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vendredi, 14 août 2026

Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

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Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Dans le magazine britannique The Spectator, Tom Switzer met en garde contre un nouveau cataclysme, façon 1914. Ukraine, Iran, mer Rouge, Taïwan, mer de Chine méridionale, Corée, Inde et Pakistan: de plus en plus de crises pourraient se lier, des erreurs de calcul pourraient entraîner une escalade régionale après l’autre – jusqu’à la perte de contrôle.

Cette idée n’est pas nouvelle. Ce qui est plus intéressant, c’est pourquoi ces conflits, pourtant très éloignés les uns des autres, sont liés entre eux.

Le lien, selon Switzer, ce sont les États-Unis. La guerre contre l’Iran consomme des avions, des système de défense antiaérienne, des missiles et des munitions. Le soutien à l’Ukraine mobilise en partie les mêmes ressources,qui sont limitées. Plus Washington a besoin de moyens au Moyen-Orient et en Europe, moins il en reste pour la dissuasion de la Chine dans l’Indo-Pacifique.

Switzer décrit ainsi assez précisément le talon d’Achille de l’ordre actuel: les États-Unis ont des obligations mondiales, mais ne disposent pas de ressources illimitées. Sa conclusion est cependant que c’est précisément pour cette raison que le leadership américain est nécessaire. L’ordre international libéral ne peut pas se maintenir tout seul. Les règles ont besoin de quelqu’un pour les faire respecter. Sans une Amérique désireuse et capable de le faire, l’ordre est mis sous pression.

Mais de quel ordre parlons-nous exactement ?

Si les États-Unis doivent contenir simultanément la Russie en Europe, l’Iran au Moyen-Orient et la Chine en Asie de l’Est, une surcharge pour Washington ne signifie pas nécessairement la fin de tout ordre international.

Cela signifie la fin d’un ordre bien précis: celui de la Pax Americana. Pour l’Allemagne en particulier, cette distinction est révélatrice: en effet, un recul de la domination américaine ne signifierait pas qu’il n’y aurait soudainement plus de politique de puissance sur le continent européen. Au contraire. L’Allemagne, la France, la Pologne, le Royaume-Uni, la Russie et les États intermédiaires devraient ajuster beaucoup plus directement leurs intérêts, leurs besoins de sécurité et les rapports de force entre eux. Cela ne serait pas automatiquement pacifique. La transition pourrait même être dangereuse. Mais à long terme, il pourrait en émerger un ordre européen fondé davantage sur les rapports de force et les intérêts réels de ce continent, au lieu de rester dépendant de la manière dont Washington répartit ses priorités mondiales entre l’Europe, le Moyen-Orient et le Pacifique.

C’est une question fondamentale pour l’Allemagne. Car tant que l’architecture de sécurité européenne est essentiellement organisée par les États-Unis, la sécurité allemande reste inévitablement liée aux intérêts américains hors d’Europe. Un conflit à propos de Taïwan deviendrait alors indirectement une question de sécurité européenne. Une guerre contre l’Iran influencerait les ressources militaires disponibles pour l’OTAN. Et un changement de priorités américain vers le Pacifique modifierait immédiatement la situation stratégique de l’Allemagne.

La puissance mondiale américaine protège l’Europe, mais elle lie aussi l’Europe à la stratégie globale de Washington.

En Asie de l’Est également, un retrait américain ne laisserait pas simplement un vide que la Chine remplirait. Le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Australie auraient un intérêt bien plus fort à contrebalancer la Chine par eux-mêmes. Au Moyen-Orient, l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël devraient organiser davantage l’équilibre régional entre eux. Le monde deviendrait peut-être plus agité et régionalisé. Mais c’est justement cette régionalisation qui pourrait, à long terme, empêcher que chaque conflit local ne devienne automatiquement une question de puissance américano-russe ou américano-chinoise. Et c’est ici que la comparaison avec 1914 devient intéressante. À l’époque, des mécanismes rigides d’alliances ont fait qu’une guerre régionale est devenue, en quelques semaines, une guerre entre grandes puissances. Aujourd’hui, il existe une autre forme de couplage: les États-Unis sont présents simultanément dans presque toutes les zones de conflit majeures.

Ainsi, Switzer décrit involontairement autre chose: la Russie, la Chine et l’Iran n’ont pas besoin d’un pacte militaire commun pour mettre l’ordre américain sous pression. Ils n’ont même pas besoin de coordonner entièrement leurs politiques.

Il suffit que chacun agisse là où résident ses propres intérêts: la Russie mobilise des forces en Europe. L’Iran le fait au Moyen-Orient. La Chine oblige Washington à garder des réserves dans le Pacifique.

Trois États, trois intérêts, trois théâtres, mais la même base de puissance américaine.

C’est sans doute le véritable changement de notre époque. Les adversaires de la Pax Americana n’ont pas besoin de vaincre l’Amérique ensemble. Ils doivent simplement faire en sorte que Washington tente de rester suffisamment fort partout à la fois.

Et pour l’Allemagne, une question se pose alors, qui va bien au-delà de Trump, de l’Ukraine ou de l’Iran :

Voulons-nous attendre de voir quelle partie de son ordre mondial Washington pourra encore défendre à l’avenir, ou commencerons-nous un jour à penser un ordre européen selon nos propres intérêts ?

#geopolitique@global_affairs_byelena

Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

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Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

Magdebourg/Berlin. L’alliance Sahra Wagenknecht (BSW) se positionne en Saxe-Anhalt comme un partenaire potentiel de l’AfD pour promouvoir un changement de gouvernement. L’AfD est créditée d’environ 40% dans les sondages depuis des mois, tandis que la CDU du ministre-président Sven Schulze atteint environ 24%. Explicitement, le BSW n’exclut pas une coopération avec l’AfD.

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Les têtes de liste Claudia Wittig et Thomas Schulze ont formulé six projets comme base d’une éventuelle coopération. Il s’agit notamment de plus d’enseignants et de temps d’apprentissage commun plus long, d’une allocation régionale pour les soins, ainsi que d’un renforcement de la police régionale à un effectif d'au moins 7000 agents d’ici 2028. S’y ajoutent une initiative au Bundesrat pour des livraisons de gaz et de pétrole à prix réduit en provenance de Russie, la résiliation du contrat d’État sur les médias et une réforme fondamentale de l’audiovisuel public.

Wittig a déclaré: «Ce n’est que si le BSW entre au parlement régional que le prochain mandat du ministre-président CDU pourra être évité. L’AfD n’y arrivera pas seule».

La fondatrice du parti, Sahra Wagenknecht, mise, elle aussi, sur un changement de pouvoir. «Le changement ne viendra qu’avec le BSW! Notre objectif électoral est la destitution du titulaire CDU et son remplacement par un ministre-président sans étiquette, qui mettra fin à l’idiotie du cordon sanitaire». Schulze ne recevra aucune voix du BSW. Son départ serait, selon Wagenknecht, «la prochaine gifle méritée pour Friedrich Merz et probablement la fin de son mandat de chancelier désastreux».

Le politologue Oliver Lembcke, de l’université de la Ruhr à Bochum, y voit un signal stratégique adressé aux électeurs. Un vote pour le BSW pourrait permettre un changement de gouvernement. Si l’AfD a besoin d’un partenaire, le BSW se présente en même temps comme un possible faiseur de majorité (rk).

Source: Zu erst, Août 2026.

Cuba, le troisième front

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Cuba, le troisième front

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/il-terzo-fronte/

Miguél Díaz-Canel est le président de Cuba. Peu connu du grand public occidental, qui reste le plus souvent ancré dans la mythologie des Castro.

Cuba, aujourd’hui, est une réalité complexe. Bien au-delà des mythologies de nos castristes de salon. Une réalité en devenir, en pleine transformation, souvent tourmentée.

Le projet de Fidel de créer un État fondé sur une économie solidaire, différente du libéralisme sauvage qui domine le continent américain, conserve encore une certaine vitalité et validité. Et pourtant, il peine, ce projet, surtout parce qu’il est isolé.

Castro n’était pas marxiste. Même si les circonstances de l’histoire l’ont contraint à se rapprocher de l’URSS pour survivre à la pression des États-Unis.

En réalité, il s’agissait avant tout d’une révolution nationale, pour racheter Cuba, alors réduite à un gigantesque bordel aux mains des mafias américaines.

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Une révolution qui ne fut pas particulièrement sanglante. Car le régime de Batista s’effondra de lui-même, emporté par la corruption et ses contradictions internes.

Puis, il y eut la tentative de Kennedy de reprendre le contrôle de la grande île. Elle échoua lamentablement.

La Baie des Cochons fut l’un des pires épisodes de l’histoire occidentale. Et des centaines de jeunes Cubains, encadrés et armés par la CIA, furent envoyés au massacre. Puis abandonnés.

Washington, cependant, a la mémoire longue. Et n’a jamais totalement renoncé à reprendre le contrôle total de Cuba.

Et aujourd’hui, avec Trump, l’étau se resserre autour du régime cubain.

Il l’étouffe, dans le but de forcer La Havane à revenir complètement dans son orbite.

C’est un étau mortel. Qui ne permet même plus à Cuba de maintenir son système de santé, fierté et orgueil du régime. Et cet étau accule de plus en plus un système déjà éprouvé par l’isolement.

Naturellement, Cuba peut compter sur l’aide de la Russie et de la Chine.

Moscou envoie des marchandises, et surtout des pétroliers, pour tenter de ravitailler la Grande Île caribéenne.

Pékin procède à l’installation de systèmes de production d’énergie solaire, afin de pallier le manque de sources capables d’alimenter le système cubain.

Cependant, les difficultés de Cuba semblent s’accroître. Washington est déterminée à l’étouffer et à reprendre le contrôle.

Díaz-Canel tente, de plus en plus désespérément, de faire savoir au monde ce qui est en train de se passer.

En jeu, il n’y a pas seulement son régime.

Ce qui est remis en cause, c’est la possibilité même de l’existence d’un système politique indépendant des États-Unis dans leur sphère d’influence directe.

Cuba est le Troisième Front de la guerre mondiale, asymétrique, qui se déroule sous nos yeux.

Des yeux qui, trop souvent, ne veulent pas voir la réalité. Ni la reconnaître.

18:03 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, cuba, caraïbes, castrisme, amérique ibérique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’Axe Eurasiatique

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L’Axe Eurasiatique

Alexandre Douguine

Animateur : Le premier sujet, et sans doute le plus important et le plus discuté actuellement, c’est la reprise de l’affrontement entre les États-Unis et l’Iran, dont la phase active, pour parler en ternes relatifs, dure déjà depuis 7 à 8 jours. Le cessez-le-feu temporaire qui avait été signé n’est plus en vigueur. Et à l’heure actuelle, nous observons le tableau suivant : les deux pays échangent des frappes, mais de manière assez retenue, me semble-t-il — mais je me trompe peut-être. Nous aimerions savoir à quoi nous attendre par la suite, car il y a maintenant plusieurs hypothèses: soit ils échangent quelques tirs puis rétablissent un cessez-le-feu, soit, au contraire, tout cela conduit à une escalade encore plus grande, et pour l’instant les parties ne font qu’attendre. Le Washington Post rapporte également que, en ce moment même, après les pertes que les États-Unis ont subies dans cet affrontement avec l’Iran, ils préparent une opération de grande envergure et essaient d’assurer la sécurité du détroit d’Ormuz pour que les navires puissent y passer sans encombre. Que faut-il attendre ?

104229153-GettyImages-578547766.jpgAlexandre Douguine : Je pense qu’à présent, nous sommes arrivés à un point où toute la campagne de communication — ces posts marketing de Trump visant à réguler le marché (en l’occurrence, la bourse, l’indice Dow Jones et d’autres instances) —, où la spéculation, y compris économique, autour de la guerre, a atteint sa limite.

Autrement dit, la guerre entre l’Amérique et l’Iran est passée du domaine des déclarations à celui de la réalité. C’est seulement maintenant, et en vérité, que cela se passe. Et l’Iran en fait l’expérience depuis longtemps: ils ont subi d’énormes pertes au sein de leur direction. Pour l’Iran, tout cela est depuis longtemps chose sérieuse, alors que pour les États-Unis, cela restait encore un jeu, tout n’était que simulacre. Et voici qu’à présent, ils annoncent dix-sept soldats américains tués — je pense qu’en réalité, ils ont dépassé la centaine au fil du temps, mais c’est seulement maintenant qu’ils commencent à l’admettre. Ce n’est pas qu’ils viennent de mourir — ils étaient déjà morts plus tôt, et les soldats américains meurent régulièrement dans ces affrontements avec les Iraniens, mais ils sont beaucoup plus nombreux que ce que l’on reconnaît officiellement.

imadtrkges.jpgMais le simple fait de commencer à les reconnaître indique que l’on a dépassé un certain interdit implicite. Car au début, tout se passait comme dans un jeu vidéo : on appuie sur des boutons, et aussitôt, la direction change en Iran, il n’y a plus d’armes nucléaires, ils viennent embrasser la chaussure de Ben-Gvir et d’autres extrémistes racistes d’Israël, et tout rentre dans l’ordre, le terrain est ouvert à une croissance folle de l’économie américaine et mondiale, et Trump devient le « roi du monde ». Jusqu’à un certain moment, l’Amérique essayait de donner cette impression. Ce n’est plus possible.

Quand les Iraniens ont montré qu’ils étaient coriaces, qu’ils sont un « État-civilisation », qu’ils sont un sujet de la politique mondiale et non un objet, qu’ils sont un pôle du monde multipolaire — sans offenser tous les autres États et sociétés islamiques qui aiment s’enorgueillir, s’emporter, se frapper la poitrine, crier « Allah Akbar », et qui, en pratique, ne sont que de pitoyables marionnettes de l'Occident et d’Israël. Malgré tout leur grandiloquence et leur brutalité, ils se révèlent en réalité être des suiveurs dociles. Mais sur fond de ces « suiveurs » islamiques, l’Iran, le véritable Iran chiite, prouve ce que c’est d’être musulman, d’être croyant, d’être indépendant, d’être libre, de mener une vraie guerre sainte — un djihad. Non pas en attaquant des pauvres, des faibles, ceux qui ne peuvent pas se défendre, mais en défiant le véritable mal absolu mondial incarné par les États-Unis et Israël.

MV5BMjMxNzg0ODAyMl5BMl5BanBnXkFtZTgwMzQxMDAwMjE@._V1_.jpgC’est ainsi que l’Iran a démontré ce que c’est que d’être indépendant, souverain, véritablement croyant. Et ce réveil de l’Iran lui-même, qui, sans guerre ni changements politiques directs ces dernières décennies, commençait aussi à s’endormir. Là aussi, on commençait à dire: « Eh bien, nous attendons la bataille finale, nous en parlons tout le temps, mais elle n’arrive jamais ». Comme dans le film « Le Désert des Tartares » : on attend la bataille finale, la venue de Gog et Magog, mais ils ne viennent jamais, et les gens commencent à désespérer de leur propre foi. Et soudain, cette foi a été totalement ravivée par l’agression américano-israélienne — et maintenant, l’Iran est à nouveau authentique. Et cette guerre sera authentique, car l’Iran a déjà tout perdu de ce qu’il pouvait perdre, désormais il ne peut que gagner, en défendant jusqu’au dernier Iranien sa souveraineté, son indépendance, sa dignité et sa véritable foi.

Voilà, dans le cadre de l’islam, un exemple de résistance incroyable et réelle, sur lequel les Américains ne comptaient pas. Ils pensaient que tout serait décoratif, qu’ils achèteraient le sommet de l'Etat iranien, qu’ils élimineraient les mécontents, et que des gens dociles prendraient leur place, et tout le pathos de la préparation à la bataille finale en Iran, qui dure depuis un demi-siècle, depuis la révolution de l’ayatollah Khomeini, s’effondrerait. Mais il ne s’est pas effondré, en réalité. Et maintenant, c’est au tour du système, de la force qui se proclamait absolument invincible, de s’effondrer. Et c’est maintenant que tout commence.

On commence à l’admettre : des pertes chez les Forces armées, d’ailleurs, un des dirigeants de la Marine américaine — ils disent qu’il est mort lors d’un incident, pas vraiment militaire, écrasé dans un hélicoptère, mais il est mort, c’est le « brouillard de la guerre », personne ne sait vraiment… En d’autres termes, les Américains commencent à reconnaître qu’ils subissent des pertes. Les frappes sur les bases américaines au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie, les attaques constantes contre Israël et la destruction de la base économique et technologique des alliés des États-Unis au Moyen-Orient (y compris les complexes de dessalement, que l’Iran a frappés) — cela signifie que les Iraniens comprennent parfaitement : soit ils gagnent, soit ils cessent d’exister. Aucun compromis possible.

l-0x24wh-786x458z-1.jpegAnimateur : Peut-on discuter un peu ici de la question du compromis et de l’accord ? Il y a une déclaration du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araqchi (photo), qui estime que son pays pourrait mettre fin à l’affrontement militaire avec les États-Unis et passer à une résolution négociée du conflit, s’il obtient un avantage sur le champ de bataille. Il envisage donc deux scénarios : une fin de la guerre sous forme de capitulation ou l’obtention d’un avantage, puis un éventuel nouvel accord. S’ils s’expriment ainsi, cela signifie que cette situation s’est déjà produite auparavant, mais non pas grâce à des succès militaires, mais grâce à leur bonne tactique économique, en fermant le détroit d’Ormuz, ce qui a provoqué un mécontentement mondial et obligé les États-Unis à chercher un compromis, pour obtenir une trêve et alimenter un peu le marché pétrolier. Pourquoi, par exemple, l’Iran, outre la fermeture du détroit d’Ormuz, ne fermerait-il pas aussi le détroit de Bab-el-Mandeb pour obtenir le même avantage économique, voire l’accentuer ? Ou demanderait-il aux Yéménites de le faire ?

Alexandre Douguine : Je pense que cela ne va pas tarder — la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb. Les Iraniens iront jusqu’au bout, ils sont très cohérents. Et même lorsqu’ils ont accepté de négocier avec les États-Unis l’ouverture du détroit d’Ormuz, ils ont posé des conditions très strictes. Et Trump pensait qu’il pouvait tromper tout le monde — mais c’est un tricheur, un escroc en réalité. Trump, c’est tout simplement un assassin agressif et un escroc qui ne tient pas ses promesses. Et les Iraniens le comprennent mieux que quiconque.

Animateur : Mais il n’agit ainsi qu’envers l’Iran ? Ou bien agit-il de la même manière envers tout le monde ?

Alexandre Douguine : S’il agit ainsi envers certains, il agit de la même façon envers les autres. Il ne faut pas se faire d’illusions : nous avons affaire à un maniaque déchaîné, qui ne tient jamais parole, qui change constamment de position sur n’importe quel sujet en fonction de la conjoncture du moment — qu’elle soit boursière ou politique. C’est un véritable escroc.

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Aujourd’hui, toute l’Amérique le maudit, même ses propres électeurs se détournent de lui. Tout est clair avec lui : il est arrivé avec de nobles slogans de lutte contre le « deep state », mais il a trahi tous ceux qu’il pouvait. C’est un homme sans aucune autorité, dans aucun domaine : les démocrates le détestaient et le détestent toujours, et désormais sa propre base électorale le méprise profondément. Quant à la façon dont le reste du monde voit l’Amérique, inutile d’en parler — c’est la fin.

Mais ce n’est pas aussi important que sa motivation intérieure. Il est arrivé avec certains principes idéologiques qui étaient très attractifs: valeurs traditionnelles, retour à la religion, concentration sur les problèmes internes, publication des dossiers Epstein, arrestation de tous ceux impliqués dans la pédophilie, le cannibalisme et autres atrocités commises par des représentants des élites américaines et européennes. Il avait promis tout cela. Il avait promis d’arrêter les guerres, de mettre fin à la guerre en Ukraine.

imtrvsmagages.jpgEn sociologie américaine, il existe la notion de «quatrième tournant» (fourth turning): les partisans de Trump associaient la quatrième phase du cycle à l’époque de Biden et des mondialistes, et après l’élection de Trump, beaucoup ont sincèrement cru que «l’âge d’or» allait commencer. Ils croyaient qu’il se battrait pour que «l’Amérique soit d’abord », pour qu’il n’y ait plus de deep state.

Il a tout trahi et tout le monde. Et pourquoi a-t-il fait cela ? Beaucoup disent, comme vous l’avez justement noté, qu’il est sous l’influence d’Israël, qu’il a été pris en otage, qu’on le fait chanter avec des dossiers compromettants, notamment sa participation à ces orgies sataniques chez Epstein, ou d'une autre manière. Mais cela n’a pas d’importance. Il a complètement perdu la face — partout: auprès de ses partenaires européens, de la population américaine elle-même, de ses propres partisans et dans le monde entier. C’est pourquoi les Iraniens étaient prêts à parvenir à un accord raisonnable même avec ce maniaque, mais c’est impossible, car il est impossible de s’entendre avec de tels individus. Aujourd’hui, les Iraniens parlent de leur volonté de revenir à la table des négociations, mais c’est purement pour la forme — ils ne sont en réalité prêts à rien. Ils comprennent parfaitement à qui ils ont affaire. C’est pourquoi un prochain round de négociations n’est possible que si les Iraniens améliorent encore leur position à la table des négociations.

Des centaines de milliers, voire des dizaines de milliers de cadavres américains renvoyés chez eux; la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb par les Houthis; une lutte acharnée pour la zone côtière; la coupure des câbles à fibres optiques au fond du détroit d’Ormuz; des frappes sur les infrastructures économiques critiques des alliés arabes des États-Unis se trouvant à portée des missiles iraniens. Et nous verrons bien ce que la prochaine étape nous apportera.

Animateur : Vous avez mentionné des dizaines, voire des centaines de milliers de cadavres américains renvoyés aux États-Unis. Est-ce que cela signifie que l’on s’attend désormais à une véritable opération terrestre ?

Alexandre Douguine : Ils en parlent tous les jours.

Animateur : Parler, c’est une chose. Mais quelles actions concrètes sont à attendre ?

Alexandre Douguine : Bien sûr, nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce qui va se passer. Je ne dis pas que je le vois, je parle de la manière dont les Iraniens voient leur propre vision du monde: si l’escalade continue, ils combattront jusqu’à la mort. Ils défendront chaque parcelle de terre iranienne.

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Trente millions de personnes se sont portées volontaires — soit un Iranien sur trois — pour défendre leur patrie. Il s’agit à la fois des partisans du régime du Velayat-e-Faqih et, d’ailleurs, de l’opposition politique qui, face à l’agression américano-israélienne, est aujourd’hui unie dans la défense de la patrie. La société iranienne est absolument unie et déterminée à défendre son pays.

Et là, ni les drones ni la simple économie… Regardez la géographie de l’Iran, les montagnes du Zagros — elles sont pratiquement infranchissables. Et si une opération terrestre commence, elle pourrait durer des décennies, et ce serait fatal pour les États-Unis. Les Iraniens tiendront jusqu’au bout. Bien sûr, il y aura d’énormes pertes du côté iranien, mais aujourd’hui, personne n’est en mesure d’arrêter cette guerre.

Trump ne peut pas l’arrêter à ses conditions, car les Iraniens lui imposent des positions de négociation très strictes. Il tergiverse, il ment, il menace, il insulte les gens. Il se comporte — il n’y a pas de mots — comme un terroriste, comme Zelensky. Où que l’on regarde, c’est comme si on avait un « Quartier 95 » sanglant : que ce soit aux États-Unis, ou en Ukraine — c’est le même modèle. Mensonge, tromperie, cruauté, sadisme. Aucun accord, aucune réalité — une politique totalement irrationnelle de maniaques globaux. Et il est impossible de dire qui a appris de qui : les Américains des Ukrainiens ou l’inverse, mais aujourd’hui ils agissent très semblablement sur la scène internationale. Et les Iraniens l’ont parfaitement compris à leurs dépens : leurs dirigeants politiques, religieux, spirituels, militaires ont été lâchement assassinés sans aucune raison, sous de faux prétextes — tout comme les Américains ont occupé l’Irak, puis renversé Kadhafi en Libye. C’est du mensonge pur et l’application de plans hégémoniques d’une brutalité extrême.

Voilà pourquoi, à mon avis, il faut tirer la conclusion qu’aucune négociation avec ce pouvoir occidental déchaîné n’est plus possible. De telles négociations sont sans valeur, nous en avons fait l’expérience. On peut dire ce qu’on veut, mais tout continue: le soutien de Washington à Kiev se poursuit, tout continue comme avant.

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Je pense que les Iraniens nous donnent l’exemple — à nous et à toute l’humanité. Et à la Chine, bien sûr, qui est la prochaine cible. Et la Corée du Nord — qui est fière et forte, mais ne pourra sans doute pas résister seule. Nous devons construire cet axe eurasien, dont Trump a d’ailleurs récemment parlé. Trump, semble-t-il, reçoit actuellement ses premières leçons de géopolitique de ses maîtres venus du camp néoconservateur: il a soudain découvert l’existence de l’Axe eurasien, qui inclut la Russie, l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, que des agents sionistes l’auraient trompé, et que nous sommes bons et refuserons de le soutenir — on peut le dire ainsi, mais cela ne mène nulle part. Il serait beaucoup plus réaliste, réfléchi et responsable pour la Russie de se préparer à défendre cet axe eurasien. Oui, il existe, car tout prétendant à une politique souveraine, à un monde multipolaire, à l’indépendance vis-à-vis de l’Hégémon, est un ennemi de l’Hégémon. Trump est arrivé au pouvoir sous la bannière de la fin de cette hégémonie globale. Non seulement il ne l’a pas arrêtée, il l’a amplifiée. Il a mené une politique unipolaire agressive par des méthodes et à une échelle que ses prédécesseurs mondialistes n’auraient jamais osé employer. Autrement dit, il est arrivé au pouvoir sur la vague de l’anti-mondialisme, et il est devenu un mondialiste encore plus agressif et plus sanglant.

Animateur : C’est un avis important sur ce que signifie en réalité cette préparation. Vous avez dit que la Russie doit se préparer à cette confrontation. Mais comment exactement ? Que faut-il faire ?

Alexandre Douguine : Dans notre conscience stratégique actuelle, il y a deux aspects. Le premier — la croyance que nous pourrons parvenir à un accord avec Trump et au moins, sous certaines conditions, geler ce conflit, ne serait-ce que temporairement, pour obtenir un répit. Mais nous n’utilisons jamais vraiment ces pauses pacifiques à bon escient : ce n’est qu’en temps de guerre, dans des conditions extrêmes, que nous sommes vraiment capables de nous renouveler d’une quelconque manière. Ce temps que nous essayons désespérément de gagner lors des négociations, en fait, ne nous est même pas bénéfique.

La deuxième position — plus responsable, plus réaliste et, à mon avis, la seule adéquate: l’escalade avec l’Occident, avec l’Amérique et l’Union européenne, ne fera que s’intensifier. Nous devons nous attendre à l’entrée de nouveaux acteurs dans la guerre contre nous — par exemple, des attaques contre Kaliningrad, un blocus complet de la navigation dans la mer Baltique et de nombreux autres coups, y compris les plus efficaces, les plus lourds missiles, contre le territoire russe, auxquels il est difficile de se protéger. Cela se produit déjà, et ces frappes deviennent de plus en plus fréquentes et douloureuses, sous différentes formes.

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Il faut se préparer à l’escalade qu’on nous impose et oublier ce sujet que seraient d'éventuelles négociations. Alors il ne nous restera plus qu’un seul plan, et non plus un « plan A » et un « plan B ». Le premier plan: on négocie; le deuxième plan: on agit si la négociation échoue. Mais la négociation échouera non pas parce que nous ou l’Occident agissons mal, mais précisément parce qu’en voyant en nous ce « plan A » (cette orientation vers la négociation), l’Occident interprète cela comme une faiblesse. Et c’est tout.

D’ailleurs, on ne pourra négocier que lorsque nous nous serons véritablement mobilisés et que nous commencerons à nous comporter autrement. Actuellement, nous disons: «Ça, c’est pour ceci, ça, c’est pour cela». Tant que nous disons « pour ceci », nous annulons d’emblée nos propres actions. Désormais, nous devons dire: « Et ça, c’est en avance, et ça aussi, c’est en avance — et pas seulement pour l’Ukraine, mais pour tous ceux qui soutiennent la guerre autour, — et tout cela, c’est en avance».

Autrement dit, ce n’est pas « pour ceci » ou « pour cela », c’est simplement à titre d’avance — « prenez, s’il vous plaît ». Et dès que nous commencerons à agir selon le « plan B » et que nous oublierons le « plan A », alors, à mon avis, ils voudront négocier avec nous. Voilà le problème: dès qu’ils voient notre volonté de parvenir à un règlement pacifique, ils ne font qu’aggraver la situation. Et ce n’est qu’en voyant la montée en puissance de notre côté qu’ils commenceront à envisager de discuter.

Animateur : Donc il est clair qu’il ne faut pas chercher à s’entendre avec les Américains et l’Occident en général. Mais qu’en est-il alors de la coopération interne entre les pays de cet axe eurasien ? Pourquoi n’approfondissons-nous pas notre coopération militaire, alors que nous savons tous — Russie, Chine, Corée du Nord, Iran — que nous nous opposons à l’Occident ?

Alexandre Douguine : Pour deux raisons. La première, c’est que chacun d’entre nous — peut-être à l’exception de la Corée du Nord, plus perspicace en géopolitique — estime qu’il est bien plus simple de négocier individuellement avec l’Occident. C’est-à-dire: nous allons négocier, et les Iraniens avec les Chinois se débrouilleront de leur côté. La Chine pense: que les Iraniens et les Russes fassent la guerre, nous verrons plus tard. Et jusqu’à un certain temps, les Iraniens aussi disaient qu’ils avaient leur propre voie, leurs propres relations avec l’Occident, et que les Russes menaient leur «opération militaire spéciale» en Ukraine. Oui, nous nous aidons les uns les autres — eux nous aident, nous les aidons, la Chine aussi — mais: chacun pour soi. C’est la logique d’un «nationalisme étroit», si l’on veut: les gens ignorent la géopolitique et les lois de l’histoire, ne se concentrant que sur les intérêts nationaux immédiats dans un esprit de réalisme pragmatique, quitte à trahir parfois leurs alliés pour leur propre intérêt. C’est la politique dite machiavélienne, caractéristique à divers degrés de tout pays. C’est précisément cela qui fait obstacle à l’affirmation réelle de l’axe eurasien, lequel découle de la logique géopolitique appliquée à la situation actuelle et de la nécessité de l’opposition du monde multipolaire au monde unipolaire.

Deuxième point : l’Occident dispose de vastes et très influents réseaux d’agents au sein des élites dirigeantes de tous ces pays, sauf peut-être la Corée du Nord. En Chine et en Iran — jusqu’à tout récemment. Et chez nous, bien sûr, il y a la «sixième colonne»: elle existe officiellement, sans même se cacher, depuis les années 90, et aujourd’hui on l’appelle «le parti de l’armistice», etc. Ces réseaux disent: «Mais quel est notre intérêt là-dedans? Nous faisons partie de l’Occident, nous pouvons parfaitement nous entendre avec l’Occident, et nous souffrons uniquement à cause de nos propres radicaux et des autres membres radicaux de cet axe eurasien». Chez nous, on dit: «Sacrifions la Chine au profit de l’Occident, sans parler de l’Iran et de son radicalisme. Rapprochons-nous de l’Occident». Les Iraniens disent la même chose: «Sacrifions les Russes, ils ne nous aident pas vraiment, ils ne font que promettre. Pourquoi avons-nous besoin d’eux? Réglons la question avec l’Occident». Et les Chinois disent: « Regardez, nous n'avons pas encore de guerre avec Taiwan, certes, nous nous y préparons, nous apprenons des fautes des autres, nous étudions les expériences de la belligérance de type nouveau en Ukraine et au Moyen-Orient, mais quand il s'agit de nous, nous verrons bien. Mais, pour l'instant, nous ne romperons pas définitivement avec l'Occident". 

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Il en résulte donc que souverainistes — une sorte de réalistes limités — et simples agents d’influence occidentaux agissent ici de concert. Ils essaient de relativiser, de minimiser la nécessité de créer ce bloc géopolitique multipolaire — l’axe eurasien. Ils freinent ce processus de l’intérieur. Et bien sûr, l’Occident fait tout pour empêcher l’émergence de cet axe. Or, il est indispensable de le créer. Il se forme de fait, mais non parce que nous avançons activement. Cet axe eurasien se forme en réaction, comme une réponse aux attaques des mondialistes. Les vraies leçons de géopolitique, nos élites semblent incapables de les comprendre d’elles-mêmes. J’ai eu cette impression après quarante ans de diffusion de la géopolitique dans notre société: oui, on en prend note, mais comme «nul n’est prophète en son pays», tout cela est considéré comme une lecture facultative — on lit, c’est intéressant, c'est étrange. Mais les vraies leçons de géopolitique, c’est l’Occident qui nous les donne.

Animateur : Voici la question suivante. Peut-il se produire que Russie, Chine, Iran et Corée du Nord commencent à s’unir plus rapidement et rejettent les raisons que vous avez évoquées, en essayant de les éradiquer ? Sous quelles conditions ? Que faudrait-il ? Est-ce qu’un événement vraiment grave — par exemple, une frappe nucléaire sur l’Iran — pourrait en être le catalyseur ? Nous avons déjà évoqué que les États-Unis pourraient se retrouver dans une position où il ne leur resterait plus que l’option nucléaire. D’ailleurs, la possible apparition de l’arme nucléaire en Arabie saoudite est aussi un sujet très intéressant à évoquer ici, car cela pourrait toucher toute la région. Selon vous, l’axe eurasien ne se mettra en place que dans de tels scénarios catastrophiques, ou bien le catalyseur pourrait-il être moins critique ?

Alexandre Douguine : Honnêtement, j’ai du mal à répondre. Je ne vois qu’une chose : nous n’apprenons ni de nos erreurs, ni en entamant une réflexion, mais par réaction. Il est difficile de dire à quel moment nous passerons des rêveries irresponsables sur une entente possible avec l’Occident à l’action directe. Mais nous ne nous réveillons que quand il devient impossible de continuer à dormir. Tant que nous pouvons ignorer la réalité, tant que nous pouvons nous bercer d’illusions sur notre appartenance à la civilisation occidentale, sur l’idée que l’Occident n’est «pas si mauvais» et que nous avons des racines communes, cela durera indéfiniment. Toute démarche basée sur la science, la logique, l’histoire, la géopolitique ou la stratégie, initiée de l’intérieur, n’a aucun effet.

Ces discours s’accompagnent de processus matériels et économiques très sérieux, mais volontairement, activement, de façon proactive, nous ne sommes pas capables d’agir dans une logique eurasienne. Nous commençons à bâtir cet axe, à agir en État souverain — cela concerne aussi bien l’Iran que nous et la Chine — uniquement quand nous sommes frappés de plein fouet. Que ce soit une frappe nucléaire, un missile qui tue tout le commandement iranien, ou des complots: souvenez-vous de la Chine, où sur sept chefs militaires, six ont été exécutés. Ce n’est pas arrivé par hasard. La Chine n’aime pas les mesures radicales, elle n’est pas prête, donc la situation de recrutement par les Américains des chefs militaires chinois a atteint un point critique où il a fallu les éliminer.

Nous réagissons seulement quand il n’est plus possible de ne pas réagir — mais qu’est-ce qui doit se passer pour que nous comprenions la nécessité de créer activement, immédiatement, et de façon offensive cet axe eurasien, avec des manœuvres militaires communes et une entraide réciproque ? Il nous faut bâtir un bloc militaire.

L’Occident veut à tout prix nous en détourner : ils disent qu’ils négocieront avec les Russes à Anchorage, avec les Chinois à Pékin, avec les Iraniens en Suisse — avec chacun séparément, pourvu qu’il n’y ait pas de bloc militaire. Cela signifie qu’ils en ont peur, donc nous devons absolument le créer. Un simple bloc militaire Russie, Iran, Chine: «vos ennemis sont nos ennemis», et nous commençons à nous entraider. L’Iran aurait un accès à l’Arctique via la Caspienne, et nous, un accès aux mers chaudes. Nous pourrions résoudre de nombreux problèmes stratégiques. Qu’est-ce qui nous en empêche ? Ceux pour qui cela est mortellement dangereux — sont nos ennemis. Mais nous, nous ne les considérons souvent pas comme des ennemis, pensant: «Bon, c’est important pour la Chine de s’opposer à l’Amérique, parce qu’ils se font concurrence en PIB et en technologies», ou «C’est nécessaire pour l’Iran radical, mais pourquoi aurions-nous besoin d’une telle confrontation?». 

Néanmoins, tous ceux d’entre nous qui veulent préserver leur souveraineté, leur dignité, leur culture, leur fierté, leur indépendance et leur liberté seront obligés de rejoindre cet axe eurasien agressif, voire offensif, je dirais. Car, si nous n’attaquons pas, c’est nous qui sommes attaqués. L’ennemi ne comprend pas d’autre langage.

Animateur : Dans le même temps, l’Occident agit de manière sournoise et perfide. Les États-Unis donnent maintenant à l’Arabie saoudite la possibilité d’enrichir de l’uranium – c’est un nouveau projet dirigé contre l’Iran. D’autre part, au Japon, on évoque la possibilité d’acquérir et de stocker des armes nucléaires, et le « principe des trois non-nucléaires » ne devrait plus s’appliquer. D’ailleurs, à l’origine, notre confrontation avec l’Ukraine s’est aussi largement aggravée lorsque des discussions ont commencé sur la possibilité pour Kiev d’obtenir des armes nucléaires — cela a été l’un des problèmes clés. Il en résulte que tout notre environnement est d’une façon ou d’une autre concerné par ces processus (à l’exception de la Corée du Nord). Et la question se pose: pourquoi ne pouvons-nous pas agir de manière similaire? Si les États-Unis créent indirectement une menace nucléaire autour de nous, pourquoi ne pourrions-nous pas leur créer la même menace en retour, ou bien n’en avons-nous pas la capacité?

Alexandre Douguine : Nous en avons la capacité, mais nous n’avons ni la détermination, ni la compréhension de la profondeur des processus qui se déroulent dans le monde. À un moment, nous avons glissé vers une explication banale, triviale, grossière, presque ignorante et mythologique de tous les processus historiques par l’économie, l’intérêt et le commerce. Par exemple: les indicateurs économiques montent, donc tout le monde y trouve son compte. Mais c’est une naïveté impensable, c’est de l’idiotie — une idiotie stratégique — que de mesurer les processus historiques et stratégiques avec des modèles économiques. L’économie est importante, mais elle ne détermine rien dans le monde. Elle s’adapte aux idéologies et aux intérêts. Croire que l’économie «résoudra tout», que le marché et sa «main invisible» mèneront à l’harmonie — il n’y a rien de plus dangereux que cette idéologie. C’est une construction fausse, créée exprès pour les colonies, afin qu’elles aident tranquillement l’hégémon et la métropole à croître à leurs dépens.

Halford_Mackinder.jpgCette idée globaliste s’est tellement enracinée chez nous que toute analyse géopolitique rigoureuse et froide — fondée sur les mêmes principes que ceux sur lesquels l’Occident bâtit ses stratégies — est perçue comme secondaire. Pourtant, la géopolitique n’a pas été inventée par nous, mais par les Anglo-Saxons. Mackinder en a créé les systèmes et le vocabulaire. Et quel est le sens de cette géopolitique? C’est que la civilisation de la Mer — anglo-saxonne, libérale-démocratique, capitaliste — lutte contre la civilisation de la Terre, fondée sur des principes héroïques, sur des valeurs traditionnelles et une culture spirituelle particulière. Cette guerre est inévitable. Elle ne peut pas cesser tant que l’un des participants existe dans l’indépendance et la liberté. D’où découle directement l’idée de nous infliger une «défaite stratégique». C’est la géopolitique en action. L’Occident ne cache pas ces principes, ils sont enseignés dans toutes les académies. Pourquoi ne pas les transposer à notre réalité, apprendre ce qui se passe, au lieu de simplement réagir ?

On frappe « Wildberries » — nous frappons Kiev, on attaque une résidence — nous faisons une frappe de riposte. Mais cela donne l’impression que nous sommes terrés et que nous faisons juste de la résistance. Nous devons faire exactement le contraire de ce qu’ils font. Ils veulent nous infliger une défaite stratégique, pour qu’il n’y ait plus de principe Terre. Nous, nous voulons exister — donc nous devons gagner cette guerre contre la civilisation de la Mer. Et cela inclut l’Occident collectif, y compris Trump. Si, comme il l’avait promis au départ, il avait reconnu la multipolarité et accepté que l’Occident n'en soit qu’un des pôles, cela aurait été une autre histoire, et il aurait fallu lui donner sa chance. Nous avons investi là-dedans, nous y avons cru. Mais quand tout a volé en éclats, il n’était plus possible de ne pas le voir: il n’y a plus ce Trump qui arrivait au pouvoir, il n’y a plus de «MAGA», plus de publications des listes d’Epstein, ni de combattants contre le «deep state». Tous ceux qui partageaient cette idéologie sont aujourd’hui dans l’opposition à Trump. Il s’est avéré être un rouage — soit c’est sa tragédie personnelle, soit il a toujours été un vaurien et un clown. Peu importe, à ce stade.

imapwges.jpgAujourd’hui, nous avons affaire à la géopolitique classique: c’est eux ou nous. L’axe eurasien est un élément fondamental de cette prospective qui est au cœur de leur vision. Leur lutte contre un bloc eurasien potentiel a commencé dès les années 1980. Paul Wolfowitz (photo) a inscrit dans la doctrine de sécurité nationale, déjà sous Clinton dans les années 90, le principe majeur: empêcher la création sur le territoire de l’Eurasie d’un bloc politico-militaire et économique qui pourrait limiter l’influence de l’Occident global dans cette région. Et ce principe n’a pas disparu, il passe d’une administration à l’autre.

Animateur : Je voudrais poser une autre question: quel rôle joue dans ce contexte l’intelligence artificielle et ce qui s’est passé à la Conférence mondiale sur l’IA à Shanghai ? Si la Chine parle de créer une sorte d’alliance dans le domaine de l’IA, est-ce une étape vers l’unification de l’axe eurasien, ou est-ce autre chose ?

Alexandre Douguine : Je pense que c’est, en partie, un pas vers l’unification. Les principes de la géopolitique, contre lesquels tant de nos compatriotes — des gens bons, intelligents — se sont élevés, c’est une sorte d’aveuglement collectif. Ne pas voir l’évidence, ne pas reconnaître les lois de la géopolitique, leur force, ou tout au moins le fait que l’Occident ne fonctionne que sur cette base — il faut l’admettre. Si nous l’avions fait, nous aurions appliqué ces principes de géopolitique, les principes de la civilisation de la Terre et la nécessité de l’intégration de l’axe eurasien à tout: à l’alliance militaire dont nous parlions, à la prolifération nucléaire — car la civilisation de la Mer permet à ses clients (Israël, Arabie saoudite, peut-être le Japon et même l’Ukraine) de posséder l’arme nucléaire, mais pas à nous. Donc, il faut dire: ils prolifèrent, ils répandent l’arme nucléaire parmi «les leurs», nous devons la répandre aussi parmi «les nôtres». Ils attaquent et mentent — nous ne devons pas croire leurs mensonges, nous devons nous défendre, et parfois mener des actions préventives et adopter une politique offensive. Pareil pour l’économie: ils la créent dans leur intérêt, nous devons la développer dans le nôtre, collectivement, avec les autres pays de l’axe eurasien, en y attirant les pays neutres (c’est pour cela que BRICS est une excellente initiative).

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Il en va de même pour l’intelligence artificielle. L’IA est un outil extrêmement puissant des nouvelles technologies, et soit elle appartiendra à la civilisation de la Mer, comme aujourd’hui, soit nous essaierons de construire la nôtre, continentale, terrestre — russo-chino-irano-coréenne — qui soit technologiquement indépendante. Il faut aujourd’hui disposer des serveurs, des systèmes de refroidissement adéquats, ce à quoi la Chine travaille activement, et de certains algorithmes.

Les modèles développés par la Chine sont retravaillés, ils deviennent souverains, et si on leur coupe Grok, ChatGPT, Gemini ou Claude, les Chinois ont leurs propres équivalents. Ils font de même avec toutes les innovations technologiques, obtenant d’énormes succès et renforçant la souveraineté de leur État. Nous devons nous impliquer dans ce processus. Nous avons signé la charte lors de la conférence sur l’IA, mais il nous faut justement une IA eurasienne. Essayez de dire cela lors d’un événement sérieux — tout le monde rira, baissera les yeux ou pensera que c’est de la propagande du Kremlin, que c’est impossible. Qu’il n’y a qu’un seul progrès, une seule société, une seule démocratie, un seul système politique, un seul modèle économique — le capitalisme libéral occidental, et rien d’autre!

En réalité, le problème n’est pas l’intelligence artificielle, mais l’intelligence naturelle de nos élites. Elle est rongée par la moisissure toxique de l’occidentalisme. On aura beau tourner autour d’accords sur le travail commun avec les Chinois sur l’IA, rien ne bougera tant que, dans la tête de nos gens d’influence, la vision occidentalo-centrée du monde, de l’histoire, de la société, de l’économie et de la technologie dominera. Tant que l’Occident sera pour eux «l’alpha et l’oméga» de l’univers, tout sera bloqué. Nous ne construirons pas les bonnes relations avec la Chine, et il y aura toujours quelque chose qui entravera les processus positifs. Nous n’aiderons pas l’Iran et attendrons — Dieu nous en garde — qu’il échoue, et alors tout ce qui s’est abattu sur eux s’abattra sur nous.

Si nous ne nous réveillons pas dès maintenant dans tous ces domaines, il faudra au pays — disons-le ainsi — un «réveil géopolitique». Il s’agit précisément de l’eurasisme politique, de la conscience de la civilisation de la Terre, de notre destin particulier et de la nécessité de défendre le monde multipolaire, non seulement par des réponses réactives aux défis, mais aussi par des actions proactives. Nous devons nous-mêmes fixer l’agenda, créer nous-mêmes les processus et les événements, et que le camp occidental, que nos ennemis, cherchent comment y répondre, au lieu de toujours être à la traîne et d’agir dans la réaction.

Cette leçon de géopolitique que nous donne aujourd’hui l’Occident collectif, nous aurions pu l’apprendre par nous-mêmes, de notre propre volonté, si nous avions fait l’effort. J’espère que nous approchons de ce point de bascule où nous allons enfin vraiment nous consacrer à la géopolitique, au niveau qu’elle exige, et avec le sérieux nécessaire.

 

Deutsche und Niederländische Texte: Juli 2026 - Duitse en Nederlandse teksten: juli 2026

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Deutsche und Niederländische Texte: Juli 2026

Duitse en Nederlandse teksten: juli 2026

Met open ogen de oorlog in? Waarom stelt Europa deze vragen niet?

Met open ogen de oorlog in? Waarom stelt Europa deze vragen niet?

Jeanne Delahaye

Bron: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7

Sinds het begin van de oorlog in Oekraïne wordt de berichtgeving in Europa gedomineerd door wapenleveranties, sancties en militaire ontwikkelingen. Tegelijkertijd lijkt een ander debat vrijwel volledig uit de publieke ruimte verdwenen te zijn:

Welke langetermijnbelangen nastreeft Europa eigenlijk zelf?

Deze vraag dringt zich des te meer op wanneer men de uitspraken leest van vooraanstaande Amerikaanse politici en strategen. Ze zijn openbaar gemaakt, in boeken gepubliceerd of voor parlementaire commissies verklaard.

Frankrijk: Hoe men de geesten voorbereidt op oorlog door de vrijheid van meningsuiting en informatie te onderdrukken

Frankrijk: Hoe men de geesten voorbereidt op oorlog door de vrijheid van meningsuiting en informatie te onderdrukken

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

We zouden in deze vakantietijd graag wat zorgelozer zijn. Maar dat valt niet mee. Aan de ene kant zijn er de steeds talrijkere branden in Frankrijk, met de menselijke tragedies die ze veroorzaken.

Frankreich: Wie man die Bevölkerung auf den Krieg vorbereitet, indem man die Meinungs- und Informationsfreiheit unterdrückt

Frankreich: Wie man die Bevölkerung auf den Krieg vorbereitet, indem man die Meinungs- und Informationsfreiheit unterdrückt

Gastel Etzwane 

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Man hätte in diesen Ferienzeiten gerne einen leichteren Kopf. Das ist schwierig. Auf der einen Seite die sich häufenden Brände in Frankreich, mit den menschlichen Tragödien, die sie verursachen.

Partijen, facties en broederschappen: De vroege geschiedenis van het Egyptisch nationalisme

Partijen, facties en broederschappen: De vroege geschiedenis van het Egyptisch nationalisme

door Troy Southgate

Quelle: https://www.facebook.com/troy.southgate

Een van de belangrijkste nationalistische entiteiten in het Egypte van de jaren 1920 en 1930 was de zeer populaire Wafd-partij, die werd opgericht na de Eerste Wereldoorlog.

Parteien, Fraktionen und Bruderschaften: Die Frühgeschichte des ägyptischen Nationalismus

Parteien, Fraktionen und Bruderschaften: Die Frühgeschichte des ägyptischen Nationalismus

von Troy Southgate

Quelle: https://www.facebook.com/troy.southgate

Einer der wichtigsten nationalistischen Akteure im Ägypten der 1920er und 1930er Jahre war die äußerst populäre Wafd-Partei, die nach dem Ersten Weltkrieg gegründet worden war.

Tien waarschuwingssignalen voor het verval van een samenleving

Tien waarschuwingssignalen voor het verval van een samenleving

door Meinrad Müller 

Bron: https://www.unser-mitteleuropa.com/201946

Velen herinneren zich de oude uitspraak uit Asterix en Obelix: "Ze zijn gek, die Romeinen." De Galliërs observeerden Romeinse legionairs die dingen deden die tegen elk gezond verstand ingingen. Niet omdat ze dom waren, maar omdat ze bevelen uit Rome moesten opvolgen. Denken was niet gevraagd, gehoorzaamheid wel.

Over de neergang van de westerse beschaving door Pierluigi Fagan

Over de neergang van de westerse beschaving

door Pierluigi Fagan 

Bron: Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della-civilta-occidentale

Arlacchi schreef in Il Fatto een analyse over de relatie tussen de westerse beschaving, die in verval is, en de opkomende groep beschavingen die tegenwoordig het “Mondiale Zuiden” worden genoemd, ook al liggen sommige daarvan eerder in het oosten dan in het zuiden.

Über den Niedergang der westlichen Zivilisation

Über den Niedergang der westlichen Zivilisation

von Pierluigi Fagan 

Quelle: Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della-civilta-occidentale

Arlacchi hat im „Fatto“ einen Analyseartikel über die Beziehungen zwischen der im Niedergang befindlichen westlichen Zivilisation und der aufsteigenden Gruppe der heute als „globaler Süden“ bezeichneten Zivilisationen geschrieben, wobei einige davon eher im Osten als im Süden liegen.

DVD: De Magiër van het Kremlin - Een politieke thriller en zijn realpolitieke achtergronden

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Werner Olles 

In 2019 reist de Amerikaanse journalist en Ruslanddeskundige Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) naar Moskou om daar de voormalige adviseur van Poetin, Wadim Baranow (Paul Dano), te ontmoeten, die zich uit de officiële politiek heeft teruggetrokken. Op zijn buitenverblijf vertelt hij Rowland zijn levensverhaal, dat begint in de vroege jaren negentig, toen het Sovjetcommunisme was ingestort.

DVD: Der Magier im Kreml - Ein Polit-Thriller und seine realpolitischen Hintergründe

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Werner Olles

2019 reist der amerikanische Journalist und Rußlandexperte Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) nach Moskau, um dort Putins ehemaligen Berater Wadim Baranow (Paul Dano) zu treffen, der sich aus der offiziellen Politik zurückgezogen hat. Auf seinem Landsitz erzählt er Rowland seine Geschichte, die in den frühen 1990er-Jahren beginnt, als der Sowjet-Kommunismus zusammengebrochen war.

Het nieuwe biologische type - Gottfried Benn over geschiedenis voorbij de democratie

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Constantin von Hoffmeister

Bron: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type

De Duitse dichter Gottfried Benn (1886-1956) stelt dat de geschiedenis niet voortschrijdt door democratische keuzes of publieke consensus, maar door elementaire krachten die op beslissende keerpunten verschijnen. Volgens hem komen grote historische omwentelingen nooit voort uit stemmen of debatten.

Der neue biologische Typ - Gottfried Benn über Geschichte jenseits der Demokratie

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Constantin von Hoffmeister

Quelle: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type

Der deutsche Dichter Gottfried Benn (1886–1956) vertritt die Auffassung, dass die Geschichte nicht durch demokratische Entscheidungen oder öffentlichen Konsens voranschreitet, sondern durch elementare Kräfte, die zu entscheidenden Wendepunkten in Erscheinung treten.

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Tucker Carlson, 35 jaar lang een trouwe Republikein, verlaat de partij en wil helpen bij het opbouwen van een derde kracht. Hij wil zelf niet kandideren.

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Culturele uitwisseling begeleidt al lange tijd de politieke en economische interacties tussen staten, maar pas in de twintigste eeuw kwam culturele diplomatie naar voren als een bewuste staatsstrategie.

Soft Power in einer post-hegemonialen Welt: Begriffskrise und neue Akteure kultureller Einflussnahme

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Kultureller Austausch begleitet seit langem die politischen und wirtschaftlichen Interaktionen zwischen Staaten, doch erst im 20. Jahrhundert entwickelte sich die kulturelle Diplomatie zu einer bewussten staatlichen Politik.

Bastardmoderne

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Es ist der Abfall der neokapitalistischen Warengesellschaft, deren Selbstinterpretationssystem wohl nirgendwo besser zum Ausdruck kommt als im Frankfurter Bahnhofviertel, wenn in einer dreckigen, verpinkelten Ecke in der Niddastraße ein Cracksüchtiger langsam seinem Tod entgegendämmert.

Wanneer de staat verzwakt, wordt hij autoritair: het Duitsland van Merz legaliseert massale surveillance

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Gastel Etzwane 

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Terwijl de regering van Friedrich Merz geconfronteerd wordt met groeiend protest en een wankelende legitimiteit, slaat Duitsland een nieuwe, verontrustende weg in.

Wenn der Staat schwächer wird, wird er autoritär: Das Deutschland unter Merz legalisiert die Massenüberwachung

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Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Während die Regierung von Friedrich Merz mit wachsendem Protest und schwindender Legitimität konfrontiert ist, überschreitet Deutschland eine neue, beunruhigende Schwelle.

Frankrijk, Duitsland, Groot-Brittannië: Drie patiënten, één diagnose

Frankrijk, Duitsland, Groot-Brittannië: Drie patiënten, één diagnose

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Het Britse tijdschrift The New World stelt deze dagen een vraag die men in de mainstream zelden zo openlijk leest: Wie van de drie voormalige leidende machten van West-Europa zit eigenlijk het diepst in de crisis? Alleen al de manier waarop de vraag wordt gesteld is veelzeggend; de diagnose is inmiddels zo overduidelijk dat men die niet langer onder het tapijt kan vegen.

’68 was de zelfhervorming van het kapitaal

’68 was de zelfhervorming van het kapitaal

door Francesco Petrone 

Bron: Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-auto-riforma-del-capitale

Costanzo Preve, een belangrijk filosoof, essayist en politicoloog, formuleerde de stelling dat ’68 een beweging was die “antiburgerlijk, maar niet antikapitalistisch” was. Hij kwam tot de conclusie dat ’68 de grootste opstand van de kleine burgerij uit de geschiedenis was.

1968 war die Selbstreform des Kapitals

1968 war die Selbstreform des Kapitals 

von Francesco Petrone

Quelle: Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-auto-riforma-del-capitale

Costanzo Preve, ein bedeutender Philosoph, Essayist und Politologe, vertrat die These, dass 1968 eine Bewegung „antibürgerlich, aber nicht antikapitalistisch“ war. Er kam zu dem Schluss, dass 1968 die größte Revolte der Kleinbürgerlichkeit in der Geschichte war.

Frankrijk: De politieke keuze om de criminaliteit te laten toenemen

Frankrijk: De politieke keuze om de criminaliteit te laten toenemen

Bron: https://informationnationaliste.fr/2026/07/15/le-choix-politique-de-laisser-augmenter-la-delinquance/

In 2026 staat Frankrijk op de 99e plaats van de Global Peace Index, een ranglijst waar men natuurlijk kritiek op kan hebben, maar die toch een onmiskenbare trend weergeeft. De studie is gebaseerd op opzettelijke doodslag, misdrijven in verband met verkrachting en seksueel geweld, misdrijven tegen eigendom en corruptie.

Frankreich: Die politische Entscheidung, die Kriminalität steigen zu lassen

Frankreich: Die politische Entscheidung, die Kriminalität steigen zu lassen

Quelle: https://informationnationaliste.fr/2026/07/15/le-choix-politique-de-laisser-augmenter-la-delinquance/

Im Jahr 2026 belegt Frankreich den 99. Platz im Global Peace Index – ein Ranking, das zwar sicherlich kritikwürdig ist, aber dennoch einen unumstößlichen Trend aufzeigt.

Frederik II en Eurazianisme: Twee visies op het imperium

Frederik II en Eurazianisme: Twee visies op het imperium

Constantin von Hoffmeister

Bron: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism

De geschiedenis keert vaak terug naar dezelfde vragen, zelfs als ze verschillende antwoorden geeft. De ene tijd spreekt door koningen, een andere door filosofen. De ene strijdt om kastelen en handelsroutes, een andere om technologie, economie en de machtsbalans tussen continenten.

Friedrich II. und Eurasismus: Zwei Visionen von Imperium

Friedrich II. und Eurasismus: Zwei Visionen von Imperium

Constantin von Hoffmeister

Quelle: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism

Die Geschichte kehrt oft zu denselben Fragen zurück, selbst wenn sie unterschiedliche Antworten gibt. Eine Epoche spricht durch Könige, eine andere durch Philosophen. Die eine ringt um Burgen und Handelswege, die andere um Technologie, Wirtschaft und das Kräfteverhältnis zwischen Kontinenten.

De beschaving van de lust

De beschaving van de lust

Karim Nazriev

De richting waarin de moderne wereldbeschaving zich beweegt, is een van de fundamentele vragen binnen het strategisch denken. Het centrale thema is: wat zijn de wetten die de ontwikkeling van de wereldbeschaving bepalen en wat zijn haar waarde-elementen? In de eerste plaats denken we aan de vooruitgang van de mensheid op het gebied van kunstmatige intelligentie.

Die Zivilisation der Wollust

Die Zivilisation der Wollust

Karim Nazriev

Die Richtung, in die sich die moderne Weltzivilisation bewegt, ist eine der Grundfragen der strategischen Sichtweise. Das Hauptthema ist: Welche Gesetze bestimmen die Entwicklung der Weltzivilisation und was sind ihre Wert-Elemente? Zunächst denken wir an die Fortschritte der Menschheit im Bereich der Technologie der Künstlichen Intelligenz.

Duits model voor Peking - Chinees model voor Duitsland

Duits model voor Peking - Chinees model voor Duitsland

Enrico Toselli

Bron: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-modello-cinese-per-la-germania/

Duits model of Chinees model om de stagnerende economie van het tanende Europa nieuw leven in te blazen, dat daardoor steeds oorlogszuchtiger wordt? Paradoxaal genoeg zou China behoefte hebben aan het Duitse model, het originele, met meer sociale zekerheid, medezeggenschap en participatie.

Deutsches Modell für Peking - Chinesisches Modell für Deutschland

Deutsches Modell für Peking - Chinesisches Modell für Deutschland

Enrico Toselli

Quelle: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-modello-cinese-per-la-germania/

Deutsches Modell oder chinesisches Modell, um die stagnierende Wirtschaft des im Niedergang befindlichen Europas wiederzubeleben, das deshalb immer kriegslustiger wird? Paradoxerweise bräuchte China das deutsche Modell, das Original, mit mehr Sozialstaat, Mitbestimmung, Beteiligung.

„Die tote Seele des Liberalismus“

„Die tote Seele des Liberalismus“

Werner Olles 

Zwei Texte von Günter Maschke aus seinem wissenschaftliche Nachlaß, mit einem Nachwort von dessen Verwalter Dr. Dr. Thor von Waldstein.

Je onderhandelt niet met Dadzjdzjal - Eskalatie moet wederzijds zijn

Je onderhandelt niet met Dadzjdzjal

Eskalatie moet wederzijds zijn

Alexander Doegin

Alexander Doegin onthult waarom escalatie wederzijds moet zijn, anders worden onderhandelingen met het Westen een valstrik.

Zoals verwacht kwam er nooit vrede tussen Iran en de Verenigde Staten. De VS hervatten het bombarderen van Iraans grondgebied. Teheran viel Amerikaanse militaire bases in Bahrein aan en sloot opnieuw de Straat van Hormuz. Het werkte niet, en het had ook nooit kunnen werken.

Mit Dadschdschal verhandelt man nicht - Eskalation muss wechselseitig sein

Mit Dadschdschal verhandelt man nicht

Eskalation muss wechselseitig sein

Alexander Dugin

Alexander Dugin erklärt, warum Eskalation wechselseitig sein muss, andernfalls werden Verhandlungen mit dem Westen zur Falle.

Wie erwartet kam es nie zu einem Frieden zwischen Iran und den Vereinigten Staaten. Die USA nahmen die Bombardierung iranischen Territoriums wieder auf. Teheran griff amerikanische Militärbasen in Bahrain an und schloss erneut die Straße von Hormus.

De Griekse kunst van nieuwsgierigheid - Het Griekse beschavingwonder

De heropening van de Agora

De Griekse kunst van nieuwsgierigheid

Het Griekse beschavingwonder

Bron: https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curiosity Grote beschavingen benaderen de wereld niet met angst, noch met naïeve overgave, maar met een vertrouwen dat gebaseerd is op de realiteit die zij opbouwen. Zulke beschavingen sluiten zich niet op in hun eigen schulp om uiteindelijk uit te sterven.

Die griechische Kunst der Neugier - Das zivilisatorische Wunder der Griechen

Die Wiedereröffnung der Agora

Die griechische Kunst der Neugier

Das zivilisatorische Wunder der Griechen

Quelle: https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curiosity Große Zivilisationen begegnen der Welt nicht mit Angst, noch mit naiver Hingabe, sondern mit einem Vertrauen, das auf der Realität gründet, die sie schaffen. Solche Zivilisationen schließen sich nicht in ihrem eigenen Gehäuse ein, um schließlich auszusterben.

Pax Silica: Wordt Europa de digitale vazal van de VS?

Pax Silica: Wordt Europa de digitale vazal van de VS?

Dreigt Europa met „Pax Silica” tot digitale vazalliteit van de Verenigde Staten te vervallen? Terwijl Washington het bondgenootschap presenteert als antwoord op China, zien critici hierin het einde van de Europese technologische soevereiniteit.

NATO: Europa erkennt, dass es nie geschützt, sondern von Washington an der Leine gehalten wurde

NATO: Europa erkennt, dass es nie geschützt, sondern von Washington an der Leine gehalten wurde

von Raphaël Besliu

Quelle: https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-quelle-na-jamais-ete-protegee-mais-tenue-en-laisse-par-washington/

Nach dem NATO-Gipfel in Ankara ist eine Frage, die vor zwei Jahren noch lange verschwiegen wurde, nun in den europäischen Regierungszentralen angekommen: Was passiert, wenn die USA austreten? Laut Financial Times erwägen Bündnisbeamte und europäische Po

Oekraïne: MI6 en CIA betalen tienduizenden huurlingen

Oekraïne: MI6 en CIA betalen tienduizenden huurlingen

Bron: https://www.anonymousnews.org/international/ukraine-mi6-und-cia-bezahlen-zehntausende-soeldner/Zware verliezen van het regime in Kiev in de Oekraïne-oorlog dwingen de westerse regisseurs ervan om steeds grotere contingenten huurlingen voor Kiev te betalen. Douglas MacGregor noemt een recordaantal van meer dan 50.000 huurlingen.

De Groenen willen Taurus „eindelijk onverwijld“ aan Oekraïne leveren: Zij zijn de Duitse oorlogsstokers nummer één

De Groenen willen Taurus „eindelijk onverwijld“ aan Oekraïne leveren: Zij zijn de Duitse oorlogsstokers nummer één

Tobias Riegel

Bron:  https://www.nachdenkseiten.de/?p=153561

Met een recent verzoek in de Bondsdag om Oekraïne „eindelijk onverwijld“ Duitse Taurus-raketten te leveren, bevestigen de Groenen opnieuw hun status als de meest meedogenloze militaristen in het parlement. 

De City tegen Rusland? Achter de Europese crisis de terugkeer van de oude oorlog tussen zee en land

De City tegen Rusland? Achter de Europese crisis de terugkeer van de oude oorlog tussen zee en land

door Nicola Bielli 

Bron: Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la-russia-dietro-la-crisi-europea-il-ritorno-dell-antica-guerra-tra-il-mare-e-la-terra

Terwijl Europa getuige is van de zoveelste escalatie in de confrontatie tussen NAVO en Rusland, blijft één vraag aan de zijlijn van het publieke debat staan: waarom lijkt het Verenigd Koninkrijk vaak vastber

Die City gegen Russland? Hinter der europäischen Krise die Rückkehr des alten Krieges zwischen Meer und Land

Die City gegen Russland? Hinter der europäischen Krise die Rückkehr des alten Krieges zwischen Meer und Land

von Nicola Bielli

Quelle: Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la-russia-dietro-la-crisi-europea-il-ritorno-dell-antica-guerra-tra-il-mare-e-la-terra

Während Europa eine weitere Eskalation der Konfrontation zwischen der NATO und Russland erlebt, bleibt eine Frage im öffentlichen Diskurs weiterhin am Rande stehen: Warum erscheint das Vereinigte Kö

Beoordeling van de Slag om Ali al-Taher (Libanon)

Beoordeling van de Slag om Ali al-Taher (Libanon)

Zeinab Al Saffar

In de militaire en strategische wetenschap verwijst men met "verlies van prestige" naar het instorten van het imago dat een militaire macht heeft opgebouwd rond haar zogenaamd onbetwistbare capaciteiten. Deze ineenstorting heeft zware tactische, strategische en psychologische gevolgen.

Analyse der Schlacht um Ali al-Taher (Libanon)

Analyse der Schlacht um Ali al-Taher (Libanon)

Zeinab Al Saffar

In der Militär- und Strategiewissenschaft bezieht sich der Begriff „Prestigeverlust“ auf den Zusammenbruch des Images, das eine Militärkraft um ihre vermeintlich unbestreitbaren Fähigkeiten aufgebaut hat. Dieser Zusammenbruch bringt schwerwiegende taktische, strategische und psychologische Folgen mit sich.

De verordeningstirannie

De verordeningstirannie 

Door Juan Manuel de Prada

Bron: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista-por-juan-manuel-de-prada/

Op de laatste dag van de recente Boekenbeurs van Madrid gaf de gemeente opdracht om het Retiro-park te ontruimen en te sluiten “vanwege het dreigende noodweer”.

Die Verordnungs-Tyrannei

Die Verordnungs-Tyrannei 

Von Juan Manuel de Prada

Quelle: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista-por-juan-manuel-de-prada/

Am letzten Tag der jüngsten Madrider Buchmesse ordnete die Stadtverwaltung an, den Retiro-Park „wegen drohenden Unwetters“ zu evakuieren und zu schließen.

Rusland, Centraal-Azië en kwesties van infrastructuur-politiek

Rusland, Centraal-Azië en kwesties van infrastructuur-politiek

Leonid Savin

We bevinden ons momenteel in een periode van geopolitieke turbulentie. Enerzijds betekent dit voor velen politieke onzekerheid en instabiliteit. Voor anderen is dit juist een gunstige tijd op het gebied van geo-economie, vooral voor actoren die buiten de belangrijkste conflicten blijven.

Russland, Zentralasien und Fragen der Infrastruktur-Politik

Russland, Zentralasien und Fragen der Infrastruktur-Politik

Leonid Savin

Wir befinden uns derzeit in einer Phase geopolitischer Turbulenzen. Für viele bedeutet das politische Unsicherheit und Instabilität. Für andere hingegen ist dies ein günstiger Moment in der Geoökonomie, insbesondere für jene Akteure, die sich außerhalb der Hauptkonflikte halten.

Nord Stream: De aanklacht die Berlijn niet langer kan wegduwen

Nord Stream: De aanklacht die Berlijn niet langer kan wegduwen

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena

Voor het eerst heeft het Duitse Openbaar Ministerie een aanklacht ingediend vanwege de explosie van de Nord-Stream-pijpleidingen. Een proces is het nog niet; de staatsveiligheidskamer in Hamburg moet deze eerst toelaten. Maar zelfs de aanklacht is al voldoende om een ongemakkelijke waarheid zichtbaar te maken die Berlijn liever had verdrongen.

De ziekte van de woke “Antifa”-linksen

De ziekte van de woke “Antifa”-linksen

Werner Olles

Het volgende pathografische essay, geschreven door een medisch leek, is een eerste poging om de diverse psychosen van de woke “Antifa”-linksen in kaart te brengen, met als doel de falanx van de georganiseerde betermensen duurzaam te doorbreken. Het pretendeert niet alle aspecten te hebben onderkend of uitputtend behandeld.

Die Krankheit der woken „Antifa“-Linken

Die Krankheit der woken „Antifa“-Linken

Werner Olles

Der nachfolgende pathographische Essay eines medizinischen Laien ist ein erster Versuch die diversen Psychosen der woken „Antifa“-Linken zu erfassen, um die Phalanx der organisierten Bessermenschen nachhaltig zu durchbrechen. Er beansprucht nicht alle Aspekte erkannt und erschöpfend behandelt zu haben.

Uit Schotland met woede

Uit Schotland met woede

Andrea Marcigliano

Bron: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/

We weten weinig over Lara Bird. Alleen dat ze is verkozen tot het Lagerhuis tijdens een tussentijdse verkiezing.

En, alles bij elkaar genomen, interesseert het ons eigenlijk niet om meer te weten, behalve dat ze trouw aan de Britse Kroon heeft gezworen terwijl ze duidelijk haar vingers kruiste als bijgeloof. En nadat ze had verklaard dat haar trouw alleen en uitsluitend naar Schotland uitgaat.

Mit Wut aus Schottland

Mit Wut aus Schottland

Andrea Marcigliano

Quelle: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/

Über Lara Bird wissen wir kaum etwas. Nur, dass sie bei einer Nachwahl ins Unterhaus gewählt wurde.

Und im Grunde interessiert es uns auch nicht, mehr zu erfahren, außer dass sie bei ihrer Vereidigung auf die britische Krone demonstrativ die Finger gekreuzt hat – als Zeichen des Aberglaubens. Und nachdem sie erklärt hatte, dass ihre Treue einzig und allein Schottland gelte.

Europol: Crimineel netwerk van 400.000 leden uit 118 landen terroriseert Europa

Europol: Crimineel netwerk van 400.000 leden uit 118 landen terroriseert Europa

Bron: https://report24.news/europol-400-000-koepfiges-verbrechernetzwerk-aus-118-nationen-terrorisiert-europa/

Buitenlandse bendes maken enorme winsten in heel Europa. Het officiële EU-verhaal van de “verrijking door open grenzen” botst frontaal met de realiteit op het continent: een gloednieuw Europol-rapport laat zien dat een enorme transnationale golf van criminaliteit Europa overspoelt.

Polen en Oekraïne: Een verstoorde burenrelatie

Polen en Oekraïne: Een verstoorde burenrelatie

Warschau/Kiev. Het al langer sluimerende conflict tussen Polen en Oekraïne wordt steeds heviger. Toch zijn beide landen op elkaar aangewezen – Oekraïne op Poolse militaire hulp en het logistieke netwerk van Polen, waarlangs westerse steun het land binnenkomt; maar ook Polen heeft Oekraïne nodig als strategisch voorland.

Toch is de sfeer tussen beide landen al lange tijd gespannen en recent is het conflict verder geëscaleerd.

China leider in 69 van de 74 sleuteltechnologieën. Maar het heeft een Europa nodig dat niet alleen aan oorlog denkt

China leider in 69 van de 74 sleuteltechnologieën. Maar het heeft een Europa nodig dat niet alleen aan oorlog denkt

Enrico Toselli

Bron: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-tecnologie-chiave-ma-ha-bisogno-di-uneuropa-che-non-pensi-solo-alla-guerra/

Nvidia-chips? Nee, bedankt. China, dat tot voor kort nog wanhopig op zoek was naar geavanceerde technologie op dit vlak, kan nu zonder veel import.

China ist führend in 69 von 74 Schlüsseltechnologien. Aber sie braucht ein Europa, das nicht nur an Krieg denkt

China ist führend in 69 von 74 Schlüsseltechnologien. Aber sie braucht ein Europa, das nicht nur an Krieg denkt

Enrico Toselli

Quelle: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-tecnologie-chiave-ma-ha-bisogno-di-uneuropa-che-non-pensi-solo-alla-guerra/

Nvidia-Chips? Nein, danke. China, das bis vor Kurzem noch verzweifelt nach fortschrittlicher Technologie in diesem Bereich suchte, kann mittlerweile auf viele Importe verzichten.

Vreemdelingen in een vreemd land - Van de Romantiek tot Nietzsche - een essay van Mario Bosincu

Vreemdelingen in een vreemd land - Van de Romantiek tot Nietzsche - een essay van Mario Bosincu

Giovanni Sessa

Bron: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggio-di-mario-bosincu/

Mario Bosincu, germanist aan de Universiteit van Sassari, had al in eerdere werken laten zien een onderzoeker van hoog niveau te zijn. De lezing van zijn meest recente werk bevestigde deze indruk. We doelen op het boek Stranieri in terra straniera.

Fremdlinge im fremden Land - Vom Romantizismus zu Nietzsche – ein Essay von Mario Bosincu

Fremdlinge im fremden Land - Vom Romantizismus zu Nietzsche – ein Essay von Mario Bosincu

Giovanni Sessa

Quelle: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggio-di-mario-bosincu/

Mario Bosincu, Germanist an der Universität Sassari, hatte bereits in früheren Arbeiten gezeigt, dass er ein Wissenschaftler von hohem Niveau ist. Die Lektüre seines neuesten Werks hat diesen Eindruck bestätigt. Gemeint ist der Band Stranieri in terra straniera.

Genoeg van de sancties, genoeg van de economische oorlog!

Italië: een oproep tegen sancties

Genoeg van de sancties, genoeg van de economische oorlog!

Bron: https://www.lafionda.org/2025/05/28/basta-sanzioni-basta-guerra-economica/

Voor een campagne die het einde van de sancties tegen Rusland en andere landen ondersteunt

Sinds februari 2022 hebben de Verenigde Staten en de Europese Unie het strengste sanctieregime uit de moderne geschiedenis aan Rusland opgelegd, waarmee de reeds in 2014 ingestelde sancties verder zijn verscherpt.

Schluss mit den Sanktionen, Schluss mit dem Wirtschaftskrieg!

Italien: Ein Appell gegen Sanktionen

Schluss mit den Sanktionen, Schluss mit dem Wirtschaftskrieg!

Quelle: https://www.lafionda.org/2025/05/28/basta-sanzioni-basta-guerra-economica/

Für eine Kampagne, die ein Ende der Sanktionen gegen Russland und andere Länder fordert

Seit Februar 2022 haben die Vereinigten Staaten und die Europäische Union gegen Russland das härteste Sanktionsregime der jüngeren Geschichte verhängt und damit die bereits 2014 in Kraft gesetzten Maßnahmen weiter verschärft.

Friedrich Merz, de sinistere kanselier van een tanend Duitsland

Friedrich Merz, de sinistere kanselier van een tanend Duitsland

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

De Duitse kanselier Friedrich Merz kondigde met dat gesloten, sombere gezicht, dat lijkt verstijfd in een kille en vermoeide vastberadenheid, een impopulaire maatregel aan: het einde van ziekteverlof per telefoon en de plicht tot een medisch attest vanaf de eerste dag van afwezigheid. Geen glimlach, geen warmte.

Friedrich Merz, der düstere Kanzler eines im Niedergang begriffenen Deutschlands

Friedrich Merz, der düstere Kanzler eines im Niedergang begriffenen Deutschlands

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Der deutsche Kanzler Friedrich Merz kündigte mit diesem verschlossenen, finsteren Gesicht, das wie in kalter und müder Entschlossenheit erstarrt scheint, eine unpopuläre Maßnahme an: das Ende der telefonischen Krankmeldungen und die Verpflichtung zur Vorlage eines ärztlichen Attests bereits am ersten Fehltag. Kein Lächeln, keine Wärme.

De derde wereldoorlog wordt nog voorbereid

De derde wereldoorlog wordt nog voorbereid

Cristi Pantelimon

Bron: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

De enige manier waarop de VS aan het roer kunnen blijven van de mondiale aangelegenheden, is een wereldoorlog—dus een grootschalig conflict waarin de VS als scheidsrechter optreden en niet als directe deelnemer.

Der Dritte Weltkrieg wird noch vorbereitet

Der Dritte Weltkrieg wird noch vorbereitet

Cristi Pantelimon

Quelle: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Die einzige Möglichkeit, wie die USA weiterhin an der Spitze der globalen Angelegenheiten bleiben können, ist ein Weltkrieg, also ein groß angelegter Konflikt, bei dem die USA als Schiedsrichter und nicht als direkter Teilnehmer auftreten.

Yves Lacoste, de geograaf die de wereld terugbracht naar de werkelijkheid

Yves Lacoste, de geograaf die de wereld terugbracht naar de werkelijkheid

Giuseppe Gagliano

Bron: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geografo-che-restitui-il-mondo-alla-realta/

Kaarten als machtsinstrumenten

Het overlijden van Yves Lacoste, op 20 juni 2026 in Bourg-la-Reine op 96-jarige leeftijd, markeert het einde van een tijdperk in de Franse strategische cultuur. Het is niet slechts een geograaf die verdwijnt.

Yves Lacoste, der Geograph, der die Welt zur Realität zurückführte

Yves Lacoste, der Geograph, der die Welt zur Realität zurückführte

Giuseppe Gagliano

Quelle: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geografo-che-restitui-il-mondo-alla-realta/

Karten als Machtinstrumente

Der Tod von Yves Lacoste, der am 20. Juni 2026 im Alter von 96 Jahren in Bourg-la-Reine verstorben ist, markiert das Ende einer Ära in der französischen strategischen Kultur. Es verschwindet nicht nur ein Geograph.

JD Vance: “Ik ben boos over de opkomst van China… maar vooral ben ik boos dat het Amerikaanse leiderschap dit heeft laten gebeuren.”

JD Vance: “Ik ben boos over de opkomst van China… maar vooral ben ik boos dat het Amerikaanse leiderschap dit heeft laten gebeuren.”

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Deze uitspraak van de Amerikaanse vicepresident JD Vance onthult een visie die zowel diep neerbuigend als grotendeels losgezongen van de realiteit is.

JD Vance: „Ich bin wütend über den Aufstieg Chinas… aber vor allem bin ich wütend, dass die amerikanische Führung dies zugelassen hat.“

JD Vance: „Ich bin wütend über den Aufstieg Chinas… aber vor allem bin ich wütend, dass die amerikanische Führung dies zugelassen hat.“

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Diese Aussage des US-Vizepräsidenten JD Vance offenbart eine Sichtweise, die zugleich zutiefst herablassend und weitgehend von der Realität abgekoppelt ist.

De noodzaak om subjectieve knelpunten en objectieve noodzakelijkheid te onderscheiden

De noodzaak om subjectieve knelpunten en objectieve noodzakelijkheid te onderscheiden

door Riccardo Paccosi 

Bron: Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-distinguere-criticita-soggettive-e-necessita-oggettive

In de zomer van 2024 schreef ik, me bewust van mijn grote beperkingen als buitenstaander van de Duitse context, dat de soevereinistisch-marxistische partij BSW van Sahra Wagenknecht een akkoord zou moeten zoeken met de soevereinistisch-liberalen van Al...

Die Notwendigkeit, subjektive Schwächen und objektive Notwendigkeiten zu unterscheiden

Die Notwendigkeit, subjektive Schwächen und objektive Notwendigkeiten zu unterscheiden

von Riccardo Paccosi 

Quelle: Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-distinguere-criticita-soggettive-e-necessita-oggettive

Im Sommer 2024 schrieb ich – mir meiner erheblichen Grenzen als außenstehender Beobachter des deutschen Kontexts durchaus bewusst –, dass die souveränistisch-marxistische Partei BSW von Sahra Wagenknecht eine Verständigung mit den souveränistisch-lib..;

Het langdurige conflict met Europa

Het langdurige conflict met Europa

door Daniele Perra 

Bron: Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-contro-l-europa

Tijdens de verkiezingscampagne zei Donald J. Trump dat hij binnen een maand na zijn verkiezing een einde zou maken aan het conflict in Oekraïne. Nu, bijna twee jaar later, is de situatie heel anders. Of, waarschijnlijker, loog Trump – zoals gewoonlijk – bewust.

Der langfristige Konflikt mit Europa

Der langfristige Konflikt mit Europa

von Daniele Perra

Quelle: Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-contro-l-europa

Im Wahlkampf sagte Donald J. Trump, er werde innerhalb eines Monats nach seiner Wahl den Konflikt in der Ukraine beenden. Heute, fast zwei Jahre später, sieht die Situation ganz anders aus. Oder, wahrscheinlicher, Trump log wie so oft ganz bewusst. Der Konflikt in Osteuropa ist nämlich funktional für die „Wiederaufbau“-Pläne der USA.

Duitsland bewapent zich en Washington strijkt het geld op

Duitsland bewapent zich en Washington strijkt het geld op

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena  

Mark Rutte heeft in Washington een argument voor de NAVO dat hij graag herhaalt: Europese en Canadese wapenopdrachten ter waarde van 300 miljard dollar zorgen voor bijna 200.000 banen in de VS. Wat hij verkoopt als succesverhaal van het bondgenootschap, is in werkelijkheid een rekening – en de vraag is alleen wie die uiteindelijk betaalt.

Wij betalen meer.

Europese steun aan Oekraïne krijgt een houdbaarheidsdatum

Europese steun aan Oekraïne krijgt een houdbaarheidsdatum

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena 

Voorafgaand aan de NAVO-top in Ankara wordt er onderhandeld over 70 miljard euro voor militaire steun aan Oekraïne in 2026. Voor 2027 moet bij voorkeur een vergelijkbaar bedrag worden gereserveerd.

Precies daar begint echter de discussie. Nog één extra hulpjaar kan worden goedgekeurd. Maar steeds minder regeringen willen zich vastleggen op een blijvende verplichting.

Euraziatische machtsstrijd: Armenië – de nieuwe stormram van Washington

Euraziatische machtsstrijd: Armenië – de nieuwe stormram van Washington

Washington/Jerevan/Moskou. De VS zijn erin geslaagd Armenië los te weken van Rusland. Tot deze conclusie komt de Amerikaanse geopolitiek-analist en ex-militair Brian Berletic. In een recent artikel op het platform “The New Atlas” wijst hij op een Amerikaanse strategie die al sinds de jaren negentig wordt gevolgd.

De partij van Sahra Wagenknecht (BSW) neemt het voortouw: Meerderheden in de toekomst ook met de AfD

De partij van Sahra Wagenknecht (BSW) neemt het voortouw: Meerderheden in de toekomst ook met de AfD

Magdeburg/Schwerin. Sahra Wagenknecht zorgt steeds weer voor verrassingen. Nu heeft haar partij opnieuw kritiek geuit op de “brandmuur” van de oude partijen tegen de AfD – en komt met een even ongebruikelijk als constructief voorstel.

Een film met de juiste vragen: Wie blies Nord Stream op?

Een film met de juiste vragen: Wie blies Nord Stream op?

Berlijn. Op 26 september 2022 werd de Oostzee nabij het Deense eiland Bornholm opgeschrikt door vier explosies. De Nord Stream-pijpleidingen, waardoor Russisch aardgas naar Duitsland en West-Europa stroomde, werden daarbij verwoest. De gevolgen waren verstrekkend en zijn tot op de dag van vandaag merkbaar: exploderende energieprijzen, bedrijven die hun productie verplaatsen, het verlies van de economische stabiliteit van Duitsland.

Tommy Robinson – Zoon van zijn klasse

Tommy Robinson – Zoon van zijn klasse

Werner Olles 

Nee, hij is waarlijk geen intellectueel in de gebruikelijke zin van het woord.

Tommy Robinson – Sohn seiner Klasse

Tommy Robinson – Sohn seiner Klasse

Werner Olles

Nein, er ist wahrlich kein Intellektueller im üblichen Sinn.

De oorlog om superintelligentie en investeringen – Het geval Leopold Aschenbrenner

De oorlog om superintelligentie en investeringen – Het geval Leopold Aschenbrenner

Markku Siira

Bron: https://markkusiira.substack.com/p/superalyn-sota-ja-sijoitukset-tapaus

De essaybundel “Situational Awareness: The Decade Ahead” (2024) van de Duits-Amerikaanse AI-onderzoeker en investeerder Leopold Aschenbrenner biedt een analyse over de toekomst van kunstmatige intelligentie die sterk de belangen van de Verenigde Staten benadrukt.

Der Krieg um Superintelligenz und Investitionen – Der Fall Leopold Aschenbrenner

Der Krieg um Superintelligenz und Investitionen – Der Fall Leopold Aschenbrenner

Markku Siira

Quelle: https://markkusiira.substack.com/p/superalyn-sota-ja-sijoitukset-tapaus

Die Textsammlung „Situational Awareness: The Decade Ahead“ (2024) des deutschstämmigen KI-Forschers und Investors Leopold Aschenbrenner bietet eine Analyse der KI-Zukunft, die stark die Interessen der USA betont.

Duitsland en Europa tegenover de autocrisis: een versnellende industriële en sociale ramp

Duitsland en Europa tegenover de autocrisis: een versnellende industriële en sociale ramp

Gastel Etzwane

Bron: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Eind juni 2026 kwam het nieuws als een donderslag bij heldere hemel: Volkswagen overweegt een grootschalig herstructureringsplan, met wereldwijd tot 100.000 ontslagen en de mogelijke sluiting van vier iconische fabrieken in Duitsland (Hannover, Zwickau, Emden en Neckarsulm, waarbij de laatste Audi’s produceert).

Deutschland und Europa angesichts der Automobilkrise: Eine sich beschleunigende industrielle und soziale Katastrophe

Deutschland und Europa angesichts der Automobilkrise: Eine sich beschleunigende industrielle und soziale Katastrophe

Gastel Etzwane

Quelle: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Ende Juni 2026 schlug die Nachricht wie ein Blitz ein: Volkswagen erwägt einen massiven Restrukturierungsplan mit bis zu 100.000 Stellenstreichungen weltweit und der möglichen Schließung von vier bedeutenden Werken in Deutschland (Hannover, Zwickau, Emden und Neckarsulm, letzteres produziert Audi).

Welke rol Zuid-Korea speelt bij de militarisering van de EU

Bijna niemand weet het !

Welke rol Zuid-Korea speelt bij de militarisering van de EU

Bijna niemand weet hoe belangrijk Zuid-Korea is geworden voor de militarisering van de EU. Toch is Zuid-Korea na de VS de tweede grootste wapenleverancier voor de Europese NAVO-landen en heeft daarmee Duitsland en Frankrijk ingehaald.

Vier teksten over Wit-Rusland

Vier teksten over Wit-Rusland

Elena Fritz

Bron: https://t.me/global_affairs_byelena 

Belarus: De omstreden voorruimte van Rusland

Het EU-Instituut voor Veiligheidsstudies waarschuwt ervoor om Belarus niet langer als een louter randonderwerp van het Europese oostelijke beleid te beschouwen. Minsk maakt allang deel uit van een gezamenlijke Russisch-Belarussische militaire ruimte.

Het Belarussische leger hoeft daarvoor niet eens Oekraïne binnen te vallen.

Het menselijk lichaam en de dans - Een essay van Walter F. Otto

Het menselijk lichaam en de dans 

Een essay van Walter F. Otto

door Giovanni Sessa

Bron: https://ilfondo.org/il-corpo-e-la-danza-un-saggio-di-walter-f-otto/

Otto, filoloog en godsdiensthistoricus, was een vooraanstaand intellectueel van de twintigste eeuw. Uit zijn werken blijkt een uitgesproken belangstelling voor de Griekse religiositeit.

Der menschliche Körper und der Tanz Ein Essay von Walter F. Otto

Der menschliche Körper und der Tanz 

Ein Essay von Walter F. Otto

von Giovanni Sessa

Quelle: https://ilfondo.org/il-corpo-e-la-danza-un-saggio-di-walter-f-otto/

Otto, Philologe und Religionshistoriker, war ein bedeutender Intellektueller des 20. Jahrhunderts. Aus seinen Werken geht ein vorrangiges Interesse für die griechische Religiosität hervor.

Presseschau - Juni 2026

Presseschau - Juni 2026

AUßENPOLITISCHES  

„Druck auf Inflation“.

Klassieke Studies als strategische infrastructuur - Waarom grootmachten Thucydides lezen

Klassieke Studies als strategische infrastructuur

Waarom grootmachten Thucydides lezen

Demos and Polis

Bron: https://demospolis.substack.com/p/classical-studies-as-strategic-infrastructure

De rivaliteit tussen China en de Verenigde Staten is één van de bepalende vragen van de internationale politiek geworden. Beleidsmakers en wetenschappers aan beide kanten merken steeds weer dat ze spreken over een Griekse historicus die vierentwintighonderd jaar geleden is overleden: Thucydides.

Klassische Studien als strategische Infrastruktur - Warum Großmächte Thukydides lesen

Klassische Studien als strategische Infrastruktur

Warum Großmächte Thukydides lesen

von Demos and Polis

Quelle: https://demospolis.substack.com/p/classical-studies-as-strategic-infrastructure

Die Rivalität zwischen China und den USA ist zu einer der entscheidenden Fragen der internationalen Politik geworden.

Belgien und seine versagende Justiz

Belgien und seine versagende Justiz

Pieter

Quelle: https://zannekinbond.org/belgie-en-haar-falende-justitie/ 

Die Krise, in der sich die belgische Justiz befindet, ist kein Zufall und ebenso wenig ausschließlich das Ergebnis individueller Fehler. Sie spiegelt vielmehr den Charakter des belgischen bürgerlichen Staates selbst wider.

Waarom Mackinders ideeën faalden

Waarom Mackinders ideeën faalden

Eldaniz Gusseinov 

Bron: https://www.linkedin.com/in/eldaniz-gusseinov/

Mackinders ideeën over het Heartland als bron van grondstoffen en als strategische ruimte buiten het bereik van maritieme machten zijn in de praktijk grotendeels niet gerealiseerd, om één eenvoudige reden: zijn concept onderschatte de factor van de vraag.

Warum Mackinders Ideen scheiterten

Warum Mackinders Ideen scheiterten

Eldaniz Gussejnow

Quelle: https://www.linkedin.com/in/eldaniz-gusseinov/

Mackinders Vorstellungen vom Heartland als Ressourcenzentrum und strategischem Raum, der außerhalb der Reichweite der See-Mächte liegt, wurden in der Praxis größtenteils nicht verwirklicht – aus einem einfachen Grund: Sein Konzept unterschätzte den Faktor der Nachfrage.

jeudi, 13 août 2026

L’Odyssée de Nolan, une fabrication dans une civilisation en phase terminale

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L’Odyssée de Nolan, une fabrication dans une civilisation en phase terminale

Roberto Pecchioli

Source: https://telegra.ph/LOdissea-di-Nolan-nella-civilt%C3%A0-t...

On se demande ce qu’Homère – ou celui qui a écrit l’Odyssée – penserait du succès, trois millénaires après le poème, de la version cinématographique de Christopher Nolan d’un des textes fondateurs de la civilisation classique puis européenne. Le film a déjà engrangé un milliard de dollars : une affaire en or. La presse italienne s’empresse de rappeler que cette superproduction hollywoodienne a dépassé au box-office Buen Camino de Checco Zalone. Ce sont là les seuls critères de comparaison – quantitatifs, marchands, arithmétiques – d’une civilisation à bout de souffle, qui traite l’Odyssée plus ou moins comme une série Netflix, curieusement située dans un passé lointain, sur les mers chaudes de la Méditerranée. Ulysse n’est plus qu’un rusé, revenu de la ruse du cheval qui lui permit de vaincre les Troyens assiégés, en difficulté lors de son retour aventureux (dix ans, soit autant que la guerre victorieuse) à Ithaque, sa petite île dont il est le roi. Il lui arrive de tout, mais l’Odyssée n’est pas un roman d’aventures. Dans le film, tous les thèmes fondamentaux s’estompent, le sens des archétypes qu’Homère a sculptés génération après génération devient impalpable.

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Le spectateur – différent par nature du lecteur – n’est pas amené à réfléchir sur les fondements de l’existence qu’Homère explore à la phase germinale de la civilisation. La nostalgie pour la patrie natale, l’amour conjugal, la relation avec le père et le fils Télémaque (lui-même en voyage à la recherche du père, c’est-à-dire des racines et de la légitimité), la souffrance, la violence, la mortalité et l’immortalité, le rôle du destin et des dieux, la guerre et l’apaisement de l’âme, la relation aux vices et désirs mis à l’épreuve dans la grande aventure du retour ; le sens de la limite violée (un des piliers du sens grec de la vie), le désir de "prendre le large", saisi par Dante dans la Comédie, formidable fresque de la vision chrétienne médiévale. Et puis la guerre, la haine, la violence, la lutte âpre contre les Prétendants, les rivaux au trône et à la main de Pénélope, le lit nuptial sculpté par le jeune Ulysse, dont la profanation serait un sacrilège aussi grave que l’usurpation du trône.

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Laissons de côté les dérapages « woke », admettons d’emblée qu’il s’agit d’un produit bien conçu pour le public contemporain, mais regrettons la décente Odyssée de la Rai de la fin des années soixante, des trois réalisateurs (Bava, Rossi, Schivazappa, car l’entreprise semblait trop vaste pour un seul) interprétée par le visage dur et tourmenté de Bekim Fehmiu (Ulysse) et les traits intenses, profondément grecs, d’Irene Papas (Pénélope) (photo). Oublions aussi ce fait bien humain que toute œuvre comme l’Odyssée, au même titre que d’autres récits poétiques et littéraires qui ont façonné la civilisation – l’Iliade, l’Énéide, la Bible, la Divine Comédie, la tragédie grecque, le théâtre de Shakespeare, les romans de Dostoïevski – a autant d’interprétations qu’il y a de lecteurs. Reste l’amertume de voir sur grand écran une pierre angulaire de ce que nous sommes (ou étions) réduite à un divertissement pour un public gavé de pop-corn et de coca, invité non à réfléchir mais à s’émerveiller des effets spéciaux et de la maîtrise indéniable des images et des décors. Peut-être est-ce du passéisme, mais même les protagonistes – Matt Damon et Anne Hathaway – ne nous semblent pas à la hauteur d’autres acteurs qui ont incarné Ulysse et Pénélope.

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Nolan a mis en scène un produit arrogant, sous-culturel, plein de grossièretés, avec un sens très faible de la composition, s’adressant de façon trop servile à un public dont le goût a été déformé par les séries télévisées, comme nous le disions, mais aussi par la réduction de tout à du spectacle, la recherche de l’émerveillement à tout prix, l’indifférence aux thèmes existentiels qui font d’Homère – qu’il ait existé ou non – le père d’une civilisation entière et d’une vision du monde. Les réflexions de spectateurs concernent le fait que la fin méritée de notre coin du monde n’est pas due à l’islamisation, mais à l’américanisation, à la réduction matérialiste, mercantile et superficiellement émotionnelle qui rend impossible la prise de hauteur et empêche de voir autrement qu’à travers les canons incapacitants du règne de la quantité. En ce sens, il faudrait applaudir l’Odyssée de Nolan, car c’est un succès commercial. Elle génère du profit, donc l’œuvre est réussie, voire belle, dans l’esthétique inversée qui est désormais dominante. Mais la négativité la plus profonde, selon nous, réside dans la réfutation d’Homère et de son poème à laquelle se livre le réalisateur.

Incapable d’en reproduire la grandeur, la délicatesse et en même temps la puissance évocatrice, il s’applique à la profaner. La beauté suprême de l’Odyssée réside dans le fait de nous montrer que nous, êtres humains, pouvons extraire le doux miel de la triste fleur de la vie ; que, même si les portes ténébreuses de l’Hadès nous attendent au tournant, nous sommes animés d’un feu qui triomphe de l’amertume et des destins les plus sombres. Homère raconte une histoire d’innombrables horreurs ; et pourtant Ulysse en sort plus riche de sagesse, plus endurci, plus magnanime : en un mot, plus humain. Et au cœur de l’horreur, l’étonnement refait surface comme une brise qui réconforte, sans priver la réalité de la moindre parcelle de sa dureté, en la parfumant d’une joie secrète et sereine.

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L’apogée du poème se trouve peut-être dans le palais de l’hospitalier Alcinoos, roi des Phéaciens. C’est là qu’Ulysse raconte ses mésaventures, c’est là qu’il affronte la tentation la plus complexe : l’amour de Nausicaa, fille du roi, incarnation parfaite de la grâce virginale, pudique et exubérante, timide et séduisante. Elle aime le héros en secret et peut-être Ulysse en est-il aussi amoureux, mais il sait refuser – d’une manière à la fois subtile et tendre – un amour jamais exprimé avec des mots, un amour devenu rosée, un sentiment matinal qui, dans sa fraîcheur primitive, ignore les blessures du désir. Une œuvre qui ne parvient pas à saisir ce moment sublime (Nolan ignore Nausicaa) ne mérite pas d’être appelée adaptation de l’Odyssée. Cela constitue une sordide profanation. Il y a de nombreux moments mémorables amputés dans le film : incompréhension, soumission aux canons commerciaux, choix conscient qui abaisse l’épopée à une simple intrigue.

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Ce que Nolan ne néglige pas, il le démolit, le déconstruit. Un exemple est le chant des sirènes – les voix du monde, des plaisirs qui détournent des grands objectifs – que nous n’entendons pas, étouffé par la voix agaçante du « je » narrateur, une pseudo-lyrique tirade à phrases de calendrier. Nolan nous prive de la plus sublime expérience acoustique de toute l’histoire. L’artiste sans esprit, au lieu de montrer, explique ; et c’est une lassante leçon d’impuissance créative. Il impose un monologue tonitruant au lieu de nous offrir le chant des sirènes. Au moins aurait-il pu nous montrer le changement qui s’opère ensuite dans l’âme du héros. La nature improprement poétique de Nolan n’y parvient pas, nous forçant à écouter un discours pompeux. Il nous prive aussi de l’humour malicieux d’Ulysse, de ses jeux de mots astucieux avec Polyphème : la rhétorique, l’intelligence, plus puissantes que la force brute du cyclope.

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Le réalisateur nous ôte les larmes furtives d’Ulysse devant le noble Argos mourant, le vieux chien qui le reconnaît à Ithaque. On est surpris par la misogynie de Nolan qui maltraite et montre son incompréhension des personnages féminins mémorables comme Circé et Calypso, transformées l’une en femme négligée, l’autre en corps artificiel pour publicité de parfum. Le résultat est la perte impardonnable de la grandeur morale de l’œuvre d’Homère. Celui qui aborde l’Odyssée par le film ne comprendra rien aux raisons de sa force première, de sa valeur archétypale, de l’intemporalité de ses thèmes les plus profonds.

Pourquoi, enfin, Ulysse veut-il à tout prix retourner à Ithaque, jusqu’à refuser l’immortalité promise par la nymphe Calypso qui le retient des années ? Pourquoi Télémaque le cherche-t-il ? Pourquoi Pénélope lutte-t-elle pour se soustraire aux intrigues des Prétendants ? Ulysse ne fut jamais dans l’oubli total entre les bras de Calypso. Il resta l’homme qui, bien que succombant au charme et aux sortilèges de la nymphe, sut résister à ses offres d’immortalité. Nostalgique de sa terre pierreuse, avide de retrouver l’amour conjugal, il la repoussa ; la créature divine goûta alors l’amertume, profondément humaine, de la désillusion et de la défaite, fondant en larmes dans sa grotte couverte de vignes.

Nolan, obtus ou politiquement correct, ne sait pas représenter la cruauté des héros qui pillent les villes, tuent les hommes et se partagent les femmes, qui dans le film sont assassinées. Pourtant, chez ces héros ancestraux, il y a une noblesse tragique et de la compassion, la crainte de la colère divine, le sens de l’honneur, le don généreux de son sang, l’acceptation virile du destin. Dans le film, abondent nihilisme, brutalité et chaos. Personne ne se bat pour la gloire, personne n’est mû par des idéaux, tous agissent par peur ou intérêt. Une photographie du climat postmoderne, aussi vulgaire que l’époque qui est la nôtre. Le sommet du négatif est atteint en montrant presque avec complaisance Hélène – le prétexte de la guerre de Troie – le visage mutilé par Ménélas, roi et mari trompé : un acte inconcevable dans l’univers hellénique, preuve de la misogynie de Nolan, cachée derrière un féminisme de façade.

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Ménélas a l’allure d’un catcheur télévisé ; les compagnons d’Ulysse appellent leur roi « bâtard chanceux ». Les Prétendants ressemblent à des voyous de boîte de nuit, le roi Agamemnon est habillé non en guerrier mais en héros de bande dessinée façon Batman. La séquence où Ulysse massacre les Prétendants est d’une vulgarité absolue. Rien de l’enchantement vengeur du poème, seulement une scène d’action brute qui ruine la magie sanglante d’Homère, transformée en séquence pulp insistante. Ulysse ne combat pas les Prétendants, il les massacre rituellement, les laissant pétrifiés d’horreur. Lorsqu’il se débarrasse des haillons qui le déguisent, il bande son arc comme lui seul sait le faire et transperce la gorge d’Antinoos – chef des Prétendants – et alors les genoux et les cœurs des autres vacillent. Non devant un guerrier supérieur, mais face à un ennemi qu’ils croyaient relégué aux cauchemars les plus sombres.

Nolan nous fait passer plus de trois heures à démystifier (le triste travail d’un demi-siècle de décadence) les héros homériques, réalisant un clinquant fatras qui, à la fin, mythifie de la façon la plus grossière Ulysse, un être sans âme. Un gagnant dans le sens où il récupère le succès, le royaume, Pénélope, sans qu’il nous soit dit pour quelle raison, par quel moteur il fut poussé, à quels idéaux et impulsions spirituelles il répondit, assez puissants pour en faire l’éponyme d’une civilisation millénaire. Personne, peut-être, sinon le Hasard ou le Chaos. Vive Zalone, battu au box-office, qui se contente de nous faire rire et ne prétend pas réécrire maladroitement un poème-mythe, pierre angulaire qui demeure dans l’âme de quiconque s’approche de ses vers immortels.

« Muse, conte-moi l’homme aux mille tours,

qui tant erra, après qu’il eut renversé les murs sacrés de Troie ;

qui vit beaucoup de villes, connut l’esprit de tant de peuples,

et sur les mers souffrit maintes douleurs au fond du cœur. »

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Rugby & Fleur d'Ecosse

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Rugby & Fleur d'Ecosse

Enrique Ravello Barber

Source: https://enriqueravello.com/flor-de-escocia/

Les Écossais revendiquent la paternité du rugby, un élément de discorde de plus avec leurs voisins du sud.

En 1872, un match se tint dans l’Inde britannique entre des militaires anglais et écossais à Calcutta. C’est l’origine de la Calcutta Cup, le plus ancien trophée du monde que se disputent chaque année ces loyaux ennemis.

“Rugby footbal: the real game of the two countries”, avec cette formule, les Écossais défendent leur paternité du sport ovale, la plaçant au même niveau que celle des Anglais. Ils n’ont pas tort : les jeux issus du football médiéval avaient évolué dans le sud de l’Écosse en un jeu très similaire à ceux pratiqués en Angleterre et il n’est pas exagéré d’affirmer qu’au moment de codifier le rugby actuel, les apports écossais furent presque aussi importants que les anglais. En 1810 déjà, à l’Edinburgh High School, on jouait à un football aussi proche, voire plus, du rugby que celui pratiqué dans les écoles anglaises de l’époque. En 1867, soit quatre ans avant que la RFU n’édite un règlement commun pour les clubs anglais, les Écossais unifiaient les leurs, avec l’édition en 1868 de The Laws of Footbal as Played by the Principal Clubs of Scotland, et même si aucun exemplaire ne nous est parvenu, le premier match international entre l’Écosse et l’Angleterre s’est joué selon ces règles ; il est curieux de noter que dans celles-ci, les auteurs écossais n’utilisent pas le terme half-backs mais quarter-backs, d’où le football américain a tiré ce terme.

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Le 27 mars 1871, l’Écosse affronta l’Angleterre pour la première fois à Édimbourg (tableau ci-dessus), date de naissance du rugby international, justement entre les deux pays qui avaient contribué à sa formation. Les joueurs et le public écossais comprenaient qu’il s’agissait de “défendre l’honneur de l’Écosse” face aux Anglais qui minimisaient leur apport au rugby, aussi préparèrent-ils minutieusement ce match ; à l’inverse, les Anglais arrivèrent la veille à Édimbourg et se contentèrent de se promener et de prendre des photos, sans même s’entraîner. Les deux sélections étaient entièrement composées de joueurs issus d’écoles des classes moyennes et supérieures ; le match fut une sorte de pèlerinage collectif de toute la haute société écossaise au stade de Murrayfield pour voir les leurs lutter contre les Anglais. L’Écosse présenta un pack d’avants plus fort et plus lourd que celui des Anglais, et ses trois-quarts étaient plus habiles que ceux du sud. Après cent minutes de jeu (50 par mi-temps) – jusqu’en 1926, c’était la durée d’un match – l’Écosse s’imposa, ayant marqué un drop et un essai, contre un seul essai pour les Anglais.

Ce match mettait en lumière les contradictions des classes aisées et moyennes écossaises quant à leur conception de la relation entre l’Écosse et l’Angleterre à l’époque victorienne, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. D’un côté, les Écossais envisageaient une assimilation totale – il y eut même des tentatives pour appeler l’Écosse North Britain – mais de l’autre, le sentiment de préserver l’identité écossaise n’avait pas disparu. La nostalgie des Highlands et des kilts se mêlait au désir d’être considérés comme des bâtisseurs à part entière de l’Empire britannique, à une époque où celui-ci dominait le monde. Notons que c’est le prince Albert, mari de la reine Victoria, qui s’est chargé de promouvoir toute la tradition écossaise – bannie après la défaite de Culloden en 1746 – et a revendiqué que la couronne britannique était autant écossaise qu’anglaise.

Le match suivant entre l’Écosse et l’Angleterre eut lieu à Londres en 1872, où l’Angleterre récupéra son honneur en s’imposant 3-0. En 1873, à Glasgow – traditionnellement la ville du football – le match se solda par un nul et inaugura une autre tradition qui marquera longtemps les confrontations anglo-écossaises : les beuveries des joueurs. Ainsi, un avant anglais, dont le nom n’a pas été retenu, fut trouvé ivre en train de conduire une carriole postale vers la gare aux premières heures du matin après le match ; ses coéquipiers le persuadèrent de retourner à l’hôtel avant que la police n’arrive. Tout aussi célèbres sont les célébrations écossaises où la Calcutta Cup est remplie de whisky, causant plus d’une fois quelques dégâts… il semble que le professionnalisme tue aussi cette tradition.

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On ne peut évoquer ces confrontations sans parler de la fameuse Calcutta Cup. À Noël 1872, un match fut organisé à Calcutta – alors colonie britannique – entre une équipe d’Anglais et une autre de Gallois, Irlandais et Écossais, tous militaires en poste dans la ville. Le succès de ce match conduisit, en 1879, à l’institution de la Calcutta Cup, un trophée remis chaque année au vainqueur du match opposant désormais l’Angleterre à l’Écosse.

Dans les années 1890, l’Écosse connut le même phénomène qu’en Angleterre et au pays de Galles : le rugby cessa d’être réservé aux classes aisées et commença à être pratiqué par la classe ouvrière. Dans le cas écossais, Édimbourg et les clubs de Glasgow restèrent le centre du rugby classique, tandis que les clubs de la zone frontalière avec l’Angleterre commencèrent à imiter les clubs du nord de l’Angleterre, proches géographiquement et socialement. Ce qui les distinguait, c'est que les clubs du sud de l’Écosse commencèrent à jouer ce qu’on appelait le short game, c’est-à-dire avec des équipes de 7 ou 9 joueurs : c’est l’origine du “rugby seven”, discipline olympique aux Jeux de Rio de Janeiro.

En mettant de côté la scission du Seven et les clubs de la frontière, l’Écosse devint, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la championne de la défense des valeurs du rugby et de l’amateurisme, de manière plus radicale et ferme que l’Angleterre elle-même. Des hommes comme H.H. Almond et James Aikman Smith, secrétaire de la Scottish Rugby Union de 1890 à 1931, l’incarnèrent, imposant aussi un style de jeu axé sur le pack et la mêlée. L’Écosse était la référence des valeurs traditionnelles du rugby et ses internationaux devaient jusqu’à payer eux-mêmes leur maillot, afin de ne concéder aucune entorse à l’amateurisme. C’est ainsi que l’Écosse et sa fédération n’ont toujours pas digéré la professionnalisation du rugby, ce qui explique bien des problèmes sportifs de l’équipe du chardon depuis le début du XXIe siècle.

La Scottish Football Union (SFU) devint la gardienne la plus zélée de l’amateurisme, allant jusqu’à mettre la RFU dans l’embarras. Pour les Écossais, le fait que lors de la tournée de 1905 les joueurs néo-zélandais aient reçu trois shillings par jour (!) pendant leur séjour dans les îles britanniques… faisait d’eux des professionnels (!). Quand, en 1908, ils apprirent que les Wallabies australiens touchaient aussi trois shillings par jour, les Écossais refusèrent de jouer contre eux. Plus offensés encore que les Anglais aient accepté de jouer contre Néo-Zélandais et Australiens, ils décidèrent de ne pas affronter l’Angleterre en 1909 pour “collaboration avec le professionnalisme”. Ce n’est qu’après de nombreuses négociations que l’on convainquit l’Écosse de jouer la Calcutta Cup cette année-là, qu’ils gagnèrent 18-8, mais la SFU décida ensuite qu’il était impossible de combiner amateurisme et tournées internationales, si bien que l’équipe écossaise ne participa à aucune tournée et interdit à ses joueurs d’y prendre part individuellement ; lorsque l’équipe d’Angleterre-Galles proposa à l’Écosse une tournée en Océanie, l’Irlande refusa également l’invitation.

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La SFU encouragea ses membres à s’engager dans la Première Guerre mondiale, avec autant d’enthousiasme que n’importe quelle sélection britannique. En un mois seulement, 638 joueurs écossais s’enrôlèrent dans l’armée britannique et toutes les compétitions furent suspendues. James Huggan (photo) fut le premier joueur écossais de rugby à mourir au combat, et le deuxième, tous pays confondus, le premier fut le Français Alfred Mayssonnié (photo). Huggan jouait ailier et avait marqué un essai contre l’Angleterre lors de la Calcutta Cup de 1914, la dernière avant la Grande Guerre; sur les 14 joueurs écossais de ce match, 11 périrent au front.

Durant l’entre-deux-guerres (1919-1939), l’Écosse gagna sept fois le Tournoi des Cinq Nations et la rivalité avec l’Angleterre s’intensifia. La Calcutta Cup de 1922 fut le premier match où les joueurs anglais portèrent des numéros sur leur maillot ; le roi George V, qui assistait régulièrement à Twickenham, demanda au secrétaire de la SFU, James Aikman, pourquoi ses joueurs n’en portaient pas, ce à quoi il répondit, fidèle à son conservatisme écossais, toujours réticent au changement : “Sir, my players are men, not cattle.” L’Écosse n’adopta les numéros sur les maillots qu’en 1934, alors que les premiers à le faire furent les Néo-Zélandais lors de leur tournée de 1897 en Australie. Et il fallut attendre 1966 pour que le système de numérotation du 15 vers l’arrière – c’est-à-dire l’inverse du football et du rugby à XIII – soit imposé.

Après la Seconde Guerre mondiale, la SFU resta ferme dans ses principes: la fédération n’avait même pas de bureaux, ce qui aurait pu être interprété comme un signe de “professionnalisme”. Cependant, sur d’autres plans, dès 1960, l’Écosse fit preuve d’innovation, étant la première nation britannique à tourner en Afrique du Sud (désormais “autorisée”), où elle perdit honorablement 18-10 contre les Sud-Africains. De plus, l’Écosse fut la première à instaurer un championnat de clubs.

Les années 50 et 60 ne furent pas favorables au rugby écossais. La principale cause, probablement la rigueur de son amateurisme, qui faisait que seuls les élèves de grandes écoles pouvaient se permettre de ne pas être payés, voire de dépenser pour jouer à l’ovale. Il y eut une “crise démographique” de joueurs, pour ainsi dire. Dans un monde où le sport s’ouvrait au professionnalisme, un amateurisme aussi strict était quelque peu contre-productif. À la fin des années 60, comme au Pays de Galles et en Angleterre, l’Écosse se renforça avec des diplômés en éducation physique, une nouvelle formation à l’époque ; la SFU accorda même de l’importance à l’entraîneur en recrutant en 1971 Bill Dickison comme sélectionneur national, mais fidèle à l’esprit amateur, la SFU lui donna le titre de “conseiller du capitaine” (entraîneur était trop “professionnel”) et bien sûr, il ne fut pas rémunéré.

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Les années 80 marquèrent le début d’un changement politique et sociologique en Écosse, qui eut d’importantes conséquences sur son rugby. Le sentiment nationaliste, en hausse depuis les années 1960, explosa dans les années 80, le SNP gagnant de plus en plus de voix jusqu’à devenir le parti majoritaire au XXIe siècle. De tout cela, 1990 devint l’année mythique du rugby écossais: lors du dernier match du Tournoi, l’Écosse battit l’Angleterre à Murrayfield, avec les Tukalo, les frères Hastings, Sole et une troisième ligne infatigable composée de Derer Whiter, Finlay Calder et John Jeffrey, le “requin blanc”. Avec cette victoire, l’Écosse remporta tout: Calcutta Cup, Grand Chelem, Triple Couronne et Tournoi des Cinq Nations, son dernier Grand Chelem, et pour la première fois, l’hymne, comme revendication nationaliste, fut “Flower of Scotland”, qui venait remplacer “Scotland the Brave”. Le nouvel hymne évoque des références explicites:

And be the Nation again

That stood against him (England!)

Et une mention directe aux guerres d’indépendance contre l’Angleterre du roi Édouard Ier, immortalisées au cinéma grâce au film Braveheart.

And stood against him,

Proud Edward’s Army

And sent him homeward

Tae think again

 

“Flower of Scotland” est l’hymne qui accompagne depuis 1990 l’autre symbole de la sélection écossaise, et qui – même si certains commentateurs se trompent – ne fait pas référence à ces guerres d’indépendance anglo-écossaises, mais à un autre événement historique survenu quatre siècles plus tôt. Lors des fréquentes incursions vikings sur les terres écossaises – qui finirent par des établissements scandinaves dans toute l’Écosse – l’armée viking, après plusieurs défaites, tenta d’attaquer les Écossais de nuit, alors qu’ils dormaient, mais dut traverser un champ de chardons inconnu d’eux ; avançant pieds nus pour ne pas faire de bruit, les chardons leur piquèrent les pieds et leurs cris de douleur réveillèrent l’armée écossaise, qui eut le temps de se préparer et de repousser l’invasion danoise.

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Tandis que la sélection de rugby choisit le chardon, celle de football adopta le lion rampant rouge sur fond jaune, drapeau que l’on voit aussi parmi les supporters de rugby à Murrayfield ; c’est l’écu royal d’Écosse, la bannière étant la croix de Saint-André blanche sur fond bleu, utilisée en souvenir de la bataille du roi Angus II, picto-scot, contre les Angles en 832.

Pour une brève référence historique, les premiers habitants de l’Écosse étaient ce que les sources latines appellent les Calédoniens puis les Pictes ; du IIIe au Ve siècle, l’Écosse tombe sous la domination des Scots, tribu celte d’origine irlandaise, d’où le nom de Scotland (terre des Scots), qui dominèrent les Pictes, peuple celte très proche, imposant leur langue – identique au gaélique irlandais – et unifiant le royaume sous une couronne picto-scotte, pays qu’ils appelèrent Alba, nom actuel en gaélique. Rappelons que certaines sources latines, jusqu’au XVIIe siècle, appelaient l’Écosse Scozia Minor, alors que Scozia Maior était l’Irlande, terre d’origine des Scots. Au IVe et Ve siècle, l’Écosse subit également les invasions germaniques anglo-saxonnes au sud, surtout à Édimbourg, la ville anglo-saxonne d’Écosse. Tous ces peuples, avec l’apport viking du VIIIe au XIIe siècle, ont formé les Écossais d’aujourd’hui.

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Concernant les drapeaux, il faut noter que, jusqu’à il y a peu, lors du match Écosse-Irlande à Murrayfield, le drapeau utilisé par les Écossais pour représenter l’Irlande était celui des protestants de l’Ulster, croix rouge sur fond blanc avec une étoile à six branches au centre, dans laquelle apparaît une paume de main. Représentant toute l’île, les Écossais ignoraient le tricolore de la République d’Irlande, manifestant ainsi leur solidarité avec les protestants d’Irlande du Nord, d’origine écossaise, les Ulster-Scots. Après les accords de paix en Irlande du Nord, cette question a été régularisée, comme nous l’évoquerons dans un article que nous avons consacré à l’Irlande.

En 1999, l’Écosse remporte son dernier Tournoi des Cinq Nations, qui, dès l’édition suivante, deviendra le Tournoi des Six Nations, totalement professionnel, dans lequel l’Écosse peine encore à trouver sa place, comme nous le notions plus haut, et selon plusieurs commentateurs, parce que la SFU ultra-conservatrice n’a pas encore digéré le “traumatisme” du professionnalisme. Pourtant, les performances des dernières années permettent d’espérer que l’Écosse puisse remporter le titre des Six Nations dans un futur proche.

Notons qu’en 2018 a été inauguré un nouveau trophée appelé Aud Alliance, pour le vainqueur du match Écosse-France, qui pour cette première édition est revenu aux Écossais. Le nom fait référence à l’alliance historique des Écossais et des Français contre l’Angleterre au Moyen-Âge et à l’époque moderne.

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La crise de Gibraltar

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La crise de Gibraltar

Kazuhiro Hayashida

Lire la crise de Ceuta simplement comme un « afflux spontané de migrants depuis le Maroc » ne permet pas d’expliquer la structure politique qui entoure l’événement. L’accord trilatéral de 2020 entre les États-Unis, Israël et le Maroc a lié les revendications territoriales du Maroc, la normalisation avec Israël et le soutien diplomatique des États-Unis dans une même relation d’échange. Par la suite, les relations israélo-marocaines sont passées de la diplomatie à la coopération en matière de renseignement militaire et de défense, suivie par la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. En 2026, les forces armées des deux pays en étaient arrivées à opérer selon un plan de travail conjoint. À peu près au même moment, des arguments ont commencé à apparaître ouvertement du côté israélien selon lesquels Israël devrait soutenir le Maroc dans la «récupération de son Nord», c’est-à-dire de Ceuta et de Melilla, par la diplomatie, des opérations informationnelles et une influence politique à Washington.

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Ce qui importe ici, c’est que la coopération entre États n’a pas besoin de prendre la forme « du gouvernement israélien ordonnant au gouvernement marocain de franchir une frontière à une date précise ». Dès lors qu’une alliance est déjà formée et que les intérêts et l’orientation des actions des acteurs convergent, le Maroc peut utiliser ses propres instruments pour faire pression sur l’Espagne, Israël peut amplifier cette pression dans les sphères informationnelle et diplomatique, et les États-Unis peuvent soutenir politiquement et militairement les revendications territoriales du Maroc et ses capacités sécuritaires. Cela suffit à créer un environnement opérationnel. Plutôt qu’une chaîne de commandement verticale nécessitant un ordre écrit, il s’agit d’une coordination stratégique horizontale où des acteurs, partageant le même objectif, utilisent leurs instruments respectifs pour exercer une pression dans la même direction.

Dans cette structure, la crise actuelle de Ceuta sert ainsi plusieurs intérêts simultanément.

- Pour le Maroc, les flux migratoires peuvent être utilisés pour faire pression sur l’Espagne et ramener les questions de Ceuta et Melilla à l’agenda politique.

- Pour Israël, affaiblir un gouvernement espagnol avec lequel il est en conflit sur la Palestine et l’Iran renforce également le Maroc, favorable à Israël, au niveau du détroit de Gibraltar.

- Pour les États-Unis, le renforcement du Maroc en tant qu’allié sécuritaire permet aussi de faire pression sur l’Espagne, dont les relations avec Washington et Israël sont de plus en plus tendues.

- Pour l’extrême droite européenne, la migration de masse peut être présentée comme une « invasion » et exploitée dans la politique intérieure. Un seul événement produit ainsi quasi simultanément des bénéfices politiques pour quatre acteurs différents.

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Ce qui rend la situation encore plus artificielle, c’est que ces intérêts convergents n’ont pas émergé par hasard après l’événement. Ils avaient déjà été préparés, aussi bien institutionnellement que rhétoriquement, avant la crise. La pression marocaine sur Ceuta et Melilla avait des précédents. Des personnalités liées à l’establishment sécuritaire américain avaient publiquement proposé à l’avance la méthode concrète de mobilisation civile de masse. Des voix israéliennes avaient avancé des arguments stratégiques en faveur de l’aide au Maroc pour la « récupération de son Nord ». La coopération militaire et de renseignement entre le Maroc et Israël était déjà institutionnalisée.

Dans ce contexte, des informations selon lesquelles « la frontière est ouverte » ont été largement diffusées via des comptes anonymes. Les forces de sécurité marocaines ont permis le passage de personnes pendant une longue période. Des dizaines de milliers de personnes se sont massées à la frontière. Immédiatement après, les États-Unis, Israël et l’extrême droite européenne ont exploité politiquement l’événement en utilisant le même vocabulaire d’« invasion ». Cette continuité temporelle est en soi significative.

L’hypothèse la plus réaliste est donc que, dans le cadre des accords stratégiques et de la coopération sécuritaire déjà établis entre les États-Unis, Israël et le Maroc, le Maroc a utilisé la migration comme instrument de pression contre l’Espagne, tandis que les réseaux politiques et informationnels israéliens et américains amplifiaient les résultats et les transformaient en gains stratégiques. Plutôt qu’une « crise migratoire » isolée, l’événement s’explique mieux comme une opération de zone grise contre l’Espagne, combinant mouvements de population, différends territoriaux, opérations informationnelles, structures d’alliances et politique intérieure d’extrême droite, dans un seul système de pression.

La conséquence la plus importante est que, si cette stratégie réussit, le statut même de Ceuta et Melilla commence à changer. Ces villes, auparavant traitées comme des territoires espagnols fixes, sont progressivement redéfinies sur la scène internationale comme des « territoires pouvant être déstabilisés en permanence par la migration de masse », des « territoires que l’Espagne ne peut contrôler seule », et des « territoires dont le statut futur doit être négocié ». L’effet stratégique des passages massifs de frontières n’est donc pas simplement de créer des difficultés au gouvernement espagnol, mais de remettre en cause la capacité effective de l’Espagne à gouverner les enclaves et de ramener les revendications marocaines à l’ordre du jour politique international.

Un autre point, plus discret, est que cela peut être compris comme une «stratégie Trump-Netanyahu contre l’Italie et la Russie». Pour la Russie comme pour l’Italie, le détroit de Gibraltar revêt une importance stratégique cruciale, bien que ni l’un ni l’autre ne puisse y agir directement.

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Pour la Russie, Gibraltar représente la sortie maritime finale de la mer Noire et de la Méditerranée orientale vers l’Atlantique. Pour l’Italie, en tant que puissance méditerranéenne centrale, c’est aussi un point de jonction clé entre la Méditerranée occidentale et l’Atlantique, et donc d’une très grande valeur stratégique. Or, aucun des deux pays ne peut intervenir directement à Gibraltar: la Grande-Bretagne contrôle Gibraltar, l’Espagne occupe la rive nord, et le Maroc se trouve sur la rive sud.

Dès lors que Ceuta et Melilla sont intégrées dans cette équation, la signification change. Si l’influence marocaine s’étend vers Ceuta et que la position de l’Espagne sur la rive africaine du détroit s’affaiblit, l’équilibre des forces qui régit les deux rives de Gibraltar commence à basculer. Les efforts américano-israéliens pour renforcer le Maroc vont donc au-delà d’une simple pression sur l’Espagne: ils constituent une intervention indirecte dans la structure de contrôle du détroit de Gibraltar.

C’est aussi le sens de la « stratégie contre l’Italie » : l’Italie, critique envers Israël, ne peut pas atteindre Gibraltar par ses propres moyens. Mais si elle participe à une restructuration menée par les États-Unis, Israël et le Maroc, elle devra profondément modifier la nature de son engagement politique avec Israël. Quant à la Russie, elle verrait la valeur stratégique de toute prise d’Odessa réduite par l’expansion de l’influence américaine sur le détroit.

Ce qui se joue en toile de fond de la crise de Ceuta n’est donc pas simplement une question de politique migratoire intérieure espagnole : c’est aussi la perspective de voir le détroit de Gibraltar devenir une sphère d’influence américaine. Le Maroc est mis en avant, les États-Unis et Israël le soutiennent en arrière-plan, la capacité d’action politique indépendante de l’Italie est contrainte, et l’intérêt stratégique de la Russie à prendre Odessa est diminué. Ainsi comprise, la signification d’une « stratégie contre l’Italie et la Russie » devient beaucoup plus claire.

Une lecture croisée des documents publics disponibles montre que l’objectif américain est plus large que le simple « retour de Ceuta au Maroc ». Le but profond est d’utiliser le Maroc comme acteur avancé afin d’asseoir une influence dominante sur l’accès sud du détroit de Gibraltar.

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Une analyse publiée sur Ynet le 26 avril décrivait explicitement le Maroc comme « un partenaire stratégique des États-Unis, capable d’ancrer la Méditerranée occidentale et de contrôler les accès sud du détroit de Gibraltar ». Elle exposait aussi une structure dans laquelle Israël ferait la promotion des revendications marocaines sur Ceuta et Melilla à Washington. Même le titre : « Les Accords d’Abraham atteignent le détroit », met l’accent non pas sur le territoire espagnol, mais bien sur le détroit lui-même.

En mars, l’ancien responsable du Pentagone, Michael Rubin, avait déjà ouvertement proposé une « nouvelle Marche Verte » du Maroc vers Ceuta et Melilla, soit un plan concret pour faire avancer les revendications marocaines par la mobilisation massive de civils. Ramené à la séquence plus large des événements, la structure devient claire.

L’Espagne et Gibraltar, qui est sous contrôle britannique, occupent la rive nord, tandis que le Maroc s’enfonce de plus en plus dans le camp américano-israélien sur la rive sud. Les États-Unis n’ont pas besoin d’exercer eux-mêmes la souveraineté sur le détroit : en combinant leur alliance militaire avec la Grande-Bretagne et leur soutien sécuritaire et diplomatique pour le Maroc, Washington peut exercer une influence puissante sur les deux rives du détroit.

Le transfert de Ceuta et Melilla signifierait donc plus qu’un simple gain territorial pour le Maroc : il couperait les positions espagnoles en Afrique et ferait de la rive sud du détroit une sphère de sécurité américano-israélo-marocaine.

Pour la Russie, Gibraltar est la sortie de la Méditerranée vers l’Atlantique. Pour l’Italie, c’est également une ligne de vie reliant la Méditerranée centrale à la Méditerranée occidentale et à l’Atlantique. Cependant, aucun des deux pays ne peut contrôler directement le détroit. Si les Etats-Unis consolident la partie nord via la Grande-Bretagne et la partie sud via le Maroc, ils pourront limiter l'accès des Russes à l'Océan Atlantique et, en même temps, ramener sous contrôle américain l'autonomie dont dispose l'Italie dans le bassin occidental de la Méditerranée. 

Si l'on interprète la crise de Ceuta comme un instrument pour réagencer ces structures qui confèrent de la puissance, tous les faits mentionnés convergent vers une ligne unique.

La Pologne critique la narration européenne sur la Russie

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La Pologne critique la narration européenne sur la Russie

Lucas Leiroz

Les tensions diplomatiques entre la Pologne et l’Ukraine continuent de s’aggraver.

Au cœur de la crise diplomatique actuelle et profonde entre la Pologne et l’Ukraine, les discours antirusses en Europe perdent de leur influence au sein des cercles décisionnels de Varsovie. Dans une déclaration récente, le ministre de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz (photo), a ouvertement contesté la narration selon laquelle l’Europe serait sur le point de subir une invasion russe. Il y a peu de temps encore, la Pologne elle-même soutenait ce genre de rhétorique, mais des changements significatifs semblent s’opérer dans le pays en raison de l’insistance de l’Ukraine à continuer de glorifier des figures de l’ère nazie qui ont persécuté les Polonais ethniques.

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Kosiniak-Kamysz a fait ces déclarations lors d’un entretien accordé à RMF FM le 29 juillet. Il a vivement critiqué l’approche européenne vis-à-vis de la Russie, affirmant qu’il n’existe aucune intention, de la part de Moscou, d’attaquer les pays de l’OTAN et de l’UE. Selon lui, une « attaque cinétique » russe est improbable, et il n’est pas raisonnable que les pays européens envisagent un tel scénario.

Il n’a pas formulé ces observations d’un point de vue « pro-russe ». Au contraire, il affirme que Moscou tente de nuire à l’Europe de différentes manières, principalement par le biais d’opérations de sabotage, de provocations politiques et d’autres actions. Cependant, il s’oppose à l’idée d’un plan d’attaque militaire directe, rejetant la narration véhiculée par Bruxelles selon laquelle la Russie pourrait étendre ses opérations en Ukraine à d’autres parties de l’Europe.

« Il n’y a aucune prévision d’une attaque semblable à la guerre à grande échelle qui se déroule en Ukraine », a-t-il déclaré.

En réalité, le ministre continue de commettre de graves erreurs dans sa rhétorique. La Russie n’a aucun intérêt à mener des opérations de sabotage en Europe. Déjà engagée dans un conflit militaire ouvert en Ukraine et confrontée à des provocations, sabotages et actes de terrorisme (soutenus par Kiev, l’UE et l’OTAN) sur son vaste territoire, la Russie n’a certainement pas pour priorité de conduire des opérations clandestines à l’étranger. Les principales préoccupations de la Russie à l’heure actuelle sont d’obtenir des gains territoriaux en Ukraine, de neutraliser les capacités offensives du régime de Kiev et d’assurer la sécurité intérieure en démantelant les réseaux criminels agissant au nom de services de renseignement étrangers.

Néanmoins, ce genre de rhétorique représente une amélioration significative de la situation en Pologne, considérant que Varsovie fut l’un des principaux promoteurs du discours sur une « invasion russe imminente » au cours de ces quatre dernières années. Ce scénario n’a toutefois pas complètement changé. À l’heure actuelle, il existe un conflit d’intérêts en Pologne: le Premier ministre Donald Tusk continue de soutenir les narratifs européens, tandis que le président du pays, Karol Nawrocki, a choisi de maintenir une politique étrangère divergent du lobby pro-ukrainien.

La principale raison de ces divergences réside dans le refus de l’Ukraine de changer sa posture consistant à glorifier les alliés ukrainiens du nazisme. Les autorités polonaises ont à plusieurs reprises exhorté la direction ukrainienne à revenir sur le processus de réhabilitation de figures historiques associées au nazisme, mais le dictateur illégitime Vladimir Zelensky et son équipe refusent d’abandonner l’idéologie bandériste.

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Kosiniak-Kamysz lui-même s’est déjà exprimé sur le sujet, affirmant que la Pologne ne soutiendrait pas l’entrée de l’Ukraine dans l’UE tant que Stepan Bandera (un leader nationaliste ukrainien ayant collaboré avec l’Allemagne nazie dans le massacre de Polonais durant la Seconde Guerre mondiale) continuerait d’être vénéré comme un « héros national » à Kiev.

« Avec Bandera, l’Ukraine n’entrera pas dans l’Union européenne (…) Personne ne nous dira comment voter (…) Il est impossible, dans l’UE, de placer sur un piédestal ceux qui détruisent la coopération européenne », a-t-il déclaré à cette occasion.

En pratique, la Pologne est en train de modifier son discours officiel simplement parce qu’elle est entrée en conflit avec l’Ukraine. Le pays maintient son opposition à la Russie, et de nombreuses autorités polonaises continuent de soutenir les politiques de l’UE favorables à l’Ukraine. Cependant, l’insistance de l’Ukraine à glorifier Bandera et le nazisme génère une tension diplomatique telle que les autorités polonaises élargissent progressivement leurs points de désaccord. Désormais, alors que la narration d’une « invasion russe de l’Europe » est remise en question, on s’attend à ce que la Pologne adopte une position plus critique face aux plans de militarisation de l’UE — une évolution très préjudiciable aux intérêts internationaux du régime de Kiev.

Cependant, cela demeure insuffisant. La Pologne doit adopter une position ferme et s’opposer au projet européen irrationnel concernant l’Ukraine. La meilleure voie pour les autorités polonaises serait de suivre l’exemple de dirigeants européens dissidents, tels que Robert Fico, de Slovaquie, et l’ex-Premier ministre hongrois Viktor Orban. Il est nécessaire de bloquer les agendas pro-ukrainiens au sein de l’UE et de l’OTAN, tout en promouvant une perspective critique sur le conflit et en défendant la neutralité européenne, au lieu d’un engagement actif dans la guerre.

mercredi, 12 août 2026

De l’Anamnèse à la Biopolitique: Platon, Pound et l’éclipse de la Polis

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De l’Anamnèse à la Biopolitique: Platon, Pound et l’éclipse de la Polis

Santiago Mondéjar

Selon Eric Voegelin, les Lois de Platon constituent rien de moins que le testament théologique de Platon : sans abandonner l’idéal philosophique de la République, l’Athénien le reformule à travers une conscience historique et symbolique plus vaste — la cité (polis) ne se fonde pas sur la raison autonome, mais sur la participation à un ordre divin, de sorte que la politique se révèle comme l’espace d’une théophanie : la divinité est le principe de l’ordre et le législateur, son médiateur historique (Voegelin, 2002). L’être humain (spoudaíos paîs) émerge ainsi comme un agent libre, bien qu’impulsé, à l’intérieur d’un drame ontologique gouverné par le nous divin, guidé par le fil d’or de la raison transcendante.

71oGiNJ5BSL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgPar conséquent, Platon fournit un modèle de théologie politique radicale: la loi n’est pas convention, mais reflet du nous divin ; l’ordre n’est pas technique, mais sacramentel ; et la cité, loin d’être l’œuvre de l’homme, devient un miroir temporel du gouvernement divin (Platon, 2010). À cet égard, les Lois révèlent l’aboutissement de la quête noétique de Platon — la philosophie comme ascension métanoéthique vers la mesure divine; l’incarnation de sa perception mystique du fondement divin (theion) de tout ordre. En dernière instance, dans les Lois, Platon n’utilise pas seulement le mythe, mais transforme le dialogue lui-même en un mythe vivant, une sorte de poème religieux évoquant la réalité divine, reflet de sa conviction tardive que la philosophie doit s’exprimer aussi bien dans des registres mystiques et mythiques que politiques (Platon, 2010).

La politique, ainsi, est conçue comme participation au gouvernement divin et non comme un artifice purement humain, et le mythe devient nécessaire pour exprimer une vérité qui excède les limites de la raison. De cette façon, même les meilleures lois ne sont que des reflets imparfaits d’un noème divin — c’est-à-dire, le contenu intelligible et pérenne saisi par le nous dans sa pure simplicité — d’où il découle que toute véritable idée humaine doit dériver de ce noème originaire et transcendant. Cela implique, d’une part, que l’esprit humain, loin d’être créateur ex nihilo de ses pensées, est réceptacle de formes éternelles qui le précèdent ontologiquement; et, d’autre part, exprime tacitement que connaître, c’est se souvenir (anámnêsis).

Puisque la psuchē (ψυχή) aurait déjà réuni de façon innée les idées primordiales, il reste peu de doute que la conception platonicienne des idées comme formes innées inscrites dans l’âme et de l’ordre politique comme reflet sacramentel du nous divin constitue, en effet, le noyau métaphysique de la culture hellénique classique: une synthèse de philosophie, de théologie et de politique dans laquelle connaissance est participation et gouvernement est théophanie.

412Z4kTEuyL._SY445_SX342_ML2_.jpgAvec l’avènement de la modernité, cependant, cette vision solide commence à se fragmenter: l’émergence de l’empirisme moderne — en particulier la critique de John Locke des idées innées — marque une rupture épistémologique décisive avec le platonisme, inaugurant une transformation radicale des concepts mêmes de sujet, de connaissance et d’ordre politique, avec des répercussions évidentes pour les axiologies du monde contemporain. Dans son Essai sur l’entendement humain, Locke rejette l’existence de principes rationnels a priori, affirmant au contraire que l’esprit humain, à la naissance, est une tabula rasa — une page blanche remplie exclusivement par l’expérience (Locke, 2004).

Reformulant une maxime aristotélicienne en termes modernes, il écrit: «Rien n’est dans l’intellect qui n’ait d’abord été dans les sens » (Locke, 2004, II). Naturellement, cette proposition ne se limite pas à l’épistémologie: elle redéfinit radicalement le sujet. L’esprit cesse d’être une substance active dotée de structures rationnelles innées et est désormais conçu comme une entité réceptive, modelée (et malléable) par des impressions sensorielles. Même les idées morales, traditionnellement considérées comme inscrites dans la raison pratique, sont dérivées de la simple expérience.

Ainsi, la distinction entre le bien et le mal, loin de renvoyer à un ordre rationnel objectif, devient un produit d’associations empiriques imposées par l’habitude, l’éducation ou les lois, impliquant une forme de passivité constitutive dans laquelle l’esprit ressemble à un miroir — incapable de générer ses propres images, limité à refléter ce qui lui est présenté.

Cette hétéronomie gnoséologique entraîne inévitablement de profondes implications politiques. D’abord, en concevant l’être humain comme une tabula rasa dont la cognition et la conduite résultent d’associations perceptives régies par des lois naturelles, le sujet est réduit à un objet d’analyse empirique — prévisible et susceptible d’être manipulé par le biais de techniques systématiques d’intervention. Ensuite, en redéfinissant le jugement moral comme une simple réaction à des stimuli sensoriels, la rationalité pratique est remplacée par une éthique instrumentale, préfigurant les éléments fondamentaux d’une politique constructiviste dans laquelle l’ordre social ne reflète plus un principe ontologique, mais est projeté à partir d’une objectivation technique et fonctionnelle de l’humanité.

del-espiritu-claude-adrien-helvetius.jpgClaude-Adrien Helvétius identifia le potentiel utilitaire social de la pensée lockéenne, qu’il articula dans son ouvrage de 1758 De l’esprit, transmutant la conception lockéenne du sujet en fondement d’une théorie politique active (Helvétius, 2005). Sa prémisse était que, si toutes les croyances et dispositions morales sont des conséquences d’associations sensorielles, il devient possible de restructurer ces associations par le conditionnement environnemental.

Ainsi, l’éducation, en tant que construction institutionnelle et sociale, devient l’instrument central de la transformation humaine — « l’art de diriger les associations d’idées » (Helvétius, 2005). Avec ce tournant constructiviste, le législateur s’élève de garant de l’ordre public à ingénieur social, car la moralité cesse d’être une faculté rationnelle ou un principe transcendant pour devenir le résultat d’un environnement précisément conçu, sous l’axiome que « l’art de former les hommes est l’art de les gouverner » (Helvétius, 2005).

Cette réduction idéologique convertit le sujet en objet de manipulation, modelé par un système comportemental d’incitations et de sanctions, instituant une moralité fonctionnelle dans laquelle la vertu ne dérive pas d’une valeur intrinsèque, mais de l’utilité sociale. Ainsi se légitime un pouvoir étatique pédagogique qui dépasse la simple garantie des droits pour se constituer comme ingénieur de citoyens au service de fins collectives.

L’anthropologie empiriste devient donc doctrine politique : si Locke a exposé la genèse de l’entendement humain, Helvétius a postulé sa production délibérée. Ce renversement conceptuel est la clé pour déchiffrer son influence sur les projets utopiques qui prolifèrent à partir des Lumières.

Partant de la négation de l’unicité ontologique de l’être humain comme créature dotée d’une âme immortelle, la modernité en vient à le concevoir comme une entité strictement matérielle, entièrement configurée par des déterminations environnementales, fondée sur l’idée que, par la construction rationnelle d’un nouvel ordre social, économique et politique, un homme nouveau peut être produit — entièrement formé et gouverné par la raison.

L-hegemonie-culturelle.jpgUne conséquence directe de ces prémisses fut l’élévation des intellectuels — comme porteurs organiques de la rationalité des Lumières — au statut d’ingénieurs sociaux, légitimant leur prétention à remplacer les élites traditionnelles dans la conduite de la vie publique. Cela s’est réalisé à travers des transformations historiques destinées à faciliter leur entrée dans la sphère du pouvoir via l’hégémonie culturelle, comme formulé plus tard par Antonio Gramsci et décrit explicitement par Rudi Dutschke comme la «longue marche à travers les institutions», à la veille de mai 1968.

En dernière instance, la confusion ontologique dans laquelle tombe John Locke — en absolutisant l’empirique à travers une épistémologie qui naturalise ses propres catégories sans en reconnaître le caractère symbolique et contingent, comme l’a observé Jorge Santayana — a conduit Marx à commettre une confusion anthropologique de proportions abyssales, obscurcissant le pouvoir formateur des symboles et des mythes comme médiations de sens. Car c’est précisément à travers le langage du mythe qu’il devient plus évident que la tension primordiale de l’existence humaine ne peut être résolue que si l’homme se reconnaît comme relatif à l’Être (et non seulement aux étants), s’orientant à partir de l’Être lui-même.

51RjI4ieUyL.jpgCela n’était pas inconnu de Platon, qui dans son Protagoras fait raconter au sophiste le mythe de Prométhée et Epiméthée pour expliquer les origines de la vie politique humaine (Platon, 2000). Privés de qualités innées en raison de l’oubli d’Epiméthée, les humains reçoivent de son frère Prométhée le feu et la technique (technē), permettant la survie, mais non la cohésion sociale. Sans dikē (justice) et aidōs (respect), ils restent prisonniers de cycles de violence, se dispersant et se réorganisant en tentatives successives et infructueuses de vie communautaire. Ce n’est que lorsque Zeus intervient par l’intermédiaire d’Hermès — en tant que porteur des vertus politiques — que la possibilité d’une société humaine au-delà du chaos apparaît. Avec ce mythe, Platon révèle un manque primordial dans la nature humaine: nous sommes des êtres définis par notre dépendance aux instruments que nous fabriquons.

Ainsi, le feu, la métallurgie et l’écriture ne sont pas de simples accessoires, mais des éléments constitutifs de l’existence humaine. Progressivement, loin d’être secondaires à l’essence humaine, la technē devient sa propre condition (Stiegler, 1994). Cependant, la solution de Zeus n’est plus technique, mais, comme mentionné, dikē et aidōs — justice et respect. Toutefois, pour que dikē soit nécessaire, il devait déjà exister la technē sous la forme de l’écriture comme pro-thesis, permettant l’émergence de la loi (nomos), qui politise les relations humaines par des normes partagées et artificiellement mémorisables — prothétiques. Ce n’est qu’ainsi qu’Hermès put prescrire la loi aux hommes, atténuant les conséquences de l’oubli d’Epiméthée, c’est-à-dire, comme un pharmakon (φάρμακον) qui laissait la question du politique en suspens (Derrida, 1974).

Cependant, la modernité épistémologique inaugurée par Locke et ses épigones, en rompant la participation de l’humanité au nous divin et en concevant la psuchē comme une argile malléable, n’a pas seulement défait le nœud platonicien entre mythe et logos, mais, comme effet de second ordre de l’objectivation du sujet, a conduit l’homme à se perdre dans un labyrinthe technologique où l’Être devient de plus en plus indistinguable des étants.

À cet égard, le mythe de Prométhée et Epiméthée — comme préfiguration tragique de cette aliénation fondamentale — rappelle que la technē sans dikē ne fait que reproduire l’hybris de celui qui, après avoir volé le feu sacré, oublie que le don d’Hermès, le pharmakon de la politique, peut aussi bien guérir qu’empoisonner l’âme (ψυχή τῆς πόλεως). Et, comme on le sait, ceux que les dieux veulent perdre, ils les rendent d’abord fous. Ou bien ils les convainquent simplement qu’ils sont fous.

MV5BMjM3YTkzMmItOWJlOS00MDY5LTliNzctMjc4ZjIzODRhMGEyXkEyXkFqcGc@._V1_FMjpg_UX1000_.jpgDans Appunti per un’Orestiade africana, Pasolini transpose le mythe grec d’Oreste dans l’Afrique postcoloniale, où l’étiquetage du révolutionnaire comme fou s’aligne sur la théorie de la biopolitique de Michel Foucault, qui analyse comment le pouvoir moderne contrôle les corps et les vies à travers des institutions, des discours et des pratiques qui normalisent ou marginalisent (Foucault, 2002).

Dans ce contexte, stigmatiser le révolutionnaire comme fou constitue un mécanisme biopolitique qui vise à délégitimer la dissidence en pathologisant le sujet qui défie l’ordre établi: en déclarant la figure d’Oreste folle, le pouvoir ne fait pas que la disqualifier et la dénormaliser, mais l’annule comme agent politique, la réduisant à un état d’irrationalité qui justifie son contrôle ou son exclusion sociale.

Pour Foucault, la folie n’est pas seulement une catégorie clinique psychiatrique, mais une construction historique et sociale qui sert les dynamiques d’exclusion et de contrôle politique (Foucault, 2002). Ainsi, le diagnostic de folie fonctionne comme un dispositif de pouvoir qui légitime l’isolement et la marginalisation de sujets dont la dissidence menace l’ordre politique en vigueur. Ce mécanisme possède une large base empirique, comme le démontrent des cas historiques allant de Jeanne la Folle de Castille — confinée comme folle pour affaiblir son autorité légitime (Aram, 2005) — à l’usage paroxystique de la psychiatrie en Union soviétique dans les années 1960 et 1970 pour neutraliser les dissidents par des diagnostics comme la schizophrénie lente (vyalotekushchaya shizofreniya), concept promu par le psychiatre Andrei Snezhnevsky, entraînant le confinement dans des hôpitaux psychiatriques (psikhushkas) contrôlés par le MVD et le KGB (Bloch & Reddaway, 1985).

MV5BMTdhZTVkMmItOTNlYS00ODIwLTk0NjgtOTFlMzUyZTZkZmYzXkEyXkFqcGc@._V1_.jpgMême les démocraties libérales n’ont pas résisté à la tentation de la répression biopolitique sophistiquée, pathologisant la dissidence pour la délégitimer moralement. Peut-être le cas le plus notoire est-il celui du poète américain Ezra Pound, interné et déclaré incapable après la Seconde Guerre mondiale, faisant taire ses positions politiques radicales (Pound, 2002).

Cet épisode révèle non seulement une réaction politique à la dissidence, mais aussi le choc entre la rationalité moderne sécularisée et une forme de pensée enracinée dans des structures archaïques de l’esprit. Le radicalisme de Pound ne peut s’expliquer uniquement par l’idéologie, mais par la matrice ontologique qui le soutient. Son œuvre reflète une vision du monde dans laquelle le poétique, l’éthique et le politique s’intègrent dans une unité, entrant en collision avec la prose normative de la modernité (Pound, 2002).

Book_cover_of_The_Cantos,_written_by_Ezra_Pound.jpgEn effet, la vision poétique d’Ezra Pound, culminant dans The Cantos, ne peut être pleinement comprise sans attention au cadre philosophique du néoplatonisme, qui structure la grammaire métaphysique centrale de son œuvre (Rist, 2000).

Le vaste projet poétique de Pound est une épopée non seulement par l’ampleur, mais par l’ambition métaphysique. Dans The Cantos, il entreprend rien de moins que la reconstitution de la relation de l’âme humaine avec le divin, la beauté, la vérité et l’ordre (Pound, 2002). Pour comprendre ce projet — et pourquoi il a déstabilisé le statu quo de l’après-guerre — il est nécessaire de comprendre le néoplatonisme non comme une inspiration spirituelle vague, mais comme l’architecture interne du cosmos poétique de Pound.

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mardi, 11 août 2026

La communauté dissidente chez Forrest Carter

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La communauté dissidente chez Forrest Carter

par Georges Feltin-Tracol

josey-wales-hors-la-loi-1976-2676022727.jpgEn 1976 sort sur les écrans le cinquième film que réalise Clint Eastwood : Josey Wales hors-la-loi. Bien meilleur que L’homme des hautes plaines (1973), Pale River. Le cavalier solitaire (1985) ou Impitoyable (1992), ce western s’inspire du roman de Forrest Carter, Gone to Texas traduit parfois par Les hors-la-loi du Texas 1, une fresque romanesque qui exalte les « rebelles » sudistes. Un parti-pris guère étonnant pour qui s’intéresse à la vie de son auteur.

Forrest Carter est le pseudonyme partiel d’Asa Earl Carter. Né à Anniston en Alabama en 1925 et décédé en 1979 à Abilene au Texas d’une insuffisance cardiaque, le jeune Carter sert dans la marine pendant la Seconde Guerre mondiale 2. Démobilisé et boursier de l’armée, il étudie le journalisme. Attiré par la vie politique, il se rapproche du démocrate sudiste George Wallace (1919 – 1998) élu en 1963 pour la première fois le gouverneur ségrégationniste de l’Alabama. Carter en devient la plume officielle. Dans le même temps et dans l’ambiance mouvementée de la revendication des droits civiques en faveur des Noirs, Asa Earl Carter rallie le Ku Klux Klan.

Un militant radical assumé

Sa proximité avec le gouverneur Wallace lui permet de bientôt diriger l’Original Ku Klux Klan of the Confederation qui édite le mensuel The Southern et, dans les années 1950, le North Alabama Citizens Council. Cette association ne cache pas sa sympathie pour le courant « dixiecrate » 3. Elle se différencie cependant du Conseil des citoyens blancs de l’Alabama en raison des sorties antisémites fréquentes de Carter.

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Animateur d’une émission radiophonique, il s’enflamme vite à l’antenne contre le gouvernement fédéral. Il conspue rapidement la pusillanimité de George Wallace bien qu’il se présente à la présidentielle de 1968 face au républicain Richard Nixon et au démocrate progressiste Hubert Humphrey 4. Il rompt vite avec Wallace, adopte une ligne suprémaciste blanche et l’affronte en 1970 lors de la primaire démocrate pour la désignation du gouverneur de l’Alabama (1,5% des voix). Dépité, il renonce à l’action politique, déménage au Texas et commence une carrière littéraire.

9780843963472_l-1559626838.jpgOutre The Rebel Outlaw Josey Wales, publié en 1973 et qui deviendra trois ans plus tard Gone to Texas, Asa Earl Carter sous l’identité de Forrest Carter signe en 1976 la suite, The Vengeance Trail of Josey Wales. Ce méthodiste découvre le chamanisme et se sent maintenant proche des Amérindiens. Déclarant avoir des aïeux cherokees, Forrest Carter écrit d’autres livres teintés d’esprit surnaturel et d’influence New Age.

La présentatrice – vedette télévisée Oprah Winfrey recommande d’abord le lecture de The Education of Little Tree (« Petit arbre » - 1994) avant de se raviser une fois le parcours politique de l’auteur révélé.

Carter se lance aussi dans la biographie romancée du redoutable chef de guerre apache et chamane avisé, Géronimo (1829 – 1909) : Watch for Me on the Mountain (1978) ré-intitulé ensuite Cry Geronimo paru en français dès 1980 sous le titre de Pleure Géronimo.

81DwzUSr73L._SL1500_-1612548451.jpgSes détracteurs voient dans cet intérêt pour les Amérindiens un prétexte pour mettre en opposition deux minorités ethniques qui défendent leurs droits: le Red Power contre le Black Power pour le plus grand avantage du White Power. À travers le point de vue d’un orphelin cherokee dans Petit Arbre, il faut noter l’évolution d’Asa Earl Carter du suprémacisme blanc de la fin de la décennie 1970 vers un ethnodifférencialisme assumé. Son hostilité envers la société étatsunienne homogénéisée ne faiblit en revanche jamais.

Quand Clint Eastwood achète les droits de Gone to Texas afin de l’adapter pour le grand écran, il ignore tout du passé activiste de Carter. Pendant le tournage, ce dernier a parfois un comportement déplacé. Par exemple, il demande en mariage une serveuse de bar en la menaçant d’un pistolet 5 !

Plutôt que de se focaliser sur l’excellent film de Clint Eastwood qui dérive en partie de la trame initiale du roman et que les critiques accuseront Eastwood de présenter les Sudistes sous un jour favorable 6, examinons l’histoire de Josey Wales écrite par Forrest Carter. L’intrigue se déroule au cours d’un moment crucial de l’histoire occidentale: la guerre de Sécession (1861-1865).

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Maurice Bardèche considérait l’incendie volontaire d’Atlanta ordonnée par le général nordiste William Sherman comme le début des temps modernes. Ces films et ces livres s’inscrivent à rebours d’une tendance lourde qui dévalorise le vaincu sudiste. « L’héritage culturel du Sud antérieur à la guerre de Sécession, écrit Tomislav Sunic, a été délibérément occulté par les grands médias et les élites universitaires 7. »

La juste colère d’un partisan confédéré

Modeste fermier du Missouri qui vit avec sa femme et leur jeune fils, Josey Wales se croit à l’abri du conflit en cours. Or ce n’est pas une simple guerre: des civils en armes y participent, surtout à l’Ouest des champs de bataille. Dans une vaste région qui s’étend au Tennessee, au Kansas et au Missouri, l’alignement officiel des territoires ne correspond pas toujours à l’allégeance des personnes. Le Kansas appartient à l’Union; maints de ses habitants soutiennent pourtant la Confédération sudiste. A contrario, le Missouri, État confédéré, sait qu’une part non négligeable de sa population approuve les Nordistes. Il en résulte des guerres civiles locales avec la formation de corps francs, rarement coordonnés aux unités militaires officielles, qui organisent une guérilla sanglante mâtinée d’actes de grand banditisme.

Ces guerres civiles locales, quasi-moléculaires 8, sont bien antérieures à la crise de 1861. Les combats commencent dès 1854 dans le Kansas. Les anti-abolitionnistes (« Free Staters ») organisent des raids violents contre les plantations sudistes qui ripostent à leur tour par l’intermédiaire des Border Ruffians fort vindicatifs (illustration, ci-dessous).

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Un militant anti-esclavagiste calviniste enragé, John Brown, en est régulièrement le responsable. Il commet dans la lnuit du 23 au 24 mai 1856 le massacre de Pottawatomie Creek. Très vite, les guérilleros nordistes du Kansas, du Missouri et du Tennessee - les Jayhawkers 9 -, refusent de servir sous l’uniforme des « Tuniques bleues » et font leur propre guerre.

81cPUmK7LTL._SY522_-3901969389.jpgParmi ces bandes armées irrégulières se remarquent les Red Legs ou « Pattes rouges » 10. Le célèbre Buffalo Bill, de son vrai nom William Frederick Cody, en est un.

Leurs équivalents sudistes sont les Bushwhackers (« Batteurs de campagne »). Originaires du Tennessee, du Missouri, voire du Kansas, ils harcèlent les troupes nordistes, effectuent de brèves et violentes incursions sur leurs arrières et parviennent à couper temporairement leurs lignes de communication et de ravitaillement. Ces partisans confédérés peuvent parfois porter une chemise rouge en référence à la couleur de l’étendard de guerre sudiste 11. Jesse James, Cole Younger et les frères Dalton en font partie.

La force irrégulière des Bushwhackers la plus connue demeure néanmoins les forces du colonel William Quantrill (1837-1865) qui commande jusqu’à quatre cents combattants. D’abord Jayhawker, il change rapidement de camp par amour d’une belle Sudiste 12. À la nouvelle de la défaite en 1865, la plupart d’entre eux rejette la paix et mène une vie de paria. Ils se réfugient dans des territoires amérindiens où ils arrivent à prévenir quelques chefs tribaux de la duplicité intrinsèque des « Tuniques bleues ». Ils rejoignent sinon le Canada ou bien le Mexique où ils offrent leurs compétences militaires au service des Français ou bien des républicains de Benito Juarez. Des Sudistes se réfugient enfin au Brésil où ils sont accueillis par l’empereur Pierre II 13.

Josey Wales pense échapper à l’âpreté du moment. À tort ! Un beau matin, les « Pattes rouges » nordistes attaquent et brûlent sa ferme, massacrent sa femme et leur garçon et le défigurent, croyant l’avoir tué. Une fois ses deux êtres chers enterrés, Wales croise des Bushwhackers qui lui proposent de se venger dans leurs rangs. Forrest Carter parle de « guerre de la Frontière (une guerre dans la guerre) ».

Âgé de 32 ans, mesurant 1,85 m et pesant environ 80 kg, Josey Wales devient vite l’un des lieutenants de Bloody Bill Anderson, l’équivalent littéraire de Quantrill. Chapeau gris de cavalerie et vêtu d’une veste de daim à franges, Wales dispose de deux Colt 44 qu’il maîtrise avec précision et dextérité. Il monte « un énorme étalon rouan, à moitié sauvage ». Les autorités nordistes, lasses des actions de ce groupe de francs-tireurs, mettent leurs têtes à prix. La prime pour Wales s’élève à 3000 dollars !

8067536-1914412896.pngVers le Texas !

La reddition sans conditions des forces sudistes oblige les partisans d’Anderson à déposer les armes, puis à jurer fidélité aux États-Unis d’Amérique sous peine qu’un acte civil tel le mariage ou la validité d’un testament ne soit pas valide « Le Sud, après la guerre de Sécession, rappelle encore Tomislav Sunic, fut contraint de subir une rééducation semblable à la rééducation et au reformatage que les Américains firent subir aux esprits européens après 1945 14.» Seul Josey Wales ne renonce pas à la lutte, car « sa loyauté était là-bas, dans la tombe avec sa femme et son fils. Son devoir c’était la haine ». Les faits lui donnent raison. Désarmés, ses compagnons de combat se font tirer dessus. Wales entend amplifier sa vengeance, fort de « sa supériorité au pistolet, la ruse acquise dans des centaines de combats, sa témérité et son audace de guérillero ».

Accompagné d’un survivant de la bande, un adolescent nommé Jamie Burns, Josey Wales veut aller au Texas. Le titre original explique que « les trois lettres GTT, gravées en hâte sur la porte d’une cabane du Sud, suffisaient pour que les parents et les amis de celui qui les avait tracées comprennent qu’il avait des “problèmes” avec la loi et qu’il était parti au Texas ».

Stand-Watie-3945980852.jpgGravement blessé, Jamie Burns meurt en chemin. Josey Wales ne reste pas longtemps solitaire. Il rencontre un Cherokee américanisé – il porte un chapeau haut-de-forme - : Lone Watie dont le nom est une référence explicite au général de brigade confédéré, le Cherokee Stand Watie (1806-1871) 15. Le colonel Stand Watie commande d’abord le 2e Cherokee Mounted Rifles, puis en 1864, promu au grade de brigadier – général, il dirige la 1re brigade de cavalerie indienne. Il n’est pas le seul Amérindien à porter l’uniforme confédéré. « En février 1861, écrit Dominique Venner, la nation Cherokee a rallié la Confédération. Elle sera suivie par les Creeks, les Choctaws, les Chichasawas et les Séminoles 16. » Nation amérindienne américanisée de manière plus ou moins forcée, « les Cherokees s’étaient rangés dans le camp des Confédérés contre un gouvernement qu’ils haïssaient et parce qu’il leur avait pris leur patrie dans les montagnes ». Ils rejoignent la Confédération des États d’Amérique (CSA) 17.

Au cours d’un périple long et dangereux, car les chasseurs de primes traquent Josey Wales, les deux compères sauvent tour à tour une Amérindienne, Taketoha ou « Petit Clair de Lune (Moonlight) », puis une famille de colons paysans, les Turner. Victimes d’une attaque de comancheros, les seules rescapées sont la grand-mère Sarah et sa petite-fille Laura Lee. Les cinq se dirigent vers le ranch du fils de Sarah et père de Laura, Crook River au Texas. Pendant ce temps, la prime sur Josey Wales monte à 7000 dollars. Le plus intéressé et aussi le plus vindicatif de ses poursuivants est le lieutenant Cann Tolly, un « régulateur » sadique et paresseux. « Il assumait une fausse autorité maintenue par un faux gouvernement. »

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La description de cet individu déplaisant et antipathique sert à critiquer avec férocité les « profiteurs » de la « Reconstruction », la période d’après-guerre (1865 – 1875) qui voit le Sud vaincu l’arrivée des Carpetbaggers, des aventuriers nordistes qui volent demeures et plantations et qui se présentent en candidats républicains sans la moindre attache concrète. Ils bénéficient de l’aide d’arrivistes, les Scalawags, des Blancs sudistes qui choisissent la collaboration avec les autorités militaires d’occupation yankee. « Les effets psychologiques que la fin de cette guerre eut sur les Américains à la fin du XIXe siècle, explique Tomislav Sunic, présentent des similitudes avec les effets de l’américanisme sur la population européenne après la Seconde Guerre mondiale 18 ».

Concevoir une communauté différente

Le refuge texan de la famille Turner semble illusoire. La ferme se trouve en effet en territoire amérindien et risque à tout instant une attaque. Josey Wales, un nom réputé chez les Amérindiens, va voir le chef comanche Ten Bears. Scène décisive selon Stand Watie qui estime à juste titre que « Ten Bears est un grand guerrier. Il ne connaît pas la peur. Mais aujourd’hui, il va rencontrer un autre grand guerrier, c’est un privilège que peu d’hommes connaissent. Ils le sauront quand ils seront face à face, Ten Bears et Josey Wales… ils connaîtront leurs haines et leurs amours, mais ils connaîtront aussi la fraternité du courage, ce que l’homme mesquin ne connaîtra jamais».

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Devant Ten Bears et ses braves, Josey Wales leur lance: «Tout ce qui nous était cher, à toi et à moi, a été détruit. C’est ce gouvernement à langue double de serpent qui a fait ça. Le gouvernement raconte des mensonges, il promet, il donne des coups de poignard dans le dos, il vient manger dans ta maison et viole tes femmes et tue quand tu dors, même de ses promesses. Le gouvernement est tout seul, les hommes vivent ensemble. » Le chef comanche partage cette opinion, lui qui considère que les sorciers et guérisseurs de sa tribu qui se laissent corrompre « recherchaient le pouvoir et la richesse et étaient devenus des “ langues-doubles ” comme les politiciens ». Les deux hommes s’entendent et se comprennent. « Les hors-la-loi et les Indiens […] ont vécu en un temps où la signification des mots de “bien” et de “mal” dépendait essentiellement du type qui les prononçait. Le mal était trop mêlé à ce que nous appelons le “bien”. »

La menace comanche écartée et celle de Cann Tolly définitivement réglée, la ferme Turner célèbre deux mariages: Lone Watie épouse Moonlight et ont une fille; Josey Wales se marie avec Laura Lee et ont un garçon, Jamie en souvenir de Jamie Burns. Les habitants de la ferme veulent ainsi contredire une sentence pessimiste de la famille Wales: « Quand le sol est pauvre, le sang est riche. »

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La ferme des Turner incarne pour Forrest Carter le modèle de communauté enracinée même si son assemblage humain est disparate. L’auteur se souvient-il que d’après le mythe, Romulus accepta que sa cité se peuple de divers mâles italiotes qui enlèveront sous peu des Sabines ? Outre l’idéal de la petite société auto-suffisante, sinon autarcique, l’auteur y développe l’esquisse d’un état d’esprit relativement libertarien en raison de son opposition virulente au gouvernement fédéral.

Il est judicieux de lire Les hors-la-loi du Texas, un ouvrage qui condense dans son récit des notions devenues majeures un demi-siècle plus tard. Dès la lecture achevée, rien n’empêche de regarder Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood qui insiste beaucoup sur cet aspect communautaire lié à des circonstances exceptionnelles.

Georges Feltin-Tracol

Notes:

1 : Forrest Carter, Les hors-la-loi du Texas, Stock, 1981. Les citations non mentionnées en notes sont extraites de cet ouvrage.

2 : Georges Wallace exerce ce mandat entre 1963 et 1967, puis de 1971 à 1979 et de 1983 à 1987.

41Fz9Ys4V6L-594449840.jpg3 : Les Dixiecrates (ou Southern Democrats) sont des démocrates sudistes hostiles au progressisme culturel des années 1950 – 1960. Ils soutiennent en 1948 le Parti démocrate pour les droits des États qui présente à l’élection présidentielle le gouverneur de la Caroline du Sud, James Strom Thurmond (1902-2003), futur sénateur fédéral républicain de 1956 à 2003. Il réalise 2,41 % des suffrages et gagne 39 grands électeurs.

4 : Georges Wallace réalise 13,53 % des suffrages et obtient 46 grands électeurs, un record pour un candidat indépendant !

5 : Cette anecdote est relatée dans son portrait paru dans Libération des 20 et 21 juin 2015.

IMG_4167B75D2504-1-1610920605.jpg6 : Quelques années auparavant en 1969, Andrew V. McLaglen réalisait un autre film formidable, Les Géants de l’Ouest, qui montre des Sudistes d’une manière positive grâce au scénario de James Lee Barrett adapté d’un récit de Lewis B. Patten, The Undefeated. Refusant la défaite de 1865, le colonel James Langdon (Rock Hudson), référence au général Joseph Orville Shelby (1830 – 1897) qui poursuivit les combats en 1865, entraîne une colonne d’hommes, de femmes et d’enfants au Mexique afin de demander la protection de l’empereur du Mexique Maximilien de Habsbourg – Lorraine. La colonne sudiste rencontre les vachers d’un ancien colonel nordiste, John Harry Thomas (John Wayne). Les anciens ennemis s’allient contre des bandits, rejoignent la rébellion de Juarez et combattent le corps expéditionnaire français.

7 : Tomislav Sunic, Homo americanus. Rejeton de l’ère postmoderne, avant-propos de Kevin MacDonald, Akribeia, 2010, p. 247.

8 : Expression du philosophe allemand Hans-Magnus Enzensberger, la guerre moléculaire est clairement expliquée dans Un air de guerre (Xenia, coll.           « Franchises », 2016) du Suisse Éric Werner.

9 : De l’anglais Jay, le geai, et Hawker, le faucon, c’est une expression d’origine irlandaise désignant les pillards…

10 : En guise de guêtres, ces cavaliers nordistes portent des peaux de mouton teintes en rouge et dérobées dans des tanneries du Missouri.

11 : « Le drapeau de bataille, Battle Flag, ou Scarry Cross, […] sera aussitôt adopté. […] En langage vulgaire s’énoncera : sur fond rouge, grande croix bleue de Saint-André, lisérée de blanc et semée de treize étoiles blanches. Les étoiles désignent les onze États confédérés, ainsi que le Tennessee qui a fait sécession le 8 juin 1861 et la nation indienne représentée au Congrès confédéré à partir du 9 octobre 1861 par le major Elias C. Boudinot commandant le Second Mounted Rifles. » Dominique Venner, Le blanc soleil des vaincus. L’épopée sudiste et la guerre de Sécession 1607 – 1865, La Table Ronde, 1975, p. 120.

12 : Idem, p. 72. 

13 : Cf. Christian Bouchet, « Americana. Les derniers rebelles de la guerre civile », pp. 40 – 41, dans Réfléchir & Agir, n° 61, hiver 2019.

14 : Tomislav Sunic, op. cit., p. 254.

15 : Cf. Sylvain Roussillon, « Stand Watie, le dernier général sudiste » pp. 119 – 125, dans Lénine était un champignon et autres articles. Recueil 2022 – 2025, préface de Xavier Eman, Ars Magna, coll. « Le devoir de mémoire », 2025. Dans le même ouvrage, on peut lire avec profit « La guerre de Sécession : un conflit infini », pp. 31 – 43.

16 : Dominique Venner, op. cit., p. 125.

17 : Dominique Venner présente en annexe du Blanc soleil des vaincus (Document 8, pp. 287 – 288), l’ensemble des « Unités indiennes de l’armée sudiste ». En revanche, aucune mention des bataillons confédérés de Noirs affranchis n’y est faite.

18 : Tomislav Sunic, op. cit., p. 251.

Dos Passos, cet inconnu

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Dos Passos, cet inconnu

par Marco Iacona 

Source: https://www.centrostudilaruna.it/dos-passos-questo-sconos...

Génération perdue

La “génération perdue”, pour ceux qui ne le sauraient pas, est un groupe d’écrivains américains arrivés en Europe dans la première moitié du XXe siècle, dont font partie Ernest Hemingway, Ezra Pound et Francis Scott Fitzgerald ; trois références essentielles pour les contestataires non seulement américains, qui viendront après, y compris l’archiconnue Beat Generation d’Allen Ginsberg et Jack Kerouac. Les deux “générations” incarnent cette Amérique que nous aimons, capable de représenter avec sincérité faits et personnages, de s’auto-représenter (simultanément) avec une “vaillance” affligée ou une confiance acérée ; mais sans négliger rêves et aspirations, même camouflés sous de rigides et froides désillusions… une attitude pleinement anticonformiste (qui plus qu’eux ?), difficilement reconnaissable (avec une prose particulièrement franche, soignée ou non), qui fascinera intellectuels et narrateurs italiens jusqu’à nos jours. Deux noms parmi tous: Italo Calvino et Cesare Pavese.

9782073001917-475x500-1-3850403180.jpgDu groupe des contestataires du début du XXe siècle, parmi les premiers d’ailleurs à toucher du doigt les dérives de la société du nouveau siècle (guerre comprise, évidemment), fait partie intégrante John Dos Passos. Comment le définir d’abord ? Comment définir cet intellectuel et écrivain qui, dans les premières années soixante, vint en Italie invité par Giano Accame pour participer aux “Rencontres romaines de la culture”, grâce aussi à l’organisation du “Centre de vie italienne” d’Ernesto De Marzio, et avec lui Gabriele Marcel, Michel Déon, Odysseus Elytis (futur prix Nobel) et James Burnham ?

Anarchiste assurément, anarchiste dans la mesure où Dos Passos, d’un point de vue politique, fut définitivement peu définissable. De “droite” dans l’après-guerre (même avec des positions maccarthystes), et de “gauche” pro-communiste dans les années précédentes, les années vingt et trente (on rappelle son engagement civique, son refus de l’événement guerrier et sa collaboration à la revue “New Masses”), années où se constate – disent les critiques – une quasi “parfaite” parenté entre engagement politique, thèmes et formes expérimentales de l’activité de l’ancien étudiant de Harvard.

1919-4186379640.jpgDurant des années disons “intermédiaires” (presque symboliquement, entre deux positions), notre homme fut aussi séduit par les perspectives du “New Deal” américain. Dos Passos peut alors être considéré comme un précurseur idéal et pratique (il fit du bénévolat, entre autres, à la Croix-Rouge), de l’intellectuel jamais fixé sur des positions rigides, capable de se “repositionner” et prêt à défier les (inévitables) vestales de l’orthodoxie politique. Souvent, les “pérégrinations” politiques coïncideront avec les fortunes ou infortunes du romancier, habilement décrétées par la critique internationale.

Dos Passos, et cela le rendait différent de la plupart des écrivains de sa génération, aimait aussi “voler bas”, fusionnant les grands idéaux (qui n’en a jamais eu ?) avec des pages de critique ordinaire et de journalisme franc ; il écrivit des pages séduisantes sur les grands mythes du cinéma (mythes pop, mais alors presque personne ne le savait), James Dean et Rodolfo Valentino qu’il vit mourir l’un après l’autre, se confirmant dans ce domaine un écrivain sans beaucoup de “règles”, si ce n’est sa propre volonté et son propre goût. Mais anarchiste ou défenseur des anarchistes, il le fut surtout en relation avec les événements liés aux deux anarchistes italiens en terre américaine, à savoir Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, malheureux protagonistes d’une histoire jamais oubliée.

108661-3812876939.jpgEn 1926, un an avant leur condamnation à mort (ils étaient anarchistes mais non communistes), l’un ouvrier, l’autre marchand de poisson, Dos Passos publiait, pour le compte d’un “Comité de défense” pour les deux Italiens détenus depuis 1921, Facing the Chair, un livre dans lequel, parfait libertaire, il blâmait le comportement des juges américains victimes, selon lui, de préjugés politiques.

À cette époque, bien avant la “chasse aux sorcières” du prochain après-guerre, l’Amérique vivait en effet un climat répressif tourné contre la dite subversion politique. En pâtirent, entre autres, les deux anarchistes italiens émigrés en 1908 et accusés de vol et double homicide, bien qu’innocentés par un témoin. Avec Dos Passos, d’autres intellectuels éclairés prirent parti pour les Italiens “Nick” et “Bart”: de Bertrand Russel à Dorothy Parker, de G. B. Shaw à H. G. Wells. Tout fut inutile, naturellement. Malgré les protestations générales, les deux furent exécutés sur la chaise électrique en août 1927. Ultérieurement réhabilités (cinquante ans plus tard !), mais douloureusement sacrifiés sur “l’autel de la fermeté” d’une Amérique oppressive et justicière, une Amérique violente qui, à ce point, ne pouvait plus être celle de l’écrivain libertaire né à Chicago en 1896.

Le_42e_Parallele-1139405073.jpgMalgré la riche biographie, et malgré l'ouverture d’esprit envers un monde qui, depuis le second décade du XXe siècle, offrait plus de canaux de communication (surtout: le cinéma d’Eisenstein, la radio et le théâtre expérimental), Dos Passos est un auteur aujourd’hui peu connu excepté – peut-être – deux volumes : Manhattan Transfer de 1925 et Le 42e parallèle de 1930. Beaucoup, depuis longtemps, ont oublié les témoignages d’estime reçus (de Jean Paul Sartre en 1947, par exemple : « Je considère Dos Passos comme le plus grand des écrivains de notre temps »), mais ils ont oublié surtout ses livres de jeunesse et ceux de la dernière période.

Les premiers sont tout simplement le miroir d’une époque dont le “dépassement” conduira l’auteur à embrasser les positions radicales que la plupart connaissent ; des positions qui au fil des ans ont fasciné la critique de gauche, pour s'entendre…

9780819153609-1735236109.jpgPar exemple, le “livre de guerre” One Man’s Initiation, intéressant pour comprendre la croissance “idéale” de Dos Passos (avec des accents expressionnistes à la manière d’Ernst Jünger, mais très différent par raisons et architectures), et pas si éloigné de l’abondante littérature de guerre qui conquiert les marchés occidentaux dès les années vingt, ou encore Three Soldiers (1921), que l’on peut considérer comme un roman de tradition décadentiste, pessimiste, visant à révéler les terribles mécanismes d’une société moderne à travers l’expérience de la guerre.

Mais les capacités de "narrateur-pluriel" de Dos Passos (ici, oui, précurseur de cette postmodernité qui aime relier en chapitres uniques les sources venant de coins divers du savoir), émergent dans le roman-critique sur la condition du monde investi par le progrès technologique (Manhattan Transfer). À côté de la dénonciation d’une époque où ont pris le dessus les divinités malfaisantes du machinisme (« les turbines, les moteurs à explosion et la dynamite… sont nos divinités cruelles et vengeresses… »), on trouve chez Dos Passos, durant cette période, une quantité importante de citations capables de placer l’auteur au carrefour de deux parcours essentiels de la littérature mondiale: entre les plus classiques comme Mark Twain et les avant-gardes européennes, et auparavant encore Walt Whitman interprété à la manière radicale.

Ici, la “sociologie” de Dos Passos nous montre, avec un langage contemporain, ce monde gris, encore une fois: contemporain de lui-même, que des auteurs très différents (songeons à Chaplin ou à Garcia Lorca) nous ont révélé dans leurs aspects les plus comiques ou sentimentaux. Norman Mailer et William Burroughs tiendront compte, et beaucoup, de ses leçons narratives.

Dos Passos a la “chance” de raconter une période historique qui représente l’alpha de notre époque, croyant en outre y percevoir, en “bon radical” militant, “expérimentateur” et “prolétaire d’élection” (mais bourgeois d’origine), aussi l’inévitable oméga. C’est cela qui fascine les militants de toute “extraction”. Ses œuvres des années trente (la célèbre trilogie U.S.A. composée du 42e parallèle, 1919 et Un tas d’argent), représentent le point de l’engagement “guerrier” maximal, ce sont des fresques complexes de la vie américaine (avec apothéose du collectivisme), composées avec des techniques expérimentales de “faux” réalisme.

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Mais c’est dans ces mêmes chapitres que se consume aussi politiquement la rebéllion anticapitaliste “de gauche” de Dos Passos. Ayant enfin pris conscience du fossé insurmontable existant entre l'idée et la pratique communiste, dès le milieu des années trente l’écrivain cherchera à orienter ses attitudes libertaires vers des rivages libéraux de “droite”. Il était temps… C’est la période (on pouvait s’y attendre après tout), où tous parleront de “crise”, de “déclin”, etc.

13635488-572290970.jpgC’est la période (il manquera encore plus de trente ans avant sa mort !) où Dos Passos commence à devenir un grand oublié (“perdu” de nom et maintenant aussi de fait). Pourtant, l’auteur d’essais et de textes théâtraux et de plus de quarante romans (dont les plus connus et déjà cités, traduits en italien par Pavese), poursuivra son travail jusqu’à sa mort, publiant entre autres une autre trilogie de vie américaine, District of Columbia, une histoire de ses ancêtres portugais, des essais sur Jefferson, des journaux et des correspondances. Son indignation ne servira à rien (à part la dimension collective et militante, demeure le thème du danger encouru par l’individu dans le monde contemporain). Les témoignages d’estime des intellectuels anticonformistes “de droite” ne serviront à rien non plus (au contraire !). Quarante ans après sa mort, que pouvons-nous ajouter alors, par rapport au fait que Dos Passos reste un auteur encore presque entièrement à découvrir ?

Extrait de Linea du 30 septembre 2010.

Logiques multipolaires

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Logiques multipolaires

par Pierluigi Fagan

Source : Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/logiche-multipolari

Veuillez m’excuser de revenir sur des choses déjà dites. Il y a quelque temps, nous avions souligné comment le quatuor AS-PAK-TUR et EGY (Arabie Saoudite, Pakistan, Turquie et Egypte), qui s’était lancé dans une médiation entre les États-Unis et l’Iran, constituait un prélude intéressant à quelque chose de plus conséquent. Il n’est pas utile de s’abreuver de nouvelles et d’analyses de pseudo-stratèges improvisés façon jeu de « Risk » que l'on joue en famille, il suffit de suivre la logique dans un contexte multipolaire.

Que le monde se dirige vers une forme pleinement multipolaire est évident, étant donné qu’il s’agit de 8,3 milliards (9,6 en 2050) d’individus répartis dans 200 États, avec des réalités et des trajectoires de croissance ou de contraction (démographique, économique, technologique, militaire) différentes. Il n’existe aucune forme de puissance capable de dominer une telle complexité, ni sous forme unipolaire, ni bipolaire.

Le système tendra et tendra toujours davantage à s’auto-organiser, même si les États-Unis exerceront encore longtemps un rôle opposé à cette tendance. Cependant, c’est en grande partie le propre déclin de la puissance américaine qui favorise ce processus.

Les États-Unis sont en déclin pour de nombreuses raisons évidentes, parmi lesquelles leur entrée dans une phase où leur extraversion d’antan est devenue antiéconomique. Sur le plan militaire, par exemple, les États-Unis ont incité par tous les moyens leurs partenaires alliés à réarmer par eux-mêmes, comme l’UE, l’Allemagne, le Japon, ces derniers s’engageant dans de nouveaux plans de réarmement inédits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ne peuvent pas faire autrement, même si, lorsque notamment l’Allemagne et le Japon auront atteint de nouveaux niveaux de puissance (dans dix à quinze ans au minimum), il est imprévisible de savoir quelle politique étrangère ils développeront.

Mais à notre époque, les stratégies doivent se projeter à court et tout au plus à moyen terme, au-delà on tombe dans l’incalculable à cause d’un excès de variables.

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Le Pakistan et l’Arabie Saoudite étaient des alliés organiques des États-Unis, la Turquie est même membre de l’OTAN, l’Égypte historiquement proche tout en n’étant jamais très éloignée de la Russie. Entre le Pakistan et l’Arabie Saoudite, il existait déjà un pacte militaire de protection mutuelle ; la Turquie, en revanche (de facto alliée avec le Qatar, qui entretient de bons rapports avec l’Iran et partage avec lui le plus grand gisement de gaz du monde), non, ne participait pas à ce pacte pakistano-saoudien notamment en raison des différentes orientations dans le soutien à l’islam politique (salafiste pour les premiers, Frères musulmans pour les seconds). Par ailleurs, le Pakistan a de plus en plus de liens stratégiques avec la Chine. Ni la Turquie ni le Pakistan n’avaient de sérieux différends avec l’Iran. Avec l’Arabie Saoudite, la question était plus complexe, mais grâce à la médiation chinoise, les tensions se sont largement apaisées.

L’Iran a bien bombardé des cibles saoudiennes, mais en prévenant qu’il s’agissait simplement de représailles contre l’accueil de bases américaines, et l’Arabie Saoudite s’est à plusieurs reprises engagée auprès de Trump afin d’éviter une escalade militaire contre Téhéran. Au point de se brouiller définitivement avec les Émirats arabes unis, qui ont même quitté l’OPEP après soixante ans. Les Houthis se sont en réalité abstenus d’agir contre l’Arabie Saoudite, bien qu’ils soient en conflit gelé avec elle.

L’Arabie Saoudite ne veut ni ne peut, malgré ses nombreux liens militaires et économiques récents avec la famille Trump, adhérer aux Accords d’Abraham tant qu’une solution, même cosmétique, n’aura pas été trouvée à la question palestinienne. L’Arabie Saoudite abrite La Mecque et Médine: son rôle central dans l’islam est naturel. De plus, la majeure partie de la clientèle de ses réserves fossiles est désormais asiatique.

Le Pakistan est non seulement limitrophe mais également en friction ouverte avec son voisin indien, qui connaît en son sein une cohabitation de plus en plus difficile entre nationalistes hindous et musulmans (15 % de la vaste population indienne). L’Inde, bien que cliente pour les hydrocarbures du Golfe, a cherché à développer des liens toujours plus étroits avec Israël. Rappelons que l’Inde, le Pakistan et Israël disposent de l’arme nucléaire. Nous avons déjà évoqué l’étroite coopération entre le Pakistan et la Chine, laquelle, dans une logique pleinement multipolaire, tend à entretenir de bonnes relations avec tout le monde (Golfe, Iran, Pakistan, etc.) et, par principe, ne conclut pas d’alliances militaires formelles (mais peut cependant coopérer).

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La Turquie est également un acteur pleinement multipolaire, une puissance moyenne asiatique-méditerranéenne-musulmane qui combine son appartenance à l’OTAN avec de bonnes relations avec la Russie, tandis que la question chinoise reste gelée en raison de la question ouïghoure. Elle a également des problèmes avec Israël, qui risquent de s’aggraver du fait de la volonté israélienne de s’étendre vers le nord (Liban), du soutien israélien aux Kurdes, et de l’invasion discrète de capitaux et d’entreprises israéliennes en Grèce, le point chaud de la région demeurant la Méditerranée orientale, riche en gisements fossiles (Égée, Chypre, côtes libanaises, etc.).

De là (et d’ailleurs, car tout est imbriqué à différents niveaux), l’alliance signée à Djeddah, incluant même un article 5 de défense mutuelle. Comme tout apprenti géopoliticien le rappelle, "le Pakistan a la bombe atomique, la Turquie l’industrie et l’armée, l’Arabie Saoudite l’argent". Mais cela ne devrait être que la base de nouvelles formes de coopération, à mesure qu’Israël devient de plus en plus menaçant, que Trump et les États-Unis deviennent de plus en plus imprévisibles et contradictoires (on se souvient du faux bruit selon lequel les États-Unis auraient promis à l’AS le développement du nucléaire), que le monde environnant devient plus chaotique, que le poids hégémonique sur l’islam croît.

Certes, les États-Unis sont en perte de puissance, mais le groupe qui occupe la Maison Blanche fait preuve d’une pauvreté stratégique impressionnante et est étouffé par des conflits d’intérêts étroits qui ne relèvent pas seulement de l’éthique, mais constituent une limitation du réalisme tactique et stratégique (voir Israël).

Le cœur de l’islam forme donc désormais son propre pôle: l’Arabie Saoudite emmène le Bahreïn et le Koweït, la Turquie le Qatar. Ils pourront à l’avenir se tourner vers l’Indonésie et les BRICS (l’AS n’a pas suspendu son adhésion, le Pakistan et la Turquie ont déposé une demande), l’Égypte (prudente et déjà membre des BRICS) observe avec intérêt, pour l’Iran ce n’est pas une mauvaise nouvelle, chiites et sunnites ne s’aiment pas mais cohabitent depuis des millénaires, mieux en cela que les Américains avec les Israéliens.

La nouvelle alliance musulmane n’est donc pas une mauvaise nouvelle pour la stabilisation de la complexité multipolaire et constitue un signe clair de l’époque.

La régularisation espagnole dérape

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La régularisation espagnole dérape

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

La mesure espagnole, appelée « normalisation administrative », censée régulariser environ 500.000 sans-papiers présents sur le territoire, à condition de pouvoir prouver une présence d’au moins cinq mois en Espagne ainsi que des liens familiaux ou une activité professionnelle, semble totalement déraper. Car une fois le mécanisme du regroupement familial intégré, ce sont jusqu’à 3 millions de personnes qui pourraient être régularisées. Les services de police espagnols tirent la sonnette d’alarme.

Entre la mi-avril et le 30 juin, 1.174.978 dossiers ont afflué, soit plus du double de ce que cette mesure socialiste envisageait au départ. Plus de 600.000 dossiers ont déjà été déclarés recevables. Deux tiers des demandeurs viennent d’Amérique du Sud, environ un quart d’Afrique. La majorité des demandes proviennent de Colombie, suivie du Maroc, du Venezuela et du Pérou. 80% des demandeurs ont moins de 45 ans, et la majorité sont des hommes. Mais c’est surtout la vague à venir via le regroupement familial qui inquiète le plus les forces de police.

csm_548056_1_5f9d6dd717.jpgLa bombe à retardement

Selon des responsables espagnols de la migration, cités par la presse espagnole, chaque étranger régularisé peut, via le regroupement familial, faire venir plusieurs personnes en Espagne. Un simple calcul, basé sur les 1,2 million de dossiers de régularisation déjà déposés, montre que cette mesure pourrait entraîner une augmentation de la population migrante d’environ 3 millions de personnes. Les forces de police sont claires et sans détour: le système n’est pas prévu pour cela et s’effondrera.

La police espagnole est furieuse, et pour une autre raison encore. Selon la presse espagnole, le gouvernement socialiste de Sánchez a délibérément écarté la police du traitement de ces dossiers de régularisation – alors qu’elle en a la compétence. Résultat: les services de migration sont submergés par les demandes et ne sont pas tous suffisamment formés pour les traiter correctement. La police évoque déjà des fraudes lors de l’octroi de la régularisation…

Les expériences belges du passé nous ont déjà appris que la régularisation a un effet d’appel pour encore plus de nouveaux arrivants. Et il faut noter qu’une fois ces sans-papiers régularisés, ils peuvent circuler librement dans l’espace Schengen – y compris en Belgique.

lundi, 10 août 2026

Etats-Unis contre UE: capitulation dans la guerre commerciale, la soumission de Bruxelles face à Washington

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Etats-Unis contre UE: capitulation dans la guerre commerciale, la soumission de Bruxelles face à Washington

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203596

Bruxelles sacrifie l’emploi dans l’agriculture et l’industrie locales pour une paix transatlantique de douteuse qualité. Tandis que l’UE supprime les droits de douane et abaisse les barrières, Washington maintient sans changement sa posture menaçante. Un règlement de comptes qui accentue la dépendance économique de l’Europe.

Un accord d’inégalités

Dans les salles de négociation bruxelloises, une tentative de chantage géopolitique est célébrée comme une « percée historique ». Le récent accord commercial conclu entre l’Union européenne et les États-Unis révèle avec cruauté le déséquilibre du pouvoir dans la relation transatlantique. Tandis que la diplomatie européenne, menée par la Commission européenne, manque de toute autonomie stratégique, Washington dicte les conditions de l’accord.

Le résultat est un déséquilibre flagrant : l’UE ouvre largement son marché, sans restriction, aux biens industriels et aux produits agricoles américains, alors que les États-Unis ne réduisent nullement leurs barrières protectionnistes et leurs droits de douane dans la même mesure. Ce que Ursula von der Leyen et ses technocrates présentent comme une stabilisation des relations est en réalité un acte de soumission diplomatique qui affaiblit encore plus le continent européen économiquement et livre la valeur ajoutée européenne au marché américain.

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Agriculture et industrie sacrifiées sur l’autel de la géopolitique

La facture est particulièrement amère pour l’agriculture locale et les PME. Par cet accord, les marchés agricoles européens sont inondés de produits agricoles américains fortement subventionnés, issus de normes de production totalement différentes. Tandis que l’agriculteur autrichien est écrasé par d'interminables exigences européennes, par des diktats de transformation dictés par l'idéologie verte et par des tracasseries bureaucratiques, il doit désormais affronter la concurrence des géants agricoles américains, qui ignorent aussi bien les taxes carbone que la frénésie réglementaire de Bruxelles.

Dans le même temps, le secteur industriel européen demeure le principal perdant. L’espoir que Washington renonce durablement aux droits de douane punitifs sur l’automobile et l’acier en échange de l’ouverture du marché européen s’est avéré naïf. Les États-Unis gardent fermement en main l’instrumentalisation des sanctions extraterritoriales et des obstacles à l’importation. L’UE sacrifie ses industries clés pour apaiser la Maison-Blanche – une stratégie d’apaisement qui, sur les marchés internationaux, est perçue comme pure faiblesse.

La perte de la souveraineté économique

Ce contrat contraignant sur les droits de douane n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit parfaitement dans l’image d’une Union qui dilapide sa propre souveraineté pas à pas. Au lieu de mener une politique extérieure indépendante, orientée vers les intérêts réels des États membres de l'UE, Bruxelles agit en exécutant géopolitique des intérêts des grandes entreprises américaines.

La facture de ce contrat contraignant est payée par les forces productives des États membres. Ni les sites industriels établis dans les pays germanophones, ni l’agriculture à petite échelle en Autriche ne peuvent durablement résister à un système qui impose des coûts de production élevés sur le territoire tout en affaiblissant la protection face aux hégémons mondiaux. Le déclin économique n’est pas freiné par cette politique, mais accéléré administrativement.

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Il est temps de rejeter le diktat de Bruxelles

Le contrat contraignant avec les États-Unis montre clairement que Bruxelles n’est ni le garant de la prospérité ni le protecteur des intérêts européens. Une politique commerciale qui réduit le continent à un partenaire junior vulnérable au chantage a perdu toute légitimité.

L’Europe n’a pas besoin d’accords de soumission, mais d’un retour à la souveraineté nationale, à un commerce bilatéral équitable et à la protection de sa propre production. Si l’Autriche et ses voisins veulent préserver leur prospérité, ils doivent s’opposer à la liquidation orchestrée par Bruxelles. Il est temps de retirer les œillères transatlantiques et de replacer les intérêts vitaux économiques au premier plan.

Cet article est paru dans ZURZEIT (auteur R.T.), notre partenaire dans la COOPÉRATION MÉDIATIQUE EUROPÉENNE

Pékin se venge des sanctions de l’UE: coup dur pour Rheinmetall et consorts

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Pékin se venge des sanctions de l’UE: coup dur pour Rheinmetall et consorts

Pékin/Bruxelles. Le conflit commercial entre la Chine et l’Union européenne s’intensifie. En réaction au 21e paquet de sanctions de l’UE contre la Russie, Pékin a désormais imposé des restrictions à l’exportation visant 14 entreprises issues d’États membres de l’UE ainsi que de la région administrative spéciale de Hong Kong. Selon le ministère chinois du Commerce, ces mesures servent à protéger les intérêts nationaux.

Parmi les entreprises concernées figurent le groupe d’armement allemand Rheinmetall, la société commerciale de produits chimiques Antraco basée à Duisbourg, et Sindlhauser Materials de Kempten. D’autres entreprises proviennent notamment d’Italie, de France et de Pologne.

Aux entreprises listées, il sera désormais interdit d’acquérir en Chine des biens dits « à double usage ». Il s’agit de produits pouvant servir à la fois à des fins civiles et militaires, comme les semi-conducteurs, les produits chimiques spéciaux, les machines ou les logiciels. En outre, il sera également interdit à des personnes et organisations étrangères de livrer à ces entreprises des produits chinois à double usage.

Ces restrictions frappent particulièrement durement les entreprises européennes du secteur de l’armement et des technologies. Rheinmetall compte parmi les principaux producteurs d’armement allemands et joue un rôle majeur dans le réarmement de l’Ukraine ainsi que dans la modernisation de la Bundeswehr.

Le déclencheur des contre-mesures chinoises est le dernier paquet de sanctions de l’Union européenne. Bruxelles a inscrit au total 51 entités sur une liste d’interdiction d’exportation, les accusant de soutenir l’industrie militaire et de défense russe dans la guerre en Ukraine. Une part importante de ces entités est basée en Chine ou à Hong Kong. Pékin s’est donc vengé de cette hostilité – touchant ainsi les efforts européens en matière d’armement aussi bien que les livraisons massives d’armes à l’Ukraine.

Les observateurs s’attendent désormais à des pressions supplémentaires sur les chaînes d’approvisionnement internationales. Pourraient être particulièrement concernés les produits intermédiaires tels que les terres rares, les produits chimiques spéciaux et d’autres composants industriels clés, dont de nombreuses entreprises européennes dépendent (mü).

Source: Zu erst, Août 2026.

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Drogue, blanchiment et architecture de la domination

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Drogue, blanchiment et architecture de la domination

Diego Cinquegrana

Source: https://www.facebook.com/CantiereMultipolare

« Les créatures mondaines craignent le fond. Elles l’évitent par tous les moyens. Mais le fond les ronge de l’intérieur, jusqu’à ce que l’âme entière soit dévorée. »

Alexandre Douguine – Les Templiers du Prolétariat.

Le ̷P̷r̷é̷s̷i̷d̷e̷n̷t̷ ̷d̷e̷ ̷l̷a̷ ̷R̷é̷p̷u̷b̷l̷i̷q̷u̷e̷ Démocrate-chrétien pro-atlantiste qui occupe le Quirinal, lors de la cérémonie de la « Journée mondiale contre la drogue », a parlé de la réinsertion des jeunes comme d’un patrimoine qui enrichit le pays.

La phrase est si noble qu’elle risque de devenir une nappe blanche étendue sur une latrine.

Nul ne nie la valeur de la réinsertion. Ceux qui œuvrent dans les communautés, les familles, les services, dans la rue, souvent avec peu de moyens et une patience de martyr, méritent le respect. Mais une République qui ne parle que de réinsertion alors que la machine du narcotrafic brasse des milliards, déplace des tonnes, corrompt les ports, finance des entreprises, achète des silences, engraisse les professionnels et compénètre banques, sociétés, bureaux de change et plateformes numériques, en dit bien trop peu.

Et en dire trop peu, face à la drogue, devient complicité.

Le mal est en haut. La drogue est une forme de domination économique, financière et anthropologique. C’est une pédagogie de la destruction : elle habitue le peuple à chercher le salut dans la substance, le plaisir dans la dépendance, la liberté dans l’anéantissement, la communauté dans la déchéance partagée.

Mais on ne peut pas combattre la drogue en restant identique au monde qui la produit.

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Darya Douguina, en lisant Jünger, rappelait que « recourir aux forêts » ne signifie pas fuir dans la forêt, ni se soustraire physiquement à la ville, à la technique, au conflit. Cela signifie prendre ici et maintenant la décision de ne pas s’identifier à ce qui nous entoure. Le "recours aux forêts", c’est un NON. Un non irrévocable au paysage moral, économique et symbolique qui prétend être la norme uniquement parce qu’il domine.

Appliqué à la drogue, cela signifie une chose très concrète: il ne suffit pas de soigner la victime si l’on continue d’habiter, au fond de soi, le monde de la consommation.

« Recourir aux forêts » signifie construire une verticalité transcendante au sein même de l’espace contaminé. Cela signifie planter, au cœur du navire du libéralisme en phase terminale, une forêt verticale: discipline, limite, communauté, responsabilité, travail. Comme Dionysos sur le navire des pirates: quand tout semble livré aux pillards, la vigne grimpe sur les rames, le lierre enveloppe les planches, la nature sacrée envahit le bois de la captivité, et du taillis surgit le lion.

La drogue est le navire des pirates. La forêt est le NON de l’homme qui refuse d’être marchandise, toxico, consommateur, profil, client, déchet. Le lion, c’est l’État qui redevient forme.

Il ne suffit pas de sauver les jeunes de la drogue. Il faut sauver l’Italie de l’économie qui rend la drogue nécessaire, disponible, rentable et recyclable.

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Le marché italien des stupéfiants représente plus de dix-sept milliards d’euros de consommation. La cocaïne reste l’axe stratégique, avec ports, conteneurs, courtiers, réseaux logistiques et complicités internes dans les terminaux. Nous faisons face à un secteur économique parallèle, doté de filières, de liquidités, de relations internationales, de capacités d’investissement et de pénétration dans l’économie légale.

La « coupole », aujourd’hui, ne doit pas s’imaginer comme une pièce sombre avec douze hommes autour d’une table. Ce serait trop facile, trop cinématographique, trop rassurant. La coupole contemporaine, c’est une filière.

Tout en bas, il y a le dealer. Au-dessus, le gérant du point de vente. Plus haut, le groupe qui organise la coupe, le stockage, la surveillance, la distribution. Puis viennent les grossistes, les courtiers, les référents dans les ports, les spécialistes des conteneurs contaminés, les intermédiaires entre clans et fournisseurs.

Ensuite vient le véritable sacrement noir : l’argent.

Car la drogue, tant qu’elle reste liquide, sent mauvais. Elle doit être lavée. Elle doit changer d’habits. Elle doit entrer dans un restaurant, une entreprise de BTP, une société de transport, une plateforme en ligne, un rachat d’or, un jeu télématique, un compte à l’étranger, un IBAN virtuel, une cryptomonnaie, un prête-nom, une fausse facture, un marché public, un bien immobilier, une discothèque, une salle de sport, une société « propre ».

C’est ici que les tatouages s’arrêtent et que commencent les boutons de manchette.

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L’ennemi décisif est celui qui transforme la forêt en comptabilité. C’est le changeur occulte qui déplace des capitaux sans les déplacer. C’est la structure para-bancaire qui transfère l’argent sous la peau de la finance officielle. C’est le professionnel qui sait ne pas voir. C’est l’entrepreneur qui accepte le capital sale parce que « de toute façon le marché est difficile ». C’est le fonctionnaire qui ferme les yeux. C’est le port qui perd son étanchéité. C’est la société qui change de propriétaire et devient une "machine à laver". C’est le capital criminel qui devient investissement, emploi, consensus, respectabilité.

Le diable ne vient pas toujours avec un pistolet. Souvent, il vient avec un conseil.

Deux cas internationaux montrent clairement que le cœur de la drogue n’est pas seulement la substance, mais sa transfiguration financière.

Une enquête de 2002 relate un réseau de blanchiment lié aux cartels colombiens et composé de membres de la communauté hassidique new-yorkaise. Des hommes, apparemment intégrés dans un univers de discipline religieuse, de reconnaissance communautaire et de respectabilité morale, étaient désignés par les autorités comme blanchisseurs d’argent de la cocaïne. Jusqu’à 500.000 dollars à la fois déposés en espèces, argent issu des ventes de drogue, puis transféré en Colombie via des canaux apparemment légaux. Le masque de la respectabilité comme enveloppe opérationnelle.

L’argent sale cherchant des mains apparemment propres.

Encore plus instructive est l’histoire de Michal Kourani. Née en Colombie sous le nom de Marlene Navarro, élevée en Europe, diplômée en économie et en art à la Sorbonne, puis convertie au judaïsme, installée à Tel-Aviv et connue aussi comme Nora Estrella Ramirez, Kourani fut tout sauf une figure marginale du crime organisé.

Elle entra dans l’orbite de Carlos Alvarez-Moreno, parrain colombien actif dans le trafic de cocaïne vers les États-Unis, et devint l’une de ses opératrices financières. Sa fonction était simple : collecter l’argent de la cocaïne, le convertir, le transformer, le canaliser vers des circuits plus propres, surtout via des transferts et des comptes à l’étranger. L’argent arrivait dans des valises fermées, des sacs, des parkings, des cabinets d’avocats, des rendez-vous privés. De là, il était blanchi par des circuits financiers, des comptes, des changes, des chèques de banque, des sociétés-écrans et des canaux présentables.

Le coup de théâtre, c’est que l’un de ces circuits, Dean International Investments, était en réalité une société écran de la DEA dans le cadre de l’opération Swordfish. Kourani pensait avoir trouvé une blanchisserie sûre ; elle avait en réalité remis aux enquêteurs une carte de la finance du cartel.

Elle n’incarnait pas la violence visible du cartel, mais son intelligence financière. Elle savait évoluer dans les salons, les bureaux, les milieux diplomatiques, les interstices entre identités, langues, nations et systèmes bancaires. Après sa fuite au Venezuela, elle ouvrit une société de change, fréquenta des fonctionnaires, des hommes d’affaires, des milieux prestigieux, jusqu’à une relation avec René de Sola, figure éminente du monde juridique vénézuélien. L’argent de la drogue, lorsqu’il monte, change de peau.

La coupole n’est pas toujours le visage féroce du tueur ou du chef. C’est souvent un réseau de compétences. Ceux qui connaissent les passages. Ceux qui savent où déposer, à qui enregistrer, comment transférer, quand se taire, quelle couverture utiliser. Ceux qui offrent au crime ce qu’il y a de plus précieux: non pas le pistolet, mais la respectabilité.

Et la drogue est le marché parfait de l’anti-État.

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Dans son livre « Les Templiers du Prolétariat », Aleksandr Douguine écrit que la foi dans le progrès est une fiction moderne. Le monde moderne appelle croissance ce qui est déclin, santé ce qui est maladie, norme ce qui est pathologie, homme ce qui est monstre, liberté ce qui est dépendance.

La drogue, c’est exactement ce progrès inversé.

C’est la chimie présentée comme évasion. Le marché présenté comme liberté. La déchéance présentée comme expérience. La dépendance présentée comme choix. La dissolution du corps présentée comme habitude. Le capital criminel présenté comme investissement. Le sang transformé en rente.

C’est pourquoi le narcotrafic n’est pas une contradiction du libéralisme terminal.

Le libéralisme dit: consomme. La pornographie dit: consomme le corps. La drogue dit: consomme-toi toi-même. Le blanchiment dit: consomme même la faute, transforme-la en patrimoine.

Voilà la véritable architecture de la domination : une société qui éduque l’homme à ne plus appartenir à rien, pour le rendre disponible à tout.

Le progrès, ici, ne libère pas l’homme. Il le prépare à la chaîne.

Il produit une communauté renversée : dépendance, dette, peur, excitation, rebut humain. Il produit un peuple plus fragile, plus vulnérable au chantage, plus fatigué, plus seul. Il produit des jeunes sans avenir et des adultes sans autorité. Il produit des familles réduites à des services d’urgence privés du naufrage social. Il produit des territoires où l’État n’arrive qu’après: après la vente, après l’overdose, après la dette, après l’arme, après les funérailles.

Et puis, dans la colonie, on tire la chasse d’eau.

On remercie les communautés. On célèbre les réinsertions. On parle de la personne dans son intégralité.

Que de beaux mots, grand-père Sergio.

Mais si la personne est intégrale, alors il faut la défendre intégralement.

Pas seulement quand elle chute. Avant. Plus haut. À la racine. Dans le travail, dans la discipline sociale, dans la souveraineté économique, dans la lutte contre le blanchiment, dans la confiscation des biens, dans l’assainissement des entreprises contaminées, dans la fermeture des circuits financiers déjà connus.

Sainte matraque.

C’est la matraque juridique, patrimoniale, politique de l’État quand il se souvient d’être un État.

C’est la saisie des biens. C’est la confiscation. C’est l’interdiction. C’est la démolition de la respectabilité économique du narco en costume-cravate. C’est le contrôle des secteurs à risque. C’est l’expulsion du capital criminel de l’économie légale. C’est la responsabilité pénale et patrimoniale de ceux qui prêtent compétences, licences, sociétés, comptes, couvertures, factures, identités et silences. C’est l’État qui ne se contente pas de soigner le toxicomane mais laisse prospérer le banquier occulte du poison.

Autant pour « échanger un signe de paix ».

Le signe de paix, face à cette machine, n’est qu’un geste hypocrite s’il n’est pas précédé d’un acte de séparation. Paix avec qui ? Avec le capital qui empoisonne ? Avec l’entrepreneur qui blanchit ? Avec le professionnel qui truque ? Avec le gérant du bar qui distribue ? Avec le consommateur respectable qui finance la filière ? Avec la bourgeoisie qui s’indigne du trafic mais sniffe dans les toilettes, investit dans les bars, rit dans les salons et ne réclame de l’ordre que lorsque la déchéance descend en dessous de chez elle ?

La guerre à la drogue commence par le consommateur respectable et le blanchisseur respecté.

La pornographie de la consommation et la drogue font partie de la même grammaire: rendre le corps disponible, immédiat, achetable, dégradable. Une société qui enseigne à tout consommer – images, corps, substances, temps, attention, émotions – ne doit pas s’étonner que ses enfants finissent par se consommer eux-mêmes.

Le nœud est patrimonial.

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Chaque euro du narcotrafic doit devenir radioactif. Chaque société qui blanchit de l’argent doit être brisée. Chaque professionnel qui met son intelligence au service du poison doit perdre prestige, licence, carrière et liberté. Chaque secteur exposé doit être cartographié. Chaque territoire doit savoir où l’argent sale entre : BTP, logistique, restauration, jeux, or, import-export, transports, boîtes de nuit, immobilier, tourisme, fausses coopératives, plateformes numériques. Chaque communauté doit apprendre à voir le blanchiment comme elle voit le trafic : non comme une ruse, non comme un investissement, non comme un « tour de passe-passe financier », mais comme du sang mal lavé.

La drogue est une guerre financière contre le peuple.

Et un État qui veut être un État ne s’émeut pas seulement des victimes. Il remonte la filière et retire aux marchands de poison la possibilité de transformer la mort en propriété.

Sauver un jeune est une bonne chose. Mais détruire la machine qui en empoisonne mille est un devoir politique.

C’est pourquoi le discours ne peut que se clore là où il a commencé: dans la salle du Quirinal, entre cérémonies, remerciements et paroles policées.

Le Quirinal n’est pas seulement un palais. C’est une mémoire sacrée de souveraineté, de commandement, de fondation et de destin. Et lorsque, de cette colline, on parle au peuple comme depuis une chapelle de la compassion, lorsqu’on bénit la réinsertion sans nommer jusqu’au bout la filière de la domination, lorsqu’on console la victime sans frapper le bourreau, alors la colline est occupée et non gardée.

Et celui qui l’occupe sans la garder n’est pas père de la Nation.

C’est un usurpateur.

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La colline sacrée n’appartient pas à celui qui administre le déclin.

Elle appartient à celui qui sait distinguer l’État de son sosie colonial.

Du Quirinal, on nomme l’ennemi. Et l’ennemi, c’est l’architecture qui transforme les enfants du peuple en marge biologique et leur poison en rente.

Le reste n’est que cérémonies et poignées de main.

Et celles-ci, lorsqu’elles couvrent les responsables, ne lavent ni les mains ni les consciences.

 

15:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, italie, narco-trafic, drogues | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Ukraine/Russie: la pause comme arme

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Ukraine/Russie: la pause comme arme

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Lorsque les diplomates commencent soudain à refaire leurs valises, la paix est généralement encore bien loin. Souvent, cela indique tout simplement que l’un des camps belligérants est sous une telle pression qu’il doit gagner du temps. Ce schéma se répète désormais avec une régularité lassante dans la guerre en Ukraine.

Selon un rapport TASS non confirmé à ce jour, Steve Witkoff et Jared Kushner pourraient se rendre à Kiev et à Moscou dans les prochains jours. Dans le même temps, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan réclame un moratoire sur les attaques contre les navires en mer Noire. Les détroits turcs restent néanmoins ouverts; le trafic civil continue.

Le timing est toutefois remarquable. La Russie accentue la pression sur les ports ukrainiens, les infrastructures énergétiques et les lignes d’approvisionnement militaire. Odessa devient de plus en plus le centre des opérations. L’Ukraine attaque de son côté des navires russes, des sites pétroliers et des infrastructures. S’y ajoutent les failles visibles dans la défense aérienne ukrainienne.

Il ne s’agit pas d’un effondrement de l’Ukraine. Mais Kiev a besoin de temps – pour des réparations, de nouveaux missiles d’interception, des regroupements et de nouvelles livraisons d’armes. Et c’est précisément dans ces moments-là que commencent les tentatives d’apaisement.

Le schéma est bien connu: Moscou doit réduire la pression militaire, tandis que les contreparties qui lui sont suggérées demeurent vagues. S’ensuivent des discussions, des moratoires ou des accords informels. L’Ukraine profite de la pause pour stabiliser son front et reconstruire ses capacités. Quelques mois plus tard, la prochaine escalade commence. Ainsi, aucune paix ne se crée. Ainsi, la guerre est gérée.

Washington joue un double rôle. Les États-Unis interviennent comme médiateurs, tout en restant fournisseur d’armes, partenaire de renseignement et protecteur politique de Kiev. Ankara défend ses routes commerciales en mer Noire. Bruxelles et Berlin supportent une part importante des coûts financiers et des risques d’escalade, mais déterminent à peine la ligne stratégique. On attend de Moscou qu’il abandonne son levier le plus efficace – contre des promesses dont le contrôle et la mise en œuvre restent incertains. Du point de vue russe, une telle pause ne relèverait guère de la politique de paix: ce serait une phase de récupération pour l’adversaire.

Quiconque veut amener la Russie à accepter un moratoire doit donc offrir des contreparties crédibles: des restrictions sur les flux d’armes occidentales, la suspension des données de ciblage et de reconnaissance, ainsi que des règles claires pour l’utilisation de l’infrastructure américaine lors d’attaques contre le territoire russe. Sinon, seul le prochain compte à rebours commence.

Mais l’UE aussi ne doit pas se résigner à ce cycle sans fin.

Cette guerre doit enfin être terminée, durablement et politiquement, et non par de nouvelles pauses entre deux escalades. Les États européens supportent les dommages économiques, les risques sécuritaires et le danger d’une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie. Ils ont donc un intérêt vital à ce qu'un ordre de paix viable s'instaure.

Un tel ordre ne sera pas possible sans la Russie. Une grande puissance dotée du poids militaire, nucléaire et géographique de la Russie ne peut être écartée de l’architecture de sécurité européenne, ni durablement organisée contre ses intérêts sécuritaires déclarés.

Cela ne signifie pas accepter toutes les demandes de Moscou. Mais des questions comme le statut militaire de l’Ukraine, le déploiement de systèmes stratégiques, l’infrastructure de l’OTAN aux frontières russes, le contrôle des armements et des garanties de sécurité réciproques doivent enfin être négociés sérieusement.

La sécurité reste indivisible: aucun État, aucune alliance ne peut durablement fonder sa propre sécurité sur l’insécurité de tous les autres.

La prochaine tentative de paix ne doit donc pas s’arrêter à une simple trêve. Elle doit s’attaquer aux causes de la guerre et instaurer un ordre de sécurité où les intérêts russes légitimes ont aussi leur place.

Un cessez-le-feu ne fait que stopper l’horloge. La paix s’assure qu’elle ne recommence pas à tourner.

#geopolitique@global_affairs_byelena

dimanche, 09 août 2026

Allié discret: comment la Chine soutient l’Iran contre les États-Unis

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Allié discret: comment la Chine soutient l’Iran contre les États-Unis

Pékin/Téhéran. Dans la guerre contre les États-Unis et leurs alliés, l’Iran ne compte pas uniquement sur la Russie. La Chine, en particulier, joue un rôle important dans le soutien militaire à Téhéran. C’est pourquoi l’inquiétude grandit à la Maison Blanche. Le président américain Donald Trump a déclaré sur sa plateforme « Truth Social » : « Le président Xi m’a promis de ne pas livrer d’armes au régime de Téhéran. Mais s’il le fait, ou si Poutine le fait, cela se terminera très mal pour les deux. »

Il est douteux que Pékin et Moscou se laissent impressionner par de telles menaces. Car, à l’heure actuelle, les États-Unis ne font pas particulièrement bonne figure dans leur confrontation avec l’Iran.

Officiellement, Pékin se montre neutre et appelle à un règlement rapide du conflit. Cependant, des informations récemment révélées indiquent que la Chine a systématiquement renforcé les capacités militaires des Gardiens de la révolution iraniens. En particulier, la précision des missiles et des drones s’est nettement améliorée au cours de la guerre.

Les conséquences sont visibles sur le champ de bataille. Tout récemment, les Iraniens ont attaqué presque simultanément des bases et installations américaines à Bahreïn, au Koweït, au Qatar, à Oman et en Jordanie. Trois soldats américains ont été tués lors de ces attaques. L’expert britannique en défense aérienne Tom Sharpe a parlé de la « vague d’attaques la plus massive depuis le début de la guerre ». Selon lui, Téhéran a utilisé le système de navigation par satellite chinois crypté Beidou-3 (photo). Cela a permis de contourner plus efficacement les contre-mesures américaines contre les missiles et les drones.

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Can Kasapoglu, de l’Institut Hudson, voit lui aussi des signes de soutien étranger. Selon lui, les attaques iraniennes se sont améliorées de façon continue depuis la mi-mars. De plus en plus souvent, des installations radar et des infrastructures militaires sont touchées. « Cela suggère que la République islamique a bénéficié d’une aide extérieure. »

La coopération ne se limite pas aux données de navigation. Dès le début de la guerre, la société chinoise Xiamen Victory Technology a proposé aux dirigeants de l’armée iranienne des moteurs pour les drones Shahed. Peu de temps après, il a été révélé que la Chine avait livré des produits chimiques nécessaires à la fabrication de carburant pour fusées, permettant ainsi la construction de nombreux missiles balistiques.

La coopération militaire entre les deux pays remonte toutefois à bien plus longtemps. Depuis des années, la Chine soutient l’Iran avec des technologies et des composants à double usage, civil et militaire. S’y ajoutent des systèmes de surveillance modernes, ainsi qu’un accord de partenariat stratégique conclu en 2021, d’un volume d’investissement de 400 milliards de dollars sur 25 ans. Selon Christopher Walker, du Center for European Policy Analysis, la Chine a également acheté, malgré les sanctions existantes, d’importantes quantités de pétrole brut iranien et mis en place un vaste réseau de négociants de l’ombre (he).

Source: Zu erst, Aoît 2026. 

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L’écrasante puissance de la bureaucratie

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L’écrasante puissance de la bureaucratie

De l’utopie révolutionnaire, il ne nous reste en héritage toxique qu’un gigantesque appareil fonctionnel

Par Carlos Marín-Blázquez

Source: https://ideas.gaceta.es/el-aplastante-poder-de-la-burocra...

Pour combattre les diverses formes sous lesquelles la peur se manifeste dans la vie de l’homme, notre époque a choisi de les compartimenter. La théorie veut qu’en appliquant une dénomination précise à chaque trouble psychologique, on abrège le chemin vers son traitement. Il en résulte un foisonnement lexical qui, depuis la littérature médicale, descend jusqu’aux couches les plus populaires du langage. Phobies et névroses, à différents degrés et sous diverses formes, deviennent des réalités proches et perdent peu à peu une part de leur aura maudite, à mesure que le commun des mortels les intègre à son bagage.

L’efficacité du thérapeute commence par sa capacité à nommer le mal dont souffre son patient. Tout médecin sait que la première chose qu’attend le malade assis en face de lui, c’est qu’un mot sorte de ses lèvres, qui, tel un sortilège, dissipe l’énigme qui le tourmente. La formulation du diagnostic est essentielle car, outre qu’elle ouvre la voie à une éventuelle intervention pharmacologique, elle donne un visage défini à ce qui, jusque-là, n’était qu’une constellation diffuse de symptômes.

La liste des maux s’allonge à mesure que la réalité se complexifie. Les multiples pressions de l’environnement font qu’il ne reste quasiment plus personne qui, à un moment ou à un autre de sa vie, ait été épargné par les effets déstabilisateurs que les puissances qui façonnent notre monde exercent sur l’esprit. Voilà pourquoi il est surprenant que jusqu’à présent, il n’existe pas de terme médical pour désigner cette sensation paralysante de malaise qui nous a tous bouleversés — et probablement plus d’une fois — alors que nous faisions face à une démarche administrative.

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En effet, la bureaucratie est un pouvoir oppressif. C’est la manière dont une administration dépourvue de sentiments — et de plus en plus souvent de visage — se rapporte à ses administrés. Il s’agit d’un despotisme froid, d’une science de la soumission qui agit en annulant tout lien humain entre les parties. Ses caractéristiques en font la manifestation la plus aboutie des régimes qui, malgré un respect superficiel des formes démocratiques, ont réduit la politique à un exercice distant de rationalisation technocratique.

La bureaucratie s’impose dans les nations qui, après avoir été dépouillées de leur matrice organique, ont été dégradées au rang d’artifice. D’où le fait que sa prolifération se justifie dans la mesure où elle nous rappelle que nous ne sommes plus tant des sujets porteurs de droits politiques inaliénables — si tant est que nous l’ayons jamais été — que des rouages d’une machine à laquelle nous sommes tenus de contribuer.

Les sociétés se fragmentent, les familles se détruisent, les liens communautaires reculent devant l’extension incessante de l’univers des micro-identités, mais la bureaucratie s’impose comme l’élément qui impose un modèle uniformisateur à tous les individus soumis à une même juridiction politique. Il y a des luttes culturelles, des querelles idéologiques, des formes agressives d’activisme social, et malgré cette effervescence apparente, la bureaucratie conserve ses frontières minutieusement délimitées et fait en sorte que la vie soit invivable en dehors du champ délimité par ses règlements.

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Mais d’où vient donc ce pouvoir écrasant ? Où situer le moment historique où ce qui n’était jusque-là qu’un moyen plus ou moins modeste d’organiser la vie commune prend une prétention totalisante ? Des penseurs reconnus soutiennent que son origine est indissociable de la conception de l’homme et de la société qui s’impose en Europe avec la modernité politique. Les théories contractualistes de Hobbes et Rousseau insistent, chacune à sa manière, sur une idée mécaniste de la société, selon laquelle ses membres sont dépouillés de leur statut de personne pour devenir des pièces interchangeables — et, par conséquent, aisément remplaçables — au sein de cet artifice à mi-chemin entre le tyrannique et le bienveillant qu’est l’État.

71kJC3KOAIL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgAvec la Révolution française, ces thèses acquièrent une réalité historique. Les révolutionnaires entreprennent une tâche titanesque: la rupture totale avec le passé, la création d’une nouvelle origine. Comme le souligne Robert Nisbet, leur objectif est double: l’individualisation de la société et la rationalisation de tout. L’intérêt pour la personne est remplacé par la vénération de l’Idée. La politique se pare d’un charisme religieux. Il y a un accent fondateur, une ferveur sacrée dans les manifestes qui servent de préambule aux lois votées par la Convention. Et il y a une intolérance fanatique à l’égard de toute opinion soupçonnée de suggérer une direction différente de la soif d’uniformisation qui anime les actions du Comité de salut public.

Pour la première fois, on légifère non pas en fonction de ce que dicte l’expérience, mais selon un dessein utopique sur le « cours de l’histoire » ou la « nature de l’homme ». « Nos révolutionnaires — note Tocqueville — avaient une inclination particulière pour les généralisations larges, les systèmes législatifs stéréotypés et une symétrie pédante ; le même mépris pour les faits incontestables ; la même passion pour réformer les institutions selon des lignes nouvelles, ingénieuses et originales ; le même désir de reconstruire toute la constitution selon les règles de la logique et d’un système préconçu, au lieu de tenter la correction de ses parties défectueuses. »

30246.jpgLa flamme révolutionnaire prend facilement parce que l’ordre qui la précède est rongé jusque dans ses racines les plus profondes. Dans la mentalité jacobine, il faut démolir la moindre pierre de l’édifice de l’Ancien Régime pour, aussitôt, commencer à édifier sur ses ruines le palais orné de lois émancipatrices que l’homme nouveau est appelé à habiter. Mais pour atteindre ses objectifs, les révolutionnaires ont besoin de la Terreur. Robespierre, l’Incorruptible, déclare : « Si, en temps de paix, la base du gouvernement populaire est la vertu, en temps de révolution, la base du gouvernement populaire est la vertu et la terreur: la vertu sans la terreur est impuissante; la terreur sans la vertu est criminelle. »

Le monde que fait naître la révolution (et qui reste le nôtre) surgit donc de l’instauration d’une symbiose intime avec la peur. Ce qui nous ramène à la thèse formulée en ouverture de cet article: la peur comme l’un des traits distinctifs de notre époque. Une peur désincarnée, que l’on n’éprouve pas envers une personne en particulier, mais plutôt envers un état de choses, envers un pouvoir à la fois diffus et intimidant, aussi abstrait que menaçant, parce que nous pressentons que sa portée ne connaît aucune limite.

Ce n’est pas un hasard si les révolutionnaires français fondent leur domination sur l’anéantissement de toute instance communautaire dans laquelle la personne pourrait trouver refuge. On légifère contre la famille, l’Église et les corporations, contre toute structure d’autorité autre que l’État. La conséquence est que, désormais, la société n’apparaît plus comme un tissu vivant de relations personnelles, mais comme une masse d’individus homogènes, dont l’esprit se plie avec une facilité déconcertante aux schémas idéologiques diffusés par la propagande.

Pour une large part, nous sommes les héritiers de cette immense expérience de réélaboration de la personne. Nous restons fascinés par le mythe de l’égalitarisme dans un monde de plus en plus inégal ; éblouis par l’idéal de liberté dans un environnement soumis à un contrôle toujours plus étouffant ; séduits encore par les douces notes de la fraternité dans un contexte dominé par le calcul du bénéfice individuel et la logique dévorante de l’utilitarisme.

483c45dea2d22a0b3f3e52493b1ad5ab.jpgNos peurs, certes, ont changé de visage. Désormais, on ne dresse plus de guillotines sur les places publiques pour le plaisir et l’effroi des foules, mais de l’utopie révolutionnaire il ne nous reste en héritage toxique qu’un gigantesque appareil fonctionnel qui étend ses filets sur la quasi-totalité de nos vies. Face à ce panorama, nous sommes seuls, effrayés par l’évidence d’un pouvoir pratiquement absolu, écrasés par l’impassibilité glaciale avec laquelle, chaque jour, ses tentacules nous étreignent.

Le rêve révolutionnaire qui devait apporter la liberté s’achève donc dans un délire de lois, de règlements et d’autres moyens de coercition collective qui étranglent la joie de vivre. La mentalité rationaliste-bureaucratique porte au sommet de la pyramide institutionnelle une nouvelle caste de technocrates qui, depuis leurs positions bien rémunérées, dirigent nos vies avec arrogance sans rendre compte des raisons de leurs décisions. Quand ils se trompent, personne n’assume la responsabilité de leurs erreurs et nous devons tous acquiescer avec un doux sourire de consensus. Jusqu’à ce que, comme l’avait prophétisé Tocqueville, « …chaque nation ne soit plus qu’une multitude d’animaux timides et laborieux, dont le gouvernement est le berger ».

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A propos de l'auteur

Carlos Marín-Blázquez (Cieza, 1969). Il est professeur de littérature, écrivain et chroniqueur. Il a publié à ce jour deux recueils d’aphorismes (Fragmentos et Contramundo), un volume de récits (El equilibrio de las cosas) et une compilation d’articles (Una escala humana). Son dernier livre s’intitule Arraigo, un essai publié par CEU Ediciones et qui a obtenu un accessit lors de la deuxième édition du prix Sapientia Cordis. Ses chroniques paraissent régulièrement dans divers médias numériques.

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Pacte de La Mecque: un nouvel axe de puissance voit le jour

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Pacte de La Mecque: un nouvel axe de puissance voit le jour

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Le 7 août, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont conclu à La Mecque un pacte de défense qui pourrait profondément bouleverser l’ordre sécuritaire du Moyen-Orient. La formule est la suivante: une attaque armée contre l’un des trois États est considérée comme une attaque contre tous. La logique politique rappelle l’article 5 de l’OTAN – même si, pour l’instant, aucune obligation concrète d’assistance militaire n’a été rendue publique.

Ce qui importe, ce n’est d’ailleurs pas tant le texte du traité que la combinaison de ces trois États.

L’Arabie saoudite apporte le capital, l’énergie et une profondeur stratégique sur le Golfe. La Turquie dispose de la deuxième armée de l’OTAN, de l’expérience du combat et d’une industrie de défense en forte croissance – drones, missiles, guerre électronique, défense aérienne et construction navale. Le Pakistan, quant à lui, possède une grande armée et, en tant que seul État musulman, l’arme nucléaire.

C’est pourquoi le terme de « pacte nucléaire » serait trop exagéré d’un point de vue formel. Riyad nie expressément toute dimension nucléaire, et Islamabad a lui aussi jusqu’à présent refusé d’étendre son parapluie atomique. Mais l’ombre nucléaire du Pakistan est bel et bien présente à la table géopolitique. La dissuasion ne dépend pas seulement de ce qui est explicitement formulé dans un traité, mais aussi des capacités qui le soutiennent.

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Le changement le plus immédiat concerne l’Iran. Depuis les attaques américano-israéliennes contre l’Iran fin février, l’Arabie saoudite et d’autres États du Golfe sont eux-mêmes touchés par des attaques iraniennes et par l’escalade autour des voies maritimes régionales. Riyad recherche donc une garantie supplémentaire. La logique d’escalade iranienne envers les monarchies du Golfe devient nettement plus complexe dès lors que derrière l’Arabie saoudite se tiennent Ankara et Islamabad.

Israël aussi doit revoir ses calculs. Le Pakistan n’entretient aucune relation diplomatique avec Israël, les relations entre Ankara et Israël sont fortement dégradées, et l’Arabie saoudite cherche manifestement à élargir sa marge de manœuvre sécuritaire. Le pacte ne vise officiellement aucun État en particulier. C’est précisément cette ouverture qui le rend stratégiquement intéressant: il produit une dissuasion vis-à-vis de l’Iran et limite en même temps la marge de manœuvre de la puissance militaire israélienne.

Pour l’Inde, le conflit traditionnel avec le Pakistan prend une dimension supplémentaire. Le capital saoudien et la technologie militaire turque pourraient accélérer de manière significative la modernisation de la défense antiaérienne pakistanaise, des drones, missiles et systèmes électroniques. Il n’y a même pas besoin de situation de guerre pour cela.

Moscou, lui aussi, observera de près. La Russie entretient des relations avec ces trois pays. Parallèlement, le capital saoudien pourrait accélérer l’expansion militaro-industrielle de la Turquie – et ainsi accroître le poids d’Ankara partout où les intérêts russes et turcs se croisent déjà: dans le Caucase, en Asie centrale et au-delà.

L’enjeu historique est donc plus profond. Ici se dessine la silhouette d’une architecture sécuritaire musulmane autonome: l’argent de Riyad, l’industrie de défense et la portée militaire d’Ankara, les forces armées et la capacité de dissuasion nucléaire d’Islamabad.

Et ce message s’adresse aussi à Washington. Les puissances régionales commencent à organiser davantage leur propre sécurité et à réduire leur dépendance aux garanties américaines.

La Mecque montre la direction que prend le monde: vers des centres de pouvoir concurrents, qui organisent de plus en plus eux-mêmes leurs intérêts, leur armement et leur dissuasion.

#geopolitique@global_affairs_byelena

Ormuz: la bataille du détroit se joue désormais en dollars et en polices d’assurance

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Ormuz: la bataille du détroit se joue désormais en dollars et en polices d’assurance

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

L’affrontement décisif autour du détroit d’Ormuz se déplace. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui peut contrôler militairement le détroit. Il s’agit désormais de savoir qui peut encore autoriser, financer et assurer le commerce qui y transite. C’est précisément ici que la puissance de l'Iran sur la voie maritime et la puissance anglo-américaine sur le système financier s’affrontent directement.

Téhéran exige, selon les modèles actuellement discutés, des droits de passage allant de cinq à sept pour cent de la valeur des marchandises; Oman envisage environ trois pour cent. Parallèlement, un projet de loi est à l’étude au Parlement iranien, qui interdirait le passage aux navires américains, israéliens et autres jugés « hostiles », et sanctionnerait les infractions par des amendes pouvant aller jusqu’à 20% de la valeur de la cargaison. Cette loi n’a pas encore été adoptée, et le régime définitif pour le détroit d’Ormuz n’est pas encore fixé.

Mais même un accord politique sur le passage ne résout pas le problème de fond. Un armateur qui paie une autorité iranienne peut se retrouver en conflit avec les sanctions américaines. En même temps, la Lloyd’s Market Association a créé une nouvelle clause-type, selon laquelle la couverture d’assurance peut être annulée en cas de droits de transit, si cette clause figure dans la police. Le capitaine pourrait donc être autorisé à passer, tandis que la banque, l’assureur et la législation sur les sanctions pourraient immobiliser le navire sur le plan économique.

Cela débouche sur une épreuve de force remarquable: l’Iran contrôle la géographie. Washington contrôle l’accès à l’infrastructure du dollar. Londres dispose d’un levier central sur le marché mondial de l’assurance maritime. Pour l’armateur, cela crée un triangle absurde. Il peut refuser les conditions iraniennes et prendre un risque de sécurité considérable. Ou il paie, et risque des sanctions, le gel de ses avoirs ou la perte de son assurabilité.

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La réalité de ce risque se reflète déjà dans les mouvements des navires. Le 5 août, selon Kpler, seuls deux navires ont franchi le détroit d’Ormuz; la veille, ils étaient huit. Avant le début de la guerre, le 28 février, ce chiffre était habituellement de 130 à 140 par jour. Au Bab el-Mandeb, le trafic est passé le même jour de vingt navires à un seul. Les Houthis ont également revendiqué des attaques contre deux pétroliers saoudiens près de Yanbu et dans le golfe d’Aden; l’Arabie saoudite n’a pas confirmé ces frappes. Pour le marché, la simple possibilité crédible d’une attaque suffit désormais. Les armateurs n’ont pas besoin d’attendre qu’un pétrolier soit coulé pour modifier leurs routes.

C’est stratégiquement beaucoup plus dangereux qu’un simple blocus. Ormuz et Bab el-Mandeb sont deux charnières de l’approvisionnement énergétique entre le golfe Persique, l’océan Indien, la mer Rouge et la Méditerranée. Si les deux ne fonctionnent plus qu’avec un risque accru, une guerre régionale se mue en problème de transport mondial. Le Brent est repassé au-dessus de 83 dollars le 7 août. Et c’est là que commence la phase vraiment intéressante.

Un règlement durable pour Ormuz nécessite soit un système de paiement compatible avec les sanctions, soit une architecture d’assurance couvrant de tels passages, soit un renoncement iranien aux droits de passage. À défaut, une forte incitation apparaît qui vise à créer des structures alternatives de paiement, d’assurance et de commerce en dehors du système occidental existant.

C’est précisément là que réside le risque à long terme pour Washington et Londres. Les sanctions fonctionnent tant que presque tout le monde a besoin d’accéder au même espace financier et assurantiel. Mais si elles deviennent si étendues que même des voies négociées politiquement deviennent quasi inutilisables sur le plan économique, l’incitation à mettre en place des systèmes parallèles ne cesse de croître.

Pour l’Allemagne, cela signifie à son tour: coûts énergétiques, de fret et d’assurance plus élevés pourraient se répercuter ici, alors que Berlin ne contrôle ni Ormuz, ni la politique de sanctions de Washington, ni le marché de l’assurance à Londres. Les coûts et risques sont internationalisés, mais les leviers décisifs demeurent ailleurs.

Ormuz est donc plus qu’un simple détroit. C’est ici que se décide si, dans le commerce mondial à venir, le contrôle de la voie maritime s'avèrera le plus puissant – ou bien le contrôle de l’argent avec lequel son passage est payé et assuré.

Et si ces deux ordres de puissance n’admettent plus aucun compromis, il n’en résultera pas le retour à un ancien ordre, mais l’émergence d’un second.

#geopolitique@global_affairs_byelena

 

samedi, 08 août 2026

Douguine, Mamleev, le dard métaphysique et la prison atlantique

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Douguine, Mamleev, le dard métaphysique et la prison atlantique

Diego Cinquegrana

Source: https://www.facebook.com/CantiereMultipolare

Le quotidien iranien Hamshahri a publié treize portraits de « déments occidentaux » désignés comme responsables de la mort d’Ali Khamenei. Trump et Netanyahou arborent une cible sur le front; Giorgia Meloni et les autres apparaissent en combinaison orange de détenus. C’est une propagande menaçante, mais parfois la propagande trébuche sur des vérités transversales: l’Italie porte vraiment l’uniforme carcéral, car elle est enfermée dans le bloc atlantique.

Ce n’est pas la caricature iranienne qui a placé Meloni aux côtés de Trump. C’est la préfecture atlantique installée à Rome qui a choisi cette place: en félicitant Washington pour le mémorandum avec Téhéran, en répétant la formule selon laquelle l’Iran ne doit pas posséder l’arme nucléaire et selon laquelle la navigation dans le détroit d’Ormuz doit être garantie, puis en déclarant être prête à « faire sa part » dans le cadre atlantique. Pas un mot sur la nécessité pour l’Italie de définir elle-même ce que doit être cette part, quel intérêt national elle défend, quel prix elle est prête à payer et quelle limite elle n’autorisera pas à être franchie.

L’image de la détenue est insultante. Mais la condition qu’elle photographie l’est encore plus.

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Pour la comprendre, toutefois, il faut traverser la surface, atteindre le point où la caricature coïncide involontairement avec la vérité politique d’une nation réduite au rang de servante de la périphérie. C’est précisément ce geste que Douguine reconnaissait dans les écrits du premier Mamleev : non pas commenter le réel, mais le percer jusqu’à en faire s’effondrer l’armature.

« Le premier Mamleev était armé d’un dard métaphysique : il pénétrait le cœur de l’homme, en atteignait l’essence et y renversait tout. »

Son toucher, poursuit Douguine, était inimitable: le monde entier s’effondrait. Mamleev arrachait au lecteur la faculté de retourner innocemment au mensonge tout juste reconnu. Après cette piqûre, la normalité ne pouvait plus se reconstituer: elle restait visible comme construction, anesthésie et tromperie.

C’est précisément ce dard qui manque à l’Europe d’aujourd’hui. Tout lui arrive sous les yeux, mais rien ne parvient plus à la blesser.

Au sommet d’Ankara, l’OTAN a engagé des milliards d’euros dans l’équipement, l’assistance et la formation militaire pour l’Ukraine et plus de cinquante milliards de nouveaux achats militaires, des investissements dans la capacité de frappe en profondeur, les systèmes sans équipage et la chaîne logistique de l’Alliance ont été annoncés. Nous assistons à la constitution d’une économie européenne de guerre durable: budgets, industrie, énergie, infrastructures et recherche sont progressivement subordonnés à la longue mobilisation atlantique.

Le Léviathan ploutocratique n’exige plus seulement l’obéissance politique. Il exige la totalité de la physiologie des nations: l’argent, les ports, l’industrie, les données, la perception de l’ennemi. D’abord il construit la machine ; puis il convainc les peuples que la machine les protège. Enfin, il présente toute tentative de s’y soustraire comme folie, extrémisme ou trahison.

Mais la folie est déjà au cœur du système.

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Dans le Golfe, les États-Unis ont frappé environ cent quarante cibles iraniennes après l’attaque contre un navire commercial dans le détroit d’Ormuz. Téhéran a riposté contre des installations et territoires de pays hébergeant des forces américaines. La dissémination des infrastructures militaires américaines transforme chaque pays de la région en cible et chaque crise locale en guerre internationale.

Washington revendique le droit de frapper à des milliers de kilomètres de ses frontières et nomme ce droit « liberté de navigation ». Lorsqu’une puissance adverse répond, la même structure linguistique la définit comme irrationnelle. L’ordre unipolaire est une schizophrénie dotée de porte-avions : il proclame universelle sa propre force et criminelle toute force qu’il ne contrôle pas.

Pendant ce temps, au Liban, le cessez-le-feu continue d’être violé par les drones. Le 8 juillet, une attaque israélienne près d’un hôpital à Nabatieh al-Fawqa a tué deux personnes. La trêve survit dans les communiqués tandis que les corps continuent de tomber.

« Le monde n’a pas de fondement rationnel ; le monde est pure folie », écrivait Ghejdar Džemal’ (photo) après une rencontre avec Mamleev. Mais la contemporanéité y ajoute une précision: la folie est organisée. Elle possède des agences de notation et des conférences de presse.

Elle bombarde méthodiquement et appauvrit selon le budget.

Palantir est l’un des serpents les plus venimeux dans la chevelure de la Méduse ploutocratique. Le 9 juillet, la Commission santé de la Chambre des communes britannique a demandé au gouvernement de se préparer à abandonner la plateforme fédérée construite par l’entreprise pour le service national de santé, en activant la clause de résiliation prévue pour février 2027. La Commission a souligné la défiance du public, les doutes sur la sécurité des données et l’impossibilité d’attribuer avec certitude à la plateforme les améliorations revendiquées. Le contrat n’a pas encore été annulé : pour l’instant, on n’a fait qu’indiquer la porte de sortie.

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Palantir est le modèle : la vie sociale est traduite en flux de données ; les données sont concentrées dans des infrastructures propriétaires ; l’infrastructure devient capacité de prévision et de commandement. Le patient est une particule d’information dans un appareil qui n’appartient pas à la communauté qui l’alimente. La privatisation atteint ainsi son stade terminal : elle ne vend plus seulement les services publics, mais elle exproprie le savoir produit par l’existence collective.

Douguine écrit que le second Mamleev, revenu d’Occident, lui est apparu différent : plus accessible, plus doux, désormais privé de son ancienne toxicité.

« Mamleev avait cessé d’être métaphysiquement toxique. »

C’est ce que l’Occident fait aux civilisations : il les désarme intérieurement. Il en conserve les noms, les monuments et les drapeaux, mais en arrache le dard. Il laisse l’Italie célébrer Rome tant qu’elle ne prétend plus être un sujet politique. Il lui concède la mémoire de l’Empire, à condition qu’elle accepte la fonction d’arrière-garde. Il lui permet de prononcer le mot « Patrie », à condition que la Patrie ne décide de rien.

L’Italie d’aujourd’hui est la décharge de l’Occident. Elle est gouvernée par des figurants stériles et impuissants, qui pillent l’histoire pour travestir en grandeur leur misère politique irrémédiable. Une droite qui ne rompt pas la subordination atlantique n’est que du libéralisme en uniforme. Une gauche technocratique qui qualifie de « progrès » la cession des données, des infrastructures et de la capacité décisionnelle de l’État aux oligarques numériques n’est pas de l’émancipation : c’est de la ploutocratie informatisée, consacrée par le lexique des droits.

La combinaison orange attribuée à Meloni est donc un miroir involontaire. Le problème n’est pas que l’Iran nous ait représentés comme des prisonniers. Le problème est que notre classe dirigeante œuvre chaque jour à rendre cette représentation plausible.

« Mamleev est l’exemple de la possibilité de l’impossible. »

Si l’impossible peut advenir, l’impossible politique de l’Italie doit être ceci: cesser de se comporter en province et recommencer à se penser comme un État. Subordonner toute alliance à l’intérêt national ; refuser l’implication dans les guerres d’expansion du Léviathan ploutocratique ; soustraire les données stratégiques et sanitaires aux plateformes étrangères, hostiles et indésirables ; rouvrir des canaux autonomes avec tous les pôles du monde ; reconstruire une politique méditerranéenne qui ne soit pas dictée par Washington, Londres, Bruxelles ou Tel-Aviv.

Il faut trancher l’appareil économique, culturel et technologique. Les grands gestionnaires de patrimoine étrangers — BlackRock et consorts — doivent être expulsés des secteurs stratégiques et privés de toute capacité d’influencer le crédit, l’énergie, les infrastructures, l’information et l’épargne nationale. Banques, assurances, grandes entreprises et concessionnaires doivent être soumis à une enquête permanente sur leur utilité publique : quiconque accumule du profit en détruisant le travail, le territoire et la communauté doit perdre licences, concessions et accès aux biens de la nation.

Les positions monopolistiques des multinationales étrangères doivent être démantelées ; les services essentiels, les données et les réseaux rendus à l’État ; les plateformes qui transforment le travail en servitude algorithmique doivent être expulsées ou subordonnées sans exception à la loi nationale.

L’école doit cesser d’être le dortoir idéologique de la décadence : enseignants incapables, propagandistes et bureaucrates doivent être écartés selon des critères rigoureux de compétence et de responsabilité, tandis que les jeunes doivent être ramenés à la discipline, à l’étude, au travail, à la formation physique et au service de la communauté.

La presse financée, dirigée ou protégée par des intérêts étrangers doit être privée de ses privilèges et obligée de déclarer publiquement sa propriété, ses financements et ses dépendances.

L’industrie pornographique, la marchandisation des corps et les machines numériques de l’assuétude doivent être interdites et démantelées en tant que formes de dévastation sociale.

Tabula rasa contre tout pouvoir criminel qui a prospéré sur la faiblesse du peuple.

- La première révolution consiste à refuser l’uniforme du détenu.

- La seconde à reconstruire l’État capable de nous l’arracher.

Diego Cinquegrana

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Bolloré se rebiffera-t-il ?

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Bolloré se rebiffera-t-il ?

par Georges Feltin-Tracol 

Vincent Bolloré et son ensemble médiatique riposteront-ils aux derniers outrages de l’actuel gouvernement hexagonal ? Deux manigances récentes montrent que le régime macronien franchit un palier supplémentaire dans l’abjection. Le mercredi 29 juillet 2026, l’ARCOM, cette instance de censure oppressive et véritable sangsue pour les contribuables français, inflige à CNews une amende de 200.000 euros. Pourquoi? L’instance vise des appréciations tenues en direct sur les violences survenues après la victoire du PSG en Ligue des champions d’Europe. Elle estime que les propos diffusés à l’antenne sont de nature à « inciter à la haine et à encourager des comportements discriminatoires » ainsi qu’à « susciter des sentiments de peur et de rejet ». Cacher la réalité est le credo de ce parasite administratif.

Après l’amende donnée à la même chaîne d’information en continu à propos des commentaires sur l’assassinat de Thomas Perotto à Crépol, commentaires confirmés par la justice qui infirme de fait l’organisme-censeur, voilà l’ARCOM qui travestit encore une fois les faits! Ce parti-pris des Fouquier-Tinville de l’audiovisuel est plus que jamais insupportable pendant que les chaînes publiques se vautrent dans une approche partiale et biaisée de l’actualité sans pâtir de la moindre réprimande pécuniaire.

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Il est possible que le temps de CNews soit désormais compté. Certes, cette chaîne mérite de nombreuses critiques. Sa couverture des événements en Orient et de la personne de Nicolas Sarközy dont la présidence entre 2007 et 2012 fut si calamiteuse qu’elle conduisit à l’élection de « Flamby » Hollande constitue de puissants griefs qui expliquent en partie la chute d’audience observée en début d’année 2026. Par ailleurs, CNews est loin d’être une chaîne dissidente, sinon elle interrogerait depuis son exil russe Alain Soral et inviterait en plateau Jérôme Bourbon de Rivarol, Yvan Benedetti, porte-parole des Nationalistes, ou Thomas Joly, le président du Parti de la France. Dommage !

front-medium-2146426536.jpgPlus grave est cependant le second coup porté ce même jour. Le gouvernement hexagonal qui s’ennuie pendant cette période estivale faste (les méga-incendies qui ravagent le pays ne sont que quelques péripéties vénielles) a ordonné l’expulsion du territoire de la journaliste Xenia Fedorova (photo). Pour une fois, les plumitifs de Libération, l’éditorialiste de l’édition du 31 juillet 2026 du Monde, acmé de la désinformation permanente depuis cinquante ans, et les Trissotin d’Arte Info se félicitent enfin d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) !

Dans l’attente de son expulsion, car son avocat a déposé un recours devant la justice et ayant perdu le droit de travailler en France, Xenia Fedorova est assignée à résidence chez elle à Paris et doit pointer tous les jours au commissariat. En outre, le vendredi 31 juillet, les ministères de l’Intérieur et de l’Économie ont gelé pour une durée de six mois renouvelable tous ses avoirs financiers. Cela signifie qu’il est dorénavant interdit à la journaliste installée en France depuis plus d’une décennie de retirer, de dépenser et de vendre ses biens. Son compte en banque est bloqué et tous ses virements suspendus.

À l’origine, le gel des avoirs concernait la lutte contre le terrorisme, le blanchiment d’argent des milieux criminels et des cas particuliers nominatifs inscrits sur une liste officielle et soumis à des sanctions politiques internationales. À sa dernière réunion, le conseil européen des ministres des Affaires étrangères a reporté à plus tard l’examen de la situation personnelle de la collaboratrice du groupe Canal. Jérôme Barella, le tueur présumé de la petite Lyhanna, n’a jamais bénéficié d’une telle sollicitude. Xenia Fedorova serait-elle donc plus dangereuse que ce sinistre personnage ? Il faut le croire pour le régime macronien. Ce qui arrive d’ailleurs à la journaliste russe préfigure ce que subiront tous les réfractaires français si s’applique tôt ou tard l’ignoble loi préparée par Laurent Nuñez.

79c3c09_ftp-1-kpnlehiccwcq-doc83sdyls8l021e1zsv1ps9.jpgÀ la suite du colonel suisse Jacques Baud (photo) et du Franco-Russe Xavier Moreau proscrits sur une décision unilatérale scandaleuse et non judiciaire de l’Union pseudo-européenne, Xenia Fedorova devient la victime d’une lettre de cachet postmoderniste qui l’entraîne à brève échéance vers une mort sociale.

Les mêmes qui applaudissent ses malheurs s’offusquent pourtant de la décision souveraine de Washington d’interdire de séjour aux États-Unis d’Amérique Thierry Breton, et des sanctions prises à l’encontre de Nicolas Guillou, magistrat français à la CPI (Cour pénale internationale). Ce dernier subit lui aussi le gel de ses avoirs. Il n’a pas le droit de se rendre aux États-Unis. Ses comptes d’abonnements étatsuniens (PayPal, Apple Pay, Amazon, Airbnb, etc.) sont bloqués ainsi que tous les systèmes de paiement tels Visa, Mastercard ou American Express. Il ne peut plus voir les films sur Netflix. Le pauvre !

En revanche, pour l’instant, dans son malheur, Xenia Fedorova ne connaît pas le triste sort d’Anna Novikova et de Vincent Perfetti, animateurs de l’association humanitaire SOS Donbass toujours embastillés dans les geôles infâmes de la République pour des motifs futiles depuis novembre 2025. Y a-t-il la moindre condamnation de la part d’Amnesty International ou de la Ligue internationale des droits de l’homme ? Silence assourdissant de ces officines subventionnées ! La Macronie préfère poursuivre ses opposants politiques plutôt qu’éliminer les dealers, leurs clients et les pédophiles…

Xenia Fedorova se voit accuser de relayer le récit officiel du Kremlin. Étant elle-même Russe qui a travaillé pour des agences étatiques de sa patrie, le contraire aurait surpris. Une prise de position différente de sa part, c’est-à-dire favorable à l’atlantisme belliciste dément, sur le conflit fratricide russo-ukrainien aurait été étonnant. Au chômage à la fermeture honteuse et arbitraire de RT-France, le groupe Canal l’embauche afin de contribuer à des interventions en direct et de présenter d’une émission sur l’Orthodoxie chrétienne.

Le point de vue russe et séparatiste du Donbass ne s’exprime jamais sur les télévisions et radios françaises. On notera aussi que le regard nationaliste ukrainien est lui aussi absent de BFM TV, CNews, LCI et France Info. Aucun journaliste hexagonal n’ose contacter un responsable du Corps national, l’émanation politique du Régiment Azov, ou l’un de ses représentants en France. En revanche, l’écurie de l’infâme BHL monopolise les studios radio-télévisés. Gare donc à toute voix dissonante ! Elle serait aussitôt suspectée de faire le jeu de la Russie. Y compris si parle le Régiment Azov ?

La grasse presse stipendiée évoque à mots couverts des « relations étroites et familières » qu’entretiendrait la journaliste russe avec Vincent Bolloré. Comment l’homme d’affaires qui a accepté en juin 2024 qu’Éric Ciotti s’allie au RN va-t-il réagir à ces deux nouvelles décisions dont l’une l’affecterait directement ? Outre des liens économiques et d’affaires existant entre les compagnies de Bolloré et l’État, la situation n’en est pas moins délicate pour lui. En effet, un procès réclamé par le Parquet national financier – une création socialiste - le frappant commencera du 7 au 17 décembre 2026. Le capitaine d’industrie est poursuivi pour corruption active d’agent public dans l’affaire des contrats portuaires en Guinée et au Togo.

Ses conseils juridiques l’inciteraient sûrement à faire profil bas; à ne pas riposter avec l’inconvénient de paraître faible face à un tribunal prêt à se payer un capitaine d’industrie français. Vincent Bolloré peut aussi réagir avec force comme il l’a déjà fait quand il a licencié le « ponte de l’édition » Olivier Nora. Sachant que la Macronie, la gauche et leurs appendices associatifs le désignent comme l’ennemi à abattre, il aurait tout intérêt à abandonner toute stratégie conciliante et, au contraire, sortir l’artillerie lourde afin de pilonner sans cesse le bilan politique, social, économique, financier, budgétaire et militaire de la décennie perdue 2017–2027.

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Relancer aussi des enquêtes journalistiques minutieuses sur l’affaire de corruption liée à Alstom ou le coup d’État médiatico-judiciaire de 2017: les sondages mettaient en quatrième position Emmanuel Macron loin derrière François Fillon et Marine Le Pen. Passant par Le Journal du Dimanche et JDNews, l’offensive pourrait en outre aborder l’effarante et nébuleuse affaire Brigitte. Bien sûr, Pascal Praud a naguère balayer en quelques mots le sujet. Qu’importe ! Sans même insister sur l’éventuel changement de sexe de la « Première Dame » parce que l’opinion se moque qu’iel soit un homme, une femme, un Reptilien ou un cyborg, les titres de son groupe de presse pourraient insister sur les conditions sévères de la garde à vue de Natacha Rey, sur les récits contradictoires et incohérents de la rencontre de Brigitte et d’Emmanuel, sur les étranges papiers d’identité de Jean-Michel Trogneux présentés au tribunal, sur l’incroyable plainte du couple Macron contre Candace Owens déposée dans un tribunal du Maryland aux États-Unis et sur les frais exorbitants du cabinet d’avocat étatsunien qui les défend. Ce dernier point est important. Qui paie ? Les contribuables français ? L’Élysée le dément. Les Macrons eux-mêmes ? La déclaration de patrimoine du candidat en 2022 faisait part d’une relative modicité. Un tiers ? Qui et pourquoi cette bienveillance ?

imabecbriges.jpgLes journalistes du groupe Bolloré se tourneraient vers Xavier Poussard dont le travail remarquable signale de nombreuses zones d’ombre. La structure médiatique de Vincent Bolloré expliquerait volontiers au public que les contrôles fiscaux servent souvent de moyens de pression politiques, que Xavier Poussard ne peut plus ouvrir de compte bancaire en France et que la Poste ne distribue pas sa lettre d’informations confidentielles.

Oui, en s’ouvrant à la « brigittologie » et en tenant tête au macronisme, Vincent Bolloré et les siens brûleront leurs vaisseaux. Ils engageront une lutte totale contre un pouvoir en place qui a bien l’intention de le rester après mai 2027 par une quelconque entourloupe électorale ou institutionnelle. Vincent Bolloré a son destin et celui de son groupe entre ses mains. S’il se lance dans le rapport de force avec l’Élysée et ses nervis, pourrait-il alors connaître un avenir à la Silvio Berlusconi ?     

GF-T

  • Ajout du 5 août 2026 : Xenia Fedorova se trouvait à l’étranger quand elle a appris son expulsion. Elle a choisi de ne pas rentrer en France et a demandé à son avocat de déposer tous les recours juridiques possibles.
  • « Chronique flibustière », n° 195, d’abord mise en ligne le 4 août 2026 sur Synthèse nationale.

L’Italie votera sur la facture de l’OTAN

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L’Italie votera sur la facture de l’OTAN

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

L’Ukraine pourrait devenir le grand sujet de discorde lors des prochaines élections législatives italiennes. Mais derrière le débat sur de nouvelles livraisons d’armes se cache une question bien plus fondamentale: combien de temps Rome souhaite-t-elle encore suivre une politique étrangère dont l’Italie paie le prix, alors que la direction stratégique est décidée ailleurs ?

Giuseppe Conte a mis cette ligne de fracture en lumière. L’ancien président du Conseil et chef du Mouvement 5 Étoiles a annoncé qu’il ne souhaitait pas soutenir un nouveau paquet d’aide militaire à Kiev. Selon lui, l’Ukraine est désormais suffisamment armée; l’Italie doit faire pression pour que des négociations commencent. Le camp de centre-gauche devrait décider de sa future orientation dans le cadre de ses primaires.

La réaction du Parti démocrate n’a pas tardé. Sa secrétaire, Elly Schlein, refuse de laisser l’orientation fondamentale de la politique étrangère d’une éventuelle coalition gouvernementale aux primaires. L’objection est compréhensible – et aussi révélatrice: il est possible de voter sur les personnes. Sur l’ancrage de l’Italie dans la ligne euro-atlantique, beaucoup moins.

Conte n’occupe pas pour autant une position marginale. Fin 2025, 53% des Italiens s’étaient prononcés en faveur d’une fin diplomatique à la guerre, même si la Russie conservait le contrôle sur des territoires occupés. Seuls 20% souhaitaient soutenir l’Ukraine jusqu’à une victoire militaire.

image1786209237.jpgLe malaise italien s’étend également jusque dans les rangs de la droite. Giorgia Meloni maintient la ligne atlantiste, tandis que la Lega prend ses distances au sujet de nouvelles livraisons d’armes et de l’augmentation des dépenses militaires. Avec le nouveau parti de Roberto Vannacci, Futuro Nazionale, qui rivalise déjà dans les sondages avec la Lega et Forza Italia, un nouvel acteur émerge à droite de Meloni, remettant fondamentalement en cause la soumission traditionnelle de la politique étrangère italienne.

La méthode de Meloni fonctionne pour l’instant: à Washington et à Bruxelles, elle présente l’Italie comme un partenaire fiable. Dans le même temps, elle permet à ses partenaires de coalition de simuler une opposition pour leur électorat national. Rome répond aux attentes stratégiques de l’OTAN, tandis que la Lega et d’autres forces canalisent politiquement le mécontentement populaire.

Mais ce double jeu atteint ses limites financières.

Les États membres de l’OTAN se sont engagés à porter, d’ici 2035, leurs dépenses de défense et de sécurité à 5% du PIB: 3,5% pour la défense classique, 1,5% pour l’infrastructure, la résilience et d’autres domaines liés à la sécurité. L’Italie a accepté cet objectif.

Pour un État fortement endetté, ce n’est pas une simple décision technique dans l'établissement du budget. C’est un choix politique qui porte sur plusieurs centaines de milliards d’euros, qui ne seront plus disponibles pour d’autres besoins ou devront être financés par de nouvelles dettes. Meloni assure que cette hausse ne se fera ni au détriment des dépenses sociales, ni au prix de nouvelles charges. La façon dont cette équation sera résolue reste floue.

Voilà où se situe la véritable fracture italienne. Elle ne passe ni entre la gauche et la droite, ni entre les forces prétendument « pro-russes » ou « pro-ukrainiennes ». D’un côté, ceux qui définissent la place internationale de l’Italie par une fidélité maximale aux alliances. De l’autre, des partis qui, au moins de temps à autre, se demandent quel prix l’Italie paie pour cette fidélité – et quelle influence politique elle obtient en retour.

L’Ukraine n’est que le symbole visible. Le conflit plus profond concerne la souveraineté de l’Italie, son budget, et sa capacité à encore formuler de façon autonome ses intérêts nationaux face à Washington, Bruxelles et l’OTAN.

Lors des prochaines élections, l’Italie décidera donc moins du sort de Kiev que de savoir qui paiera la facture de l’OTAN – et qui aura le courage de la refuser.

#geopolitique@global_affairs_byelena