samedi, 11 juillet 2026
Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer

Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer
Elena Fritz
Source : https://t.me/global_affairs_byelena
Pour la première fois, le parquet fédéral allemand a porté plainte en raison du sabotage des gazoducs Nord Stream. Ce n’est pas encore un procès ; la chambre de la sécurité de l’État à Hambourg doit d’abord accepter l’acte d’accusation. Mais rien que l’acte d’accusation suffit à révéler une vérité dérangeante que Berlin aurait préféré refouler.
Serhii K., alors officier d’une unité spéciale ukrainienne, aurait dirigé l’équipe de sabotage composée de sept membres. Il est accusé d’un crime de guerre: l’attaque contre une infrastructure énergétique civile. Des traces d’explosifs retrouvées sur le yacht « Andromeda », des conversations téléphoniques compromettantes depuis sa détention en vue d’une extradition. Les preuves sont considérées comme accablantes.
Et voici la partie du dossier qui, en réalité, devrait faire la une des médias: la défense a affirmé que son client ne pouvait pas être poursuivi, car il avait agi sur ordre d’un État. Immunité fonctionnelle — l’argument qui, habituellement, protège les diplomates et les actes gouvernementaux. La Cour fédérale de justice l’a rejeté. Ce que cela signifie, personne ne devrait l’ignorer: la justice allemande elle-même part du principe qu’un État, que l’Allemagne maintient en vie à coups de milliards, a ordonné une attaque contre une infrastructure critique allemande.
Ce n’est pas un dommage collatéral de la guerre. C’est un allié qui mord la main qui le nourrit, tout en continuant à être nourri.
Trois des quatre gazoducs ont été détruits. Ils avaient été construits pour le marché énergétique allemand, appartenant à la panoplie de l’infrastructure critique de l'Allemagne.
Ce n'était pas une attaque contre des biens infrastructurels russes, mais contre le territoire allemand.
Et Berlin a réagi non pas en réexaminant son soutien à l'Ukraine, mais en l’amplifiant!
Même entre alliés, le récit se fissure. Les tribunaux polonais ont refusé à plusieurs reprises d’extrader les suspects. Pour une partie de la classe politique polonaise, le sabotage était simplement un acte légitime contre les intérêts russes, pas un crime. Si même les alliés ne sont pas d’accord sur le fait qu’il s’agisse d’un crime ou d’une aubaine pour la sécurité de l’Europe, cela devrait faire réfléchir tous ceux qui considèrent la politique inconditionnelle de Berlin comme la seule option possible.
À court terme, le gouvernement allemand séparera justice et politique, invoquera l’indépendance judiciaire, continuera à payer, à livrer. Mais chaque nouveau témoignage à Hambourg rendra plus pressante la même question dérangeante: combien de temps pourrons-nous ignorer que notre propre protégé a peut-être agi délibérément contre nous-mêmes, sans que cela n’ait la moindre conséquence? La charge explosive ne se trouve plus au fond de la mer Baltique aujourd’hui. Elle se trouve dans les dossiers du tribunal supérieur de Hambourg, et Berlin ne pourra pas l’ignorer éternellement.
#geopolitique@global_affairs_byelena
20:35 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gazoducs, allemagne, nord stream, mer baltique, actualité, europe, affaires européennes |
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La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre

La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre
par Nicola Bielli
Source : Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la...
Alors que l’Europe assiste à une nouvelle escalade de la confrontation entre l’OTAN et la Russie, une question demeure en marge du débat public: pourquoi le Royaume-Uni semble-t-il souvent plus déterminé que d’autres pays européens à adopter une ligne de plus en plus dure envers Moscou?
Les explications officielles sont bien connues : défense de l’Ukraine, protection du droit international, sécurité européenne, endiguement des ambitions géopolitiques du Kremlin. Ce sont assurément des arguments pertinents, mais ils ne suffisent peut-être pas à expliquer l’ensemble du tableau.
Pour comprendre les racines profondes de la posture britannique, il faut peut-être regarder ailleurs. Non pas vers Westminster, mais vers le cœur financier de Londres. Non pas vers les récits quotidiens de la guerre en Ukraine, mais vers les structures de pouvoir qui traversent l’histoire britannique depuis des siècles.
C’est ici que la réflexion de l’économiste Richard Murphy offre une perspective originale et provocatrice.
Selon Murphy, l’un des spécialistes les plus connus des dynamiques fiscales et des paradis offshore, la City de Londres n’est pas simplement un quartier financier. Il s’agit d’une structure de pouvoir dotée de caractéristiques exceptionnelles à l’intérieur de l’État britannique.

« Britannia rules the waves » de Nicholas Habbe : Britannia – armée d’une lance, d’un casque et d’un bouclier orné des armes royales britanniques – est assise sur un quadrige aux côtés de Neptune, armée de son trident.
La City of London Corporation, qui gouverne le fameux Square Mile, constitue en effet une anomalie presque unique dans le monde occidental. Les entreprises peuvent y voter lors des élections. Elle dispose de ses propres institutions, de sa propre police et d’un accès privilégié aux centres de décision du pouvoir britannique. Formellement, il s’agit d’une administration locale. En substance, affirme Murphy, elle représente le centre politique d’un réseau financier mondial.
Ce n’est pas un simple héritage médiéval subsistant par inertie. Selon cette interprétation, la Corporation continue d’exercer une fonction précise : défendre les intérêts du capital financier contre toute forme de contrôle démocratique susceptible de limiter sa liberté de mouvement.
C’est une thèse radicale. Mais c’est justement à partir de cette thèse qu’il devient possible de lire sous un autre angle certaines des grandes dynamiques géopolitiques contemporaines.
Au cours des quarante dernières années, le Royaume-Uni a connu une transformation économique profonde. Le pays qui avait porté la révolution industrielle a progressivement réduit le poids de l’industrie manufacturière. Des districts entiers de production sont entrés en crise. Mines, aciéries et chantiers navals ont laissé place à une économie de plus en plus dominée par la finance, les services et la gestion internationale des capitaux.
La City est devenue le cœur battant de ce nouveau modèle.
Londres n’exporte plus principalement des biens industriels. Elle exporte des services financiers, des assurances, des conseils juridiques, des instruments d’investissement et d’intermédiation mondiale.
En d’autres termes, la prospérité d’une partie significative de l’establishment britannique dépend aujourd’hui de la survie d’un ordre international fondé sur la libre circulation des capitaux et sur la centralité des institutions économiques occidentales.
C’est à ce stade que le raisonnement économique se transforme inévitablement en raisonnement géopolitique.
Car chaque système économique développe sa propre vision du monde et sa propre conception de la sécurité.
Historiquement, la puissance britannique fut celle de la mer. L’Empire britannique a bâti sa grandeur en contrôlant les routes commerciales, les échanges maritimes, les assurances et la finance internationale. Il ne dominait pas par la continuité territoriale, mais par les réseaux.


Russie: plaine fertile et steppe.
La Russie a représenté pendant des siècles son opposé.
Une immense puissance continentale, fondée sur le contrôle de l’espace terrestre, des ressources naturelles et de la profondeur stratégique. Une civilisation géopolitique construite autour de la terre, non de la mer.
L’histoire européenne a largement été l’histoire de cette confrontation.
Du Grand Jeu en Asie centrale à la guerre de Crimée, de l’époque tsariste à la Guerre froide, Londres a constamment considéré la Russie comme son principal rival continental.
La fin de l’Union soviétique semblait refermer ce chapitre, mais aujourd’hui, le conflit est revenu.
Et ce n’est peut-être pas une simple coïncidence.
Selon la lecture proposée par Murphy, la City représente l’évolution moderne de la puissance maritime traditionnelle britannique. Non plus une thalassocratie fondée sur les flottes militaires et les colonies, mais une thalassocratie financière reposant sur les flux de capitaux, les marchés mondiaux et le réseau offshore reliant Londres aux anciennes structures de l’Empire.
Dans cette perspective, la Russie n’apparaît pas simplement comme un adversaire géopolitique ; elle incarne quelque chose de plus profond : la persistance d’une logique alternative à celle de la mondialisation financière. Une logique fondée sur la souveraineté de l’État, le contrôle des ressources stratégiques et la capacité de s’affranchir – au moins en partie – de l’influence des grands centres financiers occidentaux.
C’est de là qu’émerge une question inévitable.
Si la centralité de la City dépend de l’existence d’un certain ordre mondial, que se passe-t-il lorsque cet ordre entre en crise ?
La montée en puissance de la Chine, le renforcement des BRICS, la recherche de systèmes de paiement alternatifs au dollar et l’émergence de nouvelles alliances eurasiatiques érodent progressivement les équilibres qui ont caractérisé le monde depuis 1991.
Pour les élites financières occidentales, il s’agit d’une transformation potentiellement historique, et c’est dans ce contexte que certains observateurs interprètent l’activisme croissant du Royaume-Uni dans la crise ukrainienne.Londres s’est souvent retrouvée en première ligne dans le soutien militaire à Kiev. Elle a appuyé des sanctions de plus en plus sévères contre Moscou. Elle a encouragé une posture stratégique particulièrement affirmée dans la Baltique, la mer du Nord et dans les zones de contact entre l’OTAN et la Russie.
Selon la lecture critique proposée par Murphy, ces choix ne peuvent être compris uniquement à travers le prisme de la sécurité militaire.
Ils refléteraient aussi la nécessité de défendre un système économique et financier qui considère toute réduction de sa centralité mondiale comme une menace.
Naturellement, cette interprétation reste sujette à débat. Il n’existe aucune preuve démontrant une direction directe de la City sur les décisions stratégiques britanniques. Il ne serait pas non plus correct de réduire toute la politique étrangère du Royaume-Uni aux seuls intérêts financiers, mais il serait tout aussi naïf d’ignorer le poids que les structures économiques exercent sur les choix géopolitiques des États.
La véritable question concerne alors l’avenir de l’Europe.Si la confrontation avec la Russie continue de s’intensifier, le continent risque de se retrouver à nouveau piégé dans la logique des blocs opposés. Une logique que l’histoire du XXe siècle a déjà montré capable de transformer des rivalités économiques et stratégiques en conflits dévastateurs.
C’est précisément ici que le raisonnement de Murphy prend une dimension inquiétante.
Lorsqu’une structure de pouvoir perçoit la possibilité de perdre sa position dominante, la tentation de répondre par l’escalade peut devenir très forte. Pas nécessairement par choix délibéré, mais comme conséquence d’une logique systémique qui identifie sa propre survie à celle de l’ordre existant.
La question finale demeure donc ouverte.La tension croissante entre l’Occident et la Russie n’est-elle vraiment qu’une bataille pour la sécurité européenne? Ou bien assistons-nous aussi à la réaction d’un système financier mondial qui voit son hégémonie menacée?
Au cœur de Londres, dans ce mile carré qui continue d’exercer une influence disproportionnée sur les affaires du monde, se trouve peut-être une partie de la réponse.
La City de Londres n’est pas simplement un centre financier. C’est le cœur d’un modèle politique, économique et social spécifique, que l’on pourrait qualifier de financiarisme oligarchique transnational. Selon Murphy, le problème n’est pas la finance en soi, mais le fait que la finance soit devenue le principe organisateur de toute la société. Dans ce modèle, le pouvoir ne découle pas principalement du vote, du travail ou de la production industrielle, mais de la mobilité du capital. Celui qui contrôle le capital financier dispose d’un levier de pouvoir supérieur à celui des gouvernements démocratiquement élus. La conséquence en est une transformation profonde de la démocratie. Formellement, les institutions démocratiques continuent d’exister: on vote, on élit des parlements, on forme des gouvernements. Pourtant, soutient Murphy, le champ des décisions réellement possibles est restreint par la nécessité de ne pas perturber les marchés financiers. Les gouvernements peuvent changer, mais à l’intérieur de limites définies par la réaction des investisseurs, des banques, des fonds et de la City.
Il naît ainsi une sorte de démocratie conditionnée. Les élections déterminent qui gouverne, mais ne décident pas pleinement de ce qui peut être fait. La souveraineté populaire est subordonnée à la confiance des marchés.
Dans cette perspective, le système fiscal joue un rôle central. Murphy interprète le réseau offshore britannique non comme une dérive du capitalisme, mais comme l’un de ses instruments fondamentaux. Les paradis fiscaux liés au Royaume-Uni – des Îles Caïmans aux Îles Vierges britanniques, en passant par Jersey et Guernesey – permettent aux grandes fortunes d’échapper à la fiscalité, à la régulation et, surtout, au contrôle démocratique.
C’est de là qu’émerge un second élément du modèle: la séparation entre la richesse et la responsabilité sociale.
Dans la tradition de l’État social européen, ceux qui bénéficient le plus de l’économie contribuent aussi le plus au financement de la collectivité. Dans le modèle dénoncé par Murphy, au contraire, le capital acquiert la possibilité de se soustraire à ce pacte. Les élites économiques deviennent de moins en moins dépendantes du territoire national, tandis que les citoyens ordinaires restent liés à l’État, aux services publics et à la fiscalité ordinaire.
Il se crée ainsi une double citoyenneté implicite: d’un côté, les citoyens ordinaires, soumis aux lois, aux impôts et aux décisions publiques ; de l’autre, le capital mobile, qui peut se déplacer à sa guise, choisir la juridiction la plus avantageuse et menacer constamment de s’exiler.
Selon Murphy, cela produit une forme de chantage permanent. Toute tentative d’augmenter la fiscalité sur les grandes fortunes, de renforcer les droits des travailleurs ou d’accroître les dépenses publiques se heurte immédiatement à l’objection selon laquelle «les capitaux vont partir».
Le résultat est un État progressivement affaibli.
C’est ici qu’émerge le troisième pilier du modèle: la suprématie de la rente sur la production.
Murphy soutient que la centralité de la City a poussé le Royaume-Uni à abandonner progressivement l’industrie manufacturière et les investissements productifs. Au lieu de créer de la nouvelle richesse par l’industrie, la recherche et l’innovation, l’économie est orientée vers la gestion d’actifs financiers, la spéculation immobilière et la valorisation du patrimoine existant. Dans ce contexte, le logement cesse d’être un bien social et devient un investissement.
Les villes cessent d’être des lieux de vie et deviennent des portefeuilles immobiliers. Les entreprises sont évaluées davantage pour leur valeur boursière que pour ce qu’elles produisent. Le capital recherche des rendements financiers immédiats plutôt qu’un développement productif à long terme. La société qui en découle se caractérise par des inégalités croissantes. Une minorité liée aux circuits financiers mondiaux accumule de plus en plus de richesses, tandis que les salaires, les services publics et les investissements territoriaux stagnent. D’un point de vue sociologique, Murphy décrit une société divisée entre :
- une étroite élite financière globale ;
- une classe professionnelle au service de la finance ;
- une majorité de travailleurs et de citoyens qui subissent les conséquences de décisions prises ailleurs.
De là découle aussi une crise de la légitimité démocratique. Si les citoyens ont le sentiment que tout gouvernement doit de toute façon obéir aux mêmes intérêts financiers, la défiance envers les institutions et la politique s’accroît. En effet, pour Murphy, le populisme contemporain ne naît pas seulement de facteurs culturels ou identitaires, mais aussi de la perception qu’il existe deux systèmes de règles: un pour la population et un pour le capital global.
En toile de fond, on devine une conception presque néo-impériale du pouvoir britannique. Murphy suggère que la fin formelle de l’Empire n’a pas éliminé les structures de domination bâties durant l’ère coloniale. Celles-ci se seraient transformées en un réseau financier mondial centré sur la City, capable d’exercer son influence sans contrôle territorial direct.
L’Empire des canonnières aurait été remplacé par l’Empire des flux financiers.
Au final, c’est un modèle de société très précis qui se dessine, ni une démocratie sociale fondée sur le travail, ni un État-nation gouvernant l’économie, ni même un capitalisme productif tourné vers l’industrie, mais un système où le capital financier global occupe le sommet de la hiérarchie, où l’État devient le garant de sa liberté de mouvement et où la démocratie s’adapte progressivement aux besoins de la finance.
Pour Murphy, la City n’est donc pas seulement un lieu géographique au cœur de Londres. Elle est l’expression institutionnelle d’un ordre politique dans lequel la liberté du capital est considérée comme plus importante que la souveraineté démocratique, l’égalité sociale ou le développement productif. C’est la raison pour laquelle il parle non d’une simple réforme, mais d’une véritable transformation constitutionnelle du rapport entre la finance, l’État et la démocratie.
La Grande-Bretagne, et avec elle la vieille Europe, seront-elles sacrifiées par ces élites pour éviter d’avoir à accepter le tournant “telluro-eurasiatique” de l’Histoire?
Sources:
- Richard Murphy, The Joy of Tax (2015) et articles sur le rôle de la "City of London Corporation" et des paradis fiscaux britanniques.
- Susan Strange, Casino Capitalism (1986) et Mad Money (1998).
- Halford J. Mackinder, Democratic Ideals and Reality (1919).
19:53 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, royaume-uni, russie, city of london, histoire, finances |
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Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)

Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)
Zeinab Al Saffar
Dans la science militaire et stratégique, lorsque les spécialistes parlent de «perte de prestige», ils font référence à l’effondrement de l’image qu’une force militaire a construite autour de ses capacités supposément incontestées. Cet effondrement entraîne de graves conséquences tactiques, stratégiques et psychologiques.
Le concept de « perte de prestige » dans les études militaires peut être compris à partir des fondements suivants :
Premièrement : l’effondrement de l’équation de la dissuasion
Dans la stratégie militaire, la dissuasion repose sur trois éléments: la capacité, la volonté et la crédibilité (ou la perception que l’ennemi a de cette capacité).
La « perte de prestige » signifie que le troisième élément – la crédibilité – a été détruit. Lorsqu’une armée qui possède une supériorité technologique et de feu écrasante échoue à atteindre un objectif tactique apparemment simple, comme la conquête de la colline Ali al-Taher, l’adversaire cesse de croire aux menaces de cette armée. En d’autres termes, l’ennemi cesse de craindre sa puissance car celle-ci n’a pas été traduite en succès concret sur le champ de bataille.
Deuxièmement : l’échec de l’application de la doctrine du «Choc et Stupeur»
Les armées conventionnelles tirent une grande partie de leur prestige du principe de la décision rapide et de la démonstration d’une force écrasante capable de paralyser la réflexion et la capacité de résistance de l’ennemi.
La « perte de prestige » signifie que l’adversaire a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé. Cela annule, en pratique, l’impact psychologique traditionnellement associé à l’armement avancé.
La « perte de prestige » signifie donc que l’ennemi a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé.
Troisièmement : l’inversion de la logique de la guerre asymétrique
Dans les études militaires sur la guerre de guérilla et les forces irrégulières, un principe largement connu, formulé par Henry Kissinger, affirme:
«L’armée conventionnelle perd si elle ne gagne pas; le guérillero gagne s’il ne perd pas».
Le prestige est perdu lorsqu’une armée conventionnelle se retrouve piégée dans une guerre d’usure. La simple survie et la résilience d’un adversaire face à une force militaire beaucoup plus puissante constituent un coup porté au prestige de l’armée conventionnelle et exposent ses faiblesses opérationnelles.
Quatrièmement : la perte d’initiative due à l’audace croissante de l’adversaire
Le prestige militaire fonctionne comme un bouclier psychologique, décourageant l’ennemi d’entreprendre des actions offensives.
Lorsque ce prestige se détériore, la barrière de la peur est brisée. En termes militaires, cela signifie que l’adversaire abandonne l’attitude de défense passive – se limitant à encaisser les attaques – pour adopter une défense active, voire des actions offensives, incluant embuscades, contre-attaques et attaques contre les lignes de ravitaillement. Ce changement se produit parce que l’ennemi commence à croire que l’armée adverse n’est ni invulnérable ni hors d’atteinte.
Cinquièmement : l’érosion du moral interne
Dans « De la guerre », le théoricien militaire Carl von Clausewitz identifie le moral comme l’un des facteurs décisifs de la victoire.
La perte de prestige affecte non seulement l’ennemi, mais aussi l’armée attaquante elle-même. Lorsque les soldats réalisent que la supériorité de leur entraînement, le soutien aérien et le blindage ne suffisent pas à les protéger de la mort face à un adversaire moins bien équipé, des doutes sur le commandement et sur les capacités militaires émergent. Ces doutes mènent à l’hésitation, à la diminution de l’agressivité et à la baisse de l’efficacité au combat.
Sixièmement : la neutralisation de la supériorité technologique
À l’ère moderne, le prestige militaire repose souvent sur la technologie: puissance aérienne avancée, chars lourdement blindés et systèmes de surveillance sophistiqués.
La perte de prestige, dans ce contexte, signifie que l’adversaire a trouvé des méthodes tactiques efficaces pour neutraliser ces avantages, que ce soit via des réseaux de tunnels, le camouflage, des drones d’attaque à longue endurance ou des armes antichar. Par conséquent, la valeur stratégique de cet arsenal technologique est significativement réduite.
Conclusion militaire
Dans la science militaire, la « perte de prestige » représente le moment où une armée cesse d’être une force capable d’imposer sa volonté par la peur et la dissuasion, devenant au contraire une force réactive, prisonnière d’une guerre d’usure et payant un lourd tribut en vies humaines pour chaque mètre avancé.
C’est le moment où les armées découvrent que la supériorité matérielle – l’acier et la puissance de feu – a été effectivement neutralisée par la supériorité humaine, tactique et adaptative de l’adversaire.
Applications pratiques du concept de perte de prestige
L’incapacité à conquérir un objectif géographique spécifique, tel que la colline stratégiquement importante d’Ali al-Taher – qui domine Nabatieh, la région d’Iqlim al-Tuffah et le secteur nord de la rivière Litani – malgré dix jours d’attaques consécutives et quatre jours de bombardements préparatoires ininterrompus, a des implications militaires et stratégiques qui vont bien au-delà d’un simple revers tactique. Elle touche au cœur même du prestige militaire israélien et de sa doctrine de dissuasion.
La signification de cette « perte de prestige », ainsi que l’importance des pertes rapportées – telles que la mort du commandant du 52e bataillon blindé et la destruction de chars Merkava – peut se résumer ainsi :
1. L’effondrement de la doctrine selon laquelle « la puissance de feu garantit l’avancée terrestre »
Les armées conventionnelles, en particulier l’armée israélienne, s’appuient traditionnellement sur une approche de terre brûlée, utilisant une puissance de feu aérienne et d’artillerie massive pour démanteler les défenses avant l’avancée de l’infanterie et des unités blindées.
L’échec de l’avancée après 96 heures d’attaques continues et de bombardements intenses suggère que le soutien aérien et d’artillerie à grande échelle a perdu une grande partie de son efficacité contre les fortifications souterraines, les réseaux de tunnels et les tactiques défensives dissimulées. Cela affaiblit l’aura d’efficacité longtemps associée à la supériorité technologique et aérienne d’Israël.
2. La supériorité des tactiques complexes d’embuscade sur la technologie
Les pertes en personnel et en matériel – notamment la destruction de véhicules lourdement blindés comme les chars Merkava et la mort d’officiers supérieurs – indiquent que les défenseurs ont réussi à transformer la zone autour de la colline en une « zone de mort ».
L’utilisation simultanée de drones d’attaque à longue endurance, de missiles antichars guidés (comme le Kornet) (photo) et de tirs de mortier démontre la capacité des tactiques de guérilla modernes et des méthodes de combat rapproché à neutraliser des avantages technologiques autrefois jugés décisifs.
3. L’effondrement moral et psychologique et la perte de « l’image de la victoire »
Les armées dépendent de l’élan fourni par des victoires rapides pour maintenir le moral et justifier les pertes auprès de l’opinion publique interne.
Quand une force militaire conventionnelle, considérée comme l’une des plus puissantes de la région, reste incapable pendant des jours d’assurer une seule position élevée tout en subissant des pertes importantes, cette colline cesse d’être un simple objectif militaire. Elle devient un symbole et un fardeau psychologique.
Une telle impasse engendre frustration et perte de confiance parmi les troupes, tout en soumettant les dirigeants militaires et politiques à une pression croissante devant l’incapacité à obtenir un résultat décisif ou à afficher une image claire de victoire.
4. La perte d’une position opérationnelle critique et la complication des opérations terrestres
D’un point de vue strictement opérationnel, la colline Ali al-Taher constitue une position dominante et un appui fondamental.
Le contrôle de la colline serait essentiel pour garantir l’arrière-garde des forces israéliennes et protéger les lignes d’approvisionnement en cas de déploiement prolongé au nord du Litani. L’échec à la capturer expose les forces en progression à un feu constant et à une vulnérabilité opérationnelle, privant toute incursion terrestre dans la zone de valeur stratégique significative et la réduisant à une coûteuse guerre d’usure sans perspective claire.
5. La perte du pouvoir de négociation politique
Israël a souvent intensifié ses opérations terrestres pour créer des faits accomplis sur le terrain, utilisables ensuite comme instruments de négociation.
La perte de prestige, dans ce contexte, signifie entrer dans des négociations politiques ou des discussions sur un cessez-le-feu à partir d’une position d’usure sur le terrain, et non de force coercitive. La résistance continue sur la colline prive Israël de la capacité d’imposer ses conditions et donne à l’adversaire une plus grande influence sur le moment et les modalités de tout accord à venir.
Évaluation finale
La persistance de la résistance sur la colline Ali al-Taher, dans ces circonstances, représente bien plus que la défense réussie d’une position géographique. Il s’agit d’un signe fort de l’érosion du mythe de « l’armée invincible ».
Selon cette analyse, la bataille démontre que posséder les avions les plus avancés et les chars les plus puissants ne suffit plus pour vaincre une force combattante déterminée, qui combine une connaissance approfondie du terrain, des réseaux défensifs sophistiqués et une grande capacité d’adaptation tactique. Il en résulte un processus d’usure matérielle et humaine qui affaiblit progressivement le pouvoir de dissuasion sur lequel Israël a bâti une grande partie de son prestige militaire au fil des décennies.
15:36 Publié dans Actualité, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, polémologie, liban, israël |
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La nouvelle grammaire de la guerre

La nouvelle grammaire de la guerre
Zeinab Al Saffar
Source: https://zeinabsaffar.substack.com/p/the-new-grammar-of-war
La nouvelle grammaire de la guerre : sept concepts qui ont redéfini les règles en 2026
Les guerres de demain ne se gagneront pas sur le champ de bataille — elles se gagneront dans l’esprit, l’économie et l’écosystème informationnel de l’ennemi.
C’est la leçon brutale et éclairante de 2026. Ce qui a émergé de ce conflit, ce n’est pas simplement un nouvel ensemble de tactiques. C’est une nouvelle philosophie du pouvoir — qui rend dangereusement obsolètes nombre d’hypothèses héritées de l’Occident concernant la guerre, la dissuasion et la victoire.
La victoire n’est plus ce que vous croyez
Oubliez l’anéantissement. Le stratège moderne ne cherche pas à détruire l’ennemi — il cherche à le paralyser. La nouvelle définition de la victoire, c’est l’ingénierie de la « paralysie systémique » : une condition dans laquelle l’adversaire conserve son matériel militaire mais perd la capacité cognitive et institutionnelle de l’utiliser de manière cohérente. Par la perturbation ciblée des systèmes financiers, des réseaux de commandement et des artères de l’information, un État peut être réduit d’un acteur souverain à un dépendant sous gestion — ses choix politiques étant silencieusement pris en otage par des chaînes d’approvisionnement et des infrastructures technologiques contrôlées par le vainqueur. La conquête est invisible. La défaite est permanente.
La guerre existentielle ne concerne pas la survie — elle concerne le contrôle de la réalité
Le conflit de 2026 a mis en avant un concept qui mérite beaucoup plus d’attention qu’il n’en reçoit : la guerre pour la souveraineté épistémique — le droit de définir ce qui est réel. Grâce à des deepfakes générés en temps réel par l’IA et à une désinformation élaborée avec précision, on peut dépasser la propagande du siècle dernier et passer directement à la déconstruction cognitive : le démantèlement systématique des fondations logiques qui maintiennent les croyances partagées d’une société.
Lorsqu’assez de « vérités » contradictoires inondent simultanément l’espace informationnel, le résultat n’est pas simplement de la confusion — c’est un nihilisme informationnel, une paralysie de la volonté collective où les citoyens ne peuvent plus organiser de réponse cohérente à l’agression, car ils ne peuvent plus s’accorder sur ce qui se passe. L’ennemi n’a pas besoin de bombarder vos villes. Il lui suffit d’assassiner votre sens commun de la réalité.

La géographie comme arme : le réseau de dissuasion distribuée
L’axe qui s’étend de Téhéran à Beyrouth, Bagdad et Sanaa n’est pas une alliance politique au sens traditionnel. C’est une architecture de dissuasion distribuée — un réseau volontairement décentralisé conçu pour rendre toute frappe décisive géométriquement impossible. Aucune frappe unique ne peut neutraliser tous les nœuds simultanément. Mais surtout, le véritable levier du réseau n’est pas militaire — il est géoéconomique. Contrôlez simultanément le détroit d’Ormuz et le Bab el-Mandeb, et vous ne menacez pas un pays. Vous menacez l’économie mondiale. Le conflit local devient une crise internationale. La pression pour désamorcer la situation se déplace du champ de bataille vers les salles de conseil à Pékin, Bruxelles et Washington.
La doctrine de la politique du bord du gouffre: quand l’abîme devient stratégie
La « gestion du bord du gouffre » — l’art de danser sur le fil de la catastrophe pour obtenir des concessions politiques — est entrée dans une nouvelle phase en 2026. Lorsque les menaces ont atteint le langage de l’effacement civilisationnel, le calcul a été entièrement transformé. La réponse n’a pas été la retraite, mais la clarification : une doctrine de punition catastrophique qui lie la survie des intérêts énergétiques et économiques de l’adversaire à la survie de l’État ciblé. L’abîme a cessé d’être une situation d’urgence. Il est devenu une politique opérationnelle permanente — un fait géopolitique que nul acteur régional ne peut se permettre d’ignorer.
La patience stratégique active : gagner en attendant — mais jamais passivement
C’est peut-être le concept le plus mal compris de la littérature stratégique contemporaine. La « patience stratégique active » ne consiste pas à encaisser les coups jusqu’à ce que la situation évolue. C’est une doctrine offensive déguisée en retenue. Le principe est simple et redoutable : les grandes puissances et les armées technologiquement supérieures ont une tolérance limitée pour les conflits ouverts sans issue. En évitant le coup décisif unique — qui pourrait provoquer une riposte écrasante — et en poursuivant plutôt ce que l’on pourrait appeler la « stratégie des mille coupures », un adversaire moins puissant peut éroder systématiquement la légitimité politique, les réserves économiques et la cohésion sociale d’un ennemi plus fort. L’objectif est d’amener l’adversaire à un point d’effondrement spontané — non pas en le battant sur le terrain, mais en rendant sa propre survie insoutenable.

La diplomatie de terrain : le champ de bataille comme table de négociation
En 2026, les opérations militaires ne précédaient pas les négociations — elles étaient les négociations. Chaque missile, chaque frappe de drone, chaque gain territorial était simultanément un message diplomatique, un vote émis en temps réel à une table de négociation invisible. C’est la « diplomatie de terrain » : la doctrine qui considère les succès militaires tactiques comme des clauses contraignantes dans un accord politique qui s’écrit alors que les combats continuent. Le langage de cette diplomatie n’est pas l’argument juridique — c’est la réalité opérationnelle. Lorsque l’adversaire tente de relever ses exigences politiques, la réponse n’arrive pas sous forme de communiqué, mais sous la forme d’une frappe recalibrée. La ligne de front ne détermine pas seulement les résultats militaires ; elle détermine ce qui est politiquement possible.
Le pouvoir de ce que l’adversaire ignore
Le dernier — et peut-être le plus élégant — des concepts émergés en 2026 est la dissuasion par l’ambiguïté délibérée. Après avoir subi de lourds revers en 2024, la capacité démontrée du Hezbollah à surprendre tactiquement en 2026 a transformé l’ignorance elle-même en arme. En maintenant un écart persistant entre les capacités déclarées et les capacités réelles, une force combattante peut paralyser entièrement l’appareil décisionnel de l’ennemi. Lorsque les commandants ne peuvent pas évaluer précisément ce à quoi ils sont confrontés, ils sont contraints de se préparer au pire — et les scénarios du pire ne sont presque jamais ceux qui autorisent l’action offensive. L’inconnu devient un mur. L’arsenal invisible devient la dissuasion la plus efficace de toutes. L’élément de surprise plane sur le paysage.
En Résumé
Ce que 2026 a établi, avec une clarté inconfortable, c’est que le paradigme dominant de la guerre du XXe siècle — force écrasante, victoire décisive, reddition claire — cède la place à quelque chose de bien plus complexe et bien plus durable. La nouvelle grammaire de la guerre s’écrit en paralysie fonctionnelle, manipulation épistémique, réseaux distribués, catastrophe gérée, patience structurée, diplomatie de terrain en temps réel et instrumentalisation de l’incertitude.
Les États et les stratèges qui apprendront à lire cette grammaire couramment façonneront la prochaine ère de l’ordre international. Ceux qui n’y parviendront pas se retrouveront échec et mat face à des adversaires qu’ils auront constamment sous-estimés — non parce que ces adversaires étaient plus forts, mais parce qu’ils avaient compris les nouvelles règles du jeu tandis que les autres jouaient encore selon les anciennes.
14:23 Publié dans Actualité, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, polémologie |
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vendredi, 10 juillet 2026
Pathologies du petit univers «Antifa» gauchiste et woke

Pathologies du petit univers «Antifa» gauchiste et woke
Werner Olles
L’essai pathographique qui suit, rédigé par un profane en médecine, est une première tentative de saisir les diverses psychoses des gauchistes « Antifa » et wokistes, dans le but de culbuter durablement la phalange des bien-pensants organisés. Il ne prétend pas avoir reconnu et traité tous les aspects de manière exhaustive. Mais au moins, plus personne ne pourra prétendre à l’avenir qu’il n’a rien su des troubles psychiques, ni remarqué que le caractère totalitaire des gauchistes « Antifa » et woke est, depuis longtemps, devenu une menace grave et mortelle pour toutes les personnes et organisations politiques et médiatiques non de gauche.
Quiconque a vu et entendu la soi-disant « conférence de presse » du groupe d’extrême gauche qui a organisé la manifestation ratée contre le congrès de l’AfD à Erfurt, à la télévision ou sur Youtube, et a reconnu le caractère psychotique des messages hallucinés, se demande à juste titre comment il a été possible de refouler pendant des décennies les racines pathologiques du néo-« antifascisme ». Comment a-t-on pu ignorer si facilement le dossier médical de personnes marquées par la folie, comme ce porte-parole du groupe susmentionné, qui se faisait appeler Noa Sander et, en outre, se présentait comme un homme biologique maquillé, en perruque et vêtu de vêtements féminins – présentant ainsi deux graves maladies mentales à la fois? Si l’on ne connaissait jusque-là de telles révélations fanatisées que de sectes tombées dans le délire religieux, il s’est avéré ici que les groupes «Antifa» d’extrême gauche, dès qu’ils bénéficient de reconnaissance publique et d’attention médiatique, peuvent produire sur commande des réactions et des interprétations anormales, proches du délire, en raison d’un état d’esprit particulier – dans ce cas, dû à leur défaite qu'il est impossible de nier, puisqu’ils n’ont pas pu empêcher le congrès de l’AfD. En réalité, de telles hallucinations n’apparaissent généralement pas isolément, mais sont associées à des hallucinations, une circonstance qui facilite grandement le diagnostic.

Dans ce cas précis, les hallucinations paranoïaques des extrémistes de gauche « Antifa » consistent à désigner les partis conservateurs ou nationaux de droite, ou populistes de droite comme l’AfD, de « fascistes » – ou, selon leur expression genrée, de « FaschistInnen » – qu’il faut combattre par tous les moyens, y compris la violence. Cette psychose est paranoïaque-hallucinatoire dans la mesure où il n’y a jamais eu de fascistes en Allemagne, et il n’y en a bien sûr pas aujourd’hui. Les extrémistes de gauche «Antifa» confondent ici le national-socialisme allemand -qui d’ailleurs n’était ni de droite ni réactionnaire, mais qu’il conviendrait plutôt de qualifier de national-socialisme totalitaire avec des éléments de gauche et populaires- avec le fascisme romain classique, qui différait fondamentalement du national-socialisme allemand, tant sur le plan programmatique que sur le plan politique réel. Mussolini voulait un État autoritaire fort, tandis que le national-socialisme détruisait l’État au sens propre; Hitler parlait du «mouvement», du parti, du peuple allemand, et le mot «État» ne franchissait pratiquement jamais ses lèvres.
Il est cependant totalement inutile de proposer nos propres récits, historiquement bien fondés, comme contribution au discours, aux extrémistes de gauche «Antifa». Leurs formes de croyance rigide ne permettent pas de débattre intellectuellement avec leurs ennemis politiques, car le délire et la croyance y sont liés dans une certitude subjective inébranlable, et ils ne peuvent donc être ni touchés ni ébranlés par des certitudes contraires. Au contraire, il s’opère une survalorisation compensatoire de soi chez les woke et les extrémistes « Antifa » de gauche, qui se reconnaissent désormais comme porteurs de sens. Sur le chemin de la psychose, les manifestations de masse comme à Erfurt marquent le sommet du développement délirant progressif, comme on a pu le constater lors de la soi-disant « conférence de presse » à Erfurt.
Selon l’état actuel de la recherche, la psychiatrie clinique distingue trois groupes de maladies: les psychoses organiques, les schizophrénies, ainsi que les troubles névrotiques de la personnalité, la débilité mentale et les déviations sexuelles. Contrairement à tous les autres syndromes psychiques, on observe ici des troubles formels et des troubles relartifs au contenu de la pensée sans altération majeure des capacités intellectuelles. Les plus typiques sont ici le délire de persécution, les perceptions délirantes et les idées surévaluées. La forme la plus fréquente est la schizophrénie paranoïde-hallucinatoire chronique, avec des idées délirantes définies et des illusions sensorielles caractéristiques. D’un point de vue médico-historique, le «wokisme»/extrémiste de gauche est la chronique d’une histoire médicale qui se manifeste par des hallucinations accompagnatrices et des formes délirantes.

En réalité, cependant, les conséquences imprévisibles des activités que des schizophrènes paranoïdes-hallucinatoires peuvent générer ont jusqu’à présent été gravement sous-estimées, y compris et surtout par la soi-disant Nouvelle Droite intellectuelle. C’est pourquoi les extrémistes de gauche «Antifa» parviennent à déclencher des rébellions, à instaurer des systèmes de société totalitaires et à exercer une violence sanglante, qu’ils annoncent même par écrit et oralement, tout en agissant temporairement dans leurs partis-mères et ONG où ils apparaissent comme des imposteurs déguisés et des notables pieux, accédant même à de hautes et très hautes fonctions d’État et, surtout, trouvant leur place attitrée dans les médias de service public.
Nous soulignons à nouveau que ce petit essai a été rédigé sans compétence scientifique spécialisée, mais qu’il ne s’agit pas, ici, de diagnostics spéculatifs. Malheureusement, nous n’avons pas non plus de conseils à donner sur la manière de traiter les maladies constatées chez les extrémistes de gauche «Antifa». Les états extatiques, la superficialité intellectuelle, l’ignorance et la grossièreté hostile, souvent objectivés dans une extase médiatique avec un comportement anormal et asocial, sont certes relativement faciles à reconnaître, mais il est d’autant plus difficile et dangereux de gérer des personnes qui présentent de tels symptômes.
Comme déjà expliqué, les discussions sont totalement vaines; il serait plus utile de saboter leurs actions par des désinformations, des manipulations et des contre-activités ironiques. Et une chose est également vraie: s’il y avait en Allemagne vraiment quelques milliers de véritables fascistes, comme les extrémistes de gauche « Antifa » les hallucinent, nous n’aurions probablement pas ce problème. Il ne reste donc plus qu’à espérer qu’un gouvernement AfD interdira «l’Antifa», que la justice laxiste sera remplacée par les peines les plus sévères pour la terreur «Antifa», et que les ONG de gauche, inféodées au gouvernement et soutenant les auteurs de violences d’extrême gauche, seront enfin asséchées financièrement.
21:51 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : actualité, antifa, pathologies politiques |
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Breton, le surréalisme, et la guerre

Breton, le surréalisme, et la guerre
Claude Bourrinet
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100002364487528
Lorsque Breton accorde, pour la revue View, un entretien à Charles-Henri Ford, qui était écrivain, poète, éditeur, cinéaste, lithographie et photographe d'« avant-garde », en août 1941, il est, depuis le 14 juillet, à New York. Il s'est embarqué, à Marseille, après quelques pénibles péripéties, le 25 mars 1941. A la demande de Pierre Lazareff, il ne va pas tarder à participer, comme « speaker », aux émissions de la radio La Voix de l'Amérique, et à contribuer ainsi à la Résistance contre le nazisme (dès qu'il verra, en 1943, que la balance penche du côté des Alliés, il s'en détachera).
L'exil forcé qui est le sien lui impose une réflexion d'actualité sur l'avenir du surréalisme, dont on aura à l'époque l'impression qu'il achève sa destinée. Question essentielle, si l'on prend la mesure des ambitions d'un mouvement qui se voulut l'expression absolue de la poésie. Car, avec la tourmente mondiale qui bouleversa le monde, en en détruisant une bonne partie, et qui bouleversa les existences profondément, c'est non seulement le statut de la « littérature » (terme qui, comme on le sait, n'a pas pour vocation d'être recommandé dans les cercles surréalistes, mais qu'il faut prendre dans sa plus haute acception), mais aussi ce que l'on est en droit d'attendre de l'homme, qui sont en cause.

Les propos que tient à cette occasion Breton ont pour vertu d'être valables à n'importe quel moment de l'histoire mondiale des deux ou trois derniers siècles, et, du reste, sont à considérer comme de la plus extrême gravité, dans la mesure où l'objet même de leur visée tend, depuis quelques décennies, à s'étioler, voire à disparaître. Car cette « littérature », dont Gracq disait, au début des années 60, qu'elle « respirait mal », il se peut fort bien qu'elle soit partie pour un « meilleur monde ». De l'absence de faire-part de décès ne découle pas que le cadavre n'existe pas en l'état. Il peut remuer encore, par l'effet de mutations biochimiques, et même il pue, mais il ne chante plus, comme pouvait encore le faire le chef d'Orphée, une fois que son corps, déchiré par les Ménades, eut été enterrés en Piérie par les Muses, et sa lyre placée parmi les constellations. Quant à sa tête, jetée dans l'Hèbre, et qui prophétisait, elle échoua à Lesbos, terre sacrée du lyrisme, où on lui éleva un autel. Le mythe révèle beaucoup, et surtout son besoin, quand il n'est plus là, et que le monde de la contingence la moins sacrée semble se suffire à lui-même.
Par ce détour par l'Hellas antique (guère en honneur chez Breton et ses amis, il est vrai, mais Orphée ne pouvait les chagriner), il ne semble pas qu'on s'éloigne de la question centrale, à savoir des destinées du corps d'un Orphée martyrisé par les Titans du matérialisme le plus nihiliste. Car il arrive sous la Lune, parfois, ce qu'il advient dans les immensités cosmiques. Par exemple, un trou noir peut très bien aspirer tout ce qui vit, et l'engloutir.

Précisons que les surréalistes, en 1924, avaient anticipé cette histoire de macchabés, avec leur tract, « Un cadavre », destiné à commémorer comme il se doit, au grand mécontentement des assis, la mémoire d'Anatole (Anatole!) France, tout juste décédé. Combien de cadavres, ces derniers temps, aurions-nous dû honorer comme il se doit ! A commencer par ce papelard ineffable de d'Ormesson, qui ressemblait tant à Anatole ! Mais les trépassés pullulent, et il n'est pas besoin qu'ils soient passés de la puissance à l'acte, comme aurait dit Aristote, pour qu'ils embaument le paysage.
On peut généreusement, pour les repérer, ouvrir un large éventail, qui va d'Annie Ernaux à Michel Houellebecq, l'une se voyant consacrée, à Oslo, par la bourgeoisie mondialiste, progressiste et très américanisée, l'autre à Jérusalem, par une bourgeoisie féroce, sanguinaire, et tout aussi américanisée (et c'est au fond, la même). Notons que leur point commun, devenu maintenant le parangon de l'industrie du livre, c'est la sociologie.
Les écrivains romantiques se servaient de la société pour transfigurer la réalité, et pour la porter dans un autre monde, plus vrai, plus signifiant ; ceux de maintenant se plaquent tautologiquement sur elle, comme des buvards, avec la transparence grisâtre d'une écriture sténographique, qui ne fait qu'enregistrer la désespérante médiocrité d'être de notre monde et l'avilissante abdication devant sa pesanteur. Non que l'on n'eût pas, jadis, rendu compte, en littérature, du vide, mais sa dénonciation était un plein : de style, de mots nourris à l'alcool fort, de phrases percutantes. Regardez Huysmans ! Et même Hugo, ou Zola ! On dirait que, maintenant, on a peur d'écrire. Gracq l'avait bien vu, à la suite de Breton : on ne se soucie plus de l'expression. Ce qui compte, c'est ce qu'on a à dire, le « message », qui se résout de fait au misérable cercle des tracas de la vie plate comme un parking. La vie est faite pour être dépassée. Même si l'on a en tête de s'engager pour la « changer ». La littérature n'a pas cette dernière ambition-là. Ou, si l'on veut, oui, elle l'a, mais à la manière de l'alchimiste : on transforme, par le Verbe, le plomb en or. Le retour à l'âge d'or, c'est elle qui l'octroie, par un bouleversement du regard.

Le surréalisme, me rétorquera-t-on, est bien tombé dans le travers de l'engagement. Breton le reconnaît. Il faut, bien sûr, replacer le grand saut politique – qui ne s'est pas fait d'un coup – dans son contexte. La lumière venue de l'Est a mis un certain temps avant de parvenir jusqu'aux consciences des Européens de l'Ouest. Il y avait la censure, la guerre civile en Russie, la famine, les rumeurs, le manque d'informations. Les partis communistes, fort réduits, ne se sont constitués qu'à partir de 1922. C'est en 1925 que l'idée de rejoindre le combat social et politique apparaît dans les cercles surréalistes, un an après le Manifeste du surréalisme, et c'est en 1927 que les adhésions se multiplient. En 1933, ils sont exclus du parti, à l'exception de quelques membres du groupe, comme Aragon. Souvenons-nous que Gracq ne découvre le surréalisme, surtout Breton, Ernst, et Aragon, qu'en 1932, qu'il entre au parti communiste en 1937, pour le quitter en 1939. Breton et son groupe n'avaient pas attendu le Pacte germano-soviétique pour rompre. Ou, plutôt, ils en ont été mis à la porte.
Pour en revenir à l'engagement, qui corrompt la littérature depuis cette après Grande Guerre où les écrivains pensent être d'une utilité capitale pour soulever le monde, comme un levier, Gracq le met sur le compte, du moins en France, de l'attraction exercée par l'Histoire. Il voit deux courants, dans le romantisme : l'un, d'origine allemande, à partir de Fichte, de Schlegel, de Novalis, plus tard de Hölderlin, Arnim, d'Hoffmann, etc., privilégiant, par divers moyens, comme le rêve, ou le « fantastique », une torsion de la conscience, du regard, un accès à l'être, au dévoilement de ce qui gît sous l'apparence de la réalité, et qui est la vérité de la vie et du monde, quête souvent mystique très proche de la philosophie, de la religion, et d'un certain ésotérisme, par moment (Nerval, Baudelaire, appartiendront à cette mouvance) ; l'autre, le romantisme français, engagé, d'abord royaliste, puis « progressiste », républicain, voire socialiste, et reprenant comme principe la « marche de l'Histoire », les hautes destinées de l'humanité. Le surréalisme balance entre les deux.
Pourtant, Breton avait bien conscience de cette situation aporétique, et il avait constaté que le romantisme français, après 1830, avait pris deux directions divergentes, et, pour tout dire, inconciliables. Car si l'on s'engage politiquement, on perd vite la conscience qu'il existe un autre monde, plus vrai, plus profond : celui de l'action occupe tout le terrain de l'intelligence et de la sensibilité. Et si l'on opte pour la contemplation, ou pour une recherche intérieure, nécessairement individuelle, et de nature complètement étrangère au remue-ménage vernaculaire, on se trouve en décalage social et activiste. Ce que n'avaient pas manqué de faire remarquer les communistes qui, dans leur registre, n'avaient pas pris de gants pour dénoncer les « dérives petites bourgeoises » des surréalistes, usant des procédés grossiers, brutaux, diffamatoires, coutumiers des milieux ivres de leur inculture, et dont le rendement, l'efficacité, priment sur la poésie, hochet pour enfants ou pour efféminés.
On trouve cette engeance aussi bien dans le milieu politique que dans celui des affaires et de l'entreprise. C'est faute d'avoir pris la mesure de ce divorce, programmé dès les prémisses de leur engagement, que les surréalistes ont été entraînés dans des disputes violentes et déshonorantes. Cela n'a pas empêché Breton de flirter avec Trotski, mais à dire vrai, il avait pris bien soin d'affirmer l'indépendance de la poésie par rapport à la politique. L'assassinat du prophète rouge interdit de savoir quelles relations ils auraient pu avoir après la guerre. Mais ce malentendu est symptomatique. Ce n'est certes pas un hasard si, en 1938, Breton tombe d'accord avec Masson sur la nécessité d’un « désengagement total du surréalisme de la situation politique ».

Il faut l'expliquer, bien sûr, par l'incroyable mystique qu'avait suscitée la Révolution d'Octobre, et les espoirs qu'elle avait fait naître. On croyait joindre la beauté à l'action ce qui était une erreur. La politique est toujours laide et sale, parce qu'elle brasse l'humain. Une autre aberration, qui vient de Rimbaud et de Lautréamont (la poésie doit être faite par tous, et pour tous), les poussait à vouloir socialiser le surréalisme, d'où les tracts, les manifestes, les provocations etc. Gracq en était vite revenu : il ne peut exister de démocratisation de ce qu'on appelle la « culture » (terme qu'il détestait), ni de la pensée, de la beauté, de l'intelligence etc. Le corps social est lourd, et entraîne vers le bas tout ce qui passe à sa portée. Divulguer ce qui relève de l'arcane revient à le dissoudre dans un marécage spongieux. Étrangement, les surréalistes, si aristocrates dans leur tenue, leurs exigences, leur intolérance même (dans le sens où tout ce qui était laid, grossier, imbécile, leur répugnait), était tombés dans ce sentimentalisme démocratique. Ils voulaient changer la vie, mais ce « changement » devait, pour eux, être social. Certes, pour eux, il fut un temps, dans les peuples dits « primitifs », et peut-être dans certaines circonstances, comme les fêtes populaires, où une telle chose était possible. Ils avaient foi, comme les chrétiens (qu'ils abhorraient) dans la venue de la parousie. Le surréalisme est une certaine façon de secte religieuse.
Pour en revenir à l'article auquel je faisais référence, Breton s'attaque vertement à Aragon et à Desnos, qui reviennent à l'écriture réaliste et à un engagement très utilitaire, fût-il cela de la Résistance. C'est pactiser avec les pouvoirs. Il est remarquable que dans ce texte, Breton ne fasse pas une distinction entre les régimes de l'Axe, et les Alliés anti-fascistes. Remarquons qu'en août 41, nous savons que l'Allemagne hitlérienne a attaqué les Soviets. Chez Gracq, si sceptique en politique, et penchant vers une approche ironique des pouvoirs et des États, quels qu'ils soient – on ne trouve, dans ses écrits, aucune prise de position idéologique, et on ne sait même pas ce qu'il pensait de la situation de la France durant l'Occupation, hormis que les routes, où ne circulaient pratiquement plus de véhicules, n'avaient jamais été aussi libres et « respirantes ». Breton, quant à lui, met dans le même panier fascisme, communisme, et « démocraties libérales » : « La décision y est généralement attendue d'une pure et simple supériorité d'armes : c'est assez dire qu'elle est impensable, parce qu'imprévisible – comme si les communications entre le monde extérieur et le monde intérieur étaient coupées. » « Vainqueurs et vaincus me paraissent d'ailleurs courir au même abîme s'ils n'instruisent pas à temps le procès de ce qui les a dressés les uns contre les autres : au cours d'un tel procès, l'épuisement des causes économiques de conflit soulignerait, en effet, la commune misère de nos contemporains, laquelle, en dernière analyse, est sans doute d'ordre idéologique ; c'est le rationalisme, de rationalisme fermé qu'est en train de mourir le monde. »

Autrement dit, la « Libération » (par exemple) n'aura pas été (anticipons de quatre ans) une émancipation de l'homme, qui porte en lui, au plus profond de lui-même, ses chaînes, comme le rationalisme, la rupture entre la conscience et l'inconscient, entre la conscience et le monde etc. La « victoire » d'une force matérielle contre une autre n'est pas la clé. Celle-ci se situe ailleurs. Faute de n'avoir analysé l'enjeu du conflit que par la vision d'un choc entre régimes politiques, on a non seulement oublié ce qu'est la liberté libre de l'homme, qui ne se résout pas que dans le cercle restreint de la liberté d'expression, par exemple, pour ne parler que d'un aspect du monde moderne (dans la société démocratique de masse, on n'interdit pas, mais on ne cesse de « causer »), mais, au nom d'une libération superficielle, on est retombé dans les rets d'un esclavage encore plus pernicieux, celui des objets livrés à la convoitise, et qui n'ont rien à voir avec le désir et le rêves surréalistes, sinon dans leur facture de ready-made.
Les gigantomachies politiques, idéologique, la guerre civile mondialisée, ont fait régresser les recherches existentielles qui avaient marqué les débuts du mouvement surréaliste. Depuis, nous n'avons plus retrouvé les sommets grisants, enivrants, exaltants, qui étaient l'horizon de la marche pleine d'assurance et d'espoirs de ce petit groupe de poètes, qui avait voulu « électriser » le monde avec la magie du mot, et plus largement, du rêve (car il y avait aussi l'image).
Comme l'indique Breton, « le surréalisme […] s'est toujours efforcé de répondre à deux ordres de soucis : les premiers de ces soucis ressortissent à l'éternel (l'esprit aux prises avec la condition humaine), les autres ressortissent à l'actuel (l'esprit témoin de son propre mouvement : pour que ce mouvement soit valable, nous soutenons que, dans la réalité comme dans le rêve, l'esprit doit passer outre au « contenu manifeste » des événements pour s'élever à la conscience de leur « contenu latent »).
19:49 Publié dans art, Définitions, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : surréalisme, andré breton, avant-gardes |
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Hégémonie et Empire. Prolégomènes à une étude sur l'hégémonie. Les dilemmes récurrents, la grande politique et la philosophie de la vie

Hégémonie et Empire. Prolégomènes à une étude sur l'hégémonie. Les dilemmes récurrents, la grande politique et la philosophie de la vie
Irnerio Seminatore
Table des matières
L'Hégémonie et son "ideal type"
Wilhelm Dilthey et l'historicisme allemand
La philosophie de la vie comme philosophie anti-métaphysique
Paradoxes et dilemmes récurrents
Hégémonie, politique planétaire et Empire
* * *
L'Hégémonie et son "ideal type"
Au regard d'un voyageur des siècles, les dimensions d'une hégémonie frappent l'esprit de l'observateur, par la force puissante du changement, le choc de ses créations originales, la fascination d'un passé immémorial et l'engouement d'un futur de conquêtes La multiplicité des savoirs, dont témoignent les villes, les monuments et les gloires anciennes s'additionnent à l'admiration de palais princiers, à la ferveur d'ateliers ordonnés, à la rigueur de bureaux studieux et au travail collectif de ses arsenaux , car un pays hégémonique est un chantier impressionnant de techniques, une ruche débordante en ressources, en projets et en espérance.
Il s'agit ici d'un "idéal type" d'hégémonie, proche cependant de la réalité.
Or l'essence d'une hégémonie repose sur sa philosophie, l'âme d'une hégémonie, dont la géopolitique en fait la cosmopole d'un espace stratégique indépendant et souverain. La forme immatérielle d'une hégémonie demeure cependant son idéologie, qui est son double, popularisé, démultiplié et sournois, où les personnes rassemblent à leurs idées, de convertis récents ou de militants éprouvés.

Nous retrouvons ces divers éléments dans les témoignages du grandiose et du spirituel, en Egypte, dans la Grèce ancienne, dans l'empire de Rome, dans le Saint Empire Romain Germanique, puis en Espagne, en France, en Grande Bretagne, en Allemagne, dans le soviétisme et aux Etats-Unis.
Des pyramides aux satellites spatiaux et à la conquête du cosmos, autant de témoignages probants, car toute hégémonie a une histoire, une conscience, une démesure et une limite.
De manière générale, là où il n'y a pas de philosophie de la vie, comme conscience de soi, il ne peut pas y avoir de grandeur ni de grande politique, et avec elle, une image du monde.
Partons de la philosophie, non seulement comme soubassement d'un pouvoir montant ou, mieux encore, de la Machtpolitik de l'Allemagne en expansion des XIXe et XXe siècles, mais comme source d'inspiration sur le nationalisme, la souveraineté et, en même temps, comme facteur d'une "autre" régulation internationale.

Wilhelm Dilthey et l'historicisme allemand
Le maître à penser, donc à penser le "vécu" des individus et des peuples, a fait de l'expérience et de la vie elle-même, le substrat fondamental de toute forme d'affirmation historique, est Dilthey.
Avec Wilhelm Dilthey, la philosophie de l'histoire s’écarte aussi bien de la catégorisation abstraite de l'idéalisme hégélien que de l'abstraction rationaliste de Kant, pour revenir vers les faits concrets et immédiats du monde historique, à la conscience de l'historicité que les événements suscitent chez les acteurs du devenir.
Ce "vécu" n'est pas constitué d'actes cognitifs isolés et, de ce fait, aléatoires, transitoires et fragmentaires, mais des éléments d'une vie sociale intense et hard, individuelle et collective, qui renvoient à la totalité et à l'agir sur la totalité, ou sur le système des forces, selon le langage des systèmes.
Le caractère dynamique de cette totalité s'exprime par l'épanouissement global de toutes les potentialités d'un ensemble sociétal, spécifique et singulier. Ces éléments, en leur forme symbolique, juridique, institutionnelle ou culturelle engendrent identité, appartenance et cohésion et, en leur manifestations publiques, solennité, rites et croyances.
Le ritualisme de la geste hégémonique, comme ensemble de récits épiques ou poétiques, qui racontent les exploits légendaires ou historiques de héros, chefs de guerre ou souverains, ou les foires et les fêtes folkloriques et populaires des bons vieux temps révolus, charpentent les autres figures de la grandeur d'une prééminence civilisationnelle et culturelle de l'histoire en devenir.
Cependant une hégémonie se prévaut d'un autre fondement théorique, une asymétrie de statut politique, constitué par la supériorité de rang d'une communauté ou d'un peuple, que cette dominance a pour but de pérenniser, faire proliférer et magnifier. Or, toute pérennisation d'une supériorité, devenue privilège engendre nécessairement jalousie, convoitise et hostilité.
Apparaît alors une politique de force et d'alliances pour faire face à ces sentiments d'hostilités et la guerre offre ses exploits sanglants, comme moyen de contrainte, pour faire taire ces rivalités. La guerre a été masquée, en son pur concept, au Moyen Âge, par la théorie de la "guerre juste”, autrement dit, par une justification éthico-religieuse dans l’usage de la violence.
A titre d'exemple, dans la tradition russe, à l'opposé de la tradition occidentale et du réalisme rationnel de Machiavel, jouant à la force et à la ruse, cette justification n'est pas passée par la voie du formalisme juridique, mais par la priorité accordée à la vérité sur la force. Cette idée est exprimée avec une parfaite clarté dans "Le Discours sur la Loi et la Grâce" du métropolite Hilarion de Kiev (du XIe siècle) (icône, ci-contre), selon lequel la "Loi" de l’Ancien Testament, comme règle extérieure, est distinguée de la "Grâce" du Nouveau Testament, comme loi intérieure de vérité et comme pratique naturelle du pouvoir. Elle a été légitimée par la conformité à la métaphysique d'une justice divine supérieure.
Guerre et religion ont fait partout bon ménage tant en Occident qu'en Orient, et, dans la tradition russe, l'idée, attribuée au prince Alexandre Nevski que: "Dieu n’est pas dans la force, mais dans la vérité", a défini pendant des siècles la philosophie russe du conflit. La légitimité du combat et la victoire finale ne pouvaient appartenir qu'à la justesse métaphysique de la "ligne" politique choisie, celle de la cause défendue. Une thèse de la "troisième Rome", devenue plus tard soviétique et successivement révolutionnaire et tiers-mondiste.
La philosophie de la vie comme philosophie anti-métaphysique
Cependant une philosophie ne serait pas ce qu'elle est, en son essence, un questionnement perpétuel sur le "sens", si la tâche de la philosophie était de construire des métaphysiques, au lieu de comprendre les divers moments à travers lesquels l’homme en est venu à se réaliser dans le siècle et, en même temps, à saisir les liens qui unissent l’individu à la société de son temps. En ce sens, la philosophie de Dilthey peut aussi être définie comme une sorte de relativisme historique, bâti sur l'expérience, car elle entend historiciser tout produit de la pensée et toute épreuve vécue, montrant le lien nécessaire qui existe entre l’homme et son temps, entre la partie et le tout, au delà de toute métaphysique.
On peut dire en synthèse que la philosophie de Dilthey repose sur les aspects fondamentaux suivants:
- la valorisation de l’individu, contre toute généralisation de type idéaliste (reprenant à son compte, les “révoltes” anti-hégéliennes de Schopenhauer, Kierkegaard et Nietzsche ainsi que les principaux représentants de l'historicisme allemand E. Troeltsch, F. Meinecke et en anticipant sur M. Heidegger et K. Jaspers
- la traduction en objectivité du monde "subjectif" de l’histoire;
- la réhabilitation de la dimension émotionnelle et non rationnelle de l'homme en ses multiples connexions organiques.
Ces présupposés nous amènent à ce point au débat sur les études classiques, souvent présentées comme des oppositions entre tradition et progrès, conservatisme et réformisme radical, lorsque la distinction essentielle se situe au contraire dans l'ordre stratégique, entre les acteurs et les sociétés qui considèrent le savoir civilisationnel comme un atout visionnaire et décisionnel et les acteurs et les pays qui le voient comme un détour lointain, inactuel et périmé.
Aussi les décideurs de la multipolarité de notre temps, Washington, Moscou ou Pékin cherchent dans les hégémonies du passé des cadres d'action pour penser l’avenir, se tournant tantôt vers la vision du monde hellène et homérique, tantôt vers la théologie et la morale du christianisme primitif.
Ainsi la question n'est pas de savoir si les questions du passé sont pertinentes, mais s'il y a dans l'histoire des interrogations récurrentes et paradigmatiques

Paradoxes et dilemmes récurrents
Nous constatons avec étonnement que le monde classique continue à susciter des questionnements jusque dans l'Empire du milieu et par la voie même du céleste Xi Jinping, évoquant le "piège de Thucydide". En effet, il y a des questions qui résistent obstinément à l'oubli et à l’obsolescence et qui ne peuvent se décliner qu'en termes de paradoxes et de grands dilemmes d'action, internes ou internationaux. Dans nos systèmes politiques occidentaux l'ordre interne semble susciter davantage d'intérêt auprès des opinions et quelques-unes des questions-clés de leur univers mental occupent l'esprit citoyen. Nous en regroupons ici les plus incisives et les moins facilement solubles pour les régimes établis:
Quelles sont, de nos jours, les formes politiques saines et corrompues décrites jadis par Aristote et comment une démocratie décline-t-elle?
Y a-t-il affaiblissement de l'esprit de liberté et comment assurer liberté et sécurité?
Peut-on dissocier responsabilité et autorité et faire obstacle aux dérives autoritaires des pouvoirs?
Qu’est-ce qu'un ordre politique légitime?
Qu'est-ce qui corrompt les élites, en les éloignant du peuple et qu’est-ce qui soude une société ou une nation?
Le pouvoir peut-il s’exercer sans démesure?
L'ordre interne demande-t-il de la violence ou peut-il se suffire d'un choc d'autorité?
La scène internationale peut-elle se passer de la guerre et se contenter de la diplomatie, de la finance ou du "doux commerce"?
Hégémonie, politique planétaire et Empire
La confusion entre hégémonie et empire a été entretenue par les "media" mainstream, à propos des "déboires supposés" de l'Administration Trump, en ce qui concerne la rencontre de Trump et de Poutine à Anchorage, les déclarations de Pete Hegseth à Munich, les relations entre l'Amérique et l'Europe au sujet de l'Alliance atlantique et de la sécurité globale, l'attaque des Etats Unis et d'Israël contre l'Iran, ou encore la rencontre de Trump et Xi Jinping et la redéfinition des rapports globaux des forces dans le monde.

Par ailleurs, un nouveau concept de guerre et une nouvelle relation entre conventionnel et nucléaire s'établit, pour mesurer la force ou la puissance. Cet ensemble de facteurs influe sur la conduite et la vision des Européens et plus loin sur l'unité de l'Occident. Sur tous ces sujets la connaissance diplomatique et historique aura à débattre et à faire preuve de subtilité dirimante. Cependant il est indéniable de ne pouvoir renier l'isolement de l'UE et de clarifier, aux yeux de tous, toutes les répercussions de la discorde dans leur camp, en démystifiant le rôle des structures de pouvoir, des hommes et de situations controversés et aujourd'hui peu claires.
Ainsi un rappel simplifié de la théorie permettra de mieux saisir l'essentiel et de relever, dans la gangue entretenue, les responsabilités et les défaillances respectives des différents acteurs de la scène mondiale.
Si, en effet, au niveau du système international, le paradigme essentiel est la stabilité et, en termes de devenir, le changement, l'erreur d'évaluation ou de compréhension d'une décision sur le moyen ou sur le long terme, falsifie l'appréhension d'une conjoncture.
Ainsi, pour revenir au concept de stabilité, cette dernière interfère sensiblement dans la distinction entre l'Hégémonie et l'Empire, car cette distinction repose sur la gestion stratégique du système des forces. Pour mieux préciser, la notion d'Hégémonie se différencie de la notion d'Empire, car la première implique une relation dialectique entre coercition et consensus et la deuxième met en œuvre une logique de domination, de verticalité, de hiérarchie et de bureaucratisation entre une multiplicité de souverainetés militaires. La distinction entre les deux termes semble reposer davantage aujourd'hui sur l'exercice d'un contrôle libéral et informel (Hégémonie) plutôt que formel et direct (Empire).
Dans ce contexte, "la paix par l'empire" apparaît comme liberticide, même si elle vient d'une démocratie impériale comme les États-Unis et se donne pour but de façonner les relations internationales au bénéfice de ses propres intérêts et sur la base d'une gestion lockienne (Hobson), ou d'une "gestion non territoriale" (S. Strange).
En réalité, l'extension de cette gestion à une économie financiarisée et interconnectée, sécrète une bureaucratie immense, qui n'a cure de résoudre les dilemmes des politiques de sécurité à l'intérieur des relations néo-impériales et post-occidentales (USA/UE, USA/FR, USA/ISRAËL...).
Ces dernières peuvent être lues comme des répliques des conduites des puissances coloniales des XIXe et XXe siècles. En agissant plus dangereusement que les vieilles Nations, l'UE, à l'ère des hégémonies planétaires et des conceptions multipolaires du monde, a conçu et conçoit la multipolarité en termes de contrepoids et la guerre régionale (Russie/Ukraine), distincte et disjointe du conflit global et bornée à l'échiquier européen.

Quant à la stratégie maritime dans l'Indo-Pacifique (Ormuz) et en Extrême Orient (Chine/ Japon, Corées), ou dans le Pacifique Sud (Australie, Nouvelle Zélande), l'ensemble européen ignore ou feint d'ignorer les buts maritimes de l'ami (les Etats-Unis) et les ambitions historiques (Taïwan) de l'ennemi systémique (la Chine). Ainsi, la notion d'Hégémonie, qui se réfère le mieux au système international d'aujourd'hui, anarchique, multipolaire et partiellement décentralisé, mais extraordinairement interconnecté, est celle de "Puissance hégémonique globale", une puissance inclusive et "hors-limites" vis à vis de laquelle l'Europe n'a conçu ni une grande stratégie ni une Grande Politique de type coopératif. Elle joue désormais contre celle-ci, en posture de puissance subordonnée, contre ses intérêts et sa survie historique, à défaut de puissance et faute de vision et de leadership.
Dernière publication
Irnerio Seminatore, Paix et Guerre dans la Grande Politique. La Société Planétaire, le destin de l'Occident et la fin de la civilisation européenne. Edition Godefroy de Bouillon (février 2026).

15:48 Publié dans Actualité, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irnerio seminatore, actualité, hégémonisme, empire, théorie politique, politologie, sciences politiques, wilhelm dilthey |
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jeudi, 09 juillet 2026
Europol: un réseau criminel de 400.000 membres issus de 118 nations terrorise l’Europe

Europol: un réseau criminel de 400.000 membres issus de 118 nations terrorise l’Europe
Source: https://report24.news/europol-400-000-koepfiges-verbreche...
Des bandes étrangères réalisent d’immenses profits partout en Europe. Le récit officiel de l’UE sur « l’enrichissement par les frontières ouvertes » entre en collision frontale avec la réalité bien visible en notre continent: un tout nouveau rapport d’Europol montre qu’une immense vague de criminalité transnationale déferle sur l’Europe. L’Europe « ouverte et colorée » est devenue un paradis pour le crime organisé.
Un « magnifique kaléidoscope » de 118 origines différentes, qui tue à travers toute l’Europe, viole des femmes, trafique de la drogue et laisse derrière lui une traînée de dévastation? Est-ce cela que les élites de l’UE avaient en tête lorsqu’elles répétaient à tour de bras le mantra «La diversité est notre force»? Et pourtant, c’est la dure réalité à laquelle le continent doit désormais faire face. L’Europe se retrouve confrontée à une criminalité organisée plus sophistiquée, plus transnationale et résistante que jamais.
Selon Europol, il ne s’agit plus de simples bandes de rue, mais de véritables « entreprises criminelles ». Les principaux acteurs sont surtout des bandes de migrants albanais, turcs, marocains et autres, qui dominent le trafic de drogue, le racket, la traite d’êtres humains et la violence de rue brutale.
Explosion de la criminalité: des chiffres hors de contrôle
Dans son tout dernier rapport « Decoding the EU’s Most Threatening Criminal Networks » (édition 2: https://www.europol.europa.eu/publication-events/main-rep...), Europol a identifié 731 réseaux criminels très actifs opérant sur le territoire de l’UE. Plus de 400.000 membres issus de 118 nationalités différentes y seraient impliqués. Cela représente un quintuplement en seulement deux ans – même si cela s’explique en partie, selon les responsables, par une nouvelle méthode de comptage. L’Hydre de la pègre ne se laisse pas abattre si facilement. Sur les 821 réseaux recensés par Europol début 2024, 76 % ne sont plus considérés comme les plus menaçants – mais la direction d’Europol avertit qu’il ne faut pas y voir une victoire.
Le directeur adjoint d’Europol, Jürgen Ebner, a reconnu à Bruxelles que les réseaux démantelés sont immédiatement remplacés par la concurrence. 533 groupes totalement nouveaux ou nouvellement découverts ont directement pris la place de leurs prédécesseurs. « Toute forme de criminalité est alimentée en ligne, accélérée par l’IA et la technologie », souligne Ebner. Ces groupes nagent dans l’argent, utilisent les méthodes les plus modernes, achètent leur impunité par la corruption et fonctionnent comme des cellules internationales connectées.
Sous le couvert d’activités légales
La constatation sans doute la plus alarmante du rapport est qu’environ 85% des réseaux les plus dangereux utilisent désormais des structures d’entreprises tout à fait légales pour dissimuler leurs activités criminelles. La frontière entre l’économie légale et le crime organisé devient presque indiscernable.
Le commissaire européen autrichien à l’Intérieur et à la Migration, Magnus Brunner, l’a exprimé lors d’une conférence de presse: «Il ne s’agit pas de bandes de rue, mais de véritables syndicats du crime multinationaux». Tout comme de grandes entreprises légitimes, ils recherchent des marchés rentables et s’implantent de façon ciblée. Des avocats, des comptables et des agents immobiliers sont délibérément recrutés pour injecter discrètement les profits illégaux dans l’économie réelle.

Le trafic de drogue (cocaïne et drogues de synthèse) reste le moteur principal. Mais les tentacules des syndicats s’étendent désormais à la cybercriminalité, le trafic de migrants (un secteur florissant grâce aux frontières ouvertes), la fraude et le blanchiment d’argent. Particulièrement pernicieux: 6% de ces réseaux recrutent délibérément des enfants de 8 à 17 ans pour des tâches illégales – allant de la livraison de drogue à l’exercice d’une violence physique extrême. Les plus jeunes sont utilisés pour de telles activités précisément parce qu’ils ne sont pas encore pénalement responsables.
Mais pour lutter contre la criminalité organisée, Europol violerait aussi ouvertement les lois existantes (selon Report24: https://report24.news/ueberwachungsstaat-europol-bricht-s...), tandis que Bruxelles souhaite doter l’agence de police de plus d’argent, de personnel et de pouvoirs. Dans le même temps, les eurocrates empêchent la transmission de données essentielles sur les passeurs de l’agence européenne de garde-frontières Frontex aux forces de police (ce que Report24 a également signalé: https://report24.news/die-eu-verbirgt-geheime-schlepper-d...). Cela aussi fait partie de l’Europe la plus « colorée » que nous ayons jamais connue.
19:56 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : criminalité, narco-trafics, europe, europol, affaires européennes |
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Pologne et Ukraine: un voisinage brisé

Pologne et Ukraine: un voisinage brisé
Varsovie/Kyiv. Le conflit, observé depuis longtemps, entre la Pologne et l’Ukraine s’intensifie. Pourtant, les deux pays dépendent l’un de l’autre: l’Ukraine a besoin de l’aide militaire polonaise et du réseau logistique du pays, par lequel le soutien occidental transite vers l’Ukraine; mais, inversement, la Pologne a aussi besoin de l’Ukraine comme zone stratégique tampon.
Cependant, les relations entre les deux pays sont depuis longtemps tendues, et récemment le conflit a connu une nouvelle escalade. Les racines de cette discorde plongent profondément dans le passé. Durant la Seconde Guerre mondiale (1943/44), des unités de la soi-disant « Armée insurrectionnelle ukrainienne » (UPA) ont assassiné, sur les arrières de la Wehrmacht, des dizaines de milliers de paysans polonais en Volhynie et en Galicie orientale, alors occupées par les Allemands. Ces territoires avaient été – de façon très contestable – attribués à la Pologne en 1921 lors du traité de Riga; dans les années suivantes, Varsovie y installa intentionnellement des paysans polonais pour poloniser la région. Aux yeux des nationalistes ukrainiens, cette mesure était profondément indésirable. Lorsque la Pologne fut envahie et partagée en 1939 entre les Allemands et les Soviétiques, ils virent là une occasion d'entrer en action.

En Pologne, cela n’a jamais été oublié. Depuis quelques années, il existe même une journée nationale de commémoration des massacres de Volhynie. Dans ce contexte, il a été perçu comme une provocation que le président ukrainien Zelensky ait permis, fin mai, à une unité spéciale des forces armées ukrainiennes de porter le titre honorifique de « Héros de l’UPA ». De plus, Zelensky souhaite, selon un projet de loi actuel, faire inscrire dans un mémorial les noms de tous les « héros » ukrainiens – y compris ceux des combattants de l’UPA de 1943/44. Ici, il n’y a donc aucune volonté de confronter au passé de manière critique.

La réaction de la Pologne ne s’est pas fait attendre. À Varsovie, on envisage de retirer à Zelensky la plus haute distinction du pays, l’Ordre de l’Aigle blanc (photo), qui lui avait été décernée il y a quelques années pour le renforcement des relations amicales entre les deux pays.
Aujourd’hui, ces relations sont au plus bas. Récemment, l’échange prévu de 14 chasseurs polonais MIG-29 contre des drones ukrainiens a également échoué. Le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz a en outre déclaré: «Tant que Kyiv honorera les membres de l’Organisation des nationalistes ukrainiens et sa branche militaire, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, Varsovie ne donnera pas son accord à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne».
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a également laissé entendre que le soutien à l’Ukraine pourrait être réduit: la Pologne porte en effet la principale responsabilité de toute la frontière orientale de l’UE.
Le grand bénéficiaire de tout cela est Moscou. Le Kremlin peut observer avec satisfaction l’érosion progressive de l’alliance occidentale autour de l’Ukraine (mü).
Source: Zu erst, juillet 2026.
18:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pologne, ukraine, europe, affaires européennes |
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Billet d’Écosse, écrit avec fureur

Billet d’Écosse, écrit avec fureur
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/
On sait très peu de choses sur Lara Bird. Seulement qu’elle a été élue à la Chambre des Communes lors d’une élection partielle.
Et, somme toute, cela ne nous intéresse guère d’en savoir plus, sinon qu’elle a prêté serment de fidélité à la Couronne britannique en croisant ostensiblement les doigts, en guise de superstition. Et après avoir déclaré que sa fidélité allait, uniquement et exclusivement, à l’Écosse.
Un geste symbolique, bien sûr. Et, probablement, sans aucune valeur politique.

Cependant, il indique clairement une réalité que, pour la plupart, nous ne connaissons pas.
Et que nos médias taisent, par simple ignorance ou par évidente mauvaise foi.
La Grande-Bretagne n’est pas un heureux paradis, une monarchie de pacotille avec le roi Charles portant sa couronne de travers, la chevaline Camilla, les petits princes et les princesses…
C’est l’un des deux principaux centres du pouvoir financier et politique mondial. Une forteresse d’intérêts gérée par des cercles très restreints. Et dont la Couronne est à la fois partie intégrante et paravent.
Et les peuples de Grande-Bretagne – Anglais, Écossais, Irlandais, Gallois – subissent une destruction systématique et délibérée. De la part de ces soi-disant élites qui célèbrent le multiculturalisme, le remplacement ethnique, la pseudo-culture Woke et LGBT.
L’ex (heureusement qu'il s'en va!) Premier ministre Starmer en a été un fervent champion.
Et cela s’est vu lors de la dernière réception publique, où il a été acclamé comme un héros par les activistes LGBT. Et surtout au fait qu’il n’a montré aucun signe de contrition pour la politique qu’il a longtemps menée. Ni pour les nombreux désastres qu’il a provoqués.

Donc le monde britannique est en révolte.
Farage progresse rapidement, défendant les revendications du peuple anglais contre ceux qui ont cherché, et cherchent encore, à le marginaliser et à le remplacer.
L’Ulster est de nouveau en armes. Mais cette fois, il ne s’agit plus d'une lutte entre catholiques et protestants, mais d’un rejet d’une immigration sauvage qui voudrait remplacer les Irlandais.
Et d’Écosse arrive Lara Bird. Elle revendique fièrement son identité écossaise. Sa fidélité à l’Écosse, à son histoire, à ses traditions. À son peuple.
Un signal clair, comme je le disais.
Le centre du mondialisme économique doit commencer à s’inquiéter. Et non plus à cause d'oppositions extérieures et lointaines.
La fracture est entièrement interne désormais. Et elle n’en est qu’à ses débuts.
17:23 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lara bird, actualité, écosse, grande-bretagne, royaume-uni, europe, affaires européennes |
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Europe: le premier problème urgent est celui d’un leadership

Europe: le premier problème urgent est celui d’un leadership
Parution de « La nécessité d’un leadership européen » – Préface de Gennaro Malgieri
par Gennaro Malgieri
Source: https://www.barbadillo.it/131894-leuropa-e-il-primo-probl...
Vient de paraître l’ouvrage de Maria Teresa Manuela Ruggieri, La necessità di una leadership europea (= La nécessité d’un leadership européen - 522 pages, 25 €, sur Amazon). Nous publions ci-dessous la préface de Gennaro Malgieri.
Maria Teresa Manuela Ruggieri est une analyste économico-politique qui, depuis longtemps, place au centre de sa réflexion la question de l’Europe. Son expérience la conduit à « naviguer » parmi les tempêtes du Vieux Continent, sans se contenter d’en décrire la crise culturelle, en plus de la crise financière. L’inconsistance politique européenne, nous fait-elle comprendre, remonte à loin, comme elle l’avait déjà écrit dans son précédent essai sur le sujet, Europa Nazione, dont le présent volume n’est pas seulement un approfondissement, mais représente le cœur du problème de la crise européenne : l’absence d’un leadership continental authentique et identifiable, capable de se placer au centre de l’Europe pour l’unifier, après les vains efforts des soixante-dix dernières années.
On ne peut certainement pas dire, comme le suggère Mme Ruggieri, que notre continent soit l’amalgame d’intérêts convergents : les nations ont depuis longtemps engagé une guerre fratricide qu’elles dissimulent lors des sommets de la Commission européenne, du Conseil de l’Europe ou dans les balbutiements inconsistants de cénacles comme le Parlement européen où, au lieu de trouver cette indispensable cohésion entre États, on s’occupe de sujets futiles et éloignés des intérêts réels des citoyens européens, qui se soucient peu des « matières » traitées, qu’il s’agisse de la taille des légumes ou des ingrédients de la pizza.
Sans parler du fait que les institutions représentatives européennes ressemblent de plus en plus à des agences de voyage, pompeusement qualifiées de « diplomatie parlementaire ». Il n’est donc pas surprenant que les « choristes » de l’Europe imaginaire puissent se retrouver un peu partout, même dans les ambassades les plus lointaines et les plus insignifiantes de la planète, toujours sous prétexte de construire de nouvelles relations plus rentables.
Alors que, comme l’écrivait Paul Valéry, les États européens, arborant des sourires hypocrites, se livrent une guerre fine et continue qui n’intéresse désormais plus personne, comme celle des Bourguignons et des Armagnacs, le continent désuni meurt d’inanition, incapable de trouver un véritable leadership ayant la volonté de l’unir politiquement, condition préalable à la création d’une véritable puissance capable, dans un monde multipolaire, de ne pas se faire gifler par les États-Unis, la Russie, la Chine et même par les BRICS, nouveaux venus à la table du pouvoir mondial.
De façon très réaliste, Mme Ruggieri ouvre son livre par deux questions incontournables. « Comment l’Europe peut-elle redevenir maîtresse de son destin? En retrouvant son rôle historique, ou simplement en développant et créant une Europe plus forte, une Europe-État unie, devenant une Nation-État?». Et elle apporte une réponse à laquelle aucun européiste de façade ne pourrait ni ne devrait se soustraire: "En tout cas, l’Europe doit se réapproprier sa géopolitique, en consolidant sa nation de 450 millions de citoyens, en augmentant son PIB, jamais inférieur à celui des États-Unis, et en cherchant à faire face aux menaces des multinationales chinoises, aux crises provoquées par des agresseurs non négligeables comme la Russie, et même à affronter, avec une grande habileté et diplomatie, le modèle américain moderne à la Trump, avec des échappées vers Musk, nouvel entrepreneur avancé, non seulement technologiquement mais aussi politiquement, animé d’une grande soif d’avenir".
Programme vaste, aurait dit le général Charles De Gaulle, qui, peut-être ensemble et sur le long terme, aurait pu être réalisé avec Adenauer, Schuman, De Gasperi puis transmis à des continuateurs comme Margaret Thatcher et Angela Merkel. Mais c’est, aussi difficile soit-il, un programme qui subsiste et qui sait s’il se réalisera jamais. Cela ne pourra se produire avec cette classe politique querelleuse, égoïste et inconsistante ; il sera bien difficile que l’Europe, en tant qu’État national (pour reprendre la vision de Mme Ruggieri), parvienne à se réaliser dans les soixante-dix ans qui restent avant la fin de ce siècle : ce sera pour le prochain centenaire, si jamais l’on commence à poser les pierres du nouvel édifice continental.
Le leadership esquissé dans les pages de ce livre n’est pas seulement politique au sens strict. Il concerne les élites dirigeantes européennes culturelles, économiques et même morales. Est-il utopique d’en discuter aujourd’hui ? Je crois que si, à ce moment le plus crucial de l’histoire mondiale après la Seconde Guerre mondiale, que nous vivons actuellement, le danger et la nécessité agissent chez les gouvernants et chez ceux qui donnent le ton à notre époque, il sera possible de jeter les bases du nouveau monde et donc de reconsidérer l’Europe comme un sujet actif et non subalterne de la politique mondiale. Mais pour donner sens à cette hypothèse, il faut un réalisme qui fait objectivement défaut pour l’instant, et surtout fait défaut le sens du bien commun, cet équilibre dont parlait Edmund Burke, chef de file des conservateurs.
Et à propos de conservateurs, de cette extraordinaire école de pensée et de vision du monde, de sentiment moral et d’allumage de nouveaux feux plutôt que de s’attarder à contempler la cendre mourante du passé, Mme Ruggieri écrit : « Nous avons besoin d’une vision politique, fortement identitaire, qui n’annule pas nos exigences nationales, dans une perspective de dépassement d’une forme nationaliste, mais qui s’inscrive dans une programmation économique pragmatique, susceptible d’améliorer et d’apporter un bénéfice à nos cultures économiques nationales, particulières et différentes, non seulement par leur connotation géographique mais aussi géopolitique. Le respect et l’unité dans la diversité doivent générer une vision et un centre politique réformateur, qui consolide nos identités dans une perspective européenne, afin de viser un nationalisme supranational européen, porteur d’un souverainisme identitaire, d’une Europe-Nation où les particularités nationales européennes soient le pivot de la souveraineté retrouvée. »
Et elle ajoute : « Les conservateurs sont justement conscients d’un nouveau défi naissant, l’Europe subit une transformation structurelle, la complexité du décisionnisme politique ne peut plus être reléguée à des nations majoritaires, mais doit s’étendre dans un cadre parlementaire diffus, où la pluralité des forces et des groupes politiques doit être le pivot européen.
Aucun changement politique ne peut faire abstraction de la conservation de son passé de valeurs, de son histoire, de ses mémoires ; aucun phénomène social ne peut envisager l’avenir dans un processus de réformes sans tenir compte des faits et des événements ; une évolution dans un sens conservateur porte avec elle des sentiments qui se concrétisent en valeurs intemporelles ; l’inclusivité de ces valeurs permet une croissance telle qu’elle peut soutenir un nouveau sujet politique, un nouveau mouvement conservateur, moderne et d’avant-garde, réformateur, où le nationalisme, dans une perspective européenne, devient l’élément de développement de la souveraineté supranationale elle-même. »
Paroles claires, projets compréhensibles, définitions qui n’ouvrent pas la voie à l’équivoque. Certes, le conservatisme comme « vision du monde » peut inspirer un projet novateur, mais il n’épuise pas le problème du leadership européen si celui-ci ne trouve pas, dans les racines de son histoire et dans la préfiguration du temps nouveau à conjuguer avec sa propre tradition, tout sera vain.
L’esprit du temps, comme nous le savons, n’est pas des meilleurs, mais nous avons le devoir de protéger ce que nous avons hérité de millénaires et dont nous ne pouvons nous passer. La redécouverte, c’est la défense de la souveraineté européenne, premier devoir auquel nous devons consacrer nos efforts. Une Europe en laquelle nous pouvons croire, comme nous le rappelèrent les intellectuels conservateurs, menés par Roger Scruton, le penseur contemporain le plus influent (1944-2020) selon le New Yorker, réunis le 7 octobre 2017, qui écrivirent dans la Déclaration de Paris, au premier point: «L’Europe nous appartient et nous appartenons à l’Europe. Ces terres sont notre maison ; nous n’en avons pas d’autre. Les raisons pour lesquelles l’Europe nous est chère dépassent notre capacité à expliquer ou à justifier notre loyauté envers elle. Ce sont des histoires, des espoirs et des affections partagés. Des coutumes établies, et des moments de pathos et de douleur. Des expériences enthousiasmantes de réconciliation et la promesse d’un avenir commun. Des paysages et des événements communs se chargent d’une signification particulière : pour nous, mais pas pour d’autres. La maison est un lieu où les choses sont familières et où l’on est reconnu, aussi loin que l’on ait pu voyager. Voilà la vraie Europe, notre civilisation précieuse et irremplaçable. L’Europe est notre maison. »
Nous, en tant qu’Européens, ne pouvons pas nous laisser confisquer notre maison. Mais nous avons besoin de ceux qui la protègent, l’entretiennent, l’aiment. C’est pourquoi un leadership européen est indispensable. Et à ceux qui, dans nos contrées, pensent devenir vassaux, vasseurs ou vavasseurs d’un nouveau puissant, nous avons le devoir de nous dresser contre les assaillants, d’où qu’ils viennent, avec la force de notre volonté et de la tradition que nul ne devra effacer.
16:22 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, actualité, europe, affaires européennes, maria teresa manuela ruggieri |
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mercredi, 08 juillet 2026
La Chine, leader dans 69 des 74 technologies clés. Mais elle a besoin d’une Europe qui ne pense pas qu’à la guerre

La Chine, leader dans 69 des 74 technologies clés. Mais elle a besoin d’une Europe qui ne pense pas qu’à la guerre
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-t...
Des puces Nvidia ? Non, merci. La Chine, qui jusqu’à avant-hier était désespérément à la recherche de technologies de pointe dans le secteur, peut désormais se passer de nombreuses importations. Et c’est l’Occident, maintenant, qui achète des licences chinoises dans les secteurs technologiques et même dans la pharmaceutique. Selon l’Australian Strategic Policy Institute, « la Chine est désormais leader dans 69 des 74 technologies clés ». Ceci grâce, également, à une recherche universitaire de très haut niveau.
Les États-Unis – précise l’agence Agcnews – dominent encore dans le secteur aérospatial et dans la conception de semi-conducteurs, mais la Chine est déjà leader dans les véhicules électriques, les batteries, les drones, la robotique et l’automatisation industrielle. Pékin a atteint la parité avec l’Union européenne dans le secteur pharmaceutique et a désormais presque rattrapé les États-Unis dans l’intelligence artificielle.
Pour Xi Jinping, il faut continuer à développer l’économie réelle, tandis que l’économie financière – tant appréciée aux États-Unis et en Europe – doit être mise au service de la première.
Tout va bien, voire très bien, pour Pékin, donc. Mais pas tout à fait. Car cette grande croissance, cette hégémonie conquise dans de nombreux domaines, a besoin d’un débouché. Cela peut sembler paradoxal, si l’on croit à la définition de Trump à propos du communisme chinois, mais Pékin a absolument besoin de plus de marché. Extérieur, car le marché intérieur ne suffit pas.
À l’avenir, il y aura les autres pays asiatiques, et les pays africains. Mais pour le présent, il faut l’Europe. Et si l’Union européenne n’était pas dirigée par une bande d’incapables et d’obstinés, le Vieux Continent profiterait de la conjoncture favorable pour conclure des accords de coopération. En profitant des technologies chinoises pour combler le grave retard accumulé. Mais au lieu de cela, les bouffons « eurotoxiques » ne pensent qu’à la guerre.

19:25 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, chine, europe, affaires européennes, asie, affaires asiatiques, technologies |
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Yves Lacoste, le géographe qui a rendu le monde à la réalité

Yves Lacoste, le géographe qui a rendu le monde à la réalité
Giuseppe Gagliano
Source: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geogr...
Les cartes comme instruments de pouvoir
La mort d’Yves Lacoste, survenue à Bourg-la-Reine le 20 juin 2026 à l’âge de 96 ans, clôt une époque de la culture stratégique française. Ce n’est pas seulement un géographe qui disparaît. C’est l’homme qui a contraint la France académique, diplomatique et militaire à regarder à nouveau les cartes, non plus comme de simples objets scolaires, mais comme des instruments de pouvoir. Lacoste a rendu à la géographie sa fonction originelle: expliquer pourquoi les hommes se battent pour des territoires, pourquoi les États tracent des frontières, pourquoi les empires cherchent des ports, des détroits, des montagnes, des fleuves, des déserts, des ressources et des voies de communication.
Pendant des décennies, le mot géopolitique était resté suspect, contaminé par le souvenir de la géopolitique allemande et par l’usage idéologique qu’en avait fait le nazisme. Lacoste a eu le courage de la libérer de cette prison. Non pas pour la purifier artificiellement, mais pour lui rendre son sens le plus concret: la rivalité de pouvoir sur un espace. En ce sens, son œuvre a constitué une rébellion contre l’illusion d’un monde gouverné uniquement par le droit, les marchés et les institutions internationales. Le monde, disait en substance Lacoste, demeure fait de terres, de peuples, de frontières, d’accès, de ressources et de mémoires.
La Méditerranée comme école du réel
Né à Fès en 1929, ayant grandi entre le Maroc, l’Algérie et la France, Lacoste a très tôt compris que l’espace n’est jamais neutre. Son père géologue lui a offert son premier contact avec les cartes, les reliefs, les gisements, les pistes et les déserts. La géographie, dans son enfance, n’a jamais été une matière abstraite. Elle fut tout de suite le moyen par lequel le pouvoir cherchait des ressources et organisait les territoires.
L’expérience algérienne fut décisive. En 1952, premier à l’agrégation de géographie, il choisit d’enseigner à Alger, en plein cœur des tensions coloniales. Là, il a vu la distance entre le discours officiel de la France et la réalité de la domination. Il a vu des quartiers séparés, des populations séparées, des droits séparés. Il a compris que la colonisation n’était pas seulement un fait politique ou militaire, mais une construction spatiale: celui qui occupe, organise; celui qui organise, domine; celui qui domine, dessine les cartes.
De cette matrice naîtra sa réflexion sur le sous-développement. Dans ses travaux des années cinquante et soixante, Lacoste a pressenti que la pauvreté des pays du Sud ne pouvait pas s’expliquer uniquement par l’économie. Elle dépendait aussi de la situation géographique, de l’accès aux routes, de la disponibilité des ressources, de la dépendance vis-à-vis des puissances industrielles, de la subordination des économies locales à des centres de décision lointains. C’était déjà une lecture géoéconomique du monde, avant même que le terme ne devienne courant.

La géographie sert d’abord à faire la guerre
En 1976, Lacoste publie l’ouvrage qui allait marquer son époque: La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre. Le titre fit scandale car il disait tout haut ce que beaucoup préféraient taire. Les États n’ont jamais commandé des cartes par amour de la connaissance pure. Ils les ont utilisées pour conquérir, administrer, taxer, surveiller, défendre et frapper. Une carte peut être plus importante qu’un discours parlementaire, car elle montre ce que le pouvoir veut posséder ou empêcher autrui de posséder.
Aujourd’hui, cette phrase semble presque évidente. Mais dans les années 1970, elle a frappé comme une provocation. La géographie universitaire française s’était réfugiée dans une neutralité rassurante : paysages, reliefs, régions, fleuves, agricultures. Lacoste a remis au centre la guerre, la puissance, la conquête, la représentation du territoire. Ce n’était pas du militarisme, c’était du réalisme. Nier le rapport entre géographie et guerre signifiait abandonner ce savoir à ceux qui l’utilisaient quand même, mais sans regard critique.


La fondation de la revue Hérodote la même année a complété sa révolution. Lacoste a créé un espace intellectuel où géographes, historiens, militaires, diplomates, journalistes et chercheurs pouvaient à nouveau raisonner ensemble sur les rapports de force. Ce fut une rupture avec l’université refermée sur elle-même et avec le commentaire politique désincarné. La géopolitique redevenait une méthode, et non un slogan.
Nation, frontières et souveraineté
Un des plus grands mérites de Lacoste fut d’avoir défendu le concept de nation quand presque tout le monde le considérait dépassé. À la fin de la guerre froide, l’Europe rêvait de la fin des frontières, de la mondialisation heureuse, de la primauté de l’économie sur le territoire. Lacoste voyait plus loin. Pour lui, la nation n’était pas un vestige folklorique, mais le cadre où se forment solidarités, appartenances, obligations collectives et capacité de sacrifice.
Aujourd’hui, son intuition apparaît évidente. La guerre en Ukraine, le retour des logiques impériales, la compétition entre les États-Unis et la Chine, la course aux matières premières, les tensions dans les détroits maritimes, la militarisation de l’Arctique et des fonds océaniques démontrent que l’histoire n’a pas effacé la géographie. Au contraire, elle l’a rendue plus décisive encore. Les chaînes de production mondiales ne flottent pas dans le vide. Elles passent par des ports, des canaux, des corridors ferroviaires, des gazoducs, des câbles sous-marins, des gisements et des zones industrielles. Toute crise géopolitique est aussi une crise géoéconomique.
Scénarios économiques et nouveau désordre mondial
L’héritage de Lacoste devient central à une époque où l’économie redevient territoriale. La concurrence pour les terres rares, le contrôle des routes énergétiques, la sécurité alimentaire, l’eau, les corridors commerciaux et les câbles numériques montrent que la mondialisation n’a pas aboli l’espace: elle l’a rendu plus vulnérable. Un détroit bloqué, un port bombardé, un gazoduc saboté, une frontière fermée peuvent modifier les prix, les budgets publics, les stratégies industrielles et les relations diplomatiques.

Lacoste aide à comprendre que le marché ne flotte pas au-dessus de la politique. Il en dépend. Sans contrôle des routes, il n’y a pas de commerce sûr. Sans accès à l’énergie, il n’y a pas d’industrie. Sans domination des nœuds logistiques, il n’y a pas d’autonomie stratégique. La géoéconomie contemporaine est la poursuite de la géopolitique par d’autres moyens.
Évaluation stratégique militaire
Du point de vue militaire, la leçon de Lacoste est encore plus claire. Toute guerre commence avec une carte. D’abord, on étudie les hauteurs, les fleuves, les villes, les ponts, les routes, les bases, les lignes de chemin de fer, les dépôts, les zones industrielles. Ensuite, on décide où frapper, où résister, où avancer. L’Ukraine le démontre chaque jour: le front n’est pas une ligne abstraite, mais un système de villes, de fleuves, de collines, de nœuds logistiques et de profondeurs stratégiques.
Il en va de même pour le Moyen-Orient, la mer Rouge, le golfe Persique, la Chine méridionale. Les détroits ne sont pas de simples détails géographiques, mais des interrupteurs du commerce mondial. Les îles ne sont pas seulement des terres émergées, mais des plateformes de contrôle. Les déserts ne sont pas des vides, mais des espaces de manœuvre, de transit et de contrebande. Les frontières ne sont pas des lignes, mais des zones de friction.


Le géographe du siècle qui revient
Lacoste ne fut pas un prophète au sens théâtral du terme. Il n’aimait pas les formules faciles. Il aimait les cartes, le terrain, les contradictions, les rivalités locales, les mémoires longues. Mais c’est précisément pour cela qu’il a vu avant les autres ce qui semble aujourd’hui inévitable: le monde n’est pas entré dans une paix perpétuelle, il est revenu à la compétition entre puissances.
Sa définition de la géopolitique comme confrontation entre raisonnements opposés sur des rivalités de pouvoir territoriales demeure l’une des plus solides de la pensée contemporaine. Tout y est: l’État, la nation, la guerre, l’économie, la mémoire, la perception de l’espace, la peur de l’encerclement, le désir d’accès, le besoin de sécurité.
Avec Yves Lacoste disparaît l’un des derniers grands réalistes français. Mais sa leçon demeure, sans doute plus nécessaire aujourd’hui qu’en 1976. Les cartes ne suffisent pas à tout expliquer. Mais sans cartes, on ne comprend presque rien.
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La Doctrine de Douguine: une analyse de la multipolarité dans la politique étrangère russe - Garantie de souveraineté ou nouvelle stratégie impériale?

La Doctrine de Douguine: une analyse de la multipolarité dans la politique étrangère russe
Garantie de souveraineté ou nouvelle stratégie impériale?
Martin Kovac
Source: https://www.facebook.com/martin.kovac.3511
Introduction : Un changement de paradigme (la différence entre l’assimilation par la mondialisation et la diversité multipolaire)
Pour comprendre le conflit géopolitique mondial actuel et le rôle du concept de multipolarité, il est nécessaire de soumettre les récits occidentaux dominants à une analyse critique. Les sciences politiques euro-atlantiques partent souvent du principe que toute grande puissance émergente aspire à l’hégémonie et à l’assimilation complète de ses voisins. Les appels russes à la multipolarité sont donc souvent interprétés par les analystes occidentaux comme un simple écran de fumée masquant une expansion impériale traditionnelle et une quête de domination régionale au détriment des petits États.
Cependant, les racines philosophiques et métapolitiques de ce concept suggèrent une autre interprétation, dans laquelle le point de vue occidental apparaît comme la projection analytique de ses propres schémas de pouvoir. De ce point de vue, le processus de mondialisation mené par le centre euro-atlantique est perçu comme une tentative d’homogénéisation absolue de l’environnement international, d’effacement des frontières et d’unification des cultures et systèmes politiques divers sous la bannière d’une idéologie universelle unique. Pour ce modèle de mondialisation, l’existence de toute identité indépendante et distincte est un obstacle à éliminer, que ce soit par l’exportation d’institutions, la pression économique ou le soutien à des acteurs non étatiques de la société civile.

La théorie de la multipolarité trace une frontière stricte face à cet universalisme. Un modèle alternatif d’ordre « continental » des relations internationales ne peut, par nature, être fondé sur l’absorption et l’unification. Au contraire, il vise à établir un système structuré qui servirait d’architecture de sécurité pour freiner l’homogénéisation globale. Pour que ce système multipolaire soit fonctionnel et puisse résister aux pressions assimilationnistes de l’universalisme libéral, il doit reposer sur la coexistence de centres de pouvoir distincts, stables et culturellement indépendants (des pôles).
Selon cette logique, une grande puissance qui construit un ordre multipolaire ne cherche pas à détruire les États souverains, à condition que ces États constituent des unités politiques cohérentes et fonctionnelles. Au contraire, il est dans son intérêt stratégique de protéger de tels acteurs indépendants (même s’ils sont de petite taille) et de coopérer avec eux.
L’existence de centres de pouvoir diversifiés légitime empiriquement le système multipolaire lui-même et démontre que le projet de mondialisation unipolaire peut être stoppé. Alors que le modèle occidental vise l’intégration dans un cadre mondial unifié, la vision multipolaire privilégie un système de relations internationales basé sur une démarcation claire et le respect des différences civilisationnelles. Le texte qui suit examinera donc l’hypothèse selon laquelle la multipolarité pourrait, paradoxalement, représenter une authentique garantie de survie politique pour les petits États dotés d’une forte identité culturelle.

Fondements théoriques d’un modèle alternatif de grande puissance (Hégémon protecteur vs. puissance assimilationniste)
Pour comprendre pourquoi le concept multipolaire peut offrir une garantie de sécurité aux petits États-nations, il est essentiel de distinguer, sur le plan théorique, l’approche hégémonique occidentale du concept de grande puissance eurasienne traditionnelle. Il s’agit de deux modèles structurellement distincts d’organisation de l’arène internationale.
Définition d’une grande puissance traditionnelle : parapluie sécuritaire versus intégration systémique
L’influence euro-atlantique est souvent définie, dans les textes métapolitiques étudiés, comme assimilatrice et prédatrice. En étendant ses institutions, elle transforme économiquement et idéologiquement les territoires subordonnés, conditionnant la coopération à l’adoption de ses propres normes sociales, de sa conception des droits humains et du marché global. Ce système n’insiste pas sur la souveraineté des frontières, mais vise plutôt à créer un espace mondial unifié où les identités locales s’effacent progressivement au profit d’une culture politique et économique homogène.
En revanche, le modèle conservateur du pouvoir (rappelant historiquement les arrangements impériaux euro-asiatiques) ne requiert pas, en théorie, l’assimilation interne des acteurs subordonnés ou alliés. Il fonctionne avant tout comme un parapluie géopolitique et militaire, garantissant sécurité et stabilité externes. Au sein de cette sphère d’influence, la grande puissance tolère et préserve les particularités politiques et culturelles locales des États individuels. Elle n’exige pas d’uniformité normative ni le même régime politique interne ; elle demande seulement une loyauté stratégique envers une architecture de sécurité commune qui empêche l’expansion des influences externes (occidentales). Alors que le modèle libéral vise des valeurs universelles, ce modèle est fondé sur la préservation pragmatique de la diversité.
La multipolarité comme rejet de l’universalisme
Ce cadre théorique donne naissance à un impératif logique fondamental : si la Russie, en tant que principal initiateur d’un ordre multipolaire, tentait d’exporter un modèle purement « russe » et d’assimiler de force les nations voisines, elle commettrait une erreur stratégique et une contradiction systémique. En cherchant à imposer un universalisme local, elle se transformerait en ce même type d’hégémon unipolaire contre lequel elle se définit d’abord. Elle deviendrait, de fait, un acteur occidental sur la scène orientale.

Du point de vue de cette doctrine, donc, toute potentielle expansion de puissance ou politique assertive dans le voisinage ne poursuit pas un but assimilationniste. Elle est plutôt interprétée comme une nécessité sécuritaire et un effort géopolitique pour écarter l’influence des institutions occidentales de son voisinage immédiat. L’espace libéré par le retrait de l’influence occidentale ne doit pas être mécaniquement russifié, mais doit servir de zone stable pour la formation de systèmes locaux souverains et culturellement indépendants. Une superpuissance prônant la multipolarité a donc, de manière systémique et structurelle, besoin de voir émerger hors de ses frontières des États indépendants et enracinés culturellement (des pôles). Chaque État souverain qui parvient à résister à l’intégration occidentale représente un succès stratégique pour ce modèle, car il démontre la fonctionnalité et la raison d’être d’une opposition internationale partagée à l’unipolarité.
L’immunité d’un acteur pleinement constitué (Pourquoi les petits États peuvent être en sécurité dans un ordre multipolaire)
Le récit euro-atlantique et la science politique dominante insistent souvent sur la menace qu’une puissance prônant la multipolarité (dans le contexte géopolitique actuel, principalement la Fédération de Russie) chercherait nécessairement à absorber ses petits voisins. Or, du point de vue de la doctrine de la multipolarité étudiée ici, cette inquiétude n’est justifiée que dans le cas d’États qui manquent de cohésion interne et de résilience. Si un petit État-nation possède une forte identité politique et une cohésion stratégique, la dynamique des rapports de force change fondamentalement.
La cohésion institutionnelle comme bouclier stratégique
Pour les besoins de cette analyse, il est essentiel de définir précisément ce qui constitue un « pôle pleinement constitué » dans le cadre multipolaire. Il ne s’agit pas simplement de l’existence formelle d’un appareil d’État, de symboles nationaux ou de frontières administratives. C’est une entité dotée d’une identité culturelle profondément enracinée, soutenue par une tradition historique clairement définie, des fondations de valeurs solides et un consensus sociétal qui rejette a priori toute assimilation par des influences unificatrices extérieures.

Les sources en science politique et en philosophie qui analysent cette question soulignent que l’universalisme libéral parvient à assimiler d’autres États principalement en affaiblissant leurs récits historiques traditionnels et en les remplaçant par une norme globale. À l’inverse, un État doté d’un haut degré de résilience interne aux valeurs résiste naturellement à cette assimilation. Si un État souverain possède une forte légitimité interne et une réelle gravité politique, une puissance continentale ne peut l’absorber par la force sans s’exposer à des coûts stratégiques disproportionnés et à une contradiction avec sa propre doctrine géopolitique.
D’un point de vue pragmatique, le seul choix rationnel pour une grande puissance est donc de respecter cette souveraineté et de forger une alliance stable et mutuellement bénéfique.
Les petits acteurs comme élément essentiel de l’architecture multipolaire
Une question logique se pose quant à la manière dont le centre même de l’influence eurasienne perçoit ces petits États souverains, culturellement résilients et politiquement cohérents. Les concepts théoriques étudiés suggèrent qu’ils ne sont ni considérés comme une menace, ni comme un objectif de puissance non résolu à éliminer. Au contraire, un acteur pleinement souverain est traité avec respect et son existence est accueillie favorablement.
Dans une perspective multipolaire, un tel État-nation représente un partenaire inestimable dans l’opposition défensive à l’homogénéisation globale. Ces États fonctionnent comme des bastions stratégiques et des facteurs de stabilité dans des régions où les influences assimilationnistes de l’universalisme occidental sont contrées. Du point de vue des relations internationales, la promotion d’un ordre multipolaire requiert même directement que de tels centres de pouvoir indépendants et robustes existent réellement au sein du système international.

Leur simple existence constitue en réalité la preuve la plus tangible et la plus concrète de la viabilité et de la validité de tout le concept théorique de la multipolarité. Si l’hégémon continental absorbait tous les petits États voisins par la force, il donnerait raison à ses critiques occidentaux et perdrait sa légitimité mondiale. À l’inverse, la préservation d’États indépendants et culturellement sûrs d’eux envoie un signal clair à la communauté internationale: l’ordre multipolaire n’est pas un instrument d’assimilation (le fameux «mixeur»), mais une structure coopérative qui respecte la diversité. Un acteur pleinement souverain est ainsi un atout géopolitique très précieux pour la puissance eurasienne, dont la destruction signifierait l’effondrement même du fondement théorique et moral de l’ordre international proposé.
Le phénomène des « coquilles vides » (Causes de la perte de souveraineté et de l’absorption des États dans le système international)
Du point de vue de la science politique euro-atlantique et de la critique libérale, une question légitime revient souvent: si la superpuissance eurasienne conservatrice est, en théorie, garante de l’ordre multipolaire et protectrice de la diversité, pourquoi constate-t-on dans la réalité géopolitique des absorptions de pouvoir ou des destructions militaires de petits États voisins? Pour répondre à cette question, il faut comprendre que la doctrine multipolaire protège et garantit théoriquement uniquement la sécurité des «pôles» de pouvoir véritablement souverains. Elle ne garantit pas la sécurité de territoires géographiques ou d’unités administratives formelles privées de cohésion interne et de vitalité politique.

Perte de cohésion interne et apparition d’un vide géopolitique
Dans cette perspective théorique, l’État-nation se définit non seulement par son territoire et son appareil institutionnel, mais avant tout par sa substance culturelle, historique et axiologique. Si les élites politiques d’un petit État abandonnent leur propre tradition historique et adoptent sans discernement l’agenda universaliste du centre mondial (incluant la sécularisation, la domination des organisations non étatiques et l’érosion de l’identité nationale traditionnelle), ce sont les fondements mêmes de l’État qui sont déconstruits. Dans la terminologie des relations internationales, l’État perd sa « gravité » géopolitique et sa légitimité interne.
Du point de vue de la théorie multipolaire, un tel État cesse de fonctionner comme un acteur de puissance indépendant ou comme un pôle. Il se transforme alors en une coquille institutionnelle vide, générant ainsi un dangereux vide de pouvoir sur la scène internationale.
Le mécanisme de l’assimilation et de la transformation sur un territoire proxy
Au moment où un État perd sa cohésion stratégique et axiologique pour devenir une coquille vide, la porte s’ouvre à une pénétration rapide par les structures euro-atlantiques. Cette assimilation par le centre global s’effectue souvent par des moyens non militaires – par le contrôle de la sphère informationnelle, l’influence sur la représentation politique et l’implication des entreprises transnationales et des mécanismes technologiques.
Un acteur autrefois souverain devient alors une cible proxy (un « territoire proxy ») et une base avancée du libéralisme global. Pour une superpuissance eurasienne voisine, un tel territoire cesse de représenter une entité nationale indépendante ; il devient un tremplin pleinement colonisé à partir duquel les intérêts de puissance d’un hégémon étranger sont projetés directement contre l’architecture sécuritaire du bloc multipolaire.
Intervention préventive et sécurisation de la périphérie
Ce processus modifie fondamentalement la façon dont une grande puissance considère la possibilité d’une intervention militaire sur le territoire de son voisin. Si une intervention a lieu et que la souveraineté de cet acteur est anéantie, la théorie multipolaire n’interprète pas cela comme une agression non provoquée contre une nation distincte et souveraine. Cette intervention ne détruit pas un pôle indépendant, puisque celui-ci avait déjà cessé d’exister, ayant été assimilé de l’intérieur par la pénétration des valeurs occidentales portées par le centre occidental.
Dans ce contexte, l’action géopolitique ou militaire d’une grande puissance est comprise comme une mesure radicale de sécurité (ou, le cas échéant, préventive ou « sanitaire »). Il s’agit d’une tentative d’éliminer une influence assimilatrice extérieure qui, via un acteur proxy affaibli, s’est dangereusement approchée des intérêts vitaux du centre conservateur.

Selon cette logique analytique, la perte de souveraineté et l’absorption par une puissance hégémonique menacent donc principalement les États qui renoncent volontairement à leur indépendance, se dépouillent de leur substance identitaire et laissent leur propre territoire se transformer en instrument de projection de la puissance étrangère.
La région d’Europe centrale en tant qu’acteur souverain (Cas de la République tchèque)
Arrêter l’érosion interne de la souveraineté et restaurer un centre indépendant
Le discours médiatique et politique euro-atlantique présente souvent les petits États, tels que la République tchèque, face à une équation de puissance fatale: l’insuffisance de leur taille géopolitique rendrait impossible leur pleine autonomie et imposerait l’intégration inconditionnelle aux structures occidentales; sinon, ils courraient un risque imminent d’absorption par un impérialisme oriental. Or, du point de vue de la théorie de la multipolarité analysée, ce récit dominant apparaît comme fondamentalement trompeur et paralysant pour la réflexion en politique étrangère. De plus, il s’agit, dans ses conséquences, d’une thèse qui conduit directement les petites nations et les États à l’auto-destruction politique et à la perte de leur véritable souveraineté.
Intégration asymétrique et assimilation invisible
Alors que la science politique occidentale met constamment en avant la menace d’une hypothétique absorption extérieure de l’Est, elle ignore souvent complètement le processus structurel d’érosion de la souveraineté qui se déroule déjà de l’intérieur.

Le centre libéral global (historiquement qualifié de puissance maritime) ne s’appuie pas sur la force militaire pour son expansion principale, mais sur l’influence sophistiquée des entreprises transnationales, des ONG, des plateformes technologiques et des pressions normatives et uniformisatrices. L’objectif spécifique de ce modèle est de transformer l’État-nation et ses institutions sociales traditionnelles en simples entités administratives ou associatives soumises à des standards globaux. Une fois ce processus d’assimilation achevé, l’État-nation cesse d’exister en tant qu’entité politique indépendante, ne laissant derrière lui qu’un territoire proxy vidé de sa substance, servant de périphérie au bloc occidental.
Restaurer l’autonomie stratégique et le réalisme politique
Le point de départ théorique logique et la seule garantie rationnelle contre cette assimilation progressive – et, en même temps, la protection contre une absorption militaire potentielle venue de l’Est – est la constitution de l’État en tant qu’acteur de puissance incontestable et doté de cohésion interne. La localisation géographique de l’Europe centrale lui confère un certain potentiel défensif naturel.
Ce potentiel doit toutefois être renforcé par le rétablissement d’une forte continuité historique, d’une identité partagée et d’un réalisme politique souverain, enraciné dans les propres traditions historiques du pays. Les représentants de l’État doivent proclamer clairement que leur territoire n’est pas un espace malléable et uniformisable, mais une entité dotée d’une légitimité historique inaliénable et d’intérêts clairement définis.
Au moment où un tel État rejette l’agenda de dissolution internationale inconditionnelle et se définit comme un acteur cohésif et fonctionnel, fondé sur des valeurs étatiques traditionnelles, il modifie radicalement son statut géopolitique. Il cesse d’être une « coquille vide » ou un simple avant-poste des intérêts étrangers.
Du point de vue d’une grande puissance eurasienne, un tel État d’Europe centrale se transforme en l’acteur indépendant et respecté évoqué dans le second chapitre.
Pour cette raison, une politique conservatrice multipolaire n’a aucune raison objective ou rationnelle d’assimiler ou d’éliminer un tel État. Au contraire, l’existence d’un tel acteur fournit au centre de puissance eurasien la preuve empirique de la validité de la doctrine multipolaire elle-même et confirme que la défense contre les efforts d’assimilation de l’unipolarité globale est possible. L’État devient ainsi un partenaire sécuritaire respecté au sein du système international, remplissant un rôle stabilisateur irremplaçable.

Conclusion : L’ordre international multipolaire comme garantie de survie
Le conflit géopolitique fondamental de notre époque a atteint une phase critique, à partir de laquelle il est possible de dégager une synthèse analytique claire des arguments présentés.
L’universalisme occidental cherche à imposer au système international une forme d’unité globale fortement homogénéisée. Son ambition ultime est l’unification d’entités civilisationnelles, de nations et de traditions diverses au sein d’une structure contrôlée à l’échelle mondiale, gouvernée par des algorithmes normatifs et technologiques centralisés. Dans un système conçu de cette manière, les petits États-nations sont les premiers menacés, car ils perdent immédiatement leur identité et succombent aux premières vagues de l’assimilation structurelle.
À l’inverse, le concept de multipolarité et la géopolitique continentale alternative poursuivent également la stabilité internationale, mais sur la base du maintien de la diversité de centres souverains et indépendants. Théoriquement, ce modèle ne représente pas une forme cachée d’expansion néocoloniale, mais bien la construction d’une architecture sécuritaire défensive dans laquelle chaque État-nation constitue un élément distinct, solide et indispensable à la stabilité globale du système international.
Pour les petits États – en particulier en Europe centrale – le débat sur la multipolarité n’est donc pas un simple concept académique abstrait. Il s’agit d’un véritable enjeu historique et politique, qui déterminera la préservation même de leur essence et de leur souveraineté. La seule stratégie de sécurité efficace pour les petits acteurs consiste à renforcer leur résilience interne, à rejeter la dissolution progressive des fonctions étatiques et à se constituer en entités politiques fortes et intransigeantes, servant de piliers stabilisateurs dans la région. Tandis que l’unipolarité offre aux petits États une dissolution institutionnelle de facto, la multipolarité, du point de vue théorique, leur propose un cadre de légitimation et de préservation de leur propre souveraineté étatique.
15:08 Publié dans Actualité, Définitions, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, théorie politique, multipolarité, définition, actualité |
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Étrangers en terre étrangère. Du romantisme à Nietzsche - un essai de Mario Bosincu

Étrangers en terre étrangère. Du romantisme à Nietzsche - un essai de Mario Bosincu
Giovanni Sessa
Source: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggi...
Mario Bosincu, germaniste à l’Université de Sassari, avait déjà démontré, dans ses travaux précédents, qu’il était un chercheur de haut niveau. La lecture de son dernier ouvrage confirme cette impression. Nous faisons référence au volume Stranieri in terre straniera. Dal Romanticismo a Nietzsche (= Étrangers en terre étrangère. Du Romantisme à Nietzsche), paru aux éditions Le Lettere.
Il s’agit d’un essai documenté, construit sur des analyses philologiquement irréprochables, qui toutefois, il convient de le souligner, ne réduisent pas le geste scriptural et reconstructif de l’auteur à un simple exercice d’érudition.
L’écriture est vivante, fluide et, par certains aspects, met en évidence l’intérêt de Bosincu pour les thèmes abordés, sans que cela nuise au caractère scientifique de l’essai. Le livre, note le germaniste, « entend mettre en lumière certaines figures exemplaires de l’altérité, apparues dans le domaine philosophico-littéraire entre la fin du XVIIIe siècle et la Seconde Guerre mondiale […] le plus souvent, au sein de la culture allemande » (p. VII). Il s’agit d’une traversée au cours de laquelle, partant du Romantisme (Romantik), Bosincu procède à l’exégèse de la proposition philosophico-existentielle de Nietzsche, pour aboutir finalement à l’interprétation de l’écrit de Friedrich Georg Jünger, Apollon, Pan, Dionysos, de 1943.
Quels sont les penseurs interrogés par Bosincu ? Des philosophes et des écrivains de la Kulturkritik, des « antimodernes ». Cette définition renvoie à une vaste constellation d’auteurs qui virent dans la modernité, inaugurée par les Lumières, un appauvrissement de la vie. Ces intellectuels développent « une modalité de réflexion qui met en évidence les aspects pathologiques de la modernité, […] se tourne vers le passé prémoderne […] et esquisse l’idéal antithétique de l’homme total » (p. 3).
Parmi eux, il convient de rappeler en premier lieu Schiller (portrait). Celui-ci perçoit, dans l’époque qui lui est contemporaine, l’affaiblissement des facultés humaines au profit exclusif de l’intellect analytique, scientifique et instrumental, mis au service du Gestell et de la recherche de l’utilité économique.
L’âge moderne est vécu comme l’époque du retour des Titans, centrée sur la «puissance» de la démesure et oublieuse des qualités propres à la personne, de l’individu persuadé et réconcilié avec les potestates animant le cosmos.
Dans le même temps, les « antimodernes » découvrent, grâce à l’héritage des Lumières, notre historicité, comprenant que l’homme diminué, l’homme unidimensionnel de la modernité, est contingent et peut être dépassé. Ce n’est pas un hasard si Nietzsche souligne que « la capacité d’être différent […] fait partie des attributs de la “grandeur” » (p. 5).
Une modalité de réflexion qui fait émerger les traits de l’homme total.
Les Lumières elles-mêmes l’avaient montré en réalisant, par leurs écrits, une «colonisation de l’imaginaire», laquelle est modernisatrice. Il devenait nécessaire de réaliser un contre-mouvement visant à la création d’une «subjectivité» autre, différente, qui retrouverait ses propres paradigmes, ses propres exempla dans le passé médiéval ou dans la vision du monde hellénique. Cet homme utopique, jamais «utopiste» — les deux termes, pour l’auteur, ont une valeur inconciliable — aurait été porteur de la Kultur, selon Spengler, en opposition à la civilisation décadente (Zivilisation).
La Romantik et tous les auteurs étudiés par Bosincu sont, pour le dire avec Löwy et Sayre, porteurs d’une vision anticapitaliste et esthétisante, transmettant un code existentiel alternatif, comme l’a reconnu Sombart, à l’identité bourgeoise.
Le nouvel homme devait être construit «par des pratiques orientées vers l’intériorité telles que l’expérience de la nature et la lecture, une technologie de soi» (p. 13), apte à instaurer une «résistance éthopoïétique à la modernité» (p. 14). C’est dans ce sens qu’agit, entre autres, Baudelaire, en se référant au dandy, individu capable de faire de son existence une œuvre d’art, pour se différencier des masses et des idola introduits par la raison calculatrice. Un exemple différent, mais non similaire, de cette rébellion se retrouve également dans les écrits et la vie de Thoreau, dans son retour à la wilderness.
Les antimodernes de génie sont des hommes seuls, étrangers en terre étrangère qui, dans l’isolement nécessaire à la pratique philosophique, réalisent la metanoia, le «changement de cœur». Leurs œuvres sont une «communication d’existence» qui, comme l’a soutenu Kierkegaard, ne s’adressaient pas au lecteur des «Gazettes», mais tendaient à «le prendre à la gorge», animées par l’urgence de lui faire acquérir un regard épistrophique et absolu sur la vie.
La littérature interrogée par Bosincu est, d’une part, un sermo propheticus — la production de Fichte en est exemplaire — d’autre part, un sermo mysticus qui, selon la leçon du Maître Eckhart, poursuit le «videment» de l’individu dans un parcours de conversion «initiatique», qui mène à l’«éveil», au tertium datur de la coïncidentia oppositorum.
Des modèles de cette modalité scripturale, rapporte l’auteur, peuvent être trouvés chez Marc Aurèle et Pétrarque. Les exempla sont ceux transmis par Tacite, puis attestés par les Héros de Carlyle.
Les antimodernes, donc, se configurent comme des parrêsiaste, intellectuels qui affirment la vérité à l’époque de son oubli, à l’époque où, pour le dire avec Badiou, on pense à partir de la fin: «Le plaisir de la destruction (du moderne) est, en même temps, un plaisir créatif!» (p. 103). Nietzsche, dont la pensée est minutieusement reconstruite à chaque étape, dans le sillage de Feuerbach, est convaincu que démolir «l’idée de Dieu […] signifie […] briser le sortilège qui dépossède d’une valeur le monde d’ici-bas» (p. 103), afin de renouveler la «fidélité à la terre».
Bosincu considère la physis hellénique comme l’unique transcendance. C’est seulement en elle, comme chez Bruno, que se trouve le principe, l’origine.
Ce que nous ne partageons pas dans l’herméneutique érudite de Bosincu, c’est son jugement sur le contre-mouvement des auteurs étudiés, qu’il inscrit dans la même logique qui soutiendrait, selon Voegelin, les thèses néo-gnostiques puritaines et illuministes. À notre avis, les auteurs de Bosincu, du moins ceux qui regardent la physis hellénique comme l’unique transcendance, le font en étant convaincus que c’est seulement en elle, comme chez Bruno, que se trouvent le principe, l’origine: ils sont donc étrangers à toute perspective dualiste et gnostique.
C’est au dualisme chrétien qu’on peut, en revanche, reprocher de couver en lui des germes gnostiques, très clairs dans la dévalorisation de la nature et du monde au profit du Parfait, de Dieu. Central, pour la compréhension de ce postulat, est le dernier chapitre du volume, dédié à l’œuvre de Friedrich Georg Jünger. Celui de Jünger est un paganisme de l’esprit, centré sur «l’antithèse fraternelle» d’Apollon, Pan et Dionysos.
Friedrich Georg montre son adhésion à une perspective mythique: il estime que dans chaque être, dans l’intériorité de l’homme et dans ses activités, agit un dieu. Le divin est palpitant, il se fait expérience, loin de toute issue «wotaniste».
Pour échapper à la domination réifiante du moderne, l’homme doit retrouver la dimension imaginale: c’est seulement en elle qu’il est possible de retrouver le souffle des dieux, l’éternelle métamorphose animique de la physis.
Aux mêmes conclusions étaient arrivés, dans la «Pensée italienne» du XXe siècle, Evola, Emo, Diano et Colli. L’auteur de ces lignes se sent aujourd’hui étranger en terre étrangère, tout en étant ébloui, comme les penseurs évoqués, par le thauma, la merveille tragique de la vie.
Mario Bosincu, Stranieri in terra straniera. Dal Romanticismo a Nietzsche, Ed. Le Lettere, 377 pages, 25 euro. Pour toute commande: https://www.lelettere.it/libro/9788893664950
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lundi, 06 juillet 2026
Assez de sanctions: la guerre économique, ça suffit!

Italie: un appel contre les sanctions
Assez de sanctions: la guerre économique, ça suffit!
Source: https://www.lafionda.org/2025/05/28/basta-sanzioni-basta-...
Pour une campagne en faveur de la fin des sanctions contre la Russie et contre les autres pays
Depuis février 2022, les États-Unis et l’Union européenne ont imposé à la Russie le régime de sanctions le plus dur de l’histoire contemporaine, aggravant encore celui déjà mis en place en 2014. L’objectif déclaré était de « mettre l’économie russe à genoux », d’isoler le pays du système économique mondial, d’en miner la capacité à soutenir l’effort de guerre et, à terme, de favoriser un changement de régime en Russie. Plus de trois ans après, c’est désormais évident: ce plan a spectaculairement échoué.
Non seulement la Russie ne s’est pas effondrée, mais elle a réorienté son commerce vers l’Asie et la sphère BRICS+, maintenant son économie active et allant même jusqu’à augmenter son excédent commercial. Selon les données publiées par la Commission européenne elle-même, les exportations russes de matières premières ont continué à générer des profits records, tandis que l’industrie intérieure a reconverti sa production. La récession tant attendue ne s’est pas matérialisée: l’économie russe n’a subi qu’un léger recul, puis a recommencé à croître. Ceux qui ont échoué, en revanche, sont les pays qui ont appliqué les sanctions.
Italie : victime d’un effet boomerang économique
Le cas italien est emblématique. En 2022, alors qu’on affirmait que les sanctions toucheraient Moscou, l’Italie voyait son déficit commercial exploser, sa balance énergétique s’effondrer et l’inflation grimper à des niveaux inédits depuis des décennies. Le déficit de la balance énergétique est passé de -48 milliards à -110 milliards en une seule année. Les deux tiers de notre déficit commercial total de 2022 ont été causés précisément par les échanges avec la Russie, avec un trou record de -21,3 milliards d’euros. Et tout cela alors que les exportations vers Moscou s’effondraient.
Le résultat ? Une énergie plus chère pour les entreprises et les familles, une baisse de la production, une perte de compétitivité, une stagnation économique et un appauvrissement généralisé. La pauvreté absolue est repartie à la hausse, atteignant près de 10% de la population. Les salaires réels se sont effondrés, en particulier pour les travailleurs à bas revenus. L’inflation a érodé l’épargne des familles et la politique restrictive de la BCE a fait le reste, ralentissant encore la croissance et aggravant le poids de la dette publique.

Auto-sanctions : un suicide économique programmé
Face à ces chiffres, on ne peut que parler d’« auto-sanctions ». Le gouvernement italien et l’Union européenne ont appliqué des mesures qui leur ont causé plus de tort qu’au pays qu’ils voulaient frapper. Le récit d’une Union européenne unie et résolue à défendre les valeurs et la démocratie s’est effondré face à la dure réalité : les sanctions ont servi à plier les économies nationales à la volonté de Washington et des élites de l’Europe occidentale.
Mais il y a plus: les sanctions s’inscrivent dans une stratégie plus vaste des classes dirigeantes européennes, une guerre menée d’en haut contre les travailleurs, les retraités, les familles. Sous prétexte d’urgence guerrière, on justifie l’austérité, les coupes dans les dépenses, l’inflation, la hausse des taux et la précarisation du travail. Le résultat est un transfert supplémentaire de richesse du bas vers le haut, l’érosion de l’État-providence, l’augmentation des inégalités. Les sanctions ne sont pas seulement un outil géopolitique, mais aussi un dispositif de discipline des sociétés européennes.
Pourquoi continuer malgré l’échec ?
Si l’échec des sanctions est si évident, pourquoi persiste-t-on? Pourquoi, en janvier 2025, la Commission européenne a-t-elle adopté le seizième paquet? La réponse est simple: les sanctions ne servent pas seulement – en théorie – à frapper un ennemi extérieur, mais aussi à remodeler l’ordre interne. Elles servent à renforcer la subordination de l’Union européenne aux États-Unis. Elles servent à réduire les marges d’autonomie politique, sociale et économique des États nationaux et à légitimer un modèle toujours plus autoritaire.
Les sanctions : un instrument de guerre
N’oublions pas: les sanctions sont, à tous égards, un instrument de guerre. Une arme dont les effets peuvent être aussi dévastateurs que ceux des bombardements. Les exemples de Cuba, du Venezuela, de l’Iran le montrent: ce sont des pays où des décennies d’embargos ont détruit l’économie et frappé durement les populations civiles. Dans le cas de la Russie, la puissance et la taille de l’économie ont empêché l’effondrement, malgré les intentions initiales. Ce n’est pas un hasard si la Russie a posé le retrait des sanctions comme condition préalable à un accord de paix durable.
En ce sens, l’Italie ne participe pas seulement militairement à la guerre par procuration contre la Russie. Elle y est également impliquée économiquement, appliquant depuis des années des sanctions qui servent de complément à la stratégie de guerre de l’OTAN, avec pour seul résultat de s’auto-pénaliser. Au nom d’une politique qui ne défend pas nos intérêts, mais les sacrifie.
Une issue : le retrait des sanctions, la recherche de la paix
À la lumière de ce qui précède, il est temps de changer de cap. L’Italie doit sortir de la logique de guerre permanente, tant militaire qu’économique. Elle doit reprendre en main sa souveraineté, défendre son intérêt national, protéger le bien-être de ses citoyens. C’est pourquoi nous demandons le retrait immédiat des sanctions contre la Russie et contre tous les autres pays qui en sont victimes, l’arrêt de la participation italienne à la guerre économique et le lancement d’une initiative diplomatique pour la paix.
Ce n’est qu’ainsi que l’Italie pourra recommencer à croître, à investir, à garantir dignité et sécurité aux familles et aux travailleurs. Ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra sortir de la marginalité suicidaire dans laquelle l’a confinée une classe politique soumise aux intérêts d’autrui. Et ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra contribuer de manière constructive à la sécurité et à la stabilité de l’Europe.
Arrêtons l’automutilation économique ! Assez de sanctions !
Pour la paix, pour l’avenir, pour l’Italie !
Pour adhérer à l’appel, remplissez le formulaire : https://forms.gle/LXBJ8ZkC8wzntmno9
Pour plus d’informations, écrivez à : bastasanzioni@gmail.com
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La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation

La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
La seule manière pour les États-Unis de rester aux commandes des affaires mondiales est une guerre mondiale, c’est-à-dire un conflit à grande échelle dans lequel les États-Unis endossent le rôle d’arbitre et non de participant direct.
L’imagination des stratèges américains n’est pas très riche, c’est pourquoi on répète des schémas datant d’il y a un siècle – par exemple, le réarmement de l’Allemagne et sa préparation au combat contre l’URSS.
Aujourd’hui, l’ennemi désigné, à première vue, c’est la Russie, car la Russie est en action, mais la vraie cible est surtout la Chine, le grand rival stratégique de l’Amérique.
Un point doit être souligné : pour les Américains, peu importe qui remportera le combat.
Le réarmement de l’Europe, conçu soi-disant pour sa défense contre Poutine, peut très bien mener à la ruine de l’Europe. Tant mieux ! Ce qui importe, c’est la guerre et l’arbitre (les États-Unis) dans l’ombre, non son résultat.
De même, le réarmement du Japon, qui ne peut se faire qu’en opposition à la Chine, ne signifie pas que les Américains souhaitent vraiment – ou espèrent – que le Japon l’emporte (tout comme ils n’espèrent pas que l’Ukraine l’emporte sur la Russie). La stratégie est plus cynique : l’important est de provoquer la guerre.
Et les États qui produisent ou achètent des armes (le fameux 5 % du PIB), une fois saturés de technologie militaire, peuvent facilement être dressés les uns contre les autres.
Le cas ukrainien est exemplaire. Une Ukraine bien armée sera toujours une cible pour la Russie. Mais il en va de même pour la Pologne ou un État balte. La tension monte, l’histoire européenne, avec toutes ses tragédies passées, attend cela : la course à l’armement entre voisins. Les motifs de guerre ne manquent jamais !
Voici ce qu’écrit le PDG de Palantir dans un livre d’une franchise typiquement américaine sur la politique d’armement des alliés des États-Unis :
1. Allemagne
« Une résistance face à de nouveaux investissements militaires a, bien sûr, été particulièrement répandue en Allemagne. Günter Grass, romancier et auteur du “Tambour”, s’est célèbrement opposé à la réunification de l’Allemagne de l’Est avec l’Allemagne de l’Ouest, arguant qu’un État allemand unifié pourrait ouvrir la possibilité d’un nouvel Auschwitz. En 1991, il écrivait : “Rien – ni le sentiment d’appartenance nationale, aussi idyllique soit-il dépeint, ni la certitude de la bonne volonté des générations nées après la guerre – ne peut modifier ou effacer l’expérience que nous, criminels, avec nos victimes, avons vécue en tant qu’Allemagne unie.”
Pourtant, la neutralisation de facto du pays au cours des cinquante dernières années a eu des conséquences. Le retrait d’une Allemagne forte et affirmée a sans doute contribué à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Vladimir Poutine a correctement calculé qu’il ne paierait pas un prix significatif pour cette action. Après des décennies d’autoflagellation, l’armée allemande en était venue à ressembler davantage à une caricature de force armée authentique. »
2. Japon
« Il en va en grande partie de même pour le Japon. La démocratie la plus riche de la région aurait aujourd’hui encore besoin du soutien des États-Unis pour repousser – et a fortiori survivre à – une invasion à grande échelle (...)
La faute n’a pas été de dissoudre l’armée impériale japonaise et d’adopter des garanties juridiques destinées à empêcher sa reconstitution dans l’immédiat après-guerre. L’erreur a été de maintenir cette politique pendant trois quarts de siècle, malgré la transformation de l’ordre mondial, y compris l’ascension d’une Chine de plus en plus puissante et affirmée, ainsi que d’une Russie redevenue ambitieuse.
Le désarmement et la privation de l’Allemagne d’une capacité militaire significative ont constitué une réaction excessive, pour laquelle l’Europe paie désormais un lourd tribut. Un engagement similaire, largement théâtral, envers le pacifisme japonais menace, s’il est maintenu, de modifier également l’équilibre des forces en Asie. »
La conclusion est simple, à l’image de l’histoire récente !
17:58 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, troisième guerre mondiale, états-unis, europe, allemagne, affaires européennes, japon, asie, affaires asiatiques |
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Le conflit permanent contre l’Europe

Le conflit permanent contre l’Europe
par Daniele Perra
Source : Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-cont...
En campagne électorale, Donald J. Trump avait affirmé qu’il mettrait fin au conflit en Ukraine dans le mois suivant son élection. Aujourd’hui, près de deux ans plus tard, la situation est bien différente. Ou, ce qui est beaucoup plus probable, Trump mentait en toute connaissance de cause, comme à son habitude. Le conflit en Europe de l’Est est en effet fonctionnel aux plans de «reconstruction» industrielle des États-Unis. Plus précisément, les Américains, selon Trump et le secrétaire général de l’OTAN, vont se «contenter» de produire des armes que les Européens (contraints de porter leurs dépenses militaires à 5% du PIB) devront payer, avant d’en céder une partie à l’Ukraine.
Evidemment, l’objectif est aussi de provoquer la désindustrialisation de l’Europe ; une stratégie qui a été amorcée dès le début des années 2000 et a été révélée en son temps par Edward Snowden. Celui-ci a en effet mis en lumière comment la NSA a pu espionner toutes les communications internes de l’entreprise allemande Volkswagen, afin d’obtenir des avantages compétitifs pour l’industrie automobile américaine (la fameuse « Opération Dragonfish »). C’est assez curieux si l’on pense que les États-Unis accusent constamment la Chine d’espionnage industriel.
Quoi qu’il en soit, ce processus s’est poursuivi avec le démantèlement de la relation économique entre les ressources énergétiques russes et le potentiel industriel de l’Europe occidentale: conflit ukrainien, sabotage du Nord Stream à la clé, et réarmement allemand en accord avec les plans de Palantir, qui vise à utiliser l’Allemagne en tant qu’outil anti-russe (voir « The Technological Republic » d’Alex Karp). La diffusion de la russophobie, en ce sens, est essentielle pour insister sur le réarmement européen et maintenir en vie le complexe militaro-industriel américain; revitaliser la «rust belt» et achever de détruire également l’industrie automobile européenne.
Aujourd’hui, nous assistons à une nouvelle phase d’aggravation du conflit, que la Russie continue de gagner territorialement (mais très lentement), mais de perdre sur le plan sensationnaliste et propagandiste (même si les attaques ukrainiennes sur le territoire russe posent désormais de graves problèmes à Moscou). Un conflit, à mon sens, désormais dépourvu de sens, surtout pour l’Europe qui, si elle n’était pas gouvernée par une élite corrompue et servile, devrait tout faire pour y mettre fin avant qu’il ne soit trop tard.
12:26 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, europe, affaires européennes, politique internationale |
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La nécessité de distinguer entre les difficultés subjectives et les nécessités objectives

La nécessité de distinguer entre les difficultés subjectives et les nécessités objectives
par Riccardo Paccosi
Source : Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-d...
À l’été 2024, bien conscient de mes grandes limites en tant qu’observateur extérieur au contexte allemand, j’avais écrit que le parti souverainiste-marxiste BSW de Sahra Wagenknecht aurait dû chercher un accord avec les souverainistes-libéraux de l’Alternative für Deutschland.
Évidemment, j’ai alors essuyé de nombreuses critiques venant de la gauche. L’actualité politique nous apprend cependant qu’en ce moment — avec un retard énorme et à partir d’une position de faiblesse — Wagenknecht semble vouloir justement s’engager dans cette voie: à savoir, une collaboration suivie entre les deux partis souverainistes visant à mettre fin à la guerre avec la Russie.
Il ne s’agit pas, pour l’instant, d’une véritable proposition d’alliance électorale, mais plutôt de démarrer un processus d’entente progressive: dans un premier temps, Wagenknecht rompt le cordon sanitaire érigé par tous les partis allemands autour de l’AfD en la légitimant en tant que force démocratique avec laquelle dialoguer ; dans un second temps, on évoque la possibilité d’un soutien externe des souverainistes-marxistes au cas où l’AfD formerait un gouvernement avec un premier ministre indépendant ; en troisième lieu, lors des prochaines élections régionales, le BSW pourrait s’abstenir au second tour, permettant ainsi à l’AfD de l’emporter.

Le fait est que le BSW aurait dû entamer ce processus dès sa fondation, c’est-à-dire à l’époque où certains sondages le créditaient de plus de 10 %. Aujourd’hui, la position des souverainistes-marxistes apparaît déséquilibrée, pour ne pas dire quémandeuse. En effet, la proposition de Wagenknecht à Alice Weidel d’organiser quelques débats publics en duo a été refusée par cette dernière: après tout, pourquoi la secrétaire d’un parti crédité à 30 % s’associerait-elle à la leader d’un parti à 4 %, qui n’a même pas dépassé le seuil d’entrée au Bundestag lors des dernières élections ?
Et pourtant, malgré toutes ces problématiques, cette affaire impose de réfléchir et de distinguer entre difficultés subjectives et nécessités objectives.
La difficulté subjective de l’AfD est celle commune à tous les partis souverainistes de droite: vouloir défendre la souveraineté tout en adhérant à la doctrine économique du néolibéralisme, c’est-à-dire une doctrine qui, en soumettant la société au marché, érode par nature les frontières mêmes de la souveraineté puisqu’elle laisse le champ libre à toutes les influences et ingérences supranationales. Si à cela on ajoute le soutien de Weidel et de ses collègues à un pays comme Israël, qui vise à orienter une large part des pays occidentaux par le biais du lobbying politique, alors le « souverainisme de droite » révèle tout son caractère oxymorique.
La difficulté subjective du BSW semble, en miroir, résider dans la persistance en son sein d’une culture et de dynamiques identitaires encore liées à la gauche: on l’a vu lors des dernières élections régionales, où les souverainistes-marxistes se sont alliés en Thuringe et dans le Brandebourg avec les partis bellicistes CDU et SPD, et c’est confirmé par les rumeurs selon lesquelles la base du BSW serait actuellement agitée précisément à cause de cette récente ouverture de Wagenknecht à l’AfD.
Malgré ces énormes difficultés subjectives, deux nécessités objectives subsistent, indépendamment de la faisabilité ou non d’un accord entre le BSW et l’AfD.
1) La nécessité d’un front institutionnel large, aussi large que possible, pour arrêter la guerre en Europe.
2) La nécessité d’une redéfinition de la politique occidentale qui efface la fausse opposition entre droite et gauche et la remplace par celle entre mondialistes et souverainistes. .
Le point 2) ne pourra être atteint que lorsque la droite et la gauche cesseront de se percevoir et de se qualifier comme telles: pour les personnes issues de la droite, il s’agira de comprendre la nature du néolibéralisme et son rôle destructeur des traditions et des identités des peuples ; pour celles issues de la gauche, il s’agira de prendre TOUT ce que la gauche politique a pensé, dit et fait depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui, de l’emballer puis de le jeter sans regret à la poubelle de l’histoire.
11:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, allemagne, bsw, sahra wagenknecht, afd, europe, affaires européennes |
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dimanche, 05 juillet 2026
1776-1976: deux déclarations, une longue transformation de l’ordre international

1776-1976: deux déclarations, une longue transformation de l’ordre international
par Tiberio Graziani
Source : La Fionda & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/1776-1976-due-dic...
Le point de départ de mon intervention est une question en apparence simple: pourquoi rapprocher deux anniversaires aussi éloignés que les 250 ans de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique et les 50 ans de la Charte d’Alger? La réponse, à mon avis, ne peut pas être seulement commémorative.
La thèse que je souhaite défendre est que ces deux documents acquièrent aujourd’hui un sens particulier parce qu’ils appartiennent à deux moments décisifs de la longue transformation de l’ordre international moderne: ils nous permettent d’observer, sous des angles différents, l’ascension, l’apogée et la recomposition actuelle de cet ordre. Par cette expression, je ne fais pas seulement référence à la répartition du pouvoir entre les États, mais à l’ensemble des principes de légitimation, des institutions, des hiérarchies et des configurations spatiales à travers lesquels la communauté internationale s’organise elle-même.

La Déclaration américaine du 4 juillet 1776 se situe à l’origine d’une trajectoire historique qui conduira progressivement les États-Unis de la condition de nouvelle communauté politique atlantique à la fonction de principal architecte de l’ordre mondial d’après-guerre, puis de la période unipolaire.
La Charte d’Alger, le 4 juillet 1976, naît en revanche dans un contexte profondément différent: celui de la décolonisation, de l’émergence des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, du Mouvement des non-alignés et de la revendication d’un ordre international moins hiérarchique et plus représentatif de la pluralité historique du monde.
Rapprocher ces deux documents, c’est donc observer deux moments différents d’une même, longue transformation: d’un côté l’ascension de l’ordre occidental sous conduite américaine, de l’autre l’émergence d’acteurs, de peuples et d’espaces géopolitiques qui ont progressivement remis en cause la prétention à un centre unique de l’ordre mondial.
En ce sens, 2026 n’est pas seulement une coïncidence de calendrier, mais un point d’observation privilégié pour interroger la phase historique que nous traversons: une phase où l’hégémon voit sa capacité à organiser l’ordre s’éroder progressivement, et où l’ordre international paraît de moins en moins réductible aux catégories qui ont accompagné sa construction au XXe siècle.
Les transitions historiques mettent aussi en crise les catégories d’interprétation
Placer ces deux documents dans cette perspective impose de s’arrêter sur un aspect que je considère décisif. Tout ordre international produit non seulement une certaine répartition de la puissance, mais aussi l’ensemble des catégories à travers lesquelles cette réalité est observée, décrite et interprétée — il possède, pour ainsi dire, sa propre épistémologie: un lexique, des représentations, une grille conceptuelle qui orientent la façon dont nous comprenons le monde.
C’est pourquoi chaque phase de transition nécessite aussi un travail de re-conceptualisation : comprendre un ordre qui change, c’est d’abord interroger de façon critique le langage avec lequel nous continuons à le décrire. Les grandes transformations de l’ordre international ne modifient pas seulement les rapports de force entre États, mais remettent aussi en cause progressivement les outils conceptuels avec lesquels nous lisons la réalité, car les catégories interprétatives élaborées à une époque reflètent inévitablement les équilibres de l’ordre qui les a générées et rencontrent de plus en plus de difficultés dès lors que cet ordre commence à changer.

C’est ce qui s’est passé, par exemple, pendant la Guerre froide. Le bipolarisme était une représentation correcte de la répartition de la puissance militaire et nucléaire, et décrivait efficacement le face-à-face stratégique entre les États-Unis et l’Union soviétique ; ce n’était pas une représentation fausse, mais incomplète. Elle saisissait avec précision la structure du face-à-face entre les deux superpuissances, mais laissait dans l’ombre d’autres processus historiques qui, même s’ils paraissaient périphériques à l’époque, étaient destinés à modifier profondément la composition de la société internationale.
Alors que l’attention des spécialistes et des décideurs restait concentrée presque exclusivement sur l’affrontement entre les deux blocs, prenaient forme des phénomènes de longue durée que la seule logique bipolaire ne parvenait pas à expliquer: la décolonisation, l’émergence de dizaines de nouveaux États, la Conférence de Bandung, le Mouvement des non-alignés, les revendications pour un Nouvel Ordre Économique International, l’affirmation d’une subjectivité politique autonome des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Le bipolarisme permettait de comprendre la distribution de la puissance mais s’avérait moins efficace pour interpréter la transformation de l’ordre : cette transformation était déjà en cours, mais les catégories disponibles n’en permettaient pas encore de saisir toute la portée.
La Charte d’Alger et l’émergence d’une nouvelle idée de l’ordre
C’est précisément à la lumière de ces considérations que, selon moi, la Charte d’Alger de 1976 revêt un sens qui va bien au-delà de sa dimension juridique ou politique. On la retient généralement comme une déclaration consacrée aux droits des peuples et, plus généralement, comme l’un des principaux produits culturels de la période de la décolonisation : une interprétation certainement correcte, mais qui risque d’en saisir seulement une partie, car la Charte constitue aussi l’une des premières tentatives d’interpréter une transformation de l’ordre international que les catégories dominantes de l’époque n’étaient pas encore capables de décrire pleinement.
En 1976, le monde continuait à être lu principalement à travers la logique du bipolarisme, mais les phénomènes évoqués atteignaient une masse critique telle qu’ils nécessitaient une codification politique et juridique autonome. C’est précisément dans cet écart — entre une lecture du monde encore bipolaire et une société internationale déjà profondément transformée — que se situe la Charte d’Alger.
De ce point de vue, la Charte d’Alger est plus qu’une simple déclaration de principes : elle prend acte que le monde ne peut plus être interprété exclusivement à travers la relation entre les grandes puissances, et pour la première fois les peuples deviennent non seulement destinataires de droits, mais aussi sujets de l’histoire internationale. C’est probablement là sa contribution la plus originale. Elle ne dispose pas encore, certes, d’une théorie de la transition de l’ordre international, ni a fortiori d’une théorie du polycentrisme ; mais elle saisit avec lucidité un élément qui deviendra de plus en plus évident dans les décennies suivantes, à savoir que l’ordre international ne peut plus être pensé comme l’expression d’un centre unique d’organisation politique et culturelle.
Plus que de proposer une nouvelle liste de droits, la Charte suggère implicitement que l’universalisation croissante de la société internationale rend inévitable aussi une pluralisation progressive de l’ordre : la pluralité des peuples, des civilisations, des cultures et des expériences historiques n’est plus une condition périphérique du système international, mais devient l’un des traits fondamentaux de sa nouvelle configuration.

Pour cette raison, la Charte d’Alger n’appartient pas seulement à l’histoire de la décolonisation, mais aussi à celle de la transformation progressive de l’ordre international. Si le bipolarisme organisait la lecture du monde autour de la compétition entre deux superpuissances, la Charte déplaçait implicitement le centre de gravité de l’analyse vers la pluralité croissante des acteurs de la vie internationale : elle ne se limitait pas à contester un certain équilibre géopolitique, mais contribuait à remettre en cause le cadre conceptuel même dans lequel cet équilibre était interprété.

De la crise de l’hégémonie à la recomposition de l’ordre
Si cette interprétation est correcte, elle aide aussi à comprendre la phase historique que nous traversons. Le débat international évoque souvent le déclin relatif des États-Unis, l’ascension de la Chine, le retour de la Russie, l’expansion des BRICS+, le rôle croissant de ce qu’on appelle le Sud global: des phénomènes réels, abondamment documentés, qui influenceront les équilibres internationaux. À mon avis, cependant, ils sont surtout les manifestations visibles d’un processus plus profond.
Le phénomène fondamental, en effet, ne réside pas dans la simple redistribution de la puissance, mais dans la transformation croissante de la structure de l’ordre international: ce n’est pas seulement celui qui détient le pouvoir qui change, mais aussi les principes qui l’organisent, les modalités de production de l’ordre et les formes de sa légitimation. C’est probablement là la véritable nouveauté de la phase actuelle.
Pendant longtemps, nous avons interprété l’histoire des relations internationales comme une succession d’hégémonies, où une grande puissance remplace la précédente et construit son ordre. Cette représentation paraît aujourd’hui de moins en moins convaincante: ce à quoi nous assistons ne semble pas être le simple passage d’une hégémonie à une autre, mais plutôt la dispersion progressive des capacités d’organisation de l’ordre.
L’État continue naturellement à représenter le principal acteur de la politique internationale, mais la structuration de l’ordre implique désormais une pluralité croissante de niveaux organisationnels et de centres d’initiative: organisations régionales, grands ensembles géopolitiques, réseaux d’infrastructures, plateformes technologiques, systèmes financiers, corridors logistiques et nouvelles formes de coopération internationale participent, de diverses manières, à la configuration de l’ordre mondial. La recomposition de l’ordre international ne coïncide donc pas avec le simple transfert du leadership d’une puissance à une autre, mais avec la redéfinition des principes, des institutions et des configurations spatiales à travers lesquels l’ordre est produit, maintenu et légitimé.
C’est pourquoi je préfère parler de recomposition plutôt que de remplacement de l’ordre: le terme suggère que la transition en cours n’implique pas la disparition de l’ordre précédent et son remplacement par un nouveau, mais un processus plus complexe, dans lequel des éléments de continuité et des facteurs d’innovation coexistent, interagissent et redéfinissent, étape par étape, la structure de la société internationale. Chaque ordre traverse en effet une phase où le principe qui en garantissait la cohésion continue d’opérer, sans réussir toutefois à organiser l’ensemble de la réalité internationale: c’est dans ces moments que de nouveaux principes d’organisation émergent, d’abord dispersés et fragmentaires, appelés avec le temps à redéfinir la structure du système. En définitive, c’est le principe organisateur lui-même qui change: si, dans la phase précédente, il relevait de la capacité d’un seul centre à organiser la vie internationale, aujourd’hui il tend à s’articuler autour d’une pluralité de centres, de niveaux de décision et de configurations géopolitiques.
Deux niveaux de l’analyse géopolitique
Les considérations qui précèdent me conduisent à une conclusion de nature théorique : je pense que la phase historique actuelle rend nécessaire de distinguer deux niveaux analytiques que le débat contemporain a tendance à superposer. Le premier concerne la distribution de la puissance, le second la structure de l’ordre international: deux perspectives complémentaires mais non identiques.
La première se concentre sur la localisation des ressources matérielles de la puissance — capacités militaires, économiques, technologiques, démographiques, financières —, la seconde s’interroge sur la manière dont ces ressources sont organisées, coordonnées et transformées en un principe d’ordre. Cette distinction me semble essentielle pour comprendre la phase historique que nous vivons.
À ce point surgit une conséquence théorique particulièrement importante. Si la transformation actuelle affecte à la fois la distribution de la puissance et la structure de l’ordre international, il devient nécessaire de distinguer analytiquement deux niveaux que la littérature a souvent tendance à confondre: toutes les transformations de puissance ne produisent pas en effet une transformation de l’ordre, de même qu’une transformation de l’ordre peut mûrir progressivement avant même que la distribution de la puissance ait été pleinement redéfinie.
C’est précisément dans cette différence temporelle, je crois, que réside le cœur de la distinction ici proposée : la distribution de la puissance et l’organisation de l’ordre ne changent pas nécessairement au même rythme. On peut donc assister à une multipolarisation de la puissance sans un polycentrisme correspondant de l’ordre, tout comme on peut observer un processus de polycentrisme en cours alors même que la redistribution de la puissance n’est pas encore pleinement accomplie.

Multipolarité et polycentrisme
C’est précisément dans cette perspective que je propose de distinguer multipolarité et polycentrisme. La multipolarité concerne la distribution de la puissance et répond à une question relativement simple :
« quels sont les principaux pôles de la puissance mondiale et comment leurs capacités stratégiques sont-elles réparties ? »
Le polycentrisme concerne en revanche la structure de l’ordre et s’interroge sur une question différente :
« comment l’ordre international est-il concrètement organisé ? »
La différence est fondamentale: la multipolarité décrit une configuration de la puissance, le polycentrisme interprète une configuration de l’ordre.
Dans ce cadre, les États continuent naturellement de représenter les acteurs fondamentaux de la politique internationale, mais ils opèrent de plus en plus à l’intérieur de configurations spatiales, économiques, technologiques et institutionnelles plus larges: organisations régionales, grands ensembles géopolitiques, réseaux d’infrastructures, systèmes financiers, plateformes technologiques, corridors logistiques et nouvelles architectures de coopération participent, aux côtés des États, à la production de l’ordre. C’est pourquoi je considère que le polycentrisme n’est pas simplement un synonyme de multipolarité, mais une perspective théorique différente pour interpréter la transformation de l’ordre international.
En d’autres termes, multipolarité et polycentrisme ne se situent pas sur le même plan conceptuel : la première appartient principalement à la théorie de la puissance, la seconde à la théorie de l’ordre. Confondre ces deux niveaux revient à attribuer à la seule distribution des ressources matérielles une capacité explicative qu’elle ne possède pas: la distribution de la puissance est certes une condition nécessaire de l’ordre international, mais elle n’est pas suffisante pour en expliquer la forme, la stabilité et les principes de légitimation.
Repenser l’ordre international
C’est justement pour cette raison que je considère significatif de rapprocher, dans ce colloque, la Déclaration d’Indépendance américaine et la Charte d’Alger : non parce que ces deux documents appartiennent à la même tradition politique ou culturelle, ni parce qu’ils poursuivent les mêmes objectifs, mais parce qu’ils marquent deux moments fondamentaux de la longue histoire de l’ordre international moderne.
La Déclaration de 1776 inaugure une trajectoire historique destinée à conduire, à travers l’affirmation de la puissance américaine et de l’ordre occidental, à la configuration internationale qui a caractérisé une grande partie du XXe siècle. La Charte d’Alger représente en revanche l’un des premiers documents dans lesquels émerge la conscience que cette configuration n’est plus suffisante pour représenter la pluralité croissante de la communauté internationale.
Elle n’annonçait pas encore le polycentrisme, mais posait implicitement une question appelée à accompagner toute l’évolution ultérieure de l’ordre international :
« comment construire un ordre capable de reconnaître la pluralité des peuples, des civilisations et des différentes expériences historiques ? »

Cinquante ans plus tard, cette question conserve, à mon avis, toute son actualité. Aujourd’hui, la question ne concerne pas simplement l’émergence de nouvelles puissances, mais surtout la possibilité de construire un ordre international capable de refléter la pluralité croissante des centres de décision, des identités politiques, des configurations géopolitiques et des formes d’organisation de la puissance qui caractérisent le XXIe siècle.
La tâche de la géopolitique
C’est là que se situe aussi la tâche de la recherche géopolitique, qui ne peut pas se limiter à décrire les équilibres internationaux, mais doit s’interroger de manière critique sur les catégories à travers lesquelles ces équilibres sont interprétés — le lexique et la grille conceptuelle que j’évoquais tout à l’heure, appelés eux aussi à montrer leurs limites dès que l’ordre qui les a produits change. Comprendre une transition signifie donc non seulement observer le changement de la réalité, mais aussi vérifier si les outils conceptuels dont nous disposons sont encore adaptés pour la décrire.
C’est précisément dans ces moments qu’il devient nécessaire d’élaborer de nouvelles catégories d’interprétation: non pour remplacer mécaniquement celles qui précédaient, mais pour comprendre des phénomènes qu’elles ne parviennent plus à expliquer de façon satisfaisante.
La distinction entre multipolarité et polycentrisme n’est donc pas une simple précision terminologique, mais reflète la nécessité de tenir séparés les deux plans de l’analyse internationale que j’ai évoqués: la distribution de la puissance et l’organisation de l’ordre. Les confondre, c’est risquer de lire le XXIe siècle avec les catégories élaborées pour comprendre le XXe.
Si le XXe siècle nous a légué l’appareil conceptuel avec lequel nous avons interprété l’ordre international de l’après-guerre, le nouveau siècle nous assigne une tâche différente: non seulement comprendre une transformation déjà en cours, mais contribuer à élaborer les outils conceptuels nécessaires pour l’interpréter. C’est pour ces raisons que les 250 ans de la Déclaration d’Indépendance américaine et les 50 ans de la Charte d’Alger prennent aujourd’hui un sens qui va bien au-delà de la commémoration historique.
Ce ne sont pas simplement deux anniversaires: ce sont deux points d’observation privilégiés à partir desquels réfléchir à la longue transformation de l’ordre international et à la nécessité de repenser les outils interprétatifs avec lesquels nous le lisons. Tout ordre international naît, d’ailleurs, d’une recomposition de la pluralité historique. Comprendre notre temps, c’est donc comprendre non seulement qu’un ordre arrive à son terme, mais surtout quel principe de recomposition émerge lentement.
Comprendre la recomposition de l’ordre international, c’est alors reconnaître que toute grande transition historique suppose aussi une transition conceptuelle. Lorsque l’ordre du monde change, changent nécessairement aussi les catégories avec lesquelles nous prétendons l’interpréter. C’est peut-être là la première tâche de la réflexion géopolitique au XXIe siècle.
* * *
Voici le texte de l’intervention prononcée par Tiberio Graziani à l’ouverture du colloque « La recomposition de l’ordre international. Réflexions libres sur le polycentrisme, 250 ans après la Déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique et 50 ans après la Déclaration universelle des droits des peuples (Charte d’Alger) », qui s’est tenu le 2 juillet 2026 au Département de droit de l’Université Roma Tre (voir affiche ci-dessous).

Le colloque, organisé par le Doctorat international Law and Social Change du Département de droit de l’Université Roma Tre, en collaboration avec Vision & Global Trends – International Institute for Global Analyses et la Société italienne de géopolitique, s’inscrit dans le cadre des activités scientifiques de l’École doctorale et a été dédié à une réflexion interdisciplinaire sur la transformation de l’ordre international contemporain.
L’intervention propose une lecture conjointe de deux documents appartenant à des moments historiques profondément différents, mais qui, considérés dans la perspective de la longue durée, permettent de réfléchir à la genèse, à l’évolution et à la progressive recomposition de l’ordre international moderne.
À travers la comparaison entre la Déclaration d’Indépendance américaine et la Charte d’Alger, le texte développe une réflexion sur la crise de l’ordre international à direction occidentale, sur l’émergence progressive de nouveaux acteurs de la politique mondiale et sur la nécessité de distinguer, sur le plan théorique, multipolarité et polycentrisme. Il en résulte une proposition de nature méthodologique : comprendre les grandes transitions historiques exige non seulement d’observer les changements géopolitiques, mais aussi de revoir de façon critique les catégories conceptuelles à travers lesquelles ces mutations sont interprétées.
20:12 Publié dans Actualité, Définitions, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : multipolarité, ordre international, polycentrisme, actualité, définition, théorie politique, sciences politiques, politologie |
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L’Allemagne s’arme et Washington encaisse

L’Allemagne s’arme et Washington encaisse
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Mark Rutte dispose à Washington d’un argument pour l’OTAN qu’il aime répéter : les commandes d’armement européennes et canadiennes, d’une valeur de 300 milliards de dollars, garantissent près de 200.000 emplois aux États-Unis. Ce qu’il présente comme une success-story de l’Alliance est en réalité une facture, et la seule question est de savoir qui la paiera à la fin.
Nous payons plus. Nous assumons plus de responsabilités militaires. Et pour les capacités décisives, nous restons tout de même dépendants des États-Unis. Ce n’est pas un effet secondaire du nouveau partage des charges, c’en est le véritable objectif.
L’Allemagne supporte l’une des plus grandes parts de l’aide à l’Ukraine, met en place une brigade entière en Lituanie et assume des responsabilités de commandement sur le flanc est de l’OTAN. La technologie clé nécessaire à cela est achetée aux États-Unis: F-35, Patriot, Chinook. L’argument habituel est qu’il n’existe actuellement aucune alternative européenne d’un degré comparable. C’est vrai, mais cela met un problème en exergue, et n'est pas une justification. C’est précisément pour cela que chaque décision d’achat qui privilégie l’interopérabilité à la souveraineté détermine la voie des trente prochaines années. Avec chacun de ces systèmes, nous nous engageons pour des décennies à acheter des munitions, des pièces de rechange, des logiciels et de la maintenance, une dépendance technique dont il sera quasiment impossible de se libérer.
Pour Washington, c’est un modèle confortable: l’Europe supporte les coûts et la charge conventionnelle pendant que l’industrie américaine de l’armement se développe et que l’influence stratégique des États-Unis perdure. On peut présenter cela, comme Rutte, comme une garantie de solidarité renforcée: qui est étroitement lié économiquement sera, en cas de besoin, plus facilement défendu. Mais si l’on regarde les dernières années – droits de douane, doutes publics sur l’article 5, luttes pour chaque engagement – on constate que l’interdépendance économique ne remplace pas la fiabilité politique. Elle donne de l’influence à l’industrie américaine, sans lier Washington.
Pour l’Allemagne, le bilan est tout autre. Nous payons la facture, nous nous trouvons géographiquement dans la zone de guerre potentielle, nous devenons la plaque tournante logistique du flanc est et nous gagnons très peu en autonomie politique ou technologique.
C’est la différence entre s’armer et devenir souverain. Une politique de sécurité digne de ce nom commencerait par se demander quelles capacités servent nos propres intérêts et lesquelles nous devons construire nous-mêmes, plutôt que de les acheter. Opposer à cet argument de bon sens que l’on manque de temps, c’est confondre une excuse avec un argument : justement parce que la construction prend des années, il aurait fallu commencer il y a des années ; chaque nouveau paquet d’achats qui ne pose pas cette question reporte la sortie de la dépendance d’une décennie supplémentaire.
La politique actuelle est tout autre : argent allemand, soldats allemands, risques allemands. Technologie américaine, valeur ajoutée américaine.
Rutte dit que cela donne davantage de responsabilité à l'Europe. Du point de vue allemand, il s’agit surtout de perpétuer notre dépendance – mais à un prix btoujours plus élevé.
#geopolitique@global_affairs_byelena
16:25 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : réarmement, allemagne, actualité, europe, otan, affaires européennes |
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Scission du temps et fin des accords d’Anchorage

Scission du temps et fin des accords d’Anchorage
Alexandre Douguine
Animateur: La semaine dernière s’est tenue la conférence « Philosophie du futur. Idées et significations ». Dans une lettre de bienvenue, le président du pays, Vladimir Poutine, a souligné ce qui suit, je cite: « Le besoin d’une analyse philosophique profonde et responsable des événements en cours et des défis contemporains grandit». Je propose donc de commencer notre conversation par le rôle de l’Europe dans ces défis contemporains. Vous avez émis de nombreuses remarques sur le comportement de l’Occident lors de cette conférence, c’est pourquoi je vous pose la question suivante: l’analyse philosophique existe-t-elle aujourd’hui chez ceux qui siègent à Bruxelles? Pourquoi les politiciens actuels choisissent-ils consciemment la voie de l’abîme, si vous me permettez cette expression?
Alexandre Douguine : Le fait est que tout cela est un peu plus complexe, à moins de considérer simplement qu’il s’agit d’idiots agissant de façon spontanée, sans comprendre les conséquences de leurs actes. En réalité, nous comprenons mal la métaphysique de l’Occident contemporain. Pourtant, elle existe. Mais elle est pour nous inattendue, car au cours des 30, 40 dernières années, la pensée philosophique occidentale, dans son ensemble, a rompu avec la tradition des Lumières, avec l’humanisme, avec la primauté de l’homme — ce dont elle se targuait et qui faisait en partie sa force à l’époque précédente.
Bien sûr, on peut débattre du degré de sincérité de cette attitude, même à l’époque. Les doubles standards sont très caractéristiques de l’Occident: ils parlaient de progrès tout en instaurant l’esclavage, ils parlaient d’égalité tout en colonisant d’autres peuples, ils parlaient de justice tout en organisant le génocide de pays et de sociétés entières. Les doubles standards, c’est une chose.

Mais ce qui est intéressant, c’est que ces 30 à 40 dernières années (et cela a été largement évoqué lors de notre conférence, dans le cluster « Lomonossov » à l’Université d’État de Moscou, au sein de différentes sections et sous divers angles), la philosophie occidentale contemporaine est devenue ouvertement antihumaine. Elle est ouvertement nihiliste, elle ne propose absolument aucune image séduisante du futur, elle fait, en fait, commerce de l’horreur. C’est une philosophie qui a rompu complètement et définitivement avec l’humanisme, avec les valeurs sacrées, avec la tradition. Elle s’est plongée dans ce temps technique, libéré, libre, qui s’écoule vers nulle part, et elle a totalement réinterprété toutes les notions avec lesquelles elle opérait auparavant.
C’est pourquoi il était si important de réfléchir au temps et à l’avenir lors de cette conférence. Parce que nous n’avons pas affaire à un simple « bug » dans le programme, mais à une tendance fondamentale, incarnée, par exemple, dans la philosophie de l’accélération — l’accélération du temps. Mais vers où? Accélérer vers quoi? Lorsque l’on pose ces questions, lorsqu’on les place dans un contexte intellectuel, lorsqu’on analyse les auteurs occidentaux, leurs théories, l’ontologie orientée objet, leurs conceptions du temps, de la temporalité, de l’histoire — alors, on ressent véritablement de l’effroi.
En fait, de nombreux philosophes occidentaux contemporains envisagent consciemment la perspective proche de la destruction de la vie sur Terre, des mutations, des explosions nucléaires, des catastrophes technologiques, non pas comme une possibilité qu’il faudrait éviter, mais comme une issue souhaitable. Cela est très difficile à imaginer, difficile à croire que de telles théories existent. Dans notre section, comme dans d’autres, il y avait des exposés, voire des témoignages des philosophes anglais eux-mêmes.



Richard Sakwa (photo), philosophe britannique, parlait de l’effondrement du progrès. Il disait que plus personne en Occident ne croit au progrès. Son idée était un peu naïve: «Essayons de réinventer le progrès, revenons-y». Mais en réalité, il faut s’interroger sur le progrès lui-même: quelle était donc cette idéologie qui vient de s’achever? Elle était fondée sur l’anti-christianisme, sur le rejet de Dieu, de la religion, de l’éternité.
Et aujourd’hui, face à la philosophie de Washington, de Bruxelles, de la Silicon Valley et des centres intellectuels occidentaux qui promeuvent et développent cela consciemment, nous devons mettre l’accent sur la pensée souveraine, sur une temporalité souveraine, sur notre histoire russe, sur notre propre conception de l’avenir. De l’avenir du temps. Tout simplement, notre temps et celui de l’Occident coulent dans des directions différentes. Nous n’avons certainement pas à aller dans la direction où ils ne font pas que nous appeler, mais où ils nous poussent.
Voilà pourquoi, selon moi, notre président Vladimir Vladimirovitch Poutine a adressé un message aussi important au congrès des philosophes venus discuter de ces questions du monde entier.


Les Chinois, d’ailleurs, ont parlé de leur propre temporalité, de façon très intéressante. On pourrait croire qu’ils sont performants dans le présent, qu’ils sont très modernes, mais leur conception du temps est tout à fait différente. Et les meilleurs représentants de la Chine — Zhang Weiwei (photo, en haut), le célèbre professeur Jiang (photo, en bas), qui a tout prédit : la victoire de Trump, la guerre en Iran — ont participé à nos travaux. Ce groupe d’intellectuels chinois, extrêmement important, disait : « Nous aussi, notre temps chinois coule dans sa propre direction, ne croyez pas que nous cédons à l’Occident, nous connaissons leur valeur. »
Les professeurs indiens de l’Institut Jawaharlal Nehru — d’ailleurs, d’excellents penseurs — affirment que le temps indien ne coule pas non plus dans ce sens. Les auteurs musulmans et les chercheurs africains (le professeur Nyamsi disait que le mot même de « temps » a un sens différent dans les langues africaines) insistent sur le fait que l’Occident tente de nous inclure dans son propre temps, tente de coloniser notre conscience du temps et de l’histoire.
Évidemment, dans toutes les sections, la question du temps russe, de l’avenir russe, de la direction à prendre, a été abordée. Il est absolument évident que ce n’est pas vers la direction où l’Occident nous pousse. Tel était l’avis unanime de centaines de personnes — plus d’un millier ont participé à ce congrès. Il nous faut aller dans l’autre sens : il faut immédiatement changer de voie, descendre de ce train, sous peine de catastrophe. Le congrès était très sérieux. C’est un cas rare où deux jours ont été remplis de discussions, de débats et d’échanges aussi intenses.
Mais déjà aujourd’hui, vous savez, il ne reste presque plus de libéraux et de pro-occidentaux, ce sont des cas isolés. La plupart comprennent qu’il faut agir, qu’il faut fonder sa propre souveraineté philosophique, sa souveraineté intellectuelle. Il faut construire une histoire russe, un éclairage russe (il existe d’ailleurs un décret présidentiel sur l’éducation historique), il faut s’appuyer sur des valeurs traditionnelles, il faut chercher non seulement une tactique, mais aussi une stratégie. Il est nécessaire de déterminer cette voie : où allons-nous, quelle est la finalité que nous, Russes, considérons comme le but de notre histoire, alors qu’elle s’éloigne de plus en plus manifestement de celle de l’Occident.
Il est très important que nous ayons eu parmi nous des représentants de nos militaires venant de la zone de l’opération militaire spéciale. Dans la zone de contact, il y a aussi des philosophes russes qui participent aux combats. C’est étonnant, et ils étaient parmi nous. Ils ont parlé de la façon dont des centaines de milliers de nos combattants comprennent et interprètent cette guerre que nous menons contre l’Occident. Et cette compréhension est bien plus profonde qu’on ne le pense. On imagine qu’ils sont des héros mais qu’ils combattent purement techniquement, exécutant ce qui leur est demandé, alors qu’en réalité ils réfléchissent aussi très profondément, comme il s’avère patent. Ces centaines de milliers de personnes sont peut-être les représentants les plus éveillés, les plus actifs, les plus aigus de notre peuple. Ils sont simples ou non — il y a là des philosophes professionnels, des scientifiques, des humanistes, des physiciens qui aujourd’hui se battent pour nous au front. En se battant, ils pensent, et ils ont partagé leurs réflexions au congrès. Cela a été inestimable, tout simplement inestimable.

C’est un cas rare où l’événement a reçu un soutien colossal de la part des autorités, mais le plus important, sans doute, est que les autorités en ont réellement besoin. Ce n’est pas seulement nécessaire aux philosophes eux-mêmes ou aux spécialistes. Le président en a besoin, son administration en a besoin, le gouvernement en a besoin (le vice-premier ministre Tchernychenko est intervenu), le Conseil de la Fédération en a besoin (le vice-président du Conseil de la Fédération a pris la parole). De fait, le pouvoir d’État commence à prendre conscience de ce qu’il aurait dû comprendre depuis longtemps. Dieu merci, le temps est venu : sans une analyse philosophique profonde des processus auxquels nous sommes confrontés, dans un monde complexe et multipolaire, et dans notre propre pays, il est tout simplement impossible d’aller plus loin.
Animateur: J’ai personnellement rencontré de nombreux jeunes gens dans la zone de l’opération militaire spéciale, de tous âges et de tous milieux, et, sans aucun doute, leur clarté d’esprit est vraiment surprenante. À votre avis, Alexandre Guélievitch, à quel point est-il important pour un philosophe russe de ressentir physiquement ce qui se passe, comme on dit, « sur le terrain » ? Bien sûr, vous avez dit que c’est d’abord important pour l’État, mais tout de même, si nous parlons des philosophes…
En fait, on pense souvent que l’histoire concerne le passé. Mais l’histoire concerne le passé, le présent et l’avenir. Et toutes ensemble, ces trois temporalités (chez nous, le passé, le présent et le futur) constituent la carte du chemin d’un peuple, le destin d’un peuple dans l’histoire. L’histoire, c’est les trois temps, et, en conséquence, si un philosophe vit en dehors de l’histoire, alors bien sûr, il se fiche probablement de tout ; mais de tels philosophes n’ont jamais existé. Tous les philosophes ont vécu, à travers eux-mêmes, les destins de leurs civilisations, de leurs sociétés, les faisant passer par leur esprit et leur cœur, par leur âme.

Ainsi, évidemment, la guerre que nous menons aujourd’hui doit sans aucun doute toucher chaque personne qui pense. Certains aident le front, d’autres combattent, d’autres perdent des proches, certains meurent, d’autres mènent le combat sur le plan spirituel. Mais il s’agit de la même guerre, à l’arrière comme au front, dans les professions civiles, dans l’économie, dans la gestion, et directement dans les combats.
Nous avions aussi parmi nous Alexeï Tchadaïev. Il est à la fois penseur, philosophe, et en même temps développeur d’un système très puissant de drones. Il est véritablement en première ligne. Et il y a beaucoup de personnes comme lui. En temps de guerre, tous doivent s’impliquer. C’est le destin, c’est sérieux, ce n’est pas un simple incident technique. Nous la menons depuis plus de quatre ans. C’est en fait un défi lancé à toute notre civilisation, à tout notre peuple. Nous ne vaincrons que si nous intégrons cette victoire à notre existence, si nous commençons à vivre et à respirer avec elle. C’est cette victoire, et cela, bien sûr, change notre rapport à la pensée.
Et d’ailleurs, cela existe. Il y a dans notre société, y compris dans la communauté philosophique, des enclaves qui considèrent que la guerre ne les concerne pas, que cela concerne quelqu’un d’autre. Soit le pouvoir, soit, je ne sais pas, les masses populaires aliénées, telles qu’ils se l’imaginent. Il existe même une expression: « singes philosophiques ». Un philosophe disait qu’il y a des singes philosophes qui ressemblent extérieurement à de vrais philosophes. Et ces gens qui ne laissent pas passer à travers eux la guerre, le destin de leur peuple, de leur État, leurs souffrances, leurs perspectives, leurs efforts, ne peuvent pas être appelés philosophes. Ce sont des singes philosophes. Ou, à plus forte raison, s’ils sont du côté de l’ennemi.
Mais chaque penseur russe, chaque intellectuel russe, chaque homme honnête, tout simplement chaque personne qui réfléchit, avec une âme, un cœur, un esprit, doit, d’une manière ou d’une autre, traverser cette guerre, l’intégrer, en faire un événement de sa vie intérieure. Nous comprendrons alors où l’histoire se dirige, nous verrons avec quelle difficulté elle avance vers son propre but. Nous verrons ce but, nous verrons l’image de la victoire devant nous. Sans cela, il n’y aura rien.
C’est pourquoi je pense que cela n’est pas seulement nécessaire pour l’État, mais pour toute personne pensante, dotée d’intelligence, de conscience et d’âme. Pour tout Russe normal, pour tout citoyen russe normal. Et ce n’est pas de l’agressivité, ce n’est pas du militarisme, ce n’est pas de l’amour du sang. C’est la compréhension, plutôt, de la dimension tragique de l’histoire de l’existence humaine en tant que telle. Et aujourd’hui nous sommes au centre de cela, nous ne pouvons pas l’ignorer.
C’est pourquoi, à mon avis, l’un des grands thèmes de ce congrès a été la réflexion et la traversée de la guerre, et la mise au premier plan d’une image de la Victoire, éprouvée, profonde, mobilisatrice, attirante : la pensée de la Victoire et la philosophie de la Victoire. Voilà ce dont nous avons besoin.
Animateur : Bien sûr, la majeure partie de notre temps aujourd’hui sera consacrée à discuter de notre propre chemin, mais permettez-moi de poser une autre question, à propos de l’Occident. Honnêtement, il est intéressant d’observer la chose suivante. À votre avis, le globalisme, dont l’Europe unifiée a tant rêvé pendant longtemps, implique-t-il la destruction de la philosophie de l’identité au niveau des États-nations ? J’aimerais suivre ce moment de chute, duquel il semble aujourd’hui très difficile de sortir.
Alexandre Douguine : Le globalisme implique la destruction même des États-nations, des civilisations souveraines elles-mêmes, et l’imposition à l’humanité d’un certain modèle — un modèle qui est apparu dans l’Occident postmoderne. Là, il s’agit déjà de la décomposition de l’homme. L’individualisme atteint un point tel que l’individu commence à se dissoudre. Le temps se transforme en une masse rhizomatique, comme le disent les postmodernistes. Et en fait, cette nouvelle philosophie postmoderne, et l’ontologie orientée objet, qui propose d’en finir avec l’homme en général, deviennent le substitut nécessaire à toutes les formes de pensée souveraine nationale.
C’est-à-dire qu’on assiste à la destruction de notre philosophie, mais aussi de la philosophie occidentale traditionnelle, qui était réellement très intéressante — jusqu’à un passé récent, elle était diverse, libre, dialectique. Mais tout cela est soumis, dans la culture de l’annulation, à la globalisation, à la destruction totale : même la pensée traditionnelle occidentale est révisée et remodelée.
Et que dire des autres pays, qui doivent être conquis dans ce processus de globalisation ? Eh bien, il ne leur reste que l’exotisme. On les montrera, on nous laissera la balalaïka, l’ours, la matriochka, le kokoshnik, et l’on dira : « Voilà tout ce que la culture russe peut offrir. » Et tout le reste sera tout simplement détruit, effacé de la surface de la Terre, y compris l’Église, l’État, la société.
Et c’est un plan. Ce n’est pas un hasard. Ils en rêvent, et ils le mettent en œuvre. Infliger une défaite stratégique à la Russie en Ukraine, c’est la voie directe vers la globalisation. Nous sommes pour eux un obstacle sur ce chemin, nous créons les conditions d’un monde tout à fait différent, multipolaire, et non unipolaire, et c’est pourquoi nous sommes des ennemis, nous sommes voués à la destruction. Après nous, tous les autres suivront : ni la Chine ni l’Inde, ni le monde islamique ne résisteront. Ce sera la fin. Et tout le monde le comprend. C’est pourquoi l’effort principal, l’effort négatif des globalistes, se concentre contre la Russie.
Mais il est intéressant de noter que les collègues qui sont intervenus au congrès disent aussi que le globalisme s’est légèrement déplacé — il s’agit maintenant d’une hégémonie directe de l’Occident. Plus personne ne cache l’idée de conquérir et de soumettre toute l’humanité. Cet Occident trumpiste, néoconservateur, ne prend même plus la peine d’enrober sa volonté de domination brutale dans des formes pseudo-humanitaires. Et cela est tout aussi effrayant.
Il en résulte que l’Occident globaliste, et l’Occident direct, hégémonique, centré sur l’Amérique, ne laissent aucune chance à l’humanité. Nous devons donc, bon gré mal gré, nous unir et défendre notre droit à l’existence, c’est-à-dire leur infliger une défaite stratégique. Peut-être pas rayer l’Occident de la carte (nous n’avons pas de tels plans), mais réduire leur volonté de domination mondiale, leur expansion globaliste — cela, nous devons absolument le faire.
L’Occident s’arrête en Ukraine. À ses frontières occidentales, là, l’Occident doit s’arrêter, ou mieux encore, plus loin encore. C’est ce qui se joue aujourd’hui. C’est ce qui est en train de se décider : les peuples (pas seulement le nôtre, mais les peuples du monde) ont-ils le droit à leur propre philosophie, ou bien l’Occident parviendra-t-il à imposer la sienne, déjà pervertie. Car c’est aussi une philosophie. Ce n’est pas seulement de la technique — c’est la philosophie du post-humanisme, la philosophie du remplacement de l’homme par l’intelligence artificielle. Une philosophie antihumaniste, nihiliste, dans l’esprit de l’ontologie orientée objet, qu’ils veulent faire advenir comme la seule et l'unique dans le contexte mondial.
Et c’est pour cela qu’on se bat. Voilà les significations philosophiques de la guerre qui passent aujourd’hui au premier plan. Et l’Occident, de ce point de vue, dès qu’on étudie véritablement ses recherches (sa façon de penser, ce qu’il écrit, ce qu’il dit, quels sont leurs congrès philosophiques, ce qui y est discuté), on est saisi d’horreur. Nous ne le savons tout simplement pas. Si nous le savions, je pense que nous agirions beaucoup plus résolument dans cette guerre.
Animateur : L’antihumanisme, la tentative de dissoudre l’individualité, de détruire l’État-nation — tout cela crée un gouffre d’un point de vue diplomatique, au moins en raison de la divergence d’interprétation des concepts, comme on le voit avec « l’esprit d’Anchorage ».
Alexandre Douguine : Bien sûr, « l’esprit d’Anchorage » n’est finalement qu’une figure de style, comme l’a dit récemment le président lui-même. Lors de cet entretien en Alaska, il n’y a eu aucun accord. On s’est simplement dit qu’il serait bon de désamorcer la situation autour de l’Ukraine, pour qu’elle ne dégénère pas en guerre nucléaire. Et sur ce point, il y a eu consensus. Autrement dit, nous avons exprimé de part et d’autre la volonté de ne pas lancer de frappes nucléaires stratégiques l’un contre l’autre, et de ne pas utiliser pour l’instant d’armes nucléaires tactiques. Mais ce « pour l’instant » est important. Nous voyons bien ce que valent les promesses occidentales dans le cas de l’Iran.
Donc l’esprit d’Anchorage, c’est un euphémisme. En réalité, rien n’a été obtenu, et il ne faut rien en attendre. Qui plus est, si on regarde les choses en face, cet euphémisme n’était pas nécessaire. L’Occident comprend parfaitement notre position réelle, mais il interprète notre volonté de désescalade comme une manifestation de faiblesse de notre part. Voilà tout. Autrement dit, « l’esprit d’Anchorage » a affaibli la détermination de notre société à se battre jusqu’au bout, jusqu’à la victoire. Et c’est mauvais. En fin de compte, il s’avère qu’il n’y avait rien de substantiel dans ces discussions.
Je pense que c’était une erreur. Il faut parler, il faut rechercher la désescalade, bien sûr. Il faut se rencontrer au plus haut niveau, établir des contacts, mais il ne faut pas s’en vanter. Cela sème la confusion. Je pense qu’aujourd’hui, tout est clair.
Animateur : En poursuivant nos discussions sur Anchorage et les dernières déclarations de Vladimir Poutine lors de son entretien avec le journaliste Pavel Zaroubine, j’aimerais comprendre : comment instaurer la confiance au niveau diplomatique, si l’Europe prévoit de faire la guerre à la Russie à des dates précises, alors que les accords précédents se sont soldés par des trahisons ?
Alexandre Douguine : Je pense qu’en maintenant les canaux de communication, la Russie n’a aujourd’hui tout simplement pas d’autre choix. Nous avons déjà utilisé toutes les options, à mon avis, sauf une: nous impliquer véritablement dans cette guerre.
Notre président a dit à plusieurs reprises que « nous n’avons pas encore commencé ». Il envoie des signaux. Cela signifie que nous ne voulons pas d’escalade. Ce n’est pas que nous n’avons pas commencé — bien sûr, nous faisons la guerre, et nous avons aussi des succès et des difficultés dans cette guerre. Mais aujourd’hui, toute déclaration disant que nous n’avons pas commencé, que nous sommes prêts à négocier, que nous restons ouverts — tout cela est perçu comme une provocation en vue d’une frappe ultérieure.
C’est-à-dire qu’ils commencent à comprendre (du moins, si on se met à la place de l’Occident, ils interprètent la situation ainsi) que seuls eux jouent l’escalade. Ils ont ce levier, ce régulateur, qui leur permet de fixer leur niveau d’escalade. Nous, nous répondons ou pas, mais dans tous les cas, c’est eux qui jouent à ce jeu appelé « escalade ». Ils peuvent nous promettre quelque chose, envoyer des négociateurs douteux, mais au fond (c’est ce qu’a dit le président, et avant lui Ouchakov aussi), il s’avère qu’ils ne nous considèrent pas du tout, ils ne nous respectent pas, ils nous traitent comme des objets, comme des choses. Ils nous épuisent, guident eux-mêmes leurs missiles sur nos cibles, appuient eux-mêmes sur les boutons, et mènent contre nous — indirectement, par les mains des Ukrainiens — une guerre directe. Et à nous, ils disent : « Non, tout va bien, nous attendons, nous ouvrirons Nord Stream ou autre chose, nous trouverons un accord pour un tunnel. »
Il ne faut plus se faire d’illusions, nous ne pouvons plus être dupes. Continuer à dire : « Vous nous frappez, mais ça ne nous fait pas mal, nous sommes toujours gentils » — cela ne fonctionne pas.
Le plus important, c’est que la population commence à murmurer. Notre société veut de la détermination, de la clarté, une image de la victoire, de l’univocité — il faudrait tout simplement interdire l’expression « esprit d’Anchorage ». Je ne dis pas qu’il ne faut pas négocier avec eux. J’en ai déjà parlé. Il faut négocier, mais il ne faut pas l’annoncer à la population. On s’en occupe, tout simplement. Où est parti Kirill Dmitriev ? Qui est venu chez nous ? Très bien, quelqu’un est venu ou il est parti ailleurs. C’est toujours comme ça, en temps de guerre. C’est normal.

Mais la population n’a pas à le savoir, car cela démobilise, cela crée une impression complètement fausse d’indécision de la part de nos autorités à nos propres yeux. Et cela, c’est impossible, c’est inadmissible en temps de guerre. Nous devons avoir confiance dans nos autorités, nous devons être solidaires, unis autour du président, de l’État, de notre armée. Il ne doit pas y avoir de doutes. Et tout discours selon lequel nous allons bientôt nous entendre avec eux, que la guerre va bientôt finir, qu’une trêve va être signée — tout cela a un effet extrêmement négatif sur nous.
Mais nous n’avons pas besoin de le savoir, car cela démobilise, cela crée une impression totalement erronée d’indécision de notre pouvoir à nos propres yeux. Et cela est impossible, cela est inadmissible en temps de guerre. Nous devons être sûrs de notre autorité, nous devons être solidaires, unis autour du président, de l’État, de notre armée. Aucun doute ne doit s’insinuer en nous. Et toute discussion du type « nous allons bientôt trouver un accord avec eux », « la guerre va bientôt se terminer », « une trêve va être conclue » — tout cela a un effet extrêmement négatif sur nous.
Mais ce n’est qu’une partie du problème : nous sommes des nôtres, nous comprendrons, nous pourrons peut-être analyser la situation et en prendre conscience. Mais sur l’Occident, cela produit un effet tout à fait différent. Ils comprennent qu’ils contrôlent le processus d’escalade. Nous leur faisons ainsi comprendre qu’ils sont aux commandes, et ils le sont effectivement. Ils augmentent l’escalade exactement dans la mesure et selon les degrés qui leur sont commodes et sûrs. Aujourd’hui ils attaquent des pétroliers, demain ils lanceront leurs missiles, après-demain ils livreront tel ou tel équipement, et nous, en réponse, nous faisons quelque chose.
Cette stratégie de réponse, de réaction, de jeu d’escalade uniquement réactif, il faut y mettre un terme. Il faut entrer pleinement dans le processus d’escalade. Cela signifie que nous devons (en agissant, à mon avis, à peu près comme l’Iran) infliger dès maintenant au moins quelques actions ciblées extrêmement douloureuses pour l’ensemble de l’Occident — voire pour les États-Unis — qui viendront briser ce modèle par lequel ils contrôlent tout.
J’ai dit à de nombreuses reprises dans diverses émissions que, lors de ma rencontre avec Brzezinski (le géostratégiste aujourd’hui décédé), je lui ai demandé: « Les échecs géopolitiques, est-ce un jeu pour deux ? » Il m’a répondu: « Non, pour un seul ». Aujourd’hui, l’Occident joue avec nous aux échecs pour un seul : ils augmentent un peu l’escalade, nous répondons. Ils ajustent, vérifient, déplacent — et nous nous déplaçons également derrière eux. Autrement dit, nous ne faisons que répondre. Voilà ce que sont les échecs pour un seul.
Nous devons jouer aux échecs à deux. Même l’Iran montre comment faire. Alors allons-y — si nous ne parvenons pas à atteindre certains centres de prise de décision, frappons par l’intermédiaire d’un proxy. Et il n’est pas forcément nécessaire de frapper brutalement, mais intelligemment : on peut utiliser de nombreux moyens pour infliger des dommages incroyables à l’ennemi sur son territoire, dans ses eaux territoriales, dans son espace aérien, dans ses systèmes sociaux. Nous, nous nous contentons de fuir le feu. Nous n’avons pas d’opérations en réseau pour faire exploser la situation sociale en Allemagne, en France, en Italie, en Angleterre. Et nous n’aurions pas d’outils, entend-on dire? Nous avons ces outils. Mais nous disons que nous ne sommes pas comme ça. Mais comment ça, nous ne sommes pas comme ça? Dans ce cas, tout finira très tristement.
Que font-ils, eux? Lorsqu’ils contrôlent totalement le processus d’escalade, ils font en sorte de ne subir eux-mêmes aucun dommage, de n’endurer aucune perte, mais de nous en infliger. Et cela sous les formes les plus douloureuses et les plus significatives, puis ils amplifient tout cela médiatiquement, ils en font tout un battage. C’est exactement ce que nous devons faire aussi.
Je ne parle même pas comme Sergueï Alexandrovitch Karaganov : prenons les armes nucléaires stratégiques, les armes nucléaires tactiques et commençons à les utiliser. Peut-être. Là-dessus, je ne suis justement pas compétent — que les spécialistes donnent leurs recommandations dans ce domaine. Mais le fait qu’il existe encore de nombreux moyens, de nombreuses directions dans le domaine de la guerre de l’information, de l’ingénierie sociale, ainsi que de la guerre symbolique (du point de vue de la philosophie de la guerre), que nous n’avons pas utilisés — c’est évident. Savez-vous pourquoi ? Parce que l’Occident, comprenant que ce sont là des domaines sensibles, ne nous attaque pas dans cette direction. Ils font tout pour que nous répondions strictement de manière symétrique. Ils mènent cette guerre de manière très réfléchie pour nous épuiser.
Et, bien sûr, ils prévoient de faire la guerre. Si l’on passe aux recommandations positives : il nous faut nous préparer et montrer à l’Occident que nous sommes prêts à une guerre frontale avec lui. Que la société est prête, l’économie est prête, le système d’information est prêt, notre industrie est prête, notre peuple est prêt, nos partis politiques sont prêts.

Voici justement les élections. Pourquoi ne pas renommer le parti ? Pas simplement renommer le parti « Russie unie », mais le proclamer « Parti de la Victoire ». Non pas le parti de la guerre, mais précisément le parti de la victoire. Et conclure un pacte consensuel entre tous les partis politiques, afin qu’ils s’engagent sous cette stratégie de victoire.
La société doit être réorganisée sur un mode militaire, le système d’information doit être déplacé de la dominante du divertissement vers la mobilisation. Il faut arrêter, tout simplement interdire l’utilisation des mots « trêve », « fin de la guerre », « accord », « partenaires occidentaux ». Notre président et les services concernés doivent bien sûr faire leur travail. Mais la société n’a pas à être informée de cela, alors qu’ils surveillent très attentivement notre société. Il nous faut lancer une véritable campagne de masse anti-occidentale dans nos universités, dans notre système éducatif — tout cela existe déjà. Vous savez, si je disais quelque chose de complètement impensable… Oui, l’idée nationale, nos propres manuels scolaires, une éducation souveraine, une histoire souveraine, des valeurs traditionnelles — tout cela est proclamé, mais ce n’est pas concentré. Cela se fait en seconde intention, cela n’est pas érigé en priorité.
Et c’est justement cela qui dilue les efforts entrepris par le président lui-même, car il donne absolument toutes les directives dans la bonne direction. Mais il se crée l’impression que tout cela se perd ensuite quelque part : certains ont leur propre point de vue, d’autres peut-être de l’argent à l’Ouest ou leur famille à l’Ouest. Et ainsi, peu à peu, l’image d’une société prête à l’affrontement final — mobilisée, éveillée, consciente de sa place, de son destin de pays, de peuple et d’État — s’efface. À la place, on obtient une image de quelque chose d’indéterminé: aux « Patriki » (quartier central de Moscou) on voit se dérouler un type de vie, et au LBS (sur la ligne de front) un tout autre. Et d’une certaine façon, ces secteurs sont séparés. À Koursk, à Briansk et à Belgorod, les gens se sentent d’une manière (ou même désormais à Rostov, en Crimée, et dans de nombreux autres territoires), et ailleurs on continue à avoir une ambiance complètement estivale.
Mais quel congé, par exemple, en 1941? En 1942, en 1943? Quel congé? Quels barbecues? Quelle planification de voyages à la mer? Je comprends que les gens ont besoin de se reposer, mais… après la victoire nous nous reposerons. Et s’il n’y a pas de victoire, alors il n’y aura pas non plus de repos, car alors il n’y aura plus besoin de rien du tout.
Vous comprenez, c’est seulement en voyant une telle détermination dans notre société que l’Occident reculera. Voilà comment éviter une véritable confrontation, car on ne s’attaque pas aux forts — surtout pas aux très forts, aux déterminés. Et, bien sûr, derrière le président, à mon avis, il doit y avoir un groupe de personnes… Pas seulement comme c’est le cas actuellement — il a déjà toute la société derrière lui, mais il faut montrer des symboles. Il faut montrer, si l’on veut, des « faucons », qui, tout comme une équipe de football, se tiennent derrière le président, et où que l’on regarde, il n’y a aucun point faible, aucun.

Animateur : Peut-être, dans ce cas, devrions-nous apprendre de l’Iran ? Vous savez, il était très frappant d’observer comment ils agissaient sur le plan externe, médiatique, ainsi qu’en interne, surtout après l’attentat contre l’école. Vous voyez, à l’intérieur, le discours était tellement concentré que même les opposants estimaient qu’en période difficile pour le pays, il fallait s’unir autour de l’Ayatollah, qu'on le soutenait ou non. Et en même temps, sur le plan externe, sur ces mêmes réseaux sociaux américains, où l’immense majorité des Américains perçoivent la guerre ou tout autre conflit comme une activité du soir devant la télévision, juste comme un divertissement, là-bas, franchement, vous voyez des vidéos de trolling, montrant comment l’Iran pourchasse les porte-avions américains, et, en fin de compte, crée vraiment l’image d’un État fort, sûr de lui, positionné, qui, en réalité, ne craint ni les porte-avions ni aucune autre menace extérieure.
Alexandre Douguine : Absolument exact. Bien sûr, il faut apprendre de l’Iran, il faut apprendre de la Corée du Nord, il faut apprendre de la Chine… Et ici, l’équilibre est important. Je pense que la situation intérieure chez nous est différente : en Iran, il y a un problème politique, une opposition politique, tandis que chez nous, il n’y en a pas. Par conséquent, il n’est pas nécessaire ici de mobiliser davantage, il faut simplement, disons, isoler cette sixième colonne occidentalisée, et c’est tout. Mais c’est une mesure ciblée, et elle n’est pas représentée dans notre société comme un phénomène de masse: il s’agit juste d’écarter certains individus, qui sont franchement prêts à remettre les clés de la ville à l’ennemi. Ils existent, et ils viennent d’être identifiés. Si la cinquième colonne, anti-présidentielle, a déjà été éliminée, la sixième colonne reste: ces gens vivent vraiment « dans l’esprit d’Anchorage » et attendent que tout ce cauchemar finisse et que nous revenions à nos places d’avant.
D’ailleurs, Kirienko, lors de son intervention au congrès philosophique, a déclaré : « Non, rien ne s’arrêtera. Jamais nous ne reviendrons en arrière. Le désir psychologique de surmonter le traumatisme et de revenir à la situation antérieure est compréhensible, mais cela n’arrivera pas, ce serait irresponsable. Rien ne reviendra, le monde sera différent. »

Et donc, à mon avis, vous avez tout à fait raison : l’Iran démontre très activement à l’extérieur sa volonté de défendre ses intérêts de manière extrêmement ferme. De notre côté, nous faisons même plus, nous défendons nos intérêts de façon plus dure que l’Iran, je tiens à le dire. Mais c’est l’image, l’image seule — c’est uniquement de cela que je parle. Or, notre image est quelque peu inachevée, il existe certaines limitations internes face à notre propre élan, à notre poussée contre l’Occident. Pourtant, nous pourrions faire beaucoup plus, et de manière plus efficace.
Bien sûr, nous devons utiliser la plus large gamme de moyens de l’ingénierie sociale moderne pour infliger à notre adversaire des dommages très sérieux. Cet effort doit être mis en place à grande échelle, il ne faut pas agir ponctuellement, mais de façon massive. À cet égard, l’Iran, pour démontrer son image, son courage et sa détermination à ne jamais faire de compromis en aucune circonstance, adopte une position absolument efficace, tout à fait convaincante et active. Il ne faut pas qu’il y ait le moindre sentiment qu’il suffirait d’écarter quelques « faucons » pour que l’Occident puisse facilement vaincre tout un peuple. Même si l’on détruisait ce peuple de 100 millions ou 90 millions d’habitants — là-bas, 30 millions se sont déjà inscrits dans l’armée, un tiers de la population : et ce sont autant des femmes que des opposants au régime, que des partisans. Là-dessus, vous avez absolument raison, en réalité.
D’ailleurs, j’ai récemment rencontré l’ambassadeur d’Iran, et il m’a dit que la chanson la plus populaire en Iran en ce moment dit ceci : « Je suis en hidjab, je suis sans hidjab, j’aime mon pays et je détruirai les sionistes et les Américains, quoi qu’il m’en coûte. » En hidjab ou sans hidjab — pour eux cela a du sens. Et là-dessus, ils ont parfaitement raison d’agir ainsi.
Nous n’avons pas de tels problèmes. Notre société est unie, tant sur le plan ethnique que social et politique — c’est un cas unique. Actuellement, il n’y a plus de cinquième colonne, seulement la sixième. La cinquième colonne dans la société a tout simplement été éliminée : elle s’est dispersée, a repensé ses positions. Il n’y a pas d’opposition directe ni à Poutine, ni à la guerre, ni à l’État. Mais ici, il me semble que la question est la suivante : bien sûr, ces masses patriotes attendent de la détermination de la part de notre direction.
Et je pense qu’en grande partie, les succès de l’Iran, tant dans la guerre que dans les négociations avec l’Occident (et ce sont de véritables succès, car ils ne tombent pas dans les pièges de l’Occident) tiennent justement à cela. Trump menace : « Tu ne rentreras pas, négociateur, je ferai abattre ton avion. » Et eux quittent la table des négociations, ils font preuve de courage, de dignité et d’honneur.
Je pense qu’autour du président doit se dresser justement cette forêt de personnes connues, de personnes avec des positions affirmées. Et je pense que ce n’est pas un hasard si, lors du congrès de « Russie unie », des figures comme Maria Lvova-Belova, Strouna, notre héros Poddubny, Lavrov, ont été incluses dans les cinq premiers noms de la liste fédérale. C’est très important, car tout le monde fait pleinement confiance à ces personnes: à l’homme-héros, au correspondant de guerre, au héros-combattant. À la femme qui se bat pour qu’il n’y ait pas d’enfants sans abri, sans soutien, d’enfants abandonnés, pour que tous les enfants aient une famille — elle se bat avec courage, comme des gens sur le front. Elle a d’ailleurs souffert de cela, tout comme le président : la fausse accusation de la Cour pénale internationale, prétendant qu’il s’agit d’un enlèvement d’enfants ukrainiens, alors que nous les sauvions. Eh bien, ils agissent toujours ainsi : ils tuent eux-mêmes, puis accusent les victimes d’avoir commis le crime.
Et donc, ces figures irréprochables à la tête, c’est un signe très important. Cela signifie que nous sommes résolus à unir la société. Je pense qu’en réalité, il n’y a pas de traîtres autour du président. Il n’y a pas de traîtres autour du président, mais nos ennemis croient qu’il y en a, et ils misent sur eux. Et c’est justement à eux qu’ils attribuent l’indécision, à leur influence. Voilà, à mon avis, ce qu’il faut clarifier.
Cela signifie que non seulement les personnes qui ont déjà souligné, qui ont apposé le sceau de leur détermination, de leur patriotisme, de leur courage, de leur disponibilité (comme ces personnes qui conduisent actuellement la liste de « Russie unie »), mais aussi l’entourage du président doit s’exprimer. « Je suis pour la victoire », dit Peskov. « Je suis contre l’Occident », dit Alexeï Alekseïevitch Gromov. « Je me battrai pour mon peuple jusqu’au bout », dit Sergueï Vladimirovitch Kirienko. C’est effectivement ce qu’ils disent. Ils sont comme ça, ce sont des gens formidables. Mais comme ils restent dans l’ombre du président, cela crée une fausse impression : peut-être, pensent nos ennemis, qu’ils ne sont pas comme ça ? Peut-être qu’en portant un coup ciblé, on pourra briser la volonté de résistance de notre pays ? Il faut montrer que jamais la volonté de résistance, la volonté de victoire dans notre société, dans notre État, ne sera brisée. Il faut le démontrer.
On ne peut pas doser le patriotisme, comme on le fait actuellement, à mon avis, dans la politique de l’information : un pas dans un sens, un pas dans l’autre. Les nouvelles sont excellentes, puis l’émission suivante désavoue complètement le sérieux de ce que les gens viennent d’entendre, par son ton relâché, ses paillettes. Aujourd’hui, les chansons militaires ou des valeurs vraiment morales, spirituelles, voire religieuses, traditionnelles, doivent être présentes partout. Cela a déjà été dit cent fois.
Animateur : Mais idéalement, il faudrait, je suppose, que de tels candidats dynamiques, brillants, connus du peuple, soient présents non seulement au niveau de la Douma d’État ou de l’appareil présidentiel, mais aussi au niveau régional. Cela revient donc à une véritable refonte complète du système.
Alexandre Douguine : C’est ce qu’a dit le président : nous avons besoin d’une nouvelle élite, l’ancienne élite des années 1990 s’en va. Premièrement, elle a déjà vieilli : en trente ans, l’âge ne passe pas sans laisser de traces, les gens perdent certaines qualités. Deuxièmement, ils ont accumulé une énorme quantité d’expériences négatives, qui leur ont personnellement apporté l’enrichissement, et se sont forgé de fausses associations psychologiques. Cette élite des années 90 ne vaut plus rien aujourd’hui. Elle doit céder la place à des gens qui sont de véritables patriotes, de véritables héros partout, y compris au niveau régional, comme vous l’avez justement fait remarquer.
Mais l’essentiel aujourd’hui est autre chose : à mon avis, ce nouveau cycle de rotation des élites doit être symbolisé autour du président. Son entourage doit soit prêter serment ouvertement pour la victoire (et alors il n’y aura plus aucun doute, ni dans le peuple ni en Occident), soit tout simplement céder la place à la génération suivante — des personnes comme Lvova-Belova (photo), Strouna, nos gens.
Nous comprenons tous que le peuple et l’Occident croient qu’il y a encore autour du président des gens qui ne sont pas des nôtres, mais des leurs. C’est ce qu’ils pensent. En réalité, ce n’est pas le cas, je le répète : ce n’est pas le cas. Mais ils le croient, le peuple le croit, et l’Occident le croit, et cela est très dangereux. C’est cette illusion qu’il faut dissiper, il faut effectuer la rotation des élites. Et, bien sûr, en nous rassemblant autour du président, autour de notre État, tous ensemble, nous viendrons à bout de l’ennemi et nous obtiendrons la victoire, quoi qu’il en coûte.
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Jeux de pouvoir eurasiens: l’Arménie, nouveau bélier de Washington

Jeux de pouvoir eurasiens: l’Arménie, nouveau bélier de Washington
Washington/Erevan/Moscou. Les États-Unis ont réussi à détacher l’Arménie de la Russie. C’est la conclusion à laquelle parvient l’analyste géopolitique américain et ancien militaire Brian Berletic. Dans une récente intervention sur la plateforme « The New Atlas », il évoque une stratégie américaine poursuivie depuis les années 1990.
Berletic voit en l’Arménie un « bélier » supplémentaire contrôlé par les États-Unis, destiné à être utilisé contre la Russie et l’Iran. Selon lui, les récentes élections en Arménie s’inscrivent dans les plans à long terme des élites américaines visant à contenir des concurrents comme la Chine, la Russie et l’Iran. Déjà en 1992, le « New York Times » décrivait cette doctrine dans un article intitulé « US Strategy Plan Calls for Ensuring No Rivals Develop ». Les États-Unis poursuivaient ainsi l’objectif d’assurer leur suprématie mondiale en encerclant et en endiguant leurs rivaux géostratégiques.
L’analyste fait référence à l’étude RAND publiée en 2019, « Extending Russia: Competing from Advantageous Ground ». Elle y détaille des options politiques que les États-Unis ont depuis mises en œuvre: de la livraison d’armes létales à l’Ukraine cette même année, à l’armement de terroristes en Syrie – ce qui a conduit, selon lui, à l’effondrement du gouvernement syrien en 2024 –, en passant par la destruction physique des gazoducs Nord Stream, ainsi que par l’élargissement constant des sanctions et des opérations de blocus maritime contre les exportations d’énergie russes.

Berletic souligne que le basculement de l’Arménie de la Russie vers l’UE et l’OTAN est souvent attribué à l’influence européenne. Mais selon lui, les protestations de 2018, la soi-disant « Révolution de velours », ont été orchestrées par les États-Unis – au nom de la lutte contre la corruption et l’autocratie. L’organisation d’influence bien connue « National Endowment for Democracy » (NED) l’a elle-même reconnu dans son rapport annuel de 2018 et a soutenu des organisations telles que « Union of Informed Citizens » et « Boon TV ». « Comme dans d’autres pays que les États-Unis ont placés sous leur contrôle politique, la ‘révolution colorée’ et le ‘changement de régime’ en Arménie n’ont été qu’un début », explique Berletic. « Avec un régime fantoche au pouvoir, les vannes de l’ingérence étrangère américaine sont ouvertes. »
La NED et ses partenaires européens créent en outre un canal « permettant de façonner une jeunesse pro-occidentale, pro-américaine, pro-OTAN et pro-UE, et de manipuler l’opinion publique de sorte qu’elle serve les intérêts américains – au détriment de ses propres intérêts objectifs ». Berletic établit des parallèles avec la Géorgie et la Serbie au début des années 2000, ainsi qu’avec l’Ukraine en 2014. L’appropriation politique de l’Arménie par les États-Unis, selon lui, reproduit exactement les mêmes schémas.
Dans l’étude RAND de 2019, l’Arménie est expressément mentionnée, souligne l’analyste. Deux options y sont décrites pour le Caucase du Sud: des relations plus étroites de l’OTAN avec la Géorgie et l’Azerbaïdjan, ce qui pousserait probablement la Russie à renforcer sa présence militaire ; ou une rupture de l’Arménie avec la Russie. L’étude admet « sans détour » que « l’intégration de l’Arménie – tout comme celle de la Géorgie – renforcerait non seulement l’encerclement de la Russie, mais aussi de l’Iran voisin, et ouvrirait aux États-Unis l’accès aux ressources énergétiques de la mer Caspienne ». Un basculement de l’Arménie était alors jugé difficile – mais il a néanmoins eu lieu.
Berletic qualifie l’ingérence américaine dans les élections d’« instrument à peine compris et rarement évoqué dans les médias, mais d’une puissance incroyable » dans la quête d’hégémonie et l’objectif de « s’assurer qu’aucun rival ne se développe ». L’ingérence électorale et la mainmise politique sur les pays cités, reconnues par les États-Unis eux-mêmes, ont modifié la carte géopolitique mondiale au profit de Washington – tandis que ces processus restent largement ignorés par les médias (mü).
Source: Zu erst, juillet 2026.
10:12 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, caucase, arménie, europe, affaires européennes, géopolitique |
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samedi, 04 juillet 2026
L’aide européenne à l’Ukraine a désormais une date d’expiration

L’aide européenne à l’Ukraine a désormais une date d’expiration
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
À l’approche du sommet de l’OTAN à Ankara, des négociations portent sur 70 milliards d’euros d’aide militaire à destination de l’Ukraine pour l’année 2026. Pour 2027, on souhaite également mobiliser une somme comparable.
Mais c’est précisément là que commencent les divergences. Une année supplémentaire d’aide pourrait encore être décidée. Toutefois, de moins en moins de gouvernements veulent s’engager à contracter une obligation durable.
L’Allemagne prévoit au moins 11,5 milliards d’euros d’aide militaire pour 2026, assumant ainsi à nouveau une part particulièrement importante. La France, l’Italie et l’Espagne avaient déjà auparavant rejeté des quotas annuels fixes pour l’Ukraine. Désormais, l’Italie remet également en question une contribution équivalente pour 2027.
Ainsi, la formule européenne du « aussi longtemps que nécessaire » atteint pour la première fois, et de manière visible, ses limites politiques et financières. Presque tous les États continuent de soutenir l’Ukraine. Mais dès qu’il s’agit de milliards d’euros bien concrets à verser sur plusieurs années, l’unité commence à s’effriter.
Pour l’Allemagne, cela crée un schéma bien connu: les autres affichent leur solidarité, Berlin prend en charge une part croissante de la facture. Mais le problème fondamental est plus profond. Une stratégie militaire ne peut pas se limiter à définir chaque année de nouveaux montants et des lots d’armes. Elle doit expliquer quel objectif politique doit être atteint avec ces moyens.
Faut-il tenir la ligne de front? Faut-il reconquérir des territoires? Faut-il forcer la Russie à négocier? Et comment saurait-on que cet objectif a été atteint, ou qu’il ne l’est plus?
Celui qui ne répond pas à ces questions n’a pas de stratégie, mais seulement un plan de dépenses. Les moyens militaires doivent servir un objectif politique réaliste. Ils peuvent faire gagner du temps et modifier les positions de négociation. Mais ils ne peuvent pas remplacer une solution politique absente.
C’est précisément ce qui se passe actuellement: l’Europe finance la poursuite de la guerre sans s’être entendue sur une issue atteignable. Plus d’armes devraient pousser la Russie à négocier. Mais dans le même temps, de véritables négociations sont reportées à plus tard.
Il s’instaure ainsi un cercle vicieux:
L’aide militaire remplace la diplomatie, et l’absence de solution est à nouveau compensée par encore plus d’aide militaire. Les 70 milliards d’euros peuvent financer des munitions, la défense aérienne, la formation et la production d’armement ukrainienne. Ils peuvent aider l’Ukraine à continuer de se battre.
Mais ils ne répondent pas à la question: comment cette guerre doit-elle se terminer? Le débat autour de 2027 révèle donc plus qu’un manque de ressources budgétaires. Il montre que la volonté de l’Europe de financer indéfiniment une guerre dont l’objectif politique devient de plus en plus flou s’amenuise.
Le sommet d’Ankara pourra à nouveau décider des milliards. Cela peut permettre de gagner du temps. Mais sans objectif politique, le temps gagné ne ferait que prolonger la guerre.
#geopolitique@global_affairs_byelena
18:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, affaires européennes, ukraine, actualité |
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Le parti BSW de Sahra Wagenknecht prend les devants: des majorités à l’avenir aussi avec l’AfD

Le parti BSW de Sahra Wagenknecht prend les devants: des majorités à l’avenir aussi avec l’AfD
Magdebourg/Schwerin. Sahra Wagenknecht ne cesse de surprendre. Cette fois, son parti a de nouveau critiqué le « cordon sanitaire » dressé par les vieux partis contre l’AfD – et avance une proposition aussi inhabituelle que constructive. Dans une lettre adressée à la cheffe de l’AfD, Alice Weidel, et à son co-président Tino Chrupalla, le BSW invite à deux débats publics – l’un à Magdebourg, l’autre à Schwerin. Le public devrait être témoin d’un « débat controversé sur une grande place publique de l’Est de la République », indique l’alliance BSW dans la lettre.
Pour justifier cette démarche inhabituelle, il est avancé que les deux partis seraient « combattus par le mainstream pour des raisons différentes ». Sahra Wagenknecht, cheffe du BSW, en profite également pour lancer une attaque générale contre l’audiovisuel public. Celui-ci serait « devenu une radio-télévision de propagande d’État, à l’image de la télévision de l'ex-RDA », déclare la fondatrice du BSW. L’AfD y serait à peine présente, et le BSW, quasiment plus du tout.
La lettre est signée par les deux coprésidents du BSW, Fabio De Masi et Amira Mohamed Ali. Le parti y réitère aussi sa demande de « ministres-présidents indépendants des partis » en Saxe-Anhalt et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Ceux-ci devraient « gouverner avec des majorités variables, incluant l’AfD ». Une participation gouvernementale de l’AfD serait ainsi exclue, reconnaît le BSW. Mais désormais, des majorités au parlement régional devraient aussi pouvoir être organisées avec les voix de l’AfD – un modèle que tous les partis traditionnels refusent encore catégoriquement.
Le 6 septembre auront lieu les élections en Saxe-Anhalt, le 20 septembre dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Selon les sondages actuels, le BSW est sur le point d’entrer au parlement à Schwerin, tandis qu’à Magdebourg, il reste pour l’instant nettement en dessous du seuil des cinq pour cent. L’AfD, en revanche, a de grandes chances dans les deux Länder : en Saxe-Anhalt, elle est créditée de plus de 41 %, et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale de 35 % (rk).
Source: Zu erst, juillet 2026.

18:37 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, bsw, sahra wagenknecht, allemagne, politique, afd, europe, affaires européennes |
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