samedi, 01 août 2026
Incendies orchestrés? Une arme militaire secrète en action?

Incendies orchestrés? Une arme militaire secrète en action?
Sylvia Miami
Source: https://reseauinternational.net/incendies-orchestres-une-...
Les Français de l’étranger comme Sylvia Miami compatissent au drame européen des incendies mais comme aux US ils ont aussi leur part et qu’ils ont des renseignements qui laissent les Européens incrédules elle estime que «la question des causes et des méthodes se pose de plus en plus».
Difficile de rester insensible devant les images qui nous parviennent d’Europe.
De la France à l’Italie, en passant par l’Espagne et le Portugal, et ailleurs, des milliers de personnes voient leur vie partir en fumée. Une pensée immense pour les habitants qui ont tout perdu, pour les animaux prisonniers des flammes, et pour le courage surhumain de nos pompiers, aidés par les agriculteurs et les habitants.
Face à la répétition et à l’intensité de ces catastrophes, la question des causes et des méthodes se pose de plus en plus.
Je republie ici mon post de 2025 sur l’utilisation des incendies comme arme tactique et militaire, car nous sommes en droit de nous poser des questions légitimes…
Incendies orchestrés!? - «Une arme militaire secrète en action»!?
Depuis des décennies, les incendies ont été perçus comme une menace naturelle dévastatrice, mais saviez-vous que, dans les années 60, les États-Unis avaient étudié l’utilisation des incendies de forêts comme arme militaire?

Le rapport secret «L’incendie forestier comme arme militaire», publié en 1970, révèle des recherches menées pour déterminer si les feux volontaires pouvaient détruire les ressources ennemies et modifier le champ de bataille. Aujourd’hui, ces flammes hors de contrôle ravagent non seulement des forêts, mais des régions entières, comme on peut le voir actuellement en Californie.
Mais cela ne peut que nous rappeler la tragédie de Maui à Hawaï, ainsi que les incendies en Espagne, au Canada, dans le sud de la France et ailleurs dans le monde. Comment peut-on imaginer que ces feux pourraient être déclenchés et orchestrés par des personnages sans âme, utilisant délibérément de tels moyens pour semer la terreur, détruire et s’enrichir?
Tôt ou tard, ceux qui tirent les ficelles devront rendre des comptes. L’heure de la vérité approche, et tout est en train d’être exposé au grand jour…
Source : Profession Gendarme - https://www.profession-gendarme.com/incendies-orchestres-...
19:15 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : incendies, gironde, actualité, france, europe, affaires européennes |
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Fabio Vighi et le capitalisme financier de la fin des temps

Fabio Vighi et le capitalisme financier de la fin des temps
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/fabio-vighi-ja-lopun-a...
Dans son dernier essai, Fabio Vighi s’attaque au cœur du capitalisme contemporain en utilisant d’abord les films Network (1976) de Sidney Lumet et Killing Them Softly (2012) d’Andrew Dominik comme fenêtres sur l’idéologie du système.


Le sermon du dirigeant d’entreprise Arthur Jensen – « il n’y a pas de nations » – et le constat cynique du tueur à gages Jackie Cogan – « l’Amérique n’est pas un pays, mais un business » – forment ensemble un diagnostic : les États-Unis ne sont pas un État-nation traditionnel, mais le quartier général politique et militaire du capital financier global. Il ne s’agit pas d’un complot, mais d’un fait structurel, dont la force idéologique réside dans la présentation qu'il fait de lui-même, comme étant une loi naturelle.
Les États-Unis allient puissance militaire, infrastructure technologique et instrumentalisent le statut du dollar comme principale monnaie de réserve internationale. Les politiciens agissent dans cette structure principalement comme des « technocrates de middle management », dont les décisions sont guidées par la logique de la liquidité, de la gestion de la dette et de la préservation des actifs. Le retour de Donald Trump à la présidence en est un exemple-type : il n’a pas été élu pour ses compétences politiques – « il n’en a pas » – mais parce que son imprévisibilité théâtrale correspond à une époque où « le spectacle débridé a englouti la stratégie ».
Vighi met en garde contre l’illusion typique des libéraux, qui confondent les marionnettes visibles avec les marionnettistes. Le véritable pouvoir repose sur le statut « sans risque » des obligations d’État américaines – un « tour de confiance » qui permet une gestion budgétaire débridée, le financement des guerres et l’inflation des actifs financiers. Mais le système montre de plus en plus de signes de tension : rendements obligataires en hausse, déficits chroniques, dédollarisation et transfert du commerce de l’énergie hors du dollar. L’hégémonie n’est pas en train de s’effondrer, mais elle est entrée dans une « phase d’instabilité structurelle ».
Vighi cherche à expliquer cette évolution par la théorie de la valeur-travail de Marx, selon laquelle seul le travail humain crée de la valeur nouvelle, et les machines ne font que la transférer. Mais cette conception industrielle est-elle encore valable dans une économie numérisée où l’intelligence artificielle participe à de nouveaux processus de création de valeur ? L’interprétation de Vighi risque de rester prisonnière des catégories du passé.
Quoi qu’il en soit, le capitalisme a pris la voie de la financiarisation. La finance ne suit plus l’accumulation productive, elle en est devenue le substitut. Le capital fictif – dette, produits dérivés et flux de revenus titrisés – constitue une montagne croissante de créances qui repose sur du travail qui n’a pas encore été effectué et qui, à l’échelle requise, ne le sera jamais.
Cette logique imprègne tout : la maison devient un objet d’investissement, l’éducation une dette d’études, la santé une cible d’extraction financière. La guerre est l’apothéose de la financiarisation – un « événement massif de liquidité », où destruction et ravage créent de nouvelles opportunités d’investissement. Vighi cite la « chorégraphie algorithmique des frappes contre l’Iran et les récits soigneusement construits autour d’Ormuz » comme exemples de la façon dont dépenses militaires, infrastructures numériques et manipulation financière forment une machine chargée de la gestion des crises.
La multipolarité géopolitique n’offre en soi aucune solution, tant qu’elle reste enfermée dans les catégories du capitalisme. Vighi rejette « l’illusion qu’un équilibre global plus juste pourrait stabiliser le capitalisme » et affirme que « le capitalisme multipolaire reste du capitalisme ».
Les choix des banques centrales illustrent l’impasse : une politique monétaire stricte menace de récession, une politique souple fait gonfler les bulles. Le débat sur l’inflation évite la question de l’effondrement de l’accessibilité : « le problème n’est pas que les prix augmentent trop vite, mais que vivre est devenu inabordable ». Chaque intervention ne fait que différer la crise et reporte la contradiction à un niveau supérieur.
Vighi ne croit pas que le salut viendra de la multipolarité, des monnaies numériques ou de l’intelligence artificielle. Ces changements ne servent à rien s’ils ne conduisent pas hors du capitalisme. Le seul espoir, selon l’universitaire italien, est que « l’irrationalité catastrophique du système » produise une sortie de la logique qui détruit les fondements de la société. Le seul obstacle est « l’attachement illusoire des gens à une constellation en train de s’effondrer ».
Néanmoins, l’analyse de Vighi n’est pas exempte de problèmes. Il condamne le capitalisme sans offrir d’alternative concrète – le seul espoir reste l’attente de la catastrophe. Vighi ignore aussi les modèles existants, comme l’économie socialiste de marché chinoise. Le débat sur la fin du capitalisme laisse ouverte la question de savoir quel ordre mondial pourrait lui succéder – et qui le construirait.
19:01 Publié dans Actualité, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, économie, capitalisme financier, fabio vighi |
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L’inquisition conceptuelle de l’Occident: illusion linguistique, institutions et colonialisme du consensus

L’inquisition conceptuelle de l’Occident: illusion linguistique, institutions et colonialisme du consensus
Adnan DEMİR
Introduction : La propriété de la géographie et de l’esprit
Placer le monde au centre de sa propre carte et classer toute autre géographie en fonction de sa distance par rapport à ce centre est la forme la plus raffinée et la plus dangereuse du colonialisme. La volonté qui construit le concept “d’Orient” comme objet mystique et immobile, nécessitant une éducation, a en même temps proclamé son propre centre comme unique représentant de la civilisation, de la justice et de la rationalité.
Pourtant, lorsque cette fausse carte géographique et mentale est renversée, le panorama qui se dégage est clair: un “Occident proche” (Europe) prisonnier de sa propre bureaucratie et de prétentions éthiques creuses; un “Occident moyen” (Grande-Bretagne) pragmatique qui continue à jouer un double jeu avec une arrogance déduite de ses résidus impériaux ; et un “Occident lointain” (Amérique) qui fortifie le capital global par la violence militaire — le stade ultime du capitalisme sauvage.
L’hégémonie occidentale ne se maintient pas seulement par des porte-avions ou des blocs financiers. Sa force la plus grande réside dans les concepts stériles et préfabriqués qu’elle produit et présente au monde comme des valeurs universelles. Ces concepts sont des rideaux linguistiques qui qualifient de “justice” la violence des puissants et de “crime” la résistance des faibles.
1. Le masque de “l’universalité” et le discours hégémonique
La terminologie qu’utilise l’Occident dans la politique internationale n’est rien d’autre que l’art de camoufler ses intérêts mondiaux.
- Ce qu’on appelle “Communauté internationale” n’est pas la volonté collective de 193 pays, mais le consensus à huis clos de l’Atlantic Interest Club et des élites du G7. Dans une structure où les voix de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine sont absentes, ce cercle étroit d’intérêts est imposé au monde comme “la volonté universelle de l’humanité”.
- L’étiquette de “pays en voie de développement” est une promesse fausse et sans fin offerte à la périphérie. Ces pays n’ont pas d’objectif atteignable ; le seul rôle qui leur est assigné est de fournir au centre global une main-d’œuvre à bas coût, des matières premières et des marchés. Le système est délibérément structuré pour qu’ils ne puissent jamais atteindre le niveau des “pays développés”.
- “Aide et intervention humanitaire” est le nom élégant donné à l’acte de piller d’abord les ressources des régions et de paralyser leurs structures sociales, puis de répandre quelques miettes sur les ruines afin d’apaiser sa propre conscience et d’hypothéquer géopolitiquement les décombres.

2. L’hypocrisie du droit : la volonté du plus fort transformée en loi
Le discours sur “l’État de droit” est le domaine où l’Occident rend son pouvoir brut le plus invisible. La réalité historique et pratique montre pourtant clairement que ce qui existe n’est pas l’État de droit, mais la domination par le droit.
- Deux poids, deux mesures dans la jurisprudence (CPI et Cour internationale de justice) : la Cour pénale internationale a été, au fil de son histoire, transformée en une inquisition qui ne juge que les dirigeants du Tiers-Monde refusant de se soumettre à l’ordre occidental. Les mêmes puissances qui menacent de bloquer la poursuite de leurs propres soldats par le “Hague Invasion Act” proclament soudainement ces tribunaux comme incarnation de la justice lorsque les cibles sont leurs rivaux.
- Camouflage conceptuel (“dégâts collatéraux”) : lorsque les acteurs occidentaux détruisent des hôpitaux ou des cortèges nuptiaux par la simple pression d’un bouton, ou tuent des centaines d’écolières, les massacres sont classés dans la froide parenthèse technique des “dégâts collatéraux” et ainsi légalisés. Le nom donné à la violence change selon l’identité de celui qui la perpètre : lorsqu’il s’agit de l’Occident, c’est une “erreur opérationnelle” ; lorsque ce sont les autres, c’est du “terrorisme”.
- Confiscation de biens et de finances : la “sacralité des droits de propriété” et la “sécurité financière” ne valent que tant qu’on se soumet au système occidental. La saisie des réserves des banques centrales d’États d’un simple clic lors de ruptures géopolitiques n’est rien d’autre que la licence légale de l’Occident pour s’approprier le capital.
3. Marchés libres et illusions idéologiques
Le monde économique et le monde académique forment les deux autres piliers qui complètent l’occupation mentale par l’Occident.
- Le “marché libre” est l’imposition, par un Occident qui protège ses propres producteurs grâce à de massives subventions publiques, aux pays périphériques de démanteler leurs tarifs douaniers et leurs mécanismes de défense. Ce qui est libre, ce ne sont pas les peuples, mais l’expansionnisme sans limite du capital international.
- Le “lobbying” est la même corruption sordide qui, lorsqu’elle est pratiquée dans les pays de l’Est ou du Sud, est qualifiée de “kleptocratie et corruption”, mais qui, dans la politique occidentale, est parée d’un costume-cravate et bénéficie d’une couverture légale. C’est la mise aux enchères ouverte des politiques.
- “Les avis d’experts et les think tanks” ne sont pas des centres indépendants produisant un savoir objectif ; ce sont des laboratoires de discours financés par les géants de l’industrie de l’armement et de la finance, chargés de conférer une légitimité académique aux manœuvres géopolitiques à venir.
Conclusion: faire tomber le rideau
Le réseau conceptuel développé par l’Occident vise à transformer le monde en spectateurs passifs et en objets à exploiter. Derrière les termes prestigieux comme “Droit”, “Démocratie”, “Marché libre” ou “Droits de l’homme” se cache une vaste illusion où le consensus est fabriqué et la violence institutionnalisée.
Dénoncer cette imposture n’est pas seulement une correction du langage; c’est un acte de libération mentale et une prise de position révolutionnaire. Lorsque la violence est transformée en clause juridique et que ceux qui la commettent la définissent comme “ordre”, la première chose à faire est de faire s’effondrer sur leur propre tête la prison conceptuelle qu’ils ont construite — en utilisant leurs propres termes.
17:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : occident, occidentalisme, occidentisme |
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Un monde multipolaire fondé sur la légitimité : ne pas monopoliser le droit d’assigner les coordonnées et désigner le mal qu'est l’unipolarité

Un monde multipolaire fondé sur la légitimité: ne pas monopoliser le droit d’assigner les coordonnées et désigner le mal qu'est l’unipolarité
Kazuhiro Hayashida
Je considère l’unipolarité comme un mal. L’unipolarité est une condition dans laquelle la carte entière du monde est peinte d’une seule couleur et un centre unique détermine la configuration du monde entier. Dans une telle condition, les autres civilisations, États, peuples et communautés perdent leur propre centre de jugement indépendant et voient leurs positions alignées sur une norme unique. L’essence de l’unipolarité réside dans la concentration du pouvoir, qui culmine finalement dans la monopolisation du droit de déterminer où chaque acteur doit être placé dans le monde — le droit d’assigner les coordonnées. À la base du monde multipolaire repose un principe théologique et structurel : chaque civilisation, communauté et être humain possède le droit d’affirmer sa propre légitimité et aucun pôle extérieur ne peut les priver de ce droit a priori. Chaque civilisation conserve ses propres critères concrets d’évaluation.
Je définis la multipolarité comme une condition dans laquelle la part de la puissance dominante reste égale ou inférieure à 40 % et où les parts combinées de la deuxième et de la troisième puissances suffisent à rivaliser avec celle du leader. L’existence d’une puissance dominante ne constitue pas en soi un monopole. Le monde reste multipolaire tant que la puissance dominante ne peut pas tout déterminer seule et qu’une configuration est maintenue dans laquelle plusieurs autres pôles peuvent l’en empêcher. Le seuil de 40 % n’est pas une métaphore, relevant d’un idéal. C’est un seuil opérationnel conçu pour empêcher la possession monopolistique et garantir que le droit d’assigner les coordonnées reste distribué entre plusieurs centres.

Sur la base de cette définition, je rejette clairement le Nouvel Ordre Mondial, ou NWO. Le NWO intègre le monde dans un ordre unique, une seule norme et une seule couleur, concentrant le droit d’assigner les coordonnées en un centre unique. La question qui se pose alors est : qui possède le droit de tout réunir sous un centre unique et d’où provient cette autorité ? Si une personne, un État ou une institution possède le droit d’organiser le monde entier, cet acteur se place hors du monde et occupe la position de Dieu tout en restant humain. C’est là que réside le mal théologico-structurel généré par l’unipolarité.
Le mal du Japon d’avant-guerre peut aussi être compris à travers cette structure. Une explication qui se limite à affirmer qu’un être humain ait assumé le nom d’un dieu religieux ne peut saisir toute l’ampleur de ce mal. Son essence résidait dans la concentration du droit d’assigner les coordonnées — qui aurait dû être conservé par le peuple japonais en tant que tel — dans une personne et une institution particulières, rationalisant le droit divin des rois sous la forme d’un pouvoir décisionnel concret. La légitimité de ceux qui étaient mis en place n’était accordée que dans les limites approuvées par ce centre. Lorsque les êtres humains absolutisent le droit d’assigner les coordonnées, l’autorité abandonne sa position propre d’évaluer ce que les humains ont créé et se déplace vers la position de refaire le monde, d’accorder des qualifications à l’existence et de déterminer la configuration elle-même. Par ce mouvement, l’autorité évaluative s’empare du pouvoir de création et occupe la place de Dieu.
La multipolarité garantit que les êtres humains, quel que soit leur rang, conservent la possibilité de s’affirmer comme centre à travers la légitimité. Puisque la puissance dominante ne monopolise pas le droit d’assigner les coordonnées, les revendications venant d’en bas, de la périphérie ou des minorités peuvent être placées au centre de la délibération chaque fois que leur contenu est légitime. Cette structure peut être illustrée par la scène du Livre de Suzanne, texte deutérocanonique, où le jeune Daniel se présente devant les anciens. Son rang et son titre ne déterminent pas la valeur de ses paroles. La légitimité démontrée par le jeune homme s’élève au centre de la délibération, où le processus de jugement autorisé de la communauté examine sa revendication. Une revendication de légitimité venant d’en bas relance la délibération et modifie la configuration existante des rangs et de l’autorité.

Il existe ici deux hiérarchies. La première concerne l’existence de la légitimité. La légitimité devient le point central de la délibération, au-dessus du rang, du statut, du pouvoir et de l’autorité de celui qui avance la revendication. La légitimité n’est pas créée par l’autorité. Elle existe dans le contenu même de la revendication et constitue déjà quelque chose qui doit être examiné avant que l’autorité n’émette un quelconque jugement. Dans cette hiérarchie, la légitimité devient un standard supérieur placé au-dessus du rang humain et de l’autorité établie.
L’autre hiérarchie concerne l’activité humaine et la fonction institutionnelle. L’acte par lequel un être humain crée quelque chose et présente une revendication occupe une position inférieure. L’acte d’évaluer ce qui a été créé et d’examiner sa nécessité et sa légitimité occupe une position supérieure. Cette fonction évaluative supérieure est l’autorité. L’autorité est ainsi élevée à une position institutionnelle supérieure à celle de l’être humain qui crée ou présente la revendication. L’autorité n’est pas placée comme une fonction subordonnée à la légitimité. Elle est placée comme la fonction supérieure qui évalue ce que les humains ont réalisé.
Ces deux hiérarchies sont reliées par la séquence suivante : le créateur humain, l’affirmation de la légitimité, l’évaluation par l’autorité, et la confirmation et le soutien de la légitimité. Lorsqu’une personne en position inférieure affirme la légitimité, celle-ci se sépare du rang de celui qui la revendique et s’élève au centre de la délibération. L’autorité, en tant que fonction évaluative supérieure, examine cette légitimité et soutient ce qui est légitime. La légitimité constitue la norme supérieure appliquée à l’objet évalué par l’autorité, tandis que l’autorité constitue la fonction supérieure exercée par le sujet qui procède à l’évaluation. Ces deux formes de supériorité ne sont pas en concurrence. La légitimité est supérieure en tant que standard de jugement, tandis que l’autorité est supérieure en tant que fonction institutionnelle humaine.
L’autorité ne crée pas la légitimité. Si l’autorité créait la légitimité, elle serait libre de fabriquer le juste et l’injuste selon son propre jugement, et monopoliserait ainsi le droit d’assigner les coordonnées. L’autorité devient telle en évaluant, confirmant et soutenant la légitimité qui existe déjà dans le contenu d’une revendication. La capacité à évaluer précisément la légitimité, ainsi que la position institutionnelle à partir de laquelle cette évaluation peut être publiquement confirmée, constituent le fondement de l’autorité. Une autorité qui nie la légitimité et certifie l’injustice comme légitime perd sa fonction évaluative et, par conséquent, le fondement de sa propre autorité.

Tout ce qui a été créé par Dieu existe déjà dans le monde et chaque chose est nécessaire à la constitution du monde créé. Les êtres humains n’ont aucun droit de déterminer la nécessité de ce que Dieu a créé ni d’en révoquer le droit à l’existence. La création de Dieu n’est pas soumise à un examen de nécessité comparable à celui appliqué aux biens produits par les humains. Ce que les humains créent nécessite une évaluation, car rien ne garantit que tout ce qu’ils réalisent soit nécessaire à l’humanité entière ou au monde.
La raison pour laquelle l’offre et la demande sont qualifiées de « main de Dieu » réside aussi dans la fonction d’évaluation. Ce que les humains créent prouve son importance par sa nécessité pour les autres. Ce qui n’est pas nécessaire ne reçoit aucune évaluation et n’est pas placé au centre du monde. La création humaine occupe une position inférieure, tandis que l’évaluation humaine occupe une position supérieure. Cette fonction évaluative constitue l’autorité. L’élévation de l’autorité ne signifie pas qu’elle acquiert le pouvoir créateur de Dieu. Cela signifie que la fonction d’évaluer ce que les humains ont réalisé est placée au-dessus de l’acte humain de réalisation.
Ce qui est important possède la légitimité. Lorsqu’elle est affirmée, la légitimité est placée au centre de la délibération, indépendamment du rang de celui qui la revendique. L’autorité n’est pas un acteur qui crée arbitrairement l’importance. Elle évalue si quelque chose créé par les humains possède de l’importance et confirme la légitimité inhérente à cette importance. Une revendication de légitimité est présentée d’en bas, passe par l’évaluation de l’autorité et est soutenue comme quelque chose d’important. Une condition qui maintient ce parcours ouvert constitue une structure multipolaire d’évaluation.
De ce point de vue, on peut aussi définir l’essence de la discrimination. La discrimination est la négation de la légitimité d’autrui. Un acte qui prive un sujet de la légitimité qui devrait lui être reconnue est injuste. Une conduite injuste constitue le mal. La reconnaissance des attributs d’une autre personne et l’admission des différences ne constituent pas en soi le mal. Le mal naît de l’acte de priver autrui de l’opportunité de voir sa légitimité examinée et de lui refuser la qualification d’occuper une place dans le monde en tant que sujet légitime.
Cette définition fournit les bases pour rejeter la persécution des immigrés. Priver une personne de l’opportunité de voir sa légitimité examinée du seul fait de son statut d’immigré et la placer d’emblée comme une présence illégitime est un acte par lequel un centre unique monopolise le droit d’assigner les coordonnées. Les revendications et les actions des immigrés relèvent de la même structure évaluative et leur légitimité est examinée par l’autorité. La multipolarité ne confère d’autorité inconditionnelle à aucun attribut particulier. Elle reconnaît la position de chaque sujet à partir de laquelle la légitimité peut être affirmée et relie cette affirmation à la fonction supérieure de l’évaluation.
Je ne suis pas un penseur égalitariste. Il existe de réelles différences dans les capacités humaines, dans le contenu des idées et dans les fonctions des civilisations. Cependant, les différents systèmes de pensée ont le même droit d’affirmer leur propre sens du juste. Lorsque les systèmes de pensée sont traités comme égaux en ce sens, chaque personne doit tenir compte des affirmations des autres et évaluer de quelle manière leur légitimité doit être acceptée. Refuser de reconnaître comme légitime ce qui l’est met à nu une injustice qui va au-delà de ce que l’on exprime habituellement par le mot « discrimination ». Il ne s’agit pas seulement d’attribuer à une autre personne une valeur inférieure, mais de nier son statut même de sujet capable de posséder la légitimité.

Il faut également opérer une claire distinction entre diversification et multipolarisation. La diversification augmente l’entropie sociale en dispersant sans limite les normes et les relations et en dissolvant les centres de jugement. La multipolarisation est une configuration dans laquelle de multiples centres préservent leurs propres frontières, mémoires, religions, vocations, familles et formes de protection étatique, tout en évaluant la légitimité réciproque et en empêchant la domination unilatérale. L’entropie sociale est contenue lorsque de multiples centres d’ordre maintiennent en leur sein à la fois l’affirmation de la légitimité et l’évaluation par l’autorité.
En ce sens, la multipolarisation des États-Unis peut être défendue rationnellement. Une condition dans laquelle de multiples centres politiques et sociaux se contrebalancent et aucun centre unique ne peut monopoliser le droit d’assigner les coordonnées dans l’ensemble des États-Unis protège la légitimité affirmée par le bas et la périphérie. La multipolarisation du monde souhaitée par la Russie correspond à cette même structure. Le but du monde multipolaire est d’établir une configuration dans laquelle chaque civilisation possède le droit d’affirmer sa propre conception de ce qui est juste et aucune civilisation ne peut peindre le monde entier d’une seule couleur.
Le mal de l’unipolarité réside dans une structure qui monopolise le droit d’assigner les coordonnées, nie la légitimité d’autrui et impose ce jugement injuste à l’ensemble du monde. La valeur de la multipolarité réside dans le maintien de la part de la puissance dominante à 40 % ou en dessous de ce seuil, en garantissant que le poids combiné des puissances de second et troisième rang puisse rivaliser avec elle et en préservant pour chaque acteur, quel que soit son rang, la possibilité d’affirmer un centre par la légitimité. La légitimité est affirmée d’en bas, s’élève au centre de la délibération et est examinée par l’autorité en tant que fonction évaluative supérieure, qui soutient alors ce qui est légitime. Maintenir ce parcours ouvert à tous est la condition fondamentale d’un monde multipolaire.
Une carte du monde qui conserve plusieurs couleurs signifie que chaque civilisation, État, peuple, communauté et être humain conserve ses propres coordonnées. C’est un monde où la légitimité est supérieure en tant que critère de jugement, l’autorité est supérieure en tant que fonction évaluative humaine, et où les humains ne s’approprient pas le droit divin d’assigner les coordonnées. La conservation simultanée de ces deux hiérarchies empêche le mal théologico-structurel de l’unipolarité. Voilà le fondement de mon refus de la domination unipolaire et la raison pour laquelle je soutiens le monde multipolaire.
17:06 Publié dans Définitions, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : multipolarité, unipolarité, philosophie, définition |
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vendredi, 31 juillet 2026
Ceuta: la crise frontalière espagnole devient une crise de l’UE

Ceuta: la crise frontalière espagnole devient une crise de l’UE
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
L’Espagne entre dans une phase nouvelle de sa crise interne. Une fois de plus, des milliers de migrants illégaux ont tenté de franchir la frontière espagnole à Ceuta. Ce qui est souvent qualifié à Bruxelles de «mouvement de fuite» ou de défi humanitaire révèle ici sa véritable nature: la migration est depuis longtemps devenue un instrument de pression politique.
Les soupçons se portent sur le Maroc. Rabat connaît parfaitement les faiblesses de l’Espagne. Ceuta et Melilla ne sont pas seulement des villes frontalières, mais des leviers géopolitiques. Si les contrôles marocains sont relâchés, Madrid se retrouve sous pression en quelques heures. Il n’a pas encore été prouvé que le récent assaut ait été organisé directement par le gouvernement marocain. Pour l’impact politique, cela est presque secondaire. Ce qui est déterminant, c’est que l’Espagne n’a pu défendre sa frontière qu’au prix de gros efforts.
Un État qui ne décide plus qui entre sur son territoire perd une partie de sa souveraineté. La Falange Española a réagi par une déclaration exceptionnellement sévère. Elle accuse le Maroc d’une opération organisée contre l’Espagne et déclare que, si l’armée ne parvient pas à protéger la frontière, le peuple espagnol a le droit à l'autodéfense. Elle appelle également à des manifestations devant l’ambassade du Maroc.
Les revendications radicales deviennent acceptables là où l’État échoue de manière visible.

Lorsque les citoyens ont l’impression que le gouvernement, la police et l’armée ne peuvent ou ne veulent plus rétablir le contrôle, un processus dangereux commence. La demande de protection des frontières devient alors une demande d’auto-protection. La méfiance conduit à l’auto-organisation. Et une crise migratoire peut se transformer en crise ouverte de l’autorité. Madrid fait ainsi face à un problème que la classe politique de l’UE évite depuis des années.
Bruxelles a traité la migration comme une question morale, discrédité le contrôle national des frontières, et suspecté toute politique plus stricte d’extrémisme. Dans le même temps, les États qui voulaient réellement protéger leurs frontières étaient combattus politiquement et juridiquement !
Le résultat se révèle maintenant: l’UE a idéalisé l’ouverture des frontières sans pouvoir en maîtriser les conséquences politiques.
La migration ne modifie pas seulement les budgets sociaux ou les statistiques criminelles. Elle détermine si un État peut défendre son territoire, son ordre public et, en fin de compte, son monopole de la violence. Ceuta n’est donc pas un incident local à la périphérie de l’Europe. C’est un signe avant-coureur.
Si le Maroc peut exercer une pression intérieure sur l’Espagne en ouvrant sa frontière, la tant vantée « souveraineté européenne » n’est rien d’autre qu’une formule creuse. Une union qui ne protège pas ses frontières extérieures ne peut être ni souveraine ni capable d’agir.
L’UE a placé ses États membres dans une situation paradoxale: la protection nationale des frontières est considérée comme suspecte politiquement, tandis que la perte de contrôle est gérée comme une normalité humanitaire. Cette politique atteint aujourd’hui ses limites.
Si les percées massives se répètent, l’Espagne ne discutera pas seulement s'il faut plus de policiers ou plus de places d’accueil supplémentaires. Il s’agira alors de l’utilisation de l’armée, de la responsabilité politique du gouvernement et de la question de savoir si la population fait encore confiance à l’État pour la protéger.
C’est précisément à ce stade que la migration devient un risque systémique.
L’Europe ne fait pas face à une nouvelle crise migratoire. L’UE est confrontée aux conséquences politiques de sa propre absence de frontières.
#geopolitik@global_affairs_byelena
21:45 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : immigration, espagne, ceuta, europe, affaires européennes |
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Séisme politique à Varsovie: le PiS se divise

Séisme politique à Varsovie: le PiS se divise
Varsovie. Le parti polonais national-conservateur PiS (Droit et Justice) n’apprécie guère les Allemands, qu’il accuse de revanchisme tout en leur présentant des factures exorbitantes pour des réparations. D’un autre côté, il a protégé la Pologne pendant des années contre l’immigration de masse et d’autres « bénédictions » de l’UE. Aujourd’hui, il est en train de se désagréger.
Le conflit porte sur l’orientation future du parti. En mars, le chef du parti Jarosław Kaczyński a désigné Przemysław Czarnek, considéré comme un partisan de la ligne dure, comme candidat principal au poste de Premier ministre pour les élections législatives de 2027. Par cette décision, la direction du parti vise, selon les observateurs, à attirer les électeurs de l’extrême droite.
Pour certains, cela va trop loin. Le critique le plus en vue est l’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki, qui représente l’aile libérale-économique du PiS. Il a créé sa propre plateforme, «Développement Plus». Avec d’autres membres modérés du parti, il plaide pour une réorientation stratégique. Selon lui, le PiS doit redevenir un parti large du centre-droit. Il a également déclaré: «Dans mon groupe, des milliers de personnes s’engagent, qui veulent atteindre les entrepreneurs et les jeunes».
Kaczyński n’a pas accepté la création de cette nouvelle plateforme. Il a exigé sa dissolution et a demandé à tous les concernés de signer une déclaration de loyauté envers la direction du parti avant jeudi dernier. Morawiecki a refusé à la fois de dissoudre son groupe et de signer. Une réunion de crise entre les deux camps n’a pas permis de trouver un accord et a finalement conduit à l’annonce du départ de plus de 30 députés.
Cette évolution pourrait modifier durablement le système des partis en Pologne. Contrairement à de nombreux pays d’Europe occidentale, le paysage politique y est dominé depuis des années principalement par des forces libérales-conservatrices et de droite conservatrice. En outre, des partis encore plus à droite siègent au parlement, tandis que les partis de gauche jouent un rôle nettement moindre.
Le PiS a gouverné la Pologne de 2015 à 2023. Après sa défaite aux élections législatives en octobre 2023, il est passé dans l’opposition et constitue depuis lors le groupe d’opposition le plus important à la Diète de Varsovie. (mü).
Source: Zu erst, 07/2026.
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Plonger les yeux grands ouverts dans la guerre? Pourquoi l’Europe ne se pose-t-elle pas certaines questions?

Plonger les yeux grands ouverts dans la guerre? Pourquoi l’Europe ne se pose-t-elle pas certaines questions?
Jeanne Delahaye
Source: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7
Depuis le début de la guerre en Ukraine, les médias européens se concentrent principalement sur les livraisons d’armes, les sanctions et les développements militaires. Dans le même temps, un autre débat semble avoir presque totalement disparu de l’espace public:
Quels sont, à long terme, les intérêts propres de l’Europe ?
Cette question s’impose d’autant plus à la lecture des déclarations de responsables et de stratèges américains. Celles-ci ont été rendues publiques, publiées dans des livres ou expliquées devant des commissions parlementaires. Pourquoi sont-elles si rarement débattues en Europe ?
Déjà en 1944, Charles de Gaulle s’opposait aux projets américains d’administrer la France dans le cadre d’une administration militaire alliée (l'AMGOT). Pour lui, une alliance ne devait jamais signifier l’abandon de sa propre liberté d’action politique. La France devait déterminer elle-même son avenir.
Plus de quatre-vingts ans plus tard, la question se pose à nouveau de savoir à quel point l’Europe prend ses décisions stratégiques de manière autonome.

En 1997, l’ancien conseiller à la sécurité du président Jimmy Carter, Zbigniew Brzeziński, a publié son livre Le Grand Échiquier. Il y écrit :
« L’Eurasie est l’échiquier sur lequel se joue la lutte pour la domination mondiale. »
Et il ajoute :
« Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire eurasiatique. »
En 2015, le géostratège américain George Friedman déclarait au Chicago Council on Global Affairs :
« L’intérêt prioritaire des États-Unis, intérêt pour lequel nous avons mené des guerres pendant un siècle – la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide –, ce sont les relations entre l’Allemagne et la Russie. Car unies, elles représentent la seule puissance capable de nous menacer. Notre principal objectif était donc de faire en sorte que cela n’advienne pas. »
Le général à la retraite Keith Kellogg a déclaré en 2023 :
« Si l’on peut vaincre un adversaire stratégique sans engager de troupes américaines, c’est le sommet du professionnalisme. »
Après la destruction des pipelines Nord Stream, le secrétaire d’État Antony Blinken a dit :
« C’est une immense opportunité de supprimer une fois pour toutes la dépendance à l’énergie russe. »
Et Mitch McConnell a déclaré au sujet du soutien américain à l’Ukraine :
« L’immense majorité de l’argent que nous avons alloué est dépensée ici, aux États-Unis. Cela renforce notre base industrielle et assure de bons emplois bien rémunérés aux Américains. »
Aucune de ces déclarations n’a été faite en secret. C’est précisément pour cette raison qu’une question se pose :
Si les responsables américains expriment leurs intérêts nationaux avec une telle franchise, pourquoi l’Europe débat-elle si rarement de ses propres intérêts avec la même ouverture ?
L’Europe fait face à d’énormes défis : augmentation des dépenses de défense, prix élevés de l’énergie, pression économique croissante et budgets publics limités. Il est donc d’autant plus important d’évaluer chaque décision politique à l’aune d’une question simple :
Serait-elle avant tout dans l’intérêt de l’Europe ?
Car si nous cessons de nous poser ces questions, nous risquons de prendre des décisions dont le prix sera, en fin de compte, essentiellement payé par l’Europe.
21:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hégémonisme américain, europe, affaires européennes |
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Donoso Cortés et le problème du pouvoir politique

Donoso Cortés et le problème du pouvoir politique
Juan Antonio Elipe Songel
Source: https://posmodernia.com/donoso-cortes-y-el-problema-del-p...
Donoso Cortés partait d’une conviction fondamentale : la politique moderne naît d’une rupture profonde avec la tradition. Dans les sociétés prémodernes, l’ordre politique n’était pas conçu comme une construction autonome, mais comme une partie d’une réalité plus vaste dans laquelle le moral, le religieux et le politique formaient une unité cohérente. Il existait un fondement commun qui donnait sens et légitimité au pouvoir.
La modernité a radicalement bouleversé ce schéma. Le pouvoir politique a cessé de se justifier par une vérité transcendante et a commencé à se fonder sur la volonté humaine. Ce qui, à l’origine, semblait être une conquête de la liberté eut, selon Donoso, une conséquence inattendue : la disparition des repères communs qui garantissaient la stabilité de l’ordre social.
Dans cette perspective, l’une des contributions les plus originales du penseur natif d’Estrémadure fut sa critique du libéralisme. Donoso ne le considérait pas simplement comme une doctrine politique ou une forme d’organisation institutionnelle. Il l’interprétait comme une conception globale de la réalité, une véritable métaphysique qui suppose une certaine vision de la vérité, de l’homme et de la société.
Le libéralisme moderne repose sur l’idée qu’aucune vérité politique absolue ne peut être légitimement imposée. De là découlent la centralité du débat, le parlementarisme, le consensus et les procédures démocratiques. Cependant, Donoso a observé une paradoxale situation qui, aujourd’hui, se révèle d’une grande actualité : la neutralisation de la vérité n’élimine pas les conflits fondamentaux, mais peut au contraire les intensifier.
Lorsqu’un cadre commun de référence disparaît, les divergences cessent de se développer à l’intérieur d’un même ordre partagé et deviennent des affrontements entre visions incompatibles du réel. Le problème ne consiste alors plus à résoudre des désaccords concrets, mais à déterminer quels principes doivent régir la coexistence.
Cette intuition aide à comprendre de nombreux phénomènes contemporains. La polarisation politique croissante qui touche les démocraties occidentales reflète précisément cette difficulté à trouver des fondements partagés. Les débats publics ne se limitent plus à des questions de gestion ou d’administration ; ils concernent de plus en plus la définition même de concepts essentiels tels que la nation, la liberté, la justice ou l’identité.
Donoso Cortés a également accordé une attention particulière au problème de la souveraineté. Sa réflexion part d’une question en apparence simple, mais d’une grande profondeur philosophique : qu’est-ce qui soutient l’ordre politique lorsque les normes ne suffisent plus ?
Les crises historiques révèlent qu’aucun système juridique ne peut prévoir toutes les circonstances possibles. Lorsque les lois s’avèrent incapables de résoudre une situation exceptionnelle, il devient inévitable de prendre une décision permettant de préserver l’ordre. C’est à ce moment-là qu’apparaît la question décisive de toute théorie politique : qui décide, et en vertu de quelle légitimité ?
La réponse de Donoso souligne que le droit ne peut jamais s’expliquer uniquement par lui-même. Tout ordre juridique suppose un acte fondateur préalable et une autorité capable de le garantir. Cependant, une lecture traditionaliste de sa pensée apporte une nuance importante: la décision politique ne peut se transformer en pure volonté arbitraire. Elle doit s’appuyer sur une légitimité historique, morale et culturelle qui la transcende.
Un autre aspect particulièrement suggestif de son œuvre est la relation entre politique et religion. Donoso développa une véritable théorie de la théologie politique. Non pas parce qu’il voulait réduire la politique à la religion, mais parce qu’il comprenait que toute société s’organise autour d’une idée ultime concernant l’être humain, l’histoire et le sens de la communauté.
Sous cet angle, la sécularisation moderne n’aurait pas signifié la disparition du sacré, mais sa transformation. Les grandes idéologies contemporaines, les projets révolutionnaires et certaines conceptions de l’émancipation humaine auraient, dans une large mesure, occupé l’espace qui revenait auparavant aux croyances religieuses. L’absolu ne disparaît pas ; il change simplement de forme.
Cette réflexion rejoint un autre élément central de sa pensée : l’existence d’une dimension morale du conflit politique. Face à ceux qui interprètent les tensions sociales exclusivement comme le résultat d’intérêts opposés ou de défauts institutionnels, Donoso soutient que le conflit trouve ses racines plus profondément. La liberté humaine peut s’orienter aussi bien vers la construction de l’ordre que vers sa destruction.
Cela n’implique pas une vision pessimiste de la politique, mais une mise en garde sur les limites de tout projet d’ingénierie sociale. Les institutions sont indispensables, mais elles ne peuvent pas remplacer totalement les convictions morales et culturelles qui permettent leur fonctionnement.
C’est peut-être justement cette perception des limites qui explique l’actualité de Donoso Cortés. Sa pensée offre une interprétation de la modernité comme un processus permanent d’instabilité. Lorsque les fondements communs disparaissent, chaque solution politique engendre de nouveaux conflits et chaque équilibre demeure nécessairement provisoire.
L’actualité de ses idées ne réside pas tant dans les réponses concrètes qu’il a proposées que dans les questions qu’il a posées. Un ordre politique durable peut-il subsister sans principes partagés ? Est-il possible de maintenir une communauté politique uniquement sur des procédures ? Que se passe-t-il lorsque les sociétés perdent la capacité de reconnaître des vérités communes?
Plus de cent cinquante ans après, ces questions restent ouvertes. Et c’est précisément pour cela que Donoso Cortés demeure l’une des voix les plus importantes pour comprendre les tensions, contradictions et défis de la politique contemporaine. Son œuvre nous rappelle que, derrière chaque débat institutionnel, se cache toujours une interrogation plus profonde sur les fondements ultimes de l’ordre politique et de la coexistence humaine.
18:55 Publié dans Philosophie, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : donoso cortés, philosophie, philosophie politique, théorie politique, sciences politiques, politologie, espagne |
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jeudi, 30 juillet 2026
Le naufrage du Titanic: un mythe moderne funeste

Le naufrage du Titanic: un mythe moderne funeste
Carl Gustav Jung avait intitulé l’un de ses ouvrages : Un mythe moderne(1) ; le psychologue, dans cet ouvrage paru en 1958, y traitait des soucoupes volantes. Le titre, on le voit, dénotait une pertinence certaine quant à l’importance que décrète le mot même de « mythe », puisque le phénomène perdure et qu’aucune réponse sérieuse n’a encore été apportée à son élucidation.
Le naufrage du Titanic s’est élevé au niveau de mythe moderne tel que l’entend Jung parce qu’il a profondément marqué le monde contemporain. Les dieux nous envoient en permanence des messages que nous ne savons pas, la plupart du temps, interpréter ; celui-ci est pourtant très explicite.
En 1912, le géant des mers, opportunément baptisé le Titanic, prenait pour sa première traversée une route maritime qu’il ne terminera jamais puisqu’il coulera au large de Terre-Neuve, heurté par un iceberg.
Un mythe, on le sait après la définition de Mircea Eliade, est un acte, ou un fait, qui, par la signification que l’inconscient collectif lui attribue, va s’ancrer dans le déroulement de l’Histoire du monde ou d’un peuple et va même influer sur son cours, voire la fonder. D’où, ensuite, l’apparition des rites, qui sont la répétition, ou la commémoration, sur un mode religieux, de l’événement fondateur. Nous n’allons pas revenir ici sur la signification du mot modernité(2) autrement que pour rappeler que ce terme signifie exactement, en langage traditionnel, le contraire de ce qui est entendu de nos jours.

Le Titanic représentait à cette époque l’emblème de ce qu’on pouvait traduire par modernité. Nous allons voir que l’épopée du Titanic préfigure symboliquement la catastrophe globale de ce qui adviendra un peu plus d’un siècle plus tard, celle que nous sommes en train de vivre.
Titanisme
Dans la mythologie grecque, les Titans forment une race originelle, archaïque, apparue avant même les dieux olympiens (ainsi appelés en raison de leur demeure, le mont Olympe) ; les Titans sont étroitement liés à l’espèce humaine quelle que soit l’origine de celle-ci ; dans un cas, les deux races sont créées par Gaïa, la Terre, (pour les hommes, issus de la Terre, c’est le mythe de l’autotochnie), dans l’autre, les humains sont créés par Prométhée, un Titan.

Prométhée, fils de Titan, est enchaîné par Zeus. Un aigle dévore son foie (Vase à figures noires, vers 560 – 550 avant J.-C.).
Prométhée est en même temps le créateur de l’Homme physique (il sera fait d’argile, un mythe qu’on retrouvera plus tard repris par les religions du Livre – on n’invente jamais rien), mais Prométhée est aussi l’inventeur de l’humanisme (que certains confondent avec l’amour de son prochain, et même de son lointain, de l’humanité en général et, à ce titre, le précurseur de la passion et de la mission du Christ, d’une part, mais aussi, d’autre part, du surhumanisme, considérant l’Homme comme maître des autres règnes cosmiques, la référence et l’alibi des folies matérialistes de notre monde actuel, ce que les philosophes appellent l’hubris, la démesure élevée en mode de fonctionnement de nos sociétés actuelles, la folie titanesque ; nous ne prendrons pour seul exemple, caricatural, de cette folie que celui de cette course à celui qui élèvera la plus haute tour au monde (on pense à la Tour de Babel), compétition engagée par les Bédouins milliardaires qui les distrait des courses de chameaux dont ils sont friands ; mais cette frénésie de construction verticale s’étend à l’ensemble de la planète, si bien que les villes de culture qui se distinguaient par une architecture enracinée perdent leur spécificité et sombrent dans l’anonymat et l’uniformité de ces terrifiantes mégapoles dont Oswald Spengler avait si bien annoncé la sinistre emprise.
Sept synchronicités époustouflantes à propos du Titanic
Mais nous n’oublions pas pour autant un autre symbole de l’hubris, du titanisme, dont on aura retenu le naufrage prophétique, celui du plus grand bateau de l’époque, le Titanic, si bien nommé, coulé le 15 avril 1912 par un blanc destroyer venu d’Hyperborée, le continent enfoui sous les glaces, un iceberg, avertissement très symbolique donné par les divinités au tout début du XXe siècle, annonçant les deux guerres mondiales qui allaient suivre.
Je voudrais ici révéler, à propos de ce naufrage, une suite de synchronicités pour le moins étranges, une suite qui n’est pas aussi célèbre que celle de Fibonacci mais qui est tout aussi riche en symbolisme.
L’accumulation de ces « coïncidences » ne peut pas être due au hasard ; cette évidence m’est apparue lorsque, constatant une première étrangeté, j’en ai tiré un fil qui m’a conduit à une deuxième extravagance, puis une troisième, et ainsi de suite jusqu’au nombre de 7 coïncidences significatives, toutes dûment référencées et ci-après vérifiables !
Toutes ces synchronicités sont guématriques, c’est-à-dire qu’elles ont toutes un rapport avec des nombres, des dates et des symboles.
Ce phénomène rentre parfaitement dans le cadre de la définition que Jung avait assignée à ce qu’il appelait une synchronicité : « coïncidence simultanée et significative dans l’espace-temps, entre des faits qui ne sont pas connectés, n’étant pas cause l’un de l’autre. L’important, c’est qu’une telle coïncidence soit significative car, dans le cas contraire, il ne s’agirait pas de synchronicité mais de synchronie(3). »
1.
Le 22 juin 2023, nous apprenions qu’un sous-marin de poche affrété pour faire découvrir l’épave du Titanic à un groupe de richissimes amateurs de sensations fortes coulait avec ses passagers à bord ; le sous-marin avait été malencontreusement dénommé : le Titan.
2.
Le concepteur du Titanic, Thomas Andrews (1873−1912), a coulé avec son bateau, de même que le concepteur du mini-sous-marin, Stockton Rush.
3.
Il s’est passé 111 ans entre les deux naufrages ; 111 : le nombre du Pôle, de la glace, de l’Hyperborée, de la Tradition primordiale.

4.
Ce nombre symbolique a été étudié par René Guénon dans son ouvrage Symboles de la Science sacrée paru en 1962 aux éditions NRF Gallimard, chapitre XV, page… 111, comme il se doit(4).

5.
Mais ce n’est pas fini ; je parlais de naufrage prophétique mais il fut aussi prophétisé. Revenons quelques années avant l’époque où ce gigantesque bateau a été construit, en 1898. Morgan Robertson, un écrivain new-yorkais, faisait paraître un roman qui s’intitulait The wreck of the Titan(5) (Le naufrage du Titan).
Ce livre racontait le naufrage d’un navire dénommé Titan qui coule en avril à la suite d’une collision avec un iceberg ; environ 2000 des 3000 passagers (la même capacité que le Titanic) qu’emportait le Titan périrent, faute d’avoir pu embarquer sur des canots de sauvetage, en nombre insuffisant pour un navire de ce type (24 pour le Titan, 20 pour le Titanic) ; mais le Titan était réputé insubmersible à cause de ses 19 compartiments présumés étanches (16 pour le Titanic). Le Titanic a coulé dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, au large de Terre-Neuve. Il mesurait 271 mètres (contre 243 pour le Titan), jaugeait 60.000 tonneaux contre 75.000 pour le Titan, filait à 23 nœuds, au maximum de sa puissance, lors de la collision, contre 25 pour le Titan, disposait, comme le Titan, de 3 hélices. 1500 passagers sur les 2207 qui avaient embarqué sur le Titanic ont péri.
6.
L’incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019 survient le même jour que le naufrage du Titanic (qui a coulé le 15 avril 1912 à 2h20). Ne s’agit-il pas cette fois de la destruction de sa flèche qui s’élève vers les cieux entourée de flammes alors que le Titanic plonge dans l’enfer des eaux glaciales de Terre-Neuve, non loin des côtes américaines ?

7.
Enfin, mon ami le professeur Paul-Georges Sansonetti me faisait remarquer que « N‑D.de Paris a pris feu exactement 666 jours après l’élection d’une majorité présidentielle favorable à l’idée d’une déconstruction(6) de l’Histoire de France. C’est comme si l’embrasement de ce chef‑d’œuvre répondait tragiquement à l’indifférence des Français quant à leur mémoire collective », me disait-il.
Les dieux s’adressent aux hommes en émettant des signes, et des signaux d’avertissement en période apocalyptique, qu’il appartient aux humains d’interpréter ; la synchronicité, les coïncidences significatives, font partie du langage symbolique de puissances divines bienveillantes que tout homme attentif peut comprendre afin de prendre les mesures en conséquence.
Nos contemporains sont assommés par le déferlement satanique de propagandes en tous genres, abrutis quotidiennement par des épandages chimiques aériens, coupés de tous liens avec leur environnement et avec la nature, affaiblis par de faux vaccins destinés à les tuer ou à les transformer en robots ou en esclaves. Nos semblables ne réagissent plus, dans leur ensemble, aux moindres stimuli, ils sont apathiques, plongés dans une torpeur morbide, comme lobotomisés, prêts à disparaître dans un sommeil profond.
Combien sont encore assez lucides pour comprendre que les puissants de la planète, nos propres dirigeants, veulent nous faire disparaître par tous les moyens mis à leur disposition par des forces sataniques auxquelles ils sont soumis ? Combien comprennent que tous les horribles événements qui viennent nous affecter (à l’heure où j’écris, des incendies gigantesques), ne sont pas le fait du hasard ou des fatalités naturelles mais un projet orchestré de longue date sur toute la planète pour réduire sa population ?
Pierre-Émile Blairon
Notes:
(1) Un mythe moderne. « Des signes du ciel », Gallimard, coll. Folio essais.
(2) Voir à ce sujet mon ouvrage La Roue et le sablier où un paragraphe lui est consacré, page 40.
(3) Miguel Rojo Sierra, Introduction à la lecture de C.G. Jung, Georg éditeur.
(4) Voir cette page en illustration.
(5) Couverture du livre The wreck of the Titan.
(6) Elections législatives du 18 juin 2017.
20:10 Publié dans Réflexions personnelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : titanic, titanisme, mythologie |
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Relire Bauman. Le relativisme progressiste engendre des cultures faibles et des sociétés liquides

Relire Bauman. Le relativisme progressiste engendre des cultures faibles et des sociétés liquides
par Pierfranco Bruni
Source: https://www.destra.it/home/rileggendo-bauman-il-relativis...
Zygmunt Bauman, disparu à Leeds le 9 janvier 2017, reste-t-il encore le sociologue de la « liquidité » de la société ? Il était né à Poznań le 19 novembre 1925. Sociologue et philosophe polonais, dont les origines renvoient à la culture juive, Bauman a été l’un de ces chercheurs qui a étroitement lié, à travers des processus culturels, l’aspect sociologique des sociétés et les éléments philosophiques.
Ces deux aspects sont d’une grande importance, car une société, avec ses stratifications sociales et son mouvement de transition à l’époque du postmoderne, peut être lue à travers différents aspects, des éléments divers et articulés, y compris d’ordre anthropologique.
Les deux aspects fondamentaux sur lesquels Bauman a porté son attention ont été le consumérisme de ces sociétés en transition, surtout dans la culture de la postmodernité, et à l'ère de la mondialisation. Deux points d’ancrage à travers lesquels Bauman a mené sa recherche, dont l'objet a été défini comme étant la « société liquide ». En effet, on se souvient de lui comme d'un sociologue ayant mis en avant les processus sociologiques en soi, les processus philosophiques, les processus anthropologiques, dans une détermination bien définie qui est précisément celle de la « société liquide ». Sur ces deux éléments, le consumérisme et la mondialisation, sur lesquels il s’est attardé, il convient de considérer, du point de vue de la critique sociologique, la réalité du concept de « déchet », c'est-à-dire les vies mise au rebut, la vie à l’intérieur de la mondialisation et l’homme du consumérisme.
Cela a conduit par la suite à une homogénéité des aspects, c’est-à-dire à ce contexte d’expressions que Bauman a défini comme l’homogénéisation des sociétés, dans un parcours uniformisant, des sociétés qui se « dépersonnalisent » et deviennent l’élément porteur d’une réalité déterminée, qui est une réalité culturelle. Dans ce discours, il va de soi qu’il y ait aussi une morale à part entière. Mais qu’est-ce que la société liquide ? C’est une société qui consomme tous ses aspects, et qui, en les consommant, se dissout. Il y a une idée très forte chez Bauman qui dit : « La dissolution devient un processus continu. Rien n’a le temps de se solidifier et ce que j’appelle la modernité liquide, la modernité actuelle, comme les liquides, ne peut garder une forme longtemps.».
Il s’agit indéniablement des sociétés modernes dont le point de référence est l’oubli. Tout est-il oublié parce que tout se dissout ?
Tout se consomme, tout se perd, tout se détruit et, au fond, selon Bauman, nous vivons dans cette société liquide, dans cette société qui consomme tout, qui perd tout, et tout se perd et, en perdant le tout, on perd aussi les valeurs, on perd également cet aspect des valeurs qui est à l’intérieur de la dimension d’un processus de ramification à part entière. Un processus de ramification qui évolue entre quelques concepts de base : l’espace et le temps, l’identité et l’appartenance.
Je suis d’avis que cela représente le fait significatif d’un processus qui n’est plus lent. Mais improvisé et immédiat. Une vision parfois contradictoire, mais efficace dans un contexte de pensée fragile et faible.
Ses ouvrages, notamment « Retrotopia » et « La culture à l’ère de la consommation », datant de 2016, ont apporté cette dimension essentielle. Que se passe-t-il dans la culture qui vit à l’ère de la consommation ? Elle devient elle aussi une culture « liquide » parce que tout se consomme. Elle se massifie.
D’autres textes fondamentaux : « État de crise » de 2015 et « Futur liquide. Société, homme, politique et philosophie » de 2014. Dans ce texte, il est mis en évidence que dans un futur, dans le destin d’une société dont l’avenir est liquide, tout devient dissoluble, consommable. Justement. Tout devient, essentiellement, non plus résistant, définitif, mais perdant. Par conséquent, les sociétés, l’homme, bien qu’enracinés dans la politique, dans la philosophie, sont une véritable source de liquidation, et cela a aussi conduit à définir la postmodernité à travers une dimension où notre société vit le « spectre des barbares » qui n’est pas seulement une définition historique, ancienne, mais une définition dans laquelle domine le « spectre des barbares ».
Nous vivons dans « l’obscurité du postmoderne ». En effet, en 2011, il publie son livre « L’obscurité du postmoderne », mais Bauman avait déjà défini cette dimension de la culture et de la « société liquide », au point que, des années auparavant, il avait écrit « Peur de la liquidité, peur du liquide ». Cela signifie que même dans une société postmoderne, l’état solide ne dure pas dans le temps et le lien entre l’état solide et liquide ne fait qu’exprimer la voix des « sociétés relatives ».
Cette définition a fait de Bauman l’un des chercheurs, sur le plan sociologique, de notre réalité. Il affirmait : « L’attention portée au corps s’est transformée en une préoccupation absolue et en le passe-temps le plus prisé de notre époque. »
Cela nous fait comprendre comment, au sein de notre contemporanéité, les frontières divisent l’espace, mais ne sont pas des barrières. Bauman soulignait: «Les frontières divisent l’espace, mais ne sont pas de simples barrières. Elles sont aussi des interfaces entre les lieux qu’elles séparent, et en tant que telles, elles sont soumises à des pressions opposées et sont donc des sources potentielles de conflits et de tensions».
Il s’agit d’un sujet d’une grande actualité, d’une grande dimension et d’une grande stratification de la pensée. Seules les sociétés et cultures faibles, ou les sociétés et cultures « légères », vivent cette liquéfaction, en soi métaphorique, de la perte des valeurs. Dans les sociétés d’aujourd’hui, il manque l’ordre et il manque, justement, ce concept de transmission de la tradition. Bauman l’avait bien compris, c’est pourquoi il dessine cette « société du liquide », mais tout en dessinant cette « société du liquide », il semble complètement impliqué à accepter et « apprécier » cette vision qui est la structure d’un processus social qui se dissout.
Dans les sociétés qui ont une identité forte, cela n’arrive pas car les racines, non oubliées, font la différence. Mais ce sont des sociétés dont le point de départ est la tradition et non le « progressisme ». C’est aussi une lecture idéologique. C’est précisément dans l’idéologie progressiste que l’homme vit sa chute. Donc une telle société semble être sans espoir.
Chez Bauman, en l’absence d’espoir, il n’y a pas de témoignage spirituel. Il n’y a pas de Foi. Il y a perte. Le regard, quand il est éloigné du religieux, conduit à la défaite de l’homme. Bauman vit la défaite du religieux. Les sociétés liquides sont des structures dans lesquelles domine le relativisme progressiste. Mais malgré tout, il ne met pas en avant la nécessité de retrouver la Tradition. C’est là la tragédie.
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Rendons à Rome ce qui appartient à Rome

Rendons à Rome ce qui appartient à Rome
Claude Bourrinet
Il y a bien un thème aussi redondant que celui de l'Apocalypse, c'est la Chute de l'Empire romain, ou, plus précisément, celui de la présumée "décadence" romaine.

Pour bien saisir ce dont on parle, il est nécessaire de donner une idée du cadre spatial et temporel. On disserte là d'une civilisation qui a couvert un territoire considérable, bigarré, complexe, mêlant des ethnies et des cultures variées, voire opposées, de l'Euphrate à l'Atlantique, et de l'Ecosse à l'Afrique. Dans l'Antiquité, avec les moyens de transport d'alors, c'était l'équivalent du continent eurasiatique. D'autre part, il faut s'entendre sur la notion d'"Empire". En latin, il signifie emprise politique et militaire sur un territoire. Quant à "Imperator", le général qui était désigné ainsi par ses soldats, après une victoire, sur le champ de bataille même, il n'était pas forcément chef de l'Etat. A ce titre, on peut dire que l'"Empire" a commencé avec l'extension de la Cité latine après l'abolition de la Royauté à la fin du VIe avant J.C. Ce qu'on appelle l'"Empire" n'est que la continuité de l'Etat romain, donc de la République romaine. Auguste ne fut pas "roi", mais le primus inter pares, le "Prince". Cet "Empire" a quand même, en gros, duré plus de 1000 ans en Occident, et 1500 ans en Orient hellénisé. Excusez du peu !
En général, on invoque, pour donner les cause de la soi-disant "décadence" qui a eu raison de Rome, l'éclatement de la famille, les divorces, l'avortement, les orgies et j'en passe. On s'inspire paresseusement, pour nous asséner ces clichés, d'Edward Gibbon, de l'Histoire Auguste, de la littérature tendancieuse, caricaturale et quelque peu excessive de quelques auteurs latins, comme Juvénal, Suétone, ou Tacite, qui avaient des raisons politiques de salir les dynasties antérieures, suivis avec gourmandise par les propagandistes chrétiens. On sait maintenant que ce qui est raconté sur Tibère ou Néron, et d'autres, relève souvent plus du roman grivois ou d'épouvante que de l'Histoire sérieuse. Mais cela n'empêche pas certains, encouragés par Hollywood, de récupérer ces ragots pour en faire des analyses, qui se répètent du reste depuis plus de deux cents ans.
En vérité, on ne sait pas de quoi on parle. Rome a évolué, a changé, il y a eu des crises, des moments d'harmonie (et d'ennui), des effondrements, des redressements, des régimes politiques fondés sur un consensus entre le Sénat et l'exécutif, ou sur l'armée, à partir du IIIe siècle, qui a eu tendance, avec un Dioclétien par exemple, ou d'autre avant lui, à transformer l'Empire en système "totalitaire", préparant ainsi la voie à l'Empire chrétien, au césaro-papisme.

Rappelons quand même, pour ceux qui rameutent les slogans de la droite bourgeoise, qu'il a existé plusieurs sortes de mariages, à Rome, que les esclaves n'avaient pas le droit de fonder une famille (et ce, bien avant la "chute" de l'Empire, et c'était même un fait de toujours), que les empereurs, durant les siècles de crises, surtout à partir de la mort de Marc Aurèle, en 180, ont fait preuve d'un courage, d'une lucidité, d'une volonté, d'une ténacité exceptionnelles, face aux invasions, aux désastres etc., et que la plupart sont morts de mort violente (mais l'Etat a tenu plusieurs siècles), que les moeurs immorales ne concernaient qu'un extrême minorité des classes possédantes, qu'en général, les Romains, du bas en haut de l'échelle, étaient des gens sobres, durs, rudes, se contentant de peu, que l'infanticide a toujours existé, à Rome - comme dans l'ensemble des peuples antiques, sauf peut-être les Juifs - et que cela n'a pas empêché la Conquête, la Gloire et le Triomphe, que s'il y a une cause qui mit en péril l'Empire, ce furent les épidémies, notamment de peste, qui ravagèrent la population. Le miracle fut qu'un tel ensemble, si disparate et immense, ait tenu autant de siècles.
Quant à savoir s'il y eut "chute", comme certains tableaux, narratifs ou picturaux, nous le font voir avec brio, il faudrait adopter une prudence de sioux. Personne de sérieux ne reprendra la date de 476. Les spécialistes ont de la peine à fixer un terminus à l'Empire d'Occident. Pour celui d'Orient, on est plus assuré, puisqu'on a la date de la prise de Constantinople, en 1453. Mais les contemporains ont longtemps eu le sentiment de continuer à vivre dans l'ensemble "romain". Il faut préciser que les masses, et même l'élite, n'avaient plus le coup d'oeil historique permettant de balayer des siècles de passé. La Rome de Théodose ne ressemblait pas du tout à celle de César, mais personne ne le savait. On pensait que la société romaine de la fin du IVe siècle avait toujours existé. Il n'y eut, pendant très longtemps, qu'une seule date à retenir, c'était celle de la conversion de Constantin, en 312. Dans certaines nations, comme la Grèce actuelle, l'Antiquité, c'est avant tout Byzance, non la République romaine. Et Clovis était encore "Consul", même si ce fut par convention - mais c'était un signe. En général, les peuples ont rarement la perception des "cassures" : ils vivent comme des grenouilles qui ne saisissent pas les changements de températures, et comme des poissons rouges pour lesquels le temps est celui du tour du bocal, et pas plus.
L'Empire romain n'a pas "chuté", il s'est transformé.
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La remilitarisation de l’Europe: qui paiera les milliards?

La remilitarisation de l’Europe: qui paiera les milliards?
Source: https://zurzeit.at/index.php/europas-aufruestung-wer-beza...
L’Europe, ou plus précisément l’UE, souhaite désormais se réarmer, mais on ne sait toujours pas qui devra financer ce programme de plusieurs centaines de milliards.
L’Europe veut consacrer plus de moyens à sa défense qu’elle ne l’a fait depuis la fin de la guerre froide. Après le sommet de l’OTAN, la voie à suivre est claire: les États membres européens doivent augmenter significativement leurs dépenses militaires au cours des prochaines années. Mais le véritable débat ne fait que commencer. Car chaque milliard supplémentaire consacré à la défense nationale doit bel et bien être financé.
Plus de sécurité coûte plus cher
Les pays de l’OTAN se sont accordés pour augmenter progressivement et sensiblement leurs dépenses de défense. L’objectif est de renforcer les capacités militaires de l’Europe et de réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis.
Le contexte géopolitique est le suivant: la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a incité l’Europe à renforcer ses capacités de défense. Parallèlement, la pression politique augmente depuis des années aux États-Unis pour que les partenaires européens de l’alliance assument une part plus importante de l’effort commun.
Mais cela soulève une question gênante : d’où viendra l’argent ?
La réalité financière
De nombreux États européens doivent déjà aujourd’hui rembourser une dette élevée, assortie d'une augmentation du coût des intérêts et ce, avec une population vieillissante. Dans le même temps, les dépenses pour les retraites, la santé, les soins et la protection du climat augmentent.
De nouvelles dépenses militaires ne peuvent donc être financées que de trois manières: par une hausse des impôts, par un nouvel endettement ou par des économies dans d’autres domaines. Une quatrième option n’existe pas sur le long terme.
C’est là tout le dilemme politique. Car si la hausse des dépenses militaires s’impose de plus en plus dans la politique étrangère, le débat sur leur financement est souvent évité.
Une telle politique de sécurité a besoin d’une économie forte
L’Europe ne peut pas garantir ses capacités de défense uniquement par l’augmentation de ses budgets. Des forces armées modernes ont besoin d’une industrie performante, d’un approvisionnement énergétique stable, d’innovations technologiques et d’entreprises compétitives.
Une économie structurellement faible rend donc également difficile toute politique de sécurité crédible.
C’est pourquoi le débat est souvent trop restreint. Il ne s’agit pas seulement du niveau des dépenses militaires, mais aussi des conditions économiques permettant de les assumer sur le long terme.
Pour l’Autriche, la question se pose de façon particulièrement aiguë. Certes, le pays est militairement neutre, mais les dépenses de défense y augmentent également. En même temps, le budget fédéral est soumis à une forte pression visant sa consolidation.
Les années à venir montreront donc si l’Europe pourra conjuguer le renforcement nécessaire de ses capacités de défense avec une politique budgétaire solide.
La sécurité n’est jamais gratuite. Ceux qui réclament plus de défense doivent donc aussi dire honnêtement comment ils comptent la financer.
18:30 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, militarisation, défense, affaires européennes |
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dimanche, 19 juillet 2026
Partis, factions et confréries: la première histoire du nationalisme égyptien

Partis, factions et confréries: la première histoire du nationalisme égyptien
par Troy Southgate
Source: https://www.facebook.com/troy.southgate
L’un des principaux mouvements nationalistes en Égypte dans les années 1920 et 1930 fut le très populaire Parti Wafd, qui avait été fondé après la Première Guerre mondiale. Le dirigeant du groupe – Saad Zaghloul (portrait) – participa à la Révolution égyptienne de 1919 qui a abouti à l’arrestation de Zaghloul et à sa déportation sur l’île de Malte. Cette révolution força finalement ses geôliers britanniques à accorder une indépendance unilatérale à l’Égypte le 22 février 1922. En effet, la Grande-Bretagne avait refusé de reconnaître la souveraineté du pays de manière plus officielle, notamment en refusant de retirer ses bases militaires du sol égyptien. Mais une fois que la puissance coloniale avait obtenu l’assurance que ses intérêts en Égypte et au Soudan resteraient intacts, Zaghloul fut autorisé à revenir. En 1923, il rédigea une nouvelle constitution et fut élu Premier ministre d’Égypte l’année suivante. Victoire inattendue: le Parti Wafd remporta 179 des 211 sièges parlementaires. Comme l’explique Panayiotis J. Vatikiotis :
« Les masses considéraient Zaghloul comme leur chef national, le za’im al-umma, le héros national intransigeant. Ses adversaires étaient tout aussi discrédités aux yeux des masses, car considérés comme des fauteurs de compromis. Pourtant, il était aussi en bout de course arrivé au pouvoir en partie parce qu’il s'était compromis avec le groupe dit du palais et accepté implicitement les conditions garantissant la sauvegarde des intérêts britanniques en Égypte» [1].
Bien qu’il ait créé un sénat et une Chambre des députés, la constitution égyptienne de 1923 permettait également au roi Fouad Ier (1868-1936) (photo) de nommer lui-même deux cinquièmes des sénateurs et de conserver le pouvoir de dissoudre le parlement. Il exerça ce pouvoir jusqu’à sa mort en 1936. Plus important encore, en raison de son rôle politique renforcé,
« les nationalistes furent contraints de lutter sur deux fronts; et tant que le roi et les Britanniques restèrent unis dans leur résistance aux objectifs nationalistes, il importait peu que le Wafd bénéficie du soutien des masses égyptiennes lesquelles demeuraient de facto impuissantes. » [2].
Cependant, les célébrations de « l’indépendance » ne devaient pas durer. Après l’assassinat du major général Sir Lee Stack (1868-1924), un officier de l’armée britannique qui était le Gouverneur général du Soudan anglo-égyptien. Cet assassinat eut lieu alors qu’il circulait dans les rues du Caire le 19 novembre 1924. Les Britanniques exigèrent des excuses publiques immédiates du gouvernement de Zaghloul, réprimèrent toutes les manifestations nationalistes dans la capitale et exigèrent le retrait immédiat de tous les officiers et unités de l’armée égyptienne du Soudan. Depuis l’époque de la dynastie du XIXe siècle de Muhammad Ali Pacha (1769-1849), l’Égypte contrôlait autrefois le Soudan, mais elle était désormais obligée de le «partager» avec ses hôtes plus puissants.
En raison de l’incertitude croissante dans le pays, Zaghloul fut contraint de démissionner et, moins de trois ans plus tard, il décéda. Son successeur à la tête du Wafd fut son lieutenant, Mustapha el-Nahhas (1879-1965) (photo), qui mena une campagne victorieuse contre le neveu de Zaghloul pour le leadership du parti. En 1928, el-Nahhas devint Premier ministre pour une courte période avant d’être démis de ses fonctions par le roi Fouad Ier, en raison de sa volonté, jugée subversive, de limiter le pouvoir de la monarchie égyptienne. Le fait qu’el-Nahhas ait également écrit au Haut-Commissaire britannique pour exprimer son opposition à la présence militaire anglaise ne lui valut pas davantage la sympathie des autorités coloniales.
Une décennie plus tard, la variante nationaliste libérale du Wafd avait décliné et, entre 1930 et 1935, le pays fut dirigé par le très répressif Hizb al-shaab (Parti du Peuple) d’Isma’il Sidqi (1875-1950) (photo). Sidqi, qui avait quitté le Wafd peu après sa création à la suite de la Première Guerre mondiale, avait lui aussi été déporté aux côtés de Zaghloul et avait servi dans son gouvernement en tant que ministre des Finances et ministre de l’Intérieur.
En 1936, Sidqi participa à une délégation multipartite pour négocier les termes du traité anglo-égyptien, mais ce dernier ne permit pas de régler le problème croissant de l’ingérence britannique dans les affaires intérieures.
Mustapha el-Nahhas, qui, rappelons-le, avait autrefois fait campagne pour le retrait des troupes britanniques d’Égypte, se rendit finalement à Londres pour signer un accord en 1936 qui accordait à la Grande-Bretagne le droit de stationner des troupes à côté du canal de Suez pour les vingt années suivantes. Le fait que l’Égypte ait rejoint la Société des Nations contribua à entretenir l’illusion qu’elle était encore une nation «indépendante», et le peuple crut donc qu’avec un nouveau parlement et une nouvelle constitution il contrôlait son propre destin:
«Les petits caractères (du texte) qui prolongeaient leur soumission furent ignorés. Nahhas rentra chez lui en héros et les garnisons britanniques en Égypte furent acclamées comme des amies» [3].
Le 29 juillet 1937, le roi Farouk (1920-1965) (photo) succéda à son père sur le trône d’Égypte. Avant même son couronnement, le jeune prince avait déjà choqué bon nombre de ses compatriotes en étalant sa richesse qui était considérable. Il possédait d’immenses domaines, plusieurs palais, des centaines de voitures et parcourait l’Europe lors de coûteuses virées pour faire du shopping. Son accession au trône détériora également les relations avec le Wafd en déclin, car il avait participé avec el-Nahhas à la fameuse capitulation de la souveraineté égyptienne, entrant ainsi dans une alliance traîtresse avec les occupants britanniques.
L’incapacité du Wafd à fournir des structures de santé adéquates à ses citoyens. Seuls les missionnaires chrétiens venus d’Europe étaient devenus la seule possibilité pour que les enfants malades et sans-abri reçoivent les soins nécessaires. Cela rendit le parti plus impopulaire que jamais. Le parti avait mis en place des comités locaux de travailleurs pour permettre à la population d’exprimer ses opinions au cœur d’une dépression mondiale et d’une crise de l’industrie cotonnière égyptienne, mais l’absence de législation efficace au niveau national fit qu’aucun progrès ne fut accompli.
S’inspirant de la montée des mouvements fascistes européens, le Wafd tenta de surpasser ses rivaux en recrutant la jeunesse. Un des moyens fut la création des Chemises bleues, un mouvement de jeunesse qui adopta le port d’uniformes et d’insignes. Ce qui pouvait sembler une innovation radicale n’était pourtant pas nouveau :
« Parmi les organisations de jeunesse paramilitaires d’Europe et du Moyen-Orient pendant l’entre-deux-guerres, les Chemises bleues furent l’une des dernières à émerger. Même en Égypte, au moins trois autres organisations principalement axées sur la jeunesse étaient apparues avant la fondation des Chemises bleues: des escadrons de Chemises noires fascistes italiens parmi les Italiens vivant en Égypte, les “escadrons scouts” des Frères musulmans, et les Chemises vertes de la Société Jeune Égypte, opposée au Wafd » [4].
En juin 1937, la hiérarchie du Wafd s’inquiétait du fait que les Chemises bleues devenaient trop militantes et décida de renforcer son contrôle sur l’organisation dans son ensemble. Mais, en fin de compte, en faisant des concessions aux Britanniques, le Wafd avait perdu le soutien populaire, ce qui se traduisit par un recul électoral du parti. En effet, comme le note Ziad Munson, le comportement conciliant du Wafd «laissa la politique égyptienne dépourvue de chef ou de parti bénéficiant d’une légitimité populaire» [5].
En 1938, une faction mécontente fit scission du Wafd pour former le Parti Institutionnel Saadiste. Entre 1945 et 1949, trois représentants saadistes – Ahmad Mahir Pacha (1888-1945), Mahmoud an-Nukrashi Pacha (1888-1948) et Ibrahim Abdel Hadi Pacha (1896-1981) – furent chacun Premier ministre égyptien.
Le 13 octobre 1933, le Parti Jeune Égypte (drapeau, ci-contre) fit son apparition et ses douze membres fondateurs publièrent leur manifeste « Principes et Programme » dans les pages du journal al-Sarkha huit jours plus tard. Le leader charismatique du groupe, Ahmad Hussein, lança le slogan « Allah, Patrie et Roi », qui exprimait clairement le mélange exalté d’islam, de nationalisme et de monarchie de la Société Jeune Égypte:
«Il invoque un nationalisme fanatique pour régénérer l’Égypte en faisant appel à sa civilisation pharaonique. Son argument simple est: si nos ancêtres ont su atteindre une si grande civilisation et une telle puissance, alors nous pouvons en faire autant» [6].
Une autre organisation importante fut la controversée Fraternité musulmane, fondée à l’origine en 1928 par Hassan al-Banna (1906-1949) et six ouvriers de la Compagnie du canal de Suez. Elle trouve ses racines dans la création de l’Association des Jeunes Musulmans (Jam’iyyat al-Shubban al-Muslimin), apparue en Égypte l’année précédente. Comme son nom l’indique, le groupe était bien plus motivé religieusement que le Wafd ou nombre de ses autres rivaux nationalistes. Al-Banna lui-même, conférencier à la plus ancienne université islamique du Caire, s’opposait fermement à l’impérialisme britannique et soutenait l’application complète de la loi islamique (charia) dans les affaires gouvernementales et judiciaires.
Si la Fraternité musulmane avait commencé comme une organisation caritative, dans les années 1930 elle prêchait le « djihad » contre les colonisateurs européens et, la décennie suivante, commettait des sabotages, des assassinats politiques et des attentats contre des postes de police. Inutile de préciser que ce mouvement allait devenir l’un des groupes les plus radicaux et intransigeants du pays.
Notes :
(1) Vatikiotis, Panayiotis J.; The History of Modern Egypt: From Muhammad to Mubarak (Weidenfeld & Nicolson, 1992), pp.279-80.
(2) Nutting, Anthony; Nasser (E.P. Dutton, 1972), pp.9-10.
(3) Ibid., p.10.
(4) Jankowski, James P.; "The Egyptian Blue Shirts and the Egyptian Wafd, 1935–1938" in Middle Eastern Studies, Vol. 6, No. 1 (January 1970), p.77.
(5) Munson, Ziad; "Islamic Mobilization: Social Movement Theory and the Egyptian Muslim Brotherhood" in The Sociological Quarterly, Vol. 42, No. 4 (Autumn 2001), p.501.
(6) Vatikiotis, Panayiotis J.; Nasser and His Generation (Croom Helm, 1978), p.68.
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Dix signes d’alerte qui annoncent le déclin d’une société

Dix signes d’alerte qui annoncent le déclin d’une société
Par Meinrad Müller
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/201946
Beaucoup se souviennent de la célèbre réplique dans Astérix et Obélix: «Ils sont fous, ces Romains». Les Gaulois de Goscinny et Uderzo observaient les légionnaires romains accomplir des choses contraires au bon sens. Non pas parce qu’ils étaient stupides, mais parce qu’ils devaient obéir aux ordres venus de Rome. On ne leur demandait pas de réfléchir, mais d’obéir.
Et aujourd’hui, qu’en est-il de nous ?
Personne ne nous hurle des ordres. Personne ne marche au pas. Mais la direction est fixée, non pas par des cris de commandement, mais par la pression. Celui qui ne suit pas est considéré comme un être problématique. Celui qui pose des questions se fait désagréablement remarquer. Alors on préfère suivre, par sécurité.
Terriblement actuel
Il y a plus de 2400 ans, le philosophe grec Socrate décrivait déjà dix signes d’alerte annonçant le déclin d’une société. Formulé simplement, mais avec force. Et c'est terriblement actuel. Pourtant, ce n’est pas un phénomène nouveau sous le soleil.
Premièrement : quand les plus bruyants décident. Ce n’est pas celui qui a les meilleurs arguments qui l’emporte, mais celui qui fait le plus de bruit. Aujourd’hui, c’est plus facile que jamais.
Deuxièmement : quand le travail rapporte de moins en moins. Certains peinent, d’autres en profitent. Au final, le travailleur se demande pourquoi il fait encore des efforts.
Troisièmement : quand les filous sont admirés. Celui qui s’en sort par la ruse est considéré comme un malin. Celui qui reste honnête, comme un naïf.
Quatrièmement : quand la morale est utilisée pour détruire autrui. Il ne s’agit plus d’être meilleur soi-même, mais de faire paraître les autres plus mauvais.
Cinquièmement : quand la réputation importe plus que le bon comportement. L’essentiel est d’avoir l’air correct. Ce que l’on fait vraiment intéresse peu.
Sixièmement : quand les enfants ne peuvent plus être des enfants. Ils doivent intervenir tôt dans les conversations, afficher une opinion tôt et aborder des problèmes que même les adultes ont du mal à résoudre.
Septièmement : quand il y a plus de compréhension pour les coupables que pour les victimes. Le dommage est expliqué de toutes les façons, la souffrance est relativisée. La responsabilité s’évapore.
Huitièmement : quand l’absurde est vendu comme normal. Ce qui autrefois faisait hausser les épaules est aujourd’hui vu comme un progrès. Celui qui doute dérange.
Neuvièmement : quand suivre le mouvement est plus sûr que réfléchir. Mieux vaut acquiescer en silence que se faire remarquer. Mieux vaut faire partie du groupe que de contredire.
Dixièmement : quand la politique devient une affaire de self-service. On promet la proximité, on vit la distance. Ceux qui paient sont toujours les mêmes.

Condamné à mort pour avoir posé des questions
Socrate posait ce genre de questions publiquement. Trop de questions, et trop dérangeantes. Il fut accusé de «corruption de la jeunesse» et d'«impiété».
En 399 avant Jésus-Christ, il fut condamné à mort à Athènes. Pas par l'épée, pas par la potence. Il dut boire la ciguë. Il le fit calmement; d’abord ses jambes flanchèrent, puis sa respiration. Son disciple Platon décrit cette mort comme une dernière leçon: rester lucide, rester calme jusqu’au bout. Il le pouvait – comme le rapporte son élève Platon – aussi parce qu’il croyait à l’immortalité de l’âme humaine.
C’est peut-être là le véritable fond de cette histoire:
Socrate n’a pas été condamné parce qu’il avait détruit quelque chose, ou une vie. Il a été condamné parce qu’il posait des questions. Et le déclin d’une société commence peut-être là où poser des questions n'est plus une posture souhaitée – mais où seulement l’approbation est tolérée. Et le renouveau commence là où l’homme reprend conscience de la dignité que son Créateur lui a offerte.
* * *
Meinrad Müller (71 ans), entrepreneur à la retraite, commente avec un clin d’œil pleine d'humour des sujets de politique intérieure, des questions économiques et de politique étrangère pour divers blogs en Allemagne. Bavarois d’origine, il aborde surtout des thèmes que la presse dominante ne mentionne pas. Ses livres de poche humoristiques et satiriques sont disponibles sur Amazon. Les contributions précédentes de Müller sur UNSER MITTELEUROPA sont disponibles ici : https://www.unser-mitteleuropa.com/?s=meinrad+m%C3%BCller .
21:21 Publié dans Actualité, Philosophie, Réflexions personnelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, déclin, philosophie, réflexions personnelles, socrate |
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samedi, 18 juillet 2026
Après le 14 juillet 2026 : où va l’armée française ?

Après le 14 juillet 2026: où va l’armée française?
par Pierre-Émile Blairon
Source: https://nice-provence.info/2026/07/17/apres-14-juillet-2026-armee-francaise/
Mardi 14 juillet 2026, une petite troupe de soldats (ils étaient 25) se réclamant de l’idéologie nazie a défilé sur les Champs-Élysées, 86 ans et un mois après les troupes allemandes qui y ont paradé le 14 juin 1940.
L’armée allemande n’avait pas vraiment été conviée à se produire sur l’iconique avenue à cette époque, mais, cette fois, les néo-nazis ukrainiens ont pu défiler grâce à l’aimable proposition du président français Emmanuel Macron dont l’invité d’honneur était le chef de cette troupe, Volodymyr Zelensky, on ne sait pas trop à quel titre, car il n’est plus président de l’Ukraine depuis le 19 mai 2024.

Encadrés par 9000 membres des forces de l’ordre, 6700 hommes de troupe défilaient et une foule d’environ 50.000 personnes assistait à cette parade, foule constituée majoritairement de touristes étrangers de passage à Paris, le QR code (en français : le sésame d’accès nominatif à la cérémonie) étant proposé dans les hôtels parisiens ; il y avait probablement aussi quelques partisans du gouvernement venus applaudir leur mentor ; les Parisiens, en général, n’avaient pas jugé nécessaire d’assister à ce show strictement contrôlé et surveillé, d’autant plus qu’ils n’y étaient pas franchement et joyeusement attendus, les organisateurs craignant que Macron et ses illustres invités européistes soient l’objet d’une bronca ou, tout au moins, de sifflets et de lazzis malveillants.

La justice aux ordres: un invraisemblable retournement
L’un des rares opposants actifs à cette manifestation incongrue, le représentant de l’association Vigie Liberté, l’avocat Amine Elbahi (photo), avait saisi le Tribunal administratif de Paris afin de contester la légalité de l’obligation d’obtenir un QR code nominatif en plus de la présentation d’une carte d’identité pour tous ceux qui voulaient assister au défilé du 14 juillet ; le Tribunal administratif avait accédé à la demande de l’association et avait « enjoint au préfet de police de Paris, sans délai, de s’abstenir de prendre en considération la présentation ou pas d’un QR code nominatif » délivré par la présidence de la République après inscription sur son site Internet pour pouvoir accéder au périmètre.
Il est 3h00 du matin. Au terme d’une audience nocturne inédite devant le Conseil d’État – une situation sans précédent dans l’histoire de la juridiction administrative – je tenais simplement à vous adresser mes remerciements.
Avec l’association @VigieLiberte, notre engagement… https://t.co/5bNfHHPyA3 pic.twitter.com/fa4aLxdApy
— Amine Elbahi (@AmineElbahii) July 14, 2026
Cette décision intervenait le 13 juillet au soir ; le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez interjetait aussitôt appel auprès du Conseil d’État, lequel se réunissait en hâte au cours de la nuit (à trois heures du matin !) afin de casser la décision du Tribunal administratif (1) et de rétablir l’obligation du QR code sous la houlette de Christophe Chantepy, militant socialiste proche de Laurent Fabius.
QR Code - 14 juillet 2026
On a connu des décisions de justice de ce grand corps d’État beaucoup moins rapides.
Le silence des agneaux étoilés
Je n’ai fait jusqu’ici qu’évoquer les différentes phases administratives d’un scénario qui n’a rien d’anodin et révèle :
- l’ampleur de la déliquescence de nos institutions et leur totale soumission au pouvoir en place qui a su placer ses pions là où il le fallait et quand il le fallait avec la complicité d’un certain nombre de députés, notamment ceux du RN, qui ont permis la nomination de Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel… pour 9 ans !
- la confirmation d’une désespérante apathie de nos concitoyens : après nous, le déluge.
et, surtout,
- le retrait silencieux et prudent de la plupart de ceux dont le devoir eut été de manifester avec force et fracas leur opposition à chacune des étapes de cette abracadabrante histoire : je veux parler des responsables de haut niveau de l’armée française en exercice, qui se sont comportés comme des moutons apeurés soucieux de rester dans le rang et, surtout, dans le troupeau : avant tout, ne pas faire de vagues pour conserver leur zone de confort et leur possibilité d’avancement dans une hiérarchie dûment balisée, ce qui signifie concrètement, pour la multitude de généraux que compte l’armée française (379 en 2025 (2)) : le nombre d’étoiles figurant sur leurs épaulettes.
D’où ce sous-titre : le silence des agneaux… étoilés.

Silence Agneaux
Enfin, la « grande muette » avait trouvé, en ce 14 juillet 2026, la signification et les fondements de cette expression, qui ne doit pas grand-chose à Sun-Tzu ni à Clausewitz, pour désigner l’armée française et son « devoir de réserve » qui permet de justifier nombre de renoncements et d’indignités. Nous sommes bien loin des héros dont l’honneur commandait de mourir pour la patrie quand leur hiérarchie se comportait servilement ; je pense à une période relativement récente de l’Histoire de France où des fonctionnaires galonnés ont voté la mort d’un Degueldre ou d’un Bastien-Thiry (3), je pense au général 5 étoiles Raoul Salan, le général le plus décoré de France, condamné à mort par contumace, et à ses adjoints, les généraux André Zeller, Maurice Challe, Edmond Jouhaud, chefs de l’OAS, je pense à ceux qui sont morts à Dien-Bien-Phu, sachant que tout était perdu, fors l’honneur, ou dans les massifs de l’Aurès en Algérie quand la France renonçait à être la France dans un territoire constitué de départements français et dans une guerre qu’elle venait de gagner contre les islamistes du FLN soutenus par le mondialisme naissant et … les Américains.
Sur le plan symbolique, prenant en compte ce qui a fait l’Histoire de France, et surtout, ceux qui l’ont faite par leur sacrifice, ce défilé du 14 juillet 2026 n’aura été rien d’autre qu’un crachat sur les tombes de nos anciens, en particulier ceux qui se sont battus contre les nazis lors de la deuxième guerre mondiale, qui seront morts… pour rien (4).

Konk - Morts-pour-rien
Les généraux résistants
Georges Gourdin a écrit sur ce même site, une série d’articles dénonçant le projet de Macron concernant ce 14 juillet qui s’est finalement déroulé comme il l’a voulu.
Il est vrai que les généraux qui osent s’exprimer ne sont pas, sauf exception, des généraux d’active et il est vrai aussi qu’il n’y a pas que des généraux qui se lèvent et qui se sont levés contre cette infamie du 14 juillet 2026. Ce sont eux qui ont sauvé l’honneur de leur corporation qui est aussi l’honneur de la France en manifestant publiquement leur désaccord sur l’organisation et, surtout, sur l’état d’esprit de ceux qui ont voulu que cet événement ait lieu dans de telles conditions.
Le 9 juillet, le site « Place d’armes » a publié une tribune (5) signée par de nombreux généraux invitant à soutenir sa position concernant l’organisation de cette cérémonie dont je vous donne ci-après un extrait : « Le 14 juillet est le symbole de l’ensemble de notre histoire. Il manifeste notre souveraineté et l’unité du peuple français. Cette journée rappelle les grands événements fondateurs de notre République et rend aussi hommage à tous ceux qui ont servi la France, tout au long de notre longue histoire, parfois au prix de leur vie. C’est pourquoi elle est, et ne peut être rien d’autre, que notre fête nationale.

Le défilé militaire sur les Champs-Élysées est l’un des temps forts de cette célébration. Il met à l’honneur les femmes et les hommes des armées françaises, leur professionnalisme, leur engagement et leur dévouement au service de notre peuple. Ce défilé de citoyens en armes appartient à tous les Français, quelles que soient leurs opinions politiques.
Or le choix des autorités actuelles de donner une dimension idéologique à cette manifestation nationale, s’avère en contradiction absolue avec sa nature fondamentalement unitaire. Une très large part du pays voit dans cette déviance une volonté de transformer notre fête nationale en promotion d’un engagement idéologique qui n’a fait l’objet d’aucun assentiment des Français, ni par la voie référendaire, ni par ses représentants. Une telle orientation peut être perçue comme un détournement de l’esprit du 14 juillet et l’instrumentalisation de nos armées à des fins politiques. »
Sur ce même site, j’ai relevé dans les commentaires qui répondaient à un article intitulé :
Silence dans les rangs… même après la retraite ? celui-ci :
« Il y a très longtemps que je déplore que les généraux n’expriment pas leur opinion sur la marche du pays et sa défense en particulier. Selon moi, leur manque de courage est la principale raison à cette situation. Depuis 1962, ils ont appris à se taire sous peine de sanctions. Ils sont donc devenus de hauts fonctionnaires avec tous les avantages qui vont avec ce statut. Pourtant, ils sont en charge de la défense du pays, c’est‑à ‑dire d’un domaine vital et donc existentiel. Peut-on leur faire confiance ? Chacun peut répondre en son âme et conscience. »

Le général Roure, Saint-Cyrien, docteur d’État en sciences politiques, intervenant sur Omerta le 14 juillet 2026, n’a pas manqué de remettre les pendules à l’heure : « Le 14 juillet, c’est la fête de la Nation, de toute l’histoire de France, du peuple français, elle revêt une dimension sacrée, ce n’est pas la République qui est célébrée, c’est le peuple français (6). »

Le général Coustou, dont on connaît le franc-parler a, lui aussi, apporté son commentaire éclairé en s’interrogeant sur la légalité de « l’ukrainisation » de notre fête nationale en faveur du pays le plus corrompu du monde et dont l’idéologie se réfère à son passé nazi, et en rappelant que ce sont les Russes qui ont libéré la France alors que les Américains étaient là, comme à leur habitude, pour faire du commerce, évoquant l’épisode de l’Amgot, Allied Military Government of Occupied Territories, une structure mise en place par les Américains à la fin de la guerre, qui déniait toute souveraineté à la France en y établissant un protectorat américain (7).
J’avais évoqué, dans mon précédent article (8), les possibilités d’une renaissance européenne qui ne pouvait échapper à une cruelle étape : celle où les dernières âmes vaillantes que compte notre pays allaient désespérer de tout avant de se réarmer, mentalement dans un premier temps, et d’entamer une remontée salutaire.
Entre torpeur et gloire, entre orages apocalyptiques et sacrifices sublimes de quelques-uns qui ont gardé la nuque droite et le sens de l’honneur, ce qui ne veut plus rien dire pour la grande majorité de nos concitoyens, le destin de la France est de se situer au centre de ce maelström, comme elle l’a toujours été, et d’en déterminer le mouvement pour en faire ressurgir un nouveau cycle.
Pierre-Émile Blairon
Notes:
[1] Au J.O du 17 janvier 2025 figurent plusieurs arrêtés portant sur les effectifs des militaires pour 2025. Pour rappel, la LPM prévoyait que les effectifs du ministère des armées s’élèveront à 274 936 équivalents temps plein en 2025 hors apprentis, volontaires du service militaire volontaire et effectifs éventuellement nécessaires au service national universel.
L’arrêté du 14 janvier 2025 fixe ainsi les plafonds des effectifs des militaires appartenant à certains corps d’officiers :
-Général de division, vice-amiral et personnel militaire de rang correspondant : 160
-Général de brigade, contre-amiral et personnel militaire de rang correspondant : 219
Total : 379
Si l’on compte 5 600 généraux en retraite, cela ne fait pas loin de 6 000 généraux français (5 600 en retraite + ~ 380 d’active), autrement dit quelques dizaines de milliers d’étoiles.
(Source : Ouest-France, 19 janvier 2025)
[2] On sait que des cadres du parti nazi ont été remis en selle par les Américains à la fin de la guerre en participant à la création de l’Union européenne et en y obtenant des postes ; voir mon article du 13 août 2025, Nos dirigeants européens sont-ils des créatures façonnées par les derniers nazis survivants, inclus dans mon livre Haute Trahison, Amazon 2026, page 121.
[3] https://www.place-armes.fr/post/le-14-juillet-doit-rester...
[4] https://www.resiste.info/article/ce-que-dit-vraiment-le-1...
[5] https://www.youtube.com/watch?v=WoS7q9vm2dI
[6] Je parlais évidemment de la véritable Europe, celle des peuples, et non pas de l’Europe américano-sioniste de Bruxelles, celle de madame Ursula Von der Leyen qui disait que les valeurs de l’Europe sont celles du Talmud, une « Europe » virtuelle qui est aussi celle d’Emmanuel Macron, formé à l’école américaine des Young global leaders.
[7] Le GÉNÉRAL ANDRÉ COUSTOU RÉVÈLE CE QUI L’INQUIÈTE LE PLUS SUR LE 14 JUILLET: https://www.youtube.com/watch?v=WoS7q9vm2dI
[8] Je parlais évidemment de la véritable Europe, celle des peuples, et non pas de l’Europe américano-sioniste de Bruxelles, celle de madame Ursula Von der Leyen qui disait que les valeurs de l’Europe sont celles du Talmud, une « Europe » virtuelle qui est aussi celle d’Emmanuel Macron, formé à l’école américaine des Young global leaders.
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DVD: Le Mage du Kremlin - Un thriller politique et ses arrière-plans de realpolitik

DVD: Le Mage du Kremlin - Un thriller politique et ses arrière-plans de realpolitik
Werner Olles
En 2019, le journaliste américain et spécialiste de la Russie Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) se rend à Moscou pour y rencontrer l’ancien conseiller de Poutine, Vadim Baranov (Paul Dano), qui s’est retiré de la vie politique officielle. Dans sa datcha, Baranov raconte à Rowland son histoire, qui commence au début des années 1990, après l’effondrement du communisme soviétique. Fils d’un bureaucrate loyal au parti, il se jette dans la vie bohème en tant que metteur en scène de théâtre d’avant-garde et profite des nouvelles libertés. Lors d’une fête, il fait la connaissance de l’artiste Ksenia (Alicia Vikander), avec qui il entame une relation. Ensemble, ils montent des pièces de théâtre et fréquentent les cercles des oligarques nouvellement enrichis, parmi lesquels Dmitri Sidorov (Tom Sturridge), l’ami extraverti et adepte du luxe de Baranov. Sidorov séduit Ksenia, qui quitte alors Baranov.
Mais Baranov s’adapte lui aussi à la nouvelle époque. Alors que le président Boris Eltsine, marqué par l'alcoolisme, devient de plus en plus incapable de gouverner, les oligarques, sous la direction de Boris Berezovski (Will Keen), prévoient de s’emparer du pouvoir. Ils soutiennent la réélection d’Eltsine en échange de la privatisation de la télévision d’État. Baranov commence alors à produire des émissions de téléréalité vulgaires et finit par être nommé directeur de la télévision par Berezovski.
Lorsque Eltsine, après plusieurs crises cardiaques et des défaillances totales en public, ne peut plus rester en place, Berezovski propose le chef du KGB, Vladimir Poutine (Jude Law), comme successeur. Mais, au lieu d’être la marionnette qu’attendaient les oligarques, Poutine leur arrache froidement le pouvoir, pousse la plupart d'entre eux à l’exil ou les fait arrêter. Sidorov est lui aussi arrêté, tandis que Baranov devient le conseiller de Poutine, chef de la propagande et organisateur impitoyable, au service du maintien au pouvoir du nouveau « tsar ». Lorsqu’il revoit Ksenia à Moscou, qui s’était séparée de Sidorov après seulement quelques mois, ils se remettent ensemble.
Au début du conflit ukraino-russe en 2024, les États-Unis et l’Union européenne interdisent l’entrée sur leur territoire à Baranov. Peu avant l’entrée en vigueur de cette sanction, il s’envole avec Ksenia pour un week-end à Stockholm. Il lui avoue s’être opposé à toutes les interventions militaires, mais les avoir tout de même organisées au final. Ksenia lui confie qu’elle attend un enfant de lui. Peu après, la carrière de Baranov décline et il se retire de la politique. Berezovski, qui a souffert de son exil, est retrouvé mort dans sa maison à Ascot.
Dans sa datcha, Baranov confie à Rowland que sa petite fille est son plus grand bonheur, après avoir sacrifié tant d’années à la politique. Il fait ses adieux à Rowland et le regarde partir en voiture. Soudain, quelqu’un lui tire une balle dans la tête par derrière.

Le thriller politique Le Mage du Kremlin (en anglais: The Wizard of The Kremlin) est tiré du roman éponyme de Giovanni da Empoli, que le réalisateur Olivier Assayas adapte à un rythme effréné, retraçant le parcours de la Russie, de la fin de la guerre froide à la montée en puissance d’un agent du KGB jusque-là méconnu puis jusqu’au poutinisme des années 2010. On insiste sur le caractère fictif de l’œuvre, mais la reconnaissance des faits et surtout l’immersion dans la machinerie du pouvoir poutiniste sont impressionnantes. Jude Law, connu plutôt pour des comédies romantiques, incarne Poutine avec une froideur glaçante. Cependant, le film ne tourne pas autour de lui: il n’apparaît qu’au bout d’une heure, car le personnage principal est Vadim Baranov, inspiré de l’ancien conseiller de Poutine et « magicien du Kremlin » Vladislav Sourkov, génie de la manipulation et du jeu politique. Paul Dano interprète ce personnage avec beaucoup de retenue, presque effacé, parlant dangereusement bas, philosophant sur l’inutilité de convertir l’ennemi à son propre récit, et l’efficacité supérieure de le déstabiliser par des jeux de confusion, des informations et opinions contradictoires.
Sourkov, né en 1964 en Tchétchénie – son père est tchétchène –, a reçu le nom de famille de sa mère russe et, après son service militaire, a étudié l’économie à la nouvelle université internationale de Moscou, avant de devenir l’un des plus importants et mystérieux stratèges du Kremlin. Il fut chef de l’administration présidentielle, vice-premier ministre et conseiller d’État de première classe entre 2011 et 2013. Dans ses dernières fonctions, il conseillait le président sur les zones de conflit: Ukraine, Abkhazie et Ossétie du Sud. Début 2020, le «Poutinator», stratège aussi puissant que dangereux, fut relevé de ses fonctions, mais cela ne constitua pas une rupture selon lui. Simultanément, parut dans la Nesavissimaya Gazeta son essai très discuté, L’État durable de Poutine, où il présente la gouvernance de Poutine comme une «nécessité fatale».

Dès 2009, sous le pseudonyme Nathan Doubovitski, il avait publié le roman Près de zéro, qui dressait un tableau sombre de la Russie postcommuniste et dénonçait impitoyablement les dysfonctionnements. Dans une interview à la Literatournaya Gazeta, le célèbre écrivain russe Viktor Erofeïev a révélé que Sourkov en était l’auteur; l’ouvrage, salué pour ses qualités littéraires, a été dédicacé par Sourkov à Erofeïev.
En Occident, Sourkov est toujours considéré comme le chef idéologue du Kremlin, le «troisième homme de l’État», l’«éminence grise» et le véritable fondateur du poutinisme. Il est encore sur la liste des sanctions des États-Unis et de l’UE, mais il a néanmoins participé au sommet du format Normandie à Berlin en 2016, accompagnant Poutine, démonstration claire de force et de mépris envers l’Occident et l’UE. Il perçoit l’UE comme un «ensemble gonflé et sans capacité de décision, qui finira sans doute par se désagréger», tandis qu’il décrit le cœur géopolitique de la Russie ainsi: le pays «s’étend aussi loin que Dieu le permet !».
Pour lui, le monde russe s’étend là où l’influence russe agit. Sourkov souhaite «morceler l’Ukraine en ses parties naturelles», et estime que Trump, aux États-Unis, est plus proche de Poutine que des dirigeants européens.
Dans ce contexte, il esquisse un «Grand Monde Nordique», fondé sur un code méta-culturel commun entre la Russie, l’Europe et les États-Unis, ce qui n’est pas sans rappeler le concept «Eurosibérie» de Guillaume Faye, tandis que la ligne officielle russe privilégie de bonnes relations avec le Sud global, ce qui correspond davantage à ses origines multiethniques.
Dans une interview au Financial Times, il comparait Poutine en 2021 à l’empereur romain Auguste et affirmait que la Russie avait besoin d’un tsar: «Une surdose de liberté est fatale à l’État!». La mission d’un État fort est de limiter «l’entropie sociale». Ainsi, le système politique russe est pour lui un «réacteur social bien fonctionnel», dont la surpression, due à des expériences libérales, serait dangereuse.
Pour Sourkov, les années 2000 en Russie étaient un âge d’or, lors duquel le pays s’est remis du chaos des années 1990 et du traumatisme de la perestroïka. Le dollar serait le «virus du chaos» et l’Ukraine «un quasi-État artificiel qu’il faut démanteler en ses parties naturelles!». Sourkov, qui avait des contacts avec les « Loups de la nuit », les « national-bolcheviks » de Limonov et Douguine (finalement interdits), et avec Prigojine, le chef du groupe Wagner mort dans le crash de son hélicoptère, estime que le libéralisme occidental est devenu un théâtre libertaire qui crée sans cesse de nouveaux «opprimés» à libérer. Ainsi, selon lui, le libéralisme déplace les vrais problèmes – immigration massive, criminalité et pauvreté – vers des questions fictives telles que la diversité de genre et la libération sexuelle. Mais la Russie, dit-il, a vaincu le libéralisme dès le début des années 2000.
Sourkov n’affirme pas que le modèle russe soit meilleur, mais seulement que c’est le plus pratique dans les circonstances actuelles. Les rumeurs sur sa personne sont nombreuses, et il est si fascinant et complexe que l’Occident ne veut pas entendre ou ne peut pas comprendre ce qu’il dit ouvertement.
Au début du conflit ukraino-russe, il a été dit qu’il était assigné à résidence pour détournement présumé de fonds dans le Donbass. Plus tard, des chaînes Telegram ont annoncé qu’il avait fui la Russie. Réponse de Sourkov: «Je n’ai pas connaissance de mon départ!». Le Kremlin n’a confirmé ni l’assignation à résidence, ni la fuite. Selon ses propres dires, il vit toujours à Moscou – malgré toutes les rumeurs –, menant une vie d’intellectuel privé à l’occidentale, avec champagne et poésie beat. La fin du film est donc bel et bien fictive, mais elle reflète tout ce que l’Occident préfère refouler dans son propre système.
DVD : Le Mage du Kremlin. Constantin Film/Leonine 2026. Durée: 140 minutes.
19:43 Publié dans Cinéma, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vladislav sourkov, russie, film, cinéma |
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vendredi, 17 juillet 2026
La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère

La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Tucker Carlson, républicain fidèle depuis 35 ans, quitte le parti et veut contribuer à la création d’une troisième force. Il ne souhaite pas se présenter lui-même. Ce n’est pas sa personne qui importe, mais la question que soulève sa rupture: qui définira à l’avenir ce que signifie «America First» – et quelles seront les conséquences pour ceux qui comptent sur les garanties de sécurité américaines?

La comparaison avec Elon Musk s’impose, mais elle mène à des diagnostics différents. La rupture de Musk en 2025 concernait le récit fiscal du trumpisme – la dette et les déficits restant élevés malgré la rhétorique des réformes. Son «America Party» est aujourd’hui largement hors-jeu. La rupture de Carlson touche la deuxième grande colonne de l'édifice trumpien: la promesse de mettre fin à l’interventionnisme militaire. La guerre contre l’Iran a réduit cette promesse à néant.
L’alliance qui en découle n’est plus seulement une rhétorique de talk-show, elle revêt désormais une réelle substance politique: Républicains et Démocrates votent parfois ensemble au Congrès contre l’escalade militaire. Marjorie Taylor Greene, jadis alliée la plus fidèle de Trump, explore publiquement les possibilités de créer un parti «authentiquement centré sur l’Amérique».
À droite, la résistance vient du rejet des guerres de changement de régime et de l’attachement à Israël; à gauche, elle puise dans l’ancienne critique du complexe militaro-industriel et du lobby israélien à Washington. Ce qui unit surtout les deux camps: la colère contre un establishment de politique étrangère qui, au-delà des clivages partisans, poursuit la même ligne. Sur la migration, l’avortement ou les impôts, rien ne les rapproche – c’est une coalition de rejet, pas un parti.
Ce qui importe, c’est de savoir si cette rupture est cyclique ou structurelle. Les chiffres penchent pour la structure: 45% des Américains s’identifient désormais comme indépendants – un record, Républicains et Démocrates n’atteignant chacun que 27%. Sur l’Iran et Israël, la ligne de fracture ne passe pas entre les partis mais en leur sein: 85% des républicains de plus de 50 ans soutenaient l’intervention militaire contre l’Iran, contre seulement 58% des moins de 50 ans. Concernant Israël, déjà 57% des jeunes républicains ont une opinion négative du pays – contre la ligne du parti.
Pour nous, cela confirme ce que nous savions déjà, ce n’est pas une surprise. Le consensus en politique étrangère auquel la politique allemande s’est si longtemps soumise – la loyauté envers l’alliance avant les intérêts propres, la politique de sanctions au lieu d’un partenariat énergétique pragmatique avec la Russie, sur le gaz de laquelle notre prospérité a reposé pendant des décennies – n’a jamais résulté d’une large majorité américaine. Il s’agissait d’un projet de l’establishment de Washington, soutenu par les think tanks, les groupes de pression et un appareil de sécurité qui traverse les deux partis. Que ce soient justement des pans entiers des Républicains et des Démocrates qui se soulèvent désormais ensemble contre cet appareil montre que la ligne prétendument inévitable du transatlantisme a toujours été un choix politique – pas une fatalité.
Pour le débat allemand, cela signifie: ceux qui continuent de subordonner leurs propres intérêts – économiques comme diplomatico-militaires – au consensus d’un establishment qui perd lui-même du terrain aux États-Unis, ne défendent plus un partenariat stratégique, mais une fiction d’inéluctabilité que même les Américains remettent de plus en plus en question.
Carlson ne fondera probablement pas de parti. Mais il montre que le consensus auquel Berlin s’est si longtemps soumis est plus fragile dans son propre pays d’origine que les atlantistes allemands ne veulent bien l’admettre.
#géopolitique@global_affairs_byelena
18:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, tucker carlson |
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Sur le déclin de la civilisation occidentale

Sur le déclin de la civilisation occidentale
par Pierluigi Fagan
Source : Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della...
Arlacchi, dans Il Fatto, a écrit un article d’analyse sur les relations entre la civilisation occidentale en déclin et le groupe ascendant des civilisations aujourd’hui appelées « Sud global », même si certaines sont plutôt à l’est qu’au sud.
Il a cité Arnold Toynbee (illustration), historien dont le nom est particulièrement lié à l’étude des civilisations. Toynbee soulignait que les civilisations meurent plus par suicide que par homicide, il aurait aussi pu dire par inadaptation progressive.
Le cycle d’une civilisation prévoit une naissance et une affirmation, une expansion, le début des contradictions d’adaptation qui accompagnent le déclin, puis la fin de la civilisation, qui se dissout dans d’autres systèmes et se reformule après un certain temps, mais de façon difficilement reliée à l’histoire précédente. Le sommet de la courbe d’adaptation, là où se terminent les « temps d’or » et où commence le déclin, est simplement dû au fait que le temps passe et modifie le contexte dans lequel la civilisation a prospéré.
Les civilisations semblent aveugles à ce changement de contexte: elles ne s’en rendent pas compte ou, plus souvent, le refusent, et entrent ainsi progressivement en inadaptation parce qu’elles ne changent pas alors que tout autour d’elles change. Toutes les formes de vie sont soumises aux règles de l’adaptation, mais les civilisations ne sont des sujets qu’au sens métaphorique: ce sont des systèmes acéphales et inconscients, sans corps biologique unitaire.

Si l’on considère les élites du système qui gouvernent ou administrent les destinées d’une civilisation, dans la phase de déclin on observe une faible production de leaders, une absence de nouvelles idées, une insistance obstinée à appliquer les méthodes qui ont fait la grandeur de cette civilisation, comme si le problème était quantitatif et non qualitatif.
Il faut dire que les élites du système se trouvent dans un conflit d’intérêt ontologique. Les adaptations nécessaires sont structurelles, c’est-à-dire qu’elles exigent de changer les modalités par lesquelles les élites ont été élues ou se sont maintenues. Il est donc évident qu’elles ne seront pas enclines à réformer le système. De plus, être une « élite » ne signifie rien d’autre que s’être bien adapté dans un système, cela n’implique pas de bien comprendre ce qu’est ce système, sa dépendance au contexte et, le cas échéant, dans quel sens et comment le changer.
Dans le déclin, les sociétés accumulent des dysfonctionnements et des contradictions, des peurs et des malaises que des leaders occasionnels tentent d’exploiter pour accéder au pouvoir. Même ceux qui partent avec des intentions sincères, bien que vagues, de changement, finissent aspirés par l’inertie des habitudes, trahissant leurs intentions initiales.



Il faut aussi dire que la société elle-même a son inertie propre. Dans son étude de 2020, le psychologue social John T. Jost a analysé précisément les mécanismes de cette inertie, avec sa «théorie de la justification du système». En bref, outre les élites en conflit d’intérêts avec le changement, ce sont souvent les couches les plus basses de la société qui soutiennent les élites par peur du changement. Même lorsque les choses vont mal, on trouve souvent de multiples moyens de s’adapter, condition qui, bien que pénible, est préférée à l’inconnu d’un changement radical, auquel ces couches sociales ne peuvent même pas penser, encore moins le maîtriser.
Mais réfléchir à de telles questions complexes est difficile pour tous. Les intellectuels sont structurellement liés au succès de théories, d’idées, de livres, d’articles, qui leur permettent d’obtenir des chaires et de la reconnaissance, étant donné qu’ils doivent trouver un public et que ce public pense au contingent, ils se consacrent donc peu et mal à ces études.
En outre, la formation disciplinaire produit des « experts » en économie, géopolitique, sociologie, histoire, philosophie, écologie, etc., à qui manque systématiquement la vision d’ensemble de choses qui, par nature, sont « tissées ensemble » (cum-plexus).

Enfin, les élites du système (et elles ne sont pas si peu nombreuses, car la part de la société ayant des intérêts divers à divers niveaux dans le fonctionnement du système en place atteint jusqu’à un quart de la population; le fameux «1%» est une simplification journalistique, non le fruit d’une véritable analyse sociale), ostracisent de multiples façons toute pensée non conforme. Plus les choses vont mal, plus la liberté d’opinion se réduit, et l’on voit surgir des excommunications et des ostracismes. L’Inquisition est apparue à « l’automne du Moyen Âge ».
L’intellectuel travaille avec l’intellect, mais au-delà de cette particularité, il doit gagner sa vie ils ne sont certainement pas favorisés, qui peuvent se permettre une réelle liberté de pensée. Enfin, même l’intellectuel le plus libre ou courageux doit s’aligner sur le niveau culturel, psychique et émotionnel-rationnel de son public, sinon il prêche dans le désert, jusqu’à être «redécouvert» quelques décennies ou siècles plus tard.
Actualisant l’analyse à notre époque, définir quand a commencé la courbe descendante de notre civilisation est complexe. Tout événement, surtout d’une telle portée, est la confluence de différentes lignes causales et la causalité est toujours plurielle ; seuls des intellectuels enfermés dans leur discipline et ignorants d’autres points de vue, d’autres objets du système complexe qu’est la vie en société, s’accrochent à l’événement x ou à la cause y liée au sujet z dont ils sont spécialistes.

Cependant, on peut faire remonter le début avéré du déclin aux années 1980. Un peu avant, un peu après, ont commencé les problèmes écologiques et le déclin démographique, et même la reproduction standard (au moins 2,1 enfants par couple) a commencé à baisser, tandis que la part de population non occidentale augmentait fortement. Nous étions un tiers de la population mondiale au début du XXe siècle, aujourd’hui à peine un sixième, et à l’avenir encore moins.
Les mouvements sociaux et culturels de la fin des années 1960 et 1970 ont effrayé les élites qui, conscientes d’aller vers des temps difficiles, ont commencé à saboter la précédente et élémentaire forme de démocratie, combattant de multiples façons toute participation politique active et réduisant le pluralisme à un bipartisme convergeant vers le centre.
L’idéologie néolibérale commence à s’imposer (en réalité née plus de cinquante ans plus tôt, mais cultivée en silence avec cette « patience stratégique » que les élites savent parfois avoir, contrairement au peuple) et, peu après, arrive la « mondialisation » pour l’ensemble du monde et la «financiarisation» pour les détenteurs de capitaux occidentaux, d’où le début de courbes inédites d’inégalités croissantes.
Le reste du monde a profité de cette soudaine ouverture des capitaux et des délocalisations et, s’appropriant les principes de l’économie moderne, a développé sa propre voie de développement, formant de nouvelles «puissances» et «zones de marché» non occidentales. Ce sont des systèmes qui ont devant eux des décennies de croissance naturelle, alors que l’Occident a désormais ce fameux «brillant avenir derrière soi».

À noter, comme nous l’avions déjà relevé précédemment, que cette importante reformulation de l’économie occidentale se traduit par des indices de croissance générale de plus en plus faibles, avec deux crises majeures, l’une en 2008-09 et l’autre pendant la Covid, plus la formation et l’explosion répétée de bulles numériques. On peut mettre en parallèle la forme toujours plus désespérée de totalitarisme économique qu'adopte le néolibéralisme avec le fait que l’économie productive fonctionnait de moins en moins bien alors que la finance prospérait sur le nouveau marché mondial.
À côté de ces dynamiques désormais anciennes, les graphiques montrent un appauvrissement progressif de la classe moyenne, poussée vers le bas, avec précarisation, sous-emploi, réduction du pouvoir d’achat.
Dès lors, après quelques guerres ici et là, des provocations envers la Russie qui réagit en culbutant la table ukrainienne et donc les fragiles équilibres du droit international, avec la crise environnementale et climatique, avec la réaction désordonnée à la SARS-Covid (comme si le problème n’avait pas été annoncé et largement prévu depuis la fin des années 1990), avec le coup de force en Syrie, à Gaza, dans le détroit d'Ormuz et avec l'Iran, jusqu’au récent lancement de la «Révolution Industrielle de la Défense» pour laquelle les personnes âgées européennes doivent céder une partie de leur richesse sans que l’on comprenne rationnellement pourquoi.
Au niveau des dirigeants, la séquence Bush père, Clinton, Bush fils, Obama, Trump illustre bien le déclin américain, qui est aussi culturel, au sein de la société américaine. En Europe, le dernier leader a été Merkel (aussi peu que cela puisse nous plaire idéologiquement), les Britanniques ont enchaîné une série de dirigeants improbables après avoir cru pouvoir se détacher de l’UE pour vendre des « services » au reste du monde en croissance, se trompant lourdement. Macron a tenu la dernière tranchée française avant l’arrivée d’une droite dont les programmes réels demeurent encore inconnus, quant à l’Italie, n’en parlons pas.
Dans tout cela, depuis la chute de l’URSS en 1991, la « gauche » social-démocrate, socialiste, communiste s’est soit transformée en libéralisme progressiste cantonné aux seuls droits civils (car les droits sociaux sont en contradiction avec le libéralisme), soit littéralement volatilisée, faute d’une idéologie articulée qui ne soit pas héritée de systèmes de pensée remontant à la seconde moitié du XIXe siècle.
En revanche, la droite a refleuri sous diverses formes et est aujourd’hui plus prospère que jamais, s’alimentant de peurs — et aujourd’hui, les peurs sont abondantes. Une brève et éphémère saison de ce qu’on a qualifié de «populisme» a joué le rôle d’un apparent dissensus, sans aucune substance, dilapidant l’énergie sociale.
En général, les critiques choisissent des cibles faciles comme tel ou tel leader, vendu, inapte, déséquilibré ou autre, mais les leaders ne sont que l’expression d’une partie du peuple. Ce sont les Occidentaux qui sont l’âme du déclin; une civilisation décline dans son ensemble, dans tous ses aspects, car c’est un «système», sinon il y aurait rupture et rébellion, ou du moins friction. Mais s’il est une chose qui caractérise ces dernières décennies, c’est le quiétisme social total.

D’ailleurs, en l’absence de la fonction politique d’une gauche historiquement alternative au système en place — la droite n’ayant jamais su formuler autre chose que conservation, tradition, ordre, hiérarchie, un peu de haine et un silence-assentiment envers le capitalisme —, le centre informe a eu la tâche facile.
Le déclin culturel a été parallèle et mériterait un post à part entière. La seule forme culturelle qui semble en relative bonne santé est la pensée technique et, en partie, la pensée scientifique (davantage techno-scientifique que scientifique à proprement parler), mais la seule véritable «innovation» de la seconde moitié du XXe siècle est celle de l’info-numérique, dont l’impact économique reste à mesurer (bien moindre que promis pour des raisons purement publicitaires qui nourrissent des bulles financières), dont l’impact sur l’emploi est nettement négatif, et culturellement proche de la dystopie. De plus, pour l’Occident, concentré entre très peu de mains américano-monopolistiques, même Adam Smith en serait horrifié.
On se dirige ainsi vers une triste «fin de partie» où les personnes âgées européennes veulent se réarmer (?), la démocratie, même relative, est en coma profond, l’Occident tout entier se réduit à des intérêts financiers étroits et stratégiquement pilotés vers la pire configuration socioculturelle américaine de l’histoire, la « culture » générale a largement régressé, personne ne sait comment relancer l’économie.
Comme beaucoup le savent, l’histoire ne produit pas de lois et les cinq mille ans de civilisation ne sont rien comparés aux trois millions d’années de l’espèce humaine; si, jusqu’à aujourd’hui, les civilisations sont nées, se sont développées, puis ont décliné plus ou moins rapidement jusqu’à l’effondrement ou la lente disparition, rien ne dit qu’il soit impossible de trouver un moyen de changer profondément pour éviter une inadaptation catastrophique.

Cependant, que ceux qui pensent que l’histoire peut se résumer à une heure et demie de film américain où l’on mange du pop-corn en regardant des catastrophes se préparent: le déclin peut durer des décennies déchirantes, et celui qui regarde n’est pas hors du film, il est le film.
Pour tenter de sauver notre civilisation, il faut du temps, de la patience, des compétences très larges et diffusées, une imagination réaliste, des cycles d’idées-pratique avec essais-erreurs-recommencements. Moins «d’intelligence» artificielle, plus d’intelligence humaine partagée.
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jeudi, 16 juillet 2026
Le nouveau type biologique - Gottfried Benn sur l’histoire au-delà de la démocratie

Le nouveau type biologique - Gottfried Benn sur l’histoire au-delà de la démocratie
Constantin von Hoffmeister
Source: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type
Le poète allemand Gottfried Benn (1886-1956) soutient que l’histoire n’avance pas par le choix démocratique ou le consensus public, mais par des forces élémentaires qui surgissent lors de tournants décisifs. Selon lui, les grandes transformations historiques n’émergent jamais des votes ou des débats. L’histoire fait plutôt naître ce qu’il appelle un nouveau type biologique, une génération qui incarne des énergies nouvelles et prend sur elle la tâche de façonner une nouvelle ère. Ce nouveau type n’est pas invité à participer, mais contraint d’agir, de supporter les épreuves et de traduire l’idée directrice de sa génération dans la réalité de son temps. Pour Benn, l’histoire exige la fermeté plutôt que l’hésitation, demandant aux individus d’obéir à ce qu’il considère comme la loi fondamentale de la vie par l’action et le sacrifice.

Selon Benn, chaque fois qu’un tel type humain nouveau fait son entrée dans l’histoire, les arrangements sociaux existants cèdent inévitablement la place. Les hiérarchies établies sont écartées, les anciennes élites perdent leur position privilégiée, et les traditions intellectuelles qui semblaient autrefois permanentes commencent à s’effacer. Il présente ce processus comme ni accidentel ni évitable, mais comme la conséquence naturelle du renouveau historique. Plutôt que de considérer ces bouleversements comme des tragédies, Benn les interprète comme des signes visibles de la fin d’une époque historique et du début d’une autre, où de nouvelles formes remplacent celles qui ont épuisé leur force créatrice.
Benn s’adresse également à ce qu’il perçoit comme la génération montante, présentant sa conviction intérieure comme une force supérieure à toute puissance matérielle. Il oppose cette énergie juvénile à une classe intellectuelle plus âgée qui, selon lui, a atteint les limites de sa capacité créatrice. Il décrit cette classe comme ne survivant plus que sur les fragments de réalisations passées, tout en tournant son attention vers le confort, la richesse et le respect social, au lieu des idéaux supérieurs. Les symboles de la réussite bourgeoise, comme les maisons luxueuses et les voitures onéreuses, deviennent chez Benn la preuve d’une civilisation qui a troqué la vision contre la satisfaction matérielle. Il exhorte donc la nouvelle génération à ne pas gaspiller ses forces en débats sans fin, mais à se consacrer à la construction d’un nouvel ordre politique.
Les concepts de forme et de discipline occupent une place centrale dans la pensée de Benn. Il les présente comme les fondements essentiels sur lesquels toute civilisation durable doit reposer. À ses yeux, l’autorité politique et la création artistique ne sont pas des forces opposées, mais des expressions complémentaires du même élan civilisationnel. L’ordre, le style, la discipline et l’accomplissement artistique forment ensemble le cadre à l’intérieur duquel un peuple peut façonner son destin. Benn voit donc l’avenir reposer sur deux piliers indissociables : l’État comme organisateur de la vie collective et l’art comme son expression spirituelle suprême.
Benn avance en outre que le pouvoir politique possède une fonction formatrice et non pas seulement coercitive. Selon lui, l’État affine l’individu en réprimant l’impulsivité, en donnant à la personnalité structure, clarté et stabilité. Il emploie un langage artistique pour décrire cette transformation, suggérant que le pouvoir rend l’individu capable d’expression artistique en imposant une forme là où régnait auparavant le désordre. L’autorité politique devient donc, dans la conception de Benn, un instrument par lequel le caractère humain est discipliné et élevé jusqu’à pouvoir participer à un ordre culturel supérieur.
Pourtant, Benn soutient finalement que même l’État le plus fort ne peut accomplir l’acte ultime de la création artistique elle-même. Le pouvoir politique peut préparer les individus en cultivant la discipline, la structure et la disponibilité, mais la véritable réalisation artistique demeure hors de la portée du gouvernement. L’État peut établir les conditions dans lesquelles la culture s’épanouit, mais l’acte créateur appartient au seul artiste. Par cette distinction, Benn préserve l’autonomie de l’art, affirmant que si la politique peut façonner le cadre de la civilisation, les plus hauts accomplissements créateurs naissent toujours de l’esprit indépendant de l’individu.
21:50 Publié dans Littérature, Philosophie, Révolution conservatrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gottfried benn, poésie, lettres, lettres allemandes, littérature, littérature allemande, révolution conservatrice |
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France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic

France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le magazine britannique The New World pose ces jours-ci une question que l’on entend rarement poser aussi ouvertement dans le courant dominant : parmi les trois anciennes puissances dominantes de l’Europe de l’Ouest, laquelle est en réalité la plus profondément en crise? Rien que la formulation de cette question est révélatrice; le constat est désormais si évident que l’on ne peut plus l'escamoter sous le tapis.
Ce qui est réellement remarquable, ce n’est pas le classement, mais le schéma qui se profile derrière lui: trois pays – Londres, Paris, Berlin – affrontent simultanément des crises gouvernementales, connaissent des coalitions qui se désagrègent, et font face à une population qui retire de plus en plus sa confiance à ses institutions. Et dans les trois cas, le débat public reste pourtant dominé par tout autre chose: la course aux armements, la menace russe, le prochain milliard à offrir à l’Ukraine. Quant à l’état dégradé des infrastructures nationales, à l’effondrement des systèmes sociaux, à la perte de confiance des citoyens, on en parle bien plus discrètement, si tant est qu’on en parle.
Lorsque trois gouvernements risquent simultanément de perdre le contrôle de la politique intérieure, l’ennemi extérieur devient la bouée de sauvetage la plus fiable, le seul récit sur lequel les élites de Paris, Berlin et Londres peuvent encore s’accorder, car il détourne l’attention de leurs propres échecs tout en mobilisant des ressources budgétaires qu’il serait autrement presque impossible de justifier politiquement.
La véritable question qui se pose n’est donc pas « qui est le plus profondément en crise », mais bien : combien de temps la politique pourra-t-elle encore se légitimer par l’invocation de menaces extérieures, alors que la substance intérieure s’effrite ?
#géopolitique@global_affairs_byelena
20:32 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, france, allemagne, royaume-uni, grande-bretagne |
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1968: auto-réforme du capital

1968: auto-réforme du capital
par Francesco Petrone
Source : Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-a...
Costanzo Preve, qui fut un important philosophe, essayiste et politologue italien, a exposé sa thèse selon laquelle 1968 fut un mouvement « anti-bourgeois, mais non anticapitaliste ». Il en était venu à soutenir que 1968 fut le plus grand mouvement de révolte de la petite bourgeoisie de l’histoire.
Pour Preve, la contestation était dirigée contre la bourgeoisie traditionnelle, qui avait pour références la famille, l’Église, les devoirs, l’épargne, l’autorité du père. Elle a tiré à boulets rouges sur le mariage, la carrière, la morale, le « poste fixe ». En ce sens, ce fut profondément anti-bourgeois.
Selon le philosophe, le mouvement était favorable au capitalisme avancé. En effet, 1968 réclamait plus de marché, plus de mobilité, plus de consommation, plus d’individualisme, plus de « réalisation de soi ». Tout ce dont le capitalisme avait besoin pour passer du modèle « fordiste » — usine, ouvrier, syndicat, collectif — au modèle « post-fordiste » : précaire, créatif, flexible, narcissique.
Le capitalisme des années 1970 avait besoin de détruire les anciennes hiérarchies pour mieux vendre. Pendant que les étudiants occupaient les universités au nom de la « libération », le capital délocalisait et démantelait l’usine. Lorsque la bourgeoisie traditionnelle s’est effondrée, ce n’est pas le communisme qui est arrivé. C’est le marché total.
C’est pourquoi Preve qualifie le mouvement de « révolution que le capital a faite contre lui-même ». « 1968 a été le seul mouvement de masse qui a servi les intérêts objectifs du capital tout en croyant le combattre. » Pour Preve, 1968, c’est le nihilisme plus le marché. Ce ne fut pas une révolution, mais une modernisation capitaliste déguisée en révolution. Ce fut l’enterrement du monde paysan/bourgeois et l’inauguration du nouveau capitalisme.
Pasolini avait eu la même intuition et l’avait écrit, disant que les étudiants étaient les fils de la bourgeoisie, contrairement aux policiers, qui étaient fils de paysans et d’ouvriers du Sud. Par ces mots polémiques, il voulait dire que 1968 était une guerre civile interne à la bourgeoisie. Pas une lutte des classes.
Pasolini détestait la « bourgeoisie », mais il haïssait encore plus le nouveau pouvoir de la consommation, de la télévision, de « l’homologation ». Pasolini disait que de 1961 à 1975, l’Italie avait changé de race. Nous avons perdu les paysans, les ouvriers, les dialectes, les corps, les rites. À leur place sont arrivés les « ragazzi di vita » du bien-être: tous pareils, tous parlant l’italien de la télévision. Pasolini disait en 1975: «Le bien-être a tué l’Italie plus qu’une guerre ne l’aurait fait». Preve a dit en 2000: «1968 a été l’auto-réforme du capital». Les deux ont affirmé que 1968 n’a pas abattu le capital. Il lui a rendu service en abattant tout ce que le capital n’arrivait pas à détruire : la famille, la honte, la tradition.
19:36 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mai 68, 1968, histoire, idéologie, capitalisme |
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Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle

Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle
par Anton Bespalov
Source: https://telegra.ph/Il-soft-power-in-un-mondo-post-egemoni...
Les échanges culturels accompagnent depuis longtemps les interactions politiques et économiques entre États, mais ce n’est qu’au XXe siècle que la diplomatie culturelle a émergé comme politique étatique délibérée. À partir des années 1960, le champ de compétence de la diplomatie publique s’est élargi au-delà de la diffusion culturelle pour inclure la formation de l’opinion publique étrangère, la communication des objectifs politiques et la lutte contre les stéréotypes.
Dans les années 1990, le terme « soft power » est entré dans le discours courant. S’il recoupe largement la diplomatie publique et culturelle, il a aussi une portée plus large: le soft power peut émaner non seulement des acteurs étatiques, mais aussi de la société civile, du monde des affaires et de la culture populaire.
Le phénomène en soi, évidemment, est antérieur à la terminologie utilisée pour le décrire. Culture et pouvoir ont toujours été historiquement liés. Les conquêtes d’Alexandre le Grand ont été accompagnées par la diffusion de la culture hellénistique de l’ouest vers l’est ; l’influence culturelle des premiers siècles de l’islam s’est propagée simultanément dans de multiples directions. Il est intéressant de noter que la diffusion des cultures ne dépend pas nécessairement de la victoire militaire: la défaite de Napoléon, par exemple, n’a pas vraiment contribué à diminuer le prestige de la culture française en Europe et au-delà.



Ce n’est pas un hasard si le « soft power » est apparu comme concept à la fin de la guerre froide. Les valeurs et modes de vie occidentaux, transmis par des canaux informels et — plus rarement — officiels, ont joué un rôle significatif dans l’érosion des idéologies officielles au sein du bloc de l’Est et, par conséquent, dans l’issue du conflit bipolaire. Bien que le terme « instrumentalisation » ne soit entré que récemment dans le langage courant, la culture a été largement instrumentalisée durant la guerre froide, comme le montre de façon convaincante Frances Stonor Saunders dans son ouvrage Who Paid the Piper?. Par la suite, encouragées par ce succès perçu, les nations occidentales ont mené une campagne visant à gagner les cœurs et les esprits dans le monde non occidental, en créant de nombreuses organisations dédiées à la promotion du soft power.
Aujourd’hui, cependant, les outils du soft power font l’objet de débats beaucoup moins nombreux qu’il y a dix ou quinze ans. En Occident, la rhétorique du pouvoir « dur » classique a pris de plus en plus d’importance. La mobilisation de l’opinion publique européenne contre la Russie et les menaces de Donald Trump de « détruire » la civilisation iranienne sont devenues presque routinières selon les normes actuelles.
Dans le même temps, le soft power occidental traverse aujourd’hui une grave crise de réputation. Le fossé entre les valeurs proclamées et les politiques effectives — qu’il s’agisse de doubles standards dans la gestion des conflits ou de gouvernance économique mondiale — rend les messages culturels et diplomatiques de moins en moins convaincants pour les publics non occidentaux. Là où l’on transmettait jadis une vision d’un avenir désirable, ces messages sont désormais perçus de plus en plus comme des instruments de coercition.
Dans les années qui ont suivi la guerre froide, les États non occidentaux ont en grande partie adopté le modèle occidental. À travers diverses institutions culturelles — ainsi que des médias destinés à un public étranger et largement calqués sur les modèles occidentaux — des pays comme la Russie et la Chine ont en substance reproduit les schémas occidentaux d’influence culturelle. Pourtant, eux aussi ont rencontré des résistances, comme en témoignent les sanctions contre Rossotrudnichestvo, la fermeture des Instituts Confucius dans les pays occidentaux, sans parler du blocage de RT et Sputnik. Bien que ce soit un article de foi dans le courant libéral occidental que les « démocraties » auront toujours un avantage sur les « autocraties » dans le libre marché des idées, un changement discursif significatif s’est produit.

Le soft power des États non occidentaux est désormais de plus en plus perçu, par défaut, comme potentiellement nuisible aux intérêts occidentaux — il est rebaptisé « sharp power ». Joseph Nye, qui a inventé le terme, a un jour mis en garde sur la nécessité de distinguer entre les deux concepts et de ne pas entraver les efforts légitimes de soft power des pays non occidentaux ; l’expérience récente, cependant, suggère le contraire.
L’avenir du soft power dans le dialogue bilatéral entre la Russie et la Chine (Hua Han)
La Chine et la Russie ne se limitent plus à mettre en œuvre des pratiques et instruments de soft power parallèles, mais convergent progressivement vers une configuration hybride que l’on peut qualifier de « soft power stratégique ». Cette forme émergente d’influence combinée intègre infrastructures, médias, connectivité des ressources clés et plateformes institutionnelles dans une architecture géopolitique unifiée.
L’analyse de la crise du détroit d’Ormuz, du conflit en Ukraine, de la chaîne russe RT, de la chinoise CGTN, du réseau médiatique TV BRICS, de la coopération arctique et de l’initiative chinoise « Belt and Road » montre comment le soft power est devenu indissociable de la connectivité matérielle et de l’alignement géopolitique dicté par les crises, écrit Hua Han, cofondateur et secrétaire général du Beijing Club for International Dialogue.

En Chine, la reconnaissance des limites du soft power a donné naissance à un débat croissant sur le « pouvoir discursif » — c’est-à-dire la capacité à façonner l’agenda international, élaborer des récits et déterminer les cadres de référence dans lesquels sont débattues les questions clés. L’objectif n’est plus simplement d’être apprécié, mais de s’exprimer dans un langage que les autres sont obligés d’écouter. L’efficacité de cette approche demeure débattue, mais le changement d’accent est en soi révélateur.
L’expérience récente de la Russie offre un autre exemple instructif, d’une perspective différente. Les tentatives de « cancel culture », dirigées contre la Russie depuis 2022, ont couvert un large éventail: de l’exclusion des athlètes russes des compétitions sous leur propre drapeau à la suppression des œuvres de compositeurs russes dans les programmes de concerts. L’ampleur de ces mesures n’a pas eu de précédent ces dernières décennies. Pourtant, la culture russe n’a pas disparu de la scène mondiale; la langue russe a conservé sa position dans les régions où elle est traditionnellement forte ; et la perception de la Russie dans le Sud global n’a changé que marginalement — parfois même en mieux.
La culture, à la différence des flux financiers ou des fournitures d’équipements, est difficile à bloquer totalement par des moyens administratifs.
Cela ramène à la question plus large de l’efficacité des institutions étatiques de diplomatie culturelle. Les canaux informels, la « seconde voie » comme on l’appelle, donnent souvent des résultats bien supérieurs. Un label étatique infuse inévitablement un message politique dans le message culturel, et le public réagit en conséquence. Cela ne signifie pas que l’État doive se retirer complètement de cette sphère. Cependant, son rôle pourrait être repensé de façon plus utile: non pas comme producteur et distributeur de contenus culturels, mais comme promoteur de conditions favorables à la prospérité des échanges informels: politiques de visas, mobilité académique, accessibilité aux infrastructures numériques et absence de restrictions excessives sur les exportations culturelles.

Dans ce contexte, les nouvelles technologies — notamment l’intelligence artificielle — méritent une attention particulière. Historiquement, les barrières linguistiques ont constitué l’un des principaux obstacles à la diffusion organique des cultures. Aujourd’hui, le développement d’outils de traduction automatique pour les contenus vidéo, par exemple, contribue à surmonter cet obstacle. Des spectateurs au Brésil ou en Indonésie, ayant un accès direct à des vidéos russes, chinoises ou iraniennes dans leur langue maternelle, se forgent leur propre perception de ces pays. Cela ne garantit pas la sympathie — l’exposition directe peut autant susciter l’attirance que la répulsion — mais offre au moins la possibilité d’une perception plus complexe et nuancée, susceptible de dépasser le poids des stéréotypes ancrés.
En ce sens, les avancées technologiques ouvrent des perspectives tout à fait nouvelles. La diplomatie culturelle de demain sera peut-être bien moins l’œuvre des États et des institutions spécialisées, et bien davantage le fait d’algorithmes, de plateformes et de millions d’utilisateurs individuels qui n’auraient jamais imaginé devenir des acteurs de la diplomatie. L’influence culturelle, dès lors, ne disparaît pas : elle emprunte simplement des canaux de plus en plus informels. Les États qui reconnaissent ce fait et élaborent des politiques qui laissent place à de tels canaux seront en meilleure position que ceux qui s’obstinent à vouloir contrôler d’en haut cet instrument rétif.
Publié préalablement sur Valdai : https://valdaiclub.com/a/highlights/soft-power-in-a-post-...
14:08 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, soft power |
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mercredi, 15 juillet 2026
Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne

Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-mod...
Modèle allemand ou modèle chinois pour relancer l’économie stagnante de l’Europe en déclin qui, à cause de cela même, se montre de plus en plus belliciste? Paradoxalement, la Chine aurait besoin du modèle allemand, l’original, avec davantage d’État-providence, de cogestion, de participation. Et l’Europe, pas seulement l’Allemagne, aurait besoin de plus de sérieux dans les hautes études, dans la formation professionnelle, de plus de méritocratie et de moins de dirigeants et de cadres cooptés uniquement par relations.
Il est indéniable qu’à ce stade, c’est l’Europe qui court le plus de risques. Avec une classe politique qui patauge dans l'indécence et un monde entrepreneurial atteint de myopie, avachi par sa lâcheté, perclus d'avarice. Les résultats sont visibles, avec un PIB stagnant, aucune idée, aucun projet qui ait une perspective, ne serait-ce qu’à moyen terme. Mañana por la mañana et pas au-delà. Trop compliqué d’imaginer l’avenir à plus trois jours, à plus d'une semaine.
Trop pénible d’essayer d’expliquer à un gouvernement, à n’importe quel gouvernement, que l’austérité se transforme en pauvreté et que la pauvreté réduit la consommation. Les exportations ne suffisent pas, surtout en période de grandes tensions internationales.
Mais cela vaut aussi pour la Chine. Qui possède un marché intérieur immense mais asphyxié. Et qui aurait besoin d’un marché mondial prêt à absorber la surproduction de Pékin. Évidemment, la pauvreté des Européens favorise l’exportation de produits chinois de basse qualité et à bas prix. C’est pourquoi entrepreneurs et politiques européens veulent imposer des droits de douane et des barrières aux produits chinois. Dans l’espoir que les familles européennes, de plus en plus pauvres, achèteront alors des produits européens à des prix aberrants. Mais le chancelier allemand, à la solde de la finance internationale, exige que les familles s’appauvrissent toujours plus pour que l'on achète des armes…
18:37 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, allemagne, europe, asie, affaires européennes, affaires asiatiques, économie |
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Evola sur le problème de la décadence

Evola sur le problème de la décadence
par Joakim Andersen
Source: https://www.arktosjournal.com/p/evola-on-the-problem-of-d...
La métapolitique du langage consiste, entre autres, à retirer de la sphère publique, d’une manière plus ou moins discrète, ces modes de pensée et de perception utiles qui pourraient faciliter le processus que Steve Sailer appelle « remarquer ».
Certains concepts nous aident à reconnaître des schémas : comparez des termes tels que « anarcho-tyrannie », « classe » et « cuckservatism ». Ceux qui ne veulent pas que ces schémas soient remarqués ne trouvent pas non plus leur intérêt à ce que de tels concepts se répandent.
Un tel concept, avec une longue histoire, est celui de la décadence, utilisé non seulement par les fascistes et les réactionnaires, mais historiquement par tout le monde, des communistes comme Karl Marx aux politiciens conservateurs comme Arthur Balfour. En passant, on peut aussi mentionner la chanson suédoise Dekadensen (« La Décadence ») du troubadour Dan Berglund (photo) en 1979, comme exemple de la façon dont ce terme était autrefois fortement associé aux classes supérieures, même au sein de la gauche radicale.
Les définitions précises de la décadence ont varié, tout comme les explications qui en ont été données. Là où de Gobineau mettait l’accent sur le métissage et Auster sur la perte de foi, les marxistes ont eu tendance à insister sur des facteurs plus matériels.
Une analyse intéressante est proposée par le traditionnaliste Julius Evola dans « Le problème de la décadence ».« Le problème de la décadence » d’Evola est inclus dans le volume Recognitions — publié en anglais par Arktos (pour toute commande: https://arktos.com/product/recognitions/)
Dans ce court essai, Evola aborde la question de savoir comment le monde traditionnel a pu être remplacé par le monde moderne, malgré la supériorité du premier — d’abord en Occident, puis à travers le globe. Sa vision de l’histoire diffère de celle des libéraux en ce qu’il ne part pas de l’idée de « progrès », mais au contraire, de celle de « déclin ». Cependant, sa distance par rapport à la vision libérale va plus loin.
Evola considère la société traditionnelle comme fondée sur la souveraineté plutôt que sur la violence. Il parle ici
«de l’attribut “olympien” de la véritable autorité et souveraineté […] de sa manière de s’affirmer directement, non par la violence mais par la présence»¹.
De plus, il note que
«l’adhésion et la reconnaissance de la part de l’inférieur constituent en fait la base fondamentale de toute hiérarchie normale et traditionnelle. Ce n’est pas le supérieur qui a besoin de l’inférieur, mais l’inférieur qui a besoin du supérieur».
Le lecteur attentif remarquera sans doute une certaine affinité ici avec l’anarchisme, quoique d’une variété non égalitaire.
Dans une société traditionnelle, certains individus incarnent des qualités admirables de telle sorte que les autres les reconnaissent et les suivent volontairement: dans la culture populaire, on peut comparer la relation entre Splinter et les Tortues, ou Yoda et Luke. À ce sujet, Evola écrit ailleurs :
«la tradition est pour nous la présence victorieuse et créatrice dans le monde de ce qui “n’est pas de ce monde”, c’est-à-dire de l’esprit, conçu comme quelque chose de plus fort que toute force purement matérielle et simplement humaine»².

Et :
«L’antithèse entre esprit et pouvoir, l’opposition entre force et autorité n’est, une fois encore, qu’une caractéristique de la pensée “moderne”».
À bien des égards, Evola fonctionne comme un « anti-Marx » nécessaire, bien qu’il ait également observé que, dans une société suffisamment décadente, les théories peu flatteuses et la vision de la nature humaine avancées par Marx et Freud décrivent effectivement de larges segments de la population.
À partir de ce point de départ, Evola explique comment les civilisations traditionnelles peuvent s’effondrer lors de révolutions plus ou moins soudaines. Cela ne signifiait pas nécessairement que leur noyau avait dégénéré; il s’agissait plutôt d’une conséquence du libre arbitre. Dans «Le problème de la décadence», il compare cela aux récits de la Chute de l’Homme et de la rébellion des anges :
«Le révolutionnaire commence par tuer la hiérarchie en lui-même, mutilant en lui-même ces possibilités qui correspondent à la fondation intérieure de l’ordre — et il procède ensuite à démolir l’ordre à l’extérieur de lui également».

Cela enclenche un processus qui peut aboutir à l’effondrement de la hiérarchie, menant souvent au régicide ou à l’assassinat d’empereurs, comme en Russie et en Éthiopie. Mais, selon Evola, il s’agit fondamentalement d’un processus intérieur, dont les premiers stades passent souvent inaperçus :
«Sans destruction intérieure préalable, aucune révolution».
Comme on peut le voir, il n’est pas déraisonnable de compléter l’analyse traditionnelle d’Evola de la décadence avec des penseurs comme Gobineau et Marx. Quoi qu’il en soit, son accent sur des facteurs et processus non matériels demeure précieux.
La décadence est, avant tout, une incapacité et une réticence à percevoir même les aspects supérieurs de l’existence. Elle se combat donc principalement par la discipline personnelle et le travail intérieur, dont le but, selon Evola, est
«une adhésion absolue à la vérité, la droiture, la capacité de subordonner la personne à l’œuvre, l’inflexibilité et la rigueur de l’idée, l’indifférence à toute reconnaissance extérieure et à tout avantage matériel»³.
EN SAVOIR PLUS: Julius Evola : Une vie aventureuse, par Andrea Scarabelli, disponible en édition reliée, brochée et ebook chez Arktos et PRAV Publishing - chez Ars en version française: https://www.editions-ars-magna.com/livre/scarabelli-andrea-la-vie-aventureuse-de-julius-evola/

Notes:
¹ Julius Evola, « Le problème de la décadence » dans Recognitions.
² Julius Evola, « Sur le secret de la dégradation ».
³ Julius Evola, « L’Ordre de la Couronne de Fer ».
15:52 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : julius evola, tradition, traditionalisme |
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On ne négocie pas avec Dadjdjal - L’escalade doit être mutuelle

On ne négocie pas avec Dadjdjal
L’escalade doit être mutuelle
Alexander Douguine
Alexander Douguine explique pourquoi l’escalade doit être mutuelle, sinon les négociations avec l’Occident deviennent un piège.
Comme on pouvait s’y attendre, aucune paix entre l’Iran et les États-Unis n’a jamais vu le jour. Les États-Unis ont repris leurs bombardements sur le territoire iranien. Téhéran a frappé les bases militaires américaines à Bahreïn et a de nouveau fermé le détroit d’Ormuz. Cela n’a pas fonctionné, et cela n’aurait jamais pu fonctionner. On ne forge pas d’accords avec Dadjdjal¹. C’est un principe fondamental de la métaphysique chiite.
Retarder la guerre et maintenir la simple apparence de négociations joue toujours et dans toutes les circonstances en faveur de l’Occident.
En Iran, tout comme dans notre propre guerre russe contre l’Occident, il existe une règle inébranlable: l’escalade doit être réciproque. L’ennemi intensifie, nous intensifions. Ce n’est qu’alors que nous pouvons influencer le processus. Sinon, l’ennemi intensifie unilatéralement, entièrement dans son propre intérêt, tandis que nous nous contentons de réagir de manière passive, en mode « suiveur ». En réalité, ce type d’escalade unilatérale en temps de guerre crée un système de contrôle externe.
Au fait, pourquoi ne brûle-t-on pas de statues de Baal en Russie ? Pourquoi ne soulevons-nous pas une tempête contre les réseaux criminels liés à Epstein ? Pourquoi ne répondons-nous en aucune manière significative à la participation directe des pays occidentaux — les États baltes, la Grande-Bretagne et l’Allemagne — à la guerre contre nous, même si nous en faisons nous-mêmes le rapport ?
L’Iran va à la table des négociations et n’en retire rien. Pour les observateurs extérieurs, cela est évident. Parfois, on voit les choses plus clairement depuis l’extérieur.
D’ailleurs, juste après les premières frappes américaines et israéliennes contre la direction iranienne, les Gardiens de la Révolution (IRGC) ont éliminé une part significative de la sixième colonne. Apparemment, certains subsistent encore.
Des négociations peuvent avoir lieu, mais on ne doit les mener uniquement dans son propre intérêt et jamais publiquement. Dès qu’elles deviennent ouvertes et publiques, elles se transforment instantanément en une arme d’information que seul l’Occident utilise, et exclusivement à ses propres fins.
C’est pourquoi toute mention de Witkoff, Kushner, ou même Kirill Dmitriev, à un certain moment, devient un coup porté au moral des soldats au front et à l’état d’esprit patriotique du pays. Une seule mention suffit. C’est la même chose avec la diffusion apparemment innocente d’un ancien programme de Vladimir Pozner sur Channel One².
La même chose se produit avec les Iraniens. Lors des funérailles de l’Imam Khamenei et de sa famille, des malédictions furieuses ont été lancées contre ceux qui négocient avec Dadjdjal : Pezeshkian et Araghchi. Je ne pense pas qu’ils soient personnellement coupables. C’est simplement ainsi que fonctionnent les lois de la guerre de l’information. L’Occident fixe ces règles, et il est le seul à les utiliser de manière unilatérale.
(Traduit du russe)
Notes:
(1) Note du traducteur (NT) : Dadjdjal est le faux messie borgne et l’ultime trompeur dans l’eschatologie islamique. Dans la tradition chiite en particulier, il incarne le mal absolu et la tromperie, rendant toute forme de compromis avec lui impossible.
(2) NT : Douguine fait référence à la rediffusion d’anciens programmes de Vladimir Pozner, journaliste russe bien connu pour ses opinions libérales et pro-occidentales. Même des émissions apparemment inoffensives de ce genre sont vues par de nombreux patriotes comme des instruments subtils de la guerre de l’information, qui minent le moral public et la volonté de résister.
14:37 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, actualité, iran, russie |
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