samedi, 12 septembre 2026
Götz Kubitschek: «Nous sommes nés au cœur de la société. Les vieux partis? Ils exploseront»

Götz Kubitschek: «Nous sommes nés au cœur de la société. Les vieux partis? Ils exploseront»
Source: https://www.ilgiornale.it/news/politica-estera/noi-nati-n...
L’idéologue de la Nouvelle Droite Götz Kubitschek: «L’AfD est le parti le plus intéressant d’Europe. La remigration est une politique dure; si nous ne la mettons pas en œuvre, la situation de l’Allemagne ne fera qu’empirer».
Propos recueillis par Francesco De Felice (Il Giornale, Italie)
Remigration, défense de la tradition et droite authentique conçue comme un mouvement populaire : tels sont les thèmes grâce auxquels l’AfD — le parti souverainiste qui, avec environ 30% dans les sondages, constitue la première force politique d’Allemagne — a triomphé aux élections législatives de Saxe-Anhalt. Avec 43,8% des voix, cette droite se prépare à diriger ce Land de l’Est avec Ulrich Siegmund, son candidat au poste de ministre-président. Depuis Magdebourg, capitale de la Saxe-Anhalt où elle a amorcé un tournant historique, l’AfD se met en marche vers Berlin, à la conquête du gouvernement fédéral.
La CDU du chancelier Friedrich Merz s’effondre à 17,2%, écrasée par les souverainistes, tout comme les autres partis qui ont tenté d’enrayer leur progression en les isolant politiquement et en agitant les spectres du nazisme. Götz Kubitschek, idéologue de la Nouvelle Droite, explique à Il Giornale les raisons du succès de l’AfD. Sa maison d’édition Antaios a publié en Allemagne Il mondo al contrario de Roberto Vannacci.
En Saxe-Anhalt, le parti de droite AfD a écrit une page d’histoire en remportant les élections législatives. Comment commentez-vous le résultat du scrutin?
«Un très beau résultat était prévisible, mais son ampleur et l’effondrement de la CDU ont surpris. Séduisant, sincère et positif, Ulrich Siegmund — le candidat des souverainistes au poste de ministre-président du Land, NDLR — s’est révélé être une véritable chance pour le parti et lui a fait gagner des points décisifs. C’est véritablement un événement historique dans l’histoire du parlementarisme allemand. Il est difficile de dire ce qui va se passer maintenant. Je conseille à l’AfD de ne pas faire le premier pas. Les vieux partis doivent d’abord se désagréger et exploser».
Quelles sont les raisons du succès de l’AfD ? La Brandmauer, le «mur coupe-feu» érigé par les autres partis contre l’"extrême-droite", s’est-elle enfin effondrée?
«Depuis des années, l’AfD est le projet de parti de droite le plus intéressant d’Europe. Pourquoi? L’AfD est née au cœur de la société et a compris combien il était important qu’il existe en Allemagne un parti pleinement de droite, et combien il est normal d’être de droite. Par leurs méthodes de dénonciation et de criminalisation, ainsi que par leur Brandmauer, ses adversaires politiques ont fait de l’AfD la seule véritable Alternative pour l’Allemagne. Le résultat était prévisible, mais pas dans de telles proportions».
Siegmund (photo) mise sur la remigration, une proposition qui suscite la peur en Allemagne et en Europe. Que signifie-t-elle? Comment comptez-vous apaiser ces craintes?
« La remigration n’est pas ce que prétendent les adversaires de ce concept. C’est une politique dure. Je crains qu’il ne soit pas possible de dissiper toutes les craintes. De plus, l’avenir de l’Allemagne sera encore plus dur si la remigration n’est pas mise en œuvre. En raison des politiques catastrophiques menées au cours des dernières décennies, il n’existe pas de solution douce».
L’AfD mène un Kulturkampf, une guerre culturelle: avec le mot d’ordre «Pense allemand», le parti a déclaré la guerre à la modernité. «Nous sommes traditionalistes», affirme Hans-Thomas Tillschneider (photo), député de l’AfD au Parlement de Saxe-Anhalt. Que signifie pour vous la tradition? Comment remporte-t-on la guerre contre la modernité?
«La postmodernité a déclaré la guerre à la modernité il y a déjà cinquante ans. Le postmoderne a gagné. Il ne faut pas combattre les vaincus. Au fond, c’est simple: la culture signifie devoir et vouloir vivre avec l’histoire. Soit on la déconstruit et l’on vit parmi les ruines, soit on l’accepte, on la cite et l’on comprend que nous sommes juchés sur les épaules de géants. La tradition fait partie intégrante d’une conception allemande de la culture, tout comme la capacité de penser au-delà d’elle. Ou bien voulons-nous nous contenter de visiter des musées?».
21:01 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Entretiens, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : götz kubitschek, actualité, entretien, allemagne, europe, affaires européennes, afd, saxe-anhalt |
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La Chine contre la fin de l’Histoire

La Chine contre la fin de l’Histoire
Constantin von Hoffmeister
La Chine monte en puissance. Selon l’ancien récit occidental, la richesse devait rendre la Chine libérale, le libéralisme devait la rendre docile, et cette docilité devait l’intégrer à un ordre américain présenté comme la fin naturelle de l’Histoire. Ce récit a échoué. La Chine est entrée sur le marché mondial sans renoncer à l’État, au Parti ni à la mémoire de l’humiliation nationale.
Elle a accueilli les capitaux étrangers, copié les méthodes étrangères, maîtrisé les machines étrangères, puis orienté chacun de ces outils empruntés vers son propre retour à la puissance. En 2025, son économie a progressé de 5% et atteint 140.200 milliards de yuans, alors même que sa population diminuait de 3,39 millions d’habitants et que les investissements dans la promotion immobilière reculaient de 17,2%. La Chine s’élève donc sous pression, associant à sa puissance industrielle l’endettement, le vieillissement, la faiblesse de la demande intérieure et la contraction de sa population active. Le dragon est puissant, mais il n’est pas invincible. Sa force vient de ce qu’il sait que le déclin est possible.
C’est ici que le philosophe allemand Martin Heidegger se révèle utile. Le Dasein désigne l’être qui doit affronter et interpréter sa propre existence. Ce n’est ni une âme cachée dans le corps, ni l’individu libéral imaginé comme un consommateur libre se tenant hors de l’Histoire. Le Dasein est toujours jeté dans un monde qu’il n’a pas choisi. Il hérite d’une langue, d’un paysage, d’un passé, d’un ensemble de devoirs et d’une mort à laquelle il ne peut échapper. Il se découvre parmi les autres avant de commencer à s’expliquer lui-même. Heidegger appelait cette condition l’« être-avec » (Mitsein). L’existence humaine n’est jamais véritablement solitaire, car même le retrait, la révolte et la solitude tirent leur sens d’un monde commun. La Chine peut donc être comprise comme une vaste forme historique de l’«être-jeté-là»: une civilisation jetée dans la mémoire de l’effondrement dynastique, de l’invasion étrangère, de la famine, de la révolution, de la guerre civile, de la discipline industrielle et de l’essor technologique.
Pourtant, Heidegger lui-même n’enseignait pas que chaque nation possède un Dasein collectif unique. Sa philosophie porte sur l’existence avant que celle-ci ne devienne une doctrine politique. Il avertissait également que la vie ordinaire sombre dans le das Man, le « On » anonyme qui pense, parle et juge à notre place. Une société de masse disciplinée peut résister au consumérisme occidental tout en produisant sa propre forme de conformisme anonyme. Les slogans changent, mais le danger demeure. Un peuple peut se perdre dans des modes importées, mais il peut également se perdre dans le langage officiel, la routine bureaucratique et l’obéissance numérique. L’échelle de la Chine n’abolit pas la question de Heidegger. Elle l’aiguise: le peuple chinois agit-il à partir d’une compréhension héritée de l’Être, ou l’État se contente-t-il d’organiser des millions de personnes en une version plus efficace du das Man?
Le penseur russe Alexandre Douguine donne à cette question une forme géopolitique. Dans la Quatrième théorie politique, il retire le Dasein de la salle de séminaire pour le placer au sein des civilisations. Le libéralisme considère l’individu comme le sujet politique fondamental. Le marxisme choisit la classe. Le national-socialisme choisit la race ou la nation entendue en termes biologiques. Douguine recherche un autre sujet: un peuple existant par sa langue, sa mémoire sacrée, sa terre, ses coutumes, ses mythes et son destin historique. Un tel peuple ne peut être réduit à des électeurs, des travailleurs, des consommateurs ou du matériel génétique. Il constitue une manière authentique d’être au monde. Pour Douguine, il n’existe pas une humanité unique avançant sur une seule voie vers un seul système final. Il existe plusieurs civilisations, chacune possédant sa propre mesure du temps, de la justice, de l’ordre et de la vérité.
En ce sens, la Chine n’est pas simplement un autre grand État se disputant une plus grande part d’un même monde occidental. Elle représente le retour de la pluralité civilisationnelle. La hiérarchie confucéenne, l’art légiste de gouverner, l’organisation marxiste, les échanges marchands, la mémoire ancestrale et l’administration numérique cohabitent au sein d’un même corps politique. Marx se tient aux côtés de Confucius; le portrait de Mao domine des villes bâties par le capital; des trains à grande vitesse traversent des régions où des temples perpétuent encore des rites plus anciens que de nombreux États européens. Ces éléments ne s’accordent pas selon les catégories occidentales, mais c’est précisément là tout l’enjeu. La modernité chinoise n’a pas besoin de devenir la modernité occidentale. Elle peut utiliser la machine sans accepter la théologie du premier propriétaire de celle-ci.
La pensée tardive de Heidegger ajoute une mise en garde. Il décrivait la technique moderne non comme un ensemble de dispositifs, mais comme une manière de dévoiler le monde. À travers cette façon technologique de voir, la nature devient une réserve d’énergie, la terre devient une ressource et l’homme devient un matériau humain. Heidegger appelait cette puissance ordonnatrice le Gestell, généralement traduit par «arraisonnement». La Chine a résisté à son absorption politique par l’Occident, mais elle n’a pas échappé à l’arraisonnement technologique. Ses usines, ses systèmes de surveillance, ses plans industriels, ses réseaux biométriques et ses programmes d’intelligence artificielle peuvent défendre la souveraineté tout en transformant le citoyen chinois en une unité mesurée et administrée. Une nation peut posséder ses machines et néanmoins finir par se voir à travers leurs yeux. La lutte la plus profonde n’oppose donc pas la technologie chinoise à la technologie américaine. Elle oppose la civilisation à une logique technologique qui réduit toute civilisation aux données, à la production et au contrôle.

Douguine répondrait que la technologie doit être placée sous le contrôle du sujet civilisationnel. Le capital, le code et l’industrie sont des moyens, non des maîtres. Cela contribue à expliquer le modèle chinois. La richesse privée peut croître, mais elle ne possède pas le droit ultime de commander à l’État. Les entreprises peuvent devenir puissantes, mais le Parti peut les discipliner lorsque leur pouvoir paraît menacer l’autorité politique ou les priorités nationales. Les observateurs occidentaux qualifient cela d’arbitraire, car ils partent du principe que la propriété doit gouverner la politique. Pékin part de la position inverse: la propriété existe au sein d’un ordre politique et ne subsiste qu’aussi longtemps que cet ordre le permet. L’État chinois n’a pas aboli le capital. Il lui a refusé la souveraineté.
Le théoricien politique allemand Carl Schmitt reconnaîtrait immédiatement cette structure. Sa célèbre affirmation selon laquelle «est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle» ne signifie pas que la souveraineté consiste uniquement à proclamer l’état d’urgence. Elle signifie que tout système juridique repose en dernière instance sur un pouvoir capable de décider du moment où les règles ordinaires cessent de fournir une réponse. Le droit ne peut expliquer sa propre autorité ultime. Aux confins de l’ordre se trouve une décision. L’État libéral tente de dissimuler ce fait sous les tribunaux, les traités et le langage des experts. Les crises arrachent le voile. Quelqu’un décide quelles règles seront assouplies, quels intérêts seront protégés et quels dangers seront considérés comme mortels.
La souveraineté chinoise est schmittienne parce qu’elle refuse de prétendre que l’économie existe en dehors de la politique. Lorsque les sanctions, les droits de douane, les contrôles à l’exportation, la propriété des ports, les puces informatiques, les routes maritimes et les systèmes de paiement deviennent des armes, Pékin les traite comme telles. CK Hutchison, un conglomérat hongkongais contrôlé par la famille de Li Ka-shing, cherchait à vendre des dizaines de ports à l’étranger à un consortium dirigé par des intérêts occidentaux. Bien que l’entreprise soit sous contrôle privé, Pékin a soumis l’opération à un examen, craignant que des infrastructures stratégiques ne passent entre des mains occidentales. La transaction commerciale envisagée s’est ainsi transformée en affrontement géopolitique, montrant que les ports peuvent constituer des propriétés privées sur le papier tout en demeurant, dans la pratique, des instruments de la puissance étatique. En août 2026, la vente n’avait guère progressé et demeurait inachevée.
La distinction schmittienne entre ami et ennemi est elle aussi souvent réduite à un appel à la haine. L’argument de Schmitt était plus difficile et plus froid. L’ennemi politique n’est pas nécessairement mauvais, laid ou personnellement objet de haine. Il est la force organisée dont la puissance peut menacer le mode de vie d’une communauté. La politique commence lorsqu’un peuple est capable de nommer une telle menace et qu’il est prêt à s’en défendre. Pour Pékin, un droit de douane américain n’est donc jamais seulement une taxe, une interdiction frappant les semi-conducteurs n’est jamais seulement une réglementation commerciale, et une vente d’armes à Taïwan n’est jamais seulement un contrat. Chacun de ces éléments appartient à une lutte plus vaste visant à déterminer si la Chine définira elle-même son avenir ou si les limites de celui-ci seront fixées à Washington.
Taïwan se trouve au centre de cette épreuve, car l’île réunit le territoire, la puissance maritime, la technologie et la légitimité nationale. Pékin la considère à travers l’histoire inachevée de la guerre civile chinoise et du siècle d’empiétements étrangers. Le gouvernement taïwanais se considère comme une communauté politique autonome dont l’avenir doit être décidé par son propre peuple. Le différend ne peut être dissous dans le langage de la gouvernance mondiale, car les deux parties partent de conceptions rivales de l’existence politique.
En août 2026, la Chine a procédé à un relevé des fonds marins à l’est de Taïwan et poursuivi les patrouilles de ses garde-côtes dans les eaux qu’elle revendique, tandis que Taïwan renforçait ses programmes de drones et préparait les îles Penghu à un blocus ou à une invasion. L’acier, les cartes, les relevés, les budgets et les itinéraires de patrouille portent désormais des arguments que les mots ne peuvent trancher.
La théorie ultérieure du Großraum (« Grand Espace ») élaborée par Schmitt va au-delà de l’État souverain. Il estimait que le monde était divisé en grandes régions politiques centrées sur des puissances assez fortes pour en exclure les interventions extérieures. Son modèle s’inspirait en partie de la doctrine Monroe: une puissance dominante établit un principe régional et avertit les empires étrangers de rester à l’écart. La conduite de la Chine en Asie orientale suit une logique similaire. Pékin ne veut pas simplement l’égalité au sein d’un Pacifique dirigé par les États-Unis. Il veut un ordre régional dans lequel les États-Unis ne puissent plus déterminer les limites de l’action chinoise à partir de leurs bases, de leurs alliances et de leurs routes navales longeant les côtes de la Chine. Taïwan, la mer de Chine méridionale, la péninsule coréenne et la première chaîne d’îles constituent autant d’éléments d’une même question spatiale: qui possède le droit de déterminer l’avenir de la région?
Cela ne signifie pas que la Chine soit déjà à la tête d’un bloc est-asiatique solidement établi. L’accord trilatéral de libre-échange entre la Chine, le Japon et la Corée du Sud demeure à l’état de projet. Les négociations ont débuté en 2012, se sont enlisées après leur seizième cycle en 2019 et ont depuis fait l’objet de promesses répétées de relance. En 2025, les trois gouvernements sont convenus d’œuvrer à la reprise des pourparlers, tandis que la Chine et la Corée du Sud poursuivaient des négociations séparées pour améliorer leur accord bilatéral. Le Japon et la Corée du Sud restent liés aux États-Unis par des alliances de sécurité, et les trois pays nourrissent de profondes méfiances historiques. La région ne constitue pas encore un orchestre unique placé sous la direction d’un chef chinois. Elle est un champ d’États dont les intérêts économiques les rapprochent, tandis que les craintes sécuritaires les éloignent.
En outre, la Chine n’a pas simplement rompu la diplomatie avec les États-Unis pour quitter la scène. Xi Jinping et Donald Trump se sont rencontrés à Pékin en mai 2026. Leur sommet a produit des résultats limités plutôt qu’un grand règlement, et une nouvelle rencontre est désormais en préparation aux États-Unis. Le conflit se poursuit par l’intermédiaire des droits de douane, des contrôles technologiques, de Taïwan, des restrictions sur les investissements et des systèmes de sécurité concurrents, mais la diplomatie demeure l’un de ses instruments.
Un État schmittien ne rejette pas la négociation. Il négocie parce qu’il sait que les accords reposent sur la puissance. Les sourires, les banquets et les déclarations communes n’annulent pas la distinction entre ami et ennemi. Ils la gèrent pour un temps.

Le commerce pétrolier de la Chine avec la Russie obéit au même réalisme. La Chine a refusé d’accepter la prétention occidentale selon laquelle Washington, Bruxelles et Londres pourraient décider quelles ressources le reste du monde est autorisé à acheter. Les entreprises chinoises ne sont cependant pas intrépides. De grandes entreprises publiques ont parfois suspendu leurs achats lorsque le risque de sanctions devenait trop élevé, tandis que des raffineries plus petites et des réseaux maritimes opaques assumaient une part plus importante de la charge.
En juillet 2026, la compagnie pétrolière publique chinoise Sinopec a repris d’importants achats de brut russe à prix réduit, malgré la pression persistante de l’Occident sur le commerce énergétique russe. Le pétrole continue de circuler, mais non parce que la Chine aurait échappé au marché mondial. Il circule parce que Pékin met en balance le prix, la sécurité énergétique, le risque commercial et le partenariat géopolitique, sans accepter les sanctions occidentales comme une loi universelle.
C’est ici que la multipolarité de Douguine rencontre l’ordre spatial de Schmitt. La multipolarité n’est pas un parlement de civilisations vivant dans une harmonie permanente. C’est un monde dans lequel aucune puissance ne peut présenter sa propre volonté comme une loi universelle. Chaque pôle protège un espace civilisationnel, construit ses propres institutions et évalue le danger à partir de sa propre position historique. Un tel monde peut être plus libre parce qu’il permet l’existence de plusieurs formes de vie. Il peut aussi être plus rude parce que les puissances rivales ne disposent d’aucun juge commun. Douguine insiste sur la pluralité, tandis que Schmitt nous rappelle que la pluralité produit des frontières, des décisions et des ennemis potentiels. La multipolarité ne met pas fin au conflit. Elle met fin au monopole de celui qui est autorisé à définir le conflit.

Le national-bolchevisme arrive par une autre voie. Ernst Niekisch regardait l’Occident libéral et y voyait un système qui dissolvait les nations dans les marchés et transformait les citoyens en acheteurs. Il imaginait une union de la discipline nationale, de la propriété sociale, de la rigueur prussienne et de la résistance orientale à la puissance atlantique. La Chine n’est pas nationale-bolchevique: son histoire, sa culture et sa tradition révolutionnaire lui sont propres. Elle confirme néanmoins l’une des principales intuitions de Niekisch. La nation et le socialisme ne sont pas nécessairement ennemis. L’État peut utiliser les marchés sans permettre aux valeurs marchandes de définir la nation. Le travailleur, le soldat, l’ingénieur, le paysan et le fonctionnaire peuvent être intégrés à un même projet de survie nationale.
Le système chinois ne doit cependant pas être idéalisé comme une pure démocratie collective. Ses réalisations sont réelles: l’allongement de l’espérance de vie, l’éducation de masse, des infrastructures immenses, une grande profondeur industrielle, la réduction de la pauvreté, les progrès scientifiques et des villes reliées par le rail à une échelle que l’Europe ne peut plus égaler. Ses capacités de censure, de surveillance, de répression et d’intrusion bureaucratique sont également réelles. Un État peut servir son peuple et le contrôler en même temps. L’argument sérieux en faveur de la Chine ne consiste pas à dire que le pouvoir devient innocent lorsqu’il est exercé par le Parti. Il consiste à dire que tout ordre politique exerce un pouvoir, tandis que l’ordre libéral dissimule souvent sa propre coercition derrière les marchés, les plateformes privées, les partenariats entre services de renseignement, les formules juridiques et les leçons de morale. La Chine rend l’autorité de l’État plus visible.
Le Dasein chinois demeure donc une question plutôt qu’un fait établi. Il vit dans la langue, la nourriture, les obligations familiales, les rites ancestraux, la philosophie confucéenne, le sacrifice révolutionnaire, la discipline de l’usine, les programmes spatiaux, les applications de surveillance, les traditions villageoises et l’intelligence artificielle. Il ne dissout pas ces contradictions. Il les porte. Son avenir dépend de la capacité de l’État à les transformer en une forme historique vivante sans écraser le peuple dont l’existence donne un sens à cette forme. Si le Parti ne devient plus qu’une machine administrative, il reproduira le Gestell de Heidegger sous un drapeau rouge. Si le capital échappe à la supervision politique, la Chine deviendra une province de plus du marché. Si la mémoire ethnique devient un spectacle vide, la civilisation conservera ses symboles tout en perdant son âme.
La Chine avance désormais dans l’Histoire sans accepter la prétention occidentale selon laquelle celle-ci n’aurait qu’une seule direction. Sa souveraineté est schmittienne parce qu’elle décide. Sa pluralité civilisationnelle est douguinienne parce qu’elle nie qu’un modèle unique convienne à tous les peuples. Sa question la plus profonde est heideggérienne parce que la victoire industrielle ne répond pas à la question de savoir ce que signifie être. Le dragon s’est assuré des ports, des usines, des missiles, des centres de données, des voies ferrées, des marchés et un accès à l’espace. Il ne s’est pas assuré l’éternité. Aucune civilisation ne le peut. Mais il a recouvré le droit d’affronter son propre danger en son propre nom.
Le dragon continue de souffler. Le pétrole russe parvient à ses raffineries. Les navires et les patrouilles chinoises marquent les eaux contestées. Les ports restent pris entre les entreprises, les tribunaux et les États. Les négociations avec Washington se poursuivent sans rétablir la domination américaine, tandis que l’intégration de l’Asie orientale progresse sans encore devenir un Grand Espace chinois. La Chine n’a pas remplacé l’ancien monde par un nouveau monde achevé. Elle a plutôt rendu impossible de croire encore à l’ancienne prétention à une domination universelle de l’Occident. Le flambeau n’a pas été transmis au cours d’une cérémonie nette et ordonnée. Il repose au milieu des droits de douane, des câbles, des ports, des drones, des puces, des traités et du déclin démographique. La Chine tend la main vers lui, non pour éclairer l’ancienne voie, mais pour prouver que l’Histoire possède encore plus d’un chemin.
18:00 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, civilisations, multipolarité, asie, affaires asiatiques |
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vendredi, 11 septembre 2026
Sahra la Rouge

Sahra la Rouge
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/sahra-la-rossa/
Certains pourraient dire que la nouvelle politique allemande est déterminée par des femmes. Si ce n’était que ces femmes dérangent. Elles brisent les schémas établis, suscitent des doutes, voire une véritable angoisse.
Sahra Wagenknecht est la dirigeante du BSW, une formation d’extrême gauche qui porte d’ailleurs son nom. Une transition vers un nouveau parti, après la rupture retentissante de Wagenknecht avec Die Linke, le parti de la gauche radicale allemande dont elle était vice-présidente.
En simplifiant beaucoup, Wagenknecht est une «rouge-brune»: elle associe les revendications propres à une gauche communiste, dont elle est issue par sa formation politique, à la défense de l’identité nationale allemande. Notamment face à une immigration incontrôlée qui tend à dénaturer l’Allemagne et qui finit par appauvrir les classes prolétariennes.
Or, lors des élections en Saxe-Anhalt, le BSW a recueilli 5,4% des voix. Des voix qui deviennent essentielles pour former un gouvernement dirigé par l’AfD.
En effet, le parti de droite a obtenu 44,5%. Un score considérable, mais insuffisant pour prendre la tête du gouvernement du Land.
Wagenknecht s’est déclarée disposée à conclure un accord. Grâce à son vote favorable, ou même à sa simple abstention, l’AfD pourrait prendre la direction du Land.
Il ne s’agit pas seulement d’un événement local, circonscrit à une réalité limitée. Il s’agit plutôt d’un signal politique très clair.
Réfléchissons-y bien…
La droite populiste et l’extrême-gauche s’allient. Pour gouverner en opposition à la vieille nomenklatura qui domine la scène politique depuis des décennies.
Ce n’est plus une lutte entre la droite et la gauche, mais plutôt un affrontement entre le haut et le bas.
Autrement dit, entre les forces qui émergent des profondeurs d’un peuple las et en colère, et ceux qui, au cours de ces dernières années, ont décidé de l’avenir de l’Allemagne.
Mais qui ont conduit le pays non seulement au bord de la guerre avec la Russie, mais aussi — et surtout — dans une crise économique sans précédent dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre.

L’AfD et le BSW ont des origines et des couleurs politiques différentes. Ils représentent néanmoins le soulèvement du peuple allemand contre de prétendues élites qui ne répondent qu’au pouvoir de la finance mondiale.
Et ce qui se passe en Saxe-Anhalt n’est qu’un signal. Le début d’un processus qui pourrait bientôt gagner toute l’Allemagne.
Le falot Merz tentera certainement tout ce qui est en son pouvoir pour enrayer cette menace contre son propre pouvoir et, surtout, contre celui de ses maîtres.
Mais s'il y parviendra est une tout autre affaire.
17:16 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, sahra wagenknecht, bsw, politique, allemagne, europe, affaires européennes |
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L’énigme Le Pen

L’énigme Le Pen
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/enigma-le-pen/
Tous les sondages placent le Rassemblement national en tête lors des prochaines élections législatives françaises.
Et, pour Marine Le Pen, la voie vers l’Élysée semble s’ouvrir.
À mesure que l’échéance électorale approche et que les sondages lui donnent raison, Marine Le Pen semble affirmer davantage ses choix politiques.
Désormais, elle parle de plus en plus clairement d’un désengagement de la guerre en Ukraine et de son intention de concentrer tous les efforts économiques sur la situation intérieure de la France, qui est difficile, sinon franchement compromise.
Une décision qui s’explique avant tout par le sentiment que l’opinion publique — et donc son électorat — est lasse de cette guerre voulue par Macron. Lasse de voir détournées vers l’Ukraine des ressources qui devraient servir à protéger les Français.
Lasse de voir progressivement détruits les derniers vestiges de l’État social et le pays sombrer dans un chaos total. Avec des banlieues et des quartiers entiers des principales villes désormais totalement aux mains du crime organisé. Ou, pire encore, de tribunaux islamistes qui ne reconnaissent d’autres lois que les leurs.
Marine Le Pen semble avoir la capacité, ainsi que la possibilité, de devenir la représentante de ces profonds malaises qui tourmentent les Français. Et cela la conduira aisément à l’Élysée, sauf manœuvres et pièges tendus par certains pouvoirs financiers, français ou étrangers, qui la considèrent avec méfiance.
Il est toutefois difficile de dire, pour l’heure, ce que Marine Le Pen pourrait faire une fois installée à l’Élysée.
En premier lieu, de quelle marge de manœuvre disposerait-elle, compte tenu du fait que, certes, le pouvoir du président est fort, mais qu’il n’est pas absolu? Et qu’il doit toujours composer avec d’autres forces, les affronter ou parvenir à un accord avec elles. Des forces qui, pour la plupart, ne sont pas «parlementaires».
Et cela vaut pour elle comme cela a toujours valu pour les différents occupants de l’Élysée.
Même De Gaulle, le père et, d’une certaine manière, le maître de la Ve République, dut accepter de conclure des accords avec certains pouvoirs. Et se mesurer continuellement à eux.
Au-delà de cette question, cependant, une autre devrait être posée. Peut-être plus pressante encore que la précédente.
Une fois à l’Élysée, que voudra réellement faire Marine Le Pen?
Car son programme est extrêmement précis et détaillé dans son analyse de la situation de crise, mais demeure assez vague quant aux solutions possibles.
Surtout, Marine Le Pen ne définit pas clairement le rôle international de «sa» France.
Certes, un désengagement en Ukraine… mais qu’est-ce que cela devrait impliquer?
Une rupture avec l’OTAN et un retour à une politique française totalement — ou presque — indépendante de Washington et de Londres?
Et les relations avec Moscou? Un retour à une politique diplomatique tournée vers l’Est?
Et les rapports avec l’Afrique? Continuité ou rupture avec la politique impérialiste de Paris dans la vaste région subsaharienne?
Autant de questions auxquelles Mme Le Pen ne répond pas, pour l’heure.
Peut-être ne le veut-elle pas.
Peut-être ne le peut-elle pas…
17:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marine le pen, france, actualité, politique, europe, affaires européennes |
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Ni pétrole, ni souveraineté, ni élections - Les États-Unis «construisent la démocratie» au Venezuela

Ni pétrole, ni souveraineté, ni élections
Leonid Savin
Les États-Unis «construisent la démocratie» au Venezuela
Les dirigeants des États-Unis et du Venezuela ont annoncé simultanément un nouvel accord stratégique en vertu duquel 65 milliards de barils de pétrole lourd de la République bolivarienne seront cédés au profit de Washington.
Les dirigeants des États-Unis et du Venezuela ont annoncé simultanément un nouvel accord stratégique en vertu duquel 65 milliards de barils de pétrole lourd de la République bolivarienne seront cédés au profit de Washington.
Selon le prix de référence fixé à 65 dollars le baril — bien que le cours en vigueur au moment de la conclusion de l’accord ait été de 88 dollars —, le Venezuela ne recevra des États-Unis que 19 dollars par baril. L’accord porte sur 17 zones d’extraction, dont le lac Maracaibo et des gisements jusque-là inexploités situés près du lit de l’Orénoque.

Des investissements américains d’un montant de 100 milliards de dollars seront mobilisés pour moderniser les infrastructures. Caracas présente cette opération comme manifestement avantageuse, puisque le budget national devrait, prétendument, en tirer 200 milliards de dollars de recettes.
La Chine a réagi avec une inquiétude manifeste, déclarant que ses intérêts devaient, eux aussi, être pris en considération — en premier lieu les prêts accordés auparavant ainsi que l’aide financière fournie en échange de pétrole.
Les chavistes et leurs partisans dans d’autres pays d’Amérique latine ont vivement critiqué l’accord, le qualifiant de nouvelle étape vers la perte de souveraineté. Ils ont toutefois ajouté qu’il était encore possible de revenir en arrière.
La question ne doit pas être envisagée uniquement comme un contrat entre deux États, mais dans une perspective beaucoup plus large, aussi bien dans le contexte de la géopolitique pétrolière que dans celui des dynamiques régionales. En effet, depuis l’enlèvement du président légitime Nicolás Maduro et de son épouse, le 3 janvier, des événements radicalement contraires à l’esprit du chavisme et manifestement dirigés contre la souveraineté du Venezuela se sont produits.
Le premier accord avec les États-Unis avait déjà été signé le 21 janvier et concernait lui aussi les livraisons de pétrole. Dans le même temps, Washington avait interdit toute vente à d’autres pays. Le 30 janvier, la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a annoncé une amnistie pour toutes les personnes qui s’étaient opposées au pouvoir de l’État depuis 1999, c’est-à-dire depuis l’accession d’Hugo Chávez à la présidence de la République.

En février, les conseillers cubains et le personnel médical cubain ont quitté le Venezuela. Les livraisons humanitaires de pétrole à l’île ont été interrompues, ce qui a considérablement aggravé la crise énergétique à Cuba. En mai, le Venezuela a extradé vers les États-Unis Alex Saab, qui avait pendant de nombreuses années contribué à contourner les sanctions imposées par l’Occident et avait occupé un poste ministériel.
Il importe de noter que, lorsque son arrestation a été rendue publique, les représentants du pouvoir ont opposé un silence de mort aux demandes d’information, tandis que ceux qui continuaient de soutenir le gouvernement affirmaient qu’il ne s’agissait que de rumeurs absurdes.
En juillet, après le tremblement de terre, du personnel militaire et technique venu des États-Unis et d’Israël est arrivé dans le pays. Les dirigeants vénézuéliens ne parlent plus de soutien à la Palestine.
À la place, le rétablissement des relations avec Israël a été annoncé. La coopération avec l’Iran a, de fait, cessé. Rappelons qu’Hugo Chávez qualifiait les liens avec la République islamique d’«Axe du Bien», opposé à l’«Empire du Mal», c’est-à-dire aux États-Unis.
Presque simultanément à l’annonce de cet accord et à son approbation par l’Assemblée nationale du Venezuela, Donald Trump et Delcy Rodríguez ont déclaré qu’il était encore trop tôt pour organiser des élections au Venezuela.
De toute évidence, Washington se satisfait pleinement d’un régime aussi docile. On peut s’attendre à ce que soit ensuite formulée l’exigence d’installer des bases militaires sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue, ce qui nécessiterait de modifier la Constitution de la République.
Rodríguez comprend, quant à elle, qu’elle a peu de chances de rester au pouvoir après un scrutin, puisque ses actes discréditent entièrement l’héritage de Chávez et de Maduro. Qui plus est, si l’opposition obtenait la majorité, l’actuelle cheffe de l’État par intérim et plusieurs autres membres de l’establishment pourraient se retrouver sur le banc des accusés.
Les déclarations selon lesquelles le pays ne serait pas prêt à organiser de nouvelles élections semblent donc être le résultat d’une entente entre la Maison-Blanche et les autorités vénézuéliennes. Si Washington compte réaliser de nouvelles acquisitions dans le cadre de sa nouvelle politique étrangère, qui définit l’ensemble de l’Amérique latine comme une zone d’intérêts directs des États-Unis, Caracas est, pour sa part, dominée par la crainte très prosaïque de perdre le pouvoir.
C’est d’ailleurs pour cette raison que Rodríguez retarde également l’exécution de plusieurs exigences américaines, notamment celles concernant la libération de prisonniers. Elle doit conserver des atouts pour de futures négociations.

S’agissant de la géopolitique pétrolière, le facteur iranien a manifestement joué lui aussi un rôle. Le projet initial des Américains visant à vaincre la République islamique et à prendre le contrôle des ressources de ce pays a échoué.
De plus, la navigation dans le détroit d’Ormuz, qui constitue la principale voie d’acheminement des hydrocarbures provenant des pays du golfe Persique, demeure paralysée.
Trump tente donc de réorganiser les actifs pétroliers, tout en escomptant des dividendes politiques à la veille des élections au Congrès américain. En contrôlant les vastes réserves pétrolières du Venezuela, Washington disposera de moyens de pression indirects sur les pays qui ont besoin de ce pétrole.
Il n’est pas anodin que le secrétaire d’État Marco Rubio ait été soutenu par la compagnie pétrolière ExxonMobil lors de précédentes élections au Congrès et qu’il en soit un lobbyiste déclaré. C’est également lui qui, dans les faits, dirige Delcy Rodríguez à distance par l’intermédiaire d’une messagerie et interdit à plusieurs figures majeures de l’opposition de retourner au Venezuela.
Étant donné que les autres pays voisins également fournisseurs de pétrole — la Colombie, l’Équateur et le Guyana — suivent eux aussi le sillage de Washington, la Maison-Blanche pourrait consolider ces actifs. Outre le facteur pétrolier, le département d’État exploite activement les questions de sécurité dans la région. Il serait par conséquent possible de constituer une sorte de bloc placé sous le contrôle des États-Unis, séparant l’Amérique centrale des pays andins et de l’Amazonie.
Une telle restructuration aura manifestement des répercussions sur la géopolitique de la région, laquelle, en raison des ingérences extérieures, ne parvient toujours pas à mener une intégration conforme à ses propres intérêts, alors même que des institutions officielles telles que la CELAC, l’UNASUR et le MERCOSUR existent depuis longtemps.

Toutefois, de nombreux obstacles pourraient contrarier les projets à long terme de Washington, qui rêve d’une «Grande Colombie» placée sous son contrôle. Ce n’est pas un hasard si la Maison-Blanche redoute à ce point la tenue d’élections au Venezuela, pays qui nécessite par ailleurs des injections financières colossales. Ce n’est pas non plus sans raison que plusieurs investisseurs ne se pressent pas d’entrer sur le marché de cette république instable — notamment du fait des actions des États-Unis —, où la situation pourrait à tout moment connaître une nouvelle aggravation radicale.
16:39 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, venezuela, états-unis, pétrole, amérique latine, amérique du sud, amérique ibérique |
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La Russie, puissance spatiale

La Russie, puissance spatiale
Michael Silnizki
Source: https://overton-magazin.de/top-story/russische-raummacht/
L’Eurasie en ligne de mire
« Tout ce qui vient de Russie est toujours présenté comme des “manœuvres du Kremlin”... Quelle absurdité ! On ne peut pas tout mettre sur le dos des manœuvres du Kremlin. »
— Poutine, 27 octobre 2022
« Pourquoi devrions-nous envahir ces territoires ? Nous avons les nôtres... La Sibérie et l’Extrême-Orient ne demandent qu’à être mis en valeur. Pourquoi aurions-nous besoin de territoires étrangers ? Nous devons développer les nôtres. Et ils n’auront même pas assez d’essence pour parcourir l’ensemble de notre territoire. »
— Poutine aux Européens, 7 novembre 2024
1. Le discours de Poutine et son interprète
Dans sa volumineuse étude intitulée The Myth of Eurasia: Why Russia Can’t Shed Its Imperial Delusions (« Le mythe de l’Eurasie : pourquoi la Russie ne parvient pas à se défaire de ses illusions impériales »), publiée le 18 août 2026 dans Foreign Affairs, la politologue turque Ayşe Zarakol (photo), qui enseigne à l’université de Cambridge, a avancé une thèse contestable : dès le début, Poutine aurait présenté son invasion de l’Ukraine « comme faisant partie d’une lutte culturelle » (as part of a cultural struggle). Cf.: https://www.foreignaffairs.com/reviews/myth-eurasia-russia-zarakol
Elle étaye sa thèse à l’aide de citations tirées du discours prononcé par Poutine quatre ans auparavant:
«En octobre 2022, écrit-elle, Poutine a prononcé un discours devant le Club international de discussion Valdaï afin de plaider en faveur de la “diversité des civilisations” (civilizational diversity). “L’uniformisation et l’effacement de toutes les différences sont, au fond, ce que recherche l’Occident moderne”, a déclaré Poutine. Les États-Unis souhaitaient étendre leur hégémonie “néocoloniale” (“neocolonial” hegemony) au monde entier en réprimant les aspirations des Russes. Le soutien occidental à l’Ukraine ferait partie intégrante d’une motivation plus générale visant à “restreindre et bloquer le libre développement des autres civilisations”. Dans cette lutte, selon Poutine, il serait question du droit “de chaque civilisation à suivre sa propre voie et à organiser son propre système sociopolitique”».
«Poutine évoluait là en terrain familier », résume-t-elle ensuite, avant de présenter les déclarations de Poutine, sous un angle géoculturel, comme une vieille idée remise au goût du jour, « apparue parmi les intellectuels de la Russie tsariste du XIXe siècle », lesquels « se révoltaient contre l’obsession des élites pour l’Occident».
Elle ne précise pas exactement quels « intellectuels » elle entend par là, mais s’est laissée entraîner, en faisant référence à l’«eurasisme», à parler de «l’idéologie dominante du Kremlin» (the Kremlin’s ruling ideology). Soit. Même les partisans les plus zélés et les plus fidèles de Poutine se seraient étonnés d’apprendre que le maître du Kremlin possède une quelconque idéologie, eux qui déplorent amèrement depuis des années l’absence d’idéologie en Russie depuis la disparition de l’Union soviétique.
Comme chacun sait, il n’existe aucun remède contre les préjugés et les ressentiments. À y regarder de plus près, il apparaît rapidement que le discours de Poutine ne constituait pas une apologie a posteriori de l’invasion de l’Ukraine « en tant que partie d’une lutte culturelle », mais une déclaration de guerre sans équivoque à l’ordre mondial unipolaire existant.
Le 27 octobre 2022, Poutine a prononcé un ambitieux discours de fond à caractère programmatique, particulièrement substantiel. Ce discours était de nature géopolitique et non géo-culturelle, même si Poutine s’est occasionnellement aventuré dans l’histoire de la pensée russe.
À ma connaissance, il n’a jamais plus prononcé de discours comparable. On ignore quel prête-plume lui a rédigé cette intervention ambitieuse. Cet auteur anonyme devait toutefois être hautement cultivé, excellent analyste et, de surcroît, posséder une connaissance remarquable des évolutions géopolitiques contemporaines. Peut-être toute une équipe a-t-elle rédigé le discours de Poutine.
Quoi qu’il en soit, ce discours constituait un règlement de comptes en règle avec l’« ordre mondial unipolaire » apparu depuis la fin de la «guerre froide». Dès le début de son intervention, Poutine s’en est pris avec virulence à ce qu’il appelait «l’unique règle» établie par les «détenteurs du pouvoir», laquelle revient à dire qu’ils peuvent «vivre en dehors de toute règle, que tout leur est permis et que tout demeure impuni, quoi qu’ils fassent».

Cette «règle» dépourvue de règles nous serait « constamment “martelée” », c’est-à-dire continuellement inculquée, par la «puissance mondiale». Poutine dit littéralement: «On a parlé aujourd’hui du pouvoir, mais moi, je parle du pouvoir mondial» (сейчас о власти говорили, я говорю о глобальной власти). Autrement dit, ce qui préoccupait Poutine en premier lieu et avant toute chose était l’ordre hégémonique mondial des États-Unis, dépourvu de règles — pardon: «fondé sur des règles» — à l’époque de l’unipolarité.
«La domination du monde est précisément ce que le soi-disant Occident a mis en jeu dans sa partie de pouvoir. Mais ce jeu est incontestablement dangereux, sanglant et, je dirais, sordide. » (Власть над миром – как раз то, что так называемый Запад поставил на кон в своей игре. Но игра эта, безусловно, опасная, кровавая и, я бы сказал, грязная.)
L’ordre mondial unipolaire « nie la souveraineté des pays et des peuples, leur identité et leur singularité, et méprise les intérêts des autres États. [...] Personne, à l’exception de ceux qui formulent précisément ces règles, n’a droit à un développement indépendant : tous les autres doivent se soumettre à ces règles».
Tel est le fond du discours de Poutine. Et qu’en a fait notre interprète? Elle a simplement pris ce discours comme prétexte pour exposer ses propres réflexions sur les différences culturelles entre la Russie et l’«Occident». Ce thème est, il est vrai, aussi ancien que l’histoire empreinte de préjugés des rencontres russo-européennes.
Sous le titre révélateur Perverses Abendland – barbarisches Russland (« Occident pervers — Russie barbare »), Gabriele Scheidegger écrit par exemple, à propos des «rencontres des XVIe et XVIIe siècles à l’ombre des malentendus culturels»:
«Lorsque Russes et Européens occidentaux entraient en contact aux XVIe et XVIIe siècles, l’entente cordiale était rare. La plupart du temps, ils se séparaient en fronçant le nez, voire remplis de dégoût, et les deux camps se voyaient pleinement confortés dans leurs préjugés»¹.
«Les positivistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, poursuit Scheidegger, partirent bruyamment en guerre contre le retard de la Russie. Le témoin principal de cette tendance est Alexander Brückner, cet “élève russifié [...] de Droysen et de Ranke”. [...] Brückner ne se contenta pas de reprendre les jugements négatifs des anciens voyageurs en Russie ; il les renforça encore par sa propre consternation: “Jusqu’à l’époque de Pierre le Grand, les autres peuples portent unanimement sur les Moscovites le jugement le plus défavorable que l’on puisse imaginer. [...] Violence, mensonge, saleté physique et morale, inculture et superstition, arrogance asiatique et incapacité méprisable : tels sont les traits saillants de l’État et de la société, tels qu’ils apparaissent à Moscou et chez ses représentants aux observateurs d’Europe occidentale”»².
Notre interprète de Poutine ne souhaite cependant pas aller aussi loin. Se référant à l’ouvrage The Steppe and Its Empires («La steppe et ses empires»), paru tout récemment en mai 2026, Zarakol critique son auteur, l’historien Michael Khodarkovsky, qui, par sa théorie de la steppe, rapprocherait trop la Russie, sur le plan culturel, des grands empires asiatiques.
«C’est une erreur de croire, estime Zarakol, que Poutine agit ainsi parce qu’il marche dans les pas de souverains et de seigneurs de guerre eurasiatiques. Cette conception simplifie une histoire complexe [...] En remontant si loin dans le passé, elle commet l’erreur d’arracher Poutine et la Russie moderne à leur propre époque».
La thèse de Khodarkovsky rappelle en effet de manière frappante l’ouvrage de Karl A. Wittfogel, Oriental Despotism: A Comparative Study of Total Power («Le despotisme oriental: étude comparative du pouvoir total»), paru en 1957 en pleine guerre froide et qui assimilait la Russie à un « despotisme oriental».
À la différence de Khodarkovsky, Zarakol porte sur la Russie un regard un peu plus nuancé. «Pendant des siècles, les Russes se sont à la fois tournés vers l’Europe et efforcés de s’en démarquer». Selon elle, « deux choses peuvent être vraies en même temps » (Two things can be true at once). Premièrement, «l’association de la Russie à la steppe eurasienne est politiquement motivée», afin que les Européens puissent se démarquer de la Russie et se considérer «comme l’avant-garde de la modernité [...] par opposition aux prétendues pathologies ou au retard de “l’Orient”».
Deuxièmement, lorsque la Russie ne se comportait pas comme les Européens l’attendaient, «c’était la faute de son côté asiatique primitif et cruel», ce qui «créait la fiction selon laquelle les pays occidentaux seraient incapables de pareille cruauté». Mais lorsque les Russes s’approprient le récit eurasien, ils se démarquent de l’Europe et de l’Occident, «que Poutine et ses alliés dénigrent en les qualifiant de décadents, arriérés et immoraux».
Cette dernière affirmation de Zarakol, en particulier, ne saurait rester en l’état, car elle contredit le discours de Poutine du 27 octobre 2022 cité par notre interprète. «La Russie, en tant que civilisation indépendante et singulière, ne s’est jamais considérée et ne se considère toujours pas comme l’ennemie de l’Occident. L’américanophobie, l’anglophobie, la francophobie et la germanophobie sont des formes de racisme au même titre que la russophobie et l’antisémitisme — comme, du reste, toutes les manifestations de xénophobie » (Россия, будучи самостоятельной, самобытной цивилизацией, никогда не считала и не считает себя врагом Запада. Американофобия, англофобия, франкофобия, германофобия – это такие же формы расизма, как русофобия и антисемитизм – впрочем, как и любые проявления ксенофобии), a déclaré Poutine dans son discours.
Ce à quoi veut finalement en venir l’interprète de Poutine n’apparaît que vers la fin de son exposé :
«La Russie est un empire qui s’est tordu pour prendre la forme d’un État-nation moderne » (Russia is an empire that has twisted itself into the form of a modern nation-state), « une grande partie de son territoire ayant été acquise par la conquête et la colonisation “intérieures”, notamment par la colonisation de peuplement, comme en Amérique du Nord, en Australie et ailleurs. [...]
La relation ambivalente à l’Europe constitue elle aussi une composante essentielle de la vision russe du monde. Si l’on considère tous ces aspects dans leur ensemble, le pays auquel la Russie ressemble le plus, historiquement comme aujourd’hui, n’est ni la Turquie ni l’Iran, mais les États-Unis. La volonté de voir exclusivement en la Russie le produit de son empreinte steppique finit par déformer et simplifier cette histoire.
Le rappel de l’héritage eurasien de la Russie est utile dans la mesure où il met en évidence la complexité fondamentale de la Russie actuelle. Le passé ne doit toutefois pas être morcelé au service d’un programme contemporain; la Russie était ancrée à la fois en Europe et en Asie et a été profondément façonnée par sa rivalité avec les États-Unis pendant la guerre froide du XXe siècle. L’attaque de Poutine contre l’Ukraine, ses ambitions impériales déclarées et sa répression impitoyable de toute dissidence ne font pas de lui un tsar, un khan, un chah ou un sultan des temps modernes. Ses agissements fautifs relèvent de sa seule responsabilité».
L’idée selon laquelle la Russie ressemblerait plus que tout autre pays aux États-Unis, tant historiquement qu’aujourd’hui, est certes novatrice, mais elle paraît fort éloignée de la réalité du point de vue géopolitique et géo-culturel.
2. L’identité spatiale de la pensée russe
Qu’en est-il donc? Qu’est-ce que la Russie? Un «mastodonte» selon Bismarck, un empire des steppes selon Khodarkovsky, ou simplement un sosie des États-Unis selon Zarakol? Et «l’attaque de Poutine contre l’Ukraine» correspond-elle réellement à « ses ambitions impériales déclarées» (his professed imperial ambitions), comme l’affirme Zarakol?
Ces questions ne peuvent être dissociées si l’on veut comprendre les intentions de Poutine dans le conflit ukrainien ainsi que la place de la Russie en Europe et en Eurasie. Cette compréhension ne peut toutefois être obtenue ni sur le plan géo-culturel, comme chez Zarakol, ni sur le plan historique, comme chez Khodarkovsky, mais bien sur les plans géopolitique et sécuritaire.
«La Russie, estimait autrefois Bismarck, est davantage une force élémentaire qu’un cabinet, davantage un mastodonte qu’un diplomate, et doit être traitée comme le mauvais temps jusqu’à ce qu’on puisse la changer — et non comme des hommes politiques doués de raison»³.
Cela était peut-être vrai durant la seconde moitié du XIXe siècle. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Poutine est un diplomate retors et un homme politique qui « pense » stratégiquement, même s’il a commis de nombreuses erreurs tactiques dans le conflit ukrainien. Cela tient au fait que les dirigeants russes et les élites de pouvoir qui les soutiennent, comme Zarakol l’a justement relevé, restent jusqu’à aujourd’hui «façonnés par leur rivalité avec les États-Unis pendant la guerre froide du XXe siècle».

Enfant de la guerre froide, Poutine garde encore un souvenir très présent de la confrontation entre les systèmes et de la dissuasion nucléaire, avec le danger d’un anéantissement mutuel, dont il ne parvient apparemment toujours pas à se détacher. Cela l’incite, lui et son équipe, à la prudence. À juste titre? Pas entièrement. Un excès de prudence peut devenir contre-productif et conduire à des décisions tactiques erronées, ce qui s’est d’ailleurs produit.
L’OTAN d’aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était à l’époque de la guerre froide, et la communauté transatlantique actuelle n’est pas cet Occident de la guerre froide qui débordait tant de puissance qu’il pouvait à peine marcher.
À cela s’ajoutent les expériences amères et douloureuses des années 1990, durant lesquelles la Russie a traversé une période extrêmement difficile. Elles continuent de produire leurs effets jusqu’à aujourd’hui et le pays ne les a toujours pas entièrement surmontées. Cela incite également les dirigeants russes sous Poutine à la prudence.
La guerre en Ukraine est en outre, dans une certaine mesure, une conséquence de la disparition de l’empire soviétique ainsi que d’un processus encore inachevé de répartition de l’espace entre les États ou entités de pouvoir qui en sont issus. Ce processus de division et de redistribution spatiales prendra peut-être fin avec la guerre en Ukraine.
Ce qui restera encore de l’Ukraine ne pourra être constaté qu’après la fin des hostilités. Une chose est toutefois déjà claire: la Russie s’établira de nouveau comme la puissante puissance spatiale eurasienne, dotée de forces armées aguerries et parfaitement préparées à une guerre du XXIe siècle.
Dans ce contexte, il convient de se remémorer très précisément la signification et l’importance de l’espace dans les conceptions géopolitiques et sécuritaires russes. La prédominance de l’espace dans la pensée russe se manifeste par le fait que l’unité (единство) et l’intégrité (целостность) de l’espace deviennent des postulats incontestables de pratiquement tout credo de politique intérieure et extérieure, et incarnent la raison d’État par excellence.
C’est pourquoi Zarakol donne expressément raison à Khodarkovsky sur au moins un point lorsqu’elle écrit: «Il est incontestable que la Russie n’est pas un pays “européen” au sens sociopolitique du terme et que les influences de la steppe contribuent à cette différence» (It is obviously true that Russia is not a “European” country in the sociopolitical sense of the word, and the steppe influences are partly the reason why it is something different).
Sans en avoir conscience, elle souligne la signification et «l’influence» de l’espace dans l’histoire russe, qu’elle appelle la «steppe» à la suite de Khodarkovsky. Mais elle méconnaît dans le même temps la dimension de la pensée spatiale dans la géopolitique et la politique de sécurité russes, parce qu’elle ne perçoit l’histoire russe que sous un angle géo-culturel.
Puisque la puissance spatiale russe s’oriente prioritairement vers la sécurisation et la maîtrise de son propre espace de puissance, le principe de droit international de non-ingérence dans les affaires intérieures revêt une importance primordiale pour la politique étrangère russe. C’est pourquoi les dirigeants russes rejettent catégoriquement toute ingérence de puissances étrangères à cet espace dans les affaires intérieures de leur propre espace de puissance et réagissent de manière épidermique aux leçons occidentales de toute nature.
L’identité spatiale de la pensée russe implique déjà un principe de démarcation vis-à-vis des puissances étrangères à cet espace et rejette catégoriquement tout principe universel d’ingérence — tel que l’extension transfrontalière des prétendues «valeurs occidentales» — à l’intérieur de l’espace de la puissance russe.

Alors que le prosélytisme des «valeurs occidentales» est depuis longtemps devenu un moyen d’auto-habilitation au service de la politique transatlantique d’expansion et d’intervention, l’identité spatiale de la pensée russe demeure, par principe et par tendance, dépourvue de charge idéologique. C’est pourquoi la prétendue «idéologie dominante du Kremlin» (the Kremlin’s ruling ideology) n’est rien d’autre qu’un mirage.
L’accusation régulièrement portée contre le Kremlin, selon laquelle il mènerait une politique étrangère agressive et expansionniste, relève donc des mythes construits à des fins géopolitiques et sert uniquement à dissimuler la politique transatlantique d’expansion et d’intervention.
C’est précisément l’identité spatiale de la pensée russe et la conception absolue de la souveraineté qui en résulte qui constituent la meilleure preuve du caractère pragmatique de la politique étrangère russe. D’une part, celle-ci est tournée vers l’espace intérieur et non vers le dépassement des espaces; d’autre part, elle vise essentiellement à protéger l’espace intérieur de la puissance contre les influences extérieures, afin que les structures internes de l’ordre puissent demeurer maîtrisables ou être maintenues.
Elles évitent surtout que la géopolitique russe ne glisse vers une confrontation idéologique devenue anachronique. La pensée géopolitique russe contemporaine est donc fondée sur la Realpolitik.
Aujourd’hui, la Russie se préoccupe avant tout de sa propre survie géopolitique dans les limites de l’espace de puissance existant et reconnu par le droit international, ainsi que de la sécurisation de l’espace intérieur de cette puissance spatiale. La guerre en Ukraine ne contredit pas cette affirmation, comme nous le verrons plus loin.
De même qu’il existe un espace mondial dont tous les espaces de puissance particuliers ne sont que des parties, chaque espace de puissance important possède un caractère exclusif auquel ne correspond aucune évolution historique comparable. À mesure qu’une conception du pouvoir et de la vie se fond dans un espace concret, elle acquiert un caractère historique et culturel unique et singulier.
La caractéristique de l’espace mondial réside au contraire — aussi paradoxal que cela puisse paraître — dans son caractère supra-spatial. Il en est ainsi parce qu’il ne connaît aucune limite de puissance et que, s’étendant au-delà de chaque espace de puissance, il n’est circonscrit par aucun d’entre eux.
La puissance hégémonique américaine, qui entend régner sur cet espace mondial, est, vue sous cet angle, un monstre supra-spatial incapable de remplir une fonction identitaire au sein d’un espace de puissance concret.
Elle ne peut produire d’identité dans un espace de puissance concret, parce que celui-ci se conçoit comme un espace intérieur identique à lui-même, qui ne peut être transformé de l’extérieur, sauf au moyen d’une intervention militaire et/ou d’une subversion intérieure. Mais, à la différence des années 1980 et 1990, il n’existe aujourd’hui rien qui puisse faire éclater de l’extérieur comme de l’intérieur l’espace intérieur de la puissance spatiale russe.
3. La stratégie de puissance continentale de Poutine
Dans le contexte de cette identité spatiale de la pensée russe se pose la question de savoir quelle géopolitique la Russie de Poutine poursuit aujourd’hui. À la différence de l’Union soviétique durant les trois dernières décennies de son existence, Poutine marche dans les pas de Staline.
En tant qu’«homme politique à la pensée continentale», Staline est resté fidèle, dans son positionnement géostratégique, à la politique expansionniste traditionnelle de Moscou et ne portait pas son regard «très loin au-delà de la périphérie géographique de l’Union soviétique», écrivait en 1981 Lothar Rühl (1927-2025), l’un des plus importants géopoliticiens allemands de l’après-guerre, dans son ouvrage toujours digne d’intérêt Russlands Weg zur Weltmacht («La voie de la Russie vers le statut de puissance mondiale»).⁴
Staline limita sa géopolitique au continent eurasien et se révéla ainsi «un stratège prudent qui évaluait correctement, sans les surestimer, les possibilités et les capacités de l’État soviétique sur les plans économique et politique. C’est pourquoi, après 1945 également, il rejeta tous les projets de la direction de la marine soviétique visant à mettre en œuvre un ambitieux programme de construction navale pour acquérir des bâtiments de combat de haute mer destinés à un déploiement mondial, ou à constituer à grande échelle des forces aériennes stratégiques à portée intercontinentale»⁵.
En concentrant toutes les forces exclusivement sur la mise au point d’armes nucléaires et la construction de missiles, Staline maintint sa stratégie de puissance continentale jusqu’à sa mort en 1953. Ce positionnement géostratégique de l’Union soviétique changea brutalement avec l’accession de Nikita Khrouchtchev au poste de secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique.
Sous Khrouchtchev, par son «activité extraordinairement accrue sur la scène politique mondiale», l’Union soviétique « abandonna la limitation propre à la conception expansionniste de Staline, selon laquelle les prises de pouvoir communistes n’avaient de chances de réussir, et ne méritaient donc d’être soutenues, qu’à proximité géographique de l’Union soviétique et avec le soutien direct ou indirect de l’Armée rouge»⁶.
Ce fut Nikita Khrouchtchev qui engagea le passage de «l’hégémonie continentale classique de l’époque stalinienne» à une stratégie de puissance mondiale ou de superpuissance. Il fut le premier dirigeant de Russie «à tenter de mener une politique mondiale», même s’il échoua d’abord «parce que les moyens n’étaient pas encore suffisants et parce qu’il exposa ainsi l’Union soviétique au danger sans protection. Son offensive dynamique contre la puissance mondiale américaine remporta des succès en Inde, au Proche-Orient et à Berlin, mais révéla avec éclat à Cuba les faiblesses de l’Union soviétique»⁷.
Cette rupture dans la géostratégie soviétique, dictée aussi bien par l’idéologie soviétique que par l’ambition personnelle de pouvoir, rejeta la géopolitique continentale traditionnelle pratiquée depuis des siècles, ainsi que la prudente «hégémonie continentale» de Staline. Elle entraîna une surexpansion de la politique hégémonique soviétique qui dépassait totalement les capacités économiques, technologiques et militaires du système, avec des conséquences dévastatrices pour l’existence même de l’empire.
Khrouchtchev prit ainsi une décision géostratégique fatale qui finit par causer la perte de l’empire soviétique et de son idéologie communiste. Certains nostalgiques de l’Union soviétique n’ont toujours pas compris toute la portée de cette décision géostratégique de la direction soviétique, imputable à Khrouchtchev, et continuent de rêver au rétablissement du «glorieux» passé impérial de facture soviétique.
L’empire soviétique s’est en effet épuisé économiquement et idéologiquement du fait de son extension hégémonique excessive; il s’est ensuite effondré, puis désintégré. Mais cet effondrement et cette désintégration furent précédés de trente longues années de politique soviétique d’expansion et de puissance mondiale. Après le départ de Khrouchtchev, un «repli de la Russie sur elle-même, enfermée dans la forteresse de grande puissance bâtie par Staline, [...] n’était plus possible».⁸ «Le déclin était déjà inscrit dans l’ascension au rang de puissance mondiale»⁹.
Aujourd’hui, Poutine est revenu à la stratégie traditionnelle de puissance continentale, maintenue jusqu’à Staline inclus. Sous Poutine, précisément, la Russie a renoncé par principe à la stratégie soviétique de puissance mondiale amorcée sous Khrouchtchev et l’a définitivement abandonnée.
Si le conflit ukrainien correspond en principe à la stratégie de puissance continentale de Poutine, il n’en découle toutefois pas sur le plan causal. Les causes du conflit ne résident pas dans la politique expansionniste attribuée à Poutine ni dans son prétendu «néo-impérialisme», mais plutôt dans la politique d’expansion de l’OTAN depuis la disparition de son rival soviétique, contre laquelle un spécialiste américain de la Russie aussi éminent que George F. Kennan avait déjà lancé de pressants avertissements dans les années 1990. Une Ukraine membre de l’OTAN constituerait une catastrophe géostratégique pour la Russie, car celle-ci perdrait sa «profondeur stratégique» — «la zone tampon entre le cœur de la Russie et de puissants adversaires européens» —, comme l’a fermement souligné le groupe de réflexion américain Carnegie Endowment¹⁰.
La Russie actuelle se replie plutôt dans sa «forteresse de grande puissance». D’une part, elle cherche à assurer sa sécurité en nouant des relations économiques et militaires toujours plus étroites avec la Chine; d’autre part, face à l’environnement occidental hostile, elle tente de parvenir à l’autarcie.
Dans le contexte de l’affaiblissement de l’hégémonie américaine, du retour de la Russie à sa stratégie traditionnelle de puissance continentale — qui, selon la conception qu’elle en a, aboutit en définitive à une révision de l’ordre de sécurité paneuropéen dominé par les États-Unis — et de l’ascension fulgurante de la Chine au rang de superpuissance géoéconomique, il existe aujourd’hui une constellation de grandes puissances sans précédent, qui rend possible et nécessaire une architecture paneuropéenne de sécurité.
Dmitri Trenin souligne à juste titre qu’«une réforme de l’architecture européenne de sécurité» doit reposer sur «deux piliers — l’un occidental et l’autre russe» et qu’il est impossible que cette architecture garantisse une paix durable sans inclure ni prendre en considération les intérêts russes en matière de sécurité¹¹.
Dans le cas contraire, il existe un risque aigu que les élites au pouvoir dans l’Union européenne, qui donnent aujourd’hui le ton en Europe, pensent pouvoir manipuler leur propre population en agitant la «menace russe» et rêvent encore d’infliger une «défaite stratégique» à la Russie, connaissent elles-mêmes leur Waterloo.
Notes:
(1) Scheidegger, G., Perverses Abendland – barbarisches Russland. Begegnungen des 16. und 17. Jahrhunderts im Schatten kultureller Missverständnisse. Zürich 1993, 9.
(2) Scheidegger (voir note 1), 26.
(3) Cité d'après Wittram, R., Die russisch-nationalen Tendenzen der achtziger Jahre, in: ders., Das Nationale als europäisches Problem. Beiträge zur Geschichte des Nationalitätsprinzips vornehmlich im 19. Jahrhundert. Göttingen 1954, 183-213 (189).
(4) Ruehl, L., Russlands Weg zur Weltmacht. Düsseldorf /Wien 1981, 413.
(5) Ruehl (voir note 4), 413 f.
(6) Grewe, W. G., Spiel der Kräfte in der Weltpolitik. Theorie und Praxis der internationalen Beziehungen. Düsseldorf Wien 1970, 224 f.
(7) Ruehl (voir note 4), 416.
(8) Ruehl (voir note 4), 439.
(9) Ruehl (voir note 4), 539.
(10) Rumer, E./Weiss, A. S., Ukraine: Putin`s Unfinished Business. carnegieendowment.org 12.11.2021.
(11) Trenin, D., Arms accords between Russia and the west stand a chance despite treat of conflict. ft.com 18.02.2022.
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jeudi, 10 septembre 2026
La fabrique de l’urgence: pourquoi le système économique se nourrit de crises permanentes

La fabrique de l’urgence: pourquoi le système économique se nourrit de crises permanentes
Giovanni Balducci
Source: https://geopoliticaesistemi.com/la-fabbrica-dellemergenza...
De la gestion de la pandémie, qui a redéfini les frontières du contrôle social, à la menace constante de la guerre hybride, jusqu’à la récente attaque de drones contre l’aéroport de Leipzig — attribuée à des agents russes et qualifiée sans détour par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de signe d’une «nouvelle normalité» à laquelle les Européens doivent s’habituer —, il n’y a qu’un pas. Un fil rouge relie les urgences sanitaires aux urgences géopolitiques: la systématisation du choc.
Le capitalisme contemporain ne vise plus la stabilité, mais repose au contraire sur un mécanisme complexe qui s’alimente cycliquement de la crise. Loin d’être des anomalies accidentelles ou des dysfonctionnements temporaires, les situations d’urgence sont devenues le carburant indispensable à la survie et à l’expansion de l’économie mondiale.
La logique profonde de ce modèle repose sur la nécessité chronique de dépasser les limites imposées par la surproduction et la stagnation. Lorsque les marchés traditionnels ralentissent, le système entre en difficulté. C’est là que l’urgence agit comme un puissant détonateur: elle efface les dettes symboliques, dévalorise le capital existant afin de permettre une nouvelle concentration de celui-ci et ouvre des marchés entièrement vierges. La catastrophe, ou sa perception constante, justifie des interventions étatiques massives qui détournent les ressources publiques vers le secteur privé, en finançant de grands travaux, des transitions technologiques imposées et des dispositifs de sécurité.
Dans ce contexte, la sécurité, la santé et le bien-être cessent d’être des droits fondamentaux ou des biens publics pour se transformer en marchandises lucratives — que l’on songe aux propos tenus par le président du Forum économique mondial au sujet de l’eau ! Chaque crise génère une demande artificielle et incontournable: on achète des valeurs refuges, des technologies de surveillance, des polices d’assurance, des médicaments d’urgence et des services de conseil stratégique en matière de défense. La vulnérabilité collective devient ainsi une mine d’or pour ceux qui disposent des capitaux nécessaires afin d’investir dans les solutions. Plus le monde paraît fragile et menacé, plus la valeur marchande de ceux qui offrent une protection augmente, créant ainsi une incitation perverse à maintenir un niveau d’alerte élevé.
La célèbre théorie de la destruction créatrice de Joseph Schumpeter trouve aujourd’hui son expression la plus aboutie dans l’économie du choc permanent. Ce n’est plus l’innovation technologique spontanée qui renouvelle le tissu productif, mais l’événement déstabilisateur. Une crise ébranle les fondements des marchés, balayant les petites entreprises les moins structurées et favorisant de gigantesques processus de concentration monopolistique entre les mains de quelques multinationales et fonds d’investissement mondiaux. Immédiatement après le choc, des plans de relance et de reconstruction financés par la dette sont mis en œuvre, garantissant pendant des années des profits assurés et protégés par l’État.
Enfin, le besoin d’urgence revêt une très forte dimension politique et sociale. L’état d’exception permanent normalise la suspension des droits syndicaux et civils au nom de l’urgence et de l’intérêt supérieur. Face à un danger imminent — qu’il s’agisse d’un effondrement des marchés boursiers, d’un virus mondial ou d’une escalade militaire aux frontières —, la dissidence est neutralisée et les décisions économiques les plus impopulaires sont imposées d’en haut, sans passer par le filtre de la médiation démocratique. Il en résulte une société perpétuellement sur la défensive, fragmentée et incapable d’imaginer un avenir différent, prisonnière d’un éternel présent dans lequel la seule certitude est la prochaine crise à affronter.
21:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, économie, urgence |
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Acide, acétone, papier aluminium: la piste Soros derrière une ONG à Ceuta

Acide, acétone, papier aluminium: la piste Soros derrière une ONG à Ceuta
Source: https://report24.news/saeure-aceton-alufolie-die-soros-sp...
À Ceuta, des engins explosifs improvisés sont lancés contre des soldats et des citoyens qui manifestent. Peu après, la police identifie des collaborateurs de l’ONG de gauche d’aide aux migrants No Name Kitchen, qui auraient acheté avec des migrants d’importantes quantités d’acide chlorhydrique, de papier aluminium et d’acétone. Derrière cette organisation se trouve un réseau de financement qui, à travers plusieurs niveaux, remonte jusqu’à l’entourage des Open Society Foundations de George Soros.
L’enclave espagnole est sous pression depuis plusieurs semaines. Des migrants venus du Maroc tentent régulièrement de franchir la frontière, des soldats sont attaqués et les habitants protestent contre la situation. Dans ce contexte, les enquêteurs s’intéressent précisément à une ONG qui s’oppose depuis des années à la protection des frontières européennes et soutient les migrants clandestins le long de la route des Balkans.
Selon les informations d’El Español, la Policía Nacional a identifié plusieurs collaborateurs de No Name Kitchen qui auraient acheté, avec des migrants, de grandes quantités de salfumán — de l’acide chlorhydrique vendu dans le commerce —, de papier aluminium et d’acétone. Ces achats ont attiré l’attention des policiers, car de tels matériaux peuvent servir à fabriquer des engins explosifs chimiques improvisés. Quelques jours auparavant, des récipients de ce type avaient déjà été utilisés à Ceuta contre des soldats et des habitants qui manifestaient.
Jeudi, des soldats en patrouille ont été attaqués avec de telles armes chimiques ; vendredi, ce fut au tour d’une manifestation d’habitants d’être visée. Dimanche, une nouvelle attaque contre des soldats s’est produite dans le secteur de San Amaro. Trois Marocains ont été arrêtés après l’un de ces incidents. La police cherche à déterminer si ces achats suspects sont liés aux engins explosifs utilisés précédemment. L’acide chlorhydrique, le papier aluminium et l’acétone étant en vente libre, les acheteurs n’ont pas été arrêtés dans un premier temps pour leur acquisition.
La police espagnole enquête sur l’ONG No Name Kitchen après que ses membres ont été vus en train d’acheter de l’acide chlorhydrique, du papier aluminium et de l’acétone en compagnie de migrants à Ceuta.
Deux membres de NNK avaient déjà été arrêtés
Pour justifier ces achats sensibles, No Name Kitchen sert une inoffensive histoire de cuisine: le papier aluminium aurait été destiné aux aliments et les solvants au nettoyage. Les policiers sur place semblent avoir accordé moins de crédit à cette explication. Selon El Español, ils ont identifié les personnes concernées et poursuivent leurs investigations sur les faits et les acheteurs. Quelques jours auparavant, des engins explosifs chimiques improvisés avaient été utilisés à Ceuta contre des soldats et des habitants qui manifestaient.
Ainsi, lorsque le ministère de l’Intérieur dirigé par les socialistes affirme que ni la Policía Nacional ni la Guardia Civil n’enquêtent sur « une ONG » soupçonnée d’avoir fourni du matériel destiné à la fabrication d’engins explosifs, cela peut peut-être être vrai — du moins pour l’instant. Après tout, l’enquête de la police vise principalement les personnes identifiées. Le seul problème est que celles-ci ont précisément acheté ces matériaux pour le compte de cette ONG de gauche. Le fait que Madrid, dirigé par les socialistes, publie maintenant un démenti qui passe à côté du cœur de l’enquête policière a au moins de quoi interpeller.
Une GUERRE CIVILE menace-t-elle CEUTA ?
Selon La Gaceta, la chaîne de supermarchés Mercadona aurait alerté la police dès vendredi que des groupes de migrants clandestins auraient acheté en grandes quantités des bouteilles d’aguafuerte — de l’acide chlorhydrique — et du papier aluminium.
Ce n’est pas la première fois que No Name Kitchen entre en conflit avec la police à Ceuta. Dès le 23 août, deux collaborateurs de l’organisation avaient été arrêtés. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a déclaré publiquement qu’ils auraient incité des groupes violents à s’en prendre à des policiers, avant de refuser d’obéir aux instructions des forces de l’ordre. L’ONG conteste également cette version des faits et affirme que ses collaborateurs se sont contentés de filmer des interventions policières contre des migrants. Le débat porte ainsi sur une organisation dont le personnel est entré à plusieurs reprises en conflit avec les services de sécurité en l’espace de quelques jours: d’abord pour une incitation présumée à la violence contre des policiers, puis en raison d’un achat suspect de produits chimiques et de matériaux qui avaient joué un rôle, peu de temps auparavant, dans des attaques commises à Ceuta.

L’argent de Soros derrière le réseau d’ONG
Dès qu’il est question d’argent, le récit de l’inoffensive équipe de bénévoles fait rapidement long feu. Depuis des années, No Name Kitchen est intégrée à un réseau international d’organisations migratoires de gauche et de fondations disposant de moyens financiers considérables. Au cœur de ce réseau figurent les Open Society Foundations de George Soros. No Name Kitchen comptait parmi les fondateurs du Border Violence Monitoring Network. Dès 2019, ce réseau déclarait ouvertement recevoir des fonds d’Open Society. Cet argent servait à financer des postes ainsi que les frais de déplacement des bénévoles. À l’époque, No Name Kitchen intervenait le long de la route des Balkans en tant que composante de ce dispositif et est restée membre du réseau jusqu’en 2023.
La piste Soros n’a toutefois pas disparu pour autant. Aujourd’hui, No Name Kitchen reçoit de l’argent d’organisations qui travaillent elles-mêmes en étroite collaboration avec Open Society. L’une d’entre elles est Choose Love. Cette organisation britannique finance No Name Kitchen depuis des années et participe parallèlement, aux côtés d’Open Society, du Rockefeller Brothers Fund, de la Fondation Robert Bosch et d’autres grandes fondations, à des fonds communs destinés au financement d’organisations d’aide aux migrants.
La police espagnole enquête après qu’un important groupe de migrants clandestins, principalement marocains et accompagnés de membres d’une ONG financée par George Soros, a acheté de grandes quantités d’acide chlorhydrique et de papier aluminium dans un supermarché de Ceuta, produits qui pourraient être destinés à fabriquer des engins artisanaux…

La Guerrilla Foundation a également largement financé No Name Kitchen: 16.500 euros ont été versés à l’organisation en 2023. Cette même fondation avait auparavant créé FundAction avec l’Open Society Initiative for Europe et d’autres bailleurs de fonds. Les fondations participantes avaient expressément mis leurs ressources en commun, avant de les redistribuer par l’intermédiaire de ce fonds collectif.
Voici comment fonctionne ce système : au sommet se trouvent des fondations disposant de milliards, en dessous des fonds communs et des organismes de financement, et tout en bas des groupes comme No Name Kitchen, présents aux frontières de l’Europe. L’argent passe entre plusieurs mains, tandis que les bailleurs de fonds initiaux s’éloignent toujours davantage des événements sur le terrain. Pour les observateurs extérieurs, il devient presque impossible de déterminer de quel fonds provenait initialement chaque euro. Mais si, au bout du compte, de tels extrémistes de gauche tuent des soldats, des policiers ou même des citoyens qui manifestent au moyen de leurs engins incendiaires chimiques, ces bailleurs de fonds devront eux aussi répondre à l’accusation d’avoir contribué, par leur soutien financier, à ces actes de violence.
20:52 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, ong, ceuta, espagne, europe, affaires européennes |
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mercredi, 09 septembre 2026
Le signal de Bichkek

Le signal de Bichkek
Karl Richter
Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798
Question à prix: où se trouve Bichkek? À elle seule, cette question en dit long sur le niveau et l’horizon de la presse allemande dite de qualité. Ces jours-ci, celle-ci n’a pas grand-chose à offrir en dehors du dénigrement de Poutine et d’une haine hystérique envers l’AfD. Bichkek, la capitale du Kirghizstan (anciennement Kirghizie), n’apparaît pas sur son écran radar.
C’est une erreur. Car, la semaine dernière, à Bichkek, dans l’ombre de manchettes plus tapageuses, un signal a été envoyé qui pourrait s’avérer incomparablement plus important pour le monde du 21ème siècle que les démonstrations belliqueuses du gouvernement Merz ou les grossièretés de Trump. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) y a tenu son sommet de deux jours, qui coïncidait cette fois avec le 25ème anniversaire de l’organisation. Une raison suffisante pour y regarder d’un peu plus près.
Avec le bloc des BRICS, l’OCS constitue le deuxième grand regroupement de pays non occidentaux qui se considère — du moins implicitement — comme une organisation concurrente de l’Occident. Contrairement aux BRICS, l’Organisation de coopération de Shanghai est toutefois clairement limitée à l’espace eurasiatique. Néanmoins, selon ses propres chiffres, ses dix États membres — la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Russie, la Biélorussie, l’Iran, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan — représentent plus de 40% de la population mondiale et environ 36 à 38% de la production économique mondiale. C’est presque autant que le bloc des BRICS — environ 40% — et nettement plus que le G7, qui ne produit plus qu’environ 28% de la richesse économique mondiale. Au vu de tels chiffres, le monde aurait tout intérêt à compter avec l’Organisation de coopération de Shanghai. Pourtant, elle est pratiquement absente des médias grand public allemands.

Des chefs d’État et de gouvernement de 21 pays ont participé au sommet de Bichkek. Parmi eux figuraient les représentants des principaux États non occidentaux: le dirigeant chinois Xi Jinping, le Premier ministre indien Narendra Modi, le chef du Kremlin Vladimir Poutine, le président turc Erdoğan et le chef du gouvernement iranien Pezeshkian. Même le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, était présent. Le sommet avait pour devise: «25 ans de l’OCS: ensemble pour une paix, un développement et une prospérité durables».
La déclaration finale du sommet a condamné les «attaques militaires contre le territoire de la République islamique d’Iran, qui ont fait de nombreuses victimes civiles et causé des dommages considérables à l’économie du pays». Les attaques des États-Unis et d’Israël violaient — ce que presque personne ayant toute sa raison ne saurait contester — «les principes et les normes du droit international ainsi que la Charte des Nations unies».
Dans le même temps, à la suite de la mort de l’ancien Guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors de la frappe de décapitation américaine menée fin février, les signataires ont exprimé leurs «sincères condoléances». L’OCS a affirmé son soutien à la «souveraineté et à l’intégrité territoriale» de l’Iran et s’est prononcée en faveur d’un règlement politique et diplomatique du conflit dans le Golfe. Le «droit inaliénable» de Téhéran d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques a également été réaffirmé.
La déclaration portait également sur les «mesures coercitives unilatérales» qui contrevenaient aux règles de l’ONU et de l’OMC et pouvaient avoir des «répercussions négatives sur l’économie mondiale». Les Européens et les Américains étaient ainsi visés, eux qui, à la manière de flibustiers, se sont désormais mis à saisir des biens russes, comme les navires de la prétendue «flotte fantôme», voire à s’approprier des pays entiers tels que le Venezuela, riche en pétrole.
Dans le domaine économique, les discussions ont porté sur de nouvelles voies de financement et de transport. Le pays hôte, le Kirghizstan, œuvre à la création de son propre fonds de développement de l’OCS et d’un fonds d’investissement destiné aux grands projets.

Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales provoquées par la guerre avec l’Iran, en particulier autour du détroit d’Ormuz, renforcent l’importance de nouveaux corridors énergétiques et de transport, et donc celle de l’intégration économique du grand espace eurasiatique. L’objectif est d’établir un «système commercial multilatéral ouvert, transparent, équitable, inclusif et non discriminatoire» — alors que l’Occident y a depuis longtemps renoncé avec ses sanctions démesurées et, en dernière analyse, suicidaires contre la Russie et la Chine.
Rappelons-le : le libre-échange mondial était autrefois une doctrine anglo-américaine. Aujourd’hui, l’Oncle Sam impose des droits de douane punitifs à la moitié du monde, tandis que l’Organisation de coopération de Shanghai a fait sien le libre-échange mondial. Elle connaît la valeur d’un espace économique exempt de droits de douane et d’autres barrières.
Le dirigeant chinois Xi Jinping a conclu avec le président kirghiz Sadyr Japarov un traité d’«éternel bon voisinage, d’amitié et de coopération» et a évoqué une «période dorée». La Chine renforce notamment sa position en Asie centrale grâce à la ligne ferroviaire Chine–Kirghizstan–Ouzbékistan. De son côté, l’Ouzbékistan a plaidé en faveur du corridor transafghan menant aux ports de l’océan Indien. L’Azerbaïdjan et l’Arménie ont profité du sommet pour discuter de leur processus de paix.

Les tensions internes de l’organisation, qui ne sont un secret pour personne, se sont manifestées dans les relations entre l’Inde et le Pakistan. Modi a parlé d’un «grave défi pour l’humanité tout entière» et a exigé qu’il n’y ait «aucune place pour le deux poids, deux mesures». Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a, quant à lui, évoqué les «immenses sacrifices» consentis par son pays dans la lutte contre le terrorisme. La déclaration commune a finalement condamné le terrorisme sous toutes ses formes; le «deux poids, deux mesures» est, en la matière, inacceptable.
Sans grand effort d’imagination, on peut également reconnaître dans cette formule l’Occident, qui soutient ou pratique lui-même le pire terrorisme — y compris d’État — en Iran et dans les territoires palestiniens, mais garde le silence sur les attaques terroristes ukrainiennes contre la population civile russe. Ces doubles standards moraux sont aujourd’hui devenus synonymes des «valeurs occidentales» tant invoquées. Il n’est guère surprenant que de vastes parties du monde ne veuillent plus en entendre parler.

Outre les dix membres actuels de l’OCS, plus d’une douzaine d’autres États, dont l’Arabie saoudite et le Vietnam, cherchent actuellement à se rapprocher davantage de l’organisation en qualité de partenaires de dialogue. Au cours de ses vingt-cinq années d’existence, celle-ci s’est révélée être un moteur fiable de l’intégration économique et politique de l’immense masse continentale eurasiatique. Dans cette fonction, elle continuera de gagner en importance au cours des prochaines années. Aux côtés du bloc des BRICS, l’OCS est ainsi en bonne voie de devenir un acteur puissant de l’ordre mondial multipolaire du 21ème siècle. L’Occident du dollar, engagé sur la voie du déclin, ne peut plus qu’observer ce processus avec envie: il n’est désormais plus en mesure de l’arrêter.
Ironie de l’histoire: au début des années 2000, Poutine et son successeur temporaire à la tête du Kremlin, Dmitri Medvedev, ont invité à plusieurs reprises les Européens à participer à un espace économique commun s’étendant de Lisbonne à Vladivostok, dans lequel l’Allemagne devait jouer le rôle de partenaire privilégié. La concrétisation de cette vision aurait contrarié le travail de sape mené depuis des siècles par les cercles d’influence transatlantiques, lequel — selon l’aveu du cofondateur de STRATFOR George Friedman — n’avait d’autre objectif que d’empêcher un rapprochement entre les deux grandes puissances continentales eurasiatiques que sont l’Allemagne et la Russie. C’est pourquoi, déjà à l’époque, les Européens ne furent pas autorisés à accepter l’offre russe. Cela n’était pas dans leur intérêt.
Aujourd’hui, un quart de siècle plus tard, en raison des sanctions suicidaires contre la Russie et de la politique de faillite menée par leurs élites parasitaires, les Européens ne sont plus qu’un appendice exsangue et sans force de l’espace des peuples eurasiatiques, en chute libre sur les plans économique, politique et démographique. La future grande puissance eurasiatique est en revanche construite de manière autonome par des dirigeants prévoyants tels que Poutine, Xi Jinping, Modi et d’autres — malgré toutes les divergences d’intérêts. Ils n’ont plus besoin de l’Occident pour cela.
18:27 Publié dans Actualité, Eurasisme, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ocs, eurasie, eurasisme, asie, affaires asiatiques |
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Le paradoxe vert: des colombes de la paix aux faucons de guerre

Le paradoxe vert: des colombes de la paix aux faucons de guerre
par Franz Ferdinand
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/205108
Plus d’un lecteur s’est peut-être déjà demandé pourquoi les colombes de la paix écologistes se sont, au fil du temps, transformées en faucons de guerre. Existerait-il éventuellement un lien intrinsèque entre l’hystérie climatique et le bellicisme occidental ?
Le début de la propagande climatique a coïncidé, même sur le plan chronologique, avec l’effondrement de l’Union soviétique
L’effondrement de l’Union soviétique et la réunification allemande ont été interprétés par l’«Occident des valeurs» comme un signe de faiblesse de la Russie; et il est vrai qu’il y a 37 ans, la Russie était réellement très faible. Dès lors, les élites occidentales ont espéré pouvoir démanteler entièrement la Russie en exerçant une pression extérieure par l’élargissement de l’OTAN vers l’Est et une pression intérieure par le soutien aux dissidents, afin d’intégrer cet immense territoire dans l’orbite occidentale. (Voir à ce sujet : https://www.unser-mitteleuropa.com/201573 .)
Vladimir Poutine l’a compris et a donc tenté de s’opposer à cette prétention, ce qui constitue désormais, du point de vue occidental, une «agression», parce que l’ambition occidentale de domination mondiale se trouve contrariée.

Dans la guerre en Ukraine, l’Occident est de fait une partie belligérante
Par ses livraisons d’armes et d’argent, ainsi que par son soutien aux attaques ukrainiennes contre les infrastructures civiles en Russie, l’Occident est partie prenante à cette guerre. De surcroît, il mène de plus en plus d’attaques directes contre la Russie en arraisonnant des navires, ce qui constitue des actes de guerre de faible intensité. Il ne se contente pas de saisir des pétroliers russes importants pour l’effort de guerre de la Russie, mais s’empare également d’autres bâtiments, comme récemment d’un navire de recherche russe. (Voir à ce sujet: https://www.unser-mitteleuropa.com/204991 .)
L’« Occident des valeurs » s’emploie donc consciencieusement à faire dégénérer le conflit ukrainien, dans l’espoir que Vladimir Poutine finisse par perdre patience et réagisse par des attaques directes contre l’Occident. On sait qu’il existe en Russie plusieurs commentateurs, comme le politologue Sergueï Karaganov, qui plaident en faveur d’une frappe nucléaire préventive contre l’Occident.
Les Verts ne veulent pas « exclure complètement » une guerre nucléaire et entendent « mettre clairement en évidence les risques» [1]
Il est évident que des provocations répétées sapent la position de Poutine et qu’elles peuvent soit entraîner son renversement et son remplacement par un dirigeant beaucoup plus radical, comme Dmitri Medvedev, soit le contraindre lui-même à céder aux revendications radicales en faveur d’une première frappe nucléaire.
Manifestement, dans sa tentative de démanteler et de déstabiliser la Russie, l’« Occident des valeurs », tout en connaissant la doctrine nucléaire russe, accepte sciemment le risque d’une escalade atomique !
Quel lien cette politique entretient-elle donc avec l’hystérie climatique, toujours plus envahissante en Allemagne ?
Pour le comprendre, il faut se mettre dans l’univers mental des illuminés de la gauche écologiste. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut établir un lien entre l’idéal de société écologiste et l’effondrement social complet qui suivrait une guerre nucléaire dévastatrice avec la Russie.

Fort heureusement, une représentante de la secte écologiste qui prétend améliorer le monde, l’auteure Ulrike Herrmann, a écrit un livre dont on peut tirer les idées directrices des visions écologistes de l’avenir. Cet ouvrage, intitulé Das Ende des Kapitalismus (« La fin du capitalisme »), imagine une société dont la consommation énergétique serait couverte uniquement par l’énergie solaire et éolienne. Naturellement, cette piètre production est immédiatement devenue un « best-seller » dans les médias dominants! Ce livre ne constitue donc pas seulement les élucubrations d’une folle solitaire: son contenu bénéficie d’une large approbation au sein de la communauté des déments de la gauche écologiste qui, malheureusement, décide actuellement de notre sort!
Le but de l’utopie de la gauche écologiste: la pauvreté pour tous !
Ulrike Herrmann parvient logiquement, dans ce livre, à la conclusion que limiter la consommation énergétique aux énergies éolienne et solaire signifiera la fin de notre société industrielle et entraînera ainsi la disparition de la plupart des emplois industriels. L’Allemagne se trouve effectivement déjà sur cette voie de régression, comme le montrent plusieurs exemples:
- Le drame de l’industrie automobile allemande, qui a commencé avec des normes absurdes sur les gaz d’échappement et a atteint son point culminant provisoire avec la menace d’une interdiction des moteurs thermiques.
- La pénurie d’électricité : grâce à la « transition énergétique », l’électricité devra à l’avenir être rationnée pour les entreprises (voir: https://www.youtube.com/watch?v=7TwkarMTjO8 ). Les entreprises allemandes quitteront l’Allemagne les unes après les autres.
- Le niveau d’instruction de la jeunesse s’effondre pour une multitude de raisons (voir: https://www.unser-mitteleuropa.com/204845 ).

Toutefois, la main-d’œuvre ainsi libérée et peu instruite trouvera alors un emploi dans l’agriculture, puisqu’il n’y aura plus non plus de diesel pour les tracteurs et que l’ensemble des travaux agricoles devra donc, à l’avenir, être de nouveau effectué à la main.
La conséquence serait l’appauvrissement complet de l’Allemagne, comme au Moyen Âge ou au Cambodge sous Pol Pot. Il est clair qu’une telle idiotie ne pourrait être mise en œuvre qu’à plusieurs conditions :
- La démocratie — ou ce qu’il en reste après les «cordons sanitaires» et les limites imposées à ce qu’il est permis de dire — doit être entièrement abolie. Le pouvoir doit être repris par une noblesse écosocialiste.
- La religion climatique constitue le fondement idéologique de cette société.
- L’industrie existante doit être physiquement détruite, afin qu’un retour aux bienfaits de l’industrialisation soit impossible sous le dogme du recours exclusif aux énergies éolienne et solaire.
- L’éducation doit être réprimée comme sous Pol Pot. Ce n’est qu’ainsi que la foi climatique naïve pourra être consolidée.
- La population doit être réduite.
Comment parvenir à cet état si bénéfique aux yeux de nos hystériques du climat ?
La réponse est limpide. Il faut une guerre qui détruise tout, ruine la base industrielle, fasse mourir un grand nombre de personnes et au cours de laquelle un régime d’exception militaire soit instauré, avant de ne tout simplement plus être levé à la fin de la guerre. Vladimir Poutine devra servir de bouc émissaire pour cette folie !
Cette conclusion peut paraître quelque peu tirée par les cheveux à certains lecteurs. Mais il ne faut pas oublier que les élites européennes devenues complètement folles, et plus particulièrement les élites allemandes, ont de l’eau jusqu’aux lèvres. Ces élites ne se préoccupent plus que de leur survie politique. Pour conserver leur pouvoir, elles sont prêtes à commettre n’importe quel crime. Après tout, seuls les citoyens stupides sont censés mourir.
Que l’on songe, par exemple, aux prochaines élections régionales en Saxe-Anhalt, où même une majorité absolue de l’AfD est envisageable, ou encore à la situation en Autriche, où l’impopularité de la « coalition des perdants » atteint chaque jour de nouveaux sommets.
En France, Marine Le Pen devient toujours plus populaire. Sa cote de popularité atteint actuellement 36%! Si elle n’est pas autorisée à se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2027, Jordan Bardella prendra sa place. Après les prochaines élections, la France deviendra très probablement ingouvernable. Il est impossible de savoir si elle appartiendra encore alors à la «coalition des volontaires». Si la France se tient à l’écart d’une guerre contre la Russie, toute l’Europe du Sud se détournera de l’OTAN.
Seule une guerre avec la Russie peut encore sauver « nos » élites !
Les élites allemandes et autrichiennes se sont totalement fourvoyées, en particulier dans la «transition énergétique». Après des investissements s’élevant à plusieurs milliers de milliards, l’approvisionnement électrique devient de plus en plus cher et de moins en moins fiable. D’ici à 2045, la transition énergétique allemande devrait coûter jusqu’à 5400 milliards d’euros. Il n’est plus possible de faire marche arrière sans que les responsables de cette folie soient chassés!
Une multitude d’autres problèmes dépassent également nos élites démentes, tels que la question migratoire, le problème des retraites, une dette publique totalement hors de contrôle laissant entrevoir un effondrement monétaire, et bien d’autres encore. La seule possibilité, pour le courant politique dominant, de survivre à l’effondrement général de la société est une catastrophe aux allures d’Armageddon dont on pourra rejeter la faute sur Poutine !
Une guerre avec la Russie est donc nécessaire de toute urgence, et le temps presse avant qu’il ne soit trop tard pour « nos » élites!
17:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, allemagne, affaires européennes, verts, écologistes, bellicisme, transition énergétique |
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Fukuyama reste fidèle à sa conception libérale de l’histoire

Fukuyama reste fidèle à sa conception libérale de l’histoire
Herbert Ammon
Source: https://www.tabularasamagazin.de/herbert-ammon-fukuyama-b...
Samuel T. Huntington, qui fut autrefois l’un des professeurs de Fukuyama, jugeait inopérante la conception libérale de son élève concernant la « fin de l’histoire ». Pendant longtemps, Huntington et Fukuyama ne s’adressèrent plus la parole.
À l’été 1989, avant même la chute du mur de Berlin, le politologue Francis Fukuyama, qui travaillait alors au sein d’une cellule de planification du département d’État américain, publia un essai intitulé The End of History dans la revue néoconservatrice The National Interest. Il fit ensuite sensation en 1992 avec son livre du même nom. Il y constatait qu’avec l’effondrement de l’Union soviétique, le système libéral né en Occident — fondé sur l’État de droit, les procédures démocratiques et le capitalisme — s’était imposé dans le monde entier, de sorte que l’histoire universelle avait atteint une sorte d’état final.
Cette thèse valut à Fukuyama d’être considéré comme un héritier intellectuel de Hegel. Comme une sorte d’antithèse à Fukuyama parut, en 1996, le livre de Samuel T. Huntington, professeur à Harvard, intitulé The Clash of Civilizations. Dans la communauté scientifique d’orientation libérale-progressiste comme dans le monde des médias, Huntington fut perçu comme l’adversaire de Fukuyama et suscita le scandale en raison de ses doutes quant à une coexistence pacifique des cultures.
À l’inverse, les critiques de Fukuyama estimèrent que les guerres des années 1990 dans la Yougoslavie en voie de désintégration leur donnaient raison. Huntington lui-même, qui fut autrefois l’un des professeurs de Fukuyama, jugeait inopérante la conception libérale de son élève concernant la « fin de l’histoire ». Pendant longtemps, Huntington et Fukuyama ne s’adressèrent plus la parole.
Le titre du dernier livre de Fukuyama laisse présager une révision de sa thèse antérieure. Il n’en est rien. Certes, dans la préface, il évoque la «crise du libéralisme», amorcée par la crise financière de 2008 et exacerbée par des dirigeants autoritaires tels que Trump et Poutine, ainsi que par des populistes et des extrémistes de droite comme de gauche. Il souligne cependant que, sous l’impression produite par la victoire de l’Occident, il avait repris à Alexandre Kojève l’idée de la «fin de l’histoire», Kojève s’appuyant lui-même sur l’interprétation hégélienne de l’histoire, élaborée dans l’horizon de l'année 1806.
Le présent ouvrage se compose, préface et postface comprises, de 37 courts essais, dont certains sont autobiographiques. Le grand-père de Fukuyama, issu d’une lignée de samouraïs, joua un rôle dans la modernisation du Japon en tant qu’économiste agricole et cofondateur de la faculté d’économie de l’université de Kyoto, après avoir séjourné à Berlin pour ses études et suivi les cours de Werner Sombart. La famille de son autre grand-mère s’était convertie au christianisme alors qu’elle vivait encore au Japon. Le père de Fukuyama, théologien et sociologue, accéda à la direction nationale de l’United Church of Christ, progressiste tant sur le plan théologique que politique. Contrairement à son fils Francis, il demeura toute sa vie un libéral américain convaincu et un pacifiste.
Les épisodes tirés de la vie de son oncle Hiroo, homme plein de joie de vivre, sont éclairants sur le plan historique. Il appartenait aux Nisei, ces Américains d’origine japonaise internés pendant la Seconde Guerre mondiale. Contrairement aux volontaires qui s’étaient engagés depuis les camps et avaient combattu en Italie au sein d’une unité constituée, Hiroo se retrouva comme interprète à Chongqing, où Chiang Kai-shek s’était replié. Il s’y lia d’amitié avec Soong Ching-ling, la veuve de Sun Yat-sen. Plus tard, Madame Sun Yat-sen, la deuxième de trois sœurs chrétiennes, servit de figure de proue dans la République populaire de Mao. La benjamine des trois se fit connaître sous le nom de Madame Chiang Kai-shek, ardente anticommuniste. Après la fin de la guerre, Hiroo arriva à Berlin comme soldat des forces d’occupation, et c’est là qu’il rencontra celle qui allait devenir son épouse allemande.
Sous l’effet de la deuxième guerre d’Irak — qui déboucha sur un chaos meurtrier —, Fukuyama rompit avec le camp néoconservateur. Se définissant comme un «wilsonien réaliste», il situe aujourd’hui sa position entre les réalistes purs et durs et les néoconservateurs à la vision historique à courte vue. Gardant à l’esprit le modèle que représentent les États-Unis depuis 250 ans, il voit des menaces pour la démocratie libérale dans les mouvements autoritaires, les transformations technologiques, le néolibéralisme hostile à l’État ainsi que la politique identitaire «de gauche».
Fukuyama est loin de vouloir réviser ses anciennes thèses. Au contraire, il voit progresser la démocratie, surtout en Amérique latine — le chapitre correspondant est intitulé «Canción para mi América». Même l’Arabie saoudite wahhabite évoluerait, sous Mohammed ben Salmane, dans une direction libérale. Une telle perspective permet à l’auteur de ne pas voir les taches de sang sur la tunique du prince héritier saoudien. Enfin, il réaffirme sa critique de Huntington. Celui-ci n’aurait pas perçu, dans sa typologie des cultures, les différences existant même au sein de l’espace civilisationnel confucéen.
Fukuyama reconnaît certes la «crise du libéralisme», qui s’est amorcée avec la crise financière de 2008 et qui est aujourd’hui exacerbée par des figures telles que Trump et Poutine, par les populistes et les extrémistes. Inspiré par Kojève, il avait déjà souligné à l’époque que, durant la phase d’hégémonie mondiale des États-Unis, l’histoire n’avait fait qu’une «pause». Il avait associé la «fin de l’histoire» au «dernier homme» — figure de la satiété tournée en dérision par Nietzsche —, signalant ainsi le danger d’un nivellement intellectuel inhérent à la promesse de prospérité, de liberté et d’égalité. Il écrivait déjà à l’époque: «La fin de l’histoire sera très triste».
On ne décèle pourtant dans son livre aucun pessimisme historique, tout au plus un optimisme tempéré. Gardant à l’esprit le modèle que représentent les États-Unis depuis 250 ans, Fukuyama voit des menaces pour la démocratie libérale dans les mouvements autoritaires, les transformations technologiques, le néolibéralisme hostile à l’État ainsi que la politique identitaire «de gauche». Selon lui, l’avenir de la démocratie libérale ne peut être garanti que si celle-ci repose non seulement sur la rationalité, mais aussi sur le thymos, cette aspiration à la reconnaissance évoquée dans la République de Platon.
Enrichi d’anecdotes tirées de la vie universitaire, le livre ne comporte guère de passages ardus. Certaines erreurs de traduction sont toutefois gênantes : on ne trouvera pas d’« école de prêtres » à la Divinity School de l’université de Chicago. Et, en allemand, lorsque plusieurs personnes agissent de concert, elles ne tirent pas sur une même corde, mais dans le même sens.
*Francis Fukuyama: Le Dernier Homme. Où va le monde ?, Hambourg, Hoffmann & Campe, 2026, 288 pages, 26 €.*
Ce texte est une version légèrement remaniée de ma recension parue dans Cicero, no 09, septembre 2026.
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Manifeste du baroque cybernétique: au-delà des illusions numériques

Manifeste du baroque cybernétique: au-delà des illusions numériques
Vivien Yor
Introduction: la fin du temps linéaire et la naissance de la Nouvelle Complexité
La téléologie libérale [des années 1990 aux années 2020] s’est révélée être une déviation historique. On nous avait promis un monde plat, transparent et globalisé — le triomphe du capitalisme rationnel, dans lequel Internet effacerait les frontières et les hiérarchies. Cette illusion est morte. Au lieu du techno-optimisme stérile et intelligible annoncé, l’humanité a basculé dans une réalité excessive, pesante, obscure et surchargée de significations.
Nous sommes entrés dans l’ère du Baroque cybernétique.
À l’instar du baroque historique du XVIIe siècle, notre époque est née sur les décombres d’un anthropocentrisme effondré — autrefois, l’écroulement du cosmos médiéval; aujourd’hui, la ruine de la croyance en l’individu souverain.
Le Baroque cybernétique, c’est :
- La haute technologie irrationnelle: la technologie ne libère plus; elle rend le contrôle plus complexe.
- La surabondance numérique: une avalanche de contenus qui dissimule le vide du sens.
- Le triomphe de la forme sur le fond: les interfaces importent davantage que l’architecture des données.
- La théâtralisation de l’existence: les plateformes sociales sont des scènes baroques sur lesquelles chacun interprète le rôle que lui prescrit l’algorithme.

Le progrès linéaire s’est arrêté. L’avenir ne se dirige plus vers l’avant : il s’enroule dans les spirales infinies de l’ornement numérique.
Section I. Anatomie des Léviathans numériques: le néo-absolutisme des plateformes
L’espace numérique a cessé d’être un «bien commun» (commons). Il a été rigoureusement colonisé et partagé entre de nouvelles entités souveraines: les Léviathans numériques.
Les géants technologiques et les États-plateformes souverains ont évolué. Ils ne sont plus de simples fournisseurs de services ou régulateurs. Ils ont adopté les caractéristiques des monarchies absolues de l’époque de Louis XIV.
1. L’absolutisme algorithmique
- Le souverain, c’est le Code: le droit a été remplacé par les règles de modération et les contrats de licence utilisateur final (EULA).
- L’opacité du jugement: les algorithmes de recommandation et de bannissement fonctionnent comme des tribunaux royaux secrets — leur logique demeure inaccessible aux sujets.
- La privation de la capacité d’agir: dans ce système, l’être humain n’est pas un citoyen, mais un serf numérique qui génère une rente comportementale (data rent).
2. Le nouvel ordre social et la féodalité numérique
- L’aristocratie algorithmique: les développeurs, les propriétaires de plateformes et les prêtres des modèles d’intelligence artificielle déterminent les contours de la réalité.
- La plèbe numérique: les consommateurs de contenus, dont l’attention est intégralement monétisée et orientée par des scripts.
- L’Inquisition de l’annulation (Cancel Culture): les exécutions publiques baroques ont été remplacées par l’ostracisme numérique et le déplateformage.
Les Léviathans se livrent entre eux une guerre permanente par procuration pour les frontières des territoires numériques. Le mythe libéral du «village mondial» a cédé la place à la réalité de forteresses numériques protégées par de hauts remparts de pare-feu et de profondes douves de chiffrement.
Section II. Déconstruction des illusions libérales: les décors de la liberté et le fichage total
Le discours libéral de la fin du XXe siècle reposait sur une triade: le «libre marché», les «droits de l’homme» et la «liberté d’expression sans limites». À l’ère du Baroque cybernétique, cette triade a subi une mutation irréversible. Elle n’est plus un objectif ni une valeur. Elle s’est transformée en paravent baroque — une façade somptueuse et dorée qui dissimule les froids engrenages du fichage et du contrôle algorithmiques généralisés.

1. Le simulacre de la liberté d’expression»: de la censure à l’hypersaturation
- L’illusion du choix: la censure classique — l’interdiction — a cédé la place à la surabondance baroque. Pour réduire la vérité au silence, il n’est plus nécessaire de la supprimer: il suffit d’inonder l’infosphère de millions de téraoctets de bruit algorithmique, d’hypertrucages et de contenus générés par l’IA.
- Le récit mis en scène: la liberté d’expression a été remplacée par la liberté de portée. Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais c’est le Léviathan algorithmique qui décide si quelqu’un d’autre que vous verra votre publication. L’apparence de la souveraineté individuelle est préservée, mais son poids géopolitique et social réel est nul.
2. La mutation des «droits de l’homme» en «passeport numérique de loyauté»
- L’individu comme ensemble de journaux de données: toute la conception libérale de la vie privée (privacy) a été détruite par l’auto-exposition volontaire. L’être humain a lui-même cédé ses données biométriques, comportementales et mentales en échange du confort baroque des interfaces.

- Le contrôle prédictif: la logique des «droits» cède la place à l’analyse prédictive. Les systèmes de notation sociale, les algorithmes d’évaluation de la fiabilité et les blocages numériques préventifs transforment l’être humain, de «titulaire de droits», en objet d’une vérification permanente. Les droits n’appartiennent plus à l’être humain, mais à son double numérique, à condition que celui-ci suive strictement le script.
3. L’effondrement du «libre marché» et la naissance de la rente comportementale
- Le monopole des plateformes: la libre concurrence est morte. Le marché a été remplacé par des écosystèmes numériques au sein desquels ne s’appliquent plus les lois de l’offre et de la demande, mais les taxes et les règles d’un Léviathan particulier.

- Le capitalisme de surveillance: la principale marchandise n’est plus constituée par les biens, ni même par les services, mais par la modification des comportements. Le sujet économique libéral, censé effectuer un «choix rationnel», a été anéanti. Il a été remplacé par le consommateur baroque, dont les désirs sont façonnés par des réseaux neuronaux quelques fractions de seconde avant même qu’il n’en prenne conscience.
L’humanisme des Lumières, qui avait engendré l’illusion libérale, est officiellement arrivé à son terme. L’être humain n’est plus la mesure de toute chose. Il n’est plus que le substrat biologique servant à entraîner les modèles neuronaux et un élément nutritif dans la matrice numérique du Nouvel Absolutisme.
Section III. L’esthétique du Cyberbaroque: l’opium de la surabondance visuelle
Si la haute technologie classique recherchait le minimalisme, la fonctionnalité et une propreté stérile — le style de la Silicon Valley —, le Baroque cybernétique nous ramène dans un univers d’ornements pesants, étouffants et saturés de détails. Cette esthétique n’est pas fortuite : elle sert d’anesthésique principal à l’époque du néoféodalisme numérique. La nouvelle esthétique a pour fonction d’éblouir, d’assourdir et de paralyser la pensée critique de l’être humain, en transformant son existence en une représentation théâtrale sans fin.
1. L’extase générative de l’art par IA et la mort de l’original
- Le triomphe des hallucinations: les réseaux neuronaux génératifs produisent un contenu visuel profondément baroque par essence. Ce sont des images infinies, surchargées de détails et anatomiquement excessives, dans lesquelles la forme dévore le contenu. L’IA ne crée pas: elle compile, produisant une infinité fractale de bruit visuel.

- L’abandon du sens au profit de l’affect: une image, un texte ou une vidéo n’a plus à véhiculer un sens profond. Son objectif est de provoquer une décharge instantanée de dopamine, un affect d’une seconde, suivi d’un nouveau cycle dans le flux infini des recommandations.
2. Les hypertrucages et les métavers comme scènes de théâtre baroques
- L’architecture illusoire: les métavers et les espaces numériques sont les temples baroques modernes dans lesquels les lois de la physique cèdent la place aux caprices du programmeur. On y construit un «Versailles» virtuel pour les pauvres, où chaque indigent numérique peut revêtir le masque d’un roi numérique — apparences, avatars et statut virtuel.
- La mort du fait dans le miroir des hypertrucages: la réalité a perdu son monopole sur la vérité. Les hypertrucages et les manipulations algorithmiques des visages et des voix transforment la politique, l’histoire et les médias en un carnaval sans fin, dans lequel il est impossible de distinguer l’original de la contrefaçon. La société n’exige plus la vérité: elle réclame un simulacre de meilleure qualité et plus spectaculaire.

3. L’horror vacui numérique — la peur du vide
- La saturation totale de l’attention: l’architecture baroque avait une peur panique des espaces vides et recouvrait chaque centimètre de stucs et de dorures. Le Cyberbaroque agit de la même manière: il redoute avec la même intensité le silence et la solitude de l’utilisateur.
- La captivité algorithmique: l’être humain ne doit pas rester seul avec ses pensées, pas même une seconde. La moindre pause est aussitôt comblée par des notifications push, la lecture automatique de vidéos, des fenêtres contextuelles et un bruit de fond. Les Léviathans ont colonisé non seulement le temps de travail, mais aussi les espaces du sommeil, du repos et de la réflexion.
L’esthétique du Cyberbaroque est le triomphe de l’illusion sur l’être. Nous n’avons plus besoin de victoires réelles, de richesse réelle ou de liberté réelle. Les Léviathans nous en offrent une imitation numérique parfaite, chatoyante de pixels.
Conclusion. Géopolitique du Cyberbaroque: manifestation de la Nouvelle Réalité
Les théories géopolitiques classiques — du Heartland de Mackinder au «choc des civilisations» de Huntington — sont irrémédiablement dépassées. Elles raisonnaient en termes d’espace physique, de frontières géographiques et de nations analogiques. Aujourd’hui, la souveraineté se forge au point de rencontre des matrices de silicium, des codes algorithmiques et des flux de données comportementales.
Le monde du Baroque cybernétique est un monde dans lequel la géographie est subordonnée à la topologie des réseaux.
1. Fixation de l’appareil terminologique
Par le présent manifeste, nous introduisons les termes suivants dans l’usage et revendiquons la paternité du paradigme décrivant les contours de la nouvelle époque :
- Le Baroque cybernétique: état de l’infosphère mondiale caractérisé par la mort du techno-optimisme libéral, la surabondance de contenus génératifs, l’absolutisme algorithmique et le remplacement de la réalité par une théâtralisation numérique totale.
- Les Léviathans numériques: nouveaux acteurs souverains — plateformes transnationales et États-plateformes souverains — qui détiennent le monopole du codage des significations, de la censure de la portée et de l’extraction de la rente comportementale.
- La rente comportementale: principale ressource économique de l’époque, extraite par les Léviathans grâce à la gestion prédictive des désirs et des actions des sujets numériques.
2. L’impératif géopolitique pour la Russie
Pour la Russie, dans le contexte du Cyberbaroque, il n’existe aucun retour possible vers un «monde global ouvert». Ce monde n’existe plus. Tenter de jouer selon les anciennes règles libérales dans les décors numériques d’autrui, c’est la garantie de perdre toute capacité d’action autonome et de transformer la population en serfs numériques des Léviathans occidentaux.

Le seul scénario viable consiste à construire son propre Léviathan numérique souverain. Cela signifie :
- refuser l’importation de significations et d’interfaces étrangères;
- imposer un cloisonnement technologique rigoureux — autrement dit, créer ses propres forteresses numériques;
- former sa propre aristocratie algorithmique, capable de coder la réalité conformément aux intérêts nationaux.
Le Baroque cybernétique n’est pas une réalité qu’il faut chercher à éviter. C’est une réalité dans laquelle il faut vaincre. Nous avons arraché la façade des illusions libérales. Derrière elle s’est révélé le monde du Nouvel Absolutisme, dans lequel seuls survivent les acteurs les plus impitoyables, les mieux équipés technologiquement et les mieux armés sur le plan conceptuel.
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lundi, 07 septembre 2026
AfD - Le nouveau parti des ouvriers

AfD - Le nouveau parti des ouvriers
Par Daniell Pföhringer
Source: https://www.compact-online.de/die-neue-arbeiterpartei/
Lors des élections régionales de Saxe-Anhalt, l’AfD est arrivée en tête dans presque toutes les tranches d’âge. Son avance était particulièrement nette chez les 35-44 ans et les 45-59 ans: dans ces deux catégories, elle a recueilli 53% des voix.
Mais l’AfD a également obtenu de bons résultats chez les jeunes et les primo-votants de 18 à 24 ans, ainsi que chez les 25-34 ans, avec respectivement 42 et 44% des voix, ce qui la place très nettement devant tous les autres partis. Chez les 60-69 ans, elle a recueilli 47% des suffrages. Ce n’est que chez les plus de 70 ans qu’elle se retrouve à égalité avec la CDU, à 31%.
De manière générale, on peut affirmer que plus la tranche d’âge des électeurs est élevée, plus le soutien à la CDU est important. Chez les jeunes électeurs de 18 à 24 ans, le parti du ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, atteint tout juste la barre des 5%. Outre l’AfD, Die Linke (17%) et les Verts (13%) ont également obtenu dans cette tranche d’âge des résultats supérieurs à leur moyenne.
Une forte implantation dans toutes les catégories professionnelles
Si l’on examine les catégories professionnelles, les chiffres d’Infratest dimap montrent que l’AfD, victorieuse du scrutin, est particulièrement forte parmi les ouvriers. Dans cette catégorie, 61% des électeurs ont voté pour le parti, qui devance ainsi largement toutes les autres formations. Le SPD, autrefois considéré comme le parti des ouvriers, est très largement distancé: il arrive derrière la CDU (10%), Die Linke (7%) et le BSW (6%), et à égalité avec les Verts (5%).
Parmi les employés également, l’AfD devance largement tous les autres partis avec 46% des voix. Dans cette catégorie, la CDU recueille 13%, les Verts 12% et Die Linke 10%. Chez les travailleurs indépendants, plus d’un électeur sur deux a voté pour l’AfD (52%), contre 19% pour la CDU et 14% pour les Verts.
Une ventilation des résultats selon le sexe fait apparaître en Saxe-Anhalt un phénomène déjà observé lors de précédents scrutins. Alors que 50% des hommes ont voté pour l’AfD, cette proportion n’est que de 39% chez les femmes. Un élément est ici particulièrement frappant: auprès des femmes, tous les partis représentés dans le nouveau Parlement régional, à l’exception de l’AfD, obtiennent de meilleurs résultats qu’auprès des hommes. Le SPD, les Verts et Die Linke recueillent tout au plus deux points de pourcentage supplémentaires chez les femmes, tandis que l’écart atteint quatre points pour la CDU.
L’AfD remporte presque tous les mandats directs
Autre détail remarquable de ces élections: l’AfD a remporté presque toutes les circonscriptions au scrutin direct en Saxe-Anhalt. Dans trois circonscriptions — Magdebourg II, Halle II et Halle III —, les candidats de Die Linke ont été élus directement au Parlement régional. En revanche, la CDU au pouvoir n’a remporté aucun mandat direct. Lors des élections régionales de 2021, l’Union avait encore gagné 40 des 41 circonscriptions au scrutin direct. Cela souligne une nouvelle fois l’ampleur de la débâcle subie hier par la CDU.
Pour ce qui est des secondes voix, attribuées aux listes des partis, l’AfD a dominé dans 40 des 41 circonscriptions. Ce n’est que dans la circonscription de Halle III que les Verts sont arrivés en tête des secondes voix, avec 33,7%. Là encore, le déclin de l’Union est manifeste, puisque la CDU avait encore obtenu le plus grand nombre de secondes voix dans les 41 circonscriptions en 2021.
L’un des mandats directs a été remporté par Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD. Selon les résultats provisoires, il a recueilli 49,0% des premières voix dans sa circonscription de Genthin. Le meilleur résultat de l’AfD en matière de premières voix a toutefois été obtenu par Reiner Kretschmann, avec 55,6% à Eisleben. Le candidat direct de la CDU, René Barthel, n’y a recueilli que 21,4%. Dans aucune autre circonscription l’écart n’a été aussi important: 34,2 points de pourcentage.

Le deuxième meilleur résultat au scrutin direct a été obtenu par Hans-Thomas Tillschneider (photo), avec 54,9% dans la circonscription de Querfurt. La troisième place du classement de l’AfD pour les premières voix revient à Matthias Büttner, qui a obtenu 53,4% à Staßfurt. Au total, onze candidats directs de l’AfD ont recueilli plus de 50% des suffrages.
Le ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, a perdu son mandat direct dans la circonscription de Magdebourg III face à Christian Mertens, de l’AfD. Schulze a obtenu 31,7%, contre 35,2% pour Mertens: il s’agissait du résultat le plus serré de la soirée électorale d’hier. Dans la circonscription de Halle III, Jannik-Loris Balint, de Die Linke, a remporté une victoire écrasante avec 39,9% des premières voix. Il devance ainsi de 22,1 points son adversaire de l’AfD, Martin Sehrndt (17,8%), lequel a obtenu le score le plus faible de tous les candidats arrivés en deuxième position au scrutin direct.
Les bastions électoraux
L’AfD a obtenu des résultats particulièrement élevés en matière de secondes voix dans les zones rurales situées au sud de Magdebourg. Dans l’arrondissement de Mansfeld-Harz-du-Sud, elle a recueilli plus d’une voix sur deux (51,9%); dans les communes de Plötzkau et de Schnaudertal, elle a même dépassé les 60%. Le BSW a enregistré des résultats supérieurs à sa moyenne dans les circonscriptions d’Aschersleben (7,4%), de Dessau-Roßlau (6,6%) et de Stendal (6,4%).
Les bastions des autres partis sont répartis dans l’ensemble du Land. Dans l’arrondissement de Wittenberg, la CDU, avec 20,3%, a obtenu un résultat supérieur à sa moyenne régionale; à l’échelle communale, elle a réalisé son meilleur score à Steigra, avec 23,3%. Die Linke et les Verts ont surtout obtenu de bons résultats dans les villes traditionnellement ancrées à gauche de Magdebourg et de Halle. Quant au SPD, il a enregistré son meilleur score à Wernigerode, dans le Harz, avec 16,5%.
15:48 Publié dans Actualité, Actualité, Affaires européennes, Affaires européennes, Politique, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : classe ouvrière, actualité, allemagne, afd, saxe-anhalt, politique, europe, affaires européennes, classe ouvrière, actualité, allemagne, afd, saxe-anhalt, politique, europe, affaires européennes |
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Le deuxième tournant historique de l’Allemagne

Le deuxième tournant historique de l’Allemagne
par Wolfgang Hübner
Source: https://pi-news.net/2026/09/deutschlands-zweite-wende/
Après les événements de Saxe-Anhalt, une nouvelle époque de l’histoire allemande se dessine à l'horizon. Elle a déjà un visage: celui d’Ulrich Siegmund, né en 1990, l’année de la réunification. Au lendemain de son grand succès électoral, rien ne pourrait être plus superficiel que de se demander si, et comment, il deviendra prochainement ministre-président de ce Land, même sans majorité absolue. Car il obtiendra bien entendu cette fonction — qui d’autre pourrait l’obtenir?! Mais Siegmund, cet enfant du premier grand tournant national, signale, du haut de ses 35 ans, la fin de la vassalisation de ce pays et de ce peuple.
Avec cet homme politique de l’AfD réapparaît une Allemagne qui se libère des ombres du national-socialisme et du complexe d’expiation. Quiconque, dans un refus absolu de tirer les leçons du passé, cherche à nuire à Siegmund en brandissant contre lui la fallacieuse massue accusatoire de "nazisme" ne fera que se ranger lui-même parmi les irréductibles. Les prochaines semaines, jusqu’à l’élection de l’homme de Tangermünde au poste de ministre-président, seront certes encore marquées par les mises en scène plus ou moins enragées du front uni de la mouvance Antifa, mais la pénible époque des coalitions formées contre un parti touche à sa fin.
Avec le scrutin de Saxe-Anhalt s’est ouverte une période de nouvelles perspectives pour cette maison de retraite prise de panique qu’est la République fédérale. Cela concerne aussi bien la politique intérieure que la politique étrangère. La chute vertigineuse de la CDU en Saxe-Anhalt et dans les sondages fait sonner le glas de celle qui fut pendant de longues années le « parti d’État » d’Adenauer et de Kohl. Ce parti moribond souffre d’une maladie incurable provoquée par la funeste stratégie du « cordon sanitaire », qui devait pourtant — ironie du sort — le préserver du malheur.
Friedrich Merz peut porter le deuil, mais seul son ami Zelensky pleurera ce chancelier qui a d’ores et déjà échoué. Outre le triomphe de Siegmund, le résultat électoral dans l’Est présente un autre aspect important : le sauvetage in extremis du BSW, le parti de Wagenknecht. Premièrement, le BSW devient ainsi l’arbitre décisif au Parlement de Magdebourg. Et après sa faute politique en Thuringe, le parti ne peut pas une nouvelle fois mettre son existence en jeu avec un spectacle anti-AfD politiquement aveugle. Deuxièmement, la ligne pacifiste relativement constante du BSW a porté ses fruits. Elle reste nécessaire en Allemagne, notamment parce que la position de l’AfD à cet égard est loin d’être univoque.
Le résultat électoral comporte encore d’autres aspects remarquables. Les prochains jours seront consacrés à leur interprétation. Une chose est toutefois claire : en Saxe-Anhalt, des faits ont été établis pour l’avenir de l’Allemagne que plus personne ne peut désormais faire disparaître par des pirouettes interprétatives — le deuxième tournant a commencé !
15:09 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, allemagne, saxe-anhalt, afd, europe, politique, affaires européennes |
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Victoire de l’AfD aux élections en Saxe-Anhalt: quelle suite?

Victoire de l’AfD aux élections en Saxe-Anhalt: quelle suite?
Source: https://report24.news/afd-sieg-in-sachsen-anhalt-wahl-wie...
Le résultat provisoire des élections régionales en Saxe-Anhalt est connu. Avec 43,8% des voix, l’AfD devient ainsi la première force politique du Land, tandis que le score de la CDU a été réduit de plus de moitié. L’entrée du BSW au Parlement empêche toutefois l’AfD de disposer d’une majorité de sièges lui permettant de gouverner seule. Que va-t-il donc se passer maintenant ?
En 2018 encore, Friedrich Merz annonçait avec emphase qu’il briguait la présidence de la CDU afin de réduire de moitié le score de l’AfD. Or, huit ans plus tard, c’est précisément l’AfD qui a divisé par deux celui de la CDU. Tandis que l’"Alternative pour l’Allemagne" a plus que doublé sa part des voix, l’Union chrétienne-démocrate, malgré une participation électorale record, a perdu plus de la moitié de son électorat — soit une baisse de 19,9 points — et n’est plus parvenue à convaincre que 17,2% des électeurs. Les réactions des représentants de la CDU étaient révélatrices.
La seule question qui se pose désormais est celle de la suite. Ulrich Siegmund, qui déclarait encore avant le scrutin ne vouloir devenir ministre-président qu’en cas de majorité nette de l’AfD, considère à présent que d’autres possibilités sont envisageables. Il a qualifié de « bricolage » le modèle proposé par le BSW, qui prévoit un ministre-président au-dessus des partis. Une coopération pourrait avoir lieu avec les forces disposées à soutenir le changement de politique réclamé par l’AfD — expressément, «que cela passe par un groupe parlementaire ou par des députés à titre individuel». En cas d’échec, Siegmund a même évoqué de nouvelles élections, prédisant alors «50 ou 55%» des voix pour son parti.

Le BSW, qui a franchi de justesse du seuil des 5 %, a compliqué la situation, devient maintenant une sorte de «faiseur de roi», d’autant que, selon les résultats provisoires, l’AfD et le BSW totalisent ensemble 44 sièges. Les partis du «cordon sanitaire» — la CDU (15 sièges), le SPD, les Verts et Die Linke (8 sièges chacun) — comptent quant à eux un total de 39 députés.
Mais cela signifie aussi que si, par exemple, trois ou quatre députés de la CDU déclaraient publiquement vouloir soutenir un gouvernement AfD minoritaire, Siegmund pourrait obtenir une majorité avec eux et le BSW — une telle configuration permettrait également de compenser d’éventuelles absences. Parmi les quinze députés CDU élus au Parlement régional, cinq se sont clairement opposés par le passé à toute coopération. Pour trois autres, certains indices laissent au moins entrevoir une certaine ouverture.
L’autre possibilité, celle d’un gouvernement réunissant tous les autres partis contre l’AfD, paraît toutefois improbable. D’une part, la CDU ne veut pas non plus gouverner avec Die Linke, le SPD ne veut pas s’allier au BSW et le BSW refuse également de former une coalition avec la CDU. Toutefois, si les autres partis empêchent l’AfD, victorieuse des élections, de former un gouvernement, la prédiction de Siegmund selon laquelle de nouvelles élections donneraient lieu à un vote protestataire encore plus massif pourrait bel et bien se réaliser. Du moins si Siegmund tente réellement et sérieusement de former un gouvernement et d’obtenir le soutien du BSW ainsi que de certains députés de la CDU.
14:18 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, saxe-anhalt, allemagne, europe, affaires européennes, afd, politique |
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Le séisme allemand qui pourrait annoncer d’autres secousses en Europe



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dimanche, 06 septembre 2026
Un manuel de rémigration

Un manuel de rémigration
par Georges Feltin-Tracol
De Belfast à Rome, de Ceuta à Leipzig, le sujet brûlant de la rémigration prend une ampleur inédite considérable auprès des opinions européennes malgré l’occultation sciemment entretenue par le système médiatique d’occupation mentale. Le 31 octobre prochain doit se tenir à Paris une réunion, la troisième après l’Italie à Milan en avril 2025 et à Porto au Portugal en mai 2026, sur ce thème crucial pour l’avenir des Eurochtones. Pas sûr que le régime répressif d’extrême centre de l’Élysée la maintienne…
Il y a quelques mois paraissait un essai de Jean-Yves Le Gallou sur cette problématique. Son préfacier, le militant identitaire autrichien multi-persécuté Martin Sellner, l’avait devancé dès 2024 avec Remigration. Ein Vorschlag aux éditions Antaios du courageux Götz Kubitschek.
Après une traduction espagnole chez Editorial EAS, voici enfin sa version française ! On remarquera que la publication de Remigration. Une proposition, (2026, 216 p., 18 €.) ne relève pas du groupe éditorial Bolloré que certains naïfs estiment être à la pointe du combat des idées. Non, cette belle initiative d’offrir au lecteur français l’analyse pertinente de Martin Sellner revient à une maison d’édition installée en Vivarais, Hétairie, qui présente un ouvrage soigné et de belle facture. Bravo pour cette parution !
Remigration. Une proposition n’est pas un pamphlet contre la présence immigrée en Europe. Martin Sellner propose par des exemples pratiques et des cas précis qu’une politique de rémigration n’appartient pas à la science-fiction. S’adressant à l’origine au public allemand et autrichien, membres d’États historiquement fédéraux, l’auteur se revendique de droite, terme qui implique dans le monde germanique une rupture certaine avec les conventions formelles établies.
Face à un «État-providence [qui] se transforme progressivement en instrument de redistribution ethnique», «ce livre est conçu comme le fondement d’une “œuvre pionnière métapolitique” destinée à préparer la rémigration sur le plan des idées ». Il lui importe de se confronter à une «Allemagne [qui] devient une “société de minorités multiples”, dans laquelle la majorité autochtone se trouve peu à peu ravalée au rang d’un groupe ethnique parmi d’autres».
Les justes critiques de Martin Sellner ne concernent pas les minorités ethniques enracinées qui forment la remarquable marqueterie polyculturaliste européenne (les Danois du Schleswig – Holstein, les Frisons orientaux en Basse-Saxe, les Sorabes de Lusace, les Slovènes de Carinthie, les Roms et les Sinti, etc.). Pour lui, «les peuples existent, mais selon une modalité différente de celle des communautés religieuses, économiques ou purement sociales». Il reconnaît par ailleurs que «l’identité collective n’est pas un objet statique, mais un processus réflexif et dynamique. Elle ne peut donc être définie une fois pour toutes ni définitivement fixée». Son projet ambitieux de rémigration correspond à « une politique identitaire positive [… qui] souhaite préserver, mais aussi développer, le peuple comme expression de la diversité ethnoculturelle du monde ».

Martin Sellner et Eva Vlaardingerbroeck au Bal des Corporations étudiantes à Vienne.
Comment le «cauchemar principal du régime de Berlin» imagine-t-il la rémigration? Il s’agit d’abord d’«un concept englobant l’ensemble des mesures relevant d’une politique identitaire et démographique de droite, destinée à réduire une étrangeté devenue excessive. Cela comprend l’expulsion des immigrés illégaux, mais ne s’y limite pas: il faut également y inclure une réforme du droit d’asile, du droit de la nationalité et du droit des étrangers, ainsi que toutes les mesures susceptibles d’encourager le retour volontaire».
Dans les faits, « la rémigration désigne un ensemble de mesures destinées à inverser les flux migratoires, sur le fondement d’une politique démographique et identitaire alternative ». Elle contredit donc « la politique démographique dominante [qui] est, sans conteste, celle du remplacement par l’immigration ». Il prévient enfin que «la normalisation démographique par la rémigration ne signifie donc ni “État racial” ni “lois de Nuremberg”. La politique de rémigration vise la question de la loyauté, de l’obéissance à la loi et de la volonté d’assimilation».

Bien que le monde germanophone demeure réticent au modèle de l’État-nation, Martin Sellner défend avec conviction l’assimilation et récuse toute intégration. Tout étranger qui accepte de rejoindre la communauté populaire de destin qui l’accueille doit renoncer à son héritage et adopter mœurs et usages. Grande est donc son opposition au port du voile musulman et à d’autres tenues religieuses dans les espaces publics et dans les bâtiments officiels! Certes, il entend respecter les distinctions culturelles et religieuses dans le domaine privé. Il soutient en outre un projet assez utopique d’«islam européen» hors de toutes références historiques aux Tatars de Pologne et à l’islam des Balkans avec ses expressions bektachie et soufie.
L’auteur espère faire taire ses détracteurs. «Puisque l’intégration demeure un objectif possible, la rémigration ne saurait être comparée au “nettoyage ethnique” ni aux autres scénarios d’horreur issus du vocabulaire du lobby migrationniste». Sur le marché du travail, il observe, sévère, que «le remplacement migratoire afro-arabe ne résout pas la pénurie de travailleurs qualifiés; il l’aggrave».
Par delà des décisions simples et de bon sens telles l’expulsion immédiate de tout contrevenant allogène, l’application stricte de la préférence nationale, l’incitation financière et professionnelle des migrants à quitter l’Europe, Martin Sellner ne se satisfait pas des programmes britannique et italien de renvoi des étrangers clandestins au Rwanda et en Albanie, programmes hélas arrêtés, faute de volonté politique ou suite à une décision abjecte d’une justice partiale et maligne!
En différenciant parmi les migrants les demandeurs d’asile, les naturalisés et citoyens non assimilés ainsi que les autres étrangers, il réclame une méthode «démoscopique» avec un organisme scientifique central qui traiterait et publierait en permanence toutes les données migratoires disponibles.
Au grand dam des belles âmes, Martin Sellner suggère la création en Afrique du Nord de «villes de rétention» (adaptation des «villes à charte» chères aux libertariens?) qui recevraient l’ensemble des migrants désireux de se rendre en Europe. «Toute personne arrivant dans la ville modèle serait enregistrée biométriquement, recevrait un titre de séjour de trois ans, des services de base et une allocation mensuelle. Dans la ville, elle serait immédiatement intégrée à un programme de retour». Si une résidence permanente est possible, tout habitant aurait le droit inconditionnel de rentrer dans son pays natal. L’État qui accepterait ce plan bénéficierait d’aides financières massives dont la suppression de sa dette publique.
En prenant exemple sur Hong Kong et Singapour, «la ville serait administrée par Frontex ou par un joint-venture réunissant plusieurs États européens. Les infrastructures, les systèmes sociaux et sanitaires y seraient organisés efficacement. Une force de police bien équipée, une surveillance complète et un code municipal strict assureraient la sécurité. À long terme, toutefois, les habitants de la ville seraient encouragés à se gouverner eux-mêmes et à élire leur propre organe représentatif ». Ce serait la démonstration tangible que les sans-papiers sont des ingénieurs, des médecins, des capitaines d’industrie, des scientifiques au potentiel inexploité…
Martin Sellner pense cette politique possible au niveau de l’Union dite européenne, d’autant que l’Allemagne est un contributeur net au contraire de la Hongrie et de l’Italie. Une révision radicale de la politique migratoire de la prétendue Union européenne se réaliserait grâce à un accord préalable des gouvernements nationaux de droite identitaire. On demeure sceptique sur ce point, car toute politique à l’échelle institutionnelle européenne se voit limitée, encadrée et surveillée par les traités internationaux et les instances judiciaires cosmopolites comme la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Autre contrainte, afin qu’advienne un pareil changement, il faudrait d’abord chasser la caste du pouvoir qui entérinera des lois d’exception contre les partisans de l’eurochtonie. «Les mesures relevant de cette “anarcho-tyrannie” émergente visent d’abord les autochtones et les migrants assimilés». Les discriminations en cours en Allemagne contre les candidats, les adhérents et les sympathisants de l’AfD et d’autres formations patriotiques en sont des préfigurations manifestes inquiétantes.
En dépit de ces pressions inacceptables et attentatoires au droit imprescriptible des peuples à rester eux-mêmes, «la rémigration constitue […] la priorité absolue de toute politique de droite; et tout responsable politique sérieux, dès qu’il se réclame de la droite, devra tôt ou tard présenter son propre concept de rémigration», d’autant que «la richesse nationale, la sécurité intérieure, la démocratie, l’identité ethnoculturelle possèdent une valeur intrinsèque indéniable. Il est donc éthiquement justifié de militer pour la rémigration afin de préserver ces biens, de promouvoir notre bien commun et d’éviter les souffrances provoquées». Se servant à bon escient des leçons d’Antonio Gramsci, Martin Sellner affirme que «la vision patriotique du monde doit devenir hégémonique dans son ensemble et former son propre milieu culturel, capable d’englober une large alliance de groupes sociaux différents». À la différence des multiculturalistes et des autres mondialistes qui œuvrent pour l’homogénéité mortifère du monde, il considère qu’«en tant que projet ethnopluraliste, la rémigration respecte la diversité des cultures et exige le respect mutuel». Le projet de rémigration facilite en réalité une réelle ouverture au monde, à un monde hétérogène d’ensembles politiques fortement homogènes.
- « Chronique flibustière », n° 196, d’abord mise en ligne le 3 septembre 2026 sur Synthèse nationale.
20:17 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Livre, Livre, Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, remigration, martin sellner, nouvelle droite, livre |
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Alors que Tusk perd le soutien des Polonais, un quatrième parti de droite apparaît soudainement en Pologne

Alors que Tusk perd le soutien des Polonais, un quatrième parti de droite apparaît soudainement en Pologne
Peter W. Logghe
Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94
La politique peut décidément être délicieusement complexe, ne trouvez-vous pas? À environ un an des prochaines élections législatives en Pologne — normalement prévues en novembre 2027 —, le pays risque de se retrouver dans une impasse politique totale. Sur le papier, la droite semble bien placée pour remplacer en novembre le gouvernement centriste de Donald Tusk. En effet, même si le parti de Tusk, la KO ou "Coalition civique", reste le premier dans les sondages, il ne disposerait plus d’une majorité de sièges.
Or, c’est précisément au sein du PiS, principal prétendant à la direction d’un nouveau gouvernement polonais, que les tensions se font sentir. Peu avant la pause parlementaire estivale, l’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki a présenté sa démission du PiS. Il a été suivi par 39 députés, un sénateur et trois eurodéputés du PiS. Il apparaît que des désaccords sur les choix stratégiques sont à l’origine de cette décision. Morawiecki souhaiterait créer un véritable parti en octobre, mais, pour l’instant, les dissidents du PiS se sont regroupés au sein d’une association interne au parti, baptisée «Développement Plus».

Une droite polonaise divisée finira-t-elle malgré tout par perdre la bataille ?
Selon certaines sources, le président du parti, Kaczyński, était fou de rage et a déclaré: «Nous ne voyons dans cette association rien d’autre qu’une tentative de diviser le parti».
Pourtant, le PiS, qui a gouverné la Pologne entre 2015 et 2023 avec une majorité absolue de sièges, est sous pression depuis déjà quelque temps. Cette pression vient surtout de deux autres partis de droite: la "Confédération" de Sławomir Mentzen (photo), qui semble principalement attirer les jeunes et les entrepreneurs, et la formation qui en est issue par scission, la Confédération de la Couronne polonaise de Grzegorz Braun. Ce n’est qu’avec l’appui de ces deux partis que le PiS est parvenu, en juin 2025, à faire élire le candidat de droite Karol Nawrocki à la présidence de la République polonaise. Il s’en est vraiment fallu de peu pour que Nawrocki ne soit pas élu.
En mars 2026, le président du PiS, Jarosław Kaczyński, a proposé Przemysław Czarnek comme tête de liste pour les prochaines élections législatives. Czarnek souhaite notamment réduire, voire supprimer, le soutien à l’Ukraine. Cela s’est finalement révélé être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour Morawiecki, lequel appartient plutôt à l’aile centriste du PiS et se définit comme atlantiste et social-conservateur.
Les récents sondages montrent que Donald Tusk n’obtiendrait plus de majorité pour sa coalition actuelle. Il serait particulièrement regrettable que les divisions au sein de la droite permettent la poursuite de certaines évolutions préjudiciables à la Pologne. Que fera Mateusz Morawiecki ? Il peut apparemment compter sur le soutien d’un nombre croissant de Polonais.
En Pologne aussi, les prochains mois s’annoncent particulièrement passionnants…
19:48 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pologne, actualité, europe, affaires européennes, politique, droites polonaises |
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Le nouveau jeu turc en Asie centrale: un défi pour Téhéran et Moscou

Le nouveau jeu turc en Asie centrale: un défi pour Téhéran et Moscou
Muhammad Hossein Ghiasi
Ces derniers jours, un changement méthodologique s’est dessiné dans l’approche d’Ankara à l’égard de l’Asie centrale. À moins de l’examiner attentivement, celui-ci pourrait modifier pour plusieurs décennies l’architecture géopolitique de la région au profit de l’axe turc. La Turquie ne recherche plus les déclarations politiques retentissantes: s’appuyant sur des instruments d’influence douce et discursifs, elle redéfinit son rôle au cœur de l’Eurasie.
Dans ce cadre, Ankara utilise le potentiel des structures non gouvernementales et des groupes de réflexion favorables au pouvoir pour prendre des mesures soigneusement calculées visant à pénétrer les sphères profondes de la prise de décision dans les États turcophones. Cette évolution témoigne de la maturité stratégique de la politique étrangère turque: Ankara a parfaitement compris que les déclarations officielles et les pressions politiques ne font que susciter la résistance des élites locales et ne permettent pas de garantir une intégration durable. La Turquie agit donc avec patience et prudence, cherchant à élaborer avec les pays d’Asie centrale des cadres normatifs et discursifs communs afin d’approfondir sa coordination politique et sécuritaire avec la région.
Toutefois, ce qui transforme ce changement tactique en stratégie à long terme n’est autre que la modification du contenu même de la coopération proposée. Hier encore, la Turquie misait en Asie centrale sur l’économie, les investissements dans les infrastructures et le développement du commerce. Aujourd’hui, l’axe du dialogue s’est déplacé de l’économie vers la politique et la sécurité.
Les propositions d’« analyse conjointe des risques » et de « création d’un cadre normatif commun » reviennent en réalité à aligner la perception régionale des menaces sur la vision d’Ankara. En d’autres termes, la Turquie cherche à redéfinir les menaces régionales de manière à s’attribuer le rôle d’allié stratégique et de garant de la sécurité, aux côtés de la Russie et de la Chine, voire à leur place.
Cette approche habile contraste fortement avec les méthodes précipitées et coercitives que l’on observe parfois dans la politique régionale. La Turquie comprend parfaitement que les pays d’Asie centrale, notamment le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, sont extrêmement sensibles à toute initiative rapide et ambitieuse évoquant l’héritage ottoman. C’est pourquoi elle gagne patiemment la confiance des élites locales en s’appuyant sur des institutions scientifiques et des centres de recherche, tout en introduisant progressivement le discours turcique dans les sphères profondes de la prise de décision de ces États. Cette stratégie « progressive » et « silencieuse » a bien plus de chances de réussir que des actions brutales et manifestes — et c’est précisément pour cette raison qu’elle constitue une menace plus grave pour les intérêts de l’Iran et de la Russie que n’importe quelle campagne militaire.
Si l’on replace cette évolution parmi les autres transformations fondamentales de la région, un tableau plus vaste et plus inquiétant se dessine. La pose d’un câble sous-marin à fibre optique entre l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, les investissements massifs de la compagnie britannique BP dans les gisements pétroliers de Bakou, l’arrivée du Royaume-Uni dans les mines de tungstène kazakhes, et désormais le passage de la Turquie d’une diplomatie d’État à une diplomatie des « groupes de réflexion »: tout cela constitue les maillons d’une même chaîne. L’objectif de cette chaîne est de créer, au centre de l’Eurasie, un bloc civilisationnel et politique turcique dans lequel il ne restera de place ni pour l’influence historique de l’Iran ni pour la traditionnelle « tranquillité » de la Russie.

Le projet du « monde turcique », qui n’était autrefois qu’un rêve panturquiste entretenu par des intellectuels radicaux, devient aujourd’hui une réalité tangible grâce au soutien financier du Qatar, à la couverture politique de l’Occident et d’Israël, ainsi qu’à l’appui culturel et universitaire d’institutions turques favorables au gouvernement.
Du point de vue de Téhéran, ces évolutions constituent des signaux alarmants. En adoptant une approche douce et progressive, la Turquie ne cherche pas seulement à évincer l’Iran des équations économiques et des réseaux de transit de la région: elle conteste systématiquement l’identité historique et culturelle de l’Iran dans des territoires qui ont appartenu pendant des siècles à son aire civilisationnelle. L’encouragement des groupes ethniques turciques dans le nord-ouest de l’Iran, la réécriture de l’histoire régionale au bénéfice des peuples turciques et les investissements dans les établissements culturels et éducatifs d’Asie centrale font tous partie d’un même vaste projet, qui progresse à la faveur du silence et de l’inaction iraniens.
Toutefois, parallèlement aux menaces qui pèsent sur l’Iran et la Russie, une fenêtre d’opportunité s’ouvre également. La simultanéité de ces processus peut servir de signal d’alarme à Téhéran et à Moscou afin qu’ils mettent de côté leurs différends historiques et leur méfiance réciproque pour construire une alliance stratégique face à une menace commune. Tout comme l’Iran, la Russie est profondément préoccupée par l’influence croissante de la Turquie et de l’Occident en Asie centrale. Elle est parfaitement consciente que, si cette synergie turco-occidentale n’est pas contenue, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan sortiront progressivement de l’orbite traditionnelle de Moscou. Cette préoccupation commune constitue le meilleur terrain pour une coopération entre Téhéran et Moscou dans les domaines de l’information, de la sécurité et de l’économie.
Une action conjointe dans le cadre de la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne, afin d’empêcher une délimitation des fonds marins et du sous-sol au détriment de l’Iran et de la Russie; l’accélération de l’achèvement du corridor Nord-Sud, comme solution de remplacement aux itinéraires turciques et azerbaïdjanais; la construction d’un câble alternatif à fibre optique suivant l’axe Daghestan-Astara-Bandar Abbas, afin de faire contrepoids au corridor numérique caspien : telles ne sont que quelques-unes des mesures qui, si elles étaient coordonnées entre les deux pays, pourraient faire pencher la balance en faveur de Téhéran et de Moscou.

Enfin, c’est précisément le changement de tactique turque — le passage d’actions brutales et précipitées à une approche douce et patiente — qui constitue un tournant dans l’histoire de la région. Grâce à cette stratégie habile, la Turquie d’aujourd’hui construit un pont reliant les centres d’analyse et les instituts scientifiques au cœur des élites politiques d’Asie centrale. Si, face à cette nouvelle vague, l’Iran et la Russie continuent de rester passifs et se limitent aux réactions juridiques et diplomatiques traditionnelles, ils ne perdront pas seulement des corridors et des ressources : ils verront progressivement disparaître leur propre identité historique et culturelle dans une région qui appartenait autrefois à leur espace civilisationnel. Et dans cette bataille discursive, menée à l’aide d’instruments d’influence douce et de fabriques à idées, la victoire reviendra à celui qui aura été le premier à conquérir les forteresses de l’esprit et de la conscience.
18:08 Publié dans Actualité, Eurasisme, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : turquie, iran, russie, asie centrale, panturquisme, pantouranisme, géopolitique |
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Idées pour la lutte contre la mondialisation: le mythe révolutionnaire de Sorel

Idées pour la lutte contre la mondialisation: le mythe révolutionnaire de Sorel
Par Luca Leonello Rimbotti
Source: https://www.centroitalicum.com/idee-per-la-lotta-contro-g...
Lire une page de Sorel équivaut à un poser un acte politique. Une bouffée d’air pur, hors de la chape empestée de la pensée unique. Seule la révolution, menée par le syndicat de classe, pouvait conduire à la véritable émancipation du peuple. Il s’agissait de reconnaître l’échec des « illusions du progrès », l’obsession « progressiste » du capitalisme occidental. Les immenses masses mondiales exclues du circuit productiviste et consumériste représentent aujourd’hui précisément le « prolétariat » sorélien.
Si nous partions à la recherche d’une ultime arme à opposer au système mondial débordant de bolchévisation capitaliste, il nous faudrait nous rendre, comme autrefois, du côté du mythe. Une fois encore, face aux pollutions utopiques envahissantes des tenants des Lumières qui sont au pouvoir, on ne pourrait trouver qu’une machine produisant des symboles et des images. Une méthode capable de réactiver les énergies intuitives assoupies, liées au primordial: voilà la parole archaïque de l’avenir, qui pourrait donner un premier tour à la roue de la réaction. Car c’est bien d’une réaction vaste et frénétique qu’il devrait s’agir. Une réaction révolutionnaire qui mettrait fin à la chute de l’Europe dans le précipice et ramènerait les esprits dans les limites de l’humain, du simplement humain.
Rouvrons donc quelques coffres culturels trop longtemps abandonnés dans les greniers de nos idéologies. Nous y trouverons des armes encore neuves, bien astiquées et toujours parfaitement efficaces. Il ne resterait qu’à y ajouter la volonté de les saisir. Une page de Sorel, pour ainsi dire, équivaut aujourd’hui à une redécouverte archéologique explosive. Elle équivaut à un acte politique. À une bouffée d’air pur. Ranimer un instant la pensée de Georges Sorel et la contempler comme un monde de vie véritablement vécue, c’est comme respirer librement: hors de la chape empestée de la pensée unique, loin de la folle uniformisation, il est encore possible aujourd’hui de formuler des idées à pleins poumons, en préfigurant des situations différentes, de rupture et d’opposition à l’aplatissement universel. En se référant précisément à un modèle conçu dans le passé, mais qui reste, par certains aspects, d’une grande actualité. L’une des diverses formules sociales imaginées il y a une centaine d’années pour anéantir le syndrome égalitaire des progressistes, qui apporte partout défiguration et dégradation. Certaines formules restent encore propres à mobiliser. Leur circulation pourrait toujours constituer l’antidote nécessaire à la désintoxication universelle.
La liquidation de la pensée mythique, opérée au milieu du XXe siècle d’abord par la violence destructrice, puis par l’emploi incessant d’une propagande terrorisante, doit trouver sa fin au moment même de son apogée. Lorsque Sorel parlait de la gloire et de l’honneur du prolétaire rebelle qui ne pactise pas avec le pouvoir bourgeois, mais œuvre uniquement à le renverser, il ne faisait que nous rappeler, à nous qui sommes venus après lui, que l’histoire ne peut s’achever qu’au moment où l’homme lui-même aura disparu.

Il s’agit ici de redessiner l’idéologie de l’affrontement en prenant conscience que l’inéluctable n’existe pas. La toute-puissance mondiale de la pensée économique fondée sur l’étranglement identitaire des peuples peut être arrêtée, plus rapidement qu’on ne pourrait le penser, pour peu que se produisent des événements capables de manifester le réveil des peuples. Ce que Sorel invoquait sous la figure du « prolétaire » engageant une lutte à mort contre le pouvoir bourgeois n’est aujourd’hui rien d’autre que l’homme souverain et enraciné dans son identité — l’homme pur et simple, l’homme éternel — qui se révolte contre cette bolchévisation universelle qu’est le libéralisme.
La démocratie oligarchique et bancaire, avec son capitalisme d’exploitation mondiale, qui constituait encore à l’époque de Sorel la cible de la lutte des classes, est aujourd’hui le principal ennemi du peuple, de tous les peuples et de toutes les couches sociales. Aujourd’hui, les classes sont au nombre de deux, comme à l’aube du socialisme, mais leurs référents ont changé: d’un côté, le peuple — car un « peuple » existe encore —, la « bourgeoisie universelle » ou le « prolétariat universel », ce qui revient au même, engendrés par le progrès capitaliste; de l’autre, la caste fermée des détenteurs du pouvoir économique, sourde et réactionnaire comme jamais auparavant.

Ici, véritablement, il ne peut y avoir ni compromis, ni dialogue, ni paix sociale: comme dans l’idéologie de Sorel, il ne peut y avoir que la lutte, dont puisse naître le renforcement d’un contre-pouvoir capable d’activer le mythe et l’action. Quiconque refuse la bolchévisation libérale, ce magma d’abus qui tue les peuples, doit se hâter de choisir son camp, comme on avait coutume de le faire il y a cent ans.
La vision de Sorel constitua un cadre auquel purent puiser des révolutionnaires appartenant aux courants européens les plus divers, des transfuges du marxisme aux nationalistes, des syndicalistes aux socialistes hérétiques. L’homme nouveau y prenait vie au contact de la technique, dans l’union du travail et de la solidarité, en disciplinant les instincts vitaux au sein d’un programme concret et réaliste. La moralité du travail contre l’immoralité de la consommation. Le travailleur sorélien, le « producteur », qui peut être n’importe qui, quelle que soit son activité, lutte contre l’intellectuel, paravent particulièrement vil du pouvoir et homme de main de celui-ci, ainsi que contre ceux qui entretiennent l’intellectuel, c’est-à-dire le pouvoir économique hégémonique. Ce producteur — quoi qu’il produise : des faits, des idées ou des choses — recherche avant tout le point de rupture. Le conflit, l’opposition. Pour Sorel, l’action est tout. Sa conception de la vie est héroïque ; son interventionnisme, permanent.
À l’époque de Sorel — son ouvrage le plus célèbre, Réflexions sur la violence, date de 1908 —, on pouvait encore parler de prolétariat pour désigner la classe des travailleurs opposée à la classe bourgeoise. On pouvait encore concevoir que cette opposition ne se fonde nullement sur le dialogue, mais sur l’usage de la violence. Celle-ci était, et devait être, créatrice et palingénésique, libératrice, afin de réduire à néant aussi bien la violence sociale ouverte employée par le pouvoir capitaliste pour immobiliser les classes subalternes que la violence plus subtile de la domination, exercée grâce au leurre d’une paix sociale obtenue par la fiction tactique de concessions sporadiques.
Sorel rejetait la voie du réformisme, dans laquelle le capital et le travail semblent collaborer, tout en maintenant en réalité la domination du premier sur le second. Seule la révolution, menée par le syndicat de classe, pouvait mettre fin aux jeux parlementaires et aux compromis démocratiques auxquels se livraient les partis socialistes réformistes sans jamais parvenir à la véritable émancipation du peuple. Le syndicalisme révolutionnaire, dans le cadre de la construction mythique d’un homme nouveau faustien, protagoniste de la civilisation du travail, doit conduire la lutte entre les parties en veillant à ce qu’elle ne s’éteigne pas au seul profit des puissants.
L’écho de cette terminologie, depuis longtemps assoupie dans les âmes égarées des populations soumises au capitalisme de dernière génération, devrait à lui seul créer le climat d’un nouveau réveil, comme si des membres et des mécanismes atrophiés par des décennies d’inaction recommençaient à se mouvoir.

Ces travailleurs qui ne connaissent aucun compromis, disait Sorel, ressemblent à des guerriers antiques; ils sont les protagonistes d’un monde nouveau de symboles en action, puisque, comme il l’écrivait, «il faut faire appel à des ensembles d’images capables d’évoquer en bloc et par la seule intuition, avant toute analyse réfléchie, la masse des sentiments qui correspondent aux diverses manifestations de la guerre engagée par le socialisme contre la société moderne».
Certes, ce sont des paroles qui paraissent, et qui sont, totalement inactuelles. Pourtant, même à la lecture de témoignages et d’études récents, on a le sentiment qu’il ne s’agit pas d’un matériau définitivement révolu, mais d’une étincelle secrète, toujours vivante, qui couve sous la cendre. Après tout, le type de société auquel nous faisons face est le même qu’autrefois: d’un côté, les puissants de ce monde; de l’autre, les peuples assujettis. Le sens de l’affrontement reste le même.
La pensée de Sorel, univers de contradictions et forêt de symboles, conserve aujourd’hui encore une grande valeur idéale parce qu’elle véhicule l’union d’une éthique et de l’instinct de force, de l’ethos et du kratos, deux énergies encadrées par la valeur mythique et dirigées par l’aristocratie du peuple, sans lesquelles l’opposition sociale et politique se réduit à la récitation d’une impuissance cloîtrée.
Récemment, en remettant en lumière la figure de Sorel au moment le plus sombre de l’histoire sociale moderne, on a justement touché au point sensible de la question: la nécessité de produire, pour parvenir à un véritable positionnement alternatif, «un haut degré de culture morale». Cette insistance sur le besoin d’une politique nouvelle et ambitieuse, fondée sur l’éthique de l’interventionnisme, est présente dans le livre de Cristian Leone intitulé La via di Sorel al socialismo (La voie de Sorel vers le socialisme, Luni Editrice). Ce texte fait une nouvelle fois apparaître la richesse des ressources intellectuelles des générations d’il y a un siècle et, à l’inverse, la misère morale du monde culturel et intellectuel actuel, anéanti par des décennies de massacre cérébral perpétré par le pouvoir cosmopolite.

Leone explique notamment avec clarté que le projet sorélien — qui, dégagé des contingences historiques auxquelles il se référait, peut être tenu pour valable à toute époque — avait précisément pour pivot un ensemble communautaire de culture politique:
Le socialisme de Sorel peut être défini comme un socialisme éthique et volontariste dans lequel le prolétariat, élevé à un degré supérieur de moralité — le sublime —, brise le schéma déterministe grâce au rôle mobilisateur du mythe et, entièrement organisé au sein du syndicat, abat l’État bourgeois. C’est la morale, et non la simple appartenance à une classe déterminée, qui constitue le présupposé décisif de l’intégration de l’homme dans la communauté et qui établit un nouveau sommet de la hiérarchie sociale.
Face à l’inculture défigurante qui domine aujourd’hui à tous les niveaux, cet appel à la « culture morale » des minorités militantes apparaît essentiel. C’est par ce phénomène de renaissance éthique que devra s’imposer le mythe communautaire de la mobilisation. Peu importe que Sorel se soit référé aux catégories figées de son époque — classe, prolétariat, bourgeoisie, syndicat —, qui peuvent aujourd’hui nous sembler dépassées. En réalité, la classe unique à laquelle appartiennent désormais les peuples et les immenses masses mondiales exclues du circuit productiviste et consumériste représente, dans son ensemble, exactement le « prolétariat » sorélien. Face à elle se dresse aujourd’hui comme hier la masse compacte du pouvoir mondialiste.

Ce ne seront pas les syndicats ou les partis, entre-temps liquidés par les comités politico-affairistes, qui relanceront la lutte. Il faudra que s’installe un climat d’exaspération tel que le changement ne pourra devenir possible que par l’activation des énergies émotionnelles. Sur ce point, Sorel fut bien plus éloquent qu’un Marx muet et défunt, et sa parole conserve intacte sa valeur fondamentale, même à une époque aussi différente.
Ce qui compte, en toutes circonstances, c’est l’état d’esprit, la disposition à l’action, l’enthousiasme et la confiance dans un projet auquel donner vie, quelque chose de vivant capable d’entraîner et de mobiliser. Comme le rappelle encore Cristian Leone :
Sorel voit dans le mythe que représente la grève générale l’unique moteur de l’action humaine, un ensemble lié non par des idées, mais par des images motrices, capables d’évoquer « en bloc et par la seule intuition, avant toute analyse réfléchie », tous les sentiments correspondant à une action projetée. Le mythe ne se définit pas, ne se discute pas rationnellement, mais « seul l’ensemble du mythe importe ».

Comme chacun sait, Sorel développa une conception du socialisme qui lui était propre. Celle-ci ne resta toutefois pas abstraite, mais eut des répercussions précises dans des domaines divers, et souvent très différents, de la réalité politique et sociale de son temps. Sa pensée à la fois révolutionnaire et conservatrice exerça une grande influence à droite comme à gauche; elle anima aussi bien le socialisme que le fascisme. Sa voie syndicale trouva un écho partout où l’on voulait abattre l’obstination bornée des anciennes coteries et ériger un pouvoir nouveau, expression du peuple, mais guidé par des avant-gardes militantes.
Il s’agissait de reconnaître l’échec moral et politique des « illusions du progrès », dénoncé en son temps par Sorel, obsession « progressiste » nécessairement liée au parlementarisme et au capitalisme occidentaux. Il s’agissait aussi d’emprunter de nouvelles voies. Les réserves de l’action contestataire reposent dans les énergies occultes de l’irrationnel populaire. Dans le mythe politique. Sorel l’avait bien compris, et beaucoup l’ont répété au cours des décennies suivantes, sous toutes les bannières de la révolte.
Pour ne citer qu’un exemple, songeons à ce qu’écrivait en 1978 Hans-Jürgen Syberberg, le célèbre réalisateur et scénariste, audacieux synthétiseur expressionniste d’extrêmes tels que Richard Wagner et Fritz Lang: «Ce n’est que dans le mythe, dans cet acte qui exprime la volonté humaine de créer une civilisation, que nous pouvons redevenir, la tête haute, maîtres de notre histoire».
Nous verrons si la société contemporaine, menacée de près par la dissolution et l’assujettissement définitif, sera capable d’abord de se souvenir, puis de comprendre et, enfin, de façonner un système de valeurs antagonistes. Et nous verrons si les peuples, las de subir la domination des destructeurs de civilisation, voudront véritablement en édifier une nouvelle. Dès lors, la lutte ne se déroulera plus entre les classes, mais entre les visions du monde.
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samedi, 05 septembre 2026
La Chine renforce sa présence en Égypte. Et Tajani, lui, pense aux espions russes…

La Chine renforce sa présence en Égypte. Et Tajani, lui, pense aux espions russes…
Rédaction d’Electo
Source: https://electomagazine.it/la-cina-si-rafforza-in-egitto-e...
Ce sera une surprise pour Hollywood, où l’on croit que Cléopâtre était une reine d’origine subsaharienne à la peau noire. Ce sera aussi une surprise pour Trump, dont la vision de l’histoire et de la civilisation se limite à quelques tout petits siècles. Mais l’Égypte et la Chine, civilisations plurimillénaires, ont renforcé leur alliance sous les symboles — qui ne doivent rien au hasard — du Sphinx et de la Grande Muraille. La visite de Xi Jinping au Caire est particulièrement intéressante, puisque l’Égypte est considérée comme un allié fidèle des États-Unis, lesquels lui versent chaque année des sommes non négligeables en échange de sa sujétion. Du reste, le souvenir de Nasser reste encore vivace, même chez certains membres de l’entourage criminel de Trump.
Al-Sissi, bien entendu, n’est pas Nasser. Il n’est pas non plus Sadate. Il a toutefois parfaitement compris que l’on ne peut pas faire confiance aux États-Unis. Tout comme il a compris que la Russie ne saurait constituer une alternative crédible. Elle n’est plus l’Union soviétique. Quant à l’Union européenne, elle ne représente qu’un marché, rien de plus que des consommateurs auxquels vendre des produits égyptiens ou ayant transité par l’Égypte.

Il faut donc entretenir de bonnes relations avec tout le monde et s’ouvrir à la Chine. Celle-ci dispose d’un excédent commercial mondial à investir. Elle a besoin de favoriser la croissance de pays comme l’Égypte afin qu’ils puissent devenir des marchés intéressants pour les industries chinoises.
Mais, pour Xi Jinping, il s’agit également d’une nouvelle étape importante dans la pénétration chinoise en Afrique et, surtout, en Méditerranée. Avec, en Libye, une partie qui reste entièrement à jouer. Après tout, tant que Tajani sera en fonction en Italie et Kaja Kallas en Europe, la Chine pourra faire ce qu’elle voudra dans ce qui fut autrefois le Mare Nostrum.
20:19 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, egypte, chine, afrique, affaires africaines |
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Le mirage du luxe et le piège du désir à l’ère du «capitalisme tardif»

Le mirage du luxe et le piège du désir à l’ère du «capitalisme tardif»
Giovanni Balducci
Source: https://geopoliticaesistemi.com/il-miraggio-del-lusso-e-l...
Le capitalisme tardif a pleinement révélé sa nature la plus débridée et la plus inhumaine: un processus d’oppression totale qui, à bien des égards, rappelle, de manière symétrique et opposée, les dérives autoritaires du socialisme réel.
Nous vivons immergés dans une surabondance omniprésente d’images de bien-être et de luxe effréné qui, à y regarder de près, ne sont accessibles qu’à un cercle extrêmement restreint de privilégiés. Ce qui entoure désormais la vie quotidienne des individus, ce ne sont que des simulacres de richesse, tandis que l’ensemble de la population connaît un appauvrissement constant et une réduction drastique de son pouvoir d’achat.
Ce contexte économique et social ne se limite pas à la compression matérielle des salaires: il se nourrit également d’une stratégie de contrôle plus subtile. Les situations d’urgence sont constamment créées de toutes pièces ou habilement exploitées par le système de pouvoir afin d’éroder davantage les droits collectifs et individuels, en réduisant les espaces de démocratie et les protections sociales.

La souffrance de vouloir sans pouvoir
Dans la philosophie bouddhiste, l’une des situations psychologiques les plus douloureuses, associée aux royaumes inférieurs de l’existence ou aux enfers, réside précisément dans la torture de vouloir sans pouvoir: le désir ardent de quelque chose, allié à l’impossibilité absolue de l’obtenir.
Le système capitaliste contemporain a fait de ce tourment existentiel le moteur ultime de son économie et de sa publicité. Il tapisse notre existence de stimuli visuels, d’écrans et de vitrines numériques présentant un mode de vie clinquant comme s’il se trouvait à portée de main, parfaitement accessible.
Il déclenche ainsi un court-circuit dévastateur: alors que, dans la vie réelle, nous nous appauvrissons matériellement, on nous invite dans le même temps à poursuivre des standards inaccessibles, nous soumettant à une frustration psychologique constante. Nous voyons sans cesse le bien-être brandi sous nos yeux, tout en étant maintenu hors de portée de nos mains. C’est la logique infernale décrite dans le célèbre monologue d’Al Pacino dans L’Associé du diable: «Regarde, mais ne touche pas; touche, mais ne goûte pas; goûte, mais ne savoure pas…».

Le véritable chef-d’œuvre de ce modèle socio-économique ne consiste pas seulement à dépouiller les individus de leurs ressources économiques, mais aussi à coloniser l’imaginaire collectif, en transformant le désir insatisfait en cette prison invisible dans laquelle la société accepte de vivre chaque jour. Tout bien considéré, même un véritable misanthrope n’aurait pas su concevoir de meilleur système pour punir les hommes.
20:05 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : luxe, capitalisme tardif |
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Scannez-les tous: comment Pokémon Go a transformé ses joueurs en cartographes du Pentagone

Scannez-les tous: comment Pokémon Go a transformé ses joueurs en cartographes du Pentagone
Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/08/30/escanealos-a-t...
Chers lecteurs, pour la grande traduction du jour, nous vous proposons un article du chercheur Anis Raiss publié dans The Cradle. C’est parti :
Les joueurs de Pokémon Go ont fourni des milliards de relevés au niveau des rues aux systèmes cartographiques de Niantic. Des années plus tard, la technologie qu’ils ont contribué à développer est adaptée à des drones opérant hors de portée du GPS.
Pendant neuf ans, Pokémon Go a demandé à ses joueurs de sortir dans la rue et de «tous les attraper». Des millions d’enfants et de parents ont parcouru leurs villes, leurs appareils photo braqués devant eux. Certains, en quête de récompenses dans le jeu, ont filmé des statues, des parcs, des coins de rue et, dans au moins un cas, l’intérieur d’un appartement. Quelqu’un d’autre se chargeait d’en recueillir les résultats.

En juin, le quotidien néerlandais Trouw a retracé la manière dont quelque 30 milliards de relevés effectués par les joueurs ont contribué à entraîner les systèmes cartographiques de Niantic. Depuis, Niantic Spatial s’est associée à Vantor — le nouveau nom de Maxar Intelligence et l’un des principaux prestataires de défense américains — afin de développer un système de positionnement visuel destiné aux drones et à d’autres plateformes dans des zones dépourvues de couverture GPS.
Vantor fournit des services à des clients des secteurs de la défense et du renseignement, ainsi que des images satellitaires largement utilisées par les médias occidentaux dans leur couverture de l’Ukraine et de Gaza.
Un jeu principalement destiné aux enfants avait contribué à mettre au point une technologie désormais adaptée à un usage militaire aux États-Unis.

Le concepteur de jeux et philosophe des médias Ian Bogost (photo) avait anticipé ce mécanisme. En 2011, il proposa une appellation franche pour l’industrie des points, des badges et des récompenses conçues pour orienter les comportements: «exploitationware», que l’on pourrait traduire par «logiciel d’exploitation». Quinze ans plus tard, Pokémon Go offrait une illustration saisissante de ce qu’il entendait par là.
L’influence de Langley sur Google Earth
Cette filiation apparaît clairement dans l’histoire des entreprises concernées. John Hanke, fondateur et président exécutif de Niantic Spatial, a passé quatre ans au service diplomatique des États-Unis avant de rejoindre le secteur technologique. En 2001, il a cofondé Keyhole, une jeune entreprise de cartographie baptisée en référence aux satellites espions américains de la série KH.

Alors que l’entreprise était au bord de la faillite, un investissement d’In-Q-Tel, le fonds de capital-risque de la CIA, lui permit de rester à flot. Sa technologie allait servir à «soutenir les troupes américaines en Irak». Une grande partie du financement aurait été fournie par la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA), qui procure au Pentagone des renseignements géospatiaux.
Google a racheté Keyhole en 2004 et transformé son logiciel Earth Viewer en Google Earth. Hanke a ensuite dirigé la division Geo de Google, créé Niantic en tant que jeune pousse interne, puis l’a rendue indépendante en 2015 avec le soutien de Google, Nintendo et The Pokémon Company. Pokémon Go a été lancé un an plus tard.
Des cartographes rémunérés en Poké Balls
En 2021, le jeu a commencé à récompenser les joueurs qui scannaient des lieux réels. Ils pointaient la caméra de leur téléphone vers un PokéStop, téléversaient les images et recevaient leur récompense. La participation était facultative et ne concernait qu’une petite partie des utilisateurs; pourtant, cette fraction a produit des milliards de relevés. Les conditions d’utilisation du jeu accordaient à Niantic une licence transférable et susceptible de sous-licence sur les contenus envoyés, ce qui signifiait que l’entreprise pouvait les revendre à des tiers.
Bogost avait déjà décrit le fonctionnement de cette économie. Les entreprises technologiques «soutiraient des informations personnelles aux clients en leur faisant croire que leur produit était en réalité leur client». Pokémon Go a suivi le même modèle, récompensant les joueurs tout en utilisant leurs relevés pour créer ses cartes.
Ces relevés ont contribué à entraîner le système de positionnement visuel (VPS) de Niantic. Alors que le GPS demande sa position à un satellite, le VPS analyse ce que voit une caméra et le compare à un modèle tridimensionnel du monde. Deux points de repère reconnaissables de quelques pixels de largeur peuvent suffire à déterminer une position. Ce système est particulièrement utile lorsque les signaux satellitaires sont brouillés, usurpés ou indisponibles.

Floris De Hingh, un joueur néerlandais qui avait téléchargé le jeu dès le jour de son lancement, a déclaré à Trouw avoir scanné toutes sortes de lieux, des parcs publics jusqu’à son propre salon. «Je ne faisais que jouer», a-t-il expliqué, sans savoir à quoi ces images pourraient finalement servir.
Le problème juridique et éthique porte sur ce que les joueurs ont accepté de céder. Niantic a affirmé que leurs données personnelles «[n’avaient] été vendues à personne», tandis que les relevés téléversés étaient régis séparément en tant que contenus produits par les utilisateurs. Une pièce peut révéler des biens personnels, des habitudes et des détails intimes, même lorsqu’aucun nom n’apparaît dans le cadre. Le formulaire de consentement attirait l’attention sur l’identité, tout en garantissant à l’entreprise des droits étendus sur l’environnement filmé.
Riyad conserve les joueurs, le Pentagone récupère la carte
En 2025, Niantic a été scindée en deux. Ses jeux et ses joueurs ont été repris par Scopely pour 3,5 milliards de dollars, sous l’égide de Savvy Games Group, propriété de l’État saoudien. La technologie spatiale et les actifs cartographiques sont restés au sein de Niantic Spatial. Selon le communiqué de Niantic, ses actionnaires actuels ont conservé des participations dans la nouvelle entreprise, tandis que Scopely y a investi 50 millions de dollars supplémentaires. Le capital étatique saoudien détenait désormais des participations dans les deux sociétés.

L’accord avec Vantor a été signé en décembre. Son communiqué désigne comme problèmes «l’indisponibilité, l’usurpation, le brouillage et le blocage» du GPS, les drones autonomes figurant parmi les plateformes concernées. Vantor, anciennement Maxar Intelligence, est profondément implantée dans les secteurs américains de la défense et du renseignement. Elle est le maître d’œuvre du système de renseignement géospatial de la NGA, auquel ont accès plus de 400.000 utilisateurs au sein du gouvernement américain.
Les entreprises prévoient de combiner le VPS terrestre de Niantic avec le logiciel de positionnement aérien de Vantor, ce qui permettra aux systèmes aériens et terrestres de partager leurs coordonnées sans avoir recours aux signaux satellitaires. Vantor est par ailleurs profondément implantée dans les secteurs américains de la défense et du renseignement.
La NGA avait contribué à maintenir Keyhole à flot en 2003. Plus de vingt ans plus tard, l’un de ses principaux prestataires travaille avec Niantic Spatial sur une technologie développée, en partie, grâce aux milliards de relevés fournis gratuitement par les joueurs.
Une cartographie omniprésente, des restrictions en Palestine
Pendant plus de vingt ans, l’amendement Kyl-Bingaman a limité à deux mètres la résolution des images satellitaires commerciales sous licence américaine représentant Israël et les territoires palestiniens occupés.
En 2020, le département du Commerce a assoupli cette limite pour la porter à 40 centimètres, mais la restriction propre à ce pays demeure inscrite dans la législation américaine. Pendant longtemps, les images largement utilisées n’ont ainsi permis de voir les preuves de l’occupation et des destructions que de manière approximative, tandis que les systèmes cartographiques commerciaux recueillaient ailleurs des détails à l’échelle de la rue.
Les enfants étaient encouragés à enregistrer le monde au niveau du trottoir, tandis que Washington imposait une limite juridique particulière autour de l’État occupant. Les entreprises américaines recueillaient des informations toujours plus détaillées auprès des utilisateurs ordinaires, mais la loi continuait de restreindre ce qu’il était possible de voir au sujet de la Palestine occupée.
Le modèle survit au démenti
Les entreprises assurent qu’aucune donnée issue du jeu n’est intégrée aux drones. Vantor a déclaré à Trouw qu’elle n’utiliserait pas les relevés de Pokémon Go, tout en refusant de confirmer ou de démentir que ses modèles aient déjà été entraînés grâce à eux.
Niantic Spatial avait répondu à cette question plusieurs mois auparavant, lorsqu’un porte-parole avait reconnu que les relevés avaient servi à entraîner une «version initiale» du modèle même sur lequel repose le système. Les images brutes ne parviendront peut-être jamais entre les mains de Vantor, mais il est impossible d’effacer complètement leur rôle dans le développement du modèle.
Jeroen van den Hoven, professeur d’éthique et de technologie à l’Université technique de Delft, a expliqué à Trouw pourquoi cette distinction échappe à toute vérification. Une fois assimilées, les données d’entraînement se fondent dans des schémas dont il n’est plus possible de retracer ni de révoquer les contributions individuelles. Selon Van den Hoven, «les personnes qui pensaient jouer à un jeu ont manifestement été trompées».

Bogost avait forgé le terme «exploitationware» pour désigner une escroquerie consistant à échanger des badges contre des comportements, des années avant que les caméras des téléphones portables ne cartographient des aires de jeux et des salons au profit de l’intelligence artificielle des entreprises. Pokémon Go a étendu cet échange au monde physique et fait entrer la technologie qui en a résulté dans une chaîne d’approvisionnement militaire. Le jeu disait à ses joueurs de tous les attraper. Ses propriétaires ont recueilli bien davantage.
19:21 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pokemon go, exploitationware |
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L’illusion du choix: la fabrication du consensus dans une France post-souveraine - Le faux ordre occidental

L’illusion du choix: la fabrication du consensus dans une France post-souveraine
Le faux ordre occidental
Jerry B. Marchant
Jerry B. Marchant examine comment l’apparence du consentement populaire — mis en scène, mesuré par sondage ou projeté — sert à donner à une issue prédéterminée les apparences d’un libre choix, et s’interroge sur ceux qui en bénéficient réellement lorsque la souveraineté d’une nation est définie à sa place par d’autres.
On ne cesse de nous répéter qu’un choix nous appartient. Parfois, le message est tonitruant et sans équivoque, comme dans ces proclamations lancées lors de rassemblements, devenues virales sur les réseaux sociaux et répétées jusqu’à ressembler moins à une opinion qu’à un fait naturel. L’effet est toujours le même : l’issue commence à paraître inévitable et, parce qu’elle semble bénéficier d’un soutien populaire, elle finit par donner l’impression d’être le fruit d’une décision prise par la nation elle-même. Pourtant, de plus en plus souvent, la « nation » censée parvenir à cette décision n’est pas celle qui décide réellement.

Edward Bernays, père des relations publiques modernes, appelait cela «l’ingénierie du consentement», autrement dit le façonnement délibéré de ce que les individus croient avoir décidé par eux-mêmes¹.

Les expériences classiques menées par Solomon Asch dans les années 1950 ont montré avec quelle facilité les individus renoncent à leur propre jugement dès lors qu’ils croient qu’un consensus collectif existe déjà — même s’il est mis en scène². La force de persuasion ne réside pas dans l’argument, mais dans l’impression que la foule a déjà tranché, ainsi que dans la question de savoir qui décide, en premier lieu, de ce sur quoi cette foule est autorisée à se prononcer.
La question de la souveraineté sur le plan intérieur
Le président français lui-même s’est montré remarquablement franc quant à l’instance à laquelle devrait, selon lui, revenir ce pouvoir de décision. Dans un discours prononcé en 2017, Emmanuel Macron a présenté l’idée même de souveraineté nationale comme une illusion, notion que la France devait, selon lui, dépasser au profit d’une «souveraineté européenne» partagée. Depuis lors, il a réitéré ce thème, déclarant devant le Parlement européen à Strasbourg qu’un repli sur la souveraineté nationale constituait un faux réconfort dans un monde marqué par les migrations et les rivalités entre puissances, et affirmant au contraire que l’Europe avait besoin d’une souveraineté plus forte que celle de ses États membres.
Ses détracteurs — non seulement au sein de la droite nationaliste, mais dans l’ensemble du spectre politique — soutiennent que cette vision a vidé de leur substance les mécanismes par lesquels les citoyens français ordinaires pourraient véritablement être consultés.

Des analystes écrivant pour le blogue EUROPP de la London School of Economics (LSE) décrivent le projet de Macron comme la promesse qu’«un centre technocratique et post-idéologique pourrait transcender le clivage traditionnel entre la gauche et la droite en France». Cette promesse est aujourd’hui largement considérée comme ayant échoué, laissant derrière elle un mode de gouvernement reposant sur un cercle restreint de conseillers plutôt que sur les partis, les syndicats ou les collectivités locales.

Le site d’analyse The UnPopulist a observé que cette approche technocratique avait conféré aux réformes de Macron le caractère de mesures imposées plutôt que celui de décisions issues du débat, une dynamique liée au fait qu’à peine un quart des citoyens français estiment désormais que leur système politique fonctionne encore.
Le « Grand Débat national » lancé par son propre gouvernement en 2019 pour désamorcer la révolte des Gilets jaunes a été largement perçu comme la confirmation du même schéma: une consultation mise en scène pour donner l’impression que le pouvoir était à l’écoute.
Manon Aubry, de La France insoumise, a accusé Macron d’orienter le débat de manière à éviter «les questions qui dérangeaient», notamment celle du rétablissement de l’impôt sur la fortune qu’il avait supprimé. Un sondage de l’IFOP a révélé que seuls 38% des électeurs français pensaient que leurs contributions auraient une quelconque influence sur les politiques effectivement menées.
Par la suite, un chroniqueur de The Connexion a estimé que cet exercice de deux mois n’avait produit pour ainsi dire aucun changement mesurable. Une consultation dont les conclusions ont été discrètement remisées une fois les troubles immédiats apaisés.

Telle est, dans sa forme la plus simple, la critique nationaliste: une classe dirigeante qui répond de plus en plus à Bruxelles et à un électorat «européen» abstrait plutôt qu’à l’électorat français, tout en habillant cet arrangement du langage de la consultation et du consensus afin que le transfert du pouvoir décisionnel apparaisse comme un choix du public.
La question de l’hypocrisie sur le plan international
Le même gouvernement qui met en scène un consensus intérieur tout en le contournant discrètement s’est érigé, sur la scène internationale, en défenseur de la légitimité démocratique face à tous les autres. Macron a présenté à plusieurs reprises l’Union européenne comme un rempart de la démocratie libérale contre ses rivaux «illibéraux» et «autoritaires», désignant explicitement la Russie et la Chine comme les puissances contre lesquelles l’Europe devait défendre sa souveraineté.
Les chercheurs qui étudient l’émergence de l’ordre multipolaire ont relevé le malaise inhérent à cette posture.
Des travaux de l’Atlantic Council indiquent que les puissances émergentes, avec à leur tête la Russie et la Chine, contestent de plus en plus la prétention de l’Occident à définir ce qui constitue un gouvernement légitime. Elles soutiennent que la promotion occidentale de la démocratie s’est trop souvent accompagnée de changements de régime à l’étranger, comparant ce schéma, pour reprendre les termes du rapport, au «colonialisme du XIXe siècle».

Les recherches du Carnegie Endowment sur «l’ordre post-occidental» vont plus loin encore, en montrant que les promoteurs occidentaux de la démocratie ont eux-mêmes discrètement soutenu des partenaires autoritaires lorsque cela leur convenait. Les chercheurs de Carnegie ont notamment souligné que Washington continuait de soutenir le gouvernement égyptien, même après avoir publiquement dénoncé son bilan antidémocratique. Parallèlement, un nombre croissant de travaux universitaires consacrés à la « démocratie non occidentale » soutiennent que la prétention même à imposer un modèle universel de consentement légitime défini par l’Occident constitue en soi une stratégie hégémonique: un moyen pour un bloc civilisationnel de continuer à juger les choix politiques de toutes les autres nations à l’aune de ses propres critères.
Pour le dire clairement: un gouvernement français incapable de susciter un véritable consensus intérieur, et qui considère ouvertement sa propre souveraineté nationale comme une prérogative appelée à être mise en commun et ainsi abandonnée, n’est guère fondé à donner des leçons au reste d’un monde multipolaire sur l’authenticité de ses élections.
Deux symptômes d’une même maladie
Rien de tout cela ne prouve l’existence d’une coordination entre le centrisme technocratique de Macron, le populisme mis en scène de Mélenchon ou l’establishment occidental plus large auquel ils appartiennent tous deux, chacun à sa manière. Cela laisse toutefois entendre que le «consensus fabriqué» n’est pas une ruse étrangère importée de l’extérieur, mais le mode opératoire d’une classe politique qui a appris à présenter l’érosion du pouvoir décisionnel d’une nation comme si elle procédait de la volonté de cette nation elle-même.
Le danger ne réside pas dans le fait que l’on mentirait ouvertement aux citoyens. Il est plus subtil: le sentiment d’avoir choisi librement — que ce choix porte sur un président, une politique ou une place au sein du système d’alliances d’autrui — constitue lui-même le produit que l’on cherche à vendre.
Reconnaître la mise en scène — l’hologramme, la consultation soigneusement orchestrée, la souveraineté discrètement redéfinie comme une illusion — est la première étape pour distinguer la décision véritable d’une nation de sa simple représentation.
Notes:
(1) Bernays, Edward L. “The Engineering of Consent.” The Annals of the American Academy of Political and Social Science, vol. 250, 1947, pp. 113–120.
(2) Asch, Solomon E. “Effects of Group Pressure Upon the Modification and Distortion of Judgments.” In Groups, Leadership and Men, edited by Harold Guetzkow, Carnegie Press, 1951, pp. 177–190.
15:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, actualité, europe, affaires européennes, consensus, propagande |
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vendredi, 04 septembre 2026
Guerre hybride, un terme très commode pour manipuler les masses

Guerre hybride, un terme très commode pour manipuler les masses
Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/09/01/guerra-hibrida...
Un mélodrame vient de s’achever — jusqu’au prochain. Les dirigeants européens ont exprimé leur profonde inquiétude face aux agissements de Moscou et déclaré que la Russie pourrait mettre à l’épreuve la détermination de l’OTAN — ainsi que l’engagement de Trump envers l’article 5, la clause de défense collective de l’Alliance — au moyen d’une attaque limitée ou d’autres provocations militaires.
Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu à Moscou le 25 août — un voyage qui était loin d’être secret, compte tenu de l’importante couverture médiatique dont il a fait l’objet — afin de rencontrer son homologue russe, Sergueï Narychkine, directeur du SVR. Ce service, bien moins connu que le FSB, est toutefois l’héritier de la prestigieuse Première direction principale du KGB, qui recruta certains des espions les plus importants de la guerre froide, notamment les Cinq de Cambridge, lesquels causèrent un tort immense à l’Occident.
Plusieurs médias à sensation ont interprété cette visite comme un avertissement adressé à Moscou afin qu’il s’abstienne d’attaquer un pays membre de l’OTAN.
Le président Donald Trump a cependant démenti par la suite cette version des faits, affirmant que Ratcliffe n’était porteur d’aucun message de ce type. À propos de la menace russe, il a précisé: «Cela ne m’inquiète absolument pas… Il n’y a aucun problème… Ratcliffe rencontre son homologue russe une fois tous les six mois ou une fois par an. Ils entretiennent de très bonnes relations. Il n’y avait aucun message ni rien d’inhabituel». Il a ensuite ajouté à propos des Russes: «Ils n’attaqueront pas le territoire de l’OTAN». Il est vrai que, pour beaucoup, Trump est un agent russe tenu par un kompromat, celui des «douches dorées» — voir Wikipédia —, dont, soit dit en passant, on n’entend presque plus parler…
De son côté, Sergueï Narychkine, directeur du SVR, le Service des renseignements extérieurs de la Russie, a confirmé jeudi avoir rencontré Ratcliffe lors de la visite de celui-ci à Moscou. Il a précisé que ces échanges faisaient habituellement partie de leur travail et qu’ils n’avaient rien d’extraordinaire. Pour quiconque connaît un tant soit peu le sujet, les rencontres entre directeurs de services de renseignement sont effectivement chose courante.
Peut-être est-il temps de réfléchir aux tensions croissantes entre la Russie et l’Europe, alimentées, d’une part, par les propagandistes russes qui menacent depuis des années de raser Londres et/ou Paris et, d’autre part, par les médias européens, mais, plus grave encore, par leurs représentants politiques. L’expression «guerre hybride» est répétée sans cesse, sans la moindre considération pour sa véritable signification.
Il faudrait ignorer totalement l’histoire pour ne pas savoir que la situation était bien pire pendant la guerre froide. L’Union soviétique — alors extrêmement agressive envers le monde libre parce qu’elle défendait son idéologie communiste internationaliste — s’engagea dans des guerres par procuration dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, en s’attaquant aux puissances coloniales par l’intermédiaire de mouvements de libération puis, dans les années 1970, de groupes terroristes tels que la Fraction armée rouge — la bande à Baader-Meinhof —, les Brigades rouges, Action directe, Septembre noir, etc.
À cette époque, les pays européens payèrent un lourd tribut à cette guerre non déclarée — que l’on ne qualifiait pas de « guerre hybride » —, subissant de nombreux attentats dont personne ne voulait identifier les auteurs. Aujourd’hui, le nombre d’Européens tués dans ce conflit — hors Ukraine — est pratiquement nul.
La négation de la guerre secrète qui existait alors était telle qu’au sein des forces armées françaises, il était interdit, pendant les exercices militaires, de désigner l’ennemi par la couleur «rouge»: on employait le terme « carmin », jugé plus politiquement correct.
Aujourd’hui, les pays voisins de la Russie lancent de fausses alertes afin d’obtenir davantage de financements, une présence militaire accrue, etc. Le risque n’est sans doute pas négligeable, compte tenu de l’importante population d’origine russe vivant dans ces régions. Leurs dirigeants politiques exploitent donc la crainte d’une intervention sur le modèle de la Crimée.
Il est vrai que les états-majors de tous les camps disposent de plans préétablis pour faire face à toute éventualité.
20:08 Publié dans Défense, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : défense, définition, guerre hybride |
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