les Italiens, mais aussi tous les Européens d’origine non espagnole, y compris les Espagnols qui faisaient partie de cette vague migratoire (les «gallegos»). Il y a donc deux groupes de population blanche en Argentine: les «criollos», espagnols arrivés à partir du 16ème siècle, et le groupe beaucoup plus large des « gringos », Européens arrivés aux 19ème et 20ème siècles.

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Ce flot démographique européen est entré par le port de Buenos Aires – les Argentins étaient aussi à bord des navires – et a rapidement transformé la capitale en une ville à l’aspect européen, connue au début du siècle dernier comme « le Paris du Sud ». En réalité, c’est une synthèse de Paris, Madrid, Rome, Gênes et des bâtiments rappelant l’Italie de la Renaissance. Le poète euro-argentin Juan Pablo Vitali l’a brillamment décrite comme «la capitale des Blancs du Sud».

Cette immense immigration européenne s’est également étendue à la province de Santa Fe, où la physionomie de ses deux villes principales, Rosario et Santa Fe, ainsi que Rafaela, en témoigne. Et elle s’est répandue dans toute la Pampa gringa. Si l’on devait fixer une limite géographique précise à cette expansion, on pourrait citer Villa María, dans la province de Córdoba. Il suffit de visiter des villages comme Marcos Juárez (Pampa gringa – sud de Córdoba) et de s’asseoir dans un café pour voir les mêmes visages que dans la ville de Turin.

Ainsi, le principal noyau de population européenne se trouve entre Buenos Aires et Villa María, où environ deux tiers de la population totale du pays est concentrée.

Quatre points géographiques méritent une attention particulière:

Misiones, une province au nord-ouest du pays, limitrophe du Paraguay et du Brésil, où une grande population d’origine italienne, scandinave, suisse-allemande et polonaise réside. Récemment, Maribel Ivaciuta est devenue célèbre, élue reine de la fête locale de la Mojarrita, avec une apparence tout-à-fait nord-européenne, tout comme Azul Antolinez, «reine» de San Rafael.

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La Patagonie, intégrée pleinement à l’Argentine après la Campagne du Désert menée par le grand général Roca, est peuplée encore de quelques communautés indigènes et de rares Européens s’y étant installés. Les Gallois de Puerto Madryn, qui ont su préserver leur identité et leur culture, font aujourd’hui de l’Argentine le troisième pays au monde avec le plus grand nombre de locuteurs de la langue galloise, après le Royaume-Uni et l’Australie.

Mendoza possède quelques caractéristiques propres. Intégrée à la Vice-Royauté du Río de la Plata en 1776, elle faisait partie du Chili depuis sa fondation en 1561, ce qui explique l’origine des criollos mendociens. En raison de sa situation géographique, elle est éloignée des routes d’immigration européennes, mais le développement du chemin de fer à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle a attiré beaucoup d’Italiens et d’Espagnols dans la région.

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La Sierra de Córdoba (photo)

Si l’on parle du sud de cette province comme partie de la Pampa gringa, et de la ville comme exemple d’une ville fondée par des criollos avec une majorité d’indigènes, la « Sierra cordobesa » représente une réalité démographique très différente. On y trouve des villages avec une forte empreinte britannique comme La Cumbre, ainsi que d’autres – plus nombreux et connus – fondés par des Allemands, tels que La Cumbrecita et Villa General Belgrano. En novembre dernier, j’ai eu l’occasion de visiter ces deux lieux, lors de la célébration de l’Oktoberfest à General Belgrano, où l’ambiance, les gens et la fête étaient typiques d’un village allemand.

Cette réalité historique, démographique, culturelle et identitaire fait de l’Argentine – le grand acteur géopolitique de l’Amérique du Sud – un pays clé avec une opportunité unique d’établir des relations privilégiées avec l’Europe par deux voies: son héritage historique et culturel criollo qui la lie à l’Espagne, et son héritage identitaire et démographique «gringo» qui la relie à plusieurs pays européens, notamment l’Italie, mais aussi l’Allemagne, la Pologne, l’Ukraine, les Pays-Bas, l’Irlande, et même le Royaume-Uni, que la chancellerie argentine devrait traiter avec un soin particulier, étant donné la composition de sa population. Aujourd’hui, dans un monde où l’Europe et l’Amérique du Sud semblent être exclues en tant qu’acteurs géopolitiques, cette potentialité argentine serait doublement précieuse.

mardi, 10 février 2026

Le paganisme de Tolkien

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Le paganisme de Tolkien

Sergio Valero Ruiz

L'œuvre de Tolkien est catholique, aussi catholique que l'âme elle-même. C'est-à-dire qu'il s'agit d'un paganisme réinterprété et recouvert de christianisme. Dans ses propres lettres, l'auteur affirme que Le Seigneur des Anneaux est une œuvre religieuse et catholique, mais qu'il n'en a pris conscience qu'après l'avoir écrite et révisée.

9782266282369_1_75.jpg« Le Seigneur des Anneaux est bien sûr une œuvre fondamentalement religieuse et catholique; d'abord inconsciemment, mais consciemment lors de la révision. C'est pourquoi je n'ai pas inclus, ou ai pratiquement supprimé, toutes les références à quelque chose comme la 'religion', aux cultes ou aux pratiques, dans le monde imaginaire. Car l'élément religieux est absorbé dans l'histoire et la symbolique. »

Et en effet, son œuvre est catholique. Juste qu'il faut rappeler ce qu'est le catholicisme: un paganisme revêtu a posteriori de christianisme. Un paganisme qui transparaît à travers l'histoire, l'art et le symbolisme. Le religieux est implicite, comme il le souligne lui-même, car cet héritage païen est inconscient. Il y a une spiritualité, une religiosité fusionnée dans l'intrigue et la symbolique — mais ce n’est pas celle du récit hébraïque, mais celle d'une épopée européenne et d'une métaphysique propre à l'Antiquité pré-chrétienne. Seulement, cette dernière est reformulée dans le contexte chrétien, comme l'ont fait les premiers chrétiens de leur temps.

Tolkien croyait, tout comme certains des premiers chrétiens qui se nourrissaient de sources païennes, que le paganisme était une moitié de vérité, où pouvait se deviner la véritable vérité chrétienne ultérieure. Et ainsi, ils percevaient le paganisme comme un antécédent, une préparation au message du Christ. À l’image de Nicolás Gómez Dávila, qui disait que le christianisme possédait deux anciens testaments: la Bible juive et l’Antiquité classique. De cette façon, son christianisme conscient et son paganisme inconscient s'harmonisaient, tout en justifiant la consommation de la coupe des démons (comme on disait boire aux sources classiques). Cependant, la réalité nous montre qu’au sein de la vision du monde spirituelle européenne, le paganisme a été nécessaire, tandis que le christianisme est contingent.

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Le débat ne porte pas sur le fait que l'œuvre de Tolkien soit catholique ou non, ni même si Tolkien lui-même était très religieux. La réponse à ces deux questions est un oui profond et catégorique. La véritable question est bien plus ancienne et a été discutée dès l'époque de Celse, Porphyre et Julien l’Apostat: que le christianisme puise dans le paganisme sa théologie, son anthropologie et sa métaphysique. Le paganisme existe par lui-même, mais le christianisme, en particulier dans sa forme catholique, ne peut exister que grâce au paganisme. Car sans le paganisme, celui que les Pères de l’Église méprisaient tout en en buvant le nectar, le christianisme ne serait qu’une des nombreuses sectes juives. Et ce que l'œuvre de Tolkien expose a peu de choses à voir avec une secte juive du Moyen-Orient, et beaucoup avec une vision du monde européenne archaïque.

Tout catholique a, qu'il le sache ou non, une âme païenne (littéralement, car le concept d'âme immortelle provient du platonisme). Et que, par conséquent, l'âme de Tolkien, ainsi que son œuvre, parce qu’elle est imprégnée de catholicisme, est essentiellement païenne. Tolkien, comme tout catholique, est un païen inconscient.

À partir de 2027, plus de GNL russe vers l’Europe

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À partir de 2027, plus de GNL russe vers l’Europe

Les membres du G7/UE se sont enfermés dans une position délicate: comment nuire à la Russie en cessant d’importer du GNL russe tout en garantissant l’approvisionnement nécessaire en GNL?

par Joachim Van Wing

Source: https://joachimvanwing.substack.com/p/vanaf-2027-geen-rus...

Exclure le GNL russe s’annonce comme un défi de taille, car les deux objectifs semblent presque incompatibles. Comment échanger le GNL russe contre tout le gaz naturel disponible du Qatar, d’Australie et des États-Unis?

Nous en sommes déjà à la 20ème série de sanctions que le G7/UE27 impose à la Russie. Elles s’appuient sur des sanctions précédentes qui ont été techniquement bien préparées, mais qui, comme prévu, n’ont jamais atteint l’effet escompté.

« La Russie ne viendra à la table des négociations qu’avec des intentions sincères si elle est mise sous pression. C’est la seule langue que la Russie comprend. »

Ursula von der Leyen, Bruxelles, 6 février 2026

Sanctions précédentes contre la Russie

Jusqu’à présent, la 6ème série de sanctions, fin 2022, a été la plus sévère.

(I) 6 octobre 2022 : interdiction des services de transport, de financement et d’assurance pour l’exportation russe de pétrole par bateau.

(II) 5 décembre 2022 : mise en œuvre d’un plafonnement des prix pour le pétrole brut russe.

(III) 5 février 2023 : mise en œuvre d’un plafonnement des prix pour les produits pétroliers russes, comme le diesel raffiné et l’essence.

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Cette 6ème série de sanctions s’est révélée moins efficace que prévu, car les clients et fournisseurs ont contourné ces mesures par trois astuces simples:

(1) Des centaines de compagnies maritimes ont proposé de transporter le pétrole russe en dehors du système d’assurance occidental. Ces compagnies sont désignées comme la « flotte fantôme ».

(2) Des pays du sud global et des BRICS n’ont en rien respecté le plafond fixé, utilisant les sanctions comme levier pour obtenir de fortes réductions de prix à Moscou.

(3) Le pétrole brut russe et les produits finis sont déchargés ou mélangés en ports ou en mer, rendant la « provenance » non documentée ou non traçable. Le pétrole russe continue ainsi d’alimenter nos voitures, camions, grues, tracteurs, ainsi que les clusters pétrochimiques de Dunkerque, Barcelone, Bilbao, Rotterdam ou Anvers.

20ème cycle de sanctions économiques

Attention… les traders et compagnies maritimes respectant scrupuleusement le « plafond de prix » transportent aujourd’hui en toute légalité le pétrole russe vers l’Europe de l’Ouest. La surproduction mondiale de pétrole fait chuter les prix en dessous du plafond fixé à 65 dollars le baril, ce qui a réduit l’effet du « price cap » sur le pétrole russe. En réaction, l’UE ajoute 43 navires à la liste des sanctions, portant la « flotte noire » à 640 tankers. Par ailleurs, le plafond de prix du diesel et du pétrole brut est encore abaissé à 15 % en dessous des prix du marché de l’Oural. Enfin, l’UE27, avec le soutien du G7, impose une interdiction de maintenance et de services techniques pour les tankers et brise-glaces russes, ciblant directement les infrastructures clés pour l’exportation gazière de la Russie et ses activités dans l’Arctique.

Malgré cette 6ème série de sanctions, la Russie a encore exporté en janvier 16% de son pétrole brut et 35% de ses produits raffinés vers l’Europe. Les chiffres pour le GNL sont également importants.

Importation/exportation de GNL russe

Les sanctions concrètes contre le pétrole russe se sont révélées plus difficiles à mettre en œuvre que prévu. C’est pourquoi l’Union européenne et le G7 concentrent désormais leurs efforts sur le gaz naturel liquéfié russe (GNL), livré quotidiennement en grandes quantités dans nos terminaux de GNL en Europe de l’Ouest.

En 2025, l’UE27 a importé pour 7,2 milliards d’euros de GNL russe et a reçu l’an dernier plus de 200 livraisons de GNL en provenance de Russie. Selon un rapport de Kpler, en janvier cette année, 92,6% de la production totale de GNL à Yamal a été achetée par des clients européens. Cela représente une augmentation de 8% par rapport à janvier de l’année dernière. Sur les 25 navires transportant du gaz de Yamal en janvier 2026, 23 ont livré leur cargaison dans des ports européens, Zeebrugge étant la destination la plus importante.

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Exportations de GNL russe vers l’UE en janvier 2026. Source : Kpler

Conclusion

Cela montre à quel point l’Europe, malgré les sanctions et la pression politique, dépend du gaz russe. Et c’est compréhensible: la Russie reste le producteur mondial pivot de gaz naturel. En d’autres termes… les volumes que la Norvège, le Qatar, les États-Unis et l’Australie peuvent exporter ne suffisent pas à remplacer la totalité des exportations russes.

A la Place Schuman à Bruxelles, cette réalité est pleinement reconnue. Mais cela n’empêche pas le Conseil de l’Union européenne de commencer, dès le 1er janvier 2027, à limiter totalement l’importation de GNL russe.

L'Uruguay et la Chine renforcent leurs alliances

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L'Uruguay et la Chine renforcent leurs alliances

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/uruguay-e-cina-prove-di-rafforz...

Yamandù Orsi, qui est-il ? C'est le président de l'Uruguay, d'origine italienne et espagnole. Il vient de rencontrer son homologue Xi Jinping à Pékin. Il a été accueilli avec les honneurs, suivis de rencontres avec les dirigeants chinois dans différents secteurs. L'approche de Pékin est très différente de celle des États-Unis, qui ont agressé les pays d'Amérique latine. Pas de bombardements, pas d'enlèvements. Pas de menaces.

Seulement des affaires, avantageuses pour les deux parties. Dans ce cas précis, elles sont particulièrement avantageuses pour l'Uruguay qui, au cours du premier semestre de l'année dernière, a enregistré un excédent commercial de 187 millions de dollars avec la Chine. Il exporte principalement des produits alimentaires, mais aussi du bois, et importe des produits chimiques, des produits électroniques et des machines.

Probablement, les bons démocrates de Washington vont maintenant commencer à proférer des menaces et à imposer des droits de douane à Montevideo. Pour empêcher, comme d'habitude, que certains pays d'Amérique latine ne s'affranchissent du contrôle yankee.

Ou bien ils essaieront d'inviter Orsi à une fête ou une orgie à la manière d'Epstein. Car la mort – de plus en plus mystérieuse – du satyre numéro 1 n'empêche pas les égouts occidentaux de poursuivre leurs ébats avec les mêmes méthodes et les mêmes objectifs.

Les cinq thèses "complotistes" confirmées par les fichiers Epstein

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Les cinq thèses "complotistes" confirmées par les fichiers Epstein

par Riccardo Paccosi 

Source : Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/le-cinque-tesi-co...

D’après l’ensemble des fichiers Epstein, la quasi-totalité des thèses de l’opposition anti-système, qui ces dernières années avaient été qualifiées de "théories du complot" par les négationnistes de la politique, trouvent une confirmation.

Dans la majorité des cas, il ne s’agit pas de preuves formelles, mais d’éléments indiciaires lourds qui, combinés à une analyse politique visant à relier faits, paroles et intérêts en jeu, conduisent aux conclusions suivantes :

- Il existe une élite occulte de pouvoir, transversale à la droite et à la gauche, qui peut peut-être être qualifiée de "sataniste" ou – et c’est plus probable – être définie comme l'une expression d’un culte de la destruction et de l’anti-vie, d’une nature plus nihiliste encore.

- Quasiment toutes les figures impliquées dans ce réseau s’identifient à la cause d’Israël et à la composante plus suprémaciste du sionisme.

- Les quatre États-voyous qui pratiquent le plus le terrorisme et déclenchent des guerres dans divers coins du monde sont aussi les quatre États soupçonnés d’avoir une classe politique impliquée dans des réseaux pédophiles. Il s’agit de :

    1) des États-Unis et du Royaume-Uni, en raison des fichiers Epstein et de témoignages et/ou scandales antérieurs;

    2) de l’Ukraine, en lien avec la disparition de nombreux enfants envoyés en adoption;

    3) d'Israël, comme cela a été reconnu à la mi-2025 par une commission spéciale de la Knesset et par les médias mainstream israéliens.

- Le coup d’État en Ukraine en 2014, qui a déclenché la crise actuelle entre l’OTAN et la Russie, a été organisé par l’Occident dans la perspective de lancer une grande guerre européenne.

- L’état d’urgence pandémique de 2020-2021 avait été prévu, préparé et financé par Bill Gates et d’autres dès 2015.

Vingt jours après cette première, certes ce n'était pas la première en termes absolus, mais la première publication significative de documents par le Département de la Justice américain, il faut malheureusement constater qu’il n’y a finalement eu aucun séisme mondial, sauf peut-être dans le contexte britannique, où la Couronne est aujourd’hui fortement décrédibilisée et où le Premier ministre Starmer risque la démission. 

Comme toujours, la droite et la gauche ont contribué à diviser l’opinion publique en un affrontement insensé visant à faire porter la responsabilité de l’affaire à l’une ou l’autre partie, garantissant ainsi l’impunité du seul vrai coupable: le système politico-économique de l’Occident.

Dans environ une semaine, grâce très probablement à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, on tournera la page, et le pouvoir aura ainsi porté d’un degré supplémentaire le seuil de son impunité, accélérant sa marche triomphale vers la restauration de l’absolutisme.

21:09 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, dossier epstein, complotisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 09 février 2026

L'Europe est prête à se suicider pour une poignée de misérables idées

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L'Europe est prête à se suicider pour une poignée de misérables idées

Lorenzo Maria Pacini

Source: http://newsnet.fr/304235

Il y eut une période où l’Union européenne était décrite comme un rempart compétitif face aux États-Unis, comme la création d’un sujet supranational doté d’une masse critique suffisante pour peser sur la scène mondiale.

Tout cela s’est avéré une illusion.

Pourquoi ?

Lorsque le Traité de Maastricht a été élaboré, l’Occident était encore plongé dans le mythe de la victoire néolibérale sur l’Union soviétique. En conséquence, le modèle néolibéral a façonné les principaux mécanismes juridiques, le rôle de l’industrie publique et les relations avec la finance.

Ce modèle suppose que la liberté de marché constitue une sorte d’équivalent supérieur de la démocratie (quasi une perfection par rapport au mécanisme électoral traditionnel) et confère une fonction de moteur au grand capital, reléguant la politique à un rôle subordonné, limité à faciliter les processus économiques.

9782130414841-475x500-1-1629166468.jpgDes théories extrêmement abstraites, comme celle de Nozick sur la naissance de l’État à partir du libre échange entre individus motivés par l’intérêt personnel, ont fourni la structure d’un modèle inédit. On imaginait qu’une entité politique (une union, une fédération) pourrait émerger spontanément d’une intense intégration de marchés.

L’expérience européenne représente ainsi la première (et, à la lumière des résultats, peut-être la dernière) tentative historique de construire une union politique à partir d’un marché commun, fondée sur la compétition mutuelle entre États obligés d’atteindre une compétitivité maximale.

Ce qui s’est produit, cependant, correspond à ce qui arrive habituellement sur des marchés hautement compétitifs dépourvus de correctifs politiques adéquats (sans tarifs douaniers, sans instruments d’ajustement monétaire, etc.): il y a eu des gagnants et des perdants. Certains pays ont accumulé des avantages, d’autres ont vu leurs ressources s’amincir (notamment l’Italie).

L’idée traditionnelle de gouvernements démocratiquement responsables envers les citoyens a été progressivement remplacée par le concept de «gouvernance», entendu comme un système de règles techniques pour la gestion économique, jusqu’à configurer une politique guidée par un «pilote automatique».

Les systèmes financiers sont impersonnels et supra-nationaux, mais pas pour autant dépourvus de centres de pouvoir. Le principal centre de la finance occidentale se situe le long de l’axe New York-Londres, tandis que l’axe politique reste, historiquement, le gouvernement des États-Unis.

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L’Europe née avec Maastricht, choisissant d’opérer selon des règles néolibérales, est inévitablement entrée dans l’orbite des grands centres financiers, étroitement liés à la politique américaine. Aux États-Unis, la recherche de la suprématie nationale et celle du profit financier coïncident presque parfaitement.

Ainsi, au moment même où le développement de l’après-guerre aurait pu permettre une plus grande autonomie, l’Europe est revenue sous l’hégémonie américaine.

Depuis les années 1990, cette hégémonie s’est manifestée non seulement sur le plan financier et militaire, mais surtout culturellement, érodant progressivement la capacité de résistance de l’Europe. Au cours des trente dernières années, on a assisté à une profonde américanisation idéologique: non seulement dans le domaine du divertissement, mais aussi dans les modèles institutionnels, la gestion de l’éducation, de l’université et des services publics.

L’hégémonie culturelle a facilité l’expansion de l’influence politico-militaire américaine, qui, au lieu de diminuer après la Seconde Guerre mondiale, s’est redéfinie dans une nouvelle dimension mondiale.

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L’UE a systématiquement soutenu les principales initiatives géopolitiques américaines: Afghanistan, Irak, Yougoslavie, Libye. Le cadre narratif — celui de l’ordre international fondé sur des règles et des droits humains — a permis de faire accepter ces politiques par l’opinion publique européenne.

En même temps, alors que l’Europe se félicitait de sa supériorité morale, les États-Unis ont contribué à interrompre des chaînes d’approvisionnement essentielles pour notre continent. Plusieurs producteurs d’énergie du Moyen-Orient non alignés ont été déstabilisés; d’autres, comme l’Iran, ont été frappés par des sanctions limitant leurs relations commerciales avec l’Europe.

La guerre en Ukraine a finalement coupé le principal canal énergétique européen en provenance de Russie.

Privée de ces sources, l’Europe s’est liée au GNL américain, avec une hausse significative des coûts énergétiques et une perte de compétitivité industrielle. Dans ce contexte, le pouvoir de négociation européen face aux États-Unis s’est considérablement réduit.

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Une telle situation, aussi détériorée, est difficile à inverser. L’Union européenne néolibérale et ses institutions ont produit l’un des moments de faiblesse relative les plus importants de l’histoire moderne de l’Europe.

Il ne reste plus qu’à laisser « les morts enterrer leurs morts », car, soyez-en certains, il n’y aura, dans l'avenir, ni ceux qui chercheront à sauver le statu quo, ni ceux qui voudront de nouvelles alliances pour « changer le système de l’intérieur » — mais tous ignorent que des idées déjà mortes ne peuvent qu’engendrer la mort.

Lorenzo Maria Pacini est professeur associé en philosophie politique et en géopolitique, à l'UniDolomiti de Belluno. Consultant en analyse stratégique, renseignement et relations internationales.

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Calvinisme, américanisme, christianisme oriental 

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Calvinisme, américanisme, christianisme oriental 

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Un phénomène mimétique majeur se produit sous nos yeux, à savoir la réimportation du christianisme américain en terre roumaine. Un fait qui doit nous rappeler les racines protestantes du christianisme américain, qui n'ont pas vraiment de lien avec les significations communautaires de notre propre christianisme orthodoxe.

Pour s'imposer, le christianisme protestant a dû lutter contre le «totalitarisme» universaliste de l’Église catholique, qu’il a vaincu en utilisant une force opposée, à savoir l’individualisme, qui ne correspond pas non plus vraiment à notre espace oriental. Un christianisme parfaitement individualisé est celui qui exige une soumission aveugle à la lettre de la Loi, qui devient un commandement divin.

Du point de vue du calvinisme, par exemple, la Loi est divisée en trois aspects: la loi morale, la loi judiciaire et la loi cérémonielle. Les deux dernières sont dispensables, c’est-à-dire qu’elles peuvent être modifiées sans affecter l’essence de la Loi, qui est la volonté de Dieu, l’honorer par la piété, etc. La loi morale domine de loin les autres aspects de la loi. Un Dieu qui a gravé dans la conscience de tous les hommes ces sentiments qui forment la loi morale et qui, par conséquent, sont considérés comme étant équivalents à la loi naturelle. Une première étape vers le déisme est ainsi franchie par le concept de loi naturelle, en tant que loi morale. Dieu, qui a gravé dans toutes les consciences une loi qui devient «naturelle», n’a plus besoin de participer aux affaires du monde. En revanche, nous devons adorer la Loi, mais... nous ne savons pas pourquoi !

La source d’inspiration de cette structure tripartite de la Loi est la loi mosaïque.

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Calvin explique alors pourquoi il étudie les lois de la cité: «Car aucuns nient qu'une République soit bien ordonnée, si en délaissant la police de Moyse, elle est gouvernée des communes loix des autres nations » («Car certains nient qu’une République puisse être bien gouvernée si l’on délaisse les lois de Moïse, et qu’elle est gouvernée par les lois communes des autres nations»).

En latin, dans l’édition originale: «Sunt enim qui recte compositam esse rempublicam negant, quae neglectis Mose politicis communibus Gentium legibus regitur».

Même si cette source d’inspiration s'est quelque peu relativisée plus tard, Calvin et ses successeurs puisent surtout leur inspiration dans l’Ancien Testament. Ce n’est pas un hasard si «la loi morale» est la loi suprême — ici, ceux qui soutiennent aujourd’hui la politique du mondialisme moral sont soit des protestants américains, soit leurs cousins primaires qui revendiquent également des sources tirées de l’Ancien Testament.

Le christianisme oriental n’a aucun lien avec cette posture individualiste de la religion occidentale. C’est à la fois une religion fervente, moraliste et piétiste, qui suscite notre méfiance. La justice chez nous n’a rien à voir avec la «clarté morale». Au contraire, la déviance la plus perverse de l’acte de justice est de demander une conformité stricte à une règle extérieure déclarée "Loi morale".

Étant donné que la communauté est la première et la dernière sphère de notre foi, nous n’avons pas besoin d’un commandement transmis par quelqu’un en particulier. Nous n’avons pas non plus besoin d’une Loi morale comme « essence » et comme « raison » de la loi, car, comme Calvin le dit en manifestant son insatisfaction, nous nous nourrissons de nos lois communautaires, lesquelles sont en pleine harmonie (Kosmos – grec) avec les lois de l’univers.

De la civilisation de Baal-Moloch

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De la civilisation de Baal-Moloch

Alexandre Douguine

Animateur : Eh bien, le ministère de la Justice des États-Unis a finalement publié les listes d’Epstein. Il s’agit de trois millions de fichiers que les journalistes analysent activement en ce moment. Certaines choses sont horribles, d’autres — comiques, surtout lorsque des noms précis, figurant dans ces documents, sont extraits de leur contexte. On y a trouvé à la fois Zyriovnski, Lénine, et même des personnages de films et de dessins animés. Vous, Alexandre Guélievitch, avez évoqué l’année dernière la présence de votre nom dans une correspondance. Pour résumer toute cette affaire: comment doit-on l’interpréter, étant donné que les nouvelles se répandent rapidement tant dans les médias russes qu’étrangers?

Alexandre Douguine : À mon avis, je ne réduirais pas l’importance de ce qui se passe. Une vaste toile pédophile a été dévoilée, impliquant des tortures, des violences et des meurtres, allant jusqu’au cannibalisme et aux « messes noires ». Ce réseau comprenait l’élite des deux partis américains: de George Bush père à Barack Obama, Clinton et Bill Gates. La participation à cette structure a été confirmée tant par eux-mêmes que par de nombreux dirigeants européens. Beaucoup d’entre eux démissionnent actuellement parce que l’appartenance à ce groupe, la fréquentation directe du cercle d’Epstein et la visite de son île constituent, en principe, une totale déconsidération pour tout homme politique, figure publique, scientifique, penseur, philosophe, économiste ou homme d’affaires. En gros, faire partie de ce réseau criminel, connaître Epstein, Ghislaine Maxwell et d’autres personnages de leur entourage, en tout ou en rien, revient à reconnaître une activité criminelle totale.

Par conséquent, à mon avis, c’est extrêmement sérieux. D’abord, le point principal est que l’élite occidentale moderne est tellement amorale qu’elle n’a plus le droit moral, non seulement de donner des leçons à sa propre société ou de lui dicter quoi faire, mais aussi, à l’égard des autres peuples, ces dégénérés — cette caste libérale, globaliste et pédophile — n’ont simplement pas le droit d’ouvrir la bouche. À mon sens, négocier avec eux ou s’asseoir à côté de personnes impliquées dans la « liste d’Epstein » est tout simplement immoral. Ceux qui respectent leur dignité se voient interdits d’être dans la même situation que ceux qui bafouent ouvertement cette dignité. C’est une question d’honneur: les personnes figurant sur la liste d’Epstein ont totalement perdu de vue le fait qu’elles peuvent encore entrer en contact ou en communication avec des gens décents. Il existe un terme dur dans le jargon criminel russe — « être en loi » (être « zakoncheny »). Les personnes ayant participé à la violence sur des enfants sont totalement disqualifiées à tous égards. Et c’est la première conclusion de grande envergure. Aujourd’hui, ce scandale tente d’être un peu étouffé, mais il aura des conséquences véritablement tectoniques.

Animateur : Permettez-moi une question supplémentaire: cela va-t-il vraiment passer comme une lettre à la poste pour ces politiciens et responsables occidentaux impliqués dans cette affaire? Ou tout se limitera-t-il simplement à des démissions bruyantes que nous observons en ce moment — comme celle de Peter Mandelson en Grande-Bretagne ou de Miroslav Lajčák en Slovaquie?

Alexandre Douguine : Je ne peux pas le dire avec certitude, mais la question est: qui jugera? Pour juger ces personnes, impliquées dans des crimes aussi atroces contre des enfants, des femmes et des innocents — y compris les menaces de faire enterrer par Trump sur des champs de bataille ces adolescentes qui ont protesté contre ce qu’on leur a fait — il faudrait une révolution. Il faut des gens véritablement libres de tout contact avec ce milieu. Et là, il apparaît que Musk, Bannon, sans parler de Trump lui-même — Trump est totalement impliqué dans ce cercle étroit d’Epstein, y compris la première dame. Qui peut vraiment les juger? Les juger, c’est juger toute l’élite occidentale, l’élite américaine et ceux qui gouvernent aujourd’hui le monde.

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Thomas Massie et Ro Khanna.

Et dans les partis démocrate et républicain, deux politiciens remarquables ont insisté pour la publication de ces fichiers. Ce n’est pas grâce à une attitude bienveillante de Trump, qui lui-même a été un participant direct aux activités pédophiles sur l’île d’Epstein. Il s’agit du républicain Thomas Massie et du démocrate Ro Khanna, qui n’avaient probablement rien à voir avec cela. Ils ont réussi à faire passer cette décision malgré la résistance furieuse des élites. Trump a affirmé un temps que ces documents n’existaient pas et qu’ils étaient inventés, mais il s’est avéré que ce n’était pas une fiction, mais une véritable condamnation des élites occidentales. Comment peut-on les juger s'ils détiennent le pouvoir en Occident ?

En général, dans de telles situations, on assiège la Bastille, on opère des coups d’État, et alors sur la place, déboulent des masses furieuses, enragées, qui ne supportent plus la pourriture qui a pris le contrôle du monde. Cela n’est pas encore visible, et personne ne sait ce qui adviendra, mais cela constitue au moins une base solide pour une révolution anti-élite totale aux États-Unis et dans d’autres pays. Je ne connais aucun précédent dans l’histoire où l'on a laissé passer une telle chose. Aujourd’hui, certains fuient, d’autres se cachent, d’autres essaient de minimiser le scandale et de réduire l’importance de la publication des fichiers, mais plus les gens les lisent, plus ils sont horrifiés. Les fichiers contiennent non seulement des informations sur la violence envers des enfants, mais aussi sur le trafic d’êtres humains au plus haut niveau.

C’est la première remarque. La deuxième est qu’on a l’impression que beaucoup ne sont pas venus sur l’île d’Epstein pour satisfaire leurs perversions. Ils y allaient comme dans une sorte de « département du personnel » du gouvernement mondial, pour participer à des actes criminels enregistrés sur vidéo et faire l’objet de chantage. Sans un dossier lié à l’île d’Epstein, on ne peut tout simplement pas entrer dans l’élite. C’est une organisation bien orchestrée, systémique, qui déconsidère ces politiciens occidentaux, une sorte de « billet » pour accéder au pouvoir, ce qui est en soi monstrueux. À une époque, on reprochait cela au KGB ou aux régimes pro-soviétiques d’Europe de l’Est, mais il s’avère qu’au sein de l’Occident, c’est encore plus gros. Sur ce sujet, je préfère ne pas entrer dans les détails, mais c’est désormais un fait avéré: si tu veux accéder à l’élite, il faut commettre un crime monstrueux, lequel sera enregistré, et alors, une fois totalement disqualifié, tu peux entrer au pouvoir et suivre les ordres d’un centre.

Voici la troisième question: qu’est-ce que ce centre? Il est intéressant de noter qu’une grande partie des documents dans les fichiers d’Epstein ne concerne pas du tout des viols, mais la gestion du monde. Dans les échanges avec des hautes personnalités politiques, il est question de déstabilisation du pouvoir et de coups d’État en Russie et en Ukraine. En Ukraine, le plan a réussi, et Epstein s’en réjouit. En Russie, en 2012, ce cercle avait l’idée de déloger le président légitime Vladimir Vladimirovitch Poutine, en plaçant à sa place des représentants de l’opposition — on parle d’Ilya Ponomarev et d’Alexeï Navalny. De plus, dans la correspondance d’Epstein et de Bannon, il est question de mon nom, dans le contexte de l’existence en Russie de cercles conservateurs traditionalistes, qui soutiennent un monde multipolaire et refusent l’hégémonie de l’Occident.

À ce titre, beaucoup de noms sont évoqués. Tous ne sont pas impliqués dans des crimes : notre président Vladimir Poutine, par exemple, y apparaît comme une cible à éliminer, sur laquelle il faut faire pression ou qu'il faut renverser. Sont décrits aussi bien des amis que des ennemis. La question se pose: quelle est cette instance? Ces cercles ne se contentent pas de fournir « de la marchandise vivante » et de collecter du matériel compromettant, ils travaillent aussi pour quelqu’un d’autre, avec leur propre plan de restructuration du monde, de soutien à certains régimes tout en en déconsidérant d’autres.

Et là, se révèle une autre chose terrible, qui a provoqué un énorme scandale aux États-Unis : il est évident que cela concerne Israël. Les services secrets israéliens ont dirigé et coordonné toute cette activité. Ghislaine Maxwell était une courroie officielle du Mossad aux États-Unis. Aujourd’hui, se dessine une image claire: Israël, par le biais de ce type de chantage, contrôlait la politique américaine et peut-être mondiale. Cela bouleverse totalement toutes nos idées et nos cartes. Les Américains se croyaient souverains, Israël n’était qu’un allié au Moyen-Orient, mais il s’avère en réalité que c'était le contraire. C’est Israël qui dirigeait la politique américaine, en coordonnant le processus de chantage. De plus, Epstein et son entourage ne cachaient pas leur racisme sioniste direct. Dans les fichiers, ils discutent: «Les nôtres, ou juste des nôtres, seront-ils à la fête ou y aura-t-il aussi ces maudits goyim?». Et Epstein répond: « Oui, malheureusement, il y aura aussi des goyim». C’est une participation explicite au plan sioniste pour contrôler l’Occident. On en parlait auparavant uniquement parmi des marginaux, partisans des théories du complot, auxquels personne ne croyait, pensant qu’un pays aussi puissant ne pouvait être l’outil d’un petit État. Et maintenant, l’Amérique, effrayée, a compris qu’elle pouvait tout à fait l’être.

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Quels autres soupçons sont confirmés, et que découvrira-t-on encore dans ces fichiers, sachant que seule la moitié a été publiée? Et pour finir: il est crucial de souligner qu’un certain nombre de fichiers, accessibles sur le site du ministère américain de la Justice sous la direction de Pamela Bondi, contenaient, pendant quelques heures, des documents liés à Trump lui-même. Ces documents confirmaient sa complicité dans des actes de pédophilie. Il y avait aussi des histoires concernant Melania Trump, le maire de New York, plusieurs membres des élites européennes, la famille royale anglaise (y compris le prince Andrew) et des proches de Macron. Tous figuraient dans cette liste, et, par ailleurs, Elon Musk y apparaît aussi.

Animateur: Permettez-moi de préciser certains détails. Tout d’abord, rappelons: Ilya Ponomarev et le défunt Alexeï Navalny sont inscrits sur la liste des terroristes et extrémistes. Alors que nous discutons de ce sujet, les événements évoluent rapidement. Trump vient de publier sur Truth Social un message ferme: il n’a jamais été sur l’île d’Epstein et ne l'a même pas approchée. C’est sa réaction à une blague de Trevor Noah lors des Grammy Awards. La question est: cela a-t-il encore un sens de faire des gestes de défi, alors que la publication — qui n’a duré qu’une heure — a déjà fait le tour? Comme on le sait, internet se souvient de tout.

Alexandre Douguine : Trump, en fait, est soit véritablement déconnecté, soit totalement irresponsable de ses paroles. Rien qu’au cours de cette première année de son second mandat présidentiel, il a modifié ses affirmations à plusieurs reprises: il promettait d’abord aux électeurs que les fichiers d’Epstein seraient publiés, puis jurait qu’ils n’existaient pas, et maintenant, lorsque leur publication a été forcée, il affirme qu’ils existent, mais qu’il n’est pour rien là-dedans. Peut-on sérieusement écouter et croire un tel personnage? Remarquez: ce vieil homme, impliqué dans ces affaires, ment constamment et mène des actes d’agression non provoquée contre des États modernes souverains. Peut-on négocier sérieusement avec une telle personne, peut-on lui faire confiance? Ses paroles ont perdu toute valeur. Il fait partie de ce réseau, et il est tout à fait naturel qu’il essaie de se justifier en niant l’évidence. Cependant, ces documents ont été conservés, ils ont été publiés sur le site du ministère américain de la Justice, et chacun peut les étudier.

C’est évidemment un scandale énorme qui a suscité une idée légitime: puisque nous savons maintenant avec certitude que l’Amérique est contrôlée par le Mossad, Israël et des extrémistes sionistes d’extrême droite, la publication de ce matériel à ce moment précis a ses raisons. Les réseaux occidentaux discutent du fait que Trump essaie prétendument de résister à la guerre avec l’Iran, guerre que ces cercles lui imposent. Je ne veux pas porter de jugement définitif, mais il faut comprendre la nature intérieure de la société occidentale, mais il semble que la publication soudaine de ces documents est un instrument des forces géopolitiques qui se profilent derrière Epstein. Le but est simple: par le chantage, pousser Trump à lancer une guerre contre l’Iran ou à pourrir les relations avec la Russie. Il s’avère que l’élite américaine est totalement sous le contrôle de ce centre, et leurs déclarations publiques ne sont qu’un voile dissimulant des processus invisibles, dirigés depuis un petit État du Moyen-Orient.

Ce tableau change radicalement notre vision de l’Occident. Nous voyons sa chute morale totale et découvrons la véritable nature satanique de la civilisation occidentale. Notre président a déjà souligné avec prudence que l’Occident est devenu satanique, et nous disposons maintenant de preuves concrètes: «messes noires», rituels sataniques, pédophilie mondiale, et une entité totalement criminelle. Les plus terribles soupçons et les invectives les plus corsées de ceux qui avaient aperçu dans l’Occident «le secret du crime» sont désormais devenus faits universels. Comment traiter avec de telles personnes? Nous ne devons plus nous étonner de leur mensonge, de leur violation des accords et de leur soutien à des régimes terroristes en Ukraine ou au Moyen-Orient. Ils sont prêts à changer de régime partout, en utilisant des outils de pression même sur ceux qui n’en veulent pas.

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Nous nous sommes réveillés dans un monde différent. Quand ces fichiers ont commencé à être publiés, nos médias ont été momentanément sidérés par le choc. Toutes nos descriptions de l'Occident se sont révélées trop candides. Nous les considérions simplement comme des gens avec leurs opinions, mais la correspondance d’Epstein montre autre chose: la promotion du transgendérisme, la légalisation du mouvement LGBT (interdit en Russie), et des liens directs avec des groupes sataniques. Il est crucial de souligner que cela n’a aucun rapport avec le judaïsme religieux traditionnel, où il y a foi en Dieu. Ce que nous avons vu, c’est un système diabolique de gouvernement mondial. C’est la concrétisation vivante des prophéties de la culture orthodoxe sur le Royaume de l’Antéchrist. Il est difficile d’imaginer quelque chose de plus expressif que ces fichiers, confirmant la pensée qui dit que nous vivons à l’époque de l’Antéchrist, et que la civilisation occidentale est celle de l’Antéchrist.

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Animateur : Rappelons que le satanisme est officiellement reconnu en Russie comme mouvement terroriste et extrémiste, et est interdit. Et face à tout cela, il ne reste plus de place pour la surprise. Quand d’anciens alliés de Zelensky et des dirigeants occidentaux évoquent sérieusement les rituels, les poupées vaudou et la magie noire, on a l’impression que tous les masques sont tombés en un clin d’œil. Je suis entièrement d’accord avec vous. Nous avons déjà commencé à établir un pont vers la question iranienne à travers la lentille des fichiers d’Epstein. Selon vous: cette publication et le scandale gigantesque qui l’accompagne peuvent-ils réellement retarder ou même repousser le début d’une éventuelle guerre des États-Unis contre l’Iran?

Alexandre Douguine : Je pense que, compte tenu du rapport général des sentiments dans la société occidentale et aux États-Unis, cela va plutôt accélérer l’agression militaire contre l’Iran. Pour détourner l’attention des conséquences inévitables de la publication des fichiers d’Epstein, quelque chose de vraiment gigantesque doit se produire: soit une grande guerre, soit — je ne l’exclus pas — un conflit nucléaire. La compromission profonde de l’élite occidentale et la lecture de ces trois millions de fichiers constituent un verdict fatal pour l’establishment, et il ne peut y avoir qu’une réponse d’un autre ordre pour en détourner l’impact.

Il me semble qu’une guerre classique contre l’Iran ne suffira même pas à couvrir l’ampleur du scandale, sauf si, dès le départ, il y a utilisation d’armes nucléaires. Le monde est au seuil d’une catastrophe véritable. La présence, dans l’Occident aujourd’hui, d’une élite véritablement satanique — sans guillemets ni métaphores — change complètement la donne par rapport à ce qu’on pensait récemment. Nous croyions pouvoir négocier avec certains, convaincre d’autres, faire preuve de force ou d’arguments avec d’autres encore. Mais ce que nous découvrons maintenant prouve que cela ne fonctionne pas. Il faut des méthodes totalement différentes pour traiter avec une civilisation satanique.

Théoriquement, cette civilisation doit être en guerre contre tous ceux qui ne font pas partie d’elle. Toutes les forces qui ne sont pas sous le contrôle total de cette « île d'Epstein » mondiale et du réseau pédophile des élites libérales doivent se soulever. Cela répond également à un devoir religieux, y compris pour certains cercles juifs, qui voient où mènent ceux qui se cachent derrière leur nom. Je pense que c’est notre devoir commun, et c’est la conclusion la plus sérieuse. Quant à l’Iran...

Animateur: La seule chose que je préciserai en rappelant aux auditeurs: le mouvement mondial satanique est reconnu en Russie comme organisation terroriste et extrémiste, et est interdit. Alexandre Guélievitch, vous parlez de l’inévitabilité d’une grande guerre ou d’une catastrophe, mais en même temps, Axios rapporte des signaux que les États-Unis envoient à l’Iran concernant un éventuel accord. Si, selon vous, même un conflit d’une telle ampleur ne peut pas faire oublier l’histoire des fichiers d’Epstein, alors il semble qu’aucun accord ne pourra non plus faire disparaître ce scandale. Ai-je tort dans mes évaluations?

Alexandre Douguine : Un accord passera tout simplement inaperçu, surtout qu’on ne peut pas faire confiance à l’Amérique. Ils ont justement invité le Hamas à un accord, et en même temps, ils ont détruit toute leur direction politique. Il ne faut pas faire confiance à l’Occident, même pendant une seule seconde. Un accord ne détournera pas l’attention, donc il n’y en aura tout simplement pas. Ou bien ce sera une manœuvre habile pour détruire l’élite iranienne. Mais concernant la destruction de l’élite: je tiens à souligner à quel point tout cela devient sinistre aujourd’hui. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des opérations américaines, occidentales en général, ou émanant de leurs alliés (ou plutôt, la question est: qui est allié de qui: je veux dire Israël, ou peut-être que c’est l’Occident qui est l’allié d’Israël, et non l’inverse). En tout cas, les méthodes de l'Occident deviennent de plus en plus visibles, et leur utilisation contre des pays et des systèmes politiques qui refusent leur volonté s’intensifie chaque jour: ils sont utilisés contre ceux qui ne capitulent pas.

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Remarquez: tout a commencé avec Israël qui a détruit la direction politique du Hamas. On pourrait dire que le Hamas a attaqué Israël, ce qui donne une certaine symétrie ou équilibre. Ce n’est pas justice, mais c’est une situation qui, au moins, a permis de détruire la direction militaire du Hamas, où qu’elle se trouve. Ensuite, c’est la destruction de la direction du Hezbollah, qui n’a pas officiellement rejoint la guerre contre Israël au Liban, malgré ses déclarations de soutien au Hamas. Maintenant, la direction politique d’un autre pays est ciblée. Lors du conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran, ce sont des missiles israéliens et d’autres technologies qui éliminent les hauts responsables politico-militaires iraniens, y compris des scientifiques impliqués dans des projets nucléaires. En somme, on voit à nouveau des éliminations ciblées de leaders de régimes politiques qui ne cadrent pas avec le programme d’Israël et des États-Unis.

Ensuite, il y a la capture du président légitime du Venezuela en quelques heures. Puis, des attaques de drones, ukrainiens, contre la résidence du président de Russie. Et, en gros, aujourd’hui, il y a un tabou, une sorte de limite tacite, sur l’élimination de dirigeants politiques et militaires d’un autre pays avec lequel il n’y a pas de guerre déclarée ou de conflit direct — cela devient une pratique courante. À cela s’ajoute la récente tentative de coup d’État militaire en Chine. On en parle peu, mais presque tout le commandement militaire y a été remplacé, y compris le chef de la armée chinoise, Zhang Yuxia, un homme proche de Xi Jinping. La majorité des autres dirigeants militaires ont été démis de leurs fonctions le même jour, accusés, selon les médias chinois, d’avoir participé à un complot contre la direction du Parti communiste chinois en faveur des États-Unis. En Chine même, l’Occident tente de mener une opération de changement de régime. Tout récemment, des protestations soutenues par les États-Unis et Israël ont secoué l’Iran, sans aboutir au résultat souhaité: le changement du régime politique du Velayat-e Faqih, qui est le système politique et religieux en Iran. Donc, il y aura d’autres actions.

Ainsi, les opérations de changement de régime, l’élimination physique des dirigeants politiques de ces États et systèmes qui refusent d’accepter cette civilisation satanique, interdite en Russie, c'est-à-dire la civilisation du libéralisme occidental — il faut s’attendre à cela. Bien sûr, si aujourd’hui l’ennemi parvient à éliminer les figures clés, celles qui sont essentielles pour ces États (notamment les civilisations ayant le courage, la dignité et la force d’un appel spirituel pour s’opposer à ce que nous voyons en Occident), ils en profiteront. Si cette possibilité existe, et cela dépend uniquement d’eux, rien ne pourra les arrêter: ni arguments, ni menaces de conflit total ou d’utilisation d’armes nucléaires.

Tous ces arguments ne fonctionnent plus. Voilà le côté terrible de notre situation. Ce que nous voyons, c’est comment les États-Unis mènent des opérations de changement de régime et tentent d’éliminer leurs opposants politiques, quel que soit leur poste, y compris président ou chefs d’État, et parfois, hélas, ils y parviennent — cela met toutes les sociétés (l’Iran, la Chine et la Russie, ce qui est le plus important) dans une situation totalement nouvelle. Si l’Occident est fou, s’il a activé tous les moyens d’action contre nous et ne parvient plus à empêcher ses satellites de frapper notre président, alors l’opération de changement de régime en Russie même est ce qu’il faut craindre et attendre dans un avenir très proche.

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Je rappelle encore la correspondance d’Epstein avec un personnage interdit en Russie, l’extrémiste Ilya Ponomarev (photo): ils discutaient de l’opération de changement de régime dès 2012. Et aujourd’hui, la Russie, en première ligne dans la lutte contre la civilisation satanique de l’Occident, représente évidemment un danger énorme pour eux. En réalité, tout repose sur notre président, notre peuple, notre armée et notre société: tout l’axe de la résistance à la civilisation de l’Antéchrist est là. Bien sûr, certains diront qu’il y a aussi la Chine, mais la Chine a essayé de différer cette confrontation directe. Elle ne nous a même pas soutenus activement au début de la guerre en Ukraine. Nous avons tenu seuls le choc initial. Mais quelle est la récompense que récolte cette neutralité de la Chine? Une tentative de déstabilisation de Xi Jinping et la mise en place au pouvoir de politiciens encore plus pro-occidentaux. Autrement dit, personne n’est à l’abri de l’Occident, entré dans une période critique de son histoire.

C’est une civilisation totalement démente, purement diabolique, qui n’a aucune restriction morale, ses dirigeants ayant traversé ces expériences anti-humaines du système Epstein pour accéder à l’élite. Vous imaginez qui est Trump, ce qu’il a dans la tête? Peut-on avoir des arguments moraux, politiques ou juridiques capables de le retenir? Il a lui-même récemment déclaré qu’il n’existe pas de droit international. La morale, c’est ce que je considère comme moral. Si c’est un pédophile qui dit cela (réfléchissons bien et combinons cette information avec celle sur ses expériences pédophiles, qui a duré peu de temps sur le site du ministère de la Justice, et sa déclaration sur la morale), alors cela veut dire que pour lui, la pédophilie est morale. Cela devient donc une loi pour tout l’Occident. Imaginez dans quel monde profondément malade et déformé nous sommes progressivement et insensiblement tombés. Et nous voulions encore le suivre il y a trente ans, cet Occident. Non, même pas trente ans — il y a cinq ou six ans seulement, avant le début de l’opération spéciale. Nous partagions ses soi-disant valeurs, voulions respecter la souveraineté, préserver les particularités de la culture nationale, mais contre l’Occident dans son ensemble, nous n’avions rien. Dans les années 90, nous étions simplement attirés vers lui, et nos élites ont commencé à s’intégrer à ces cercles mondiaux.

Au fait, il y a peu de choses sur le «fil russe» dans les fichiers d’Epstein: ils mentionnent des personnes secondaires, quelques dames de compagnie légère. Ce sont des détails, mais nous ne savons pas tout. Peut-être que d’autres figures plus sérieuses du camp libéral, opposées à notre président et à la souveraineté, ressortiront. Avant l’opération spéciale, il y en avait déjà beaucoup dans le champ légal. Peut-être ont-elles aussi passé ces formes d’initiation aux cultes sataniques sur l’île d’Epstein. Nous ne savons pas encore; les fichiers ne sont pas encore totalement traités. Mais, même en imaginant que tout n’est pas aussi profond, et que des gens ont simplement été attirés par l’attrait extérieur de l’Occident… Je ne sais pas quel être humain malade ou irréfléchi peut exister en se croyant libéral et favorable à l’Occident. Mais cela, laissons tomber pour l'instant, car on ne sait jamais: parfois, les gens ne parlent pas toutes les langues et se laissent berner comme des sauvages, comme des bibelots. Bon, mais maintenant, les masques sont tombés.

Selon moi, la situation est très grave. Si nous ne pouvons avoir aucune garantie en Occident, en voyant l’état moral de leurs élites, il faut une mobilisation totale de la société. Nous devons renforcer les cercles patriotiques de la Russie elle-même, pour ne pas laisser tomber notre président.

En Occident, il peut naître une fausse image: celle que le plus grand opposant à l’Occident serait personnellement Vladimir Vladimirovitch Poutine, mais que tout son entourage serait prêt à faire des compromis. Mais cela revient à mettre en danger la vie et la sécurité de notre commandant suprême. Ils doivent avoir le sentiment que si, mais que Dieu nous en préserve, quelque chose arrivait à notre président, des forces politiques se dresseraient derrière lui qui ne seraient pas petites pour l’Occident. Ce qu’ils ont maintenant face à eux est une conduite correcte, équilibrée et responsable, qui ne reconnaît que partiellement leur hégémonie. La prochaine vague doit tellement effrayer l’Occident qu’arriveront ceux qui ne négocieront plus, déclareront l’Occident "civilisé" totalement satanique et rompront toutes les relations, sauf une escalade nucléaire. Ce sera la garantie que rien n’arrivera à notre président.

Pour l’instant, si en Occident, il y a la sensation que le seul porteur de notre esprit indépendant et de l’idée russe, c’est lui, et que tous les autres sont prêts à faire des compromis — c’est en fait une invitation à tenter encore et encore de changer de régime ou à éliminer physiquement notre leader. Voilà le danger. Et ce n’est même pas une question de libéraux: peut-être que tout l’entourage du président est composé de patriotes convaincus, je peux le croire. Mais il faut le montrer, car beaucoup, comme sous l’eau, n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils pensent de l’opération spéciale, de l’Occident, du Christ et de l’idée russe. Le président — oui, il ne fait pas que parler, il agit en tout. Il faut montrer: si une seule de ses mèches tombe, l’Occident fera face à un cauchemar. Il faut démontrer ce cauchemar dès maintenant pour la sécurité du système. Toute allusion au libéralisme ou à une attitude flexible envers l’Occident, y compris à l'égard de Trump, doit être effacée. Cette étape est terminée. Nous avons essayé de ne pas irriter Trump, en voyant son conflit avec d’autres élites, mais maintenant, en voyant ces dossiers, il est évident: parmi ces personnes, il ne peut y avoir des soutiens pour nous. Leur confiance et leur accord sont impossibles. Donc, quand on dit que Kirill Dmitriev est allé à Miami, mais qu’il n’y a pas de progrès, je pense que son avion volait justement au moment où ces fichiers étaient publiés au-dessus de l'Atlantique. Ce serait bien que son avion, comme celui de Primakov autrefois, fasse demi-tour au-dessus de l’océan en disant: «Avec qui allons-nous négocier?» — Avec ces gens-là, on ne négocie pas.

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Animateur: Je précise: il ne faut pas essayer de « désenivrer » les élites occidentales ou de guérir l’irréparable, mais il faut avant tout se concentrer sur la sécurité intérieure et la mobilisation spirituelle. Il faut comprendre qui nous sommes, quels sont les objectifs de l’État, et qui en est à la tête.

Alexandre Douguine : On peut le dire ainsi. Je pense qu’il faut s’unir autour de notre président. Il faut, dans les plus brefs délais, passer à une nouvelle vitesse dans l’affirmation dans notre société des valeurs traditionnelles. Tout cela est annoncé, mais cela avance lentement, ça patine. Dans de nombreux instituts — je ne vais pas faire de reproches — il y a encore des portraits d’agents étrangers dans des auditoires de sciences humaines. Nous avançons très lentement dans cette voie, et cette vitesse devient déjà inacceptable. Oui, il faut d’abord préparer le pays à de grandes épreuves encore à venir. Rien ne finira : tout ne fait que commencer, malheureusement — le choc avec cette civilisation satanique.

Et d’un autre côté, ce dont vous avez commencé par parler dans votre question: faire en sorte qu’ils cessent d’être des adorateurs du diable, des satanistes et des pédophiles. C’est absurde. Comment pouvons-nous, en envoyant Kirill Dmitriev, convaincre des criminels endurcis, des sadomasochistes et des cannibales de ne pas l’être? Est-ce que Kirill Dmitriev a cette apparence pour ressembler à un prédicateur orthodoxe ou à un saint, venu parler à des païens, des meurtriers et des barbares pour leur transmettre notre vérité chrétienne? Peut-être est-il une bonne personne, mais il n’est clairement pas de cette race.

Il faut appeler les élites et la société occidentale au repentir, au retour à la tradition, à une apparence humaine. C’est nécessaire. Mais cela doit se faire par d’autres moyens, et pas seulement en disant: «on va arrêter de se battre, puis on reprendra le commerce». Il faut chercher un autre registre dans notre manière de parler à l’Occident, et ne plus craindre, honnêtement, les témoignages prophétiques, comme ceux d’Élie et d’Énoch, qui apparaissent à la fin des temps et commencent à dénoncer publiquement le pouvoir de l’Antéchrist. On se trouve dans une situation proche de cela, et il faut comprendre: c’est difficile. Mais notre mission spirituelle doit être accomplie. C’est pour cette mission — la confrontation avec l’Antéchrist — que notre peuple russe a été choisi par le Christ.

Que veulent les États-Unis à Cuba?

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Que veulent les États-Unis à Cuba?

Leonid Savin

Outre la composante idéologique qui justifie les actions de l’administration Trump, il existe également, en elles, un fondement économique. Après la déclaration du président américain Donald Trump concernant la nécessité d’organiser un coup d’État à Cuba d’ici la fin 2026, et l’introduction de nouvelles mesures restrictives, y compris l’annulation de tous les vols entre les États-Unis et Cuba, La Havane a réagi en qualifiant cela d’ingérence grossière dans les affaires souveraines d’un autre État et d’une nouvelle infâmie du néo-impérialisme de Washington. Bien que l’histoire des relations entre les États-Unis et Cuba depuis la révolution de 1959 ait été marquée par une hostilité constante des Yankees, la phase actuelle — dans le contexte de l’opération de janvier dernier, visant à kidnapper le président vénézuélien Nicolás Maduro et sa femme Cilia Flores, et dans celui des menaces d’attaques aériennes contre l’Iran — est profondément préoccupante.

Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, nourrit également une rancune personnelle contre le gouvernement révolutionnaire de Cuba, qui présente depuis des décennies un modèle politique alternatif au monde. La défaite des États-Unis sur la Playa Chiron en 1961 a été un coup dur pour la réputation de Washington et, en fait, la première victoire sur les Yankees dans l’hémisphère occidental. L’insensibilité de Washington à l’égard de Cuba s’ajoute aux demandes de compensation pour les oligarques fugitifs dont la propriété a été nationalisée après la révolution. Cela est aussi lié aux sanctions américaines contre les navires, y compris ceux qui servent aux croisières touristiques.

Mais Cuba possède également des actifs que des hommes d’affaires comme Trump aimeraient contrôler. Il ne s’agit pas seulement du secteur du tourisme, qui génère une part importante des recettes pour le trésor d’État, mais aussi de l’industrie minière, de la chimie et des industries connexes. Bien que la production de pétrole brut, de chaux, de ciment, d’acide sulfurique, etc., ait diminué au cours de ces dernières années, certains segments méritent toutefois d’être soulignés.

L'Empresa Siderúrgica José Martí (Antillana de‑Acero), dans le cadre de la coopération entre Cuba et la Russie, a lancé en mai 2023 la première phase de production à l'aide d’un four électrique russe. La capacité de production de cette aciérie électrique est de 220.000 à 230.000 tonnes d’acier liquide par an. La modernisation de l’usine métallurgique de La Havane a commencé grâce à un prêt russe. De toute évidence, ce secteur est lié aux intérêts russes.

En 2023, la production de zinc à Cuba a augmenté de 12%, atteignant 58.000 tonnes contre 52.000 tonnes en 2022, grâce à une augmentation de la production à la mine Castellanos, propriété de l’Empresa Minera del Caribe Santa Lucía S.A. Emincar, le seul producteur de plomb et de zinc à Cuba. Le zinc et le plomb sont également nécessaires dans divers secteurs industriels.

Cependant, ce qui est le plus rentable pour Cuba, c’est l’extraction du nickel et du cobalt, qui sont aujourd’hui très demandés. L’organisme principal, responsable de l’extraction, du traitement et de la vente de nickel, est Cubaniquel, qui regroupe 14 entreprises, dont deux producteurs de ce minéral: l’usine Comandante Pedro Soto Alba et l’usine Comandante Ernesto Che Guevara. La première a été fondée à la fin des années 1950 et a commencé la production en 1959. En avril 1960, l’entreprise américaine qui l’exploitait a refusé de payer des taxes conformément aux privilèges accordés par le dictateur Fulgencio Batista, puis a quitté le pays, emportant toute la documentation technique. Mais en avril 1961, les révolutionnaires cubains ont pu commencer la production eux-mêmes. En décembre 1994, une joint-venture a été créée avec la société canadienne Sherritt International, spécialisée dans la production et la commercialisation de sulfures de nickel et de cobalt, ainsi que dans la fabrication, la vente et la livraison d’acide sulfurique aux entreprises nationales. La deuxième usine appartient entièrement à Cuba. Elle a été construite en coopération avec l’URSS et a commencé sa production en 1984.

Il convient de noter qu’en dépit des difficultés d’approvisionnement en énergie et du blocus économique, commercial et financier en cours, orchestré par les États-Unis, les mines cubaines ont été modernisées et leur efficacité améliorée, ce qui a permis en 2024 d’atteindre une production totale de 32.000 tonnes, dépassant les chiffres de 2022 et 2023. En 2025, Sherritt International a produit 25.240 tonnes de nickel et 2729 tonnes de cobalt dans l’usine combinée Moa Nickel S.A., située dans la province de Holguín. Les Canadiens eux-mêmes reconnaissent que l’incertitude géopolitique dans la région influence la situation dans cette industrie.

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Il convient également de citer un facteur lié à la détérioration actuelle des relations entre les États-Unis et le Canada. Dès mars 2025, le Premier ministre de la province canadienne de l’Ontario, Doug Ford, a averti que si les États-Unis imposaient de nouveaux tarifs, la province réduirait ses exportations d’électricité vers les États frontaliers des États-Unis et cesserait d’approvisionner en nickel. Selon la douane américaine et l’Agence de protection des frontières du Canada, au cours des trois dernières années, près de la moitié des importations américaines de nickel provenaient du Canada, tandis que 40 à 50% des exportations de nickel canadien étaient destinés aux États-Unis.

Alors que le Canada commence à coopérer plus activement avec la Chine, il ne faut pas exclure que ses exportations de nickel soient redirigées vers là-bas. Le 24 janvier 2026, Trump a déjà menacé d’imposer des tarifs douaniers de 100% si le Canada signait un nouvel accord commercial avec la Chine.

Ajoutons à cela qu’à la fin de 2025, la Monnaie américaine (US Mint) et l’un de ses fournisseurs, Artazn, ont commencé à explorer des moyens de réduire le coût de la production de nickel à moins de 5 cents, puisque les pièces de cinq cents aux États-Unis sont composées à 75% de cuivre et à 25% de nickel, et que, au cours des dix dernières années, le prix de ces métaux a presque doublé.

En seulement un an, le prix du nickel a augmenté de plus de 15%. Et celui du cobalt de plus de 160%. En janvier 2026, le prix du nickel s’élevait à 18.500 dollars la tonne.

Et si les réserves naturelles du Groenland doivent encore être exploitées, après une étude géologique approfondie, à Cuba, toutes les réserves actuelles et potentielles sont déjà connues. Selon un rapport de la Direction générale de l’industrie minière cubaine, à leur taux de production actuel, le nickel pourrait être extrait et exporté en 17 à 20 ans, et Cuba se classe au cinquième rang mondial pour ses réserves de nickel et au troisième pour ses réserves de cobalt.

Par conséquent, la rhétorique politique des États-Unis sur la « menace communiste » venant de Cuba cache des intérêts économiques plutôt matériels.

dimanche, 08 février 2026

L’âme orientale de l’Irlande - L’île verte entre la steppe et l’océan

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L’âme orientale de l’Irlande

L’île verte entre la steppe et l’océan

Callum McMichael

Source: https://www.multipolarpress.com/p/irelands-eastern-soul

Callum McMichael remet en question le mythe de l’Irlande comme étant uniquement occidentale.

L’Irlande, isolée à l’extrême ouest du continent européen, est généralement imaginée comme une île atlantique dont l’identité culturelle aurait été façonnée dans l’isolement, principalement influencée par les traditions celtiques, les incursions vikings, les conquêtes normandes, et des siècles de domination anglo-normande et britannique. Pourtant, ce récit familier dissimule une réalité plus complexe et surprenante: tout au long de son histoire, l’Irlande a maintenu des liens profonds et pluriels avec la moitié orientale du continent. Ces connexions — qui couvrent les mouvements préhistoriques de populations, les réseaux ecclésiastiques médiévaux, les diasporas militaires de l’époque moderne, la solidarité humanitaire du XIXe siècle, et des parallèles au cours du XXe siècle dans la renaissance nationale et les douleurs d'une partition — suggèrent que l’Irlande n’est pas simplement une extrémité périphérique de l’ouest européen, mais, et c'est à bien des égards essentiels, une société dont l’expérience historique s’aligne davantage sur les modèles de l’Europe de l’Est, bien davantage que ce que l’on croit généralement.

La couche la plus profonde de cette connexion orientale réside dans la préhistoire. Les recherches génétiques menées au cours de ces vingt dernières années ont considérablement modifié notre compréhension de l’histoire démographique de l’Irlande. Vers 2500–2000 av. J.-C., lors de la transition du Néolithique à l’Âge du bronze, une migration importante a eu lieu depuis la steppe pontique-caspienne, cette vaste région de plaines au nord de la mer Noire et de la mer Caspienne qui couvre aujourd’hui le sud de la Russie, l’est de l’Ukraine et une partie du Kazakhstan. Les populations associées à ce mouvement, connues des archéologues sous le nom de culture Yamnaya (et des généticiens comme les principales porteuses de l’ascendance de la steppe en Europe), ont apporté avec elles des économies pastorales, des véhicules à roues, la métallurgie et, très probablement, des langues indo-européennes précoces, qui évolueront plus tard en une branche celtique telle que parlée en Irlande.

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Des études sur l’ADN ancien, y compris des analyses marquantes menées sur des restes trouvés sur l’île de Rathlin ou à Ballynahatty (photo), montrent que cette ascendance d’origine steppique représente entre 30 et 50% du génome irlandais moderne, selon la région et le modèle utilisé. Le reste provient principalement de fermiers néolithiques arrivés d’Anatolie et du Levant via l’Europe du sud et centrale, mais la rotation démographique décisive de l’âge du bronze ancre fermement la population fondatrice de l’Irlande dans les mêmes migrations de la steppe qui ont donné naissance à de nombreux peuples d’Europe de l’Est, des États baltes aux Balkans.

Ce lien génétique ne se limite pas à une origine lointaine; il a aussi eu des conséquences culturelles et linguistiques. Les migrations de la steppe sont largement comprises comme ayant introduit la famille des langues indo-européennes dans une grande partie de l’Europe, parmi lesquelles les langues celtiques qui finiront par dominer l’Irlande, l’Écosse, le Pays de Galles et la Bretagne, qui font partie de cette même famille linguistique. Ainsi, l’identité linguistique qui distingue la « frange celtique » trouve ses origines ultimes dans ces mouvements venus de l'est qui ont également façonné les populations slaves, baltes et autres, parlant une variante ou une autre de l'indo-européen, géographiquement située plus à l’est.

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Au début de l’époque médiévale, de nouvelles voies de contact se sont ouvertes. Le monachisme irlandais, notamment entre le VIe et le IXe siècle, a produit l’une des diasporas les plus remarquables de l’histoire européenne. Les peregrini irlandais — moines et érudits qui se sont exilés volontairement par amour de Dieu — ont voyagé vers l’est en grand nombre, établissant des monastères et des écoles à travers ce qui est aujourd’hui l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, le nord de l’Italie, et jusqu’en Hongrie, Slovénie et Ukraine modernes. Des figures telles que Saint Colmán de Stockerau (martyre près de Vienne), Saint Kilian (actif en Franconie), et le cercle autour de Saint Virgile de Salzbourg illustrent la profondeur de l’influence irlandaise dans ces régions centrales et orientales. Ces missionnaires ont non seulement apporté l’apprentissage du latin et des scriptoria, mais aussi introduit des styles artistiques insulaires qui ont influencé l’art carolingien et ottonien.

Ce faisant, ils ont contribué à préserver le savoir classique durant une période où une grande partie de l’Europe occidentale se relevait de l’effondrement, tout en inscrivant les traditions intellectuelles irlandaises dans le paysage culturel émergent de ce qui deviendra la Mitteleuropa et le monde slave occidental.

144292-3577441188.jpgL’époque moderne voit une orientation encore plus marquée vers l’est à travers le service militaire. Après les défaites de la noblesse catholique irlandaise au XVIIe siècle — notamment après la guerre de Guillaume et le traité de Limerick en 1691 — des dizaines de milliers de soldats irlandais, collectivement appelés « Oies sauvages », ont quitté l’île pour servir dans des armées étrangères. Si la France a accueilli le plus grand contingent, l’Empire russe s’est montré particulièrement attractif au XVIIIe siècle. L'armée russe, en pleine modernisation sous Pierre le Grand et ses successeurs, offrait une progression rapide, un salaire important et une relative tolérance religieuse aux officiers catholiques qualifiés. La figure irlandaise la plus célèbre dans ce contexte est le maréchal de camp Pierre (Pyotr Petrovitch) Lacy, né en 1678 près de Kilmallock, dans le comté de Limerick.

Après un service initial en France et en Autriche, Lacy entra au service de la Russie en 1700, et devint l’un des généraux les plus brillants du XVIIIe siècle. Il commandait les forces russes lors de la Grande Guerre du Nord contre la Suède, gérait l’occupation de la Finlande, dirigeait les opérations durant la guerre de Succession de Pologne, et joua un rôle décisif dans la guerre russo-turque de 1735–1739, notamment lors du siège d’Azov et de la campagne dévastatrice dans le Khanat de Crimée.

789117431-2596987037.jpgSon contemporain, et autre officier d’origine irlandaise, Joseph Cornelius O’Rourke (comte Iosif Kornilovich O’Rourke) (portrait), a également atteint un haut rang, en tant que commandant la cavalerie lors des guerres napoléoniennes. Ces carrières illustrent non seulement la réussite individuelle, mais attestent aussi d'un modèle plus large: l’Irlande a fourni un nombre disproportionné de hauts gradés à l’armée russe au XVIIIe et au début du XIXe siècle, intégrant des familles militaires irlandaises dans la société impériale russe.

Ce modèle de solidarité a trouvé une expression poignante lors de la grande famine de 1845–1852. Au milieu de la catastrophe qui a réduit la population irlandaise d’environ un quart par la mort et l’émigration, une aide internationale est arrivée de diverses sources.

Parmi les contributions symboliquement les plus significatives figure la donation personnelle de 2000 livres sterling faite par le tsar Nicolas Ier (et non Alexandre II, comme on le croit parfois) à la reine Victoria pour soulager la détresse irlandaise. La somme, bien que modeste par rapport à l’ampleur de la catastrophe, était notable parce qu'elle trouvait son origine dans le trésor impérial russe ainsi que parce qu’elle a été donnée directement par le tsar lui-même. La donation a suivi l’exemple du sultan ottoman Abdülmecid Ier, qui a également contribué personnellement. Ces gestes, de la part de dirigeants d’empires souvent considérés comme « arriérés » ou « semi-orientaux » par les observateurs occidentaux, soulignaient un sentiment commun de marginalité et de vulnérabilité dans l’ordre européen. La Russie et l’Irlande, bien que très différentes en échelle et en puissance, étaient toutes deux positionnées comme des sociétés périphériques soumises aux pressions économiques et politiques des États occidentaux plus centralisés.

Le XXe siècle a apporté d’autres convergences. L’effondrement des empires multinationaux après 1918 a engendré une vague de nouveaux États-nations en Europe de l’Est, beaucoup d’entre eux ayant connu la partition, les problèmes de minorités, les revendications irrédentistes et des ajustements frontaliers violents.

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L’expérience propre de l’Irlande — partagée entre l’État libre d’Irlande et l’Irlande du Nord en 1921 — a reflété ces dynamiques de façon frappante. La Commission frontalière irlandaise de 1925, la violence ethno-religieuse du début des années 1920, et la division ethno-religieuse persistante le long de la frontière rappellent la Pologne, la Tchécoslovaquie et le différend sur Vilnius/Wilno. Les nationalistes irlandais, surtout dans les décennies suivant l’indépendance, ont souvent invoqué des analogies avec l’Europe de l’Est lorsqu’ils abordaient l'autodétermination, les droits des minorités et la légitimité ou l'illégitimité d'une partition.

G_Embed_ArthurGriffith_Portrait_ke192-2912967017.jpgArthur Griffith (photo) et d’autres penseurs du Sinn Féin, dès les premières années, s’étaient inspirés de la monarchie austro-hongroise et des campagnes d’autonomie de la Hongrie. Plus tard, durant les Troubles, des comparaisons régulières étaient faites entre l’Irlande du Nord et le Kosovo, Chypre ou les États baltes sous domination soviétique.

Pris ensemble, ces différentes filières — migrations préhistoriques de la steppe, pèlerinages médiévaux, service militaire dans l’Empire russe au XVIIIe siècle, générosité tsariste lors de la famine, et parallèles du XXe siècle avec la partition et la renaissance nationale — forment un continuum cohérent. L’Irlande s’est maintes fois retrouvée alignée, que ce soit par la génétique, la migration, l’échange culturel ou le destin politique partagé, avec l’expérience historique de l’Europe de l’Est. L’identité de l’île ne peut se réduire à une simple binarité celtique-occidentale; dans ses moments les plus déterminants, c’est une histoire orientale qui s'est transplantée à l’extrémité atlantique de l'Europe. Reconnaître cette affinité plus profonde ne diminue pas le caractère distinctif de l’Irlande; au contraire, cela enrichit notre compréhension de la véritable interconnectivité du passé européen, et de la manière dont même les sociétés les plus apparemment périphériques ont longtemps participé aux courants continentaux qui coulent de l’est vers l’ouest.

Au bout du compte, l’âme orientale de l’Irlande n’est pas une note de bas de page, une note cachée, mais un fil central dans la tapisserie du continent, nous rappelant que les frontières que nous traçons entre l’est et l’ouest ont toujours été plus poreuses, plus perméables, et plus illusoires que ne le laissent penser les cartes.

Quand la droite européenne en aura-t-elle fini avec Trump?

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Quand la droite européenne en aura-t-elle fini avec Trump?

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

Dire qu’une grande partie de ce que l’on appelle la « droite européenne » voit dans l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis une percée du populisme de droite, et que ces élections ont aussi laissé entrevoir le meilleur espoir pour les partis de droite en Europe, c’est ouvrir une porte grande ouverte. Trump a été soutenu dans ses provocations par la droite européenne, car, comme j’ai lu quelque part sur une page Facebook: «Trump est l’anti-illusion. Il ne parle pas le langage de l’auto-illusion européenne d’après-guerre, mais celui de la réalité. Brutale. Parfois maladroite. Souvent exagérée. Mais ancrée dans une seule vérité simple: le monde ne suit pas des lignes directrices morales, mais des rapports de force».

Une partie de cette sympathie de droite était liée aux réactions pavloviennes de figures comme Björn Soenens et d’autres face à chaque intervention du président américain. Une autre partie avait aussi à voir avec le fait que Donald Trump ose au moins dire ce qu’il pense: «Si vous voulez la paix, préparez-vous à la guerre!». De même, la politique de Trump en matière d’immigration illégale, une politique dure qui porte peu à peu ses fruits, a pu recueillir beaucoup de compréhension de la part de la droite européenne. N’est-ce pas Trump qui réalisait ce qu’il avait promis aux électeurs ?

L’intervention de Trump fait-elle fondre le soutien électoral de la droite européenne?

Les premiers mois de bonheur semblent derrière nous: la menace de taxes à l’importation, le mépris du président américain pour ses partenaires de l’OTAN, et pour couronner le tout, la crise du Groenland ont probablement fait réaliser à certainrs figures de la droite européenne que Trump considère l’Europe comme insignifiante, voire gênante, et qu’il ne sert que les intérêts américains. Qu’il ne croit qu’au droit du plus fort — de l’Amérique donc. Et que ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues sont traités avec brutalité, mépris.

À quel moment la sympathie idéologique se transforme-t-elle en soumission politique ou, au contraire, en rébellion politique? La politique migratoire de Trump pourrait bien devenir ce moment de basculement. Comme j’ai aussi lu quelque part sur Facebook : «Arrêter la migration illégale? Aucun problème. Poursuivre les clandestins et les expulser du pays? Aucun problème. Mais tuer des gens de cette façon, c’est une ligne qu’on ne peut pas franchir». La méthode de Trump — brutale, violente, qui semble même désorganisée — cause des soucis à (une partie de) la droite en Europe. Pour la droite européenne, une politique migratoire stricte ne peut être efficace que si elle s’inscrit dans un cadre ordonné, juridiquement fondé et politiquement soutenu. Le soutien à une politique migratoire stricte en Europe de l’Ouest s’élargit, mais jusqu’à quand, avec les actions de Trump en arrière-plan ?

Copier les méthodes américaines ne serait pas seulement une erreur, cela risquerait aussi d’être sanctionné politiquement. Et là réside probablement le plus grand danger pour la droite en Europe: la politique migratoire de Trump freine-t-elle la percée électorale des partis de droite radicale en Europe de l’Ouest, et empêche-t-elle indirectement ces partis d’accéder au pouvoir? Et comment prendre ses distances d’un président et de ses méthodes sans perdre sa crédibilité?

Guerre en Ukraine: pourquoi la fixation sur les territoires mène à une erreur analytique

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Guerre en Ukraine: pourquoi la fixation sur les territoires mène à une erreur analytique

Elena Fritz 

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Un texte remarquable nous vient de Washington — et il est l’un des textes qui, dans le discours mainstream allemand, reste largement sous le radar. Il émane de l’analyste américaine Jennifer Kavanagh de Defense Priorities (https://www.defensepriorities.org/opinion/conceding-donet...) et remet en question une hypothèse qui est également considérée comme acquise ici: que la question « Donbass oui ou non ? » n’est pas une perspective de solution, mais une simplification analytique. La guerre n’a pas été lancée à cause des territoires — et elle ne peut pas être terminée en résolvant la question des territoires.

Pendant des mois, l’administration Trump, selon Kavanagh, a défendu une équation simple: concessions territoriales de Kiev contre garanties de sécurité occidentales. Cette approche a été notamment portée par Steve Witkoff, qui a déclaré que la question des territoires était le dernier obstacle sur la voie de la paix. C’est cependant ici que réside l’erreur de raisonnement. Réduire le conflit à des cartes géographiques, c’est passer à côté de sa nature en tant qu’affrontement militaire-stratégique autour d’espaces de sécurité, autour d'un contrôle pour éviter toute escalade et toute logique d’alliance.

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Le point central de l’analyse est donc sobre — et d’un point de vue sécuritaire, impératif:

Un cessez-le-feu stable n’est possible que si les causes structurelles de la guerre sont traitées. Ces causes ne résident pas dans le simple contrôle de certaines régions, mais dans des questions relevant d'une architecture de sécurité de dimension européenne: rapports de force militaires, zones de stationnement, de portées balistiques, appartenance à une alliance et profondeur stratégique.

Kavanagh argumente logiquement : même une concession territoriale de Kiev ne marquerait pas la fin, mais seulement le début de négociations substantielles. Il s’agirait alors: 1)  de la taille des forces ukrainiennes et de l’orientation qu'elles prendraient, 2) d’un statut de non-alignement formellement établi, 3) d'un contrôle des armements et 4) de questions d’ordre politique intérieur. Le territoire ne serait alors plus un objectif, mais au mieux un facteur tactique dans un cadre de sécurité plus global.

On peut contredire l’auteure sur certains détails — par exemple sur la confusion entre Donetsk et le Donbass. Mais cela est secondaire. Ce qui est plus important, c’est autre chose: pour la première fois, la partie américaine reconnaît sérieusement que cette guerre ne peut pas être analysée isolément, mais qu’elle est l’expression d’une question fondamentale de sécurité qui n’a pas été résolue en Europe depuis des années.

De ce point de vue, il devient évident qu'une stratégie de négociation qui mettrait l’accent sur les seules questions territoriales resterait superficielle. Ce qu’il faudrait, c’est un retour aux instruments classiques de la politique de sécurité et de contrôle des armements: règles de neutralité, limitations des forces armées, transparence sur l’infrastructure militaire, accords sur la non-stationnement de certains systèmes d’armes.

Le point devient politiquement sensible lorsque les think tanks américains parlent encore d’un rôle «médiateur» de Washington. Du point de vue européen — et encore plus du point de vue allemand — cette vision est problématique. Les États-Unis ne sont pas un observateur extérieur, mais un acteur central avec ses propres intérêts stratégiques. Ces intérêts ne sont pas automatiquement alignés avec les besoins de sécurité de l’Europe.

Pour l’Allemagne en particulier, ce point est crucial. Car les conséquences de cette guerre — économiques, énergétiques, sécuritaires — touchent directement l’Europe. Un ordre de paix européen reposant uniquement sur des garanties de sécurité transatlantiques reste structurellement instable.

Il ne suffit donc pas d’émettre des déclarations politiques en faveur de la fin de l’expansion de l’OTAN vers l’Est. La stabilité ne se construit pas par la rhétorique, mais par des règles vérifiables et contractuellement fixées.

#géopolitique@affaires_mondiales_par_elena

samedi, 07 février 2026

L’effondrement accéléré

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L’effondrement accéléré

Stephen Karganovic

Source: https://telegra.ph/Il-crollo-accelerato-02-02

Nous assistons à l’effondrement accéléré des principaux piliers de ce qui était autrefois considéré comme la civilisation occidentale.

Journal-d-un-ecrivain.jpgDostoïevski exprime une pensée très perspicace dans son « Journal d’un écrivain ». Il affirme que l’effondrement de l’Occident (l'« Europe », dans le langage des intellectuels russes de son temps) se produira soudainement et de manière précipitée. Cette prévision audacieuse de Dostoïevski, écrite il y a plus de cent cinquante ans, a dû sembler fantaisiste à ses lecteurs pour au moins deux raisons.

Premièrement, dans le contexte de la période où cette prévision a été formulée, au milieu du 19ème siècle, il y avait à première vue très peu d’éléments soutenant l’idée que l’Occident approchait d'un point de rupture, que ce soit graduellement ou rapidement. Au contraire, l'Occident progressait et gagnait en force en science, dans l’industrie et dans tous les autres domaines significatifs de l’activité humaine. Collectivement, comme l’ensemble des grandes puissances de l’époque, l’Occident exerçait une domination mondiale incontestée. Au cours des siècles précédents, il avait été en constante expansion, et aucune puissance ne semblait capable de limiter ou d’inverser sa suprématie. Il rendait un hommage extérieur aux principes chrétiens, tels qu’il les comprenait et les pratiquait, et trouvait dans cette foi un soutien moral. Ses institutions sociales et politiques semblaient solides, et sa puissance militaire combinée suffisait à soumettre et maintenir dans un état de dépendance de nombreuses civilisations et empires «païens», autrefois puissants. À l’époque où Dostoïevski et d’autres penseurs russes slavophiles partageant des idées similaires mettaient en doute la durabilité de l’entreprise occidentale, l’idée d’une fin semblait difficilement concevable.

Deuxièmement, et toujours pour les raisons évoquées ci-dessus, la prévision la plus précise de Dostoïevski, selon laquelle l’effondrement du système mondial apparemment invulnérable, centré sur l’Occident, ne serait pas seulement certain, mais aussi relativement rapide et soudain, devait à l’époque où elle a été publiée sembler encore moins probable.

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Pourtant, nous assistons à l’effondrement accéléré des principaux piliers de ce qui était autrefois considéré comme la civilisation occidentale, et cela se produit d’une manière qui rappelle étonnamment la structure des événements décrite par Dostoïevski.

L'effondrement moral, symbolisé par une rupture radicale et même par le rejet net des fondements métaphysiques que l’Occident revendiquait comme son héritage, est évident. Il a été confirmé par deux événements publiquement orchestrés et délibérément blasphématoires: les cérémonies olympiques de Paris en 2024 et les célébrations de l’ouverture du tunnel du Saint-Gothard en Suisse en 2016. Il convient de noter que le seul acteur important à protester officiellement contre la blasphémie de Paris a été l’Iran, musulman et chiite.

Les effondrements dans d’autres domaines sont tout aussi impressionnants, avec les piliers de la civilisation qui s’effritent un par un. Sur le plan social, les populations autochtones sont remplacées par un afflux massif de «migrants» provenant d’autres parties du monde qui ne partagent pas leur culture, leurs valeurs, et même leur langue. Parallèlement, une catastrophe démographique se produit, car le taux de natalité des nouveaux arrivants dépasse de loin celui des autochtones, annonçant leur extinction ou, dans le meilleur des cas, leur réduction à une minorité marginalisée dans leurs anciennes terres natales. Sur le plan culturel, presque rien de significatif n’est plus produit. Avec la dissolution de tout objectif collectif, la vie perd son sens et sa valeur intrinsèque. Des « solutions » auparavant impensables aux défis et au stress de la vie, comme les énormes programmes étatiques de suicide au Canada, deviennent courantes et même attrayantes.

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Dans le domaine politique, le fossé entre l’élite dominante et les masses inertes, dont le destin est dicté par des gouvernants aliénés, n’a jamais été aussi grand. La liste des signes inquiétants pourrait être étendue. Les esprits les plus aigus sont profondément conscients de la situation et de ses implications terribles. Récemment, Paul Craig Roberts a posé la question cruciale: comment en sommes-nous arrivés à ce point si rapidement? D’autres analystes crédibles, comme Dmitry Orlov, ont proposé des modèles explicatifs du processus d’effondrement basés sur l’expérience de précédents échecs impérialistes et civilisations.

Toutes ces tendances annoncent un avenir très sombre pour la civilisation qu’elles influencent. Cependant, il existe un échec qui, à première vue, pourrait ne pas sembler très important, mais qui sort du lot parce qu’il indique le déclin cognitif de l’Occident. Ce déclin, qui paralyse la pensée, aggrave de manière cumulative les effets des effondrements dans d’autres domaines.

ivermamages.jpgL’incident que nous allons mettre en évidence incarne la folie, normalisée, d’une société mourante. La mise en scène est une audience d’un sous-comité du Sénat des États-Unis, convoquée pour recueillir des preuves sur la sécurité et la réglementation des pilules abortives. L’audience aurait probablement suivi son cours habituel si la sage-femme, Dr. Nisha Verma (photo), n’avait pas été invitée à témoigner sur certaines questions liées à la grossesse. Lors de son témoignage, elle a essayé de paraître politiquement correcte et d’éviter d’insinuer que la grossesse est une condition qui ne concerne que les femmes. Quand ce fut son tour d’interroger le Dr Verma, le sénateur Joshua Hawley (Républicain – Missouri) lui a directement demandé, pour clarifier, en tant que médecin et scientifique, quelle était sa position sur la question: les hommes peuvent-ils tomber enceints?

Dans l’échange qui a suivi avec le sénateur Hawley, cette obstétricienne-gynécologue, qui détient un doctorat en médecine et prétend avoir une connaissance de l’anatomie humaine et une expertise en questions reproductives, est restée exceptionnellement évasive. Elle a obstinément refusé de répondre par un simple « oui » ou « non » à une question qui ne nécessitait aucune référence académique. La vidéo de son témoignage doit être examinée de manière critique, non seulement en raison de son absurdité indéniable, mais surtout comme une preuve troublante d’un déni idéologique de faits empiriques évidents, déni désormais dangereusement répandu.

imahawlyges.jpgLe Dr Verma semblait évidemment mal à l’aise et même effrayée, tentant de recourir à des stratagèmes d’évitement pour détourner la question de bon sens du sénateur Hawley (photo). Le fait qu’elle soit d’origine indienne, bien que, selon son accent, elle soit née et ait grandi en Amérique, suggère que l’idée d’une grossesse masculine lui est probablement aussi culturellement repoussante que pour toute personne normale sur le sous-continent indien. Son nervosisme indique qu’en réalité, elle connaît parfaitement la réponse correcte à la question du sénateur, mais qu’elle est professionnellement et socialement intimidée à l’énoncer publiquement.

Ce qui, si c’est le cas, ne donnerait pas une bonne image de son intégrité professionnelle. Mais il est absolument nuisible pour la culture que, dans un contexte public, lorsqu’on pose des questions importantes, il soit personnellement risqué de répondre la vérité.

Et il ne fait aucun doute que, du moins en ce qui concerne la question spécifique de la grossesse masculine, les faits ne sont pas seulement bien connus, mais même facilement admis, tant qu’ils ne remettent pas en cause les chimères idéologiques dominantes. La preuve en est ce clip fascinant sur YouTube à propos des « quinze différences entre les chats mâles et femelles ». Les amateurs de chats l’apprécieront. Lorsqu’il s’agit de chats, il n’y a pas d’ambiguïté, pas de confusion entre rôles masculins et féminins ou d’attribution erronée de fonctions biologiques. L’idée que les chats mâles puissent tomber enceints n’est même pas envisagée, pas même théoriquement. On se demande comment le Dr Verma réagirait si la question lui était reformulée: les chats mâles peuvent-ils tomber enceints? Ou les cigognes mâles, ou les mille-pattes mâles?

De la réponse évidente qui est «oui» concernant les humains, avec référence aux mâles, à la même réponse évidente concernant les chats ou les chiens mâles, il n’y a qu’un pas. Avec la normalisation de la folie imposée, qui est l’aspect cognitif de l’effondrement, cette distance se réduit rapidement.

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Devises, pouvoir et détermination politique

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Devises, pouvoir et détermination politique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Dans le débat géopolitique, on parle actuellement beaucoup des monnaies. De la perte progressive de l’importance du dollar, de la montée du yuan, de nouveaux systèmes de paiement et de mécanismes commerciaux alternatifs. Tout cela est pertinent, mais cela reste incomplet si l’on oublie la question du pouvoir.

Car, historiquement, une règle simple prévaut : aucune monnaie mondiale n'est solide sans soutien militaire.

Ce n’est pas parce que le dollar est « pratique » ou parce que les marchés financiers américains sont si attractifs qu’il domine. Il est dominant parce que les États-Unis ont, pendant des décennies, été prêts à défendre politiquement, et en dernier recours militairement, leurs intérêts économiques, le long des voies maritimes, dans les régions de production de biens ou de ressources, aux points stratégiques.

C’est précisément ici que se trouve le point névralgique de la stratégie chinoise.

Aujourd’hui, la Chine est une grande puissance économique. Le volume des échanges, les capacités industrielles, l’étendue technologique — tout cela est indiscutable. Mais la force économique ne remplace pas la détermination stratégique. Et jusqu’à présent, la question reste ouverte de savoir si Pékin est prêt à défendre ses intérêts également là où les instruments économiques ne suffisent plus.

Le Venezuela et l'Iran ne sont donc pas des sujets marginaux

Ce sont des cas-tests :

– Le Venezuela a montré à quel point il est facile de neutraliser les intérêts énergétiques chinois sous pression américaine.

– L’Iran est le véritable marqueur: c’est un nœud pour l’énergie, le transport et l’ensemble de la connexion eurasienne de la Chine.

Si l’Iran tombe, c’est plus qu’un acteur régional qui vacille.

Alors aussi, les éléments clés de la stratégie eurasienne chinoise — la fameuse Route de la Soie — risquent de s’effondrer. Des projets d’infrastructure sans sécurité politique sont vulnérables. Et la vulnérabilité est exploitée dans la lutte pour le pouvoir.

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La stratégie américaine est remarquablement claire:

Ce n’est pas la grande guerre qui est menée, mais le découpage progressif des options. Isoler les partenaires, perturber les chaînes d’approvisionnement, couper les flux d’énergie, augmenter les risques politiques. Pas d’attaque frontale — mais une pression permanente qui réduit l’espace stratégique.

Jusqu’à présent, la Chine y répond par esquives et gain de temps. C’est rationnel — mais risqué. Car le temps ne travaille pas automatiquement pour celui qui attend. Souvent, il travaille pour celui qui agit.

Dans cette configuration, un autre point devient crucial: la Chine, seule, est vulnérable stratégiquement. Pas économiquement, mais en termes de sécurité. Une autre situation ne naît qu’avec l’axe russo-chinois, qui changerait fondamentalement le calcul du risque de Washington. C’est précisément pour cela que la politique américaine tente de maintenir ces deux acteurs séparés et de les engager bilatéralement.

La conclusion peut donc être bien plus désagréable: nous vivons une période de transition, particulièrement dangereuse.

– L’ancien hegemon n’est plus tout-puissant, mais il reste suffisamment fort pour détruire,

– les challengers sont capables de riposter, mais hésitent à montrer cette capacité ouvertement.

Tant que cela perdure, peu de choses changeront dans la stratégie américaine. Il n’existe pas encore de « frontière militaire » à laquelle on pourrait se heurter. Et sans cette frontière, les tests, les pressions et les décalages continueront.

La question centrale n’est donc pas: quelle monnaie domine?

Mais: qui est prêt à défendre son ordre, si nécessaire — et qui espère que l’adversaire trébuche un jour tout seul ?

Il reste incertain si cet espoir sera fondé. L’histoire semble plutôt aller dans le sens contraire.

#géopolitique@affaires_mondiales_par_elena

vendredi, 06 février 2026

Le gros bâton : les États-Unis se retournent contre leurs alliés – l’Europe commence à reconnaître le coût de sa dépendance, mais ne peut s’en libérer

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Le gros bâton: les États-Unis se retournent contre leurs alliés – l’Europe commence à reconnaître le coût de sa dépendance, mais ne peut s’en libérer

par Shen Sheng

Source: https://www.cese-m.eu/cesem/2026/02/il-grosso-bastone-usa...

Les propos du Premier ministre belge Bart De Wever marquent un changement de ton en Europe : la « protection » américaine devient un levier de pression contre les mêmes alliés. La prise de conscience des coûts de la dépendance s’accroît, mais l’autonomie reste encore loin.

SOURCE DE L’ARTICLE : https://giuliochinappi.com/2026/02/04/il-grosso-bastone-u...

Le nombre de dirigeants occidentaux qui lancent des avertissements sévères contre la pratique, adoptée par le passé, d’une dépendance excessive aux États-Unis, augmente. Le Premier ministre belge Bart De Wever a mis en garde, lors d’un forum de haut niveau sur « L’avenir de l’Europe » organisé par un média belge de première importance, que l’Europe s’est longtemps appuyée sur le « gros bâton » des États-Unis pour sa protection, pour découvrir que ce même bâton est maintenant brandi contre ses propres alliés. En plus de ses observations selon lesquelles l’Europe pourrait passer de « vassal heureux » à « esclave misérable » si elle ne trace pas de lignes rouges, ses paroles sont devenues virales sur les réseaux sociaux dès lundi.

Fin janvier, De Wever a prononcé une série de déclarations cinglantes lors du forum annuel de début d’année « L’avenir de l’Europe », co-organisé par les principaux quotidiens économico-financiers belges De Tijd et L’Echo. En abordant des thèmes tels que l’autonomie stratégique européenne, la transformation des relations transatlantiques, une intégration plus profonde du marché intérieur de l’UE et la fin de l’excès de dépendance vis-à-vis des États-Unis, il a lancé des avertissements nets sur les risques d’une subordination prolongée.

Certains observateurs ont souligné que les paroles de De Wever résonnent comme un sentiment similaire exprimé lors du discours très suivi du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos. Tous deux montrent une réflexion plus lucide des alliés traditionnels de l’Occident sur la dépendance passée aux États-Unis et la vague d’angoisse actuelle.

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Un moment crucial

Dans la vidéo, De Wever a déclaré que l’Europe a longtemps compté sur le « gros bâton » de Washington pour sa sécurité, mais qu’elle découvre maintenant que ce même levier est de plus en plus utilisé contre ses propres alliés. « C’est un moment crucial », a-t-il dit, ajoutant que la situation actuelle a mis en lumière les vulnérabilités de l’Europe et l’a forcée à faire face à des vérités inconfortables concernant sa dépendance vis-à-vis des États-Unis.

Il a également soutenu que la vision de l’Europe par le président américain Donald Trump est fondamentalement hostile à l’UE en tant que force politique et économique unifiée. Lorsqu’il affirme « aimer l’Europe », selon De Wever, il entend « 27 pays séparés qui vivent en vassaux ou tendent vers l’esclavage », notant que l’économie collective de l’UE est la seule capable de rivaliser avec celle des États-Unis. « Et cela ne lui plaît pas », a-t-il ajouté.

Certains médias décrivent la fermeté récente de certains dirigeants occidentaux envers les États-Unis comme une transition d’un accommodement prudent à une attitude plus assertive, dans le contexte des menaces tarifaires de Trump et des demandes concernant le Groenland. The Guardian l’a qualifié de « moment de vérité pour l’Europe », tandis que la BBC a écrit que « l’Europe abandonne la stratégie douce-douce avec Trump».

Un expert chinois a indiqué lundi au Global Times que ce n’est pas un tournant soudain, mais le résultat d’un processus de longue durée. L’Europe, longtemps traitée comme un « instrument » de l’hégémonie mondiale américaine, a désormais reconnu les coûts de sa dépendance vis-à-vis de Washington.

217d78ac-76b9-471f-8ff7-e08e8b3a0005.jpg« Pendant des décennies, l’Europe a fonctionné sur la base d’une hypothèse centrale : les États-Unis garantissent la sécurité, tandis que l’Europe se concentre sur la croissance économique et le bien-être. Mais la réalité offre maintenant un réveil brutal », a déclaré lundi à la Global Times Jiang Feng (photo), chercheur senior à l’Université des études internationales de Shanghai.

Jiang a dit que l’observation de De Wever selon laquelle le « gros bâton » américain est maintenant dirigé contre ses alliés équivaut, en substance, à admettre ce qui suit: l’Europe ne s’est jamais vraiment appuyée sur de véritables garanties de sécurité institutionnalisées, mais sur la « bonne humeur » de l’Amérique.

La vidéo du forum a également suscité une vague de réactions parmi les utilisateurs européens, dont beaucoup ont exprimé leur soutien aux propos du Premier ministre. Un utilisateur, @dirkschneider1608, a écrit : « Il est temps que le bla-bla constant dans les conseils européens se transforme en actions concrètes. Le moment, c’est maintenant, pas dans cent ans, pas dans une décennie. Sinon, nous finirons dans l’assiette à manger de Trump».

En commentant ses interactions récentes avec Trump et l’avenir des liens transatlantiques, De Wever s’est dit « le plus pro-américain qu’on puisse trouver », mais a souligné que les alliances doivent reposer sur le respect mutuel. « Pour danser le tango, il faut être deux, dans un mariage, il faut s’aimer mutuellement », a-t-il dit, comparant la relation transatlantique à un partenariat qui exige de la réciprocité et non des concessions unilatérales.

Vues différentes, même situation

Les références explicites aux « lignes rouges » et à l'« esclavage » ne sont pas évoquées pour la première fois par le Premier ministre belge, lequel utilise désormais un langage assez dur. Lors du même forum de Davos où le Premier ministre canadien Mark Carney a prononcé un discours très commenté, De Wever a déclaré : « Nous étions dans une position très défavorable à cette époque. Nous dépendions des États-Unis, alors nous avons choisi d’être indulgents. Mais maintenant, tant de lignes rouges sont franchies qu’il ne vous reste qu’un choix: exiger le respect de soi… ». Il a souligné que « être un vassal heureux, c’est une chose, être un esclave misérable, c’en est une autre ».

De manière similaire au Premier ministre belge, le chancelier allemand Friedrich Merz a également souligné la nécessité pour l’Europe de l’unité et de l’autosuffisance. Lors d’un discours au parlement allemand jeudi, Merz a loué «l’unité et la détermination» de l’Europe à réagir face aux menaces tarifaires de Trump durant la crise du Groenland, et a exhorté le continent à agir avec plus de confiance sur la scène mondiale, comme le préconise DW. « Nous étions tous d’accord pour ne pas nous laisser intimider par les menaces de taxes », a-t-il dit. « Si quelqu’un pense pouvoir faire de la politique en menaçant d'imposer des tarifs contre l’Europe, ce quelqu'un sait maintenant que nous pouvons et nous voulons nous défendre. »

« Ces dirigeants européens ont compris le coût de la dépendance, mais ils n’ont pas encore acquis la capacité de s’en libérer », a déclaré Jiang, ajoutant qu’il s’agit d’une situation où « la conscience s’est réveillée, mais les muscles ne sont pas encore développés ». L’expert a analysé que, en raison de divisions internes, de carences militaires et de pressions extérieures provenant des États-Unis, l’autonomie stratégique de l’Europe ne peut pas être atteinte du jour au lendemain et que l’Europe pourrait rester longtemps suspendue entre dépendance et autonomie.

Malgré cette situation, il existe aussi d’autres voix. Selon Reuters, lundi, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré lors d’une conférence organisée par l’International Institute for Strategic Studies à Singapour, que l’Allemagne « n’est pas neutre » entre les États-Unis et la Chine, et qu’elle restera toujours plus proche de Washington malgré les tensions récentes.

Zhao Junjie, chercheur senior à l’Institut d’études européennes de l’Académie chinoise des sciences sociales, a déclaré au Global Times que les propos du ministre allemand ne reflétaient pas la réalité changeante que traverse l’Europe. Il a ajouté que les manœuvres politiques internes en Allemagne influencent aussi les déclarations de Wadephul.

Selon Zhao, il existe en Europe trois principales orientations concernant la relation avec les États-Unis. Actuellement, la déception et la distanciation prédominent, exprimées par de nombreux dirigeants européens, car la base de valeurs et la confiance entre l’Europe et les États-Unis ont été structurellement endommagées, et les liens transatlantiques ne reviendront jamais à la « belle époque ».

La deuxième orientation est celle de la contradiction et de l’alternance : tout en reconnaissant des frictions croissantes avec Washington, on affirme que l’alliance n’est pas encore rompue et qu’il reste de l’espoir pour des réparations.

La troisième, relativement rare, consiste à continuer d’affirmer le rôle de leader des États-Unis dans l’OTAN et en Occident, en insistant sur la préservation du cadre actuel d’alliances malgré la fracture transatlantique.

« Quelle que soit la vision qui l’emportera, en Europe, un consensus se forme : les relations transatlantiques ne reviendront pas comme avant, et une période de profonde réorganisation et de désengagement stratégique s’amorce », a déclaré Zhao.

« Un changement de marée dans l’histoire est un processus long, tortueux, plein de contradictions. Il est normal, pas exceptionnel, que différents pays et différentes personnes aient des opinions divergentes. Dans un paysage mondial en mutation, la coexistence de positions divergentes est la norme, tandis que la Chine a maintenu de manière cohérente ouverture, confiance et calme stratégique », a ajouté Zhao.

L’internationale P2 d’Epstein : le réseau du financier comme laboratoire d’intelligence

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L’internationale P2 d’Epstein : le réseau du financier comme laboratoire d’intelligence

Andrea Muratore

Source: https://it.insideover.com/spionaggio/la-p2-internazionale...

Le cas des fichiers de Jeffrey Epstein suscite de nombreuses discussions : de l’émergence d’un réseau mondial de trafic d’êtres humains, d'abus sexuels et d’extorsions par le financier décédé d'un prétendu suicide en 2019 lors de sa détention au Metropolitan Correction Center de New York, à des phénomènes politologiques intéressants qui méritent d’être abordés indépendamment de leur enjeu pénal. Il convient notamment de souligner le rôle important du réseau du financier, condamné pour abus sexuels et harcèlements à des fins politiques, ainsi que comme laboratoire d’intelligence capable de connecter différents mondes et systèmes de pouvoir.

Le réseau de pouvoir d’Epstein

On a parlé d’un « réseau mondial » d’Epstein, mais cette affirmation est pour le moins exagérée. Le financier gérait un réseau de contacts qui concernaient essentiellement le monde américain et anglo-saxon de la finance et des affaires, les sphères aristocratiques de Londres, de la Norvège (dont la famille royale est apparentée à celle du Royaume-Uni), d'Israël, et en partie de la Russie et du Golfe Persique, avec une présence limitée en Europe continentale, quasi nulle en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

Le système Epstein ressemblait à un laboratoire d’intelligence ou à un système para-maçonnique, et à cet égard, il s’agissait d’une structure à plusieurs niveaux. Ce qui a suscité le plus de scandale et d’indignation, c’est la révélation du réseau de trafics d’êtres humains (lesquels, malheureusement, sont bien mondialisés), des abus et des violences qui concernaient souvent des figures de proue de l’élite mondiale.

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La structuration de ce réseau et l’impunité dont Epstein a bénéficié pendant des années, malgré des dénonciations et des condamnations en justice pour des délits similaires, semblent être les premières conséquences d’une capacité à gérer le pouvoir, qui s’est manifestée sur plusieurs fronts et qui a puisé beaucoup dans l’héritage de Robert Maxwell, homme politique et éditeur, père de Ghislaine, compagne d’Epstein et gestionnaire du trafic international pour l’île de Little Saint James, ainsi qu’un agent clandestin important pour Israël au Royaume-Uni dans la seconde moitié du 20ème siècle.

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Comme l’a noté Emanuel Pietrobon en dialoguant avec Mow, Maxwell père a assuré « le transfert d’informations secrètes sur la famille royale, des compromissions, l’identification de taupes – c’est lui qui a identifié Mordechai Vanunu comme la source des révélations à la presse occidentale sur l’existence d’armes nucléaires en Israël ». Pour l’analyste géopolitique, « peut-être parce qu’il a essayé de jouer double jeu avec le MI6 et le KGB, ou parce qu’il a tenté de faire chanter ses chefs, Robert est mort par noyade en 1991 » et, d’une certaine manière, une décennie plus tard, Epstein, en rencontrant sa fille, a en quelque sorte hérité de son réseau et de ses capacités d’influence.

Epstein et le monde de l’entre-deux

Epstein, en réalité, était plus un facilitateur qu’un grand stratège ; son système était un « monde de l’entre-deux » où des crimes ont été commis, certes, mais qui a, aussi, indubitablement, facilité des contacts politiques. C’était aussi un repaire d’espions et d’échanges de faveurs et d’intérêts. Un réseau qui tentait de s’étendre vers la Russie, mais rencontrant souvent des murs dressés, et qui, dans le domaine du renseignement, n’agissait pas seulement par le biais de « pièges à miel » de nature sexuelle, mais aussi comme un pont pour des contacts stratégiques.

Le réseau d’Epstein servait ou accélerait des intérêts publics et politiques de groupes bien précis, d’amis personnels, de politiciens et de gestionnaires. Il existe des preuves que, par exemple, via Epstein, le rapprochement entre Israël et le monde arabe, notamment les Émirats arabes unis, a été facilité ; des opportunités ont été créées dans l’État hébreu pour des entreprises stratégiques comme Palantir et des financiers comme Peter Thiel ; et, dans les mois précédant le début du chaos en Ukraine en 2014, un secteur précis de financiers et de figures d’élite de l’anglosphère aurait essayé d’évaluer si un espace de dialogue économique avec la Russie était possible en exploitant les connexions d’Epstein avec la Norvège.

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Les comparaisons avec la P2

Une comparaison très claire pour les lecteurs italiens peut être faite avec le célèbre cas de la loge maçonnique P2, un organisme d’une pénétration politique redoutable et surtout un réseau d’influence clandestin qui a uni d’importants secteurs du sommet du pouvoir national depuis les années 1960 et 1970. Comme Licio Gelli avec la P2, Epstein était l’animateur et le coordinateur du réseau, mais n’en était pas le maître absolu, et ceux qui y participaient le faisaient avec différents degrés d’intérêt.

Dans les deux cas, il y avait ceux qui partageaient le but le plus sombre et occulte (la participation à la loge de l’île dans le cas d’Epstein, la subversion du système démocratique dans celui de Gelli), ceux qui connaissaient des composantes criminologiquement pertinentes du système mais n’y participaient pas directement, et ceux qui étaient simplement intéressés par le profil relationnel, informationnel et privé du réseau sans connaître ou en ignorant le second et le troisième niveau. En parallèle, la dimension internationale: Gelli avait tissé des liens avec les appareils conservateurs de l’OTAN, avec les dictatures latino-américaines de l’époque, et avec les régimes européens de Grèce et du Portugal pour chercher du soutien, tandis qu’Epstein évoluait dans le périmètre que nous avons évoqué.

the-roberto-calvi-murder.jpgEpstein et Calvi, destins croisés

Ce qui relie les deux cas se trouve dans les dossiers d’Epstein et apparait sous trois références à une affaire tout à fait italienne et liée à la loge de Gelli: la fin mystérieuse de Roberto Calvi, un banquier italien important proche de la P2 et président du Banco Ambrosiano, dont la faillite a failli faire chuter, entre 1980 et 1981, l’ensemble de la finance italienne. Calvi, déjà connu comme le « banquier de Dieu » pour ses liens avec l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) du Vatican, a été retrouvé mort à Londres le 18 juin 1982, pendu au Pont des Black Friars. Une mort qui soulève de nombreux doutes. Tout comme pour le prétendu suicide d’Epstein en 2019, de nombreux contours restent obscurs.

Epstein et l’affaire P2 : des laboratoires d’intelligence avec des liens internationaux, des systèmes de pouvoir servant des réseaux profonds, et surtout, des chambres de compensation où se cachaient des plans subversifs (pour Gelli) ou profondément criminels (pour Epstein). Reliés par le mur inviolable du silence et des conspirations. Inévitablement, ces structures finiront par céder dans les sociétés démocratiques. Mais les fissures de tels faits restent visibles.

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La chute du dernier des Kadhafi

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La chute du dernier des Kadhafi

Mauro Indelicato

Source: https://it.insideover.com/guerra/la-caduta-dell-ultimo-de...

La nouvelle de l’assassinat de Saif Al Islam Kadhafi est arrivée certes de manière inattendue, mais ce n'est pas totalement une surprise. Après tout, le contexte reste celui d’une Libye encore très instable et soumise à des rebondissements constants et rapides. Dans une telle situation, porter le nom de Kadhafi n’est certainement pas une garantie d’immunité. D’autant plus si l’ancien chef Muammar Kadhafi, tué en 2011 après 42 années de règne ininterrompu, avait, à un moment donné, fait de Saif son héritier politique. Un héritage que Saif lui-même a cherché à poursuivre. Du moins jusqu’à hier, lorsque quatre hommes armés ont fait irruption dans sa maison à Zintan sans lui laisser d’échappatoire. Sa mort a probablement marqué la fin d’une ère, celle du kadhafisme. Et, avec elle, plus de cinquante ans d’histoire de la Libye et du Moyen-Orient.

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Les possibles raisons de l’embuscade à Zintan

Il est difficile pour le moment de déterminer qui a réellement appuyé sur la gâchette contre Saif, et qui, simultanément, a armé la main de ses bourreaux. La seule donnée certaine concerne le lieu de l’incident. Comme mentionné précédemment, le second fils du leader a été tué à Zintan. Ici, où le désert embrasse les montagnes à environ 200 km au sud de Tripoli (photo), se trouvent certaines des milices les plus importantes de l’ouest de la Libye. Des groupes armés qui, en 2011, furent parmi les premiers à se soulever contre Kadhafi et qui, quelques mois après la mort de Muammar, ont repéré Saif alors qu’il tentait de fuir vers le Niger. Depuis ce moment, Saif a rarement quitté Zintan. En prisonnier, il s’est transformé en un invité de luxe en 2017, suite à la décision de le libérer et de ne pas appliquer une condamnation à mort prononcée en 2015.

Zintan a donc constitué une sorte de forteresse, à partir de laquelle cultiver ses ambitions politiques. Le fait que quelqu’un soit arrivé jusque-là pour le tuer signifie que certains équilibres ont été rompus. Peut-être des équilibres internationaux. La professeure Michela Mercuri a récemment souligné la faible distance temporelle entre l’assassinat et la publication des nouveaux fichiers sur Epstein. Des documents où le nom de Saif Kadhafi est également apparu, en lien avec des intérêts liés aux comptes libyens encore gelés aux États-Unis et en Europe. Mais il pourrait aussi s’agir de “simples” équilibres locaux. L’analyste Jalel Harchaoui a rappelé que de nombreux groupes à Zintan toléraient de moins en moins la présence de cet invité de luxe. Il était perçu depuis longtemps comme une entrave et comme une menace pour la sécurité de la région.

Ce que représente la mort de Saif

Il ne faut pas exclure l’hypothèse que cela soit lié à la crainte d’un retour de Saif au pouvoir en Libye. Cependant, en suivant cette piste, plus de questions que de certitudes surgiraient. La première concerne la chronologie, puisque Saif n’a pas caché ses ambitions politiques depuis longtemps, et il serait donc intéressant de comprendre pourquoi ses bourreaux se sont armés précisément maintenant. De plus, la figure du second fils était plus symbolique que politique : “Sa figure a fonctionné comme une référence évocatrice, utile dans certaines régions du pays pour signaler un malaise, une protestation ou une demande d’attention”, a déclaré à nos micros Alessandro Scipione de l’AgenziaNova, “sans pour autant déboucher sur un projet organisé ou un leadership capable de rivaliser avec les principaux centres de pouvoir.”

Saif était donc plus un symbole, à sortir au bon moment ou à revendiquer lorsqu’on voulait exprimer un mécontentement face à la situation actuelle et une nostalgie du régime : “Dans ce contexte, la zone kadhafiste – a poursuivi Scipione – ne semble pas avoir disparu, mais continue de se manifester de manière diffuse et non coordonnée.” En résumé, la mort de Saif représente aujourd’hui la fin d’une idée politique, bien avant celle d’un projet politique. Les conséquences seront plus visibles dans les annales de l’histoire que dans les chroniques de l’actualité politique. Car, en réalité, l’assassinat du dernier Kadhafi en politique a définitivement clos une ère de plus de 50 ans.

L’Affaire Epstein, un cas d’hystérie transnationale

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L’Affaire Epstein, un cas d’hystérie transnationale

par Claude Bourrinet

J'avertis : je me place d'un point de vue parfaitement amoral.

Ce qui ne veut pas dire immoral, bien entendu.

Ni moral.

Je ne vais pas me faire que des amis, et, du reste, je ne devrais pas me mettre dans ces états là : je ne serai pas compris, il est impossible qu’on me comprenne, hormis quelques lecteurs cultivés, souvent âgés, jouissant du recul de la pensée et de la distance historique, de l’usage de la relativité des choses humaines.

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Dans l’hystérie généralisée suscitée par l’affaire Epstein, qui voit des pédophiles partout au sein des classes dirigeantes, je reconnais le son, le ton, le timbre, l’accent criard d’autres affaires gélatineuses : celles du co vid, de Brigitte, de telle pauvre victime de la sauvagerie allogène, etc. (j’en oublie). Le style n’est pas nouveau (je vais m’expliquer) : on trouve dans tous les torchons glauques, quand on touille la sauce pour la faire monter, un ragoût peu ragoutant, de sang, de sperme, de sueur, de larmes, de crime, de fornication, et de copulations de rats d’égout grouillant dans les caves humides des palais, ceux des princes ou de la république. Jetez un coup d’œil sur la une de certains magazines « people » (populaciers), ou sur des centaines de milliers de messages spasmodiques sur la toile. En Grande Bretagne, où le capitalisme acide a dissous la culture pour jeter les classes populaires dans des vomissures de pulsions nauséabondes, on a par exemple un périodique comme le Sun, tiré à des millions d’exemplaires.

Je m’interroge du reste sur la fascination qu’exercent ces chaudrons de sorcières à la mixture nauséabonde sur un grand nombre de cerveaux. Il y a là-dedans quelque chose de plébéien, de cette dilection douteuse pour les viols, les assassinats sadiques, la guillotine et le lynchage. Comme une manifestation d’une loi de similarité imitative, qui répond au crapuleux par l’infâme, le lascif par le libidineux, et la bestialité par le sadisme. On y rencontre la jubilation des soirs de d’ivrognerie sanglante, comme lors des mises au bûcher, ou des liturgies guillotineuses.

32ec8e048244330cc0bf6d4d674f156f.jpgMais revenons à nos dénonciations vociférantes, visant une classe dominante supposée dégénérée, en voie de putréfaction accélérée (ce qui n’est certes pas impossible). Qui est familier de la littérature latine connaît Suétone, Juvénal, Pétrone, et même le merveilleux Apulée, sait que le motif de la décadence des moeurs est récurrent depuis toujours. C’est un fait assuré : le pouvoir et l’argent corrompent. Pas tout le beau monde, bien évidemment (et il se rencontre dans les basses couches de la population autant de cas d’incestes et de pédophilie que dans la classe supérieure. Peut-être davantage). Mais les chroniques scandaleuses de notre Histoire française (au moyen âge, on a les fabliaux et les farces grivoises pour en parler), depuis les Valois jusqu’à la Ve République, en passant par les Bourbon, la révolution (Danton, puis les « Inc'oyables » - ou "Merveilleuses" de Thermidor, les parvenus du Directoire …), l’Empire (ce brave Napoléon, si friand de chair fraîche), la Restauration, le IIe Empire, la IIIe, la IVe république etc.. Ces temps sont farcis d’actualités scabreuses (en ce qui concerne la IIIe république, il n’est qu’à lire Sodome et Gomorrhe de Marcel Proust … Proust, qui, lui-même…). Il y avait des bordels pour canaliser ce beau monde. Et les pouvoirs, souvent, fermaient les yeux … ou faisaient chanter… Du reste, le champ de l’orgie était assez large. La pudibonderie (hypocrite) de la bourgeoisie républicaine – nourrie du moralisme de certains écrivains pleurnichards et « vertueux » des Lumières, et, plus tard, du catéchisme laïque ou bondieusard de la bourgeoisie industrieuse sous influence anglaise – qui exploitait dans les usines les enfants, assaisonnée, au XXe siècle, de puritanisme américain, nous a habitués à une sévérité morale hyperbolique. Les sociétés traditionnelles, qui en avaient vu d’autres, n’étaient pas si collet monté sur leurs échasses vertueuses. Qui a lu maints romans du XVIIIe siècle, ou des ouvrages historiques sur les mœurs sexuelles des Temps anciens, sait à quoi s’en tenir : on n’était pas spécialement revêche, alors, de ce côté-là, et les jeunes demoiselles étaient très mûres autrefois, et fort folâtres.

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D’ailleurs, ce qui m’a frappé dans la cataracte de messages venant des archives de Washington, pour autant que les images, les photographies supposées ou les brèves vidéos n’aient pas été façonnées par l’Intelligence artificielle (ce qui semble être souvent le cas), c’est que les jeunes filles mises en scène avec Epstein, Trump etc. (que je n’aime pas précisément, je le précise pour les Nuls !), n’ont pas l’air d’être particulièrement traumatisées. Elles paraissent même être dans un état de réjouissance manifeste. Ou bien on ignore le degré de désinhibition pornographique du Nouveau Monde, ou on tombe dans le cliché convenu qu’il y aurait d’une part des bourreaux, et de l’autre de pauvres victimes violentées et innocentes. La réalité est tout autre : la prostitution est une industrie aux Etats-Unis, le dollar jouant le rôle de la savonnette aseptisante, et le dogme du péché originel permet de faire une grande part au Diable, en considérant qu’il faut bien que la chair ait sa part naturelle, surtout quand elle est à moitié excusée par l’appât du gain. Des enfants étaient vendus par leur mère à Mickaël Jackson, qui n’a cependant pas perdu son aura de demi-dieu. Je ne veux pas me substituer à un gardien divin des âmes, mais massacrer, par exemple, des enfants par dizaines de milliers, me paraît bien plus une occasion de damnation qu’une orgie, dont on ressort vivant. Que les MAGA y songent !

Je vais être encore plus clair. Je veux bien que les demoiselles qui sont tombées dans les filets d’Epstein n’étaient pas des professionnelles, mais enfin ! qu’allaient-elles faire dans cette galère ? A moins d’être une demeurée complète, il ne faut pas être sorcier pour deviner ce qu’on risque en fréquentant la jet set !

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Deux idées forces sont à relever dans ce phénomène d’hystérisation. D’abord, l’empreinte profonde, dans les consciences et les cœurs, du manichéisme délirant du protestantisme, qui oppose en les associant une pureté impossible à atteindre, et une dépravation qu’on admet comme variable économique, ou comme penchant inévitable de l’homme (et qu’il faut donc admettre, ce qui nous vaut parfois l’éloge de la pornographie comme nouvelle sainteté – un certain producteur porno assassiné, Larry Flint, a été même considéré comme un héros, ou comme un saint)). Cette surévaluation de la sexualité rompt avec l’éthique antique, qui parlait soit d’éros et de désir, soit de besoin physiologique. Le christianisme a aboli l’érotisme (au sens noble) pour lui substituer le péché de chair, donc la gravelure, l’obscénité.

En soi, le « sexe », dans l’Antiquité, échappait à l’idée de « faute ». Un jeune aristocrate, qui sortait du lupanar, fut apostrophé par Caton l’Ancien, qui le félicita, car il manifestait sa virilité dans ce lieu de débauche. Mais, quelques jours plus tard, le retrouvant dans la même situation de "vidage de bourses" (pour parler comme Montaigne), il le sermonna vertement, en lui reprochant de ne savoir maîtriser ses instincts, et de sacrifier la qualité pour une quantité excessive. Car si l’amour physique, pour les anciens, n’est pas condamnable, puisqu’il fait partie de la nature, s’y adonner est l’opposé d’un comportement de guerrier, de "maître" (dominus).

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L’épouse est destinée à faire des enfants, la maîtresse (ou le jeune amant), ou, si l’on n’a pas la chance d’entretenir une relation amoureuse (seulement concevable hors mariage – et cela durera jusqu’à la fin’amor du XIIe siècle), le bordel - permettent d’assouvir ses besoins, mais avec modération. Rien de trop, là aussi ! Dans l’Europe – surtout l’Italie – de la Renaissance - mais on retrouvera la même générosité sensuelle dans la civilisation baroque catholique, ou sous la Régence et la monarchie française du XVIIIe siècle -  la vie sexuelle, quand bien même l’Eglise tentât d’y faire face – quand elle ne s’y adonnait pas elle-même – était un fait culturel noble (aux deux sens du terme : de valeur éthique, et d’appartenance à une classe; toutefois, la liberté sexuelle était grande dans le peuple, et seule la bourgeoisie était pincée). Il en est resté quelque chose, en France, dans la condamnation de l’hypocrisie, et dans l’éloge de la Nature.

81Yx1HABAkL._UF1000,1000_QL80_.jpgQuant à l’hypocrisie, justement, la scène 2 de l’Acte V du Dom Juan de Molière, la fameuse tirade dite de l’hypocrisie, témoigne de l’utilisation, déjà, du « vice » - comme d'un appareillage accusatoire massif, particulièrement efficace - pour contrôler, ou détruire ses ennemis. L’instrumentalisation méthodique du motif de la corruption est un procédé politique vieux comme le monde, à condition que tout le monde soit d’accord sur ce qu’il y a à stigmatiser. Il ne serait jamais venu à l’esprit des républicains romains groupés autour de Brutus d’accuser César de fornication ubiquiste et abondante ! Sa faute était l’ambition. Un régime sain perçoit la vie politique de cette façon, sous la forme de luttes de pouvoir, et non d’un affrontement entre le Bien et le Mal. Et, ne nous voilons pas les yeux : dans toute société d’animaux sociaux, comme les primates (et l’homme est un animal de cette espèce), le mâle dominant, celui qui a mâté les jeunes concurrents et tué les plus âgés, se tape en pagaïe les femelles, et accapare la grande masse des bananes, sans que l’ordre naturel en soit transgressé (on trouvera toujours à cela des raisons génétiques, biologiques, sociales et « culturelles »).

L’obsession sexuelle, un Lénine l’avait bien vu, est, d’une façon ou d’une autre, un dérivatif. Elle sert à tordre les meilleures causes vers les caniveaux, et surtout à faire oublier les vrais enjeux d’un combat, qui, pour Vladimir Illitch, est celui de la révolution, le passage au communisme ; pour nous, c’est tout aussi bien la lutte de classes, contre la Finance, la technocratie, le sécu-libéralisme, le libertarianisme, l’impérialisme américain, le suprémacisme « blanc » ou sioniste, la destruction de la nature par l’industrie et le productivisme, et, last but not least, le transhumanisme.

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mercredi, 04 février 2026

Cinq élections qui pourraient bouleverser la donne politique en Occident

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Cinq élections qui pourraient bouleverser la donne politique en Occident

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

L'année 2026 sera une année électorale et donc potentiellement une année clé pour les démocraties européennes. Qu'il s'agisse de sécurité, d'énergie, de changements géopolitiques, de souveraineté ou de migration, ces élections auront un impact sur l'UE. En avril 2026, les Hongrois éliront un nouveau parlement. Depuis 2010, Orban a réussi, avec sa coalition de centre-droit Fidesz-KDNP, à remporter quatre élections consécutives. Budapest est devenue une plaque tournante du conservatisme européen.

Orban a notamment mené une politique migratoire restrictive, ce qui lui a valu des sanctions juridiques, des pressions financières et politiques de la part de l'UE. Et pour la première fois, toute l'opposition hongroise se rallie derrière une seule figure, Peter Magyar et son parti Tisza, pour défier Orban. Tisza appartient au groupe PPE et se montre très pro-UE. Une défaite d'Orban sera perçue comme un succès stratégique des institutions et de la politique de l'UE.

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Les États-Unis d'Amérique, la Suède, la Slovénie et l'Allemagne

Les élections de novembre 2026 aux États-Unis, les élections dites de mi-mandat, sont également importantes. Il s'agit d'un test crucial pour Donald Trump, car il ne dispose que d'une faible majorité à la Chambre des représentants. Il peut jouer plusieurs atouts : la croissance économique, la lutte contre l'immigration clandestine, la guerre contre la drogue, les interventions à l'étranger. Cela suffira-t-il à lui permettre de conserver sa majorité ou va-t-il la perdre ? Et surtout, quelles en seront les conséquences pour l'Europe ?

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Les Suédois éliront un nouveau parlement en septembre 2026, après quatre ans de gouvernement au cours desquels les Démocrates suédois ont pu influencer la politique migratoire et sécuritaire en accordant leur soutien au gouvernement de centre-droit. Seront-ils récompensés pour cela ? Les récents sondages indiquent que les sociaux-démocrates ont la faveur des électeurs. Y aura-t-il un nouvel accord avec les conservateurs en Suède ? En Slovénie, le populiste de droite Janez Jansa (photo) espère revenir au pouvoir avec son parti SDS après les élections de mars. Cela signifierait un renforcement du bloc de droite en Europe de l'Est.

Enfin, plusieurs élections régionales auront lieu en Allemagne, où les « etablierte Parteien » (les partis établis) observent avec inquiétude la montée en puissance du parti populaire Alternative für Deutschland. Dans certains Länder est-allemands, l'AfD dépasse largement les 35% des intentions de vote, si l'on en croit les sondages. Non, nous ne nous ennuierons certainement pas sur le plan politique en 2026.

Sur la nouvelle stratégie militaire américaine

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Sur la nouvelle stratégie militaire américaine

Leonid Savin

Le 23 janvier 2026, le Département de la Guerre des États-Unis a publié la Stratégie de Défense Nationale, sous-titrée « Restaurer la paix par la force pour un nouveau âge d’or de l’Amérique ». Un vestige important qui attire immédiatement l’attention sur le titre du document est qu’il concerne la défense, non la guerre, même s’il serait plus correct de le désigner comme une stratégie de guerre, puisque le Pentagone a finalement été renommé selon la logique des actions agressives des États-Unis à l’étranger depuis de nombreuses décennies, ce qui est déjà devenu une sorte de norme.

La stratégie se concentre déjà sur l’hémisphère occidental dès les premières pages et présente même une sorte de carte datant de l’époque des Lumières, avec, d’ailleurs, la désignation du Golfe du Mexique, que Donald Trump a tenté de renommer immédiatement après son retour à la Maison Blanche. « Cette stratégie est fondamentalement différente des stratégies grandioses des administrations post-Guerre Froide passées, qui étaient déliées d’un focus concret sur les intérêts pratiques des Américains », indique la section sur l’environnement de sécurité. Ce qui peut être noté concernant les différences, c’est le changement dans le terme terrorisme. Le nouveau document divise ce phénomène en deux sections : le narco-terrorisme et le terrorisme islamique. Si la première innovation est directement liée à la direction vénézuélienne (et, apparemment, sert de signal d’alarme pour d’autres politiciens en Amérique latine), la seconde ravive la phobie des néoconservateurs de l’ère George W. Bush, en insistant sur la diabolisation de l’islam en tant que tel.

Bien que plusieurs dispositions poursuivent la tendance des deux dernières décennies. Il s’agit d’une désignation des principales menaces sous forme d’États. Quatre pays sont restés inchangés : la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord. Mais, en général, il est dit que « les intérêts américains sont également menacés à travers tout l’hémisphère occidental. Dès le 19ème siècle, nos prédécesseurs ont reconnu que les États-Unis doivent jouer un rôle plus puissant et dirigeant dans les affaires de l’hémisphère afin de préserver la sécurité économique et nationale de notre nation. C’est cette compréhension qui a donné naissance à la Doctrine Monroe et au Corollaire Roosevelt qui a suivi. Mais la sagesse de cette approche s’est perdue, puisque nous avons considéré notre position dominante comme acquise, même lorsque celle-ci commença à s’éroder. En conséquence, nous avons vu l’influence de nos adversaires croître, du Groenland dans l’Arctique jusqu’au Golfe d’Amérique, le canal de Panama, et des lieux plus au sud. Cela menace non seulement l’accès des États-Unis à des terrains clés dans tout l’hémisphère ; cela rend également les Amériques moins stables et moins sûres, sapant à la fois les intérêts américains et ceux de nos partenaires régionaux. »

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Ajoutons que la sagesse s’est également perdue dans le fait qu’au moment du discours de James Monroe au Congrès américain, ce pays avait un territoire bien plus petit et, comme l’a correctement noté le président Monroe, n’était jamais intervenu dans des guerres européennes. Mais depuis le 19ème siècle, Washington a adopté une politique offensive, notamment par l’annexion de parties du Mexique et d’anciens territoires espagnols, sans parler des nombreuses interventions du 20ème et 21ème siècles.

Et, en général, la division en hémisphères est une abstraction, tout comme la projection de Mercator donne des dimensions de continents qui ne correspondent pas à leurs échelles réelles. Le point est que les États-Unis essaient non seulement de préserver leur hégémonie, mais aussi de revendiquer le droit exclusif d’intervenir dans les affaires d’autres États (ce qui contredit les promesses électorales de Donald Trump).

Et à propos de la Russie :

« La Russie restera une menace persistante mais gérable pour les membres orientaux de l’OTAN dans un avenir proche. En effet, bien que la Russie souffre de diverses difficultés démographiques et économiques, sa guerre en cours en Ukraine montre qu’elle conserve encore de profonds réservoirs de puissance militaire et industrielle. La Russie a aussi démontré qu’elle possède la résolution nationale nécessaire pour soutenir une guerre prolongée dans son voisinage immédiat. De plus, bien que la menace militaire russe soit principalement concentrée sur l’Europe de l’Est, la Russie détient également le plus grand arsenal nucléaire mondial, qu’elle continue de moderniser et de diversifier, ainsi que des capacités sous-marines, spatiales et cybernétiques qu’elle pourrait utiliser contre le territoire américain. »

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À la lumière de cela, le département veillera à ce que les forces américaines soient prêtes à défendre contre les menaces russes pour le territoire national américain. Le département continuera également à jouer un rôle vital au sein de l’OTAN, en calibrant mieux la posture et les activités des forces américaines en Europe afin de mieux tenir compte de la menace russe pour les intérêts américains ainsi que pour les capacités de nos alliés. Moscou n’est pas en position de revendiquer l’hégémonie européenne. L'OTAN européenne dépasse la Russie en échelle économique, en population, et en puissance militaire latente. En même temps, bien que l’Europe reste importante, elle possède une part plus petite et en diminution de la puissance économique mondiale. Il s’ensuit que, même si nous sommes et resterons engagés en Europe, nous devons — et nous donnerons la priorité — à la défense du territoire américain et à la dissuasion de la Chine », indique le document.

Cela mène à la conclusion que les États-Unis ont besoin des membres européens de l'OTAN pour continuer à affaiblir la Russie et les utiliser comme tampon contre la menace. Comme la Russie n’a pas l’intention d’établir son hégémonie dans la partie européenne du continent (ce qui n’est tout simplement pas rationnel et ne correspond pas aux intérêts stratégiques des États-Unis), ce passage contredit l’affirmation précédente selon laquelle la Russie représenterait une menace pour le flanc est de l’OTAN.

Mais lorsque nous lisons des documents anglo-saxons, nous devons essayer de penser de manière anglo-saxonne. Bien sûr, Washington interprète les actions de la Russie strictement selon ses propres critères. L’intérêt des États-Unis à transférer la responsabilité et les coûts de l'« endiguement de la Russie » aux satellites européens est également compréhensible, puisqu’ils sont plus proches de leurs problèmes, et devront aussi faire face à la Chine, qui est la deuxième puissance militaire mondiale.

Une section spéciale de la stratégie est consacrée à la modernisation militaire américaine. Comme le montrent les activités des chefs précédents du Pentagone, il s’agit d’un processus continu où l’armée américaine s’adapte à la situation actuelle et demande régulièrement des financements au Congrès pour toutes sortes de risques. Beaucoup de projets antérieurs ont échoué complètement, tandis que d’autres ont été réorganisés pour répondre à de nouveaux besoins. Dans cette optique, le secrétaire à la guerre actuel, Pete Hegseth, partage la même enthousiasme de ses collègues et propose de renforcer la base industrielle et matérielle des forces armées américaines.

En résumé, les auteurs de la nouvelle stratégie s’inquiètent davantage de la présence d’autres acteurs dans l’hémisphère occidental ainsi que de la montée en puissance militaire de la Chine. Les termes « narco-terrorisme » et « terrorisme islamique » sont dangereux non seulement en tant qu’outils de diabolisation dans un récit, mais aussi, compte tenu de l’expérience historique précédente, peuvent être utilisés comme justification pour des interventions militaires. Sinon, le document suit la ligne des stratégies précédentes.

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Crise du modèle occidental (États-Unis-UE)

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Crise du modèle occidental (États-Unis-UE)

Cristi Pantelimon

Source: https://www.estica.ro/article/criza-modelului-occidental-...

Ernst Nolte avait jadis raisonné sur l'idée d'« une guerre civile européenne »: la crise actuelle du monde euro-atlantique nous ferait toutefois facilement perdre de vue qu’en réalité nous assistons à la remise en question de la modernité occidentale en tant que telle, et pas seulement de ses versions américaine ou européenne.

Ce n’est pas un hasard si les opposants à notre monde euro-atlantique sont la Chine, la Russie et, avec votre permission, la dernière sur la liste, l’Inde, dont la classe moyenne deviendra dans peu d’années la plus grande du monde.

Si nous sommes attentifs aux signes de la crise, nous voyons des symptômes similaires des deux côtés de l’Atlantique.

Il y a quelques décennies, c'était une dogme des sciences sociales de dire que le socialisme n’avait pas sa place aux États-Unis (Werner Sombart). Un pays grand, individualiste, libéral, en plein essor.

Or, les États-Unis sont confrontés à la forme la plus étrange de socialisme, où la lutte des classes se mène aussi avec l’arme de la lutte raciale !

Le maire de la ville la plus représentative d’Amérique, Zohran Mamdani, est membre des Democratic Socialists of America, un parti socialiste qui ne ressemble en rien à ceux que les Européens exhibaient dans les années 70, l’âge d’or de l’État-providence.

Les mouvements de guérilla dans le Minnesota, la lutte à la baïonnette entre les brigades rouges qui défendent les droits des immigrants et les forces fédérales, étaient difficilement imaginables il y a cinq décennies ; tout comme en Europe, il était difficile d’imaginer des quartiers entiers de villes françaises presque paralysés par des immigrés qui, à la deuxième génération, ont abandonné l’idée républicaine !

Que font les Américains pour sortir de cette impasse ? Ils inventent l’oligarchie culturelle-informationnelle.

Les républicains qui combattent le socialisme, ceux de l’extrême-droite comme la Heritage Foundation, croient que le socialisme commence immédiatement à gauche de la célèbre Ayn Rand !

Une université récemment créée, à Austin (UATX), est précisément conçue pour ce discours impérial-républicain du capitalisme débridé.

71pUHkznVzL.jpgLes prêtres du nouveau culte ? Niall Ferguson, Bari Weiss, Michael Lind (auteur du livre : « Vietnam, la guerre nécessaire »).

La promesse de cette université élitiste: anti-communisme, anti-socialisme, politiques identitaires, anti-islamisme.

Cela sonne très bien : on construit des barricades, on prépare les armées de la guerre civile.

La crise qui a frappé l’Occident n’est autre que la conséquence d’une longue, trop longue cohabitation avec le paradigme de l’individualisme, sous toutes ses formes.

Rien ne mettra fin à ce combat intérieur sinon le retour à la conception traditionnelle de la vérité comme vie communautaire, partage, communauté de vie (les Grecs l’appelaient koinonia).

En dehors de cette lutte contre l’individualisme, pour redécouvrir un esprit commun, il n’y aura pas de paix.

C’est pour cela que l’Asie est forte, car elle n’a pas extrait de la bouteille l’esprit empoisonné de l’individualisme.

Aux débuts de la modernité ancienne (sic), les Grecs ont averti :

« Tant que nous sommes ensemble, nous disons la vérité ; mais lorsque nous ne disons que ce que nous pensons en tant qu’individus, nous disons ce qui est faux » (Héraclite).

Ce qui nous unit nous sauve (la vérité) ; les significations individuelles nous tuent.

Dès le début, la modernité a voulu nous sauver, en synthèse, par voie individuelle, en inventant divers moyens : l’économie, la religion protestante, le libéralisme, la démocratie libérale, le socialisme en tant qu’arme économique.

Tout cela mis sous le même signe de l’égoïsme transplanté à l’échelle de masse.

Pour redevenir un monde, l’Occident doit nier sa momerie individualiste.

Ce n’est qu’alors qu’il pourra atteindre le niveau de l’Asie et qu’il échappera au spectre de l’autodestruction.

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Quand Éléments persévère dans sa dérive néocon

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Quand Éléments persévère dans sa dérive néocon

Claude Bourrinet

La une du dernier numéro d’Eléments laisse à penser (par exemple que le désir d’être financé par Bolloré doit travailler les pauvres cervelles de son comité de rédaction, en grand-peine de financements, et devant la faillite imminente). Depuis une dizaine d’années, la revue a choisi la pente purinée de la droitisation la plus médiocre. Foin de « métapolitique » ! Ceux, qui, comme moi, se sont abonnés à un magazine de haute volée, dès le début des années 1990, éprouvent de grandes difficultés à reconnaître ce "générateur d’idées européennes" qu’était alors le GRECE. Il suffit sans doute, pour attirer des lecteurs qui ont subi, comme tout le monde, le désastre de l’effondrement scolaire et culturel, de promouvoir des bonimenteurs de plateaux-télé, comme Bock-Côté et Onfray, dont la production théorique ne dépasse pas le niveau du journalisme engagé (ou de la compilation la plus pulsionnelle d'un savoir de manuels).

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Bock-Côté, par exemple, oppose deux Occidents, l’un, « progressiste », l’autre, atlantiste, trumpiste, attaché soi-disant aux valeurs traditionnelles, comme la famille, la morale sexuelle etc. La «contre-révolution» trumpienne serait un populisme de tendance libertarienne (ce qui ne semble pas rédhibitoire pour Bock-Côté), nationaliste, désinhibé, incarnant une vitalité culturelle, économique que l’autre Occident, la Vieille Europe, contredit, elle qu’il compare à un système soviétique, étatiste, véhiculant tous les dogmes liberticides (et totalitaires) du progressisme wokiste. Cette réaction trumpienne virulente serait un sursaut salvateur contre la mondialisation qui arase les différences identitaires .

Au fond, il reprend, au niveau d’un ultra-libéralisme musclé, les thèses de Fukuyama. Car, pour lui, comme pour l’auteur de La Fin de l’Histoire, on a deux camps: celui du socialisme (poids de l’Etat, étouffement de l’individu et de l’économie, encadrement de la société), et un libéralisme qui «libère» les volontés et les énergies, en transformant le monde en nouvel Eden consumériste. La seule différence est l’accent mis sur les différences nationales (mais l'impérialisme américain écrase les nations qui tentent de lui échapper).

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Bien entendu, un rédacteur de la revue métapolitique Eléments de 1990 n’aurait jamais distingué le «progressisme», celui de la modernité individualiste, consumériste, hédonisme, du néolibéralisme tout aussi individualiste, décomplexé et économiste. Du reste, ces deux tendances ont eu l’occasion, dans les années soixante-dix, de se conjuguer. Un personnage douteux comme Jerry Rubin (photo), par exemple, ou, en France, un Cohn Bendit, montrent que l’on peut s’afficher comme une sorte de Youpi libertaire, antimilitariste, adonné au Do It soixante-huitard, et verser dans le monde glacé de la finance et des milieux capitalistes les plus calculateurs, du Do it néo-bourgeois tout ce qu’il y a de plus répugnant et dédaigneux des petits que l’on écrase volontiers, puisqu’ainsi est l’ordre du monde (ou de Dieu).

Si l’on prend la peine de penser ce qu’a été le libéralisme, depuis sa naissance au sortir du moyen-âge, et son développement dans la pensée européenne depuis la Renaissance, on s’apercevra que ses tendances de «gauche» et de «droite» s’harmonisent parfaitement dans une élaboration commune, celui d’un nouvel homme détaché des racines et des différenciations essentielles qui caractérisaient l’homme traditionnel, et voué à l'utilitarisme. Et la rhétorique droitarde actuelle, qui voit dans le trumpisme un retour aux «valeurs» ancestrales, se trompe lourdement. Si Trump, en effet, se rattache à un fil civilisationnel, c’est à celui de l’Amérique puritaine, protestante, issue d’un rejet violent de l’Europe enracinée, et voyant dans le commerce, c’est-à-dire la transformation du monde en objet monnayable. Pour elle, l’homme est un producteur frénétique, détruisant la nature, un consommateur égoïste, le citoyen « élu » d’un Nouveau monde messianique, ne cherchant pas à respecter l’altérité des autres civilisations, mais cherchant plutôt à les réduire à l’état de marchés à piller, ou à les anéantir.

71U9tV0wV4L._SL1240_-730373047.jpgDu reste, étrangement, la figure de Proudhon vient à la rescousse pour étayer le projet libertarien. Onfray a toujours eu un penchant pour un théoricien qui, soit dit en passant, aurait pu gêner le sioniste fanatique qu’il est. Pour ma part, entre Proudhon et Marx, je choisis le deuxième. Non pour ses lubies utopistes et prophétiques, dont je fais la part, car au fond, elles appartiennent à la Vieille Europe depuis l’Antiquité (songeons au mythe de l’Âge d’or), mais parce que Marx a pensé l’avènement de la grande industrie militarisée (contrairement à Proudhon, qui n’avait que des réflexes de petit artisan), et parce que Marx, en hégélien qu’il était, savait concevoir de manière très large ce qu’était la grande Histoire, en prenant en considération les rapports réels de forces (qui ne se résolvent pas en l’opposition entre «petits» et «gros», ni dans la réduction de l’aliénation en un simple «vol» («La propriété», c’est le vol »)). Marx analysait en termes de rapports sociaux complexes, et le capitalisme, pour lui, qui était une phase de l’accumulation des forces productives, n’était pas une question morale, mais une nécessité historique 'en cela, il était hegelien). Ce que j’aime en Marx, c’est qu’il échappe à la posture moralisatrice (même s’il a des phrases aiguisées contre les ravages du capitalisme et de l’argent, mais le Manifeste est un outil de propagande).

Il est assuré que Proudhon, pour un libertarien, est une figure hautement intéressante, puisqu’il est contre l’Etat, contre l’impôt, contre la main mise des collectivités envahissantes sur l’individu. «Do it» est un slogan proudhonien.

Le trumpiste est donc tout ce qu’il y a de plus «progressiste» (au sens de l’évolution de l’Histoire, du capitalisme) dans le processus catastrophique engendré par une vision prométhéenne et faustienne de l’humanité.

Et l’on voit bien que l’invocation du «Nicolas qui paie», qui a sa place sur la couverture du dernier numéro d’Eléments, à côté du petit coup de pouce en faveur de l'autre Nicolas, et de Marine, contre la dictature des juges, va dans ce sens. Il va de soi, dans les milieux de droite, très attachés à la… propriété, à l’argent, au « ruissellement » financier, que toute « contribution » à l’équilibre social, comme l’aide aux plus démunis, est perçue comme une spoliation intolérable. «L’impôt, c’est le vol !». Evidemment, dans ce cas de figure, un Napoléon est considéré comme un socialiste, voire un communiste absolument blâmable, contrairement à un Trump, qui n’a jamais ouvert un livre de sa vie, mais qui ne réagit qu’en fonction de la puissance du dollar et à la liberté de l'individu d'aller consommer à Miami (ou sur la Riviera gazaouie).

Les idéologies ne doivent jamais être considérées en soi. Elles prennent la couleur, la saveur, le timbre, la carnation de l’époque où elles sont invoquées. Le nationalisme de 1792 n’est pas celui de 1933. Le libéralisme des Lumières n’est pas celui de Trump, même si, au fond, ils ont des racines communes. Mais l’effet historique n’est pas le même. Si on peut concevoir que la tâche critique portée par les Lumières du XVIIIe siècle a été, en un sens, positive (mais, comme dit Gracq, les Lumières ont éclairé, mais n’ont pas deviné ce que, plus tard, le romantisme a découvert de plus profond), la « libération de l’homme », en Occident atlantiste, se manifeste comme l’un des plus féroces arraisonnements de l’homme, de la nature, du monde, et l’un des pires dangers que l’humanité a eu à affronter, dont elle n’est pas certaine d’y survivre.

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