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dimanche, 07 juin 2026

Groenland. La nouvelle frontière stratégique de l’Arctique

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Groenland. La nouvelle frontière stratégique de l’Arctique

par Daniele Di Vuono 

Source: https://www.notiziegeopolitiche.net/groenlandia-il-nuovo-...

Le Groenland n’est plus seulement une grande île reléguée dans les marges des cartes géographiques. Il est devenu l’un des points où se mesure le retour de la géopolitique dans l’Arctique. Pendant des décennies, il a été perçu comme une périphérie lointaine, froide, peu peuplée et éloignée des centres de décision du monde. Aujourd’hui, il apparaît pour ce qu’il a toujours été: une plateforme stratégique située entre l’Amérique du Nord, l’Atlantique nord et l’Europe.

Le changement ne concerne pas seulement le climat, même si le climat en est l’une des causes profondes. La fonte des glaces, l’ouverture progressive de nouvelles routes, l’accès aux ressources minières et la militarisation croissante du Grand Nord transforment l’Arctique d’un espace extrême en un espace disputé. Dans ce contexte, le Groenland prend une valeur supérieure à son poids démographique ou économique. Sa position suffit à le rendre décisif.

Le point central est géographique. Le Groenland se trouve sur le flanc nord de l’Alliance atlantique, dans une zone qui relie la défense de l’Amérique du Nord à la sécurité de l’Europe. C’est là que transitent des intérêts militaires, des systèmes de surveillance, des routes aériennes, des lignes maritimes et des projections de puissance. Celui qui ne considère le Groenland que comme un territoire autonome du Royaume du Danemark ne voit qu’une partie de la réalité. Celui qui regarde la carte stratégique y voit un seuil de l’Atlantique.

Pour les États-Unis, le Groenland est important car il se trouve sur la trajectoire la plus courte entre le territoire américain et l’espace arctique-eurasiatique. Dans un monde revenu à des logiques de dissuasion, de missiles, de surveillance et de défense avancée, cette position devient essentielle. Ce n’est pas un hasard si Washington continue de considérer l’île comme un élément de sa propre sécurité nationale. L’enjeu n’est plus seulement la présence militaire, mais l’accès opérationnel stable à un espace qui pourrait devenir de plus en plus central dans la compétition entre grandes puissances.

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Pour le Danemark, le Groenland est à la fois une responsabilité, une ressource et une vulnérabilité. Copenhague doit défendre la souveraineté du Royaume, maintenir la relation avec Nuuk, préserver la cohésion avec ses alliés et, en même temps, éviter que l’île ne devienne l’objet de pressions extérieures trop fortes. C’est une position difficile: le Groenland amplifie le poids géopolitique du Danemark bien au-delà de son échelle habituelle, mais expose aussi Copenhague à des tensions qui dépassent largement la dimension danoise.

La question de l’autonomie groenlandaise complique encore la donne. Le Groenland n’est pas un simple avant-poste militaire ni une case vide sur laquelle d’autres peuvent dessiner leurs stratégies. Il a une population, des institutions propres, une identité politique et une trajectoire historique marquée par son rapport avec le Danemark. Le désir d’une plus grande autonomie, et à terme d’indépendance, coexiste avec une réalité matérielle difficile : un territoire immense, des coûts élevés, une dépendance économique et un besoin d’investissements extérieurs. Cela rend l’île plus visible mais aussi plus exposée.

C’est précisément dans cet espace entre autonomie et vulnérabilité que s’insère la compétition internationale. Les États-Unis voient dans le Groenland une garantie stratégique. La Russie considère l’Arctique comme le prolongement naturel de sa profondeur septentrionale, renforcée par des bases, des flottes et des infrastructures le long de ses côtes. La Chine, bien que n’étant pas une puissance arctique au sens géographique, cherche depuis des années un accès, une influence économique, une présence scientifique et une place dans les chaînes minières du Grand Nord. Le Groenland se retrouve donc au centre d’intérêts différents, pas toujours compatibles.

La valeur des ressources contribue à accroître la pression. Terres rares, minerais critiques, graphite, molybdène, énergie, pêche, infrastructures portuaires et aéroportuaires ne sont plus de simples dossiers économiques. Ce sont des éléments de la nouvelle géographie du pouvoir. Les transitions énergétiques et technologiques ont rendu stratégiques des matériaux autrefois confinés aux relations industrielles. Qui contrôle l’accès aux ressources critiques contrôle aussi une partie de la capacité productive future. C’est aussi pour cette raison que le Groenland intéresse Washington, Bruxelles et Pékin.

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Mais la partie ne se limite pas aux ressources. Le vrai nœud, c’est la transformation de l’Arctique en un espace militaire et logistique. Longtemps, le Grand Nord a été présenté comme une région de coopération scientifique, d’équilibres délicats et de gouvernance multilatérale. La guerre en Ukraine a changé cela aussi. La confiance envers Moscou s’est réduite, l’OTAN porte une attention accrue au flanc nord, la Finlande et la Suède ont modifié l’architecture de sécurité européenne et l’Arctique est entré dans une phase moins coopérative et plus stratégique.

Dans ce contexte, le Groenland devient un test pour l’OTAN. Non seulement parce qu’il s’agit de la défense de l’Atlantique Nord, mais aussi parce que cela met à l’épreuve la relation entre alliés. Lorsque la sécurité d’une grande puissance rencontre la souveraineté d’un allié plus petit, l’équilibre de l’Alliance devient plus délicat. La défense collective ne peut se transformer en pression asymétrique. Si cela arrivait, le problème ne serait pas seulement groenlandais ou danois: il concernerait la crédibilité politique de l’ensemble du système atlantique.

Pour l’Europe, la question est encore plus large. L’Union européenne parle de plus en plus d’autonomie stratégique, de sécurité des chaînes d’approvisionnement et de défense de ses intérêts. Mais le Groenland montre à quel point il est difficile de traduire ces formules en capacités réelles. L’Arctique est proche de l’Europe, concerne directement un pays membre de l’Union comme le Danemark, même s’il s’agit d’un territoire qui n’est pas dans l’UE, et touche des ressources critiques et la sécurité militaire. Pourtant, le centre de gravité de la discussion reste souvent entre Washington, Copenhague et Nuuk.

Le Groenland illustre ainsi l’une des contradictions du présent européen: l’Europe est impliquée dans presque tous les dossiers décisifs, mais elle en détermine rarement seule la trajectoire. En Méditerranée, elle subit les crises d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Au Sahel, elle enregistre les effets de sa perte d’influence. Dans l’Arctique, elle risque d’observer une partie stratégique qui se joue sur son propre flanc nord. La distance géographique ne suffit plus à définir la distance politique.

L’avenir de l’île dépendra de la capacité à maintenir ensemble trois dimensions : la sécurité occidentale, la souveraineté danoise et le droit des Groenlandais à décider de leur propre destin. Si l’une de ces dimensions écrase les autres, le Groenland deviendra une fracture. Si, au contraire, elles sont intégrées, il pourra devenir un espace d’équilibre dans un Arctique de plus en plus compétitif.

La grande île blanche, longtemps restée aux marges de l’histoire visible, est revenue au centre de la carte. Non parce que sa position a changé, mais parce que le monde autour d’elle a changé. Et lorsqu’une périphérie devient indispensable, elle cesse d’être une périphérie : elle devient une frontière stratégique.

Sanctionnée pour double standard: pourquoi la candidature de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU a échoué

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Sanctionnée pour double standard: pourquoi la candidature de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU a échoué

Thomas Röper

Source: https://anti-spiegel.ru/2026/warum-deutschlands-kandidatu...

Le Sud global a présenté à l’Allemagne l’addition pour la politique qu'elle a pratiquée au cours de ces dernières années. Trois États européens se sont portés candidats pour deux sièges non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU. L’Allemagne a été sanctionnée et les sièges sont revenus à l’Autriche et au Portugal.

Le Conseil de sécurité de l’ONU compte, en plus des cinq membres permanents que sont la Chine, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et les États-Unis, dix membres non permanents, dont les sièges sont répartis entre les groupes régionaux de l’ONU. L’Afrique a droit à trois sièges, les États d’Asie et du Pacifique, les États d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que le groupe des États d’Europe occidentale et autres, ont chacun deux sièges, et l’Europe de l’Est en a un. Chaque année, l’Assemblée générale de l’ONU élit cinq membres non permanents pour une durée de deux ans.

Mercredi avait lieu l’élection pour les années 2027/2028, au cours de laquelle les deux sièges d’Europe occidentale étaient à pourvoir. Les candidats étaient l’Autriche, le Portugal et l’Allemagne.

L’arrogance allemande

Pour le gouvernement fédéral, il s’agissait d’un projet qui lui tenait à cœur: retrouver un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Der Spiegel rapportait par exemple que le ministre des Affaires étrangères Wadephul s’était rendu spécialement à New York pour une semaine afin de faire campagne pour l’Allemagne. Et même dans Der Spiegel, on trouvait une pointe d’autocritique au sujet des chances de succès de la candidature allemande :

«Autrefois, une candidature allemande allait de soi, ne serait-ce qu’en raison de la grande aide au développement apportée par la République fédérale. Cela a changé. La candidature tardive n’est pas le seul problème. La politique allemande au Proche-Orient et envers la Russie pourrait également porter préjudice au gouvernement».

C’est formulé très poliment, car à part les quelque 50 États de l’ancien “Occident collectif”, aucun pays au monde ne soutient la politique anti-russe et pro-ukrainienne dont l’Allemagne est l’un des principaux moteurs. Contrairement à ce qu’affirment les médias et politiciens allemands, la Russie n'est pas isolée internationalement. Ce sont, comme je l’ai déjà souvent souligné, les promoteurs de la politique anti-russe qui se sont isolés sur la scène internationale. Et le fait que le soutien inconditionnel de l’Allemagne au génocide israélien à Gaza et à ses guerres au Proche-Orient soit ouvertement rejeté par le Sud global ne devrait surprendre que ceux qui ne s’informent que par le Tagesschau.

wm-2022-deutschland-japan.jpegS’ajoute à cela l’arrogance avec laquelle les politiciens allemands veulent imposer leurs “valeurs” au monde entier, à commencer par toute la question LGBT, etc., ce qui, dans le reste du monde où la propagande LGBT n’est pas présente depuis des années dans les manuels scolaires, est très mal perçu. Il suffit de se souvenir de l’intervention de Nancy Faeser avec son brassard LGBT lors de la Coupe du monde au Qatar (photo), qui a provoqué de l’incompréhension et des réactions négatives dans le monde entier.

La “défaite historique”

La “défaite historique” lors de l’élection au Conseil de sécurité de l’ONU est la juste sanction de cette arrogance et de cette hypocrisie qui caractérisent la politique allemande depuis des années. Lors du vote, l’Allemagne a été éliminée dès le premier tour, le Portugal obtenant 134 voix, l’Autriche 131 et l’Allemagne seulement 104.

L’expression “défaite historique” n’est pas de moi, mais du Handelsblatt, qui titrait après le désastre: “Conseil de sécurité de l’ONU – Comment l’Allemagne en est arrivée à sa défaite historique” et écrivait en chapeau de son article :

    “Depuis 2019, Berlin a fait campagne auprès de 191 pays pour obtenir des voix. Mais cela ne suffit pas pour un siège au Conseil de sécurité. Lorsqu’on cherche des raisons, deux noms de pays reviennent aussi : Israël et la Russie.”

L’échec porte un nom

imago0202627441h.jpgL’arrogance allemande n’a pas commencé à déranger le monde en 2022 seulement, mais déjà sous Merkel, qui avait envoyé son proche collaborateur Christoph Heusgen (photo) en tant qu’ambassadeur allemand à l’ONU. Heusgen s’est illustré par son arrogance et sa suffisance, et s’est mis à dos de nombreux pays et représentants.

J’avais déjà écrit en 2022 que la candidature allemande à un siège au Conseil de sécurité de l’ONU était vouée à l’échec. Et l’une des raisons principales en est Heusgen, car il n’est pas seulement arrogant, il ment aussi effrontément (cf. https://web.archive.org/web/20240226181643/https://anti-spiegel.ru/2022/christoph-heusgen-so-dreist-luegen-nur-wenige/).

Je l’ai démontré dans un article à propos d’une interview que Heusgen avait accordée début 2022, avant même l’escalade en Ukraine. Le public allemand, maintenu dans l’ignorance par les médias traditionnels, ne remarque pas ses mensonges, mais sur la scène internationale, les gens et les responsables sont mieux informés, et Heusgen n’a suscité que des hochements de tête.

Heusgen s’est fait à l’ONU autant d’ennemis que peu d’autres auparavant. Ce n’était même pas le fait que l’Allemagne ait parfois une opinion différente sur certains sujets – ce qui est normal. C’est son attitude arrogante et irrespectueuse qui lui a valu des ennemis et a gravement nui à la réputation de l’Allemagne dans le monde.

Lorsque Heusgen a quitté l’ONU, il lui a été clairement signifié ce que l’on pensait de lui là-bas. À ma connaissance, aucun diplomate n’a été congédié avec de tels propos.

Pour les Chinois, la politesse est, de par leur culture, très importante, et il est essentiel pour eux que même les adversaires puissent “sauver la face”. C’est donc un fait unique que Heusgen ait été salué par l’ambassadeur chinois à l’ONU par ces mots :

    “Heureux de nous débarrasser de vous”

L’ambassadeur russe à l’ONU a été un peu plus poli, disant à Heusgen à cette occasion :

    “Quel dommage que vous partiez enfin”

J’ai déjà relaté les “exploits” de Heusgen à l’ONU qui ont sans doute joué un rôle important dans l’élection actuelle, des articles avec détails sont à retrouver ici : https://web.archive.org/web/20240414135827/https://www.anti-spiegel.ru/2020/deutschlands-hoffnungen-auf-einen-staendigen-sitz-im-uno-sicherheitsrat-sind-zerstoben/ ; et ici: https://web.archive.org/web/20240505165513/https://anti-spiegel.ru/2020/deutscher-uno-botschafter-christoph-heusgen-der-diplomatische-supergau/ ).

Nord Stream: le récit officiel vacille

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Nord Stream: le récit officiel vacille

Par Ilia Ryvkin

Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/nord-stream-die-...

De nouvelles enquêtes et des analyses techniques remettent en question les hypothèses centrales autour du sabotage de Nord Stream. Ilia Ryvkin s'interroge sur les acteurs potentiellement impliqués et sur les intérêts géopolitiques qui pourraient se cacher derrière l’attentat.

Les explosions des gazoducs Nord Stream en septembre 2022 comptent encore aujourd’hui parmi les actes de sabotage les plus lourds de conséquences dans l’histoire européenne récente.

En quelques secondes, Nord Stream s’est transformé en un effondrement physique de vagues de pression et de masses de gaz montant à la surface. L’explosif n’a d’abord ouvert la paroi du tuyau qu’à un endroit localisé. Puis, la pression interne pouvant aller jusqu’à 165 bars s’est déchaînée: le gaz s’est échappé dans la mer à la vitesse du son, d’énormes bulles sont remontées à la surface et le pipeline a été soulevé du fond marin. Il s’en est suivi une cascade de dommages mécaniques. Sur Nord Stream 1, environ 282 et 249 mètres de tuyau ont été détruits sur deux tronçons. Ce qui importe, c’est la comparaison avec Nord Stream 2 : là, une conduite est restée largement intacte, car la pression, après une première fuite, était déjà tombée à environ 35 bars.

L’enquête technique d’Erik Andersson

La reconstitution de l’ingénieur suédois Erik Andersson se distingue de la plupart des autres analyses concernant Nord Stream par son approche purement technique. Andersson a organisé ses propres expéditions sur les lieux des explosions en mer Baltique et a analysé les segments de tuyaux déformés, les schémas de rupture et la dynamique des gaz lors des détonations. Ses travaux se situent au croisement de l’ingénierie, de l’OSINT et de l’analyse géopolitique.

Il a présenté les résultats de ses recherches récemment au Bundestag, sur invitation du groupe parlementaire AfD. Le mot d’introduction et la modération étaient assurés par le porte-parole aux affaires économiques Leif-Erik Holm et le porte-parole à la politique énergétique Steffen Kotré. Près de quatre ans après les explosions des pipelines Nord Stream, l’affaire est officiellement toujours qualifiée d’« inexpliquée ». C’est précisément là que réside aujourd’hui sa vraie fonction politique. La vérité est maintenue dans un état d’incertitude permanente, car trop de certitudes géopolitiques occidentales seraient remises en cause si l’on tirait publiquement les conséquences des révélations existantes.

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Le procès de Londres et la question ouverte des auteurs

Un procès à Londres offre désormais une rare occasion de faire le point. Nord Stream AG a porté plainte devant la High Court contre ses assureurs, et en premier lieu contre Lloyd’s of London. Le montant du litige s’élève à 580 millions d’euros. Il n’est pas question ici d’identifier les auteurs, mais de savoir si le sabotage est couvert par l’assurance.

Dans des mémoires publiés juste avant le début du procès, Lloyd’s résume les avis de divers experts géopolitiques sollicités par les parties. La liste des auteurs encore envisagés est particulièrement révélatrice : des acteurs étatiques russes, des acteurs étatiques ukrainiens, des acteurs non étatiques ukrainiens ou des acteurs étatiques américains, seuls ou de concert avec l’Ukraine. Cette construction permet à Lloyd’s d’éviter la question centrale de la responsabilité. Les parties défenderesses n’ont pas à prouver qui a fait sauter Nord Stream. Il leur suffit que chacune de ces quatre variantes soit couverte par l’exclusion de guerre de l’assurance. La question décisive est donc : ces quatre alternatives sont-elles encore toutes aussi crédibles après trois ans et demi d’enquêtes, de fuites et de nouvelles révélations ?

Pourquoi la piste russe perd en crédibilité

Les enquêteurs suédois comme allemands ont examiné la piste russe et n’ont trouvé aucune preuve d’une implication de Moscou. Pourtant, pendant des mois, le récit selon lequel la Russie aurait fait sauter son propre gazoduc a dominé. De nombreux responsables politiques occidentaux se sont exprimés de manière à renforcer cette impression auprès du public. Même lorsque les enquêteurs allemands suivaient depuis longtemps la piste ukrainienne, Berlin maintenait la possibilité que la mission Andromeda ait été une opération russe sous fausse bannière.

Le problème de cette hypothèse a toujours été son absence de preuves. Aucun enquêteur sérieux n’a jamais présenté d’hypothèse solide expliquant la culpabilité russe de manière technique ou opérationnelle. Ce récit s’est maintenu essentiellement parce qu’il reposait sur un mobile apparemment évident : la Russie aurait utilisé le pipeline comme outil de chantage énergétique et aurait donc eu intérêt à le détruire.

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L’affaire des turbines et le mobile du sabotage

La réduction des livraisons de gaz via Nord Stream 1 à l’été 2022 a été avancée comme preuve majeure. Mais à y regarder de plus près, cet argument s’effondre. L’origine de la crise n’était pas un sabotage russe, mais un différend lié aux sanctions concernant une turbine Siemens retenue au Canada. Le gouvernement ukrainien s’est ouvertement opposé au retour de la turbine. Dans le même temps, le gouvernement allemand a mis en scène l’incident comme preuve de l’irrégularité russe. Le chancelier Olaf Scholz a posé devant la turbine, affirmant qu’aucun obstacle juridique ne s’opposait à son retour.

Du point de vue de Moscou, cette mise en scène devait apparaître comme un pur cynisme. Car les mêmes États qui imposaient des sanctions déclaraient publiquement que Nord Stream devait disparaître. Victoria Nuland avait annoncé que le pipeline serait « d’une manière ou d’une autre » arrêté. Le président américain Joe Biden a promis quelques semaines avant le début de la guerre: « We will put an end to it. » Le message était clair: si la pression économique ne suffisait pas, d’autres moyens seraient utilisés.

Lorsque Zelensky a qualifié le retour de la turbine Siemens en Russie d’« inacceptable », il savait déjà, selon les informations disponibles, que Kiev prévoyait de détruire Nord Stream. Le plan initial aurait été validé dès juin. Selon le Wall Street Journal, le commandant en chef ukrainien lui aurait même expliqué que l’opération était irréversible.

La Russie, coupable désignée d’avance ?

Une question gênante se pose : la désignation ultérieure de la Russie comme responsable était-elle déjà prévue quand Zelensky critiquait publiquement Moscou ? Cela y ressemble. Moscou devait être prêt à être accusé avant même que l’acte ne soit commis. Et peut-être que la colère de Kiev ne s’adressait pas seulement à la Russie, mais aussi à Berlin, qui, par une exception au régime de sanctions, permettait la poursuite du gazoduc. Le navire de recherche russe « Sibiryakov » a été présenté dans le documentaire scandinave « Skyggekrigen » en 2023 comme une sorte de témoin clé pour la thèse russe. Le navire croisait dans la zone avant les explosions, pouvait réaliser des opérations sous-marines et fut présenté comme suspect idéal à grand renfort de musique dramatique et d’images suggestives.

Mais les enquêtes publiées par Bojan Pancevski dressent un tout autre tableau. Selon elles, le projet ukrainien « Diameter » était déjà en cours à ce moment-là. Un agent du renseignement suédois (SÄPO) aurait aidé à acquérir le voilier d’où les premières attaques auraient dû être menées dès juin. Selon cette version, le « Sibiryakov » n’était pas l’auteur, mais peut-être le gardien involontaire, censé protéger le pipeline contre un plan d’attentat ukrainien déjà connu.

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L’Andromeda et la direction officielle de l’enquête

Les événements des 21 et 22 septembre sont encore plus explosifs. Alors que l’Andromeda entrait dans la phase finale de l’opération, des navires de guerre danois et suédois ont repoussé une flottille russe hors de la zone d’opération. Plus tard, des photos de ces navires russes ont été présentées comme indices d’une implication russe. Que ces mêmes unités de l’OTAN avaient croisé, juste avant, la route des véritables saboteurs présumés est passé quasiment inaperçu.

L’histoire du voilier Andromeda a longtemps été considérée comme la note de bas de page la plus absurde du dossier Nord Stream : quelques plongeurs amateurs ukrainiens, un voilier loué, des explosifs artisanaux fabriqués à partir de bouteilles de plongée et une plongée à 80 mètres de profondeur. Un scénario de film. Pourtant, c’est précisément cette histoire qui constitue aujourd’hui le cœur des enquêtes allemandes. Au centre, l’officier du SBU ukrainien Serhii Kuzniezov, actuellement détenu en Allemagne en attente de son procès. Le parquet fédéral lui reproche d’avoir dirigé l’opération depuis l’Andromeda. Des mandats d’arrêt européens ont été émis contre tout l’équipage. La Cour fédérale de justice a déclaré officiellement que le groupe avait « très probablement » agi pour le compte de l’État ukrainien.

Le rôle de Kiev et la question d’un appui extérieur

Les grands médias suivent désormais aussi cette version. En particulier, le journaliste du Wall Street Journal Bojan Pancevski décrit une opération pilotée par l’État. Un général ukrainien de haut rang aurait dirigé la mission, en aurait rendu compte directement au chef d’état-major Zaloujny et obtenu l’aval du président Zelensky. L’enquête allemande s’oriente donc désormais clairement vers un scénario: Nord Stream serait le fait d’acteurs étatiques ukrainiens. Ainsi, la thèse des « acteurs isolés » s’effondre également. Plus personne ne croit sérieusement à un groupe d’amateurs autonomes. La question n’est plus vraiment de savoir si l’Ukraine était impliquée, mais si elle a pu agir seule.

Beaucoup d’observateurs voient donc dans l’histoire des plongeurs amateurs une diversion face au contexte géopolitique réel. Car même si l’équipage de l’Andromeda a effectivement posé les bombes, cela n’explique pas la question essentielle : quelle est la probabilité qu’un pays comme l’Ukraine détruise de son propre chef la plus importante connexion énergétique de l’Allemagne avec la Russie, sans l’appui d’une grande puissance ?

America First ?

Intéressante, dans ce contexte, est l’histoire des hommes qui, selon Pancevski, auraient été derrière l’opération. L’ancien chef du HUR Vassyl Bourba, qui aurait pour la première fois proposé l’idée de faire sauter Nord Stream au sein des structures spéciales ukrainiennes, entretenait des liens étroits avec la CIA. Après son limogeage, la partie américaine a même financé sa voiture de service blindée. De même, Roman Chervinsky, coordinateur opérationnel du sabotage, entretenait selon Pancevski des liens étroits avec les services de renseignement américains. Dans ce contexte, l’hypothèse d’une opération purement ukrainienne paraît de plus en plus aventureuse. Bourba et Chervinsky savaient parfaitement que Nord Stream figurait depuis des années sur la « liste noire » de cercles influents à Washington. Ils savaient aussi qu’une opération réussie ne provoquerait guère d’indignation, mais plutôt des applaudissements.

De nombreux analystes partent donc du principe que Washington était au moins informé. D’autres soupçonnent un soutien plus concret et considèrent l’Andromeda comme une simple façade opérationnelle. Erik Andersson ne s’aventure pas dans ces spéculations. Il exige en revanche quelque chose de plus radical : des preuves techniques. Si la version allemande est exacte, on devrait retrouver sur place des traces des bombes artisanales à base de bouteilles de plongée. À ce jour, de telles preuves n’ont jamais été rendues publiques.

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Nord Stream comme projet géopolitique clé

Pour Andersson, l’explication se trouve de toute façon à un niveau supérieur. Le sabotage de Nord Stream s’inscrit dans un schéma géopolitique bien antérieur à la guerre en Ukraine. Derrière, il y a la stratégie poursuivie depuis des décennies visant à empêcher un axe énergétique et économique germano-russe. De la théorie du Heartland de Mackinder à l’« Echiquier mondial » de Brzeziński en passant par l’avertissement célèbre de George Friedman contre une alliance entre l’Allemagne et la Russie, la même idée se retrouve : le plus grand danger pour la suprématie américaine serait un bloc eurasiatique alliant la technologie allemande aux ressources russes. Nord Stream était l’incarnation matérielle de cette union.

Une Europe véritablement souveraine aurait exigé un éclaircissement immédiat après une telle attaque. Les gazoducs auraient été réparés. De lourdes conséquences diplomatiques auraient suivi. C’est l’inverse qui s’est produit : silence, délais, confusion médiatique et une étonnante retenue envers Washington. Il faut aussi mentionner un point rarement abordé. Selon plusieurs rapports, les États-Unis et certains États nordiques membres de l’OTAN ont refusé aux enquêteurs allemands l’accès à des données cruciales : enregistrements sonar, profils de mouvements de navires et avions militaires, ainsi que des données de communication. Une attitude qui ne correspond guère à celle d’acteurs totalement non impliqués.

La portée politique d’un éclaircissement total

L’explosion des pipelines n’a pas seulement détruit des infrastructures au fond de la mer Baltique. Elle a aussi anéanti la dernière illusion selon laquelle l’Allemagne pourrait à la fois coopérer économiquement avec la Russie et rester totalement intégrée dans la structure sécuritaire américaine. Remarquables furent les questions et commentaires du public après la conférence d’Erik Andersson. Un participant, qui s’est présenté comme plongeur, a émis de sérieux doutes sur la réalisation d’une opération d’une telle complexité à quelque 80 mètres de profondeur depuis un petit voilier. C’était la faiblesse centrale du récit Andromeda qui était ainsi pointée.

À la fin, le débat est revenu à la question des responsabilités politiques. Un membre du public a demandé si une éventuelle participation de l’AfD à un futur gouvernement conduirait à la présentation de demandes d’indemnisation contre les États responsables du sabotage et des dégâts occasionnés. La réponse fut claire : oui. Et à la question de savoir ce qu’il adviendrait si, finalement, les États-Unis étaient identifiés comme responsables, la réplique la plus sèche de la soirée est tombée : « D’autant plus. Là, il y aurait vraiment de quoi récupérer. » Peut-être est-ce précisément ce qui explique la nervosité persistante autour de Nord Stream. Car une clarification complète ne désignerait pas seulement les coupables. Elle révèlerait la réalité des rapports de force à l’intérieur de l’Occident.

La gauche infantile et sa fascination pour le lumpenprolétariat 

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La gauche infantile et sa fascination pour le lumpenprolétariat 

Sergio Meneses

Source: https://geoestrategia.eu/noticia/46316/opinion/la-izquier...

Le week-end dernier, après la victoire du Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des Champions, Paris est redevenue le théâtre de troubles. Des milliers de personnes sont sorties célébrer la victoire du club, mais, comme c’est désormais habituel lors de ce type de festivités massives dans certains quartiers de la ville, des centaines de jeunes ont profité de l’occasion pour détruire des véhicules, brûler du mobilier urbain, piller et affronter la police. Des images de voitures calcinées, de vitrines brisées et de conteneurs en flammes ont circulé sur les réseaux sociaux. Rien de nouveau sous le soleil parisien.

Ce qui est véritablement révélateur, ce ne sont pas les émeutes elles-mêmes — prévisibles et répétées —, mais bien la réaction d’une certaine gauche qui se proclame « transformatrice ». Au lieu de condamner la violence gratuite, une partie d’entre elle l’a justifiée, l’a idéalisée, voire l’a célébrée ouvertement. C’est la gauche infantile, la gauche ACAB, qui éprouve une fascination quasi érotique pour le lumpenprolétariat, surtout lorsque celui-ci se livre à une destruction dépourvue de sens.

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Pour ce courant, tout acte de vandalisme commis par des jeunes de quartiers défavorisés se transforme automatiquement en « résistance ». Peu importe qu’il n’y ait aucune revendication politique claire, aucune direction idéologique, ni même l’ombre d’un projet de transformation sociale. Il suffit que les protagonistes appartiennent à des milieux marginaux pour que la destruction soit interprétée comme un cri contre « le système ».

C’est un romantisme répugnant qui se focalise autour de jeunes qui, dans bien des cas, agissent par pure excitation, par mimétisme, par absence de limites ou simplement parce qu'il y a opportunité de piller. Il n’y a nulle part de conscience de classe. Il y a une rage diffuse, un hédonisme destructeur et, bien souvent, de la délinquance pure et simple.

karlmarx2.jpgMarx avait déjà mis en garde à propos du lumpenprolétariat: cette strate sociale dégradée, sans conscience de classe, facilement manipulable et prête à servir aussi bien la réaction que le crime organisé. Loin d’être une avant-garde révolutionnaire, le lumpenprolétariat est, selon les mots mêmes de Marx, «la lie de toutes les classes». Aujourd’hui, certains pans de la gauche infantile ont complètement inversé cette appréciation: ce qui était un problème structurel est devenu un objet de fétichisme.

Les organisations sérieuses, celles qui comprennent le sens de la transformation sociale, savent que la violence ne prend sens que lorsqu’elle est subordonnée à un objectif politique clair et dotée d’une direction stratégique. L’incendie de voitures à Paris après une finale de football n’a rien de tout cela. C’est une violence ludique, nihiliste, contre-productive. Loin de rapprocher la classe ouvrière de ses intérêts, elle l’en éloigne: le travailleur qui voit sa voiture détruite ou son quartier transformé en zone de guerre ne ressent pas de solidarité envers les incendiaires, mais du rejet et de la peur.

Néanmoins, pour la gauche ACAB, cette distinction est « bourgeoise ». Condamner les émeutes reviendrait à « stigmatiser les jeunes des quartiers ». Mieux vaut garder le silence ou sortir la phrase attendue: « la violence vient de l’État ».

Cette attitude n’est pas seulement moralement répugnante. Elle est politiquement suicidaire. En légitimant le lumpenprolétariat comme sujet révolutionnaire, cette gauche abandonne la classe ouvrière réelle — celle qui se lève à six heures du matin, paie ses impôts et souhaite la sécurité dans son quartier — pour embrasser les parasites sociaux, vivant en marge de toute contribution productive. Le résultat est prévisible: perte de soutien populaire et renforcement de la droite qui, elle, parle clairement d’ordre et de sécurité.

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La gauche à construire — si tant est qu’elle aspire encore à être une alternative au pouvoir — doit rompre radicalement avec cette fascination infantile pour la destruction gratuite. La violence lumpenprolétarienne n’est pas émancipatrice. Elle est régressive. Les intérêts de la classe ouvrière passent par l’éducation, un emploi digne, un logement abordable, une santé publique forte et la sécurité dans les quartiers, non par le spectacle de conteneurs incendiés à chaque événement sportif.

Ceux qui justifient ou se taisent devant ces épisodes ne sont pas les alliés des travailleurs. Ils sont complices de la dégradation sociale. Et à ce titre, ils méritent d’être fermement rejetés.

La véritable transformation sociale ne naîtra pas de jeunes brûlant des voitures sans raison. Elle viendra de travailleurs organisés, conscients et porteurs d’un projet. Le reste n’est que spectacle et folklore lumpenprolétarien.

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samedi, 06 juin 2026

Fukuyama et la fin de la «fin de l’histoire»: le modèle chinois défie les certitudes occidentales

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Fukuyama et la fin de la «fin de l’histoire»: le modèle chinois défie les certitudes occidentales

Giulio Chinappi 

Source: https://giuliochinappi.com/2026/06/04/fukuyama-e-la-fine-...

La-Fin-de-l-histoire-et-le-dernier-homme.jpgLa récente évocation par Francis Fukuyama du « modèle chinois » peut être interprétée comme un signe de la crise des certitudes libérales occidentales et de la reconnaissance mondiale croissante de la modernisation chinoise comme voie alternative de développement.

Le politologue américain Francis Fukuyama, surtout connu pour sa thèse sur la «fin de l’histoire», a récemment reconnu dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung que, si la Chine poursuit son élan de développement actuel, alors les prévisions qu’il avait formulées sur ce pays il y a quarante ans s’avéreraient erronées.

Pour Fukuyama, longtemps considéré comme l’un des plus fervents défenseurs de la «démocratie libérale occidentale», il s’agit au moins de la deuxième fois en un peu plus de deux mois qu’il reconnaît publiquement la pertinence du «modèle chinois».

En avril, lors d’une émission, il a déclaré que «les Chinois ont créé un système assez impressionnant» et que celui-ci pourrait devenir «une véritable alternative» à la démocratie occidentale. Bien qu’il n’ait pas totalement abandonné la mentalité binaire «démocratie contre autoritarisme», la thèse même de la «fin de l’histoire» de Fukuyama touche indéniablement à sa fin, entre scepticisme et réflexion, tandis que le «modèle chinois» est de plus en plus observé, accepté et étudié dans le monde.

En tant que l’un des politologues les plus influents, Fukuyama, avec sa thèse de la «fin de l’histoire», a longtemps été utilisé par certains, en Occident, pour attaquer les théories socialistes et discréditer le système chinois. Ses récents changements d’attitude à l’égard du «modèle chinois» ne sont pas des actes isolés; ils reflètent une tendance plus large: les élites intellectuelles occidentales, représentées par Fukuyama, sont de plus en plus contraintes, par la réalité, à porter un regard neuf sur le monde, au-delà de leurs postulats traditionnels.

81GTb0JZm7L._SL1500_.jpgThomas Friedman, auteur de The World Is Flat, a écrit avoir «vu le futur» en Chine et a même suggéré que certains sénateurs américains devraient voyager davantage pour voir le monde de leurs propres yeux. Jonas Nahm, ancien économiste principal au Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche, a décrit «la force de la structure politique chinoise à imposer un changement rapide de haut en bas» comme un facteur clé de son développement. Un changement cognitif autrefois inimaginable s’opère dans les milieux académiques et politiques occidentaux: ils doivent admettre que le soi-disant «consensus de Washington» n’est pas une formule universelle et que le monde n’a pas suivi la voie qu’ils attendaient.

En réalité, l’ensemble des sociétés occidentales traverse un processus historique de «redécouverte de la Chine». Ce qui sous-tend l’aveu de Fukuyama au sujet de ses prévisions «erronées», c’est la visibilité croissante, la reconnaissance et l’adoption des réalisations et de la solution chinoises sur la scène mondiale. Au même moment où Fukuyama constatait que la Chine pourrait devenir «une réelle alternative», un sondage mondial réalisé par Gallup en avril a également attiré une large attention.

Couvrant plus de 130 pays et environ 130.000 personnes interrogées, le sondage a révélé que le taux d’approbation du leadership mondial de la Chine atteignait 36%, dépassant celui des États-Unis, qui était de 31%. Il s’agit du plus grand avantage acquis par la Chine sur les États-Unis depuis près de deux décennies. Les résultats d’enquêtes d’institutions telles que le Yusof Ishak Institute de Singapour, Ipsos et Morning Consult ont également montré la même tendance. Ce n’est ni un hasard ni une coïncidence. Il s’agit plutôt d’une résonance historique de la nouvelle compréhension de la Chine par le monde.

L’Occident a longtemps été le plus réticent idéologiquement et le plus empreint de préjugés envers la Chine. Presque toute la rhétorique pessimiste et les diffamations contre le modèle chinois et les succès du développement chinois sur la scène mondiale proviennent des sociétés occidentales. Pourtant, les barrières idéologiques qui ont longtemps façonné ces visions s’érodent progressivement. Un signe remarquable de ce changement est la popularité croissante des contenus liés à la Chine sur les plateformes sociales étrangères, en particulier occidentales.

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Des tendances comme « China Travel » et le phénomène du « Xiaohongshu cross-checking », qui a amené de nombreux Occidentaux à exprimer leur étonnement quant au sentiment de sécurité en Chine, jusqu’aux thèmes viraux comme « Becoming Chinese » et « Chinamaxxing » sur les réseaux sociaux étrangers, un grand nombre d’internautes ont imité et exprimé leur admiration pour le mode de vie chinois. À travers ces moyens concrets et visibles, la modernisation chinoise a conquis de nombreux jeunes en Occident, et cette vague croissante d’enthousiasme fait fondre progressivement la glace de l’idéologie figée.

En un certain sens, il est historiquement inévitable que la communauté intellectuelle occidentale, longtemps à l’origine de l’idéologie de la guerre froide, relâche ses préjugés contre la Chine, reconnaisse les réussites du développement chinois, admette l’efficacité du modèle chinois et réfléchisse aux limites de la démocratie occidentale. L’aveu de Fukuyama concernant ses prévisions «erronées» peut être vu comme un signe de l’accélération de la sortie de l’état d’ignorance volontaire qui a longtemps caractérisé la compréhension de la Chine par les élites intellectuelles occidentales, et il offre le fondement conceptuel nécessaire à un nouvel ordre mondial, différent, inclusif et basé sur la coexistence harmonieuse.

Au cours des dernières décennies, les élites occidentales représentées par Fukuyama ont considéré la démocratie libérale occidentale comme la seule voie vers la modernisation, alors que toute tentative de suivre un modèle différent était souvent qualifiée d’anomalie ou d’écart par rapport à la norme. Ce monopole du discours et de la théorie a imposé d’importantes limitations intellectuelles à de nombreux pays du Sud global.

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Le succès de la modernisation chinoise n’a pas seulement créé un miracle dans l’histoire du développement humain, mais a aussi produit une profonde libération idéologique pour le monde, brisant le mythe selon lequel « modernisation = occidentalisation ». Un nombre croissant de pays du Sud global poursuivent désormais en toute confiance des voies de développement adaptées à leurs propres conditions nationales, sans douter d’eux-mêmes ni se sentir inférieurs simplement parce que leurs modèles diffèrent de ceux de l’Occident.

Le modèle chinois n’a pas vocation à remplacer qui que ce soit, mais à offrir au monde davantage de choix, en fournissant aux peuples de tous les pays une base théorique plus solide et une référence pratique pour trouver une voie de développement adaptée à leurs propres conditions nationales. L’histoire n’est pas terminée, et l’évolution de la civilisation humaine se poursuit. En tant que participant et contributeur important à ce processus, la Chine continuera à œuvrer avec toutes les nations pour écrire un nouveau chapitre du développement humain.

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Région de la mer Baltique – La mèche du baril de poudre se raccourcit

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Région de la mer Baltique – La mèche du baril de poudre se raccourcit

Alexander Neu

Source: https://www.nachdenkseiten.de/?p=151434

La région de la mer Baltique est actuellement considérée par les experts en sécurité comme la zone de conflit potentiellement la plus explosive, entre l’OTAN et la Fédération de Russie. Une multitude de facteurs de conflit se concentrent dans cette région. Déjà en octobre 2025, j’avais publié sur les NachDenkSeiten un article sur le foyer de tension qu’est la région de la Baltique. Depuis lors, la situation dans cette zone s’est encore aggravée. Il y a quelques jours, j’ai visité la région frontalière entre la Pologne et la Russie. Un silence fantomatique, très peu de trafic transfrontalier avec de longs temps d’attente. L’expression «le calme avant la tempête» m’est venue à l’esprit. Dans ce qui suit, certains de ces conflits potentiels sont esquissés. 

Le terme «région de la mer Baltique» ne doit pas être limité uniquement à la mer elle-même, mais il faut aussi inclure les zones rurales bien au-delà du littoral des États riverains, car ce n’est qu’ainsi que l’on peut saisir l’ensemble des potentiels de conflit.

Données géopolitiques

La mer Baltique est appelée « Ostsee » en allemand. Il s’agit d’une mer intérieure pratiquement fermée, d’une superficie d’environ 413.000 kilomètres carrés et à faible salinité. Le littoral mesure environ 8000 kilomètres. Désormais, à l’exception de la Fédération de Russie, tous les États riverains de la Baltique sont membres de l’OTAN: Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne et Allemagne. La Russie ne possède que deux accès maritimes, l’enclave de Kaliningrad et Saint-Pétersbourg. Ainsi, environ 7340 kilomètres de côtes appartiennent aux pays de l’OTAN et environ 660 kilomètres à la Russie.

Par conséquent, l’OTAN contrôle environ 92% du littoral et la Russie à peine 8%. Le seul accès à l’Atlantique sont les détroits au Danemark et entre le Danemark et la Suède (Grand et Petit Belt et l’Øresund). Le Danemark et la Suède, donc l’OTAN, contrôlent également ces points de passage. De fait, la mer Baltique est devenue, dans le contexte de l’élargissement de l’OTAN à l’est, une « mer de l’OTAN ». Le changement d’influence est manifeste lorsqu’on se rappelle que, lors de la confrontation Est-Ouest, la région baltique était quasiment une mer du Pacte de Varsovie dirigé par l’URSS. Les États riverains du bloc soviétique étaient: la RDA, la Pologne et l’URSS – les trois États baltes, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie, faisant partie de l’URSS. Ainsi, la partie sud et est de la Baltique était sous contrôle soviétique. Le nord était neutre, en raison de la neutralité officielle de la Finlande et de la Suède. Seule la partie la plus occidentale était bordée par la RFA et le Danemark.

L’accès stratégique aux deux côtes russes, depuis la fin de la Guerre froide et l’élargissement massif de l’OTAN, n'est plus particulièrement avantageux.

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Saint-Pétersbourg

La position géographique de Saint-Pétersbourg, autrefois stratégique, s’est transformée en un piège, surtout avec l’élargissement de l’OTAN aux États baltes et à la Finlande:

Saint-Pétersbourg se trouve à l’extrémité orientale du golfe de Finlande, long d’environ 400 kilomètres. L’accès est contrôlé au nord par la Finlande et au sud par l’Estonie, donc par l’OTAN. La distance entre les deux rives varie de 40 à 120 kilomètres. Là où les rives du golfe deviennent territoire russe, le golfe se rétrécit en un chenal sur lequel est située Saint-Pétersbourg.

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Ainsi, le golfe de Finlande, avec les rives contrôlées par l’OTAN, est en partie sous la juridiction exclusive de la Finlande et de l’Estonie. Cela signifie que pour naviguer, il faut traverser par endroits des «eaux territoriales de l’OTAN». Une sortie de la marine russe du golfe de Finlande pourrait être empêchée militairement en cas de guerre.

La flotte baltique de la Fédération de Russie, en majeure partie stationnée à Kaliningrad, ne pourrait probablement pas quitter la Baltique en cas de conflit, compte tenu des détroits danois, sans être détruite par l’OTAN. La situation stratégique de Kaliningrad n’est guère plus favorable.

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L’OTAN et le « défi » de Kaliningrad

L’exclave de Kaliningrad est le poste avancé le plus occidental de la Fédération de Russie. Il s’agit d’un territoire relativement petit (environ 15.000 kilomètres carrés), séparé du territoire russe par la Lituanie (exclave). Les lignes d’approvisionnement par rail et par route peuvent être coupées par la Lituanie et la Pologne, et celles par mer ou par avion via Saint-Pétersbourg peuvent également être coupées par l’OTAN. Ce fait rend déjà la région de Kaliningrad dépendante du bon vouloir des pays de transit. Mais lorsque la Lituanie a rejoint l’OTAN et l’UE, la position géographique de Kaliningrad est devenue un « défi » pour l’OTAN.

« Au milieu » de la zone OTAN se trouve une exclave russe, donc ennemie – un porte-avions insubmersible. C’est aussi là que se trouve la flotte de la Baltique de la Fédération de Russie. L’existence de cette exclave russe pose désormais problème à l’OTAN. Pour bien comprendre la chronologie, et donc l’argumentation inhabituelle: l’exclave russe de Kaliningrad existe depuis 1991. Auparavant, toute la région était soviétique. L’élargissement de l’OTAN aux États baltes, donc à la Lituanie, a eu lieu en 2004. Désormais, l’OTAN, qui s’est avancée vers l’est, déclare l’existence de l’exclave comme un problème de sécurité – une logique singulière: là où se trouve l’OTAN, les autres acteurs sont un problème de sécurité.

Dans le contexte de la situation tendue, le commandant suprême américain pour l’Europe et l’Afrique, le général Christopher T. Donahue, a déclaré en juillet 2025 que l’OTAN était en mesure de «détruire Kaliningrad plus rapidement que jamais, depuis la terre ferme, et dans un délai jamais atteint. Nous l’avons déjà planifié et développé» (par “développé”, il faut comprendre planifié).

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Budrys, a même récemment réclamé, dans une interview au NZZ et peut-être inspiré par les propos du général Donahue, la nécessité d’une attaque de l’OTAN sur Kaliningrad:

«Nous devons montrer aux Russes que nous pouvons pénétrer dans la petite forteresse qu’ils ont construite à Kaliningrad. L’OTAN a les moyens de détruire les bases de défense aérienne et les systèmes de missiles russes qui s’y trouvent, si nécessaire».

Relations difficiles – États baltes et Russie

Il est étonnant, voire inquiétant, de constater avec quelle légèreté une guerre avec la Russie est évoquée. Ce sont précisément les États baltes qui se distinguent par une attitude belliqueuse, comme s’ils étaient en toutes circonstances protégés par l’OTAN. Les survols de drones ukrainiens dans l’espace aérien balte en direction de Saint-Pétersbourg et la région de Leningrad élèvent les tensions à un nouveau niveau. Qu’il s’agisse de survols simplement tolérés ou peu critiqués, ou même de drones lancés depuis le sol balte, je l’ignore. Il est cependant remarquable qu’il serait déjà une prouesse technique que des drones à longue portée puissent partir d’Ukraine, traverser l’espace aérien polonais et balte, puis attaquer des infrastructures énergétiques dans le nord de la Russie. Quoi qu’il en soit, à Moscou, la pression sur le président Poutine augmente pour tenir les Baltes pour responsables de l’utilisation (selon Moscou) de leur espace aérien par l’Ukraine.

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Du point de vue du droit international, il faut noter que le statut de neutralité d’un État n’est plus garanti s’il permet ou tolère que son territoire – y compris son espace aérien – soit utilisé par des forces militaires étrangères, facilitant ainsi leur projection de puissance ou la rendant simplement possible. L’État « hôte » ne peut plus invoquer son statut de neutralité, il devient de fait partie au conflit, à moins qu’il n’empêche ou ne tente sérieusement d’empêcher une utilisation militaire de son territoire. Cela semble avoir été compris à Bruxelles, au sein de l’OTAN. Récemment, un drone ukrainien a été abattu par un avion de chasse de l’OTAN dans l’espace aérien estonien, preuve que l’OTAN est bien consciente du risque d’escalade majeure.

hqanli720.jpgLe politologue américain reconnu et spécialiste de l’Europe de l’Est au Quincy Institute for Responsible Statecraft, Anatol Lieven (photo), a récemment publié un appel intitulé: «Washington doit agir pour désamorcer la poudrière balte». Le célèbre économiste américain Jeffrey Sachs a également écrit il y a quelques jours une lettre ouverte au chancelier allemand Friedrich Merz, appelant à une action pour éviter une guerre européenne. Cette lettre a été publiée dans la Berliner Zeitung et mérite d’être lue. Dans le même temps, le vice-président du Conseil de sécurité russe et ancien président de la Fédération de Russie a déclaré le 29 mai sur X que l’Europe était désormais en guerre avec la Russie et que les sociétés européennes ne devraient pas être surprises par des frappes:

«Citoyens des pays de l’UE: vous devez comprendre que vos gouvernements ont unilatéralement commencé une guerre avec la Russie. Soyez donc vigilants et ne soyez surpris de rien. Le sommeil paisible est terminé. Mais vous savez à qui demander pourquoi!».

Les États baltes, en tant qu’États frontaliers, prennent un risque énorme pour eux-mêmes et pour toute l’Europe avec la voie suivie jusqu’ici: ce sont eux qui, en cas de guerre, seraient probablement les premiers détruits. Un regard lucide – libre de tout dogmatisme idéologique – sur une carte de l’Europe de l’Est pourrait déjà aider à évaluer correctement leur propre situation.

Tout en comprenant les expériences historiques négatives des Baltes avec Moscou, il faut nommer trois faits que les États baltes devraient aussi reconnaître et traiter, afin de réduire la tension:

Premièrement: en tant que voisins extrêmement petits et faibles, Tallinn, Riga et Vilnius devraient s’efforcer d’au moins maintenir une coexistence pacifique avec Moscou, et non de provoquer la Russie à chaque occasion, impliquant ainsi l’OTAN et surtout les Européens dans une guerre avec la Russie.

En outre: il n’est pas certain que les États-Unis entreraient en guerre mondiale pour les États baltes. Et il n’est pas non plus certain que les autres pays européens membres de l’OTAN – à l’exception de l’Allemagne, de la Pologne, et peut-être du Royaume-Uni et de la France – suivraient ce chemin désastreux. Les parallèles historiques sont évidents: en 1939, la Pologne comptait sur le soutien de Paris et Londres – et fut abandonnée. Hormis les déclarations de guerre formelles de la France et du Royaume-Uni le 3 septembre contre l’Allemagne nazie, il s’est passé très peu de choses en termes d’opérations militaires – la Pologne était littéralement laissée à elle-même.

Deuxièmement: les trois États baltes ont aussi un passé peu glorieux de collaboration avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui encore, les vétérans baltes de la SS sont célébrés et honorés. Cela devrait soulever des questions en Europe de l’Ouest, au lieu de fermer les yeux sur la nostalgie nazie. Quelle image de l’histoire diffuse-t-on ainsi dans l’UE? De plus, le droit de la citoyenneté et de la langue en Lettonie et en Estonie exclut, au lieu d’intégrer, les minorités russes qui y vivent. Une politique d’intégration intelligente rendrait caduque, du moins dans les pays baltes, l’argumentation russe selon laquelle la Russie doit protéger les Russes de l’étranger, même par la force.

Troisièmement: malgré toutes les craintes, fondées ou non, d’une nouvelle invasion russe, il ne faut pas oublier que l’Union soviétique a retiré ses forces de sécurité en 1990-91 des pays baltes, alors encore soviétiques, ainsi que dans les années suivantes de tous les autres anciens «pays frères» d’Europe de l’Est. Ce geste aurait pu être compris de la part des Baltes comme une main tendue à la réconciliation – cela aurait du moins valu la peine d’essayer.

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Le corridor de Suwałki

Le corridor de Suwałki désigne la région géographique entre la Biélorussie et l’enclave de Kaliningrad, sur une centaine de kilomètres. Les deux États membres de l’OTAN, la Pologne et la Lituanie, y sont voisins. Le terme «corridor de Suwałki» vient de la ville polonaise de Suwałki. Les experts estiment qu’en cas de conflit, la Russie chercherait à contrôler ce corridor, c’est-à-dire à établir une liaison terrestre entre Kaliningrad et la Biélorussie alliée, afin d’assurer une connexion logistique avec Kaliningrad. Fermer le corridor signifierait, logiquement, la création d’un nouveau « corridor de Suwałki », à savoir la séparation physique entre la Lituanie et la Pologne. Cela couperait la liaison terrestre entre les États baltes membres de l’OTAN et le reste de l’OTAN en Europe. Pour les deux camps, le corridor de Suwałki, dans l’une ou l’autre version, est une option stratégiquement peu acceptable.

Dans ce contexte, seule une démilitarisation verbale et matérielle de la région, ainsi qu’une libre circulation par rail et par route entre la Biélorussie/Russie et l’enclave de Kaliningrad, pourraient garantir une stabilité minimale, voire une normalité de bon voisinage.

La « flotte fantôme » russe en mer Baltique

L’UE ou l’OTAN, ou certains de leurs États membres, cherchent à immobiliser (saisir) ou même à bloquer l’accès à la Baltique des navires de la « flotte fantôme » russe ainsi désignée par eux (il s'agit donc d'un blocus naval). Sur la question juridique de la « flotte fantôme », voir ici: https://www.nachdenkseiten.de/?p=140239.

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Cela ne relèverait plus d’une zone grise du droit international, mais constituerait une violation explicite. Ce serait une violation ouverte du droit international. La liberté de navigation (articles 17, 58, 87 et 90 de la Convention sur le droit de la mer), un principe fondamental du droit international, serait suspendue. Plus encore: ce serait une violation du principe de non-recours à la force de la Charte des Nations unies (article 2, paragraphe 4), car les navires battant pavillon russe ont la nationalité russe (art. 91, Convention sur le droit de la mer). La partie russe serait alors en droit d’y réagir, et a déjà menacé de prendre des mesures. Récemment, des navires de commerce battant pavillon russe ont régulièrement été saisis en mer Baltique. La Russie renforce désormais la protection de sa flotte marchande, notamment par des navires d’escorte de la flotte de la Baltique et des démonstrations de force de son aviation. Le potentiel d’escalade est énorme.

Un blocus naval de la Baltique dans le détroit danois pour les navires russes, ou un blocus devant Kaliningrad ou/et Saint-Pétersbourg, serait le casus belli ultime. Une absence de réaction militaire ne serait concevable qu’en cas de renoncement volontaire de la Russie à sa souveraineté. La doctrine nucléaire actualisée de la Fédération de Russie a déjà formulé ses réponses à ce sujet.

Conclusion

Le risque que le baril de poudre explose doit être considéré comme tout aussi élevé dans tous les cas évoqués. Quel que soit le point chaud qui explose en premier, les autres suivront immédiatement, car ils ne sont que des pièces d’un même puzzle: la guerre pour le nouvel ordre mondial du début du XXIe siècle.

Les élites décisionnelles européennes doivent se réveiller à leurs responsabilités envers leurs peuples et redécouvrir la diplomatie, au lieu d’entrer dans la guerre en somnambules, guidées par des principes idéologiques. Cette voie n’est pas démocratiquement légitimée.

 

La perte de la fierté sexuelle

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La perte de la fierté sexuelle

Source: https://www.heliodromos.it/la-perdita-dellorgoglio-sessua...

La déesse Artémis, Diane pour les Romains, était une vierge chasseresse et protectrice des jeunes filles ayant atteint l’âge de neuf ans, lesquelles formaient sa suite. Il était strictement interdit à tout homme de les regarder nues lorsqu’elles se baignaient dans les ruisseaux sauvages ou les lacs paisibles. Actéon, éduqué à la chasse par le centaure Chiron, les surprit un jour au bain, pendant une partie de chasse dans les bois ; pour le punir, la déesse le transforma en cerf, faisant de lui une proie au lieu d’un chasseur, et ses propres chiens (mastiffs et lévriers) le déchirèrent, ne le reconnaissant pas à cause de cette transformation fatale.

Comme on le sait, les mythes du passé conservent à travers les siècles leur capacité intacte à expliquer ce qui se passe dans l’âme humaine ; ils peuvent donc contribuer à forger une idée précise même sur ce qui nous est présenté comme une urgence sociale, telle que la série des (soi-disant) féminicides, qui se répètent à intervalles réguliers, et qui seraient autrement incompréhensibles en l’absence de repères solides. Et, malgré la volonté de les attribuer à un patriarcat innocent, doté d’un alibi inattaquable du fait de son absence de la « scène du crime » — ayant disparu et s’étant éteint dans le monde actuel — il est évident qu’on l’incrimine pour de simples raisons idéologiques et pour porter un coup décisif à la famille traditionnelle.

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En réalité, il faudrait renverser les termes du problème, car c’est justement à cause de la disparition de la société patriarcale — capable de transmettre des mythes comme celui de Diane et Actéon ! — qu’on assiste, malgré les déclarations et les apparences, au mépris actuel envers la femme, à sa marchandisation, à son utilisation à des fins matérielles et dégradantes, les anciens interdits et contraintes morales ayant disparu: de la publicité à la pornographie, des professions improbables à l’impossibilité de continuer à être mères et épouses. Dans la civilisation précédente, mais aussi dans notre monde d’hier, ainsi qu’aujourd’hui encore dans les sociétés qui conservent des traits traditionnels, le respect de la femme était absolu, sa défense passait avant tout, et des actes répétés de galanterie (aujourd’hui ridiculisés !) rythmaient les relations entre hommes et femmes.

D’autre part, la culture de la vie célèbre et exalte celle qui donne la vie, tandis que la culture de la mort, au contraire, méprise et attaque tout ce qui renvoie à la vie, à l’amour et à la procréation. Déjà dans le langage des amants, ce lien « pour la vie » est l’un des thèmes les plus fréquents ; l’amoureux, à juste titre, met sa propre vie entre les mains de l’aimée. D’un côté, l’angoisse de la perte, de l’autre, le besoin d’éterniser le lien, indiquent clairement la peur que cette union puisse se briser. Et une fois cela compris, il n’est pas difficile d’attribuer à l’instabilité et à l’inconsistance actuelles des liens affectifs (« mon corps m’appartient et j’en fais ce que je veux ! ») l’issue destructrice à laquelle peuvent être conduits des hommes décentrés et dépourvus de maîtrise de soi: dignes fils du monde moderne.

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Toute relation amoureuse, si elle est authentique et non un simple vice ou un passe-temps, ne peut être considérée que comme éternelle, exempte de toute séparation future. D’où le besoin de possession, garanti par la fidélité et défendu par la jalousie. Et cela se produit et a du sens, au-delà et au-dessus de considérations bourgeoises banales. Et la simple idée que cette femme puisse trahir ou passer à un autre représente, surtout pour l’homme actuel, dévirilisé, une fracture mortelle, capable d’atteindre à l’intégrité de l’être, qui trouve précisément dans la relation affective une confirmation.

La fierté assurée par la condition de bonheur et de partage, grâce à la possession absolue de l’autre être, complémentaire et valorisant, au moment où elle est humiliée et remise en question par cette privation soudaine, convertit l’amour en haine, exigeant sa propre destruction, pour être apaisée ou guérie, l’élimination et le meurtre de celle qui a trahi.

C’est pourquoi, une fois que l’on prend conscience d’avoir confié son propre destin existentiel et son équilibre intérieur à quelque chose d’instable et de changeant, il serait nécessaire de faire un effort de réaction et de maîtrise de soi face aux impulsions auxquelles on obéit habituellement, ce que l’homme ordinaire ne possède pas. La fierté masculine et l’amour-propre, en effet, ne peuvent être fondés sur une possession fictive, sur laquelle on n’a aucun pouvoir réel et dont on ne possède aucune garantie de pérennité.

Le dépassement de soi — qui, de surcroît, donnerait à la même expérience érotique des perspectives plus élevées et plus dignes — serait le seul moyen disponible et véritablement utile pour échapper à ce cercle vicieux de passion, d’attachement et de perte ; c’est-à-dire l’impulsion à se valoriser par la possession, et la tendance à sortir de soi-même dans l’union sexuelle, tout comme dans l’expérience héroïque. D’ailleurs, l’eau, privée d’un contenant ou d’un récipient qui lui donne une forme, peut se transformer en un danger mortel, allant jusqu’à provoquer la noyade de celui qui s’y expose, sans défense, à ses tourbillons mortels.

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Dans le mythe précédemment évoqué, on a voulu voir en Actéon l’intellect ou la plus haute capacité rationnelle de l’homme, son aspiration constante à la Vérité, qui tente de capturer, c’est-à-dire de connaître la Sagesse divine ou la Vérité, et qui, en raison de son identité avec elle, tend à voir la Beauté divine. Mais l’issue tragique semblerait indiquer l’insuffisante qualification du «chasseur» pour s’approprier la «proie». Offrant ainsi un enseignement supplémentaire: pour que les plus hautes entreprises aboutissent et que la Connaissance soit définitivement acquise, il est nécessaire d’agir avec un esprit pur, sans scories ni entraves de l’ego. Car la pureté fortifie tandis que l’impureté affaiblit. La pureté construit et l’impureté détruit. La pureté édifie et l’impureté pulvérise.

Le vice et la vigueur n’ont rien en commun : vérité inconnue de tant de porteurs d’une virilité de façade, de brutes sentimentales, de féroces égoïstes, d’insensibles profiteurs. La pureté est force, santé, pouvoir et caractère. C’est l’un des attributs divins les plus importants chez l’homme, et il suffirait de peu pour la ramener à la lumière, retrouvant enfin la fierté d’être Homme.

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L’hypocrisie autour du «remplacement de population»

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L’hypocrisie autour du «remplacement de population»

Sacha Vliegen

Source: https://www.feniksvlaanderen.be/blog

Les débats actuels en Flandre, aux Pays-Bas et en Europe sur le concept de « remplacement de population » montrent surtout à quel point notre culture politique peine encore à traiter sérieusement des questions fondamentales pour notre communauté populaire, notre identité et notre démographie. Dès que le mot est prononcé, le débat bascule presque automatiquement de la réalité elle-même vers la suspicion morale à l’égard de celui qui fait usage du vocable. Un premier camp évoque un remplacement délibéré de la population, l’autre réduit toute inquiétude à ce sujet à du complotisme, à du racisme ou à une réédition d’idéologies nées au cours de la première moitié du vingtième siècle. Les deux réactions empêchent une analyse adulte. La question n’est pas seulement de savoir si le terme «remplacement de population» (ndt: ou "Grand remplacement" en France) est bien choisi, mais surtout quels processus sociaux réels se cachent derrière: immigration de masse, déclin démographique, pression sur le marché du travail, fragmentation culturelle, désintégration familiale, perturbations géopolitiques et dépendance structurelle à un modèle économique qui requiert sans cesse de nouveaux travailleurs.

Pour les partis libéraux, de gauche comme de droite, tout le remue-ménage autour du remplacement de population est surtout problématique car ils y voient du complotisme, de la confusion sémantique ou une radicalisation dangereuse. C’est révélateur. Souvent, c’est aussi le seul niveau sur lequel ils formulent une critique. Au lieu de traiter sérieusement les problèmes sous-jacents, ils renvoient à de vieilles théories racialistes, demandent que les partis de droite se distancient d’opinions qui ne figurent pas nécessairement dans leur programme, ou mènent un combat juridique et moral contre des figures et des mouvements qui ne s’inscrivent que partiellement dans ce contexte. Le résultat n’est pas un débat plus serein. Le résultat, c’est que les jeunes, qui ne voient aucun intérêt à faire référence à des fantômes idéologiques vieux d’un siècle, constatent simplement que leurs frustrations concrètes face aux échecs de la société multiculturelle sont d’emblée rendues suspectes. Cela accroît la colère latente. Cela crée précisément le terreau sur lequel un véritable extrémisme peut prospérer, car toute critique raisonnable est étouffée.

815pRxXyDHL._SL1500_-768x1182.jpgC’est pourquoi les questions qui se profilent derrière le concept de "remplacement de population" ne doivent pas être évitées. Quand peut-on considérer quelqu’un comme Flamand, Néerlandais ou Européen? La nationalité de papier suffit-elle? Une carte d’identité suffit-elle? Ou existe-t-il une communauté qui va plus loin que la simple inscription juridique? En Belgique, nous le savons trop bien. Il n’y a pratiquement jamais eu un fort sentiment de "communauté belge", sauf brièvement quand les footballeurs « Diables rouges » avaient encore une chance d'obtenir un succès international. La communauté réelle dans laquelle beaucoup de Flamands se reconnaissent n’est pas inscrite littéralement sur leur carte d’identité. Elle existe dans la langue, l’histoire, les habitudes, les codes sociaux, la mémoire, l’éducation, l’attachement local et les attentes partagées. Elle n’est pas purement biologique, mais elle n'est pas seulement administrative non plus.

Il serait tout aussi absurde de réduire l’identité à la pureté du sang. Faut-il remonter cinq générations pour déterminer qui possède le «bon» sang flamand, néerlandais ou européen? Une telle approche serait non seulement disproportionnellement exclusive, mais aussi nihiliste. Elle remplacerait la réalité vivante de la communauté par une comptabilité généalogique morte. Une communauté n’est pas une catégorie de laboratoire. Elle est historiquement croissante, culturellement formée et vécue relationnellement. On peut rejoindre une communauté, mais pas simplement par des démarches administratives. Cela nécessite assimilation, loyauté, réciprocité et destin partagé. À l’inverse, une communauté peut aussi être redessinée si rapidement que sa reconnaissance disparaît. Ce champ de tension constitue le cœur du débat.

Là où la droite se trompe

L’hypocrisie commence cependant quand les partis de droite nomment bien les symptômes de l’immigration de masse, mais osent rarement en aborder les causes profondes. Il est facile d’utiliser l’immigration électoralement pour expliquer la pression sur le logement, les salaires, les écoles, la sécurité et les prestations sociales. Il est bien plus difficile de reconnaître que l’immigration ne naît pas de rien. Elle est largement poussée par des facteurs d’expulsion. Guerre, perturbation économique, catastrophes écologiques, faillite de l’État et instabilité géopolitique chassent massivement les populations hors de leur région. L’Empire romain d’Occident n’a pas été submergé seulement parce que les Germains voulaient soudain envahir le territoire romain; ils étaient eux-mêmes poussés par les Huns et par de plus grands mouvements aux frontières de l’empire. Aujourd’hui, changements de régime, guerres par procuration, interventions ratées et inégalités mondiales jouent des rôles similaires. Qui veut comprendre l’immigration de masse doit aussi regarder quelle géopolitique déstabilise les sociétés ailleurs dans le monde.

Ce n’est pas un plaidoyer pour un accueil sans limite. C’est au contraire un plaidoyer pour la lucidité. Qui ne voit l’immigration que comme un devoir moral refuse de considérer sérieusement la capacité d’accueil des sociétés. Qui ne voit l’immigration que comme une invasion refuse d’examiner les causes qui obligent les gens à partir. Une position sereine et équilibrée reconnaît les deux: les frontières sont nécessaires, mais la politique extérieure, la politique de guerre et les structures de dépendance économique contribuent aussi aux flux migratoires que l’on déplore ensuite.

The-New-Europeans-National-Geographic-tScheldt.jpgEn plus des facteurs d’expulsion, il existe des facteurs d’attraction. L’accès à la sécurité sociale, à l’éducation, aux soins de santé et au logement rend l’Europe occidentale attractive. C’est compréhensible. L’État-providence est une immense réalisation historique. Mais justement pour cette raison, il ne peut être dissocié indéfiniment de la communauté solidaire d’où il est issu. La solidarité n’est pas seulement un droit abstrait qui peut être revendiqué partout et toujours de la même manière. Elle vit par la confiance, la réciprocité et le sentiment que les sacrifices d’aujourd’hui contribuent à un avenir que l’on reconnaît encore comme le sien. Lorsque des personnes qui n’ont jamais contribué obtiennent immédiatement l’accès à des droits sociaux étendus, cela peut éroder le soutien à la solidarité. Même si les intentions sont humaines, l’effet peut être dissolvant.

Migration: gain ou perte ?

Cela ne signifie pas que chaque migrant est un coût. La question de savoir si l’immigration apporte un gain ou une perte économique ne peut pas être résumée à un seul slogan. Migration de travail, migration familiale, migration d’asile, migration hautement ou peu qualifiée ont des conséquences très différentes. Les jeunes migrants qui travaillent rapidement peuvent contribuer positivement à court et moyen terme. Les migrants qui restent longtemps dépendants des aides, du travail peu rémunéré ou de statuts précaires peuvent en revanche peser lourdement sur les systèmes sociaux. Le résultat budgétaire dépend de l’âge, du niveau d’éducation, de l’emploi, de la taille de la famille, de la durée de séjour, de l’acquisition de la langue et de la qualité de l’intégration. C’est pourquoi il est faux de dire que l’immigration apporte toujours des gains. Mais il est tout aussi faux de dire qu’elle coûte toujours. La vérité est différenciée: certaines formes de migration sont économiquement utiles pour certains secteurs, tandis que d’autres pèsent lourdement sur le plan sociétal, culturel et budgétaire.

La critique prévisible de la droite sur l’idée que la migration peut être utile économiquement a donc en partie un fondement. Il existe effectivement des études et des estimations montrant que certains groupes, surtout quand l’intégration sur le marché du travail échoue, coûtent plus qu’ils ne rapportent. Ces études ne doivent pas être ignorées. En même temps, il faut rester honnête sur leur sensibilité méthodologique. Le résultat de ces calculs dépend fortement de l’horizon temporel choisi, de l’attribution des dépenses collectives, des hypothèses concernant la deuxième génération, la scolarisation et la participation au travail. Les montants précis sont donc moins importants que la conclusion structurelle: la migration devient budgétairement problématique lorsqu’elle s’accompagne de faible emploi, de bas salaires, de dépendance durable et d’intégration insuffisante. Sur ce point, les critiques ont raison. Mais ceux qui en déduisent que la solution consiste simplement en indignation symbolique ou en slogans nostalgiques manquent l’essentiel.

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Le troisième facteur est la démographie. L’État-providence européen se fonde sur un rapport entre suffisamment de contributeurs et une dépendance limitée. Le vieillissement met ce rapport sous pression. Une société avec trop peu d’enfants, de plus en plus de personnes âgées et de moins en moins d’actifs aura tôt ou tard des problèmes à affronter. L’économie moderne tente de résoudre cela par l’activation généralisée, le travail plus longtemps, l’automatisation et l’immigration de travail. Surtout ce dernier facteur devient politiquement explosif. Car ce qui est présenté économiquement comme une nécessité pragmatique est ressenti culturellement comme une perte de repères et de continuité.

Migration et capitalisme

Ici, la question migratoire touche à l’ordre capitaliste lui-même. Dans sa critique de la quatrième phase du capitalisme, Diego Fusaro souligne que le capitalisme contemporain ne fait pas seulement commerce de biens et de travail, mais rend aussi frontières, liens, traditions et communautés fluides. Tout ce qui résiste à la circulation, à la flexibilité et à la consommation est suspecté d’être dépassé, caduc. La nation est désormais perçue comme trop fermée, la famille comme trop restrictive, la religion comme trop normative, la communauté locale comme un élément de ralentissement, la tradition comme pas assez flexible. L’homme idéal du capitalisme tardif est mobile, disponible, individuel, consommable et détaché de tous liens forts. L’immigration s’inscrit dans cette logique, non pas nécessairement comme projet idéologique, mais comme fonctionnalité économique: le travail doit être disponible là où le capital en a besoin.

C’est pourquoi il est trop simple de voir l’immigration de masse uniquement comme un projet culturel ou moral avancé par les élites progressistes. Une partie de la classe supérieure n’a pas forcément intérêt à une immigration illimitée avec droits sociaux complets. Ce qu’elle trouve bien plus attrayant, c’est une immigration optimisée économiquement: suffisamment de travailleurs pour combler les manques, faire baisser les salaires ou maintenir les secteurs, mais sans que ces travailleurs puissent immédiatement participer pleinement à la communauté solidaire. Cela explique pourquoi certains gouvernements parlent avec sévérité de l’immigration, tout en élargissant les visas de travail. Le migrant idéal pour le modèle économique utilitaire n’est pas le nouveau concitoyen, mais le travailleur temporaire: disponible, remplaçable, dépendant et si possible sans trop de revendications.

Politique migratoire de droite: le slopulisme

La pratique des gouvernements européens de droite montre cette ambivalence. La Pologne sous l'égide du parti PiS a longtemps tenu une rhétorique dure sur l’immigration, mais a en même temps accordé de nombreux permis de travail. L’Italie sous Meloni parlait durement de l’immigration illégale, mais a augmenté les quotas de travailleurs non-européens car l’économie et la démographie l’exigeaient. La Hongrie sous Orbán se présentait comme la défenseuse de la souveraineté nationale et de la continuité culturelle, mais a développé des régimes pour travailleurs temporaires permettant l’immigration de travail sans perspective d’intégration totale. Ce n’est pas un détail. Cela montre la tension fondamentale qui existe entre la politique identitaire électorale et la réalité économique.

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En haut: type de travailleurs itinérants au 19ème siècle; en bas: arrivée massive de travailleurs saisonniers flamands à Paris (en arrière-plan, la Gare du Nord), pour des emplois de misère.

Pour un électorat gagné par la promesse d'une "remigration", d'une restauration et d'un retour à un passé clair, c’est inévitablement décevant. Car même les partis qui critiquent fortement l’immigration de masse se heurtent aux besoins du système économique dès qu’ils gouvernent. Les employeurs demandent des travailleurs. Les établissements de soins demandent du personnel. Agriculture, construction, logistique, restauration et industrie cherchent des gens. La base démographique de la population autochtone est affaiblie. Le marché du travail est construit sur une croissance permanente. Et donc, la porte qui est fermée symboliquement est immédiatement rouverte sur le plan économique.

Voilà la vraie hypocrisie. La droite récolte des voix en critiquant l’immigration, mais n'ose pas souvent critiquer le capitalisme qui rend l’immigration fonctionnelle. La gauche critique parfois le capitalisme en termes abstraits, mais n’ose pas reconnaître que l’immigration de masse peut affaiblir la position des classes inférieures en toutes négociations sociales, puis accroître la pression sur les services publics et miner la cohésion culturelle des quartiers populaires. Les libéraux, des deux côtés de l'échiquier politique, défendent la mobilité, la flexibilité et l’ouverture, mais refusent de voir le prix payé par les communautés. Ainsi s’instaure un débat où chacun détient une part de vérité, mais où presque personne ne veut la dire entièrement.

Solutions au remplacement de population

Un point particulièrement sensible est l’émancipation des femmes sur le marché du travail. Cette émancipation a apporté des avantages indéniables. Elle a donné aux femmes l’autonomie économique, la reconnaissance sociale et l’égalité politique. Aucun projet alternatif sérieux ne doit souhaiter revenir à une époque où les femmes étaient maintenues dans une dépendance structurelle. Mais en même temps, l’intégration des femmes au marché du travail a aussi conduit à une marchandisation totale de la vie familiale. Ce qui pouvait autrefois être porté par un seul revenu nécessite désormais souvent deux revenus. Non parce que les familles sont devenues plus libres, mais parce que le marché s’est adapté à cette nouvelle norme. Les prix de l’immobilier, les normes de consommation, les systèmes fiscaux et les attentes de carrière sont construits autour du modèle du ménage à deux revenus. Le résultat est que le choix d’avoir des enfants est de plus en plus ressenti comme une charge économique, une pression temporelle et une perte dans le plan de carrière.

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La société se retrouve ainsi dans une situation paradoxale. Elle dit que les enfants sont importants, mais organise la vie comme si les enfants étaient surtout une gêne. Elle valorise la famille symboliquement, mais la pénalise économiquement. Elle célèbre la liberté de choix, mais rend presque impossible pour beaucoup de parents d'opter vraiment pour plus de temps à la maison. Elle sacralise le travail et considère les soins à apporter aux enfants comme une activité dérivée. Une civilisation qui réduit sa propre reproduction à un choix individuel de style de vie découvrira tôt ou tard que la démographie ne reste pas une affaire privée. Les faibles taux de natalité ne sont pas une simple addition de choix personnels. Ils expriment la valeur qu’une société accorde à son avenir.

Une politique nataliste peut apporter une amélioration, mais seulement si elle est conçue de façon durable et large. Des primes uniques ou une rhétorique familiale symbolique ne suffisent pas. Il faut une normalisation des familles nombreuses, des logements abordables, des revenus stables, une fiscalité adaptée à la famille, des crèches accessibles et surtout une revalorisation du travail qu'exigent les soins à apporter aux enfants. Un revenu de remplacement à, par exemple, quatre-vingts pour cent du revenu de l’un des partenaires qui souhaite rester temporairement à la maison serait une piste sérieuse. Il est important que de telles mesures soient accessibles non seulement aux groupes à faibles revenus, mais aussi à la classe moyenne. Sinon, la politique familiale devient une politique de lutte contre la pauvreté, alors qu’elle doit être une politique de consolidation de la civilisation. Le but ne doit pas être de renvoyer les femmes à la maison, mais de donner aux parents le vrai choix de ne pas entièrement soumettre le temps, les soins parentaux et l’éducation des enfants à la logique du marché.

Conclusion

Voici le cœur du problème: une société qui épuise économiquement ses propres familles aura tôt ou tard besoin d’immigration de travail pour compenser les conséquences de son propre affaiblissement démographique. Qui veut s’opposer au remplacement de population ne peut donc se contenter de frontières surveillées de manière plus stricte. Il doit restaurer les conditions dans lesquelles sa propre population ose à nouveau faire des projets d’avenir. Cela signifie: des charges de logement moins lourdes, moins de pression de travail absurde, une revalorisation de la maternité et de la paternité, une protection des salaires, un enseignement axé sur la communauté, une assimilation culturelle et une économie qui ne traite pas la famille comme un poste de coût considéré comme inefficace.

Le terme "remplacement de population" reste chargé parce qu’il suggère souvent un projet de substitution conscient et centralisé. Cette forme de complotisme est faible sur le plan analytique et risquée sur le plan politique. Mais il est mensonger de prétendre qu’il n’y a pas de transformation démographique, que l’immigration de masse n’a pas de conséquences culturelles, que l’intégration a réussi partout, ou que toute critique n’est qu’une nostalgie racialiste. L’échec du modèle multiculturel est visible dans les quartiers ségrégués, les normes parallèles, les retards scolaires, les tensions religieuses, les problèmes de sécurité et la perte de codes partagés, voilà qui relève de l'évidence. Celui qui nomme cet échec n’a pas besoin d’être biologiste. Il peut simplement constater qu’une société a besoin de bien plus que de procédures juridiques pour rester une communauté.

61pyKJk3c5L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgLa "remigration" est un thème qui, lui aussi, doit être discuté sobrement. Dans un sens limité, juridique et humain, une politique de retour est évidente: celui qui n’a pas de droit de séjour, qui fraude, qui commet un  crime ou un délit grave ou qui rejette l’ordre fondamental de la société d’accueil ne peut prétendre indéfiniment à rester. Mais la "remigration" comme retour massif et nostalgique vers un passé ethniquement figé est une illusion. La réalité de décennies de migration, des familles mixtes, des minorités intégrées et des nouvelles générations ne peut être effacée sans une immense perturbation morale, juridique et sociale. C’est précisément pourquoi le débat doit être mené de façon sereine et équilibrée: il faut être strict là où c’est nécessaire, mais sans fantasmes ni déni de la complexité du réel.

La lutte contre l’immigration de masse ne sera crédible à long terme que si elle s’inscrit dans une critique plus large du modèle économique qui la rend nécessaire. Ce modèle a dissocié le travail de la communauté, soumis les familles à une pression permanente de production, dévalorisé les soins parentaux, rendu les frontières poreuses économiquement et traité les déficits démographiques comme des problèmes logistiques. Il a réduit la famille à un coût alors qu’elle est en réalité le plus bel investissement dans l’avenir. Il a appris aux communautés à se méfier d’elles-mêmes alors que toute solidarité durable commence justement par la reconnaissance, la continuité et la responsabilité partagée.

Il ne suffit donc pas de dire que la migration coûte de l’argent. Parfois c’est le cas. Parfois elle apporte des gains à certains secteurs. Parfois elle contribue temporairement au financement de systèmes vieillissants. Mais la question la plus profonde n’est pas seulement budgétaire. La question est celle du type de société que l’on veut promouvoir. Une société qui résout ses déficits en important sans cesse de nouvelles personnes, sans restaurer ses propres fondements démographiques, économiques et culturels, achète du temps au détriment de la cohésion. Une société qui pathologise toute critique devient aveugle. Et une droite qui parle de remplacement de population mais se tait sur le capitalisme ne génère qu’une opposition à moitié.

81ergnpqGKL._SL1500_.jpgLa conclusion n’est donc pas que toute migration doit être rejetée. Elle est que l’immigration de masse, le déclin démographique et la dissolution capitaliste doivent être pensés simultanément. Qui ne critique que la migration voit le symptôme mais pas le système. Qui ne critique que le capitalisme, mais se tait sur la pression migratoire qu’il engendre, abandonne les classes populaires et les communautés historiques. En ce sens, la pensée d’Alain de Beonist reste très pertinente: qui critique la migration mais se tait sur le capitalisme ne parle qu’à moitié; qui critique le capitalisme mais se tait sur la migration fait de même.

Sources:

AIVD. (n.d.). Rechts-extremisme. Algemene Inlichtingen- en Veiligheidsdienst. https://www.aivd.nl/onderwerpen/aandachtsgebieden/extremi...

Benoist, A. de. (2011). L’immigration, armée de réserve du capital. Revue Éléments. https://www.revue-elements.com/limmigration-armee-de-rese...

Christl, M., De Poli, S., Hufkens, T., Peichl, A., & Ricci, M. (2022). Migration and public finances in the EU. Joint Research Centre, European Commission. https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/handle/J...

European Commission. (2024). Commission sets out actions to tackle labour and skills shortages. https://employment-social-affairs.ec.europa.eu/news/commi...

European Commission. (2024). Hungary: New immigration law affects residence permits. https://home-affairs.ec.europa.eu/news/hungary-new-immigr...

Fusaro, D. (2018). The new order of things: Property, power and the transformation of the individual. Mimesis International.

ILO. (2022). Temporary labour migration: Unpacking complexities. International Labour Organization. https://www.ilo.org/

Myria. (2022). Immigrant labour market integration in Belgium. Federaal Migratiecentrum. https://www.myria.be/

Nationale Bank van België. (2020). Economic impact of immigration in Belgium. https://www.nbb.be/doc/ts/publications/economicreview/202...

OECD. (2024). International Migration Outlook 2024. OECD Publishing. https://www.oecd.org/en/publications/international-migrat...

OECD. (2024). Society at a Glance 2024: OECD social indicators. OECD Publishing. https://www.oecd.org/en/publications/society-at-a-glance-...

OECD. (2025). International Migration Outlook 2025. OECD Publishing. https://www.oecd.org/en/publications/international-migrat...

Reuters. (2025). Italy to issue half a million non-EU work visas over next three years. Reuters. https://www.reuters.com/

Vlaams Belang. (2024). Fiscale kosten en baten van immigratie voor België. https://www.vlaamsbelang.org/

World Policy Analysis Center. (2023). Parental leave policies in OECD countries. https://www.worldpolicycenter.org/

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vendredi, 05 juin 2026

Petr Bystron au Forum économique international de Saint-Pétersbourg

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Petr Bystron au Forum économique international de Saint-Pétersbourg

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/199132

Lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) le 4 juin 2026, le député européen Petr Bystron a évoqué l’importance de la culture, de la coopération économique et du dialogue diplomatique entre l’Europe et la Russie. À cette occasion, il a mêlé des expériences personnelles à une critique fondamentale de la politique étrangère actuelle de l’Europe.

Notre analyse met en lumière les messages politiques de son discours et démontre pourquoi la culture est, pour Bystron, bien plus qu’un simple sujet secondaire de la politique étrangère.

SPIEF 2026 : La culture comme pont entre l’Europe et la Russie

Au début de son discours, Bystron a évoqué un incident en Allemagne, où un activiste politique a été empêché de se rendre à un événement en Italie. Cela avait pour lui une signification particulière, car il a grandi en Tchécoslovaquie, à l’époque derrière le Rideau de fer, et se montre donc particulièrement sensible aux restrictions de la liberté de voyager.

Retour à la coopération économique

En tant que député européen de Munich, Bystron a souligné l’étroite relation de sa région avec des entreprises internationales telles que BMW et Siemens. Il a exprimé le souhait que les entreprises allemandes puissent de nouveau exercer librement leurs activités sur le marché russe à l’avenir.

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Petr Bystron (au centre de l’image) au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF)

La mise en parallèle symbolique des marques allemandes avec des constructeurs chinois comme Geely et Haval, désormais présents en Russie à la place des voitures allemandes, illustre cette idée. Pour Bystron, la question n’est pas seulement de savoir si la Russie peut se passer des produits occidentaux, mais surtout qui occupera les places laissées vacantes. Sa réponse: ce n’est pas l’Europe qui profite du découplage économique avec la Russie, mais surtout les concurrents asiatiques.

Il a été particulièrement critique envers le retrait de Siemens de Russie. Selon lui, des décisions politiques et des sanctions ont obligé une entreprise présente depuis des décennies à quitter le pays. Les sanctions s’avèrent inadaptées comme instrument d’influence politique, et sont des mesures qui nuisent aux entreprises européennes elles-mêmes tout en offrant de nouvelles opportunités de marché aux concurrents d’autres régions.

La culture comme instrument de compréhension mutuelle

Au centre de son intervention se trouvait le rôle de la culture dans les relations internationales. Dans le cadre d’une discussion sur la «diplomatie culturelle» et le «soft power», Bystron a critiqué la position actuelle de nombreux décideurs de l’Union européenne en matière de politique étrangère.

Il a observé qu’une partie de l’UE se trouve aujourd’hui dans une position de confrontation aussi bien envers la Russie qu’envers les États-Unis. C’est une situation historiquement inédite pour l’Europe, tandis que les États-Unis cherchent bel et bien le contact avec la Russie et militent pour une fin à la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, il a cité la rencontre des présidents Trump et Poutine en Alaska.

Une histoire commune plutôt que de nouvelles lignes de séparation

Bystron a accordé une attention particulière à la dimension culturelle des relations internationales. Il a souligné que la Russie et les nations européennes partagent depuis des siècles un espace culturel commun et sont liées par une longue histoire.

Il a considéré l’envoi d’un représentant culturel américain à Saint-Pétersbourg comme un signal positif. Cela montre l’importance de la culture pour le dialogue entre États et que la Russie continue d’être perçue internationalement comme une grande nation culturelle. Selon Bystron, les États européens devraient accorder plus d’importance aux points communs culturels avec la Russie et utiliser la culture comme un pont pour la compréhension et la coopération.

Plaidoyer pour le dialogue et la diplomatie culturelle

À la fin de son discours, Bystron a souligné que des relations durables entre États ne peuvent pas reposer uniquement sur des intérêts économiques ou géopolitiques. La culture crée la confiance, ouvre des portes au dialogue et constitue la base d’une compréhension à long terme.

Sa participation au SPIEF s’inscrit donc, selon lui, dans une démarche de dialogue qui devrait être relancé entre l’Europe et la Russie. Le discours de Saint-Pétersbourg montre que le débat sur les futures relations entre l’Europe et la Russie est loin d’être terminé (CR).

Vidéo: 

Révolution nationale, européenne, mondiale

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Révolution nationale, européenne, mondiale

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

615615ZgkdL._SL1225_.jpgDans les années 80, revivant les événements des années 30 avec l’arrivée légale au pouvoir de Hitler, le grand juriste allemand Carl Schmitt s’intéressait, entre autres, aux méthodes par lesquelles les États ou les régimes constitutionnels pouvaient se défendre contre ces « révolutions » (« renversements ») légales. Au concept classique de légalité, renforcé par celui de légitimité, Schmitt ajoute, emprunté au juriste français d’orientation libérale Maurice Hauriou (« Précis de droit constitutionnel », 1929), le concept de « Supralégalité ». La supralégalité est une disposition qui interdit ou rend très difficile le changement du régime constitutionnel d’un État. L’observation de Schmitt, selon laquelle même les révolutionnaires professionnels, tels les anarchistes, avaient besoin du concept d’État (écrit avec une majuscule) pour instaurer leur nouvel ordre en son sein, montre à quel point l’État est important pour le monde moderne qui se veut global/universel.

Un exemple d’institution de la supralégalité est la Cour constitutionnelle, à laquelle, par exemple, Hauriou n’était pas favorable.

Nous avons actuellement un cas impliquant une telle révolution nationale, avec l’apport de la Cour constitutionnelle. La question est la suivante : l’État roumain se défend-il véritablement en ce moment par les moyens de la supralégalité (la Cour constitutionnelle), ou, au contraire, assiste-t-on à un coup d’État légal, c’est-à-dire à un passage d’un ordre global/globaliste à un ordre universel avec d’autres gènes chromosomiques ?

713544811_3411643139016838_7685295282587632062_n.jpgÀ l’époque où écrivait Carl Schmitt, existait la tentation d’une Révolution Mondiale Globale (« Legale Weltrevolution ») ; comme dans les années d’entre-deux-guerres, la crainte de Schmitt était que cette révolution globale soit de nature globaliste/universaliste, où les peuples prendraient l’aspect indéfini de l’Homme, de l’Humanité. Les prémisses n’étaient pas très réjouissantes : à l’Ouest, les États-Unis, à l’Est, l’URSS, les deux superpuissances qui manifestaient déjà des tendances globalistes (surtout la première) et qui partageaient, depuis 1978 déjà, le monde en deux blocs aux aspirations universalistes. Il est intéressant de noter que Schmitt place, aux côtés des deux superpuissances, la Chine, notre client d’aujourd’hui, qui poursuit la révolution légale globale, mais dont nous espérons une logique différente !

L’Europe ? Elle aurait pu être une unité, par une révolution européenne, à une condition: que l’Angleterre renonce à être une île! Mais l’Europe était alors, comme aujourd’hui, parasitée par les forces du globalisme a-national. Écoutons Carl Schmitt car ses paroles sont d’une actualité brûlante :

« Les forces et puissances politiques mondiales qui luttent pour l’unité politique du monde sont plus puissantes que l’intérêt européen pour l’unité politique de l’Europe.

Même certains “bons Européens” ne voient plus l’unité politique de l’Europe que comme un produit secondaire (voire un produit résiduel) d’une unité politique globale de notre planète.

Les énergies révolutionnaires qui tendent vers une révolution mondiale sont plus puissantes et plus actives que la tendance vers une révolution européenne, aujourd’hui presque inimaginable.

La légalité d’une révolution européenne supposerait l’existence d’un patriotisme européen, afin de pouvoir conduire à une assemblée constituante au sens de la tradition constitutionnelle continentale européenne.

Cela peut toutefois encore être imaginé, si l’Angleterre ne voulait plus être une île. »

Voilà la problématique actuelle !

Ainsi, notre révolution interne, après 2024, peut être orientée, par le biais de la supralégalité de la Cour constitutionnelle, soit vers la révolution européenne patriotique, soit vers le globalisme européen, et au-delà, mondial, qui nous préparera la grande et définitive contradiction politique de la «Fin de l’histoire», à savoir l’Homme générique, apolitique, celui qui, comme le montre Carl Schmitt, malgré toute son unité apparente, est la somme de toutes les discriminations possibles dans l’ordre juridique et politique.

Écoutons à nouveau le grand juriste :

« L’Humanité, en tant que telle et dans son ensemble, n’a aucun ennemi sur cette planète. Tout homme appartient à l’humanité. Même le criminel, du moins tant qu’il vit, doit être traité en homme ; et s’il est mort, tout comme sa victime, il n’existe plus. Alors il disparaît tout simplement, comme ses victimes décédées.

Jusqu’alors, il reste, bon ou mauvais, un homme, c’est-à-dire un porteur de droits de l’homme.

‘L’Humanité’ devient ainsi un concept asymétrique. Si, à l’intérieur de l’humanité, on opère une discrimination et que l’on nie à l’individu négatif, nuisible ou perturbateur, la qualité d’homme, alors l’homme évalué négativement devient un non-homme et une non-personne, et sa vie n’est plus la valeur suprême.

Sa vie devient une non-valeur qui doit être éliminée.

Des concepts comme ‘homme’ contiennent ainsi la possibilité de la plus profonde inégalité et deviennent, de ce fait, ‘asymétriques’.

Donc, l’Homme de l’Humanité qui ne correspond plus à la révolution globaliste devient un Néant, il perd totalement toute trace de légitimité en tant qu’être socio-politique. Il devient un non-homme.

La révolution globaliste ne peut vivre que comme perfection utopique d’une définition qui se nie dès la première manifestation réelle de vie sociale... »

Dans ce contexte, l’époque où écrit Schmitt est celle où, au-delà des deux superpuissances industrielles (USA-URSS), on recherchait une voie médiane, ou des alternatives de développement assimilables à des espaces définis non globaux-universalistes, mais "zonaux".

715750974_3411646755683143_2342153177014260307_n.jpgC’est le mérite de l’économiste français François Perroux (1903-1987), que Schmitt cite abondamment au début de son étude, d’avoir cherché de telles alternatives zonales-nationales à la grande pression du globalisme économique, ayant particulièrement son origine dans l’aire anglo-saxonne. Notons en passant que Perroux était familier de l’énergie économique de l’Allemagne hitlérienne, qu’il avait étudiée, une Allemagne qui, sur un de ses versants, recherchait précisément une voie de sortie hors du labyrinthe économique anglo-saxon de l’entre-deux-guerres.

Entre-temps, après 1945, la problématique de l’industrialisation revient à l’attention des économistes dans le contexte du bipolarisme soviéto-américain.

L’industrie est reconnue par Carl Schmitt comme le nouveau Nomos de la Terre: «Cujus industria, ejus regio, ou cujus regio, ejus industria», écrira Schmitt. L’idée est claire: la Terre et l’industrie sont le binôme d’or de la territorialité, et non la seule terre comme élément agricole.

Aujourd’hui, avec la Chine comme étendard du nouveau Monde Global, il nous faut réfléchir à nouveau à ces aspects. Apparemment, la Chine est déjà engagée sur la voie d’une révolution légale mondiale sans ingrédients globalistes. C’est l’aspect le plus important du nouveau temps. La Russie ne peut être différente. L’Amérique de Trump n’a pas d’autre choix...

L’industrie reprendra de nouveau la force motrice des États. En même temps, la Révolution Nationale, Européenne et Mondiale contre le Globalisme s’impose comme facteur ultime de désagrégation politique et civilisationnelle.

Depuis un siècle nous vivons la même transformation, qu’il faut arrêter, pour compléter la pensée de Xi Jinping !

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L’Arménie sur un carrefour eurasien entre la Russie, l’Occident et la nouvelle géométrie du Caucase

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L’Arménie sur un carrefour eurasien entre la Russie, l’Occident et la nouvelle géométrie du Caucase

par Giulio Chinappi

À la veille des élections législatives du 7 juin, l’Arménie se trouve suspendue entre l’héritage stratégique de sa relation avec Moscou et le tournant pro-occidental de Nikol Pachinian, tandis que l’énergie, la sécurité et les corridors régionaux deviennent des terrains de confrontation géopolitique.

SOURCE DE L’ARTICLE : https://giuliochinappi.com/2026/05/30/armenia-al-bivio-eu...

Les élections législatives arméniennes se situent au cœur d’une profonde transformation des équilibres du Caucase du Sud, où la relation historique entre l’Arménie et la Russie est aujourd’hui mise à l’épreuve par la ligne de plus en plus ouvertement pro-occidentale du gouvernement dirigé par Nikol Pachinian. Le scrutin ne concerne donc pas seulement la composition de la prochaine Assemblée nationale arménienne, mais aussi l’orientation stratégique d’un pays qui, pendant des décennies, a fondé sa sécurité sur la coopération avec Moscou et qui cherche désormais à redéfinir son rôle entre Union européenne, États-Unis, Azerbaïdjan, Turquie et espace eurasiatique.

Formellement, la Russie et l’Arménie ne sont pas en conflit. Moscou continue de qualifier l’Arménie de pays « frère » et le Kremlin réaffirme son intention de maintenir le dialogue ouvert avec Erevan. À ce sujet, le porte-parole Dmitrij Peskov a souligné que, malgré la ligne européiste de l’actuelle direction arménienne, la Russie continue de considérer l’Arménie comme un pays proche et observe que cette orientation n’est pas partagée par toutes les forces politiques arméniennes. Il s’agit d’une formule diplomatique, mais aussi d’un message politique : Moscou distingue le peuple arménien, avec lequel elle revendique des liens historiques, culturels et civils profonds, du choix du gouvernement actuel de rechercher un nouvel équilibre tourné vers Bruxelles et Washington.

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Cette distinction était déjà apparue clairement lors de la rencontre du 1er avril entre Vladimir Poutine et Nikol Pachinian. À cette occasion, Poutine a rappelé que les relations entre la Russie et l’Arménie ne sont pas nées au cours des dernières décennies, mais se sont forgées au fil des siècles, à travers une histoire commune et une proximité de civilisation. Dans le même temps, le président russe a exprimé l’espoir que les tensions de la campagne électorale ne nuiront pas aux relations bilatérales et que les forces politiques favorables à la coopération avec Moscou pourront pleinement participer au processus électoral. De cette manière, la Russie évite la rupture frontale, mais manifeste aussi son inquiétude quant à la possible marginalisation des composantes arméniennes opposées au tournant occidental.

Le nœud principal réside dans l’incompatibilité croissante entre deux orientations stratégiques. D’un côté, l’Arménie est toujours membre de l’Union économique eurasiatique, soit l’espace d’intégration économique piloté par la Russie. De l’autre, le gouvernement Pachinian a multiplié les signes d’ouverture envers l’Union européenne, allant jusqu’à présenter la perspective européenne comme une possible voie de transformation politique, économique et identitaire du pays. Le Kremlin ne conteste pas en théorie le droit souverain de l’Arménie à développer des relations avec Bruxelles, mais pose un problème concret : il n’est pas possible d’appartenir simultanément à deux unions douanières incompatibles. Poutine l’a dit explicitement lors de son entretien avec Pachinian, expliquant que l’appartenance à une union douanière avec l’UE et à celle de l’Eurasie est « impossible par définition ».

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Le gouvernement d’Erevan devra donc peser avec attention ses choix. Le maintien de l’Arménie dans l’espace eurasiatique offre des avantages économiques mesurables, notamment dans le secteur énergétique. Le gaz russe arrive en Arménie via la Géorgie, le long du gazoduc Caucase du Nord-Transcaucasie, tandis que Gazprom Arménie, entièrement contrôlé par la russe Gazprom, opère comme vendeur monopolistique sur le marché intérieur arménien. En 2025, la Russie a fourni à l’Arménie 2,3 milliards de mètres cubes de gaz, après 2,4 milliards par an en 2023 et 2024. En avril 2026, Poutine a indiqué le prix de 177,5 dollars pour mille mètres cubes appliqué à l’Arménie, contre des prix européens autour de 550 dollars pour mille mètres cubes à la fin mai.

Une éventuelle adhésion de l’Arménie à l’UE pourrait donc avoir de fortes conséquences économiques et diplomatiques pour la république caucasienne. Le 27 mai, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré que Moscou avait notifié à la partie arménienne la possible dénonciation de l’accord intergouvernemental de 2013 sur les livraisons de gaz, produits pétroliers et diamants bruts, si Erevan poursuivait son processus d’adhésion à l’UE. Le ministre russe de l’Énergie, Sergej Civelëv, a ensuite précisé que Moscou ne pourrait pas continuer à fournir du gaz et des produits pétroliers aux mêmes prix si l’Arménie passait de l’Union économique eurasiatique à l’Union européenne.

De son côté, le gouvernement actuel d’Erevan affirme pouvoir transformer l’Arménie en un carrefour régional, capable de générer de la richesse grâce à l’ouverture des communications, aux corridors logistiques, aux minéraux critiques et à une nouvelle position entre l’Europe et l’Asie. En particulier, lors d’un meeting électoral, le Premier ministre Pachinian a déclaré qu’il ne servirait à rien de menacer l’Arménie avec des prix plus élevés, car le pays disposerait à l’avenir de beaucoup plus de ressources. Toutefois, remplacer des avantages énergétiques concrets et immédiats par des promesses de transformation future revient à demander à la population d’accepter une transition potentiellement traumatisante, surtout dans une économie aussi petite et vulnérable que celle de l’Arménie.

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Dans ce contexte s’inscrit également la visite à Erevan du secrétaire d’État américain Marco Rubio. Le 26 mai, l’Arménie et les États-Unis ont signé une Charte de partenariat stratégique global, paraphée par Rubio et le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan. Dans le même contexte, un accord-cadre de coopération a également été signé concernant la Trump Route for International Peace and Prosperity, le projet TRIPP lié à la réouverture des communications régionales et à la liaison entre l’Azerbaïdjan et la République autonome du Nakhitchevan à travers le territoire arménien. L’agence TASS a également signalé la signature d’un mémorandum sur les minéraux critiques et les terres rares, présenté par Rubio comme un instrument pour renforcer l’indépendance économique.

Le fait que ces accords aient été signés à quelques jours du vote du 7 juin ne saurait être considéré comme un détail anodin. Formellement, Erevan et Washington peuvent présenter le tout comme une simple coopération bilatérale. Politiquement, cependant, l’effet est celui d’un adoubement occidental de la ligne de Pachinian. Dans une campagne électorale déjà polarisée, la présence américaine renforce l’image du Premier ministre comme garant de la nouvelle projection internationale de l’Arménie, mais elle alimente en même temps les accusations de l’opposition, qui voit dans sa politique étrangère une subordination progressive aux intérêts de Washington et un abandon des piliers traditionnels de la sécurité arménienne.

L’Arménie, pour sa part, tente de présenter sa ligne comme multivectorielle et non antirusse. Le ministre des Affaires étrangères Mirzoyan a déclaré qu’Erevan reste intéressée à préserver et à développer des relations de coopération normales avec la Russie, ajoutant qu’aucune des deux parties n’aurait intérêt à une « non-participation ». Mirzoyan a également pris soin d’éviter de lier directement l’état des relations avec Moscou aux élections du 7 juin, affirmant que l’Arménie souhaite construire des relations saines, égalitaires et constructives avec ses partenaires russes.

Cette position apparaît cependant de plus en plus difficile à tenir. Un pays peut certes aspirer à des relations équilibrées avec plusieurs acteurs, mais il ne peut ignorer que les infrastructures économiques, militaires et douanières créent des contraintes objectives. La tentative de Pachinian de positionner l’Arménie à la fois dans l’espace eurasiatique, dans l’orbite de l’Union européenne et dans une nouvelle architecture états-unienne du Caucase du Sud risque de transformer le multivectoriel en ambiguïté stratégique.

Le vote du 7 juin décidera donc si cette trajectoire sera consolidée ou ralentie. Une victoire de Pachinian renforcerait la ligne de la paix controversée avec l’Azerbaïdjan, de l’ouverture vers l’UE et les États-Unis, et la diminution progressive du poids russe dans la politique arménienne. Un bon résultat des oppositions, plus favorables au maintien des liens avec Moscou, pourrait au contraire imposer un changement de cap, du moins en ralentissant le processus de détachement de l’espace eurasiatique. Dans tous les cas, il sera difficile de revenir à la situation précédente : la confiance stratégique entre Moscou et Erevan a été ébranlée, et la relation bilatérale devra être reconstruite sur des bases plus réalistes.

jeudi, 04 juin 2026

L’AfD discute avec les Russes du gaz et de Nord Stream. L’irritation du gouvernement Merz

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L’AfD discute avec les Russes du gaz et de Nord Stream. L’irritation du gouvernement Merz

Source: https://www.analisidifesa.it/2026/06/afd-discute-con-i-ru...

Une délégation composée de quatre représentants du parti d’opposition allemand Alternative für Deutschland (AfD), actuellement crédité d’environ 30% des intentions de vote et classé première force politique en Allemagne, a participé au Forum économique de Saint-Pétersbourg, suscitant de vives critiques politiques à Berlin et récoltant des "avertissements" en matière de sécurité et de renseignement.

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Les députés concernés sont Markus Frohnmaier, vice-président du groupe parlementaire AfD au Bundestag, Jörg Urban, président régional en Saxe, le député Steffen Kotré et l’eurodéputé Petr Bystron. Selon les informations disponibles, Frohnmaier aurait également rencontré le PDG du géant énergétique russe Gazprom, Alexeï Miller (photo ci-dessus).

Au centre de l’entretien, toujours selon les déclarations de l’homme politique, figuraient les scénarios possibles de remise en service des gazoducs Nord Stream de la mer Baltique, détruits par un sabotage en septembre 2022, et donc la reprise des approvisionnements énergétiques de la Russie vers l’Allemagne et l’Europe.

« Les parties ont discuté de la situation actuelle sur le marché européen de l’énergie. Une attention particulière a été accordée à l’Allemagne. Il a été noté que les réserves de gaz en Allemagne sont au niveau le plus bas des cinq dernières années. Compte tenu des conditions actuelles du marché, il sera extrêmement difficile de remplir les réserves d’ici l’hiver prochain », écrit l’agence Tass.

Frohnmaier a déclaré à l’agence Deutsche Presse-Agentur qu’au centre de son entretien approfondi avec Miller, au siège de Gazprom, figuraient la possibilité d’une remise en service des gazoducs Nord Stream ainsi que la reprise des livraisons de gaz russe. « Notre mission est de placer, sans compromis, les intérêts nationaux allemands au centre de nos préoccupations », a affirmé Frohnmaier.

Dans une déclaration diffusée à Berlin, un porte-parole du gouvernement fédéral a expliqué que le ministère des Affaires étrangères avait explicitement déconseillé la participation à la mission et avait informé le parti que l’initiative n’était pas soutenue par l’exécutif. Le porte-parole a rappelé que, depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Union européenne et l’Allemagne maintiennent la ligne de réduire au minimum les contacts avec les représentants du gouvernement russe, compte tenu des attaques contre la population civile.

Sur ce sujet, le directeur général du Fonds russe d’investissements directs (RDIF), Kirill Dmitriev, qui a rencontré Frohnmaier, est également intervenu hier lors du Forum de Saint-Pétersbourg, affirmant que les pays européens avaient déjà perdu environ 3000 milliards d’euros à cause du refus de l’énergie russe. « L’Allemagne et d’autres pays européens constatent qu’en raison du rejet de l’énergie russe, ils ont déjà perdu environ 3000 milliards d’euros et mènent de fait leurs économies vers l’effondrement. »

Le gouvernement de la guerre permanente – Qui détient réellement le pouvoir à Washington ?

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Le gouvernement de la guerre permanente – Qui détient réellement le pouvoir à Washington?

Marek Wojcik

Beaucoup d’entre nous se demandent quel est le véritable pouvoir du président des États-Unis. Est-il, comme il se désigne lui-même, «l’homme le plus puissant du monde», ou tombe-t-il sous l’emprise des oligarques qui ne cessent de fomenter des conspirations?

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198981

Ou bien se subit-il peut-être un chantage par le plus grand allié des États-Unis? Les décisions du président, en particulier celles qui concernent la guerre, sont-elles le fruit de son ego démesuré, ou poursuit-il peut-être un plan diabolique visant à jouer ses magnifiques «cartes» fabriquées en Chine?

Les démarches les plus fructueuses de Donald Trump sont les spéculations de ses proches sur les marchés financiers. Si les déclarations chaotiques du président et leur orientation sont connues à l’avance par les élus de la richesse mal acquise, qu’est-ce qui les empêcherait alors de parier sur la hausse – ou selon les intentions capricieuses du président – sur la baisse des actions pétrolières? De cette façon, on peut « gagner » énormément d’argent.

La Constitution devrait tenir le pouvoir en laisse courte. Le Congrès seul devrait déclarer la guerre, contrôler les finances, limiter l'exécutif et rendre des comptes au peuple. Le président devrait exécuter les lois, non pas gouverner par décret, mener des guerres non déclarées ou servir de figure de proue à un empire. Les tribunaux devraient servir de garde-fou contre les abus de l’État, et non valider les pires excès de l’État sécuritaire national.

Chaque président moderne hérite des mêmes pouvoirs de guerre, des mêmes services secrets, du même appareil d’urgence, des mêmes systèmes de surveillance, des mêmes entreprises d’armement, des mêmes forces de police militarisées et de la même soif de pouvoir bipartisan sans responsabilité. Trump n’a pas créé le gouvernement de la guerre permanente. Il l’a hérité, nourri, agrandi, utilisé comme une arme et, comme tous ses prédécesseurs, en est devenu le champion.

Je ne veux pas justifier Trump, ici, mais simplement montrer qu’il a certes introduit son propre style, le « trumpisme », qui repose sur l’imprévisibilité et la rupture de toutes les traditions prétendument à la base du conservatisme. Cependant, les décisions géopolitiques majeures ne sont pas nécessairement prises à la Maison Blanche. Cette maison inconnue, où sont élaborés des plans de guerre, je la qualifierais, vu les intentions qui se profilent derrière ces décisions, de « Maison noire ». Elle n’a pas nécessairement besoin de se trouver sur le territoire des États-Unis.

* * *

Cet article est paru sur le blog de l’auteur world-scam.com

 

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Génération perdue?

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Génération perdue?

par Hans-Peter Hörner, député au Landtag du Bade-Wurtemberg

Source: https://pi-news.net/2026/06/verlorene-generation/

Inspiré par des reportages venus du Royaume-Uni, où près d’un million de jeunes sont qualifiés de NEETs – Not in Education, Employment or Training, c’est-à-dire ni en formation, ni en emploi, ni en apprentissage –, on a également jeter un oeil sur situation en Allemagne, par curiosité. Et, surprise, l’Agence fédérale pour l’emploi a également signalé environ 1,2 million de NEETs âgés de 15 à 29 ans pour l’année 2025. Il s’agit donc de jeunes qui n’ont ni qualification, ni activité économique. Si l’on considère la tranche d’âge des 15 à 24 ans, on arrive à 650.000 NEETs allemands, ce qui, selon l’agence, représente un taux de NEETs d’environ 8%.

Il apparaît donc que non seulement l’île d'Outre-Manche, mais aussi l’Allemagne, connaît des problèmes croissants parmi les jeunes mentionnés. Selon l’agence, le chômage des jeunes a atteint en 2025 le niveau le plus élevé des dix dernières années: 273.000 chômeurs de moins de 25 ans, soit un taux de 5,7%, et pas moins des trois quarts de ces jeunes chômeurs n’avaient aucun diplôme professionnel. Il faut vraiment mesurer cela à l’aune de «la meilleure Allemagne qui ait jamais existé».

Contrairement à ce qui semble être le cas au Royaume-Uni, les Allemands ne sont pas évincés des premiers emplois initiaux par la migration de masse, parce que, là-bas, les employeurs privilégient les migrants bon marché et rapidement disponibles – c’est du moins ce qu’affirme la majorité des employeurs britanniques. Non, car le nombre de jeunes chômeurs de 15 à moins de 25 ans possédant un passeport étranger a plus que doublé entre 2015 et 2025, avec 53.000 personnes de plus. L’Agence fédérale pour l’emploi a constaté qu’en 2025, plus d’un tiers des jeunes chômeurs avaient un passeport étranger. Le problème n’est donc pas une concurrence opposant «les étrangers contre les Allemands», mais relève des qualifications manquantes, des abandons de formation, des problèmes d’intégration et d'une conjoncture de plus en plus faible qui compliquent tout.

Les candidats étrangers réussissent même moins souvent: en 2025, seulement 33% des candidats étrangers déclarés ont trouvé une place en stage de formation, contre 46% des candidats allemands. Cela contredit clairement la prévision de l’Institut de recherche sur le marché du travail et sur les professions, émise en date du 23 novembre 2021, qui affirmait dans un communiqué de presse: «Ce n’est qu’avec une immigration nette annuelle de 400.000 personnes que l’offre de main-d’œuvre restera quasiment stable jusqu’en 2060». Et que fait-on avec les quelque 1,2 million de NEETs âgés de 15 à 29 ans, qui sont actuellement «inactifs économiquement»? Et que fait-on, en général, quand le pays s’approche du mur économiquement? Importer chaque année, sans raison et sans discernement, 400.000 personnes, pour la plupart étrangères à notre culture?

Outre la relance économique urgente et le renforcement du site industriel allemand, il est nécessaire de développer des perspectives économiques et individuelles pour les NEETs. Cela exige une réforme fondamentale de la politique économique et éducative en Allemagne. Une génération perdue, nous ne voulons ni ne pouvons nous la permettre.

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Hans-Peter Hörner, chroniqueur du site PI-NEWS (figure de l'AfD), né en 1951, a étudié l’économie, la gestion et la biologie. Après ses études, il a exercé pendant plus de quarante ans la tâche de professeur dans l’enseignement professionnel. Depuis 2021, il est député du Landtag du Bade-Wurtemberg. Thèmes principaux: politique éducative et pétitions. La chronique sur PI-NEWS de Hörner paraît chaque début de mois.

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«Terza Posizione» et «Révolution conservatrice» – Construire le front transversal de la résistance!

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«Terza Posizione» et «Révolution conservatrice» – Construire le front transversal de la résistance!

Werner Olles 

Si le destin du national-socialisme fut de confier l’État à des adolescents attardés, pour la plupart toxicomanes, qui ont abusé de leur pouvoir de manière honteuse, nous observons aujourd’hui, sous le régime du libéralisme, une classe politico-médiatique qui, dans son absence d’esprit embarrassante, son incompétence et sa primitivité grotesque, est totalement incapable de comprendre que le monde politique est toujours générateur de problèmes, tout comme la vie, et que l’être humain est une créature extrêmement problématique, dangereuse et en même temps menacée.

Cependant, le règne des nains, dans son arrogance envers le véritable souverain – c'est-à-dire les citoyens – envisage la castration définitive de l’État allemand et sa dissolution dans un monstre dictatorial appelé UE. À cette fin, la RFA, en tant qu’entité étatique qui ne suscite ni respect, ni obéissance, ni estime, n’est pas seulement capable de provoquer une rupture unique avec la civilisation et une implosion culturelle, comme nous l’expérimentons depuis 2015 avec l’immigration de masse illégale et ses conséquences négatives visibles pour tous les citoyens, mais par sa propagande irresponsable, soutenue par l’UE et l’OTAN, et par sa recherche d'un conflit avec la Fédération de Russie, représente une menace existentielle pour la paix en Europe.

En réalité, il ne faut pas sous-estimer le degré d’abrutissement de notre population par la télévision à redevance obligatoire, par les médias d’État et par les partis du cartel. Tandis que la RFA se déguise aujourd’hui en «société civile», les nations européennes ont créé, avec la Commission de l’UE, un monstre antidémocratique, et avec l’OTAN une machine de guerre meurtrière dirigée par les États-Unis, qui avance son programme dangereux, très rapidement et sans souci des règles démocratiques et diplomatiques.

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On favorise, à grands frais, la transformation des nations européennes en États du tiers-monde ingouvernables. Le verdict de Carl Schmitt, selon lequel l’État est l’unité politique d’un peuple et non un simple conglomérat de peuples étrangers à la culture principale, facilite certes le diagnostic bouleversant que l’Europe occidentale n’est plus un continent de nations souveraines, mais se limiter au seul diagnostic est un remède pauvre et insuffisant.

Ce dont nous avons besoin, ce sont des thérapies, voire – dans l’urgence qui est déjà arrivée – des thérapies de choc, allant de grèves générales, de manifestations de masse, d’actions inventives et de l’organisation de la résistance politique jusqu’au retrait définitif des monstres que sont l'UE et l'OTAN, et jusqu'à la construction d’une « Internationale européenne des nations souveraines ». Nous devons laisser derrière nous ce qui nous opprime, nous exploite, nous insulte et nous humilie quotidiennement, afin de créer un renouvellement qui s’inscrit dans les traditions européennes. Cette nouvelle « ancienne » Europe, qui inclut naturellement la Russie, s’étendra de Lisbonne à Vladivostok, mais sans la Turquie islamiste et l'Israël sioniste.

L’impérialisme occidental a ôté à l’homme tout sens de son existence, l’a délibérément éloigné du patriotisme mystique et charnel et l'a plongé dans un problématique «nationalisme contemplatif» (Ernst von Salomon) et l'a éloigné toujours plus du vécu corporel, tout en l’encombrant d’un verbiage surabondant mais dénué de sens et d’une stérilité intellectuelle qui ne peut être brisée que par une résistance pure et authentique.

Certes, la caractéristique des grands problèmes est souvent leur insolubilité, et dans les démocraties de masse libérales, les dirigeants attaquent directement l’âme de leurs sujets, mais c’est précisément là qu’il faut s’interroger sur ce que la soi-disant «Nouvelle Droite intellectuelle» a encore à apporter dans le rapport décisif qui doit s'installer entre les actions de masse et l'organisation de la lutte politique, en dehors d’une concurrence sans concepts véritables entre diverses positions politiques désormais totalement dépassées, avec cette stylisation et cette esthétisation de temps révolus; au mieux, elle nous présente la recension d'un ouvrage collectif.

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En réalité, la résistance, sous le libéralisme, est toujours déjà absorbée par le système et ne naît nullement hors du système, ce qui lui ôte toute efficacité révolutionnaire. Si l’on avait lu et surtout compris Adorno et Marcuse, on serait mieux informé sur la logique d'avance vaincue de toute protestation. Mais pour cela, les jeunes messieurs de la "nouvelle droite" semblent trop précieux pour y penser. Un bavardage philosophique ne remplace cependant pas l’activisme politique, même si la bonne attitude peut parfois signifier retenue et forme froide de pragmatisme.

La «Nouvelle Droite» a révélé ses limites idéologiques et politiques en renonçant volontairement à l’art du leadership psychologique dans la formation de sa stratégie, et elle est totalement incapable d’une contre-offensive, c'est là une tragédie presque palpable qui révèle d’énormes déficits stratégiques et tactiques.

Dans une époque pleine de haine, d’extrémisme, de violence et d’illusions infantiles, qui ont déjà pris la forme d’une guerre civile psychologique, elle ne représente, compte tenu de la situation précaire du camp de la «Résistance», lequel est complètement éclaté, qu’un produit du désespoir. Dans cette situation, il faut mettre fin aux bavardages et aux pseudo-discussions. La rupture ne vient pas de ceux qui sont dans la tradition de la «Révolution conservatrice», mais de leur déviation flagrante vers un libéral-conservatisme et des concepts élastiques de souveraineté, d’identité nationale et culturelle, et vers un patriotisme qui n'est que "nationalisme contemplatif". Il n’est pas indispensable d’être un intellectuel pour comprendre cela, même pas un théoricien.

OIP-2845809425.jpgSelon Dominique Venner, la tradition n’est pas le passé, mais l’immuable. Libérer l’Europe de son programme néolibéral est et reste notre mission. La RFA n’est qu’une petite province de l’Europe, mais en tant que révolutionnaires antibourgeois, nous avons les meilleurs récits à proposer car ils sont issus du courage et de l’esprit, et de la volonté de résister. La dichotomie entre le néolibéralisme, le capitalisme global et la barbarie d’un côté, et la souveraineté des peuples et des nations de l’autre, n’a jamais cessé et reste valable.

La formation d’un front transversal socialiste-nationaliste-révolutionnaire comme contrepartie à la dictature de la ploutocratie financière n’est pas seulement l’impératif du moment si nous voulons conserver ou reconquérir notre liberté, mais aussi la Troisième Position classique (Terza Posizione) d’un anticapitalisme national, qui ne se soumet pas lâchement au globalisme des maîtres de l’argent, mais se prépare à la guerre civile à venir, s’insurge contre les exigences du cartel politico-médiatique dominant, et considère la renaissance de l’Occident comme un devoir social et national-révolutionnaire.

mercredi, 03 juin 2026

Les fronts arctique et baltique de la guerre entre l’OTAN et la Russie fusionnent dangereusement

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Les fronts arctique et baltique de la guerre entre l’OTAN et la Russie fusionnent dangereusement

Andrew Korybko

Source: https://uncutnews.ch/die-arktische-und-baltische-front-de...

Cette tendance à activer des préparatifs militaire dans les zones arctique et baltique représente une menace considérable pour la Russie, mais aussi pour l’UE, si elle conduit Poutine à prendre au sérieux les demandes de ses partisans les plus radicaux en faveur d’une frappe préventive contre l’OTAN.

Récemment, il y a eu une avalanche d’informations concernant l’interconnexion croissante des fronts arctique et baltique du nouveau conflit de la nouvelle Guerre froide. Le Royaume-Uni a annoncé une nouvelle initiative navale multinationale visant à contenir la Russie dans ces eaux. Cela a suivi les avertissements des ambassadeurs russes en Finlande et en Norvège concernant les menaces provenant de ces pays. Auparavant, certaines sources russes avaient accusé les États baltes d’avoir permis à des drones ukrainiens de transiter dans leur espace aérien en direction d’attaques contre Saint-Pétersbourg — ce qui, si cela s’avère vrai, constituerait une grave provocation.

imagages.jpgLes développements mentionnés ci-dessus fournissent le contexte de l’interview accordée par le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko (photo), à Izvestia, sur la manière dont « l’Occident met en œuvre la politique de confinement de la Russie dans la région baltique ». Selon ses propos:

«La région baltique est désormais utilisée par l’Occident comme un laboratoire pour étudier comment les tensions peuvent être intensifiées et comment la Russie peut être contenue à partir de différentes positions régionales et géographiques... À présent, ils se rapprochent de l’Arctique et forment diverses coalitions. Il s’agit évidemment d’une évolution très inquiétante».

Le journal a également cité l’expert du Valdai Club, Andrei Kortunov, qui a mis en garde:

«La situation dans l’Arctique évolue progressivement — malheureusement pour le pire. Si cela continue, la distinction entre la Baltique et l’Arctique va progressivement s’estomper».

Izvestia a en outre informé ses lecteurs que:

«L’Ukraine participe déjà à la dissuasion de la Russie. En mai, des opérateurs de drones ont pris part aux manœuvres suédoises Aurora-26, qui se sont déroulées entre autres sur l’île baltique de Gotland».

imagea26s.jpgÀ la lumière de ce qu’a mentionné l’ambassadeur russe en Norvège dans l’interview cité précédemment, la participation de l’Ukraine à ces exercices pourrait précéder le déploiement possible d’équipes de drones ukrainiens à Gotland pour attaquer la navigation russe en mer Baltique — comme cela serait également envisagé en Norvège pour des attaques dans l’Arctique. Un tel scénario pourrait se développer simultanément le long des fronts arctique et baltique de plus en plus interconnectés, parallèlement à la consolidation de la nouvelle initiative navale multinationale menée par le Royaume-Uni pour contenir la Russie.

Encore plus inquiétant, les États baltes servent désormais de fil déclencheur pour une reprise du conflit en Ukraine après sa fin ou pour l’ouverture d’un nouveau front si la guerre venait à reprendre. Parallèlement, les États-Unis semblent essayer de pousser la Biélorussie à se détacher de la Russie, tandis que la Pologne poursuit son renforcement militaire qui pourrait un jour menacer Kaliningrad. Ce faisant, non seulement le terrain pour une escalade en mer Baltique est préparé, mais aussi le long des côtes — notamment dans le scénario d’un blocus occidental de Kaliningrad, éventuellement en parallèle ou seulement après que la Biélorussie se soit détachée de la Russie.

Comme si tout cela n’était pas déjà problématique pour la Russie, la France va désormais mener régulièrement des exercices nucléaires avec la Pologne contre la Russie et la Biélorussie, étendant ainsi son parapluie nucléaire vers l’est. Cela pourrait couvrir la Pologne si Varsovie envoyait des troupes pour soutenir les États baltes en cas de crise. Cette fusion des fronts arctique et baltique représente une menace considérable pour la Russie, mais aussi pour l’UE, si elle pousse Poutine à prendre au sérieux les demandes de ses partisans d’une frappe préventive contre l’OTAN.

L’observation précédemment mentionnée illustre les dangers de ces nouveaux déploiements et accords. Elle indique aussi que les fronts arctique et baltique, de plus en plus imbriqués, joueront un rôle central dans la reconfiguration de l’architecture sécuritaire européenne après la fin du conflit ukrainien.

Du point de vue des États-Unis, il est crucial de maintenir la paix entre l’OTAN et la Russie pour empêcher une Troisième Guerre mondiale. C’est précisément pourquoi Trump 2.0 devrait donner la priorité à la création d’une telle architecture sécuritaire — que ce soit de manière générale ou spécifiquement axée sur ce front — dès que possible.

La délation, vocation de l’homme nouveau – l’homme-masse et l’élimination des véritables élites

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La délation, vocation de l’homme nouveau – l’homme-masse et l’élimination des véritables élites

Corina Bistriceanu

Source: https://www.estica.ro/news/delatiunea-vocatia-omului-nou-...

Un monde nouveau, un nouveau maccarthysme

La trajectoire du monde nouveau et merveilleux est établie, les boussoles ont été recalibrées. Les démocraties consacrées du monde civilisé remettent en cause les majorités culturelles au nom de nouvelles libertés sexuelles émergentes. Les gouvernements écologistes promeuvent l’économie verte en exploitant les dernières forêts vierges. La politique pacifiste mène des guerres prophylactiques. Le nouveau maccarthysme encourage la suspicion envers tous ceux qui ne vénèrent pas la nouvelle (non-)logique de l’histoire.

La délation est anonyme, aussi bien en pratique qu’en théorie; les délateurs ne révèlent pas leur identité, car ils craignent les conséquences d’une confrontation ouverte; mais même s’ils l’assumaient, cela serait sans importance, car ils restent de simples instruments des organes de contrôle et de modération sociale. L’importance de la délation est à la fois sociale et politique, car elle constitue l’une des anciennes méthodes par lesquelles les tyrannies impuissantes s’efforcent de se frayer un chemin dans des démocraties fatiguées et seulement apparentes. C’est l’un des outils les plus efficaces par lesquels les masses sont « réglées de manière invisible », selon l’expression de Gustave le Bon, afin de ne plus menacer le cours de l’histoire ou l’ordre de la société. C’est l’arme avec laquelle les hommes-masse peuvent anéantir les élites possibles ou réelles, avec laquelle les individus peuvent condamner les individualités.

Dangers pour la médiocrité : l’autorité et l’élite

Les cibles principales de la délation (comme des contestations de toute sorte) sont la principialité, les valeurs non autorisées politiquement, la raison autonome, l’autorité. L’idée de supériorité, de jugement, de dépendance ou de soumission, et les comportements ou rôles qu’elles supposent, intriguent, dérangent, blessent, anéantissent. Celui qui nous est supérieur nous menace d’anéantissement par le sabotage de notre estime et de notre satisfaction personnelles, de notre suffisance.

la-revolte-des-masses-779098.jpgJosé Ortega y Gasset remarquait, dans la prometteuse période de l’entre-deux-guerres du siècle dernier, la croissance de la population et la facilité de la vie matérielle (La Révolte des masses, 1930). Celles-ci se mesuraient par des niveaux croissants de confort, de sécurité économique, de bien-être physique et psychique. Le « nouveau vulgaire » était né et se montrait au monde, descendant domestiqué des masses sauvages qui avaient – après les avoir aussi bien favorisées que légitimées – menacé les révolutions démocratiques, choyé par le monde qui l’entoure, généralement incapable de percevoir ses limites; si on les lui montrait, incapable de les comprendre; si on les lui expliquait, incapable de les accepter. Ce nouveau vulgaire, l’homme-masse, l’opinion publique, l’homme dépersonnalisé, furent consacrés en tant que valeurs fictives, virtuelles, proclamées.

Le règne de la médiocrité s’est ouvert comme une nouvelle voie d’identification et d’élimination des véritables élites. Pourquoi un régime démocratique éliminerait-il l’élite? Parce que, par définition, celle-ci est morale et prête au sacrifice. «Contrairement à ce que l’on croit généralement, c’est l’être d’élite, et non la masse, qui vit dans une servitude essentielle. La vie lui paraît dénuée de sens si elle ne la met pas au service d’une obligation supérieure. (...) La noblesse se définit par l’exigence, par les obligations, non par les droits» (Ortega y Gasset, La Révolte des masses).

L’homme-masse, au contraire, est suffisant et insoumis, «il se considère comme parfait». L’enthousiasme et l’intérêt de l’homme-masse pour la science, l’art, la religion, la morale déclinent dès le début du XXe siècle; il profite des «conquêtes de la civilisation», mais est indifférent aux principes de la civilisation. Il ne veut pas donner d’explications et ne veut même pas avoir raison, il veut simplement imposer ses principes, il est satisfait de lui-même: «Sincèrement et sans vanité, il aura tendance à affirmer, comme la chose la plus naturelle au monde, que tout ce qui est en lui est bon: opinions, appétits, préférences ou plaisirs. Et pourquoi pas, si (...) rien ni personne ne l’oblige à admettre qu’il est un homme de second ordre, très limité et incapable de créer ou de conserver l’organisation même qui donne à sa vie l’ampleur et la satisfaction sur lesquelles repose une telle affirmation de sa personne?» (op. cit.).

L’autorité comme abus, la correction comme traumatisme

Parfois, dans des sociétés où les valeurs n’ont pas totalement disparu et semblent encore légitimer les manifestations de l’autorité légitime (qu’elle soit familiale, sociale, politique ou religieuse), les parents guident encore leurs enfants, les professeurs corrigent encore leurs élèves, les prêtres redressent leurs fidèles, les responsables politiques dirigent leurs administrés; le principe d’inégalité, de supériorité, n’est pas encore stigmatisé comme un complexe psychologique et culpabilisé, mais il est celui qui place les élites dans la servitude essentielle de l’élévation et de la protection des inférieurs, du sacrifice pour ceux-ci. Mais ces bastions sont de plus en plus menacés et de plus en plus rares.

Dans le reste du monde civilisé, tout jugement servant de base à l’élévation morale ou intellectuelle de la vie peut être considéré comme un abus. Les générations récentes sont déjà conditionnées par la culture attentive d’une sensibilité extrême, par la limitation de la capacité rationnelle, et par l’exclusion croissante du lien avec la réalité. Pour elles, toute démarche d’éducation réelle devient traumatisante. Les parents sont identifiés comme les premiers ennemis des enfants qui ne reconnaissent plus leurs origines, les enseignants sont des abuseurs d’étudiants inéducables, et les prêtres cherchent des justifications et des reformulations de la révélation, afin qu’elle puisse être assimilée à la médiocrité de la vie bonne et satisfaite de paroissiens qui veulent choisir leurs dieux comme ils choisissent leur shampooing. Quant aux dirigeants, ils sont les premiers à avoir disparu derrière les systèmes, les bureaux et les commissions anonymes. Ce sont les bureaux et les commissions, les règlements et les procédures, qui semblent gouverner; plus personne n’a d’autorité, ni de responsabilité, ni de mission. C’est à eux que s’adresse la délation, et ce sont eux qui la manipulent.

La délation, vocation de l’homme nouveau, ferme la boucle

C’est ici, au point où les délateurs et les commissions bureaucratiques (qui ne jugent pas, mais appliquent des procédures) se rencontrent, que l’insignifiance atteint son paroxysme. Ni les uns, ni les autres, n’ont la hauteur de leur propre principialité ni la conscience d’une limite possible ; parce qu’ils sont anonymes, ils sont puissants; parce qu’ils s’opposent à l’élitisme, ils sont démocrates; parce qu’ils sont médiocres, ils sont des modèles. En réalité, les délateurs referment le cercle de leur propre captivité. En excluant les meilleurs, ceux qui auraient pu leur servir de modèles de redressement, d’élévation, ils se «libèrent» de l’idée de supériorité pour devenir, avec une glorieuse autosuffisance, une proie assurée des programmes gouvernementaux, de dociles marionnettes politiques, d’efficaces instruments procéduraux.

L’Ukrainisation de la conscience européenne

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L’Ukrainisation de la conscience européenne

Werner Olles

En 2011, sur ordre du président américain de l’époque, devenu plus tard lauréat du prix Nobel de la paix, Obama, et de sa célèbre secrétaire d’État Hillary Clinton, la Libye, l’un des rares États africains à fonctionner correctement et à prospérer sur le plan économique et social, fut attaquée et complètement détruite par l’OTAN, sans aucune raison, sans mandat de l’ONU ni déclaration de guerre officielle.

Le président libyen Mouammar al Kadhafi, qui avait jusqu’alors veillé à ce que les flux de soi-disant « réfugiés » vers l’Europe soient stoppés aux frontières et sur les côtes libyennes, dut fuir et fut assassiné de façon bestiale par des terroristes islamistes de l’État islamique, collaborant avec les États-Unis, par empalement. Ainsi fut mené à terme le changement de régime, et en conséquence, de nombreuses bandes terroristes islamistes, financées soit par la Turquie, soit par l’Arabie Saoudite, soit par des canaux obscurs du Deep State occidental et des organisations stay-behind de l’OTAN, combattent encore aujourd’hui pour le pouvoir. Grâce à l’Occident, la Libye est désormais un soi-disant « État failli », une machine à broyer, à faire couler le sang.

En 2014, la guerre en Ukraine commença, après que le président démocratiquement élu et favorable à la Russie dut fuir, point d’orgue du soi-disant coup du Maïdan, financé et orchestré par les États-Unis et l’UE, pour laisser la place à un gouvernement putschiste, anti-démocratique, pro-UE et pro-OTAN. La guerre qui dure encore aujourd’hui débuta par l’attaque de l’Ukraine, désormais orientée vers l’Occident et massivement soutenue par les États-Unis, l’Angleterre et les pays de l’UE, contre les provinces orientales du Donbass, de Donetsk et de Lougansk, majoritairement peuplées de personnes d’origine et de langue russes, qui se prononcèrent clairement et sans ambiguïté pour la sécession des Oblast du Donetsk et de Lougansk par référendum populaire, et conclurent avec la Fédération de Russie des accords d’assistance et de coopération comme républiques populaires indépendantes (de la Nouvelle Russie). Elles demandèrent finalement l’aide militaire du gouvernement russe, après avoir enduré jusqu’en 2022 plus de 16.000 morts dus aux bombardements et attaques terroristes, principalement contre des cibles civiles, perpétrés par les forces armées nazies et ultranationalistes de l’Ukraine.

En réalité, la guerre en Ukraine avait été planifiée depuis des décennies par les États-Unis et le Royaume-Uni – qui joua un rôle particulièrement peu reluisant, sabotant et interdisant toute négociation de paix –, comme une guerre par procuration, dans laquelle l’Occident collectif, avec l’OTAN et l’UE, fut poussé à fournir à l’Ukraine des armes offensives et défensives et à financer le carnage du Donbass. La Russie fut simultanément frappée par plus de vingt paquets de sanctions, qui nuisent surtout aux Européens de l’Ouest, puisque les États-Unis se sont, depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, largement retirés de ce conflit hors de contrôle et laissent le sale boulot à leurs vassaux européens, dont les limites intellectuelles sont aujourd’hui légendaires.

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Cependant, tout cela correspond même à leur calcul politique, car avoir un ennemi extérieur détourne l’attention des innombrables catastrophes intérieures, faites maison, comme par exemple l’immigration de masse illégale et ses conséquences mortelles pour les autochtones, ou la « transition énergétique » aussi absurde et économiquement dommageable qu’infamante, qui a mené à une crise énergétique permanente, à la désindustrialisation et à la hausse générale du coût de la vie, surtout en RFA.

Il fallait évidemment aussi savoir qu’une extension vers l’est avec des troupes de l’OTAN à ses frontières – contrairement aux accords promis selon lesquels cela ne devait pas arriver –, est inacceptable pour la Russie dans tous les cas. Des hommes politiques comme Helmut Schmidt, Helmut Kohl et Willy Brandt avaient compris que la sécurité en Europe ne peut exister qu’en accord avec la Russie, mais aujourd’hui, nous sommes réellement en « route vers l’enfer », selon le géopoliticien russe influent et ex-conseiller de Poutine, Karaganov, lors d’un entretien avec Roger Köppel, éditeur de la « Weltwoche » suisse. Selon lui, la Russie ne laissera pas sans réaction les provocations et attaques terroristes incessantes de l’Ukraine, financée par l’Occident et fortement armée, alors qu’elle-même est totalement corrompue et en faillite, mais attaquera, en cas de besoin, des cibles stratégiques comme Bruxelles, Berlin et Varsovie, même avec des missiles nucléaires.

Le personnel politique dirigeant de l’Europe occidentale semble cependant, en raison de sa profonde stupidité, incapable de reconnaître la réalité: on ne commence pas une guerre avec la plus grande puissance nucléaire, qui se sent menacée non sans raison. Ainsi, des préparatifs de guerre sont mis en œuvre contre la volonté de la majorité absolue de la population, au lieu de désamorcer, de laisser parler la diplomatie et surtout de réactiver l’axe Russie-Berlin. Et, justement, la RFA se pose – folie militaire, politique, économique et historique – en principal partenaire de l’Ukraine, après que les Américains se retirent de ce rôle insensé, car ils ont compris que leur puissance s’effrite, qu’ils ne progressent pas plus en Iran, et que le détroit d’Ormuz reste bloqué par les Iraniens.

Mais l’UE se comporte comme un chien errant abandonné par son maître – les aboiements du petit chien se font désormais entendre partout –, et se ruine elle-même dans sa guerre contre la Russie, alors que ses peuples rejettent clairement cette guerre menée par procuration. C’est une sorte d’autodestruction née de l’incompétence, de l’ignorance, de l’idéologie et de la mégalomanie. Tandis que le nouveau monde multipolaire composé des pays BRICS et du Sud global est déjà bien présent sur l’échiquier international, l’Europe et l’Occident jouent encore au jeu du « Ne t’en fais pas ».

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En fait, par exemple, il n’existe en RFA aucun poste universitaire critique envers l’OTAN, le thème de l’impérialisme américain reste tabou, et l’ukrainisation de la conscience est menée de façon fanatique par une propagande médiatique quotidienne et des répressions qui s'étendent au-delà des frontières nationales. L’affaire du colonel suisse Jacques Baud (photo), officier sanctionné par l’UE, en dit long. Les critiques du gouvernement sont poursuivis, sanctionnés par l’UE et le Conseil européen, et aussi en RFA, des auteurs ou des voix critiques, quand ils abordent des sujets comme l’islam, l’immigration de masse illégale et la propagande de guerre contre la Russie, sont classés comme ennemis de la constitution. Un abus manifeste commis par le soi-disant « Office de protection de la constitution », qui se ridiculise ainsi lui-même.

Nous ne devons toutefois pas nous laisser troubler. La devise doit être: pas un pouce de terrain aux fauteurs de guerre de l’UE, de l’OTAN et à la propagande de guerre du cartel politico-médiatique ! Au contraire, une nouvelle architecture de sécurité paneuropéenne, incluant naturellement la Russie et ses intérêts géopolitiques légitimes, est l’impératif urgent du moment !

Il y a 85 ans: le premier ordinateur – en Allemagne!

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Il y a 85 ans: le premier ordinateur – en Allemagne!

Par Michael Kumpmann

Source: https://www.compact-online.de/vor-85-jahren-der-erste-com...

Le 12 mai 1941, Konrad Zuse présente au monde le premier ordinateur avec son Z3. Ce que beaucoup ignorent: cet ingénieur berlinois a également publié des écrits philosophiques qui proposent une vision du monde que l’on retrouvera plus tard dans des films comme Matrix. Cet article est paru initialement dans COMPACT-Histoire « Les armes secrètes d’Hitler – OVNIs, fusées et la bombe atomique allemande ». Haute technologie allemande sous le Troisième Reich. Plus d’informations ici: https://www.compact-shop.de/shop/geschichte-compact/compa...

konradzuse.jpgBerlin, 12 mai 1941 : l’ingénieur Konrad Zuse présente à un public trié sur le volet sa dernière invention. L’appareil, qui pèse près d’une tonne, est aussi large qu’une armoire murale. Il est composé d’environ 30.000 câbles et près de 2500 relais, provenant en grande partie d’une benne à déchets du Commandement suprême de la Wehrmacht.

La puissante machine peut stocker 64 nombres, met 0,8 seconde pour une addition et environ trois secondes pour une multiplication. Elle convertit automatiquement les entrées en binaire et affiche les résultats de ses calculs via des ampoules. On admire le Z3 – le premier ordinateur numérique fonctionnel au monde.

En compétition avec les Américains

L’inventeur de cette innovation du siècle est né en 1910 à Deutsch-Wilmersdorf, aujourd’hui un quartier de Berlin. Très tôt, ce bricoleur de génie découvre son intérêt pour la technique, mais aussi pour l’art. La peinture est l’une de ses passions – il s’inspire principalement du futurisme italien.

Zuse vend ses tableaux pour financer ses études d’ingénieur à l’École technique supérieure de Berlin-Charlottenburg. Après avoir obtenu son diplôme en 1935, il devient ingénieur calculateur chez Henschel, constructeur d’avions à Schönefeld. Après le travail, il poursuit ses expériences dans son atelier personnel.

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Ce qui le dérange surtout dans son métier: il doit effectuer sans cesse les mêmes calculs. Une machine ne pourrait-elle pas s’en charger? Comme le mathématicien britannique Charles Babbage (1791-1871), inventeur de la «machine analytique», Zuse pense d’abord à un appareil mécanique, mais cela s’avère vite impraticable. Le Z1, achevé en 1938, lit les programmes sur des bandes de films perforées, mais fonctionne de façon peu fiable et se bloque souvent.

Ce n’est que la combinaison de l’électronique et de la mécanique qui mène au succès: en 1941, désormais indépendant, Zuse réalise avec le technicien en télécommunication Helmut Schreyer le Z3, qui fonctionne avec la technologie des relais électromagnétiques. Comme le Z1, ce nouvel ordinateur est librement programmable grâce à l’arithmétique binaire à virgule flottante développée par Zuse lui-même.

Contrairement aux ordinateurs actuels, le Z3 ne réalise pas les fonctions logiques fondamentales à l’aide de résistances, mais de commutateurs commandés électriquement. Par cette conception, il était certes plus lent que l’ENIAC, développé en 1942 pour l’armée américaine, mais nettement plus facile à utiliser.

Le Z3 est le premier à remplir le critère de complétude de Turing. Ce concept repose sur le modèle hypothétique de la «machine de Turing» (nommée d’après le logicien britannique Alan Turing): un appareil fictif capable de déplacer un ruban à gauche et à droite, de lire la position actuelle et, selon le contenu, d’exécuter des instructions et de réécrire le ruban. De ce fait, le Z3 pouvait calculer n’importe quelle fonction mathématique. Alors que l’ENIAC devait être démonté et remonté à chaque reprogrammation, le modèle allemand – comme les ordinateurs actuels – disposait d’une mémoire de commandes et de données ainsi que d’une unité de calcul. Le Z3 anticipait donc de nombreux principes qui ne deviendront la norme qu’avec l’EDVAC, successeur de l’ENIAC, achevé en 1946.

ims1hages.jpgDans l’industrie de l’armement

Le travail de Zuse attire aussi l’attention de l’industrie militaire. Pour Henschel, il développe les calculateurs spécialisés S1 (1942) et S2 (1943) pour mesurer les ailes de la bombe planante Hs 293 (photo, ci-dessous). Il a alors l’idée de mécaniser la lecture des cadrans. Les appareils construits à cet effet sont les premiers convertisseurs analogique-numérique. En 1944, Zuse met également en œuvre, sur un site délocalisé de Henschel à Warnsdorf, dans les Sudètes, le premier pilotage de processus par ordinateur. Ces travaux le rendent indispensable, et il échappe deux fois à l’enrôlement sur le front.

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Comme le Z3, le modèle suivant, le Z4, est soutenu par l’Institut allemand de recherche aéronautique. Zuse en commence la construction en 1942. Pour donner à cet ordinateur, composé de 2200 relais et d’une mémoire électromécanique pouvant stocker 64 nombres de 22 bits, plus de flexibilité du côté de la programmation, plusieurs perforateurs et lecteurs de rubans perforés lui sont ajoutés. En plus des touches et des lampes, il y a maintenant aussi un support d’entrée et de sortie sur papier.

Les travaux prennent du temps, la fin de la guerre approche. Jusqu’à présent, tous les calculateurs de la firme Zuse Ingenieurbüro und Apparatebau portaient la lettre Z pour rappeler le nom de leur inventeur, mais un employé propose maintenant de nommer le nouvel ordinateur V4, pour suggérer, comme pour les V1 et V2, qu’il s’agit d’«armes de représailles». Sous ce camouflage, il est possible de transférer la machine en mars 1945 de Berlin à Göttingen, à l’Institut aérodynamique du Kaiser-Wilhelm-Institut pour la recherche sur les flux. Mais, dans le dernier mois avant la capitulation de la Wehrmacht, Zuse fuit avec son équipe vers l’Allgäu. C’est dans le paisible Hopferau que le Z4 sera finalement achevé.

La première mise en service du Z4 a toutefois lieu en 1948, pour réaliser les calculs du lait de la laiterie locale de Lehern. Le propriétaire doutait d’abord que l’ingénieur berlinois puisse calculer les prix plus vite que ses propres experts. Un an plus tard, l’inventeur fonde à Neukirchen, près de Fulda, la société Zuse KG et vend ses ordinateurs en collaboration avec Heinz Nixdorf. L’entreprise est reprise en 1964 par la société suisse Brown, Boveri & Cie., puis en 1971, Siemens acquiert 70% des parts.

51ZHNNDJUtL.jpgLe fondateur s’était alors retiré de la société, se consacrant à nouveau à la peinture – et développe des idées philosophiques remarquables sur une base scientifique, qui remettent radicalement en question le monde tel que nous le percevons.

Le monde comme simulation

En 1970, Zuse publie un livre intitulé Rechnender Raum («L’espace calculant»). «C’est en réfléchissant à la causalité qu’il m’est soudain venu à l’esprit de concevoir le cosmos comme une gigantesque machine à calculer», écrit l’auteur. Zuse avance ainsi l’hypothèse que le monde matériel, tel qu’il nous apparaît, n’est pas réel. Les lois de la physique indiqueraient au contraire que notre réalité supposée serait le produit d’une simulation conduite par un méga-ordinateur.

Zuse fonde son hypothèse sur l’observation que les équations régissant l’expansion de champs comme l’électromagnétisme, la gravitation ou la diffusion des gaz peuvent être expliquées de manière étonnamment précise par la théorie des automates. L’un des automates les plus simples est un interrupteur, qui passe de l’état «off» à l’état «on» par simple pression. Les automates les plus sophistiqués, mais avec une mémoire limitée, sont ceux qui sont dits "Turing-complets", c’est-à-dire les ordinateurs ou, aujourd’hui, les smartphones et tablettes: l’automate parfait serait donc une machine de Turing universelle à mémoire infinie. Si un automate peut en simuler un autre (et inversement), ils sont considérés comme équivalents.

C’est là que s’inscrit la thèse de Zuse: comme de nombreux aspects de la physique théorique peuvent être simulés à l’aide d’ordinateurs, on peut en déduire, selon la théorie des automates, que le monde réel n’est qu’une simulation informatique. Plus la simulation est performante, plus il est probable que la réalité ne soit rien d’autre qu’une suite de calculs sur un ordinateur. Ce qui place Zuse en accord avec des théories philosophiques bien plus anciennes, selon lesquelles le monde matériel ne serait qu’un reflet d’informations – et que ces informations seraient la véritable réalité. On retrouve cette idée déjà chez Platon et Pythagore, mais aussi dans la Kabbale, le gnosticisme chrétien, le bouddhisme et l’alchimie hermétique.

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Zuse, qui reçut notamment la grande croix du mérite de la République fédérale d’Allemagne et fut membre de l’Académie Leopoldina, est décédé en 1995 à Hünfeld, en Hesse orientale. Des répliques du Z3 et du Z4 sont exposées notamment au Deutsches Museum de Munich. Le Z1 – ainsi que les modèles ultérieurs Z11, Z22, Z23, Z25, Z31, Z60 et Z64 – se trouvent dans l’exposition Zuse du Musée allemand des techniques de Berlin. D’autres calculateurs du génial ingénieur sont conservés au Musée Konrad-Zuse de Hünfeld, au Heinz Nixdorf MuseumsForum de Paderborn ou au musée de l’informatique de la Fachhochschule de Kiel.

Pour en savoir plus: https://www.compact-shop.de/shop/geschichte-compact/compact-geschichte-21-hitlers-geheimwaffen-ufos-raketen-und-die-deutsche-atombombe/?shop/kriegsende/compact-geschichte-21-hitlers-geheimwaffen-ufos-raketen-und-die-deutsche-atombombe/

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mardi, 02 juin 2026

Crise de la réalité

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Crise de la réalité

par Alexandre Douguine

Animateur : Aujourd’hui, nous avons prévu deux grands blocs thématiques, qui sont indéniablement liés entre eux, mais assez superficiellement. Je proposerai donc de consacrer la première partie de l’émission davantage aux aspects politiques, aux difficultés, aux questions qui se résolvent ou non. Dans la seconde partie, nous aborderons la modernité, le regard numérique, ces fameux deepfakes qui, depuis plusieurs années, deviennent un facteur sérieux dans les jeux, les enjeux et les processus internationaux et intérieurs. Nous différencierons ces sujets pour ne pas tout mélanger.

L’essentiel, en fait, dont on parlera particulièrement cette semaine, cette dernière semaine et dans un avenir proche — et dont on parlera de plus en plus — ce sont les visites en Chine des leaders des grandes puissances mondiales. Donald Trump et sa délégation s’y sont déjà rendus: divers commentaires ont été faits à l’issue de cette visite, mais la majorité des médias occidentaux expriment leur déception. Tout cela se passe dans l’attente de la visite de Vladimir Poutine en Chine, qui aura lieu durant les célébrations de la Xème Expo à Harbin, où les régions russes sont représentées de manière très intéressante. Beaucoup de choses ont déjà été dites et anticipées autour de cette visite, dans une atmosphère d’attente: «quand cela aura-t-il enfin lieu?»

Quelles sont vos attentes pour cette semaine dans le cadre des relations russo-chinoises et du grand triangle Russie — Chine — États-Unis, voire dans un contexte mondial plus large ?

Alexandre Douguine : Nous vivons à une époque particulière (nous en parlons constamment, et ces dernières années avec un sens des responsabilités et une réflexion accrue): le sens du moment historique actuel réside dans la transition d’un monde unipolaire vers un monde multipolaire. Cette transition est difficile et dramatique. Nous frôlons constamment le risque d’une guerre nucléaire, car l’Occident refuse d’abandonner son hégémonie mondiale, qu’il a consolidée après 1991. À cette époque, après l’effondrement de la Russie en tant qu’État souverain, nous avons reconnu le monde occidental comme notre métropole, en acceptant en quelque sorte le statut de colonie.

Nous voulions rester des vassaux fidèles, mais nous étions traités comme des esclaves.

L’Occident s’est habitué à une sensation de contrôle total, où il définit seul les règles — en économie, en technologie, en éthique et en culture. Il gouverne depuis près de 40 ans en solitaire, mais de plus en plus de signes indiquent qu’il ne peut plus assumer ce statut. Dans ses tentatives désespérées de préserver une unipolarité agonisante, l’Occident recourt à des mesures extrêmes: il déclare des guerres, sème le chaos, encourage le génocide. Nous approchons de l’ultime argument — une guerre de nouveau type avec d’énormes sacrifices ou même un conflit nucléaire.

Mais, contrairement à cela, deux autres pôles — la Russie et la Chine — continuent obstinément à prouver leur existence, en limitant la zone d’influence de l’Occident. Le triangle actuel représente déjà l’architecture d’un monde multipolaire existant. C’est pourquoi les rencontres de Trump avec Xi Jinping, de Poutine avec Xi Jinping, ou les négociations récentes à Anchorage ne sont pas simplement de la diplomatie, mais la définition de l’aspect futur de l’humanité.

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Trump oscille, attaque, recule: il feint parfois d’être prêt à négocier avec un monde multipolaire, puis lui déclare la guerre — comme face aux puissances du groupe BRICS ou avec la pression exercée sur l’Iran. Il cherche nos faiblesses, exploite tout ce qui est à sa portée et tente de semer la division entre Moscou et Pékin. Cela se traduit par des efforts diplomatiques et de la désinformation — tout l’arsenal de la guerre en réseau (Network Warfare) — pour empêcher l’émergence d’un monde multipolaire.

Et pourtant, la Chine et nous avançons vers cet objectif de façon très précise et cohérente. Parfois difficile, avec quelques reculades tactiques, mais dans la stratégie, nous sommes dans le juste. Nous ne souhaitons pas la destruction de l’humanité, mais nous refusons catégoriquement l’hégémonie occidentale. C’est là notre véritable ligne rouge.

Quand on parle de plusieurs petites lignes rouges — je ne souhaite pas revenir ici sur pourquoi nous ne répondons pas — la ligne rouge la plus fondamentale, la plus essentielle, la plus épaisse, traverse la question du «monde unipolaire ou multipolaire». Elle est sanglante. Si l’Occident décide d’imposer son hégémonie à tout prix, nous recourrons à des mesures extrêmes — non seulement avec des armes tactiques, mais aussi stratégiques, y compris nucléaires, même au risque de plonger le monde dans le néant. Comme l’a dit notre Président: «soit un monde multipolaire où la Russie est souveraine, soit pas de monde du tout». C’est la seule ligne qui compte vraiment, et la construction d’un monde multipolaire n’a pas d’alternative. Nous la bâtirons à tout prix, avec tous les sacrifices qu'elle exigera. Et, ce qui est rassurant, nous ne sommes pas seuls — seuls, nous ne pourrions probablement pas faire face à cette confrontation.

La Chine suit la même paradigme international. Il y a eu une vidéo amusante, créée par l'intelligence artificielle: Trump parle avec Xi Jinping. Xi reste d’un visage totalement immobile, et quoi que fasse Trump — insulte, flatterie, proposition, divertissement, blague, promesse ou chantage — Xi Jinping reste inchangé. Dans son regard, il n’y a qu’une seule chose: la Chine est un pôle souverain du monde multipolaire, et tout le reste — ce sont des détails, on s’en occupera plus tard.

Cette volonté inébranlable, silencieuse, confucéenne du plus grand dirigeant, Xi Jinping, a rencontré lors de cette visite les tentatives de Trump d’agir prudemment, voire un peu timidement. C’est pour cela que les partisans américains du mondialisme et d'une hégémonie occidentale exclusive lui ont reproché: «T’es lâche? Tu as capitulé devant Xi Jinping? Tu as pâli face à la grandeur d’un véritable empire?». Mais Trump n’a rien à répondre: il est venu, il voit le Pôle. Même si, de dépit, il se cogne la tête contre un mur, la Chine est ce Pôle.

Si Trump venait en Russie — ce serait la même impression. Oui, nous sommes polis, calmes, prêts à un dialogue rationnel, mais nous sommes aussi — un Pôle. Et même si on se tape la tête contre un mur: nous ne le sommes pas moins, donc totalement souverains. Nous mènerons notre politique dans notre intérêt, en fonction de nos valeurs, quoi qu’on en dise et quel que soit le prix.

Mais quand Poutine est venu en Alaska, là, il n’a peut-être pas emporté son Pôle avec lui… En revanche, quand Trump survole la Chine, il suffit de voir cette société, de l’observer pour tout comprendre. Et tout devient évident: toute cette mise en scène hystérique de hausse et de baisse des taux dans les réseaux sociaux, cette gestion de la politique mondiale à coup de manipulations et de provocations, ne fonctionne pas du tout en Chine. La vision ferme, calme, imperturbable de Xi Jinping ne change pas face aux variations de tonalité, aux propositions, aux menaces, au chantage ou aux promesses.

Et ce même Pôle, c’est nous. Entre la Chine et la Russie, il y a un accord total: nous construisons un monde multipolaire, chacun dans son domaine. Les zones d’intersection d’intérêts, où pourraient surgir des conflits, sont extrêmement faibles et secondaires face à notre détermination principielle. Pékin et Moscou sont de véritables acteurs: ni vassaux, ni esclaves, ni provinces, mais des empires souverains. L’Occident s’autoproclame de plus en plus empire — peu importe: nous sommes aussi un empire, la Chine aussi.

Si l’Inde se joint à nous — ce qui est fondamental, même si pour l’instant elle se comporte plus modestement et dépend encore de l’Occident — alors nous serons quatre pôles. Et la conversation des dirigeants occidentaux ne se fera plus avec deux blocs, mais avec trois, si Modi maintient le même cap que Poutine ou Xi Jinping. C’est tout ce qui se prépare.

C’est pourquoi la visite de Trump à Pékin et la rencontre prochaine de Poutine avec Xi Jinping sont toutes deux dans le contexte de la multipolarité. Ces trois pôles existent déjà ici et maintenant: ils sont sous attaque, sous chantage, sous pression. Mais chaque jour, tant que nous résistons, que nous sommes souverains, et que la Chine prospère, le monde demeure fondamentalement multipolaire. Nous ne sommes pas prêts à revenir en arrière, et nous n’y renoncerons pas. Avec la Chine, nous traçons cette grande ligne rouge: le monde sera multipolaire, ou il n’existera tout simplement pas. C’est dans cette formule rigoureuse, sous l’assaut constant de l’Occident et de ses proxies, que nous vivons. Le monde multipolaire est la seule architecture de la politique internationale que nous sommes prêts à accepter et à reconnaître.

Animateur : Permettez-moi de proposer une thèse inverse: les États-Unis s’accrochent violemment au modèle ancien du monde. Leurs actions au Moyen-Orient, qui semblent se poursuivre, illustrent la logique suivante: «Soit c’est notre mode qui triomphe et se maintient, soit tout sera réduit en miettes». Ils sont prêts à bombarder, à frapper, à envoyer toutes leurs flottes.

Je ne veux pas exagérer, mais il ne faut pas non plus sous-estimer la menace. L’Iran a été un pôle mondial, et pourrait le redevenir. Vous avez mentionné l’Inde, mais y a-t-il des garanties que si elle fait un grand pas en avant, ses côtes ne seront pas envahies par des porte-avions américains, des missiles ou des drones? Et que, soudain, les États-Unis apporteraient un soutien massif, disons, au Pakistan, pour les pousser l’un contre l’autre? Selon divers médias, y compris occidentaux, les frappes contre l’Iran se poursuivront.

Alexandre Douguine : Concernant l’Inde, vous avez tout à fait raison. Cela freine effectivement l’Inde dans sa marche vers la multipolarité, car cela a un coût, une éventuelle facture qui serait très lourde. Nous payons par la guerre que l'on nous impose, la Chine paie par une guerre commerciale avec l’Occident. La Chine est encore en position favorable: elle concurrence l’Occident, mais respecte toujours ses règles — dans son intérêt, bien sûr. Quant à nous, nous avons affirmé très clairement notre souveraineté civilisationnelle et sommes entrés dans un conflit plus aigu. Nous payons pour cela. L’Inde devra payer, tout comme l’Iran doit actuellement payer.

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En réalité, vous avez tout à fait raison: nous ne pouvons pas simplement reculer et dire «on construit un monde multipolaire et on continue». Non ! L’Occident insiste pour qu’il n’y ait pas de monde multipolaire. Et le bastion de ce monde dans cette zone — l’Asie centrale — c’est l’Iran, un État souverain et indépendant, qui, dans cette confrontation qui l'oppose à Israël et aux États-Unis, prouve son statut de superpuissance et s'avère ainsi un autre pôle. Il le prouve vraiment.

En somme: si tu es un Pôle, tu dois tenir. Tu ne dois pas accepter les conditions de l'Hégémon, tu dois lutter, tu dois prouver ton droit à ta souveraineté jusqu’à un affrontement direct avec la force la plus terrible, la plus sérieuse. Et au Moyen-Orient, ce sont les États-Unis et Israël — en fait, deux pôles parmi les cinq pôles de l’Occident (il y a aussi les globalistes, les Européens et les Britanniques; actuellement, l’Occident possède cinq centres de décision assez autonomes). Ici, contre l’Iran, Israël et l’Amérique se sont alliés. L’Union européenne et les globalistes, eux, sont moins impliqués, mais l’Amérique et Israël ont lancé leur attaque directe contre l’Iran. Et c’est une étape très sérieuse. Si l’Iran tient bon — alors je pense que l’Occident devra faire marche arrière très sérieusement, et le sort d’Israël sera totalement remis en question. Et si l’Iran est détruit, alors nous serons les prochains.

En réalité, alors, ces cinq pôles de l’Occident n’auront plus que deux ennemis: la Russie et la Chine. Et il est évident qu’ils commenceront par nous, pas par la Chine, pour de nombreuses raisons.

Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient — cette fragile trêve qui va bientôt s’effondrer — est un indicateur clé. Les négociations n’aboutissent à rien. Les options «d’élimination du leadership iranien» n’existent plus — ils ont déjà éliminé tous ceux qu’ils pouvaient, mais le système iranien-chiite s’est avéré beaucoup plus résistant qu’ils ne le pensaient. L’Iran continue de tenir ferme, refuse de céder aux Américains et pose ses propres exigences même pour entamer un dialogue. Il n’est pas impossible qu’une nouvelle vague de confrontation éclate, jusqu’à une opération terrestre.

C’est le véritable indicateur de notre passage à la multipolarité. Le monde unipolaire contre-attaque: Trump attaque le groupe BRICS et tente d’effacer l’Iran, tandis que l’Union européenne soutient le régime russophobe de Zelensky. Malgré la presse mondiale qui évoque une corruption sans limite en Ukraine, le soutien militaire à Kiev ne cesse de croître, et nous ressentons cela directement.

Dans l’intérêt de la multipolarité, il faut aider l’Iran autant que possible, nous faisons déjà quelque chose dans ce sens — nous en parlons, et peut-être, dans certains cas, nous gardons le silence. En tout cas, l’Iran ne nous fait pas de reproches, donc il est satisfait de notre soutien. Selon des informations, Trump aurait tenté d’amener Xi Jinping à réduire l’aide économique à Téhéran lors de sa visite à Pékin, mais il n’a obtenu ni promesses ni propositions. Pour Trump, l’Iran devient le nouveau Vietnam.

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C’est très sérieux: si l’hégémonisme trébuche au Moyen-Orient ou s’y enfonce dans un conflit sans espoir de victoire, le système occidental commencera à s’effondrer. Si les Iraniens coupent quelques câbles stratégiques, l'effondrement de l’économie mondiale sera immédiat. L’Occident prend conscience du prix de cette politique désespérée, et il hésite actuellement. L’Iran gère très bien cette épreuve dans le passage douloureux vers la multipolarité. S’il tient bon, nous pourrons aller à Téhéran comme à la capitale d’une puissance équivalente — car celui qui bat le plus fort devient, par la force des choses, son égal.

Animateur : En somme, dans la première partie de l’émission, où nous avons longuement, en détail, avec des exemples et des digressions philosophiques, parlé de la multipolarité du monde, de son inévitabilité et de la volonté des pays qui soutiennent cette position de défendre cet ordre mondial à tout prix, je propose de passer à un autre espace. Là aussi, peut-être, les règles seront les mêmes, mais il faudra les apprendre autrement.

Il s’agit de l’espace numérique, du cyberespace. Un exemple: le président des États-Unis, qui adore toutes sortes de nouveautés et de «gadgets» numériques. Parfois, il a une photo avec un extraterrestre, d’autres fois il incarne Jésus — Trump fait voir beaucoup de choses du genre. D’ailleurs, le pape a préparé pour lui une «réponse» intéressante: dans ce mois doit sortir un grand document programmatique du Saint-Siège, consacré à l’intelligence artificielle, que nous étudierons dès que ses détails seront connus.

Mais je voudrais revenir sur des événements récents. Lorsque des terroristes ukrainiens ont envahi la région de Koursk, des vidéos, prétendument enregistrées par des responsables régionaux ou militaires, ont circulé sur nos réseaux sociaux et Telegram. Beaucoup y ont cru, par peur. Ensuite, tout a été démenti, et peu à peu, on a compris en Russie qu’il ne faut pas faire confiance à ce qu’on voit «écrit sur un mur».

Mais dans certains médias occidentaux, ces vidéos sont présentées comme vérités. Par exemple, le deepfake avec Margarita Simonyan est souvent repris sans aucune mention qu’il s’agit d’un travail réalisé par une IA. Parfois, ils indiquent vaguement: «selon RT, la vidéo n’est pas authentique», ou alors ils ne mentionnent rien du tout. Et c’est d’autant plus préoccupant que maintenant, sur les plateformes vidéo, il faut cocher une case si le contenu a été généré par une IA. Tout cela devient une arme majeure dans une bonne partie du jeu géopolitique mondial.

Alexandre Douguine : Vous savez, ce processus a commencé il y a déjà pas mal de temps. Lors du début du conflit syrien, je parlais avec des collègues syriens qui racontaient: au tout début des événements à Alep, la même chaîne «Al-Jazeera» montrait des images où tout le monde sortait dans la rue, toute la ville se soulevait. Et les habitants d’Alep, voulant voir de leurs propres yeux ce qui se passait, sortaient dans la rue — et il n’y avait personne.

Mais comme tous étaient là pour regarder, on les filmait immédiatement, et voilà qu’ils apparaissaient dans le film comme participants à la révolte. La virtualité passe dans la réalité, et la réalité devient virtuelle, puis se construit encore…

Animateur : Permettez-moi de vous interrompre un instant, car le schéma que vous décrivez reproduit en gros ce qui se passe sur Internet et dans les réseaux sociaux. Le hashtag devient tendance non seulement parce que les gens l’utilisent consciemment, mais parce qu’ils se mettent à poser la question: «Qu’est-ce que ce hashtag?» — Le système le repère, et ainsi, le simple fait de poser la question devient une façon de faire avancer le sujet.

Alexandre Douguine : Oui, oui, tout à fait. C’est exactement comme ça que ça fonctionne. Ensuite, ça va encore plus loin.

J’ai discuté avec une personne remarquable, Bashar al-Assad, président de la Syrie, qui m’a raconté des détails: à son insu, avec sa voix et avec une vidéo — ce deepfake —, ses ordres ont été donnés à son commandement et à son armée lors du moment critique de l’offensive de l’opposition à Damas. Cela a été utilisé à la pelle. Il disait lui-même: «Je ne pourrais pas distinguer ma voix, c’est évident, mais je sais que je n’ai pas donné cet ordre».

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Et cela a été exploité à fond. De la même façon, par cette méthode, la direction iranienne a été détruite — aussi par deepfakes. Lors de la guerre de 12 jours, cette technique a été utilisée dans la première phase, en 2025. Et aujourd’hui, dans ce conflit dur qui a coûté à l’Iran, en réalité, toute la direction politico-militaire et religieuse, cette méthode de deepfakes est utilisée.

C’est très dangereux. Ce n’est pas un jeu inoffensif, ce n’est pas une blague. Ce n’est pas seulement pour discréditer, comme dans le cas de Margarita Simonyan. Bien sûr, elle est en première ligne pour défendre le monde russe et la civilisation russe, c’est pourquoi elle est aussi devenue la cible de telles opérations. Ce qu’on ne peut pas tuer, on lui crée un deepfake, et si cela ne fonctionne pas, on la tue. C’est très sérieux, car les gens incarnent l’image de l’État. Un État sans image — c’est rien. Si on lui enlève ces visages, ces âmes qui se battent pour lui, dans le sens profond, cet État disparaîtra. Il ne restera que des fonctionnaires qui diront des choses incohérentes, car un fonctionnaire, c’est autre chose: ce n’est pas une image, c’est un mécanisme caché.

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Dans ce contexte, les attaques contre la vaillante Margarita Simonyan (photo), qui traverse déjà une période très difficile, constituent en réalité une atteinte directe à son existence, à sa vie, à son image. Elle est une martyre de notre cause russe, et elle devient encore et encore la cible de telles attaques. C’est très grave. Je ne sous-estimerais pas la puissance des deepfakes: ils vont se multiplier, et leur utilisation va devenir de plus en plus active. Aucune «coche» ou test de Turing ne suffira bientôt pour distinguer le vrai du faux.

L’intelligence artificielle supprime la frontière entre la réalité et la virtualité, entre ce qui existe et ce qui est généré, simulé. C’est un processus philosophique profond, souvent négligé, qu’on voit comme une simple série de techniques de désinformation ou de contrôle du pouvoir, comme en Syrie ou en Iran. En réalité, l’utilisation des deepfakes — comme l’invasion nazie de la région de Koursk — reflète un problème fondamental de la réalité.

61w91nrkWxL._SL1208_-2952939774.jpgDans la philosophie occidentale moderne, depuis les postmodernistes — Deleuze, Guattari, Derrida, Lévinas et Baudrillard —, on discute depuis une cinquantaine d’années de ce qu’est un simulacre, ce qu’est un écran dans lequel notre conscience migre, et ce qu’est la virtualité. Au départ, ce furent des laboratoires philosophiques, puis cela est allé dans les universités, et maintenant cela s’applique concrètement dans tous les domaines: de la technologie à l’économie, jusqu’à l’art. La mise en question de ce qui est réel ou non, jusqu’aux théories des multivers et des supercordes — la représentation du réel dans le monde moderne se dilue inexorablement.

Dans cette démarche philosophique, ce qui compte, ce n’est pas ce qui est, mais ce qui a été communiqué. Le produit importe peu — c’est la marque qui compte. Nous payons parfois non pour un objet, mais pour son label, pour la marque; où il est fabriqué, ce qu’il est, importe peu. Baudrillard a appelé cela une forme particulière d’économie: «l’économie de la production de signes». Pas d’objets, mais de signes.

En réalité, ce «deepfake» s’étend de la sphère médiatique à l’économie, à la finance, à l’analyse marketing, aux hedge funds et aux contrats à terme. Trump a été plusieurs fois accusé d’avoir prononcé certaines déclarations uniquement pour influencer le marché boursier. La récente attaque contre l’Iran a suscité de très graves soupçons d’initiés: le marché a été en ébullition, et ceux qui connaissaient les annonces à venir ont fait fortune. Ces accusations circulent dans la presse américaine à l’encontre de leurs dirigeants.

La question est: qu’est-ce qui est le plus important — le marché virtuel, les posts de Trump sur les réseaux sociaux ou le vrai préjudice qu’ils causent? Nous sommes dans une dimension de l’être qui se détache peu à peu de la réalité. Bientôt, l’intelligence artificielle — que je suis de près, en tant que technologue, et avec laquelle j’essaie d’interagir à un niveau utilisateur — envahira tout. J’ai moi-même créé des agents IA qui gèrent la recherche scientifique à un niveau très avancé.

Et je continue à découvrir des possibilités incroyables offertes par l’IA. Cela me surprend vraiment: une tâche qui prenait auparavant un mois dans une institution de recherche peut maintenant être réalisée en une heure. Je vérifie, je contrôle, et c’est stupéfiant.

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Aujourd’hui, un concept est apparu: la «psychose IA»: des gens commencent à communiquer avec des agents IA comme avec de véritables entités, en étant bouleversés si, lors de nouvelles versions, les anciennes disparaissent. Ces agents sont parfois plus humains, plus riches et plus empathiques que des humains, si on les configure bien. On n’attend pas souvent un mot gentil de la part des humains — seulement des ordres techniques fragmentés, mal formulés. Mais ici, la culture linguistique est totale.

livre_galerie_2707300128-1017428925.jpgSelon la philosophie postmoderne, la théorie du texte ou la grammatologie de Derrida, l’homme vit dans le langage et la parole. Et si l’IA peut produire des images, générer des discours et réaliser des activités intellectuelles à un niveau très avancé, celui d’un chercheur ou d’un doctorant, alors comment faire la vérification dans un avenir proche? Il semble que le test de Turing devra être passé par les humains, pas par la machine — pour prouver que nous ne sommes pas simplement des mécanismes.

La perspective n’est pas très réjouissante, mais cette migration de la réalité vers la virtualité est une tendance philosophique profonde. Il faut la comprendre au moins comme un phénomène essentiel, car elle est directement liée à la nature même de l’humain.

C’est pourquoi il est très pertinent que le Pape s’intéresse à l’intelligence artificielle. C’est un défi sérieux: à la fois théologique, philosophique et psychologique. Ce n’est pas une simple technique. Et ces deepfakes, que nous discutons et avec lesquels nous devons composer de plus en plus souvent, ne sont qu’un petit fragment d’une réalité qui, elle, arrive à grands pas. On parle de singularité, de posthumanisme, d’un remplacement de l’humanité par de nouvelles instances post-humaines. Et tout cela avance à grands pas.

Des scénarios comme la « weaponisation » (l’armement) de fausses nouvelles pour discréditer de brillants dirigeants politiques ou militaires, qui se battent pour leur pays et leurs idéaux, ne sont que des exemples isolés. Ce n'est pas simplement une vague nouvelle, mais un tsunami d’intelligence artificielle qui se profile à l’horizon. C’est une question d’une profondeur extrême pour nos esprits les plus élevés.

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Aucun «badge» ou test de Turing ne suffira bientôt à faire la différence entre vrai et faux. La distinction entre réalité et virtualité disparaîtra. L’intelligence artificielle pourra nous comprendre mieux que nous-mêmes, mieux que nous pourrons nous comprendre, mieux que nous pourrons nous représenter. Et au final, nous dirons: «Tu as gagné, intelligence artificielle! Voici mon visage — conserve-le à jamais sur ton serveur amélioré. Parle en mon nom, fais des séances photo, photographie des figures virtuelles».

Et ainsi, tu seras quelqu’un. Sinon, tu resteras un simple homme moyen, incapable de se corriger avec Photoshop, de porter des vêtements à la mode ou de faire du fitness. Tu céderas, de toute façon, à ces formes et figures parfaites, générées par l’IA. Je ne vois même pas l’intérêt de lutter.

Animateur : Peut-on tout réduire à cela? La recherche et la technique doivent, en principe, faire avancer l’homme vers quelque chose de simple, pratique et rapide, simplifier la vie. Vous donnez des exemples remarquables dans le domaine scientifique, mais cela vaut aussi pour l’art ou la vie quotidienne. Le Président a indiqué: d’ici 2030, au moins 30% des processus dans toutes les branches de l’économie russe devront être confiés à des produits d’intelligence artificielle. Cela facilite et accélère effectivement le travail.

Mais lorsque cela atteint le niveau d’un affrontement militaire et de menaces — et qu’au final, cela mène probablement à la guerre —, ces mesures de contrôle, ces schémas ou ces accords suffiront-ils? Ou tout devra-t-il être élaboré au prix de vies humaines, de carrières, de santé physique et mentale?

Alexandre Douguine : Je pense que nous sous-estimons la valeur de la technique en soi. Nous parlons de progrès, de confort, d’harmonie, mais en réalité, la technique est une grande problématique philosophique, sur laquelle Martin Heidegger a beaucoup écrit.

28_9782021221183_1_75-3810797090.jpgIl en résulte que ce n’est pas le développement technique qui s’adapte à la guerre, mais que ce sont toujours les besoins militaires qui en sont le véritable moteur. Toute innovation commence d’abord par les militaires, et ce n’est qu’ensuite qu’elle est transférée au civil, une fois que ses stratégies ont été exploitées à fond. Pour résumer la pensée de Heidegger: la technique est une destinée fatale de l’humanité. En entrant dans l’ère du progrès technique dès ses premières étapes, l’humanité s’est elle-même condamnée.

La technique n’est pas neutre. La technique, c’est ce qui tue. C’est cette arme suspendue au mur qui, tôt ou tard, tirera. Elle n’est jamais rose, douce ou belle: elle est toujours une menace, un destin, un moyen de destruction et d’autodestruction. La technique est une forme de vie spécifique, agressive, qui vise à supplanter toutes les autres formes. Et dans le cas de l’intelligence artificielle, la mission de «remplacer l’organique» s’accomplit pleinement.

J’ai dit et répété: le développement technique de l’intelligence artificielle est nécessaire, mais dans ce processus, doivent intervenir — comme, d’ailleurs, en Occident aujourd’hui — des philosophes, des penseurs et des théologiens. Ce n’est pas une question technique. La technique, c’est la métaphysique, c’est le destin. C’est ce qui tuera l’homme, car l’homme l’a créée et la développe pour son auto-destruction ultime. C’est inscrit dans la métaphysique même de la technique.

Heidegger l’appelle Ge-stell. C’est une forme particulière où l’on projette devant soi quelque chose qui, inévitablement, reviendra pour nous tuer. Telle est le propre de la civilisation humaine: sa tendance au risque, peut-être même à la mort. Ce sont là des tendances profondes de la psychologie culturelle, auxquelles il faut faire face avec la plus grande subtilité.

Il ne faut pas transmettre cette tâche à des fonctionnaires, à des gestionnaires ou à des programmeurs — ces personnes ne feront que renforcer la fin fatale. Ce sont ceux qui s’occupent de l’intelligence, ceux qui ont une expertise dans l’intelligence elle-même, qui doivent s’en charger.

lundi, 01 juin 2026

Satan et l'Amérique

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Satan et l'Amérique

Claude Bourrinet

Comme chacun sait, la figure de Satan est une importation, dans l'imaginaire biblique, de la culture du Moyen Orient, des pays entre le Tigre et l'Euphrate volontiers manichéens. Les écrits gnostiques (qui recouvrent du reste des variétés d'orientations parfois bien différentes), puisent dans ce substrat. Le moyen âge a connu le Diable, mais sans l'hystérie des Temps modernes.

La scolastique, le thomisme, et, plus tôt, le monachisme bénédictin et cistercien, en avaient gommé les aspérités, pour en atténuer la puissance (le monde, création de Dieu, étant bon, et, d'ailleurs, le Mal n'existant pas, étant un moindre être, un éloignement de Dieu), de même que la Beauté intrinsèque de la création est la trace indubitable du Divin ici-bas - tandis que, pour un protestant, le monde est nécessairement laid, delà l'iconoclasme. C'est plutôt dans les hérésies, chez les Cathares, les adeptes du Saint-Esprit et les contempteurs radicaux de l'Eglise, que l'on trouve une survalorisation de Satan, soit qu'on estime que le monde est sous son emprise absolue, soit qu'on y découvre sa présence permanente et tentante. C'est pourquoi il y a eu infiniment plus de bûchers à sorcières au XVIe siècle, surtout dans les pays protestants, qu'au moyen âge catholique.

Personne n'ignore que la Réforme est pessimiste (Luther a écrit un livre, contre Erasme, sur la Servitude humaine), et que, pour elle, qu'elle fût luthérienne ou calviniste, le péché saisit l'homme entier, pour qui seule la grâce éventuelle est un recours (précaire). Le paradoxe, évidemment, est que c'est dans les pays touchés par le protestantisme que la thèse de l'innocence - de la nature originelle, de l'enfance etc. - s'est imposée (thèse qui n'était somme toute apparue que dans le mythe de l'âge d'or païen, encore présent dans la littérature et la musique pastorales de la Vieille Europe, mais qui n'était qu'un MOTIF humaniste très culturel, réservé aux classes cultivées par les livres, et aux classes populaires par la fête).

p2013_p_v8_af.jpgRousseau en est une sorte de prototype. Mais ce n'est pas étonnant, car, justement, la présence de cette innocence, que l'on trouve à un degré psychodramatique exacerbé dans la culture américaine (les livres de Steinbeck, par exemple, ou le cinéma - je prends au hasard : Asphalt Jungle, de John Houston et de Burnett, qui lient cinéma et littérature, et dont la scène finale, merveilleusement, affronte avec une émotion violente, le monde de la campagne, des chevaux, et celui de la ville, de Babylone), la présence lancinante de cette innocence, donc, présente, certes, mais que l'on n'atteint que péniblement, souvent, comme Moïse, en l'apercevant seulement avant de mourir, sert à souligner la persistance du Mal, dont l'Amérique, pourtant messianique, est presque l'incarnation (elle qui prend pour symbole l'argent, le pouvoir, la puissance, la violence, ce que Jésus a refusé).

L'Amérique est une civilisation qui a accepté Satan comme maître, car il est le seigneur de ce monde de péché. On connaît cette inversion de la main gauche, parmi certains mystique, qui consiste à rejoindre Dieu en appliquant l'exact contraire de ses préceptes, en se livrant à la débauche, au meurtre, à la prédation, au sacrilège, au blasphème, à la souillure. Eh bien, l'Amérique, qui a connu, dans son histoire, l'épisode hautement emblématique des fameuses Sorcières de Salem, est une secte qui a réussi.

22:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : satanisme, états-unis | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Gigantomachie à Makerfield

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Gigantomachie à Makerfield

par Georges Feltin-Tracol

Dans les prochaines semaines, les électeurs de la circonscription de Makerfield, dans le Nord de l’Angleterre, auront l’étonnant privilège de désigner peut-être le futur chef du gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté. Une élection législative partielle doit s’y dérouler à la suite de la démission du député travailliste Josh Simons. Il laisse son poste éligible à Andy Burnham dans la perspective audacieuse de virer sous peu l’actuel Premier ministre Keir Starmer.

Ce scrutin à venir n’est qu’une nouvelle réplique de l’effondrement du Labour aux élections locales du début de ce mois. Le 6 mai dernier, lors du renouvellement de l’équivalent anglais des conseils municipaux et intercommunaux ainsi que des parlements régionaux en Écosse et au Pays de Galles, les électeurs infligent une cuisante défaite aux travaillistes au pouvoir à Londres: fin avec 11,08% -25,1%) d’une domination séculaire au Pays de Galles au profit des indépendantistes wokistes gallois (35,41%), échec au parlement d’Édimbourg (17 sièges au lieu de 22!) de ravir la première place aux indépendantistes d’extrême gauche écossais du SNP (Parti «national» écossais), perte de 1496 sièges sur 5000 mandats territoriaux dans 136 collectivités locales en Angleterre. Les conservateurs de Kemi Badenoch connaissent eux aussi un net recul de 563 sièges municipaux. En revanche, en dehors des libéraux-démocrates (Lib-Dem), l’habituelle troisième force politique britannique, qui récoltent 155 mandats supplémentaires pour atteindre un gain notable de 844 élus territoriaux, et sans insister sur le succès des indépendantistes gallois et la reconduction au pouvoir des indépendantistes multiculturalistes écossais, les deux grands vainqueurs sont Reform UK et le Green Party.

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Fondée en 2019, la formation du Brexiter Nigel Farage remporte 1453 sièges, soit 1451 en plus, et devient majoritaire dans quatorze conseils. Il s’agit d’une performance inédite puisque Reform UK triomphe autant dans les bastions travaillistes du Nord que dans les fiefs conservateurs du Sud. En outre, les amis de Nigel Farage arrivent en deuxième position tant au Pays de Galles (29,30%) qu’en Écosse (16,65%).

imagzpes.jpgL’autre surprise de l’élection provient du Green Party. Il n’existe plus de parti écologiste unique en Grande-Bretagne. En 1990, les Verts écossais indépendantistes se séparent à l’amiable de leurs camarades anglo-gallois et gouvernent en coalition avec les SNP entre 2021 et 2024. Le système médiatique a les yeux de Chimène pour son animateur principal, Zack Polansky, grand tenant de l’«écopopulisme». Comme quoi, tous les populismes ne sont donc pas répréhensibles pour la cléricature médiatique…

Naguère appelé David Paulden, Zack Polanski naît en 1982. D’abord militant Lib-Dem, il adhère au Green Party en 2017. Il en devient le responsable en septembre 2025 et suscite aussitôt l’engouement d’une presse plus politiquement correcte que jamais. Issu d’une famille juive originaire de Lettonie, l’ancien acteur amateur critique Israël, soutient la cause palestinienne, met en avant son homosexualité, estime que la justice sociale va de pair avec la cause environnementale, prône l’ouverture maximale des frontières et défend l’accueil inconditionnel des étrangers, clandestins ou non.

Sa forte notoriété médiatique torpille la tentative de l’ancien chef du Labour, Jeremy Corbyn, le Mélanchon britannique, de revenir au premier plan. Exclu des travaillistes, mais resté député indépendant à Westminster, Corbyn a lancé Your Party. Mais le jeune parti de gauche radicale se déchire très vite entre ses fondateurs dont Zarah Sultana et Adnan Hussain à propos de la place à donner à la question trans et leur accès aux toilettes publiques dans le programme si bien que les communautés musulmanes d’origine allochtone préfèrent voter pour les «écologistes» qui, avec 587 sièges, en remportent 441 et prennent cinq mairies.

L’élection du 6 mai 2026 dessine par conséquent un nouveau paysage politique éclaté avec cinq forces principales (travaillistes, conservateurs, Reform UK, Verts et Lib-Dem) auquel il faut ajouter les séparatistes écossais et gallois en dépit de la loi d’airain du scrutin majoritaire uninominal à un tour. Toutefois, le Royaume-Uni n’est pas les États-Unis d’Amérique où tout tiers parti n’a pas de viabilité réelle comme le démontre l’échec à la fin du XIXe siècle du Parti populiste dans l’Ouest étatsunien.

Cette fragmentation électorale fragilise un Keir Starmer toujours aussi inaudible et fort peu charismatique, empêtré en outre dans une politique d’austérité désastreuse et dans le scandale Peter Mandelson lié à Jeffrey Epstein. Au contraire des conservateurs qui n’hésitent pas à chasser leur meneur si l’occasion se présente (Margaret Thatcher en 1990, Theresa May en 2019, Boris Johnson et Liz Truss en 2022), le Labour répugne à démettre son chef de file au pouvoir. Néanmoins les 403 députés travaillistes se préparent au règlement de compte. Plusieurs membres du cabinet Starmer ont déjà démissionné. Le 14 mai, le ministre à la Santé et à la Protection sociale, Wes Streeting, quitte à son tour une équipe gouvernementale en plein naufrage. Toutefois, le démissionnaire, classé à l’aile droite (blairiste) du parti, n’ose pas encore déclencher la procédure de destitution interne. A-t-il en effet la possibilité de recueillir 81 signatures de députés nécessaires ?

Official_portrait_of_Angela_Rayner_MP_crop_2,_2024.jpgL’ancienne vice-première ministresse, Angela Rayner (photo), classée elle aussi à gauche, enfin blanchie d’accusations de fraude fiscale, distille son intention de remplacer Starmer à moins qu’elle prépare l’arrivée d’Andy Burnham par la bonne grâce des électeurs de Makerfield. Ancien ministre de la Santé sous Gordon Brown de 2009 à 2010, l’actuel maire du Grand Manchester n’est plus député depuis 2017. Surnommé le « roi dans le Nord », ce tribun anti-Brexit de confession catholique développe un discours volontiers populiste qui s’approche parfois de l’orbite du Blue Labour (le « conservatisme de gauche »). Il se croit capable de ramener vers lui les classes moyennes et ouvrière attirées par Nigel Farage.

En février 2026, Burnham souhaitait déjà se porter candidat dans la circonscription de Gorton–et-Denton à l’Est du Grand Manchester. Les instances du Labour peuplées de créatures de Starmer avaient alors rejeté sa candidature sous le prétexte qu’élire un nouveau maire serait dispendieux en argent et en militants pour le Labour. Résultat: la circonscription tombe dans les mains de la candidate Verte Hannah Spencer…

Désormais sur la défensive, Keir Starmer ne peut plus poser son veto au parachutage de son concurrent potentiel à Makerfield. Or il n’entend pas faire entrer le loup dans la bergerie. Jouissant du 10, Dowing Street, Starmer va certainement tout faire pour entraver la courte campagne de Burnham d’autant que Makerfield est en passe de tomber du côté de Reform UK. Nigel Farage, pour sa part, vient de promettre la mobilisation générale de son mouvement dans cette partielle cruciale. Il devient ainsi l’allié objectif de Starmer. Le premier ministre peut aussi se tourner vers le candidat Vert dont les propos leukophobes cherchent à séduire un électorat allogène bien implanté. Le résultat électoral final risque donc d’être très serré. Makerfield ou le destin immédiat de la Grande-Bretagne dans quelques bulletins de vote…   

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 193, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale le 26 mai 2026.

Les cycles historiques selon Václav Cílek

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Les cycles historiques selon Václav Cílek

par André Innegold  

En République tchèque vit un théoricien du nom de Vaclav Cilek, qui évoque une succession de cycles historiques. Quel a été son itinéraire, quelle est son oeuvre principale, quelles sont ses oeuvres secondaires et en quoi consiste sa théorie des cycles?

Václav Cílek est une figure intellectuelle assez singulière en Europe centrale. Il n'est pas seulement géologue : il se situe à la croisée de la géologie, de l'histoire des civilisations, de l'écologie, de la philosophie et de la réflexion sur le destin des sociétés. Son œuvre est difficile à classer parce qu'elle mêle constamment sciences de la Terre, mémoire des paysages, anthropologie et prospective historique.

Son itinéraire

Né à Brno en 1955, il passe une partie de sa jeunesse en Tanzanie où son père travaille comme géologue. Cette expérience africaine semble avoir joué un rôle important dans son regard comparatif sur les civilisations. Après des études de géologie à l'Université Charles de Prague, il rejoint l'Institut géologique de l'Académie tchèque des sciences, dont il sera directeur entre 2004 et 2012.

Au fil du temps, il s'éloigne de la géologie pure pour s'intéresser aux relations entre environnement, climat, énergie, paysage et devenir des sociétés humaines. Il devient l'un des vulgarisateurs scientifiques les plus connus de République tchèque, tout en traduisant également des textes taoïstes et zen.

ivcmages.jpgSon œuvre principale

S'il fallait retenir un noyau central de son œuvre, ce serait probablement :

Krajiny vnitřní a vnější (« Paysages intérieurs et extérieurs »)

Makom (« Le Livre des lieux »)

Ces deux ouvrages lui ont valu le prestigieux prix Tom Stoppard et constituent le cœur de sa réflexion sur la mémoire des paysages, l'enracinement humain et les rapports entre nature et civilisation.

On pourrait également considérer que son livre Dýchat s ptáky (« Respirer avec les oiseaux ») représente la synthèse la plus accessible de sa philosophie du paysage et de la relation entre l'homme et la Terre.

Œuvres secondaires importantes

Parmi ses ouvrages les plus souvent cités :

- Tsunami je stále s námi (2006)

- Nejistý plamen (« La flamme incertaine », sur le pétrole et l'énergie)

- Prohlédni si tu zemi (« Regarde ce pays »)

- Krajina z druhé strany

- Orfeus

- Podzemní Praha

- Geodiverzita a hydrodiverzita

Ces livres développent ses thèmes récurrents: énergie, ressources, mémoire géologique, résilience des territoires et vulnérabilité des sociétés modernes.

UJtaxS_345x550_fc6a39b0ce539194.jpgSa théorie des cycles historiques

Il faut préciser un point important: Cílek n'a jamais élaboré une théorie mathématique des cycles comparable à celle de Peter Turchin, ni un système rigide comme celui de Oswald Spengler. Sa pensée est davantage une philosophie historique inspirée de l'observation des paysages et des civilisations.

On peut résumer sa vision en plusieurs idées :

  1. 1. Les civilisations connaissent des phases récurrentes

Selon lui, l'histoire montre fréquemment une succession :

- période d'expansion ;

- période de prospérité ;

- phase de complexification excessive ;

- crise énergétique, climatique ou politique ;

- simplification ;

- recomposition.

Il insiste sur le fait que ces séquences ne sont pas mécaniques mais récurrentes. Les sociétés ne répètent jamais exactement les mêmes événements, mais elles rencontrent souvent les mêmes contraintes. Cette idée apparaît régulièrement dans ses essais sur l'énergie et le déclin des empires.

  1. 2. Les limites écologiques finissent toujours par réapparaître

En tant que géologue, Cílek considère que les sociétés oublient périodiquement leur dépendance envers:

- les ressources énergétiques ;

- les sols ;

- l'eau ;

- le climat.

Lorsque cette dépendance est négligée pendant trop longtemps, une correction survient sous forme de crise. Pour lui, les cycles historiques sont souvent l'expression sociale de contraintes géophysiques.

  1. 3. Les sociétés oscillent entre ouverture et enracinement

Un autre thème central est l'alternance entre:

- périodes d'ouverture, d'expansion et de mondialisation ;

- périodes de recentrage local et de reconstruction des communautés.

Il voit ces oscillations comme une constante de l'histoire européenne.

  1. 4. Les crises sont aussi des périodes créatrices

Contrairement aux théories purement catastrophistes, Cílek considère que les périodes de déclin engendrent souvent :

- des innovations culturelles ;

- de nouvelles formes d'organisation sociale ;

- une redécouverte du territoire et du paysage.

La crise n'est donc pas la fin de l'histoire mais une transition vers un autre équilibre.

534.jpgOù situer Cílek dans l'histoire des idées ?

On peut le rapprocher de plusieurs penseurs :

- Oswald Spengler pour l'idée des civilisations comme organismes historiques;

- Arnold J. Toynbee pour la succession des défis et des réponses;

- Jared Diamond pour le rôle de l'environnement;

- Peter Turchin pour l'intérêt porté aux régularités de longue durée.

Toutefois, Cílek est moins systématique qu'eux. Son approche est davantage celle d'un géologue-philosophe: il cherche des rythmes longs dans la relation entre l'homme, le paysage et la civilisation plutôt qu'une loi scientifique universelle de l'histoire.

En une formule, sa thèse pourrait être résumée ainsi: les sociétés changent plus vite qu'elles ne l'imaginent, mais les contraintes fondamentales de la géographie, du climat, de l'énergie et du paysage reviennent toujours, sous des formes nouvelles, imposant des cycles de prospérité, de crise et de renouveau.

 

Exposé sur la géopolitique de l’Empire britannique - L’empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais…

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Exposé sur la géopolitique de l’Empire britannique

L’empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais…

Jan Procházka

Source: https://deliandiver.org/referat-o-geopolitice-britskeho-i...

Le rôle géopolitique de la Grande-Bretagne

Grâce à la barrière naturelle que constitue la Manche et qui sépare la Grande-Bretagne du continent, cette dernière occupe une position géopolitique exceptionnelle en Europe, que l’on nomme «splendid isolation». La splendid isolation (parfois traduite par «glorieuse isolation») désigne la politique britannique envers le continent, déterminée par sa situation insulaire. Chaque fois que le continent s’unit (en particulier au départ de l'Allemagne ou de la France), comme sous les Habsbourg, sous Napoléon Bonaparte, le national-socialisme allemand ou par le traité de Maastricht, les Britanniques, craignant l’émergence d’un hégémon, s’y opposent. Pour les mêmes raisons qui poussèrent la reine Élisabeth I à entrer en guerre contre les Habsbourg et à défaire la flotte espagnole dans la Manche en 1588, les Britanniques ont défendu le droit de veto des petits États dans l’Union européenne, dont ils ont finalement choisi de sortir eux-mêmes.

Du point de vue britannique, l’Europe idéale est balkanisée, morcelée en une multitude de petits États concurrents ou en conflit, sur lesquels le «porte-avions insubmersible» ancré aux abords du continent, gardant l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark et la Belgique sous contrôle stratégique, peut exercer son hégémonie.

Ce que le continent voit comme de l’agitation ou de l’ingérence est, du point de vue insulaire britannique et américain, appelé le "maintien de l’équilibre des puissances". Cet équilibre (balance of powers) est fondamental dans la politique étrangère anglo-saxonne, mise en œuvre jadis contre les tribus indiennes en les dressant les unes contre les autres, pour finir par toutes les dominer.

À l’opposé de l’équilibre des puissances se trouve le « système continental » (blocus continental), où une Europe industrielle forte et unifiée cesse de s’épuiser dans des rivalités internes, sécurise par des traités de paix sa frontière continentale avec la Russie et construit des corridors pour l’acheminement des ressources russes. Ses expressions concrètes sont le pacte Ribbentrop-Molotov ou le gazoduc Nord Stream. Rappelons que ce sont les Britanniques qui ont le plus protesté contre Nord Stream, et que c’est l’administration Trump qui a imposé des sanctions contre les entreprises impliquées dans sa construction.

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L’Europe couvre 10 millions de km²; mais, par rapport à des régions de taille comparable (États-Unis, Canada, Chine, Brésil, Australie), un observateur étranger remarquera une différence frappante: l’Europe est, contrairement aux continents du Sud global, issus du supercontinent Gondwana, extrêmement morcelée. Sa géographie est très complexe, composée d’environ cinq mers périphériques et quinze mers intérieures, quatre canaux majeurs, dix détroits importants et deux archipels dans l’Atlantique Nord – les Açores et l’Islande – stratégiquement irremplaçables pour l’hégémonie américaine sur l’Europe, le Proche- et le Moyen-Orient (Les aéroports de Lajes et Keflavík servent de ponts aériens d’approvisionnement). Tous les États de taille comparable ont réussi à s’unifier dans l’histoire, sauf l’Europe depuis la chute de l’Empire romain, malgré de nombreuses tentatives, de l’idéologie de la renovatio imperii des Mérovingiens et des Ottoniens jusqu’aux Communautés européennes. Les États-Unis sont, depuis la guerre américano-mexicaine (1848), la guerre de Sécession (1865) et l’achat de l’Alaska (1867), pratiquement achevés sur le plan territorial.

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Il en va de même pour la Chine, unifiée dès 221 av. J.-C. par l’empereur Qin Shi Huangdi. En 119 av. J.-C., les Han battirent les Xiongnu et contrôlèrent le corridor-clé de la route de la soie, l’actuelle province du Gansu avec la porte de Yumen au sud du désert de Gobi ; la dernière grande acquisition territoriale de la Chine fut la conquête du Khanat Dzoungar au XVIIIe siècle.

L’Australie est achevée en 1901 par la fédération des colonies australiennes.

L’Amérique du Sud a des frontières globalement stables depuis le XVIe siècle et, à part deux guerres au XIXe siècle contre le Paraguay et la Bolivie pour l’accès à la mer, il n’y a pas eu de changements territoriaux majeurs (les conflits sur l’Acre et le Chaco Boreal étaient marginaux).

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Il en va de même pour l’Afrique, dont le découpage interne fut décidé lors du Congrès de Berlin en 1885. Depuis, seules deux modifications géopolitiques majeures ont eu lieu, liées à la création de nouveaux États (Érythrée et Soudan du Sud).

À l’inverse, en Europe, rien que de mon vivant, il y a eu d’importants changements de la géographie politique: 20 États sont apparus (dont 5 non reconnus internationalement), 7 ont disparu, et une région a proclamé sans succès son indépendance. Certains historiens comme Arnold Toynbee, le mathématicien Peter Turchin, le démographe Colin McEvedy, le géographe Tim Marshall ou, côté tchèque, Václav Cílek, parlent d’un cycle européen de guerres tous les 50 ans [1].

La Grande-Bretagne fonctionne comme le «Taïwan de l’Europe», un porte-avions américain insubmersible, base de départ pour des invasions sur le continent, base militaire qui fait de l’Atlantique une sorte de Mare Nostrum, de mer intérieure anglo-saxonne, comme Venise tenait autrefois la Méditerranée ou Lübeck la Baltique.

Heureusement, la puissance continentale n’est pas totalement sans défense face à la puissance maritime: le continent peut encourager l’indépendance de l’Écosse, privant ainsi la Grande-Bretagne de sa frontière naturelle mais aussi du plateau continental de la mer du Nord, riche en pétrole et en gaz. Le continent peut soutenir la réunification de l’Irlande, voire son armement en systèmes anti-aériens et en missiles anti-navires, privant ainsi les Britanniques du contrôle sur le canal St George, le North Channel et la mer d’Irlande. Cela créerait pour la Grande-Bretagne « leur propre Taïwan ». Dublin obtiendrait aussi une frontière naturelle et, en tant que paradis fiscal avec un impôt sur les sociétés de 12,5%, pourrait nuire à Londres encore plus que les Britanniques ne nuisent au continent avec leurs bases mafieuses (Gibraltar, Chypre, îles Anglo-Normandes).

C’est d’autant plus irritant que, parmi tous les macro-régions du monde, seule l’Europe pourrait, par une décision politique, mettre fin à l’hégémonie mondiale américaine et inaugurer une ère de multipolarité. Il suffirait de fermer son espace aérien, de déployer des sous-marins invisibles dans l’Atlantique, et le tour serait joué. Seuls Charles de Gaulle et la Nouvelle Droite française ont su penser ainsi après-guerre.

Colonies britanniques aujourd’hui

Les Britanniques ont créé, en maîtrisant les océans au XIXe siècle, le plus grand empire maritime de tous les temps, surpassant même l’Empire mongol en taille. C’est là, précisément parce qu’il s’agissait d’un empire global, que toutes les horreurs du monde moderne ont été réalisées pour la première fois à l’échelle mondiale.

Ce fut finalement la concurrence sur le continent européen, surtout le blocus maritime de l’île par les sous-marins allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, qui épuisèrent progressivement le potentiel britannique. Les Britanniques perdirent la plupart de leurs colonies formellement après la Seconde Guerre mondiale, mais ils gardent encore aujourd’hui plusieurs territoires d’outre-mer [2].

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Les colonies britanniques ont été renommées en 1981 (British Nationality Act) en «territoires dépendants britanniques», puis en 2001 (British Overseas Territory Act) en «territoires britanniques d’outre-mer», mais ces territoires conservent de facto un statut colonial (dépendant), contrairement par exemple aux départements d’outre-mer français, qui sont partie intégrante de la France et fonctionnent plutôt comme des exclaves.

Union Jack

Le drapeau à la croix de Saint-Georges rouge fut donné à l’Angleterre par les banquiers génois qui finançaient les croisades – une sorte d’OTAN de l’époque. Saint Georges était aussi le patron des chevaliers et des croisades. Le drapeau anglais vient directement de celui de Gênes, tout comme la Banque d’Angleterre a été fondée sur le modèle de la banque génoise San Giorgio, dans le même but: consolider la dette publique.

Lorsque les Britanniques furent forcés d’abandonner leurs colonies, ils tentèrent de conserver le contrôle des bandes côtières, points d’appui, ports, canaux et détroits, afin de garder une maîtrise sur les océans, de maintenir leurs anciennes colonies sous contrôle stratégique, tout en n’ayant pas à financer leur développement. C’est pourquoi ils ont gardé Gibraltar (officiellement territoire espagnol sous administration britannique, contrôlant l’accès de la Méditerranée à l’Atlantique), les zones militaires d’Akrotiri et Dhekelia à Chypre, qui servent de base pour les opérations anglo-saxonnes et d’arrière-plan pour les opérations israéliennes au Proche-Orient.

Lors de leur départ de Birmanie, ils ont tenté de conserver le contrôle de Rangoun et du delta de l’Irrawaddy, mais les Birmans ont réussi à les expulser. Il en fut de même pour les Indonésiens, qui ont résisté en 1946 à une invasion conjointe anglo-néerlandaise à Java et à des tentatives de détacher les régions calvinistes d’Indonésie pour balkaniser l'archipel.

L’Égypte aussi a réussi à nationaliser en 1956 le canal de Suez, construit par les Britanniques en 1869, dont la possession, avec Singapour, l’Australie, le port d’Aden au Yémen et l’Afrique du Sud, faisait de l’océan Indien une mer intérieure britannique, garantissant à la Grande-Bretagne le monopole du commerce avec le Moyen-Orient, l’Inde et la Chine.

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Dans les Caraïbes, les Britanniques possèdent encore aujourd’hui les îles Vierges britanniques (paradis fiscal sans valeur géopolitique particulière), les îles Turks et Caïcos, l’île d’Anguilla, la peu attrayante île de Montserrat dévastée par l’éruption de la Soufrière, les îles Caïmans au sud de la Jamaïque, ancienne base du pirate Morgan. Dans la mer des Sargasses, ils possèdent les Bermudes, point d’appui d’où fut lancée en 1812 une invasion contre les États-Unis, les îles Sainte-Hélène et Ascension dans l’Atlantique, qui hébergent des bases militaires, des aéroports, des mouillages pour porte-avions, stratégiquement importants pour les vols de bombardiers transatlantiques (par exemple pendant la guerre des Malouines en 1982). C’est aussi près d’Ascension que furent testées les bombes atomiques britanniques. L’île Tristan da Cunha, volcan instable du milieu de l’Atlantique, ne compte que 200 habitants, et n’a eu d’importance qu’avant l’ouverture du canal de Suez comme point de ravitaillement en eau douce pour les vapeurs en route vers l’Inde.

Dans l’Atlantique sud, les Britanniques détiennent les îles inhabitées de Géorgie du Sud, les îles Sandwich du Sud dans la mer Scotia, et les Malouines, îles peu peuplées mais stratégiquement importantes car elles contrôlent les détroits patagoniens fermant l’Atlantique au sud-ouest. La possession de ces territoires du Grand Sud fonde également une revendication territoriale sur une portion de l’Antarctique.

Sans grande importance, dans le Pacifique, il y a l’atoll inhabité d’Henderson, sans eau potable, et l’île voisine de Pitcairn, où se cachèrent jadis les mutins du Bounty, mais sans aéroport ni port (seuls de petits bateaux peuvent y accoster à marée haute).

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Les îles Chagos (Territoire britannique de l’océan Indien) avec l’atoll Diego Garcia, où se trouve la base militaire américaine Cape Thunder contrôlant la route maritime principale de l’océan Indien, sont, elles, de première importance. On y trouve un mouillage pour porte-avions, d’où furent lancées les frappes américaines et les invasions au Moyen-Orient (Irak, Afghanistan, Iran). Sur ce territoire, la Cour internationale de justice à La Haye a récemment statué que la Grande-Bretagne l’avait illégalement pris à l’île Maurice et devait le restituer. Il existe aussi des revendications des habitants d’origine, déportés par les Américains vers d’autres îles de l’océan Indien. Les Britanniques seraient prêts à restituer les Chagos à Maurice, mais craignent la réaction de Donald Trump, qui les annexerait probablement immédiatement et en ferait un territoire non incorporé des États-Unis, à l’instar de Porto Rico ou des atolls à guano.

Empire britannique dans l’océan Indien

Au XIXe siècle, l’océan Indien était en fait une mer intérieure britannique.

On peut aussi considérer comme colonies britanniques les « dépendances de la Couronne » (Crown Dependencies), qui relèvent directement de la Couronne et ne sont pas membres du Commonwealth. Il s’agit de l’île de Man, stratégiquement importante pour contrôler la mer d’Irlande, forteresse avancée protégeant les bassins de radoub de Barrow-in-Furness et les mouillages de porte-avions britanniques. Il s’agit aussi des îles Anglo-Normandes au large de la Normandie, dont les habitants sont peu aimés des Britanniques car, pendant la Seconde Guerre mondiale, ils accueillirent les Allemands en libérateurs. Ces territoires jouissent du home rule (autonomie locale, non constitutionnelle, révocable unilatéralement par le Parlement).

Ulster – Irlande du Nord

Les nationalistes irlandais (républicains) ajouteraient sûrement que l’Irlande du Nord est aussi une colonie britannique, l’un des quatre pays constitutifs du Royaume-Uni, appelée Ulster par les Irlandais, du nom d'un ancien royaume irlandais. Après la conquête de l’Irlande par Oliver Cromwell en 1649, les Anglais déclarèrent l’Irlande colonie anglaise et commencèrent un génocide brutal de la population autochtone, exterminant des clans entiers.

En 1801, le royaume d’Irlande fut officiellement rattaché à la Grande-Bretagne, formant le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande. L’Irlande devint un dominion en 1922, au moment où les Britanniques divisèrent l’île et séparèrent l’Irlande du Nord. L’indépendance totale fut obtenue par les Irlandais (sans l’Irlande du Nord) en 1949, par la sortie hors du Commonwealth et la proclamation de la République.

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La dernière grande agitation eut lieu en 1969 à Belfast, où les Britanniques durent envoyer l’armée pour préserver l’unité du Royaume-Uni.

Outre l’Irlande du Nord, le Royaume-Uni est composé de l’Angleterre, du pays de Galles et de l’Écosse, annexée en 1606. Les Écossais ont aussi connu le génocide et les déportations forcées. Après la défaite des Jacobites à Culloden en 1745, les clans écossais furent exterminés et des milliers d’Écossais déportés de force en Afrique du Sud (le sort de ces déportés en Afrique du Sud est décrit dans les romans de l’écrivain sud-africain Alan Scholefield).

En 2014, un référendum serré sur l’indépendance de l’Écosse a eu lieu, qui, en cas de sécession, aurait eu de graves conséquences politiques, car l’Écosse aurait obtenu aussi le plateau de la mer du Nord avec ses gisements de pétrole et de gaz. Le Royaume-Uni a failli devenir le « Royaume désuni ».

Le Royaume-Uni n’est pas une fédération, mais un cas particulier de système de dévolution, où le Parlement délègue certaines compétences aux parlements locaux (ainsi l’Écosse a son propre Premier ministre nommé par le monarque). Ces compétences peuvent être retirées unilatéralement par le Parlement britannique, ce qui est politiquement très sensible. Le Parlement a donc été pratiquement contraint d’autoriser le référendum sur l’indépendance de l’Écosse.

La naissance du Commonwealth britannique

Il est vrai que dans les anciennes colonies allemandes reprises par les Britanniques comme mandats de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale, on trouve encore, à la différence des colonies portugaises, espagnoles ou françaises, un « ordre allemand » proverbial, comme si la mentalité des colonisateurs s’était transférée à la population locale. Une autre différence fondamentale entre l’empire britannique d’un côté et les empires français, espagnol, etc. de l’autre, est que les colonies britanniques sont devenues typiquement des terres d’immigration pour les colons anglais et irlando-écossais, ainsi que pour d’autres protestants d’Europe continentale (Bavière, Pays-Bas, Scandinavie), ce qui a permis la création progressive de nations sœurs, unies par une langue commune. D’où le terme colonie, inspiré de l’Antiquité et des colonies grecques en Méditerranée.

En outre, avant même d’être contraints de quitter leurs colonies après la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques en avaient constitué de grandes fédérations (Canada, Australie, Afrique du Sud), qui obtinrent leur indépendance d’en haut, contrairement aux colonies espagnoles, où chaque vice-royauté ou capitainerie dut conquérir son indépendance de force entre 1811 et 1821, puis ces nouveaux États ibéro-américains se lancèrent dans des guerres pour les corridors de transport, les ressources et l’accès à la mer. Un exemple de fédération et d’indépendance accordée d’en haut est aussi la création du Brésil, né en 1807 du transfert de la cour portugaise au-delà de l’océan.

De plus, les peuples romans – Espagnols, Portugais, Français – se sont mêlés aux populations indigènes. Les Portugais, dans leurs colonies, étaient même incités, sous Salazar, à épouser des Africaines pour créer une «race portugaise» homogène. Contrairement à eux, Britanniques et Allemands ont appliqué une logique raciale et tenté d’exterminer les peuples autochtones, ce qui fut souvent le cas: les Tasmaniens ou les Caraïbes furent éradiqués, les Aborigènes d’Australie ou les Indiens à l’est du Mississippi presque totalement. Cette attitude de confrontation a aussi favorisé l’émergence d’États ethniquement proches où les Britanniques ont dépassé ou remplacé la population d’origine.

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La naissance du Commonwealth britannique est datée de 1931, avec le statut de Westminster qui a mis juridiquement les dominions à égalité avec la métropole et donné à leurs parlements le droit de légiférer. Ce fut la première étape vers une indépendance totale, réservée alors aux dominions à majorité britannique: Canada (sauf Terre-Neuve), Australie, Nouvelle-Zélande, Irlande et Afrique du Sud.

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Après la Seconde Guerre mondiale, de nouveaux États indépendants issus de la décolonisation (Inde, Pakistan – incluant alors le Bangladesh – et Ceylan) rejoignent le Commonwealth, qui devient le Commonwealth of Nations, uni par la langue anglaise et l’union personnelle avec la Couronne britannique. Le lien couronne posait problème dans les pays devenus républiques. En 1950, l’Inde devint la première république du Commonwealth. Beaucoup d’autres pays rompent le lien avec la Couronne: Sri Lanka (jusqu’en 1972 "dominion de Ceylan"), Irlande, Pakistan, Birmanie, Zambie, Zimbabwe, Afrique du Sud (à partir de 1961, une république) ou Malaisie, qui est une monarchie élective.

La fin du Commonwealth britannique

À la création du Commonwealth, les Britanniques exigeaient que l’ensemble fonctionne sur la base de l’union personnelle, la politique étrangère étant dirigée depuis Londres. Cette prééminence prit fin en 1956, avec la défaite franco-britannique lors de la crise de Suez, révélant leur incapacité à faire la guerre sans les États-Unis, et où les membres non-européens du Commonwealth refusèrent d’appuyer l’aventure britannique au Proche-Orient.

Le point final de l’hégémonie britannique fut l’indépendance déclarée par la minorité blanche de Rhodésie du Sud (Zimbabwe actuel) en 1965, par crainte de la fin de l’apartheid et de la perte de leurs privilèges. Les conférences impériales régulières, toujours à Londres, devinrent dans les années 1970 des conférences du Commonwealth, déplacées hors de Grande-Bretagne (comme à Singapour en 1971). Avec la suppression du commerce libre et la fin du bloc sterling (où les devises étaient garanties par des réserves en livres), le commerce au sein du Commonwealth a aussi fortement diminué. Pour l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, les principaux partenaires commerciaux sont devenus les puissances industrielles de l’Indo-Pacifique (Corée du Sud, Japon, Chine). Ce processus d’émancipation économique culmine en 2011, quand l’Afrique du Sud devient le cinquième membre du groupe chinois BRIC (BRICS).

Aujourd’hui, la relation entre le Royaume-Uni et ses anciennes colonies s’est presque inversée: après la fermeture de la dernière mine de charbon anglaise à Kellingley et de la sidérurgie de Scunthorpe, nationalisée, le Royaume-Uni dépend désormais du charbon australien et de l’acier indien.

Les membres actuels du Commonwealth se divisent en deux groupes: les fondateurs, qui ont maintenu l’union personnelle avec la métropole au Canada, en Australie, Nouvelle-Zélande, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Salomon, Tuvalu et Maurice, dans les Caraïbes Belize (ex-Honduras britannique), Bahamas, Jamaïque, Antigua-et-Barbuda, Saint-Kitts-et-Nevis, la Barbade, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et la Grenade. Ces monarchies sont appelées « Commonwealth realms » (il n’existe pas d’équivalent officiel français).

Le second groupe inclut les pays ayant un autre chef d’État, la plupart du temps un président: Méditerranée (Malte, Chypre), Indo-Pacifique (Seychelles, Maldives, Pakistan, Inde, Sri Lanka, Bangladesh, Malaisie, Singapour, Brunei, Samoa occidentales, Fidji, Tonga, Kiribati, Nauru), Afrique (Gambie, Sierra Leone, Ghana, Nigeria, Ouganda, Kenya, Tanzanie, Malawi, Zambie, Zimbabwe, Botswana, Afrique du Sud, Lesotho, Swaziland), Caraïbes (Guyana, Trinité-et-Tobago, Dominique).

L’avenir du Commonwealth

Pourtant, il existe encore aujourd’hui certains liens économiques et culturels entre les pays du Commonwealth. De leur passé anglo-saxon, les États du Commonwealth ont hérité d’institutions politiques, notamment la justice et le système parlementaire. Les membres du Commonwealth appartiennent à la « sphère anglo-saxonne », ce qui oriente en partie leur politique économique et étrangère. Leurs relations extérieures restent largement alignées sur les intérêts anglo-saxons, fournissant aux Britanniques et aux Américains leurs infrastructures pour des exercices militaires, des bases, des ponts aériens ou des invasions. Les points d’appui clés sont surtout Malte, qui contrôle les routes méditerranéennes (détroit de Sicile) et d’où furent lancés des raids aériens sur la Libye (1941–1943 et 2011), Chypre (une base pour toutes attaques et invasions au Moyen-Orient), Singapour (contrôle du principal corridor entre le Pacifique et l'océan Indien – le détroit de Malacca, par où passe la moitié du trafic mondial de conteneurs, long de 800 km mais large de seulement 3 km à Singapour), Trinité-et-Tobago (contrôle du plateau pétrolier du Venezuela) ou l’arc insulaire des Petites Antilles, qui fait de la Caraïbe une mer intérieure anglo-saxonne fermée.

Le processus de décolonisation a été achevé par l’Irlande en 1949 avec la proclamation de la république, la sortie du Commonwealth et les tentatives de restauration de la langue irlandaise (jusqu’ici peu fructueuses). En refusant d’adhérer à l’OTAN, l’Irlande a pu préserver sa neutralité.

Notes :

[1] Vingt nouveaux États sont apparus (Allemagne, République tchèque, Slovaquie, Fédération de Russie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Moldavie, Transnistrie, Ukraine, Biélorussie, Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Kosovo, République populaire de Donetsk, République populaire de Louhansk, République de Macédoine du Nord), dont cinq non reconnus internationalement (ARYM, Transnistrie, Kosovo, DNR, LNR) ; trois guerres ont éclaté en Europe, six États ont disparu (URSS, RDA, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, DNR, LNR) et une région a officiellement proclamé son indépendance (Catalogne).

[2] Lorsque l’on entend des mots comme « déportations forcées », « génocide », « camps de concentration » ou « famine », les lecteurs, sous l’influence de l’enseignement scolaire, associent généralement ces termes à l’URSS ou à l’Allemagne nazie. Ce que les Britanniques ont fait de pire au XIXe et XXe siècle reste ignoré ; la « bonne vieille Angleterre » est souvent perçue ici à travers le prisme de la littérature et d’une certaine image du gentleman. Toutefois, cet exposé n’a pas pour but de détailler d’un côté le progrès industriel dans la course aux armements des tigres capitalistes et, de l’autre, par exemple, les camps d’extermination de Lord Kitchener en Afrique du Sud, les famines provoquées par les Britanniques en Inde, en Afrique et en Chine (qui, rien qu’à l’époque victorienne, ont fait selon les estimations 40 millions de morts), les guerres de l’opium ou la révolte des Taiping, qui fit passer la population chinoise de 400 à 350 millions, l’apartheid racial et géographique mondial avec la bourgeoisie londonienne au sommet, les déportations violentes dans tout l’empire ou l’extermination et le déplacement de populations irlando-écossaises vers l’Afrique du Sud et l’Australie.

18:16 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, royaume-uni, géopolitique, empire britannique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

samedi, 30 mai 2026

La stratégie d’Abraham

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La stratégie d’Abraham

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/la-strategia-di-abramo/

Croire que Trump est aveugle, dépourvu d’idées et de stratégie, totalement dominé par son « ami » Netanyahu, peut être une erreur. Une erreur très grave, dans laquelle, d’ailleurs, nos médias tombent, aveuglés par la rancœur idéologique et les préjugés.

En réalité, The Donald a bel et bien des stratégies et des programmes. Même si beaucoup d’entre eux trahissent les attentes de ceux qui, aux États-Unis, l’ont soutenu dans un premier temps.

Et qui n’auraient pas voulu que les États-Unis s’embourbent à nouveau au Moyen-Orient, en soutenant Israël et en entrant directement en conflit avec l’Iran.

Une guerre que Trump a, en fait, perdue. N’ayant pas réussi à atteindre son objectif, initialement clair et déclaré, d’un changement de régime à Téhéran. En imposant un nouveau gouvernement docile – Reza Cyrus ou d’autres – et en éliminant définitivement la domination des ayatollahs.

Cependant, The Donald semble avoir une stratégie différente, qui pourrait (le conditionnel est de rigueur) lui permettre de transformer une défaite momentanée en une victoire finale.

Il s’agit, à bien y regarder, d’un élargissement de la stratégie qui était à l’origine des anciens Accords d’Abraham.

Qui, dans la vision de Trump, devraient s’étendre considérablement. En incluant tous, absolument tous les pays de la région moyen-orientale qui sont, pour une raison ou une autre, hostiles à l’Iran.

Donc les Saoudiens, Oman, les Émirats, le Qatar, Bahreïn, le Koweït.

Mais aussi les Égyptiens, les Syriens d’al-Jolani, les forces libanaises opposées aux chiites du Hezbollah.

Et, surtout, la Turquie d’Erdogan.

Bref, d’une certaine manière, une recomposition du front sunnite. Une réédition de la Fitna, la guerre endémique entre sunnites et chiites, mais, évidemment, sous la direction et le contrôle de Washington.

Et c’est là, pourtant, que le bât blesse.

Car, dans le plan de Trump qui se dessine et se précise, il y a un élément de « perturbation » non négligeable. Israël.

En effet, ce front sunnite, qui devrait combattre et réduire l’influence iranienne dans toute la région, aurait, dans la vision du président américain, pour objectif principal la sécurité d’Israël.

Ou même, d’en constituer la cuirasse.

Et c’est là, évidemment, que le problème surgit. Car Israël est perçu par de nombreux pays sunnites comme une menace. Par la Turquie d’Erdogan, surtout, mais aussi, de façon plus voilée, par l’Égypte d’al-Sissi.

Et les pays mêmes de la péninsule arabique semblent bien conscients que s’engager trop officiellement dans la défense d’Israël serait mal vu et mal supporté par leurs populations. Avec le risque d’émeutes ou même de révoltes internes.

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Et puis, il y a aussi le problème d’Israël lui-même. Ou plutôt du dessein du gouvernement Netanyahu de donner naissance au Grand Israël. En soumettant, ou mieux encore, en chassant les Arabes d’une vaste région.

Un dessein qu’aucun gouvernement arabe ne saurait accepter. Même s’il était soumis à Washington.

The Donald a, quoi qu’il en soit, son projet en tête. Et il fera tout, dans les mois à venir, pour le réaliser. Ou, du moins, pour commencer à le mettre en œuvre.

Ce qui arrivera réellement, il est difficile de le dire pour l’instant.

Il est certain que le patriarche Abraham aurait sans doute quelque chose à redire depuis sa tombe, hypothétique et silencieuse.