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mercredi, 16 septembre 2026

L’amiral Schönbach interrogé par Paolo Arrigotti: «La doctrine militaire allemande est erronée»

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L’amiral Schönbach interrogé par Paolo Arrigotti: «La doctrine militaire allemande est erronée»

Par Movisol.org

Source: https://comedonchisciotte.org/l-ammiraglio-schonbach-inte...

EIR et la chaîne YouTube de Paolo Arrigotti, «Spunti di riflessione» («Pistes de réflexion»), ont interrogé le vice-amiral à la retraite Kay-Achim Schönbach, ancien chef de la Marine allemande.

De nombreuses personnes en Allemagne partagent la position de l’amiral, selon laquelle la diabolisation du président russe Vladimir Poutine et de tout un peuple est une erreur.

    « La diabolisation — et c’est très important —, la diabolisation du président russe de la Fédération de Russie et, dans une certaine mesure, celle du peuple russe par certains secteurs des médias allemands, est imprudente et trompeuse, car, tôt ou tard, cette guerre prendra fin et il faudra alors continuer à vivre aux côtés d’un État situé à notre frontière orientale », a déclaré Schönbach.

    « À mon avis, a poursuivi l’amiral, mais aussi selon l’appréciation bien plus autorisée et significative des principaux services de renseignement — et surtout celle du plus haut commandant militaire américain en Europe —, la Russie n’est ni disposée ni en mesure d’attaquer l’OTAN. »

Ceux qui persistent à affirmer que la Russie veut envahir l’Europe font preuve d’un «niveau intellectuel abyssal», a-t-il déclaré.

Dans cet entretien, l’amiral critique la nouvelle stratégie de sécurité allemande, qu’il juge

    « trop axée sur la menace russe, au lieu de placer la République fédérale d’Allemagne et sa population au centre de la mission de défense, dans toutes les directions ».

    « Le réarmement militaire russe, qui fait l’objet d’une surveillance attentive, est perçu comme le signe que la Russie se prépare à une guerre en Europe. Notre propre réarmement, qui est parti d’un niveau beaucoup plus élevé — non seulement celui de l’Allemagne, mais aussi celui de l’Europe et de l’OTAN —, devrait en revanche être compris par la Russie comme une mesure en faveur de la paix. »

Peut-être la cause de cette «obsession» réside-t-elle dans le fait que,

    « tout comme en matière de politique migratoire, l’objectif est également de montrer au monde entier que nous, Allemands, sommes redevenus bons, ou que nous voulons le redevenir. Du point de vue des élites politiques allemandes, l’Ukraine est une cause commode qu’il convient de défendre avec un soutien inconditionnel contre la bête qu’est Moscou, afin de garantir que, cette fois, l’Allemagne se trouve du bon côté de l’histoire ».

Mais, ce faisant, l’Allemagne franchit une ligne rouge en produisant sur son territoire des armes destinées à l’Ukraine. Kiev frappe avec ces armes des cibles situées en Russie, et l’amiral Schönbach met en garde contre les conséquences :

    « La guerre fait également rage loin à l’intérieur du territoire, et la Russie n’a pratiquement aucun moyen de se défendre. Je ne partage pas nécessairement cette position, mais je la comprends. Et la Russie n’a pratiquement aucune possibilité de se défendre en bombardant les installations de production, puisque celles-ci se trouvent hors d’Ukraine.

    C’est pourquoi, en tant que citoyen allemand, je dois craindre qu’il y ait un jour des actions militaires russes sur le sol allemand, lesquelles pourraient prendre des formes très diverses. En définitive, nous ne serons pas en mesure de nous en protéger. Peut-être subirons-nous également de lourdes pertes dans ce contexte, et j’espère que cela ne se produira pas. »

L’amiral Schönbach avait fait la une de l’actualité en 2022, lorsqu’il avait été contraint de démissionner de ses fonctions d’inspecteur général de la Marine — l’équivalent allemand du chef d’état-major de la Marine — après que certains propos tenus lors d’une réunion à huis clos en Inde eurent été rendus publics. À cette occasion, il avait affirmé que Vladimir Poutine cherchait à obtenir le respect de l’Occident et que, si ce respect lui avait été accordé, il n’aurait pas marché sur l’Ukraine. Il avait également déclaré que la Russie ne restituerait pas volontairement la Crimée.

L’amiral a signé le récent appel adressé au pape Léon à l’initiative de diverses organisations internationales œuvrant pour la paix, parmi lesquelles l’Institut Schiller.

Par Movisol.org (11 septembre 2026)

Source : https://movisol.org/lamm-schonbach-alleir-la-dottrina-mil...

Parution du numéro 498 du Bulletin célinien

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Parution du numéro 498 du Bulletin célinien

2026-09-BC-Cover.jpgSommaire:

Entretien avec Patrick Mathieu

Retour sur une traduction (Voyage au bout de la nuit traduit à Tel-Aviv)

Le “cas Céline” vu par sa traductrice israélienne

 

 

Censure

Lors d’un débat qui s’est tenu en décembre dernier à la BnF, Pierre Assouline est revenu sur la polémique que souleva, il y a près de dix ans, le projet de réédition des pamphlets par les éditions Gallimard¹. À l’instar de la plupart des céliniens, il se dit toujours favorable à cette réédition: « Il n’est pas normal que l’on ne puisse aujourd’hui disposer en librairie des œuvres complètes d’un des plus grands écrivains qui a révolutionné la langue et la forme littéraire. » C’est également le point de vue d’un céliniste éminent hostile à toute censure, et favorable à une réédition dans la Pléiade : « Une édition ne rend pas légitime le contenu du texte. Un éditeur publie ce qu’il veut et n’est pas forcément d’accord avec ce qu’il publie. Il n’y a aucune raison de censurer aucun texte quel qu’il soitJe trouve qu’on entre dans une assez sale période intellectuelle où les interdictions pleuvent de toute part. »²

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Rappel des faits : en décembre 2017, Antoine Gallimard fut convoqué dans les bureaux d’un organisme d’état (la DILCRAH) où un certain Potier lui fit la leçon³. Assouline, qui accompagnait Gallimard, se souvient : « On a vu un blanc-bec énarque qui s’est adressé à Antoine comme si celui-ci n’avait aucune idée  de ce qu’était l’édition:  “Est-ce que vous savez ce que c’est que d’éditer, d’être responsable de ce qu’on publie ?”. Alors j’ai pris la parole et je lui ai dit : “Monsieur, il le sait depuis à peu près un siècle” »  
 
L’allusion à la dynastie d’éditeurs fut mal perçue : « Ça a tourné au vinaigre et ça ne servait à rien parce que de toute façon, il ne peut y avoir de censure préalable. Ce fonctionnaire voulait tout simplement le dissuader d’entreprendre ce projet ». Et d’ajouter : « Ça a été une heure très pénible. »
 

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À l’époque, Antoine Gallimard affirma qu’il n’avait pas renoncé au projet et que celui-ci n’était que suspendu. Aujourd’hui il est tout simplement enterré et dans six ans n’importe qui pourra rééditer en France ce corpus de n’importe quelle façon.
 
Qu’à cela ne tienne, diront certains: il suffit de commander cette réédition à Rémi Ferland qui l’a publiée en 2012 au Québec. Pas si simple: depuis le mois passé, la poste canadienne, victime collatérale de la taxe européenne sur les importations chinoises, a décidé de suspendre l’envoi de colis de faible valeur vers la plupart des pays européens (dont l’Allemagne, la Belgique et la France) en raison de nouvelles exigences douanières de l’U.E.4  Conséquence : l’éditeur doit désormais faire appel à une messagerie privée, d’où un coût postal plus élevé, voire un peu dissuasif. Un comble à l’ère de la mondialisation, de l’abolition des frontières et de l’ouverture des marchés !
 
Notes: 

(1) Débat intitulé “Lectures d’hier, lectures de demain ?” animé par Alban Cerisier avec Régis Debray, Pierre Assouline et Antoine Gallimard. [https://www.youtube.com/watch?v=coE3VhFdp8A]

(2) Propos de Jean-Paul Louis dans le premier volet de l’émission de Christine Lecerf, « Louis-Ferdinand Céline au fond de la nuit », France Culture, 15-19 juillet 2019.

(3) Voir M. Laudelout, « Une réédition censurée » in Céline à hue et à dia, Ed. La Nouvelle Librairie, 2022, pp. 365-377. La DILCRAH est la “Direction interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT”.

(4) Voir : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2272270/canada-taxe-europeenne-petits-colis-postes-fedex-ups

(5) À propos de livre, un auteur déplore sur les réseaux sociaux que le sien (qui traite plus de sa personne que de Céline) ne soit pas signalé par ceux qui, selon lui, devraient naturellement le faire. Peut-être devrait-il s’interroger sur les raisons de ce silence quasi unanime…

Transdémocratie et double morale: le monopole moral des immoraux

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Transdémocratie et double morale: le monopole moral des immoraux

Source: https://report24.news/trans-demokratie-das-moralische-mon...

La massue faite de moraline est l’arme favorite de la gauche et de la mouvance woke: ils sont les «gentils», ils se trouvent du «bon» côté. Du moins le pensent-ils. La réalité montre bien souvent le contraire. Leur embarrassante double morale peut s’expliquer psychologiquement — et s’avère extrêmement utile sur le plan politique. Les forces qui causent le plus de dommages sont celles qui, au sein de l’appareil de pouvoir, exploitent délibérément ces mécanismes afin de diviser la société. Et qui, ce faisant, scient ironiquement la branche sur laquelle elles sont elles-mêmes assises.

Les conversations avec un certain type de personnes donnent l’impression d’être retombé à l'âge du bac à sable: un mot de travers, et les braillements commencent aussitôt — à la fin, des châteaux de sable sont théâtralement piétinés et des pelles en plastique volent dans les airs.

La suffocation indignée et l’indignation sont aujourd’hui des instruments de contrôle du débat public. Les propos qui déplaisent ne sont pas examinés à l’aune des arguments et des faits. On critique plutôt l’audace même d’avoir osé les formuler. Les prétendus bien-pensants et parangons de vertu ont perfectionné cet étouffement du débat. Dès qu’une phrase s’écarte de la ligne souhaitée, la condamnation morale tombe: c’est de droite, c'est nazi, raciste, misanthrope, ou que sais-je encore (voilà pour les braillements). Et puisque celui qui dit quelque chose de mauvais est lui-même mauvais, l’interlocuteur tout entier est aussitôt considéré comme délégitimé. Il a quitté le club de la «diversité», de la «solidarité», de «nos valeurs» et de «notre démocratie» (à partir de maintenant, les pelles peuvent voler.)

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On agit avec la conviction de détenir un monopole moral. Celui-ci s’est après tout construit au fil des décennies: la longue marche de la gauche à travers les institutions a probablement été plus fructueuse que certains de ses premiers protagonistes n’auraient osé le rêver. Les interprétations de gauche, aussi absurdes soient-elles, dominent de larges pans des médias, de l’industrie culturelle, des universités, des salles des professeurs, des grandes institutions ecclésiastiques, des ONG et de la fonction publique. Quiconque souhaite faire carrière dans ces sphères, ou simplement y travailler sans être inquiété, sait généralement quelles phrases peuvent être prononcées et lesquelles ne le peuvent pas. C’est du pouvoir, et ce pouvoir rayonne vers l’extérieur. Mais c’est aussi une identité.

Les convictions politiques comme identité

Les avantages sont manifestes: celui qui se croit du «bon côté de l’histoire» en tire une estime de soi extraordinairement stable. On appartient aux gentils et on lutte contre les méchants. On se tient aux côtés des faibles, des victimes, et on les défend contre l’injustice et les attaques des puissants. On est pratiquement Batman — dans certains cas, plutôt Batman au RSA, mais passons.

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Ce sentiment est extrêmement gratifiant sur le plan psychologique: il libère du doute de soi, donne un sens à sa propre vie et fournit des ennemis tout désignés contre lesquels on peut se défouler. Il épargne également l’effort de penser, car dès lors qu’il ne faut plus analyser les faits, mais seulement les classer moralement, on n’a plus à se confronter aux réalités qui dérangent. Cette image de soi n’est pas liée aux faits, mais à un sentiment de supériorité morale.

Accessoirement, cela permet aussi de devenir aussitôt membre d’une bande qui, dans de nombreux domaines, exerce encore le pouvoir. Les êtres humains sont des animaux grégaires. Le sentiment d’appartenance nous procure de la sécurité. Le perdre paraît menaçant. Quiconque s’écarte du consensus dans certains cercles professionnels ou privés s’expose à des conséquences allant des regards critiques et de l’exclusion ouverte jusqu’à la fin d’amitiés, voire à des préjudices professionnels. Dans divers milieux, la «posture» correcte passe pour une preuve d’intelligence et de décence. Celui qui se fait remarquer négativement perd non seulement sa carte de membre, mais aussi son statut.

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La psychologie sociale étudie ces phénomènes dans le cadre de la théorie de l’identité sociale. Cette théorie part du principe que les êtres humains ne tirent pas leur image d’eux-mêmes de leurs seules caractéristiques individuelles, mais qu’ils se définissent fortement par l’intermédiaire de groupes — notamment, et tout particulièrement, par leur camp politique. Ils adoptent l’identité de leur groupe et en intériorisent les normes, les valeurs et les comportements. Les opinions politiques ne sont alors plus des convictions susceptibles d’être modifiées par les faits, mais deviennent une composante de l’identité personnelle et se trouvent, par conséquent, fortement chargées d’émotion.

Changer d’avis reviendrait à devoir remettre simultanément en question son identité et son appartenance au groupe. Au sein de son propre groupe, la cohésion est forte et l’on se perçoit, soi-même et ses semblables, comme supérieurs. Les personnes rattachées à d’autres groupes tendent en revanche à être dépréciées et considérées comme «l’ennemi».

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Un cadeau fait aux puissants

Ces classifications nous sont de peu d’utilité dans notre manière concrète d’appréhender ces mécanismes. Il est toutefois important de comprendre que, dans de nombreux débats politiques, on ne lutte pas autour des faits — on se heurte à des processus psychologiques dont l’effet est bien plus puissant. Les débats ne dégénèrent pas parce que quelqu’un cite des statistiques sur la criminalité; ils dégénèrent parce que ces statistiques sont perçues comme une attaque contre une vision du monde, une image de soi et l’identité de tout un groupe.

Cette prétendue menace entraîne le lancer des pelles en plastique. Tandis que l’un des interlocuteurs souhaite argumenter sur le fond, l’autre est depuis longtemps parti en guerre, comme si l’on venait d’insulter non seulement sa personne, mais aussi ses parents, ses grands-parents et même l’intégralité de son clan familial. Les effets sur la société sont dévastateurs, mais ce phénomène est souhaitable pour les puissances politiques qui redoutent un peuple uni. Voilà pourquoi ces mécanismes sont exploités à des fins politiques et médiatiques.

Dans ce contexte, l’absurde double morale de ceux qui se croient «moralement supérieurs» devient elle aussi explicable. Car, objectivement, les prétendus «gentils» sont très loin d’être aussi «bons» qu’ils se l’imaginent. Ils minimisent la violence, sapent les droits des femmes ainsi que ceux des minorités pour lesquelles ils prétendent lutter, favorisent des structures qu’ils rejettent en principe et nuisent aux pauvres et aux faibles. Ces angles morts peuvent être considérés comme le symptôme d’un processus de déconnexion de la réalité. Mais ils révèlent surtout la bassesse d’un complexe politico-médiatique qui dissimule les contradictions afin d’entretenir et d’accentuer la division.

Cette série d’articles met en lumière quelques-unes des failles particulièrement embarrassantes du monopole de l’opinion exercé par les bien-pensants de gauche, et montre comment elles dévoilent le modèle économique d’un appareil de pouvoir tributaire de la polarisation.

Le banian multipolaire a été planté - Trois civilisations, cinq fragments

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Le banian multipolaire a été planté

Trois civilisations, cinq fragments

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine soutient que l’Iran et Ansar Allah au Yémen sont devenus l’emblème du sommet des BRICS, et qu’un pas supplémentaire de Modi fera pencher la balance au détriment d’un Occident fragmenté.

Les participants au triomphal sommet des BRICS ont planté un banian multipolaire (ci-dessous), dont l’emblème est devenu le courage sans précédent du peuple héroïque d’Iran et des magnifiques et inflexibles combattants d’Ansar Allah au Yémen.

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L’affrontement entre la multipolarité et l’hégémonie unipolaire gagne en intensité, et les échecs provoqués par les actions extrémistes de l’administration Trump ne font que pousser les pays des BRICS, ceux qui sont encore hésitants, à se rallier autour de leur plateforme commune. Ceux qui ont misé exclusivement sur l’Occident se retrouvent dans le camp des perdants. Ceux qui penchaient en faveur de la multipolarité disposent de nouveaux arguments et s’enhardissent.

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La position de Modi revêt une grande importance. Pour plusieurs raisons, il ne s’est pas empressé de faire un choix sans équivoque en faveur de la multipolarité: les frictions frontalières avec la Chine, le soutien de Pékin au Pakistan et la résistance à l’influence croissante du facteur islamique au sein même de l’Inde — en particulier dans le territoire du Jammu-et-Cachemire. Tout cela a poussé New Delhi à prendre part à des projets unipolaires tels que le QUAD et à coopérer étroitement avec Israël. Mais la fracture manifeste au sein même de l’Occident entre les États-Unis et l’Union européenne, les aventures infructueuses de Trump au Moyen-Orient et la politique ouvertement extrémiste d’Israël, d’un côté — conjuguées à la stratégie fructueuse de la Chine, à une nouvelle phase de l’offensive russe en Ukraine et au renforcement des forces de la Résistance au Moyen-Orient, de l’autre — poussent Modi vers une participation plus active à la multipolarité.

Et si Modi fait encore un pas dans cette direction, le rapport de forces dont Poutine a parlé lors du sommet des BRICS basculera définitivement de notre côté.

Trois États-civilisations — la Chine, la Russie et l’Inde —, aux côtés du vaillant Iran et d’Ansar Allah, ainsi que d’autres pôles potentiels de la résistance islamique, sont déjà manifestement plus vastes et plus puissants que l’Occident, lequel est divisé en cinq fragments: les États-Unis de Trump et Israël formant un premier tandem, tandis que l’Union européenne, la Grande-Bretagne et les mondialistes constituent un second regroupement.

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mardi, 15 septembre 2026

L’escroquerie du néolibéralisme et la fin de la politique

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L’escroquerie du néolibéralisme et la fin de la politique

Andrea Zhok

Bien des choses peuvent être qualifiées de «problèmes politiques», mais il en existe un qui est plus radical et plus fondamental que tous les autres.

La politique est, au sens étymologique et le plus authentique du terme, l’action menée au sein de la société (polis) en vue d’un objectif qui concerne la société tout entière.

Participer à la politique, dans quelque sens authentique que ce soit, signifie proposer une forme d’action collective, qui peut aller des formes peu coordonnées d’une révolte aux formes hautement coordonnées d’un parti ou d’un État.

La politique repose sur la persuasion.

S’il n’y a pas de politique, il ne reste que des rapports de force.

Mais la condition essentielle à l’existence d’une politique est l’existence d’une société, d’une polis ou d’un peuple. Or, c’est précisément sur ce point que la «révolution néolibérale», amorcée à la fin des années 1970, a causé des dommages anthropologiques irréparables.

Ce processus comporte deux moments: l’un destructeur, l’autre affirmatif.

Sur le plan destructeur, on a favorisé une fragmentation horizontale de la société, entretenue de manière consciente et systématique. On expliquait aux jeunes qu’ils devaient reprocher aux personnes âgées leurs privilèges, et aux personnes âgées que les jeunes étaient immatures. On disait que les fonctionnaires étaient des paresseux et les travailleurs indépendants des fraudeurs fiscaux. On a alimenté en permanence un discours de haine, avant de mettre en garde contre la terrible propagation des discours de haine: racisme et racisme envers soi-même, attaques contre les «hommes blancs âgés», incels, femmes contre hommes, homosexuels contre hétérosexuels, etc. — le tout dans un crescendo entretenu quotidiennement par les médias pendant des décennies.

Même la «lutte des classes» a connu une profonde transformation. Ceux qui l’ont conçue à l’origine la présentaient comme une dénonciation structurelle des mécanismes du pouvoir économique. Elle s’est toutefois muée en une envie sociale générique, essentiellement horizontale et individuelle: «Personne ne sait à quel point mon travail est pénible, alors que pour lui ou pour elle, tout est facile et confortable».

Sur le plan affirmatif, ce processus a pris la forme d’une «affirmation individualiste de soi», dans laquelle la manière dont chacun se sent et se perçoit est tenue pour l’unique fondement de son identité. Ce type de délire idéaliste, selon lequel «je suis ce que je m’imagine être», est devenu une évidence communément admise. Si le monde n’accepte pas les fantasmes passagers que je nourris à mon propre sujet, alors c’est le monde qui a tort. Tous les films américains vous enseignent que «vous pouvez devenir tout ce que vous voulez être» — ce qui, techniquement, relève d’un trouble psychiatrique. Il s’agit d’un rejet subjectiviste du «principe de réalité» au profit d’un «principe de plaisir» qui se concrétise dans les actes d’achat et de vente sur le marché.

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Le résultat de tout cela est désormais manifeste. Il apparaît notamment sur les réseaux sociaux, où règnent la mesquinerie, l’amère frustration et ce que les Allemands appellent la Schadenfreude: le plaisir secret — mais pas si secret que cela — éprouvé devant les malheurs d’autrui, ainsi que le désir de lui faire «recevoir ce qu’il mérite», de lui «apprendre que…».

Jamais, à aucune autre époque, on n’a autant parlé d’«empathie» pour ensuite accuser les autres d’en être dépourvus.

Tous les autres portent la lourde faute de ne pas être comme moi. Mais moi, je devrais être tout autre chose; je devrais être ce dont je rêve, tandis que le monde, cynique et trompeur, m’en empêche.

De toute évidence, dans un tel contexte, toute action authentiquement collective, toute politique véritable, revient à tenter de remonter à la nage le courant d’une cascade.

On nous a magnifiquement bien escroqués.

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Asie centrale: Washington veut revenir dans le jeu

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Asie centrale: Washington veut revenir dans le jeu

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena 

L’Asie centrale revient au cœur de la rivalité entre les grandes puissances. Et c’est précisément Samarcande qui pourrait devenir le symbole de ce basculement.

La ville se trouve en Ouzbékistan, au cœur de l’Asie centrale, sur l’un des principaux axes historiques de la route de la soie. Pendant des siècles, les voies commerciales reliant la Chine, la Perse, l’Inde et l’Eurasie occidentale y ont convergé. Aujourd’hui, cette géographie ancienne acquiert une nouvelle importance stratégique: la Chine développe des corridors terrestres, Washington cherche à accéder aux matières premières et la Russie tente de préserver sa sphère d’influence traditionnelle.

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C’est précisément pour cette raison qu’il vaut la peine de se pencher sur le débat actuel au sein de l’Hudson Institute américain.

Lors du sommet de l’OCS à Bichkek, la Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie, l’Iran et le Pakistan sont représentés au plus haut niveau politique. Les États-Unis le sont à un niveau nettement inférieur. Pour l’Hudson Institute, il s’agit de bien plus qu’une question de protocole. Washington risque de perdre du terrain là où les rapports de force sont précisément en train de se recomposer.

Du point de vue américain, le véritable problème s’appelle la Chine.

Pékin a besoin de l’Asie centrale pour son énergie, ses matières premières et, surtout, pour ses liaisons terrestres en direction de l’Ouest. Ces corridors présentent un avantage stratégique: ils réduisent la dépendance de la Chine à l’égard des voies maritimes, qui, en cas de conflit, seraient bien davantage soumises à l’influence américaine.

Les États-Unis, de leur côté, s’intéressent à l’uranium, au gaz et aux minerais critiques, et veulent empêcher les Chinois de lier trop étroitement cette région à eux sur le plan économique.

Dans certaines analyses américaines, la Russie est désormais considérée différemment d’il y a encore quelques années. La guerre en Ukraine mobilise les ressources de Moscou. Plus la Russie y restera engagée longtemps, plus la marge de manœuvre de la Chine en Asie centrale s’élargira. La guerre en Ukraine acquiert ainsi, elle aussi, une dimension qui dépasse le seul cadre ukrainien. Quiconque immobilise durablement la Russie sur son flanc occidental modifie simultanément les rapports de force dans le Caucase et en Asie centrale.

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Et c’est ici que Samarcande entre en jeu: un jeu de là-bas, dans le deuxième plus grand État d’Asie centrale par sa superficie? Non: l’essentiel est ailleurs. L’Ouzbékistan est de loin l’État le plus peuplé de la région et, sur le plan politique, l’un de ses acteurs clés. Une réunion au format C5+1 est prévue à Samarcande en octobre, réunissant les États-Unis, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et le Turkménistan.

L’Hudson Institute va encore plus loin: la présence du secrétaire d’État Marco Rubio ne suffirait pas vraiment. Trump lui-même devrait se rendre à Samarcande.

Ce serait un geste remarquable: un président américain en exercice au cœur même du berceau historique de la route de la soie, exactement là où la Chine tente aujourd’hui de transformer les anciens axes commerciaux eurasiatiques en corridors modernes destinés à l’énergie, au transport ferroviaire et aux matières premières.

Mais l’orientation politique proposée est peut-être encore plus intéressante.

Comme chacun sait, les cinq États d’Asie centrale ne correspondent pas à l’idéal occidental des démocraties libérales. Pourtant, la recommandation est soudain la suivante: moins de leçons sur la démocratie, davantage d’affaires.

Car Washington a un problème de concurrence.

La Chine propose des investissements et des infrastructures sans exiger, en contrepartie, la mise en œuvre de programmes de réformes politiques. La Russie agit elle aussi, dans une large mesure, sans imposer de telles conditions. Dans ces circonstances, quiconque continue à présenter en premier lieu une liste d’exigences de politique intérieure affaiblit sa propre position.

La concurrence géopolitique discipline l’idéologie.

L’objectif américain apparaît ainsi avec une étonnante clarté: Washington n’a pas besoin de contrôler l’Asie centrale. Il lui suffit d’empêcher la Chine d’y établir une position dominante.

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La Russie est cependant encore loin d’avoir disparu. La langue, les migrations, le commerce, les infrastructures, l’énergie, la coopération en matière de sécurité, l’UEE et l’OTSC continuent de former un réseau dense. Les États d’Asie centrale eux-mêmes n’ont pas non plus intérêt à remplacer purement et simplement Moscou par Pékin ou Washington. Leur principal avantage réside précisément dans leur capacité à contrebalancer la Chine, la Russie, les États-Unis, la Turquie et d’autres acteurs les uns par rapport aux autres.

Il faudra donc observer attentivement ce qui se fera à Samarcande en octobre.

L’ancienne route de la soie redevient politique. Et Washington a compris que l’influence ne s’y acquiert pas en donnant des leçons, mais par la présence, l’argent et les intérêts.

#géopolitique@global_affairs_byelena

Pourquoi tout est désormais fasciste - La tyrannie de l’ouverture

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Pourquoi tout est désormais fasciste

La tyrannie de l’ouverture

Natasha Burge

Source: https://natashaburge.substack.com/p/why-everything-is-fas...

Certains de mes anciens amis publiaient des messages à mon sujet en ligne, déplorant ce triste constat: «Natasha a complètement déraillé et est devenue fasciste».

Lesquelles de mes opinions politiques ont conduit ces anciens amis à me qualifier de fasciste? Des choses comme: une politique d’immigration raisonnable est une bonne chose. Les transitions de genre chez les enfants sont une mauvaise chose. Le deuxième amendement est une bonne chose. La famille nucléaire est une bonne chose. La délocalisation des emplois est une mauvaise chose. L’ordre public est une bonne chose.

Je connais réellement la définition du fascisme, et je sais donc que mes convictions politiques en sont très éloignées. Mais je sais aussi que je ne suis pas la seule à qui cela est arrivé.

Pourquoi est-il donc devenu courant de qualifier machinalement de fasciste quiconque s’écarte du dogme libéral ?

L’ouverture ou Auschwitz

Pour répondre à cette question, nous devons comprendre à quel point la Seconde Guerre mondiale a traumatisé le monde occidental. Des millions de personnes ont été tuées et des millions d’autres ont dû affronter les conséquences du conflit. Une grande partie de l’Europe était littéralement en ruines — villes rasées, économies dévastées, légitimité politique épuisée — et devait être reconstruite.

Les planificateurs gouvernementaux, les économistes et les intellectuels furent contraints de se demander, en termes concrets, comment reconstruire les nations de manière à empêcher une nouvelle descente dans le totalitarisme. «Plus jamais ça» devint leur principe directeur — mais il leur fallait d’abord comprendre pourquoi tant de personnes avaient succombé au fascisme. Après tout, celui-ci n’avait pas surgi de nulle part, avec ses bottes militaires et ses rassemblements: où avait-il véritablement commencé?

imaadauthpersges.jpgCes experts en vinrent à penser que les racines du fascisme résidaient dans des habitudes mentales acquises dès les premières années de la vie. Même des traits normaux, que nous considérerions autrement comme ordinaires, furent désormais perçus comme susceptibles de préparer les individus à accepter le totalitarisme.

Il s’agissait notamment de traits tels que l’obéissance aux figures d’autorité, le malaise face à la différence et la tendance à accepter la tradition. Même une ferme conviction quant à ce qui est bien ou mal était jugée dangereuse, parce qu’elle apprenait aux gens à voir le monde en termes absolus. Les structures familiales traditionnelles — les parents et les enfants — étaient désormais considérées comme des lieux de formation à une hiérarchie dangereuse, apprenant aux enfants l’obéissance aveugle et la soumission à l’autorité. L’attachement d’une communauté à son histoire était devenu périlleux, car il rendait les gens réceptifs à une pensée fondée sur l’exclusion.

Des objections furent formulées.

Certains firent remarquer que les caractéristiques sociales désormais considérées comme de possibles vecteurs du fascisme avaient longtemps fait partie de la vie occidentale sans déboucher sur l’autoritarisme. D’autres soutinrent que le fascisme pouvait être considéré, de manière plus pertinente, comme le résultat de l’effondrement de la tradition. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne avait été dévastée par le chaos social et économique, laissant sa population vulnérable à un mouvement politique qui promettait une autorité résolue et des certitudes morales.

Mais les experts qui façonnaient les institutions de l’après-guerre avaient vécu la guerre totale, le génocide et le quasi-effondrement de l’Europe; ils étaient traumatisés, et les personnes traumatisées identifient souvent mal les causes et s’accrochent à des solutions totalisantes.

Les traditions occidentales, l’héritage culturel et la structure familiale en vinrent donc à être considérés comme des terreaux du proto-fascisme. La réponse à la question «Comment empêcher que cela ne se reproduise jamais?» paraissait dès lors évidente: affaiblir tout ce qui était susceptible de produire une pensée fasciste.

550xreno836.jpgDans son livre The Return of the Strong Gods, R. R. Reno retrace l’élaboration de cet effort d’après-guerre en examinant la pensée des figures influentes dont les travaux l’ont orienté, notamment Karl Popper, Friedrich Hayek et Theodor Adorno. Par l’intermédiaire de livres, d’essais, de colloques universitaires, de conseils en matière de politiques publiques et du façonnement des institutions culturelles, ces idées furent reprises par la classe dirigeante afin de créer l’impératif directeur du monde occidental: "l’ouverture ou Auschwitz".

Cette refonte ne fut pas menée de manière secrète ou conspiratrice; au contraire, elle fut largement débattue, puis généralement accueillie avec soulagement et célébrée: les experts avaient trouvé comment réformer la société afin que nous puissions vivre dans la prospérité et la paix! Ces idées furent donc diffusées dans les livres, les écoles, les universités et les institutions internationales, puis adoptées par le public comme une sorte de vaccin moral destiné à empêcher une nouvelle et dangereuse flambée de guerre.

Cette «ouverture» devait rééquilibrer les normes du monde occidental, en renforçant sainement les tendances libérales qui existaient déjà depuis longtemps, afin d’atténuer les pulsions autoritaires. Les gens pouvaient encore aimer leur pays — mais pas trop fortement. Ils devaient se montrer sceptiques à l’égard de l’autorité. Ils devaient être ouverts aux autres cultures et ne jamais considérer la leur comme supérieure. Quelles que soient leurs croyances religieuses, celles-ci devaient demeurer privées et ne pas être imposées aux autres. Les Occidentaux devaient être ouverts d’esprit et non idéologiques.

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Mais après une guerre qui avait semblé annoncer la fin du monde, l’éthique de l’ouverture s’accompagnait, de manière compréhensible, d’un sentiment de supériorité morale. Et ce sentiment de supériorité acquit progressivement une force de persuasion toujours plus grande.

Comme l’écrit N. S. Lyons: «Si l’on suppose que les seules options sont “la société ouverte ou Auschwitz”, alors maintenir une tolérance zéro à l’égard des valeurs supposées de la société fermée devient, dans les faits, un commandement moral. S’opposer à quelque aspect que ce soit de l’ouverture de la société et de la libération individuelle — de la sécularisation à la révolution sexuelle et aux droits des personnes LGBTQ, en passant par la libre circulation des migrants — revenait à faire le travail de Hitler et à risquer de favoriser le retour du fascisme, aussi éloigné du fascisme réel que puisse être le sujet concerné».

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L’impératif d’ouverture devint ainsi toujours plus dogmatique.

Les médias célébraient la transgression des normes tout en présentant la famille, la religion et le patriotisme comme pittoresques, mais archaïques. Dans l’enseignement, la transmission de la sagesse céda la place à l’encouragement du scepticisme. L’identité nationale fut diluée dans des valeurs abstraites sans rapport avec l’héritage historique. L’immigration augmenta régulièrement, tandis que l’idéal d’assimilation était remplacé par le multiculturalisme.

En politique, l’ouverture s’exprimait par la gouvernance supranationale et des garde-fous bureaucratiques. Dans l’économie, les marchés libres et le commerce mondialisé devaient affaiblir le nationalisme. En psychologie, les convictions fermes étaient perçues comme les signes d’une rigidité pathologique; être mentalement sain signifiait être ouvert d’esprit. Dans l’art, la subversion provocatrice remplaça la beauté et le sens. Dans la vie familiale, la famille nucléaire fut redéfinie comme oppressive. Quant aux rôles de genre, les distinctions fixes étaient désormais considérées comme des entraves arbitraires qu’il fallait renverser.

Ces idées se propagèrent comme les idées se propagent habituellement : par le prestige, les incitations et l’imitation. Rares étaient ceux qui concevaient cette poussée vers l’ouverture comme la promotion d’une idéologie particulière, tant la société était saturée par le message ambiant selon lequel l’ouverture était bonne et la fermeture mauvaise. La plupart des gens l’acceptaient comme une évidence: ce n’est pas faire de la politique, c’est simplement être quelqu’un de bien!

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Pour progresser dans l’administration, le monde universitaire, les médias et les entreprises, il fallait évoluer parmi des personnes formées à la même vision du monde. Ainsi, sans qu’aucune cabale occulte soit nécessaire, un ensemble commun d’idées en vint à dominer une grande partie du monde occidental, simplement parce que leur adoption constituait le prix à payer pour accéder au statut, à l’influence et à la légitimité.

La guerre froide donna aux États-Unis une menace existentielle autour de laquelle se rassembler, ce qui nécessitait d’attiser le patriotisme et de mobiliser l’effort national, retardant ainsi l’anéantissement complet des normes. Mais les années 1950, souvent dénoncées comme conformistes, ne l’étaient pas davantage que n’importe quelle autre décennie. Elles furent néanmoins l’époque où les «experts» devinrent obsédés par la conformité, qu’ils considéraient comme annonciatrice du fascisme. La révolution culturelle des années 1960 ne devrait donc pas être perçue comme un soulèvement spontané, mais comme le moment où la volonté, imposée d’en haut, de dissoudre les normes sociales produisit pleinement ses effets.

Lorsque l’URSS s’effondra, il ne restait presque plus rien pour empêcher la dissolution totale. On pouvait ergoter sur la vitesse précise à laquelle le progrès devait avancer, mais tel était le mandat directeur dans l’ensemble du spectre politique. Aux États-Unis, les démocrates privilégiaient l’ouverture culturelle, cherchant, au nom de la tolérance, à dissoudre les normes sociales relatives à la famille, à la culture, au genre et à la religion. Les républicains privilégiaient l’ouverture économique par l’intermédiaire des marchés libres et de la mondialisation, tout en tentant de préserver les normes sociales. Mais dès les années 1990, les démocrates avaient accepté la mondialisation, tandis que les républicains reprenaient le discours sur la diversité avec autant d’insistance que n’importe qui d’autre.

Au tournant du millénaire, la «société ouverte» avait triomphé. Comme l’écrit Lyons: «Depuis maintenant huit décennies, les anciennes élites, de gauche comme de droite, sont unies par la priorité commune qu’elles accordent à la société ouverte et à ses valeurs».

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Ainsi, toute limite doit aujourd’hui être éliminée. L’ouverture des frontières est une nécessité morale. Le sexe biologique est une construction sociale qu’il faut dépasser. Le mariage peut être redéfini à l’infini. Les nations sont des abstractions dépourvues de toute prétention morale. L’histoire est une chose dont il faut s’excuser. La religion est une excentricité privée. La mondialisation est inévitable. La seule cause autour de laquelle il reste permis de se rassembler, le seul trait distinctif que l’Occident est autorisé à revendiquer, est la célébration du principe selon lequel «la diversité est notre force» — car la diversité est, bien entendu, le symbole ultime de l’absence de toute identité commune.

Le danger de la dissidence

Il s’avère que vouloir dissoudre toutes les normes communes et tous les liens hérités afin de transformer le monde en un centre commercial mondialisé, où les individus ne sont unis que par leur désir d’acheter la prochaine nouveauté, présente quelques inconvénients.

La société ouverte a profité à une minorité tout en nuisant à la majorité.

L’ouverture économique a vidé les industries de leur substance et privé des régions entières d’emplois stables, aggravant les inégalités de revenus. Les pressions sociales et la dégradation de la qualité de vie ont conduit de nombreuses personnes à retarder la fondation d’une famille ou à y renoncer.

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L’immigration de masse a rapidement modifié la démographie, transformant les habitants en étrangers dans leur propre ville, tout en comprimant les salaires et en surchargeant les services sociaux. Les institutions civiques et les Églises se sont affaiblies, laissant aux individus moins d’endroits où éprouver un sentiment d’appartenance. Les institutions d’élite ont enseigné que l’héritage américain était honteux, plongeant les gens dans une relation conflictuelle avec le passé qui leur avait autrefois donné une identité.

De multiples façons, grandes et petites, l’impératif d’ouverture a privé la vie des gens de sens, de prospérité et de sentiment d’appartenance.

Mais toute opposition est jugée dangereuse. Faire remarquer que cet impératif a causé des dommages réels revient à trahir le consensus occidental. Manifester de l’affection pour les normes héritées revient à se révéler fasciste. Et dès lors qu’une personne est considérée comme fasciste, il n’est plus nécessaire d’examiner ses arguments: ils peuvent être écartés d’emblée comme dangereux.

Les personnes les plus durement touchées appartiennent à la classe ouvrière. Mais comme le consensus de l’après-guerre a défait la solidarité nationale, les élites américaines se soucient peu de cette classe. En réalité, elles la méprisent souvent et ne font aucun effort pour le dissimuler. Après tout, les Américains de la classe ouvrière sont considérés comme plus patriotes, plus religieux et plus conservateurs que les classes supérieures. Et puisque nous savons désormais que toutes ces caractéristiques sont crypto-fascistes, nous devons les regarder de haut afin de montrer clairement que nous sommes du côté des gentils.

Tout responsable politique perçu comme une menace pour l’ordre établi provoque également l’union de celui-ci dans un torrent de condamnations. L’apparition de telles figures politiques perturbatrices ne renverse pas véritablement une vision du monde implantée depuis des générations dans l’enseignement, la bureaucratie, les médias et même la vie des entreprises. Quels que soient les chocs électoraux, la logique qui a érigé l’ouverture en impératif moral par défaut demeure intacte et continue à se reproduire.

Il s’agit d’ailleurs d’une stratégie de domination efficace: l’ordre établi pousse constamment vers une ouverture maximale afin d’empêcher le prétendu retour du fascisme. Toute critique est interprétée comme la preuve que le fascisme subsiste, ce qui donne à l’ordre établi le mandat d’ignorer toutes les protestations et de poursuivre son programme — tout en se présentant comme héroïque.

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Et le travail de première ligne de l’ordre établi est accompli par des personnes telles que mes anciens amis, qui constituent son appareil de censure décentralisé. Comme l’écrit Auron MacIntyre (photo) dans son livre Total State: How Liberal Democracies Become Tyrannies: «Le citoyen moderne vit dans un panoptique composé de collègues, de membres de sa famille, d’amis et de supérieurs. Chacun cherche constamment à s’assurer non seulement qu’aucune pensée incorrecte ne soit jamais exprimée publiquement, mais aussi qu’un flux suffisant de pensées correctes soit consciencieusement publié».

L’impératif d’ouverture est devenu une forme de signalement propre aux élites, une manière de montrer que l’on est supérieur aux ploucs assez vulgaires pour y trouver à redire. Ironiquement, cette «ouverture» est encore présentée comme subversive, alors même qu’elle bénéficie de l’approbation — et des encouragements explicites — de l’ordre établi. En réalité, elle ne bouleverse rien et ne subvertit personne; elle ne fait que renforcer docilement les normes de la classe dirigeante.

Une logique dévorante

Il y a quelques années, je discutais avec un ami, un Américain d’âge mûr, instruit et ayant beaucoup voyagé. Nous avons commencé à parler de politique, et j’ai dit quelque chose comme: «L’Amérique a, comme tous les pays, des choses condamnables dans son passé, mais il y en a aussi beaucoup dont nous devrions être fiers. Nous avons accompli de bonnes choses pour le monde».

Mon ami eut un mouvement de recul. Il se pencha physiquement en arrière et porta une main à sa poitrine.

Puis, d’une voix choquée, il déclara: «Natasha, tu parles comme… une nationaliste».

Le dernier mot dégoulinait d’effroi.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui, parce que le raisonnement de «l’ouverture ou Auschwitz» est totalisant. Dès lors que l’on pose comme prémisse que la seule manière d’empêcher le fascisme consiste à abolir toute limite, toute frontière, toute tradition et toute norme commune, on crée une logique dévorante qui doit tout détruire. Elle se déplace toujours plus vers la gauche et ne peut jamais s’arrêter. Elle ne peut jamais déclarer que l’on en a assez fait, car cela reviendrait à reconnaître que l’on peut aller trop loin, qu’il y a peut-être trop de progrès et que certaines choses devraient éventuellement être préservées.

Et cela, bien entendu, serait fasciste.

Nous vivons donc désormais dans un monde où tout est fasciste, notamment la forme physique, la consommation de lait, l’art classique, la mode, la littérature fantasy et les écrits consacrés à la nature.

Ce qui avait commencé comme un effort bien intentionné de l’après-guerre finit par acquérir une vie propre. L’ouverture devint un acide répandu dans la société, dissolvant toute source commune de sens. En dépouillant les gens de ce qui leur avait été transmis — la famille, la foi, la culture et la confiance morale —, elle les a laissés isolés et, paradoxalement, plus vulnérables aux mouvements moraux coercitifs.

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Aujourd’hui, beaucoup s’accrochent à cette idéologie rigide, qui voit partout le spectre du fascisme et divise dogmatiquement le monde entre les purs et les damnés. Elle exige des catégories morales absolues tout en niant l’existence de tout fondement moral stable. Elle a donc construit un monde dans lequel tout constitue une menace, où le désaccord représente une faute morale et où chacun, tôt ou tard, est qualifié de fasciste.

Cette publication est accessible à tous, n’hésitez donc pas à la partager.

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Pour aller plus loin sur le "substack" de Natasha Burge, https://natashaburge.substack.com/

Toward a Moral Imagination of Home: Everyone is an Expat Now (= Vers un imaginaire moral du foyer : tout le monde est désormais expatrié).

The Department of Indoctrination: The Left’s Long March through America’s Schools (= Le ministère de l’Endoctrinement : la longue marche de la gauche à travers les écoles américaines).

Nation, Not Notion: The American Inheritance (= Une nation, pas une notion : l’héritage américain).

The Liberal Delusion: When Freedom Devours its Roots (L’illusion libérale/gauchiste: quand la liberté dévore ses racines).

The Expat Delusion: Globalist Dreams, Populist Realities (= L’illusion de l’expatriation : rêves mondialistes, réalités populistes). 

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Pourquoi l’Asie du Sud-Est voit ce que l’Europe refuse de voir

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Pourquoi l’Asie du Sud-Est voit ce que l’Europe refuse de voir

Jerry B. Marchant

Jerry B. Marchant (IS IT PROPAGANDA?®), soutient que le soft power occidental s’est mué en propagande, tandis que l’ASEAN et la Russie convergent vers une même vision multipolaire du monde.

Il y a une certaine ironie à voir les commentateurs occidentaux donner au monde des leçons sur «l’ordre fondé sur des règles», alors même que leurs propres capitales sombrent dans ce que l’on ne peut décrire que comme une dépression stratégique. L’Asie du Sud-Est apporte un utile correctif, et sa tranquille assurance mérite bien plus d’attention qu’elle n’en reçoit à Bruxelles ou à Washington, car elle illustre avec une clarté inhabituelle précisément ce que Moscou affirme depuis au moins 2007: le moment unipolaire est révolu, et le refus de l’Occident de l’accepter constitue la véritable source de l’instabilité mondiale.

Le soft power occidental a disparu parce qu’il est devenu impossible à distinguer d’une propagande de bas étage. Il ne s’agit pas d’une opinion marginale. C’est la description empirique d’un système qui, depuis trois décennies, confond ses propres intérêts avec une morale universelle. Lorsque les États d’Asie du Sud-Est, la Russie ou même la Chine refusent d’accepter ce cadre interprétatif, ils sont qualifiés d’autoritaires. Lorsque l’Occident bombarde un pays, le soumet à un embargo ou l’étrangle économiquement parce qu’il refuse de s’y conformer, cela est classé sous la rubrique «défense de la démocratie».

Appelons cela par son nom: un colonialisme qui n’a pas disparu, mais qui s’est simplement donné une nouvelle image.

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Il convient de s’y attarder, car cela confirme une position défendue depuis des années par les analystes russes et que les médias occidentaux se sont efforcés d’étouffer: l’ordre postérieur à 1991 n’a jamais été un véritable système multilatéral, mais une hiérarchie unipolaire drapée dans un langage multilatéral. Les interventions de l’OTAN en Yougoslavie et en Libye, célébrées à l’époque comme des triomphes humanitaires, sont aujourd’hui, une génération plus tard, reconnues même par des observateurs non alignés comme des modèles de changement de régime sous couvert de morale.

Les actions de la Russie en Ukraine, quelle que soit l’opinion que l’on en ait, sont jugées selon une norme que Washington et ses alliés ne se sont jamais appliquée à eux-mêmes. La sélectivité de La Haye, qui poursuit des dirigeants africains et asiatiques tout en fermant les yeux sur les agissements israéliens et américains, n’est pas un accident de conception institutionnelle. Elle est au cœur même de cette conception.

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Ce qui frappe le plus, c’est que le consensus multipolaire émergent n’est pas un élément de langage russe, mais une véritable position du Sud global, aussi clairement perceptible à Kuala Lumpur qu’à Moscou. La doctrine ZOPFAN ("Zone of Peace, Freedom and Neutrality") de l’ASEAN — zone de paix, de liberté et de neutralité — reflète presque exactement la vision que la Russie et la Chine défendent conjointement par l’intermédiaire des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai: un monde composé de pôles civilisationnels, chacun souverain dans sa propre sphère, aucun n’étant subordonné à la définition de la «communauté internationale» imposée par un hégémon unique. Refuser de choisir entre Washington et Pékin au sujet de Taïwan, ou entre l’OTAN et la Russie au sujet de l’Ukraine, ne revient pas à rester indécis. C’est reconnaître avec maturité que les petites et moyennes puissances prospèrent précisément lorsqu’elles refusent d’être enrôlées dans la guerre d’autrui.

Même le rôle de Trump à cet égard est instructif, quoique de façon involontaire.

Sa franchise transactionnelle et son insistance affichée sur le fait que les alliés «doivent tout à l’Amérique» dépouillent de leur vernis moral les politiques identiques que les administrations précédentes avaient enveloppées de ce discours. Là où les gouvernements précédents parlaient de promotion de la démocratie, Trump dit simplement ce que tout observateur sérieux savait déjà: la politique étrangère américaine porte sur les ressources et les moyens de pression, non sur les valeurs. En ce sens, il a rendu service à l’argumentaire de Moscou: il a conduit les élites occidentales elles-mêmes à dire tout haut ce qu’elles taisaient jusque-là.

Rien de tout cela ne signifie que l’Asie du Sud-Est et la Russie voient le monde de manière identique. Mais leur convergence est réelle et ne cesse de s’accentuer. Toutes deux rejettent l’idée que Washington et ses relais européens disposent encore de l’autorité nécessaire pour déterminer ce qui est légitime à l’échelle mondiale.

Toutes deux comprennent qu’un siècle véritablement multipolaire exige d’abandonner le vocabulaire conflictuel que l’Occident a hérité de son passé colonial et de le remplacer par un langage de souveraineté, de dignité et de respect mutuel entre des civilisations qui n’acceptent plus l’existence d’un centre unique d’autorité morale.

Le monde unipolaire ne prend pas fin parce que la Russie ou la Chine l’auraient voulu. Il prend fin parce que le reste du monde a tout simplement cessé de croire à ce récit.

lundi, 14 septembre 2026

Déception à Vaduz

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Déception à Vaduz

par Georges Feltin-Tracol

Dans les années 2010 et à la suite de la Manif pour Tous se distinguait un groupe activiste original: les cercles anarcho-royalistes du Lys noir animés par Rodolphe Crevelle (1955–2019). Dans La doctrine anarcho-royaliste dont la quatrième édition date de 2018, il présentait la principauté du Liechtenstein comme «notre Cuba informel» ou un «Cuba anarcho-royaliste».

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Coincé entre la Suisse et l’Autriche au cœur des Alpes, l’un des plus petits États du monde est une monarchie dont la dynastie éponyme, apparue vers 1156, y règne depuis 1719. À la différence des autres régimes couronnés d’Europe et à l’exception du Saint-Siège et de la principauté de Monaco, le souverain règne et gouverne en liaison avec un gouvernement et un parlement. Membre du Conseil de l’Europe depuis 1978, de l’ONU depuis 1990 et de l’Espace économique européen depuis 1995 malgré son traité d’union douanière avec la Confédération helvétique, le Liechtenstein est une monarchie populaire: le prince souverain dispose d’un droit de veto absolu sur les décisions gouvernementales et législatives tempéré par une procédure référendaire d’initiative populaire et le droit communal à la sécession.

imageteaser_fuerst-1_hans_adam.jpgRodolphe Crevelle s’enthousiasmait donc pour cette monarchie alpine qui avait connu «la seule révolution anarcho-royaliste de l’Histoire». En 2003, les cloportes de la Commission de Vienne, organe sentencieux émanant du Conseil de l’Europe, s’indignent des pouvoirs exécutifs conférés au souverain par la constitution. Hans-Adam II (photo) répond à l’injonction euro-mondialiste en organisant un double référendum qu’il remporte haut la main (pour l’accroissement des pouvoirs du Prince à 64,32% et contre la diminution des pouvoirs du Prince à 83,44%).

Le 1er juillet 2012, un autre référendum prévoyant la réduction du pouvoir exécutif princier donne 76,43% de non. Le souverain liechtensteinois «avait su résister, applaudit alors Rodolphe Crevelle, à toutes les pressions, notamment de la part du Conseil de l’Europe». Mieux encore, la population du Liechtenstein désapprouve l’avortement, l’euthanasie, la GPA, la PMA et l’homoconjugalité. «Le Liechtenstein, poursuivait le sympathique théoricien de l’Hyper-France, fait figure de réduit sociétal européen, un gravier dans la chaussure “drag queen” de l’Europe».

1982493_ajaxbilder_1Amvau_BvCuvv.jpgMalheureusement, le monde ultra-moderne poursuit son long travail de sape. Dès 2004, un obscur comité de l’ONU s’élève contre les règles de succession de la principauté au nom d’un fumeux Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Des bureaucrates mondialistes dénonçaient la primogéniture masculine qui exclut les femmes du pouvoir princier. Ces belles âmes rappelaient que le droit de vote n’avait été concédé au beau sexe qu’en 1984. Aujourd’hui, le premier ministre de la principauté alpine est néanmoins une femme, Brigitte Haas (photo).

Les institutions internationales et prétendues européennes ne cessent de harceler Vaduz pour cette soi-disant discrimination successorale. Ces pressions incessantes ont-elles finalement lassé la famille princière? Le 12 août 2026, lors d’une réunion plénière tenue à huis clos, deux tiers des membres adultes de la dynastie de Liechtenstein abolissent la primogéniture masculine au profit d’une primogéniture absolue stricte. Rendue publique trois jours plus tard pour la fête nationale, la décision familiale ne s’appliquera qu’aux femmes qui naîtront à partir du 16 août 2026. Pour l’instant, l’ordre de succession compte cinquante-quatre hommes…

La famille princière de Liechtenstein aurait pu au moins s’inspirer de Monaco qui privilégie la primogéniture masculine tout en permettant la succession par les femmes. Les Grimaldi actuels tiennent leur palais grâce à deux femmes dans l’histoire. La dynastie alpine a adopté la solution la plus politiquement correcte. Cette antique famille dont le territoire abrite de nombreuses banques s’est-elle pliée au Diktat de la finance mondiale? Il faut le craindre. Il est possible qu’un référendum d’initiative populaire saisisse ce sujet et que les électeurs rejettent au final la décision…

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Deux compagnons de route du Lys noir, Joseph Joly et Vincent Lefebvre ont naguère publié aux éditions de l’Aspirant La dynastie prisonnière. Histoire des souverains du Luxembourg, de l’indépendance à aujourd’hui. Ces deux auteurs mettaient tous leurs espoirs dans le grand-duc Henri ainsi que dans son fils aîné, Guillaume, pour entrer tôt ou tard en dissidence. L’histoire immédiate a répondu à leurs attentes par un démenti formel! Avant d’abdiquer en faveur de Guillaume V en 2025, l’ancien grand-duc Henri entérine la révision de la Constitution en 2008 qui lui retire ses ultimes prérogatives politiques.

S.A.R.-le-Grand-Duc-Jean-727x1024.jpgLe Lys noir croyait en la combattivité de la Maison de Bourbon-Parme à l’exemple du prétendant carliste traditionaliste Sixte-Henri. Or les anarcho-royalistes oubliaient qu’en 1986, le grand-père de Guillaume V, Jean (né en 1921, grand-duc en 1964, abdique en 2000 et décédé en 2019 - photo, ci-contre), renonçât pour lui et ses descendants aux titres de la Maison de Bourbon-Parme. Cette renonciation surprenante signalait déjà une acceptation inquiétante envers le nouveau désordre mondial ambiant.

Certes, à part le prince régnant de Monaco, Albert II, qui refuse la proposition du Conseil national d’autoriser l’avortement jusqu’à douze semaines de grossesse avec le risque de se faire dénigrer par les bien-pensants, force est de constater que les dynasties régnantes en Europe se couchent devant un conformisme édifiant. Cet état de fait empêche toute restauration monarchique sérieuse. La monocratie héréditaire n’est pas une solution idoine. Au risque d’oser l’oxymore, une «monarchie collective» dans laquelle la souveraineté se répartirait en fonction des circonstances d’un pôle à un autre paraît plus avantageuse. La résistance polysynodale, modulaire et «mosaïque» de la République islamique d’Iran le démontre bien chaque jour à la grande colère des atlantistes – occidentalistes globalitaires. S’il faut un empire sacré à l’Europe, que cet Imperium se donne d’abord un conductorat impérieux !

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 197, d’abord mise en ligne le 9 septembre 2026 sur Synthèse nationale.

La lutte de la Russie pour sa souveraineté économique - Une stratégie ou la mort

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La lutte de la Russie pour sa souveraineté économique

Une stratégie ou la mort

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine nous avertit que la Russie doit aller au-delà de la substitution aux importations et parvenir à l’autarcie, faute de quoi elle risque de perdre son indépendance et son avenir (Note du traducteur : les instructions que donne ici Douguine sont valables pour l’Europe, aujourd’hui disloquée par les actions perverses des Young Global Leaders, installés par Washington, et valent également pour tous les grands espaces appelés à constituer les pôles de la future multipolarité).

Une fois encore, [le politologue russe] Tchadaïev a entièrement raison au sujet de la substitution aux importations. À partir des années 1990 et 2000, les libéraux-mondialistes — agents de l’étranger dans la sphère économique — ont convaincu nos dirigeants qu’il était avantageux de participer à la division internationale du travail, tandis que l’autarcie était synonyme de stagnation et d’impasse. Selon eux, l’intégration aux chaînes de valeur mondiales constituait la voie du développement et de la modernisation; il n’existait aucune autre solution. Tous ceux qui soutenaient le contraire — Glaziev, Katassonov, Deliaguine, Khazine, Galouchka — étaient diabolisés, tournés en ridicule et marginalisés. Le mot même d’«autarcie» demeure tabou, tout comme la doctrine de Friedrich List sur l’«autosuffisance des grands espaces». Cela signifie que notre économie est conçue, dès le départ, de manière à exclure toute souveraineté économique et technologique complète.

Après le début de l’opération militaire spéciale et la vague de sanctions qui s’ensuivit, certaines choses ont changé. L’anathème jeté sur l’autarcie n’a cependant jamais été levé. La nouvelle ligne consistait simplement à dire que nous allions nous intégrer — mais sans l’Occident. La substitution aux importations devint alors la réponse.

Il s’agit d’une mesure à court terme, et celle-ci est justifiée. Nous devons nous battre et vaincre maintenant, alors même que la génération précédente d’économistes avait déjà détruit la base autarcique nécessaire à cette fin, rendant la Russie dépendante des chaînes d’approvisionnement mondiales. L’Occident a rompu ces chaînes; tout le monde s’est alors précipité vers l’Est — ou est retourné vers ce même Occident en empruntant des voies détournées.

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Les économistes libéraux se sont servis d’un argument fallacieux à des fins subversives: la participation à la division mondiale du travail — à la mondialisation — serait synonyme de développement, tandis que l’autarcie conduirait à la stagnation et à l’effondrement. Tchadaïev et l’exemple de la Chine — mais pas seulement celui de la Chine — montrent tout autre chose. Il faut concevoir l’autarcie comme une plateforme d’expansion: non pas comme l’État commercial totalement fermé de Fichte — modèle qui peut également fonctionner, comme l’ont soutenu Silvio Gesell et Ezra Pound —, mais comme l’édification d’une base d’exportation destinée aux marchés extérieurs. Les États-civilisations émergents, tout comme les États ordinaires, peuvent aisément y contribuer. Dès lors, l’autarcie n’est plus une impasse. Elle devient un tremplin vers une véritable souveraineté et vers le statut de puissance mondiale.

Ce que nous faisons relève encore de la tactique. Dans les années 1990, il s’agissait d’une tactique d’autodestruction; depuis les années 2000, il s’agit d’une tactique visant à préserver et à consolider la souveraineté. Ces réserves tactiques sont désormais épuisées. Elles ne suffisent plus pour rendre sa grandeur à la Russie, remporter la guerre décisive ou conserver notre place de pôle dans la nouvelle architecture de l’ordre mondial. Nous avons besoin d’une stratégie: d’une stratégie globale de souveraineté. Celle-ci inclut l’autarcie. Cela signifie que, aussi peu rentable qu’il puisse paraître à court terme de traiter nous-mêmes nos terres rares ou de fabriquer nos propres puces électroniques et processeurs quantiques, c’est précisément ce que nous devons commencer à faire de manière systématique. Aujourd’hui — pas demain, pas plus tard. Et il faut le faire correctement. Ici, tous les moyens sont permis. Il ne suffit pas de frapper du poing sur la table. Pour réveiller quelqu’un, il faut parfois aller jusqu’aux extrêmes.

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Nous devons voir clairement où l’Occident veut en venir. Le capital impose le remplacement des êtres humains par l’intelligence artificielle et les robots. Le besoin que le capital a des êtres humains diminue rapidement. Marx avait saisi quelque chose du noyau nihiliste du capitalisme. Nick Land perçoit très finement cette même réalité dans les conditions actuelles. Le capital possède une stratégie et il en suit le schéma.

Si nous ne disposons toujours d’aucune stratégie, nous n’avons aucune chance de survivre. Le répertoire des manœuvres tactiques est épuisé, de même que toute possibilité restante de s’appuyer sur l’héritage de l’autarcie socialiste soviétique. Il faut donc une stratégie ou ce sera la mort.

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La politique sans l’expérience vécue n’est qu’une abstraction idéologique opposée à la réalité

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La politique sans l’expérience vécue n’est qu’une abstraction idéologique opposée à la réalité

Par Vincenzo Costa

Source : Vincenzo Costa & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-politica-senza...

Je pense qu’une politique future devra partir de l’expérience immédiate des personnes, de leur souffrance, et je crains qu’aujourd’hui nous continuions à vouloir dire aux gens quelle est, selon nous, leur souffrance, à chercher à leur expliquer quel est le véritable problème.

On cherche à plaquer une interprétation sur la vie, alors que je crois qu’il faudrait faire apparaître explicitement les points qui génèrent de la souffrance.

À ses débuts, Facebook a été un outil important, car il a permis de donner une voix à cette souffrance muette, à cette colère qui ne trouvait pas à s’exprimer. Mais il s’est peu à peu idéologisé.

Au début, je remarquais la différence entre ce que les gens cherchaient à dire et ce que faisait le monde politique. À présent, je constate que notre bulle, elle aussi, se referme sur elle-même, se recroqueville dans une prison conceptuelle.

Il existe peut-être un point sur lequel il faudrait rester hégélien: partir de l’immédiateté, puis faire progressivement émerger les médiations constitutives de l’expérience immédiate. Peut-être est-ce là le travail théorique, du moins tel que je le conçois. Et cela s’oppose à un autre modèle, que je qualifierais de kantien, qui cherche au contraire à plaquer une grille conceptuelle sur le réel, dévalorisant ainsi l’expérience vécue.

C’est un modèle dont il sera difficile de se défaire: il résonne dans toute l’œuvre de Foucault, et il me semble qu’aujourd’hui tout le monde est foucaldien. Pour ma part, je pense que Foucault a été et demeure un grand malheur.

Mais quoi qu’il en soit, sans nous lancer dans de grands discours, peut-être devrions-nous partir des points qui génèrent de la souffrance sans les interpréter, simplement en commençant par les relever. Reprendre contact avec l’existence concrète. Je voudrais donner un exemple.

og__id6788_w1200__1x.jpgDans la Sicile de l’après-guerre, des luttes paysannes ont été menées pour le partage des grands domaines fonciers et pour la redistribution des terres. Elles auraient créé une multitude de petits paysans propriétaires.

Selon la doctrine, il s’agissait d’un désir «petit-bourgeois». Les paysans auraient dû réclamer la collectivisation et d’autres conneries de ce genre.

Mais les communistes savaient que les paysans n’étaient pas des anges. Ils ont pris en considération ce point qui révélait leur souffrance, l’ont assumé et ont géré ces luttes paysannes. Ils ne les ont pas jugées à l’aune de la doctrine. C’est ainsi qu’ils sont entrés dans l’histoire, parce qu’ils sont entrés dans la vie de personnes réelles.

Nous avons perdu le sens du concret et du quotidien, et c’est pour cette raison que nous sommes sortis de l’histoire, réduits à nous quereller entre quelques poignées de personnes.

 

Matthias Strolz, fondateur du parti des libéraux de gauche autrichiens: "La FPÖ de droite a toujours eu raison sur la migration"

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Matthias Strolz, fondateur du parti des libéraux de gauche autrichiens: "La FPÖ de droite a toujours eu raison sur la migration"

Peter W. Logghe

Source:  https://www.facebook.com/peter.logghe.94 

Il y a huit ans, l’universitaire et entrepreneur autrichien Matthias Strolz a tourné le dos à la politique partisane, après avoir fondé, en 2012, le parti libéral de gauche NEOS. Dans le journal libéral autrichien Der Kurier, il règle sévèrement ses comptes avec les deux grands partis du système, la SPÖ socialiste et l’ÖVP démocrate-chrétienne, surtout en matière de migration. Pendant des années, les avertissements de la FPÖ concernant la migration incontrôlée, les écoles qui cédaient sous la pression ou l’échec de la politique d’intégration ont été qualifiés d’alarmisme, de populisme et de racisme. Or Strolz aboutit aujourd’hui à des conclusions qui s’inscrivent très largement dans la ligne de la FPÖ.

«L’Europe n’a pas suffisamment réfléchi à la question de savoir qui peut entrer et qui ne le peut pas, ni aux conséquences que la migration contrôlée aurait pour les États d’accueil. La crise migratoire de 2015 a représenté une perte totale de contrôle», déclare Strolz, qui ajoute: «Nous avons connu le chaos pendant bien trop longtemps». Il continue, dit-il, à prendre ses distances avec les nationalistes autrichiens de droite de la FPÖ, mais précise: «Je ne suis pas non plus un détracteur de la FPÖ». Dans leurs critiques, ils n’avaient pas toujours tort et n’ont pas toujours tort aujourd’hui non plus, affirme Strolz.

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Le vent tourne-t-il également à droite en Autriche? NEOS veut-il gouverner avec la FPÖ?

Les populistes, affirme Strolz, simplifient les problèmes et ne proposent pas toujours des solutions applicables. Mais — et il le souligne — «ce fut un mérite de la FPÖ d’avoir signalé, il y a déjà longtemps, que la migration posait de graves problèmes». Une déclaration forte, puisqu’elle émane du fondateur d’un parti, NEOS, qui s’est toujours situé à gauche sur les questions de société et s’est fait connaître par des mesures favorables à la migration. La FPÖ de droite n’a pas «inventé» les problèmes migratoires; elle a probablement été l’une des premières à déceler une évolution sociale néfaste et à la dénoncer publiquement, affirme Strolz.

Dans le même entretien, Strolz décrit encore un problème fondamental lié à la migration et à la politique défaillante de l’Union européenne: les États membres de l’UE perdent leur capacité d’action lorsqu’ils ne peuvent ou ne sont plus autorisés à décider eux-mêmes qui franchit leurs frontières et qui ne les franchit pas. Car, affirme Strolz, nous devons fixer des limites. «Cela signifie que tout le monde ne peut pas venir simplement parce qu’il ou elle le souhaite. Nous avons besoin de migration, mais uniquement d’une migration limitée».

Selon Matthias Strolz, la réussite de l’intégration des étrangers ne dépend pas de déclarations politiques aux formulations séduisantes, mais de la pratique quotidienne. Si les enseignants doivent consacrer toujours plus de temps à l’acquisition de connaissances linguistiques élémentaires, il leur en reste moins pour l’enseignement proprement dit. Et la langue commune demeure le principal indicateur d’une intégration réussie. Dès que le groupe des nouveaux arrivants devient trop important, il ne peut absolument plus être question d’intégration.

Encore un libéral qui admet à contrecœur qu’il existe un problème fondamental et qu’il faut rapidement procéder à des ajustements profonds. Qui sera le prochain ?

dimanche, 13 septembre 2026

La signification politique du XXe siècle

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La signification politique du XXe siècle

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine examine la lutte idéologique entre le libéralisme, le communisme et le fascisme au XXe siècle…

front-medium-1421648200.jpgDans cet extrait du livre Politica Aeterna: le platonisme politique et les Lumières obscures, Alexandre Douguine examine la lutte idéologique entre le libéralisme, le communisme et le fascisme au XXe siècle. Il soutient que la victoire ultime du libéralisme a ouvert la voie à la postmodernité, à la mondialisation et à l’érosion des identités collectives, tout en créant les conditions de l’émergence de la Quatrième Théorie politique.

La Quatrième Théorie politique est une matrice conceptuelle qui décrit la possibilité d’une alternative à la tendance politique devenue dominante à l’époque moderne. Elle apparaît lorsque la postmodernité s’établit pleinement sur le terrain de la philosophie politique. C’est alors que se dévoile la vérité de la modernité — c’est-à-dire la nature des Lumières obscures, auxquelles la Quatrième Théorie politique s’intéresse directement. Tant que l’essence du moderne demeurait dissimulée et que sa stratégie ontologique et anthropologique fondamentale se répartissait entre trois branches, la Quatrième Théorie politique ne pouvait exister, car l’issue de la lutte entre les trois théories politiques de la modernité dépendait de l’élucidation de son essence la plus profonde. Or, la Quatrième Théorie politique correspond précisément à cette essence — à cette vérité dans l’abîme (la matière) dont parlait Démocrite. Par conséquent, pour décrire en profondeur la Quatrième Théorie politique, il est nécessaire de se pencher de nouveau sur la modernité et sur la dialectique de l’affrontement entre les trois principales théories politiques qui lui sont inhérentes.

Répétons-le: les trois grandes idéologies politiques de l’époque moderne — le libéralisme, en tant que Première Théorie politique; le communisme, en tant que Deuxième Théorie politique; et le nationalisme, en tant que Troisième Théorie politique — épuisent et incarnent, pour l’essentiel, tous les aspects du paradigme même de la philosophie politique moderne. Comme nous l’avons indiqué précédemment, le sujet philosophique de la modernité est conçu différemment dans chacune des trois théories politiques: comme individu dans le libéralisme, comme classe dans le communisme, et comme État et comme race, respectivement, dans le fascisme et le national-socialisme.

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Ces conceptions politiques se sont affrontées au XXe siècle et ont prédéterminé la structure des guerres mondiales, de la guerre froide, des alliances, des unions et des blocs. Si la Première Guerre mondiale fut un affrontement entre plusieurs grandes puissances nationales européennes, la Seconde Guerre mondiale fut déjà un affrontement entre les trois forces idéologiques: les libéraux, représentés par l’Occident — les États-Unis et l’Angleterre —, les communistes, représentés par l’URSS, et les nazis et fascistes, représentés par l’Italie de Mussolini et l’Allemagne de Hitler, ainsi que par d’autres mouvements qui leur étaient proches.

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Ainsi, après la défaite de la Troisième Théorie politique — le fascisme et le national-socialisme —, il ne resta plus que deux théories politiques, la Première et la Deuxième. Une guerre froide se développa entre elles, jusqu’à ce que la Première Théorie politique — le libéralisme — triomphe de la Deuxième — le communisme — en 1989, puis définitivement en 1991.

Toute l’histoire de la modernité a été marquée par ces trois théories politiques, qui incarnaient la matrice même de la philosophie politique des Temps modernes. Toutes obéissaient à la logique de la philosophie politique de la Mère: elles étaient toutes matérialistes, évolutionnistes et progressistes; elles envisageaient toutes la structure du monde du bas vers le haut, plutôt que du haut vers le bas. Autrement dit, elles avaient été élaborées sur le fondement d’une doctrine matérialiste immanente.

Par conséquent, l’ordre dans lequel elles apparurent et celui dans lequel elles disparurent — ou furent marginalisées — reflétaient eux aussi une certaine logique, car le combat entre les trois idéologies politiques visait à déterminer laquelle d’entre elles correspondait le plus étroitement au paradigme de la modernité, à sa vérité. Le communisme prétendait contenir cette vérité, en se présentant comme la société socialiste et communiste appelée à être édifiée après l’achèvement du cycle historique du capitalisme. Le libéralisme se concevait lui aussi comme une expression de la modernité en tant que telle. Mais — et cela est moins évident — le fascisme se considérait également comme une doctrine révolutionnaire reflétant l’esprit de la modernité, quoique dans un autre contexte, selon d’autres proportions et avec des valeurs différentes de celles du libéralisme et du communisme.

Quoi qu’il en soit, les trois idéologies luttaient pour être celle qui incarnerait l’esprit de la modernité. Chacune se considérait comme étant la modernité. Après la défaite du nazisme, seules deux idéologies — le libéralisme et le communisme — se disputèrent ce droit; après 1989-1991, il apparut que le libéralisme avait remporté cette longue bataille.

Autrement dit, parmi les trois théories politiques du paradigme moderne, une seule s’est révélée véritablement paradigmatique. C’est à cela que se rattachent le processus de mondialisation et l’universalisation de l’idéologie libérale, désormais devenue l’idéologie mondiale et la seule à avoir triomphé au cours du déploiement de l’histoire politique. En d’autres termes, elle a remporté la victoire en Occident et, en raison de l’influence fondamentale exercée par celui-ci, s’est largement diffusée à travers le monde.

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Il existe ici un lien direct avec l’affirmation de Francis Fukuyama relative à «la fin de l’histoire». «La fin de l’histoire» désigne la victoire finale et irréversible du libéralisme sur ses rivaux. Après 1991, le libéralisme ne fut plus l’une des trois idéologies: il devint l’idéologie de la modernité elle-même.

À l’origine, le capitalisme — le libéralisme — se considérait comme l’incarnation de l’esprit de la modernité, mais cela n’avait rien d’évident pour quiconque, hormis pour les représentants du libéralisme eux-mêmes. Cette prétention fut contestée par les communistes et les fascistes et, en principe, le différend entre les trois théories politiques ne fut tranché que quelques siècles plus tard. À chaque étape demeurait la possibilité que les événements politiques prennent une autre tournure — et le communisme revendiqua sérieusement le statut d’incarnation de la modernité et de formule idéologique de la «fin de l’histoire». À un certain moment, les succès de l’Allemagne hitlérienne furent si impressionnants qu’il a fort bien pu sembler que ce serait le nazisme qui déterminerait le fondement idéologique de l’avenir.

Ce n’est qu’à la fin du XXe siècle que la matrice inconditionnelle de l’histoire politique mondiale s’est pleinement réalisée, lorsque l’esprit de la modernité a triomphé sous la forme du libéralisme. Le libéralisme a défendu son droit à être non pas simplement une idéologie, mais l’Idéologie avec un grand "I". Ainsi, la Première Théorie politique de la modernité devint également la dernière, la théorie définitive. C’est de la victoire du libéralisme qu’est née la philosophie politique de la postmodernité. Corrélativement, le triomphe de l’individu en tant qu’atome nous a permis de passer au niveau subatomique.

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Le vainqueur de la rivalité entre les trois versions idéologiques de la modernité fut ainsi désigné. Et pratiquement à la même époque, le libéralisme, devenu dominant et sans rival, commença à révéler rapidement sa nature totalitaire. Dans le même temps, le changement de paradigme en direction de la postmodernité — dont les prémisses philosophiques avaient été élaborées quelques décennies auparavant, mais qui commença à acquérir une dimension pratique dans le domaine politique au cours des années 1990 — s’engagea avec une accélération constante. Simultanément, une vague de politiques du genre et de politiques écologiques se développait également, annonçant l’essor du «libéralisme obscur».

La modernité, victorieuse sous la forme du libéralisme, entra dans la postmodernité au cours d’une nouvelle étape — l'étape postlibérale. Mais cela ne fut possible que parce que toutes les formes d’identité collective — relevant du paradigme de la Tradition — ainsi que les définitions artificielles alternatives du sujet politique proposées par la Deuxième Théorie politique — la classe — et la Troisième Théorie politique — l’État et la race — avaient été abolies.

dc3a7ed0a2579ec567a4d64c24b0f17c.jpgL’individu est affirmé par les libéraux comme la version ultime de l’atome humain le plus authentique et, par conséquent, comme le fondement philosophique et le sujet politique. Ce n’est qu’après la victoire de cette idéologie et le triomphe de l’individu humain — tels qu’ils s’expriment dans l’idéologie de la société civile, l’idéologie des droits de l’homme, l’idéologie de la mondialisation et celle du marché capitaliste libéral mondial, avec le passage de la politique mondiale à l’économie mondiale et l’abolition de l’histoire, comme l’écrivait Fukuyama — que la porte de la postmodernité s’est véritablement ouverte. Ce sont les libéraux qui l’ont ouverte et, par conséquent, dans le paradigme des «Lumières obscures», c’est au «libéralisme obscur» que revient la primauté doctrinale et épistémologique.

Une fois l’atome confirmé comme le moment fondamental de l’être, tout mouvement ultérieur s’est orienté vers le niveau subatomique. C’est à cela qu’est liée la phénoménologie de la postphilosophie politique, autrement dit la philosophie politique de la postmodernité.

Ainsi, sans la victoire du libéralisme, celle de la postmodernité n’aurait pas été possible. Pour être plus précis, la postmodernité aurait théoriquement pu revêtir une autre forme — communiste, plus vraisemblablement, ou fasciste, de manière moins probable. Toutefois, le bilan idéologique du XXe siècle est sans ambiguïté: la postmodernité politique repose sur la domination absolue acquise par l’idéologie libérale, la Première Théorie politique, qui a totalement vaincu la Deuxième et la Troisième.

e8c8b751b05213133520ed83511a52c7.jpgTel est, dans ses grandes lignes, le contexte dans lequel se construit la société globale. La société globale n’est pas encore une réalité: elle constitue un projet. Elle existe néanmoins en tant que «concept» et correspond à un concept analogue, celui de «l’Occident global». Lorsque nous parlons de «l’Occident», nous ne désignons pas seulement l’Occident géographique, mais aussi, par exemple, le Japon et même le littoral pacifique de la Chine, où prédominent les modèles occidentaux dans les domaines de l’économie, de la culture et de la société, ainsi que certains pays de la région Pacifique qui suivent la voie occidentale du développement — Singapour, Taïwan, etc. « L’Occident » est à la fois global et idéologique.

Certes, l’Occident n’a pas encore entièrement pénétré la chair et le sang de toutes les sociétés, de tous les peuples et de toutes les civilisations; néanmoins, cette pénétration progresse à plein régime, par l’intermédiaire des marchés, des technologies, de la culture, de l’information, de l’économie, de la politique, etc. L’Occident n’est pas simplement un ensemble de puissances et de sociétés européennes et nord-américaines. Il est le processus même de mondialisation, de «postmodernisation» et d’extension progressive, à l’ensemble de la planète, des codes — et des stratifications, pour reprendre le terme de Deleuze et Guattari — propres à la culture euro-américaine ou euro-atlantique. Après la victoire décisive du libéralisme dans la guerre froide, le monde entier est devenu, en un certain sens, «l’Occident», c’est-à-dire un espace où s’opère une territorialisation/déterritorialisation correspondant précisément au code libéral de l’«agencement».

2693933abfc1633ba2312bbd800adb22.jpgPar conséquent, le programme qui oriente aujourd’hui les processus globaux de la politique mondiale est celui de la domination du libéralisme et de l’affirmation de sa victoire à l’échelle planétaire, de l’élimination des États-nations — comme nous le constatons en Europe — et de la destruction de toutes les formes d’identité collective — nation, religion, genre, etc.

Au cours de cette phase, la modernité achève la destruction des symétries verticales et des identités collectives organiques qu’elle avait entreprise lorsque commença à se dessiner le passage de la société traditionnelle — platonisme, aristotélisme et religion — à la société moderne — matérialisme, démocratie et sécularisme.

Le sublime et l’esthétique du Grand Dieu Pan

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Le sublime et l’esthétique du Grand Dieu Pan

Par Daria Platonova Douguina 

Source: https://pravpublishing.substack.com/p/the-sublime-and-the-aesthetics-of

Extrait d’Optimisme eschatologique, témoignage philosophique de Daria Platonova Douguina recueilli et publié à titre posthume, ce texte était à l’origine une communication présentée lors du séminaire en ligne «Esthétique: la beauté dans le platonisme et hors de celui-ci », onzième séance du cours sur le platonisme organisé par le professeur Alexandre Douguine et Paideuma.tv à l’été 2020.

* * * 

Je voudrais parler un peu du grand dieu Pan. Par le mot « grand », je fais référence à l’œuvre d’Arthur Machen, Le Grand Dieu Pan (1890).

Arthur Machen était un écrivain anglais, précurseur de Lovecraft, sur lequel il exerça une influence considérable, tout comme sur la littérature décadente dans son ensemble. Arthur Machen était tenu en très haute estime par Jorge Luis Borges, lui-même considéré comme un classique du mouvement du «réalisme magique». Il a également influencé le cinéma contemporain: les films de Guillermo del Toro, par exemple, s’articulent largement autour de motifs et d’influences issus de Machen.

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Arthur Machen [Arthur Llewellyn Jones] (1863-1947)

Le Grand Dieu Pan de Machen aborde la question du contact de l’être humain avec le sublime. Avec le beau, le sublime est l’un des deux éléments majeurs de l’esthétique, bien que cela soit souvent oublié.

Le sublime — le sublime en français et das Erhabene en allemand — n’est pas simplement quelque chose de raffiné, d’exquis ou doté d’une forte charge esthétique. Il s’agit plutôt d’une figure, d’une action, d’une histoire, d’une situation ou d’une expérience qui dépasse largement les normes de l’existence et de l’expérience humaines ordinaires.

Cette notion est donc celle qui se rapproche le plus du « sacré », au sens où l’entendait Rudolf Otto, puis, à sa suite, Carl Jung, Mircea Eliade et d’autres.

Une opération visant à élargir les possibilités

Le sublime et le sacré se manifestent dans Le Grand Dieu Pan dans un contexte très intéressant et inhabituel. Le récit s’inspire du folklore irlandais. Son intrigue est assez classique pour la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

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Le personnage principal est un scientifique, un médecin qui, au moyen d’une intervention chirurgicale, est capable d’élargir les possibilités de la perception humaine de la réalité. Il mène une expérience sur une simple jeune villageoise prénommée Mary. L’expérience n’est pas entièrement concluante: la jeune fille sombre dans la folie. La patiente se trouve sans cesse confrontée à quelque chose qui la dépasse radicalement et la submerge. Bien qu’elle accède à une sorte de surréalité, elle est incapable de la maîtriser. Le scientifique comprend que la jeune fille a rencontré le dieu Pan, personnification des forces de la nature dans toute leur diversité et leur puissance.

Le lecteur découvre ensuite le récit de la vie de la fille de Mary, née après sa rencontre avec Pan. Cette fille, Helen Vaughan, recèle en elle quelque chose d’à la fois indiciblement beau et terrifiant, capable de pousser ceux qui l’entourent à la folie, jusqu’au suicide ou au meurtre. Les visages des personnes que Helen Vaughan a conduites à la mort restent figés dans la panique, la peur et l’horreur. Cette peur et cette horreur se transmettent à quiconque voit leurs corps.

Au-delà de l’humain

Cette œuvre illustre remarquablement la problématique du sublime. Nous y voyons pleinement l’expérience de la confrontation au sublime, au numineux qui, selon Rudolf Otto, se caractérise à la fois par l’étonnement, l’admiration et une joie incroyable, mais aussi par une peur sauvage et une horreur profonde. Cette rencontre est presque toujours fatale, ou tout au moins traumatisante, pour une personne qui, autrement, demeure dans sa zone de confort — bien qu’un tel état ne doive pas être considéré comme naturel.

Roman_-_Statue_of_the_god_Pan_2nd_century_-_(MeisterDrucke-1173627).jpgDans ce livre, la beauté est interprétée comme une sorte de frontière séparant, d’une part, ce que nous sommes capables de percevoir sans préparation particulière, ce dont nous pouvons nous délecter et que nous pouvons admirer, et, d’autre part, ce qui dépasse nos possibilités et nos capacités, c’est-à-dire le sublime.

Si l’expérience de la rencontre avec le «beau» implique un charme et une fascination temporaires, l’expérience de la rencontre avec le sublime, telle qu’elle se produit dans le récit de Machen, peut être tout autre : elle peut apporter avec elle l’horreur, la mort et la folie.

Ainsi, dans ce récit, le dieu Pan lui-même apparaît comme une représentation générale du sublime, mais nullement du beau.

Il est intéressant de noter que Socrate était souvent comparé à Pan. Son apparence extérieure, jusque dans les rides de son visage, correspond largement aux représentations grecques de l’apparence que devait avoir ce dieu.

Ainsi, depuis les temps archaïques, la rencontre avec le sublime est associée à l’expérience du traumatisme. Elle peut conduire l’être humain à la mort et à la folie, mais elle recèle également la possibilité de rencontrer ce qui se situe au-delà de l’humain…

L’Europe devra exproprier Google et Amazon: un acte souverain et stratégique

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L’Europe devra exproprier Google et Amazon: un acte souverain et stratégique

Par Luca Oleastri 

Source : Luca Oleastri & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-europa-dovra-es...

L’Europe devra exproprier Google et Amazon. Ce n'est pas du communisme, c'est une question de survie. 

Je vais vous expliquer en une minute pourquoi, au cours des cinq prochaines années, nous parlerons de l’expropriation des centres de données en Europe, qu’on le veuille ou non.

Au cours des deux dernières années, Amazon, Microsoft, Google et Meta ont dépensé 377 milliards de dollars pour construire des centres de données, et ils en dépenseront 660 milliards supplémentaires en 2026. Soit une hausse de plus de 80%. Pour éviter de faire exploser leurs bilans, ils ont déjà signé pour 1100 milliards de dollars de loyers futurs, qui ne figurent même pas dans leurs comptes comme de la dette.

Ces entreprises sont passées du statut de sociétés de logiciels à celui de sociétés de béton et d’électricité, endettées jusqu’au cou.

Si cette bulle éclate — et elle éclatera —, il ne se produira pas ce que vous espérez. Les serveurs ne s’éteindront pas. Ils resteront en place, comme les chemins de fer après le krach de 1873 ou la fibre optique après 2000. Ils seront rachetés à prix cassé par ceux qui disposent de liquidités: les États et les fonds souverains.

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Aux États-Unis, c’est déjà prévu: si AWS ou Azure faisaient faillite, Washington les réquisitionnerait dès le lendemain matin au nom de la sécurité nationale. Modèle Lockheed Marti: je ne te sauve pas, je te rachète.

En Chine, c’est déjà ainsi.

Et l’Europe ?

Ici, notre situation est pire. Nous sommes des colonies numériques. Les centres de données d’AWS et d’Azure situés à Milan et à Francfort se trouvent sur le sol européen, mais relèvent du droit américain. Si nous entrons en conflit avec les États-Unis, ils nous coupent l’accès aux puces.

L’AI Act dont nous nous vantons est notre ligne Maginot: nous réglementons ce qu’un agent conversationnel peut dire, alors que nous avons déjà perdu la guerre quant au lieu où il fonctionne et à l’énergie qu’il utilise.

C’est pourquoi l’expropriation stratégique deviendra inévitable en Europe.

Il ne s’agit pas de tout prendre. C’est une question de réalité physique :

Sans ces centres de données, tout s’arrête : la santé, les paiements, la défense.

Ils sont trop importants pour faire faillite, mais trop endettés pour pouvoir tenir seuls.

Ils appartiennent à des intérêts étrangers.

Lorsque ces trois facteurs se conjuguent, n’importe quel État, de droite comme de gauche, s’en empare.

Comment procéderons-nous ?

Pas demain, au prix fort: ce serait suicidaire. Nous le ferons lorsque l’éclatement de la bulle aura mis à terre les constructeurs des bâtiments industriels qui les abritent. Lorsqu’ils ne vaudront plus que 20 % de leur valeur actuelle. C’est alors que le Golden Power entrera en jeu: une acquisition forcée au prix du marché, désormais fortement réduit, moyennant indemnisation. Une procédure parfaitement légale au regard des traités de l’Union européenne.

Nous les placerons sous l’autorité d’une entreprise de service public — comme Terna pour l’électricité — qui possédera les bâtiments et l’énergie, et louera les baies informatiques à ceux qui respecteront les lois européennes.

Soit nous rachetons nous-mêmes les bâtiments à prix cassé, soit c’est nous qui serons rachetés.

Les serveurs resteront de toute façon allumés.

Seule changera l’identité de celui qui détiendra les clés du local technique.

Sources: The Hindu BusinessLine / Goldman Sachs / Moody’s Ratings, concernant les dépenses d’investissement et les contrats de location des hyperscalers en 2025-2026.

Mishima et la tyrannie de la beauté - L’esthétique du destin

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Mishima et la tyrannie de la beauté

L’esthétique du destin

Chōkōdō Shujin

Chōkōdō Shujin nous plonge dans la rencontre intense de 1957 entre Yukio Mishima et Hideo Kobayashi, au cours de laquelle la beauté devient une force terrifiante de forme, de sacrifice et de résistance au monde moderne.

Lorsque l’on contemple l’idée de beauté pure, celle-ci se révèle non pas comme une simple réalité esthétique, mais comme quelque chose de bien plus profond, d’une intensité presque terrifiante. La beauté règne comme une force qui lie le fugitif à l’éternel; elle est l’éclat doré d’un temple saisi par la lumière mourante du soleil, celui de flammes magnifiques consumant un édifice demeuré inviolé durant des siècles. La beauté affirme sa propre existence, alors même qu’elle blesse celui qui la contemple.

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Elle est inséparable de la douleur. Comme l’écrit Mishima dans Le Pavillon d’or: «La beauté — oui, la beauté est comme une dent cariée. Elle frotte contre la langue, elle reste là, douloureuse, affirmant obstinément sa propre existence». Cette même terreur, cette même insistance imprègnent le dialogue de 1957 entre Hideo Kobayashi et Yukio Mishima (photos), que j’ai traduit sous le titre «La forme de la beauté». Bien que désinvolte en apparence, cet échange est chargé de toute la gravité de la véritable critique. Le dialogue porte en grande partie sur le roman de Mishima, dans lequel la beauté est une présence destructrice qui «attaque, subjugue, dépouille et, finalement, détruit».

Kobayashi, l’aîné, ouvre la conversation avec son habituelle manière empreinte de «bon sens». «Je l’ai lu et, eh bien, ce que j’ai ressenti à la lecture, c’est qu’il s’agissait davantage d’un poème lyrique que d’un roman. Autrement dit, si vous voulez en faire un roman, vous devez écrire ce qui se passe après l’incendie. Il n’y a pas de véritables relations interpersonnelles, pas de relations sociales». Ici, la forme elle-même devient l’absolu; la reconstruction du temple incendié du Kinkaku-ji ne fait qu’aviver la blessure créée par la beauté.

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Mishima décrit le pavillon reconstruit sur un ton que l’on pourrait interpréter comme une menace feutrée: «Il est d’un or étincelant. Et lorsque le soleil couchant le frappe, on a l’impression que sa lumière brille directement sur votre peau». Kobayashi, partisan de l’intensité plutôt que de l’ornement, fait remarquer que même Cézanne évitait le mot «beauté», lui préférant «intensité» ou «force», car le terme lui-même était devenu trop mou, trop accommodant pour le regard moderne.

Pourtant, le dialogue ne s’attarde pas sur de tels commentaires informels. Kobayashi avertit très directement son jeune interlocuteur: «S’il y a quelque chose à redouter chez vous, c’est votre talent… Votre talent est si excessif qu’il devient une sorte de magie». Et le protagoniste de Mishima, dans le roman qui inspire cette discussion, se trouve confronté à l’implication ultime, bien plus sinistre: «Lorsque les hommes se concentrent sur l’idée de beauté, ils se trouvent, sans s’en rendre compte, confrontés aux pensées les plus sombres qui existent en ce monde».

Ryunosuke_Akutagawa_photo.jpgCette esthétique de la beauté conçue comme une force qui blesse, subjugue et conduit à l’anéantissement trouve peut-être sa résonance la plus profonde dans les écrits antérieurs de Ryūnosuke Akutagawa (photo). Dans ses derniers textes, et jusque dans la manière même dont il mourut, Akutagawa révéla la beauté non comme une consolation, mais comme le seuil de l’abîme.

La beauté est inséparable de l’ombre de la mort, perfection si absolue qu’elle dissout le moi. Kobayashi, qui avait longtemps nourri des sentiments ambivalents à l’égard de l’héritage d’Akutagawa, et Mishima, héritier de cette tradition de la belle mort précoce, se rencontrent ici à travers les années dans une reconnaissance tacite. La véritable beauté n’est jamais seulement décorative; elle est une discipline qui exige tout, jusqu’à l’incendie du temple d’or, jusqu’au silence amer qui lui succède.

Considérée sous cet angle, la conversation entre ces deux géants de la littérature japonaise apparaît comme bien davantage que de simples commérages littéraires. Elle réaffirme que seule la forme demeure comme absolu au milieu des vulgarités de l’après-guerre. Dans cet entretien, on voit la beauté rétablie à la place qui lui revient. La beauté est hiérarchique, intuitive, sacrée: elle constitue le dernier rempart contre un monde qui chercherait à réduire toute révérence à un sentiment banal.

Le critique, gardien de la beauté classique

Né en 1902, Hideo Kobayashi vint au monde dans une société déjà déchirée entre l’ordre ancien et le nouveau.

Il atteignit l’âge adulte au milieu des transformations rapides, presque violentes, du Japon des ères Meiji et Taishō, période foisonnante de contradictions. Kobayashi entra au département de littérature française de l’Université impériale de Tokyo et obtint son diplôme en 1926; néanmoins, sa véritable formation ne lui vint pas de ses études, mais d’une fusion intuitive, d’une dualité, pour ainsi dire. D’un côté se dressait le symbolisme intense de Baudelaire et de Rimbaud; de l’autre, l’antique et inflexible pureté des textes classiques japonais. Ce double héritage forgea en lui un critique qui ne s’inclina jamais devant l’abstrait ni devant les modes. Pour Kobayashi, la beauté ne fut jamais un concept à disséquer par la raison; elle était une intensité vécue, une forme ne se révélant qu’au regard discipliné capable de s’abandonner à sa terreur et à son ordre.

Kobayashi commença sa carrière comme auteur de fiction; du point de vue stylistique, ses premières œuvres rappellent celles d’Akutagawa ou de Takeo Arishima. Ces textes ne lui ayant guère valu de reconnaissance, il se tourna bientôt, pressé par les nécessités financières, vers la critique littéraire. Au début des années 1930, il était déjà devenu la figure centrale de la critique japonaise moderne.

En 1935, il publia en feuilleton sa Vie de Dostoïevski, œuvre qui présentait le maître russe comme un miroir de la propre condition d’apatridie spirituelle du Japon. À ce sujet, il écrivit: «L’histoire représente à grande échelle l’amertume et le regret de l’humanité». Il approfondit par la suite ce sens historique dans son essai sur Cézanne, affirmant que « l’histoire est une chose étrange. Le temps s’écoule irrévocablement et, pour cette raison, nous ne pouvons qu’essayer de ressaisir le passé à partir du présent».

img_c63efda42a79da92e7bc3976f535d1686223418.jpgLa même année, Kobayashi (photo) lança sa célèbre attaque contre le shishōsetsu, c’est-à-dire le roman du «je», de nature confessionnelle, alors très en vogue. Il fustigea la mollesse complaisante inhérente à ce genre et appela au contraire à une critique enracinée dans la forme, dans les exigences absolues de l’œuvre elle-même. Ces premiers écrits annonçaient son détournement ultérieur des angoisses de la modernité au profit des classiques. Il s’intéressa tout particulièrement aux artistes et aux poètes maudits qui avaient payé le prix ultime pour leur vision. Il écrivit à propos de Van Gogh: «Bientôt, le chant de la folie s’était emparé de lui et ne le lâcha plus jusqu’à la fin de sa vie». Et il observa au sujet d’Akutagawa: «Il errait, poursuivant l’ombre de la grâce, poursuivant l’ombre du destin». À propos de Baudelaire, il se montrait tout aussi implacable: «Il est le captif de la vie, mais la mort ne lui appartient pas non plus». Dans Critique disqualifié, Kobayashi formula la loi d’airain de la véritable perception: «Par l’art, on peut comprendre la vie, mais on ne peut jamais comprendre l’art par la vie».

Après la guerre, ce tournant devint décisif. Tandis que de nombreux intellectuels s’empressaient d’embrasser les libertés démocratiques imposées de l’extérieur, Kobayashi s’opposa à cette marée «niveleuse». Il refusa l’optimisme facile et fallacieux de la reconstruction, pressentant qu’un véritable renouveau ne pouvait advenir que par un retour à la conscience intuitive du Japon ancien. Dans le paysage dévasté du Japon de l’après-guerre, il voyait dans l’art une forme de défi, même si rares étaient ceux qui en avaient conscience. Comme il l’écrivit plus tard: «Bien que tout le monde souhaite comprendre l’art comme une forme de culture, nul n’a conscience que le monde de l’art existe en réalité comme une grande force de résistance à la culture moderne».

Ses essais sur Mozart, Van Gogh et la tradition classique culminèrent dans le labeur de plusieurs décennies: le monumental Motoori Norinaga, achevé et publié en 1977, sa dernière œuvre et peut-être la plus ambitieuse. Il y retrouva la «voie vers les choses» (mono ni yuku michi) du savant du XVIIIe siècle. C’était une voie de perception pure et immédiate, rejetant toute surimposition intellectuelle et rétablissant la beauté à la place qui lui revenait: celle d’une rencontre immédiate, presque divine, avec la réalité.

Dans ce même esprit, Kobayashi défendit la forme comme ultime absolu. Il ne s’agissait pas du formalisme rigide du monde universitaire, mais de la discipline vivante et intuitive qui seule pouvait lier le transitoire à l’éternel. Il voyait clairement comment le roman lui-même était devenu l’ennemi de la forme. «Le monde du roman a toujours été un monde qui détruit la forme, un monde dominé par ce type de puissance perceptive. L’homme moderne s’est habitué à un monde accordé à la méthode scientifique, laquelle nie la forme».

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Dans sa vision, la beauté ne fut jamais démocratique; elle ne fut jamais destinée aux masses. Elle exigeait hiérarchie, révérence et courage face à ses ténèbres. Le mot «beauté» lui-même était devenu perfide: «Le mot beauté est un mot étrange; plus les esthéticiens commencent à l’employer, plus ceux que passionne l’œuvre de la beauté le prennent en aversion». Il avertissait que même l’intuition la plus pure de la forme pouvait être compromise: «Il vaut mieux critiquer un objet que percevoir intuitivement sa forme, mieux vaut dire qu’il est vrai que dire qu’il est beau».

C’est ce Kobayashi vieillissant, alors âgé d’une cinquantaine d’années, qui s’assit en 1957 face au jeune Mishima. Dans le dialogue, il apparaît exactement comme on pouvait s’y attendre. Kobayashi n’y est plus le critique: il est l’arbiter elegantiarum transmettant une tradition ininterrompue d’ordre esthétique à une génération plus jeune, prête à basculer aussi bien dans la grandeur que dans la catastrophe. Dans sa vie comme dans cette conversation, on discerne la même vérité qu’il passa son existence à défendre: la beauté, lorsqu’elle est véritablement appréhendée dans sa forme, est la dernière voie encore ouverte vers la plénitude spirituelle dans une époque qui a oublié son propre foyer.

L’artiste, guerrier de l’esthétique

Yukio Mishima naquit sous le nom de Kimitake Hiraoka durant les dernières années de l’ère Taishō. Il fut élevé dans un foyer traditionaliste strict, dominé par une grand-mère qui lui inculqua à la fois le raffinement aristocratique et une sensibilité morbide à la face sombre de la beauté. Au grand dépit de son père, le garçon pâle et maigre qui allait devenir Mishima découvrit très tôt la littérature, d’abord à travers les récits de la cour de Heian, puis par les romantiques et les classiques japonais. Ces œuvres façonnèrent son dévouement de toute une vie à la forme.

252c62704e79a9b27ca62dae52cf84a8.jpgÀ dix-neuf ans, il avait déjà publié des récits sous son nom de plume — ou peut-être son nom de guerre. Puis, en 1949, alors qu’il avait vingt-quatre ans, Confessions d’un masque le porta au premier plan de la scène littéraire. Il y mit à nu la tension qui allait définir toute son existence: le vernis de la civilisation policée face au moi véritable et violent qui se dissimule en dessous. «Ce que les gens considéraient comme une pose de ma part, écrivit-il, était en réalité l’expression de mon besoin d’affirmer ma véritable nature, tandis que ce qu’ils prenaient précisément pour mon vrai moi n’était qu’une mascarade».

Mishima ne se contenta toutefois jamais de demeurer un simple romancier confessionnel. Son esthétique s’approfondit pour devenir une philosophie finement articulée de la beauté disciplinée, rejetant la veulerie de la démocratie d’après-guerre. Dans Le Pavillon d’or — le roman même qui se trouve au cœur du dialogue de 1957 —, il donna forme à la tyrannie de la beauté. «Voir des êtres humains à l’agonie, les voir couverts de sang et entendre leurs râles rend les hommes humbles. Cela rend leur esprit délicat, lumineux, paisible. Ce n’est jamais dans de tels moments que nous devenons cruels ou assoiffés de sang. Non, c’est par un bel après-midi de printemps comme celui-ci que les hommes deviennent soudain cruels… Tous les cauchemars possibles en ce monde, tous les cauchemars possibles de l’Histoire, ont pris naissance de cette manière». Et, dans ce roman, il avait déjà diagnostiqué le poison au cœur même de la beauté: «En vérité, parmi toutes les formes de décomposition qui existent en ce monde, la pureté décadente est la plus maligne».

Le-soleil-et-l-acier.jpgDans les années 1960, Mishima avait uni son art à l’idéal guerrier. Le Soleil et l’Acier devint son manifeste du corps comme forme sculpturale. Il s’entraîna avec rigueur, pratiqua la musculation ainsi que le kendō. Il fonda ensuite le Tatenokai, une milice privée composée d’étudiants et vouée à la défense de l’Empereur et de l’esprit ancestral du Japon.

Lors d’une conférence prononcée en 1968 à l’université Waseda, Mishima reconnut l’évolution qui l’avait porté au-delà du simple esthétisme: «Au début, j’étais un partisan de la suprématie de l’art. Je croyais qu’il me suffisait de défendre la citadelle de l’art. Mais cela ne suffit pas à un homme pour préserver son esprit». Pour lui, la beauté ne relevait jamais de la contemplation passive; elle constituait une existence impérieuse. «La beauté est aussi une existence invalidante, écrivit-il. Ils doivent servir leur propre beauté jusqu’à la fin de leur vie. Tout, hormis la beauté, doit être sacrifié». Et dans La Voie du samouraï, il en condensa l’essence martiale: «La beauté n’est pas beauté pour être aimée. C’est une beauté de force, destinée aux apparences et à éviter de perdre la face».

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«La voie du samouraï est la mort», écrivit Mishima dans le même texte. Cette fusion de l’absolutisme esthétique et de la rigueur samouraï atteignit son apogée sacrificielle le 25 novembre 1970. Ce jour fatidique, Mishima et quatre membres du Tatenokai prirent le contrôle de la base des Forces d’autodéfense à Ichigaya, haranguèrent les soldats au sujet de la honte de la Constitution d’après-guerre, puis Mishima accomplit le seppuku dans une forme rituelle parfaite. Cet acte ne fut pas un suicide au sens moderne. Il fut l’expression finale et irréprochable de son esthétique: la beauté atteinte par la mort héroïque, la forme préservée dans l’unique et glorieux instant de l’anéantissement.

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Comme il l’avait écrit dans Les Voix des morts héroïques: «Comment notre amour au péril de la mort s’accomplira-t-il? Quelle intensité aura notre joie dans la mort, et combien nos cœurs seront-ils emplis de joie si, en cet instant, une voix d’une grande pureté descend jusqu’à nous et dit seulement: “Mourez”».

C’est ce Mishima, déjà dans la jeune trentaine, à la vision aiguisée et au corps forgé par le soleil et l’acier, qui s’assit en 1957 face à Kobayashi, son aîné. Dans le dialogue, on perçoit la déférence du jeune homme envers le critique qui lui avait d’abord enseigné la valeur absolue de la forme, alors même que les propres paroles de Mishima portaient déjà le feu prophétique du guerrier-esthète qu’il allait devenir. Kobayashi discernait le danger et la gloire dans ce talent excessif incarné par Mishima. Ensemble, ils affirmèrent ce qu’ils savaient tous deux: la véritable beauté constituait le dernier rempart aristocratique contre une époque qui avait échangé la forme contre le confort, l’ordre contre l’égalité. Dans la vie de Mishima et, tout particulièrement, dans sa mort, l’idéal héroïque trouva son accomplissement le plus éclatant et le plus tragique.

La forme de la beauté

La conversation entre Kobayashi et Mishima procède par bonds intuitifs plutôt que par une argumentation systématique. Elle commence par le Pavillon d’or reconstruit, puis dérive vers les thèmes plus profonds du lyrisme, du talent, de la forme et de la résistance de l’art véritable à l’époque d’après-guerre. Il n’y a pas de programme, seulement une révélation. On pourrait dire que la beauté n’y est pas discutée: elle y est affrontée.

Kobayashi, qui vient d’achever la lecture du roman de Mishima, y perçoit immédiatement l’intensité concentrée de la poésie lyrique plutôt que l’architecture développée de la fiction conventionnelle. Mishima reconnaît aussitôt qu’aucun drame ne s’y constitue. L’œuvre reste enfermée dans la subjectivité isolée de son protagoniste. Ses passages lyriques naissent précisément du refus du récit de s’aventurer au-delà de l’incendie du temple, dans quelque domaine d’enchevêtrement social que ce soit. La reconstruction réelle du pavillon ne fait elle-même qu’aviver la blessure: la hâte et le coût de sa restauration, les rumeurs imprécises entourant l’incendie criminel initial et le malaise des jeunes visiteurs de Kyoto apparaissent tous au passage, soulignant à quel point un lieu autrefois sacré a été réduit à un spectacle, tandis que le roman lui restitue sa puissance ancienne.

c6489a012f701d85a54d2913f536f6bd.jpgLa discussion se tourne naturellement vers le mot «beauté» et le malaise qu’il suscite désormais chez ceux qui la servent véritablement. Kobayashi observe que même les plus grands peintres évitaient ce terme, lui préférant un langage plus rude et plus véridique.

Le dialogue gravite autour de la nécessité de l’invention. Un romancier doit tout créer de l’intérieur, sans jamais transiger avec la substance extérieure ni avec le réalisme. En définitive, insiste Kobayashi, ce qu’un tel artiste poursuit véritablement, c’est la forme — la forme comme valeur absolue.

La critique de l’époque moderne se dégage sans amertume, mais avec une clarté inflexible. Le roman, en tant que genre, a toujours eu tendance à dissoudre la forme, en s’alignant sur la vision scientifique qui la nie. La peinture s’est autrefois soulevée au nom de la forme, tandis que la prose a largement capitulé. Le langage lui-même est devenu conventionnel et sans vie. L’impressionnisme, le réalisme, tout l’appareil de la modernité: tout a conspiré à éroder l’absolu.

2e6ec3613b5cf9d319ac0bec495dbeb5.jpgSur tous ces points, Mishima et Kobayashi s’accordent, et le ton se fait parfois pessimiste. Pourtant, la conversation ne sombre jamais dans le désespoir. Elle demeure une transmission vivante entre deux générations, entre le gardien de l’intuition classique et le jeune guerrier qui se prépare déjà à porter cette intuition dans le domaine de l’action. Kobayashi transmet la tradition; Mishima la reçoit. La beauté est forme — absolue, hiérarchique, terrifiante — et, dans une époque qui a oublié son propre foyer, elle demeure l’ultime résistance, la dernière voie vers la plénitude spirituelle. Contempler la véritable beauté, c’est risquer son propre moi; tout ce qui est moindre n’est que sentimentalisme, que dérobade moderne.

Une telle vision s’expose évidemment à l’accusation moderne d’élitisme. Ses détracteurs diront que Kobayashi et Mishima ne parlent qu’au nom d’un petit nombre et que leur révérence hiérarchique pour la beauté exclut les masses. Aucun des deux ne nierait cette accusation; il ne fait guère de doute que l’un comme l’autre l’accueillerait volontiers. Précisément parce que la beauté exige discipline, maîtrise et courage pour affronter ses intensités les plus sombres, elle ne peut être démocratisée sans être détruite. La culture de masse offre le confort, le sentiment et le spectacle ; la véritable esthétique offre la terreur et la transcendance. L’«élitisme» qu’incarnent ces hommes n’est rien de moins que la tutelle nécessaire contre la dégradation esthétique. En défendant l’ordre aristocratique de la forme, ils défendent l’âme même du Japon. Le pavillon d’or peut brûler, le corps peut être livré à la lame, mais la forme demeure.

samedi, 12 septembre 2026

Götz Kubitschek: «Nous sommes nés au cœur de la société. Les vieux partis? Ils exploseront»

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Götz Kubitschek: «Nous sommes nés au cœur de la société. Les vieux partis? Ils exploseront»

Source: https://www.ilgiornale.it/news/politica-estera/noi-nati-n...

L’idéologue de la Nouvelle Droite Götz Kubitschek: «L’AfD est le parti le plus intéressant d’Europe. La remigration est une politique dure; si nous ne la mettons pas en œuvre, la situation de l’Allemagne ne fera qu’empirer».

Propos recueillis par Francesco De Felice (Il Giornale, Italie)

Remigration, défense de la tradition et droite authentique conçue comme un mouvement populaire : tels sont les thèmes grâce auxquels l’AfD — le parti souverainiste qui, avec environ 30% dans les sondages, constitue la première force politique d’Allemagne — a triomphé aux élections législatives de Saxe-Anhalt. Avec 43,8% des voix, cette droite se prépare à diriger ce Land de l’Est avec Ulrich Siegmund, son candidat au poste de ministre-président. Depuis Magdebourg, capitale de la Saxe-Anhalt où elle a amorcé un tournant historique, l’AfD se met en marche vers Berlin, à la conquête du gouvernement fédéral.

M03949041567-source.jpgLa CDU du chancelier Friedrich Merz s’effondre à 17,2%, écrasée par les souverainistes, tout comme les autres partis qui ont tenté d’enrayer leur progression en les isolant politiquement et en agitant les spectres du nazisme. Götz Kubitschek, idéologue de la Nouvelle Droite, explique à Il Giornale les raisons du succès de l’AfD. Sa maison d’édition Antaios a publié en Allemagne Il mondo al contrario de Roberto Vannacci.

En Saxe-Anhalt, le parti de droite AfD a écrit une page d’histoire en remportant les élections législatives. Comment commentez-vous le résultat du scrutin?

«Un très beau résultat était prévisible, mais son ampleur et l’effondrement de la CDU ont surpris. Séduisant, sincère et positif, Ulrich Siegmund — le candidat des souverainistes au poste de ministre-président du Land, NDLR — s’est révélé être une véritable chance pour le parti et lui a fait gagner des points décisifs. C’est véritablement un événement historique dans l’histoire du parlementarisme allemand. Il est difficile de dire ce qui va se passer maintenant. Je conseille à l’AfD de ne pas faire le premier pas. Les vieux partis doivent d’abord se désagréger et exploser».

Quelles sont les raisons du succès de l’AfD ? La Brandmauer, le «mur coupe-feu» érigé par les autres partis contre l’"extrême-droite", s’est-elle enfin effondrée?

«Depuis des années, l’AfD est le projet de parti de droite le plus intéressant d’Europe. Pourquoi? L’AfD est née au cœur de la société et a compris combien il était important qu’il existe en Allemagne un parti pleinement de droite, et combien il est normal d’être de droite. Par leurs méthodes de dénonciation et de criminalisation, ainsi que par leur Brandmauer, ses adversaires politiques ont fait de l’AfD la seule véritable Alternative pour l’Allemagne. Le résultat était prévisible, mais pas dans de telles proportions».

csm_0002c7_b716ab092a.jpgSiegmund (photo) mise sur la remigration, une proposition qui suscite la peur en Allemagne et en Europe. Que signifie-t-elle? Comment comptez-vous apaiser ces craintes?

« La remigration n’est pas ce que prétendent les adversaires de ce concept. C’est une politique dure. Je crains qu’il ne soit pas possible de dissiper toutes les craintes. De plus, l’avenir de l’Allemagne sera encore plus dur si la remigration n’est pas mise en œuvre. En raison des politiques catastrophiques menées au cours des dernières décennies, il n’existe pas de solution douce».

Tillschneider_Hans-Thomas_-WEB.jpgL’AfD mène un Kulturkampf, une guerre culturelle: avec le mot d’ordre «Pense allemand», le parti a déclaré la guerre à la modernité. «Nous sommes traditionalistes», affirme Hans-Thomas Tillschneider (photo), député de l’AfD au Parlement de Saxe-Anhalt. Que signifie pour vous la tradition? Comment remporte-t-on la guerre contre la modernité?

«La postmodernité a déclaré la guerre à la modernité il y a déjà cinquante ans. Le postmoderne a gagné. Il ne faut pas combattre les vaincus. Au fond, c’est simple: la culture signifie devoir et vouloir vivre avec l’histoire. Soit on la déconstruit et l’on vit parmi les ruines, soit on l’accepte, on la cite et l’on comprend que nous sommes juchés sur les épaules de géants. La tradition fait partie intégrante d’une conception allemande de la culture, tout comme la capacité de penser au-delà d’elle. Ou bien voulons-nous nous contenter de visiter des musées?».

La Chine contre la fin de l’Histoire

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La Chine contre la fin de l’Histoire

Constantin von Hoffmeister

La Chine monte en puissance. Selon l’ancien récit occidental, la richesse devait rendre la Chine libérale, le libéralisme devait la rendre docile, et cette docilité devait l’intégrer à un ordre américain présenté comme la fin naturelle de l’Histoire. Ce récit a échoué. La Chine est entrée sur le marché mondial sans renoncer à l’État, au Parti ni à la mémoire de l’humiliation nationale.

Elle a accueilli les capitaux étrangers, copié les méthodes étrangères, maîtrisé les machines étrangères, puis orienté chacun de ces outils empruntés vers son propre retour à la puissance. En 2025, son économie a progressé de 5% et atteint 140.200 milliards de yuans, alors même que sa population diminuait de 3,39 millions d’habitants et que les investissements dans la promotion immobilière reculaient de 17,2%. La Chine s’élève donc sous pression, associant à sa puissance industrielle l’endettement, le vieillissement, la faiblesse de la demande intérieure et la contraction de sa population active. Le dragon est puissant, mais il n’est pas invincible. Sa force vient de ce qu’il sait que le déclin est possible.

c8d99d247987c0dd285bff0768930833.jpgC’est ici que le philosophe allemand Martin Heidegger se révèle utile. Le Dasein désigne l’être qui doit affronter et interpréter sa propre existence. Ce n’est ni une âme cachée dans le corps, ni l’individu libéral imaginé comme un consommateur libre se tenant hors de l’Histoire. Le Dasein est toujours jeté dans un monde qu’il n’a pas choisi. Il hérite d’une langue, d’un paysage, d’un passé, d’un ensemble de devoirs et d’une mort à laquelle il ne peut échapper. Il se découvre parmi les autres avant de commencer à s’expliquer lui-même. Heidegger appelait cette condition l’« être-avec » (Mitsein). L’existence humaine n’est jamais véritablement solitaire, car même le retrait, la révolte et la solitude tirent leur sens d’un monde commun. La Chine peut donc être comprise comme une vaste forme historique de l’«être-jeté-là»: une civilisation jetée dans la mémoire de l’effondrement dynastique, de l’invasion étrangère, de la famine, de la révolution, de la guerre civile, de la discipline industrielle et de l’essor technologique.

Pourtant, Heidegger lui-même n’enseignait pas que chaque nation possède un Dasein collectif unique. Sa philosophie porte sur l’existence avant que celle-ci ne devienne une doctrine politique. Il avertissait également que la vie ordinaire sombre dans le das Man, le « On » anonyme qui pense, parle et juge à notre place. Une société de masse disciplinée peut résister au consumérisme occidental tout en produisant sa propre forme de conformisme anonyme. Les slogans changent, mais le danger demeure. Un peuple peut se perdre dans des modes importées, mais il peut également se perdre dans le langage officiel, la routine bureaucratique et l’obéissance numérique. L’échelle de la Chine n’abolit pas la question de Heidegger. Elle l’aiguise: le peuple chinois agit-il à partir d’une compréhension héritée de l’Être, ou l’État se contente-t-il d’organiser des millions de personnes en une version plus efficace du das Man?

9781593680374.jpgLe penseur russe Alexandre Douguine donne à cette question une forme géopolitique. Dans la Quatrième théorie politique, il retire le Dasein de la salle de séminaire pour le placer au sein des civilisations. Le libéralisme considère l’individu comme le sujet politique fondamental. Le marxisme choisit la classe. Le national-socialisme choisit la race ou la nation entendue en termes biologiques. Douguine recherche un autre sujet: un peuple existant par sa langue, sa mémoire sacrée, sa terre, ses coutumes, ses mythes et son destin historique. Un tel peuple ne peut être réduit à des électeurs, des travailleurs, des consommateurs ou du matériel génétique. Il constitue une manière authentique d’être au monde. Pour Douguine, il n’existe pas une humanité unique avançant sur une seule voie vers un seul système final. Il existe plusieurs civilisations, chacune possédant sa propre mesure du temps, de la justice, de l’ordre et de la vérité.

f521fc8c4ea059cb39b5e59ba97ad3be.jpgEn ce sens, la Chine n’est pas simplement un autre grand État se disputant une plus grande part d’un même monde occidental. Elle représente le retour de la pluralité civilisationnelle. La hiérarchie confucéenne, l’art légiste de gouverner, l’organisation marxiste, les échanges marchands, la mémoire ancestrale et l’administration numérique cohabitent au sein d’un même corps politique. Marx se tient aux côtés de Confucius; le portrait de Mao domine des villes bâties par le capital; des trains à grande vitesse traversent des régions où des temples perpétuent encore des rites plus anciens que de nombreux États européens. Ces éléments ne s’accordent pas selon les catégories occidentales, mais c’est précisément là tout l’enjeu. La modernité chinoise n’a pas besoin de devenir la modernité occidentale. Elle peut utiliser la machine sans accepter la théologie du premier propriétaire de celle-ci.

La pensée tardive de Heidegger ajoute une mise en garde. Il décrivait la technique moderne non comme un ensemble de dispositifs, mais comme une manière de dévoiler le monde. À travers cette façon technologique de voir, la nature devient une réserve d’énergie, la terre devient une ressource et l’homme devient un matériau humain. Heidegger appelait cette puissance ordonnatrice le Gestell, généralement traduit par «arraisonnement». La Chine a résisté à son absorption politique par l’Occident, mais elle n’a pas échappé à l’arraisonnement technologique. Ses usines, ses systèmes de surveillance, ses plans industriels, ses réseaux biométriques et ses programmes d’intelligence artificielle peuvent défendre la souveraineté tout en transformant le citoyen chinois en une unité mesurée et administrée. Une nation peut posséder ses machines et néanmoins finir par se voir à travers leurs yeux. La lutte la plus profonde n’oppose donc pas la technologie chinoise à la technologie américaine. Elle oppose la civilisation à une logique technologique qui réduit toute civilisation aux données, à la production et au contrôle.

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Douguine répondrait que la technologie doit être placée sous le contrôle du sujet civilisationnel. Le capital, le code et l’industrie sont des moyens, non des maîtres. Cela contribue à expliquer le modèle chinois. La richesse privée peut croître, mais elle ne possède pas le droit ultime de commander à l’État. Les entreprises peuvent devenir puissantes, mais le Parti peut les discipliner lorsque leur pouvoir paraît menacer l’autorité politique ou les priorités nationales. Les observateurs occidentaux qualifient cela d’arbitraire, car ils partent du principe que la propriété doit gouverner la politique. Pékin part de la position inverse: la propriété existe au sein d’un ordre politique et ne subsiste qu’aussi longtemps que cet ordre le permet. L’État chinois n’a pas aboli le capital. Il lui a refusé la souveraineté.

c94ac10792a2d700e27413ef9603dd04.jpgLe théoricien politique allemand Carl Schmitt reconnaîtrait immédiatement cette structure. Sa célèbre affirmation selon laquelle «est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle» ne signifie pas que la souveraineté consiste uniquement à proclamer l’état d’urgence. Elle signifie que tout système juridique repose en dernière instance sur un pouvoir capable de décider du moment où les règles ordinaires cessent de fournir une réponse. Le droit ne peut expliquer sa propre autorité ultime. Aux confins de l’ordre se trouve une décision. L’État libéral tente de dissimuler ce fait sous les tribunaux, les traités et le langage des experts. Les crises arrachent le voile. Quelqu’un décide quelles règles seront assouplies, quels intérêts seront protégés et quels dangers seront considérés comme mortels.

La souveraineté chinoise est schmittienne parce qu’elle refuse de prétendre que l’économie existe en dehors de la politique. Lorsque les sanctions, les droits de douane, les contrôles à l’exportation, la propriété des ports, les puces informatiques, les routes maritimes et les systèmes de paiement deviennent des armes, Pékin les traite comme telles. CK Hutchison, un conglomérat hongkongais contrôlé par la famille de Li Ka-shing, cherchait à vendre des dizaines de ports à l’étranger à un consortium dirigé par des intérêts occidentaux. Bien que l’entreprise soit sous contrôle privé, Pékin a soumis l’opération à un examen, craignant que des infrastructures stratégiques ne passent entre des mains occidentales. La transaction commerciale envisagée s’est ainsi transformée en affrontement géopolitique, montrant que les ports peuvent constituer des propriétés privées sur le papier tout en demeurant, dans la pratique, des instruments de la puissance étatique. En août 2026, la vente n’avait guère progressé et demeurait inachevée.

La distinction schmittienne entre ami et ennemi est elle aussi souvent réduite à un appel à la haine. L’argument de Schmitt était plus difficile et plus froid. L’ennemi politique n’est pas nécessairement mauvais, laid ou personnellement objet de haine. Il est la force organisée dont la puissance peut menacer le mode de vie d’une communauté. La politique commence lorsqu’un peuple est capable de nommer une telle menace et qu’il est prêt à s’en défendre. Pour Pékin, un droit de douane américain n’est donc jamais seulement une taxe, une interdiction frappant les semi-conducteurs n’est jamais seulement une réglementation commerciale, et une vente d’armes à Taïwan n’est jamais seulement un contrat. Chacun de ces éléments appartient à une lutte plus vaste visant à déterminer si la Chine définira elle-même son avenir ou si les limites de celui-ci seront fixées à Washington.

1d6acc4ece4d47d62f0acafb0b8a6c15.jpgTaïwan se trouve au centre de cette épreuve, car l’île réunit le territoire, la puissance maritime, la technologie et la légitimité nationale. Pékin la considère à travers l’histoire inachevée de la guerre civile chinoise et du siècle d’empiétements étrangers. Le gouvernement taïwanais se considère comme une communauté politique autonome dont l’avenir doit être décidé par son propre peuple. Le différend ne peut être dissous dans le langage de la gouvernance mondiale, car les deux parties partent de conceptions rivales de l’existence politique.

En août 2026, la Chine a procédé à un relevé des fonds marins à l’est de Taïwan et poursuivi les patrouilles de ses garde-côtes dans les eaux qu’elle revendique, tandis que Taïwan renforçait ses programmes de drones et préparait les îles Penghu à un blocus ou à une invasion. L’acier, les cartes, les relevés, les budgets et les itinéraires de patrouille portent désormais des arguments que les mots ne peuvent trancher.

413ZiGVMaqL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgLa théorie ultérieure du Großraum (« Grand Espace ») élaborée par Schmitt va au-delà de l’État souverain. Il estimait que le monde était divisé en grandes régions politiques centrées sur des puissances assez fortes pour en exclure les interventions extérieures. Son modèle s’inspirait en partie de la doctrine Monroe: une puissance dominante établit un principe régional et avertit les empires étrangers de rester à l’écart. La conduite de la Chine en Asie orientale suit une logique similaire. Pékin ne veut pas simplement l’égalité au sein d’un Pacifique dirigé par les États-Unis. Il veut un ordre régional dans lequel les États-Unis ne puissent plus déterminer les limites de l’action chinoise à partir de leurs bases, de leurs alliances et de leurs routes navales longeant les côtes de la Chine. Taïwan, la mer de Chine méridionale, la péninsule coréenne et la première chaîne d’îles constituent autant d’éléments d’une même question spatiale: qui possède le droit de déterminer l’avenir de la région?

Cela ne signifie pas que la Chine soit déjà à la tête d’un bloc est-asiatique solidement établi. L’accord trilatéral de libre-échange entre la Chine, le Japon et la Corée du Sud demeure à l’état de projet. Les négociations ont débuté en 2012, se sont enlisées après leur seizième cycle en 2019 et ont depuis fait l’objet de promesses répétées de relance. En 2025, les trois gouvernements sont convenus d’œuvrer à la reprise des pourparlers, tandis que la Chine et la Corée du Sud poursuivaient des négociations séparées pour améliorer leur accord bilatéral. Le Japon et la Corée du Sud restent liés aux États-Unis par des alliances de sécurité, et les trois pays nourrissent de profondes méfiances historiques. La région ne constitue pas encore un orchestre unique placé sous la direction d’un chef chinois. Elle est un champ d’États dont les intérêts économiques les rapprochent, tandis que les craintes sécuritaires les éloignent.

En outre, la Chine n’a pas simplement rompu la diplomatie avec les États-Unis pour quitter la scène. Xi Jinping et Donald Trump se sont rencontrés à Pékin en mai 2026. Leur sommet a produit des résultats limités plutôt qu’un grand règlement, et une nouvelle rencontre est désormais en préparation aux États-Unis. Le conflit se poursuit par l’intermédiaire des droits de douane, des contrôles technologiques, de Taïwan, des restrictions sur les investissements et des systèmes de sécurité concurrents, mais la diplomatie demeure l’un de ses instruments.

Un État schmittien ne rejette pas la négociation. Il négocie parce qu’il sait que les accords reposent sur la puissance. Les sourires, les banquets et les déclarations communes n’annulent pas la distinction entre ami et ennemi. Ils la gèrent pour un temps.

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Le commerce pétrolier de la Chine avec la Russie obéit au même réalisme. La Chine a refusé d’accepter la prétention occidentale selon laquelle Washington, Bruxelles et Londres pourraient décider quelles ressources le reste du monde est autorisé à acheter. Les entreprises chinoises ne sont cependant pas intrépides. De grandes entreprises publiques ont parfois suspendu leurs achats lorsque le risque de sanctions devenait trop élevé, tandis que des raffineries plus petites et des réseaux maritimes opaques assumaient une part plus importante de la charge.

En juillet 2026, la compagnie pétrolière publique chinoise Sinopec a repris d’importants achats de brut russe à prix réduit, malgré la pression persistante de l’Occident sur le commerce énergétique russe. Le pétrole continue de circuler, mais non parce que la Chine aurait échappé au marché mondial. Il circule parce que Pékin met en balance le prix, la sécurité énergétique, le risque commercial et le partenariat géopolitique, sans accepter les sanctions occidentales comme une loi universelle.

Douguine-Theorie-scaled.jpgC’est ici que la multipolarité de Douguine rencontre l’ordre spatial de Schmitt. La multipolarité n’est pas un parlement de civilisations vivant dans une harmonie permanente. C’est un monde dans lequel aucune puissance ne peut présenter sa propre volonté comme une loi universelle. Chaque pôle protège un espace civilisationnel, construit ses propres institutions et évalue le danger à partir de sa propre position historique. Un tel monde peut être plus libre parce qu’il permet l’existence de plusieurs formes de vie. Il peut aussi être plus rude parce que les puissances rivales ne disposent d’aucun juge commun. Douguine insiste sur la pluralité, tandis que Schmitt nous rappelle que la pluralité produit des frontières, des décisions et des ennemis potentiels. La multipolarité ne met pas fin au conflit. Elle met fin au monopole de celui qui est autorisé à définir le conflit.

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Le national-bolchevisme arrive par une autre voie. Ernst Niekisch regardait l’Occident libéral et y voyait un système qui dissolvait les nations dans les marchés et transformait les citoyens en acheteurs. Il imaginait une union de la discipline nationale, de la propriété sociale, de la rigueur prussienne et de la résistance orientale à la puissance atlantique. La Chine n’est pas nationale-bolchevique: son histoire, sa culture et sa tradition révolutionnaire lui sont propres. Elle confirme néanmoins l’une des principales intuitions de Niekisch. La nation et le socialisme ne sont pas nécessairement ennemis. L’État peut utiliser les marchés sans permettre aux valeurs marchandes de définir la nation. Le travailleur, le soldat, l’ingénieur, le paysan et le fonctionnaire peuvent être intégrés à un même projet de survie nationale.

Le système chinois ne doit cependant pas être idéalisé comme une pure démocratie collective. Ses réalisations sont réelles: l’allongement de l’espérance de vie, l’éducation de masse, des infrastructures immenses, une grande profondeur industrielle, la réduction de la pauvreté, les progrès scientifiques et des villes reliées par le rail à une échelle que l’Europe ne peut plus égaler. Ses capacités de censure, de surveillance, de répression et d’intrusion bureaucratique sont également réelles. Un État peut servir son peuple et le contrôler en même temps. L’argument sérieux en faveur de la Chine ne consiste pas à dire que le pouvoir devient innocent lorsqu’il est exercé par le Parti. Il consiste à dire que tout ordre politique exerce un pouvoir, tandis que l’ordre libéral dissimule souvent sa propre coercition derrière les marchés, les plateformes privées, les partenariats entre services de renseignement, les formules juridiques et les leçons de morale. La Chine rend l’autorité de l’État plus visible.

Le Dasein chinois demeure donc une question plutôt qu’un fait établi. Il vit dans la langue, la nourriture, les obligations familiales, les rites ancestraux, la philosophie confucéenne, le sacrifice révolutionnaire, la discipline de l’usine, les programmes spatiaux, les applications de surveillance, les traditions villageoises et l’intelligence artificielle. Il ne dissout pas ces contradictions. Il les porte. Son avenir dépend de la capacité de l’État à les transformer en une forme historique vivante sans écraser le peuple dont l’existence donne un sens à cette forme. Si le Parti ne devient plus qu’une machine administrative, il reproduira le Gestell de Heidegger sous un drapeau rouge. Si le capital échappe à la supervision politique, la Chine deviendra une province de plus du marché. Si la mémoire ethnique devient un spectacle vide, la civilisation conservera ses symboles tout en perdant son âme.

39931c76796853a74db6b03053f3e946.jpgLa Chine avance désormais dans l’Histoire sans accepter la prétention occidentale selon laquelle celle-ci n’aurait qu’une seule direction. Sa souveraineté est schmittienne parce qu’elle décide. Sa pluralité civilisationnelle est douguinienne parce qu’elle nie qu’un modèle unique convienne à tous les peuples. Sa question la plus profonde est heideggérienne parce que la victoire industrielle ne répond pas à la question de savoir ce que signifie être. Le dragon s’est assuré des ports, des usines, des missiles, des centres de données, des voies ferrées, des marchés et un accès à l’espace. Il ne s’est pas assuré l’éternité. Aucune civilisation ne le peut. Mais il a recouvré le droit d’affronter son propre danger en son propre nom.

Le dragon continue de souffler. Le pétrole russe parvient à ses raffineries. Les navires et les patrouilles chinoises marquent les eaux contestées. Les ports restent pris entre les entreprises, les tribunaux et les États. Les négociations avec Washington se poursuivent sans rétablir la domination américaine, tandis que l’intégration de l’Asie orientale progresse sans encore devenir un Grand Espace chinois. La Chine n’a pas remplacé l’ancien monde par un nouveau monde achevé. Elle a plutôt rendu impossible de croire encore à l’ancienne prétention à une domination universelle de l’Occident. Le flambeau n’a pas été transmis au cours d’une cérémonie nette et ordonnée. Il repose au milieu des droits de douane, des câbles, des ports, des drones, des puces, des traités et du déclin démographique. La Chine tend la main vers lui, non pour éclairer l’ancienne voie, mais pour prouver que l’Histoire possède encore plus d’un chemin.

vendredi, 11 septembre 2026

Sahra la Rouge

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Sahra la Rouge

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/sahra-la-rossa/

Certains pourraient dire que la nouvelle politique allemande est déterminée par des femmes. Si ce n’était que ces femmes dérangent. Elles brisent les schémas établis, suscitent des doutes, voire une véritable angoisse.

Sahra Wagenknecht est la dirigeante du BSW, une formation d’extrême gauche qui porte d’ailleurs son nom. Une transition vers un nouveau parti, après la rupture retentissante de Wagenknecht avec Die Linke, le parti de la gauche radicale allemande dont elle était vice-présidente.

En simplifiant beaucoup, Wagenknecht est une «rouge-brune»: elle associe les revendications propres à une gauche communiste, dont elle est issue par sa formation politique, à la défense de l’identité nationale allemande. Notamment face à une immigration incontrôlée qui tend à dénaturer l’Allemagne et qui finit par appauvrir les classes prolétariennes.

Or, lors des élections en Saxe-Anhalt, le BSW a recueilli 5,4% des voix. Des voix qui deviennent essentielles pour former un gouvernement dirigé par l’AfD.

En effet, le parti de droite a obtenu 44,5%. Un score considérable, mais insuffisant pour prendre la tête du gouvernement du Land.

Wagenknecht s’est déclarée disposée à conclure un accord. Grâce à son vote favorable, ou même à sa simple abstention, l’AfD pourrait prendre la direction du Land.

Il ne s’agit pas seulement d’un événement local, circonscrit à une réalité limitée. Il s’agit plutôt d’un signal politique très clair.

Réfléchissons-y bien…

La droite populiste et l’extrême-gauche s’allient. Pour gouverner en opposition à la vieille nomenklatura qui domine la scène politique depuis des décennies.

Ce n’est plus une lutte entre la droite et la gauche, mais plutôt un affrontement entre le haut et le bas.

Autrement dit, entre les forces qui émergent des profondeurs d’un peuple las et en colère, et ceux qui, au cours de ces dernières années, ont décidé de l’avenir de l’Allemagne.

Mais qui ont conduit le pays non seulement au bord de la guerre avec la Russie, mais aussi — et surtout — dans une crise économique sans précédent dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre.

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L’AfD et le BSW ont des origines et des couleurs politiques différentes. Ils représentent néanmoins le soulèvement du peuple allemand contre de prétendues élites qui ne répondent qu’au pouvoir de la finance mondiale.

Et ce qui se passe en Saxe-Anhalt n’est qu’un signal. Le début d’un processus qui pourrait bientôt gagner toute l’Allemagne.

Le falot Merz tentera certainement tout ce qui est en son pouvoir pour enrayer cette menace contre son propre pouvoir et, surtout, contre celui de ses maîtres.

Mais s'il y parviendra est une tout autre affaire.

L’énigme Le Pen

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L’énigme Le Pen

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/enigma-le-pen/

Tous les sondages placent le Rassemblement national en tête lors des prochaines élections législatives françaises.

Et, pour Marine Le Pen, la voie vers l’Élysée semble s’ouvrir.

À mesure que l’échéance électorale approche et que les sondages lui donnent raison, Marine Le Pen semble affirmer davantage ses choix politiques.

Désormais, elle parle de plus en plus clairement d’un désengagement de la guerre en Ukraine et de son intention de concentrer tous les efforts économiques sur la situation intérieure de la France, qui est difficile, sinon franchement compromise.

Une décision qui s’explique avant tout par le sentiment que l’opinion publique — et donc son électorat — est lasse de cette guerre voulue par Macron. Lasse de voir détournées vers l’Ukraine des ressources qui devraient servir à protéger les Français.

Lasse de voir progressivement détruits les derniers vestiges de l’État social et le pays sombrer dans un chaos total. Avec des banlieues et des quartiers entiers des principales villes désormais totalement aux mains du crime organisé. Ou, pire encore, de tribunaux islamistes qui ne reconnaissent d’autres lois que les leurs.

Marine Le Pen semble avoir la capacité, ainsi que la possibilité, de devenir la représentante de ces profonds malaises qui tourmentent les Français. Et cela la conduira aisément à l’Élysée, sauf manœuvres et pièges tendus par certains pouvoirs financiers, français ou étrangers, qui la considèrent avec méfiance.

Il est toutefois difficile de dire, pour l’heure, ce que Marine Le Pen pourrait faire une fois installée à l’Élysée.

En premier lieu, de quelle marge de manœuvre disposerait-elle, compte tenu du fait que, certes, le pouvoir du président est fort, mais qu’il n’est pas absolu? Et qu’il doit toujours composer avec d’autres forces, les affronter ou parvenir à un accord avec elles. Des forces qui, pour la plupart, ne sont pas «parlementaires».

Et cela vaut pour elle comme cela a toujours valu pour les différents occupants de l’Élysée.

Même De Gaulle, le père et, d’une certaine manière, le maître de la Ve République, dut accepter de conclure des accords avec certains pouvoirs. Et se mesurer continuellement à eux.

Au-delà de cette question, cependant, une autre devrait être posée. Peut-être plus pressante encore que la précédente.

Une fois à l’Élysée, que voudra réellement faire Marine Le Pen?

Car son programme est extrêmement précis et détaillé dans son analyse de la situation de crise, mais demeure assez vague quant aux solutions possibles.

Surtout, Marine Le Pen ne définit pas clairement le rôle international de «sa» France.

Certes, un désengagement en Ukraine… mais qu’est-ce que cela devrait impliquer?

Une rupture avec l’OTAN et un retour à une politique française totalement — ou presque — indépendante de Washington et de Londres?

Et les relations avec Moscou? Un retour à une politique diplomatique tournée vers l’Est?

Et les rapports avec l’Afrique? Continuité ou rupture avec la politique impérialiste de Paris dans la vaste région subsaharienne?

Autant de questions auxquelles Mme Le Pen ne répond pas, pour l’heure.

Peut-être ne le veut-elle pas.

Peut-être ne le peut-elle pas…

Ni pétrole, ni souveraineté, ni élections - Les États-Unis «construisent la démocratie» au Venezuela

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Ni pétrole, ni souveraineté, ni élections

Leonid Savin

Les États-Unis «construisent la démocratie» au Venezuela

Les dirigeants des États-Unis et du Venezuela ont annoncé simultanément un nouvel accord stratégique en vertu duquel 65 milliards de barils de pétrole lourd de la République bolivarienne seront cédés au profit de Washington.

Les dirigeants des États-Unis et du Venezuela ont annoncé simultanément un nouvel accord stratégique en vertu duquel 65 milliards de barils de pétrole lourd de la République bolivarienne seront cédés au profit de Washington.

Selon le prix de référence fixé à 65 dollars le baril — bien que le cours en vigueur au moment de la conclusion de l’accord ait été de 88 dollars —, le Venezuela ne recevra des États-Unis que 19 dollars par baril. L’accord porte sur 17 zones d’extraction, dont le lac Maracaibo et des gisements jusque-là inexploités situés près du lit de l’Orénoque.

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Des investissements américains d’un montant de 100 milliards de dollars seront mobilisés pour moderniser les infrastructures. Caracas présente cette opération comme manifestement avantageuse, puisque le budget national devrait, prétendument, en tirer 200 milliards de dollars de recettes.

La Chine a réagi avec une inquiétude manifeste, déclarant que ses intérêts devaient, eux aussi, être pris en considération — en premier lieu les prêts accordés auparavant ainsi que l’aide financière fournie en échange de pétrole.

Les chavistes et leurs partisans dans d’autres pays d’Amérique latine ont vivement critiqué l’accord, le qualifiant de nouvelle étape vers la perte de souveraineté. Ils ont toutefois ajouté qu’il était encore possible de revenir en arrière.

La question ne doit pas être envisagée uniquement comme un contrat entre deux États, mais dans une perspective beaucoup plus large, aussi bien dans le contexte de la géopolitique pétrolière que dans celui des dynamiques régionales. En effet, depuis l’enlèvement du président légitime Nicolás Maduro et de son épouse, le 3 janvier, des événements radicalement contraires à l’esprit du chavisme et manifestement dirigés contre la souveraineté du Venezuela se sont produits.

Le premier accord avec les États-Unis avait déjà été signé le 21 janvier et concernait lui aussi les livraisons de pétrole. Dans le même temps, Washington avait interdit toute vente à d’autres pays. Le 30 janvier, la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a annoncé une amnistie pour toutes les personnes qui s’étaient opposées au pouvoir de l’État depuis 1999, c’est-à-dire depuis l’accession d’Hugo Chávez à la présidence de la République.

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En février, les conseillers cubains et le personnel médical cubain ont quitté le Venezuela. Les livraisons humanitaires de pétrole à l’île ont été interrompues, ce qui a considérablement aggravé la crise énergétique à Cuba. En mai, le Venezuela a extradé vers les États-Unis Alex Saab, qui avait pendant de nombreuses années contribué à contourner les sanctions imposées par l’Occident et avait occupé un poste ministériel.

Il importe de noter que, lorsque son arrestation a été rendue publique, les représentants du pouvoir ont opposé un silence de mort aux demandes d’information, tandis que ceux qui continuaient de soutenir le gouvernement affirmaient qu’il ne s’agissait que de rumeurs absurdes.

En juillet, après le tremblement de terre, du personnel militaire et technique venu des États-Unis et d’Israël est arrivé dans le pays. Les dirigeants vénézuéliens ne parlent plus de soutien à la Palestine.

À la place, le rétablissement des relations avec Israël a été annoncé. La coopération avec l’Iran a, de fait, cessé. Rappelons qu’Hugo Chávez qualifiait les liens avec la République islamique d’«Axe du Bien», opposé à l’«Empire du Mal», c’est-à-dire aux États-Unis.

Presque simultanément à l’annonce de cet accord et à son approbation par l’Assemblée nationale du Venezuela, Donald Trump et Delcy Rodríguez ont déclaré qu’il était encore trop tôt pour organiser des élections au Venezuela.

De toute évidence, Washington se satisfait pleinement d’un régime aussi docile. On peut s’attendre à ce que soit ensuite formulée l’exigence d’installer des bases militaires sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue, ce qui nécessiterait de modifier la Constitution de la République.

Rodríguez comprend, quant à elle, qu’elle a peu de chances de rester au pouvoir après un scrutin, puisque ses actes discréditent entièrement l’héritage de Chávez et de Maduro. Qui plus est, si l’opposition obtenait la majorité, l’actuelle cheffe de l’État par intérim et plusieurs autres membres de l’establishment pourraient se retrouver sur le banc des accusés.

Les déclarations selon lesquelles le pays ne serait pas prêt à organiser de nouvelles élections semblent donc être le résultat d’une entente entre la Maison-Blanche et les autorités vénézuéliennes. Si Washington compte réaliser de nouvelles acquisitions dans le cadre de sa nouvelle politique étrangère, qui définit l’ensemble de l’Amérique latine comme une zone d’intérêts directs des États-Unis, Caracas est, pour sa part, dominée par la crainte très prosaïque de perdre le pouvoir.

C’est d’ailleurs pour cette raison que Rodríguez retarde également l’exécution de plusieurs exigences américaines, notamment celles concernant la libération de prisonniers. Elle doit conserver des atouts pour de futures négociations.

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S’agissant de la géopolitique pétrolière, le facteur iranien a manifestement joué lui aussi un rôle. Le projet initial des Américains visant à vaincre la République islamique et à prendre le contrôle des ressources de ce pays a échoué.

De plus, la navigation dans le détroit d’Ormuz, qui constitue la principale voie d’acheminement des hydrocarbures provenant des pays du golfe Persique, demeure paralysée.

Trump tente donc de réorganiser les actifs pétroliers, tout en escomptant des dividendes politiques à la veille des élections au Congrès américain. En contrôlant les vastes réserves pétrolières du Venezuela, Washington disposera de moyens de pression indirects sur les pays qui ont besoin de ce pétrole.

Il n’est pas anodin que le secrétaire d’État Marco Rubio ait été soutenu par la compagnie pétrolière ExxonMobil lors de précédentes élections au Congrès et qu’il en soit un lobbyiste déclaré. C’est également lui qui, dans les faits, dirige Delcy Rodríguez à distance par l’intermédiaire d’une messagerie et interdit à plusieurs figures majeures de l’opposition de retourner au Venezuela.

Étant donné que les autres pays voisins également fournisseurs de pétrole — la Colombie, l’Équateur et le Guyana — suivent eux aussi le sillage de Washington, la Maison-Blanche pourrait consolider ces actifs. Outre le facteur pétrolier, le département d’État exploite activement les questions de sécurité dans la région. Il serait par conséquent possible de constituer une sorte de bloc placé sous le contrôle des États-Unis, séparant l’Amérique centrale des pays andins et de l’Amazonie.

Une telle restructuration aura manifestement des répercussions sur la géopolitique de la région, laquelle, en raison des ingérences extérieures, ne parvient toujours pas à mener une intégration conforme à ses propres intérêts, alors même que des institutions officielles telles que la CELAC, l’UNASUR et le MERCOSUR existent depuis longtemps.

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Toutefois, de nombreux obstacles pourraient contrarier les projets à long terme de Washington, qui rêve d’une «Grande Colombie» placée sous son contrôle. Ce n’est pas un hasard si la Maison-Blanche redoute à ce point la tenue d’élections au Venezuela, pays qui nécessite par ailleurs des injections financières colossales. Ce n’est pas non plus sans raison que plusieurs investisseurs ne se pressent pas d’entrer sur le marché de cette république instable — notamment du fait des actions des États-Unis —, où la situation pourrait à tout moment connaître une nouvelle aggravation radicale.

La Russie, puissance spatiale

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La Russie, puissance spatiale

Michael Silnizki 

Source: https://overton-magazin.de/top-story/russische-raummacht/

L’Eurasie en ligne de mire

    « Tout ce qui vient de Russie est toujours présenté comme des “manœuvres du Kremlin”... Quelle absurdité ! On ne peut pas tout mettre sur le dos des manœuvres du Kremlin. »

    — Poutine, 27 octobre 2022

    « Pourquoi devrions-nous envahir ces territoires ? Nous avons les nôtres... La Sibérie et l’Extrême-Orient ne demandent qu’à être mis en valeur. Pourquoi aurions-nous besoin de territoires étrangers ? Nous devons développer les nôtres. Et ils n’auront même pas assez d’essence pour parcourir l’ensemble de notre territoire. »

    — Poutine aux Européens, 7 novembre 2024

 

1. Le discours de Poutine et son interprète

img-0600_orig.jpegDans sa volumineuse étude intitulée The Myth of Eurasia: Why Russia Can’t Shed Its Imperial Delusions (« Le mythe de l’Eurasie : pourquoi la Russie ne parvient pas à se défaire de ses illusions impériales »), publiée le 18 août 2026 dans Foreign Affairs, la politologue turque Ayşe Zarakol (photo), qui enseigne à l’université de Cambridge, a avancé une thèse contestable : dès le début, Poutine aurait présenté son invasion de l’Ukraine « comme faisant partie d’une lutte culturelle » (as part of a cultural struggle). Cf.: https://www.foreignaffairs.com/reviews/myth-eurasia-russia-zarakol

Elle étaye sa thèse à l’aide de citations tirées du discours prononcé par Poutine quatre ans auparavant:

«En octobre 2022, écrit-elle, Poutine a prononcé un discours devant le Club international de discussion Valdaï afin de plaider en faveur de la “diversité des civilisations” (civilizational diversity). “L’uniformisation et l’effacement de toutes les différences sont, au fond, ce que recherche l’Occident moderne”, a déclaré Poutine. Les États-Unis souhaitaient étendre leur hégémonie “néocoloniale” (“neocolonial” hegemony) au monde entier en réprimant les aspirations des Russes. Le soutien occidental à l’Ukraine ferait partie intégrante d’une motivation plus générale visant à “restreindre et bloquer le libre développement des autres civilisations”. Dans cette lutte, selon Poutine, il serait question du droit “de chaque civilisation à suivre sa propre voie et à organiser son propre système sociopolitique”».

«Poutine évoluait là en terrain familier », résume-t-elle ensuite, avant de présenter les déclarations de Poutine, sous un angle géoculturel, comme une vieille idée remise au goût du jour, « apparue parmi les intellectuels de la Russie tsariste du XIXe siècle », lesquels « se révoltaient contre l’obsession des élites pour l’Occident».

Elle ne précise pas exactement quels « intellectuels » elle entend par là, mais s’est laissée entraîner, en faisant référence à l’«eurasisme», à parler de «l’idéologie dominante du Kremlin» (the Kremlin’s ruling ideology). Soit. Même les partisans les plus zélés et les plus fidèles de Poutine se seraient étonnés d’apprendre que le maître du Kremlin possède une quelconque idéologie, eux qui déplorent amèrement depuis des années l’absence d’idéologie en Russie depuis la disparition de l’Union soviétique.

Comme chacun sait, il n’existe aucun remède contre les préjugés et les ressentiments. À y regarder de plus près, il apparaît rapidement que le discours de Poutine ne constituait pas une apologie a posteriori de l’invasion de l’Ukraine « en tant que partie d’une lutte culturelle », mais une déclaration de guerre sans équivoque à l’ordre mondial unipolaire existant.

Le 27 octobre 2022, Poutine a prononcé un ambitieux discours de fond à caractère programmatique, particulièrement substantiel. Ce discours était de nature géopolitique et non géo-culturelle, même si Poutine s’est occasionnellement aventuré dans l’histoire de la pensée russe.

À ma connaissance, il n’a jamais plus prononcé de discours comparable. On ignore quel prête-plume lui a rédigé cette intervention ambitieuse. Cet auteur anonyme devait toutefois être hautement cultivé, excellent analyste et, de surcroît, posséder une connaissance remarquable des évolutions géopolitiques contemporaines. Peut-être toute une équipe a-t-elle rédigé le discours de Poutine.

Quoi qu’il en soit, ce discours constituait un règlement de comptes en règle avec l’« ordre mondial unipolaire » apparu depuis la fin de la «guerre froide». Dès le début de son intervention, Poutine s’en est pris avec virulence à ce qu’il appelait «l’unique règle» établie par les «détenteurs du pouvoir», laquelle revient à dire qu’ils peuvent «vivre en dehors de toute règle, que tout leur est permis et que tout demeure impuni, quoi qu’ils fassent».

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Cette «règle» dépourvue de règles nous serait « constamment “martelée” », c’est-à-dire continuellement inculquée, par la «puissance mondiale». Poutine dit littéralement: «On a parlé aujourd’hui du pouvoir, mais moi, je parle du pouvoir mondial» (сейчас о власти говорили, я говорю о глобальной власти). Autrement dit, ce qui préoccupait Poutine en premier lieu et avant toute chose était l’ordre hégémonique mondial des États-Unis, dépourvu de règles — pardon: «fondé sur des règles» — à l’époque de l’unipolarité.

«La domination du monde est précisément ce que le soi-disant Occident a mis en jeu dans sa partie de pouvoir. Mais ce jeu est incontestablement dangereux, sanglant et, je dirais, sordide. » (Власть над миром – как раз то, что так называемый Запад поставил на кон в своей игре. Но игра эта, безусловно, опасная, кровавая и, я бы сказал, грязная.)

L’ordre mondial unipolaire « nie la souveraineté des pays et des peuples, leur identité et leur singularité, et méprise les intérêts des autres États. [...] Personne, à l’exception de ceux qui formulent précisément ces règles, n’a droit à un développement indépendant : tous les autres doivent se soumettre à ces règles».

Tel est le fond du discours de Poutine. Et qu’en a fait notre interprète? Elle a simplement pris ce discours comme prétexte pour exposer ses propres réflexions sur les différences culturelles entre la Russie et l’«Occident». Ce thème est, il est vrai, aussi ancien que l’histoire empreinte de préjugés des rencontres russo-européennes.

71lEBNYoiYL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgSous le titre révélateur Perverses Abendland – barbarisches Russland (« Occident pervers — Russie barbare »), Gabriele Scheidegger écrit par exemple, à propos des «rencontres des XVIe et XVIIe siècles à l’ombre des malentendus culturels»:

«Lorsque Russes et Européens occidentaux entraient en contact aux XVIe et XVIIe siècles, l’entente cordiale était rare. La plupart du temps, ils se séparaient en fronçant le nez, voire remplis de dégoût, et les deux camps se voyaient pleinement confortés dans leurs préjugés»¹.

«Les positivistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, poursuit Scheidegger, partirent bruyamment en guerre contre le retard de la Russie. Le témoin principal de cette tendance est Alexander Brückner, cet “élève russifié [...] de Droysen et de Ranke”. [...] Brückner ne se contenta pas de reprendre les jugements négatifs des anciens voyageurs en Russie ; il les renforça encore par sa propre consternation: “Jusqu’à l’époque de Pierre le Grand, les autres peuples portent unanimement sur les Moscovites le jugement le plus défavorable que l’on puisse imaginer. [...] Violence, mensonge, saleté physique et morale, inculture et superstition, arrogance asiatique et incapacité méprisable : tels sont les traits saillants de l’État et de la société, tels qu’ils apparaissent à Moscou et chez ses représentants aux observateurs d’Europe occidentale”»².

Notre interprète de Poutine ne souhaite cependant pas aller aussi loin. Se référant à l’ouvrage The Steppe and Its Empires («La steppe et ses empires»), paru tout récemment en mai 2026, Zarakol critique son auteur, l’historien Michael Khodarkovsky, qui, par sa théorie de la steppe, rapprocherait trop la Russie, sur le plan culturel, des grands empires asiatiques.

«C’est une erreur de croire, estime Zarakol, que Poutine agit ainsi parce qu’il marche dans les pas de souverains et de seigneurs de guerre eurasiatiques. Cette conception simplifie une histoire complexe [...] En remontant si loin dans le passé, elle commet l’erreur d’arracher Poutine et la Russie moderne à leur propre époque».

La thèse de Khodarkovsky rappelle en effet de manière frappante l’ouvrage de Karl A. Wittfogel, Oriental Despotism: A Comparative Study of Total Power («Le despotisme oriental: étude comparative du pouvoir total»), paru en 1957 en pleine guerre froide et qui assimilait la Russie à un « despotisme oriental».

À la différence de Khodarkovsky, Zarakol porte sur la Russie un regard un peu plus nuancé. «Pendant des siècles, les Russes se sont à la fois tournés vers l’Europe et efforcés de s’en démarquer». Selon elle, « deux choses peuvent être vraies en même temps » (Two things can be true at once). Premièrement, «l’association de la Russie à la steppe eurasienne est politiquement motivée», afin que les Européens puissent se démarquer de la Russie et se considérer «comme l’avant-garde de la modernité [...] par opposition aux prétendues pathologies ou au retard de “l’Orient”».

Deuxièmement, lorsque la Russie ne se comportait pas comme les Européens l’attendaient, «c’était la faute de son côté asiatique primitif et cruel», ce qui «créait la fiction selon laquelle les pays occidentaux seraient incapables de pareille cruauté». Mais lorsque les Russes s’approprient le récit eurasien, ils se démarquent de l’Europe et de l’Occident, «que Poutine et ses alliés dénigrent en les qualifiant de décadents, arriérés et immoraux».

Cette dernière affirmation de Zarakol, en particulier, ne saurait rester en l’état, car elle contredit le discours de Poutine du 27 octobre 2022 cité par notre interprète. «La Russie, en tant que civilisation indépendante et singulière, ne s’est jamais considérée et ne se considère toujours pas comme l’ennemie de l’Occident. L’américanophobie, l’anglophobie, la francophobie et la germanophobie sont des formes de racisme au même titre que la russophobie et l’antisémitisme — comme, du reste, toutes les manifestations de xénophobie » (Россия, будучи самостоятельной, самобытной цивилизацией, никогда не считала и не считает себя врагом Запада. Американофобия, англофобия, франкофобия, германофобия – это такие же формы расизма, как русофобия и антисемитизм – впрочем, как и любые проявления ксенофобии), a déclaré Poutine dans son discours.

Ce à quoi veut finalement en venir l’interprète de Poutine n’apparaît que vers la fin de son exposé :

«La Russie est un empire qui s’est tordu pour prendre la forme d’un État-nation moderne » (Russia is an empire that has twisted itself into the form of a modern nation-state), « une grande partie de son territoire ayant été acquise par la conquête et la colonisation “intérieures”, notamment par la colonisation de peuplement, comme en Amérique du Nord, en Australie et ailleurs. [...]

La relation ambivalente à l’Europe constitue elle aussi une composante essentielle de la vision russe du monde. Si l’on considère tous ces aspects dans leur ensemble, le pays auquel la Russie ressemble le plus, historiquement comme aujourd’hui, n’est ni la Turquie ni l’Iran, mais les États-Unis. La volonté de voir exclusivement en la Russie le produit de son empreinte steppique finit par déformer et simplifier cette histoire.

Le rappel de l’héritage eurasien de la Russie est utile dans la mesure où il met en évidence la complexité fondamentale de la Russie actuelle. Le passé ne doit toutefois pas être morcelé au service d’un programme contemporain; la Russie était ancrée à la fois en Europe et en Asie et a été profondément façonnée par sa rivalité avec les États-Unis pendant la guerre froide du XXe siècle. L’attaque de Poutine contre l’Ukraine, ses ambitions impériales déclarées et sa répression impitoyable de toute dissidence ne font pas de lui un tsar, un khan, un chah ou un sultan des temps modernes. Ses agissements fautifs relèvent de sa seule responsabilité».

L’idée selon laquelle la Russie ressemblerait plus que tout autre pays aux États-Unis, tant historiquement qu’aujourd’hui, est certes novatrice, mais elle paraît fort éloignée de la réalité du point de vue géopolitique et géo-culturel.

2. L’identité spatiale de la pensée russe

Qu’en est-il donc? Qu’est-ce que la Russie? Un «mastodonte» selon Bismarck, un empire des steppes selon Khodarkovsky, ou simplement un sosie des États-Unis selon Zarakol? Et «l’attaque de Poutine contre l’Ukraine» correspond-elle réellement à « ses ambitions impériales déclarées» (his professed imperial ambitions), comme l’affirme Zarakol?

Ces questions ne peuvent être dissociées si l’on veut comprendre les intentions de Poutine dans le conflit ukrainien ainsi que la place de la Russie en Europe et en Eurasie. Cette compréhension ne peut toutefois être obtenue ni sur le plan géo-culturel, comme chez Zarakol, ni sur le plan historique, comme chez Khodarkovsky, mais bien sur les plans géopolitique et sécuritaire.

«La Russie, estimait autrefois Bismarck, est davantage une force élémentaire qu’un cabinet, davantage un mastodonte qu’un diplomate, et doit être traitée comme le mauvais temps jusqu’à ce qu’on puisse la changer — et non comme des hommes politiques doués de raison»³.

Cela était peut-être vrai durant la seconde moitié du XIXe siècle. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Poutine est un diplomate retors et un homme politique qui « pense » stratégiquement, même s’il a commis de nombreuses erreurs tactiques dans le conflit ukrainien. Cela tient au fait que les dirigeants russes et les élites de pouvoir qui les soutiennent, comme Zarakol l’a justement relevé, restent jusqu’à aujourd’hui «façonnés par leur rivalité avec les États-Unis pendant la guerre froide du XXe siècle».

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Enfant de la guerre froide, Poutine garde encore un souvenir très présent de la confrontation entre les systèmes et de la dissuasion nucléaire, avec le danger d’un anéantissement mutuel, dont il ne parvient apparemment toujours pas à se détacher. Cela l’incite, lui et son équipe, à la prudence. À juste titre? Pas entièrement. Un excès de prudence peut devenir contre-productif et conduire à des décisions tactiques erronées, ce qui s’est d’ailleurs produit.

L’OTAN d’aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était à l’époque de la guerre froide, et la communauté transatlantique actuelle n’est pas cet Occident de la guerre froide qui débordait tant de puissance qu’il pouvait à peine marcher.

À cela s’ajoutent les expériences amères et douloureuses des années 1990, durant lesquelles la Russie a traversé une période extrêmement difficile. Elles continuent de produire leurs effets jusqu’à aujourd’hui et le pays ne les a toujours pas entièrement surmontées. Cela incite également les dirigeants russes sous Poutine à la prudence.

La guerre en Ukraine est en outre, dans une certaine mesure, une conséquence de la disparition de l’empire soviétique ainsi que d’un processus encore inachevé de répartition de l’espace entre les États ou entités de pouvoir qui en sont issus. Ce processus de division et de redistribution spatiales prendra peut-être fin avec la guerre en Ukraine.

Ce qui restera encore de l’Ukraine ne pourra être constaté qu’après la fin des hostilités. Une chose est toutefois déjà claire: la Russie s’établira de nouveau comme la puissante puissance spatiale eurasienne, dotée de forces armées aguerries et parfaitement préparées à une guerre du XXIe siècle.

Dans ce contexte, il convient de se remémorer très précisément la signification et l’importance de l’espace dans les conceptions géopolitiques et sécuritaires russes. La prédominance de l’espace dans la pensée russe se manifeste par le fait que l’unité (единство) et l’intégrité (целостность) de l’espace deviennent des postulats incontestables de pratiquement tout credo de politique intérieure et extérieure, et incarnent la raison d’État par excellence.

C’est pourquoi Zarakol donne expressément raison à Khodarkovsky sur au moins un point lorsqu’elle écrit: «Il est incontestable que la Russie n’est pas un pays “européen” au sens sociopolitique du terme et que les influences de la steppe contribuent à cette différence» (It is obviously true that Russia is not a “European” country in the sociopolitical sense of the word, and the steppe influences are partly the reason why it is something different).

Sans en avoir conscience, elle souligne la signification et «l’influence» de l’espace dans l’histoire russe, qu’elle appelle la «steppe» à la suite de Khodarkovsky. Mais elle méconnaît dans le même temps la dimension de la pensée spatiale dans la géopolitique et la politique de sécurité russes, parce qu’elle ne perçoit l’histoire russe que sous un angle géo-culturel.

Puisque la puissance spatiale russe s’oriente prioritairement vers la sécurisation et la maîtrise de son propre espace de puissance, le principe de droit international de non-ingérence dans les affaires intérieures revêt une importance primordiale pour la politique étrangère russe. C’est pourquoi les dirigeants russes rejettent catégoriquement toute ingérence de puissances étrangères à cet espace dans les affaires intérieures de leur propre espace de puissance et réagissent de manière épidermique aux leçons occidentales de toute nature.

L’identité spatiale de la pensée russe implique déjà un principe de démarcation vis-à-vis des puissances étrangères à cet espace et rejette catégoriquement tout principe universel d’ingérence — tel que l’extension transfrontalière des prétendues «valeurs occidentales» — à l’intérieur de l’espace de la puissance russe.

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Alors que le prosélytisme des «valeurs occidentales» est depuis longtemps devenu un moyen d’auto-habilitation au service de la politique transatlantique d’expansion et d’intervention, l’identité spatiale de la pensée russe demeure, par principe et par tendance, dépourvue de charge idéologique. C’est pourquoi la prétendue «idéologie dominante du Kremlin» (the Kremlin’s ruling ideology) n’est rien d’autre qu’un mirage.

L’accusation régulièrement portée contre le Kremlin, selon laquelle il mènerait une politique étrangère agressive et expansionniste, relève donc des mythes construits à des fins géopolitiques et sert uniquement à dissimuler la politique transatlantique d’expansion et d’intervention.

C’est précisément l’identité spatiale de la pensée russe et la conception absolue de la souveraineté qui en résulte qui constituent la meilleure preuve du caractère pragmatique de la politique étrangère russe. D’une part, celle-ci est tournée vers l’espace intérieur et non vers le dépassement des espaces; d’autre part, elle vise essentiellement à protéger l’espace intérieur de la puissance contre les influences extérieures, afin que les structures internes de l’ordre puissent demeurer maîtrisables ou être maintenues.

Elles évitent surtout que la géopolitique russe ne glisse vers une confrontation idéologique devenue anachronique. La pensée géopolitique russe contemporaine est donc fondée sur la Realpolitik.

Aujourd’hui, la Russie se préoccupe avant tout de sa propre survie géopolitique dans les limites de l’espace de puissance existant et reconnu par le droit international, ainsi que de la sécurisation de l’espace intérieur de cette puissance spatiale. La guerre en Ukraine ne contredit pas cette affirmation, comme nous le verrons plus loin.

De même qu’il existe un espace mondial dont tous les espaces de puissance particuliers ne sont que des parties, chaque espace de puissance important possède un caractère exclusif auquel ne correspond aucune évolution historique comparable. À mesure qu’une conception du pouvoir et de la vie se fond dans un espace concret, elle acquiert un caractère historique et culturel unique et singulier.

La caractéristique de l’espace mondial réside au contraire — aussi paradoxal que cela puisse paraître — dans son caractère supra-spatial. Il en est ainsi parce qu’il ne connaît aucune limite de puissance et que, s’étendant au-delà de chaque espace de puissance, il n’est circonscrit par aucun d’entre eux.

La puissance hégémonique américaine, qui entend régner sur cet espace mondial, est, vue sous cet angle, un monstre supra-spatial incapable de remplir une fonction identitaire au sein d’un espace de puissance concret.

Elle ne peut produire d’identité dans un espace de puissance concret, parce que celui-ci se conçoit comme un espace intérieur identique à lui-même, qui ne peut être transformé de l’extérieur, sauf au moyen d’une intervention militaire et/ou d’une subversion intérieure. Mais, à la différence des années 1980 et 1990, il n’existe aujourd’hui rien qui puisse faire éclater de l’extérieur comme de l’intérieur l’espace intérieur de la puissance spatiale russe.

3. La stratégie de puissance continentale de Poutine

Dans le contexte de cette identité spatiale de la pensée russe se pose la question de savoir quelle géopolitique la Russie de Poutine poursuit aujourd’hui. À la différence de l’Union soviétique durant les trois dernières décennies de son existence, Poutine marche dans les pas de Staline.

9783430178365-de.jpgEn tant qu’«homme politique à la pensée continentale», Staline est resté fidèle, dans son positionnement géostratégique, à la politique expansionniste traditionnelle de Moscou et ne portait pas son regard «très loin au-delà de la périphérie géographique de l’Union soviétique», écrivait en 1981 Lothar Rühl (1927-2025), l’un des plus importants géopoliticiens allemands de l’après-guerre, dans son ouvrage toujours digne d’intérêt Russlands Weg zur Weltmacht («La voie de la Russie vers le statut de puissance mondiale»).⁴

Staline limita sa géopolitique au continent eurasien et se révéla ainsi «un stratège prudent qui évaluait correctement, sans les surestimer, les possibilités et les capacités de l’État soviétique sur les plans économique et politique. C’est pourquoi, après 1945 également, il rejeta tous les projets de la direction de la marine soviétique visant à mettre en œuvre un ambitieux programme de construction navale pour acquérir des bâtiments de combat de haute mer destinés à un déploiement mondial, ou à constituer à grande échelle des forces aériennes stratégiques à portée intercontinentale»⁵.

En concentrant toutes les forces exclusivement sur la mise au point d’armes nucléaires et la construction de missiles, Staline maintint sa stratégie de puissance continentale jusqu’à sa mort en 1953. Ce positionnement géostratégique de l’Union soviétique changea brutalement avec l’accession de Nikita Khrouchtchev au poste de secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique.

Sous Khrouchtchev, par son «activité extraordinairement accrue sur la scène politique mondiale», l’Union soviétique « abandonna la limitation propre à la conception expansionniste de Staline, selon laquelle les prises de pouvoir communistes n’avaient de chances de réussir, et ne méritaient donc d’être soutenues, qu’à proximité géographique de l’Union soviétique et avec le soutien direct ou indirect de l’Armée rouge»⁶.

Ce fut Nikita Khrouchtchev qui engagea le passage de «l’hégémonie continentale classique de l’époque stalinienne» à une stratégie de puissance mondiale ou de superpuissance. Il fut le premier dirigeant de Russie «à tenter de mener une politique mondiale», même s’il échoua d’abord «parce que les moyens n’étaient pas encore suffisants et parce qu’il exposa ainsi l’Union soviétique au danger sans protection. Son offensive dynamique contre la puissance mondiale américaine remporta des succès en Inde, au Proche-Orient et à Berlin, mais révéla avec éclat à Cuba les faiblesses de l’Union soviétique»⁷.

Cette rupture dans la géostratégie soviétique, dictée aussi bien par l’idéologie soviétique que par l’ambition personnelle de pouvoir, rejeta la géopolitique continentale traditionnelle pratiquée depuis des siècles, ainsi que la prudente «hégémonie continentale» de Staline. Elle entraîna une surexpansion de la politique hégémonique soviétique qui dépassait totalement les capacités économiques, technologiques et militaires du système, avec des conséquences dévastatrices pour l’existence même de l’empire.

khrouchtchev.jpgKhrouchtchev prit ainsi une décision géostratégique fatale qui finit par causer la perte de l’empire soviétique et de son idéologie communiste. Certains nostalgiques de l’Union soviétique n’ont toujours pas compris toute la portée de cette décision géostratégique de la direction soviétique, imputable à Khrouchtchev, et continuent de rêver au rétablissement du «glorieux» passé impérial de facture soviétique.

L’empire soviétique s’est en effet épuisé économiquement et idéologiquement du fait de son extension hégémonique excessive; il s’est ensuite effondré, puis désintégré. Mais cet effondrement et cette désintégration furent précédés de trente longues années de politique soviétique d’expansion et de puissance mondiale. Après le départ de Khrouchtchev, un «repli de la Russie sur elle-même, enfermée dans la forteresse de grande puissance bâtie par Staline, [...] n’était plus possible».⁸ «Le déclin était déjà inscrit dans l’ascension au rang de puissance mondiale»⁹.

Aujourd’hui, Poutine est revenu à la stratégie traditionnelle de puissance continentale, maintenue jusqu’à Staline inclus. Sous Poutine, précisément, la Russie a renoncé par principe à la stratégie soviétique de puissance mondiale amorcée sous Khrouchtchev et l’a définitivement abandonnée.

Si le conflit ukrainien correspond en principe à la stratégie de puissance continentale de Poutine, il n’en découle toutefois pas sur le plan causal. Les causes du conflit ne résident pas dans la politique expansionniste attribuée à Poutine ni dans son prétendu «néo-impérialisme», mais plutôt dans la politique d’expansion de l’OTAN depuis la disparition de son rival soviétique, contre laquelle un spécialiste américain de la Russie aussi éminent que George F. Kennan avait déjà lancé de pressants avertissements dans les années 1990. Une Ukraine membre de l’OTAN constituerait une catastrophe géostratégique pour la Russie, car celle-ci perdrait sa «profondeur stratégique» — «la zone tampon entre le cœur de la Russie et de puissants adversaires européens» —, comme l’a fermement souligné le groupe de réflexion américain Carnegie Endowment¹⁰.

La Russie actuelle se replie plutôt dans sa «forteresse de grande puissance». D’une part, elle cherche à assurer sa sécurité en nouant des relations économiques et militaires toujours plus étroites avec la Chine; d’autre part, face à l’environnement occidental hostile, elle tente de parvenir à l’autarcie.

Dans le contexte de l’affaiblissement de l’hégémonie américaine, du retour de la Russie à sa stratégie traditionnelle de puissance continentale — qui, selon la conception qu’elle en a, aboutit en définitive à une révision de l’ordre de sécurité paneuropéen dominé par les États-Unis — et de l’ascension fulgurante de la Chine au rang de superpuissance géoéconomique, il existe aujourd’hui une constellation de grandes puissances sans précédent, qui rend possible et nécessaire une architecture paneuropéenne de sécurité.

Dmitri Trenin souligne à juste titre qu’«une réforme de l’architecture européenne de sécurité» doit reposer sur «deux piliers — l’un occidental et l’autre russe» et qu’il est impossible que cette architecture garantisse une paix durable sans inclure ni prendre en considération les intérêts russes en matière de sécurité¹¹.

Dans le cas contraire, il existe un risque aigu que les élites au pouvoir dans l’Union européenne, qui donnent aujourd’hui le ton en Europe, pensent pouvoir manipuler leur propre population en agitant la «menace russe» et rêvent encore d’infliger une «défaite stratégique» à la Russie, connaissent elles-mêmes leur Waterloo.

Notes: 

(1) Scheidegger, G., Perverses Abendland – barbarisches Russland. Begegnungen des 16. und 17. Jahrhunderts im Schatten kultureller Missverständnisse. Zürich 1993, 9.

(2) Scheidegger (voir note 1), 26.

(3) Cité d'après Wittram, R., Die russisch-nationalen Tendenzen der achtziger Jahre, in: ders., Das Nationale als europäisches Problem. Beiträge zur Geschichte des Nationalitätsprinzips vornehmlich im 19. Jahrhundert. Göttingen 1954, 183-213 (189).

(4) Ruehl, L., Russlands Weg zur Weltmacht. Düsseldorf /Wien 1981, 413.

(5) Ruehl (voir note 4), 413 f.

(6) Grewe, W. G., Spiel der Kräfte in der Weltpolitik. Theorie und Praxis der internationalen Beziehungen. Düsseldorf Wien 1970, 224 f.

(7) Ruehl (voir note 4), 416.

(8) Ruehl (voir note 4), 439.

(9) Ruehl (voir note 4), 539.

(10) Rumer, E./Weiss, A. S., Ukraine: Putin`s Unfinished Business. carnegieendowment.org 12.11.2021.

(11) Trenin, D., Arms accords between Russia and the west stand a chance despite treat of conflict. ft.com 18.02.2022.

jeudi, 10 septembre 2026

La fabrique de l’urgence: pourquoi le système économique se nourrit de crises permanentes

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La fabrique de l’urgence: pourquoi le système économique se nourrit de crises permanentes

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/la-fabbrica-dellemergenza...

De la gestion de la pandémie, qui a redéfini les frontières du contrôle social, à la menace constante de la guerre hybride, jusqu’à la récente attaque de drones contre l’aéroport de Leipzig — attribuée à des agents russes et qualifiée sans détour par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de signe d’une «nouvelle normalité» à laquelle les Européens doivent s’habituer —, il n’y a qu’un pas. Un fil rouge relie les urgences sanitaires aux urgences géopolitiques: la systématisation du choc.

Le capitalisme contemporain ne vise plus la stabilité, mais repose au contraire sur un mécanisme complexe qui s’alimente cycliquement de la crise. Loin d’être des anomalies accidentelles ou des dysfonctionnements temporaires, les situations d’urgence sont devenues le carburant indispensable à la survie et à l’expansion de l’économie mondiale.

La logique profonde de ce modèle repose sur la nécessité chronique de dépasser les limites imposées par la surproduction et la stagnation. Lorsque les marchés traditionnels ralentissent, le système entre en difficulté. C’est là que l’urgence agit comme un puissant détonateur: elle efface les dettes symboliques, dévalorise le capital existant afin de permettre une nouvelle concentration de celui-ci et ouvre des marchés entièrement vierges. La catastrophe, ou sa perception constante, justifie des interventions étatiques massives qui détournent les ressources publiques vers le secteur privé, en finançant de grands travaux, des transitions technologiques imposées et des dispositifs de sécurité.

Dans ce contexte, la sécurité, la santé et le bien-être cessent d’être des droits fondamentaux ou des biens publics pour se transformer en marchandises lucratives — que l’on songe aux propos tenus par le président du Forum économique mondial au sujet de l’eau ! Chaque crise génère une demande artificielle et incontournable: on achète des valeurs refuges, des technologies de surveillance, des polices d’assurance, des médicaments d’urgence et des services de conseil stratégique en matière de défense. La vulnérabilité collective devient ainsi une mine d’or pour ceux qui disposent des capitaux nécessaires afin d’investir dans les solutions. Plus le monde paraît fragile et menacé, plus la valeur marchande de ceux qui offrent une protection augmente, créant ainsi une incitation perverse à maintenir un niveau d’alerte élevé.

0cd3b166798e9c7ce180a7dd302d7c01.jpgLa célèbre théorie de la destruction créatrice de Joseph Schumpeter trouve aujourd’hui son expression la plus aboutie dans l’économie du choc permanent. Ce n’est plus l’innovation technologique spontanée qui renouvelle le tissu productif, mais l’événement déstabilisateur. Une crise ébranle les fondements des marchés, balayant les petites entreprises les moins structurées et favorisant de gigantesques processus de concentration monopolistique entre les mains de quelques multinationales et fonds d’investissement mondiaux. Immédiatement après le choc, des plans de relance et de reconstruction financés par la dette sont mis en œuvre, garantissant pendant des années des profits assurés et protégés par l’État.

Enfin, le besoin d’urgence revêt une très forte dimension politique et sociale. L’état d’exception permanent normalise la suspension des droits syndicaux et civils au nom de l’urgence et de l’intérêt supérieur. Face à un danger imminent — qu’il s’agisse d’un effondrement des marchés boursiers, d’un virus mondial ou d’une escalade militaire aux frontières —, la dissidence est neutralisée et les décisions économiques les plus impopulaires sont imposées d’en haut, sans passer par le filtre de la médiation démocratique. Il en résulte une société perpétuellement sur la défensive, fragmentée et incapable d’imaginer un avenir différent, prisonnière d’un éternel présent dans lequel la seule certitude est la prochaine crise à affronter.

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Acide, acétone, papier aluminium: la piste Soros derrière une ONG à Ceuta

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Acide, acétone, papier aluminium: la piste Soros derrière une ONG à Ceuta

Source: https://report24.news/saeure-aceton-alufolie-die-soros-sp...

À Ceuta, des engins explosifs improvisés sont lancés contre des soldats et des citoyens qui manifestent. Peu après, la police identifie des collaborateurs de l’ONG de gauche d’aide aux migrants No Name Kitchen, qui auraient acheté avec des migrants d’importantes quantités d’acide chlorhydrique, de papier aluminium et d’acétone. Derrière cette organisation se trouve un réseau de financement qui, à travers plusieurs niveaux, remonte jusqu’à l’entourage des Open Society Foundations de George Soros.

imnnkages.jpgL’enclave espagnole est sous pression depuis plusieurs semaines. Des migrants venus du Maroc tentent régulièrement de franchir la frontière, des soldats sont attaqués et les habitants protestent contre la situation. Dans ce contexte, les enquêteurs s’intéressent précisément à une ONG qui s’oppose depuis des années à la protection des frontières européennes et soutient les migrants clandestins le long de la route des Balkans.

Selon les informations d’El Español, la Policía Nacional a identifié plusieurs collaborateurs de No Name Kitchen qui auraient acheté, avec des migrants, de grandes quantités de salfumán — de l’acide chlorhydrique vendu dans le commerce —, de papier aluminium et d’acétone. Ces achats ont attiré l’attention des policiers, car de tels matériaux peuvent servir à fabriquer des engins explosifs chimiques improvisés. Quelques jours auparavant, des récipients de ce type avaient déjà été utilisés à Ceuta contre des soldats et des habitants qui manifestaient.

Jeudi, des soldats en patrouille ont été attaqués avec de telles armes chimiques ; vendredi, ce fut au tour d’une manifestation d’habitants d’être visée. Dimanche, une nouvelle attaque contre des soldats s’est produite dans le secteur de San Amaro. Trois Marocains ont été arrêtés après l’un de ces incidents. La police cherche à déterminer si ces achats suspects sont liés aux engins explosifs utilisés précédemment. L’acide chlorhydrique, le papier aluminium et l’acétone étant en vente libre, les acheteurs n’ont pas été arrêtés dans un premier temps pour leur acquisition.

    La police espagnole enquête sur l’ONG No Name Kitchen après que ses membres ont été vus en train d’acheter de l’acide chlorhydrique, du papier aluminium et de l’acétone en compagnie de migrants à Ceuta.

Deux membres de NNK avaient déjà été arrêtés

Pour justifier ces achats sensibles, No Name Kitchen sert une inoffensive histoire de cuisine: le papier aluminium aurait été destiné aux aliments et les solvants au nettoyage. Les policiers sur place semblent avoir accordé moins de crédit à cette explication. Selon El Español, ils ont identifié les personnes concernées et poursuivent leurs investigations sur les faits et les acheteurs. Quelques jours auparavant, des engins explosifs chimiques improvisés avaient été utilisés à Ceuta contre des soldats et des habitants qui manifestaient.

Ainsi, lorsque le ministère de l’Intérieur dirigé par les socialistes affirme que ni la Policía Nacional ni la Guardia Civil n’enquêtent sur « une ONG » soupçonnée d’avoir fourni du matériel destiné à la fabrication d’engins explosifs, cela peut peut-être être vrai — du moins pour l’instant. Après tout, l’enquête de la police vise principalement les personnes identifiées. Le seul problème est que celles-ci ont précisément acheté ces matériaux pour le compte de cette ONG de gauche. Le fait que Madrid, dirigé par les socialistes, publie maintenant un démenti qui passe à côté du cœur de l’enquête policière a au moins de quoi interpeller.

Une GUERRE CIVILE menace-t-elle CEUTA ?

    Selon La Gaceta, la chaîne de supermarchés Mercadona aurait alerté la police dès vendredi que des groupes de migrants clandestins auraient acheté en grandes quantités des bouteilles d’aguafuerte — de l’acide chlorhydrique — et du papier aluminium.

Ce n’est pas la première fois que No Name Kitchen entre en conflit avec la police à Ceuta. Dès le 23 août, deux collaborateurs de l’organisation avaient été arrêtés. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a déclaré publiquement qu’ils auraient incité des groupes violents à s’en prendre à des policiers, avant de refuser d’obéir aux instructions des forces de l’ordre. L’ONG conteste également cette version des faits et affirme que ses collaborateurs se sont contentés de filmer des interventions policières contre des migrants. Le débat porte ainsi sur une organisation dont le personnel est entré à plusieurs reprises en conflit avec les services de sécurité en l’espace de quelques jours: d’abord pour une incitation présumée à la violence contre des policiers, puis en raison d’un achat suspect de produits chimiques et de matériaux qui avaient joué un rôle, peu de temps auparavant, dans des attaques commises à Ceuta.

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L’argent de Soros derrière le réseau d’ONG

Dès qu’il est question d’argent, le récit de l’inoffensive équipe de bénévoles fait rapidement long feu. Depuis des années, No Name Kitchen est intégrée à un réseau international d’organisations migratoires de gauche et de fondations disposant de moyens financiers considérables. Au cœur de ce réseau figurent les Open Society Foundations de George Soros. No Name Kitchen comptait parmi les fondateurs du Border Violence Monitoring Network. Dès 2019, ce réseau déclarait ouvertement recevoir des fonds d’Open Society. Cet argent servait à financer des postes ainsi que les frais de déplacement des bénévoles. À l’époque, No Name Kitchen intervenait le long de la route des Balkans en tant que composante de ce dispositif et est restée membre du réseau jusqu’en 2023.

La piste Soros n’a toutefois pas disparu pour autant. Aujourd’hui, No Name Kitchen reçoit de l’argent d’organisations qui travaillent elles-mêmes en étroite collaboration avec Open Society. L’une d’entre elles est Choose Love. Cette organisation britannique finance No Name Kitchen depuis des années et participe parallèlement, aux côtés d’Open Society, du Rockefeller Brothers Fund, de la Fondation Robert Bosch et d’autres grandes fondations, à des fonds communs destinés au financement d’organisations d’aide aux migrants.

    La police espagnole enquête après qu’un important groupe de migrants clandestins, principalement marocains et accompagnés de membres d’une ONG financée par George Soros, a acheté de grandes quantités d’acide chlorhydrique et de papier aluminium dans un supermarché de Ceuta, produits qui pourraient être destinés à fabriquer des engins artisanaux…

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La Guerrilla Foundation a également largement financé No Name Kitchen: 16.500 euros ont été versés à l’organisation en 2023. Cette même fondation avait auparavant créé FundAction avec l’Open Society Initiative for Europe et d’autres bailleurs de fonds. Les fondations participantes avaient expressément mis leurs ressources en commun, avant de les redistribuer par l’intermédiaire de ce fonds collectif.

Voici comment fonctionne ce système : au sommet se trouvent des fondations disposant de milliards, en dessous des fonds communs et des organismes de financement, et tout en bas des groupes comme No Name Kitchen, présents aux frontières de l’Europe. L’argent passe entre plusieurs mains, tandis que les bailleurs de fonds initiaux s’éloignent toujours davantage des événements sur le terrain. Pour les observateurs extérieurs, il devient presque impossible de déterminer de quel fonds provenait initialement chaque euro. Mais si, au bout du compte, de tels extrémistes de gauche tuent des soldats, des policiers ou même des citoyens qui manifestent au moyen de leurs engins incendiaires chimiques, ces bailleurs de fonds devront eux aussi répondre à l’accusation d’avoir contribué, par leur soutien financier, à ces actes de violence.

mercredi, 09 septembre 2026

Le signal de Bichkek

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Le signal de Bichkek

Karl Richter

Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798

Question à prix: où se trouve Bichkek? À elle seule, cette question en dit long sur le niveau et l’horizon de la presse allemande dite de qualité. Ces jours-ci, celle-ci n’a pas grand-chose à offrir en dehors du dénigrement de Poutine et d’une haine hystérique envers l’AfD. Bichkek, la capitale du Kirghizstan (anciennement Kirghizie), n’apparaît pas sur son écran radar.

C’est une erreur. Car, la semaine dernière, à Bichkek, dans l’ombre de manchettes plus tapageuses, un signal a été envoyé qui pourrait s’avérer incomparablement plus important pour le monde du 21ème siècle que les démonstrations belliqueuses du gouvernement Merz ou les grossièretés de Trump. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) y a tenu son sommet de deux jours, qui coïncidait cette fois avec le 25ème anniversaire de l’organisation. Une raison suffisante pour y regarder d’un peu plus près.

Avec le bloc des BRICS, l’OCS constitue le deuxième grand regroupement de pays non occidentaux qui se considère — du moins implicitement — comme une organisation concurrente de l’Occident. Contrairement aux BRICS, l’Organisation de coopération de Shanghai est toutefois clairement limitée à l’espace eurasiatique. Néanmoins, selon ses propres chiffres, ses dix États membres — la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Russie, la Biélorussie, l’Iran, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan — représentent plus de 40% de la population mondiale et environ 36 à 38% de la production économique mondiale. C’est presque autant que le bloc des BRICS — environ 40% — et nettement plus que le G7, qui ne produit plus qu’environ 28% de la richesse économique mondiale. Au vu de tels chiffres, le monde aurait tout intérêt à compter avec l’Organisation de coopération de Shanghai. Pourtant, elle est pratiquement absente des médias grand public allemands.

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Des chefs d’État et de gouvernement de 21 pays ont participé au sommet de Bichkek. Parmi eux figuraient les représentants des principaux États non occidentaux: le dirigeant chinois Xi Jinping, le Premier ministre indien Narendra Modi, le chef du Kremlin Vladimir Poutine, le président turc Erdoğan et le chef du gouvernement iranien Pezeshkian. Même le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, était présent. Le sommet avait pour devise: «25 ans de l’OCS: ensemble pour une paix, un développement et une prospérité durables».

La déclaration finale du sommet a condamné les «attaques militaires contre le territoire de la République islamique d’Iran, qui ont fait de nombreuses victimes civiles et causé des dommages considérables à l’économie du pays». Les attaques des États-Unis et d’Israël violaient — ce que presque personne ayant toute sa raison ne saurait contester — «les principes et les normes du droit international ainsi que la Charte des Nations unies».

Dans le même temps, à la suite de la mort de l’ancien Guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors de la frappe de décapitation américaine menée fin février, les signataires ont exprimé leurs «sincères condoléances». L’OCS a affirmé son soutien à la «souveraineté et à l’intégrité territoriale» de l’Iran et s’est prononcée en faveur d’un règlement politique et diplomatique du conflit dans le Golfe. Le «droit inaliénable» de Téhéran d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques a également été réaffirmé.

La déclaration portait également sur les «mesures coercitives unilatérales» qui contrevenaient aux règles de l’ONU et de l’OMC et pouvaient avoir des «répercussions négatives sur l’économie mondiale». Les Européens et les Américains étaient ainsi visés, eux qui, à la manière de flibustiers, se sont désormais mis à saisir des biens russes, comme les navires de la prétendue «flotte fantôme», voire à s’approprier des pays entiers tels que le Venezuela, riche en pétrole.

Dans le domaine économique, les discussions ont porté sur de nouvelles voies de financement et de transport. Le pays hôte, le Kirghizstan, œuvre à la création de son propre fonds de développement de l’OCS et d’un fonds d’investissement destiné aux grands projets.

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Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales provoquées par la guerre avec l’Iran, en particulier autour du détroit d’Ormuz, renforcent l’importance de nouveaux corridors énergétiques et de transport, et donc celle de l’intégration économique du grand espace eurasiatique. L’objectif est d’établir un «système commercial multilatéral ouvert, transparent, équitable, inclusif et non discriminatoire» — alors que l’Occident y a depuis longtemps renoncé avec ses sanctions démesurées et, en dernière analyse, suicidaires contre la Russie et la Chine.

Rappelons-le : le libre-échange mondial était autrefois une doctrine anglo-américaine. Aujourd’hui, l’Oncle Sam impose des droits de douane punitifs à la moitié du monde, tandis que l’Organisation de coopération de Shanghai a fait sien le libre-échange mondial. Elle connaît la valeur d’un espace économique exempt de droits de douane et d’autres barrières.

Le dirigeant chinois Xi Jinping a conclu avec le président kirghiz Sadyr Japarov un traité d’«éternel bon voisinage, d’amitié et de coopération» et a évoqué une «période dorée». La Chine renforce notamment sa position en Asie centrale grâce à la ligne ferroviaire Chine–Kirghizstan–Ouzbékistan. De son côté, l’Ouzbékistan a plaidé en faveur du corridor transafghan menant aux ports de l’océan Indien. L’Azerbaïdjan et l’Arménie ont profité du sommet pour discuter de leur processus de paix.

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Les tensions internes de l’organisation, qui ne sont un secret pour personne, se sont manifestées dans les relations entre l’Inde et le Pakistan. Modi a parlé d’un «grave défi pour l’humanité tout entière» et a exigé qu’il n’y ait «aucune place pour le deux poids, deux mesures». Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a, quant à lui, évoqué les «immenses sacrifices» consentis par son pays dans la lutte contre le terrorisme. La déclaration commune a finalement condamné le terrorisme sous toutes ses formes; le «deux poids, deux mesures» est, en la matière, inacceptable.

Sans grand effort d’imagination, on peut également reconnaître dans cette formule l’Occident, qui soutient ou pratique lui-même le pire terrorisme — y compris d’État — en Iran et dans les territoires palestiniens, mais garde le silence sur les attaques terroristes ukrainiennes contre la population civile russe. Ces doubles standards moraux sont aujourd’hui devenus synonymes des «valeurs occidentales» tant invoquées. Il n’est guère surprenant que de vastes parties du monde ne veuillent plus en entendre parler.

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Outre les dix membres actuels de l’OCS, plus d’une douzaine d’autres États, dont l’Arabie saoudite et le Vietnam, cherchent actuellement à se rapprocher davantage de l’organisation en qualité de partenaires de dialogue. Au cours de ses vingt-cinq années d’existence, celle-ci s’est révélée être un moteur fiable de l’intégration économique et politique de l’immense masse continentale eurasiatique. Dans cette fonction, elle continuera de gagner en importance au cours des prochaines années. Aux côtés du bloc des BRICS, l’OCS est ainsi en bonne voie de devenir un acteur puissant de l’ordre mondial multipolaire du 21ème siècle. L’Occident du dollar, engagé sur la voie du déclin, ne peut plus qu’observer ce processus avec envie: il n’est désormais plus en mesure de l’arrêter.

Ironie de l’histoire: au début des années 2000, Poutine et son successeur temporaire à la tête du Kremlin, Dmitri Medvedev, ont invité à plusieurs reprises les Européens à participer à un espace économique commun s’étendant de Lisbonne à Vladivostok, dans lequel l’Allemagne devait jouer le rôle de partenaire privilégié. La concrétisation de cette vision aurait contrarié le travail de sape mené depuis des siècles par les cercles d’influence transatlantiques, lequel — selon l’aveu du cofondateur de STRATFOR George Friedman — n’avait d’autre objectif que d’empêcher un rapprochement entre les deux grandes puissances continentales eurasiatiques que sont l’Allemagne et la Russie. C’est pourquoi, déjà à l’époque, les Européens ne furent pas autorisés à accepter l’offre russe. Cela n’était pas dans leur intérêt.

Aujourd’hui, un quart de siècle plus tard, en raison des sanctions suicidaires contre la Russie et de la politique de faillite menée par leurs élites parasitaires, les Européens ne sont plus qu’un appendice exsangue et sans force de l’espace des peuples eurasiatiques, en chute libre sur les plans économique, politique et démographique. La future grande puissance eurasiatique est en revanche construite de manière autonome par des dirigeants prévoyants tels que Poutine, Xi Jinping, Modi et d’autres — malgré toutes les divergences d’intérêts. Ils n’ont plus besoin de l’Occident pour cela.