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dimanche, 15 février 2026

Les vigilants aux abonnés absents

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Les vigilants aux abonnés absents

par Georges Feltin-Tracol

Ancienne militante de l’UMP qui soutint à la primaire de la droite et du centre de 2016 Alain Juppé avant de rallier quelques mois plus tard Emmanuel Macron, Aurore Bergé exerce à compter du 11 janvier 2024 (avec une brève interruption sous Michel Barnier) le rôle de ministresse déléguée chargée à l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la sacro-sainte lutte contre les discriminations. À cette fonction subalterne, elle a appartenu et appartient encore aux gouvernements de Gabriel Attal, de François Bayrou et de Sébastien Lecornu.

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En juillet 2025, elle a fomenté une coalition autour d’une dizaine d’associations déjà grassement subventionnées afin de combattre une soi-disant haine en ligne: comprendre les canaux de diffusion de la ré-information et de la liberté d’expression.

Afin d’améliorer le travail de cette nouvelle censure numérique, elle a osé débloquer plusieurs millions d’euros en ces temps de restriction budgétaire. Mais au diable l’avarice quand un tel combat ontologique frôle un sommet eschatologique! On doit cependant s’étonner que toutes les ligues de petite vertu, toujours prêtes à dénoncer et à déposer plainte pour des broutilles, demeurent silencieuses face à la résurgence incroyable des « heures-les-plus-sombres-de-leur-histoire » dans le tourisme de masse.

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En effet, depuis le 14 janvier dernier, plusieurs hauts-lieux touristiques et musées français (le Louvre, les châteaux de Versailles et de Chambord, l’ensemble de la Conciergerie et de la Sainte-Chapelle sur l’Île de la Cité et l’Opéra Garnier) pratiquent une tarification différenciée. Les touristes non-citoyens ou non-résidents d’un État-membre de l’Union dite européenne ainsi que ceux de l’Islande, de la Norvège et du Liechtenstein (et quel sort pour les Andorrans, les Monégasques et les Saint-Marinais?) doivent payer un prix d’entrée augmenté de 45%, soit 32 euros. À Versailles, ce sont trois euros supplémentaires pour les étrangers. Quant à Chambord, les «privilégiés» paient 21 euros et les extra-Européens 31 euros ! La préférence nationale existerait donc bien !

La direction de ces établissements à la renommée internationale justifie cette distinction tarifaire au nom d’inévitables travaux de rénovation qui s’élèvent, par exemple, à plus d’un milliard d’euros pour le seul Louvre. Tablant sur une fréquentation touristique en hausse, le gouvernement envisage neuf millions de visiteurs par an, soit la possibilité d’engranger chaque année entre 20 et 30 millions d’euros rien que pour le Louvre. En janvier 2025, le Louvre, cette autre gare parisienne où l’on circule comme dans un moulin, avait augmenté l’entrée de 17 à 22 euros…

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En raison des variations de prix, les agents des musées doivent désormais vérifier l’identité des visiteurs. Le temps d’attente devant la tristement célèbre pyramide de l’architecte Ming Pei risque de s’étirer encore plus. Or, avec le risque de manquer d’effectifs de contrôle, on peut envisager une procédure de fluidification des admissions en recourant au QR-code à l’instar des temps maudits de l’imposture covidienne.

On s’en doute: les syndicats fulminent contre «cette double tarification qui foule aux pieds notre Histoire républicaine et l’universalisme fondateur du musée du Louvre». Ils ont raison parce qu’ils y voient avec justesse une éclatante démonstration de discrimination. L’hostilité à toutes les formes de discrimination reste pourtant le mantra officiel de cette république croulante. Le régime républicain vermoulu les condamne toutes, mais il en promeut d’autres. Attention Marianne ! La schizophrénie te guette !!!

Parmi les nombreux (et exagérés) motifs de discrimination pénalement répréhensibles se trouve l’origine, en l’occurence pour les musées, la nationalité. Faire payer plus cher les touristes étrangers sous le prétexte qu’ils sont précisément des étrangers représente un singulier paradoxe. Pour paraphraser la magnifique saynète des Inconnus, il y aurait de bonnes discriminations et de mauvaises discriminations. Qui aurait la capacité d’effectuer cette distinction? L’État? Les associations para-étatiques? Le quidam? Le hasard?

Les bonnes discriminations ne s’arrêtent pas aux seuls musées. Dans les métropoles mondialisées, il devient courant que des boîtes de nuit et des bars réservent la fin d’après-midi ou le début de soirée à des fêtes exclusivement ouvertes aux femmes, souvent mères de famille harassées par leur progéniture. À part les vigiles, les responsables légaux de l’établissement et, peut-être, le serveur au bar, toute présence masculine y est proscrite. Pis, des féministes tiennent des réunions non mixtes excluant les hommes blancs cisgenres hétérosexuels de tout âge. Entend-on les ligues de petite vertu s’indigner de ces actes discriminatoires assumés ? Non, elles préfèrent viser l’Institut Iliade qui tiendrait des réunions avec uniquement des Albo-Européens ou bien Le Canon français qui organise dans tout l’Hexagone des réunions festives accompagnés de chants traditionnels, de charcuterie et de vins de terroir.

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L’extrêêêêêêêêêêêêêêêêêêêême droite tapie dans l’ombre serait à la manœuvre. On frise ici le complotisme à l’état pur, mais comme il est propagé par les plumitifs de gauche, cela ne choque personne.

La fin du mois de janvier vient d’être secouée par une polémique futile. La SNCF propose, contre un billet plus élevé, à ses clients qui prennent les TGV en semaine des compartiments sans enfants, la classe Optimum Plus.

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La compagnie ferroviaire française ne fait que suivre une tendance sociétale bien vivace. Outre les mariages, bien des restaurants, des hôtels et des centres de loisirs refusent la venue de jeunes enfants de moins de 12 ans. Certaines associations condamnent cette mode, reflet manifeste du naufrage historique du système scolaire hexagonal. Les gamins dérangent parce que leur éducation à l’école repose sur la bienveillance, ce terme politiquement correct pour désigner le laxisme.

Hormis Jean-Yves Le Gallou dans un article mis en ligne sur Polémia le 2 janvier dernier, personne n’a enfin réagi aux propos pitoyables tenus en décembre 2025 par Mathias Wargon, le patron des urgences à l’hôpital Delafontaine en Seine – Saint-Denis. L’urgentiste médiatique suggérait de refuser les malades de la grippe de plus de 65 ans non vaccinés. Singulière application du serment d’Hippocrate ! Dans « Matthias Wargon veut interdire les urgences médicales aux non-vaccinés », le président – fondateur de Polémia cingle avec un rare bonheur les contradictions de l’époux d’Emmanuelle Wargon, ancienne ministresse des gouvernements d’Édouard Philippe et de Jean Castex, fille par ailleurs de l’immigrationniste Lionel Stoléru. « Wargon veut-il aussi fermer les urgences aux victimes de coma alcoolique et les hôpitaux aux alcooliques, écrit Jean-Yves Le Gallou ? Wargon veut-il interdire des soins aux drogués et aux victimes d’overdose. Allons plus loin, Wargon veut-il fermer l’hôpital public aux accidentés de sports à risque – équitation, parachutisme, alpinisme par exemple – activités dangereuses qu’ils auraient pu sagement éviter de pratiquer ? Pourquoi aussi ne pas limiter l’accès aux soins cardiovasculaires pour les obèses souvent jugés responsables de leur état en raison de leur alimentation et de leur sédentarité ? Dans le même ordre d’idées, faut-il conditionner l’accès aux soins respiratoires aux non-fumeurs ? On peut d’ailleurs poursuivre l’idéologie wargoniste à l’infini et reprocher à certains malades du SIDA ou de MST d’être la cause de leur malheur par certaines de leurs pratiques sexuelles dangereuses. » Aucune officine spécialisée dans la délation n’a attaqué le médecin devant la justice. En aurait-il été autrement s’il avait porté une chemise noire ?

L’hostilité officielle aux discriminations est une vaste et coûteuse fumisterie. Selon son étymologie latine, discriminer signifie « mettre à part, séparer, distinguer ». Mettre à part, distinguer, séparer sont des actions de tous les jours. Tout un chacun discrimine en permanence. S’il choisit telle compagne et non une autre, il pratique une discrimination. S’il préfère acquérir une maison résidentielle péri-urbaine et non un appartement miteux dans un immeuble de banlieue saturé par l’immigration, il réalise une autre discrimination.

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Avant de conclure, n’oublions pas enfin que la discrimination est parfois recommandée et même encouragée. Les ménages doivent trier les ordures et les distinguer selon leur caractère domestique, alimentaire ou recyclables (papier, carton, bouteilles en plastique). Notons au passage que le « tri sélectif » constitue un pénible pléonasme puisque trier, c’est distinguer et donc sélectionner… Loin de l’opinion officielle, les discriminations façonnent le quotidien. Dans une logique évolutionnaire darwinienne, c’est grâce à ce jeu complexe que s’opère la sélection des espèces. La réalité le prouve avec aisance: discriminer, c’est vivre!       

GF-T

«Chronique flibustière», n° 181, mis en ligne le 11 février 2026 sur Synthèse nationale.

L’affaire Epstein? Nous en avions tout dit il y a cinq ans

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L’affaire Epstein? Nous en avions tout dit il y a cinq ans

Pierre-Emile Blairon

Presque jour pour jour. C’était le 7 février 2021 dans un article intitulé Mais quelle est cette secte qui dirige le monde ?

Vous trouverez cet article en note [1] de cette présente intervention.

On a toujours tort d’avoir raison trop tôt: cette phrase pourrait être la devise de ceux que la caste dominante, les comploteurs, appelle dédaigneusement les complotistes. Car il n’est pas facile d’être constamment en butte et en lutte avec la majeure partie de ses semblables à qui les « complotistes » ne veulent que du bien, il ne s’agit pas de masochisme, c’est une mission pour les « complotistes ». Le moteur des « complotistes », que j’appellerai plus simplement et moins agressivement des personnes honnêtes, lucides et dévouées, est la quête constante de la vérité et la dénonciation de l’injustice dans une démarche altruiste d’aide à son prochain.

Malheureusement, ce dernier, le plus souvent intoxiqué et formaté de longue date par les comploteurs, adopte à l’encontre des « complotistes » une attitude de rejet afin de protéger son confort intellectuel, et aussi matériel.

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La transgression assumée et partagée des « élites »

Un ami m’a envoyé ce matin une information à propos d’un professeur chinois nommé Jiang Xueqin, désormais célèbre dans le monde entier pour sa thèse à propos de ces « élites » qui dirigent le monde dont le comportement, les réactions et les idées qu’elles soutiennent sont exactement identiques quel que soit leur pays d’origine.

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Il a notamment été interrogé par un autre professeur tout aussi célèbre dont nous avons souvent diffusé les interviews d’analystes toujours passionnants, le professeur norvégien Glenn Diesen [2].

Le professeur Xueqin (photo) a élaboré l’idée que les élites au pouvoir (qu’elles soient politiques, financières, culturelles ou technologiques) ne se maintiennent pas seulement par l’argent, les institutions ou la violence légale. Elles utilisent aussi - et surtout - la transgression délibérée et partagée comme un outil de cohésion et de contrôle extrêmement puissant.

En résumé, son argumentation se déroule souvent ainsi:

  • La transgression crée une loyauté plus forte que n’importe quel contrat ou idéologie.

Quand un groupe commet ensemble des actes qui violent les tabous les plus profonds de la société (sexuels, violents, moraux, légaux), cela crée un lien indestructible: chacun sait que les autres peuvent le détruire s’ils parlent. Chacun sait aussi que les autres ont autant à perdre que lui. Cela produit une confiance mutuelle extrême et une coordination quasi-parfaite, bien plus solide que chez les gens «normaux».

  • Plus la transgression est grave, plus le groupe est cohérent. Il cite souvent en exemple: les abus rituels sur mineurs, les violences sexuelles organisées, les meurtres rituels ou sacrifices et l'anthropophagie. Plus l’acte est considéré comme ʺimpardonnableʺ par la société normale, plus il lie les participants entre eux.
  • Les scandales ne détruisent pas les élites, ils les renforcent (paradoxalement). Jiang explique que les grandes affaires (style Epstein et bien d’autres) ne font pas tomber les systèmes de pouvoir. Au contraire.

C’est pourquoi, selon lui, les élites peuvent accumuler toujours plus de pouvoir même quand leurs actes sont connus: la transgression n’est pas un défaut du système, c’est une de ses technologies principales de survie».

La règle divine du libre-arbitre

Le professeur Xueqin a le mérite d’apporter une explication rationnelle à des comportements que les gens normaux seraient incapables d’expliquer.

La thèse du professeur Xueqin apporte un volet psychologique qui vient s’insérer cependant dans un dispositif plus large et plus diversifié dans ses modalités pour expliquer le caractère et les agissements de ces individus qu’on appelle communément dans le jargon psychiatrique des psychopathes mais dont certaines variantes présentent des anomalies telles qu’elles font de ces gens des monstres qui semblent ne pas appartenir à l’espèce humaine.

C’est un peu vrai.

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Quand j'écris ou que je décris ce qui va se passer plusieurs années plus tard, ce n'est pas parce que je suis un devin, mais parce que j’ai appris à écouter ce que disent les suppôts de Satan; j’ai écrit dans beaucoup de mes articles que nos persécuteurs ne cachent rien des sévices qu’ils nous préparent; parce que les grands de ce monde sont obligés à une règle imprescriptible: ils doivent dire longtemps à l'avance ce qu'ils vont faire, parce que cette obligation fait partie de leurs croyances (ils sont tous satanistes, le satanisme est une croyance). Selon leurs préceptes, Dieu est supérieur à Satan mais Satan est le prince de notre monde matériel auquel Dieu a donné un royaume tangible, concret: la Terre; régner sur notre planète, c'est la prérogative de Satan; il est cependant astreint à respecter certaines règles imposées par Dieu.

Les satanistes doivent laisser le choix aux humains de décider eux-mêmes de leur sort: c'est ce que les chrétiens appellent le "libre-arbitre"; les humains sont donc avertis de ce qui va leur arriver. Et les satanistes ne sont plus ni responsables ni coupables (nous avons déjà entendu ce type d’argumentation) puisque les humains sont informés; les satanistes ne peuvent pas nous faire de mal sans notre consentement (mais les satanistes s’arrangent avec cette loi, par exemple en respectant le vieux dicton: qui ne dit mot consent).

La loi du libre-arbitre n’appartient pas spécifiquement au christianisme; selon Sandrine Muller [3] (photo), c’est une loi universelle: ce qui coule d’un côté doit être rempli de l’autre pour respecter l’équilibre du monde et du cosmos: on reçoit autant que l’on donne et vice-versa : on inspire, on respire, c’est une règle comptable: débit-crédit; la loi du karma est aussi une variante indoue de la notion de libre-arbitre: on récolte ce que l’on sème.

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Il y a d'autres possibilités d'être informés par avance: l'intuition, l'expérience, l'observation; il est facile de savoir ce que prépare l'élite: il suffit de comprendre et d'aller en sens inverse des "infos" diffusées par la presse télévisuelle de grand chemin, etc.

De ce qui résulte de ce que je viens d’écrire, il faut comprendre que les informations divulguées par l’administration américaine feront tomber des têtes mais ne changeront pas grand-chose au fond du problème et que les satanistes resteront au pouvoir tant que leurs forces, qui ne sont pas inépuisables, les porteront; il nous appartient de nous organiser, afin que leurs agissements ne puissent pas nous atteindre ; les personnes qui sont, ou qui ont été, sous la coupe d’un manipulateur pervers narcissique savent de quoi je parle : il n’existe plus dès qu’on l’ignore. C’est à nous de répondre à ces forces obscurantistes en leur opposant la Lumière qui nous guide.

Pierre-Émile Blairon

Notes

[1] http://euro-synergies.hautetfort.com/apps/search/?s=mais+...

[2] https://www.youtube.com/watch?v=GSSIm9xNRAE

[3] https://www.youtube.com/c/SandrineMuller

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Lyon, Quentin, un seuil est franchi

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Lyon, Quentin, un seuil est franchi: l’antifascisme imaginaire tue

par Sergio Filacchioni

Source: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/lione-q...

Rome, 14 février – Une conférence de la députée de gauche Rima Hassan, qui s’est tenue le 12 février à l’Institut d’Études Politiques de Lyon, s’est transformée en un grave incident, où le sang a coulé. En effet, aux abords du lieu où se déroulait l’événement, une agression a eu lieu, qui a fait une victime Quentin, 23 ans, qui serait intervenu — selon les versions — pour défendre des activistes du collectif identitaire Nemesis présentes sur place lors d’un flash mob de protestation.

À Lyon, le sang recommence à couler

Selon les dénonciations des militants eux-mêmes, un groupe d’environ trente antifascistes, affiliés au groupe de la Jeune Garde, aurait encerclé et frappé plusieurs personnes. Quentin aurait été atteint de coups de poing et de pieds, même une fois à terre, subissant de graves traumatismes crâniens. Transporté en urgence à l’hôpital Édouard-Herriot, il a été admis dans un état critique. Dans les heures qui ont suivi, son état s’est aggravé jusqu’à son décès, selon les mêmes sources proches du collectif. Les autorités françaises ont ouvert une enquête pour meurtre volontaire et analysent les vidéos de surveillance ainsi que les témoignages pour reconstituer la dynamique exacte des faits et identifier d’éventuels responsables. Parmi les noms cités par les activistes de Nemesis, figure celui de Jacques-Élie Favret. Sa présence dans le groupe responsable du meurtre brutal indique comment la gauche structure le conflit politique: Favret est collaborateur du député de La France Insoumise, Raphaël Arnault.

Seul contre un grand nombre

Avec l’assassinat de Quentin, la France et l’Europe sont confrontées à un fait qui ne s’était pas produit depuis des années: un jeune militant a été tué lors d’une attaque organisée et politiquement protégée par l’extrême gauche. Un événement qui ne peut pas nous laisser indifférents en Italie: de Sergio Ramelli à Paolo Di Nella, les agressions antifascistes ont marqué une période sanglante de notre histoire nationale récente. Et, non, le discours sur les “extrêmes opposés” ne tient pas. Quentin, Sergio et Paolo ont été attaqués par de nombreux adversaires alors qu'ils étaient seuls: certains revenaient chez eux, d’autres collaient des affiches, d’autres encore se sont avancés. Des militants politiques qui n’ont pas brandi d’arme ou de bâton, mais qui avaient le courage de vouloir changer le destin de leur pays. Quentin était un patriote, un catholique dévot, un garçon sportif et amoureux de la lecture. Selon les témoins, il n’aurait pas hésité à se porter volontaire pour protéger les jeunes activistes du collectif féministe/identitaire lors d'un moment de tension maximale. C’est cet élément, plus encore que la dynamique violente, qui frappe ceux qui le connaissaient: l’idée d’une responsabilité assumée personnellement, sans calcul.

L’antifascisme à l’épreuve des faits

Pendant des années, une certaine mouvance politique a revendiqué “l’antifascisme militant” comme une catégorie légitime, distincte de la violence. Pourtant, lorsqu’un antifascisme se structure comme présence organisée dans la rue, prête à l’affrontement physique, la frontière entre politique modérée et politique violente disparaît. Si la France a connu ces dernières années dissolutions, polémiques et procédures surtout contre des groupes identitaires et nationalistes, il est évident que la tolérance pour certaines formes de militantisme de gauche a nourri leur aura d’impunité. En fin de compte, lorsque des partis structurés présentent des candidats issus de l'activisme radical, les protègent ou légitiment de telles figures, le message est clair: cet engagement fait partie intégrante du champ politique institutionnel. Le cas d’Ilaria Salis en Italie — devenue symbole avant même la fin de sa procédure judiciaire — illustre cette dynamique où le charognard est transformé en modèles pour la représentation politique par des partis qu’on voudrait en théorie modérés, qu'ils soient “verts” ou de centre-gauche.

À Lyon, le climat change pour tous

Pendant des années, on a répété que “tuer un fasciste n’est pas un crime”, que l’adversaire politique n’est pas un concurrent mais une menace ontologique, le saut de la délégitimation morale à l’agression physique n’est pas une aberration imprévisible: c’est une dérive logique. Et le problème ne concerne pas seulement la France. En Italie, en 2025, à Padoue, un militant de CasaPound a fini à l’hôpital après une attaque antifasciste organisée pour frapper durement. Nous nous souviendrons de Quentin, mais pas comme d’une victime. Nous nous souviendrons du courage et de la détermination avec lesquels cet “un” est meilleur que ce “beaucoup”. Nous nous souviendrons de ce jour comme le point où une nouvelle ère de radicalisation tragique trouve sa pleine éclosion. Parce qu’à partir de maintenant, personne ne pourra plus faire semblant que ce n’est qu’un simple conflit politique. Une nouvelle frontière a été franchie. Et quand une frontière est dépassée, le climat change pour tous.

Sergio Filacchioni.

Sergio Filacchioni est journaliste, graphiste et photographe, actif avec le site en ligne Il Primato Nazionale. Rome. Il est né en 1998.

* * *

Deux ou trois choses à propos d'un drame... 
 
par Pierre Robin
 
Source: https://www.facebook.com/pierre.robin.121 
 
J'ai moi-même participé (dans un autre millénaire) à des affrontements en bandes organisées. C'était une guerre - une guéguerre - de basse intensité entre deux camps farouchement opposés se disputant l'influence ou la prépondérance en milieu jeune universitaire. Que mon " camp " fût en flagrante infériorité numérique (et je dirais, médiatique) ne changeait rien à notre détermination. D'autant que c'était ça ou la disparition de la scène (para)politique - ou la soumission pour anticiper Houellebecq: il n'y avait pas de paix possible, juste des " relâches ", des baisses de tension collectives.
 
A ma connaissance, pendant ces 2 ou 3 années de guérilla (forcément) urbaine, il n'y a pas eu de morts, juste quelques blessés graves peut-être. Moi même j'ai eu assez peur à 2 ou 3 reprises. Mais j'aimais cette ambiance de tension - et je trouvais cet activisme considérablement plus intéressant que le droit civil, ou même les sciences politiques.
 
Ce qui est arrivé voici 48 heures à Lyon est certes désolant, mais pour moi pas nouveau. A la limite c'est encore moins étonnant aujourd'hui, dans une société multi-conflits, qu'il y a 40 et quelques années, où l'après-68, certes violent lui aussi, était tempéré par une société plus apaisée malgré tout, que ce soit par un reste de tradition et d'éducation ou par les derniers feux de la société de consommation.
 
Vu les innombrables problèmes en cours et en expansion - et la baisse drastique du niveau d'éducation et de " commune décence " de la France de 2026 - il m'est vraiment très difficile d'imaginer, pour les années à venir, un monde de " zéro violence ". Encore heureux si l'on se maintient au " zéro morts "....
 
* * * 
 
Instant karma
 
par Christian Rol
 
Source: https://www.facebook.com/christian.rol.737
 
C'est comme le petit Bernanos il y a quelques années ; des petites frappes bourgeoises, fils de notables, de juges éventuellement, le daron au Rotary et la mère hystérique qui danse en mini jupe sur Indochine le 31 décembre.
 
Sous ce portrait robot, se situe la réalité a la fois sociologique et psychologique des meurtriers de Quentin. Des faux durs bien choyés dans leurs certitudes en carton, des fils à papa fascinés par la violence mais pas au point de se confronter aux racailles dont ils admirent et craignent la supériorité physique. Pas non plus au point de se battre à nombre égal contre nos camarades.
 
Alors, ils singent la force à 15 contre Un. Une fois le mec au sol, ils tabassent comme des sourds, à coups de pompes dans la tête en criant des slogans ineptes, obscènes.
 
J ai vécu ça au lycée dans les 70... 30 salopes au cul et personne pour me venir en aide.
 
Maintenant, quand les poulets les auront attrapés, ils vont nous raconter qu' ils ne voulaient pas en arriver là, que c'est pas eux, que c'est l' autre qui a porté le coup fatal, etc.
 
Mais c'est trop tard mon ami. Tu voulais la jouer voyou, tueur de fafs, Bande à Baader du quartier, défenseur des cailleras, tu sais les branleurs qui dealent, cognent et violent les filles? Tous ces parasites qui te font bander.
 
Alors, j'ai au moins une bonne nouvelle: tu vas bientôt les retrouver en zonzon.
 
* * * 
 
 

samedi, 14 février 2026

Dresde 1945 : Quand la gauche pouvait encore pleurer

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Dresde 1945 : Quand la gauche pouvait encore pleurer

Par Karel Meissner

(12 février 2026)

Source: https://www.compact-online.de/dresden-1945-als-linke-noch-trauern-konnten-2/

Ce fut précisément Ulrike Meinhof (photo) qui écrivit en 1965, avant de devenir une criminelle dans les rangs de la RAF, un essai étonnant pour la revue marxiste/gauchiste Konkret sur le bombardement de Dresde. Ses successeurs d’aujourd’hui le qualifieraient probablement sans hésiter de diffamatoire et d’extrême droite. Avec le récit publié par COMPACT « Dresde 1945. Les morts, les coupables et les minimisateurs », nous commémorons les victimes et combattons les mensonges. En savoir plus ici: https://www.compact-shop.de/shop/kriegsende/dresden-1945/... 

Ulrike Meinhof commence son texte, intitulé « Dresde », de manière très factuelle et sobre:       

« Il y a vingt ans, le 13 et 14 février 1945, dans la nuit du Mardi Gras au Mercredi des Cendres, le plus grand bombardement aérien de la Seconde Guerre mondiale sur une ville allemande fut effectué: l’attaque contre Dresde. La ville fut bombardée trois fois en 14 heures ».

Pour donner au lecteur une petite impression de cette horreur:         

«Lors du départ des bombardiers anglais, ils ont laissé derrière eux une mer de flammes qui a fait briller le ciel sur plus de 80 kilomètres».

Sans qu'on ne puisse la soupçonner de manipulation, la rédactrice de Konkret à l’époque écrit:    

«Plus de 200 000 personnes ont péri dans les flammes de Dresde».

Aujourd’hui, écrire cela serait considéré comme un sacrilège, mais à l’époque, de tels propos étaient encore tout à fait innocents, et, pire, Meinhof cite l’historien britannique qui était encore très respecté à l’époque, David Irving: «Pour la première fois dans l’histoire de la guerre, une attaque aérienne a détruit une cible de façon si dévastatrice qu’il n’y avait pas assez de survivants indemnes pour enterrer les morts».

Meinhof est extrêmement prudente concernant le nombre d’habitants au moment au moment du bombatfrmrny, touit comme le nouvel essai qui vient de paraître dans COMPACT et s'intitule «Dresde 1945. Les morts, les coupables et les minimisateurs»:

«Lorsqu’elle a été détruite, cette ville comptait plus d’un million d’habitants. On estime qu'elle avait une population variant entre 1,2 et 1,4 million. Il y avait en outre des réfugiés de Silésie, de Poméranie et de Prusse orientale, des évacués de Berlin et de la Rhénanie, des transports d’enfants, des prisonniers de guerre et des travailleurs étrangers. »

Meinhof poursuit: «Dresde était considérée dans toute l’Allemagne comme une ville qui ne serait pas bombardée. Elle a été déclarée ville-hôpital pour les soldats blessés et marquée par d’énormes symboles de la Croix-Rouge sur les toits».

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Le manteau du mensonge

Harris et ses compagnons, commanditaires des bombardements, devaient avoir pressenti que quelque chose de terrible allait se produire. Ils ont donné l’ordre de tuer délibérément. Meinhof:       

«On n’a pas dit la vérité aux soldats anglais qui ont effectué les attaques. On a dit: votre flotte attaque le commandement suprême de l’armée à Dresde. On a dit que Dresde était un centre de ravitaillement important pour le front de l’Est. On a dit qu'une des cibles de l’attaque était un quartier général de la Gestapo situé dans le centre-ville, une usine de munitions importante, une grande usine de gaz toxique».

Et elle va plus loin. Meinhof dévoile la supercherie. La rumeur dit que le poisson pourrit par la tête :

«C’est le gouvernement britannique, sous son Premier ministre Sir Winston Churchill, qui, jusqu’à la fin de la guerre, en mars ’45, a réussi à garder secret le véritable caractère intentionnel et planifié des bombardements britanniques sur les villes allemandes. Dresde était le point culminant de cette politique».

Alors que, lors de chaque occasion, des chefs d’État allemands s'agenouillent dans la poussière devant des étrangers pour s’excuser des injustices faites à leur peuple, il n’y a toujours pas d’excuses du côté britannique. Même la reine, qui cache pudiquement ses ancêtres allemands – les Battenberg ex-allemands sont devenus les Mountbatten (*) –, n’a pas prononcé un mot de repentance envers le peuple allemand.

Meinhof en parlait déjà en 1965: «Le fait que le mot Dresde n’ait pas été prononcé lors des funérailles de Sir Winston Churchill suggère que Dresde devrait encore être imputée au peuple qui a été trompé lui-même».

(*) Et les Saxe-Cobourg (Sachsen-Coburg) sont devenus les "Windsor". 

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Métaphysique de la guerre: l’Occident comme pétrification du Logos contre le Katechon eurasien

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Métaphysique de la guerre: l’Occident comme pétrification du Logos contre le Katechon eurasien

Martin Kovac

Source: https://www.facebook.com/martin.kovac.3511

Fissure ontologique au cœur du Monde

La guerre que nous observons sur le plan physique (Hylé – la matière) n’est pas simplement un affrontement d’intérêts nationaux ou de stratégies géopolitiques. C’est une résonance nécro-mantique, une ombre matérielle projetée par une fracture géante vieille de mille ans dans la noosphère de l’humanité. Ce que nous appelons « Occident » et « Orient » ne sont pas des directions géographiques, mais deux systèmes opérationnels fondamentaux inscrit dans la réalité, qui ont perdu la capacité de partager un protocole commun de l’Être.

1. L'OUEST : Architecture du Contrat et Désacralisation (Domination du Logos)

L’ontologie occidentale, issue du droit romain et de la définition scolastique de Dieu, est une structure linéaire et contractuelle. En introduisant le Filioque (l’Esprit qui procède du Fils), l’Occident a rationalisé le Mystère. L’Esprit est devenu compréhensible, donc manipulable par la raison humaine (Ratio).

  • Conséquence pour la réalité: le monde est devenu un « projet » à achever. La sacralité a été séparée du profane, ce qui a permis l’émergence de la science et de la technique – des outils pour dominer la matière.
  • Manifestation géopolitique: la civilisation occidentale est une technocratie expansive. Son essence est le Progrès (le mouvement en avant dans le temps). La paix est pour elle un état où les « Règles » (Contrat) sont respectées. Quiconque refuse ces règles n’est pas seulement un ennemi, mais une « erreur dans le code » qu’il faut corriger (démocratiser, éduquer, intégrer). Le modèle occidental est centripète – il veut transformer le monde entier à son image par la standardisation.

2. L'EST : Architecture de l’Icone et du Katechon (Domination du Noos)

Gregory-Palamas-and-the-Making-of-Palamism-in-the-Modern-Age-3018483557.pngL’ontologie orientale, enracinée dans la mystique byzantine et le palamisme (ou théologie palamite), perçoit la réalité comme cyclique et organique. En rejetant la rationalisation de l’Esprit, Dieu (et le sens du monde) demeure un Mystère, accessible non par analyse, mais uniquement par participation (Theosis).

  • Conséquence pour la réalité: le monde n’est pas une machine à améliorer, mais une «Icône» à vénérer et à protéger. Le temps n’est pas un progrès, mais une entropie (déchéance), à laquelle il faut résister.
  • Manifestation géopolitique: la civilisation orientale (Eurasie) est comprise comme le Katechon – «Celui qui retient» (l’arrivée de l’Antichrist/du Chaos). Son essence est la Tradition (l’arrêt du temps). La paix n’est pas la conformité aux règles, mais un état de Symphonie (harmonie spirituelle), souvent acquis par la souffrance ou la soumission à une hiérarchie. La guerre pour l’Orient n’est pas un échec diplomatique, mais une fièvre métabolique nécessaire pour brûler une infection étrangère (modernisme, libéralisme) qui menace l’âme de l’organisme.

COLLISION MORTELLE : La confrontation entre le Temps et l’Éternité

La tragédie du moment présent réside dans le fait que ces deux systèmes ont perdu leur langage commun.

  • Pour l’Occident, l’Orient est une anomalie pathologique — un vestige archaïque et irrationnel du passé qui refuse la «fin de l’histoire» et le bonheur du consommateur. L’Occident y voit la Tyrannie.
  • Pour l’Orient, l’Occident est une hérésie ontologique – une machine froide qui dévore les âmes, brise les familles et les clans en atomes (individus), et remplace Dieu par un Algorithme. L’Orient y voit l’Apocalypse.

En Ukraine et dans d’autres lignes de fracture, nous voyons non pas une lutte pour le territoire, mais une collision de deux métaphysiques. C’est une guerre entre la Forme (l’Occident), qui cherche à imposer un ordre au monde, et l’Énergie (l’Orient), qui se défend contre la pétrification. Jusqu’à ce que cette union alchimique de ces principes – la guérison du schisme entre la Tête (Logos) et le Cœur (Noos) – ait lieu, le Hylé (la matière) continuera de saigner. Le monde est malade parce que ses deux hémisphères se battent pour contrôler le corps, tandis que l’âme reste silencieuse au milieu du feu croisé.

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RETRAITE DU LOGOS ET RETOUR DU JUGE

La chute occidentale sous la gravité de la Loi

Le paradoxe du cercle civilisateur occidental en 2026 est qu’il, dans son orgueil de «progrès» et de «liberté», revient inconsciemment dans le temps. L’Occident, né du mystère de l’Évangile — donc de la radicale surmontée de la loi par l’amour et la grâce — a abandonné cette source fondamentale. Dans sa quête de sécularisation et de rationalisation, il a effectué un changement ontologique fatal: il a rejeté le Christ (le Pardonneur) et a inconsciemment réinstallé l’archétype de l’Ancien Testament dans sa forme la plus rigide et pharisienne. 

a) Hypertrophie de la Loi et atrophie de la Grâce

La société occidentale est devenue une Communauté du Contrat, pas du Spiritus.

  • Diagnostic: l’Évangile a apporté au monde le concept de Metanoia (changement de mentalité) et de Pardon. Le pardon est la seule force capable de briser la chaîne causale de la culpabilité et de la punition (karma). Cependant, avec la «mort de Dieu», l’Occident a perdu la verticale d’où vient la grâce.
  • Manifestation: ce qui reste, c’est la Loi horizontale. Le libéralisme moderne, la correction politique et la «cancel culture» ne sont pas des expressions de tolérance, mais de nouveaux Lévitiques séculiers. Ce sont des codes de pureté. Quiconque touche à la «propreté» (mauvaise opinion, péché historique) est rituellement exclu de la société. Il n’y a pas de pénitence, seulement une élimination ou une ostracisation sociale. L’Occident est devenu un Grand Inquisiteur, tenant dans sa main l’épée des lois et des droits de l’homme, mais sans Caritas (Amour) dans le cœur.

b) Mécanisation de la Justice: Œil pour œil, sanction pour sanction

La perte de l’aspect évangélique a replongé l’Occident dans la causalité.

  • Piège ontologique: sans le principe de la Grâce, la réalité devient un mécanisme impitoyable de «flux et reflux». La géopolitique et la politique intérieure occidentale fonctionnent selon le principe de la rétribution. C’est un retour à la Lex Talionis archaïque, mais sophistiqué par le langage bureaucratique des tribunaux internationaux.
  • Conséquence: l’Occident ne sait plus guérir, il ne sait que juger. Face à l’Orient (et au reste du monde), il agit comme un Procureur qui lit une liste d’infractions et réclame satisfaction. En cela, il se prive de la possibilité d’être le «Sel de la Terre». Le sel conserve et donne du goût; l’Occident est devenu une acide qui veut tout ronger jusqu’à ce que tout corresponde à la norme.

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c) La cristallisation du Cœur: la fin de l’histoire du Salut

En absolutisant les «Règles» (rules-based order), l’Occident s’est enfermé lui-même dans l'Hylé (la matière) et le Logos (la raison), mais s’est coupé du Pneuma (l’Esprit).

  • Effondrement: une société qui a remplacé l’Amour du prochain par l’obligation envers le système tend inévitablement vers le totalitarisme. Il s’agit d’un totalitarisme du «Bien», mais défini par des juristes et des technocrates, pas par des saints. L’Occident construit un «Palais de Cristal» — parfaitement transparent, hygiénique, sûr, mais froid et sans vie.
  • Diagnostic final: l’Occident meurt par sous-nutrition spirituelle. Il a échangé la liberté inconfortable et risquée de l’Évangile contre la cage sécurisante mais étouffante de la Loi. Il devient ce contre quoi Christ a autrefois lutté: un temple où l’on marchandise la culpabilité, où la lettre de la loi tue l’Esprit. Et tant que l’Occident ne retrouvera pas la force de la Grâce — c’est-à-dire la capacité de voir, au-delà des contrats et des normes, le vivant — sa construction civilisationnelle s’effondrera sous le poids de sa propre justice impitoyable.

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Les trois Europe à une époque de danger maximal

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Les trois Europe à une époque de danger maximal

Carlos X. Blanco

Article de Carlos X. Blanco publié dans Voces del Periodista (Mexique), année XXX, n° 519, février 2026.

Il appartient aux hommes et aux femmes de cette génération de revivre une fois de plus des temps dangereux. En réalité, l'exception est le contraire : la chance de connaître, au cours d'une seule vie, de longues années de paix relative, entrecoupées seulement de conflits locaux qui ne menacent pas l'existence même de la civilisation, voire de l'espèce.

Cette paix « froide » et relative, ces 80 années de guerres localisées et contenues, sont désormais révolues. Nous devons nous préparer à la « convergence des catastrophes », pour reprendre un terme cher au défunt penseur français Guillaume Faye.

La vie de cette génération et de la prochaine, en particulier dans cette sphère que l'on appelle, par intérêt ou par paresse, « l'Occident », sera de plus en plus risquée, incertaine et soumise à des réalités difficiles. L'« Occident », en tant que tel, est un concept voué à disparaître ; l'idée est en train de mourir parce que la réalité qu'elle reflète est en train de mourir. Il n'existe qu'un seul empire américain... et les autres. La faiblesse même du concept, d'une part, ainsi que la transformation brutale de la réalité géopolitique au cours des derniers mois, d'autre part, conduisent inévitablement à sa fin.

L'« Occident » était un concept qui, s'il n'a pas été inventé, a certainement été diffusé à des fins de propagande par l'Anglosphère. Le mot lui-même cache ce qui, jusqu'au XIXe siècle, était une réalité fondamentale : la civilisation européenne. Depuis leurs îles, les Britanniques se sont historiquement consacrés à maintenir le continent dans un état de guerre civile permanente, désuni et, surtout, séparé de la Russie, séparé de cette immense nation, la seule qui aurait pu donner une consistance (territoriale, démographique, énergétique) à un continent déjà doté d'une tradition culturelle commune, comme l'Europe.

Depuis 1492, lorsque les Européens se sont projetés vers les Amériques dans cette tâche complexe de détruire et de construire un monde nouveau, et depuis la fin du XVIIIe siècle, lorsqu'une nouvelle « nation » anglo-saxonne, les États-Unis, a commencé à acquérir les caractéristiques d'une puissance, cet Occident est devenu synonyme d'américanisation du monde, et l'« Europe » a été éclipsée.

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L'américanisation du monde a connu plusieurs phases au cours du XIXe siècle. La première, évidemment, a consisté à régler ses comptes avec la Couronne britannique. Non seulement l'indépendance de l'Union vis-à-vis des Anglais, mais aussi la sécurité contre les représailles ou les tentatives de reconquête de la part des Anglais, étaient les priorités immédiates. Le mode de production capitaliste, dans son évolution incessante au cours du XIXe siècle, allait transformer la confrontation anglo-américaine en son contraire, une complémentarité, comme nous le voyons aujourd'hui. Le Royaume-Uni continue d'être le pont d'envoi des États-Unis en Europe. Les îles britanniques sont comme d'énormes porte-avions ancrés dans l'océan Atlantique, toujours prêts à intervenir, avec un type d'ingérence spécifiquement destiné à créer la désunion et le dysfonctionnement entre les Européens. L'Amérique du Nord a pris la place de l'Empire britannique dans sa domination impérialiste sur le monde, et aussi sur l'Europe, à l'ère du capitalisme. Parler de l'impérialisme comme de la « phase suprême » du capitalisme (Lénine) et parler de l'Empire de l'Anglosphère, c'est la même chose. En ce sens, ce stade suprême a consisté en deux phases : la phase britannique et la phase américaine. Cette deuxième phase, la phase américaine, dont nous assistons au déclin, est en fait complétée par une entité (le Royaume-Uni) en fort déclin depuis 1945, mais dont les vestiges et le butin sont encore utiles aux États-Unis.

Au cours des dernières semaines, nous avons assisté à une sorte de révélation. C'est comme si les dieux avaient décidé de révéler leurs desseins les plus secrets à l'humanité, nous montrant la signification cachée du monde, un mystère insondable depuis le début du XIXe siècle. Deux longs siècles sont en train d'être déchiffrés. Parlons des deux grandes révélations:

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La « doctrine Monroe ». L'existence même d'une nation artificielle, support matériel d'un empire capitaliste prédateur, repose sur l'anéantissement existentiel de l'Amérique ibérique. Les « États-Unis d'Amérique » avaient un noyau puritain et anglo-saxon, mais ils se sont progressivement étendus avec l'immigration européenne. L'extermination systématique et complète des Amérindiens au cours du XIXe siècle préfigurait Gaza. Le génocide actuellement en cours à Gaza est, à son tour, un présage de ce qui arrivera à d'autres peuples et nations. De plus, la nation américaine ne serait qu'une petite bande de territoire américain peuplée de colons blancs d'origine européenne et de villes calquées sur l'Angleterre, sans l'usurpation massive et le vol de terres au Mexique.

Depuis ses origines au XVIe siècle, une époque où l'Angleterre n'était guère plus qu'une nation appauvrie et un repaire de pirates, l'Anglosphère a trouvé sa raison d'être et sa source d'énergie dans l'anéantissement existentiel de l'Hispanidad : le monstre anglo-saxon s'est développé proportionnellement à la part de l'Hispanidad qu'il a engloutie et pillée. Les nations hispaniques, ou plus généralement les nations ibériques, doivent être traitées comme des colonies et des champs d'extraction, tant en Amérique qu'en Europe, afin de soutenir l'existence même de l'Anglosphère. Tant que les géopoliticiens et les philosophes de l'histoire ne reconnaîtront pas pleinement et méticuleusement, comme une loi inexorable, l'équation qui dit : « plus l'Anglosphère est grande, plus l'Ibéro-sphère est petite », il n'y a aucune chance d'arrêter le monstre de ce même hémisphère, appelé « hémisphère occidental ». La chute du dollar lui-même, ou les attaques défensives de la Russie, de la Chine et d'autres puissances non occidentales, accéléreront la ruine de l'Empire occidental, avec des millions de morts et une grande dévastation dans de nombreux pays.

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Colonialisme et racisme. Il est urgent que l'Europe elle-même se « dés-occidentalise ». Il existe peut-être, pour arrondir, une centaine de nations en Europe. Les différences ethniques entre elles ne sont pas grandes, mais la grande mosaïque qui constitue l'Europe est bien connue. Cette énorme diversité possède cependant un mortier ou un ciment qui lui a donné sa substance pendant des siècles : la tradition hellénique (transmise à Rome et au christianisme), base d'une pensée rationnelle qui s'est épanouie sous la forme de la philosophie, de la science et de l'éthique de la personne. La christianisation de l'Europe tout au long du Moyen Âge est l'autre substance unificatrice qui a fait du chrétien européen l'habitant d'une immense république, la même de Lisbonne aux confins les plus reculés de la Russie, identique des régions septentrionales lointaines aux rives de la mer Méditerranée. Cependant, c'est à l'époque moderne, l'époque des empires d'outre-mer et du capitalisme, que la signification de l'« européité » a été complètement déformée. Ce n'est qu'alors que le mythe de la suprématie blanche s'est emparé du cœur des conquérants qui, se considérant comme des « civilisateurs » et des « évangélisateurs », sont devenus – en réalité – des génocidaires.

Entre le XVIe et le XXe siècle, l'Europe connue par les autochtones d'autres continents n'était pas tant l'Europe d'Homère, de Platon, d'Aristote, de Thomas d'Aquin, de Kant, d'Einstein... ni tant l'Europe de Cervantes, de Shakespeare, de Goethe, ni tant celle de Bach et de Beethoven... c'était l'Europe des esclavagistes, des génocidaires, des pillards. De plus, le mythe suprémaciste et raciste a été intériorisé dans le système complexe des « cent nations » d'Europe. Le continent, désormais rabaissé par les actions néfastes de ses propres élites, laquais des pouvoirs financiers mondiaux et abjects sbires de Trump, traverse également une crise d'identité et une remise en question de son existence homogène.

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L'Europe n'est plus « hellénique », car la religion du capitalisme anglo-saxon (prédation, loi de la jungle en économie, individualisme rampant, idolâtrie du marché, consumérisme féroce...) a remplacé les idéaux d'une vie modérée et rationnelle, de modération face à l'orgueil (hybris) et de culture de la beauté dans le corps et l'âme. Et elle n'est même pas chrétienne : l'Europe a perdu son unité, non seulement à cause d'une « sécularisation » que les progressistes de tous bords exaltent comme bénéfique, mais aussi à cause de l'immigration massive de musulmans, d'une part, et de l'adoption de principes sionistes (que certains confondent avec des principes « chrétiens ») tels que la vision de la « préférence divine » pour un peuple particulier, le suprémacisme ségrégationniste, la bellicosité prétendument justifiée par Dieu, l'acceptation de l'oxymore appelé « judéo-christianisme », etc. Le « modèle Gaza » sera imposé dans d'autres parties du monde tant que l'Empire occidental, c'est-à-dire la superstructure créée par le secteur le plus prédateur et le plus meurtrier du capitalisme anglo-saxon, fonctionnera. Tant que l'Europe ne parviendra pas à retrouver son unité spirituelle (fondement de l'unité géopolitique) basée sur la richesse de ses « cent nations » et, surtout, sur ses doubles racines helléniques et chrétiennes, elle restera une partie du monde vouée à devenir un champ de bataille (elle l'est déjà) et un camp de concentration (elle l'est déjà, au niveau numérique et médiatique).

La raison d'être de l'Europe dans les années à venir devra consister à éviter ces deux horribles possibilités et, à tout prix, à rompre les liens avec les États-Unis. Ce sera difficile : renverser des gouvernements, boycotter des institutions, réajuster les niveaux de consommation et s'habituer à la modestie... Mais si elle n'y parvient pas (et cela doit être fait par les peuples européens eux-mêmes, à partir de la base), elle connaîtra le même sort que les empires « blancs » suprémacistes, esclavagistes et colonisateurs ont infligé à une grande partie de l'humanité qui a assisté à leur arrivée. Les Noirs, les indigènes, les Asiatiques le savent et ne peuvent l'oublier.

À l'heure actuelle, pour le dire simplement, il existe trois grandes Europe : l'Europe orientale, complètement manipulée par l'Empire dans sa russophobie ; l'Europe occidentale et septentrionale, dominée par les Français et les Allemands, victime des mêmes vices suprémacistes, désireuse de continuer à sous-développer l'Europe méridionale, mais vassale indigne des États-Unis ; et enfin, l'Europe méridionale (Portugal, Espagne, Italie et Grèce). Cette Europe méridionale, la plus maltraitée par une Union conçue pour servir l'OTAN et l'Anglosphère (tout se révèle maintenant), est la seule à avoir le potentiel de conclure des alliances avec les principaux pays d'Amérique latine et d'explorer des voies en dehors de celles de l'Anglosphère. Pourtant, nous nous trouvons dans les griffes de cette Anglosphère.

L'effondrement de l'hypocrisie internationale

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L'effondrement de l'hypocrisie internationale

Alessandro Scassellati

Le problème posé par la conceptualisation du Premier ministre canadien, Mark Carney, sur la fin de « l'ordre international fondé sur des règles » est courant dans les capitales occidentales. L'histoire commence lorsque les élites au pouvoir souhaitent un second mandat pour Donald Trump. Elles sont indignées, mécontentes et inquiètes car certains aspects de ce qui a été infligé au tiers-monde, dans le cadre d'actions auxquelles leurs pays ont participé, sont désormais renversés et utilisés contre elles. L'extorsion, le gangstérisme, la coercition économique et les menaces à la souveraineté territoriale sont perpétrés contre les États faibles et vulnérables de l'alliance occidentale. Ce sont ces mêmes États qui sont restés silencieux ou ont participé lorsque les victimes étaient des pays lointains et « autoritaires » qui ne partageaient pas leurs valeurs.

Le 20 janvier 2025, le Premier ministre canadien, Mark Carney, a prononcé un discours lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM) à Davos. Un chœur d'éloges s'est immédiatement élevé de la part des « capitalistes progressistes » et des médias libéraux-progressistes du monde entier, tant du Nord que du Sud. Carney a indirectement visé le président Trump en affirmant que le monde est « en pleine rupture, et non en pleine transition », indiquant que « les hégémons ne peuvent pas continuer à monétiser leurs relations » et cherchant à indiquer une nouvelle direction dans laquelle « les alliés se diversifieront pour se protéger de l'incertitude... [car] les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu ». Carney a exhorté les « puissances moyennes » à cesser de se conformer aux régimes qui recherchent l'hégémonie, à cesser d'espérer un retour au passé et, au contraire, à construire de nouvelles coalitions pour survivre à ce qui va arriver. Outre l'utopie du premier ministre Carney concernant la sortie du Canada de la sphère d'influence des États-Unis, deux vérités très importantes ont été présentées.

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Avec la présidence Trump, le masque est tombé

Le problème avec la conceptualisation du premier ministre Carney est courant dans les capitales occidentales. L'histoire commence lorsque les élites au pouvoir veulent un second mandat pour le président Trump. En bref, le problème de « l'ordre international fondé sur des règles » (qui n'est pas celui mentionné dans la Charte des Nations unies, mais l'ensemble de règles que les États-Unis ont progressivement inventées pour donner une apparence de légitimité à leur gouvernement unipolaire) provient d'une seule personne : le président Trump. Sans Trump, tout irait bien, comme d'habitude.

Pour Carney et d'autres alliés des États-Unis, l'histoire a commencé en 2025, lorsque Trump a imposé des droits de douane au Canada et à l'Union européenne, extorqué 200 milliards de dollars à la Corée du Sud et 500 milliards au Japon, et finalement menacé de retirer le Groenland au Danemark, allié de l'OTAN.

L'élite de Davos n'a pas réalisé que deux semaines seulement avant le discours « historique » de Carney à Davos, le gouvernement canadien lui-même avait soutenu l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par Trump . La même élite libérale de l'Union européenne avait réaffirmé son soutien à la démocratie et aux droits humains du peuple vénézuélien, tout en soutenant les violations flagrantes du droit international et de la souveraineté étatique en appuyant l'enlèvement de Maduro.

Pour les alliés des États-Unis, la puissance hégémonique américaine, autrefois fiable, n'agit plus « rationnellement », « conformément aux lois et normes internationales » (mais uniquement selon la « moralité » de Trump), dans l'intérêt de ses alliés, vassaux et suppliants. En d'autres termes, Trump 2.0 est le moment où les États-Unis ont retiré leur masque devant le monde entier.

Cela est en partie vrai dans le sens où le président Trump représente le côté vulgaire, impulsif, agressif, égoïste et destructeur de la politique américaine et de l'empire. Trump s'exprime de manière incohérente par rapport aux anciens dirigeants de l'empire et dit plutôt tout haut ce qui est évident. Un exemple clair est que les États-Unis peuvent voler le pétrole vénézuélien et gouverner le pays .

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Le problème de croire en cette ligne de pensée est qu'elle est historiquement fausse, qu'elle justifie les puissants et qu'elle ignore la réalité qui existe au-delà des bulles libérales. Le Premier ministre Carney n'est pas mécontent que le fictif « ordre international fondé sur des règles » touche à sa fin ; il est furieux que la puissance hégémonique impériale, les États-Unis, commence à traiter ses alliés les plus proches de la même manière qu'elle traite le tiers-monde (aujourd'hui appelé « pays émergents » ou « Sud global ») depuis 1945.

Au lieu de tirer profit de l'extraction des richesses américaines et de la répression mondiale du développement pour satisfaire le noyau dur des pays occidentaux, Trump et la puissance hégémonique extorquent et volent désormais leurs alliés, tout en les traitant avec condescendance, en les méprisant et en les rabaissant. (Dans un discours prononcé devant le Parlement allemand le 29 janvier, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré : « En tant que démocraties, nous sommes des partenaires et des alliés, pas des subordonnés »).

Regarder le monde avec les yeux grands ouverts

Le discours du premier ministre Carey n'a pas fait preuve d'une réflexion honnête sur la contribution du Canada et d'autres puissances intermédiaires à la destruction du droit international, à la violation des droits humains et à l'inégalité mondiale. Pour ceux qui ont la mémoire et des souvenirs de l'histoire récente, les événements qui se sont déroulés depuis le 20 janvier 2025 ne sont pas si différents de ceux des décennies passées. Carney et ses partisans semblent avoir oublié certains faits importants des 40 dernières années, notamment les suivants.

L'invasion militaire américaine de la Grenade et du Panama pour renverser et emprisonner leurs dirigeants . Plus de 500.000 enfants irakiens sont morts à cause des sanctions. La secrétaire d'État Madeleine Albright avait déclaré: «C'est un prix que nous sommes prêts à payer». Mme Albright n'a jamais payé de prix; un demi-million d'enfants irakiens l'ont payé de leur vie.

La guerre d'agression illégale contre l'Irak en 2003, au cours de laquelle le secrétaire d'État Colin Powell a menti au monde entier au sujet des armes de destruction massive . L'occupation de l'Afghanistan par l'OTAN pendant 20 ans , dix ans après la mort d'Oussama ben Laden , qui était apparemment la véritable raison de l'invasion. La destruction de la Libye par l'OTAN et l'assassinat de son président, Mouammar Kadhafi . La nouvelle de la mort violente du président Kadhafi a été accueillie avec enthousiasme par la secrétaire d'État Hillary Clinton, qui a ri et déclaré: «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort». Cette intervention a transformé la Libye, qui était le pays le plus développé et le plus riche d'Afrique, en un État défaillant avec des marchés d'esclaves en plein air .

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Le président Obama a soutenu Al-Qaïda dans la sale guerre qui a duré 13 ans contre la Syrie. Jake Sullivan, conseiller d'Hillary Clinton puis conseiller à la sécurité nationale du président Biden, l'a démontré en déclarant: «Al-Qaïda est de notre côté en Syrie». Cette opération allait devenir l'opération Timber Sycamore, l'administration Obama envoyant des milliards de dollars pour soutenir les militants liés à Daech et renverser le gouvernement syrien de Bachar al-Assad. En décembre 2024, le gouvernement du président syrien Bachar al-Assad a été définitivement renversé par les militants de Daech, et Abu Mohammad al-Julani a pris la fonction de président par intérim. Abu Mohammad al-Julani, désormais rebaptisé Ahmed al-Sharaa, avait une prime de 10 millions de dollars sur sa tête offerte par le FBI américain. Cette prime était due à son comportement violent dans la lutte contre l'occupation américaine en Irak et à son ascension ultérieure à la tête de l'EI en Syrie .

Les États-Unis, l'Union européenne et le Canada ont rapidement reconnu l'ancien coupeur de gorges de l'EI comme le dirigeant légitime de la Syrie et ont révisé leur politique de sanctions, retirant Al Nusra [lire EI] de leurs listes d'organisations terroristes. Le président Trump a même reçu al-Julani/al-Sharaa à la Maison Blanche, siège du « monde libre ». Lors de son voyage aux États-Unis, le président syrien [lire : ancien chef de l'EI] Ahmed al-Sharaa a reçu une invitation encore plus légitime à s'adresser à l'Assemblée générale des Nations unies en tant que président syrien. Au cas où le monde aurait manqué sa visite à la Maison Blanche.

Pour de nombreux observateurs aux États-Unis et dans le monde entier, le véritable moment où le masque est tombé a été lorsque les États-Unis et tous leurs alliés, y compris le Canada, ont gardé le silence et ont soutenu Israël dans sa campagne génocidaire visant à détruire le peuple palestinien à Gaza . Une destruction à grande échelle, high-tech et retransmise en direct, du peuple palestinien (plus de 71.000 morts) est devenue virale sur les réseaux sociaux pendant plus de deux ans. Le masque est tombé il y a de nombreuses années, mais seulement en 2026 pour le Premier ministre Carney.

L'importance du discours du Premier ministre Carney

Ce qui précède pourrait sembler être une diatribe visant à se moquer du Premier ministre Carney. Ce n'est que partiellement vrai. Le discours de Carney contenait deux points très importants. Tout d'abord, Carney a affirmé que « pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré sous ce que nous appelons l'ordre international fondé sur des règles. Nous adhérons à ses institutions, nous louons ses principes et nous bénéficions de sa prévisibilité. Et grâce à cela, nous avons pu mettre en œuvre des politiques étrangères fondées sur des valeurs sous sa protection.

Nous savions que l'histoire de l'ordre international fondé sur des règles était en partie fausse, que les puissants s'en affranchissaient quand cela leur convenait et que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et nous savions que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l'identité de l'accusé ou de la victime.

Cela correspond aux points historiques que nous avons rappelés, mais selon Carney, la question ne se pose qu'après 2025. Les relations internationales et la politique étrangère ont toujours été fondées sur les intérêts, et dans le monde des intérêts et du pouvoir, certains sont plus égaux que d'autres. Pour Carney et d'autres dirigeants occidentaux, un monde injuste est acceptable, à condition qu'il leur soit profitable.

Deuxièmement, Carney a déclaré : « Nous ne devons pas laisser la montée en puissance de la force brute nous empêcher de voir que le pouvoir de la légitimité, de l'intégrité et des normes restera fort si nous choisissons de l'exercer ensemble... cela signifie reconnaître la réalité. Cessons d'invoquer l'ordre international fondé sur des règles comme s'il fonctionnait encore comme annoncé. Appelons-le par son vrai nom : un système d'intensification de la rivalité entre les grandes puissances, dans lequel les plus puissantes poursuivent leurs propres intérêts en utilisant l'intégration économique comme arme de coercition. Cela signifie agir de manière cohérente, en appliquant les mêmes normes aux alliés et aux rivaux. Lorsque les puissances intermédiaires critiquent l'intimidation économique d'un côté, mais gardent le silence lorsqu'elle vient de l'autre, nous affichons clairement notre position. Cela signifie construire ce en quoi nous disons croire, plutôt que d'attendre que l'ancien ordre soit rétabli.

Cela nous amène à une deuxième vérité. L'ancien ordre nous était peut-être familier, mais il n'était certainement pas juste, démocratique ou équitable, ni fondé sur les valeurs des Lumières ou l'égalité. L'ancien ordre profitait à la petite minorité des principaux pays occidentaux. Encore moins au monde en développement, qui subissait une violence énorme contre ses États et ses peuples.

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Remarques finales sur l'ordre international fondé sur des règles

Aimé Césaire, Franz Fanon et d'autres penseurs postcoloniaux avaient déjà mis en évidence l'hypocrisie occidentale. Dans son ouvrage fondamental de 1950, Discours sur le colonialisme, Césaire démantelait la présomption européenne selon laquelle l'Occident s'était développé grâce à ses colonies et s'était « civilisé » dans le processus. Au contraire, affirmait Césaire, si le colonialisme a enrichi matériellement les puissances impérialistes, il les a également brutalisées sur les plans moral, politique et social. Il a exigé et cultivé une mentalité de supériorité raciale absolue, d'arbitraire administratif et de déshumanisation de « l'autre » pour fonctionner. Pour Césaire, le fascisme européen — en particulier le nazisme — n'était pas une aberration historique, mais un « effet boomerang ». C'était le moment où le modèle colonial de violence, « racialisé, massifié, bureaucratique et impersonnel », s'appliquait sur le sol européen aux corps européens (y compris les Blancs). « Ils ont toléré ce nazisme avant qu'il ne leur soit infligé », a écrit Césaire ; « ils l'ont absous, ils ont fermé les yeux, ils l'ont légitimé, car jusqu'alors, il n'avait été appliqué qu'à des peuples non européens [non blancs] ». Dans cette perspective, le crime d'Hitler n'était ni un génocide ni une guerre d'agression. Le crime d'Hitler était un génocide contre « les Blancs de l'Europe blanche » et une guerre d'agression qui a asservi d'autres Européens. L'horreur de l'Holocauste, dans cette lecture, était le choc de l'Europe face à une version reflétée et intensifiée de sa propre logique coloniale. La description que fait Césaire du leader européen le plus célèbre de l'histoire est une comparaison pertinente avec la situation actuelle (pensons aux meurtres brutaux et aux raids violents de l'ICE à Minneapolis et dans d'autres villes américaines ; voir nos articles précédents: référence infra).

Le Premier ministre Carney, les dirigeants européens et d'autres alliés des États-Unis ne sont pas indignés par la violence, l'injustice et la répression perpétrées pendant les années de leur « ordre international fondé sur des règles ». Au contraire, ils sont indignés, mécontents et inquiets parce que certains aspects de ce qui a été infligé au tiers-monde en développement, dans des actions auxquelles ils ont participé, sont maintenant renversés et utilisés contre eux. L'extorsion, le gangstérisme, la coercition économique et les menaces à la souveraineté territoriale sont désormais perpétrés contre les États faibles et vulnérables de l'alliance occidentale. Ces mêmes États sont restés silencieux ou ont participé lorsque les victimes étaient des pays lointains et «autoritaires» qui ne partageaient pas leurs valeurs. Ils ont encouragé les États-Unis à en arriver là où ils en sont aujourd'hui, en les soutenant et en tolérant leur comportement impérialiste pendant si longtemps parce que cela servait également leurs propres intérêts.

Le Canada (tout comme les pays européens) ne s'est pas contenté de «mettre une affiche à la fenêtre», comme vous l'avez suggéré dans votre discours. Le Canada et les pays européens ont activement participé à la violation du droit international afin d'en tirer des avantages économiques, en appliquant les règles de manière asymétrique (ce qu'on appelle le « deux poids, deux mesures ») pour favoriser leurs intérêts et ceux de leurs alliés. De nombreuses « puissances moyennes » ont colonisé d'autres pays, ont extrait les richesses, les ressources et la main-d'œuvre du Sud et ont renversé les dirigeants démocratiquement élus de ces pays au profit de ceux qui étaient prêts à servir le noyau impérial.

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Le gouvernement canadien a aidé les États-Unis à envahir et à occuper l'Afghanistan ; il a feint de ne pas soutenir l'invasion de l'Irak, alors même qu'il y était favorable ; il a contribué à lancer un coup d'État en Haïti ; et il a aidé à renverser des gouvernements et à déstabiliser des sociétés en Amérique latine où ses entreprises possèdent des mines . Le Canada a été un partenaire constant d'Israël dans son génocide des Palestiniens, en violation de la Convention sur le génocide, des Conventions de Genève, du Traité sur le commerce des armes et plus encore. De plus, Carney a longtemps présenté le Canada comme « une société pluraliste fonctionnelle », où « la place publique est bruyante, diversifiée et libre », mais le gouvernement canadien a violemment réprimé toute opposition à sa complicité dans le génocide israélien à Gaza. La police a évacué des campements étudiants dans des universités, arrêté des militants pour avoir critiqué Israël en ligne, criminalisé des actions et des marches de solidarité, mené des raids nocturnes sans préavis au domicile de militants accusés d'avoir endommagé des biens appartenant à des institutions complices et mené des raids avant l'aube contre d'autres personnes qui auraient organisé des blocages d'usines. Le gouvernement canadien a également déployé la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur des terres autochtones non cédées afin d'arrêter violemment les organisateurs et les militants des Premières Nations qui protègent la terre, l'eau et les forêts contre l'extraction des combustibles fossiles. La GRC, dont le précurseur a été créé pour commettre un génocide contre les peuples des Premières Nations au début de l'expansion coloniale, est aujourd'hui déployée par le gouvernement fédéral pour protéger les intérêts des entreprises de combustibles fossiles.

Le Canada, les pays européens et d'autres États coloniaux qui revendiquent un statut occidental indépendamment de leur géographie, comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ne sont pas des « puissances intermédiaires ». Ce sont des pays qui ont pillé à maintes reprises le Sud global pour construire et maintenir leurs économies au détriment de la grande majorité des populations et de la planète. Ils ne sont pas au milieu ; ils sont au sommet, et ce n'est que maintenant qu'ils ressentent pleinement le poids de ce que signifie être subordonné à une hiérarchie imposée par ceux qui sont plus violents que vous.

Utilisant le langage d'un banquier (après tout, il a d'abord dirigé la Banque du Canada, puis la Banque d'Angleterre), Carney a exhorté les « puissances intermédiaires » à « diversifier » leurs alliances, à réaliser des « investissements collectifs dans la résilience » et à adopter un « réalisme fondé sur des valeurs ». Il a annoncé que le Canada rechercherait « différentes coalitions sur divers sujets fondés sur des valeurs et des intérêts communs », mais qu'il forgerait également des alliances avec d'autres États économiquement puissants tels que la Chine et l'Inde. Il a spécifiquement exhorté les puissances dites intermédiaires à s'unir, soulignant que « si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu ». Surtout, a-t-il affirmé, ces États doivent agir de manière cohérente, « en appliquant les mêmes normes à leurs alliés et à leurs rivaux ».

Le discours du Premier ministre Carney a été salué dans le monde entier pour son caractère théâtral, « affrontant l'agresseur Trump ». Cependant, il s'agissait d'un exercice d'ironie occidentale hypocrite, parsemé de demi-vérités. En résumé, c'était du « non-sens sous stéroïdes ». Carney a souligné qu'une bonne façon de conclure l'effondrement de l'ancien ordre était de ne pas regretter la situation et de se préparer à beaucoup plus de chaos. Le président Trump entame à peine la deuxième année de son deuxième mandat ; trois années d'instabilité et de chaos l'attendent.

Malheureusement, aussi importants que soient l'aveu de Carney et ses appels à la formation de coalitions, on soupçonne que derrière ce jargon se cache un appel aux « puissances intermédiaires » à redoubler d'efforts en matière de capitalisme, d'extraction des ressources, de libre-échange, d'intelligence artificielle et de militarisme (Carney a déclaré à Davos qu'il doublerait les dépenses militaires du Canada d'ici la fin de la décennie). Il s'agit d'un appel à renforcer le néolibéralisme sous prétexte de contrer le fascisme trumpien, alors que ce sont précisément ces décisions qui conduisent à l'ordre international impérialiste auquel Carney prétend s'opposer.

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Si Carney est prêt à admettre que l'ordre fondé sur des règles était une imposture, il ne doit pas tenter de le reproduire avec d'autres États occidentaux, mais plutôt forger une véritable solidarité avec le reste du monde. Il doit séparer le Canada des États-Unis non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan militaire. Et il doit respecter le droit international, que, selon lui, les « puissances moyennes » n'ont que partiellement respecté.

Reconnaître ses propres crimes et privilèges est essentiel si les gouvernements des « puissances moyennes » veulent construire des coalitions significatives et durables qui protègent véritablement les personnes et la planète, et ne se contentent pas de poursuivre leurs propres intérêts à court terme. Si les « puissances moyennes » ne veulent pas subir ce qu'elles ont fait subir aux autres, elles doivent s'engager sérieusement à construire des alternatives avec les dirigeants du Sud et les populations lésées par leurs actions passées. Pas de relations coloniales ni d'accords paternalistes et extractifs, mais de véritables alliances. Elles doivent comprendre comment créer des relations économiques et sécuritaires équitables et réciproques qui ne soient pas fondées sur l'exploitation, l'impérialisme, le militarisme ou la violence. Des relations qui privilégient le bien-être de tous, et pas seulement de ceux qui sont au cœur de l'empire, et qui garantissent la survie et la santé de la planète.

Via Trasform! Italia - Source: https://transform-italia.it/il-crollo-dellipocrisia-sullo...

 

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Maître et esclave : l'erreur fatale de Marx - Pourquoi Marx a mal compris Hegel

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Maître et esclave : l'erreur fatale de Marx

Pourquoi Marx a mal compris Hegel

Alexander Douguine

Alexander Douguine soutient que Marx a mal interprété Hegel, confondant une structure éternelle de la conscience avec un problème historique qui pouvait être aboli.

Le modèle de la relation entre le maître et l'esclave a été examiné en détail par Hegel. Il comporte un aspect intéressant. En fait, Marx a construit sa doctrine de la révolution sur ce passage précis. Le maître lutte, préférant la mort et la liberté (c'est-à-dire que pour lui, la liberté et la mort ne font qu'un), tandis que l'esclave choisit non pas la liberté, mais l'esclavage et la vie. Celui qui choisit la vie choisit l'esclavage ; celui qui choisit la mort choisit la liberté. Ainsi, la mort, la liberté et la maîtrise forment un côté, tandis que la vie, la survie, la production matérielle, le traitement des êtres et l'esclavage forment l'autre.

De cette manière, deux types philosophiques émergent. Notez que nous parlons de types philosophiques. Bien sûr, la tentation est immédiate d'appliquer cela à la sociologie, à l'anthropologie, à l'ethnologie, à la structure de la société et aux classes. C'est exactement ce qu'a fait Marx : il a posé l'existence de maîtres et d'esclaves et l'idée d'un soulèvement des esclaves. Le marxisme repose sur le postulat que l'esclave n'a pas de conscience propre et que, par conséquent, les masses exploitées de la société féodale (ou d'une société encore plus ancienne) ne vivent pas selon leur propre conscience, mais selon celle de la classe dominante. Elles ne se connaissent pas elles-mêmes et ne prennent conscience d'elles-mêmes qu'à travers la conscience des maîtres. Elles manquent de conscience de soi, tandis que les maîtres en sont dotés.

Hegel poursuit en disant que dans la lutte contre la mort, et dans les luttes de la mort elle-même avec ses reflets et ses échos, le maître n'atteint pas l'immortalité au sens plein du terme, bien que ce soit précisément ce qu'il recherche. Au lieu de cela, il acquiert l'esclave. Celui qui s'est enfui loin de lui, qui n'a pas pu supporter son vide et son regard, devient sa proie. Et l'esclave, devenu esclave, a la possibilité de ne pas regarder son maître dans les yeux, de baisser le regard, c'est-à-dire de ne pas regarder la mort en face, et il gagne ainsi la vie, bien qu'il ne soit plus libre. Et que signifie la liberté ? Pour Hegel, la liberté est la conscience de soi, et seule la conscience de soi est liberté. Celui qui est libre est conscient de sa propre conscience — Selbstbewußtsein. Celui qui n'est pas libre ne reconnaît pas son individualité: c'est précisément cela, le manque de liberté. La liberté n'a pas d'autres paramètres. La position sociale, par exemple celle des classes dépendantes exploitées ou des classes dominantes, n'est que la conséquence de la réalisation de certaines orientations et mouvements philosophiques qui se produisent au sein du sujet. Le sujet qui insiste jusqu'au bout sur sa conscience de soi périt ou devient dominant. Le sujet qui échappe à cette résistance, qui s'en retire, grossit les masses, comme le croyaient les Sarmates polonais ou les adeptes hongrois de l'idéologie scythe.

En philosophie, en particulier dans la philosophie hégélienne, tout cela est irréprochable. Bien sûr, en histoire, en sociologie et en anthropologie, on peut trouver des exemples qui confirment ou réfutent cette théorie. Il n'y a pas de projection directe de ces principes sur l'histoire des sociétés humaines. Pourtant, ces observations profondes nécessitent une réflexion approfondie ; elles ne doivent pas être appliquées immédiatement. Marx a tenté de les appliquer, mais dès qu'il s'est légèrement trompé dans les subtilités des modèles philosophiques, ne parvenant pas à mener à bien la réflexion de Hegel, nombre de ses notions sur la nature sociale des processus qui se déroulent dans la société humaine à travers l'histoire se sont révélées incorrectes et erronées.

La dialectique hégélienne de l'esclave et du maître concerne avant tout les structures de l'Esprit subjectif. On peut en tirer

- les conclusions tirées par Marx,

- les conclusions tirées par Gentile,

- et les conclusions tirées par Heidegger.

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Si la topographie philosophique est correcte, elle possède un nombre illimité d'applications, de versions, de nuances, de réfutations et de confirmations. En même temps, elle est entièrement indépendante de ses aspects appliqués. La vérité de la philosophie n'est pas vérifiée par l'expérience, mais par une immersion totale dans ses structures et par l'habileté à les naviguer librement, en les corrélant prudemment avec d'autres systèmes métaphysiques.

En tout état de cause, quiconque renonce à la liberté renonce à la conscience de soi. Et quiconque renonce à la conscience de soi est immédiatement placé à la périphérie de la société, ce qui est logique. La conscience de l'esclave est dirigée vers l'extérieur, vers le monde sensoriel, vers les sensations, vers cette apparence (Schein) qui se fait passer pour l'être. Pas vers les phénomènes eux-mêmes, car les phénomènes résident dans le maître, et pour les atteindre, il faut d'abord briser l'immense pouvoir du négatif.

En général, la phénoménologie est l'affaire des maîtres, car affronter le mouvement de la pensée – en particulier la réflexion, le mouvement de la conscience vers elle-même – signifie, pour Hegel, acquérir l'expérience du contact avec la sphère du premier monde suprasensible, où le phénomène se révèle comme phénomène : Erscheinung als Erscheinung. Seul le maître peut se permettre cela, car il évolue vers sa propre maîtrise en lui-même. Puisque l'Erscheinung en tant que phénomène est l'affaire du sujet, la phénoménologie elle-même est l'affaire des maîtres, et non des esclaves. L'affaire des esclaves est la perception sensorielle, la conscience sans conscience de soi. L'esclave philosophique est destiné à être un instrument, une zone intermédiaire au sein de la culture humaine, un territoire frontalier entre le centre magistral et le monde de l'extériorité, une zone d'objectivité négative qui se désintègre et se disperse à mesure qu'elle s'éloigne du centre de la subjectivité radicale, le long des rayons dispersés des essences en déclin.

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Ainsi, le maître, ayant acquis l'esclave, se concentre sur le contenu intérieur de la conscience, sur l'aperception, sur la réduction phénoménologique, sur le problème de la culture du sujet radical et royal. L'esclave, en revanche, est envoyé à la périphérie de la conscience afin d'organiser l'expérience sensorielle. Là, il passe à une interaction directe (pour parler en termes kantiens) avec les formes a priori de la sensibilité, avec l'espace et le temps, avec les aspects les plus externes de l'être. L'Esclave produit des choses parce qu'il les cultive. Bien sûr, il est le porteur d'une conscience importante et rationnelle. Il arrange et ordonne les choses ; il les produit, tandis que le Maître se contente de les consommer ou de les détruire. L'Esclave fournit la chose au Maître afin qu'elle cesse d'exister. Le Maître dit : « Apportez-moi ceci ou cela ; je vais maintenant le consommer ou le détruire. » Le maître consomme tout ce qu'il souhaite, puisqu'il apparaît effectivement comme le destructeur de tout ce qui existe et qu'il ne crée pas lui-même. L'esclave crée tout ; le maître ne fait qu'anéantir. Que ce soit dans la guerre, vers laquelle il est naturellement attiré, ou en dehors de la guerre, le maître est engagé dans la destruction. L'idée naïve selon laquelle le maître doit être gentil, aider ses ouvriers (ou ses travailleurs) à peindre les murs, par exemple, est peu réaliste. Le maître ne doit se préoccuper de rien ; il doit être absolument libre de toute prescription, et surtout des prescriptions de ce que pensent les esclaves, car les esclaves doivent faire ce que le maître leur dit, plutôt que de s'adresser à lui avec leurs propres considérations.

Telle est la dialectique de l'esclave et du maître. On peut également observer leur relation différente à la production : ce que le maître détruit ou consomme, l'esclave le crée. Cela a impressionné Marx, qui a décidé qu'à un moment donné, le maître rassemblerait de nombreux esclaves (une classe entière), les assujettirait et ne consommerait que ce qu'ils produisaient. En conséquence, à un moment donné, le maître deviendrait dépendant des esclaves, car s'il n'avait rien à détruire – c'est-à-dire à consommer –, il disparaîtrait, périrait. Il s'avérerait alors que les esclaves, inutiles en eux-mêmes, étaient devenus indispensables à sa survie.

Pourtant, même si nous admettons que cela ne se produira pas (contrairement à Marx) et que la conscience de soi du maître devienne une conscience de soi absolue, ne dépendant de rien, y compris de la classe des esclaves qui lui fournit son contenu ontique, elle deviendrait une concentration de négativité noire, une négation radicale anéantissant tout ce qui existe. Même l'illusion du nicht-Ich ne subsisterait plus, et par conséquent, il n'y aurait plus de monde subordonné, servile, soumis à la destruction par la conscience, c'est-à-dire à la compréhension ou à la connaissance.

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Chez Hegel, la discussion porte sur la structure de la conscience qui nous est donnée de manière synchronique. Les phases de la bataille entre deux consciences de soi – la lutte héroïque avec la mort et la désertion qui transforme le guerrier en esclave, la préférence pour la vie au prix du renoncement à la conscience de soi – sont décrites comme séquentielles. Pourtant, dans la structure de Hegel, elles sont synchrones. Il s'agit de moments structurels dans le domaine de la conscience. Il serait tout à fait erroné d'interpréter cela du point de vue de la succession temporelle. Ce qui est présent ici est une séquence logique, et non chronologique ou diachronique. Supposer, comme l'a fait Marx, qu'un moment viendra où le maître deviendra trop dépendant de l'esclave, que la conscience de soi de l'esclave s'éveillera et qu'il se rendra compte que le maître ne peut ni manger ni boire sans lui, et que l'esclave, entrant dans sa conscience, détruira le maître et sa volonté nihiliste, mettra fin à ses efforts pour consommer et anéantir, et créera un monde magnifique pour les travailleurs du socialisme et du communisme, est théoriquement possible. Le libéral hégélien Kojève voyait la résolution de la dialectique maître-esclave dans la société civile, bien que Hegel lui-même ne la considérait possible que dans un État pleinement réalisé du futur, dans une monarchie constitutionnelle.

Néanmoins, sans une analyse structurelle minutieuse de la conscience et une compréhension claire de la nature de la conscience de soi, nous risquons d'obtenir non pas un hégélianisme authentique, mais un hégélianisme inversé, un hégélianisme renversé. L'idée de Marx selon laquelle la conscience prolétarienne reconnaîtra la dépendance du maître vis-à-vis des travailleurs, rejettera la conscience de soi empruntée au maître, renversera le pouvoir des classes exploiteuses et construira une société sans négation, sans conscience négative, fondée sur la pure constructivité et la sensibilité, sans ce sujet maître terrifiant qui constituait l'essence du problème fondamental dans la relation entre l'esclave et le maître, découle d'une compréhension profondément erronée (voire d'un rejet pur et simple) de l'Esprit subjectif et de ses structures, sans parler du Sujet radical.

En fin de compte, si nous adoptons la position de Marx et prenons le parti de l'esclave qui cherche à se libérer du maître, cela revient à reconnaître que la conscience ne peut exister que comme sa propre périphérie sans centre — qu'il n'y a pas de centre du tout et qu'il n'en faut pas, puisqu'il n'en émane que diverses impulsions terribles, dont la principale est la mort. La logique des marxistes est la suivante : si l'on ignore le contenu intérieur de la conscience et que l'on s'accroche à l'être extérieur — ou même plus loin encore, dans le domaine de « l'attitude naturelle » de Husserl, au-delà des limites de la conscience —, alors seulement le bonheur, l'immortalité et l'égalité peuvent être atteints, et le Moyen Âge, l'exploitation et la domination peuvent prendre fin pour toujours. En poussant cette logique jusqu'à sa conclusion, nous arrivons à la conclusion que dans un tel cas, il ne resterait non seulement aucune philosophie et aucun sujet radical, mais finalement aucun être humain.

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Il est donc extrêmement important de concevoir toutes les phases et étapes de la formation du couple Maître (en tant que sujet et porteur de conscience de soi) et Esclave (en tant que porteur de conscience subordonnée) comme une configuration immuable – en un certain sens « éternelle » – de la structure anthropologique. En ce sens, un Hegel compris (lu) de manière synchronique peut s'appliquer aussi bien aux sociétés anciennes, médiévales que modernes. Parfois, cela apparaît de manière évidente, parfois sous une forme voilée (par exemple, à travers diverses procédures de la société civile, où l'on ne rencontre plus de revendication directe de maîtrise absolue), mais la domination elle-même – et Marx a tout à fait raison sur ce point ! – ne disparaît pas dans la démocratie et la société civile, dans le capitalisme ; au contraire, elle ne fait que devenir plus totale. En tout état de cause, si l'on examine de près ces sociétés, l'axe maître/esclave se révèle inévitablement. Derrière toutes les revendications d'égalité de la démocratie moderne – que les esclaves ont enfin pris le pouvoir et aboli les hiérarchies, qu'il n'y a plus de maîtres au-dessus d'eux et que, par conséquent, les esclaves ne sont plus des esclaves mais des membres respectés de la « société civile » – se cache une réalité tout autre, beaucoup plus proche du couple hégélien. Les élites dirigeantes de la démocratie – en particulier dans le contexte de la mondialisation – s'efforcent plus que jamais d'exercer un contrôle total sur la conscience des masses, en y projetant leur volonté, en la chargeant de faux substituts et en « annulant » sans pitié toute tentative des masses de s'éveiller et de remettre en question l'idéologie dominante (le plus souvent libérale ou libérale de gauche). Dans la société libérale, une autre édition du Maître remplace la classe dirigeante : il porte un nom différent, a une apparence différente, est d'un style nouveau. Pourtant, la domination ne peut être abolie sans abolir l'être humain, sans détruire la société, sans annuler la pensée et la philosophie. L'absence de domination nécessiterait l'absence de l'humain.

Le postmodernisme, ou le courant posthumaniste dans la culture, arrive progressivement à une conclusion aussi radicalement égalitaire. La libération de la hiérarchie est possible en même temps que la libération de l'humain. Là où il y a un être humain, la différenciation entre l'esclavage et la maîtrise apparaîtra inévitablement à un certain niveau, même au sein d'une seule et même entité. D'où la verticalité de l'humain ; d'où la domination de l'esprit (la tête) sur les autres organes. En effet, tout ce qui touche à l'humain est l'histoire de la dialectique de l'esclave et du maître, qui, en principe, n'a pas subi de changements majeurs tout au long de l'existence de l'humanité. Oui, elle se déploie sous différentes formes et combinaisons, mais les maîtres et les esclaves — sous diverses formes, combinaisons, sous différents masques, avec différents modèles d'institutionnalisation — existent toujours, qu'ils le sachent ou non, qu'ils le reconnaissent ou non. Les esclaves peuvent ne pas se douter qu'ils sont esclaves, mais les maîtres agissent toujours avec une image plus responsable, même s'ils la dissimulent souvent, la déforment ou même nient son existence.

A. G. Douguine, La phénoménologie de Hegel — Une expérience d'interprétations transversales, Projet académique, Moscou, 2024. 

 

jeudi, 12 février 2026

La dictature des libéraux

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La dictature des libéraux

par Diego Fusaro

Source: https://socialismomultipolaridad.blogspot.com/2026/02/la-dictadura-de-los-liberales.html

Argent créé à partir de rien et exploitation: la dictature financière des seigneurs apatrides de la notation

Sur la base de la nouvelle alchimie bancaire, qui transforme le papier imprimé en or et, en outre, en chaînes inoxydables de l'endettement, la classe liquide-financière des seigneurs de la globocratie sans frontières a acquis le monopole de la creatio ex nihilo de la monnaie et de la notation (c'est-à-dire du montant que les entités publiques ou privées paient pour obtenir de l'argent). Le monde entier est endetté envers la classe dominante pour la simple raison que l'on progresse en accumulant des intérêts. La virtualisation luciférienne de la turbofinance a en effet conduit à la création, ex nihilo, d'immenses valeurs comptables, mais sans fondement réel, ainsi qu'à des bulles immobilières et boursières, à des effondrements et à des récessions. Ainsi, profitant des actifs toxiques et de la fraude financière évidente, le Seigneur mondial-élitiste renforce de plus en plus sa domination sur le Serviteur national-populaire appauvri : grâce à son propre pouvoir, il impose aux gouvernements ses propres choix, en finançant certaines politiques spécifiques et en en définissant d'autres.

Plus précisément, la classe usurière au pouvoir épuise et dirige l'État à l'aide des leviers de la dette et des notations : ainsi, les politiques sont dictées par les marchés spéculatifs. Elle hégémonise également progressivement la recherche scientifique, l'éducation et la juridiction.

Le mystère du grand commerce bancaire réside dans le fait que les banques perçoivent des intérêts sur de l'argent qui n'est pas réellement disponible et prétendent le prêter en ouvrant des crédits comptables à un coût qui, en fait, est nul pour elles. La classe turbo-financière des mondialisateurs et des banquiers, qui apparaissent et agissent de plus en plus comme les détenteurs du monopole planétaire de l'argent, génère de l'argent ex nihilo et, à travers lui, retire le pouvoir d'achat de la société sans rien donner en échange : elle le rectifie, le prête avec intérêts, puis se le fait rembourser avec de l'argent produit par le travail de la classe dominée par le peuple national.

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Dans cette perspective, où les mauvaises entreprises transfèrent les coûts vers la communauté et déversent les actifs de l'entreprise dans de nouvelles entreprises qui sont rapidement privatisées, il est clair comme le jour que les banques ne se limitent pas à servir d'intermédiaires dans l'épargne et à exercer le crédit. Elles créent également de l'argent. Ce que l'on appelle la « seigneurie » consiste en un tel geste de prise de pouvoir d'achat de la richesse réelle en l'absence d'une valeur réelle donnée en échange. Il s'agit, en d'autres termes, du pouvoir d'émettre de la monnaie dont le pouvoir d'achat est indépendant de sa propre valeur.

9782080451910.jpgComme nous le savons, à ses débuts, le capital s'est constitué sur la base de « l'accumulation primitive », décrite dans le chapitre XXIV du premier livre du Capital. Le nouveau capitalisme totalitaire absolu connaît aujourd'hui une sorte de seconde accumulation primitive, d'origine financière.

Il ne se concentre plus sur l'expropriation forcée des terres communales, mais sur l'émission de nouvelle monnaie ex nihilo par les seigneurs de la bancocratie et du core business [activité principale] et, de cette manière, ils acquièrent unilatéralement pour eux-mêmes un pouvoir d'achat de biens et de services sur le marché, à partir duquel ils exercent leur pouvoir. Si la première accumulation a été violente, celle-ci est silencieuse et anonyme, mais non moins tragique dans ses effets. C'est la seule façon d'expliquer la crise américaine de 2007, ainsi que - pour nous limiter à l'Italie - la perte d'environ 40% du pouvoir d'achat du peuple italien avec le passage de la lire à la monnaie unique, l'euro. Cet aspect révèle en outre que la mondialisation est aussi – et non pas secondairement – un processus par lequel la production de biens et de services se traduit par une dépendance monétaire et créditrice envers un système bancaire privé de plus en plus post-national.

La prophétie (néfaste) de Karl Marx sur le capitalisme financier actuel

Dans le troisième livre du Capital, le philosophe allemand avait anticipé l'établissement d'une nouvelle aristocratie financière composée d'usuriers et de parasites vivant grâce à des escroqueries bancaires et à des vols légalisés.

Le troisième livre du Capital de Karl Marx anticipe ce qui a été réalisé dans le cadre du nouvel ordre mondial après 1989, à savoir la mise en place d'une nouvelle aristocratie financière composée d'usuriers et de parasites qui vivent grâce à des escroqueries bancaires et à des vols légalisés. C'est ainsi que Marx écrit à propos de la création financière du capital :

« Elle reproduit une nouvelle aristocratie financière (neue Finanzaristokratie), une nouvelle catégorie de parasites sous la forme de concepteurs de projets, de fondateurs et de simples directeurs nominaux ; tout un système de fraude et de tromperie lié aux fondations, aux émissions d'actions et au commerce des actions. »

Marx suit en effet comment le passage de la société industrielle à la société financière se caractérise également par le passage de la richesse productive et entrepreneuriale à la richesse parasitaire et au vol propres au « capitalisme financier », comme l'appelait Luciano Gallino. Chassée par la Révolution française et la bourgeoisie industrielle, l'aristocratie féodale s'est relevée sous la forme sans précédent de l'aristocratie financière évoquée par Marx, désormais installée au pouvoir dans le cadre du capitalisme absolu et financier après 1989. Claudio Tuozzolo l'a souligné dans son essai « République : travail, décroissance ou finance ? Marx et le capitalisme des revenus financiers » (2013), auquel nous faisons référence ici.

Il n'y a plus de travail, mais le revenu redevient l'axe du mode de production néo-féodal du capitalisme flexible. Selon les termes de Marx à propos de l'aristocratie financière, « le profit se présente exclusivement sous forme de rente » et « le profit total est empoché uniquement sous forme d'intérêts, c'est-à-dire qu'il s'agit d'une simple compensation pour la propriété du capital ». La différence entre le capitalisme industriel et le capitalisme financier, qui ne s'est concrétisée que récemment, est déjà clairement soulignée par Marx, qui montre comment, avec le capitalisme financier, la classe moyenne et le monde des affaires finissent par se dissoudre.

Si, en effet, dans le capitalisme entrepreneurial, le capital est « la propriété privée des producteurs individuels », avec l'avènement de l'économie financiarisée, il se produit une séparation entre la propriété et les producteurs : la conséquence paradoxale est que, selon les termes de Marx, au sein même de la production capitaliste, on assiste à « l'annulation de l'industrie capitaliste privée ». Le producteur capitaliste est désormais remplacé par le spéculateur financier : si le premier risquait son propre capital accumulé, le second risque une propriété qui ne lui appartient pas et affirme que « d'autres épargneront pour lui ».

Au sommet de la dynamique d'absolutisation et d'autonomie de l'économie en tant que processus autoréférentiel, le capitalisme financier de la phase absolue ne repose plus, comme l'écrit, sur « les individus réellement actifs dans la production, du gestionnaire au dernier journalier ». Ces derniers sont utilisés par l'économie financière comme ses outils, comme des fonctionnaires de la croissance infinie de la valeur : ils se contrôlent mutuellement et sont soumis à des sanctions inflexibles, articulées contre quiconque ne remplit pas au mieux sa fonction d'agent de valorisation. Le capital dévore ses propres agents.

Le capital gagne parce qu'il nous demande d'être le pire de nous-mêmes

La réalité dépasse souvent la fantaisie. À partir de 1989, la classe dominée et surexploitée s'est mise à lutter pour défendre un monde socio-économique auquel, après une analyse minutieuse du schéma des relations de pouvoir, elle devrait résolument tourner le dos en vue d'obtenir sa libération. D'autre part, tout le monde peut le voir : le sophisme de la « main invisible », le mythe de la coïncidence entre les intérêts privés et le bien-être public, a révélé sa véritable nature illusoire. Une fois son voile trompeur disparu, le capital s'est révélé dans toute sa cruauté : il a clairement montré, selon les termes de l'Introduction à la métaphysique de Heidegger, « la fuite des dieux, la destruction de la terre, la massification de l'homme, la prévalence de la médiocrité », c'est-à-dire ses véritables fondements. Et pourtant, même en marge des tragédies sociales qu'il produit constamment, le capital reste l'objet d'une foi inébranlable et omniprésente, enracinée également chez ceux qui, en le combattant, ne feraient que perdre leurs chaînes.

9788845270130_0_0_536_0_75.jpgComme je l'ai dit dans Minima Mercatalia. Philosophie et capitalisme (2012), chaque ventre vide continue de représenter un argument non négligeable contre cet ordre de production « sensiblement suprasensible » (Marx), qui a fait de la vie elle-même une lutte cannibale pour la survie. Et pourtant, les ventres vides, chaque jour plus nombreux, continuent d'attester le credo quia absurdum de la religion du libre marché et des homélies des thaumaturges du néolibéralisme. S'ils se soulèvent – ce qui n'arrive en réalité que très sporadiquement –, ils ont tendance à le faire contre ce qui pourrait mettre en danger le contrôle systémique de l'ordre désordonné du fanatisme économique.

Cet aspect doit bien sûr être mis en relation avec l'anthropologie persuasive généralisée par le capital, une anthropologie centrée sur le profil de l'individu sans gravité et sans limites, de sorte que tout désir coïncide avec un droit qui doit être satisfait par le consumérisme et sans délai : la vie, c'est maintenant, comme le répète sans cesse l'affirmation salutaire de la société du spectacle permanent.

Et même sans la discrimination de classe sur laquelle repose l'ordre globocratique – dans sa lutte perpétuelle contre toutes les formes de discrimination qui ne coïncident pas avec l'ordre économique de plus en plus oppressif –, les défaites de la mondialisation continuent d'adhérer avec enthousiasme au projet du capital.

Elles le font parce qu'au final, il ne nous demande que d'être indifférents et de montrer sans inhibition le pire de nous-mêmes. Le cynisme, la cupidité, l'avarice, la débauche, l'égoïsme et toutes les autres prérogatives que les religions et la morale du passé avaient unanimement diabolisées comme des vices pernicieux sont, dans un mouvement inverse, élevées par l'anthropologie capitaliste au rang de qualités favorables à l'individu déraciné, dont le soulagement de la responsabilité pour tout ce qui l'entoure est loué comme le fondement même de sa réussite entrepreneuriale et de l'affirmation de son propre moi.

La civilisation, dans son ensemble, peut également être comprise comme une tentative ardue d'élever l'animal humain au-dessus de sa condition purement animale, en l'éduquant et en l'incitant à développer les déterminations qui le distinguent proprement des autres animaux. Pour sa part, l'anthropologie inhérente au capital est régressive : elle sacrifie l'humain sur l'autel de la bête et transforme en impératif catégorique la simple observance du principe d'animalité, les pulsions immédiates et la satisfaction anormale de son propre plaisir individuel sans report ni règles. C'est là que réside sa force magnétique attractive de religion d'immanence et d'égoïsme.

La politique a perdu. Le marché a donc tué les idéologies

S'appuyant sur la mystique libérale de l'intervention thaumaturgique des marchés autorégulés, la dérégulation libérale correspond à la dépolitisation de l'économie soustraite à la gestion démocratique possible par le peuple souverain. Cela marque, comme on l'a dit, l'apogée de la dés-éthisation, dans la mesure où, suivant les traces de Hegel, l'État s'érige en idée vivante de la réalité éthique et, plus généralement, en garant des « racines éthiques » qui imprègnent le monde de la vie et les connexions communautaires intersubjectives. On ne peut pas dire que le rêve néolibéral se soit réalisé tant que les « dentelles et les broderies » de l'État sont le dernier bastion survivant de la primauté du politique sur l'économique, du choix démocratique sur la volonté oligarchique incontrôlée, des communautés sur l'élite néo-féodale et ploutocratique pour empêcher l'avènement du laissez-faire planétaire et de l'anarchie commerciale.

schmitt_carl_5796.jpgSelon la grammaire de Carl Schmitt, c'est le moment où les processus convergents de « dépolitisation » (Entpolitisierung) et de « neutralisation » (Neutralisierung) deviennent réalité. Tout « centre de référence » symbolique autre que celui de l'économie élevée au rang de seule source de sens est neutralisé ; et, dans cette voie, nous avançons vers une dépolitisation complète. La capacité résiduelle de la force politique à contenir et à gouverner l'économie - de plus en plus déconnectée - est désarticulée. La dépolitisation de l'économie est déterminée par la dé-souverainisation, c'est-à-dire par l'anéantissement de l'espace réel d'action des politiques des États nationaux souverains en tant qu'instances éthiques capables de contenir et d'orienter l'économie en fonction des intérêts de la communauté.

Ainsi, la « tendance à séparer le pouvoir de la politique » apparaît comme la raison d'être du nouveau système du marché absolu. Cela réfute en outre la célèbre thèse de Ferguson dans son Essai sur l'histoire de la société civile (1767), selon laquelle « les arts du commerce et de la politique ont progressé ensemble, tout en se préservant »: en admettant, avec Ferguson, qu'il y a eu dans le passé un entrelacement aussi progressif, celui-ci semble aujourd'hui manifestement dissous ; avec pour conséquence que les nouveaux arts du commerce et de l'économie numérique sans frontières progressent en anéantissant les espaces de la politique. À travers la dépolitisation de l'économie et l'anéantissement de l'État souverain démocratique, s'établit la « domination de l'économie sur la société » et la souveraineté absolue du capital financier, selon les termes de Lukács. Ce dernier décompose le droit du travail, les contrats nationaux, le droit constitutionnel et les acquis sociaux en défense des subordonnés.

Les processus mutuellement innervés de Neutralisierung et d'Entpolitisierung se projettent clairement dans un fait nouveau, qui marque également une rupture par rapport au « petit siècle » : pour la première fois, la société dans son ensemble ne représente plus sa propre dynamique globale à travers la politique, ni n'est considérée comme susceptible d'être transformée par des projets politiques visant à remodeler l'existant. Dans le triomphe de la période post-politique, la dimension antérieure de la politique et ses passions fortes sont remplacées par l'épanouissement de formations idéologiques micro-sectorielles de faible ou nulle importance. Il s'agit, entre autres, du féminisme et de l'écologisme, du fondamentalisme religieux et du nationalisme tribal.

Ces formations idéologiques fragmentent de manière prismatique l'ensemble de la société en dichotomies partisanes sur lesquelles elles reposent. Elles sont donc intrinsèquement inadaptées à tout projet politique visant à reconstituer la société aliénée sur de nouvelles bases. C'est également en vertu de cela que les idéologies post-politiques susmentionnées sont finalement fortement conditionnées et limitées, dans leurs applications pratiques, par l'idéologie omniprésente du marché, qui agit comme un fond idéologique constant, souvent inconscient. Le politicien, quant à lui, est lié à la dimension du choix et de la décision, dans un espace où s'affrontent de manière dialogique différentes idées sur l'orientation générale et globale de la vie associative et l'organisation collective de l'existence : or, cet espace, abandonné par la politique, a été livré au marché lui-même et donc réabsorbé par l'économie.

L'entreprise sanitaire et la marchandisation du langage

61I4y4zHqjL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgTout devient marchandise, avait prévenu Marx en 1847. Marx ne pouvait peut-être pas prévoir que même le ventre des femmes et l'école le deviendraient aussi. Cependant, son diagnostic était clair et, après tout, s'il était bien compris, il permettait de prédire la marchandisation totale qui a lieu aujourd'hui. De l'économie de marché dans laquelle Marx a vécu, nous sommes passés indifféremment à la société de marché, dans laquelle il n'existe aucun paramètre qui résiste à la «marchandisation omniprésente» (Latouche). Même les écoles, les hôpitaux et les utérus des femmes.

Selon Foucault, le lien avec le marché est devenu un « a priori historique », c'est-à-dire une condition de réalité pour chaque affirmation et chaque représentation de la signification de la pensée. Tout ce que nous disons et pensons est dit et pensé sur la base de la forme des biens comme condition inéluctable de la possibilité d'énoncer et de penser le réel.

Avec Heidegger, nous sommes parlés par le langage : c'est en lui que se cristallise l'esprit du temps. Notre lexique, parfois sans que nous nous en rendions compte, est colonisé par la forme des biens. Même la sphère sentimentale, qui semble être la plus hétérogène par rapport à la forme de la marchandise, en est profondément imprégnée : ne parle-t-on pas depuis quelque temps d'« investissement affectif » ?

À l'instar du « Je pense » kantien, les biens doivent pouvoir accompagner toutes mes représentations. Jamais auparavant la forme des biens n'avait été élevée au rang de moyen de communication total d'une culture. Jamais auparavant le réel et le symbolique n'avaient été complètement marchandisés.

Dans les limites du capitalisme totalitaire, monde dont nous sommes les habitants, l'individu est soumis au capital non seulement en tant que vendeur de main-d'œuvre (qui est, de surcroît, précaire et flexible à notre époque). Son incorporation est en soi absolument totalitaire, puisqu'elle se produit tant dans la culture que dans les loisirs, dans l'éducation comme dans la maladie, et même dans la mort. Il n'y a aujourd'hui aucun domaine de la vie nue qui puisse échapper aux griffes mortelles du capital.

Dans le passé, le capital s'arrêtait aux portes de l'usine. Aujourd'hui, il les a franchies et s'est emparé de toute la vie, de la pensée et de l'imagination.

Ainsi, le modèle de l'entreprise totale prévaut : tout devient entreprise, même les écoles. En raison de cette dynamique entrepreneuriale initiale, les hôpitaux ont désormais laissé place à des « agences de santé », selon la logique de la marchandisation de la santé et des soins de santé eux-mêmes. La santé n'est plus un droit social incontournable, mais est devenue une marchandise parmi tant d'autres.

Le cannibalisme libéral. Comment les citoyens sont devenus des consommateurs

Johann-Gottlieb-Fichte-1762-1814.jpegLe pouvoir apolitique de l'économie peut aujourd'hui s'exercer sans entrave dans l'arène mondialisée et dénationalisée, hors de portée de la politique. L'« anarchie commerciale » dénoncée par Fichte correspond à la déréglementation actuelle du laissez-faire mondial du code néolibéral. Le capitalisme réglementé ne peut exister, car son essence est la désobéissance, l'entropie efficace qui dépasse toute norme visant à freiner et à limiter les dynamiques autoréférentielles de la croissance infinie.

Présentée à travers l'utilisation autorisée et liturgique de la langue anglaise comme un nouveau latin, la déréglementation n'est finalement rien d'autre que la dynamique de libération des formes et des réglementations qui entravent l'innovation techno-capitaliste, garantissant en échange des protections juridiques pour les travailleurs et la communauté humaine, les démocraties et les droits. Pour que cette déréglementation soit pleinement possible, il est bien sûr nécessaire de déconstruire la conscience oppositionnelle de la masse nationale-populaire (ce qui a été fait avec succès), mais aussi de dés-souverainiser les États, en éliminant les conditions de toutes les manœuvres possibles de leur gestion de l'économie.

La gestion de l'économie est rendue impossible par l'annulation de l'espace politique des États souverains et, symboliquement, par la diabolisation a priori de tout projet de gouvernement politique de l'économie elle-même, déjà qualifié de totalitaire.

Cela est également possible, et ce n'est pas secondaire, par le fait que le libéralisme, d'une manière totalement non vérifiée, a été pacifiquement accepté comme le nec plus ultra de la philosophie politique et comme la cour suprême devant laquelle tous les régimes politiques qui ne s'appuient pas sans réserve sur lui sont convoqués et appelés à se disculper.

La politique elle-même, après 1989, réduite presque entièrement à une continuation de l'économie par d'autres moyens, n'accepte pas les mouvements, les factions et les partis qui n'ont pas juré fidélité éternelle au discours libéral : avec pour conséquence évidente que, dans le triomphe du faux pluralisme qui cache la véritable nature du totalitarisme glamour, seuls le libéralisme de droite, le libéralisme centriste et le libéralisme de gauche s'affrontent toujours. Quel que soit le camp victorieux, c'est le libéralisme qui l'emporte, mais avec une intensité et des couleurs changeantes.

C'est également grâce à la déréglementation que la condition néolibérale peut être caractérisée, non sans raison, par la privatisation complète de ce qui, même avant 1989, était considéré comme des biens communautaires indisponibles (de la santé au logement, en passant par l'éducation). Le cœur secret du capital et son élan atavique d'acquisition fondé sur l'asymétrie du lien entre seigneurie et servitude, l'esprit individualiste du profit illimité, continuent sans relâche à recourir à la pratique de la clôture, privatisant le public et transformant les biens et droits communs en biens achetables.

Le cannibalisme libre, typique de la norme de compétitivité antagoniste, occupe à nouveau les espaces de solidarité communautaire ; il redéfinit comme des objets de consommation accessibles à partir de la valeur d'échange ce qui était auparavant des droits inaliénables. Les figures interconnectées de citoyenneté et de citoyen fondées sur l'éthique de l'État national souverain sont éclipsées, remplacées par de nouveaux profils de clientèle et de consommation, avec au centre la forme des biens et la valeur d'échange réparties différemment. Avec la grammaire de l'essai marxiste Sur la question juive, le profil de l'individu privatisé s'est mondialisé, non pas celui du citoyen, qui est en réalité en train de s'éclipser, mais celui du bourgeois, qui construit ses relations sur la base du théorème de la sociabilité malheureuse.

La Russie et le Pakistan: renforcement des relations de partenariat

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La Russie et le Pakistan: renforcement des relations de partenariat

Milana Gunba

Les relations entre la Russie et le Pakistan ont connu un parcours difficile, passant de l'antagonisme de la guerre froide à un partenariat pragmatique au 21ème siècle. Historiquement, le Pakistan était un allié clé des États-Unis en Asie du Sud, tandis que l'URSS soutenait l'Inde. Cependant, les changements dans l'architecture géopolitique mondiale, en particulier la formation d'un monde multipolaire, le déplacement du centre de gravité économique mondial vers l'Asie, ainsi que les défis communs en matière de sécurité, tels que le terrorisme et l'instabilité régionale (notamment la situation en Afghanistan), ont créé un terrain favorable au rapprochement entre les deux pays.

Au cours de la dernière décennie, on observe une tendance constante à l'approfondissement de la coopération russo-pakistanaise, qui dépasse le cadre des contacts diplomatiques traditionnels. Ce processus couvre un large éventail de domaines, allant des exercices militaires conjoints périodiques à la discussion et à la mise en œuvre de projets d'investissement à grande échelle dans les secteurs de l'énergie et des infrastructures.

Évolution des relations et contexte géopolitique

Après l'effondrement de l'URSS, la Russie a hérité de relations complexes avec le Pakistan. Les premières années de la période post-soviétique ont été marquées par une faible activité, mais dès le début des années 2000, des signes de rapprochement progressif ont commencé à apparaître. Les catalyseurs de ce processus ont été les suivants:

Le changement des priorités de la politique étrangère de la Russie: dans un contexte de confrontation avec l'Occident et de « tournant vers l'Est » actif, la Russie cherche à diversifier ses relations étrangères et économiques en trouvant de nouveaux partenaires en Asie.

La diversification des relations extérieures du Pakistan: confronté à l'instabilité et parfois à la pression de ses alliés occidentaux traditionnels (principalement les États-Unis), Islamabad cherche à mener une politique étrangère multivectorielle, réduisant ainsi sa dépendance à l'égard d'un seul centre de pouvoir. Le renforcement des relations avec la Russie est perçu comme faisant partie de cette stratégie, en particulier dans le contexte de l'influence croissante de la Chine (à travers l'initiative « Belt and Road » et le Corridor économique Chine-Pakistan, CPEC).

Défis communs en matière de sécurité: le Pakistan et la Russie ont tous deux intérêt à assurer la stabilité régionale et à lutter contre le terrorisme international, le trafic de drogue et l'extrémisme. La situation en Afghanistan est l'un des principaux dénominateurs communs.

Intérêts économiques: le Pakistan, avec sa population croissante et son économie en développement, est un marché potentiellement important pour les biens et services russes, en particulier dans les domaines de l'énergie et de la construction mécanique. La Russie, quant à elle, voit dans le Pakistan de nouvelles opportunités d'investissement et d'exportation d'hydrocarbures.

L'adhésion du Pakistan à l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en 2017, dont la Russie est l'un des membres clés, a constitué une étape importante, offrant une plateforme pour la coopération multilatérale et donnant un élan supplémentaire aux relations bilatérales.

Coopération militaire et de défense

La coopération dans le domaine militaire, autrefois inimaginable, est devenue l'un des signes les plus visibles du changement dans les relations entre les deux pays. Alors qu'auparavant, la Russie vendait principalement du matériel militaire à l'Inde, le Pakistan est désormais également considéré comme un marché potentiel.

Exercices militaires conjoints:

« Druzhba »: Lancés en 2016, ces exercices conjoints entre les forces spéciales russes et pakistanaises ont lieu chaque année (avec quelques interruptions). Ils sont axés sur les opérations antiterroristes, l'entraînement en montagne et l'échange d'expériences dans des conditions de terrain difficiles. Les exercices « Druzhba » symbolisent non seulement l'approfondissement de la coopération militaire, mais aussi la démonstration publique d'un changement de paradigme dans les relations.

« Arabian Monsoon »: Des exercices navals conjoints sont également organisés périodiquement, démontrant la capacité des flottes des deux pays à coopérer.

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Exercices multilatéraux: l'armée pakistanaise participe également à des exercices multilatéraux organisés sous l'égide de l'OCS, ce qui contribue à renforcer la compatibilité opérationnelle et la coordination.

Fournitures d'armes et coopération militaro-technique:

Hélicoptères Mi-35M: L'un des accords les plus importants a été l'acquisition par le Pakistan d'hélicoptères d'attaque polyvalents Mi-35M « Super Crocodile ». Cette transaction a constitué un précédent important, ouvrant la voie à une coopération future.

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Discussion sur de nouveaux achats: Des négociations sont régulièrement menées sur d'éventuelles livraisons de systèmes de défense aérienne russes (y compris le S-400, bien que cela reste spéculatif en raison du caractère sensible du sujet pour l'Inde), de véhicules blindés, ainsi que sur la modernisation des systèmes existants et la création de productions conjointes.

Équipements et formation antiterroristes: la Russie aide le Pakistan à former du personnel et à fournir des équipements pour lutter contre le terrorisme, ce qui constitue une priorité commune.

Importance stratégique: pour le Pakistan, la coopération militaire avec la Russie signifie une diversification des sources d'armement, une réduction de la dépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, ainsi qu'un accès aux technologies russes de pointe. Pour la Russie, il s'agit d'un nouveau marché pour la vente d'armes, d'un renforcement de ses positions en Asie du Sud et d'une influence accrue dans la région, ce qui correspond à sa stratégie de « pivot vers l'Est ».

Partenariat énergétique

Le secteur énergétique est sans doute le domaine le plus prometteur et le plus capitalistique de la coopération bilatérale, susceptible de générer des investissements de plusieurs milliards. Le Pakistan est confronté à une grave pénurie énergétique, tandis que la Russie est l'un des plus grands exportateurs mondiaux d'hydrocarbures et de technologies.

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Gazoduc « Pakistan Stream »

Historique du projet: Initialement connu sous le nom de « Nord-Sud », ce projet prévoit la construction d'un gazoduc d'environ 1100 km entre le port de Karachi (où sera réceptionné le GNL regazéifié) et Lahore, afin d'assurer le transport du gaz vers les zones densément peuplées du pays.

Participants et statut: un protocole d'accord a été signé dès 2015, mais le projet a connu des retards en raison de lenteurs bureaucratiques, de problèmes de financement et de sanctions internationales contre la Russie. En 2021, les gouvernements des deux pays ont signé un accord intergouvernemental prévoyant une participation de 26 % pour le Pakistan et de 74 % pour la Russie. L'opérateur du projet devrait être la partie russe. Le projet est estimé à plusieurs milliards de dollars.

Pour le Pakistan, ce gazoduc est essentiel pour garantir la sécurité énergétique, développer l'industrie et réduire les coûts énergétiques. Pour la Russie, c'est l'occasion de s'implanter sur un nouveau marché gazier prometteur et de démontrer sa capacité à réaliser de grands projets d'infrastructure dans des conditions difficiles.

Livraisons de GNL et de pétrole brut: Le Pakistan est intéressé par des contrats à long terme pour la fourniture de gaz naturel liquéfié (GNL) et de pétrole brut russes. Dans le contexte de la crise énergétique mondiale et de la volonté du Pakistan de diversifier ses sources d'énergie, les livraisons russes pourraient devenir un élément important de la stratégie énergétique du pays.

Raffinage du pétrole: Des projets de modernisation et de construction de nouvelles raffineries de pétrole au Pakistan avec la participation d'entreprises russes sont également à l'étude.

Exploration et production d'hydrocarbures: Les entreprises russes, qui disposent de technologies de pointe dans le domaine de l'exploration et de la production, manifestent leur intérêt pour la participation à des projets sur le plateau continental et sur terre au Pakistan.

Énergie électrique: Il existe des perspectives de coopération dans la construction et la modernisation de centrales électriques utilisant différentes sources d'énergie, notamment l'énergie hydraulique et les centrales thermiques.

Coopération commerciale, économique et en matière d'investissements

Outre les grands projets d'infrastructure, la Russie et le Pakistan cherchent à accroître le volume des échanges commerciaux bilatéraux et des investissements dans d'autres secteurs.

Dynamique des échanges commerciaux: Bien que le volume des échanges bilatéraux ait été historiquement modeste (environ 700 à 900 millions de dollars par an), on observe une croissance soutenue. Les deux pays se sont fixé pour objectif de le porter à 5 milliards de dollars dans un avenir proche.

Exportations de la Russie: principalement des céréales (blé), des machines et des équipements, des engrais minéraux.

Exportations du Pakistan: textiles, produits agricoles (mangues, riz), articles en cuir, articles de sport.

Coopération bancaire et financière: les possibilités d'utiliser les monnaies nationales dans les règlements mutuels, de créer des canaux bancaires directs et des systèmes de paiement pour contourner les sanctions internationales et renforcer l'autonomie économique sont en cours de discussion.

Opportunités d'investissement

Industrie: le Pakistan est intéressé par les investissements russes dans l'industrie lourde, la construction mécanique et l'industrie chimique.

Agriculture: la Russie peut fournir des machines et des technologies agricoles, tandis que le Pakistan peut augmenter ses exportations de denrées alimentaires.

Pharmacie: il existe un potentiel de coopération dans le secteur pharmaceutique.

Coopération douanière: l'optimisation des procédures douanières et la création de conditions favorables au commerce font également l'objet de discussions.

Coopération humanitaire, éducative et culturelle

Bien que moins importante, la coopération humanitaire joue également un rôle important dans le rapprochement des peuples.

Programmes éducatifs: la Russie accorde au Pakistan des quotas pour étudier dans les universités russes, en particulier dans les domaines techniques et scientifiques. Cela contribue à la formation d'une élite pro-russe et au renforcement des liens interculturels.

Échanges culturels: l'organisation de festivals culturels, de projections de films et d'expositions favorise une meilleure compréhension mutuelle et permet de dépasser les stéréotypes.

Tourisme: malgré les difficultés existantes, il existe un potentiel de développement du tourisme entre les deux pays, en particulier dans le domaine du tourisme écologique et culturel.

Défis et obstacles à la coopération

Malgré des progrès évidents, le partenariat russo-pakistanais est confronté à un certain nombre de défis majeurs :

Le facteur indien: les relations traditionnellement étroites entre la Russie et l'Inde constituent un point sensible. Delhi suit de près le développement du partenariat russo-pakistanais, craignant qu'il ne perturbe l'équilibre régional des pouvoirs ou ne porte atteinte à ses intérêts. La Russie est contrainte de trouver un équilibre entre les deux puissances sud-asiatiques.

Pression des États-Unis et de l'Occident: malgré sa volonté de diversification, le Pakistan entretient toujours des liens économiques et stratégiques importants avec l'Occident. Les sanctions américaines contre la Russie pourraient compliquer la mise en œuvre de projets communs, en particulier dans le domaine financier. Le Pakistan craint d'être soumis à des sanctions secondaires.

Contraintes financières: les grands projets d'investissement nécessitent des ressources financières importantes. Le Pakistan rencontre souvent des difficultés pour financer ses projets en interne et obtenir des crédits extérieurs. Les entreprises russes sont également confrontées à des restrictions sur le marché financier international.

Bureaucratie et instabilité politique: au Pakistan, les changements fréquents de gouvernement et le niveau élevé de bureaucratisation peuvent ralentir la mise en œuvre des projets et affecter leur viabilité à long terme.

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Concurrence avec la Chine: la Chine est le principal partenaire stratégique du Pakistan et l'investisseur le plus important via le CPEC. Les projets russes doivent rivaliser avec les initiatives chinoises pour attirer l'attention et les ressources d'Islamabad, même s'ils peuvent souvent être complémentaires.

Logistique et infrastructure: le développement des routes commerciales et de l'infrastructure logistique pour augmenter les échanges commerciaux nécessite des investissements et du temps considérables.

Perspectives et importance stratégique

Malgré les défis, les relations russo-pakistanaises ont un potentiel considérable pour se développer davantage.

Renforcement d'un monde multipolaire: L'approfondissement du partenariat entre la Russie et le Pakistan contribue à la formation d'un ordre mondial plus équilibré et multipolaire, réduisant la domination d'un seul centre de pouvoir.

Stabilité régionale: La coopération en matière de sécurité, en particulier en ce qui concerne l'Afghanistan et la lutte contre le terrorisme, est essentielle pour la stabilité et la sécurité régionales en Asie centrale et en Asie du Sud.

Sécurité énergétique du Pakistan: les investissements et les livraisons russes peuvent améliorer considérablement la situation énergétique du Pakistan, ce qui est une condition essentielle à sa croissance économique.

Diversification pour la Russie: le Pakistan devient un élément important de la stratégie russe de « pivot vers l'Est », offrant de nouvelles opportunités économiques et politiques.

Rôle de l'OCS: l'Organisation de coopération de Shanghai sert de plateforme importante pour le développement de relations multilatérales et bilatérales, fournissant un cadre institutionnel pour la coopération.

Les projets communs de la Russie et du Pakistan – des exercices militaires périodiques aux discussions sur les investissements majeurs dans l'énergie et les infrastructures – reflètent les profonds changements géopolitiques et l'approche pragmatique des deux pays dans l'élaboration de leurs stratégies de politique étrangère. Ce partenariat, qui était autrefois pratiquement inexistant, prend désormais de l'ampleur, motivé par des intérêts communs dans les domaines de la sécurité, de l'économie et de la recherche d'un monde multipolaire.

Bien que des obstacles importants, tels que la sensibilité du facteur indien, la pression occidentale, les contraintes financières et l'instabilité interne du Pakistan, entravent l'approfondissement de la coopération, l'intérêt stratégique de cette interaction est évident. Elle ouvre de nouveaux marchés à la Russie et renforce son influence en Asie du Sud, tandis qu'elle permet au Pakistan de diversifier ses relations étrangères, de renforcer sa sécurité énergétique et d'accéder à des technologies et à des investissements.

À long terme, avec la volonté politique et la capacité de surmonter les difficultés qui se présenteront, le partenariat russo-pakistanais a toutes les chances de devenir l'un des éléments clés de la géopolitique régionale, contribuant à la stabilité et au développement économique en Asie du Sud et en Asie centrale.

Outre les domaines déjà évoqués, la coopération entre la Russie et le Pakistan pourrait être élargie à d'autres domaines tels que:

Santé et pharmacie: développement des systèmes de santé, tourisme médical (attirer des patients pakistanais dans les cliniques russes), localisation de la production de médicaments et de vaccins, échange de spécialistes et de technologies.

Gestion des catastrophes naturelles: compte tenu de la vulnérabilité des deux pays aux catastrophes naturelles, il est possible d'approfondir la coopération dans le domaine de la prévention et de la gestion des conséquences des situations d'urgence, de l'échange d'expériences, des exercices conjoints et de la fourniture d'équipements spécialisés.

Urbanisme et « villes intelligentes »: la Russie peut offrir son expérience et ses technologies en matière de planification des infrastructures urbaines, de mise en œuvre de solutions numériques pour les transports, le logement et la sécurité dans les villes à croissance rapide du Pakistan.

Développement du tourisme et de l'hôtellerie: Projets communs de construction de complexes hôteliers, extension des itinéraires touristiques, simplification des procédures de visa pour augmenter les flux touristiques réciproques.

Innovation et start-ups: création de parcs technologiques communs, d'incubateurs, soutien aux projets innovants des jeunes et au financement par capital-risque dans les secteurs prometteurs.

Développement des échanges éducatifs et entre jeunes: augmentation des quotas pour les étudiants, recherches scientifiques conjointes, échanges entre étudiants et jeunes afin de renforcer les liens entre les générations futures.

Médias et échanges culturels: projets communs dans les domaines du cinéma, de la télévision, de la musique et des arts afin d'améliorer la compréhension mutuelle entre les cultures et de lutter contre la désinformation.

Dialogue interparlementaire et inter-partis: approfondissement des relations politiques non seulement au niveau des gouvernements, mais aussi entre les parlements et les partis politiques des deux pays.

La synergie entre les technologies, les ressources et l'expérience russes et les besoins du Pakistan en matière de développement, sa population jeune et sa position géographique stratégique peut donner un élan puissant à la coopération bilatérale, contribuant à la prospérité mutuelle et au renforcement des positions des deux pays dans un monde multipolaire en formation.

mercredi, 11 février 2026

Nouvelle arme dans la guerre du 21ème siècle: canon à ondes acoustiques en opération

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Nouvelle arme dans la guerre du 21ème siècle: canon à ondes acoustiques en opération

Minnesota / Caracas. Lors des récents troubles dans le Minnesota ainsi que lors de l’intervention militaire américaine au Venezuela début janvier, des «canons à ondes acoustiques» ont été utilisés. Dans des rapports concernant l’action des autorités migratoires américaines contre des manifestants dans le Minnesota, on voyait des véhicules avec des structures rectangulaires. Il s’agit de dispositifs appelés Long Range Acoustic Devices (LRAD) — en français: dispositifs acoustiques à longue portée. Les patrouilles de l’État du Minnesota ont utilisé un tel système pour faire des annonces, comme l’a rapporté CBS News. Des images montrent des personnes qui reculent dès qu'une annonce est prononcée en guise de test. Les effets sont décrits par des experts militaires comme exceptionnellement intenses, «comme si l’on entendait la voix de Dieu dans sa tête».

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Contrairement aux haut-parleurs classiques, les systèmes LRAD concentrent le son en un faisceau étroit, semblable à la lumière d’un projecteur. Cette technique produit, par l’interaction de nombreux transducteurs acoustiques, un cône sonore très focalisé avec une intensité extrême. La parole ou les signaux d’avertissement peuvent ainsi être transmis sur de longues distances, jusqu’à plusieurs kilomètres.

Ces systèmes ont été développés il y a plusieurs décennies en réponse à l’attaque contre le «USS Cole» (1996). Le fabricant Genasys les commercialise comme un moyen de «communication claire, de sécurité et de contrôle — à tout moment et partout». Ils disposent de deux modes: le mode communication pour les annonces et un mode dissuasif, qui émet des sons intenses. Les fiches techniques indiquent des niveaux jusqu’à 160 dB. La technologie est optimisée pour la bande de fréquences particulièrement sensible de l’audition humaine.

Initialement conçus pour les navires et la gestion de catastrophes, les LRAD trouvent de plus en plus d’usage dans la police et la surveillance des frontières. Genasys explique que les LRAD jouent «désormais un rôle essentiel dans la gestion des troubles». Les forces de sécurité les utilisent pour diriger la foule, l’armée aussi mais pour une influence psychologique. La source invisible des voix peut provoquer de la confusion.

L’inconvénient est le risque pour la santé. Dans le faisceau direct, les sons peuvent provoquer de fortes douleurs et des nausées. Le manuel d’utilisation d’un modèle avertit du risque de perte auditive. Des groupes de défense des droits humains, comme Amnesty International, critiquent leur utilisation lors de rassemblements, dénonçant un abus potentiel.

En tant que tel, ces armes LRAD ont apparemment été utilisées lors de l’intervention militaire américaine au Venezuela. Par la suite, des interviews ont circulé où des personnes témoignent et affirment que l’arme à son a été déployée par des hélicoptères ou des drones.

Un prétendu agent de sécurité vénézuélien a été cité: «Je ne sais pas comment le décrire (…) c’était comme une onde sonore très intense. Soudain, j’avais l’impression que ma tête allait exploser de l’intérieur. Nous avons tous commencé à saigner du nez. Certains ont vomi du sang». Heureusement, l’utilisation du LRAD a évité aux forces américaines d’avoir recours à une violence létale. Le nombre de morts du côté vénézuélien a été limité. Selon les informations disponibles, il s’agissait principalement de mercenaires cubains (mü).

Source: Z uerst, Février 2026. 

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L’éveil du Japon à la multipolarité - L'archipel se soustrait à l’ombre américaine

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L’éveil du Japon à la multipolarité

L'archipel se soustrait à l’ombre américaine

Constantin von Hoffmeister

Les élections pour la Chambre des représentants du Japon ont rendu un verdict d’une clarté sans pareille. Le centre-gauche s’est effondré, ses rangs se sont réduits à de simples fragments. Plus des deux tiers de ses sièges ont disparu, un événement de portée historique. Le Parti libéral-démocrate nationaliste (PLD), dirigé par la Première ministre Sanae Takaichi, est sorti de la compétition électorale pour devenir une force dominante après s'être conquis une part record des votes. Le public a choisi la fermeté politique plutôt que la dérive, la souveraineté plutôt que la tutelle, et la continuité identitaire plutôt que les abstractions alambiquées, prônées par les idéologues atlantistes.

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Dans les derniers jours avant le scrutin, des commentateurs libéraux ont lancé les alarmes habituelles. Des colonnes, dans les journaux, évoquaient le spectre de l'autoritarisme et utilisaient un langage rituel autrefois employé dans toute la sphère occidentale chaque fois qu’un pays sortait du cadre convenu. Mais ces avertissements se sont dissous au contact de la réalité. Le PLD est passé de 198 à 316 sièges. Avec son allié, le Parti de l’innovation du Japon, la majorité gouvernementale a obtenu 352 mandats et une super majorité des deux tiers dans la chambre de 465 sièges. De tels chiffres confèrent une autorité sur la législation, le budget et le rythme de la vie nationale. La procédure parlementaire reflète désormais la volonté d’une population prête à agir en tant qu’État-civilisation plutôt qu’en tant que province administrative au sein d’une structure de sécurité américaine.

Ce résultat revêt une signification bien au-delà de l’arithmétique partisane. Une ère multipolaire avance à grands pas dès que les cultures anciennes retrouvent une capacité stratégique. Le Japon prend sa place parmi les pôles de grande profondeur historique et se prépare à l’émergence d’un concert de puissances souveraines. Washington a longtemps considéré le Pacifique comme un lac géré par ses soins, par ses alliances structurées autour de la dépendance, par ses bases disposées comme des rappels permanents de 1945. L’électorat japonais a signalé sa fatigue face à cet arrangement. Une nation avec des millénaires de mémoire cherche un partenariat entre égaux, que ce soit à travers l’Eurasie ou dans l’ensemble de l’Indo-Pacifique, plutôt que la subordination à un ordre occidental unipolaire en déclin.

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La constitution japonaise de 1947.

La nouvelle majorité détient les voix nécessaires pour ouvrir le débat sur une révision de la Constitution de paix de 1947. Cette charte est née durant l’occupation, façonnée par les impératifs américains, et a enfermé le Japon dans un cadre de retenue stratégique. Une révision marquerait un tournant psychologique : le passage du pacifisme supervisé vers une souveraineté mature. La théorie multipolaire considère de telles transitions comme essentielles. Chaque pôle doit disposer d’une défense crédible, d’une autonomie industrielle, d’une confiance culturelle et de la capacité à dissuader la coercition. La réarmement, dans cette optique, devient moins un geste d’agression qu’une déclaration qui affirme que l’histoire a repris son rythme pluriel.

L’énergie politique s’est concentrée autour de Takaichi elle-même. Elle a convoqué les élections en avance sur le calendrier, demandé au peuple son jugement, et l’a reçu en plénitude. Sa présence — directe, vive et indiscutablement distincte du ton gestionnaire de ses nombreux prédécesseurs — a captivé l’imaginaire public. Les foules ont répondu avec l’ardeur autrefois vue lors de la montée insurgée de Junichiro Koizumi (photo, ci-dessous) deux décennies plus tôt. Le leadership, en période de recalibrage civilisationnel, se condense souvent en une figure. L’électorat reconnaît dans une seule personne la possibilité d’un réveil national.

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Les critiques qualifient cette personnalisation de dangereuse. Leur anxiété révèle un attachement plus profond à la neutralité procédurale, une doctrine exportée dans le monde entier durant l’ère libérale. Pourtant, la politique, dans chaque culture durable, puise sa force dans les mythes, les symboles et les émotions collectives. Le réalisme multipolaire soutient que les nations prospèrent lorsque leur classe dirigeante parle dans l’idiome de leur propre tradition plutôt que dans le dialecte standardisé d’une technocratie mondiale. Une idée du nation émotionnellement résonante renforce la cohésion à une époque marquée par des blocs continentaux et la compétition entre grandes puissances.

Les débats sur la sécurité tournent de plus en plus autour de la Chine, présentée dans les commentaires occidentaux comme la menace du siècle, la mieux organisée. Le Japon aborde cette question d’un point de vue plus complexe. La géographie garantit la proximité ; l’histoire encourage la prudence ; la stratégie exige un équilibre. Un Tokyo souverain peut poursuivre la fermeté parallèlement à la diplomatie, cultivant l’équilibre à travers l’Asie plutôt que servant d’instrument avancé pour l'endiguement voulu par les Américains. La multipolarité prospère par des relations calibrées entre puissances voisines, conscientes que la stabilité se manifeste par la reconnaissance mutuelle plutôt que par la pression hégémonique.

L’expansion fiscale, la volatilité monétaire et la hausse des rendements obligataires font partie du paysage économique. De telles pressions accompagnent tout État qui choisit l’autonomie stratégique, car les marchés financiers reflètent souvent les préférences du noyau atlantiste. Pourtant, le Japon dispose de ressources internes redoutables: maîtrise technologique, discipline sociale, culture de l’épargne, rares dans les économies avancées. Une politique économique axée sur le développement national, le renouvellement des infrastructures et la résilience industrielle peut transformer la turbulence à court terme en force à long terme.

L’élection a également porté au pouvoir le Parti de la participation politique, dont la présence parlementaire est passée de deux à quinze sièges, tandis que l’Alliance réformatrice centriste a connu une chute spectaculaire, passant de 167 à 49 sièges. Le Parti communiste a perdu la moitié de ses représentants. Ce schéma suggère une consolidation plus large autour des questions de souveraineté, d’identité et d’orientation stratégique. Les systèmes de partis dans le monde entier montrent des réalignements similaires à mesure que les électeurs s’adaptent à la fin de l’uniformité idéologique imposée durant les décennies de la prépondérance unipolaire.

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Les observateurs qui craignent pour la démocratie assimilent souvent le pluralisme à une conformité aux normes libérales occidentales. La pensée multipolaire propose une définition plus riche: une démocratie authentique est l’expression authentique d’un peuple façonné par sa propre dynamique civilisatrice. La poussée du Japon s’inspire de la continuité impériale, du devoir communautaire, de la retenue esthétique et d’une éthique guerrière raffinée au fil des siècles. Ces éléments coexistent avec des institutions modernes et donnent naissance à une forme politique distincte des modèles américains.

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Le poète samouraï Yukio Mishima évoquait la beauté associée à la discipline, d’une nation dont la vitalité émane de l’unité de la culture et de la défense. Son acte final, dramatique, présenté comme un appel à la restauration de l’honneur, résonne encore comme un avertissement contre une prospérité purement matérielle. Il imaginait un Japon conscient de son âme, prêt à la protéger. À l’ère multipolaire, sa vision acquiert une actualité renouvelée. La souveraineté culturelle, en plus de l’indépendance militaire et économique, constitue l’un des piliers du pouvoir durable.

Derrière le langage mesuré des comités et de la stratégie, vit un autre Japon, où le soleil brille clairement et où l’épée reflète sa lumière. La force apparaît comme une beauté disciplinée dans la forme ; la souveraineté comme une posture de l’esprit avant qu’elle ne devienne un instrument de l’État. Pendant des décennies, l'archipel nippon s'est reposé sous un parapluie nucléaire étranger, la prospérité s’est étendue alors que l’instinct guerrier dormait d'un sommeil léger et ne s'éteignait pas. Maintenant, l’histoire le remue à nouveau. La nation sent que la dignité exige plus que le confort ; elle appelle à la préparation, à l’autodiscipline et à la volonté de durer. Comme une lame doucement dégainée de son fourreau, le pouvoir acquiert du sens par la retenue, la mémoire et la résolution silencieuse de rester debout plutôt que de s’agenouiller sous son propre ciel.

À travers l’Eurasie et au-delà, le schéma se répète. Les États-civilisations émergent, chacun ancré dans la mémoire, la langue et l’ethnie. Le siècle américain recule devant l’histoire qui se remet en marche; un ordre polycentrique prend forme. Le Japon, longtemps limité par l’architecture de la dépendance d’après-guerre, signale désormais sa volonté de s’affirmer comme un pôle pleinement réalisé: autodirigé, enraciné culturellement et engagé avec le monde par la réciprocité plutôt que par la soumission.

Edward Joris: anarchiste, terroriste et activiste flamand

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Edward Joris: anarchiste, terroriste et activiste flamand

Jan Huijbrechts

Source: https://www.facebook.com/jan.huijbrechts.9

Le 11 février marquera le 150ème anniversaire de la naissance d’Edward Joris. Edward qui? me demandez-vous déjà… Aujourd’hui, cet Anversois est une note de bas de page oubliée dans les livres d’histoire, mais il a été un jour connu et surtout redouté dans le monde entier en tant que « terroriste ».

Il vit le jour en tant qu’unique enfant dans une famille modeste du quartier populaire de Sint-Andries. Ce quartier était connu comme la « Paroisse de Misèrerie », ce qui s’appliquait certainement à la famille Joris, qui ne roulait pas sur l’or, surtout après le décès de son père peu après la naissance d’Edward. Peut-être était-ce la raison pour laquelle le curieux Edward a dû quitter l’école à 13 ans pour travailler dans diverses entreprises maritimes. Très tôt, il s’intéressa à la politique, et à 19 ans, Edward Joris, qui avait déjà déménagé à Borgerhout, devint secrétaire de la section locale du Parti Ouvrier Socialiste belge.

De plus, il était aussi un syndicaliste énergique de la confédération de travailleurs « l’Unitas ». Jeune et radical, il était attiré par l’anarchisme et fréquentait régulièrement la Chapelle (de Kapel), un ancien lieu de culte, dit Lantschot, dans le Schipperskwartier ("le quartier des bateliers"). Cette Chapelle abritait un groupe éclectique d’avant-gardistes comprenant notamment les écrivains Emanuel De Bom, Lode Baekelmans, l’historien de l’art Ary Delen et les amateurs d’art libéraux, les frères Franck. Edward se sentait comme un poisson dans l’eau dans cette compagnie artistique et engagée, et il devint ami avec le futur beau-frère de Baekelmans, le libraire-éditeur flamand-libéral Victor Resseler, qui publiait la revue anarchiste Ontwaking, sympathisante du mouvement flamand.

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Entre 1901 et 1904, Edward Joris publiait régulièrement dans « Ontwaking » sous les pseudonymes Edward Greene et Garabed, traitant des tensions politiques dans l’Empire ottoman turc. Et ce n’était pas un hasard: en 1901, cherchant de nouveaux horizons, l'aventure et peut-être aussi une meilleure rémunération, il avait quitté le sable de Sint Anneke et les rives de l’Escaut pour aller se fixer sur le Bosphore, à Constantinople. Il obtint un poste de correspondant anglophone et francophone pour la Deutsche Levante Linie, mais le 14 août 1902 — moins d’un mois après son mariage avec sa fiancée d’Anvers, Anna Nellens — il fut mis à la porte. Heureusement pour le jeune couple, il trouva rapidement du travail et s’intégra à la filiale ottomane de la Singer Company, célèbre fabricant de machines à coudre. C’est dans cette entreprise qu’il rencontra Vramchabouh Vram Kendirian, nationaliste arménien, et fut impliqué dans ce que l’on appelait alors « la Question arménienne ».

L’Empire ottoman, immense, était un État multi-religieux et multi-ethnique où, avant la Première Guerre mondiale, les Arméniens occupaient une position protégée mais clairement subordonnée. Au fur et à mesure que s'affaiblissait le pouvoir central à Constantinople et que montait en puissance économique la communauté arménienne, les tensions entre chrétiens arméniens et Ottomans musulmans s’intensifièrent. Au milieu des années 1890, ces tensions entraînèrent le massacre de Hamidié. Ces massacres, nommés d’après le sultan Abdul Hamid II, qui avait réintroduit le pan-islamisme comme idéologie d’État, furent en partie ciblés contre les Arméniens, mais dégénérèrent parfois en pogroms antichrétiens arbitraires. Le nombre de victimes estimé de ces massacres varie entre 100.000 et 300.000.

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Les récits de Vram Kendirian, qui était devenu le meilleur ami d’Edward, laissèrent une profonde impression sur lui. Vram était un membre éminent de la « Dashnaktzutium », la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA). Lors d’un congrès à Sofia, en Bulgarie, en 1904, cette organisation décida d’assassiner le sultan. La personne chargée de cette mission était Christapor Mikaelian (photo, ci-dessous), l’un des fondateurs de la FRA, présenté à Edward par Vram.

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Ils eurent peu de mal à convaincre Joris que seule la violence pouvait résoudre la Question arménienne. Vram et Mikaelian trouvèrent la mort en mars 1905 en expérimentant des explosifs en Bulgarie. Sur le corps déchiqueté de Vram, la police retrouva le passeport d’Edward Joris, utilisé par les terroristes présumés pour faire passer des explosifs, mais heureusement pour Joris, cette piste ne fut pas suivie. La mort de Vram radicalisa sans aucun doute Joris. Il apporta son aide à l’opération visant à éliminer le sultan. Dans sa maison, on ne se réunissait pas seulement pour discuter, mais il y hébergea aussi les conspirateurs, et comme si cela ne suffisait pas, 140 kg de poudre explosive, emballés comme si c'était du savon français, furent dissimulés dans sa résidence. Ces explosifs furent utilisés le 21 juillet 1905 lors de l’attentat contre le sultan, alors qu’il se rendait à la mosquée Yildiz pour la prière. L’explosion fit 26 morts et en blessa 58. Le sultan en sortit indemne. Les deux auteurs échappèrent à la police, et la femme de Joris réussit à se réfugier en Suisse. Cependant, Joris resta à Constantinople, ce qui le plaça dans une situation précaire, car une semaine plus tard, il fut arrêté. Le 25 novembre 1905, le procès débuta sous une large attention médiatique, et le 18 décembre, Joris et trois Arméniens furent condamnés à mort. Sa femme fut également condamnée à mort par contumace. Contrairement à ses co-condamnés arméniens, Joris ne fut pas torturé et fut plutôt bien traité. Cependant, l’isolement pesait psychologiquement, et à la mi-1907, il commença à élaborer des plans sérieux pour réussir une évasion…

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Edward Joris et son épouse Anna Nellens.

Grâce à une campagne de solidarité internationale organisée par Emanuel De Bom et Victor Resseler, et à la pression diplomatique notamment des gouvernements belge et allemand, Joris fut libéré le 22 décembre 1907, contre toute attente. Après son retour à Anvers, il reprit « ’t Kersouwke », la librairie et maison d’édition de Resseler sur la place Saint-Jacques. Pendant la Première Guerre mondiale, il joua un rôle de premier plan dans la mouvance socialiste de l’activisme, aux côtés de Jef Van Extergem et Antoon Jacob. Les activistes voulaient, avec l’aide de l’occupant allemand, réaliser les revendications de la mouvance flamande d’avant-guerre, mais des figures plus radicales comme Van Extergem et Joris aspiraient se séparer de la Belgique et à créer une république flamande. Son activisme lui valut, après la guerre, cinq années de détention, mais il put y échapper en fuyant vers les Pays-Bas. Après la loi de suspension, il retourna à Anvers en 1929 et travailla à la Radio ouvrière socialiste. Il n’est pas clair si son travail comme directeur de la publicité pour le journal collaborateur « De Dag » à Anvers lui causa à nouveau des problèmes après la Seconde Guerre mondiale.

Edward Joris mourut le 20 décembre 1957 à Anvers.

 

L’Argentine est le pays le plus européen d’Amérique

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L’Argentine est le pays le plus européen d’Amérique

Enric Ravello

Bron: https://euro-sinergias.blogspot.com/2026/01/la-argentina-...

Il existe l’idée pertinente selon laquelle l’Argentine est le pays qui nous ressemble le plus, ou – ce qui revient au même – le pays le plus européen d’Amérique. Ce n’est pas une impression, c’est une réalité – incluant également l’Uruguay. Je voyage fréquemment dans ce pays du sud, avec lequel je suis lié par des liens profonds de toutes sortes. Lors de ces voyages, je visitais souvent la zone située entre Buenos Aires et la fameuse « Pampa gringa ». A une occasion, j’ai visité Tucumán, et lors de mon dernier séjour, j’étais à Córdoba ville et dans la partie centrale de cette province.

Ces voyages, ainsi que de nombreuses lectures sur l’histoire, la culture et l’identité argentine, m’ont conduit à écrire cet article – avec l’idée de l’étoffer à l’avenir – sur la réalité ethno-démographique de l’Argentine.

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Reprenons l’idée initiale : « L’Argentine est le pays le plus européen d’Amérique. »

C'est un fait, sans aucun doute – insistons – mais cela n’a pas toujours été le cas, et cela aurait pu ne pas l’être. Comme nous le verrons dans ces lignes, sans l’immigration massive d’Européens entre 1890 et 1930, la physionomie de l’Argentine aurait été très similaire à celle du Pérou actuel.

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À l’époque hispanique, la grande ville argentine était Córdoba, fondée en 1573 par l’Espagnol Jerónimo Luis de Cabrera. Cabrera désobéit aux ordres du vice-roi du Pérou et fonda une ville qu’il nomma Córdoba de la Nueva Andalucía, bien plus au sud de ce qui lui avait été ordonné, en plein territoire des Indiens Comechingón. Le vaillant conquistador espagnol pénétra dans un territoire encore non colonisé par la Couronne et fonda une ville selon les modèles castillans de l’époque, avec une grande place où étaient présents le pouvoir politique (le cabildo) et le pouvoir religieux (la cathédrale). La ville mérite d’être visitée rien que pour apprécier la richesse de cet héritage hispanique. Un lieu particulièrement remarquable est la maison du marquis de Sobre Monte. Le bâtiment, en plein centre de la ville, conserve la cour intérieure typique avec des pièces tout autour, très répandue en Andalousie, et qui est l’héritage direct de la domus romaine ; c’est aussi cela, l’Espagne a transmis l'héritage de Rome en Amérique.

Aujourd’hui, Córdoba conserve – comme aucune autre ville argentine – une empreinte hispanique impressionnante, visible dans son architecture monumentale et très riche. La ville porte le nom de « la docta » car c’est là que fut fondée la première université du pays. Elle possède également une démographie claire, et la majorité de population est indigène et métissée, avec une fine strate albo-européenne. Comme nous le disait un professeur d’histoire, Córdoba a maintenu la structure de la société de castes qui fut la réalité ethno-démographique de l’Amérique hispanique. Jusqu’à ce jour, la vague migratoire européenne des 19ème et 20ème siècles n’a pas atteint Córdoba.

Nous pouvons affirmer avec certitude que cette réalité ethno-démographique de la capitale régionale qu'est Córdoba aurait été celle de tout le pays si ce flux européen n’avait pas eu lieu.

On retrouve cette même réalité dans des villes plus au nord-ouest comme Salta, où la composante indigène est beaucoup plus importante qu’à Córdoba ou Tucumán, la ville où l’indépendance de l’Argentine a été proclamée.

L’empreinte hispanique dans ces régions est le résultat de l’action conquérante et civilisatrice des Espagnols depuis le 16ème siècle.

Nous appelons cet élément par son nom correct: les criollos, c’est-à-dire les Espagnols nés en Amérique.

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Buenos Aires – Santa María del Buen Ayre – fut provisoirement fondée en 1536 par Pedro de Mendoza, puis définitivement en 1580 par Juan de Garay. C’était un petit port. Fondée selon la logique hispanique de défense du littoral fluvial du Paraná et du Río de la Plata, depuis le centre géo-historique d’Asunción, au Paraguay, en créant une ligne défensive contre les Portugais et les Britanniques: Asunción – Buenos Aires – Montevideo. La ville portuaire grandit, et après l’indépendance du pays, et suite aux affrontements entre unionistes et fédéralistes, elle devint le centre politique de la nouvelle réalité politique indépendante: la République argentine.

En tant qu’État indépendant, dirigé par une élite criolla, l’Argentine lança une grande expansion territoriale, dont l’événement principal fut la fameuse «Conquête du Désert» menée par le général Roca. La conquête permit à la jeune Argentine de disposer d’un vaste territoire sous sa souveraineté, mais il restait un problème fondamental à résoudre: celui de la population – un problème qui perdure encore aujourd’hui, car l’Argentine pourrait accueillir environ 200 millions d’habitants supplémentaires. 

Juan_Bautista_Alberdi.jpgDeux présidents argentins d’origine criolla, Juan Bautista Alberdi (photo) et Nicolás Avellaneda, ainsi que Domingo Sarmiento, virent la nécessité de combler ce vide démographique – ce sont là leurs marques historiques. Pour que l’Argentine devienne le grand pays qu’ils envisageaient, cette immigration devait être européenne. C’est ainsi que commença l’arrivée massive d’Européens, qui changea à jamais la physionomie et la réalité de l’Argentine.

Entre 1880 et 1930, plus de 7 millions d’Européens arrivèrent dans un pays qui comptait en 1895 seulement 4 millions d’habitants. Ce flux migratoire européen se poursuivit pratiquement jusqu’en 1960, avec des chiffres quelque peu moindres. Ces données démographiques expliquent parfaitement la profonde transformation de la société, de la culture, de la physionomie, de l’architecture et de l’identité argentine. L’Argentine que nous connaissons aujourd’hui est en grande partie le fruit de cette émigration européenne, dans un cadre étatique créé par une population criolla d’origine hispano-européenne.

Par nationalités, le groupe principal des arrivants fut celui des Italiens avec 59%, suivis par les Espagnols avec 40% – appelés les «gallegos», à la différence des «criollos» – eux aussi d’origine espagnole mais arrivés bien antérieurement – auxquels il faut ajouter d’autres groupes d’origines européennes diverses: Français, Allemands, Irlandais, Anglais, Écossais, Ukrainiens, Gallois, Polonais, Suisses, Scandinaves, et même des Boers venus d’Afrique du Sud après leur guerre contre l'Empire britannique. 

Pour désigner ce contingent européen, nous utiliserons le terme couramment employé en Argentine, même si sa signification est floue: «gringo». Bien que «criollo» soit un terme clairement défini, «gringo» est une expression populaire dont la signification a évolué au fil du temps. Au début, il désignait principalement des immigrés italiens, notamment du Nord de l’Italie (pour les Italiens du Sud, on disait «Tano»). Par la suite, il a été élargi pour englober non seulement tous les Italiens, mais aussi tous les Européens d’origine non espagnole, y compris les Espagnols qui faisaient partie de cette vague migratoire (les «gallegos»). Il y a donc deux groupes de population blanche en Argentine: les «criollos», espagnols arrivés à partir du 16ème siècle, et le groupe beaucoup plus large des « gringos », Européens arrivés aux 19ème et 20ème siècles.

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Ce flot démographique européen est entré par le port de Buenos Aires – les Argentins étaient aussi à bord des navires – et a rapidement transformé la capitale en une ville à l’aspect européen, connue au début du siècle dernier comme « le Paris du Sud ». En réalité, c’est une synthèse de Paris, Madrid, Rome, Gênes et des bâtiments rappelant l’Italie de la Renaissance. Le poète euro-argentin Juan Pablo Vitali l’a brillamment décrite comme «la capitale des Blancs du Sud».

Cette immense immigration européenne s’est également étendue à la province de Santa Fe, où la physionomie de ses deux villes principales, Rosario et Santa Fe, ainsi que Rafaela, en témoigne. Et elle s’est répandue dans toute la Pampa gringa. Si l’on devait fixer une limite géographique précise à cette expansion, on pourrait citer Villa María, dans la province de Córdoba. Il suffit de visiter des villages comme Marcos Juárez (Pampa gringa – sud de Córdoba) et de s’asseoir dans un café pour voir les mêmes visages que dans la ville de Turin.

Ainsi, le principal noyau de population européenne se trouve entre Buenos Aires et Villa María, où environ deux tiers de la population totale du pays est concentrée.

Quatre points géographiques méritent une attention particulière:

Misiones, une province au nord-ouest du pays, limitrophe du Paraguay et du Brésil, où une grande population d’origine italienne, scandinave, suisse-allemande et polonaise réside. Récemment, Maribel Ivaciuta est devenue célèbre, élue reine de la fête locale de la Mojarrita, avec une apparence tout-à-fait nord-européenne, tout comme Azul Antolinez, «reine» de San Rafael.

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La Patagonie, intégrée pleinement à l’Argentine après la Campagne du Désert menée par le grand général Roca, est peuplée encore de quelques communautés indigènes et de rares Européens s’y étant installés. Les Gallois de Puerto Madryn, qui ont su préserver leur identité et leur culture, font aujourd’hui de l’Argentine le troisième pays au monde avec le plus grand nombre de locuteurs de la langue galloise, après le Royaume-Uni et l’Australie.

Mendoza possède quelques caractéristiques propres. Intégrée à la Vice-Royauté du Río de la Plata en 1776, elle faisait partie du Chili depuis sa fondation en 1561, ce qui explique l’origine des criollos mendociens. En raison de sa situation géographique, elle est éloignée des routes d’immigration européennes, mais le développement du chemin de fer à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle a attiré beaucoup d’Italiens et d’Espagnols dans la région.

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La Sierra de Córdoba (photo)

Si l’on parle du sud de cette province comme partie de la Pampa gringa, et de la ville comme exemple d’une ville fondée par des criollos avec une majorité d’indigènes, la « Sierra cordobesa » représente une réalité démographique très différente. On y trouve des villages avec une forte empreinte britannique comme La Cumbre, ainsi que d’autres – plus nombreux et connus – fondés par des Allemands, tels que La Cumbrecita et Villa General Belgrano. En novembre dernier, j’ai eu l’occasion de visiter ces deux lieux, lors de la célébration de l’Oktoberfest à General Belgrano, où l’ambiance, les gens et la fête étaient typiques d’un village allemand.

Cette réalité historique, démographique, culturelle et identitaire fait de l’Argentine – le grand acteur géopolitique de l’Amérique du Sud – un pays clé avec une opportunité unique d’établir des relations privilégiées avec l’Europe par deux voies: son héritage historique et culturel criollo qui la lie à l’Espagne, et son héritage identitaire et démographique «gringo» qui la relie à plusieurs pays européens, notamment l’Italie, mais aussi l’Allemagne, la Pologne, l’Ukraine, les Pays-Bas, l’Irlande, et même le Royaume-Uni, que la chancellerie argentine devrait traiter avec un soin particulier, étant donné la composition de sa population. Aujourd’hui, dans un monde où l’Europe et l’Amérique du Sud semblent être exclues en tant qu’acteurs géopolitiques, cette potentialité argentine serait doublement précieuse.

mardi, 10 février 2026

Le paganisme de Tolkien

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Le paganisme de Tolkien

Sergio Valero Ruiz

L'œuvre de Tolkien est catholique, aussi catholique que l'âme elle-même. C'est-à-dire qu'il s'agit d'un paganisme réinterprété et recouvert de christianisme. Dans ses propres lettres, l'auteur affirme que Le Seigneur des Anneaux est une œuvre religieuse et catholique, mais qu'il n'en a pris conscience qu'après l'avoir écrite et révisée.

9782266282369_1_75.jpg« Le Seigneur des Anneaux est bien sûr une œuvre fondamentalement religieuse et catholique; d'abord inconsciemment, mais consciemment lors de la révision. C'est pourquoi je n'ai pas inclus, ou ai pratiquement supprimé, toutes les références à quelque chose comme la 'religion', aux cultes ou aux pratiques, dans le monde imaginaire. Car l'élément religieux est absorbé dans l'histoire et la symbolique. »

Et en effet, son œuvre est catholique. Juste qu'il faut rappeler ce qu'est le catholicisme: un paganisme revêtu a posteriori de christianisme. Un paganisme qui transparaît à travers l'histoire, l'art et le symbolisme. Le religieux est implicite, comme il le souligne lui-même, car cet héritage païen est inconscient. Il y a une spiritualité, une religiosité fusionnée dans l'intrigue et la symbolique — mais ce n’est pas celle du récit hébraïque, mais celle d'une épopée européenne et d'une métaphysique propre à l'Antiquité pré-chrétienne. Seulement, cette dernière est reformulée dans le contexte chrétien, comme l'ont fait les premiers chrétiens de leur temps.

Tolkien croyait, tout comme certains des premiers chrétiens qui se nourrissaient de sources païennes, que le paganisme était une moitié de vérité, où pouvait se deviner la véritable vérité chrétienne ultérieure. Et ainsi, ils percevaient le paganisme comme un antécédent, une préparation au message du Christ. À l’image de Nicolás Gómez Dávila, qui disait que le christianisme possédait deux anciens testaments: la Bible juive et l’Antiquité classique. De cette façon, son christianisme conscient et son paganisme inconscient s'harmonisaient, tout en justifiant la consommation de la coupe des démons (comme on disait boire aux sources classiques). Cependant, la réalité nous montre qu’au sein de la vision du monde spirituelle européenne, le paganisme a été nécessaire, tandis que le christianisme est contingent.

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Le débat ne porte pas sur le fait que l'œuvre de Tolkien soit catholique ou non, ni même si Tolkien lui-même était très religieux. La réponse à ces deux questions est un oui profond et catégorique. La véritable question est bien plus ancienne et a été discutée dès l'époque de Celse, Porphyre et Julien l’Apostat: que le christianisme puise dans le paganisme sa théologie, son anthropologie et sa métaphysique. Le paganisme existe par lui-même, mais le christianisme, en particulier dans sa forme catholique, ne peut exister que grâce au paganisme. Car sans le paganisme, celui que les Pères de l’Église méprisaient tout en en buvant le nectar, le christianisme ne serait qu’une des nombreuses sectes juives. Et ce que l'œuvre de Tolkien expose a peu de choses à voir avec une secte juive du Moyen-Orient, et beaucoup avec une vision du monde européenne archaïque.

Tout catholique a, qu'il le sache ou non, une âme païenne (littéralement, car le concept d'âme immortelle provient du platonisme). Et que, par conséquent, l'âme de Tolkien, ainsi que son œuvre, parce qu’elle est imprégnée de catholicisme, est essentiellement païenne. Tolkien, comme tout catholique, est un païen inconscient.

À partir de 2027, plus de GNL russe vers l’Europe

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À partir de 2027, plus de GNL russe vers l’Europe

Les membres du G7/UE se sont enfermés dans une position délicate: comment nuire à la Russie en cessant d’importer du GNL russe tout en garantissant l’approvisionnement nécessaire en GNL?

par Joachim Van Wing

Source: https://joachimvanwing.substack.com/p/vanaf-2027-geen-rus...

Exclure le GNL russe s’annonce comme un défi de taille, car les deux objectifs semblent presque incompatibles. Comment échanger le GNL russe contre tout le gaz naturel disponible du Qatar, d’Australie et des États-Unis?

Nous en sommes déjà à la 20ème série de sanctions que le G7/UE27 impose à la Russie. Elles s’appuient sur des sanctions précédentes qui ont été techniquement bien préparées, mais qui, comme prévu, n’ont jamais atteint l’effet escompté.

« La Russie ne viendra à la table des négociations qu’avec des intentions sincères si elle est mise sous pression. C’est la seule langue que la Russie comprend. »

Ursula von der Leyen, Bruxelles, 6 février 2026

Sanctions précédentes contre la Russie

Jusqu’à présent, la 6ème série de sanctions, fin 2022, a été la plus sévère.

(I) 6 octobre 2022 : interdiction des services de transport, de financement et d’assurance pour l’exportation russe de pétrole par bateau.

(II) 5 décembre 2022 : mise en œuvre d’un plafonnement des prix pour le pétrole brut russe.

(III) 5 février 2023 : mise en œuvre d’un plafonnement des prix pour les produits pétroliers russes, comme le diesel raffiné et l’essence.

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Cette 6ème série de sanctions s’est révélée moins efficace que prévu, car les clients et fournisseurs ont contourné ces mesures par trois astuces simples:

(1) Des centaines de compagnies maritimes ont proposé de transporter le pétrole russe en dehors du système d’assurance occidental. Ces compagnies sont désignées comme la « flotte fantôme ».

(2) Des pays du sud global et des BRICS n’ont en rien respecté le plafond fixé, utilisant les sanctions comme levier pour obtenir de fortes réductions de prix à Moscou.

(3) Le pétrole brut russe et les produits finis sont déchargés ou mélangés en ports ou en mer, rendant la « provenance » non documentée ou non traçable. Le pétrole russe continue ainsi d’alimenter nos voitures, camions, grues, tracteurs, ainsi que les clusters pétrochimiques de Dunkerque, Barcelone, Bilbao, Rotterdam ou Anvers.

20ème cycle de sanctions économiques

Attention… les traders et compagnies maritimes respectant scrupuleusement le « plafond de prix » transportent aujourd’hui en toute légalité le pétrole russe vers l’Europe de l’Ouest. La surproduction mondiale de pétrole fait chuter les prix en dessous du plafond fixé à 65 dollars le baril, ce qui a réduit l’effet du « price cap » sur le pétrole russe. En réaction, l’UE ajoute 43 navires à la liste des sanctions, portant la « flotte noire » à 640 tankers. Par ailleurs, le plafond de prix du diesel et du pétrole brut est encore abaissé à 15 % en dessous des prix du marché de l’Oural. Enfin, l’UE27, avec le soutien du G7, impose une interdiction de maintenance et de services techniques pour les tankers et brise-glaces russes, ciblant directement les infrastructures clés pour l’exportation gazière de la Russie et ses activités dans l’Arctique.

Malgré cette 6ème série de sanctions, la Russie a encore exporté en janvier 16% de son pétrole brut et 35% de ses produits raffinés vers l’Europe. Les chiffres pour le GNL sont également importants.

Importation/exportation de GNL russe

Les sanctions concrètes contre le pétrole russe se sont révélées plus difficiles à mettre en œuvre que prévu. C’est pourquoi l’Union européenne et le G7 concentrent désormais leurs efforts sur le gaz naturel liquéfié russe (GNL), livré quotidiennement en grandes quantités dans nos terminaux de GNL en Europe de l’Ouest.

En 2025, l’UE27 a importé pour 7,2 milliards d’euros de GNL russe et a reçu l’an dernier plus de 200 livraisons de GNL en provenance de Russie. Selon un rapport de Kpler, en janvier cette année, 92,6% de la production totale de GNL à Yamal a été achetée par des clients européens. Cela représente une augmentation de 8% par rapport à janvier de l’année dernière. Sur les 25 navires transportant du gaz de Yamal en janvier 2026, 23 ont livré leur cargaison dans des ports européens, Zeebrugge étant la destination la plus importante.

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Exportations de GNL russe vers l’UE en janvier 2026. Source : Kpler

Conclusion

Cela montre à quel point l’Europe, malgré les sanctions et la pression politique, dépend du gaz russe. Et c’est compréhensible: la Russie reste le producteur mondial pivot de gaz naturel. En d’autres termes… les volumes que la Norvège, le Qatar, les États-Unis et l’Australie peuvent exporter ne suffisent pas à remplacer la totalité des exportations russes.

A la Place Schuman à Bruxelles, cette réalité est pleinement reconnue. Mais cela n’empêche pas le Conseil de l’Union européenne de commencer, dès le 1er janvier 2027, à limiter totalement l’importation de GNL russe.

L'Uruguay et la Chine renforcent leurs alliances

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L'Uruguay et la Chine renforcent leurs alliances

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/uruguay-e-cina-prove-di-rafforz...

Yamandù Orsi, qui est-il ? C'est le président de l'Uruguay, d'origine italienne et espagnole. Il vient de rencontrer son homologue Xi Jinping à Pékin. Il a été accueilli avec les honneurs, suivis de rencontres avec les dirigeants chinois dans différents secteurs. L'approche de Pékin est très différente de celle des États-Unis, qui ont agressé les pays d'Amérique latine. Pas de bombardements, pas d'enlèvements. Pas de menaces.

Seulement des affaires, avantageuses pour les deux parties. Dans ce cas précis, elles sont particulièrement avantageuses pour l'Uruguay qui, au cours du premier semestre de l'année dernière, a enregistré un excédent commercial de 187 millions de dollars avec la Chine. Il exporte principalement des produits alimentaires, mais aussi du bois, et importe des produits chimiques, des produits électroniques et des machines.

Probablement, les bons démocrates de Washington vont maintenant commencer à proférer des menaces et à imposer des droits de douane à Montevideo. Pour empêcher, comme d'habitude, que certains pays d'Amérique latine ne s'affranchissent du contrôle yankee.

Ou bien ils essaieront d'inviter Orsi à une fête ou une orgie à la manière d'Epstein. Car la mort – de plus en plus mystérieuse – du satyre numéro 1 n'empêche pas les égouts occidentaux de poursuivre leurs ébats avec les mêmes méthodes et les mêmes objectifs.

Les cinq thèses "complotistes" confirmées par les fichiers Epstein

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Les cinq thèses "complotistes" confirmées par les fichiers Epstein

par Riccardo Paccosi 

Source : Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/le-cinque-tesi-co...

D’après l’ensemble des fichiers Epstein, la quasi-totalité des thèses de l’opposition anti-système, qui ces dernières années avaient été qualifiées de "théories du complot" par les négationnistes de la politique, trouvent une confirmation.

Dans la majorité des cas, il ne s’agit pas de preuves formelles, mais d’éléments indiciaires lourds qui, combinés à une analyse politique visant à relier faits, paroles et intérêts en jeu, conduisent aux conclusions suivantes :

- Il existe une élite occulte de pouvoir, transversale à la droite et à la gauche, qui peut peut-être être qualifiée de "sataniste" ou – et c’est plus probable – être définie comme l'une expression d’un culte de la destruction et de l’anti-vie, d’une nature plus nihiliste encore.

- Quasiment toutes les figures impliquées dans ce réseau s’identifient à la cause d’Israël et à la composante plus suprémaciste du sionisme.

- Les quatre États-voyous qui pratiquent le plus le terrorisme et déclenchent des guerres dans divers coins du monde sont aussi les quatre États soupçonnés d’avoir une classe politique impliquée dans des réseaux pédophiles. Il s’agit de :

    1) des États-Unis et du Royaume-Uni, en raison des fichiers Epstein et de témoignages et/ou scandales antérieurs;

    2) de l’Ukraine, en lien avec la disparition de nombreux enfants envoyés en adoption;

    3) d'Israël, comme cela a été reconnu à la mi-2025 par une commission spéciale de la Knesset et par les médias mainstream israéliens.

- Le coup d’État en Ukraine en 2014, qui a déclenché la crise actuelle entre l’OTAN et la Russie, a été organisé par l’Occident dans la perspective de lancer une grande guerre européenne.

- L’état d’urgence pandémique de 2020-2021 avait été prévu, préparé et financé par Bill Gates et d’autres dès 2015.

Vingt jours après cette première, certes ce n'était pas la première en termes absolus, mais la première publication significative de documents par le Département de la Justice américain, il faut malheureusement constater qu’il n’y a finalement eu aucun séisme mondial, sauf peut-être dans le contexte britannique, où la Couronne est aujourd’hui fortement décrédibilisée et où le Premier ministre Starmer risque la démission. 

Comme toujours, la droite et la gauche ont contribué à diviser l’opinion publique en un affrontement insensé visant à faire porter la responsabilité de l’affaire à l’une ou l’autre partie, garantissant ainsi l’impunité du seul vrai coupable: le système politico-économique de l’Occident.

Dans environ une semaine, grâce très probablement à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, on tournera la page, et le pouvoir aura ainsi porté d’un degré supplémentaire le seuil de son impunité, accélérant sa marche triomphale vers la restauration de l’absolutisme.

21:09 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, dossier epstein, complotisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 09 février 2026

L'Europe est prête à se suicider pour une poignée de misérables idées

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L'Europe est prête à se suicider pour une poignée de misérables idées

Lorenzo Maria Pacini

Source: http://newsnet.fr/304235

Il y eut une période où l’Union européenne était décrite comme un rempart compétitif face aux États-Unis, comme la création d’un sujet supranational doté d’une masse critique suffisante pour peser sur la scène mondiale.

Tout cela s’est avéré une illusion.

Pourquoi ?

Lorsque le Traité de Maastricht a été élaboré, l’Occident était encore plongé dans le mythe de la victoire néolibérale sur l’Union soviétique. En conséquence, le modèle néolibéral a façonné les principaux mécanismes juridiques, le rôle de l’industrie publique et les relations avec la finance.

Ce modèle suppose que la liberté de marché constitue une sorte d’équivalent supérieur de la démocratie (quasi une perfection par rapport au mécanisme électoral traditionnel) et confère une fonction de moteur au grand capital, reléguant la politique à un rôle subordonné, limité à faciliter les processus économiques.

9782130414841-475x500-1-1629166468.jpgDes théories extrêmement abstraites, comme celle de Nozick sur la naissance de l’État à partir du libre échange entre individus motivés par l’intérêt personnel, ont fourni la structure d’un modèle inédit. On imaginait qu’une entité politique (une union, une fédération) pourrait émerger spontanément d’une intense intégration de marchés.

L’expérience européenne représente ainsi la première (et, à la lumière des résultats, peut-être la dernière) tentative historique de construire une union politique à partir d’un marché commun, fondée sur la compétition mutuelle entre États obligés d’atteindre une compétitivité maximale.

Ce qui s’est produit, cependant, correspond à ce qui arrive habituellement sur des marchés hautement compétitifs dépourvus de correctifs politiques adéquats (sans tarifs douaniers, sans instruments d’ajustement monétaire, etc.): il y a eu des gagnants et des perdants. Certains pays ont accumulé des avantages, d’autres ont vu leurs ressources s’amincir (notamment l’Italie).

L’idée traditionnelle de gouvernements démocratiquement responsables envers les citoyens a été progressivement remplacée par le concept de «gouvernance», entendu comme un système de règles techniques pour la gestion économique, jusqu’à configurer une politique guidée par un «pilote automatique».

Les systèmes financiers sont impersonnels et supra-nationaux, mais pas pour autant dépourvus de centres de pouvoir. Le principal centre de la finance occidentale se situe le long de l’axe New York-Londres, tandis que l’axe politique reste, historiquement, le gouvernement des États-Unis.

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L’Europe née avec Maastricht, choisissant d’opérer selon des règles néolibérales, est inévitablement entrée dans l’orbite des grands centres financiers, étroitement liés à la politique américaine. Aux États-Unis, la recherche de la suprématie nationale et celle du profit financier coïncident presque parfaitement.

Ainsi, au moment même où le développement de l’après-guerre aurait pu permettre une plus grande autonomie, l’Europe est revenue sous l’hégémonie américaine.

Depuis les années 1990, cette hégémonie s’est manifestée non seulement sur le plan financier et militaire, mais surtout culturellement, érodant progressivement la capacité de résistance de l’Europe. Au cours des trente dernières années, on a assisté à une profonde américanisation idéologique: non seulement dans le domaine du divertissement, mais aussi dans les modèles institutionnels, la gestion de l’éducation, de l’université et des services publics.

L’hégémonie culturelle a facilité l’expansion de l’influence politico-militaire américaine, qui, au lieu de diminuer après la Seconde Guerre mondiale, s’est redéfinie dans une nouvelle dimension mondiale.

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L’UE a systématiquement soutenu les principales initiatives géopolitiques américaines: Afghanistan, Irak, Yougoslavie, Libye. Le cadre narratif — celui de l’ordre international fondé sur des règles et des droits humains — a permis de faire accepter ces politiques par l’opinion publique européenne.

En même temps, alors que l’Europe se félicitait de sa supériorité morale, les États-Unis ont contribué à interrompre des chaînes d’approvisionnement essentielles pour notre continent. Plusieurs producteurs d’énergie du Moyen-Orient non alignés ont été déstabilisés; d’autres, comme l’Iran, ont été frappés par des sanctions limitant leurs relations commerciales avec l’Europe.

La guerre en Ukraine a finalement coupé le principal canal énergétique européen en provenance de Russie.

Privée de ces sources, l’Europe s’est liée au GNL américain, avec une hausse significative des coûts énergétiques et une perte de compétitivité industrielle. Dans ce contexte, le pouvoir de négociation européen face aux États-Unis s’est considérablement réduit.

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Une telle situation, aussi détériorée, est difficile à inverser. L’Union européenne néolibérale et ses institutions ont produit l’un des moments de faiblesse relative les plus importants de l’histoire moderne de l’Europe.

Il ne reste plus qu’à laisser « les morts enterrer leurs morts », car, soyez-en certains, il n’y aura, dans l'avenir, ni ceux qui chercheront à sauver le statu quo, ni ceux qui voudront de nouvelles alliances pour « changer le système de l’intérieur » — mais tous ignorent que des idées déjà mortes ne peuvent qu’engendrer la mort.

Lorenzo Maria Pacini est professeur associé en philosophie politique et en géopolitique, à l'UniDolomiti de Belluno. Consultant en analyse stratégique, renseignement et relations internationales.

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Calvinisme, américanisme, christianisme oriental 

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Calvinisme, américanisme, christianisme oriental 

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Un phénomène mimétique majeur se produit sous nos yeux, à savoir la réimportation du christianisme américain en terre roumaine. Un fait qui doit nous rappeler les racines protestantes du christianisme américain, qui n'ont pas vraiment de lien avec les significations communautaires de notre propre christianisme orthodoxe.

Pour s'imposer, le christianisme protestant a dû lutter contre le «totalitarisme» universaliste de l’Église catholique, qu’il a vaincu en utilisant une force opposée, à savoir l’individualisme, qui ne correspond pas non plus vraiment à notre espace oriental. Un christianisme parfaitement individualisé est celui qui exige une soumission aveugle à la lettre de la Loi, qui devient un commandement divin.

Du point de vue du calvinisme, par exemple, la Loi est divisée en trois aspects: la loi morale, la loi judiciaire et la loi cérémonielle. Les deux dernières sont dispensables, c’est-à-dire qu’elles peuvent être modifiées sans affecter l’essence de la Loi, qui est la volonté de Dieu, l’honorer par la piété, etc. La loi morale domine de loin les autres aspects de la loi. Un Dieu qui a gravé dans la conscience de tous les hommes ces sentiments qui forment la loi morale et qui, par conséquent, sont considérés comme étant équivalents à la loi naturelle. Une première étape vers le déisme est ainsi franchie par le concept de loi naturelle, en tant que loi morale. Dieu, qui a gravé dans toutes les consciences une loi qui devient «naturelle», n’a plus besoin de participer aux affaires du monde. En revanche, nous devons adorer la Loi, mais... nous ne savons pas pourquoi !

La source d’inspiration de cette structure tripartite de la Loi est la loi mosaïque.

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Calvin explique alors pourquoi il étudie les lois de la cité: «Car aucuns nient qu'une République soit bien ordonnée, si en délaissant la police de Moyse, elle est gouvernée des communes loix des autres nations » («Car certains nient qu’une République puisse être bien gouvernée si l’on délaisse les lois de Moïse, et qu’elle est gouvernée par les lois communes des autres nations»).

En latin, dans l’édition originale: «Sunt enim qui recte compositam esse rempublicam negant, quae neglectis Mose politicis communibus Gentium legibus regitur».

Même si cette source d’inspiration s'est quelque peu relativisée plus tard, Calvin et ses successeurs puisent surtout leur inspiration dans l’Ancien Testament. Ce n’est pas un hasard si «la loi morale» est la loi suprême — ici, ceux qui soutiennent aujourd’hui la politique du mondialisme moral sont soit des protestants américains, soit leurs cousins primaires qui revendiquent également des sources tirées de l’Ancien Testament.

Le christianisme oriental n’a aucun lien avec cette posture individualiste de la religion occidentale. C’est à la fois une religion fervente, moraliste et piétiste, qui suscite notre méfiance. La justice chez nous n’a rien à voir avec la «clarté morale». Au contraire, la déviance la plus perverse de l’acte de justice est de demander une conformité stricte à une règle extérieure déclarée "Loi morale".

Étant donné que la communauté est la première et la dernière sphère de notre foi, nous n’avons pas besoin d’un commandement transmis par quelqu’un en particulier. Nous n’avons pas non plus besoin d’une Loi morale comme « essence » et comme « raison » de la loi, car, comme Calvin le dit en manifestant son insatisfaction, nous nous nourrissons de nos lois communautaires, lesquelles sont en pleine harmonie (Kosmos – grec) avec les lois de l’univers.

De la civilisation de Baal-Moloch

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De la civilisation de Baal-Moloch

Alexandre Douguine

Animateur : Eh bien, le ministère de la Justice des États-Unis a finalement publié les listes d’Epstein. Il s’agit de trois millions de fichiers que les journalistes analysent activement en ce moment. Certaines choses sont horribles, d’autres — comiques, surtout lorsque des noms précis, figurant dans ces documents, sont extraits de leur contexte. On y a trouvé à la fois Zyriovnski, Lénine, et même des personnages de films et de dessins animés. Vous, Alexandre Guélievitch, avez évoqué l’année dernière la présence de votre nom dans une correspondance. Pour résumer toute cette affaire: comment doit-on l’interpréter, étant donné que les nouvelles se répandent rapidement tant dans les médias russes qu’étrangers?

Alexandre Douguine : À mon avis, je ne réduirais pas l’importance de ce qui se passe. Une vaste toile pédophile a été dévoilée, impliquant des tortures, des violences et des meurtres, allant jusqu’au cannibalisme et aux « messes noires ». Ce réseau comprenait l’élite des deux partis américains: de George Bush père à Barack Obama, Clinton et Bill Gates. La participation à cette structure a été confirmée tant par eux-mêmes que par de nombreux dirigeants européens. Beaucoup d’entre eux démissionnent actuellement parce que l’appartenance à ce groupe, la fréquentation directe du cercle d’Epstein et la visite de son île constituent, en principe, une totale déconsidération pour tout homme politique, figure publique, scientifique, penseur, philosophe, économiste ou homme d’affaires. En gros, faire partie de ce réseau criminel, connaître Epstein, Ghislaine Maxwell et d’autres personnages de leur entourage, en tout ou en rien, revient à reconnaître une activité criminelle totale.

Par conséquent, à mon avis, c’est extrêmement sérieux. D’abord, le point principal est que l’élite occidentale moderne est tellement amorale qu’elle n’a plus le droit moral, non seulement de donner des leçons à sa propre société ou de lui dicter quoi faire, mais aussi, à l’égard des autres peuples, ces dégénérés — cette caste libérale, globaliste et pédophile — n’ont simplement pas le droit d’ouvrir la bouche. À mon sens, négocier avec eux ou s’asseoir à côté de personnes impliquées dans la « liste d’Epstein » est tout simplement immoral. Ceux qui respectent leur dignité se voient interdits d’être dans la même situation que ceux qui bafouent ouvertement cette dignité. C’est une question d’honneur: les personnes figurant sur la liste d’Epstein ont totalement perdu de vue le fait qu’elles peuvent encore entrer en contact ou en communication avec des gens décents. Il existe un terme dur dans le jargon criminel russe — « être en loi » (être « zakoncheny »). Les personnes ayant participé à la violence sur des enfants sont totalement disqualifiées à tous égards. Et c’est la première conclusion de grande envergure. Aujourd’hui, ce scandale tente d’être un peu étouffé, mais il aura des conséquences véritablement tectoniques.

Animateur : Permettez-moi une question supplémentaire: cela va-t-il vraiment passer comme une lettre à la poste pour ces politiciens et responsables occidentaux impliqués dans cette affaire? Ou tout se limitera-t-il simplement à des démissions bruyantes que nous observons en ce moment — comme celle de Peter Mandelson en Grande-Bretagne ou de Miroslav Lajčák en Slovaquie?

Alexandre Douguine : Je ne peux pas le dire avec certitude, mais la question est: qui jugera? Pour juger ces personnes, impliquées dans des crimes aussi atroces contre des enfants, des femmes et des innocents — y compris les menaces de faire enterrer par Trump sur des champs de bataille ces adolescentes qui ont protesté contre ce qu’on leur a fait — il faudrait une révolution. Il faut des gens véritablement libres de tout contact avec ce milieu. Et là, il apparaît que Musk, Bannon, sans parler de Trump lui-même — Trump est totalement impliqué dans ce cercle étroit d’Epstein, y compris la première dame. Qui peut vraiment les juger? Les juger, c’est juger toute l’élite occidentale, l’élite américaine et ceux qui gouvernent aujourd’hui le monde.

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Thomas Massie et Ro Khanna.

Et dans les partis démocrate et républicain, deux politiciens remarquables ont insisté pour la publication de ces fichiers. Ce n’est pas grâce à une attitude bienveillante de Trump, qui lui-même a été un participant direct aux activités pédophiles sur l’île d’Epstein. Il s’agit du républicain Thomas Massie et du démocrate Ro Khanna, qui n’avaient probablement rien à voir avec cela. Ils ont réussi à faire passer cette décision malgré la résistance furieuse des élites. Trump a affirmé un temps que ces documents n’existaient pas et qu’ils étaient inventés, mais il s’est avéré que ce n’était pas une fiction, mais une véritable condamnation des élites occidentales. Comment peut-on les juger s'ils détiennent le pouvoir en Occident ?

En général, dans de telles situations, on assiège la Bastille, on opère des coups d’État, et alors sur la place, déboulent des masses furieuses, enragées, qui ne supportent plus la pourriture qui a pris le contrôle du monde. Cela n’est pas encore visible, et personne ne sait ce qui adviendra, mais cela constitue au moins une base solide pour une révolution anti-élite totale aux États-Unis et dans d’autres pays. Je ne connais aucun précédent dans l’histoire où l'on a laissé passer une telle chose. Aujourd’hui, certains fuient, d’autres se cachent, d’autres essaient de minimiser le scandale et de réduire l’importance de la publication des fichiers, mais plus les gens les lisent, plus ils sont horrifiés. Les fichiers contiennent non seulement des informations sur la violence envers des enfants, mais aussi sur le trafic d’êtres humains au plus haut niveau.

C’est la première remarque. La deuxième est qu’on a l’impression que beaucoup ne sont pas venus sur l’île d’Epstein pour satisfaire leurs perversions. Ils y allaient comme dans une sorte de « département du personnel » du gouvernement mondial, pour participer à des actes criminels enregistrés sur vidéo et faire l’objet de chantage. Sans un dossier lié à l’île d’Epstein, on ne peut tout simplement pas entrer dans l’élite. C’est une organisation bien orchestrée, systémique, qui déconsidère ces politiciens occidentaux, une sorte de « billet » pour accéder au pouvoir, ce qui est en soi monstrueux. À une époque, on reprochait cela au KGB ou aux régimes pro-soviétiques d’Europe de l’Est, mais il s’avère qu’au sein de l’Occident, c’est encore plus gros. Sur ce sujet, je préfère ne pas entrer dans les détails, mais c’est désormais un fait avéré: si tu veux accéder à l’élite, il faut commettre un crime monstrueux, lequel sera enregistré, et alors, une fois totalement disqualifié, tu peux entrer au pouvoir et suivre les ordres d’un centre.

Voici la troisième question: qu’est-ce que ce centre? Il est intéressant de noter qu’une grande partie des documents dans les fichiers d’Epstein ne concerne pas du tout des viols, mais la gestion du monde. Dans les échanges avec des hautes personnalités politiques, il est question de déstabilisation du pouvoir et de coups d’État en Russie et en Ukraine. En Ukraine, le plan a réussi, et Epstein s’en réjouit. En Russie, en 2012, ce cercle avait l’idée de déloger le président légitime Vladimir Vladimirovitch Poutine, en plaçant à sa place des représentants de l’opposition — on parle d’Ilya Ponomarev et d’Alexeï Navalny. De plus, dans la correspondance d’Epstein et de Bannon, il est question de mon nom, dans le contexte de l’existence en Russie de cercles conservateurs traditionalistes, qui soutiennent un monde multipolaire et refusent l’hégémonie de l’Occident.

À ce titre, beaucoup de noms sont évoqués. Tous ne sont pas impliqués dans des crimes : notre président Vladimir Poutine, par exemple, y apparaît comme une cible à éliminer, sur laquelle il faut faire pression ou qu'il faut renverser. Sont décrits aussi bien des amis que des ennemis. La question se pose: quelle est cette instance? Ces cercles ne se contentent pas de fournir « de la marchandise vivante » et de collecter du matériel compromettant, ils travaillent aussi pour quelqu’un d’autre, avec leur propre plan de restructuration du monde, de soutien à certains régimes tout en en déconsidérant d’autres.

Et là, se révèle une autre chose terrible, qui a provoqué un énorme scandale aux États-Unis : il est évident que cela concerne Israël. Les services secrets israéliens ont dirigé et coordonné toute cette activité. Ghislaine Maxwell était une courroie officielle du Mossad aux États-Unis. Aujourd’hui, se dessine une image claire: Israël, par le biais de ce type de chantage, contrôlait la politique américaine et peut-être mondiale. Cela bouleverse totalement toutes nos idées et nos cartes. Les Américains se croyaient souverains, Israël n’était qu’un allié au Moyen-Orient, mais il s’avère en réalité que c'était le contraire. C’est Israël qui dirigeait la politique américaine, en coordonnant le processus de chantage. De plus, Epstein et son entourage ne cachaient pas leur racisme sioniste direct. Dans les fichiers, ils discutent: «Les nôtres, ou juste des nôtres, seront-ils à la fête ou y aura-t-il aussi ces maudits goyim?». Et Epstein répond: « Oui, malheureusement, il y aura aussi des goyim». C’est une participation explicite au plan sioniste pour contrôler l’Occident. On en parlait auparavant uniquement parmi des marginaux, partisans des théories du complot, auxquels personne ne croyait, pensant qu’un pays aussi puissant ne pouvait être l’outil d’un petit État. Et maintenant, l’Amérique, effrayée, a compris qu’elle pouvait tout à fait l’être.

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Quels autres soupçons sont confirmés, et que découvrira-t-on encore dans ces fichiers, sachant que seule la moitié a été publiée? Et pour finir: il est crucial de souligner qu’un certain nombre de fichiers, accessibles sur le site du ministère américain de la Justice sous la direction de Pamela Bondi, contenaient, pendant quelques heures, des documents liés à Trump lui-même. Ces documents confirmaient sa complicité dans des actes de pédophilie. Il y avait aussi des histoires concernant Melania Trump, le maire de New York, plusieurs membres des élites européennes, la famille royale anglaise (y compris le prince Andrew) et des proches de Macron. Tous figuraient dans cette liste, et, par ailleurs, Elon Musk y apparaît aussi.

Animateur: Permettez-moi de préciser certains détails. Tout d’abord, rappelons: Ilya Ponomarev et le défunt Alexeï Navalny sont inscrits sur la liste des terroristes et extrémistes. Alors que nous discutons de ce sujet, les événements évoluent rapidement. Trump vient de publier sur Truth Social un message ferme: il n’a jamais été sur l’île d’Epstein et ne l'a même pas approchée. C’est sa réaction à une blague de Trevor Noah lors des Grammy Awards. La question est: cela a-t-il encore un sens de faire des gestes de défi, alors que la publication — qui n’a duré qu’une heure — a déjà fait le tour? Comme on le sait, internet se souvient de tout.

Alexandre Douguine : Trump, en fait, est soit véritablement déconnecté, soit totalement irresponsable de ses paroles. Rien qu’au cours de cette première année de son second mandat présidentiel, il a modifié ses affirmations à plusieurs reprises: il promettait d’abord aux électeurs que les fichiers d’Epstein seraient publiés, puis jurait qu’ils n’existaient pas, et maintenant, lorsque leur publication a été forcée, il affirme qu’ils existent, mais qu’il n’est pour rien là-dedans. Peut-on sérieusement écouter et croire un tel personnage? Remarquez: ce vieil homme, impliqué dans ces affaires, ment constamment et mène des actes d’agression non provoquée contre des États modernes souverains. Peut-on négocier sérieusement avec une telle personne, peut-on lui faire confiance? Ses paroles ont perdu toute valeur. Il fait partie de ce réseau, et il est tout à fait naturel qu’il essaie de se justifier en niant l’évidence. Cependant, ces documents ont été conservés, ils ont été publiés sur le site du ministère américain de la Justice, et chacun peut les étudier.

C’est évidemment un scandale énorme qui a suscité une idée légitime: puisque nous savons maintenant avec certitude que l’Amérique est contrôlée par le Mossad, Israël et des extrémistes sionistes d’extrême droite, la publication de ce matériel à ce moment précis a ses raisons. Les réseaux occidentaux discutent du fait que Trump essaie prétendument de résister à la guerre avec l’Iran, guerre que ces cercles lui imposent. Je ne veux pas porter de jugement définitif, mais il faut comprendre la nature intérieure de la société occidentale, mais il semble que la publication soudaine de ces documents est un instrument des forces géopolitiques qui se profilent derrière Epstein. Le but est simple: par le chantage, pousser Trump à lancer une guerre contre l’Iran ou à pourrir les relations avec la Russie. Il s’avère que l’élite américaine est totalement sous le contrôle de ce centre, et leurs déclarations publiques ne sont qu’un voile dissimulant des processus invisibles, dirigés depuis un petit État du Moyen-Orient.

Ce tableau change radicalement notre vision de l’Occident. Nous voyons sa chute morale totale et découvrons la véritable nature satanique de la civilisation occidentale. Notre président a déjà souligné avec prudence que l’Occident est devenu satanique, et nous disposons maintenant de preuves concrètes: «messes noires», rituels sataniques, pédophilie mondiale, et une entité totalement criminelle. Les plus terribles soupçons et les invectives les plus corsées de ceux qui avaient aperçu dans l’Occident «le secret du crime» sont désormais devenus faits universels. Comment traiter avec de telles personnes? Nous ne devons plus nous étonner de leur mensonge, de leur violation des accords et de leur soutien à des régimes terroristes en Ukraine ou au Moyen-Orient. Ils sont prêts à changer de régime partout, en utilisant des outils de pression même sur ceux qui n’en veulent pas.

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Nous nous sommes réveillés dans un monde différent. Quand ces fichiers ont commencé à être publiés, nos médias ont été momentanément sidérés par le choc. Toutes nos descriptions de l'Occident se sont révélées trop candides. Nous les considérions simplement comme des gens avec leurs opinions, mais la correspondance d’Epstein montre autre chose: la promotion du transgendérisme, la légalisation du mouvement LGBT (interdit en Russie), et des liens directs avec des groupes sataniques. Il est crucial de souligner que cela n’a aucun rapport avec le judaïsme religieux traditionnel, où il y a foi en Dieu. Ce que nous avons vu, c’est un système diabolique de gouvernement mondial. C’est la concrétisation vivante des prophéties de la culture orthodoxe sur le Royaume de l’Antéchrist. Il est difficile d’imaginer quelque chose de plus expressif que ces fichiers, confirmant la pensée qui dit que nous vivons à l’époque de l’Antéchrist, et que la civilisation occidentale est celle de l’Antéchrist.

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Animateur : Rappelons que le satanisme est officiellement reconnu en Russie comme mouvement terroriste et extrémiste, et est interdit. Et face à tout cela, il ne reste plus de place pour la surprise. Quand d’anciens alliés de Zelensky et des dirigeants occidentaux évoquent sérieusement les rituels, les poupées vaudou et la magie noire, on a l’impression que tous les masques sont tombés en un clin d’œil. Je suis entièrement d’accord avec vous. Nous avons déjà commencé à établir un pont vers la question iranienne à travers la lentille des fichiers d’Epstein. Selon vous: cette publication et le scandale gigantesque qui l’accompagne peuvent-ils réellement retarder ou même repousser le début d’une éventuelle guerre des États-Unis contre l’Iran?

Alexandre Douguine : Je pense que, compte tenu du rapport général des sentiments dans la société occidentale et aux États-Unis, cela va plutôt accélérer l’agression militaire contre l’Iran. Pour détourner l’attention des conséquences inévitables de la publication des fichiers d’Epstein, quelque chose de vraiment gigantesque doit se produire: soit une grande guerre, soit — je ne l’exclus pas — un conflit nucléaire. La compromission profonde de l’élite occidentale et la lecture de ces trois millions de fichiers constituent un verdict fatal pour l’establishment, et il ne peut y avoir qu’une réponse d’un autre ordre pour en détourner l’impact.

Il me semble qu’une guerre classique contre l’Iran ne suffira même pas à couvrir l’ampleur du scandale, sauf si, dès le départ, il y a utilisation d’armes nucléaires. Le monde est au seuil d’une catastrophe véritable. La présence, dans l’Occident aujourd’hui, d’une élite véritablement satanique — sans guillemets ni métaphores — change complètement la donne par rapport à ce qu’on pensait récemment. Nous croyions pouvoir négocier avec certains, convaincre d’autres, faire preuve de force ou d’arguments avec d’autres encore. Mais ce que nous découvrons maintenant prouve que cela ne fonctionne pas. Il faut des méthodes totalement différentes pour traiter avec une civilisation satanique.

Théoriquement, cette civilisation doit être en guerre contre tous ceux qui ne font pas partie d’elle. Toutes les forces qui ne sont pas sous le contrôle total de cette « île d'Epstein » mondiale et du réseau pédophile des élites libérales doivent se soulever. Cela répond également à un devoir religieux, y compris pour certains cercles juifs, qui voient où mènent ceux qui se cachent derrière leur nom. Je pense que c’est notre devoir commun, et c’est la conclusion la plus sérieuse. Quant à l’Iran...

Animateur: La seule chose que je préciserai en rappelant aux auditeurs: le mouvement mondial satanique est reconnu en Russie comme organisation terroriste et extrémiste, et est interdit. Alexandre Guélievitch, vous parlez de l’inévitabilité d’une grande guerre ou d’une catastrophe, mais en même temps, Axios rapporte des signaux que les États-Unis envoient à l’Iran concernant un éventuel accord. Si, selon vous, même un conflit d’une telle ampleur ne peut pas faire oublier l’histoire des fichiers d’Epstein, alors il semble qu’aucun accord ne pourra non plus faire disparaître ce scandale. Ai-je tort dans mes évaluations?

Alexandre Douguine : Un accord passera tout simplement inaperçu, surtout qu’on ne peut pas faire confiance à l’Amérique. Ils ont justement invité le Hamas à un accord, et en même temps, ils ont détruit toute leur direction politique. Il ne faut pas faire confiance à l’Occident, même pendant une seule seconde. Un accord ne détournera pas l’attention, donc il n’y en aura tout simplement pas. Ou bien ce sera une manœuvre habile pour détruire l’élite iranienne. Mais concernant la destruction de l’élite: je tiens à souligner à quel point tout cela devient sinistre aujourd’hui. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des opérations américaines, occidentales en général, ou émanant de leurs alliés (ou plutôt, la question est: qui est allié de qui: je veux dire Israël, ou peut-être que c’est l’Occident qui est l’allié d’Israël, et non l’inverse). En tout cas, les méthodes de l'Occident deviennent de plus en plus visibles, et leur utilisation contre des pays et des systèmes politiques qui refusent leur volonté s’intensifie chaque jour: ils sont utilisés contre ceux qui ne capitulent pas.

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Remarquez: tout a commencé avec Israël qui a détruit la direction politique du Hamas. On pourrait dire que le Hamas a attaqué Israël, ce qui donne une certaine symétrie ou équilibre. Ce n’est pas justice, mais c’est une situation qui, au moins, a permis de détruire la direction militaire du Hamas, où qu’elle se trouve. Ensuite, c’est la destruction de la direction du Hezbollah, qui n’a pas officiellement rejoint la guerre contre Israël au Liban, malgré ses déclarations de soutien au Hamas. Maintenant, la direction politique d’un autre pays est ciblée. Lors du conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran, ce sont des missiles israéliens et d’autres technologies qui éliminent les hauts responsables politico-militaires iraniens, y compris des scientifiques impliqués dans des projets nucléaires. En somme, on voit à nouveau des éliminations ciblées de leaders de régimes politiques qui ne cadrent pas avec le programme d’Israël et des États-Unis.

Ensuite, il y a la capture du président légitime du Venezuela en quelques heures. Puis, des attaques de drones, ukrainiens, contre la résidence du président de Russie. Et, en gros, aujourd’hui, il y a un tabou, une sorte de limite tacite, sur l’élimination de dirigeants politiques et militaires d’un autre pays avec lequel il n’y a pas de guerre déclarée ou de conflit direct — cela devient une pratique courante. À cela s’ajoute la récente tentative de coup d’État militaire en Chine. On en parle peu, mais presque tout le commandement militaire y a été remplacé, y compris le chef de la armée chinoise, Zhang Yuxia, un homme proche de Xi Jinping. La majorité des autres dirigeants militaires ont été démis de leurs fonctions le même jour, accusés, selon les médias chinois, d’avoir participé à un complot contre la direction du Parti communiste chinois en faveur des États-Unis. En Chine même, l’Occident tente de mener une opération de changement de régime. Tout récemment, des protestations soutenues par les États-Unis et Israël ont secoué l’Iran, sans aboutir au résultat souhaité: le changement du régime politique du Velayat-e Faqih, qui est le système politique et religieux en Iran. Donc, il y aura d’autres actions.

Ainsi, les opérations de changement de régime, l’élimination physique des dirigeants politiques de ces États et systèmes qui refusent d’accepter cette civilisation satanique, interdite en Russie, c'est-à-dire la civilisation du libéralisme occidental — il faut s’attendre à cela. Bien sûr, si aujourd’hui l’ennemi parvient à éliminer les figures clés, celles qui sont essentielles pour ces États (notamment les civilisations ayant le courage, la dignité et la force d’un appel spirituel pour s’opposer à ce que nous voyons en Occident), ils en profiteront. Si cette possibilité existe, et cela dépend uniquement d’eux, rien ne pourra les arrêter: ni arguments, ni menaces de conflit total ou d’utilisation d’armes nucléaires.

Tous ces arguments ne fonctionnent plus. Voilà le côté terrible de notre situation. Ce que nous voyons, c’est comment les États-Unis mènent des opérations de changement de régime et tentent d’éliminer leurs opposants politiques, quel que soit leur poste, y compris président ou chefs d’État, et parfois, hélas, ils y parviennent — cela met toutes les sociétés (l’Iran, la Chine et la Russie, ce qui est le plus important) dans une situation totalement nouvelle. Si l’Occident est fou, s’il a activé tous les moyens d’action contre nous et ne parvient plus à empêcher ses satellites de frapper notre président, alors l’opération de changement de régime en Russie même est ce qu’il faut craindre et attendre dans un avenir très proche.

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Je rappelle encore la correspondance d’Epstein avec un personnage interdit en Russie, l’extrémiste Ilya Ponomarev (photo): ils discutaient de l’opération de changement de régime dès 2012. Et aujourd’hui, la Russie, en première ligne dans la lutte contre la civilisation satanique de l’Occident, représente évidemment un danger énorme pour eux. En réalité, tout repose sur notre président, notre peuple, notre armée et notre société: tout l’axe de la résistance à la civilisation de l’Antéchrist est là. Bien sûr, certains diront qu’il y a aussi la Chine, mais la Chine a essayé de différer cette confrontation directe. Elle ne nous a même pas soutenus activement au début de la guerre en Ukraine. Nous avons tenu seuls le choc initial. Mais quelle est la récompense que récolte cette neutralité de la Chine? Une tentative de déstabilisation de Xi Jinping et la mise en place au pouvoir de politiciens encore plus pro-occidentaux. Autrement dit, personne n’est à l’abri de l’Occident, entré dans une période critique de son histoire.

C’est une civilisation totalement démente, purement diabolique, qui n’a aucune restriction morale, ses dirigeants ayant traversé ces expériences anti-humaines du système Epstein pour accéder à l’élite. Vous imaginez qui est Trump, ce qu’il a dans la tête? Peut-on avoir des arguments moraux, politiques ou juridiques capables de le retenir? Il a lui-même récemment déclaré qu’il n’existe pas de droit international. La morale, c’est ce que je considère comme moral. Si c’est un pédophile qui dit cela (réfléchissons bien et combinons cette information avec celle sur ses expériences pédophiles, qui a duré peu de temps sur le site du ministère de la Justice, et sa déclaration sur la morale), alors cela veut dire que pour lui, la pédophilie est morale. Cela devient donc une loi pour tout l’Occident. Imaginez dans quel monde profondément malade et déformé nous sommes progressivement et insensiblement tombés. Et nous voulions encore le suivre il y a trente ans, cet Occident. Non, même pas trente ans — il y a cinq ou six ans seulement, avant le début de l’opération spéciale. Nous partagions ses soi-disant valeurs, voulions respecter la souveraineté, préserver les particularités de la culture nationale, mais contre l’Occident dans son ensemble, nous n’avions rien. Dans les années 90, nous étions simplement attirés vers lui, et nos élites ont commencé à s’intégrer à ces cercles mondiaux.

Au fait, il y a peu de choses sur le «fil russe» dans les fichiers d’Epstein: ils mentionnent des personnes secondaires, quelques dames de compagnie légère. Ce sont des détails, mais nous ne savons pas tout. Peut-être que d’autres figures plus sérieuses du camp libéral, opposées à notre président et à la souveraineté, ressortiront. Avant l’opération spéciale, il y en avait déjà beaucoup dans le champ légal. Peut-être ont-elles aussi passé ces formes d’initiation aux cultes sataniques sur l’île d’Epstein. Nous ne savons pas encore; les fichiers ne sont pas encore totalement traités. Mais, même en imaginant que tout n’est pas aussi profond, et que des gens ont simplement été attirés par l’attrait extérieur de l’Occident… Je ne sais pas quel être humain malade ou irréfléchi peut exister en se croyant libéral et favorable à l’Occident. Mais cela, laissons tomber pour l'instant, car on ne sait jamais: parfois, les gens ne parlent pas toutes les langues et se laissent berner comme des sauvages, comme des bibelots. Bon, mais maintenant, les masques sont tombés.

Selon moi, la situation est très grave. Si nous ne pouvons avoir aucune garantie en Occident, en voyant l’état moral de leurs élites, il faut une mobilisation totale de la société. Nous devons renforcer les cercles patriotiques de la Russie elle-même, pour ne pas laisser tomber notre président.

En Occident, il peut naître une fausse image: celle que le plus grand opposant à l’Occident serait personnellement Vladimir Vladimirovitch Poutine, mais que tout son entourage serait prêt à faire des compromis. Mais cela revient à mettre en danger la vie et la sécurité de notre commandant suprême. Ils doivent avoir le sentiment que si, mais que Dieu nous en préserve, quelque chose arrivait à notre président, des forces politiques se dresseraient derrière lui qui ne seraient pas petites pour l’Occident. Ce qu’ils ont maintenant face à eux est une conduite correcte, équilibrée et responsable, qui ne reconnaît que partiellement leur hégémonie. La prochaine vague doit tellement effrayer l’Occident qu’arriveront ceux qui ne négocieront plus, déclareront l’Occident "civilisé" totalement satanique et rompront toutes les relations, sauf une escalade nucléaire. Ce sera la garantie que rien n’arrivera à notre président.

Pour l’instant, si en Occident, il y a la sensation que le seul porteur de notre esprit indépendant et de l’idée russe, c’est lui, et que tous les autres sont prêts à faire des compromis — c’est en fait une invitation à tenter encore et encore de changer de régime ou à éliminer physiquement notre leader. Voilà le danger. Et ce n’est même pas une question de libéraux: peut-être que tout l’entourage du président est composé de patriotes convaincus, je peux le croire. Mais il faut le montrer, car beaucoup, comme sous l’eau, n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils pensent de l’opération spéciale, de l’Occident, du Christ et de l’idée russe. Le président — oui, il ne fait pas que parler, il agit en tout. Il faut montrer: si une seule de ses mèches tombe, l’Occident fera face à un cauchemar. Il faut démontrer ce cauchemar dès maintenant pour la sécurité du système. Toute allusion au libéralisme ou à une attitude flexible envers l’Occident, y compris à l'égard de Trump, doit être effacée. Cette étape est terminée. Nous avons essayé de ne pas irriter Trump, en voyant son conflit avec d’autres élites, mais maintenant, en voyant ces dossiers, il est évident: parmi ces personnes, il ne peut y avoir des soutiens pour nous. Leur confiance et leur accord sont impossibles. Donc, quand on dit que Kirill Dmitriev est allé à Miami, mais qu’il n’y a pas de progrès, je pense que son avion volait justement au moment où ces fichiers étaient publiés au-dessus de l'Atlantique. Ce serait bien que son avion, comme celui de Primakov autrefois, fasse demi-tour au-dessus de l’océan en disant: «Avec qui allons-nous négocier?» — Avec ces gens-là, on ne négocie pas.

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Animateur: Je précise: il ne faut pas essayer de « désenivrer » les élites occidentales ou de guérir l’irréparable, mais il faut avant tout se concentrer sur la sécurité intérieure et la mobilisation spirituelle. Il faut comprendre qui nous sommes, quels sont les objectifs de l’État, et qui en est à la tête.

Alexandre Douguine : On peut le dire ainsi. Je pense qu’il faut s’unir autour de notre président. Il faut, dans les plus brefs délais, passer à une nouvelle vitesse dans l’affirmation dans notre société des valeurs traditionnelles. Tout cela est annoncé, mais cela avance lentement, ça patine. Dans de nombreux instituts — je ne vais pas faire de reproches — il y a encore des portraits d’agents étrangers dans des auditoires de sciences humaines. Nous avançons très lentement dans cette voie, et cette vitesse devient déjà inacceptable. Oui, il faut d’abord préparer le pays à de grandes épreuves encore à venir. Rien ne finira : tout ne fait que commencer, malheureusement — le choc avec cette civilisation satanique.

Et d’un autre côté, ce dont vous avez commencé par parler dans votre question: faire en sorte qu’ils cessent d’être des adorateurs du diable, des satanistes et des pédophiles. C’est absurde. Comment pouvons-nous, en envoyant Kirill Dmitriev, convaincre des criminels endurcis, des sadomasochistes et des cannibales de ne pas l’être? Est-ce que Kirill Dmitriev a cette apparence pour ressembler à un prédicateur orthodoxe ou à un saint, venu parler à des païens, des meurtriers et des barbares pour leur transmettre notre vérité chrétienne? Peut-être est-il une bonne personne, mais il n’est clairement pas de cette race.

Il faut appeler les élites et la société occidentale au repentir, au retour à la tradition, à une apparence humaine. C’est nécessaire. Mais cela doit se faire par d’autres moyens, et pas seulement en disant: «on va arrêter de se battre, puis on reprendra le commerce». Il faut chercher un autre registre dans notre manière de parler à l’Occident, et ne plus craindre, honnêtement, les témoignages prophétiques, comme ceux d’Élie et d’Énoch, qui apparaissent à la fin des temps et commencent à dénoncer publiquement le pouvoir de l’Antéchrist. On se trouve dans une situation proche de cela, et il faut comprendre: c’est difficile. Mais notre mission spirituelle doit être accomplie. C’est pour cette mission — la confrontation avec l’Antéchrist — que notre peuple russe a été choisi par le Christ.

Que veulent les États-Unis à Cuba?

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Que veulent les États-Unis à Cuba?

Leonid Savin

Outre la composante idéologique qui justifie les actions de l’administration Trump, il existe également, en elles, un fondement économique. Après la déclaration du président américain Donald Trump concernant la nécessité d’organiser un coup d’État à Cuba d’ici la fin 2026, et l’introduction de nouvelles mesures restrictives, y compris l’annulation de tous les vols entre les États-Unis et Cuba, La Havane a réagi en qualifiant cela d’ingérence grossière dans les affaires souveraines d’un autre État et d’une nouvelle infâmie du néo-impérialisme de Washington. Bien que l’histoire des relations entre les États-Unis et Cuba depuis la révolution de 1959 ait été marquée par une hostilité constante des Yankees, la phase actuelle — dans le contexte de l’opération de janvier dernier, visant à kidnapper le président vénézuélien Nicolás Maduro et sa femme Cilia Flores, et dans celui des menaces d’attaques aériennes contre l’Iran — est profondément préoccupante.

Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, nourrit également une rancune personnelle contre le gouvernement révolutionnaire de Cuba, qui présente depuis des décennies un modèle politique alternatif au monde. La défaite des États-Unis sur la Playa Chiron en 1961 a été un coup dur pour la réputation de Washington et, en fait, la première victoire sur les Yankees dans l’hémisphère occidental. L’insensibilité de Washington à l’égard de Cuba s’ajoute aux demandes de compensation pour les oligarques fugitifs dont la propriété a été nationalisée après la révolution. Cela est aussi lié aux sanctions américaines contre les navires, y compris ceux qui servent aux croisières touristiques.

Mais Cuba possède également des actifs que des hommes d’affaires comme Trump aimeraient contrôler. Il ne s’agit pas seulement du secteur du tourisme, qui génère une part importante des recettes pour le trésor d’État, mais aussi de l’industrie minière, de la chimie et des industries connexes. Bien que la production de pétrole brut, de chaux, de ciment, d’acide sulfurique, etc., ait diminué au cours de ces dernières années, certains segments méritent toutefois d’être soulignés.

L'Empresa Siderúrgica José Martí (Antillana de‑Acero), dans le cadre de la coopération entre Cuba et la Russie, a lancé en mai 2023 la première phase de production à l'aide d’un four électrique russe. La capacité de production de cette aciérie électrique est de 220.000 à 230.000 tonnes d’acier liquide par an. La modernisation de l’usine métallurgique de La Havane a commencé grâce à un prêt russe. De toute évidence, ce secteur est lié aux intérêts russes.

En 2023, la production de zinc à Cuba a augmenté de 12%, atteignant 58.000 tonnes contre 52.000 tonnes en 2022, grâce à une augmentation de la production à la mine Castellanos, propriété de l’Empresa Minera del Caribe Santa Lucía S.A. Emincar, le seul producteur de plomb et de zinc à Cuba. Le zinc et le plomb sont également nécessaires dans divers secteurs industriels.

Cependant, ce qui est le plus rentable pour Cuba, c’est l’extraction du nickel et du cobalt, qui sont aujourd’hui très demandés. L’organisme principal, responsable de l’extraction, du traitement et de la vente de nickel, est Cubaniquel, qui regroupe 14 entreprises, dont deux producteurs de ce minéral: l’usine Comandante Pedro Soto Alba et l’usine Comandante Ernesto Che Guevara. La première a été fondée à la fin des années 1950 et a commencé la production en 1959. En avril 1960, l’entreprise américaine qui l’exploitait a refusé de payer des taxes conformément aux privilèges accordés par le dictateur Fulgencio Batista, puis a quitté le pays, emportant toute la documentation technique. Mais en avril 1961, les révolutionnaires cubains ont pu commencer la production eux-mêmes. En décembre 1994, une joint-venture a été créée avec la société canadienne Sherritt International, spécialisée dans la production et la commercialisation de sulfures de nickel et de cobalt, ainsi que dans la fabrication, la vente et la livraison d’acide sulfurique aux entreprises nationales. La deuxième usine appartient entièrement à Cuba. Elle a été construite en coopération avec l’URSS et a commencé sa production en 1984.

Il convient de noter qu’en dépit des difficultés d’approvisionnement en énergie et du blocus économique, commercial et financier en cours, orchestré par les États-Unis, les mines cubaines ont été modernisées et leur efficacité améliorée, ce qui a permis en 2024 d’atteindre une production totale de 32.000 tonnes, dépassant les chiffres de 2022 et 2023. En 2025, Sherritt International a produit 25.240 tonnes de nickel et 2729 tonnes de cobalt dans l’usine combinée Moa Nickel S.A., située dans la province de Holguín. Les Canadiens eux-mêmes reconnaissent que l’incertitude géopolitique dans la région influence la situation dans cette industrie.

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Il convient également de citer un facteur lié à la détérioration actuelle des relations entre les États-Unis et le Canada. Dès mars 2025, le Premier ministre de la province canadienne de l’Ontario, Doug Ford, a averti que si les États-Unis imposaient de nouveaux tarifs, la province réduirait ses exportations d’électricité vers les États frontaliers des États-Unis et cesserait d’approvisionner en nickel. Selon la douane américaine et l’Agence de protection des frontières du Canada, au cours des trois dernières années, près de la moitié des importations américaines de nickel provenaient du Canada, tandis que 40 à 50% des exportations de nickel canadien étaient destinés aux États-Unis.

Alors que le Canada commence à coopérer plus activement avec la Chine, il ne faut pas exclure que ses exportations de nickel soient redirigées vers là-bas. Le 24 janvier 2026, Trump a déjà menacé d’imposer des tarifs douaniers de 100% si le Canada signait un nouvel accord commercial avec la Chine.

Ajoutons à cela qu’à la fin de 2025, la Monnaie américaine (US Mint) et l’un de ses fournisseurs, Artazn, ont commencé à explorer des moyens de réduire le coût de la production de nickel à moins de 5 cents, puisque les pièces de cinq cents aux États-Unis sont composées à 75% de cuivre et à 25% de nickel, et que, au cours des dix dernières années, le prix de ces métaux a presque doublé.

En seulement un an, le prix du nickel a augmenté de plus de 15%. Et celui du cobalt de plus de 160%. En janvier 2026, le prix du nickel s’élevait à 18.500 dollars la tonne.

Et si les réserves naturelles du Groenland doivent encore être exploitées, après une étude géologique approfondie, à Cuba, toutes les réserves actuelles et potentielles sont déjà connues. Selon un rapport de la Direction générale de l’industrie minière cubaine, à leur taux de production actuel, le nickel pourrait être extrait et exporté en 17 à 20 ans, et Cuba se classe au cinquième rang mondial pour ses réserves de nickel et au troisième pour ses réserves de cobalt.

Par conséquent, la rhétorique politique des États-Unis sur la « menace communiste » venant de Cuba cache des intérêts économiques plutôt matériels.

dimanche, 08 février 2026

L’âme orientale de l’Irlande - L’île verte entre la steppe et l’océan

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L’âme orientale de l’Irlande

L’île verte entre la steppe et l’océan

Callum McMichael

Source: https://www.multipolarpress.com/p/irelands-eastern-soul

Callum McMichael remet en question le mythe de l’Irlande comme étant uniquement occidentale.

L’Irlande, isolée à l’extrême ouest du continent européen, est généralement imaginée comme une île atlantique dont l’identité culturelle aurait été façonnée dans l’isolement, principalement influencée par les traditions celtiques, les incursions vikings, les conquêtes normandes, et des siècles de domination anglo-normande et britannique. Pourtant, ce récit familier dissimule une réalité plus complexe et surprenante: tout au long de son histoire, l’Irlande a maintenu des liens profonds et pluriels avec la moitié orientale du continent. Ces connexions — qui couvrent les mouvements préhistoriques de populations, les réseaux ecclésiastiques médiévaux, les diasporas militaires de l’époque moderne, la solidarité humanitaire du XIXe siècle, et des parallèles au cours du XXe siècle dans la renaissance nationale et les douleurs d'une partition — suggèrent que l’Irlande n’est pas simplement une extrémité périphérique de l’ouest européen, mais, et c'est à bien des égards essentiels, une société dont l’expérience historique s’aligne davantage sur les modèles de l’Europe de l’Est, bien davantage que ce que l’on croit généralement.

La couche la plus profonde de cette connexion orientale réside dans la préhistoire. Les recherches génétiques menées au cours de ces vingt dernières années ont considérablement modifié notre compréhension de l’histoire démographique de l’Irlande. Vers 2500–2000 av. J.-C., lors de la transition du Néolithique à l’Âge du bronze, une migration importante a eu lieu depuis la steppe pontique-caspienne, cette vaste région de plaines au nord de la mer Noire et de la mer Caspienne qui couvre aujourd’hui le sud de la Russie, l’est de l’Ukraine et une partie du Kazakhstan. Les populations associées à ce mouvement, connues des archéologues sous le nom de culture Yamnaya (et des généticiens comme les principales porteuses de l’ascendance de la steppe en Europe), ont apporté avec elles des économies pastorales, des véhicules à roues, la métallurgie et, très probablement, des langues indo-européennes précoces, qui évolueront plus tard en une branche celtique telle que parlée en Irlande.

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Des études sur l’ADN ancien, y compris des analyses marquantes menées sur des restes trouvés sur l’île de Rathlin ou à Ballynahatty (photo), montrent que cette ascendance d’origine steppique représente entre 30 et 50% du génome irlandais moderne, selon la région et le modèle utilisé. Le reste provient principalement de fermiers néolithiques arrivés d’Anatolie et du Levant via l’Europe du sud et centrale, mais la rotation démographique décisive de l’âge du bronze ancre fermement la population fondatrice de l’Irlande dans les mêmes migrations de la steppe qui ont donné naissance à de nombreux peuples d’Europe de l’Est, des États baltes aux Balkans.

Ce lien génétique ne se limite pas à une origine lointaine; il a aussi eu des conséquences culturelles et linguistiques. Les migrations de la steppe sont largement comprises comme ayant introduit la famille des langues indo-européennes dans une grande partie de l’Europe, parmi lesquelles les langues celtiques qui finiront par dominer l’Irlande, l’Écosse, le Pays de Galles et la Bretagne, qui font partie de cette même famille linguistique. Ainsi, l’identité linguistique qui distingue la « frange celtique » trouve ses origines ultimes dans ces mouvements venus de l'est qui ont également façonné les populations slaves, baltes et autres, parlant une variante ou une autre de l'indo-européen, géographiquement située plus à l’est.

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Au début de l’époque médiévale, de nouvelles voies de contact se sont ouvertes. Le monachisme irlandais, notamment entre le VIe et le IXe siècle, a produit l’une des diasporas les plus remarquables de l’histoire européenne. Les peregrini irlandais — moines et érudits qui se sont exilés volontairement par amour de Dieu — ont voyagé vers l’est en grand nombre, établissant des monastères et des écoles à travers ce qui est aujourd’hui l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, le nord de l’Italie, et jusqu’en Hongrie, Slovénie et Ukraine modernes. Des figures telles que Saint Colmán de Stockerau (martyre près de Vienne), Saint Kilian (actif en Franconie), et le cercle autour de Saint Virgile de Salzbourg illustrent la profondeur de l’influence irlandaise dans ces régions centrales et orientales. Ces missionnaires ont non seulement apporté l’apprentissage du latin et des scriptoria, mais aussi introduit des styles artistiques insulaires qui ont influencé l’art carolingien et ottonien.

Ce faisant, ils ont contribué à préserver le savoir classique durant une période où une grande partie de l’Europe occidentale se relevait de l’effondrement, tout en inscrivant les traditions intellectuelles irlandaises dans le paysage culturel émergent de ce qui deviendra la Mitteleuropa et le monde slave occidental.

144292-3577441188.jpgL’époque moderne voit une orientation encore plus marquée vers l’est à travers le service militaire. Après les défaites de la noblesse catholique irlandaise au XVIIe siècle — notamment après la guerre de Guillaume et le traité de Limerick en 1691 — des dizaines de milliers de soldats irlandais, collectivement appelés « Oies sauvages », ont quitté l’île pour servir dans des armées étrangères. Si la France a accueilli le plus grand contingent, l’Empire russe s’est montré particulièrement attractif au XVIIIe siècle. L'armée russe, en pleine modernisation sous Pierre le Grand et ses successeurs, offrait une progression rapide, un salaire important et une relative tolérance religieuse aux officiers catholiques qualifiés. La figure irlandaise la plus célèbre dans ce contexte est le maréchal de camp Pierre (Pyotr Petrovitch) Lacy, né en 1678 près de Kilmallock, dans le comté de Limerick.

Après un service initial en France et en Autriche, Lacy entra au service de la Russie en 1700, et devint l’un des généraux les plus brillants du XVIIIe siècle. Il commandait les forces russes lors de la Grande Guerre du Nord contre la Suède, gérait l’occupation de la Finlande, dirigeait les opérations durant la guerre de Succession de Pologne, et joua un rôle décisif dans la guerre russo-turque de 1735–1739, notamment lors du siège d’Azov et de la campagne dévastatrice dans le Khanat de Crimée.

789117431-2596987037.jpgSon contemporain, et autre officier d’origine irlandaise, Joseph Cornelius O’Rourke (comte Iosif Kornilovich O’Rourke) (portrait), a également atteint un haut rang, en tant que commandant la cavalerie lors des guerres napoléoniennes. Ces carrières illustrent non seulement la réussite individuelle, mais attestent aussi d'un modèle plus large: l’Irlande a fourni un nombre disproportionné de hauts gradés à l’armée russe au XVIIIe et au début du XIXe siècle, intégrant des familles militaires irlandaises dans la société impériale russe.

Ce modèle de solidarité a trouvé une expression poignante lors de la grande famine de 1845–1852. Au milieu de la catastrophe qui a réduit la population irlandaise d’environ un quart par la mort et l’émigration, une aide internationale est arrivée de diverses sources.

Parmi les contributions symboliquement les plus significatives figure la donation personnelle de 2000 livres sterling faite par le tsar Nicolas Ier (et non Alexandre II, comme on le croit parfois) à la reine Victoria pour soulager la détresse irlandaise. La somme, bien que modeste par rapport à l’ampleur de la catastrophe, était notable parce qu'elle trouvait son origine dans le trésor impérial russe ainsi que parce qu’elle a été donnée directement par le tsar lui-même. La donation a suivi l’exemple du sultan ottoman Abdülmecid Ier, qui a également contribué personnellement. Ces gestes, de la part de dirigeants d’empires souvent considérés comme « arriérés » ou « semi-orientaux » par les observateurs occidentaux, soulignaient un sentiment commun de marginalité et de vulnérabilité dans l’ordre européen. La Russie et l’Irlande, bien que très différentes en échelle et en puissance, étaient toutes deux positionnées comme des sociétés périphériques soumises aux pressions économiques et politiques des États occidentaux plus centralisés.

Le XXe siècle a apporté d’autres convergences. L’effondrement des empires multinationaux après 1918 a engendré une vague de nouveaux États-nations en Europe de l’Est, beaucoup d’entre eux ayant connu la partition, les problèmes de minorités, les revendications irrédentistes et des ajustements frontaliers violents.

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L’expérience propre de l’Irlande — partagée entre l’État libre d’Irlande et l’Irlande du Nord en 1921 — a reflété ces dynamiques de façon frappante. La Commission frontalière irlandaise de 1925, la violence ethno-religieuse du début des années 1920, et la division ethno-religieuse persistante le long de la frontière rappellent la Pologne, la Tchécoslovaquie et le différend sur Vilnius/Wilno. Les nationalistes irlandais, surtout dans les décennies suivant l’indépendance, ont souvent invoqué des analogies avec l’Europe de l’Est lorsqu’ils abordaient l'autodétermination, les droits des minorités et la légitimité ou l'illégitimité d'une partition.

G_Embed_ArthurGriffith_Portrait_ke192-2912967017.jpgArthur Griffith (photo) et d’autres penseurs du Sinn Féin, dès les premières années, s’étaient inspirés de la monarchie austro-hongroise et des campagnes d’autonomie de la Hongrie. Plus tard, durant les Troubles, des comparaisons régulières étaient faites entre l’Irlande du Nord et le Kosovo, Chypre ou les États baltes sous domination soviétique.

Pris ensemble, ces différentes filières — migrations préhistoriques de la steppe, pèlerinages médiévaux, service militaire dans l’Empire russe au XVIIIe siècle, générosité tsariste lors de la famine, et parallèles du XXe siècle avec la partition et la renaissance nationale — forment un continuum cohérent. L’Irlande s’est maintes fois retrouvée alignée, que ce soit par la génétique, la migration, l’échange culturel ou le destin politique partagé, avec l’expérience historique de l’Europe de l’Est. L’identité de l’île ne peut se réduire à une simple binarité celtique-occidentale; dans ses moments les plus déterminants, c’est une histoire orientale qui s'est transplantée à l’extrémité atlantique de l'Europe. Reconnaître cette affinité plus profonde ne diminue pas le caractère distinctif de l’Irlande; au contraire, cela enrichit notre compréhension de la véritable interconnectivité du passé européen, et de la manière dont même les sociétés les plus apparemment périphériques ont longtemps participé aux courants continentaux qui coulent de l’est vers l’ouest.

Au bout du compte, l’âme orientale de l’Irlande n’est pas une note de bas de page, une note cachée, mais un fil central dans la tapisserie du continent, nous rappelant que les frontières que nous traçons entre l’est et l’ouest ont toujours été plus poreuses, plus perméables, et plus illusoires que ne le laissent penser les cartes.

Quand la droite européenne en aura-t-elle fini avec Trump?

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Quand la droite européenne en aura-t-elle fini avec Trump?

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

Dire qu’une grande partie de ce que l’on appelle la « droite européenne » voit dans l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis une percée du populisme de droite, et que ces élections ont aussi laissé entrevoir le meilleur espoir pour les partis de droite en Europe, c’est ouvrir une porte grande ouverte. Trump a été soutenu dans ses provocations par la droite européenne, car, comme j’ai lu quelque part sur une page Facebook: «Trump est l’anti-illusion. Il ne parle pas le langage de l’auto-illusion européenne d’après-guerre, mais celui de la réalité. Brutale. Parfois maladroite. Souvent exagérée. Mais ancrée dans une seule vérité simple: le monde ne suit pas des lignes directrices morales, mais des rapports de force».

Une partie de cette sympathie de droite était liée aux réactions pavloviennes de figures comme Björn Soenens et d’autres face à chaque intervention du président américain. Une autre partie avait aussi à voir avec le fait que Donald Trump ose au moins dire ce qu’il pense: «Si vous voulez la paix, préparez-vous à la guerre!». De même, la politique de Trump en matière d’immigration illégale, une politique dure qui porte peu à peu ses fruits, a pu recueillir beaucoup de compréhension de la part de la droite européenne. N’est-ce pas Trump qui réalisait ce qu’il avait promis aux électeurs ?

L’intervention de Trump fait-elle fondre le soutien électoral de la droite européenne?

Les premiers mois de bonheur semblent derrière nous: la menace de taxes à l’importation, le mépris du président américain pour ses partenaires de l’OTAN, et pour couronner le tout, la crise du Groenland ont probablement fait réaliser à certainrs figures de la droite européenne que Trump considère l’Europe comme insignifiante, voire gênante, et qu’il ne sert que les intérêts américains. Qu’il ne croit qu’au droit du plus fort — de l’Amérique donc. Et que ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues sont traités avec brutalité, mépris.

À quel moment la sympathie idéologique se transforme-t-elle en soumission politique ou, au contraire, en rébellion politique? La politique migratoire de Trump pourrait bien devenir ce moment de basculement. Comme j’ai aussi lu quelque part sur Facebook : «Arrêter la migration illégale? Aucun problème. Poursuivre les clandestins et les expulser du pays? Aucun problème. Mais tuer des gens de cette façon, c’est une ligne qu’on ne peut pas franchir». La méthode de Trump — brutale, violente, qui semble même désorganisée — cause des soucis à (une partie de) la droite en Europe. Pour la droite européenne, une politique migratoire stricte ne peut être efficace que si elle s’inscrit dans un cadre ordonné, juridiquement fondé et politiquement soutenu. Le soutien à une politique migratoire stricte en Europe de l’Ouest s’élargit, mais jusqu’à quand, avec les actions de Trump en arrière-plan ?

Copier les méthodes américaines ne serait pas seulement une erreur, cela risquerait aussi d’être sanctionné politiquement. Et là réside probablement le plus grand danger pour la droite en Europe: la politique migratoire de Trump freine-t-elle la percée électorale des partis de droite radicale en Europe de l’Ouest, et empêche-t-elle indirectement ces partis d’accéder au pouvoir? Et comment prendre ses distances d’un président et de ses méthodes sans perdre sa crédibilité?

Guerre en Ukraine: pourquoi la fixation sur les territoires mène à une erreur analytique

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Guerre en Ukraine: pourquoi la fixation sur les territoires mène à une erreur analytique

Elena Fritz 

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Un texte remarquable nous vient de Washington — et il est l’un des textes qui, dans le discours mainstream allemand, reste largement sous le radar. Il émane de l’analyste américaine Jennifer Kavanagh de Defense Priorities (https://www.defensepriorities.org/opinion/conceding-donet...) et remet en question une hypothèse qui est également considérée comme acquise ici: que la question « Donbass oui ou non ? » n’est pas une perspective de solution, mais une simplification analytique. La guerre n’a pas été lancée à cause des territoires — et elle ne peut pas être terminée en résolvant la question des territoires.

Pendant des mois, l’administration Trump, selon Kavanagh, a défendu une équation simple: concessions territoriales de Kiev contre garanties de sécurité occidentales. Cette approche a été notamment portée par Steve Witkoff, qui a déclaré que la question des territoires était le dernier obstacle sur la voie de la paix. C’est cependant ici que réside l’erreur de raisonnement. Réduire le conflit à des cartes géographiques, c’est passer à côté de sa nature en tant qu’affrontement militaire-stratégique autour d’espaces de sécurité, autour d'un contrôle pour éviter toute escalade et toute logique d’alliance.

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Le point central de l’analyse est donc sobre — et d’un point de vue sécuritaire, impératif:

Un cessez-le-feu stable n’est possible que si les causes structurelles de la guerre sont traitées. Ces causes ne résident pas dans le simple contrôle de certaines régions, mais dans des questions relevant d'une architecture de sécurité de dimension européenne: rapports de force militaires, zones de stationnement, de portées balistiques, appartenance à une alliance et profondeur stratégique.

Kavanagh argumente logiquement : même une concession territoriale de Kiev ne marquerait pas la fin, mais seulement le début de négociations substantielles. Il s’agirait alors: 1)  de la taille des forces ukrainiennes et de l’orientation qu'elles prendraient, 2) d’un statut de non-alignement formellement établi, 3) d'un contrôle des armements et 4) de questions d’ordre politique intérieur. Le territoire ne serait alors plus un objectif, mais au mieux un facteur tactique dans un cadre de sécurité plus global.

On peut contredire l’auteure sur certains détails — par exemple sur la confusion entre Donetsk et le Donbass. Mais cela est secondaire. Ce qui est plus important, c’est autre chose: pour la première fois, la partie américaine reconnaît sérieusement que cette guerre ne peut pas être analysée isolément, mais qu’elle est l’expression d’une question fondamentale de sécurité qui n’a pas été résolue en Europe depuis des années.

De ce point de vue, il devient évident qu'une stratégie de négociation qui mettrait l’accent sur les seules questions territoriales resterait superficielle. Ce qu’il faudrait, c’est un retour aux instruments classiques de la politique de sécurité et de contrôle des armements: règles de neutralité, limitations des forces armées, transparence sur l’infrastructure militaire, accords sur la non-stationnement de certains systèmes d’armes.

Le point devient politiquement sensible lorsque les think tanks américains parlent encore d’un rôle «médiateur» de Washington. Du point de vue européen — et encore plus du point de vue allemand — cette vision est problématique. Les États-Unis ne sont pas un observateur extérieur, mais un acteur central avec ses propres intérêts stratégiques. Ces intérêts ne sont pas automatiquement alignés avec les besoins de sécurité de l’Europe.

Pour l’Allemagne en particulier, ce point est crucial. Car les conséquences de cette guerre — économiques, énergétiques, sécuritaires — touchent directement l’Europe. Un ordre de paix européen reposant uniquement sur des garanties de sécurité transatlantiques reste structurellement instable.

Il ne suffit donc pas d’émettre des déclarations politiques en faveur de la fin de l’expansion de l’OTAN vers l’Est. La stabilité ne se construit pas par la rhétorique, mais par des règles vérifiables et contractuellement fixées.

#géopolitique@affaires_mondiales_par_elena