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lundi, 03 août 2026

Du mur de la caverne au soleil de la vérité

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Du mur de la caverne au soleil de la vérité

Adnan Demir

L’illusion de type « Dadjdjal », la mentalité de vassal et la compréhension en dialogue avec l’islam

Adnan Demir interprète le mythe de la caverne de Platon de façon à en faire un instrument critique actuel dans un territoire islamique comme la Turquie. En Europe, on peut suivre son raisonnement en se réclamant de la Tradition. 

Introduction : Le théâtre d’ombres mondial et l’esclavage épistémologique

L’une des métaphores les plus célèbres de la philosophie antique, l’Allégorie de la caverne de Platon, est aujourd’hui un outil d’analyse plus vital que jamais pour décrypter les équilibres mondiaux contemporains et la tutelle exercée sur les esprits. Une grande partie de l’humanité vit en croyant que les cadres conceptuels produits par le système mondial centré sur l’Occident — démocratie, marché libre, ordre international fondé sur des règles — sont la vérité absolue ; elle ne perçoit pas les mécanismes d’exploitation et de domination qui se cachent derrière cette construction.

Cependant, cette structure ne se limite pas à une hégémonie sociopolitique. Si l’on considère la question sur un plan théologico-politique, les ombres sur le mur de la caverne, le feu artificiel, le soleil et les personnages qui en sortent résument la plus grande confrontation mentale et spirituelle de notre époque.

1. L’architecte de l’illusion: le système du Dadjdjal et le feu artificiel

Les marionnettistes et leur feu factice dans la caverne sont la manifestation concrète du système « dadjdjalique ». Le Dadjdjalisme consiste à recouvrir la vérité absolue (kufr), à produire une imitation de la vérité et à condamner les masses à une réalité factice qu’il a lui-même construite.

Feu artificiel (Constructions séculaires) :

Cette source de lumière brûlante et limitée, installée dans la caverne pour remplacer le soleil du ciel, symbolise les dogmes séculiers absolutisés par la modernisation occidentale.

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Ombres (Discours hégémoniques) :

Ce sont les récits projetés sur les murs par l’intermédiaire des médias mondiaux, des réseaux financiers et des impositions épistémologiques. Présentées à l’humanité sous le couvert du «progrès» et de la «liberté», ces ombres ne sont en réalité que des illusions qui hypnotisent les masses.

Le système dadjdjalique tire sa légitimité du maintien de l’obscurité dans la caverne. Cacher la source de la lumière et présenter le feu artificiel comme «l’unique vérité» est la raison d’être de ce mécanisme.

2. Mentalité de vassal : esclaves volontaires croyant que leurs chaînes sont la vérité

Les prisonniers enchaînés au fond de la caverne symbolisent les sociétés vassales et les structures intellectuelles rattachées à la périphérie du système mondial centré sur l’Occident.

Le trait le plus marquant de la mentalité de vassal est qu’elle ignore sa propre servitude. Pensant adopter de leur plein gré les discours produits par le maître, ces structures se battent pour posséder «la plus belle» des ombres sur le mur de la caverne, au lieu de chercher le soleil (la Vérité absolue). Cette mentalité, devenue aveugle au point de ne plus percevoir l’effritement des structures sociales, morales et institutionnelles de l’Occident, considère l’adoration des ombres comme synonyme de développement.

3. L’ascension: la « compréhension en dialogue avec l’islam » et la libération

L’être humain qui parvient à sortir de la caverne, à grimper le couloir escarpé et rocailleux pour affronter la lumière céleste, incarne la «compréhension en dialogue avec l’islam».

Soleil (Vérité absolue / Islam):

C’est la vérité immuable et englobante qui détermine la finalité de l’existence, de l’homme et de l’univers.

Rupture épistémologique:

L’acte de monter vers la lumière commence par le rejet des formes de savoir centrées sur l’Occident, de la tutelle conceptuelle et de l’imitation. La «compréhension en dialogue avec l’islam» n’est pas un récepteur passif; elle est une subjectivité qui, face au feu artificiel du système dadjdjalique, tourne son visage vers le Soleil et passe de l’imitation à la vérification.

La perception touchée par la lumière du soleil perçoit les choses non selon la forme projetée par le système dadjdjalique sur le mur, mais selon leur nature propre. Le règne du feu artificiel prend fin avec l’apparition du soleil.

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4. Conclusion : Véritable radicalité et quête du «véritable être des choses»

Dans le récit classique de Platon, le sage qui sort de la caverne est une figure romantique qui risque sa vie pour convaincre ceux qui y sont restés. Mais la noblesse de la vérité et la raison stratégique déterminent clairement où l’énergie doit vraiment être investie.

La compréhension touchée par la lumière du soleil ne gaspille pas son temps et ses acquis à convaincre les vassaux volontaires qui tournent le dos à la vérité et se complaisent dans leur servitude. Vouloir transformer les structures fascinées par l’illusion dadjdjalique et ayant fait des ombres leur zone de confort, c’est devenir un élément passif du théâtre d’ombres mondial.

L’attitude ultime de la «compréhension en dialogue avec l’islam» n’est pas de perdre sa vie dans des polémiques, mais de laisser les esclaves volontaires à leur propre misère et à leurs ombres artificielles.

Le véritable combat n’est pas de débattre avec les vassaux dans la caverne, mais de sortir de la caverne, et sous le soleil, de poursuivre l’être réel des choses, l’essence et notre propre prétention civilisationnelle. La vérité n’attend pas l’approbation de ceux qui aiment leur bourreau; elle construit sa propre réalité.

20:34 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philosophie, platon, mythe de la caverne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Derrida et la machine de mort américaine - Porte d’entrée vers l’apocalypse

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Derrida et la machine de mort américaine

Porte d’entrée vers l’apocalypse

Ali-Mohammad Mohajer Nasser

Source: https://www.multipolarpress.com/p/derrida-and-the-america...

Ali-Mohammad Mohajer Nasser utilise la philosophie de Jacques Derrida pour examiner comment l’ordre libéral mené par les États-Unis s’est auto-déconstruit à travers ses propres revendications et contradictions.

1er août 2026. Washington a publié un avis de sécurité exhortant tous les citoyens américains à quitter l’Asie de l’Ouest. Plusieurs agences de presse rapportent que les États-Unis et Israël préparent une attaque de grande envergure contre les infrastructures énergétiques et électriques de l’Iran. De l’autre côté, les signes de la préparation de Téhéran à une riposte sévère se font de plus en plus forts. Les médias néo-conservateurs américains évoquent avec jubilation l’arrivée d’une «ère de la bougie» sur notre région.

L’arène politique et militaire ressemble de plus en plus à une roulette russe. Les États-Unis – qui se présentaient longtemps comme le défenseur de l’ordre juridique d’après-guerre – menacent désormais ouvertement et sans détour de commettre des crimes de guerre.

Le régime sioniste, ravi de l’inimitié entre musulmans et chrétiens, se prépare à ajouter une nouvelle ignominie aux annales des crimes contre l’humanité. Netanyahu, enhardi par la récente opération sécuritaire victorieuse de son gouvernement contre l’Espagne, semble désireux de s’attribuer le mérite d’avoir persuadé l’Amérique de déclencher une apocalypse régionale.

L’Amérique, avec son vaste réseau de think tanks d’élite et d’académies diplomatiques, réduit aujourd’hui son message à l’Iran à un seul impératif: meurs, ou nous te tuerons. C’est comme si cette puissance vieille de deux cent cinquante ans ne savait même plus parler anglais, son vocabulaire s’étant effondré dans la contrainte, la force, la mort et la menace d’anéantissement.

C’est là le langage terminal de la démocratie libérale elle-même – ce même régime qui fut autrefois présenté comme l’aboutissement du progrès humain, le stade final de l’évolution civilisationnelle. La même puissance qui prétendait fonder son ordre international sur les droits de l’homme et la dignité humaine se tient désormais nue, ses prétentions universalistes révélées comme le voile d’une réalité bien plus primitive. Toute pensée critique doit désormais affronter l’héritage d’une tradition – humanisme, Lumières, libéralisme – qui a engendré ce monstre.

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La guerre ne commence pas seulement avec des missiles. Parfois, la première détonation est celle du langage. Quand la destruction de l’infrastructure vitale d’un pays est proposée non pas comme un dernier recours, mais comme une option routinière dans l’analyse politique et médiatique, il se passe quelque chose de plus profond qu’une simple menace militaire. Les mots eux-mêmes peuvent redéfinir les frontières de ce que signifie être humain.

L’ordre international d’après-guerre reposait sur l’idée que même la guerre devait être soumise à des règles. Les Conventions de Genève et le droit international humanitaire sont fondés sur le principe qu’il faut préserver une distinction entre les cibles militaires et la vie civile – que la souffrance humaine ne doit jamais être réduite à un instrument de politique. En pratique, ces principes ont été violés d’innombrables fois: Vietnam, Irak, Yougoslavie, Afghanistan, Gaza. Pourtant, l’existence même de ces règles reconnaissait que la force brute à elle seule ne pouvait fonder la légitimité.

Mais lorsque la destruction du réseau électrique d’une nation – dont dépend la vie quotidienne de millions de personnes – entre dans le vocabulaire ordinaire de la politique, la question n’est plus seulement celle de la compatibilité avec le droit international. Une question plus vaste et empreinte d’une ironie amère surgit : qu’est devenu cet ordre qui prétendait avoir été construit justement pour limiter la guerre ? Un tel ordre a-t-il jamais vraiment existé ?

Cette interrogation nous mène vers le territoire sombre de la déconstruction – un domaine où l’on affronte non seulement la violation d’une loi, mais l’autodestruction de la fondation discursive de la loi elle-même. Jacques Derrida nous a appris que tout texte – et tout ordre politico-juridique est un texte – est bâti sur la différAnce : le sens et la légitimité découlent de l’exclusion de «l’autre» et de la répression des contradictions internes. Mais précisément au moment où un système revendique la pleine « présence » et la fondation ultime, cet « autre » exclu revient pour en déstabiliser les fondements.

la-charte-des-nations-unies-mini-format.jpgL’ordre libéral d’après-guerre reposait sur un clivage sacré: «nous» – les civilisés, soumis à des règles – contre «eux» – les barbares, sans loi. Les Conventions de Genève, la Charte de l’ONU, la promesse kantienne de la «paix démocratique»: tout visait à tracer une ligne nette entre la guerre légitime (défensive ou humanitaire) et la guerre illégitime (agressive et barbare).

Mais aujourd’hui, l’Amérique – représentante plénipotentiaire de cet ordre – présente ouvertement le bombardement d’infrastructures civiles vitales comme une «option de routine». Le clivage s’effondre: l’Amérique n’est plus la puissance civilisatrice qui fait la loi; elle devient le barbare, sans loi. Quelle différence réelle subsiste-t-il entre la menace de crimes de guerre par l’Amérique et la menace de génocide par Daech? Les deux parlent la langue de la mort pure. Daech, du moins, était franc. Mais l’Amérique, avec la même bouche qui parle des «droits de l’homme», annonce une «ère de la bougie» pour notre région. Cette contradiction dissout si complètement la frontière entre «civilisé» et «barbare» qu’il ne subsiste aucune «présence» métaphysique du Bien.

Derrida parlait de la rature – le sous-effacement: un mot barré mais encore lisible, signalant que sa «présence» est impossible. L’histoire de l’ordre américain est précisément celle de cette rature permanente: on maintient la Charte de l’ONU et les droits de l’homme comme «texte de surface» pour préserver l’image d’une «puissance liée par la règle», mais en dessous, à chaque bombe, à chaque sanction paralysante, on inscrit la «force brute» qui annule ce texte de surface. Aujourd’hui, cette rature est si prononcée que le texte original – la loi elle-même – n’est plus lisible.

Lorsque le Pentagone qualifie le ciblage d’écoles et d’hôpitaux d’«erreur de calcul inférieure à cinq pour cent», il ne s’agit plus de justification juridique, mais d’un calcul mathématique de la mort. C’est précisément ce que Derrida appelait la «violence de l’archè»: une violence qui n’est pas faite pour établir la justice, mais pour prouver l’existence même du pouvoir, chaque fois que celui-ci perd sa légitimité, par une perpétuelle « refondation » qui ne fait que reporter la légitimité.

Aujourd’hui, la langue politique américaine est entièrement imprégnée de la différAnce derridienne: ses mots n’atteignent jamais un sens définitif. «Négociation» signifie «ultimatum». «Dissuasion» signifie «génocide économique». «Ordre régional» signifie «chaos contrôlé». Dans ce jeu infini des signifiants, la menace elle-même devient une performance autoréférentielle. Trump et Hegseth diffusent des vidéos de bombardements et se vantent: «Il y en aura d’autres !». Ce n’est plus une déclaration politique; c’est une blague tragique jouée avec le sang des peuples. Lorsque la guerre est réduite à la comédie et au spectacle, l’ordre lui-même n’est plus qu’un geste – et un geste, aussi létal soit-il, ne peut plus être pris au sérieux comme norme mondiale, car il avoue, dès le départ, son propre nihilisme.

Pourtant, ce « geste » ennemi n’est pas la fin de l’histoire ; il est plutôt le point de départ de l’autopoïèse de la guerre. La guerre, contrairement à ce que l’on croit, n’obéit pas à la logique de celui qui l’initie. La guerre est un système autopoïétique: au moment même où l’ennemi croit que la menace et le spectacle (la quantité de pression) ont atteint leur but politique, une nouvelle qualité surgit soudainement de cette pression – quelque chose qu’aucun calcul du Pentagone, aucun fantasme de Netanyahu n’avait anticipé. Ici, la loi dialectique du passage de la quantité à la qualité – que Schmitt appelait «fondamentalement politique» – s’applique: ce n’est pas la quantité de mort qui détermine l’issue, mais le saut qualitatif dans la volonté de l’assiégé, qui transforme le champ même de l’inimitié en quelque chose d’inattendu. Cette nouvelle qualité peut se retourner comme un boomerang contre l’Occident: l’inimitié poussée au point où l’espace et la géographie deviennent inhabitables pour l’autre. La doctrine de riposte de l’Iran – frappes sur les infrastructures énergétiques du Golfe Persique, sur les villes du régime sioniste – rappelle que l’autopoïèse de la guerre décrite ici n’épargne aucune partie à sa propre logique.

618gUcThzmL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgDerrida pensait que la déconstruction n’est pas destruction, mais ouverture d’un nouveau chemin pour l’«autre». Mais dans le cas de l’ordre américain, cette déconstruction équivaut à la construction de son propre cercueil. Lorsqu’un système juridico-politique est tellement contaminé par son «autre» (violence, racisme, intérêts monopolistiques) qu’il ne peut plus se distinguer de cet autre, il est vidé de sa propre métaphysique.

Derrida avait déjà nommé ce moment. Dans «Force de loi», il affirmait qu’aucun ordre juridique ne se fonde sur la raison – il se fonde sur une décision qui ne peut se justifier elle-même, ce qu’il appelait, avec Kierkegaard, la folie de la décision. La déconstruction ne le nie pas. Elle l’expose. L’ordre libéral a survécu tant que sa violence fondatrice restait cachée sous un texte de surface lisible – la Charte, les Conventions, le langage des droits. Ce texte de surface a désormais échoué. Il ne cache plus la violence; il la désigne à peine. Ce qu’il reste, c’est la violence seule, sans voile. Schmitt n’est pas une rupture avec Derrida ici. Il est ce qui demeure quand on pousse la logique derridienne jusqu’au bout, sans trembler.

L’Amérique, en menaçant d’une «ère de la bougie» et de la destruction des infrastructures, déclare explicitement que la «vie civile» n’a aucune existence propre à ses yeux, mais n’est qu’une réserve disponible (Bestand) pour la pression politique. Ce n’est plus une «violation du droit» ou une «contradiction discursive». C’est la proclamation d’un état d’exception existentiel (Ausnahmezustand) par une puissance qui s’est affranchie de toute «distinction politique entre ami et ennemi» et s’est engagée dans une inimitié absolue (absolute Feindschaft).

À ce stade, la «critique du discours» n’est plus utile; la question devient celle de l’identification de l’ennemi et de la décision existentielle. Mais cet aveu même est la plus grande des défaites, car il sort de la «tente de l’ordre mondial» pour se tenir dans le désert du nihilisme nu. Dans le désert, personne ne donne d’ordres; tous sont à la fois chasseurs et proies. Et un chasseur sans loi, aussi bien armé soit-il, ne peut plus prétendre au rôle de maître moral du monde. Ce n’est pas une leçon mineure pour un monde où existent plusieurs puissances nucléaires.

Pour répondre à la question initiale: l’ordre américain a existé, mais non comme une vérité établie – plutôt comme un mythe fondateur. Et aujourd’hui, ce mythe est si enlisé dans ses propres contradictions – génocide à Gaza, menace de crimes de guerre contre l’Iran, chambres de torture d’Abu Ghraib et de Guantánamo – qu’il a perdu tout fondement à sa propre légitimité. Cet ordre peut être écarté – non par arrogance, mais par reconnaissance philosophique de son effondrement. Prendre au sérieux un ordre effondré serait la véritable folie. Il s’est exclu de l’orbite de la rationalité politique collective par sa propre volonté – une volonté de mort. Désormais, tout dialogue avec lui n’est plus un dialogue entre deux sujets, mais entre un être vivant et une machine de mort.

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Mais même une machine de mort peut se révéler impuissante face à une décision existentielle soudaine. Derrida nous a enseigné de ne pas croire en la «présence»; mais Schmitt nous enseigne que dans l’instant de l’effondrement du droit, c’est la décision qui crée la présence. Lorsque l’effondrement de la loi est universellement reconnu, des hommes résolus, armés des instruments appropriés à leur volonté, se lèvent pour prendre cette décision. À cette heure-là, qui pourra leur faire la leçon sur les droits de l’homme, les Conventions de Genève et les lois de la guerre humanitaire – des leçons adressées à leur conduite envers les Israéliens et les Américains ? La question contient sa propre réponse, au cœur de la situation – une situation qui a suspendu toute éthique abstraite antérieure.

Ceuta, le chantage de Rabat contre Sánchez et la convergence du Maroc avec les États-Unis et Israël

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Ceuta, le chantage de Rabat contre Sánchez et la convergence du Maroc avec les États-Unis et Israël

Giulio Chinappi

Source: https://giuliochinappi.com/2026/08/01/ceuta-il-ricatto-di...

La pression migratoire exercée par le Maroc à Ceuta ne peut être séparée de l’occupation du Sahara occidental et de l’axe construit avec Washington et Tel Aviv, qui exploitent la crise pour attaquer le gouvernement espagnol et sa politique pro-palestinienne.

La nouvelle crise qui a éclaté à Ceuta constitue avant tout une tragédie humaine. En quelques heures, environ 49.000 personnes, selon les premières estimations du gouvernement espagnol, ont atteint l’enclave en franchissant la frontière terrestre ou en contournant à la nage les barrières maritimes qui la séparent du Maroc. D’autres sources ont évoqué un chiffre total proche de 60.000 personnes, tandis que le bilan provisoire fait état d’au moins 57 morts. La ville autonome, qui compte à peine plus de 80.000 habitants, a été submergée par un afflux sans précédent, contraignant Madrid à mobiliser l’armée et à dénoncer une «violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne».

Réduire ce qui s’est passé à un simple mouvement spontané de population revient cependant à ignorer aussi bien l’histoire récente des relations entre l’Espagne et le Maroc que la fonction politique qu’a prise le contrôle des flux migratoires dans la stratégie de Rabat. Les difficultés économiques, le chômage des jeunes, la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux et la mauvaise interprétation d’un arrêt de la Cour suprême espagnole ont pu contribuer à mobiliser des milliers de personnes. Mais ces facteurs n’expliquent pas à eux seuls comment une frontière normalement soumise à un contrôle strict a pu céder simultanément devant des dizaines de milliers de personnes. Les mêmes observateurs cités par la presse internationale rappellent que le Maroc a déjà été accusé par le passé de relâcher délibérément la surveillance pour transformer la migration en instrument de pression diplomatique.

Le précédent le plus connu remonte à mai 2021. À cette occasion, plus de 8000 personnes étaient entrées à Ceuta après que les autorités marocaines eurent délibérément relâché la garde à la frontière. Cette crise avait coïncidé avec la décision espagnole d’autoriser le secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, gravement malade, à recevoir des soins médicaux sur le territoire espagnol. Rabat considéra cet acte comme une offense politique et répondit en exploitant la vulnérabilité de la frontière pour frapper Madrid. Déjà à l’époque, la presse internationale décrivait ce relâchement des contrôles comme une mesure de représailles liée au Sahara occidental, tandis que le Parlement européen condamnait explicitement l’utilisation du contrôle des frontières et des migrants, y compris de nombreux mineurs, comme moyen de pression contre un État membre de l’Union européenne.

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Cet épisode eut des conséquences profondes. En mars 2022, le gouvernement de Pedro Sánchez abandonna la position de neutralité suivie depuis des décennies par l’Espagne et déclara que le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental était la proposition «la plus sérieuse, crédible et réaliste» pour résoudre le conflit. Ce tournant permit de renouer les liens avec Rabat, mais provoqua une grave crise avec l’Algérie et suscita l’opposition du Front Polisario et de larges secteurs de la société espagnole. La séquence politique était difficile à mal interpréter: pression migratoire en 2021, dégradation des relations, puis concession espagnole sur la question stratégique qui intéresse le plus la monarchie marocaine.

La crise actuelle répète le même schéma: les gardes marocains sont d’abord restés passifs et n’ont agi que dans un second temps, lorsque le flux avait déjà pris des dimensions énormes. La capacité ultérieure de Rabat à bloquer de nouveaux passages et à favoriser le retour de dizaines de milliers de personnes confirme en outre que le gouvernement marocain conserve un contrôle déterminant sur la perméabilité de la frontière. Le Maroc dispose ainsi d’un levier particulièrement efficace : lorsqu’il coopère, il est présenté comme un partenaire indispensable de la défense des frontières européennes ; lorsqu’il réduit son action, il peut en quelques heures provoquer une crise capable de déstabiliser le débat politique espagnol et européen. Les migrants deviennent ainsi des instruments inconscients d’une forme de diplomatie coercitive, tandis que les causes sociales qui les poussent au départ sont subordonnées aux objectifs géopolitiques de la monarchie.

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Cette stratégie ne peut être dissociée de l’axe construit ces dernières années entre le Maroc, les États-Unis et Israël. En décembre 2020, l’administration de Donald Trump a reconnu unilatéralement la souveraineté marocaine sur l’ensemble du Sahara occidental. Cette décision faisait partie de l’accord par lequel Rabat rétablissait ses relations diplomatiques avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham. La reconnaissance américaine a donc constitué la contrepartie politique offerte à la monarchie marocaine en échange de la normalisation avec Tel Aviv.

En juillet 2023, Israël a lui aussi officiellement reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, renforçant encore le pacte. Déjà en novembre 2021, les deux pays avaient signé un mémorandum de coopération militaire officialisant leurs relations dans le domaine de la défense, ouvrant la voie à des collaborations dans le renseignement, l’industrie militaire, la formation et la cybersécurité. Le Sahara occidental est ainsi devenu une monnaie d’échange géopolitique dans les Accords d’Abraham: les États-Unis et Israël légitiment l’expansionnisme marocain, tandis que Rabat offre la normalisation diplomatique, la coopération militaire et un point d’appui stratégique au Maghreb.

Ce soutien international a renforcé la capacité du Maroc à exercer une pression sur l’Espagne. Rabat sait qu’il peut compter sur la couverture politique des deux puissances qui, plus ouvertement, reconnaissent ses revendications territoriales. Washington et Tel Aviv n’ont pas besoin de diriger concrètement chaque initiative marocaine: il leur suffit d’assurer à la monarchie un environnement diplomatique favorable, de lui fournir une coopération stratégique et de transformer chaque crise avec Madrid en une occasion de frapper le gouvernement Sánchez.

L’Espagne est entre-temps devenue l’un des pays européens les plus critiques envers la politique israélienne. Le 28 mai 2024, Madrid a officiellement reconnu l’État palestinien, présentant cette décision comme une contribution à la paix et à la solution à deux États. Dans les années suivantes, Sánchez a intensifié la pression pour que l’Union européenne revoie ses relations avec Israël, allant jusqu’à demander en 2026 la suspension de l’accord d’association entre Bruxelles et Tel Aviv.

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Ce n’est pas un hasard si la crise de Ceuta a été immédiatement exploitée par les États-Unis et Israël pour attaquer cette ligne politique. Trump a présenté les images en provenance de l’enclave comme la preuve des conséquences des politiques migratoires progressistes et comme un avertissement à l’électorat américain. Le Département d’État est allé plus loin, attribuant les faits aux efforts délibérés du gouvernement espagnol pour favoriser l’immigration irrégulière en Europe. Cette accusation a été démentie dans ses fondements: la régularisation approuvée par Madrid concerne des personnes déjà présentes en Espagne avant la crise et n’accorde aucun droit automatique à ceux qui sont arrivés à Ceuta ces derniers jours. Cette falsification des faits n’était pas une erreur, mais une opération de propagande visant à délégitimer Sánchez et à présenter toute politique moins répressive comme une invitation à «l’invasion».

Du côté israélien, l’ambassadeur à l’ONU Danny Danon a profité de la crise pour accuser l’Espagne d’hypocrisie, qualifiant Ceuta et Melilla d’« enclaves coloniales » et liant explicitement la question aux critiques formulées par Madrid à l’encontre de l’occupation des territoires palestiniens. Le message était clair: un gouvernement qui dénonce le colonialisme israélien doit s’attendre à ce que sa propre souveraineté sur les villes nord-africaines soit elle aussi remise en cause. Le ministre espagnol des transports, Óscar Puente, a réagi en soulignant que la nature de la campagne contre l’Espagne devenait de plus en plus évidente.

Il ne s’agit pas non plus d’une rhétorique totalement nouvelle. En mai 2019, Yair Netanyahu, le fils de l’actuel Premier ministre israélien, a publié une carte de Ceuta, Melilla et des autres possessions espagnoles en Afrique du Nord en invitant les «Arabes et musulmans» à commencer par ces territoires la libération des terres qu’ils considéraient comme occupées. Après les protestations, il a précisé que sa provocation était une réponse au soutien espagnol aux organisations favorables à la fin de l’occupation israélienne de la Cisjordanie. Déjà à l’époque, donc, la menace de délégitimer la présence espagnole à Ceuta et Melilla était utilisée comme représailles politiques à la position de Madrid sur la Palestine.

Le Maroc, par ailleurs, ne doit pas être décrit comme un simple exécutant sans volonté propre. La monarchie poursuit un projet autonome de puissance régionale : consolider l’annexion du Sahara occidental, contenir l’Algérie, contrôler les routes migratoires et se présenter à l’Europe comme interlocuteur incontournable. C’est précisément cette autonomie d’intérêts qui rend la convergence avec les États-Unis et Israël efficace. Rabat met à disposition sa position géographique, ses infrastructures militaires et de renseignement, et la normalisation avec Tel Aviv ; en échange, elle reçoit une légitimation territoriale, des armements, une coopération stratégique et une protection diplomatique.

La tragédie des migrants est ainsi instrumentalisée à plusieurs niveaux. Rabat peut utiliser leur désespoir pour rappeler à Madrid que la stabilité de la frontière dépend de la coopération marocaine. Washington utilise les images de Ceuta pour alimenter sa propre offensive contre l’immigration et contre les gouvernements européens non alignés. Tel Aviv s’en sert pour attaquer l’un des principaux soutiens européens de la Palestine et pour mettre sur le même plan l’occupation israélienne et la souveraineté espagnole sur les deux villes. Enfin, les droites espagnoles et européennes exploitent la crise pour réclamer de nouvelles mesures répressives et affaiblir le gouvernement.

Derrière cette opération, il reste les victimes: les jeunes Marocains poussés à fuir par un système marqué par les inégalités, les migrants africains transformés en instruments de négociation, et le peuple sahraoui privé depuis plus d’un demi-siècle du droit de décider de son avenir. La réponse ne peut pas consister seulement en la militarisation de Ceuta. Elle doit commencer par la dénonciation du chantage migratoire, le rejet de la campagne de propagande israélo-américaine et le retour à une position cohérente sur le Sahara occidental. On ne peut en effet défendre le droit à l’autodétermination des Palestiniens tout en acceptant que celui des Sahraouis soit sacrifié aux intérêts géopolitiques de la monarchie marocaine.

L’immigration comme arme de guerre non conventionnelle aux effets à long terme

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L’immigration comme arme de guerre non conventionnelle aux effets à long terme

par Gennaro Scala

Source : Gennaro Scala & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-immigrazione-co...

91haTI3koJL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgJe ne saurais citer aucun penseur européen ayant défini la nature de l’immigration en Europe avec plus de précision que Christopher Caldwell: «l’immigration, c’est l’américanisation» (La dernière révolution de l’Europe. L’immigration, l’islam et l’Occident). C’est une règle déjà vérifiée à d’autres occasions: contrairement à la dialectique du maître et de l’esclave selon Hegel, pour les dominants, la connaissance est essentielle, et c’est pourquoi les études les plus réalistes et utiles à la compréhension des phénomènes politiques, sociaux et historiques proviennent le plus souvent du milieu culturel et universitaire américain, bien plus que de ce qui est produit en Europe.

Pourquoi Caldwell écrit-il ce que bien peu d’écrivains européens oseraient écrire? Je ne saurais le dire avec certitude, mais il est probable qu’une certaine droite conservatrice, famille idéologique à laquelle appartient Caldwell (le titre anglais de son livre n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Burke sur la Révolution française), perçoive le risque que la déstabilisation des structures sociales des principales nations européennes – ce qui serait l’aboutissement de cette «dernière révolution» – représente aussi pour les États-Unis. Peut-être certains conservateurs américains voudraient-ils au contraire une Europe capable de coopérer efficacement au projet hégémonique américain, ou bien perçoivent-ils l’Europe comme une pièce de «l’empire» occidental, dont la destruction affaiblirait l’«empire» lui-même.

Quels que soient les référents idéologiques ou les motivations politiques de Caldwell, je rejoins Perry Anderson (un universitaire marxiste): c’est l’un des livres les plus importants sur l’immigration en Europe. J’en ai parlé ailleurs, mais ici, la question qui nous intéresse est celle-ci:

Si, dans les années soixante, l’immigration était nécessaire en raison du manque de main-d’œuvre, pourquoi a-t-elle continué à l’être après les années quatre-vingt, alors que l’Europe connaissait une période de chômage généralisé? […] Qu’il s’agisse d’un dessein occulte ou d’une simple négligence, le fait est que le flux n’a pas cessé.

Si ce n’est pas un dessein occulte, on peut supposer – même s’il serait utile d’en faire une étude approfondie – qu’à une première étape, l’immigration a été le fruit de l’influence du système politique américain sur les nations européennes, qui, en tant que nations subordonnées, ont subi la pression visant à les assimiler au modèle social américain. Les immigrations, qui ont constitué la dimension « multiculturelle » de la société américaine, ont été fondamentales pour le développement de la puissance nord-américaine, qui avait besoin de main-d’œuvre à exploiter.

Mais, en même temps, cette « multi-ethnicité » peut devenir sa plus grande faiblesse si la dynamique expansionniste s’arrête, car elle peut être source de profondes fractures. Rappelons la question persistante afro-américaine, à laquelle s’ajoute désormais une immigration ibéro-américaine massive. On comprend ainsi pourquoi il y a eu une forte poussée pour assimiler les nations européennes (fondées sur une plus grande homogénéité ethnique) à la société américaine, l’alliance avec l’Europe – ou plutôt l’alliance-sous-ordre – ayant toujours été un pilier de la politique américaine. Il est significatif que ce soient justement les deux puissances européennes, la France et l’Angleterre, pourtant officiellement victorieuses de la Seconde Guerre mondiale, qui aient le plus subi ce bouleversement de leur composition sociale (en réalité, aucune puissance européenne n’a gagné la Seconde Guerre mondiale, qui, avec la première, fut l’événement déterminant du déclin de la civilisation européenne). Caldwell rapporte que, dès l’après-guerre, alors que se profilait la « société multiethnique », l’opinion générale était qu’elle ne serait jamais acceptée, l’Angleterre ayant été, notamment de par sa nature insulaire, la nation européenne la plus homogène sur le plan ethnique et culturel. «Des rivières de sang couleront», disait-on dans les années 1950 si l’immigration ne cessait pas, mais finalement, il ne s’est rien passé.

L’immigration a continué, une idéologie fonctionnelle à ce projet s’est formée, le multiculturalisme, diffusé par les médias et l’école, et plus encore par l’université, qui joue un rôle central à travers d’innombrables publications vantant les mérites de la société multiculturelle. On inculque aux étudiants que même simplement mettre en doute que l’immigration soit toujours positive est du «racisme». Le rôle de la classe moyenne semi-instruite a été important: ces couches scolarisées de la population, notamment celles issues des milieux populaires, qui, en remplaçant les «prolétaires» par des «migrants», rationalisaient leur éloignement effectif du sort des classes populaires.

Cependant, ces derniers temps, on a observé un changement: l’immigration a perdu son caractère apparemment «spontané», découlant de la simple influence «normale» des États-Unis sur les pays européens soumis.

Récemment, sur son site, Maurizio Blondet a relayé un article, Les propriétaires de navires négriers, signé M.M., qui compilait les informations publiées par les principaux quotidiens italiens sur les flux de migrants, souvent «secourus» à quelques kilomètres seulement des côtes africaines, grâce à des navires de diverses nations occidentales. Sans parler de la marine italienne, constamment engagée dans ces « sauvetages ». Le célèbre caricaturiste italien Krancic, dans un de ses dessins, illustrait la situation ainsi: une mère se promène sur la plage avec ses enfants, et à l’un d’eux qui s’apprête à entrer dans l’eau, elle supplie: «N’entre pas dans l’eau, sinon la marine italienne viendra te chercher et t’emmènera en Italie».

Je ne rapporte pas ici les articles publiés dans la presse quotidienne, puisqu’ils sont facilement accessibles à toute personne disposant d’un ordinateur et surtout désireuse de comprendre comment les choses se passent. Difficile de nier l’évidence: ce flux massif de migrants est organisé, et il est difficile, sinon impossible, d’imaginer qu’il n’y ait pas derrière cette organisation la main de la puissance hégémonique, c’est-à-dire les États-Unis.

71trp3xRMvL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgAvec cette accélération artificielle de l’immigration, le jeu devient plus évident. Et c’est ici qu’un livre de Kelly M. Greenhill, Weapons of Mass Migration: Forced Displacement, Coercion, and Foreign Policy, nous est utile. À partir de plus de cinquante cas d’utilisation de «l’arme des migrations de masse», l’auteure conclut que cette arme est principalement utilisée par des «challengers» plus faibles que leurs cibles, ces dernières étant principalement les démocraties libérales. La cible principale se révèle être les États-Unis.

Kelly M. Greenhill nous a fait comprendre comment la manipulation des flux migratoires peut être utilisée comme arme, mais elle n’a analysé son usage que comme facteur conjoncturel lié à des objectifs limités: obtention de fonds ou de concessions politiques. Il serait intéressant de mener une étude spécifique sur l’utilisation possible de cette arme comme facteur stratégique permettant d’obtenir des résultats plus larges et à long terme, de la part d’une puissance qui a tous les moyens pour le faire et n’hésiterait pas si cela sert ses intérêts. Par exemple, en ce qui concerne l’immigration en Europe, qui a radicalement modifié la composition sociale des nations européennes, ce « cas » n’est pas envisagé.

L’hypothèse la plus cohérente pour expliquer cette accélération artificielle de l’immigration est que l’intensification de la confrontation avec la Russie a poussé à accélérer une expérience d’ingénierie ethnique. Pour éviter que les principales nations européennes ne se rapprochent de la Russie, principal casse-tête géopolitique, on les entraîne dans un bourbier «multiethnique», on y introduit des groupes ethniques étrangers qui, s’ils sont correctement stimulés, financés, voire armés, peuvent constituer un grave problème interne. Ainsi, l’arme de l’immigration peut aussi devenir un instrument de chantage.

Si ces hypothèses ne convainquent pas, on attendra d’autres explications susceptibles d’éclairer le comportement autrement inexplicable de la marine italienne, occupée à transporter des migrants en Italie plutôt qu’à empêcher les débarquements clandestins.

dimanche, 02 août 2026

La vengeance de Trump? Quel rôle les États-Unis pourraient-ils jouer dans la crise migratoire à Ceuta?

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La vengeance de Trump?

Quel rôle les États-Unis pourraient-ils jouer dans la crise migratoire à Ceuta?

Thomas Röper

Source: https://anti-spiegel.ru/2026/welche-rolle-die-usa-bei-der...

Dans le contexte de la nouvelle crise migratoire dans les presidios espagnols de Ceuta et Melilla, un rapport du Congrès américain fait sensation, car les États-Unis y ont modifié leur position sur les enclaves et ne les qualifient plus de villes espagnoles, mais de «villes administrées par l’Espagne».

La crise migratoire dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla fait la une en Allemagne et dans l’UE. Les médias s’interrogent sur les raisons qui ont mené à cette situation, où de plus en plus d’États membres de l’UE vont jusqu’à demander l’exclusion de l’Espagne de l’accord de Schengen sur la libre-circulation, tant que la situation ne sera pas sous contrôle.

Je souhaite attirer ici l’attention sur un rapport du Congrès américain du 30 avril 2026. Ce rapport a été rédigé dans le cadre de la préparation du budget américain pour 2027 et portait sur la «sécurité nationale, le Département d’État et les programmes associés». À la page 88, on trouve les observations suivantes concernant le Maroc :

«Le comité poursuit son soutien au Maroc pour la préservation des intérêts de sécurité nationale des États-Unis et alloue, dans le cadre des programmes d’investissement dans la sécurité nationale, au moins 20 millions de dollars, et au moins 20 millions de dollars dans le programme de financement militaire étranger. Le comité rappelle l’alliance historique entre les États-Unis et le Maroc, consacrée en 1786 par le traité de paix et d’amitié maroco-américain. Il constate que les villes administrées par l’Espagne, Ceuta et Melilla, se trouvent sur le territoire marocain et font toujours l’objet de revendications historiques de la part du Maroc. Le comité soutient les efforts du Secrétaire d’État pour promouvoir le dialogue diplomatique entre le Maroc et l’Espagne sur le futur statut de Ceuta et Melilla».

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Ce qui est décisif ici, c’est que le Congrès américain parle soudain de «villes administrées par l’Espagne», alors qu’auparavant les États-Unis n’avaient jamais laissé planer le moindre doute sur leur reconnaissance de la souveraineté espagnole sur ces villes. Il s’agit donc d’un changement important de la position américaine, qui, à l’époque, n’a été remarqué que par des experts et des médias spécialisés sur le sujet.

Lorsque, avec la crise migratoire actuelle, les premiers analystes ont découvert ce rapport, la plupart ont estimé que ce changement de cap américain était une sanction contre le gouvernement espagnol pour avoir refusé de soutenir les États-Unis dans la guerre contre l’Iran.

C’est bien sûr possible, mais ce n’est sans doute pas la raison première, car de tels rapports ne sont pas rédigés spontanément: ils sont préparés de longue date. Et il faut rappeler que le gouvernement espagnol était déjà tombé en disgrâce auprès de l’administration Trump l’été dernier, quand l’Espagne avait publiquement refusé, lors du sommet de l’OTAN de 2026, de consacrer 5% de son PIB à la défense et à la préparation militaire, ce qui avait provoqué la colère de Washington.

Il semble donc que le gouvernement américain ait décidé dès l’an dernier de rendre la vie difficile au gouvernement espagnol, par exemple en soutenant le Maroc dans le différend sur Ceuta et Melilla. Et peut-être que, dans la foulée, l’administration américaine a eu d’autres idées pour compliquer la vie de Madrid.

Mais restons sur le cas du Maroc, car il n’est pas du tout exclu que les États-Unis aient joué un rôle dans la crise migratoire actuelle. Il est en effet plus que peu probable que des dizaines de milliers de migrants se soient spontanément rassemblés au Maroc, sans coordination, pour traverser la mer à la nage vers Ceuta en quelques heures.

imaceutamigrges.jpgQue cette vague migratoire ne soit pas spontanée, on pouvait aussi le lire entre les lignes dans les médias allemands comme Der Spiegel. Der Spiegel rapportait que le Premier ministre espagnol Sánchez, lors de sa visite à Ceuta vendredi midi, évitait toute accusation contre le Maroc, alors que les gardes-frontières marocains n’étaient intervenus que jeudi soir. Avant cela, ils avaient donc laissé faire les migrants sans réagir.

Der Spiegel écrit ensuite :

« Un journaliste lui demande si le royaume coopérait vraiment aussi bien qu’il le prétendait. Après tout, c’était parfois l’ambiance de fête sur la plage. Les gardes-frontières marocains n’auraient-ils pas fermé les yeux ? Sánchez a éludé la question. Il a parlé d’une attaque. Mais il n’a pas voulu dire explicitement qui avait porté atteinte à l’intégrité territoriale de Ceuta – manifestement par calcul stratégique. »

Chacun peut donc se demander ce qui lui semble le plus vraisemblable: l’afflux de migrants était-il un événement spontané, sans aucune planification? Ou le gouvernement marocain a-t-il coordonné tout cela en coulisses, en ordonnant à ses gardes-frontières de rester passifs aussi longtemps que possible? Et si c’est le cas, dans quelle mesure est-il probable que le gouvernement marocain ait agi avec le soutien du gouvernement américain, qui souhaite punir l’Espagne pour sa désobéissance en matière de réarmement dans le cadre de l’OTAN, la guerre contre l’Iran et d’autres différends avec Washington?

Si, par exemple, l’UE devait suspendre l’accord de Schengen avec l’Espagne, ce serait un coup dur pour le gouvernement espagnol, qui y perdrait sûrement des voix lors des prochaines élections. Et c’est précisément ce que souhaite le gouvernement américain: un nouveau gouvernement espagnol, à nouveau obéissant envers les États-Unis.

Nous avons donc ici, une fois de plus, une de ces «coïncidences» où un événement apparemment spontané sert à cent pour cent les intérêts américains…

Parution du numéro 497 du Bulletin celinien

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Parution du numéro 497 du Bulletin celinien

Sommaire:

2026-07-08-BC-Cover.jpgLe cristal et la haine (Puissance stylistique et violence constitutive dans l’œuvre de Céline)

Céline dans “Les Nouveaux Temps” (2e partie)

Dans la bibliothèque de Céline (Pucheu, Trotski, Macaulay)

 

Salaud

La vénérable Société d’Études céliniennes (fondée en 1976 par Philippe Alméras, Jean-Pierre Dauphin (†), Antoine Gallimard, François Gibault et Henri Godard) ne craint pas d’évoquer (sur son site internet) « le courant actuel de “Céline’s bashing” » qui sévit depuis plusieurs années. Et de préciser : « Il ne suffit pas que Céline ait été antisémite, il faut encore que ce “monstre” ait été embusqué, colonialiste, collaborationniste et sans aucun doute payé par les nazis. » Ce courant anti-Céline, précise la SEC, est animé par Taguieff, Roynette et quelques autres. Elle aurait pu écrire : et beaucoup d’autres. Cela n’est pas sans conséquence : les éditeurs renâclent à publier des études sur lui (elles ne se vendent guère) et les thèses le concernant se raréfient.
 
Dans l’entretien qu’il nous a accordé en mars, Jean Monnier (Université de Californie) confiait que dans le monde universitaire américain d’aujourd’hui, Céline est un inconnu :  « Les thèses le concernant ne se raréfient pas, elles sont inexistantes », ajoutait-il. Il y a quelques années, Le Bulletin célinien comptait 400 abonnés ; il en a aujourd’hui 300.
 
L’éditeur canadien Rémi Ferland notait récemment qu’il a fallu cinq ans pour que l’avant-dernière réimpression de son édition critique des Écrits polémiques (tirée à seulement 500 exemplaires) fût épuisée. Et, depuis, le retirage (même quantité) ne trouve plus guère d’acquéreur. À force de dresser de Céline le portrait le plus haïssable, il est naturel que les gens s’en détournent et refusent de s’intéresser à son œuvre. Et ce n’est pas l’ouvrage de Jocelyne et Guy Laplagne qui va  modifier les choses. Son titre, Les passions toxiques de Louis-Ferdinand Céline. Autopsie d’un génie sinistre, est suffisamment éloquent pour s’en convaincre. Dans son livre D’un salaud l’autre (Nazis et collaborateurs dans le roman français), paru il y a dix ans, Marion Duval (photo) fit mieux.
 

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Dans ce qui est à l’origine une thèse de doctorat, cette professeure d’une université de l’Ohio mit dans le même sac l’officier SS Maximilien Aue (narrateur des Bienveillantes de Littel), l’hitlérien Abel Tiffauges (héros du Roi des Aulnes de Tournier), le collabo Clément Duprest (dépeint par Daeninckx dans son Itinéraire d’un salaud ordinaire), le commandant du camp d’extermination d’Auschwitz (personnage du roman La Mort est mon métier de Robert Merle), Adolf Hitler (dont Emmanuel Schmitt a écrit une biographie romancée, La Part de l’autre) et… le Céline de la trilogie D’un château l’autre, Nord et Rigodon.
 
L’auteure entendait mettre en évidence l’existence d’un archétype littéraire de la figure du “salaud”. Cela me ramène quinze ans en arrière quand Céline fut retiré des “Célébrations nationales” où il avait initialement été inscrit pour le cinquantenaire de sa mort. Et ce au grand dam de Henri Godard, rédacteur de la notice le concernant. Je m’étais alors imprudemment fait l’écho d’une dépêche qui rapportait un sien propos qualifiant précisément Céline de “salaud”. Ce qui avait heurté les lecteurs du BC qui ont, comme moi, la plus grande considération pour son travail. Aussi ne tarda-t-il pas à m’adresser cette mise au point :  « Je n’ai jamais prononcé  pour mon compte la phrase “Céline est un pur salaud” qui m’est prêtée par l’AFP. Tout au plus ai-je pu la citer pour m’en dissocier, et le journaliste aura fait la confusion. J’avais négligé jusqu’à présent de faire la rectification, mais je vois que certains de vos lecteurs s’émeuvent de trouver cette phrase dans ma bouche, je les comprends, c’est pourquoi je vous serais reconnaissant de signaler ce démenti. ». Clair et net.

• Marion DUVAL, D’un salaud l’autre (Nazis et collaborateurs dans le roman français), Presses Universitaires François Rabelais, coll. “Perspectives littéraires”, 2015, 220 pages (22 €).

Les souvenirs d’un Gaulois d’Europe occidentale

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Les souvenirs d’un Gaulois d’Europe occidentale

par Georges Feltin-Tracol

Memoires-identitaires.jpgPrise dans ses convulsions fantasmatiques habituelles, la grosse presse subventionnée le présente toujours en idéologue-phare de l’extrême droite. Traité début juillet 2026 de «papy FN» par un piètre journaliste 1, il demeure le principal propagateur de concepts déterminants tels la préférence nationale, la ré-information, l’Europe-puissance et la remigration. Il poursuit un combat entamé en 1968. L’année dernière, Jean-Yves Le Gallou a publié Mémoires identitaires, son autobiographie intellectuelle, politique et militante 2.

Ses détracteurs habituels, écrivassiers sans talents et autres fumistes diplômés en expertise ès - « extrême droite » sans contours précis, devraient les lire, car elles rectifient leurs sempiternelles antiennes colportées. Il faudrait cependant travailler et cesser de consulter les notes du renseignement territorial et de la préfecture de police de Paris. Un pareil effort chamboulerait leur paresse innée. Et pourtant !

Quelques aperçus intimistes

Avec tact et pudeur, Jean-Yves Le Gallou dévoile au lecteur un pan de sa vie privée. L’un de ses fils a relu au préalable le manuscrit. Ainsi évoque-t-il Anne-Laure Blanc, la mère de leurs quatre garçons, au « caractère (fort) bien trempé, une vive sensibilité, une intelligence aiguisée (p. 41). Il rend publique « notre séparation survenue en 2021 après quarante-six ans de mariage. Séparation douloureuse dont je porte la responsabilité, des élans personnels m’ayant éloigné des règles du mariage (p. 253) ».

Plus plaisant, cette ancienne bête à concours (lauréat au concours général de géographie, puis d’histoire, diplômé en sciences politiques et énarque) 3 se souvient avec émotion et fierté qu’en novembre 1998, son troisième fils reçoit une distinction « en l’honneur des meilleurs apprentis cuisiniers de France (p. 187) ». Quelques années plus tard, ce dernier régalera avec talent les convives aux universités d’été européennes du GRECE (Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne). Lors de la dernière soirée, plus solennelle, il étonnera même l’assistance par son aisance à cracher le feu… Jean-Yves Le Gallou insiste enfin sur cette hygiène mentale et physique qu’est l’alpinisme qu’il pratique avec assiduité. À l’instar d’un autre excellent alpiniste, métaphysicien de son état, Julius Evola, il vante «une école de la beauté. Une école de la volonté. Une école d’humilité aussi. Une rude école enfin (p. 186)».

Ce livre comporte néanmoins quelques erreurs. Dans une note en page 40, Arnold Gehlen est qualifié d’ ancien secrétaire d’Ernst Jünger (note 19, p. 40)». Il le confond avec Armin Mohler! L’auteur assiste aux funérailles de Jean Ferré en «septembre 2006 (p. 230)». Or le fondateur de Radio Courtoisie décède un 10 octobre 2006… Il place les «grottes de Bétharram (p. 222)» en Occitanie alors qu’elles se trouvent aussi en partie en Nouvelle-Aquitaine. Il mentionne en page 111 l’action électorale de Jean-Pierre Stirbois en 2002 et en 2003 qu’il faudrait lire les élections cantonales de 1982 et municipales de 1983. Il parle de «Maurice Trillat (p. 147)». Né en 1940 et mort en 2020, ce journaliste communiste qui suivait le Front national pour Antenne 2, la future France 2, avec toute l’objectivité souhaitable bien sûr, se prénommait en réalité… Marcel.

Jean-Yves Le Gallou se montre en outre vachard à l’encontre de certains de ses collègues hauts-fonctionnaires, en particulier Arnaud Teyssier, auteur d’ouvrages intéressants 4. Il le dépeint en «homme intelligent et intrigant (p. 209)», par ailleurs «sournois (p. 207)» parce qu’il brigue une promotion qui revenait de droit à l’auteur.

le-defi-gaulois-jean-yves-le-gallou.jpgRédacteur en 2001 du Défi gaulois. Carnets de route en France réelle, Jean-Yves Le Gallou assume sa celticité avec sa famille paternelle provient «d’un petit coin de Bretagne intérieure, du Trégor, l’un des sept évêchés de Bretagne (p. 15)». Cela ne l’empêche pas de se sentir aussi européen avec un «arrière-grand-père italien, travailleur immigré venu de Pontremoli au pied des Apennins, apportant comme une goutte de latinité dans le vieux sang gaulois (p. 18)». Il perpétue cet héritage puisque «de 1975 à 1984, quatre fils arrivent dans notre foyer. […] Aujourd’hui, une petite-fille et dix petits-fils prolongent la lignée (p. 42)». À l’occasion d’émissions radiophoniques ou télévisées, il a signalé que l’une de ses belles-filles est Écossaise. Contradiction? Non! «L’identité territoriale […] doit marier l’attachement à la langue et à la culture locale, l’amour du territoire et de ses paysages, sans pour autant nier ou renier les origines ethniques du peuple. Fondé sur un tel triptyque l’enracinement régional est un atout face au grand magma mondialiste (p. 131)».

Hors les aspects personnels et familiaux, Mémoires identitaires dressent le bilan fort négatif d’un demi-siècle d’effondrement général. Jean-Yves Le Gallou a assisté au «Grand Basculement», c’est-à-dire au «bouleversement sans précédent des valeurs et des normes (p. 8)».

imacdhpnges.jpgUne jeunesse déjà marquée par l’union des droites…

Mai 1968 cueille à froid le jeune étudiant destiné à une belle carrière dans l’administration centrale. Une sensibilité de droite l’amène à suivre « trois groupes différents: les CDR, les Comités de défense de la République, le CELU, Centre d’études pour les libertés universitaires, et le GRECE, Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne. Le gaullisme de réaction, le catholicisme de tradition ou le renouveau identitaire (p. 31)». Il se montre particulièrement critique de la présidence de Georges Pompidou (1969-1974).

Pour ses contemporains, ce quinquennat symbolise les dernières années des « Trente Glorieuses », du plein emploi et de la croissance économique. Or, c’est au cours de cette période faste qu’apparaissent les germes de la décadence. Pompidou ne réagit pas au coup d’État du 16 juillet 1971 fomenté par le Conseil constitutionnel 5. Par une décision cruciale, le Conseil constitutionnel élargit son champ d’interprétation aux préambules des constitutions de 1946 et de 1958 en créant un soi-disant  «bloc de constitutionnalité». C’est sous Pompidou qu’est adoptée la première loi liberticide en matière d’expression publique: la sinistre loi Pleven. «Les idées qui déplaisent ne sont plus considérées comme des opinions mais comme des délits (p. 271)».

Georges_Pompidou_(cropped_2).jpgEn politique étrangère et européenne, l’ancien premier ministre de Charles De Gaulle entre 1962 et 1968 accepte l’adhésion à la Communauté économique européenne du Royaume-Uni. Il y introduit une Grande-Bretagne «telle qu’elle était, c’est-à-dire avec son tropisme américain et sa volonté de transformer une union douanière en zone de libre-échange. C’est fait. Les réformes sociales et les réformes de la formation professionnelle allaient apporter une nouvelle manne financière aux grands syndicats monopolistiques, renforçant ainsi leur capacité de nuisances (p. 53)».

Nostalgique de la prestance politique de son prestigieux prédécesseur, Jean-Yves Le Gallou estime que «c’est avec Georges Pompidou que s’est mise en place la loi d’airain de la Ve République selon laquelle le président N+1 fait regretter le président N: Pompidou, le bon sens cantalou gâté par l’encanaillement parisien; Giscard, entre libéralisme avancé et conservatisme éclairé; Mitterrand, un style de droite au service d’une praxis de gauche; Chirac, la carcasse d’un para, la vista d’un conseiller général; Sarkozy, entre action et agitation, le goût de l’action, mais, ciel !, pour quoi faire? Hollande, le roi fainéant; Macron 1: Narcisse choisi par Davos; Macron 2: Héliogable, prince de l’empire woke (pp. 54 – 55)».

Les réticences de l’énarque haut-fonctionnaire le détournent du parti gaulliste et le conduisent dans le sillage des républicains indépendants d’obédience giscardienne. En 1977, dans Les rats noirs 6, Grégory Pons interroge un ancien militant d’Occident rallié au Parti républicain giscardien. Est-ce Jean-Yves Le Gallou ou bien Alain Madelin et Gérard Longuet ?

817VBc35hdL.jpgJean-Yves Le Gallou salue la mémoire d’Alain Griotteray (1922-2008) qui lança très tôt une radio libre d’audience locale, Radio Alpha, qui deviendra ensuite Radio-Solidarité avant que cette dernière se transforme en 1987 en Radio Courtoisie!

Maire de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) de 1973 à 2001, député de 1967 à 1997 à trois reprises, Alain Griotteray organise la manifestation de résistance nationaliste sous l’Arc de Triomphe à Paris le 11 novembre 1940. Fort de ce passé incontestable de résistant, il n’hésite pas à rappeler l’engagement des nationalistes et autres royalistes, maurrassiens ou non, dans la France libre et dénonce les premiers ravages de l’immigration, incarnant ainsi «la filière résistante, à la charnière de la droite et de l’extrême droite (p. 107)».

Un profil semblable se retrouve chez Pierre Sergent. Ancien officier du 1er REP (Régiment étranger de parachutistes) devenu journaliste et écrivain, il agit en jeune maquisard avant de devenir le chef de l’OAS – Métropole autour duquel va se cristalliser après la fin de l’Algérie française un noyau solidariste. Plus tard, militant et élu du FN, c’était «un ami d’Israël (p. 103)». «Sa femme, Chouki, est d’origine juive (p. 103)». Bref, «l’extrême droite, c’est la marque épouvantail qui s’adapte à toutes les personnalités d’où qu’elles viennent dès qu’elles s’écartent de la doxa (p. 242)».

542x8clhorl40.jpgEn parallèle à ses activités professionnelles et politiques, Jean-Yves Le Gallou découvre la métapolitique. Il contribue au lancement du Club de l’Horloge qui pratique l’entrisme dans les forces politiques hors de la Gauche et dans la technostructure administrative. Parmi les bénévoles qui s’affairaient parmi les sympathisants « horlogers » se démène une future jeune actrice: Fanny Ardant. Il y rencontre « le plus intelligent d’entre nous, le vicomte président Henry de Lesquen, X – ENA 7 (p. 136) ».

En politique avec Giscard d’Estaing

Des divergences personnelles, tactiques et idéologiques séparent bientôt le GRECE du Club de l’Horloge si bien qu’au moment de la sordide campagne de presse de l’été 1979, «il n’y a personne pour défendre la Nouvelle Droite dans son ensemble, terme qui pourtant s’imposera dans la durée. Les uns – le GRECE – revendiquent le terme “Nouvelle culture”. Les autres – le Club de l’Horloge – se définissent comme “nouveaux républicains” (sélection, méritocratie, souveraineté). Par l’intermédiaire de Jean-Claude Valla – ancien secrétaire général du GRECE et numéro deux du Figaro Magazine -, j’essaie de maintenir une fragile passerelle entre Yvan Blot et Alain de Benoist dont les orientations et les intérêts, sinon les ego, s’opposent (p. 68)». Il regrette aujourd’hui le gâchis d’autant que «le GRECE et Nouvelle École vont jouer un rôle majeur dans la diffusion et la popularisation de thèmes intellectuels transgressifs (p. 40)».

President_Mitterand_bij_slotzitting_Europa_Congres_Mitterand,_kop,_Bestanddeelnr_934-2444_(portrait_crop).jpgL’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, du Parti socialiste et de la Gauche en 1981 ainsi que la rivalité croissante entre Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Raymond Barre plongent Jean-Yves Le Gallou dans le bain électoral dans le cadre de l’entente entre l’UDF et le RPR. Bien qu’éphémère maire-adjoint de la Culture de la ville d’Antony dans les Hauts-de-Seine de 1983 à 1985, il suit avec intérêt l’initiative de son ami «Horloger» et ancien cadre du RPR, Bruno Mégret. Assisté par Jean-Claude Bardet, bras droit naguère de Dominique Venner à l’Institut d’études occidentales (IEO), Bruno Mégret organise les Comités d’action républicaine (CAR) qui « sont un peu l’ancêtre de la “droite hors les murs” des années 2010. Beaucoup de cadres attirés par un discours de qualité. Peu d’électeurs faute de visibilité médiatique (p. 75)».

Aussitôt étiqueté « mauvais pensant », Jean-Yves Le Gallou choisit de rejoindre un Front national en pleine ascension électorale. Il devient ainsi le tout premier énarque du mouvement national-populiste. Député français au Parlement européen (1994-1999) et président du groupe FN au conseil régional d’Île-de-France (1986-1999), il exerce en simultané la fonction du secrétaire national aux élus auprès de Carl Lang, secrétaire général du FN, et celle de délégué national aux études sous la direction de Bruno Mégret, délégué général du FN.

Bruno_Megret_bordeaux.jpgIl contribue à la violente scission de 1998, à la fondation du FN – MN (Mouvement national), puis du MNR (Mouvement national-républicain), à la campagne présidentielle de Bruno Mégret (photo) en 2002, puis, las des déconvenues électorales successives, renoue avec la métapolitique à travers l’association Polémia qui aborde le traitement de l’information.

On oublie toutefois que Jean-Yves Le Gallou a été de 1986 à 1988 le secrétaire général du groupe FN à l’Assemblée nationale. Grâce à l’instauration du scrutin de liste départementale à la proportionnelle en 1985, trente-cinq candidats du Rassemblement national, alliance électorale conclue autour du FN, des divers-droite, des socio-professionnels et du CNIP (Centre national des indépendants et des paysans), siègent au Palais-Bourbon. Avec le recul, il juge ce « groupe parlementaire à la fois brillant et travailleur (p. 89). Certains élus l’irritent à l’instar du radiologue François Bachelot, «élégant quadragénaire, narcissique et mégalomane, sorte de péteur mondain, portant toujours un nœud papillon (p. 110)».

Une cheville ouvrière du frontisme naissant

À ce poste stratégique, il subit les manigances du chiraquien Charles Pasqua qui veut la disparition du groupe FN par l’intermédiaire de quelques séides et d’attaques continues d’une presse mensongère aux ordres. Cette dernière explique à longueur d’articles que Jean-Marie Le Pen est seul ou bien que les responsables du FN sont incompétents. En fait, «la “compétence” se résume ainsi pour un homme politique: proposer des micromesures techniques dans le cadre du maxi-conformisme global. Est présumé “compétent” celui qui ne remet pas en cause la doxa (p. 91)». Il souligne cependant qu’aucun élu du groupe ne prévoit que «les privatisations de 1986 mettraient en place une caste d’oligarques, dans le cadre d’un capitalisme de connivence (p. 89)». Malgré les ordres de ne pas discuter avec les « maudits », des élus du RPR et de l’UDF osent quand même leur parler. Maire de Moulins dans l’Allier de 1972 à 1989, Hector Rolland, anti-chiraquien avoué, a su protéger sa commune «du saccage architectural auquel se sont livrés tant de ses collègues, maires comme lui de villes moyennes (p. 48)»8.

Jean-Yves Le Gallou soutient avec raison que «la transparence, ce n’est pas la victoire de la morale, c’est celle de l’arbitraire des professeurs de morale (p. 134)». Pour preuve, la personnalité panthéonisée de Robert Badinter «qui se contrefichait de ces crétins d’électeurs pour imposer ses vues (p. 78)» et dont l’action à la tête du Conseil constitutionnel fut si néfaste.

ob_f7b8c1_roger-galiot.jpgLa dissolution de l’Assemblée nationale en 1988 met un terme à l’aventure parlementaire du frontisme en tant que collectif pour une trentaine d’années. Cette disparition n’empêche pas la montée en puissance du FN dans les urnes. En 1983, Roger Galliot, le maire anti-indépendantiste de Thio en Nouvelle-Calédonie de 1971 à 1985 adhère au FN, ce qui en fait le premier édile frontiste de l’histoire. Lors des élections municipales de 1989, le FN remporte une trentaine de municipalités dont la commune de Saint-Gilles dans le Gard avec Charles de Chambrun, le grand ami de la firme néo-coloniale Disney.

Cadre éminent du FN, Jean-Yves Le Gallou reconnaît que «la force du FN des années 1990, c’était l’articulation d’un chef charismatique et d’un appareil militant s’implantant localement (p. 189)». «Dans l’âge d’or de l’ère Le Pen, dans les années 1990, ce qui fera la force de l’appareil du Front national, alors présent sur de vastes territoires géographiques et idéologiques, ce sera l’amalgame heureux de forces différentes mais complémentaires: schématiquement, des réseaux catholiques et des réseaux néo-droitiers structurant une masse de RPR déçus. Sans oublier quelques anciens “activistes” ayant échappé à la reconversion dans la droite de gouvernement par les réseaux Albertini 9 (p. 38)».

Face à l’adversité, il a pour principe cardinal d’« assumer et organiser la défense, médiatique et judiciaire, du mis en cause (p. 149)», fidèle à sa ligne de conduire de «soutenir les militants attaqués même s’ils avaient pu commettre des erreurs (p. 150)». Ce comportement lui vaut la vindicte du système médiatique et des magistrats. Qu’importe puisque la pratique assidue de l’alpinisme lui permet de «se constituer une armure intérieure pour affronter l’extérieur. Et puis il y a la vie et la reconnaissance au sein d’une communauté dissidente (p. 206)».

31264315644.jpgSoucieux de transmettre son expérience et de former des cadres efficaces et compétents, il participe à la revue théorique du FN, Identité, dont la direction revient à son vieux compère Jean-Claude Bardet. Cette revue «est un chaînon essentiel dans le phylum évolutif du courant identitaire (p. 161)». Certes, «pour ma part je n’ai jamais été dans les structures identitaires, mais j’ai été un de leurs compagnons de route. Un grand frère, voire un grand-père. Un fournisseur de munitions intellectuelles. Un relais de leurs actions. Un soutien dans l’adversité (p. 243)». Cela n’évite pas d’en être le théoricien le plus en vue…

Réalisation de la Nouvelle Droite

Se penchant sur l’ensemble des travaux du GRECE et du Club de l’Horloge, il estime que «les intuitions biologiques, inégalitaires et identitaires des années 1970 étaient les plus pertinentes (p. 68)». Il aurait néanmoins pu reconnaître le bien-fondé des analyses géopolitiques percutantes des décennies 1980-1990 Ainsi, rapportant le rôle hégémonique des États-Unis depuis 1989, admet-il que «non vraiment,“l’Occident” n’est pas notre ami! (p. 166)». Sa remarque sur «Guillaume Faye, toujours en excès de vitesse intellectuelle (p. 44)» est fort juste.

Bravant une nouvelle fois le politiquement correct, il qualifie le CRIF (Conseil représentatif des institutions juifs en France) d’«organisme dont l’influence s’exerça puissamment dans les années 1980-2010 dans deux directions: l’infléchissement de la politique étrangère française dans un sens plus complaisant envers Israël et les États-Unis, et des prises de position de plus en plus favorables à l’immigration. Un dernier point particulièrement nuisible à la France et aux Français et dont la communauté juive est devenue elle-même victime (p. 71) »… Cible fréquente de violences judiciaires ordinaires et d’abus médiatiques répétés, il remarque que «le système peut compter sur le zèle des magistrats administratifs pour punir ceux qui lui désobéissent. Le gouvernement des juges n’est pas le défenseur des libertés, il est le gardien de l’ordre politiquement correct (p. 184)». Dès lors, le désir mortifère du macronisme de pénaliser les réseaux sociaux et leur libre-expression revient à renforcer la censure ambiante. Sous prétexte de lutter contre la désinformation alors que «la fake news d’hier est la réalité de maintenant (p. 112)», il constate que «la dérive liberticide de l’extrême centre est désormais sans frein (p. 274)». Sa dernière illustration concerne le défilé du 14 juillet 2026 avec des spectateurs contraints de s’enregistrer par QR-code!

Hostile à l’apparition d’une bureaucratie supplémentaire aux échelles intercommunale et régionale, il note que «la métropole a une géographie aux frontières floues qui ne correspond ni à celles des communes, ni à celle des États. Un concept propice à l’avènement d’un monde postdémocratique dont la marche est assurée par les grands oligopoles mondiaux (p. 129)». Grande surprise de voir Jean-Yves Le Gallou entériner les arguments valables du royalisme légitimiste en page 116, il déconstruit avec bonheur la fausse divinité République hexagonale!

ob_9430e9_europeen-d-abord.jpgVers une synthèse celto-franque européenne

Observant que «la nation n’a plus de frontières et l’État joue contre la France et les Français. L’État a contribué à faire la France, il la défait désormais car il est passé sous le contrôle des coteries syndicales, culturelles, associatives et religieuses anti-identitaires (p. 197)», «la République, ce n’est plus le rayonnement universel de la France, c’est l’invasion de la France par l’universel (p. 118)». Dorénavant, «la France unitaire est devenue multiraciale, multiculturelle, multicivilisationnelle (p. 197)». Dans ces conditions, cette «République est une marâtre indigne qui, après avoir interdit aux Bretons de parler leur langue, finance dans ses écoles des cours d’arabe, la langue du Coran. Quant aux sacro-saintes “valeurs de la République”, elles ne sont que le cache-sexe de la dictature du politiquement correct (p. 193)», d’où son ralliement en 2022 à la candidature présidentielle d’Éric Zemmour où il côtoie son vieux compère Bruno Mégret et la figure de proue de la droite souverainiste Philippe de Villiers.

71dE8REx4FL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgConcernant la remigration appelée naguère l’«inversion des flux migratoires (p. 263)», «au départ, j’avais trouvé le thème rude; et pourtant, si l’on prend en compte les dynamiques démographiques, entre la remigration et la submersion, il n’y a pas de tiers parti. Alors, va pour la remigration ! (p. 244)». Jean-Yves Le Gallou en est devenu le principal penseur et praticien dans l’aire francophone.

Il conclut son autobiographie par un vibrant appel à la nostalgie du futur. Plutôt que revivre de grands moments de l’histoire, il aimerait «être réincarné en 2080 ou en 2100 pour voir la suite… (p. 283)». En s’écriant «Soyons archéofuturistes! (p. 279)», il appelle les nouvelles générations européennes à choisir la voie ethno-communautariste, meilleur gage possible pour une révolte salutaire et l’éventuelle libération continentale. Ainsi Jean-Yves Le Gallou prendrait-il les traits d’un Che Guevara des peuples autochtones du Vieux Continent…

GF-T      

Notes: 

1 : Jean-Loup Adénor, « Jean-Yves Le Gallou. L’extrême droite décongèle papy FN », dans la scrofuleuse rubrique « Les champions de la droite », Charlie Hebdo du 17 juillet 2026.

2 : Jean-Yves Le Gallou, Mémoires identitaires. 1968 – 2025 : les dessous du Grand Basculement, Via Romana, 2025, 290 p., 25 €. Toutes les citations non mentionnées en notes proviennent de cet ouvrage.

3 : Cf. sa notice dans Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, Faits et Documents, tome 1, 1992, pp. 412 – 413. Il est préférable de consulter cette somme biographique plutôt que d’effectuer des recherches dans la version française guère fiable de Wikipédia.

61YZ4i03S9L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg4 :  Arnaud Teyssier a écrit, entre autres, Charles Péguy. Une humanité française (2008), Richelieu. L’Aigle et la Colombe (2014), Philippe Séguin : le remords de la droite (2019) – ô paradoxe pour celui qui a récusé toute rupture avec le Système au moment de la campagne référendaire contre Maastricht en 1992 ! - ou l’excellent De Gaulle 1969, l’autre révolution (2019).

5 : Le Conseil constitutionnel est alors présidé par un ennemi intime de Pompidou, le gaulliste Gaston Palewski.

6 : Grégory Pons, Les rats noirs, Éditions Jean-Claude Simoën, 1977, le chapitre 5 « Les transfuges » avec un certain André L., pp. 101 à 106.

7 : X pour l’École polytechnique.

8 : Enfant abandonné et surnommé «Spartacus» pour sa propension à clamer ses poèmes en séance, Hector Rolland (1911-1995) confie dans ses Souvenirs dérangeants d’un godillot indiscipliné (Albin Michel, 1990) son grand estime pour ses collègues du FN. Il tente sans succès avec Christine Boutin (UDF) et Michel de Rostolan (FN) de créer un groupe d’étude parlementaire pour favoriser l’accueil à la vie.

81Y1KAwF5AL._UF1000,1000_QL80_.jpg9 : Sur Georges Albertini, cf. Pierre Rigoulot, Georges Albertini, socialiste, collaborateur, gaulliste, Perrin, 2012.

John Dee, Mackinder et l’imaginaire géopolitique

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John Dee, Mackinder et l’imaginaire géopolitique

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/john-dee-mackinder-ja-...

L’histoire est pleine de continuités intellectuelles surprenantes qui s’étendent sur des siècles et relient les penseurs, leurs ambitions et leurs utopies de domination mondiale à travers différentes époques. Il s’agit aussi d’imaginaire géopolitique – de la manière dont le pouvoir a été imaginé, cartographié et légitimé.

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La politique, la géographie et une pensée plus ésotérique s’entrelacent de façon particulièrement nette dans l’histoire britannique. Au musée d’histoire des sciences d’Oxford, on conserve une copie en marbre de la tablette de John Dee, sur laquelle est gravé l’alphabet énochien qu’il a créé – vestige concret d’une époque où les sciences occultes et la politique du pouvoir allaient de pair.

Mathématicien, astrologue, occultiste et conseiller de la reine Élisabeth Ière, Dee n’était pas seulement le sage de la cour, mais un réaliste magique qui comprenait que de grands objectifs nécessitaient un grand pouvoir. Il visait à atteindre des « vérités pures », une compréhension transcendante des formes divines – et le pouvoir sur le destin de l’humanité que pouvait conférer ce savoir occulte. Sa bibliothèque était la plus vaste d’Angleterre et il évoluait aisément dans les cercles intellectuels et politiques européens.

bf6181694ab39ae1e136c5ea10ece2bf.jpgL’ouvrage le plus connu de Dee, la Monas Hieroglyphica (La Monade hiéroglyphique), publiée en 1564, est à la fois un livre ésotérique et un symbole – une tentative de condenser les principes fondamentaux de l’univers en une seule image. Avec cette clé symbolique, Dee construisit sa propre métaphysique politique, dont le cœur était l’unification des peuples et des cultures sous la couronne britannique. On attribue à Dee l’invention du concept « d’Empire britannique », et il croyait que la concentration du pouvoir apporterait ordre et paix à l’ensemble du monde connu.

L’héritage de Dee s’est perpétué dans la pensée géopolitique anglo-saxonne. Il fut le premier à esquisser pour la Grande-Bretagne une stratégie globale centrée sur le contrôle du pôle Nord. Qui contrôle le pôle contrôle le monde – non seulement physiquement, mais aussi métaphysiquement, comme partie d’un plus grand système symbolique. Dee associait des légendes arthuriennes médiévales et les mythes du mont Meru, de l’Arctogaïa et d’Ultima Thulé aux objectifs politiques de son époque.

La vision de Dee s’est incarnée de la façon la plus concrète dans un plaidoyer de forme juridique qu’il adressa à la reine Élisabeth en 1578, intitulé Brytanici Imperii Limites. Il y affirmait qu’Élisabeth disposait d’un «droit royal» (title royall) sur toutes les côtes de l’Amérique du Nord et les îles du nord jusqu’aux frontières russes – sur la base des conquêtes du roi Arthur, dont Dee croyait qu’elles s’étendaient jusqu’au Groenland et même jusqu’au pôle Nord. Pour Dee, le récit mythique d’Arthur était la clé de la légitimation de la puissance mondiale britannique.

Francis-Drake-oil-panel-engraving-Jodocus-Hondius.jpgLe plan ne fut cependant pas réalisé. Sir Francis Drake (portrait) proposa à la reine une option plus séduisante, passant par les routes maritimes méridionales et les eaux orientales. Ainsi naquirent les compagnies des Indes orientales et occidentales, qui étendirent le pouvoir britannique par le commerce et par les armes. La Grande-Bretagne se détourna du nord vers le sud, tandis que la Russie saisit l’opportunité d’entamer sa propre expansion à travers la Sibérie, atteignant l’Alaska au XVIIIe siècle.

C’est ainsi qu’est née la longue confrontation anglo-russe, le «Grand Jeu» géopolitique, qui n’a jamais vraiment pris fin. Même si, après la Seconde Guerre mondiale, le leadership du monde anglo-saxon passe aux États-Unis, l’héritage culturel et juridique britannique – notamment la tradition de la common law – conserve son influence dans les anciennes possessions de l’Empire. Comme les Romains le savaient déjà, un pouvoir durable ne peut reposer uniquement sur les armes, mais sur des lois et des coutumes ancrées dans la vie quotidienne.

imaghjmkes.jpgC’est à ce moment qu’apparaît Halford John Mackinder (photo), d’origine écossaise, souvent considéré comme le père de la géopolitique occidentale. Défenseur passionné de l’Empire, il craignait que la Grande-Bretagne ne soit éclipsée par l’Allemagne et la Russie. Sa théorie du «Heartland» stratégique de l’Eurasie inspira des générations de stratèges militaires, jusqu’aux opérations américaines en Afghanistan et en Irak.

La pensée de Mackinder a été qualifiée d’«impérialisme libéral» – une vision qui justifiait l’Empire à la fois par l’intérêt national et par la diffusion de la civilisation et de l’ordre. Il tenta activement d’entrer en politique, mais ses campagnes électorales comme candidat unioniste furent difficiles et son message n’eut guère d’écho auprès des électeurs. Il ne fut élu au Parlement qu’en 1910, à Glasgow, mais resta marginal et cultiva une évidente amertume envers la démocratie et le parlementarisme.

Cette déception forgea sa conviction que l’ordre du monde était trop important pour être laissé à la politique partisane ou à l’opinion publique. Selon Mackinder, les réalités géographiques exigeaient un système dirigé par des experts et stratégiquement construit, capable de résister à la myopie des démocraties comme aux déséquilibres provoqués par les alliances des puissances continentales.

Chez ces deux penseurs se retrouve la même configuration fondamentale: la croyance en des centres géographiques ou métaphysiques dont la maîtrise conférerait la suprématie. Pour Dee, c’était le pôle Nord; pour Mackinder, le «Heartland» eurasien. Aucun des deux ne se contentait de la théorie: tous deux voulaient influencer la politique concrète et furent déçus par les réalités humaines – les plans de Dee échouèrent sur les intrigues de la cour, la carrière de Mackinder sur des défaites électorales.

Pourtant, leur héritage survit dans la politique mondiale, les institutions et les récits des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de leurs alliés. Cela ne rend pas leurs théories justes ou moralement défendables, mais montre qu’elles font partie d’un héritage profond qui a souvent façonné le monde de façon invisible.

Andrey-Fursov1.jpgDes critiques contemporains, comme les Russes Mikhaïl Deliaguine et Andreï Foursov (photo), ont vu dans la théorie de Mackinder une manœuvre de diversion britannique. Selon Deliaguine, cette théorie a poussé des États concurrents comme l’Allemagne à se concentrer sur l’intérieur de l’Eurasie, tandis que la Grande-Bretagne consolidait sa puissance maritime et ses marchés financiers. Foursov, quant à lui, souligne que Mackinder plaça la Russie à tort sur le même plan que les autres puissances continentales européennes, ignorant son immense taille, sa population et ses ressources naturelles. La même erreur s’est répétée des guerres napoléoniennes à l’attaque hitlérienne, jusqu’au conflit ukrainien actuel.

La révolution numérique remet fondamentalement en cause les anciens modèles géopolitiques. Au lieu de territoires physiques, le pouvoir s’exerce aujourd’hui à travers les flux de données, les algorithmes et les plateformes médiatiques; les géants de la technologie n’ont pas besoin de soldats pour contrôler la vie, mais d’analyse de données. Pourtant, la géopolitique plus traditionnelle continue d’exister en parallèle: l’initiative chinoise dite des "Nouvelles routes de la soie" construit des routes terrestres à travers l’Eurasie, et la technologie des drones révolutionne le renseignement et les frappes de précision dans la guerre conventionnelle.

Au final, du rêve impérial de Dee et du «Heartland» de Mackinder, nous sommes passés à un monde où les anciennes catégories géographiques ne suffisent plus: la localisation physique perd de son importance et le pouvoir repose de plus en plus sur des réseaux invisibles. Il reste à voir quelles puissances s’imposeront au centre du nouvel ordre digitalisé et qui construira le prochain empire.

16:14 Publié dans Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : john dee, halford john mackinder | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

samedi, 01 août 2026

Incendies orchestrés? Une arme militaire secrète en action?

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Incendies orchestrés? Une arme militaire secrète en action?

Sylvia Miami

Source: https://reseauinternational.net/incendies-orchestres-une-...

Les Français de l’étranger comme Sylvia Miami compatissent au drame européen des incendies mais comme aux US ils ont aussi leur part et qu’ils ont des renseignements qui laissent les Européens incrédules elle estime que «la question des causes et des méthodes se pose de plus en plus».

Difficile de rester insensible devant les images qui nous parviennent d’Europe.

De la France à l’Italie, en passant par l’Espagne et le Portugal, et ailleurs, des milliers de personnes voient leur vie partir en fumée. Une pensée immense pour les habitants qui ont tout perdu, pour les animaux prisonniers des flammes, et pour le courage surhumain de nos pompiers, aidés par les agriculteurs et les habitants.

Face à la répétition et à l’intensité de ces catastrophes, la question des causes et des méthodes se pose de plus en plus.

Je republie ici mon post de 2025 sur l’utilisation des incendies comme arme tactique et militaire, car nous sommes en droit de nous poser des questions légitimes…

Incendies orchestrés!? - «Une arme militaire secrète en action»!?

Depuis des décennies, les incendies ont été perçus comme une menace naturelle dévastatrice, mais saviez-vous que, dans les années 60, les États-Unis avaient étudié l’utilisation des incendies de forêts comme arme militaire?

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Le rapport secret «L’incendie forestier comme arme militaire», publié en 1970, révèle des recherches menées pour déterminer si les feux volontaires pouvaient détruire les ressources ennemies et modifier le champ de bataille. Aujourd’hui, ces flammes hors de contrôle ravagent non seulement des forêts, mais des régions entières, comme on peut le voir actuellement en Californie.

Mais cela ne peut que nous rappeler la tragédie de Maui à Hawaï, ainsi que les incendies en Espagne, au Canada, dans le sud de la France et ailleurs dans le monde. Comment peut-on imaginer que ces feux pourraient être déclenchés et orchestrés par des personnages sans âme, utilisant délibérément de tels moyens pour semer la terreur, détruire et s’enrichir?

Tôt ou tard, ceux qui tirent les ficelles devront rendre des comptes. L’heure de la vérité approche, et tout est en train d’être exposé au grand jour…

Source : Profession Gendarme - https://www.profession-gendarme.com/incendies-orchestres-...

Fabio Vighi et le capitalisme financier de la fin des temps

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Fabio Vighi et le capitalisme financier de la fin des temps

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/fabio-vighi-ja-lopun-a...

Dans son dernier essai, Fabio Vighi s’attaque au cœur du capitalisme contemporain en utilisant d’abord les films Network (1976) de Sidney Lumet et Killing Them Softly (2012) d’Andrew Dominik comme fenêtres sur l’idéologie du système.

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Le sermon du dirigeant d’entreprise Arthur Jensen – « il n’y a pas de nations » – et le constat cynique du tueur à gages Jackie Cogan – « l’Amérique n’est pas un pays, mais un business » – forment ensemble un diagnostic : les États-Unis ne sont pas un État-nation traditionnel, mais le quartier général politique et militaire du capital financier global. Il ne s’agit pas d’un complot, mais d’un fait structurel, dont la force idéologique réside dans la présentation qu'il fait de lui-même, comme étant une loi naturelle.

Les États-Unis allient puissance militaire, infrastructure technologique et instrumentalisent le statut du dollar comme principale monnaie de réserve internationale. Les politiciens agissent dans cette structure principalement comme des « technocrates de middle management », dont les décisions sont guidées par la logique de la liquidité, de la gestion de la dette et de la préservation des actifs. Le retour de Donald Trump à la présidence en est un exemple-type : il n’a pas été élu pour ses compétences politiques – « il n’en a pas » – mais parce que son imprévisibilité théâtrale correspond à une époque où « le spectacle débridé a englouti la stratégie ».

Vighi met en garde contre l’illusion typique des libéraux, qui confondent les marionnettes visibles avec les marionnettistes. Le véritable pouvoir repose sur le statut « sans risque » des obligations d’État américaines – un « tour de confiance » qui permet une gestion budgétaire débridée, le financement des guerres et l’inflation des actifs financiers. Mais le système montre de plus en plus de signes de tension : rendements obligataires en hausse, déficits chroniques, dédollarisation et transfert du commerce de l’énergie hors du dollar. L’hégémonie n’est pas en train de s’effondrer, mais elle est entrée dans une « phase d’instabilité structurelle ».

616zJV1vZ3L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgVighi cherche à expliquer cette évolution par la théorie de la valeur-travail de Marx, selon laquelle seul le travail humain crée de la valeur nouvelle, et les machines ne font que la transférer. Mais cette conception industrielle est-elle encore valable dans une économie numérisée où l’intelligence artificielle participe à de nouveaux processus de création de valeur ? L’interprétation de Vighi risque de rester prisonnière des catégories du passé.

Quoi qu’il en soit, le capitalisme a pris la voie de la financiarisation. La finance ne suit plus l’accumulation productive, elle en est devenue le substitut. Le capital fictif – dette, produits dérivés et flux de revenus titrisés – constitue une montagne croissante de créances qui repose sur du travail qui n’a pas encore été effectué et qui, à l’échelle requise, ne le sera jamais.

Cette logique imprègne tout : la maison devient un objet d’investissement, l’éducation une dette d’études, la santé une cible d’extraction financière. La guerre est l’apothéose de la financiarisation – un « événement massif de liquidité », où destruction et ravage créent de nouvelles opportunités d’investissement. Vighi cite la « chorégraphie algorithmique des frappes contre l’Iran et les récits soigneusement construits autour d’Ormuz » comme exemples de la façon dont dépenses militaires, infrastructures numériques et manipulation financière forment une machine chargée de la gestion des crises.

La multipolarité géopolitique n’offre en soi aucune solution, tant qu’elle reste enfermée dans les catégories du capitalisme. Vighi rejette « l’illusion qu’un équilibre global plus juste pourrait stabiliser le capitalisme » et affirme que « le capitalisme multipolaire reste du capitalisme ».

Les choix des banques centrales illustrent l’impasse : une politique monétaire stricte menace de récession, une politique souple fait gonfler les bulles. Le débat sur l’inflation évite la question de l’effondrement de l’accessibilité : « le problème n’est pas que les prix augmentent trop vite, mais que vivre est devenu inabordable ». Chaque intervention ne fait que différer la crise et reporte la contradiction à un niveau supérieur.

Vighi ne croit pas que le salut viendra de la multipolarité, des monnaies numériques ou de l’intelligence artificielle. Ces changements ne servent à rien s’ils ne conduisent pas hors du capitalisme. Le seul espoir, selon l’universitaire italien, est que « l’irrationalité catastrophique du système » produise une sortie de la logique qui détruit les fondements de la société. Le seul obstacle est « l’attachement illusoire des gens à une constellation en train de s’effondrer ».

Néanmoins, l’analyse de Vighi n’est pas exempte de problèmes. Il condamne le capitalisme sans offrir d’alternative concrète – le seul espoir reste l’attente de la catastrophe. Vighi ignore aussi les modèles existants, comme l’économie socialiste de marché chinoise. Le débat sur la fin du capitalisme laisse ouverte la question de savoir quel ordre mondial pourrait lui succéder – et qui le construirait.

L’inquisition conceptuelle de l’Occident: illusion linguistique, institutions et colonialisme du consensus

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L’inquisition conceptuelle de l’Occident: illusion linguistique, institutions et colonialisme du consensus

Adnan DEMİR

Introduction : La propriété de la géographie et de l’esprit

Placer le monde au centre de sa propre carte et classer toute autre géographie en fonction de sa distance par rapport à ce centre est la forme la plus raffinée et la plus dangereuse du colonialisme. La volonté qui construit le concept “d’Orient” comme objet mystique et immobile, nécessitant une éducation, a en même temps proclamé son propre centre comme unique représentant de la civilisation, de la justice et de la rationalité.

Pourtant, lorsque cette fausse carte géographique et mentale est renversée, le panorama qui se dégage est clair: un “Occident proche” (Europe) prisonnier de sa propre bureaucratie et de prétentions éthiques creuses; un “Occident moyen” (Grande-Bretagne) pragmatique qui continue à jouer un double jeu avec une arrogance déduite de ses résidus impériaux ; et un “Occident lointain” (Amérique) qui fortifie le capital global par la violence militaire — le stade ultime du capitalisme sauvage.

L’hégémonie occidentale ne se maintient pas seulement par des porte-avions ou des blocs financiers. Sa force la plus grande réside dans les concepts stériles et préfabriqués qu’elle produit et présente au monde comme des valeurs universelles. Ces concepts sont des rideaux linguistiques qui qualifient de “justice” la violence des puissants et de “crime” la résistance des faibles.

1. Le masque de “l’universalité” et le discours hégémonique

La terminologie qu’utilise l’Occident dans la politique internationale n’est rien d’autre que l’art de camoufler ses intérêts mondiaux.

- Ce qu’on appelle “Communauté internationale” n’est pas la volonté collective de 193 pays, mais le consensus à huis clos de l’Atlantic Interest Club et des élites du G7. Dans une structure où les voix de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine sont absentes, ce cercle étroit d’intérêts est imposé au monde comme “la volonté universelle de l’humanité”.

- L’étiquette de “pays en voie de développement” est une promesse fausse et sans fin offerte à la périphérie. Ces pays n’ont pas d’objectif atteignable ; le seul rôle qui leur est assigné est de fournir au centre global une main-d’œuvre à bas coût, des matières premières et des marchés. Le système est délibérément structuré pour qu’ils ne puissent jamais atteindre le niveau des “pays développés”.

- “Aide et intervention humanitaire” est le nom élégant donné à l’acte de piller d’abord les ressources des régions et de paralyser leurs structures sociales, puis de répandre quelques miettes sur les ruines afin d’apaiser sa propre conscience et d’hypothéquer géopolitiquement les décombres.

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2. L’hypocrisie du droit : la volonté du plus fort transformée en loi

Le discours sur “l’État de droit” est le domaine où l’Occident rend son pouvoir brut le plus invisible. La réalité historique et pratique montre pourtant clairement que ce qui existe n’est pas l’État de droit, mais la domination par le droit.

- Deux poids, deux mesures dans la jurisprudence (CPI et Cour internationale de justice) : la Cour pénale internationale a été, au fil de son histoire, transformée en une inquisition qui ne juge que les dirigeants du Tiers-Monde refusant de se soumettre à l’ordre occidental. Les mêmes puissances qui menacent de bloquer la poursuite de leurs propres soldats par le “Hague Invasion Act” proclament soudainement ces tribunaux comme incarnation de la justice lorsque les cibles sont leurs rivaux.

- Camouflage conceptuel (“dégâts collatéraux”) : lorsque les acteurs occidentaux détruisent des hôpitaux ou des cortèges nuptiaux par la simple pression d’un bouton, ou tuent des centaines d’écolières, les massacres sont classés dans la froide parenthèse technique des “dégâts collatéraux” et ainsi légalisés. Le nom donné à la violence change selon l’identité de celui qui la perpètre : lorsqu’il s’agit de l’Occident, c’est une “erreur opérationnelle” ; lorsque ce sont les autres, c’est du “terrorisme”.

- Confiscation de biens et de finances : la “sacralité des droits de propriété” et la “sécurité financière” ne valent que tant qu’on se soumet au système occidental. La saisie des réserves des banques centrales d’États d’un simple clic lors de ruptures géopolitiques n’est rien d’autre que la licence légale de l’Occident pour s’approprier le capital.

3. Marchés libres et illusions idéologiques

Le monde économique et le monde académique forment les deux autres piliers qui complètent l’occupation mentale par l’Occident.

- Le “marché libre” est l’imposition, par un Occident qui protège ses propres producteurs grâce à de massives subventions publiques, aux pays périphériques de démanteler leurs tarifs douaniers et leurs mécanismes de défense. Ce qui est libre, ce ne sont pas les peuples, mais l’expansionnisme sans limite du capital international.

- Le “lobbying” est la même corruption sordide qui, lorsqu’elle est pratiquée dans les pays de l’Est ou du Sud, est qualifiée de “kleptocratie et corruption”, mais qui, dans la politique occidentale, est parée d’un costume-cravate et bénéficie d’une couverture légale. C’est la mise aux enchères ouverte des politiques.

- “Les avis d’experts et les think tanks” ne sont pas des centres indépendants produisant un savoir objectif ; ce sont des laboratoires de discours financés par les géants de l’industrie de l’armement et de la finance, chargés de conférer une légitimité académique aux manœuvres géopolitiques à venir.

Conclusion: faire tomber le rideau

Le réseau conceptuel développé par l’Occident vise à transformer le monde en spectateurs passifs et en objets à exploiter. Derrière les termes prestigieux comme “Droit”, “Démocratie”, “Marché libre” ou “Droits de l’homme” se cache une vaste illusion où le consensus est fabriqué et la violence institutionnalisée.

Dénoncer cette imposture n’est pas seulement une correction du langage; c’est un acte de libération mentale et une prise de position révolutionnaire. Lorsque la violence est transformée en clause juridique et que ceux qui la commettent la définissent comme “ordre”, la première chose à faire est de faire s’effondrer sur leur propre tête la prison conceptuelle qu’ils ont construite — en utilisant leurs propres termes.

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Un monde multipolaire fondé sur la légitimité : ne pas monopoliser le droit d’assigner les coordonnées et désigner le mal qu'est l’unipolarité

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Un monde multipolaire fondé sur la légitimité: ne pas monopoliser le droit d’assigner les coordonnées et désigner le mal qu'est l’unipolarité

Kazuhiro Hayashida

Je considère l’unipolarité comme un mal. L’unipolarité est une condition dans laquelle la carte entière du monde est peinte d’une seule couleur et un centre unique détermine la configuration du monde entier. Dans une telle condition, les autres civilisations, États, peuples et communautés perdent leur propre centre de jugement indépendant et voient leurs positions alignées sur une norme unique. L’essence de l’unipolarité réside dans la concentration du pouvoir, qui culmine finalement dans la monopolisation du droit de déterminer où chaque acteur doit être placé dans le monde — le droit d’assigner les coordonnées. À la base du monde multipolaire repose un principe théologique et structurel : chaque civilisation, communauté et être humain possède le droit d’affirmer sa propre légitimité et aucun pôle extérieur ne peut les priver de ce droit a priori. Chaque civilisation conserve ses propres critères concrets d’évaluation.

Je définis la multipolarité comme une condition dans laquelle la part de la puissance dominante reste égale ou inférieure à 40 % et où les parts combinées de la deuxième et de la troisième puissances suffisent à rivaliser avec celle du leader. L’existence d’une puissance dominante ne constitue pas en soi un monopole. Le monde reste multipolaire tant que la puissance dominante ne peut pas tout déterminer seule et qu’une configuration est maintenue dans laquelle plusieurs autres pôles peuvent l’en empêcher. Le seuil de 40 % n’est pas une métaphore, relevant d’un idéal. C’est un seuil opérationnel conçu pour empêcher la possession monopolistique et garantir que le droit d’assigner les coordonnées reste distribué entre plusieurs centres.

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Sur la base de cette définition, je rejette clairement le Nouvel Ordre Mondial, ou NWO. Le NWO intègre le monde dans un ordre unique, une seule norme et une seule couleur, concentrant le droit d’assigner les coordonnées en un centre unique. La question qui se pose alors est : qui possède le droit de tout réunir sous un centre unique et d’où provient cette autorité ? Si une personne, un État ou une institution possède le droit d’organiser le monde entier, cet acteur se place hors du monde et occupe la position de Dieu tout en restant humain. C’est là que réside le mal théologico-structurel généré par l’unipolarité.

Le mal du Japon d’avant-guerre peut aussi être compris à travers cette structure. Une explication qui se limite à affirmer qu’un être humain ait assumé le nom d’un dieu religieux ne peut saisir toute l’ampleur de ce mal. Son essence résidait dans la concentration du droit d’assigner les coordonnées — qui aurait dû être conservé par le peuple japonais en tant que tel — dans une personne et une institution particulières, rationalisant le droit divin des rois sous la forme d’un pouvoir décisionnel concret. La légitimité de ceux qui étaient mis en place n’était accordée que dans les limites approuvées par ce centre. Lorsque les êtres humains absolutisent le droit d’assigner les coordonnées, l’autorité abandonne sa position propre d’évaluer ce que les humains ont créé et se déplace vers la position de refaire le monde, d’accorder des qualifications à l’existence et de déterminer la configuration elle-même. Par ce mouvement, l’autorité évaluative s’empare du pouvoir de création et occupe la place de Dieu.

La multipolarité garantit que les êtres humains, quel que soit leur rang, conservent la possibilité de s’affirmer comme centre à travers la légitimité. Puisque la puissance dominante ne monopolise pas le droit d’assigner les coordonnées, les revendications venant d’en bas, de la périphérie ou des minorités peuvent être placées au centre de la délibération chaque fois que leur contenu est légitime. Cette structure peut être illustrée par la scène du Livre de Suzanne, texte deutérocanonique, où le jeune Daniel se présente devant les anciens. Son rang et son titre ne déterminent pas la valeur de ses paroles. La légitimité démontrée par le jeune homme s’élève au centre de la délibération, où le processus de jugement autorisé de la communauté examine sa revendication. Une revendication de légitimité venant d’en bas relance la délibération et modifie la configuration existante des rangs et de l’autorité.

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Il existe ici deux hiérarchies. La première concerne l’existence de la légitimité. La légitimité devient le point central de la délibération, au-dessus du rang, du statut, du pouvoir et de l’autorité de celui qui avance la revendication. La légitimité n’est pas créée par l’autorité. Elle existe dans le contenu même de la revendication et constitue déjà quelque chose qui doit être examiné avant que l’autorité n’émette un quelconque jugement. Dans cette hiérarchie, la légitimité devient un standard supérieur placé au-dessus du rang humain et de l’autorité établie.

L’autre hiérarchie concerne l’activité humaine et la fonction institutionnelle. L’acte par lequel un être humain crée quelque chose et présente une revendication occupe une position inférieure. L’acte d’évaluer ce qui a été créé et d’examiner sa nécessité et sa légitimité occupe une position supérieure. Cette fonction évaluative supérieure est l’autorité. L’autorité est ainsi élevée à une position institutionnelle supérieure à celle de l’être humain qui crée ou présente la revendication. L’autorité n’est pas placée comme une fonction subordonnée à la légitimité. Elle est placée comme la fonction supérieure qui évalue ce que les humains ont réalisé.

Ces deux hiérarchies sont reliées par la séquence suivante : le créateur humain, l’affirmation de la légitimité, l’évaluation par l’autorité, et la confirmation et le soutien de la légitimité. Lorsqu’une personne en position inférieure affirme la légitimité, celle-ci se sépare du rang de celui qui la revendique et s’élève au centre de la délibération. L’autorité, en tant que fonction évaluative supérieure, examine cette légitimité et soutient ce qui est légitime. La légitimité constitue la norme supérieure appliquée à l’objet évalué par l’autorité, tandis que l’autorité constitue la fonction supérieure exercée par le sujet qui procède à l’évaluation. Ces deux formes de supériorité ne sont pas en concurrence. La légitimité est supérieure en tant que standard de jugement, tandis que l’autorité est supérieure en tant que fonction institutionnelle humaine.

L’autorité ne crée pas la légitimité. Si l’autorité créait la légitimité, elle serait libre de fabriquer le juste et l’injuste selon son propre jugement, et monopoliserait ainsi le droit d’assigner les coordonnées. L’autorité devient telle en évaluant, confirmant et soutenant la légitimité qui existe déjà dans le contenu d’une revendication. La capacité à évaluer précisément la légitimité, ainsi que la position institutionnelle à partir de laquelle cette évaluation peut être publiquement confirmée, constituent le fondement de l’autorité. Une autorité qui nie la légitimité et certifie l’injustice comme légitime perd sa fonction évaluative et, par conséquent, le fondement de sa propre autorité.

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Tout ce qui a été créé par Dieu existe déjà dans le monde et chaque chose est nécessaire à la constitution du monde créé. Les êtres humains n’ont aucun droit de déterminer la nécessité de ce que Dieu a créé ni d’en révoquer le droit à l’existence. La création de Dieu n’est pas soumise à un examen de nécessité comparable à celui appliqué aux biens produits par les humains. Ce que les humains créent nécessite une évaluation, car rien ne garantit que tout ce qu’ils réalisent soit nécessaire à l’humanité entière ou au monde.

La raison pour laquelle l’offre et la demande sont qualifiées de « main de Dieu » réside aussi dans la fonction d’évaluation. Ce que les humains créent prouve son importance par sa nécessité pour les autres. Ce qui n’est pas nécessaire ne reçoit aucune évaluation et n’est pas placé au centre du monde. La création humaine occupe une position inférieure, tandis que l’évaluation humaine occupe une position supérieure. Cette fonction évaluative constitue l’autorité. L’élévation de l’autorité ne signifie pas qu’elle acquiert le pouvoir créateur de Dieu. Cela signifie que la fonction d’évaluer ce que les humains ont réalisé est placée au-dessus de l’acte humain de réalisation.

Ce qui est important possède la légitimité. Lorsqu’elle est affirmée, la légitimité est placée au centre de la délibération, indépendamment du rang de celui qui la revendique. L’autorité n’est pas un acteur qui crée arbitrairement l’importance. Elle évalue si quelque chose créé par les humains possède de l’importance et confirme la légitimité inhérente à cette importance. Une revendication de légitimité est présentée d’en bas, passe par l’évaluation de l’autorité et est soutenue comme quelque chose d’important. Une condition qui maintient ce parcours ouvert constitue une structure multipolaire d’évaluation.

De ce point de vue, on peut aussi définir l’essence de la discrimination. La discrimination est la négation de la légitimité d’autrui. Un acte qui prive un sujet de la légitimité qui devrait lui être reconnue est injuste. Une conduite injuste constitue le mal. La reconnaissance des attributs d’une autre personne et l’admission des différences ne constituent pas en soi le mal. Le mal naît de l’acte de priver autrui de l’opportunité de voir sa légitimité examinée et de lui refuser la qualification d’occuper une place dans le monde en tant que sujet légitime.

Cette définition fournit les bases pour rejeter la persécution des immigrés. Priver une personne de l’opportunité de voir sa légitimité examinée du seul fait de son statut d’immigré et la placer d’emblée comme une présence illégitime est un acte par lequel un centre unique monopolise le droit d’assigner les coordonnées. Les revendications et les actions des immigrés relèvent de la même structure évaluative et leur légitimité est examinée par l’autorité. La multipolarité ne confère d’autorité inconditionnelle à aucun attribut particulier. Elle reconnaît la position de chaque sujet à partir de laquelle la légitimité peut être affirmée et relie cette affirmation à la fonction supérieure de l’évaluation.

Je ne suis pas un penseur égalitariste. Il existe de réelles différences dans les capacités humaines, dans le contenu des idées et dans les fonctions des civilisations. Cependant, les différents systèmes de pensée ont le même droit d’affirmer leur propre sens du juste. Lorsque les systèmes de pensée sont traités comme égaux en ce sens, chaque personne doit tenir compte des affirmations des autres et évaluer de quelle manière leur légitimité doit être acceptée. Refuser de reconnaître comme légitime ce qui l’est met à nu une injustice qui va au-delà de ce que l’on exprime habituellement par le mot « discrimination ». Il ne s’agit pas seulement d’attribuer à une autre personne une valeur inférieure, mais de nier son statut même de sujet capable de posséder la légitimité.

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Il faut également opérer une claire distinction entre diversification et multipolarisation. La diversification augmente l’entropie sociale en dispersant sans limite les normes et les relations et en dissolvant les centres de jugement. La multipolarisation est une configuration dans laquelle de multiples centres préservent leurs propres frontières, mémoires, religions, vocations, familles et formes de protection étatique, tout en évaluant la légitimité réciproque et en empêchant la domination unilatérale. L’entropie sociale est contenue lorsque de multiples centres d’ordre maintiennent en leur sein à la fois l’affirmation de la légitimité et l’évaluation par l’autorité.

En ce sens, la multipolarisation des États-Unis peut être défendue rationnellement. Une condition dans laquelle de multiples centres politiques et sociaux se contrebalancent et aucun centre unique ne peut monopoliser le droit d’assigner les coordonnées dans l’ensemble des États-Unis protège la légitimité affirmée par le bas et la périphérie. La multipolarisation du monde souhaitée par la Russie correspond à cette même structure. Le but du monde multipolaire est d’établir une configuration dans laquelle chaque civilisation possède le droit d’affirmer sa propre conception de ce qui est juste et aucune civilisation ne peut peindre le monde entier d’une seule couleur.

Le mal de l’unipolarité réside dans une structure qui monopolise le droit d’assigner les coordonnées, nie la légitimité d’autrui et impose ce jugement injuste à l’ensemble du monde. La valeur de la multipolarité réside dans le maintien de la part de la puissance dominante à 40 % ou en dessous de ce seuil, en garantissant que le poids combiné des puissances de second et troisième rang puisse rivaliser avec elle et en préservant pour chaque acteur, quel que soit son rang, la possibilité d’affirmer un centre par la légitimité. La légitimité est affirmée d’en bas, s’élève au centre de la délibération et est examinée par l’autorité en tant que fonction évaluative supérieure, qui soutient alors ce qui est légitime. Maintenir ce parcours ouvert à tous est la condition fondamentale d’un monde multipolaire.

Une carte du monde qui conserve plusieurs couleurs signifie que chaque civilisation, État, peuple, communauté et être humain conserve ses propres coordonnées. C’est un monde où la légitimité est supérieure en tant que critère de jugement, l’autorité est supérieure en tant que fonction évaluative humaine, et où les humains ne s’approprient pas le droit divin d’assigner les coordonnées. La conservation simultanée de ces deux hiérarchies empêche le mal théologico-structurel de l’unipolarité. Voilà le fondement de mon refus de la domination unipolaire et la raison pour laquelle je soutiens le monde multipolaire.

vendredi, 31 juillet 2026

Ceuta: la crise frontalière espagnole devient une crise de l’UE

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Ceuta: la crise frontalière espagnole devient une crise de l’UE

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

L’Espagne entre dans une phase nouvelle de sa crise interne. Une fois de plus, des milliers de migrants illégaux ont tenté de franchir la frontière espagnole à Ceuta. Ce qui est souvent qualifié à Bruxelles de «mouvement de fuite» ou de défi humanitaire révèle ici sa véritable nature: la migration est depuis longtemps devenue un instrument de pression politique.

Les soupçons se portent sur le Maroc. Rabat connaît parfaitement les faiblesses de l’Espagne. Ceuta et Melilla ne sont pas seulement des villes frontalières, mais des leviers géopolitiques. Si les contrôles marocains sont relâchés, Madrid se retrouve sous pression en quelques heures. Il n’a pas encore été prouvé que le récent assaut ait été organisé directement par le gouvernement marocain. Pour l’impact politique, cela est presque secondaire. Ce qui est déterminant, c’est que l’Espagne n’a pu défendre sa frontière qu’au prix de gros efforts.

Un État qui ne décide plus qui entre sur son territoire perd une partie de sa souveraineté. La Falange Española a réagi par une déclaration exceptionnellement sévère. Elle accuse le Maroc d’une opération organisée contre l’Espagne et déclare que, si l’armée ne parvient pas à protéger la frontière, le peuple espagnol a le droit à l'autodéfense. Elle appelle également à des manifestations devant l’ambassade du Maroc.

Les revendications radicales deviennent acceptables là où l’État échoue de manière visible.

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Lorsque les citoyens ont l’impression que le gouvernement, la police et l’armée ne peuvent ou ne veulent plus rétablir le contrôle, un processus dangereux commence. La demande de protection des frontières devient alors une demande d’auto-protection. La méfiance conduit à l’auto-organisation. Et une crise migratoire peut se transformer en crise ouverte de l’autorité. Madrid fait ainsi face à un problème que la classe politique de l’UE évite depuis des années.

Bruxelles a traité la migration comme une question morale, discrédité le contrôle national des frontières, et suspecté toute politique plus stricte d’extrémisme. Dans le même temps, les États qui voulaient réellement protéger leurs frontières étaient combattus politiquement et juridiquement !

Le résultat se révèle maintenant: l’UE a idéalisé l’ouverture des frontières sans pouvoir en maîtriser les conséquences politiques.

La migration ne modifie pas seulement les budgets sociaux ou les statistiques criminelles. Elle détermine si un État peut défendre son territoire, son ordre public et, en fin de compte, son monopole de la violence. Ceuta n’est donc pas un incident local à la périphérie de l’Europe. C’est un signe avant-coureur.

Si le Maroc peut exercer une pression intérieure sur l’Espagne en ouvrant sa frontière, la tant vantée « souveraineté européenne » n’est rien d’autre qu’une formule creuse. Une union qui ne protège pas ses frontières extérieures ne peut être ni souveraine ni capable d’agir.

L’UE a placé ses États membres dans une situation paradoxale: la protection nationale des frontières est considérée comme suspecte politiquement, tandis que la perte de contrôle est gérée comme une normalité humanitaire. Cette politique atteint aujourd’hui ses limites.

Si les percées massives se répètent, l’Espagne ne discutera pas seulement s'il faut plus de policiers ou plus de places d’accueil supplémentaires. Il s’agira alors de l’utilisation de l’armée, de la responsabilité politique du gouvernement et de la question de savoir si la population fait encore confiance à l’État pour la protéger.

C’est précisément à ce stade que la migration devient un risque systémique.

L’Europe ne fait pas face à une nouvelle crise migratoire. L’UE est confrontée aux conséquences politiques de sa propre absence de frontières.

#geopolitik@global_affairs_byelena

Séisme politique à Varsovie: le PiS se divise

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Séisme politique à Varsovie: le PiS se divise

Varsovie. Le parti polonais national-conservateur PiS (Droit et Justice) n’apprécie guère les Allemands, qu’il accuse de revanchisme tout en leur présentant des factures exorbitantes pour des réparations. D’un autre côté, il a protégé la Pologne pendant des années contre l’immigration de masse et d’autres « bénédictions » de l’UE. Aujourd’hui, il est en train de se désagréger.

Le conflit porte sur l’orientation future du parti. En mars, le chef du parti Jarosław Kaczyński a désigné Przemysław Czarnek, considéré comme un partisan de la ligne dure, comme candidat principal au poste de Premier ministre pour les élections législatives de 2027. Par cette décision, la direction du parti vise, selon les observateurs, à attirer les électeurs de l’extrême droite.

Pour certains, cela va trop loin. Le critique le plus en vue est l’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki, qui représente l’aile libérale-économique du PiS. Il a créé sa propre plateforme, «Développement Plus». Avec d’autres membres modérés du parti, il plaide pour une réorientation stratégique. Selon lui, le PiS doit redevenir un parti large du centre-droit. Il a également déclaré: «Dans mon groupe, des milliers de personnes s’engagent, qui veulent atteindre les entrepreneurs et les jeunes».

Kaczyński n’a pas accepté la création de cette nouvelle plateforme. Il a exigé sa dissolution et a demandé à tous les concernés de signer une déclaration de loyauté envers la direction du parti avant jeudi dernier. Morawiecki a refusé à la fois de dissoudre son groupe et de signer. Une réunion de crise entre les deux camps n’a pas permis de trouver un accord et a finalement conduit à l’annonce du départ de plus de 30 députés.

Cette évolution pourrait modifier durablement le système des partis en Pologne. Contrairement à de nombreux pays d’Europe occidentale, le paysage politique y est dominé depuis des années principalement par des forces libérales-conservatrices et de droite conservatrice. En outre, des partis encore plus à droite siègent au parlement, tandis que les partis de gauche jouent un rôle nettement moindre.

Le PiS a gouverné la Pologne de 2015 à 2023. Après sa défaite aux élections législatives en octobre 2023, il est passé dans l’opposition et constitue depuis lors le groupe d’opposition le plus important à la Diète de Varsovie. (mü).

Source: Zu erst, 07/2026.

Plonger les yeux grands ouverts dans la guerre? Pourquoi l’Europe ne se pose-t-elle pas certaines questions?

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Plonger les yeux grands ouverts dans la guerre? Pourquoi l’Europe ne se pose-t-elle pas certaines questions?

Jeanne Delahaye

Source: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les médias européens se concentrent principalement sur les livraisons d’armes, les sanctions et les développements militaires. Dans le même temps, un autre débat semble avoir presque totalement disparu de l’espace public:

Quels sont, à long terme, les intérêts propres de l’Europe ?

Cette question s’impose d’autant plus à la lecture des déclarations de responsables et de stratèges américains. Celles-ci ont été rendues publiques, publiées dans des livres ou expliquées devant des commissions parlementaires. Pourquoi sont-elles si rarement débattues en Europe ?

Déjà en 1944, Charles de Gaulle s’opposait aux projets américains d’administrer la France dans le cadre d’une administration militaire alliée (l'AMGOT). Pour lui, une alliance ne devait jamais signifier l’abandon de sa propre liberté d’action politique. La France devait déterminer elle-même son avenir.

Plus de quatre-vingts ans plus tard, la question se pose à nouveau de savoir à quel point l’Europe prend ses décisions stratégiques de manière autonome.

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En 1997, l’ancien conseiller à la sécurité du président Jimmy Carter, Zbigniew Brzeziński, a publié son livre Le Grand Échiquier. Il y écrit :

« L’Eurasie est l’échiquier sur lequel se joue la lutte pour la domination mondiale. »

Et il ajoute :

« Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire eurasiatique. »

En 2015, le géostratège américain George Friedman déclarait au Chicago Council on Global Affairs :

« L’intérêt prioritaire des États-Unis, intérêt pour lequel nous avons mené des guerres pendant un siècle – la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide –, ce sont les relations entre l’Allemagne et la Russie. Car unies, elles représentent la seule puissance capable de nous menacer. Notre principal objectif était donc de faire en sorte que cela n’advienne pas. »

Le général à la retraite Keith Kellogg a déclaré en 2023 :

« Si l’on peut vaincre un adversaire stratégique sans engager de troupes américaines, c’est le sommet du professionnalisme. »

Après la destruction des pipelines Nord Stream, le secrétaire d’État Antony Blinken a dit :

« C’est une immense opportunité de supprimer une fois pour toutes la dépendance à l’énergie russe. »

Et Mitch McConnell a déclaré au sujet du soutien américain à l’Ukraine :

« L’immense majorité de l’argent que nous avons alloué est dépensée ici, aux États-Unis. Cela renforce notre base industrielle et assure de bons emplois bien rémunérés aux Américains. »

Aucune de ces déclarations n’a été faite en secret. C’est précisément pour cette raison qu’une question se pose :

Si les responsables américains expriment leurs intérêts nationaux avec une telle franchise, pourquoi l’Europe débat-elle si rarement de ses propres intérêts avec la même ouverture ?

L’Europe fait face à d’énormes défis : augmentation des dépenses de défense, prix élevés de l’énergie, pression économique croissante et budgets publics limités. Il est donc d’autant plus important d’évaluer chaque décision politique à l’aune d’une question simple :

Serait-elle avant tout dans l’intérêt de l’Europe ?

Car si nous cessons de nous poser ces questions, nous risquons de prendre des décisions dont le prix sera, en fin de compte, essentiellement payé par l’Europe.

Donoso Cortés et le problème du pouvoir politique

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Donoso Cortés et le problème du pouvoir politique

Juan Antonio Elipe Songel

Source: https://posmodernia.com/donoso-cortes-y-el-problema-del-p...

Donoso Cortés partait d’une conviction fondamentale : la politique moderne naît d’une rupture profonde avec la tradition. Dans les sociétés prémodernes, l’ordre politique n’était pas conçu comme une construction autonome, mais comme une partie d’une réalité plus vaste dans laquelle le moral, le religieux et le politique formaient une unité cohérente. Il existait un fondement commun qui donnait sens et légitimité au pouvoir.

61dSWxjl7KL.jpgLa modernité a radicalement bouleversé ce schéma. Le pouvoir politique a cessé de se justifier par une vérité transcendante et a commencé à se fonder sur la volonté humaine. Ce qui, à l’origine, semblait être une conquête de la liberté eut, selon Donoso, une conséquence inattendue : la disparition des repères communs qui garantissaient la stabilité de l’ordre social.

Dans cette perspective, l’une des contributions les plus originales du penseur natif d’Estrémadure fut sa critique du libéralisme. Donoso ne le considérait pas simplement comme une doctrine politique ou une forme d’organisation institutionnelle. Il l’interprétait comme une conception globale de la réalité, une véritable métaphysique qui suppose une certaine vision de la vérité, de l’homme et de la société.

Le libéralisme moderne repose sur l’idée qu’aucune vérité politique absolue ne peut être légitimement imposée. De là découlent la centralité du débat, le parlementarisme, le consensus et les procédures démocratiques. Cependant, Donoso a observé une paradoxale situation qui, aujourd’hui, se révèle d’une grande actualité : la neutralisation de la vérité n’élimine pas les conflits fondamentaux, mais peut au contraire les intensifier.

uvres-de-donoso-cortes.jpgLorsqu’un cadre commun de référence disparaît, les divergences cessent de se développer à l’intérieur d’un même ordre partagé et deviennent des affrontements entre visions incompatibles du réel. Le problème ne consiste alors plus à résoudre des désaccords concrets, mais à déterminer quels principes doivent régir la coexistence.

Cette intuition aide à comprendre de nombreux phénomènes contemporains. La polarisation politique croissante qui touche les démocraties occidentales reflète précisément cette difficulté à trouver des fondements partagés. Les débats publics ne se limitent plus à des questions de gestion ou d’administration ; ils concernent de plus en plus la définition même de concepts essentiels tels que la nation, la liberté, la justice ou l’identité.

Donoso Cortés a également accordé une attention particulière au problème de la souveraineté. Sa réflexion part d’une question en apparence simple, mais d’une grande profondeur philosophique : qu’est-ce qui soutient l’ordre politique lorsque les normes ne suffisent plus ?

Les crises historiques révèlent qu’aucun système juridique ne peut prévoir toutes les circonstances possibles. Lorsque les lois s’avèrent incapables de résoudre une situation exceptionnelle, il devient inévitable de prendre une décision permettant de préserver l’ordre. C’est à ce moment-là qu’apparaît la question décisive de toute théorie politique : qui décide, et en vertu de quelle légitimité ?

41U53ZuoGTL.jpgLa réponse de Donoso souligne que le droit ne peut jamais s’expliquer uniquement par lui-même. Tout ordre juridique suppose un acte fondateur préalable et une autorité capable de le garantir. Cependant, une lecture traditionaliste de sa pensée apporte une nuance importante: la décision politique ne peut se transformer en pure volonté arbitraire. Elle doit s’appuyer sur une légitimité historique, morale et culturelle qui la transcende.

Un autre aspect particulièrement suggestif de son œuvre est la relation entre politique et religion. Donoso développa une véritable théorie de la théologie politique. Non pas parce qu’il voulait réduire la politique à la religion, mais parce qu’il comprenait que toute société s’organise autour d’une idée ultime concernant l’être humain, l’histoire et le sens de la communauté.

Sous cet angle, la sécularisation moderne n’aurait pas signifié la disparition du sacré, mais sa transformation. Les grandes idéologies contemporaines, les projets révolutionnaires et certaines conceptions de l’émancipation humaine auraient, dans une large mesure, occupé l’espace qui revenait auparavant aux croyances religieuses. L’absolu ne disparaît pas ; il change simplement de forme.

61UGo2cFF1L._SL1500_.jpgCette réflexion rejoint un autre élément central de sa pensée : l’existence d’une dimension morale du conflit politique. Face à ceux qui interprètent les tensions sociales exclusivement comme le résultat d’intérêts opposés ou de défauts institutionnels, Donoso soutient que le conflit trouve ses racines plus profondément. La liberté humaine peut s’orienter aussi bien vers la construction de l’ordre que vers sa destruction.

Cela n’implique pas une vision pessimiste de la politique, mais une mise en garde sur les limites de tout projet d’ingénierie sociale. Les institutions sont indispensables, mais elles ne peuvent pas remplacer totalement les convictions morales et culturelles qui permettent leur fonctionnement.

C’est peut-être justement cette perception des limites qui explique l’actualité de Donoso Cortés. Sa pensée offre une interprétation de la modernité comme un processus permanent d’instabilité. Lorsque les fondements communs disparaissent, chaque solution politique engendre de nouveaux conflits et chaque équilibre demeure nécessairement provisoire.

L’actualité de ses idées ne réside pas tant dans les réponses concrètes qu’il a proposées que dans les questions qu’il a posées. Un ordre politique durable peut-il subsister sans principes partagés ? Est-il possible de maintenir une communauté politique uniquement sur des procédures ? Que se passe-t-il lorsque les sociétés perdent la capacité de reconnaître des vérités communes?

Plus de cent cinquante ans après, ces questions restent ouvertes. Et c’est précisément pour cela que Donoso Cortés demeure l’une des voix les plus importantes pour comprendre les tensions, contradictions et défis de la politique contemporaine. Son œuvre nous rappelle que, derrière chaque débat institutionnel, se cache toujours une interrogation plus profonde sur les fondements ultimes de l’ordre politique et de la coexistence humaine.

jeudi, 30 juillet 2026

Le naufrage du Titanic: un mythe moderne funeste

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Le naufrage du Titanic: un mythe moderne funeste

par Pierre-Emile Blairon

Carl Gustav Jung avait intitulé l’un de ses ouvrages : Un mythe moderne(1) ; le psychologue, dans cet ouvrage paru en 1958, y traitait des soucoupes volantes. Le titre, on le voit, dénotait une pertinence certaine quant à l’importance que décrète le mot même de « mythe », puisque le phénomène perdure et qu’aucune réponse sérieuse n’a encore été apportée à son élucidation.

Le naufrage du Titanic s’est élevé au niveau de mythe moderne tel que l’entend Jung parce qu’il a profondément marqué le monde contemporain. Les dieux nous envoient en permanence des messages que nous ne savons pas, la plupart du temps, interpréter ; celui-ci est pourtant très explicite.

En 1912, le géant des mers, opportunément baptisé le Titanic, prenait pour sa première traversée une route maritime qu’il ne terminera jamais puisqu’il coulera au large de Terre-Neuve, heurté par un iceberg.

Un mythe, on le sait après la définition de Mircea Eliade, est un acte, ou un fait, qui, par la signification que l’inconscient collectif lui attribue, va s’ancrer dans le déroulement de l’Histoire du monde ou d’un peuple et va même influer sur son cours, voire la fonder. D’où, ensuite, l’apparition des rites, qui sont la répétition, ou la commémoration, sur un mode religieux, de l’événement fondateur. Nous n’allons pas revenir ici sur la signification du mot modernité(2) autrement que pour rappeler que ce terme signifie exactement, en langage traditionnel, le contraire de ce qui est entendu de nos jours.

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Le Titanic représentait à cette époque l’emblème de ce qu’on pouvait traduire par modernité. Nous allons voir que l’épopée du Titanic préfigure symboliquement la catastrophe globale de ce qui adviendra un peu plus d’un siècle plus tard, celle que nous sommes en train de vivre.

Titanisme

Dans la mythologie grecque, les Titans forment une race originelle, archaïque, apparue avant même les dieux olympiens (ainsi appelés en raison de leur demeure, le mont Olympe) ; les Titans sont étroitement liés à l’espèce humaine quelle que soit l’origine de celle-ci ; dans un cas, les deux races sont créées par Gaïa, la Terre, (pour les hommes, issus de la Terre, c’est le mythe de l’autotochnie), dans l’autre, les humains sont créés par Prométhée, un Titan.

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Prométhée, fils de Titan, est enchaîné par Zeus. Un aigle dévore son foie (Vase à figures noires, vers 560 – 550 avant J.-C.).

Prométhée est en même temps le créateur de l’Homme physique (il sera fait d’argile, un mythe qu’on retrouvera plus tard repris par les religions du Livre – on n’invente jamais rien), mais Prométhée est aussi l’inventeur de l’humanisme (que certains confondent avec l’amour de son prochain, et même de son lointain, de l’humanité en général et, à ce titre, le précurseur de la passion et de la mission du Christ, d’une part, mais aussi, d’autre part, du surhumanisme, considérant l’Homme comme maître des autres règnes cosmiques, la référence et l’alibi des folies matérialistes de notre monde actuel, ce que les philosophes appellent l’hubris, la démesure élevée en mode de fonctionnement de nos sociétés actuelles, la folie titanesque ; nous ne prendrons pour seul exemple, caricatural, de cette folie que celui de cette course à celui qui élèvera la plus haute tour au monde (on pense à la Tour de Babel), compétition engagée par les Bédouins milliardaires qui les distrait des courses de chameaux dont ils sont friands ; mais cette frénésie de construction verticale s’étend à l’ensemble de la planète, si bien que les villes de culture qui se distinguaient par une architecture enracinée perdent leur spécificité et sombrent dans l’anonymat et l’uniformité de ces terrifiantes mégapoles dont Oswald Spengler avait si bien annoncé la sinistre emprise.

Sept synchronicités époustouflantes à propos du Titanic

Mais nous n’oublions pas pour autant un autre symbole de l’hubris, du titanisme, dont on aura retenu le naufrage prophétique, celui du plus grand bateau de l’époque, le Titanic, si bien nommé, coulé le 15 avril 1912 par un blanc destroyer venu d’Hyperborée, le continent enfoui sous les glaces, un iceberg, avertissement très symbolique donné par les divinités au tout début du XXe siècle, annonçant les deux guerres mondiales qui allaient suivre.

Je voudrais ici révéler, à propos de ce naufrage, une suite de synchronicités pour le moins étranges, une suite qui n’est pas aussi célèbre que celle de Fibonacci mais qui est tout aussi riche en symbolisme.

L’accumulation de ces « coïncidences » ne peut pas être due au hasard ; cette évidence m’est apparue lorsque, constatant une première étrangeté, j’en ai tiré un fil qui m’a conduit à une deuxième extravagance, puis une troisième, et ainsi de suite jusqu’au nombre de 7 coïncidences significatives, toutes dûment référencées et ci-après vérifiables !

Toutes ces synchronicités sont guématriques, c’est-à-dire qu’elles ont toutes un rapport avec des nombres, des dates et des symboles.

Ce phénomène rentre parfaitement dans le cadre de la définition que Jung avait assignée à ce qu’il appelait une synchronicité : « coïncidence simultanée et significative dans l’espace-temps, entre des faits qui ne sont pas connectés, n’étant pas cause l’un de l’autre. L’important, c’est qu’une telle coïncidence soit significative car, dans le cas contraire, il ne s’agirait pas de synchronicité mais de synchronie(3). »

1.

Le 22 juin 2023, nous apprenions qu’un sous-marin de poche affrété pour faire découvrir l’épave du Titanic à un groupe de richissimes amateurs de sensations fortes coulait avec ses passagers à bord ; le sous-marin avait été malencontreusement dénommé : le Titan.

2.

Le concepteur du Titanic, Thomas Andrews (1873−1912), a coulé avec son bateau, de même que le concepteur du mini-sous-marin, Stockton Rush.

3.

Il s’est passé 111 ans entre les deux naufrages ; 111 : le nombre du Pôle, de la glace, de l’Hyperborée, de la Tradition primordiale.

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4.

Ce nombre symbolique a été étudié par René Guénon dans son ouvrage Symboles de la Science sacrée paru en 1962 aux éditions NRF Gallimard, chapitre XV, page… 111, comme il se doit(4).

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5.

Mais ce n’est pas fini ; je parlais de naufrage prophétique mais il fut aussi prophétisé. Revenons quelques années avant l’époque où ce gigantesque bateau a été construit, en 1898. Morgan Robertson, un écrivain new-yorkais, faisait paraître un roman qui s’intitulait The wreck of the Titan(5) (Le naufrage du Titan).

Ce livre racontait le naufrage d’un navire dénommé Titan qui coule en avril à la suite d’une collision avec un iceberg ; environ 2000 des 3000 passagers (la même capacité que le Titanic) qu’emportait le Titan périrent, faute d’avoir pu embarquer sur des canots de sauvetage, en nombre insuffisant pour un navire de ce type (24 pour le Titan, 20 pour le Titanic) ; mais le Titan était réputé insubmersible à cause de ses 19 compartiments présumés étanches (16 pour le Titanic). Le Titanic a coulé dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, au large de Terre-Neuve. Il mesurait 271 mètres (contre 243 pour le Titan), jaugeait 60.000 tonneaux contre 75.000 pour le Titan, filait à 23 nœuds, au maximum de sa puissance, lors de la collision, contre 25 pour le Titan, disposait, comme le Titan, de 3 hélices. 1500 passagers sur les 2207 qui avaient embarqué sur le Titanic ont péri.

6.

L’incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019 survient le même jour que le naufrage du Titanic (qui a coulé le 15 avril 1912 à 2h20). Ne s’agit-il pas cette fois de la destruction de sa flèche qui s’élève vers les cieux entourée de flammes alors que le Titanic plonge dans l’enfer des eaux glaciales de Terre-Neuve, non loin des côtes américaines ?

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7.

Enfin, mon ami le professeur Paul-Georges Sansonetti me faisait remarquer que « N‑D.de Paris a pris feu exactement 666 jours après l’élection d’une majorité présidentielle favorable à l’idée d’une déconstruction(6) de l’Histoire de France. C’est comme si l’embrasement de ce chef‑d’œuvre répondait tragiquement à l’indifférence des Français quant à leur mémoire collective », me disait-il.

Les dieux s’adressent aux hommes en émettant des signes, et des signaux d’avertissement en période apocalyptique, qu’il appartient aux humains d’interpréter ; la synchronicité, les coïncidences significatives, font partie du langage symbolique de puissances divines bienveillantes que tout homme attentif peut comprendre afin de prendre les mesures en conséquence.

Nos contemporains sont assommés par le déferlement satanique de propagandes en tous genres, abrutis quotidiennement par des épandages chimiques aériens, coupés de tous liens avec leur environnement et avec la nature, affaiblis par de faux vaccins destinés à les tuer ou à les transformer en robots ou en esclaves. Nos semblables ne réagissent plus, dans leur ensemble, aux moindres stimuli, ils sont apathiques, plongés dans une torpeur morbide, comme lobotomisés, prêts à disparaître dans un sommeil profond.

Combien sont encore assez lucides pour comprendre que les puissants de la planète, nos propres dirigeants, veulent nous faire disparaître par tous les moyens mis à leur disposition par des forces sataniques auxquelles ils sont soumis ? Combien comprennent que tous les horribles événements qui viennent nous affecter (à l’heure où j’écris, des incendies gigantesques), ne sont pas le fait du hasard ou des fatalités naturelles mais un projet orchestré de longue date sur toute la planète pour réduire sa population ?

Pierre-Émile Blairon

Notes: 

(1) Un mythe moderne. « Des signes du ciel », Gallimard, coll. Folio essais.

(2) Voir à ce sujet mon ouvrage La Roue et le sablier où un paragraphe lui est consacré, page 40.

(3) Miguel Rojo Sierra, Introduction à la lecture de C.G. Jung, Georg éditeur.

(4) Voir cette page en illustration.

(5) Couverture du livre The wreck of the Titan.

(6) Elections législatives du 18 juin 2017.

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Relire Bauman. Le relativisme progressiste engendre des cultures faibles et des sociétés liquides

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Relire Bauman. Le relativisme progressiste engendre des cultures faibles et des sociétés liquides

par Pierfranco Bruni

Source: https://www.destra.it/home/rileggendo-bauman-il-relativis...

Zygmunt Bauman, disparu à Leeds le 9 janvier 2017, reste-t-il encore le sociologue de la « liquidité » de la société ? Il était né à Poznań le 19 novembre 1925. Sociologue et philosophe polonais, dont les origines renvoient à la culture juive, Bauman a été l’un de ces chercheurs qui a étroitement lié, à travers des processus culturels, l’aspect sociologique des sociétés et les éléments philosophiques.

Ces deux aspects sont d’une grande importance, car une société, avec ses stratifications sociales et son mouvement de transition à l’époque du postmoderne, peut être lue à travers différents aspects, des éléments divers et articulés, y compris d’ordre anthropologique.

828e0ac0c7733fb2d24b8e243054a483.jpegLes deux aspects fondamentaux sur lesquels Bauman a porté son attention ont été le consumérisme de ces sociétés en transition, surtout dans la culture de la postmodernité, et à l'ère de la mondialisation. Deux points d’ancrage à travers lesquels Bauman a mené sa recherche, dont l'objet a été défini comme étant la « société liquide ». En effet, on se souvient de lui comme d'un sociologue ayant mis en avant les processus sociologiques en soi, les processus philosophiques, les processus anthropologiques, dans une détermination bien définie qui est précisément celle de la « société liquide ». Sur ces deux éléments, le consumérisme et la mondialisation, sur lesquels il s’est attardé, il convient de considérer, du point de vue de la critique sociologique, la réalité du concept de « déchet », c'est-à-dire les vies mise au rebut, la vie à l’intérieur de la mondialisation et l’homme du consumérisme.

Cela a conduit par la suite à une homogénéité des aspects, c’est-à-dire à ce contexte d’expressions que Bauman a défini comme l’homogénéisation des sociétés, dans un parcours uniformisant, des sociétés qui se « dépersonnalisent » et deviennent l’élément porteur d’une réalité déterminée, qui est une réalité culturelle. Dans ce discours, il va de soi qu’il y ait aussi une morale à part entière. Mais qu’est-ce que la société liquide ? C’est une société qui consomme tous ses aspects, et qui, en les consommant, se dissout. Il y a une idée très forte chez Bauman qui dit : « La dissolution devient un processus continu. Rien n’a le temps de se solidifier et ce que j’appelle la modernité liquide, la modernité actuelle, comme les liquides, ne peut garder une forme longtemps.».

Il s’agit indéniablement des sociétés modernes dont le point de référence est l’oubli. Tout est-il oublié parce que tout se dissout ?

izbamloqmages.jpgTout se consomme, tout se perd, tout se détruit et, au fond, selon Bauman, nous vivons dans cette société liquide, dans cette société qui consomme tout, qui perd tout, et tout se perd et, en perdant le tout, on perd aussi les valeurs, on perd également cet aspect des valeurs qui est à l’intérieur de la dimension d’un processus de ramification à part entière. Un processus de ramification qui évolue entre quelques concepts de base : l’espace et le temps, l’identité et l’appartenance.

Je suis d’avis que cela représente le fait significatif d’un processus qui n’est plus lent. Mais improvisé et immédiat. Une vision parfois contradictoire, mais efficace dans un contexte de pensée fragile et faible.

Ses ouvrages, notamment « Retrotopia » et « La culture à l’ère de la consommation », datant de 2016, ont apporté cette dimension essentielle. Que se passe-t-il dans la culture qui vit à l’ère de la consommation ? Elle devient elle aussi une culture « liquide » parce que tout se consomme. Elle se massifie.

imazbvpes.jpgD’autres textes fondamentaux : « État de crise » de 2015 et « Futur liquide. Société, homme, politique et philosophie » de 2014. Dans ce texte, il est mis en évidence que dans un futur, dans le destin d’une société dont l’avenir est liquide, tout devient dissoluble, consommable. Justement. Tout devient, essentiellement, non plus résistant, définitif, mais perdant. Par conséquent, les sociétés, l’homme, bien qu’enracinés dans la politique, dans la philosophie, sont une véritable source de liquidation, et cela a aussi conduit à définir la postmodernité à travers une dimension où notre société vit le « spectre des barbares » qui n’est pas seulement une définition historique, ancienne, mais une définition dans laquelle domine le « spectre des barbares ».

Nous vivons dans « l’obscurité du postmoderne ». En effet, en 2011, il publie son livre « L’obscurité du postmoderne », mais Bauman avait déjà défini cette dimension de la culture et de la « société liquide », au point que, des années auparavant, il avait écrit « Peur de la liquidité, peur du liquide ». Cela signifie que même dans une société postmoderne, l’état solide ne dure pas dans le temps et le lien entre l’état solide et liquide ne fait qu’exprimer la voix des « sociétés relatives ».

9782850612268_large.jpgCette définition a fait de Bauman l’un des chercheurs, sur le plan sociologique, de notre réalité. Il affirmait : « L’attention portée au corps s’est transformée en une préoccupation absolue et en le passe-temps le plus prisé de notre époque. »

Cela nous fait comprendre comment, au sein de notre contemporanéité, les frontières divisent l’espace, mais ne sont pas des barrières. Bauman soulignait: «Les frontières divisent l’espace, mais ne sont pas de simples barrières. Elles sont aussi des interfaces entre les lieux qu’elles séparent, et en tant que telles, elles sont soumises à des pressions opposées et sont donc des sources potentielles de conflits et de tensions».

Il s’agit d’un sujet d’une grande actualité, d’une grande dimension et d’une grande stratification de la pensée. Seules les sociétés et cultures faibles, ou les sociétés et cultures « légères », vivent cette liquéfaction, en soi métaphorique, de la perte des valeurs. Dans les sociétés d’aujourd’hui, il manque l’ordre et il manque, justement, ce concept de transmission de la tradition. Bauman l’avait bien compris, c’est pourquoi il dessine cette « société du liquide », mais tout en dessinant cette « société du liquide », il semble complètement impliqué à accepter et « apprécier » cette vision qui est la structure d’un processus social qui se dissout.

Dans les sociétés qui ont une identité forte, cela n’arrive pas car les racines, non oubliées, font la différence. Mais ce sont des sociétés dont le point de départ est la tradition et non le « progressisme ». C’est aussi une lecture idéologique. C’est précisément dans l’idéologie progressiste que l’homme vit sa chute. Donc une telle société semble être sans espoir.

Chez Bauman, en l’absence d’espoir, il n’y a pas de témoignage spirituel. Il n’y a pas de Foi. Il y a perte. Le regard, quand il est éloigné du religieux, conduit à la défaite de l’homme. Bauman vit la défaite du religieux. Les sociétés liquides sont des structures dans lesquelles domine le relativisme progressiste. Mais malgré tout, il ne met pas en avant la nécessité de retrouver la Tradition. C’est là la tragédie.

Rendons à Rome ce qui appartient à Rome 

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Rendons à Rome ce qui appartient à Rome 

Claude Bourrinet 

Il y a bien un thème aussi redondant que celui de l'Apocalypse, c'est la Chute de l'Empire romain, ou, plus précisément, celui de la présumée "décadence" romaine.

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Pour bien saisir ce dont on parle, il est nécessaire de donner une idée du cadre spatial et temporel. On disserte là d'une civilisation qui a couvert un territoire considérable, bigarré, complexe, mêlant des ethnies et des cultures variées, voire opposées, de l'Euphrate à l'Atlantique, et de l'Ecosse à l'Afrique. Dans l'Antiquité, avec les moyens de transport d'alors, c'était l'équivalent du continent eurasiatique. D'autre part, il faut s'entendre sur la notion d'"Empire". En latin, il signifie emprise politique et militaire sur un territoire. Quant à "Imperator", le général qui était désigné ainsi par ses soldats, après une victoire, sur le champ de bataille même, il n'était pas forcément chef de l'Etat. A ce titre, on peut dire que l'"Empire" a commencé avec l'extension de la Cité latine après l'abolition de la Royauté à la fin du VIe avant J.C. Ce qu'on appelle l'"Empire" n'est que la continuité de l'Etat romain, donc de la République romaine. Auguste ne fut pas "roi", mais le primus inter pares, le "Prince". Cet "Empire" a quand même, en gros, duré plus de 1000 ans en Occident, et 1500 ans en Orient hellénisé. Excusez du peu !

En général, on invoque, pour donner les cause de la soi-disant "décadence" qui a eu raison de Rome, l'éclatement de la famille, les divorces, l'avortement, les orgies et j'en passe. On s'inspire paresseusement, pour nous asséner ces clichés, d'Edward Gibbon, de l'Histoire Auguste, de la littérature tendancieuse, caricaturale et quelque peu excessive de quelques auteurs latins, comme Juvénal, Suétone, ou Tacite, qui avaient des raisons politiques de salir les dynasties antérieures, suivis avec gourmandise par les propagandistes chrétiens. On sait maintenant que ce qui est raconté sur Tibère ou Néron, et d'autres, relève souvent plus du roman grivois ou d'épouvante que de l'Histoire sérieuse. Mais cela n'empêche pas certains, encouragés par Hollywood, de récupérer ces ragots pour en faire des analyses, qui se répètent du reste depuis plus de deux cents ans.

En vérité, on ne sait pas de quoi on parle. Rome a évolué, a changé, il y a eu des crises, des moments d'harmonie (et d'ennui), des effondrements, des redressements, des régimes politiques fondés sur un consensus entre le Sénat et l'exécutif, ou sur l'armée, à partir du IIIe siècle, qui a eu tendance, avec un Dioclétien par exemple, ou d'autre avant lui, à transformer l'Empire en système "totalitaire", préparant ainsi la voie à l'Empire chrétien, au césaro-papisme.

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Rappelons quand même, pour ceux qui rameutent les slogans de la droite bourgeoise, qu'il a existé plusieurs sortes de mariages, à Rome, que les esclaves n'avaient pas le droit de fonder une famille (et ce, bien avant la "chute" de l'Empire, et c'était même un fait de toujours), que les empereurs, durant les siècles de crises, surtout à partir de la mort de Marc Aurèle, en 180, ont fait preuve d'un courage, d'une lucidité, d'une volonté, d'une ténacité exceptionnelles, face aux invasions, aux désastres etc., et que la plupart sont morts de mort violente (mais l'Etat a tenu plusieurs siècles), que les moeurs immorales ne concernaient qu'un extrême minorité des classes possédantes, qu'en général, les Romains, du bas en haut de l'échelle, étaient des gens sobres, durs, rudes, se contentant de peu, que l'infanticide a toujours existé, à Rome - comme dans l'ensemble des peuples antiques, sauf peut-être les Juifs - et que cela n'a pas empêché la Conquête, la Gloire et le Triomphe, que s'il y a une cause qui mit en péril l'Empire, ce furent les épidémies, notamment de peste, qui ravagèrent la population. Le miracle fut qu'un tel ensemble, si disparate et immense, ait tenu autant de siècles.

Quant à savoir s'il y eut "chute", comme certains tableaux, narratifs ou picturaux, nous le font voir avec brio, il faudrait adopter une prudence de sioux. Personne de sérieux ne reprendra la date de 476. Les spécialistes ont de la peine à fixer un terminus à l'Empire d'Occident. Pour celui d'Orient, on est plus assuré, puisqu'on a la date de la prise de Constantinople, en 1453. Mais les contemporains ont longtemps eu le sentiment de continuer à vivre dans l'ensemble "romain". Il faut préciser que les masses, et même l'élite, n'avaient plus le coup d'oeil historique permettant de balayer des siècles de passé. La Rome de Théodose ne ressemblait pas du tout à celle de César, mais personne ne le savait. On pensait que la société romaine de la fin du IVe siècle avait toujours existé. Il n'y eut, pendant très longtemps, qu'une seule date à retenir, c'était celle de la conversion de Constantin, en 312. Dans certaines nations, comme la Grèce actuelle, l'Antiquité, c'est avant tout Byzance, non la République romaine. Et Clovis était encore "Consul", même si ce fut par convention - mais c'était un signe. En général, les peuples ont rarement la perception des "cassures" : ils vivent comme des grenouilles qui ne saisissent pas les changements de températures, et comme des poissons rouges pour lesquels le temps est celui du tour du bocal, et pas plus.

L'Empire romain n'a pas "chuté", il s'est transformé.

La remilitarisation de l’Europe: qui paiera les milliards?

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La remilitarisation de l’Europe: qui paiera les milliards?

Source: https://zurzeit.at/index.php/europas-aufruestung-wer-beza...

L’Europe, ou plus précisément l’UE, souhaite désormais se réarmer, mais on ne sait toujours pas qui devra financer ce programme de plusieurs centaines de milliards.

L’Europe veut consacrer plus de moyens à sa défense qu’elle ne l’a fait depuis la fin de la guerre froide. Après le sommet de l’OTAN, la voie à suivre est claire: les États membres européens doivent augmenter significativement leurs dépenses militaires au cours des prochaines années. Mais le véritable débat ne fait que commencer. Car chaque milliard supplémentaire consacré à la défense nationale doit bel et bien être financé.

Plus de sécurité coûte plus cher

Les pays de l’OTAN se sont accordés pour augmenter progressivement et sensiblement leurs dépenses de défense. L’objectif est de renforcer les capacités militaires de l’Europe et de réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis.

Le contexte géopolitique est le suivant: la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a incité l’Europe à renforcer ses capacités de défense. Parallèlement, la pression politique augmente depuis des années aux États-Unis pour que les partenaires européens de l’alliance assument une part plus importante de l’effort commun.

Mais cela soulève une question gênante : d’où viendra l’argent ?

La réalité financière

De nombreux États européens doivent déjà aujourd’hui rembourser une dette élevée, assortie d'une augmentation du coût des intérêts et ce, avec une population vieillissante. Dans le même temps, les dépenses pour les retraites, la santé, les soins et la protection du climat augmentent.

De nouvelles dépenses militaires ne peuvent donc être financées que de trois manières: par une hausse des impôts, par un nouvel endettement ou par des économies dans d’autres domaines. Une quatrième option n’existe pas sur le long terme.

C’est là tout le dilemme politique. Car si la hausse des dépenses militaires s’impose de plus en plus dans la politique étrangère, le débat sur leur financement est souvent évité.

Une telle politique de sécurité a besoin d’une économie forte

L’Europe ne peut pas garantir ses capacités de défense uniquement par l’augmentation de ses budgets. Des forces armées modernes ont besoin d’une industrie performante, d’un approvisionnement énergétique stable, d’innovations technologiques et d’entreprises compétitives.

Une économie structurellement faible rend donc également difficile toute politique de sécurité crédible.

C’est pourquoi le débat est souvent trop restreint. Il ne s’agit pas seulement du niveau des dépenses militaires, mais aussi des conditions économiques permettant de les assumer sur le long terme.

Pour l’Autriche, la question se pose de façon particulièrement aiguë. Certes, le pays est militairement neutre, mais les dépenses de défense y augmentent également. En même temps, le budget fédéral est soumis à une forte pression visant sa consolidation.

Les années à venir montreront donc si l’Europe pourra conjuguer le renforcement nécessaire de ses capacités de défense avec une politique budgétaire solide.

La sécurité n’est jamais gratuite. Ceux qui réclament plus de défense doivent donc aussi dire honnêtement comment ils comptent la financer.

dimanche, 19 juillet 2026

Partis, factions et confréries: la première histoire du nationalisme égyptien

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Partis, factions et confréries: la première histoire du nationalisme égyptien

par Troy Southgate

Source: https://www.facebook.com/troy.southgate

Saad_Zaghlul.jpgL’un des principaux mouvements nationalistes en Égypte dans les années 1920 et 1930 fut le très populaire Parti Wafd, qui avait été fondé après la Première Guerre mondiale. Le dirigeant du groupe – Saad Zaghloul (portrait) – participa à la Révolution égyptienne de 1919 qui a abouti à l’arrestation de Zaghloul et à sa déportation sur l’île de Malte. Cette révolution força finalement ses geôliers britanniques à accorder une indépendance unilatérale à l’Égypte le 22 février 1922. En effet, la Grande-Bretagne avait refusé de reconnaître la souveraineté du pays de manière plus officielle, notamment en refusant de retirer ses bases militaires du sol égyptien. Mais une fois que la puissance coloniale avait obtenu l’assurance que ses intérêts en Égypte et au Soudan resteraient intacts, Zaghloul fut autorisé à revenir. En 1923, il rédigea une nouvelle constitution et fut élu Premier ministre d’Égypte l’année suivante. Victoire inattendue: le Parti Wafd remporta 179 des 211 sièges parlementaires. Comme l’explique Panayiotis J. Vatikiotis :

    « Les masses considéraient Zaghloul comme leur chef national, le za’im al-umma, le héros national intransigeant. Ses adversaires étaient tout aussi discrédités aux yeux des masses, car considérés comme des fauteurs de compromis. Pourtant, il était aussi en bout de course arrivé au pouvoir en partie parce qu’il s'était compromis avec le groupe dit du palais et accepté implicitement les conditions garantissant la sauvegarde des intérêts britanniques en Égypte» [1].

Fuad_I_of_Egypt.jpgBien qu’il ait créé un sénat et une Chambre des députés, la constitution égyptienne de 1923 permettait également au roi Fouad Ier (1868-1936) (photo) de nommer lui-même deux cinquièmes des sénateurs et de conserver le pouvoir de dissoudre le parlement. Il exerça ce pouvoir jusqu’à sa mort en 1936. Plus important encore, en raison de son rôle politique renforcé,

    « les nationalistes furent contraints de lutter sur deux fronts; et tant que le roi et les Britanniques restèrent unis dans leur résistance aux objectifs nationalistes, il importait peu que le Wafd bénéficie du soutien des masses égyptiennes lesquelles demeuraient de facto impuissantes. » [2].

Cependant, les célébrations de « l’indépendance » ne devaient pas durer. Après l’assassinat du major général Sir Lee Stack (1868-1924), un officier de l’armée britannique qui était le Gouverneur général du Soudan anglo-égyptien. Cet assassinat eut lieu alors qu’il circulait dans les rues du Caire le 19 novembre 1924. Les Britanniques exigèrent des excuses publiques immédiates du gouvernement de Zaghloul, réprimèrent toutes les manifestations nationalistes dans la capitale et exigèrent le retrait immédiat de tous les officiers et unités de l’armée égyptienne du Soudan. Depuis l’époque de la dynastie du XIXe siècle de Muhammad Ali Pacha (1769-1849), l’Égypte contrôlait autrefois le Soudan, mais elle était désormais obligée de le «partager» avec ses hôtes plus puissants.

Elnahas_basha.jpgEn raison de l’incertitude croissante dans le pays, Zaghloul fut contraint de démissionner et, moins de trois ans plus tard, il décéda. Son successeur à la tête du Wafd fut son lieutenant, Mustapha el-Nahhas (1879-1965) (photo), qui mena une campagne victorieuse contre le neveu de Zaghloul pour le leadership du parti. En 1928, el-Nahhas devint Premier ministre pour une courte période avant d’être démis de ses fonctions par le roi Fouad Ier, en raison de sa volonté, jugée subversive, de limiter le pouvoir de la monarchie égyptienne. Le fait qu’el-Nahhas ait également écrit au Haut-Commissaire britannique pour exprimer son opposition à la présence militaire anglaise ne lui valut pas davantage la sympathie des autorités coloniales.

Isma'il_Sidqi_1932.jpgUne décennie plus tard, la variante nationaliste libérale du Wafd avait décliné et, entre 1930 et 1935, le pays fut dirigé par le très répressif Hizb al-shaab (Parti du Peuple) d’Isma’il Sidqi (1875-1950) (photo). Sidqi, qui avait quitté le Wafd peu après sa création à la suite de la Première Guerre mondiale, avait lui aussi été déporté aux côtés de Zaghloul et avait servi dans son gouvernement en tant que ministre des Finances et ministre de l’Intérieur.

En 1936, Sidqi participa à une délégation multipartite pour négocier les termes du traité anglo-égyptien, mais ce dernier ne permit pas de régler le problème croissant de l’ingérence britannique dans les affaires intérieures.

Mustapha el-Nahhas, qui, rappelons-le, avait autrefois fait campagne pour le retrait des troupes britanniques d’Égypte, se rendit finalement à Londres pour signer un accord en 1936 qui accordait à la Grande-Bretagne le droit de stationner des troupes à côté du canal de Suez pour les vingt années suivantes. Le fait que l’Égypte ait rejoint la Société des Nations contribua à entretenir l’illusion qu’elle était encore une nation «indépendante», et le peuple crut donc qu’avec un nouveau parlement et une nouvelle constitution il contrôlait son propre destin:

    «Les petits caractères (du texte) qui prolongeaient leur soumission furent ignorés. Nahhas rentra chez lui en héros et les garnisons britanniques en Égypte furent acclamées comme des amies» [3].

King_Farouk_1948.jpgLe 29 juillet 1937, le roi Farouk (1920-1965) (photo) succéda à son père sur le trône d’Égypte. Avant même son couronnement, le jeune prince avait déjà choqué bon nombre de ses compatriotes en étalant sa richesse qui était considérable. Il possédait d’immenses domaines, plusieurs palais, des centaines de voitures et parcourait l’Europe lors de coûteuses virées pour faire du shopping. Son accession au trône détériora également les relations avec le Wafd en déclin, car il avait participé avec el-Nahhas à la fameuse capitulation de la souveraineté égyptienne, entrant ainsi dans une alliance traîtresse avec les occupants britanniques.

L’incapacité du Wafd à fournir des structures de santé adéquates à ses citoyens. Seuls les missionnaires chrétiens venus d’Europe étaient devenus la seule possibilité pour que les enfants malades et sans-abri reçoivent les soins nécessaires. Cela rendit le parti plus impopulaire que jamais. Le parti avait mis en place des comités locaux de travailleurs pour permettre à la population d’exprimer ses opinions au cœur d’une dépression mondiale et d’une crise de l’industrie cotonnière égyptienne, mais l’absence de législation efficace au niveau national fit qu’aucun progrès ne fut accompli.

S’inspirant de la montée des mouvements fascistes européens, le Wafd tenta de surpasser ses rivaux en recrutant la jeunesse. Un des moyens fut la création des Chemises bleues, un mouvement de jeunesse qui adopta le port d’uniformes et d’insignes. Ce qui pouvait sembler une innovation radicale n’était pourtant pas nouveau :

    « Parmi les organisations de jeunesse paramilitaires d’Europe et du Moyen-Orient pendant l’entre-deux-guerres, les Chemises bleues furent l’une des dernières à émerger. Même en Égypte, au moins trois autres organisations principalement axées sur la jeunesse étaient apparues avant la fondation des Chemises bleues: des escadrons de Chemises noires fascistes italiens parmi les Italiens vivant en Égypte, les “escadrons scouts” des Frères musulmans, et les Chemises vertes de la Société Jeune Égypte, opposée au Wafd » [4].

En juin 1937, la hiérarchie du Wafd s’inquiétait du fait que les Chemises bleues devenaient trop militantes et décida de renforcer son contrôle sur l’organisation dans son ensemble. Mais, en fin de compte, en faisant des concessions aux Britanniques, le Wafd avait perdu le soutien populaire, ce qui se traduisit par un recul électoral du parti. En effet, comme le note Ziad Munson, le comportement conciliant du Wafd «laissa la politique égyptienne dépourvue de chef ou de parti bénéficiant d’une légitimité populaire» [5].

En 1938, une faction mécontente fit scission du Wafd pour former le Parti Institutionnel Saadiste. Entre 1945 et 1949, trois représentants saadistes – Ahmad Mahir Pacha (1888-1945), Mahmoud an-Nukrashi Pacha (1888-1948) et Ibrahim Abdel Hadi Pacha (1896-1981) – furent chacun Premier ministre égyptien.

OIP-1960592160.jpgLe 13 octobre 1933, le Parti Jeune Égypte (drapeau, ci-contre) fit son apparition et ses douze membres fondateurs publièrent leur manifeste « Principes et Programme » dans les pages du journal al-Sarkha huit jours plus tard. Le leader charismatique du groupe, Ahmad Hussein, lança le slogan « Allah, Patrie et Roi », qui exprimait clairement le mélange exalté d’islam, de nationalisme et de monarchie de la Société Jeune Égypte:

    «Il invoque un nationalisme fanatique pour régénérer l’Égypte en faisant appel à sa civilisation pharaonique. Son argument simple est: si nos ancêtres ont su atteindre une si grande civilisation et une telle puissance, alors nous pouvons en faire autant» [6].

Une autre organisation importante fut la controversée Fraternité musulmane, fondée à l’origine en 1928 par Hassan al-Banna (1906-1949) et six ouvriers de la Compagnie du canal de Suez. Elle trouve ses racines dans la création de l’Association des Jeunes Musulmans (Jam’iyyat al-Shubban al-Muslimin), apparue en Égypte l’année précédente. Comme son nom l’indique, le groupe était bien plus motivé religieusement que le Wafd ou nombre de ses autres rivaux nationalistes. Al-Banna lui-même, conférencier à la plus ancienne université islamique du Caire, s’opposait fermement à l’impérialisme britannique et soutenait l’application complète de la loi islamique (charia) dans les affaires gouvernementales et judiciaires.

Si la Fraternité musulmane avait commencé comme une organisation caritative, dans les années 1930 elle prêchait le « djihad » contre les colonisateurs européens et, la décennie suivante, commettait des sabotages, des assassinats politiques et des attentats contre des postes de police. Inutile de préciser que ce mouvement allait devenir l’un des groupes les plus radicaux et intransigeants du pays.

Notes : 

(1) Vatikiotis, Panayiotis J.; The History of Modern Egypt: From Muhammad to Mubarak (Weidenfeld & Nicolson, 1992), pp.279-80.

(2) Nutting, Anthony; Nasser (E.P. Dutton, 1972), pp.9-10.

(3) Ibid., p.10.

(4) Jankowski, James P.; "The Egyptian Blue Shirts and the Egyptian Wafd, 1935–1938" in Middle Eastern Studies, Vol. 6, No. 1 (January 1970), p.77.

(5) Munson, Ziad; "Islamic Mobilization: Social Movement Theory and the Egyptian Muslim Brotherhood" in The Sociological Quarterly, Vol. 42, No. 4 (Autumn 2001), p.501.

(6) Vatikiotis, Panayiotis J.; Nasser and His Generation (Croom Helm, 1978), p.68.

Dix signes d’alerte qui annoncent le déclin d’une société

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Dix signes d’alerte qui annoncent le déclin d’une société

Par Meinrad Müller

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/201946

Beaucoup se souviennent de la célèbre réplique dans Astérix et Obélix: «Ils sont fous, ces Romains». Les Gaulois de Goscinny et Uderzo observaient les légionnaires romains accomplir des choses contraires au bon sens. Non pas parce qu’ils étaient stupides, mais parce qu’ils devaient obéir aux ordres venus de Rome. On ne leur demandait pas de réfléchir, mais d’obéir.

Et aujourd’hui, qu’en est-il de nous ?

Personne ne nous hurle des ordres. Personne ne marche au pas. Mais la direction est fixée, non pas par des cris de commandement, mais par la pression. Celui qui ne suit pas est considéré comme un être problématique. Celui qui pose des questions se fait désagréablement remarquer. Alors on préfère suivre, par sécurité.

Terriblement actuel

Il y a plus de 2400 ans, le philosophe grec Socrate décrivait déjà dix signes d’alerte annonçant le déclin d’une société. Formulé simplement, mais avec force. Et c'est terriblement actuel. Pourtant, ce n’est pas un phénomène nouveau sous le soleil.

Premièrement : quand les plus bruyants décident. Ce n’est pas celui qui a les meilleurs arguments qui l’emporte, mais celui qui fait le plus de bruit. Aujourd’hui, c’est plus facile que jamais.

Deuxièmement : quand le travail rapporte de moins en moins. Certains peinent, d’autres en profitent. Au final, le travailleur se demande pourquoi il fait encore des efforts.

Troisièmement : quand les filous sont admirés. Celui qui s’en sort par la ruse est considéré comme un malin. Celui qui reste honnête, comme un naïf.

Quatrièmement : quand la morale est utilisée pour détruire autrui. Il ne s’agit plus d’être meilleur soi-même, mais de faire paraître les autres plus mauvais.

Cinquièmement : quand la réputation importe plus que le bon comportement. L’essentiel est d’avoir l’air correct. Ce que l’on fait vraiment intéresse peu.

Sixièmement : quand les enfants ne peuvent plus être des enfants. Ils doivent intervenir tôt dans les conversations, afficher une opinion tôt et aborder des problèmes que même les adultes ont du mal à résoudre.

Septièmement : quand il y a plus de compréhension pour les coupables que pour les victimes. Le dommage est expliqué de toutes les façons, la souffrance est relativisée. La responsabilité s’évapore.

Huitièmement : quand l’absurde est vendu comme normal. Ce qui autrefois faisait hausser les épaules est aujourd’hui vu comme un progrès. Celui qui doute dérange.

Neuvièmement : quand suivre le mouvement est plus sûr que réfléchir. Mieux vaut acquiescer en silence que se faire remarquer. Mieux vaut faire partie du groupe que de contredire.

Dixièmement : quand la politique devient une affaire de self-service. On promet la proximité, on vit la distance. Ceux qui paient sont toujours les mêmes.

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Condamné à mort pour avoir posé des questions

Socrate posait ce genre de questions publiquement. Trop de questions, et trop dérangeantes. Il fut accusé de «corruption de la jeunesse» et d'«impiété».

En 399 avant Jésus-Christ, il fut condamné à mort à Athènes. Pas par l'épée, pas par la potence. Il dut boire la ciguë. Il le fit calmement; d’abord ses jambes flanchèrent, puis sa respiration. Son disciple Platon décrit cette mort comme une dernière leçon: rester lucide, rester calme jusqu’au bout. Il le pouvait – comme le rapporte son élève Platon – aussi parce qu’il croyait à l’immortalité de l’âme humaine.

C’est peut-être là le véritable fond de cette histoire:

Socrate n’a pas été condamné parce qu’il avait détruit quelque chose, ou une vie. Il a été condamné parce qu’il posait des questions. Et le déclin d’une société commence peut-être là où poser des questions n'est plus une posture souhaitée – mais où seulement l’approbation est tolérée. Et le renouveau commence là où l’homme reprend conscience de la dignité que son Créateur lui a offerte.

* * *

Meinrad-Mueller-1-150x150.pngMeinrad Müller (71 ans), entrepreneur à la retraite, commente avec un clin d’œil pleine d'humour des sujets de politique intérieure, des questions économiques et de politique étrangère pour divers blogs en Allemagne. Bavarois d’origine, il aborde surtout des thèmes que la presse dominante ne mentionne pas. Ses livres de poche humoristiques et satiriques sont disponibles sur Amazon. Les contributions précédentes de Müller sur UNSER MITTELEUROPA sont disponibles ici : https://www.unser-mitteleuropa.com/?s=meinrad+m%C3%BCller

samedi, 18 juillet 2026

Après le 14 juillet 2026 : où va l’armée française ?

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Après le 14 juillet 2026: où va l’armée française?

par Pierre-Émile Blairon 

Source: https://nice-provence.info/2026/07/17/apres-14-juillet-2026-armee-francaise/

Mardi 14 juillet 2026, une petite troupe de soldats (ils étaient 25) se réclamant de l’idéologie nazie a défilé sur les Champs-Élysées, 86 ans et un mois après les troupes allemandes qui y ont paradé le 14 juin 1940. 

L’armée allemande n’avait pas vraiment été conviée à se produire sur l’iconique avenue à cette époque, mais, cette fois, les néo-nazis ukrainiens ont pu défiler grâce à l’aimable proposition du président français Emmanuel Macron dont l’invité d’honneur était le chef de cette troupe, Volodymyr Zelensky, on ne sait pas trop à quel titre, car il n’est plus président de l’Ukraine depuis le 19 mai 2024.

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Encadrés par 9000 membres des forces de l’ordre, 6700 hommes de troupe défilaient et une foule d’environ 50.000 personnes assistait à cette parade, foule constituée majoritairement de touristes étrangers de passage à Paris, le QR code (en français : le sésame d’accès nominatif à la cérémonie) étant proposé dans les hôtels parisiens ; il y avait probablement aussi quelques partisans du gouvernement venus applaudir leur mentor ; les Parisiens, en général, n’avaient pas jugé nécessaire d’assister à ce show strictement contrôlé et surveillé, d’autant plus qu’ils n’y étaient pas franchement et joyeusement attendus, les organisateurs craignant que Macron et ses illustres invités européistes soient l’objet d’une bronca ou, tout au moins, de sifflets et de lazzis malveillants.

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La justice aux ordres: un invraisemblable retournement

L’un des rares opposants actifs à cette manifestation incongrue, le représentant de l’association Vigie Liberté, l’avocat Amine Elbahi (photo), avait saisi le Tribunal administratif de Paris afin de contester la légalité de l’obligation d’obtenir un QR code nominatif en plus de la présentation d’une carte d’identité pour tous ceux qui voulaient assister au défilé du 14 juillet ; le Tribunal administratif avait accédé à la demande de l’association et avait « enjoint au préfet de police de Paris, sans délai, de s’abstenir de prendre en considération la présentation ou pas d’un QR code nominatif » délivré par la présidence de la République après inscription sur son site Internet pour pouvoir accéder au périmètre.

Il est 3h00 du matin. Au terme d’une audience nocturne inédite devant le Conseil d’État – une situation sans précédent dans l’histoire de la juridiction administrative – je tenais simplement à vous adresser mes remerciements.

    Avec l’association @VigieLiberte, notre engagement… https://t.co/5bNfHHPyA3 pic.twitter.com/fa4aLxdApy

    — Amine Elbahi (@AmineElbahii) July 14, 2026

Cette décision intervenait le 13 juillet au soir ; le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez interjetait aussitôt appel auprès du Conseil d’État, lequel se réunissait en hâte au cours de la nuit (à trois heures du matin !) afin de casser la décision du Tribunal administratif (1) et de rétablir l’obligation du QR code sous la houlette de Christophe Chantepy, militant socialiste proche de Laurent Fabius.

QR Code - 14 juillet 2026

On a connu des décisions de justice de ce grand corps d’État beaucoup moins rapides.

Le silence des agneaux étoilés

Je n’ai fait jusqu’ici qu’évoquer les différentes phases administratives d’un scénario qui n’a rien d’anodin et révèle :

  • l’ampleur de la déliquescence de nos institutions et leur totale soumission au pouvoir en place qui a su placer ses pions là où il le fallait et quand il le fallait avec la complicité d’un certain nombre de députés, notamment ceux du RN, qui ont permis la nomination de Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel… pour 9 ans !
  • la confirmation d’une désespérante apathie de nos concitoyens : après nous, le déluge.

et, surtout,

  • le retrait silencieux et prudent de la plupart de ceux dont le devoir eut été de manifester avec force et fracas leur opposition à chacune des étapes de cette abracadabrante histoire : je veux parler des responsables de haut niveau de l’armée française en exercice, qui se sont comportés comme des moutons apeurés soucieux de rester dans le rang et, surtout, dans le troupeau : avant tout, ne pas faire de vagues pour conserver leur zone de confort et leur possibilité d’avancement dans une hiérarchie dûment balisée, ce qui signifie concrètement, pour la multitude de généraux que compte l’armée française (379 en 2025 (2)) : le nombre d’étoiles figurant sur leurs épaulettes.

D’où ce sous-titre : le silence des agneaux… étoilés.

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Silence Agneaux

Enfin, la « grande muette » avait trouvé, en ce 14 juillet 2026, la signification et les fondements de cette expression, qui ne doit pas grand-chose à Sun-Tzu ni à Clausewitz, pour désigner l’armée française et son « devoir de réserve » qui permet de justifier nombre de renoncements et d’indignités. Nous sommes bien loin des héros dont l’honneur commandait de mourir pour la patrie quand leur hiérarchie se comportait servilement ; je pense à une période relativement récente de l’Histoire de France où des fonctionnaires galonnés ont voté la mort d’un Degueldre ou d’un Bastien-Thiry (3), je pense au général 5 étoiles Raoul Salan, le général le plus décoré de France, condamné à mort par contumace, et à ses adjoints, les généraux André Zeller, Maurice Challe, Edmond Jouhaud, chefs de l’OAS, je pense à ceux qui sont morts à Dien-Bien-Phu, sachant que tout était perdu, fors l’honneur, ou dans les massifs de l’Aurès en Algérie quand la France renonçait à être la France dans un territoire constitué de départements français et dans une guerre qu’elle venait de gagner contre les islamistes du FLN soutenus par le mondialisme naissant et … les Américains.

Sur le plan symbolique, prenant en compte ce qui a fait l’Histoire de France, et surtout, ceux qui l’ont faite par leur sacrifice, ce défilé du 14 juillet 2026 n’aura été rien d’autre qu’un crachat sur les tombes de nos anciens, en particulier ceux qui se sont battus contre les nazis lors de la deuxième guerre mondiale, qui seront morts… pour rien (4).

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Konk - Morts-pour-rien

Les généraux résistants

Georges Gourdin a écrit sur ce même site, une série d’articles dénonçant le projet de Macron concernant ce 14 juillet qui s’est finalement déroulé comme il l’a voulu.

Il est vrai que les généraux qui osent s’exprimer ne sont pas, sauf exception, des généraux d’active et il est vrai aussi qu’il n’y a pas que des généraux qui se lèvent et qui se sont levés contre cette infamie du 14 juillet 2026. Ce sont eux qui ont sauvé l’honneur de leur corporation qui est aussi l’honneur de la France en manifestant publiquement leur désaccord sur l’organisation et, surtout, sur l’état d’esprit de ceux qui ont voulu que cet événement ait lieu dans de telles conditions.

Le 9 juillet, le site « Place d’armes » a publié une tribune (5) signée par de nombreux généraux invitant à soutenir sa position concernant l’organisation de cette cérémonie dont je vous donne ci-après un extrait : « Le 14 juillet est le symbole de l’ensemble de notre histoire. Il manifeste notre souveraineté et l’unité du peuple français. Cette journée rappelle les grands événements fondateurs de notre République et rend aussi hommage à tous ceux qui ont servi la France, tout au long de notre longue histoire, parfois au prix de leur vie. C’est pourquoi elle est, et ne peut être rien d’autre, que notre fête nationale.

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Le défilé militaire sur les Champs-Élysées est l’un des temps forts de cette célébration. Il met à l’honneur les femmes et les hommes des armées françaises, leur professionnalisme, leur engagement et leur dévouement au service de notre peuple. Ce défilé de citoyens en armes appartient à tous les Français, quelles que soient leurs opinions politiques.

Or le choix des autorités actuelles de donner une dimension idéologique à cette manifestation nationale, s’avère en contradiction absolue avec sa nature fondamentalement unitaire. Une très large part du pays voit dans cette déviance une volonté de transformer notre fête nationale en promotion d’un engagement idéologique qui n’a fait l’objet d’aucun assentiment des Français, ni par la voie référendaire, ni par ses représentants. Une telle orientation peut être perçue comme un détournement de l’esprit du 14 juillet et l’instrumentalisation de nos armées à des fins politiques. »

Sur ce même site, j’ai relevé dans les commentaires qui répondaient à un article intitulé :

Silence dans les rangs… même après la retraite ? celui-ci :

« Il y a très longtemps que je déplore que les généraux n’expriment pas leur opinion sur la marche du pays et sa défense en particulier. Selon moi, leur manque de courage est la principale raison à cette situation. Depuis 1962, ils ont appris à se taire sous peine de sanctions. Ils sont donc devenus de hauts fonctionnaires avec tous les avantages qui vont avec ce statut. Pourtant, ils sont en charge de la défense du pays, c’est‑à ‑dire d’un domaine vital et donc existentiel. Peut-on leur faire confiance ? Chacun peut répondre en son âme et conscience. »

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Le général Roure, Saint-Cyrien, docteur d’État en sciences politiques, intervenant sur Omerta le 14 juillet 2026, n’a pas manqué de remettre les pendules à l’heure : « Le 14 juillet, c’est la fête de la Nation, de toute l’histoire de France, du peuple français, elle revêt une dimension sacrée, ce n’est pas la République qui est célébrée, c’est le peuple français (6). »

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Le général Coustou, dont on connaît le franc-parler a, lui aussi, apporté son commentaire éclairé en s’interrogeant sur la légalité de « l’ukrainisation » de notre fête nationale en faveur du pays le plus corrompu du monde et dont l’idéologie se réfère à son passé nazi, et en rappelant que ce sont les Russes qui ont libéré la France alors que les Américains étaient là, comme à leur habitude, pour faire du commerce, évoquant l’épisode de l’Amgot, Allied Military Government of Occupied Territories, une structure mise en place par les Américains à la fin de la guerre, qui déniait toute souveraineté à la France en y établissant un protectorat américain (7).

J’avais évoqué, dans mon précédent article (8), les possibilités d’une renaissance européenne qui ne pouvait échapper à une cruelle étape : celle où les dernières âmes vaillantes que compte notre pays allaient désespérer de tout avant de se réarmer, mentalement dans un premier temps, et d’entamer une remontée salutaire.

Entre torpeur et gloire, entre orages apocalyptiques et sacrifices sublimes de quelques-uns qui ont gardé la nuque droite et le sens de l’honneur, ce qui ne veut plus rien dire pour la grande majorité de nos concitoyens, le destin de la France est de se situer au centre de ce maelström, comme elle l’a toujours été, et d’en déterminer le mouvement pour en faire ressurgir un nouveau cycle.

Pierre-Émile Blairon

Notes:

[1] Au J.O du 17 janvier 2025 figurent plusieurs arrêtés portant sur les effectifs des militaires pour 2025. Pour rappel, la LPM prévoyait que les effectifs du ministère des armées s’élèveront à 274 936 équivalents temps plein en 2025 hors apprentis, volontaires du service militaire volontaire et effectifs éventuellement nécessaires au service national universel.

L’arrêté du 14 janvier 2025 fixe ainsi les plafonds des effectifs des militaires appartenant à certains corps d’officiers :

-Général de division, vice-amiral et personnel militaire de rang correspondant : 160

-Général de brigade, contre-amiral et personnel militaire de rang correspondant : 219

Total : 379

Si l’on compte 5 600 généraux en retraite, cela ne fait pas loin de 6 000 généraux français (5 600 en retraite + ~ 380 d’active), autrement dit quelques dizaines de milliers d’étoiles.

(Source : Ouest-France, 19 janvier 2025)

[2] On sait que des cadres du parti nazi ont été remis en selle par les Américains à la fin de la guerre en participant à la création de l’Union européenne et en y obtenant des postes ; voir mon article du 13 août 2025, Nos dirigeants européens sont-ils des créatures façonnées par les derniers nazis survivants, inclus dans mon livre Haute Trahison, Amazon 2026, page 121.

[3] https://www.place-armes.fr/post/le-14-juillet-doit-rester...

[4] https://www.resiste.info/article/ce-que-dit-vraiment-le-1...

[5] https://www.youtube.com/watch?v=WoS7q9vm2dI

[6] Je parlais évidemment de la véritable Europe, celle des peuples, et non pas de l’Europe américano-sioniste de Bruxelles, celle de madame Ursula Von der Leyen qui disait que les valeurs de l’Europe sont celles du Talmud, une « Europe » virtuelle qui est aussi celle d’Emmanuel Macron, formé à l’école américaine des Young global leaders.

[7]  Le GÉNÉRAL ANDRÉ COUSTOU RÉVÈLE CE QUI L’INQUIÈTE LE PLUS SUR LE 14 JUILLET:  https://www.youtube.com/watch?v=WoS7q9vm2dI

[8] Je parlais évidemment de la véritable Europe, celle des peuples, et non pas de l’Europe américano-sioniste de Bruxelles, celle de madame Ursula Von der Leyen qui disait que les valeurs de l’Europe sont celles du Talmud, une « Europe » virtuelle qui est aussi celle d’Emmanuel Macron, formé à l’école américaine des Young global leaders.

 

DVD: Le Mage du Kremlin - Un thriller politique et ses arrière-plans de realpolitik

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DVD: Le Mage du Kremlin - Un thriller politique et ses arrière-plans de realpolitik

Werner Olles

En 2019, le journaliste américain et spécialiste de la Russie Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) se rend à Moscou pour y rencontrer l’ancien conseiller de Poutine, Vadim Baranov (Paul Dano), qui s’est retiré de la vie politique officielle. Dans sa datcha, Baranov raconte à Rowland son histoire, qui commence au début des années 1990, après l’effondrement du communisme soviétique. Fils d’un bureaucrate loyal au parti, il se jette dans la vie bohème en tant que metteur en scène de théâtre d’avant-garde et profite des nouvelles libertés. Lors d’une fête, il fait la connaissance de l’artiste Ksenia (Alicia Vikander), avec qui il entame une relation. Ensemble, ils montent des pièces de théâtre et fréquentent les cercles des oligarques nouvellement enrichis, parmi lesquels Dmitri Sidorov (Tom Sturridge), l’ami extraverti et adepte du luxe de Baranov. Sidorov séduit Ksenia, qui quitte alors Baranov.

Mais Baranov s’adapte lui aussi à la nouvelle époque. Alors que le président Boris Eltsine, marqué par l'alcoolisme, devient de plus en plus incapable de gouverner, les oligarques, sous la direction de Boris Berezovski (Will Keen), prévoient de s’emparer du pouvoir. Ils soutiennent la réélection d’Eltsine en échange de la privatisation de la télévision d’État. Baranov commence alors à produire des émissions de téléréalité vulgaires et finit par être nommé directeur de la télévision par Berezovski.

Lorsque Eltsine, après plusieurs crises cardiaques et des défaillances totales en public, ne peut plus rester en place, Berezovski propose le chef du KGB, Vladimir Poutine (Jude Law), comme successeur. Mais, au lieu d’être la marionnette qu’attendaient les oligarques, Poutine leur arrache froidement le pouvoir, pousse la plupart d'entre eux à l’exil ou les fait arrêter. Sidorov est lui aussi arrêté, tandis que Baranov devient le conseiller de Poutine, chef de la propagande et organisateur impitoyable, au service du maintien au pouvoir du nouveau « tsar ». Lorsqu’il revoit Ksenia à Moscou, qui s’était séparée de Sidorov après seulement quelques mois, ils se remettent ensemble.

Au début du conflit ukraino-russe en 2024, les États-Unis et l’Union européenne interdisent l’entrée sur leur territoire à Baranov. Peu avant l’entrée en vigueur de cette sanction, il s’envole avec Ksenia pour un week-end à Stockholm. Il lui avoue s’être opposé à toutes les interventions militaires, mais les avoir tout de même organisées au final. Ksenia lui confie qu’elle attend un enfant de lui. Peu après, la carrière de Baranov décline et il se retire de la politique. Berezovski, qui a souffert de son exil, est retrouvé mort dans sa maison à Ascot.

Dans sa datcha, Baranov confie à Rowland que sa petite fille est son plus grand bonheur, après avoir sacrifié tant d’années à la politique. Il fait ses adieux à Rowland et le regarde partir en voiture. Soudain, quelqu’un lui tire une balle dans la tête par derrière.

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Le thriller politique Le Mage du Kremlin (en anglais: The Wizard of The Kremlin) est tiré du roman éponyme de Giovanni da Empoli, que le réalisateur Olivier Assayas adapte à un rythme effréné, retraçant le parcours de la Russie, de la fin de la guerre froide à la montée en puissance d’un agent du KGB jusque-là méconnu puis jusqu’au poutinisme des années 2010. On insiste sur le caractère fictif de l’œuvre, mais la reconnaissance des faits et surtout l’immersion dans la machinerie du pouvoir poutiniste sont impressionnantes. Jude Law, connu plutôt pour des comédies romantiques, incarne Poutine avec une froideur glaçante. Cependant, le film ne tourne pas autour de lui: il n’apparaît qu’au bout d’une heure, car le personnage principal est Vadim Baranov, inspiré de l’ancien conseiller de Poutine et « magicien du Kremlin » Vladislav Sourkov, génie de la manipulation et du jeu politique. Paul Dano interprète ce personnage avec beaucoup de retenue, presque effacé, parlant dangereusement bas, philosophant sur l’inutilité de convertir l’ennemi à son propre récit, et l’efficacité supérieure de le déstabiliser par des jeux de confusion, des informations et opinions contradictoires.

Sourkov, né en 1964 en Tchétchénie – son père est tchétchène –, a reçu le nom de famille de sa mère russe et, après son service militaire, a étudié l’économie à la nouvelle université internationale de Moscou, avant de devenir l’un des plus importants et mystérieux stratèges du Kremlin. Il fut chef de l’administration présidentielle, vice-premier ministre et conseiller d’État de première classe entre 2011 et 2013. Dans ses dernières fonctions, il conseillait le président sur les zones de conflit: Ukraine, Abkhazie et Ossétie du Sud. Début 2020, le «Poutinator», stratège aussi puissant que dangereux, fut relevé de ses fonctions, mais cela ne constitua pas une rupture selon lui. Simultanément, parut dans la Nesavissimaya Gazeta son essai très discuté, L’État durable de Poutine, où il présente la gouvernance de Poutine comme une «nécessité fatale».

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Dès 2009, sous le pseudonyme Nathan Doubovitski, il avait publié le roman Près de zéro, qui dressait un tableau sombre de la Russie postcommuniste et dénonçait impitoyablement les dysfonctionnements. Dans une interview à la Literatournaya Gazeta, le célèbre écrivain russe Viktor Erofeïev a révélé que Sourkov en était l’auteur; l’ouvrage, salué pour ses qualités littéraires, a été dédicacé par Sourkov à Erofeïev.

En Occident, Sourkov est toujours considéré comme le chef idéologue du Kremlin, le «troisième homme de l’État», l’«éminence grise» et le véritable fondateur du poutinisme. Il est encore sur la liste des sanctions des États-Unis et de l’UE, mais il a néanmoins participé au sommet du format Normandie à Berlin en 2016, accompagnant Poutine, démonstration claire de force et de mépris envers l’Occident et l’UE. Il perçoit l’UE comme un «ensemble gonflé et sans capacité de décision, qui finira sans doute par se désagréger», tandis qu’il décrit le cœur géopolitique de la Russie ainsi: le pays «s’étend aussi loin que Dieu le permet !».

Pour lui, le monde russe s’étend là où l’influence russe agit. Sourkov souhaite «morceler l’Ukraine en ses parties naturelles», et estime que Trump, aux États-Unis, est plus proche de Poutine que des dirigeants européens.

Dans ce contexte, il esquisse un «Grand Monde Nordique», fondé sur un code méta-culturel commun entre la Russie, l’Europe et les États-Unis, ce qui n’est pas sans rappeler le concept «Eurosibérie» de Guillaume Faye, tandis que la ligne officielle russe privilégie de bonnes relations avec le Sud global, ce qui correspond davantage à ses origines multiethniques.

Dans une interview au Financial Times, il comparait Poutine en 2021 à l’empereur romain Auguste et affirmait que la Russie avait besoin d’un tsar: «Une surdose de liberté est fatale à l’État!». La mission d’un État fort est de limiter «l’entropie sociale». Ainsi, le système politique russe est pour lui un «réacteur social bien fonctionnel», dont la surpression, due à des expériences libérales, serait dangereuse.

Pour Sourkov, les années 2000 en Russie étaient un âge d’or, lors duquel le pays s’est remis du chaos des années 1990 et du traumatisme de la perestroïka. Le dollar serait le «virus du chaos» et l’Ukraine «un quasi-État artificiel qu’il faut démanteler en ses parties naturelles!». Sourkov, qui avait des contacts avec les « Loups de la nuit », les « national-bolcheviks » de Limonov et Douguine (finalement interdits), et avec Prigojine, le chef du groupe Wagner mort dans le crash de son hélicoptère, estime que le libéralisme occidental est devenu un théâtre libertaire qui crée sans cesse de nouveaux «opprimés» à libérer. Ainsi, selon lui, le libéralisme déplace les vrais problèmes – immigration massive, criminalité et pauvreté – vers des questions fictives telles que la diversité de genre et la libération sexuelle. Mais la Russie, dit-il, a vaincu le libéralisme dès le début des années 2000.

Sourkov n’affirme pas que le modèle russe soit meilleur, mais seulement que c’est le plus pratique dans les circonstances actuelles. Les rumeurs sur sa personne sont nombreuses, et il est si fascinant et complexe que l’Occident ne veut pas entendre ou ne peut pas comprendre ce qu’il dit ouvertement.

Au début du conflit ukraino-russe, il a été dit qu’il était assigné à résidence pour détournement présumé de fonds dans le Donbass. Plus tard, des chaînes Telegram ont annoncé qu’il avait fui la Russie. Réponse de Sourkov: «Je n’ai pas connaissance de mon départ!». Le Kremlin n’a confirmé ni l’assignation à résidence, ni la fuite. Selon ses propres dires, il vit toujours à Moscou – malgré toutes les rumeurs –, menant une vie d’intellectuel privé à l’occidentale, avec champagne et poésie beat. La fin du film est donc bel et bien fictive, mais elle reflète tout ce que l’Occident préfère refouler dans son propre système.

DVD : Le Mage du Kremlin. Constantin Film/Leonine 2026. Durée: 140 minutes.

19:43 Publié dans Cinéma, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vladislav sourkov, russie, film, cinéma | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 17 juillet 2026

La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère

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La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Tucker Carlson, républicain fidèle depuis 35 ans, quitte le parti et veut contribuer à la création d’une troisième force. Il ne souhaite pas se présenter lui-même. Ce n’est pas sa personne qui importe, mais la question que soulève sa rupture: qui définira à l’avenir ce que signifie «America First» – et quelles seront les conséquences pour ceux qui comptent sur les garanties de sécurité américaines?

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La comparaison avec Elon Musk s’impose, mais elle mène à des diagnostics différents. La rupture de Musk en 2025 concernait le récit fiscal du trumpisme – la dette et les déficits restant élevés malgré la rhétorique des réformes. Son «America Party» est aujourd’hui largement hors-jeu. La rupture de Carlson touche la deuxième grande colonne de l'édifice trumpien: la promesse de mettre fin à l’interventionnisme militaire. La guerre contre l’Iran a réduit cette promesse à néant.

L’alliance qui en découle n’est plus seulement une rhétorique de talk-show, elle revêt désormais une réelle substance politique: Républicains et Démocrates votent parfois ensemble au Congrès contre l’escalade militaire. Marjorie Taylor Greene, jadis alliée la plus fidèle de Trump, explore publiquement les possibilités de créer un parti «authentiquement centré sur l’Amérique».

À droite, la résistance vient du rejet des guerres de changement de régime et de l’attachement à Israël; à gauche, elle puise dans l’ancienne critique du complexe militaro-industriel et du lobby israélien à Washington. Ce qui unit surtout les deux camps: la colère contre un establishment de politique étrangère qui, au-delà des clivages partisans, poursuit la même ligne. Sur la migration, l’avortement ou les impôts, rien ne les rapproche – c’est une coalition de rejet, pas un parti.

Ce qui importe, c’est de savoir si cette rupture est cyclique ou structurelle. Les chiffres penchent pour la structure: 45% des Américains s’identifient désormais comme indépendants – un record, Républicains et Démocrates n’atteignant chacun que 27%. Sur l’Iran et Israël, la ligne de fracture ne passe pas entre les partis mais en leur sein: 85% des républicains de plus de 50 ans soutenaient l’intervention militaire contre l’Iran, contre seulement 58% des moins de 50 ans. Concernant Israël, déjà 57% des jeunes républicains ont une opinion négative du pays – contre la ligne du parti.

Pour nous, cela confirme ce que nous savions déjà, ce n’est pas une surprise. Le consensus en politique étrangère auquel la politique allemande s’est si longtemps soumise – la loyauté envers l’alliance avant les intérêts propres, la politique de sanctions au lieu d’un partenariat énergétique pragmatique avec la Russie, sur le gaz de laquelle notre prospérité a reposé pendant des décennies – n’a jamais résulté d’une large majorité américaine. Il s’agissait d’un projet de l’establishment de Washington, soutenu par les think tanks, les groupes de pression et un appareil de sécurité qui traverse les deux partis. Que ce soient justement des pans entiers des Républicains et des Démocrates qui se soulèvent désormais ensemble contre cet appareil montre que la ligne prétendument inévitable du transatlantisme a toujours été un choix politique – pas une fatalité.

Pour le débat allemand, cela signifie: ceux qui continuent de subordonner leurs propres intérêts – économiques comme diplomatico-militaires – au consensus d’un establishment qui perd lui-même du terrain aux États-Unis, ne défendent plus un partenariat stratégique, mais une fiction d’inéluctabilité que même les Américains remettent de plus en plus en question.

Carlson ne fondera probablement pas de parti. Mais il montre que le consensus auquel Berlin s’est si longtemps soumis est plus fragile dans son propre pays d’origine que les atlantistes allemands ne veulent bien l’admettre.

#géopolitique@global_affairs_byelena

18:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, tucker carlson | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook