lundi, 13 avril 2026
Implacable technocratie proche-orientale

Implacable technocratie proche-orientale
par Georges Feltin-Tracol
Pour bien des personnes, le mot «technocratie» est un synonyme de «bureaucratie». Un technocrate ne serait qu’un expert fonctionnaire docile qui pond directives, décrets, règlements et normes afin de meubler une journée vide en labeur… Il s’agit hélas d’une confusion sémantique facile, car « technocratie » porte aussi une autre signification. En se penchant sur l’étymologie, il faut la comprendre comme pouvoir de la technique. Technique dans son acception heideggérienne? Pas du tout! L’élasticité de ce dernier terme le définit en recours politique décisif des moyens techniques d’information et de communication à l’ère liquide de la Modernité tardive. En clair, l’État emploie l’informatique, Internet et la cybernétique à ses propres fins.
Le politologue et juriste français, Maurice Duverger (1917–2014), a aussi mentionné dans ses travaux la « techno-démocratie », soit le système politique démocratique formel où techniciens et spécialistes administratifs côtoient les représentants élus des citoyens dans l’exercice du pouvoir. C’est le cas des régimes occidentaux libéraux qui procèdent in fine d’« États profonds » tentaculaires. Dès les années 1970, la Commission Trilatérale, Zbigniew Brzezinski en tête, parlait dans ses documents officiels de « technétronique », c’est-à-dire la complémentarité obtenue entre la technologie et l’électronique, l’ancêtre immédiat de l’informatique et du numérique.
Dans ce domaine peu connu, force est de constater qu’en pleine actualité brûlante, l’État d’Israël est sans aucune contestation possible une puissance technocratique et/ou technétronique de premier plan. Il s’en vante d’ailleurs, en particulier en matière sportive. Les amoureux de la « petite reine » savent qu’aux différentes compétitions cyclistes participe une équipe qui soulève la controverse. À la fois israélienne et suisse, Israel Start-Up Nation Team, naguère appelée Israel Premier Tech, est un groupe professionnel cycliste financé par un milliardaire israélo-canadien, Sylvan Adams, intime de Benjamin Nétanyahou.
La présence de cette équipe au Tour d’Espagne 2025 a déclenché l’indignation et la colère des Espagnols pro-palestiniens qui interrompirent certaines étapes dont la dernière par des manifestations et des blocages virulents. De gré ou de force, Israel Start-Up Nation Team œuvre en agent d’influence culturelle du régime de Tel-Aviv qui excelle dans les arcanes d’Internet.

La guerre se déploie désormais sur sept cadres opérationnels tactiques précis : terre, mer, air, espace sous-marin, domaine sidéral, médiasphère et univers numérique. Les Israéliens y sont en pointe, car ils n’ont jamais admis leur échec partiel face au Hezbollah libanais lors de la guerre de 2006. Fondé sur le principe de la nation armée qui mobilise la population et ses ressources, l’État d’Israël parie beaucoup sur les nouvelles techniques informatiques, y compris dans la vie privée.
Sait-on que le paiement en espèces y est presque proscrit? Une loi de 2018 entrée en vigueur au 1er janvier 2019 en restreint l’usage. L’interconnexion est totale, ce qui devient un grave problème éthique. Sans cesse sur le qui-vive, d’où une hypertrophie sécuritaire obsessionnelle, les autorités israéliennes pratiquent une transparence intrusive envers leurs compatriotes qui n’ont plus qu’une vie privée virtuelle…
La performance technocratique de l’État hébreu se vérifie aussi dans ses opérations de subversion et d’assassinats ciblés. Puissance nucléaire qui ne le confirme pas afin de ne pas provoquer une course à l’armement régionale déstabilisatrice avec l’Arabie Saoudite, la Turquie, voire l’Égypte, Israël écarte toute impatience dans ses projets et mise sur la longue durée. On se souvient de l’incroyable et minutieuse opération des bipeurs et talkies-walkies piégés acquis par de nombreux cadres du Hezbollah, les 17 et 18 septembre 2024. Il a fallu concevoir au préalable un projet complexe, capable d’atteindre le but recherché.
Les assassinats de Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, le 27 septembre 2024, et du Guide suprême iranien Ali Khamenei, le 28 février 2026, démontrent que le renseignement israélien concilie le terrain (l’information humaine) et l’examen des flux électroniques. Des commentateurs occidentaux évoquent le piratage du réseau de caméras d’observation routière des axes de communication de Téhéran. Le renseignement israélien organiserait ainsi la filature à distance des dignitaires iraniens ! En outre, des micros d’espionnage et de géolocalisation auraient été posés dans le plombage dentaire de plusieurs responsables de la République islamique d’Iran et des Gardiens de la Révolution. Si ce fait ne relève pas de la désinformation sciemment diffusée, ce serait un acte fort audacieux qui impliquerait une connivence logistique sophistiquée étroite et prouverait l’existence manifeste d’une « cinquième colonne » traîtresse. Pour diverses raisons (politiques, personnelles ou vénales), des membres des entourages concernés serviraient Tel-Aviv. Les journalistes ont rapporté que des photographies de la dépouille sans vie du Guide suprême auraient été transmises, authentifiées et vues par les gouvernements israélien et étatsunien. Intoxication médiatique ou réel savoir-faire?

En dehors de la guerre secrète, Israël accroît son emprise sur la technique. Certes, ses «Dôme de fer», «Fronde de David» et Arrow 3, trois systèmes de défense aérienne contre les missiles balistiques, montrent parfois d’indéniables fragilités, surtout face aux missiles à sous-munitions. Toutefois, l’aviation militaire israélienne s’assure de la suprématie de l’espace aérien iranien alors que les deux belligérants ne sont pas voisins. La Palestine occupée, la Jordanie, la Syrie et l’Irak les séparent ! La superficie de l’Iran (1.648.195 km²) représente près de quatre-vingt fois le territoire officiel d’Israël (20.770 km²). Mais cet effort de guerre si intense peut-il durer très longtemps? Lieu propice d’une Silicon Valley hébraïque malgré le départ des cadres pour l’étranger ou le front, Israël ne dispose pas d’une solide industrie d’armement capable de soutenir la demande croissante en munitions, ses alliés occidentaux non plus… Israël pense néanmoins aux guerres du futur et investit ce créneau à travers des entreprises dynamiques dont XTEND (illustration), qui conçoit des systèmes d’exploitation permettant le pilotage immersif et coordonné de drones et de robots assistés par l’intelligence artificielle. L’armée israélienne s’en sert dès à présent.

Le conflit post-moderniste de la coalition Washington–Tel-Aviv contre l’Iran et ses mandataires régionaux témoigne de l’utilisation de la technique la plus avancée par un état d’esprit tribal. Dans son recueil d’essais, Interpellations. Questionnements métapolitiques (Dualpha, 2004), le président du GRECE de 1987 à 1991, Jacques Marlaud, rappelle que «le nationalisme est une idée juive». Le gouvernement israélien profite des circonstances pour réaliser son dessein mortifère de «Grand Israël». Il s’empare du Liban méridional où vivent toujours des chrétiens, et dénie toute légitimité au peuple palestinien.
Dans une tribune intitulée «Israël contre les juifs» parue dans Le Monde du 9 août 2018, la sociologue franco-israélienne des sentiments et de la culture Eva Illouz prévenait déjà que « Nétanyahou a une vision que l’on pourrait qualifier de schmittienne: créer un bloc politique qui lutterait contre l’ordre international libéral, avoir les mains libres pour annexer les territoires occupés, réaffirmer l’identité nationale et religieuse des Israéliens, et désigner des ennemis là où il devrait mener une diplomatie».

L’agression contre l’Iran accélère les visées de Nétanyahou, à savoir consacrer Israël en super-puissance régionale de la Méditerranée jusqu’à l’Asie Centrale. Nétanyahou n’est pas pour rien le fils cadet de Bension Mileikowsky, le secrétaire particulier du théoricien du sionisme révisionniste, Vladimir Zeev Jabotinsky (1880 – 1940), «notre Mussolini» selon David Ben Gourion lui-même. L’actuelle technocratie israélienne échafaude ainsi une redoutable «Muraille d’Acier» séparant les Juifs des non-juifs. Elle cherche enfin à fragmenter la région, y compris l’Iran et l’Irak, sur des bases ethniques et religieuses. Au-delà d’une zone tampon inhabitée au Sud-Liban, Tel-Aviv soutient en Syrie la cause druze contre le nouveau régime islamiste proche d’Ankara. Seuls les Druzes d’Israël effectuent leur service militaire au contraire des autres minorités religieuses - dont les juifs ultra-orthodoxes -, qui détiennent pourtant la citoyenneté israélienne, en sont exemptées.
L’État hébreu ne possède pas de constitution écrite formelle, mais une série de quinze lois fondamentales. La plus récente remonte à 2018; elle proclame Israël «État-nation du peuple juif». Or, entre les Ashkénazes, les Séfarades, les Falasha (juifs d’Éthiopie), les russophones, ou les juifs de Cochin, les Bene Israel et les Baghdadi (trois communautés présentes en Inde), le peuple juif est-il vraiment uni?
Guillaume Erner en doutait dans Charlie Hebdo du 14 août 2018. Pour lui, «Nétanyahou […] accomplit une prophétie: le judaïsme cesse d’être une religion pour devenir une nationalité». Il ne devinait pas la portée métaphysique de cette nouvelle loi fondamentale stato-nationale. Dans son ouvrage, Politique de la guerre. Essai de polémologie tragique (Le Polémarque, 2026), Cédric Milhat remarque que cette mentalité propre à « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur (Charles De Gaulle à sa conférence de presse du 27 novembre 1967)» «puise, finalement, ses racines dans une reconstruction mythifiée d’un lointain passé – que l’on appellera le “nationalisme eschatologique”, dont le sionisme politique de Benjamin Nétanyahou semble être la plus manifeste illustration. Brièvement, ce nationalisme pourrait être défini comme un prétexte collapsologique à tendance paranoïaque fondée sur l’obsession sécuritaire d’Israël, en vue de réaliser politiquement la promesse messianique (se nourrissant lui-même aux plus anciennes sources vétérotestamentaires du judaïsme) d’un grand Eretz, du Nil à l’Euphrate ». Loin d’être le katéchon d’un Occident supposé judéo-chrétien, en fait éclaté, affaibli et divisé, Israël attise par son bellicisme exacerbé l’incontestable réveil des jeunes nations non-européennes dans le reste du monde.
GF-T
- « Chronique flibustière », n° 188, d’abord mise en ligne le 11 avril 2026 sur Synthèse nationale.
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La Hongrie a voté

La Hongrie a voté
Björn Höcke
Source: https://www.facebook.com/Bjoern.Hoecke.AfD
La défaite électorale de Viktor Orbán marque une étape importante – non seulement pour la Hongrie, mais pour l’ensemble de l’ordre politique en Europe. Elle résulte d’un jeu complexe d’interactions économiques, politiques, structurelles et psychologiques, ainsi que d’une influence propagandiste massive venant de l’extérieur. Il ne s’agit pas d’un échec isolé d’un seul politicien.
Quelles sont les causes de ce résultat électoral ?
1. L’économie l’emporte sur la politique. L’inflation, la perte du pouvoir d’achat et la hausse du coût de la vie sont, selon l’expérience, les facteurs déterminants les plus puissants dans le choix électoral. Historiquement, il apparaît constamment que les gouvernements – quelle que soit leur orientation politique – sont sanctionnés en période de tension économique. En ce sens, Viktor Orbán n’a pas été autant victime de sa ligne nationaliste que du fonctionnement classique des cycles démocratiques, stimulés par les cycles économiques.
2. La promesse de prospérité relativise, pour la majorité des électeurs hongrois, un facteur souvent présenté par les patriotes comme décisif: la migration de masse. Alors que ce sujet est aujourd’hui déterminant dans de nombreux pays d’Europe occidentale, il ne joue pas le même rôle en Hongrie, simplement parce que l’expérience réelle des effets négatifs de la migration fait défaut. Les récits politiques déconnectés de la vie quotidienne ont peu de force mobilisatrice.
3. Il ne faut pas sous-estimer le cadre international: Orbán s’est retrouvé face à un champ d’adversaires exceptionnellement large – sur le plan politique, médiatique et institutionnel. La tension entre la souveraineté nationale et les intérêts supranationaux, notamment dans le cadre de l’UE, s’est considérablement accentuée ces dernières années. La Hongrie est devenue de plus en plus le théâtre visible de ce conflit, incarnant la défense ferme de la souveraineté nationale face aux prétentions supranationales de Bruxelles. Une élection dans de telles conditions n’est plus une simple décision purement intérieure.
4. Orbán est l’un des rares politiciens européens à avoir une approche digne d’un homme d’État. Pour permettre à son petit pays d’emprunter un chemin identitaire particulier et, dans les circonstances présentes, d’ouvrir des marges de manœuvre, il a dû chercher de puissants partenaires. La Hongrie entretenait sous Orbán des liens étroits avec Israël. On suppose que l’attaque du groupe Pager contre le Hezbollah en septembre 2024, menée à l’aide d’appareils de communication manipulés en Hongrie, en est une preuve. Alors qu’un rapprochement avec Benjamin Netanyahou était longtemps un atout pour Orbán et sa formation, le Fidesz, il s’est récemment mué en désavantage. La politique de plus en plus religieuse du Premier ministre israélien, ainsi que l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, ont sans doute causé à Orbán des dégâts sur le plan intérieur.

5. Seize années à la tête du gouvernement ont transformé le Fidesz en un parti d’État – dans le sens négatif du terme. Nombre de jeunes Hongrois m’ont parlé d’un népotisme excessif. Cette culture du favoritisme, même si dans la majorité des cas elle s’inscrivait dans un cadre légal, est devenue pour un nombre croissant de Hongrois une véritable source d’agacement. Pour la jeune génération, elle était souvent décisive lors du vote. Non sans raison, l’AfD collabore au Parlement européen avec un parti patriotique hongrois (Mi Hazánk Mozgalom / Mouvement Notre Patrie), qui, pour diverses raisons, est explicitement critique vis-à-vis de Orbán.
6. Le temps lui-même est un acteur politique. Depuis 2010 au pouvoir, Orbán a été l’un des chefs de gouvernement les plus durables d’Europe. Mais une longévité politique entraîne presque inévitablement des effets d’usure. Une tension prolongée, qui serait très productive, ne peut être maintenue indéfiniment par une communauté ou un individu. C’est aussi pour cette raison que les électeurs recherchent cycliquement un changement, dans l’espoir d’impulsions nouvelles – souvent avec une amère déception.
Que signifie la défaite de Viktor Orbán pour nous, patriotes, et pour l’Europe?
À court terme, c’est sans aucun doute un affaiblissement des forces patriotiques en Europe. Avec Orbán, nous perdons une figure nationale symbolique au sein de l’UE, un acteur qui a systématiquement défendu la marge de manœuvre nationale face au centralisme européen, et qui a au moins freiné la grande transformation démographique. Après le changement politique en Pologne et les instabilités dans d’autres pays, la relation de force se déplace encore davantage en faveur de l’establishment anti-national de l’UE. La confrontation avec la Russie pourrait également s’intensifier, ce qui m’inquiète profondément en tant que patriote pacifiste.

Ce qui me donne de l’espoir, c’est que Péter Magyar (photo) n’a pas été élu comme un simple agent de l’UE, mais surtout pour rompre avec l’immobilisme partisan du cercle dirigeant du Fidesz. Magyar a plaidé lors de la campagne en faveur de frontières fortes, n’a pas exclu à court terme une coopération énergétique avec la Russie, et a agit avec légèreté en levant le drapeau hongrois. Il s’est présenté comme un patriote. Reste à voir s’il le sera vraiment. Les doutes sont légitimes. Mais il a tout de même critiqué Orbán pour ne pas avoir suffisamment défendu la minorité hongroise en Slovaquie. Dans ce contexte, il a également appelé à l’abrogation des décrets Beneš. Si Magyar renforçait ces positions, cela pourrait même ouvrir la voie à un débat historique fécond pour toute l’Europe.
Regard vers l’avenir : confiance plutôt que résignation
En tant que patriotes européens, nous pouvons rester optimistes malgré le « choc électoral en Hongrie ». Pour notre programme de renouveau, nous avons besoin d’une longue respiration. Et les éléments porteurs de l’avenir au sein des courants politiques ne disparaissent pas à cause de défaites électorales partisanes — ils se transforment. Le soutien constant aux partis patriotes dans des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche repose sur le fait, qui ne peut être dissimulé même avec le déploiement d'une propagande des plus sophistiquées, que les montagnes de problèmes accumulés — migration, souveraineté, déclin économique — ne peuvent plus être résolus par la classe politique au pouvoir, car l’aveuglement idéologique et l’incapacité technique empêchent un changement de cap fondamental. Le seul problème est que, sans ce changement, tous les pays européens devront d’abord continuer leur descente. Et les dégâts s’amplifient chaque jour vers le bas, la bulle de scories se remplit sans cesse jusqu’à éclater. Les rénovateurs politiques devront à l’avenir accomplir des tâches herculéennes.
Dans cette situation, une pensée d’Albert Camus prend toute son importance: l’alternative fondamentale entre résignation et révolte. Pour nous, patriotes européens, cela ne peut signifier qu’une chose : une recomposition stratégique vaut mieux qu’un recul résigné. Les défaites électorales ne doivent pas forcément signifier une perte de signification, mais peuvent, malgré toutes les déceptions, devenir le point de départ d’une nouvelle orientation. Et plus la voiture s’enlise profondément dans la boue, et cela dans tous les pays, plus le potentiel de renouveau s'avèrera fondamental, prêt à être activé par un esprit pionnier déterminé.
Les élections de Hongrie doivent donc être considérées non pas comme une annulation du projet patriotique de changement, mais comme un indicateur enrichissant la compréhension des phénomènes: les limites de la durée d'une conception particulière de la politique, le pouvoir des réalités économiques — et la dynamique persistante d’une Europe qui doit encore trouver sa propre voie vers l’avenir.
20:10 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, politique, hongrie, europe centrale, europe danubienne, fidesz, viktor orban |
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La grande faille de notre époque: le snobisme du diplôme au lieu de la conscience de classe

La grande faille de notre époque: le snobisme du diplôme au lieu de la conscience de classe
Eric Feremans
Source: https://www.facebook.com/eric.feremans
Pendant longtemps, la politique a été comprise comme une lutte entre le travail et le capital. Les employés votaient à gauche, les détenteurs de capital à droite. Ce schéma a aujourd’hui fondamentalement évolué. La ligne de fracture centrale dans notre société n’est plus principalement économique, mais socioculturelle: elle se situe entre ceux qui sont hautement qualifiés contre ceux qui sont peu qualifiés.
Ce changement explique pourquoi de vastes segments de la population active aux États-Unis ont massivement soutenu Donald Trump. Non pas parce qu’ils sont soudainement devenus capitalistes, mais parce qu’ils ne se sentent plus représentés par la gauche politique qui, historiquement, défendait leurs intérêts.
La première cause réside dans la réalité économique des dernières décennies. La mondialisation et le changement technologique ont fragilisé le travail industriel. Les usines ont disparu, la sécurité aussi. Mais au lieu de répondre fermement à cette désorganisation, la gauche a été de plus en plus associée à un autre programme: celui des classes moyennes urbaines, des thèmes culturels et de la politique identitaire. Pour de nombreux travailleurs, cela a semblé être une rupture.

S’ajoute à cela un profond sentiment d’aliénation culturelle. Les milieux hautement qualifiés dominent les universités, les médias et la politique. Leur langue, leurs valeurs et leurs normes deviennent la norme. Ceux qui n’y correspondent pas ne vivent pas cela comme une neutralité, mais comme une exclusion. Ce qui représente une avancée pour un groupe, est vécu par un autre comme une perte de reconnaissance et de respect.
La politique traduit cela par un déplacement des intérêts vers l’identité. La question « que vais-je gagner ? » n’est plus la question centrale, mais « suis-je encore vu ? ». Trump a parfaitement compris ce mécanisme. Son discours ne proposait pas de solutions économiques cohérentes, mais autre chose: la reconnaissance, des images d’ennemis claires, et la promesse de défier les élites. Cela semblait plus convaincant pour beaucoup que des propositions politiques complexes.

De l’autre côté, se trouvent les hautement qualifiés. Ils profitent en moyenne davantage de l’économie globalisée, travaillent plus souvent dans des secteurs de la connaissance et ont plus confiance dans les institutions. Leurs valeurs sont cosmopolites, leur cadre de référence est international. Ils votent donc plus souvent pour la gauche progressiste ou la droite modérée, et s’opposent à la disruption populiste.
Cette opposition n’est pas un détail, mais le cœur de la politique contemporaine. Le diplôme est devenu une forme d’identité. Il ne détermine pas seulement les chances économiques, mais aussi la vision du monde, les valeurs et les préférences politiques.
La Belgique ne fait pas exception à cette évolution. En Flandre, les groupes moins instruits votent de plus en plus pour des partis qui se positionnent comme anti-establishment et mettent fortement l’accent sur l’immigration et l’identité. Parallèlement, les électeurs hautement qualifiés se tournent vers des partis qui mettent en avant le climat, la coopération internationale et la stabilité institutionnelle.
Pour la gauche traditionnelle, c’est un problème structurel. Elle tente de représenter deux mondes en même temps: d’un côté, la base historique composée d'ouvriers et d’employés, et de l’autre, une nouvelle base urbaine hautement qualifiée. Ces deux groupes ne partagent pas toujours les mêmes priorités. Ce qui est une nécessité morale pour l’un peut être perçu comme une menace par l’autre.
Le résultat est une paralysie politique. La gauche perd en cohérence, tandis que la droite parvient à rassembler diverses frustrations dans une seule narration simple. Ce n’est pas parce que la droite est moins divisée, mais parce qu’elle réagit mieux au sentiment de perte et d’aliénation.
Le véritable défi ne consiste donc pas à répéter les anciens schémas, mais à comprendre cette nouvelle ligne de fracture. Tant que la distinction entre hautement qualifié et peu qualifié sera ignorée, la gauche restera divisée et perdra du terrain. Ceux qui prennent cette réalité au sérieux comprennent que l’avenir de la politique progressiste n’est pas dans plus de discussions internes, mais dans la reconstruction d’un projet sociétal partagé, où reconnaissance, sécurité et solidarité se rejoignent à nouveau.
17:54 Publié dans Actualité, Sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, sociologie, populisme, classe moyenne, classe ouvrière, jet set |
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Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est

Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Le scénario des élections en Roumanie s’est répété à Budapest. La différence est que là-bas, les choses ont été négociées plus simplement, et Viktor Orban a désigné son successeur, avec l’aide des nouvelles forces qui mettent la Hongrie sous tutelle, cette fois, beaucoup plus facilement.
A première vue, nous sommes face à une victoire du « mondialisme » contre le « souverainisme » — Alex Soros a salué le résultat des élections, ce qui, beaucoup le pensent, constitue un signe clair et définitif. En réalité, les choses sont, à coup sûr, beaucoup plus compliquées.
En substance, il s’agit de ce qui suit :
1. La victoire de l’UE contre la tentative des États-Unis de contrôler l’Europe de l’Est par le biais de simulacres de mouvements MAGA.
2. La repositionnement géopolitique de la Russie dans le camp européen, après la pause d’Anchorage. Probablement que, sans la guerre contre l’Iran, que la Russie et la Chine ne peuvent tolérer sur le plan géopolitique, les États-Unis auraient été laissés gagnants, du moins symboliquement, en Hongrie.

3. L’Europe se rouvrira à une coopération énergétique avec la Russie, car Donald Trump cherche des solutions pour bloquer le détroit d’Ormuz. L’Europe n’a pas d’alternative à l’énergie russe, et l’ingérence américaine en Europe de l’Est signifiait bloquer tout lien avec la Russie (l’apparence est que l’UE veut se détacher de la Russie à ce sujet — nous verrons si ce n’est pas plutôt le contraire !).
4. La Russie est, d’une certaine manière, obligée de tenir compte du désir de l’Europe de se libérer de la tutelle américaine, ce qui n’est que dans son intérêt.
5. La Chine a également intérêt à ce que les États-Unis soient écartés symboliquement de l’Europe de l’Est (« la menace » d’envoyer des troupes américaines de l’Ouest vers l’Est est une comédie géopolitique que seul le déclin de la puissance militaire américaine peut engendrer — si l'on tient compte du contexte iranien).
6. L’adhésion de l’Angleterre à ce concert eurasiste et anti-atlantiste constitue la véritable surprise géopolitique mondiale, mais ce n’est pas du tout inexplicable, car… le capital sent mieux que quiconque d’où viendra la prochaine vague de « choc » qui apportera de la prospérité.
7. La relation entre la Russie et la Chine reste plussolide que jamais; la Russie a cherché un équilibre, face au duo UE-Grande-Bretagne, en tentant un rapprochement avec les États-Unis, mais face à l’évidence que la politique américaine ne peut s’adapter au multipolarisme, elle a adopté une position de neutralité, ce qui a permis aux forces «européennes» de conquérir pacifiquement la Hongrie.
8. L’Ukraine sera simplement « intégrée » au même courant européen général, et la guerre avec la Russie sera menée en façade. Le conflit géopolitique majeur s’est déplacé en Iran, tandis que les dernières évolutions dans la zone Taiwan-Chine ne présagent rien de bon pour les États-Unis. D’autant plus qu’Orban… aurait dû perdre !
9. En Hongrie, ce n’est pas l’UE qui a gagné, mais l’alliance entre la Chine, la Russie et l’Europe anti-américaine. C’est-à-dire la même alliance qui résiste aux États-Unis en Iran !
14:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, hongrie, europe, europe centrale, europe danubienne, affaires européennes |
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samedi, 11 avril 2026
Un modèle cognitif indo-européen : voir, penser, dire, faire

Un modèle cognitif indo-européen: voir, penser, dire, faire
par Ivan Allaerts
Les langues indo-européennes offrent un terrain exceptionnel pour observer non seulement des correspondances phonétiques, mais aussi une véritable architecture ancienne de la pensée. À travers quelques racines très anciennes, on peut reconstituer ce qui ressemble moins à un lexique qu’à un modèle implicite de la cognition humaine.
Quatre racines proto-indo-européennes jouent ici un rôle central:
*weid- : voir, percevoir, savoir
*men- : penser, se souvenir
*wekw- : dire, appeler, parler
*werg- : faire, produire, agir
Ces quatre axes ne sont pas seulement linguistiques. Ils dessinent une structure conceptuelle cohérente, qui relie perception, intériorité, langage et action.
1. Voir : du monde perçu au monde connu (*weid-)
La racine *weid- exprime le passage de la perception visuelle à la connaissance. Voir, dans ce système ancien, n’est pas un simple phénomène sensoriel : c’est déjà une forme d’intellection.
On en retrouve les traces dans de nombreuses langues :
grec ancien : οἶδα (oida), “je sais”, issu d’une forme ancienne *woida
latin : videre, “voir”
sanskrit : veda, “savoir”
germanique : wise, wissen, weten “savoir”
Le grec ἰδέα (idéa), “forme vue”, appartient également à cette famille. Le passage de “voir” à “idée” illustre une évolution fondamentale: la perception devient abstraction.
Ainsi, dans ce premier axe, le monde extérieur est capté et transformé en connaissance.

2. Penser : organiser le monde intérieur (*men-)
La deuxième racine, *men-, renvoie à l’activité mentale intérieure : penser, se souvenir, maintenir quelque chose dans l’esprit.
Elle est à l’origine de:
latin mens (esprit), memoria (mémoire)
grec mnēmē (mémoire)
sanskrit manas (esprit), mantra (formule mentale)
anglais mind, allemand Meinung
Ici, la cognition n’est plus tournée vers l’extérieur, mais vers la stabilisation interne de l’expérience. La mémoire devient le support de l’identité et de la continuité mentale.
Ce second axe transforme la perception en structure intérieure durable.
3. Dire: rendre le monde social (*wekw-)
La troisième racine, *wekw-, concerne la parole. Mais dans les sociétés indo-européennes anciennes, parler n’est pas seulement produire des sons: c’est agir sur les autres et sur le monde social.
On la retrouve dans:
latin vox (voix), vocare (appeler)
grec ἔπος (epos), parole, récit
sanskrit vāc, parole sacrée
Dire, c’est appeler, nommer, convoquer. Le langage est donc une forme d’action institutionnelle: il crée du lien, de l’ordre et du sens partagé.
La parole devient ainsi le passage entre pensée individuelle et réalité collective.
4. Faire : transformer le monde (*werg-)
Enfin, la racine *werg- exprime l’action productive: faire, produire, mettre en œuvre.
Elle donne :
grec ἔργον (ergon), œuvre
anglais work, néerlandais werk, allemand Werk
allemand wirken, “produire un effet”
français savant : énergie, ergonomie
Cette racine décrit la transformation effective du monde. Elle relie l’activité humaine à ses résultats concrets, mais aussi à l’idée d’efficacité.

5. Un système cohérent de la cognition humaine
Pris ensemble, ces quatre axes forment un système étonnamment cohérent :
- percevoir le monde (weid-);
- le structurer intérieurement (men-);
- le partager socialement (wekw-);
- le transformer matériellement (werg-);
Ce modèle peut être représenté ainsi :
perception → pensée → parole → action
weid- men- wekw- werg-
6. Une anthropologie implicite
Ce qui frappe dans cette reconstruction, ce n’est pas seulement la régularité linguistique, mais la cohérence anthropologique qu’elle suggère.
Dans cette vision ancienne:
- voir, c’est déjà savoir;
- penser, c’est organiser la mémoire du monde;
- parler, c’est agir socialement;
- faire, c’est inscrire la pensée dans la réalité.
Autrement dit, ces langues anciennes semblent structurer l’expérience humaine en quatre dimensions fondamentales, allant du monde perçu jusqu’au monde transformé.
Conclusion
À travers ces racines, les langues indo-européennes ne livrent pas seulement leur histoire phonétique. Elles révèlent une manière ancienne de découper le réel, où cognition et action forment un continuum.
Ce modèle n’est évidemment pas un système philosophique explicite transmis par une civilisation disparue. Mais il fonctionne comme une structure latente, reconstruite par la linguistique comparative, et qui éclaire d’un jour nouveau la cohérence profonde entre voir, penser, dire et faire.
19:58 Publié dans Langues/Linguistique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : langue indo-européenne, indo-européens, étymologie, linguistique |
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Trump, MAGA et la bataille pour l’avenir politique des États-Unis

Trump, MAGA et la bataille pour l’avenir politique des États-Unis
Par Alexander Douguine
Le couple politique formé par Donald et Melania ressemble de plus en plus à l’intrigue de « House of Cards ». Y compris le fait que Melania préside une séance du Conseil de sécurité de l’ONU, comme cela était prévu dans « House of Cards ». Il y a de nombreuses raisons de remplacer le vieux fou fatigué par une femme belle et sensée. Et de publier les fameux fichiers...
Alex Jones, Candace Owens, Tucker Carlson et Megyn Kelly, ainsi que Thomas Massie et MTG, constituent le noyau de MAGA. Leur rupture avec Trump (et vice versa) n’est ni circonstancielle ni pragmatique, elle est idéologique. Ils incarnent l’essence même de pourquoi Trump a été élu. Ils ont été le quartier général.
Alex Jones, Candace Owens, Tucker Carlson et Megyn Kelly, ainsi que Thomas Massie et MTG, sont le véritable « America First ». En plus de Rand Paul. Ils sont devenus le véritable pouvoir. Ils représentent tout ce que le peuple aimait chez Trump. C’est Trump qui a trahi le peuple. Désormais, il ne compte plus que sur le soutien des sionistes.
Les sionistes (chrétiens ou antichristiques) faisaient partie de MAGA, ils étaient donateurs, sympathisants, spéculateurs, mais ils ne constituaient pas la base. Pas du tout. Aujourd’hui, ils gouvernent les États-Unis. Une minorité puissante qui affiche une audace sans limite. Mais la base n’est plus là. La base s’est éloignée de Trump de façon irréversible.
Si MAGA est mort, il devrait y avoir quelque chose de nouveau. Les pessimistes sont les sionistes sans avenir. L’avenir appartient à d’autres. Et nous voyons maintenant ces autres avec beaucoup plus de clarté.
Une nouvelle administration américaine est en train de se former. Autour du noyau ex-MAGA trahi par Trump. Plus tôt le peuple abandonnera ce vieil homme qui sombre et qui est totalement engagé, plus il aura de chances d’obtenir le billet pour l’avenir. C’est cela la vraie Révolution Conservatrice. Trump n’était qu’une première étape de celle-ci.

Le point essentiel : la déception totale face à Trump et au sionisme déchaîné qui a détruit toute sa crédibilité n’est pas une raison suffisante pour embrasser les libéraux, les démocrates et les mondialistes. Il faut former une nouvelle coalition maintenant, sinon il sera trop tard.
La politique ne peut pas se réduire à un simple spectacle. Il y a une stratégie idéologique et géopolitique derrière. Le spectacle n’est qu’un outil pour promouvoir un certain agenda. Il ne peut pas remplacer la signification. La signification est toujours là. Le sionisme EST une signification. Il faut la nier. Voilà qui est génial. Qui est très bien. Mais, alors, propose la tienne.
Le sionisme aux États-Unis repose sur deux théologies politiques entrelacées :
- La vision suprémaciste du Grand Israël, du Troisième Temple, du Messie volontaire.
- La vision dispensationaliste de l’histoire, de la politique, des États et de l’échiquier de la fin des temps.
Ensemble, ces deux théologies forment un réseau puissant.
Le mondialisme libéral est une autre théologie politique: il prône l'individualisme radical, le fatras « woke », la fin de l’histoire, le Gouvernement Mondial, l'internationalisme, le postmodernisme, l'extermination des vestiges de la société traditionnelle (religion, famille, genre), la migration incontrôlée, le posthumanisme.
La théologie politique libérale et la théologie politique sioniste forment ensemble les deux piliers de l’État Profond ou de l’État Plus Profond (si l’on considère l’État Profond uniquement comme la théologie politique libérale). Le noyau initial de MAGA, rejeté par Trump, représente l’espace pour faire advenir UNE AUTRE THÉOLOGIE POLITIQUE.
Quelle pourrait être cette alternative à la théologie politique de l’État Profond ? Souveraineté, peuple, tradition, normalité, identité, continuer à être humain en opposition totale à ce que promeuvent les libéraux ou les sionistes. Russell Kirk, Paul Gottfried, Pat Buchanan, Samuel Francis, Richard Weaver, Ron Paul.
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Jünger et l'Homme de la machine

Jünger et l'Homme de la machine
Claude Bourrinet
Der Arbeiter paraît en 1932. L'Arbeiter n'est pas à proprement parler Le «Travailleur», ou, pire, l'«Ouvrier», car il ne s'agit pas, dans l'acception que donne Jünger de cette Figure nouvelle, née avec le Soldat, d'une classe sociale, ni de l'acteur exclusif d'un processus de transformation de la matière, ni du technicien, encore que ces trois catégories, sociale, économique et «administrative», en soient des aspects, mais d'un nouvel homme, viril, actif, enthousiaste, héroïque et guerrier, généré par la Mobilisation totale, porteur de la volonté de puissance qui est le sceau de l'avenir (l'âge des Titans), et doté d'une disposition (Bereitschaft) à accomplir ce que les temps exigent, qui transcende les vieilleries politiques.

Julien Hervier (photo), en germaniste, a exprimé des réserves au sujet de la traduction usitée en français du terme: «Si je n'ai pas voulu pendant si longtemps que l'on traduise Der Arbeiter, Le Travailleur, c'est d'abord à cause d'un problème de pure étymologie. Arbeiter vient d'arbeo, un mot gothique, «l'héritage»; travailleur, cela vient de tripalium, un «instrument de torture»».
En effet, le mot est à mettre avec le grec orphanos et le latin orbus, «privé de»; l'héritage est d'abord le bien de l'enfant orphelin, privé de la protection de ses parents. Le terme allemand Arbeit, « travail », provenant donc vraisemblablement d'un verbe de même racine signifiant «être orphelin», par un glissement de sens, évoque «un enfant soumis à une dure activité physique».
Jünger pense que cet avènement de l'Arbeiter est inévitable, et qu'il s'étend à l'ensemble de la planète, modifiant en profondeur la relation à la matière et à la société, et anéantissant l'ordre bourgeois. Quand, à Montmirail, en juin 1940, il répond aux officiers français prisonniers, à qui il a apporté son aide, que la cause de la défaite de l'armée française est le «Travailleur», il ne rencontre qu'incompréhension totale.
C'est à partir de ce début de guerre que son interprétation de la technique va, avec l'expérience, changer. Il a eu alors à débattre la question avec son frère, Friedrich Georg, qui a écrit un essai à ce sujet, La Perfection de la Technique, dénonçant les ravages qu'occasionne l'envahissement dans tous les domaines de moyens de destruction inédits dans l'histoire de l'humanité, annihilation qui ne concerne pas que les domaines naturel et sociaux, mais aussi le rapport à l'art, au passé, aux relations les plus modestes de la vie quotidienne etc. Il a une image saisissante, en ramenant la figure de la technique au mythe: «Les illusions de la technique. Il rappela la claudication de Vulcain et de Wieland comme un défaut caractéristique».
L'essai de Jünger, qui ne recevra aucune audience ailleurs que dans un cercle limité, et qui sera critiqué par les nazis déplorant l'absence de référence à la race, fera l'objet, après la guerre, d'échanges denses avec Heidegger, pour qui la technique est l'instrument désastreux de l'arraisonnement de l'être (le Gestell). Ce même Heidegger avait salué l'Arbeiter comme une contribution à la connaissance de la Technique. Ses cours avaient été interdits de publication par les nazis. De 1936 à 1938, de plus en plus éloigné et opposé au nihilisme hitlérien, il connut ce qu'on appelle son «tournant». Il regroupera ses cours sous le titre de Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis), volume publié après la chute du mur de Berlin. Il y interroge le nihilisme dont la déclinaison contemporaine est la technique, mode contemporain de l'oubli de l'être, et oppose Hölderlin à Nietzsche, dont la Volonté vers la puissance est, pour lui, la dernière phase de la métaphysique, source du nihilisme.
Un exemple de Gestell est donné, le 31 mai 1945, et illustre parfaitement ce que Heidegger dénonce dans la technique: «La tourbière est l'une des grandes archives du monde. Sa richesse ressemble à celle des tombeaux de rois, c'est la raison pour laquelle elle est en péril, dans une ère d'effritement. Elle est prise dans le tourbillon de l'usure, de la pure et simple accélération des échanges, que la pensée limitée au jour qui passe s'imagine être richesse. Déjà, des machines la menacent, excavatrices et trains de wagonnets».
L'expérience vécue rend parfois lucide, invite à voir la réalité, les faits, à identifier ses propres déterminations, pour peu que l'on soit préparé intérieurement à l'écoute du monde. Car la réalité se heurte presque toujours à la peau épaisse et animale – celle du rhinocéros d'Ionesco – de l'idéologie, des discours prémâchés, du prêt-à-penser totalitaire.
En vérité, si les peuples ont subi dans leurs corps martyrisés les morsures sauvages de la guerre moderne, ils n'avaient pas les moyens conceptuels d'en connaître les causes. Une mise à distance, une conscience méthodiquement orientée vers les oscillations du monde, sont nécessaires. L'honnêteté intellectuelle fait le reste. Il se peut aussi que les lectures erratiques de l'enfance et de l'adolescence, en autodidacte, hors du système scolaire, prédisposent à l'exercice, sinon de la liberté, du moins à l'esprit critique.
Il faut en effet une force certaine de l'âme pour échapper à la doxa dominante. Le 21 juillet 1942, Jünger livre ses impressions sur Préface à un livre futur, de Lautréamont: «On trouve anticipée dans cette préface une forme d'optimisme moderne, même sans Dieu, tout comme l'optimisme du progrès, mais différente de celui-ci par la conscience de la perfection qui commande son expression, supprimant ainsi la perspective utopique. Cela confère à l'exposé une sorte de métallisme, de splendeur et de sûreté techniques. Il y règne un style sans trace de sensibilité, comme sur quelque beau navire, rapide et net de toute présence humaine, où l'impulsion motrice viendrait non de l'électricité, mais de la conscience. Le doute est éliminé, comme la résistance de l'air – dans les matériaux mêmes résident le vrai et le bon, qui seront visibles ensuite dans la construction».
On sait que, pour Lautréamont, seul le langage mathématique était crédible: «O mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées, depuis que vos savantes leçons, plus douces que le miel, filtrèrent dans mon cœur, comme une onde rafraîchissante. J’aspirais instinctivement, dès le berceau, à boire à votre source, plus ancienne que le soleil, et je continue encore de fouler le parvis sacré de votre temple solennel, moi, le plus fidèle de vos initiés. Il y avait du vague dans mon esprit, un je ne sais quoi épais comme de la fumée ; mais, je sus franchir religieusement les degrés qui mènent à votre autel, et vous avez chassé ce voile obscur, comme le vent chasse le damier. Vous avez mis, à la place, une froideur excessive, une prudence consommée et une logique implacable».

Et Jünger ajoute, après avoir comparé les «dispositions» de Lautréamont à l'univers pictural de «Chirico, où les villes sont mortes et les hommes forgés tout entiers de pièces d'armures»: «C'est là l'optimisme que la technique mécanique apporte avec soi, ou plutôt il l'accompagne, et elle ne peut se passer de lui. Il faut qu'il résonne jusque dans la voix de celui qui parle à la Radio pour annoncer qu'une capitale n'est plus que ruines et cendres».
L’œil structure la vision du monde en fonction de cette désincarnation généralisée: il devient un spectacle abstrait de mécanismes. Par exemple, à Kirchhorst, le 11 avril 1945, à l'arrivée des troupes américaines, il constate: «Je suis à la fenêtre et j'observe la chaussée, par-dessus les cimes encore nues du jardin. Le grondement assourdissant se rapproche. Puis glisse lentement sur la route, comme un mirage, un tank gris, dont l'étoile blanche luit. Puis le suivent en ordre serré des blindés sans nombre, qui mettent des heures et des heures à passer. De petits avions les survolent. Ce spectacle donne une impression d'automatisme extrême, par la manière dont il joint l'uniformité militaire à l'uniformité mécanique – comme si c'était une parade de poupées qui se déroulait, un cortège de jouets dangereux. De temps à autre, un arrêt se communique à toute la colonne. On voit alors les marionnettes, comme au bout d'un fil, piquer du nez, tandis que le départ les rejette de nouveau en arrière. Et puisque notre regard s'accroche toujours à certains détails, je suis particulièrement frappé par les longues antennes de radio qui se balancent au-dessus des tanks et des voitures d'escorte ; il se forme en moi l'image d'une partie de pêche magique, peut-être la pêche au Léviathan».
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Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?

Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/trumpin-nato-kritiikki...
Le président américain Donald Trump participait à une réunion bilatérale avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM), le 21 janvier 2026 à Davos, en Suisse. Cette réunion annuelle des dirigeants politiques et économiques intervenait dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et l'Europe sur toute une série de questions, notamment la promesse de Trump d'acquérir le Groenland, un territoire danois semi-autonome.
Le second mandat du président Donald Trump a porté les tensions internes au sein de l'OTAN à un niveau sans précédent. Même si l'attitude critique de Trump envers l'alliance militaire n'est pas nouvelle, ses récentes déclarations indiquent un changement de nature: il ne s'agit plus seulement de se plaindre du déséquilibre des contributions financières, mais de remettre fondamentalement en question l'alliance dans son ensemble.
Selon Risto E. J. Penttilä, spécialiste en politique internationale, l'OTAN se trouve à nouveau en pleine crise suite aux dernières déclarations de la Maison Blanche. La nouveauté réside dans le fait que tant le président Trump que le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio parlent ouvertement d’une réorganisation des relations internationales dans le chef des Etats-Unis. Il ne s’agit pas de diplomatie habituelle envers les "alliés", mais, selon la description de Penttilä, d’une « crise conjugale dans les relations transatlantiques ».
Au cœur des dernières critiques de Trump à l'égard de l'OTAN se trouve l'attitude réticente des pays européens face à l'appel des États-Unis à participer à l'ouverture du détroit d'Ormuz pendant la guerre avec l'Iran. Trump estime avoir aidé l'Europe en Ukraine, et pense donc qu'il était désormais au tour de l'Europe de soutenir les États-Unis. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a qualifié l’attitude des Européens de « test qu’ils ont échoué ». Dans la vision cynique du monde de Trump, un tel comportement ne sera ni oublié ni pardonné.

Les alliés européens des États-Unis n’ont pas condamné l’attaque américaine contre l’Iran, pas plus qu’ils n’ont condamné l’attaque russe contre l’Ukraine – alors qu’en Europe, celle-ci a été considérée comme une guerre d’agression illégale. Les alliés de l’OTAN n’ont même pas été informés à l’avance de la planification opérationnelle. Si l’OTAN est une alliance de défense, pourquoi ses membres devraient-ils soutenir les États-Unis dans une opération bafouant le droit international, dans laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a entraîné Trump ? Pourquoi les règles applicables à la Russie ne s’appliquent-elles pas à tous les pays ?
Dans les cercles euro-atlantiques, l'idée se renforce que les États-Unis ne sont plus aussi déterminés à défendre l'Europe – et en particulier les pays limitrophes de la Russie. L'article 5 de l'OTAN, selon lequel une attaque contre un État membre est une attaque contre tous, est la pierre angulaire de l'alliance depuis la guerre froide.
Si la fiabilité de ce mécanisme automatique venait à s’effriter, l’OTAN se transformerait essentiellement en une plateforme de coordination où la coopération européenne serait mise en avant et où la puissance militaire américaine ne servirait plus que de moyen de dissuasion potentiel – et non plus de garant de sécurité certain.
Une théorie marginale mais politiquement intéressante s'inscrit dans ce contexte: Trump souhaiterait retirer les États-Unis de l'OTAN, car après la guerre avec l'Iran, la prochaine cible potentielle d'Israël pourrait être la Turquie – un pays membre de l'alliance militaire. Dans ce cas, l'article 5 de l'OTAN serait considéré comme un obstacle stratégique à toute attaque israélienne.

Pour l’administration Trump, Israël est un partenaire nettement plus important que la Turquie, et dans un contexte plus large, le rêve sioniste d’un « Grand Israël », auquel s’ajouteraient des territoires de Syrie, du Liban, d’Égypte, de Jordanie, d’Irak, d’Arabie saoudite et de Turquie, refait surface.
Les tensions entre Israël et la Turquie se sont considérablement intensifiées ces dernières années. Le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, a qualifié le président turc Recep Tayyip Erdoğan de « fondamentaliste islamiste » et a décrit la Turquie comme un « nouvel Iran ».
Une rhétorique similaire a également été renforcée dans une récente analyse du Jerusalem Post, qui considère la Turquie comme une menace croissante pour l’Occident et Israël – une sorte de successeur de l’Iran en tant que perturbateur régional, soutenant le Hamas et remettant en cause l’unité de l’OTAN.
Erdoğan a quant à lui qualifié les actions d’Israël à Gaza de génocide et a émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre Netanyahou. Israël a renforcé sa coopération en matière de défense avec la Grèce et Chypre, rivaux traditionnels de la Turquie.
Derrière les menaces publiques d’Israël pourrait également se cacher une volonté stratégique de renforcer la position politique intérieure d’Erdoğan. Au sein du Parlement turc, le président a été critiqué pour avoir maintenu une coopération pratique avec Israël, contrairement à sa rhétorique publique.
Les dernières données du Bureau central des statistiques israélien montrent que la Turquie a exporté vers Israël pour plus de 924 millions de dollars de marchandises en 2025. Les échanges commerciaux se sont poursuivis – en partie via des pays tiers et grâce à des pratiques statistiques contestables. Ce décalage entre les discours et les actes rend improbable une rupture totale.
Une théorie spéculative concernant une éventuelle attaque d'Israël contre la Turquie – soutenue par les États-Unis en dehors du cadre de l'OTAN – illustre toutefois une dynamique plus large: l'administration Trump ne considère pas l'OTAN comme une alliance de défense sacrée, mais comme un outil dont on peut se passer si nécessaire, s'il ne sert plus les intérêts de sécurité des États-Unis ou de leurs alliés proches.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui a déjà surnommé Trump « papa », a qualifié sa rencontre à la Maison Blanche de « franche et ouverte ». Cette formulation diplomatique adoucit probablement le ton irrité du président. Rutte a déclaré comprendre la déception de Trump, mais a souligné que de nombreux pays européens avaient aidé les États-Unis contre l’Iran – par exemple en mettant leurs aéroports à la disposition des bombardiers.
Les États-Unis ne se retireront sans doute pas complètement de l’OTAN – Trump ne pourrait d’ailleurs pas prendre une telle décision seul –, mais la question du redéploiement des troupes a déjà été évoquée lors des discussions : des soldats pourraient être transférés d’Allemagne vers la Roumanie, par exemple, et vers d’autres pays, ceux qui se sont montrés les plus fidèles à Trump.

Bien que l’OTAN ait été confrontée à des tempêtes répétées au cours du second mandat de Trump – les menaces d’annexion du Groenland en étant l’exemple le plus grave –, les acteurs euro-atlantiques espèrent que l’alliance s’en sortira, même si ce n’est plus sous sa forme actuelle. Certains s’attendent à ce que la situation se normalise sous le mandat du prochain président américain.
Une architecture de sécurité à bâtir entre la Russie et l’Europe étant, dans la situation actuelle, une option totalement exclue, l’OTAN de demain pourrait être plus européenne et moins dépendante des garanties de sécurité américaines. Le poids symbolique et opérationnel de l’article 5 s’affaiblit, laissant place à une coopération plus ponctuelle et fondée sur les intérêts. Ce changement pourrait s’avérer l’héritage transatlantique le plus marquant du second mandat de Trump.
13:36 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, états-unis, affaires européennes, otan, donald trump, alliance atlantique |
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vendredi, 10 avril 2026
Si Orbán gagne: Bruxelles prévoit des sanctions

Si Orbán gagne: Bruxelles prévoit des sanctions
Bruxelles/Budapest. À une semaine des élections législatives hongroises du 12 avril, la nervosité monte à Bruxelles. Officiellement, on mise sur une défaite du Premier ministre Viktor Orbán, mais la victoire du challenger Péter Magyar est tout sauf certaine. C’est pourquoi les bureaucrates européens élaborent déjà des plans d’urgence — au cas où Orbán remporterait à nouveau les élections à Budapest.
Les opposants d’Orbán dans l’UE ne cachent pas leur préférence pour Magyar. Cependant, de nombreux Hongrois le voient comme une marionnette de Bruxelles. Orbán lui-même se méfie à juste titre des sondages qui montrent son parti Fidesz en recul. Son député européen András László soupçonne que l’on veut présenter une victoire de Fidesz comme «peu plausible» ou «illégitime».
En cas de – nouvelle – victoire d’Orbán, Bruxelles annonce déjà des conséquences: António Costa, président du Conseil européen, a déclaré au sujet du blocage persistant de la Hongrie sur un prêt de 90 milliards pour l’Ukraine: «Ce que fait la Hongrie est totalement inacceptable». Un diplomate européen de haut rang, qui souhaite garder l’anonymat, a précisé que si Orbán l’emportait, «on quitterait les gants de velours». La députée européenne et lobbyiste pour la défense, Marie-Agnes Strack-Zimmermann (FDP), réclame depuis longtemps de couper l’accès au financement pour la Hongrie et de lui retirer rapidement son droit de vote.
Concrètement, une réflexion est en cours pour étendre le droit de veto actuel et la «majorité qualifiée» à des domaines qui requièrent jusqu’à présent l’unanimité — une mesure radicale qui pourrait également frapper des pays comme la République tchèque ou la Slovaquie. Le gel d’autres fonds européens est aussi à l’étude. En revanche, une expulsion de la Hongrie de l’UE serait difficile juridiquement: les traités n’autorisent qu’une sortie volontaire (article 50 du TFUE), et non une exclusion forcée.
La ligne d’Orbán — notamment en matière de protection des mineurs contre la propagande de genre ou sur la question migratoire — recueille l’approbation de nombreux Hongrois. Et en Allemagne, en France ou en Italie, des majorités écrasantes se déclarent en faveur de contrôles plus stricts aux frontières. Orbán n’est pas aussi impopulaire en Europe que dans le Parlement européen. Si Bruxelles devait recourir à des méthodes douteuses en cas de réélection, cela ne favoriserait guère la popularité de l’Union (mü).
Source: Zu erst, avril 2026.
20:20 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, hongrie, europe centrale, europe danubienne, élections hongroises, viktor orban, fidesz |
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« Le dictateur puritain » raconté par Hilaire Belloc

« Le dictateur puritain » raconté par Hilaire Belloc
Le portrait d’Oliver Cromwell: «Une étude psychologique et de caractère conçue pour cerner l’homme et présenter […] en quelques traits, le mortel qu’il fut».
par Giovanni Sessa
Source: https://www.barbadillo.it/129481-il-dittatore-puritano-ra...
Oliver Cromwell. Le dictateur puritain
Un ouvrage d’Hilaire Belloc, Oliver Cromwell. Le dictateur puritain (pour les commandes : associazione.iduna@gmail.com), vient de paraître aux éditions Iduna. Le texte est enrichi d’une préface contextualisante de Maurizio Pasquero, qui initie utilement le lecteur aux événements qui ont vu s’impliquer cet homme politique anglais de formation puritaine. Cet ouvrage, dont la première édition est parue en 1927 en Grande-Bretagne, préfigure la monumentale biographie intellectuelle de Cromwell publiée par Belloc en 1934, qui, encore aujourd’hui, constitue une référence incontournable dans la bibliographie sur le sujet.
Le livre que nous analysons brièvement ici, écrit l’auteur de la préface, est centré sur «une enquête psychologique et caractérielle conçue “pour atteindre l’homme et présenter […] dans une esquisse, le mortel qu’il fut» (p. I). Les cinq chapitres denses qui composent l’ouvrage se lisent avec grand plaisir, dans la lignée du genre "biographie" de la tradition anglo-saxonne.
On y analyse la formation sociale et religieuse de Cromwell, ainsi que son parcours militaire et politique. Le texte a pour toile de fond les événements tragiques qui, en Angleterre, ont conduit à l’opposition entre le Parlement, dominé par les puritains, et le roi, Charles Ier Stuart. Ce conflit a dégénéré, entre 1642 et 1649, en une guerre civile ouverte, dont l’issue fut la décapitation du souverain suivie de la proclamation de la « république ».
L’état d’esprit du protagoniste Cromwell
Les pages du livre révèlent non seulement l’état d’esprit du protagoniste, mais aussi le sens profond de la révolte puritaine que, et ce n’est pas un hasard, le philosophe austro-allemand Eric Voegelin, dans son essai Politique puritaine, a interprétée comme le début de la modernité néo-gnostique.
Il s’agissait en fait de la première tentative de réaliser « le royaume de Dieu sur terre ». Belloc (1870-1953), Français de naissance mais Anglais d’adoption, fut l’un des plus brillants auteurs catholiques de la période historique dans laquelle il vécut. Critique convaincu de la modernité, il fut le compagnon de route de G. K. Chesterton dans l’élaboration de la théorie économique connue sous le nom de « distributisme », antithétique à la pratique politico-sociale du libéralisme.
Dans ces conditions, le jugement de Belloc (photo) sur Cromwell ne pouvait certainement pas être généreux. L’écrivain « ne partage rien des idéaux et de la pratique politique » (p. IV) de Cromwell, mais, en tout état de cause, il reconnaît à l’homme « une grande habileté et une vigueur de caractère » (p. IV).
Les ancêtres du futur dictateur s’étaient battus pour éradiquer les idéaux catholiques du territoire anglais, afin de poursuivre leurs propres intérêts marchands, et cet héritage a profondément influencé la formation du jeune Oliver. Celui-ci passa sa jeunesse dans l’aisance de la demeure paternelle, Hinchinbrooke House, qui accueillit Élisabeth la Grande et Jacques Ier. C’est probablement dans cette même demeure que Charles Ier fut également retenu, en tant que prisonnier en transit. Cromwell, dans cette première phase de son existence, avait une conscience claire de sa position sociale et s’imposa dans la société des nouveaux riches.
L’antipapisme
Le mythe, pour lui tout à fait négatif, de l’Invincible Armada espagnole de Philippe II, prête à envahir l’Angleterre, a joué un rôle prépondérant dans sa vie. Cela l’a poussé vers un anti-papisme radical. Il a lu la Bible de la Genève calviniste, qui a connu 150 rééditions, même si, pour son style captivant, il appréciait davantage la version anglicane du texte: «Jusqu’à l’âge de quarante ans, le futur Lord Protecteur apparaît aux yeux de l’auteur comme un homme politique […] «très ordinaire»» (p. VI).
Les succès militaires, peu après, lui conférèrent l’aura d’« élu », à laquelle il aspirait de toutes ses forces. Dans les défaites, il voyait simplement des «avertissements» que le Seigneur lui aurait envoyés en personne. L’exécution de Charles Ier fut la plus « machiavélique de ses intrigues: «visant à renforcer son pouvoir personnel» qui, selon Belloc, resta toujours dépourvu de véritable projet politique.

Cromwell s’opposa à l’Église d’État: « au-dessus de toute maison […] il insistait sur la liberté de culte (accordée aux juifs, mais pas aux catholiques!) et l’autonomie des différents groupes évangéliques» (p. VIII). C’est parmi eux qu’il recruta les hommes, motivés par la religion, de la New Model Army, bras armé de l’entreprise néo-gnostique. Il se montra tolérant même envers les levellers et les diggers, qui s’opposaient aux enclosures.
Impitoyable envers les Irlandais
Animé par le rêve de réaliser la «Jérusalem céleste» sur le sol anglais: «vingt ans plus tard, on le retrouve couvert de sang» (p. IX). Il fut impitoyable envers les Irlandais et mit en œuvre de véritables déportations de masse.
C'est pour cette raison qu'il fut l'Anglais le plus détesté dans l'Île d'Émeraude, mais, pour les mêmes raisons, il fut également détesté par les Écossais. Contesté par le Parlement en 1653, il se débarrassa de cette institution. Il instaura aussitôt après un véritable régime autoritaire, qui visait à contrôler jusqu’à la moralité de ses nouveaux sujets, et aurait même voulu aller jusqu’à contrôler la «conscience» des hommes. Incapable de voir au-delà de ses propres «particularités», «il échoua lamentablement même dans le choix de son successeur» (p. XI).
Richard, son fils aîné, se montra totalement incapable d’assumer les tâches qui lui avaient été confiées. Il mourut peu avant d’atteindre l’âge de soixante ans, vivant constamment dans la terreur d’être assassiné, malgré son «élection» divine.
La vision néo-gnostique n’est pas morte avec Cromwell, mais s’est manifestée de manière dramatique dans l’histoire des siècles suivants, jusqu’au carnage des événements du 20ème siècle. C’est pourquoi le livre Oliver Cromwell. Le dictateur puritain revêt une actualité brûlante. Il enseigne, à tout le moins, à se méfier des « oints » du Seigneur et de ceux qui soutiennent que le monde doit être réformé au nom de Dieu, d’une classe ou d’une race.
Hilaire Belloc, Oliver Cromwell. Il dittatore puritano, prefazione di Maurizio Pasquero, Iduna, pp. 110, euro 12,00.
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Guerre contre l’Iran, partie d’une guerre occidentale plus large sur des fronts de résistance interconnectés

Guerre contre l’Iran, partie d’une guerre occidentale plus large sur des fronts de résistance interconnectés
Dr. Firoz Osman (*)
Source: https://geoestrategia.eu/noticia/46045/geoestrategia/guer...
La guerre contemporaine ne se limite pas à un seul champ de bataille. Elle se déploie simultanément sur de multiples fronts dans le monde musulman élargi — Palestine, Liban, Syrie, Soudan, et désormais Iran.
Il ne s’agit pas de confrontations isolées, mais de théâtres interconnectés dans le cadre d’une lutte géopolitique plus vaste pour le pouvoir, les ressources et l’hégémonie idéologique.
Pour comprendre l’escalade actuelle qui se déploie désormais contre la République islamique d’Iran, il est essentiel de la situer dans un contexte historique plus large, défini par l’intervention, la résistance et la lutte pour la souveraineté dans le monde musulman.
1979 : le tournant décisif
La phase moderne de confrontation avec l’Iran débute avec la Révolution islamique de 1979.

La révolution populaire renversa le Shah, un monarque dont le pouvoir avait été consolidé par une intervention étrangère. En 1953, un coup d’État orchestré par la Central Intelligence Agency (CIA) renversa le Premier ministre démocratiquement élu, Mohammad Mossadegh, après la nationalisation de l’industrie pétrolière, jusqu’alors dominée par des intérêts britanniques.
Le Shah, remis au pouvoir, gouverna par la répression, menée par la SAVAK, une police secrète redoutée connue pour l’usage systématique de la torture et de la brutalité.
La résistance à ce régime soutenu par l’Occident grandit de façon soutenue jusqu’à aboutir à une insurrection populaire qui donna lieu à la révolution. Le 11 février 1979, la République islamique fut officiellement instaurée, modifiant radicalement l’équilibre des pouvoirs dans la région.
Iran et Palestine : idéologie et alignement
La Révolution islamique de 1979 marqua immédiatement un tournant dans les priorités de la politique étrangère iranienne.
En quelques jours, l’Iran transféra l’ambassade israélienne de Téhéran à l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Yasser Arafat devint le premier leader étranger à visiter l’Iran après la révolution, symbolisant une nouvelle orientation stratégique.
La même année, le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, proclama la Journée d’Al-Qods, une mobilisation mondiale annuelle célébrée le dernier vendredi du Ramadan et consacrée à la libération de Jérusalem.

La Journée mondiale d’Al-Qods dépasse la simple symbolique: elle constitue un instrument de mobilisation politique, de réaffirmation idéologique et d’expression mondiale de solidarité. Elle relie les luttes locales à une vision plus large d’unité au sein de l'Oumma musulmane.
Le soutien ferme et inébranlable de l’Iran à la Palestine n’est pas considéré comme une option diplomatique, mais comme une obligation religieuse et idéologique fondée sur la défense des opprimés à l’échelle mondiale.
Pourquoi la révolution de 1979 a-t-elle inquiété l’Occident ?
La Révolution islamique menée par l’imam Khomeini représentait bien plus qu’un changement de régime: elle a bouleversé l’architecture de l’influence occidentale dans la région.
Le Shah avait été un allié clé, garantissant l’accès occidental aux ressources énergétiques, une dynamique régionale favorable à ses intérêts, et une alignement stratégique avec Israël.
Sa chute fit perdre aux États-Unis, au Royaume-Uni et à Israël l’un des piliers centraux de leur ordre régional.
Deux impératifs stratégiques — le contrôle des ressources énergétiques et la protection d’Israël — ont historiquement façonné la politique occidentale en Asie occidentale. L’émergence d’une République islamique indépendante et défiante a remis en question ces deux éléments.
Containment: sanctions et isolement
En réponse, l’Iran a été soumis à une pression économique et politique soutenue par les puissances occidentales, dirigées par les États-Unis et leurs alliés.
Pendant des décennies, les sanctions ont été utilisées comme outil pour affaiblir la République islamique, limiter son influence et éroder le soutien interne à son modèle révolutionnaire.
Ce schéma dépasse le cas iranien: tout État qui défie les structures dominantes de l’ordre mondial s’expose à l’étouffement économique ou à la confrontation militaire.

Palestine: siège et résistance
Alors que l’Iran faisait face à des sanctions, la Palestine souffrait d’un régime d’apartheid et se trouvait en permanence en état de siège.
Pendant près de deux décennies, Gaza est restée bloquée: sa population confinée, surveillée et soumise à une suffocation économique systématique.
Malgré cela, les mouvements de résistance palestiniens ont développé de vastes réseaux clandestins leur permettant de s’organiser, de s’entraîner et de soutenir leur lutte pour la libération des territoires occupés.
Le soutien de l’Iran, conjointement à la coordination avec des groupes comme le Mouvement de Résistance Islamique du Liban (Hezbollah), a contribué à la consolidation de cette infrastructure de résistance.
Normalisation arabe et trahison stratégique
Parallèlement à la souffrance palestinienne, plusieurs États arabes se sont progressivement avancés vers une normalisation avec le régime israélien, au détriment de la cause palestinienne.
Des pays comme l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan ont établi ou renforcé leurs liens avec Israël, en privilégiant la stabilité de leurs régimes, la coopération économique et les garanties de sécurité.
Ce tournant reflète un calcul plus large: la survie des élites dirigeantes avant la solidarité avec la Palestine. La dépendance à la protection militaire occidentale, notamment par le biais de bases américaines dans le Golfe Persique, a consolidé cette orientation.
7 octobre: choc stratégique
Le 7 octobre 2023, le Mouvement de Résistance Islamique Palestinien (Hamas) a lancé une opération à grande échelle dans les territoires occupés, baptisée « Tempête d’Al-Aqsa ».
Cette opération a bouleversé des suppositions profondément ancrées sur l’invulnérabilité militaire israélienne et a déclenché une escalade régionale.
Elle a aussi réactivé un réseau de groupes alliés, parmi lesquels le Hezbollah au Liban, le mouvement populaire yéménite Ansar Allah et diverses factions armées en Irak.

Ce conglomérat, souvent décrit comme « l’Axe de la Résistance », a montré une pression coordonnée et multi-front contre Israël et ses alliés régionaux et extrarégionaux.
Pourquoi l’Iran soutient-il la Palestine ?
Bien que la Palestine n’apparaisse pas explicitement dans la Constitution iranienne, la direction du pays fonde son soutien sur des principes plus fondamentaux: la défense des opprimés, l’opposition à l’injustice et l’engagement en faveur de l’unité musulmane.
L’article 152 de la Constitution iranienne encadre la politique extérieure autour de ces principes, constituant la base de sa position constante en faveur de la Palestine.
La narration de la résistance se voit renforcée par des figures considérées comme des martyrs, parmi lesquelles Ahmed Yassine, Abdel Aziz al-Rantissi, Ismaïl Haniyeh, Yahya Sinwar, Seyed Hasan Nasrallah, Qasem Soleimani et Abu Mahdi al-Muhandis, entre autres.
Ces figures sont perçues non seulement comme des leaders révolutionnaires, mais aussi comme des symboles de résistance.

Les récits de sacrifice — comme ceux décrivant Sinwar (photo) combattant jusqu’à ses derniers instants ou l’ayatollah Khamenei refusant de se cacher malgré les menaces contre sa vie — renforcent le moral et légitiment la poursuite de la lutte contre ce qui apparaît comme une coalition israélo-américaine.
Leadership et autorité morale
Les narrations attribuées à des figures telles que l’ayatollah Khamenei soulignent un modèle de leadership basé sur le risque partagé et la cohérence morale.
La prémisse est claire: un leader ne peut pas exiger des sacrifices sans les assumer lui-même.
Cette approche puise profondément dans la mémoire historique islamique, notamment dans l’héritage de l’Imam Husein ibn Ali (P), où la fermeté face à l’adversité extrême est considérée comme l’expression ultime de l’intégrité.
Guerre, pouvoir et avenir
La guerre actuelle contre la République islamique d’Iran — largement considérée comme illégale et injustifiée — ne peut pas être réduite à un seul facteur.
Elle reflète des tensions structurelles plus profondes: entre indépendance et contrôle extérieur, entre résistance et normalisation, entre engagement idéologique et pragmatisme politique.
Ce qui apparaît évident, c’est que les guerres en Palestine, en Iran et dans l’ensemble de la région ne sont pas des phénomènes isolés. Elles constituent des manifestations interconnectées d’une lutte plus vaste qui continuera à façonner le paysage politique et moral du monde musulman.
* * *
(*) Le Dr. Firoz Osman est un auteur et analyste basé en Afrique du Sud, auteur de Shattering Zionist Myths et co-auteur de Why Israel?
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Essai sur le masochisme, la décadence de l'Europe et la volonté d'autodestruction

Essai sur le masochisme, la décadence de l'Europe et la volonté d'autodestruction
A. Moncada
Source: https://socialismomultipolaridad.blogspot.com/2026/04/ens...
I. Les fondements biologiques du masochisme selon Sabina Spielrein
Pour comprendre le panorama vaste et sombre qui s'étend devant nous, il faut partir d'une découverte qui a ébranlé les fondements mêmes de la jeune science psychanalytique: la notion, formulée par Sabina Spielrein, selon laquelle au plus profond de l'instinct sexuel humain se niche une pulsion paradoxale, un désir de souffrance qui n'est pas une simple pathologie individuelle mais une composante structurelle de la vie psychique.
Spielrein, d’abord disciple puis collègue et également maîtresse présumée de Carl Gustav Jung, ainsi que collaboratrice de Sigmund Freud, a développé dans son ouvrage fondamental, La destruction comme cause du devenir, une thèse aussi audacieuse que troublante: aux côtés des pulsions d’autoconservation et de reproduction, il existe une pulsion de mort qui ne recherche pas l’anéantissement pur et simple, mais une sorte de plaisir dans la douleur, une jouissance dans l’autodestruction qu’elle a appelée, au grand dam de la terminologie ultérieure, «masochisme».


Le biologique, dans sa conception, ne se réduit pas à la simple tendance à la vie; la cellule ne cherche pas seulement à se perpétuer, mais elle contient aussi en elle-même le germe de sa propre dissolution, et de cette tension entre le vouloir vivre et le vouloir mourir naît, selon Spielrein, la possibilité même du changement, de l’évolution, de la transformation. Il ne s’agit pas d’une simple perversion, mais d’un fait biologique fondamental: l’organisme doit, en un certain sens, désirer son propre anéantissement pour pouvoir renaître sous une forme nouvelle, plus complexe.
Le plaisir, dans ce cadre, n’est pas seulement la satisfaction d’un besoin, mais aussi le soulagement qui accompagne la libération de la tension accumulée, et la tension ultime, la plus radicale, est celle qui sépare l’individu de sa propre mort.
Ainsi, le masochisme ne serait que le nom que nous donnons à la capacité, inscrite dans notre chair, de trouver un plaisir ambigu dans la douleur, de chercher dans l’humiliation une forme égarée de libération, et d’embrasser l’esclavage comme s’il s’agissait, paradoxalement, d’une expression de la volonté la plus intime.
II. L’homo europaeus en tant que sujet masochiste : l’autodestruction de 1914 à 1945
Si nous appliquons cette perspective spielreinienne à l’histoire de l’Europe au cours des premières décennies du 20ème siècle, le spectacle qui se déploie sous nos yeux est celui d’un continent tout entier se livrant à une frénésie d’autodestruction qui défie toute explication purement rationnelle ou économique. Qu'étaient les deux guerres mondiales, sinon un immense acte de masochisme collectif, une gigantesque mise en scène de cette pulsion de mort que Spielrein croyait avoir identifiée au plus profond de l'âme humaine? L'homo europaeus, qui pendant des siècles avait dominé le monde grâce à sa technique, sa science et sa foi dans le progrès, s'est lancé entre 1914 et 1945 dans une orgie de violence sans précédent, tuant des dizaines de millions de ses semblables, rasant ses villes, détruisant son art et sa mémoire, et s'exposant finalement aux humiliations les plus atroces.

Ce n’était pas seulement la lutte entre nations ou idéologies; c’était, à un niveau plus profond, le triomphe d’une volonté d’anéantissement qui semblait jaillir des entrailles mêmes de la civilisation européenne. Les soldats qui couraient joyeusement vers les mitrailleuses en 1914, les peuples qui acclamaient des dictateurs leur promettant souffrance et grandeur, des sociétés entières qui acceptaient la faim, le froid et la mort comme le prix de leur loyauté envers des symboles vides: tout cela témoigne d’un profond masochisme culturel, d’un besoin de punition et d’expiation qui ne peut s’expliquer que comme la manifestation historique de ce fait biologique dont parlait Spielrein.
L’Europe a voulu se détruire elle-même, et elle l’a fait avec une efficacité et un enthousiasme qui nous laissent encore aujourd’hui stupéfaits. Bien que ce soit l’anglosphère qui ait causé la mort et l’humiliation de l’Europe, et le capitalisme qui en ait été le poison mortel, ce désir – alimenté par ses ennemis et utilisant le mode de production comme instrument – était un désir intime. L’homo europaeus a démontré, au cours de ces trente années de folie, qu’il portait en lui non seulement le conquérant et le civilisateur, mais aussi, et de manière prépondérante, le masochiste qui trouve dans son propre anéantissement la forme la plus élevée de plaisir.
III. L’émigration massive comme nouvelle mise en scène du masochisme collectif
Et voici qu’aujourd’hui, cette pulsion autodestructrice n’a pas disparu, mais a trouvé de nouvelles formes d’expression, plus subtiles, mais peut-être plus définitives. L'Européen contemporain, celui-là même qui a survécu aux guerres et aux totalitarismes, semble avoir décidé de mener à bien son œuvre séculaire, non plus par la violence active des champs de bataille, mais par une sorte de suicide démographique et culturel passif, une dissolution volontaire dans le flot de l'émigration massive qui, venue d'Afrique, d'Asie et du Proche-Orient, inonde ses terres.

Et c’est là que nous devons poser la question la plus dérangeante, celle qu’aucun politicien, baignant dans le politiquement correct, n’ose formuler : si l’homo europaeus accepte, voire encourage, l’arrivée massive de populations qui ne partagent ni son histoire, ni sa langue, ni sa religion, ni ses coutumes; s’il permet que ses villes se transforment en mosaïques de cultures en conflit; s'il utilise son propre État de droit pour démanteler les frontières qui le protégeaient; s'il est, en somme, disposé à se diluer, à disparaître en tant que sujet historique, ne serait-il pas en train de révéler ainsi son désir le plus intime, celui que Spielrein a identifié au fond de toute vie? Ne chercherait-il pas, au fond, à être lui-même l'esclave et l'étalon qu'il croit faire venir de l'extérieur? Car l’Européen qui regarde les immigrés avec une condescendance bienveillante, qui parle de leur «diversité» comme d’un bel ornement exotique, qui se complaît dans la culpabilité post-colonialiste et l’autocritique perpétuelle, n’est qu’un masochiste qui a trouvé dans l’immigration le fouet avec lequel il peut enfin se flageller. Il veut être dominé parce qu’au fond, il ne croit plus en son droit de dominer; il veut être envahi parce qu’il ne fait plus confiance à ses propres frontières ni à sa propre identité; il veut que d’autres prennent sa place parce qu’il a perdu la volonté de l’occuper lui-même.
Et si l’on parle crûment d’«esclaves et de reproducteurs», ce n’est pas par grossièreté mais par fidélité à la vérité: l’économie européenne a besoin de corps pour le travail servile et de corps pour la reproduction biologique, et l’Européen, dans son masochisme, non seulement l’accepte mais le désire, car ainsi se confirme son rôle de maître décadent qui a besoin du barbare pour se sentir encore civilisé, et de l’esclave pour se sentir encore libre. Mais cette liberté et cette civilisation ne sont plus que des fantômes: ce qui reste, c’est la pure pulsion de mort, la jouissance dans la dissolution, le plaisir amer de savoir que l’histoire que l’on incarne touche à sa fin et que rien de ce qui viendra après ne portera plus son nom.
IV. Le Capital et le masochisme: une lecture marxiste
Cette situation ne serait toutefois pas possible sans la complicité active de cette force qui, depuis deux siècles, a façonné l’Europe plus que toute autre: le Capital. D’un point de vue marxiste, le masochisme collectif de l’Européen n’est pas un simple accident psychologique ou culturel, mais une nécessité fonctionnelle du système. Le Capital a besoin de corps, il a besoin de travailleurs, il a besoin de consommateurs, et il en a besoin qui soient dociles, dépouillés de leur histoire et de leur identité, réduits à de la pure force de travail et à un pur désir de marchandises. L'émigration massive, loin d'être une menace pour le Capital, est son allié le plus précieux: elle fournit une armée industrielle de réserve permanente, maintient les salaires à un niveau bas, fragmente la classe ouvrière en rivalités ethniques et religieuses, et surtout, démantèle toute possibilité de communauté politique solide qui pourrait s'opposer à la logique implacable de l'accumulation.

Le Capital veut le masochisme de l’Européen car un Européen masochiste est un Européen qui a renoncé à sa souveraineté, à son identité, à son avenir; c’est un Européen qui accepte d’être gouverné par des technocrates anonymes, qui se contente de la consommation et du divertissement, qui cède ses frontières et ses lois à des organismes internationaux qu’il ne contrôle pas, et qui regarde, impassible, son monde s’effondrer parce qu’au fond, c’est ce qu’il souhaite.
Mais ici, nous devons aller encore plus loin et relier cette lecture marxiste aux faits biologiques mis en exergue par Spielrein. Car le Capital n’est pas seulement une structure économique externe qui nous opprime; c’est aussi, comme l’a bien compris le marxisme critique de l’École de Francfort, un mode de vie, une culture, une subjectivité. Le Capital a su inoculer dans l’âme européenne cette pulsion de mort dont parlait Spielrein, il a su transformer le désir de vivre en désir de consommer, et le désir de consommer en désir de s’anéantir par la consommation. L’Européen qui se dissout dans l’émigration massive n’est pas seulement victime du Capital; il en est aussi le complice le plus enthousiaste, car il a intériorisé jusqu’à la moelle la logique de la marchandise, qui ne connaît que le présent perpétuel et la destruction de tout lien durable.
Le Capital, dans sa phase tardive, n’a plus besoin de soldats ni de citoyens ; il a besoin de consommateurs et d’esclaves, et il les trouve chez cet Européen masochiste qui préfère l’esclavage confortable de la société de consommation à la liberté exigeante d’une communauté politique vivante.
V. Spengler et la théorie de la décadence
Et c'est ici, à ce point de densité conceptuelle maximale, que la voix d'Oswald Spengler résonne avec une force presque prophétique. Car Spengler, dès les années 1920, avait compris quelque chose que la plupart de ses contemporains préféraient ignorer: que les cultures, à l’instar des organismes vivants, naissent, grandissent, s’épanouissent, déclinent et meurent, et que la civilisation occidentale, cette prodigieuse culture faustienne qui avait étendu sa domination à l’ensemble de la planète, était déjà entrée dans sa phase finale, dans son hiver.

Spengler a appelé « civilisation » cet état terminal d’une culture, celui où les formes spirituelles originelles se pétrifient, où la grande ville cosmopolite succède à la campagne et à la petite ville de province, où la technique devient une fin en soi et non un moyen d’expression de l’âme, où l’argent, cette pure abstraction, domine toutes les sphères de la vie jusqu’à ce qu’il soit finalement renversé par la force brute de César, du dictateur qui impose l’ordre par le sang et le feu.
Spengler, qui n’a jamais été un national-socialiste mais qui a su voir clairement la direction que prenait l’histoire, nous a avertis que la décadence n’est pas une catastrophe venant de l’extérieur, mais un processus interne, organique, inévitable, dans lequel la culture elle-même perd sa capacité à engendrer de nouvelles formes et se replie sur elle-même, s’adonnant à une répétition stérile, au culte du succès immédiat, à l’idolâtrie du pouvoir nu.
Le masochisme de l’Européen, cette volonté de dissolution que nous avons décrite en suivant Spielrein, n’est que le corollaire psychologique de cette décadence objective: lorsqu’une culture ne croit plus en elle-même, lorsqu’elle a perdu la foi en ses propres dieux et en ses propres lois, elle commence à désirer sa propre mort, à chercher chez l’autre, chez l’étranger, chez le barbare, la force qu’elle-même ne possède plus. Spengler nous a également enseigné que la décadence n’est pas, à proprement parler, quelque chose qu’il faille déplorer ou célébrer; c’est simplement un fait, une phase du cycle vital qu’aucune culture ne peut éluder.

Ce que nous appelons «l’Europe» n’est plus une culture vivante, mais une civilisation moribonde, un ensemble de techniques et de formes vides qui survivent à son esprit, et qui ne peuvent prolonger leur existence qu’au prix de la négation de leur propre nature.
L'émigration massive, la dissolution démographique, le masochisme collectif ne sont pas, dans cette perspective spenglerienne, des anomalies pouvant être corrigées par de meilleures politiques; ce sont les symptômes d'une agonie qui dure depuis déjà un siècle et qui, probablement, se prolongera encore quelque temps avant que, finalement, sur les ruines de la civilisation faustienne, ne surgissent de nouvelles cultures que nous, les habitants du crépuscule, ne pouvons même pas imaginer.
Conclusion
Le masochisme n’est donc ni une perversion mineure ni une rareté clinique; c’est le nom que nous donnons à la pulsion de mort que toute vie porte en elle, et qui, dans le cas de l’homo europaeus, s’est manifestée avec une intensité et une clarté exemplaires tout au long du siècle dernier. Des tranchées de la Grande Guerre aux vastes rivages de l’émigration massive, en passant par les totalitarismes et les camps d’extermination, l’Européen a démontré à maintes reprises que sa volonté de vivre est plus faible que sa volonté de mourir, que son désir de s’affirmer est moins puissant que son désir de se dissoudre.
Et le Capital, cette forme suprême de la civilisation décadente, a su tirer parti de cette pulsion autodestructrice, en la canalisant vers des formes qui perpétuent sa domination et empêchent toute véritable renaissance.
Spengler, en annonçant la décadence de l’Occident, ne faisait que décrire le cadre objectif dans lequel ce masochisme collectif déploie ses effets; et Spielrein, en identifiant la destruction comme cause du devenir, nous donnait la clé biologique pour comprendre pourquoi l’être humain, et en particulier l’Européen de notre temps, semble si enclin à chercher dans son propre anéantissement la forme la plus élevée de son plaisir. Nous ne savons pas si cette pulsion peut être inversée ou si, au contraire, nous assistons aux derniers soubresauts d’une culture qui a déjà accompli son cycle.
Ce que nous savons, c’est que tant que l’Européen continuera à désirer sa propre dissolution, aucun politicien, aucun parti, aucune idéologie ne pourra le sauver de lui-même. Car le salut, s’il est encore possible, ne viendra pas de l’extérieur, mais d’un regain de cette volonté de vivre que le masochisme a réussi à étouffer, et qui ne pourra renaître que si l’homo europaeus recommence à croire en sa propre histoire, en sa propre identité, en son propre avenir. Et cette croyance, à ce stade du crépuscule, semble être la plus improbable de toutes les utopies.
13:02 Publié dans Actualité, Philosophie, Psychologie/psychanalyse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : oswald spengler, masochisme, sabina spielrein, psychanalyse, europe, déclin de l'europe, déclin |
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jeudi, 09 avril 2026
Pourquoi Orbán est devenu pour beaucoup d’Européens un modèle

Pourquoi Orbán est devenu pour beaucoup d’Européens un modèle
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Viktor Orbán n’est pas un problème pour l’élite euro-globaliste parce que la Hongrie serait économiquement ou militairement surpuissante (https://www.n-tv.de/politik/Vance-ueberbringt-Orban-Liebe... ). Il l’est parce qu’il gouverne comme si un État avait encore le droit de défendre ses propres intérêts. C’est précisément cela qui le rend attrayant pour beaucoup d’Européens et dangereux pour l'eurocratie de Bruxelles.
Orbán a compris ce que beaucoup de gouvernements occidentaux ont oublié: un État n’a pas pour mission de mettre en œuvre des idéologies transnationales, mais de protéger sa propre communauté. C’est pourquoi il ne parle pas seulement de «valeurs» de manière abstraite, mais agit en fonction d’intérêts nationaux concrets.
Sur la question de l’immigration, Orbán a rapidement compris que des frontières ouvertes ne signifient pas un plus d'humanité, mais une perte de contrôle social et politique. Alors que de vastes parties de l’Europe de l’Ouest ont idéalisé l’immigration massive et en ont fait porter les conséquences à leur propre population, la Hongrie a sécurisé ses frontières et affirmé clairement: c’est l’État qui décide qui entre, pas des réseaux de passeurs, des ONG ou des irresponsables excités à la moraline. C’est là l’une des premières grandes provocations d’Orbán: il a ramené la question des frontières à la question du pouvoir politique.

En politique familiale, Orbán a fait quelque chose qui paraît presque révolutionnaire en Europe: il a compris qu’un peuple qui ne prend plus son propre avenir démographique au sérieux disparaît politiquement à long terme. Au lieu de masquer le déclin démographique par de nouvelles vagues d’immigration, son gouvernement a ouvertement mené une politique familiale, une politique en faveur des enfants et de la reproduction du peuple national, ce qui constitue un enjeu véritablement politique. Cela dépasse la simple politique sociale. C’est le refus d’accepter le déclin démographique comme un état de choses normal.
En matière d’énergie et d’économie, Orbán agit de façon beaucoup plus intelligemment que les gouvernements occidentaux ivres de drogues idéologiques. Il ne subordonne pas aveuglément la substance économique du pays à des dogmes qui serait soi-disant supérieurs sur le plan moral. Alors qu’ailleurs, l'industrie nationale est affaiblie par une politique de sanctions, on assiste à une flambée des prix de l’énergie et on fait joujou avec une symbolique "verte", Budapest essaie de préserver la capacité d’agir de l'État hongrois. Orbán ne gouverne pas selon le principe de l’auto-représentation morale, mais selon celui de la survie politique.
En politique européenne, Orbán est de toute façon devenu une réelle alternative. Il n’accepte pas l’UE comme une organisation salvatrice hors du temps, mais la considère comme ce qu’elle devrait être: une alliance d’États, non la préfiguration d’un régime administratif supra-national sans frontières. Par là, il s’oppose à une évolution où la démocratie nationale est de plus en plus vidée de son contenu, parce que les décisions importantes sont délocalisées, enlevées à des parlements et des gouvernements nationaux pour être dirigées vers des commissions, des tribunaux, des agences et des réseaux informels. Orbán ne se borne donc pas à perturber certaines décisions. Il remet en question la logique du système.
Et c’est précisément pour cela qu’il est combattu avec autant de férocité par l’élite euro-globaliste. Orbán n’est pas seulement un adversaire politique. Il constitue un précédent dangereux. Il montre qu’il est possible de s’opposer à l'eurocratie de Bruxelles. Il prouve qu'une politique nationale autonome reste possible au sein de l’UE. Et pire encore, du point de vue des élites: il montre à d’autres peuples européens que la soumission n’est pas une fatalité.
C’est la véritable raison pour laquelle Orbán suscite autant d’agressivité. Pas parce qu'il fait passer une loi particulière, pas parce qu'il tient un discours extrême, mais par le simple fait qu’il détruit le grand récit. Ce récit affirme que plus de centralisation est inévitable, que plus de déresponsabilisation des nations est une tendance moderne et positive, que plus de gouvernance technocratique est la voie de la raison, et que la résistance à cette gouvernance technocratique est une position rétrograde ou dangereuse. Orbán réfute ce récit par sa simple existence politique.
#géopolitique@affaires_mondiales_par_elena
19:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : viktor orban, hongrie, europe, europe centrale, europe danubienne, affaires européennes |
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Israël frappe la géométrie eurasienne de la Chine

Israël frappe la géométrie eurasienne de la Chine
À Kashan, Israël n'a pas seulement frappé l'Iran, il a touché une artère vitale de son continent. L'attaque du pont ferroviaire de Yahya Abad, un maillon essentiel du corridor de fret Xinjiang-Téhéran, a directement impacté la stratégie terrestre des Nouvelles Routes de la Soie que la Chine développe comme alternative au détroit d'Ormuz.
La ligne ferroviaire de 10.400 km vers le port sec d'Aprin, conçue pour acheminer des marchandises de l'ouest de la Chine vers le pôle industriel iranien, puis vers Qom, Kashan, Ispahan et Bandar Abbas, était censée devenir la future voie de contournement du pétrole brut et des industries de Pékin, à l'abri des sanctions.

En coupant Kashan, Israël a envoyé un signal beaucoup plus clair: toute infrastructure contribuant à stabiliser l'économie de guerre iranienne ou offrant à la Chine une voie terrestre sécurisée vers le Golfe est désormais une cible.
Stratégiquement, il s'agit du premier message militaire adressé au-delà de Téhéran et à la géométrie eurasienne de Pékin, rappelant que les nouvelles guerres ne se mènent pas seulement contre les armées, mais aussi contre les corridors, les ponts, les ports secs et les chaînes d'approvisionnement qui garantissent la résilience des grandes puissances.
La réponse chinoise probable ne sera pas une escalade militaire, mais une accélération de la redondance : un investissement accru dans l'axe de Gwadar, le corridor moyen caspien et le réseau ferroviaire russe.
Israël a démontré sa capacité à faire pression sur l'Iran en agissant sur les points névralgiques de la Route de la Soie, obligeant la Chine à repenser la sécurité de son architecture énergétique continentale
En savoir plus - Lien: https://multimedia.scmp.com/news/china/article/One-Belt-O...
Post: https://www.linkedin.com/posts/roberto-lafforgue-7a356347...
Source: https://t.me/dynamiquesdeconflit
19:28 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : géopolitique, actualité, iran, chine, routes de la soie |
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Le détroit d'Ormuz, la sélectivité iranienne et la géoéconomie de la guerre

Le détroit d'Ormuz, la sélectivité iranienne et la géoéconomie de la guerre
par Tiberio Graziani
Source : Meridiano Italia & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/18385
Au cœur de la crise moyen-orientale de 2026, le détroit d’Ormuz réémerge dans sa forme la plus authentique: non pas un simple passage maritime, mais un dispositif géopolitique primordial, capable d’influencer les structures profondes de l’ordre international. C’est ici, dans cet espace restreint et stratégiquement décisif, que se manifeste avec clarté le changement de phase du système mondial.
Nous ne sommes pas face à une simple interruption des flux, mais à quelque chose de plus sophistiqué: une régulation sélective du transit. La décision iranienne de n’autoriser le passage qu’à un groupe limité d’États — Russie, Chine, Inde, Pakistan et Irak — introduit un principe radicalement nouveau : la fin de la neutralité des infrastructures mondiales.
La fin de l’universalisme globaliste
Pendant plus de trois décennies, le paradigme dominant a postulé l’ouverture indiscriminée des espaces économiques. Les mers, les détroits, les corridors logistiques étaient conçus comme des zones neutres, soustraites à la compétition politique directe.
Aujourd’hui, ce paradigme semble définitivement dépassé.
Le détroit d’Ormuz devient le symbole d’une transformation plus large: la subordination de la géoéconomie à la géopolitique. Il n’existe plus un marché global unifié, mais une pluralité d’espaces interconnectés mais politiquement filtrés.
L’accès aux routes n’est plus un droit implicite, mais un privilège accordé en fonction de l’alignement stratégique.
L’Eurasie comme espace cohérent
Dans ce contexte, l’ensemble des pays autorisés au transit n’est pas choisi au hasard. Il délimite, avec une suffisante clarté, les contours d’un espace eurasiatique en voie de consolidation.
La Russie, la Chine et l’Inde représentent les pôles principaux de cette configuration; le Pakistan et l’Irak en constituent des projections régionales fonctionnelles.
Ce qui émerge, c’est une continuité géopolitique terrestre et maritime qui, sans être formalisée dans une alliance unique, opère selon des logiques convergentes.
Concernant la Russie, la situation actuelle ne crée pas une condition de vulnérabilité, mais renforce une trajectoire déjà en cours, à savoir l’orientation progressive vers l’Asie.
Moscou, grâce à son autonomie énergétique et à la restructuration des routes commerciales, s’insère dans cet espace — malgré la crise ukrainienne — en tant qu’acteur stable et résilient.
L’Europe et la crise de l’autonomie stratégique
À l’inverse, l’espace européen montre des limites structurelles que la crise d’Ormuz rend particulièrement problématiques.
L’Union européenne se trouve aujourd’hui en position de dépendance systémique : énergétique, logistique et, en dernier lieu, stratégique.
Les choix politiques adoptés ces dernières années — de l’alignement atlantiste aux politiques de sanctions — ont réduit ses marges de manœuvre, exposant le continent à des chocs extérieurs difficilement gérables.
En l’absence d’une vision géopolitique autonome, l’Europe apparaît comme un espace passif, incapable d’influer sur les dynamiques qui la concernent directement.

Les États-Unis et la limite de l’hégémonie
Les États-Unis, tout en conservant une position de supériorité militaire et une sécurité énergétique relative, font face à une donnée incontournable: la perte de contrôle effectif sur certains nœuds cruciaux du système mondial, ainsi que l’accentuation du processus d’érosion de leur crédibilité à l’échelle mondiale.
Leur hégémonie, historiquement fondée sur la capacité à garantir la liberté des routes, rencontre ici une limite structurelle.
Le contrôle maritime ne suffit plus lorsque des acteurs régionaux — comme l’Iran — disposent de leviers territoriaux capables d’influencer les flux.
Une phase se profile où la puissance américaine reste importante, mais n’est plus en mesure d’imposer l’ordre dans un sens universel.
Vers un ordre des corridors
Ce qui ressort de la crise du détroit d’Hormuz, c’est l’avènement d’un ordre basé sur les corridors, dans lequel :
a) Les infrastructures deviennent des instruments de sélection politique;
b) Les flux économiques suivent des lignes d’appartenance stratégique.
Les espaces mondiaux se fragmentent en systèmes régionaux interconnectés mais distincts.
Dans cette configuration, l’Eurasie apparaît comme le noyau le plus dynamique et le plus cohérent, tandis que le soi-disant Occident manifeste des signes évidents de désarticulation.
Conclusion
Le détroit d’Ormuz, loin d’être un simple passage géographique, se présente comme un laboratoire de la nouvelle phase historique.
La sélectivité imposée par l’Iran contribue à signer la fin de l’illusion globaliste et inaugure une époque où la circulation des ressources est subordonnée à la géométrie du pouvoir.
C’est, encore une fois, la géographie — entendue comme la structure profonde des relations internationales — qui affirme sa centralité.
Et celui qui ne parvient pas à l’interpréter est destiné à la subir.
19:17 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : détroit d'ormuz, géopolitique, iran, actualité |
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Les États-Unis présentent leur nouvelle stratégie de sécurité dénommée la «Grande Amérique du Nord»

Les États-Unis présentent leur nouvelle stratégie de sécurité dénommée la «Grande Amérique du Nord»
Source: https://geoestrategia.eu/noticia/46059/politica/ee.uu.-pr...
Le secrétaire à la Guerre des États-Unis, Pete Hegseth, a déclaré ce dimanche que le président Donald Trump avait tracé une nouvelle carte stratégique englobant tout le territoire nord-américain du Groenland au golfe du Mexique, en incluant le canal de Panama et les pays environnants.
Selon ses explications, cette vision est désignée, au sein du Département de la Guerre, comme la «Grande Amérique du Nord». «Toutes les nations et territoires souverains situés au nord de l’équateur [...] constituent notre périmètre de sécurité dans ce grand voisinage», a-t-il déclaré, tout en soulignant que ces pays ne font pas partie du Sud Global.

Hegseth a indiqué que cette délimitation répond à des facteurs géographiques, en soulignant que les territoires, qui y sont inclus, ont accès à l’Atlantique Nord ou au Pacifique Nord et se situent au nord de barrières naturelles telles que l’Amazonie et la cordillère des Andes. De plus, il a précisé que cette approche vise à «rétablir nos relations nord-sud» par une coopération accrue en matière de défense entre les États-Unis et leurs partenaires de l’hémisphère Nord.
Dans ce contexte, le ministre a indiqué que Washington renforcera sa présence dans le Nord, tandis qu'au Sud de l’équateur, il encouragera une répartition plus équitable des responsabilités en matière de sécurité. Selon lui, cela permettra aux pays de l’hémisphère Sud d’assumer un rôle plus important dans la défense de l’Atlantique Sud et du Pacifique Sud, ainsi que dans la protection des infrastructures critiques.
Le Secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a dévoilé la nouvelle doctrine de sécurité des États-Unis, qui définit la «Grande Amérique du Nord» comme un territoire s’étendant «du Groenland au golfe du Mexique et au canal de Panama».
Chaque nation et territoire souverain au nord de l’équateur, du Groenland à l’Équateur, de l’Alaska à la Guyane, constitue le «périmètre de sécurité immédiat» dans «ce grand voisinage dans lequel nous vivons tous».
Hegseth a insisté sur le fait que les États-Unis augmenteront leur présence militaire dans cette vaste zone, de l’Alaska à la Guyane, tout en exigeant que les nations au sud de l’équateur paient pour la défense des océans et des ressources du Sud.
Plutôt que de respecter la souveraineté, l’administration Trump ravive la Doctrine Monroe à grande échelle.
Cette posture agressive s’accompagne de :
- de la diffusion d'une nouvelle carte stratégique qui redessine littéralement l’hémisphère comme un territoire contrôlé par les États-Unis;
- du projet d'établir des bases et de planifier des opérations militaires élargies en Amérique latine et dans les Caraïbes;
- de revendications clairement formulées pour un «partage des charges» qui obligera les pays les plus faibles à payer pour être dominés par les États-Unis;
- d'un rejet évident de tout accord de sécurité indépendant des Etats-Unis dans l’hémisphère Sud.
Le schéma est clair: moins de discours sur l’idée d'association amicale, plus d’affirmation d'un contrôle direct par Washington. La souveraineté des pays visés devient conditionnelle dès qu'elle entre en conflit avec les priorités stratégiques des États-Unis.
18:39 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, géopolitique, amérique du nord, caraïbes, grande amérique du nord |
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mercredi, 08 avril 2026
Pourquoi les Kurdes ne sont-ils pas allés à la guerre contre l’Iran?

Pourquoi les Kurdes ne sont-ils pas allés à la guerre contre l’Iran?
Source: https://www.facebook.com/empirep.federal
« Les Américains et les Israéliens veulent que nous attaquions l’Iran. Ce n’est pas notre guerre. Nous ne mourrons pas pour eux. » (Khaledian, 2026)
Malgré les contacts initiaux entre plusieurs dirigeants kurdes et Washington, entre décembre 2025 et janvier 2026, les groupes kurdes ont finalement décidé de rester en dehors du conflit armé contre la République islamique. Bien qu’il y ait eu une coordination préliminaire avec les États-Unis et Israël, et même la livraison d’armes par la CIA, la participation kurde ne s’est jamais concrétisée. Les raisons principales étaient internes, stratégiques et liées à la survie.
En premier lieu, une profonde division est apparue entre la haute hiérarchie et la base combattante. Plusieurs capitaines et chefs d’unité kurdes ont filtré des informations révélant que leurs dirigeants négociaient avec l’administration Trump et avec le gouvernement israélien de Netanyahu. Cependant, la majorité des commandants intermédiaires et des troupes refusaient de mourir dans une guerre qu’ils percevaient comme étrangère, un conflit essentiellement motivé par les intérêts de Washington et de Tel-Aviv. Ils n’étaient pas prêts à devenir de « la chair à canon » pour renverser le régime iranien sans garanties claires que, une fois l’objectif atteint, les aspirations kurdes à l’autonomie ou à l’autodétermination seraient respectées. Cette fracture entre l’élite politique-militaire et les combattants de terrain a paralysé toute opération conjointe.
Ce manque d’unité interne a contraint la Coalition (formée récemment par plusieurs partis kurdes) à adopter une position de neutralité pragmatique. Malgré l’armement initial fourni par Israël et les États-Unis, les dirigeants kurdes ont compris qu’ils ne disposaient pas du soutien suffisant de leurs propres rangs pour lancer une offensive. Forcer leur participation aurait créé un risque réel de fracture interne ou même de soulèvements, ce que aucun commandement ne pouvait se permettre dans un contexte déjà volatile.
En second lieu, la crainte de représailles dévastatrices de la part de l’Iran, et potentiellement de la Turquie, pesait lourdement. Les Kurdes, historiquement divisés entre quatre pays (Iran, Irak, Turquie et Syrie), connaissent mieux que quiconque le prix à payer pour défier des puissances régionales sans soutien solide. Conscient de ce risque, l’Iran a lancé des attaques ciblées contre des positions kurdes dans le nord de l’Irak, précisément pour dissuader toute implication. Ces bombardements ont servi de message clair: toute tentative d’ouvrir un front kurde depuis le territoire irakien serait réprimée avec force. La menace d’une escalade plus grande, pouvant également impliquer Ankara (historiquement hostile à tout renforcement kurde), a renforcé la prudence.
« Nous n’attaquerons pas l’Iran, ni ne défendrons le régime actuel. Nous avons choisi une troisième voie… notre cause est différente. » (Haftan, 2026)
Enfin, le calcul stratégique des dirigeants kurdes de haut niveau les a conduits à écarter toute opération offensive. La première et la deuxième livraison d’armes par Israël et les États-Unis sont restées inutilisées sur le front iranien. Ce fait a suscité la controverse, car le propre président Trump a déclaré que les Kurdes avaient gardé les armes envoyées par son gouvernement, ce qui reflète la frustration américaine face à l’échec du plan.
20:30 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, kurdes, kurdes d'iran, iran, moyen-orient |
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Iran. Trump prend ses distances avec Netanyahu et les néoconservateurs et accepte la trêve

Iran. Trump prend ses distances avec Netanyahu et les néoconservateurs et accepte la trêve
C'est la Chine qui a soutenu les efforts diplomatiques de son allié le Pakistan, fer de lance des pays ayant tenté de mettre fin à cette folie, grâce aux relations entre Islamabad et les Gardiens de la révolution.
par Davide Malacaria
Source: https://www.piccolenote.it/mondo/iran-trump-si-sgancia-da...
Le cessez-le-feu a été accueilli avec un soulagement quasi mondial, où l'adverbe «quasi» a son importance, mais pas aujourd’hui, jour où l’Armageddon s’est évaporé. La Chine a joué un rôle décisif, a déclaré Trump à juste titre. Pékin, en effet, était le convive de pierre durant cette guerre, puisqu’on voulait affaiblir la Chine en frappant le cordon ombilical qui la lie au Moyen-Orient, même si l’impulsion décisive est venue de Netanyahou, dans son rêve de démolir l’antagoniste régional pour faire d’Israël une puissance mondiale.
En effet, c’est la Chine qui a soutenu les efforts diplomatiques de son allié le Pakistan, fer de lance des pays qui ont tenté de mettre fin à cette folie, grâce aux relations entre Islamabad et les Gardiens de la révolution. Un travail qui a finalement produit les résultats escomptés, notamment grâce à un élément qui semblait hors du champ de cette guerre, mais qui avait un poids décisif.
Un facteur passé sous silence, mais qui existait bel et bien, au point de surgir de temps à autre ces derniers jours comme une possibilité, même si elle semblait lointaine; une possibilité qui a explosé hier dans tout son potentiel catastrophique, lorsque Trump a menacé de «rayer la civilisation» iranienne de la carte.
Des mots que beaucoup ont imaginé, à juste titre, comme préludant à l’utilisation de la bombe atomique. Il en était ainsi: l’Empereur, au nom de l’establishment impérial, le véritable Pouvoir, autre que l’administration américaine provisoirement aux commandes, a averti, en des termes inacceptables (le pape Léon a tranché définitivement sur le sujet), que la poussée vers l’utilisation du nucléaire était irrépressible.
L’Amérique, en effet, peut accepter une défaite à la manière de l’Afghanistan, résorbable d’une manière ou d’une autre, mais pas une défaite stratégique catastrophique, de nature à marquer le déclin irrévocable de son hégémonisme, de son destin manifeste, si le conflit s’était poursuivi.

Toutes les options susceptibles d’apporter à l'Empire une victoire, ou un semblant de victoire, ayant échoué ou été écartées – le changement de régime, l’invasion de l’île de Kharg, le prélèvement d’uranium enrichi –, il ne restait plus que l’option atomique, qu’elle soit américaine ou israélienne.
C’est pourquoi la médiation pakistanaise était nécessaire, car c’est le seul pays islamique capable d’opposer à la bombe atomique de l'hegemon une force de dissuasion équivalente, limitant ainsi le risque d’un conflit mondial sous-tendu par une dissuasion chinoise ou russe.
Une dissuasion non brandie, celle du Pakistan, tout comme l’arme atomique de la partie adverse n’a d’ailleurs pas été explicitement brandie, mais qui a eu un poids, et quel poids, car, même si elle est insignifiante par rapport à la puissance américaine, elle ne l’est pas par rapport à cet allié du Moyen-Orient que l’Empire, du moins à ce jour, doit protéger à tout prix, comme le montre d’ailleurs l’agression contre l’Iran.
Ainsi, la déclaration insensée de Trump hier était, à sa manière (une manière tout à fait exécrable), un ensemble de choses: un ultimatum, évidemment, mais aussi une alerte et, en même temps, une hallucination rhétorique pour afficher sa servilité envers l’establishment et ainsi éviter ses foudres tandis que, en coulisses, il cherchait une issue par des voies confidentielles (à propos de médiations en coulisses: il y a quelques jours, le chef des services de renseignement russes, Sergueï Narychkine, a déclaré que son agence était en contact avec la CIA au sujet de l’Iran…).
Trump n’a eu d’autre choix que d’accepter, comme base de négociation, la proposition iranienne, en la faisant passer pour une victoire: 10 points sur lesquels les délégations des deux pays devront négocier dans les prochains jours. Une capitulation, mais aussi une victoire, non pas sur l’Iran, dont la résilience a prévalu, mais sur Netanyahou et les néoconservateurs, dont il a finalement réussi à se dégager.
La colère de Netanyahou en est la preuve: il s’est immédiatement lancé dans une campagne de sabotage en affirmant que la trêve ne concernait pas le Liban, alors qu’il est inclus dans les 10 points (un point critique que les négociations devront aborder). Mais cela se voit aussi dans la manière dont les médias de l'hegemon, le New York Times et le Washington Post, ont rendu compte de la nouvelle du cessez-le-feu: malgré son importance quasi historique, ils y ont accordé peu d’importance et ont utilisé un ton modéré.

Le NYT se distingue particulièrement à cet égard, surtout parce qu’il a été le média de l’establishment le plus critique à l’égard de la guerre. Voici son commentaire déconcertant: «L’accord laisse un gouvernement théocratique, soutenu par le brutal Corps des Gardiens de la révolution islamique, à la tête d’une population intimidée et martyrisée par les missiles et les bombes [comme s’il s’agissait d’engins iraniens… sic]… Il laisse intact l’arsenal nucléaire iranien, y compris les 440 kilogrammes de matière quasi-nucléaire qui, en théorie, constituaient le casus belli de la guerre».
Trump doit «prouver aux États-Unis et au monde entier que ce conflit valait la peine d'être engagé. Et pour ce faire, il devra prouver qu’il a éliminé l’emprise iranienne» sur le détroit d’Ormuz et «la possibilité que l’Iran puisse un jour construire une arme nucléaire […] s’il ne parvient pas à obtenir un accord pour que l’Iran limite la taille de son arsenal de missiles entamé ou la portée de ses missiles, il aura échoué».
Un cri de douleur, donc. Ce n’est pas pour rien que, dans la conclusion, Richard Fontaine, PDG du Center for a New American Security et ancien collaborateur de feu le sénateur John McCain, figure de proue des néoconservateurs, tire la sonnette d’alarme: «Peut-être que tout ira bien. Mais il est possible que la situation, pour les États-Unis et pour le monde entier, soit pire qu’avant». Tout comme si l’on devait à nouveau attaquer l’Iran, comme si de rien n’était…
Si nous mettons en évidence la réaction des médias pacifistes de l’establishment américain, c’est pour souligner à quel point le pouvoir de l’Empire se passe de l’Empereur et de ses tragiques contradictions. Et qu’aujourd’hui, malgré le passé, s’il y a une chance que les négociations aboutissent, cela dépend davantage du fou de Trump et de ceux, au sein de son administration, qui ont poussé dans ce sens – à commencer par J.D. Vance – que de l’establishment qui, jusqu’à présent divisé entre partisans et détracteurs, est prêt à faire front commun pour faire capoter les négociations de concert avec Netanyahou.
Note en marge. Hier, le Hezbollah libanais a libéré une journaliste américaine enlevée il y a quelques jours, signe que les négociations avançaient. Hier également, la Maison Blanche a fait l’éloge du secrétaire à l’Armée Dan Driscoll, proche de Vance, dont on disait qu’il allait démissionner, une information que l’intéressé n’a démentie qu’après ces louanges… l’équipe favorable aux négociations tient bon.
19:50 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, donald trump, iran |
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Heinrich Rickert et le principe hétérologique

Heinrich Rickert et le principe hétérologique
Troy Southgate
Source: https://troysouthgate.substack.com/p/heinrich-rickert-and...
L'une des figures les plus méconnues de la philosophie allemande est un néo-kantien du nom de Heinrich Rickert (1863-1936). Si vous avez suivi mes précédents articles sur le sujet, vous aurez remarqué que j'ai exploré les idées d'Emmanuel Kant (1724-1804) sur ce qu'on appelle la «double nature de l'esprit» et sa division en domaines phénoménal et nouménal. J’ai également fait valoir que Friedrich Schelling (1775-1854) avait peut-être bien résolu le problème de la séparation entre le sujet et l’objet en replaçant l’homme-en-tant-que-«sujet» dans la nature-en-tant-que-«objet». Si l’humanité a toujours fait partie de la nature, elle ne peut en aucun cas considérer le reste de celle-ci d’un point de vue subjectif. Rickert, influencé par les idées de Kant, a ensuite créé une unité entre «réalité et valeurs» en réunissant l’histoire et les sciences naturelles.
Dans son ouvrage Der Gegenstand der Erkenntnis (1892), Rickert nie l’existence d’une rupture entre le jugement nomothétique (universel) et le jugement idéographique (particulier). Cela signifie qu’au lieu d’examiner l’histoire selon l’une ou l’autre de ces deux approches – l’individualisation ou la généralisation –, la première peut être utilisée pour renforcer la seconde, et vice versa. Individualiser l’histoire selon un schéma universel est inefficace par rapport au fait de la relier à un environnement particulier et, ainsi, de reconnaître son propre développement unique. Son ouvrage de 1926, Kulturwissenschaft und Naturwissenschaft, le montre clairement :
«La réalité devient nature si nous la considérons par rapport à ce qui est général; elle devient histoire si nous la considérons par rapport au particulier ou à l’individuel».
Appliquer une théorie plus générale à une discipline historique revient donc à l’aborder avec une sorte de propagande injustifiée. Rickert estimait que pour mieux comprendre l’histoire, il fallait l’examiner sous l’angle de la culture. Comme il l’explique également dans Die Grenzen der naturwissenschaftlichen Begriffsbildung (1921):
«La culture est l’affaire commune dans la vie des nations; c’est le patrimoine de valeurs grâce auquel les individus conservent leur importance aux yeux de tous les peuples, et les valeurs culturelles qui se rattachent à ce patrimoine sont donc celles qui guident la représentation historique et la formation conceptuelle dans la sélection de ce qui est le plus essentiel».
On pense aux géopolitologues et à leurs efforts constants pour mettre en œuvre le modèle politique, social et économique occidental au détriment des peuples autochtones et de leurs propres particularités. Le fait que Rickert ait souhaité créer un lien entre la science (Natur) et l’histoire (Geist) s’apparente à la distinction opérée par Kant entre l’inter-relationnalité des domaines phénoménal et nouménal, mais bien que Rickert ait souligné l’importance d’examiner l’histoire en termes particularistes, il estimait que la science était, quant à elle, plus universelle :
«La réalité empirique devient nature lorsque nous la concevons par rapport au général. Elle devient histoire lorsque nous la concevons par rapport au distinctif et à l’individuel».
Rickert a développé ce qu’on appelle le principe hétérologique, qui visait à unir des idées mutuellement exclusives. En effet, alors que le monde est censé représenter une multiplicité de concepts et de disciplines, seule une petite partie de chacun d’entre eux est jamais révélée; pour obtenir une image plus complète et plus réaliste, il est donc nécessaire de considérer les opposés comme complémentaires. Ce n’est qu’en examinant deux notions qui semblent diamétralement opposées que nous pouvons commencer à les comprendre l’une par rapport à l’autre et par rapport au monde dans son ensemble. Nous ne pouvons saisir le véritable sens des êtres vivants, par exemple, qu’en nous familiarisant avec les objets inertes. De cette manière, Rickert a réuni l’universalisme de la science et le particularisme de l’histoire.
Plutôt que d’adopter la distinction kantienne entre l’esprit et la matière, Rickert a cherché à combiner la réalité empirique et la valeur. En fin de compte, cela suggère qu’en unifiant des paires d’opposés, nous permettons à tout ce qui existe dans le monde de se classer dans l’une ou l’autre catégorie. Dans un sens plus politique, le rêve de Rickert de créer une universalité à travers la particularité est le mieux représenté par l’anarchisme national. Bien que nous soutenions une pléthore infinie de communautés diverses, chacune ayant sa propre vision du monde, on peut dire que notre vision incarne une idée universaliste. Vivant séparément, peut-être, mais s’autonomisant et se renforçant mutuellement à un niveau plus transcendant.
19:05 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, heinrich rickert, néokantisme |
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Dialogue entre la figure de proue de l’opposition taiwanaise et la République Populaire de Chine

Dialogue entre la figure de proue de l’opposition taiwanaise et la République Populaire de Chine
par Luca Bagatin
Source: https://amoreeliberta.blogspot.com/2026/04/dialogo-fra-la...
La présidente du Kuomintang (KMT), Cheng Li-wun, accompagnée d’une délégation de 14 membres de son parti, est arrivée en Chine continentale, sur invitation du président Xi Jinping et du Comité Central du Parti Communiste Chinois (PCC).
Le dialogue entre la Chine continentale et Taiwan est donc ouvert. Ou, plus précisément, il ne s’est jamais interrompu.
La présidente Cheng et son parti, contrairement au Parti Progressiste Démocratique actuellement au pouvoir à Taiwan, qui promeut des activités séparatistes, se sont toujours opposés à l’indépendance de Taiwan, et Cheng Li-wun a déclaré, fièrement: «Je suis chinoise».
La visite de la présidente Cheng a été intitulée «Voyage de Paix 2026» et vise le dialogue ainsi que la réaffirmation du principe d'«une seule Chine», inscrit également dans ce qu’on appelle le «Consensus de 1992», établi en 1992 entre les représentants du Parti Communiste Chinois, au nom de la République Populaire de Chine, et ceux du Kuomintang, parti nationaliste de la République de Chine (Taiwan).
La visite des représentants du Kuomintang vise donc à stigmatiser toute forme d’activité séparatiste à Taiwan, à contrer toute ingérence extérieure, et à renforcer les relations entre les deux rives du détroit, fondées sur un développement pacifique.
Selon les données, l’année dernière, les résidents de Taiwan ont effectué 4,8918 millions de visites en Chine continentale, soit une augmentation de 21,6% par rapport à l’année précédente, et les résidents de Chine continentale ont effectué 557.700 voyages à Taiwan, soit une hausse de 47,4% par rapport à l’année précédente.
Tant la Chine continentale que Taiwan ont des liens historiques profonds, fondés sur la coopération, les liens économiques et commerciaux, qui se sont renforcés ces dernières années.
La Chine considère que la question de Taiwan est une affaire exclusivement interne, et c’est dans cette optique qu’il faut voir les dialogues entre le Kuomintang et le Parti Communiste Chinois.

Le Kuomintang a été fondé en 1894 par le réformateur social Sun Yat-sen, premier président de la Chine moderne en 1912, et leader de la révolution démocratique de 1911 qui mit fin à la dynastie impériale Qing.
Le Kuomintang a gouverné la Chine en tant que seul parti de 1928 à 1949, année où il fut vaincu par les communistes dirigés par Mao Tse-Tung, qui fondèrent la République Populaire Chinoise.
Depuis lors, les membres du Kuomintang gouverneront uniquement Taiwan, c’est-à-dire la République de Chine, et ce, de manière ininterrompue, jusqu’en 2000, année où les élections furent remportées par le Parti Démocrate Progressiste (DPP), avec lequel le pouvoir alternera au fil des années.
Le DPP, parti d’orientation nationaliste libérale, dont certains membres ont souvent été condamnés pour corruption et détournement de fonds publics, a, contrairement au KMT, toujours promu des activités sécessionnistes et séparatistes par rapport à la Chine, activités souvent soutenues par les États-Unis.
La présidente du Kuomintang (KMT), Cheng Li-wun, avocate née en 1969, a été, dans sa jeunesse, une activiste indépendantiste et une députée du Parti Démocrate Progressiste de 1996 à 2000.
Elle s’éloigna de ce parti en 2002, notamment en raison des divers scandales de corruption qui frappèrent cette formation politique, et entra en 2005 dans le Kuomintang.
Elle adopta ainsi le principe d'«une seule Chine» et qualifia de «fasciste» l’indépendantisme taiwanais.
Bien qu’elle prône des relations plus étroites entre Taiwan et les États-Unis, elle estime que l’île ne doit pas devenir «une pièce d’échange pour Trump».
Dans une interview, Cheng Li-wun a déclaré que le conflit russo-ukrainien avait été déclenché par l’élargissement de l’OTAN à l’Est, précisant également que Taiwan ne doit pas devenir «une nouvelle Ukraine». Elle a aussi souligné que «les États-Unis pourraient traiter Taiwan comme un pion aux échecs, une pièce, pour provoquer stratégiquement le Parti Communiste Chinois au moment opportun».
Luca Bagatin
18:44 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, taiwan, kuomintang, asie, affaires asiatiques |
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Les réflexions de Kenneth Waltz sur l'Homme, l'État et la Guerre

Les réflexions de Kenneth Waltz sur l'Homme, l'État et la Guerre
Raphael Machado
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100069794930562
Nous savons tous que l’homme guerrier existe depuis des millénaires et continue de faire la guerre jusqu’à aujourd’hui. Héraclite a dit à propos de la guerre qu’elle est « la mère de toutes choses » (dans une intuition qui, évidemment, dépasse ce qui est dit littéralement). Mais pourquoi en est-il ainsi ?
Le théoricien politique et spécialiste des relations internationales, Kenneth Waltz, y réfléchit dans L’Homme, l’État et la Guerre, un texte datant de plusieurs décennies qui est devenu l’une des œuvres fondatrices de l’école réaliste des relations internationales.
Waltz explique sa méthodologie comme étant celle d’une circumscription de toutes les réflexions historiques sur le sujet en trois cadres ou images, en s’appuyant sur le noyau explicatif des origines de la guerre: l’homme, la société ou le contexte international. En d’autres termes, il divise les thèses entre celles selon lesquelles la guerre existe en raison de la nature humaine, de la structure des sociétés ou des conditions imposées par le cadre international.


Ceux qui voient la racine de la guerre chez les individus sont divisés, selon Waltz, entre optimistes et pessimistes. Les optimistes sont ceux qui — croyant que l’origine de la guerre est une faute ou une insuffisance chez l’homme (due au tribalisme, au sentiment de possession, à l'égoïsme, etc.) — pensent qu’il est possible d’améliorer l’homme jusqu’à un stade où disparaissent les impulsions menant à la guerre. Les pessimistes, naturellement, sont ceux qui refusent la possibilité de réformer ou d’améliorer la nature humaine.
Des optimistes comme Bertrand Russell, par exemple, croyaient qu’il était possible, par l’éducation (intellectuelle et morale), de bâtir une société libérale, cosmopolite et pacifiste dans le monde entier. Waltz mentionne également la pathologisation du sujet tout au long du 20ème siècle, avec des efforts d’ingénierie sociale et de rééducation visant à « réparer » l’homme. Ni l’absence de projets de « paix mondiale » à travers l'« amélioration » de l’homme, ni leur échec ne manquent. Cependant, on peut aussi critiquer le volontarisme des pessimistes comme Hans Morgenthau, qui attribuent la guerre presque exclusivement à l’égoïsme humain, raison pour laquelle Waltz poursuit son analyse.
Il passe alors à l’analyse des thèses selon lesquelles la racine de la guerre ne se trouve pas dans l’homme, mais dans la structure de la société. Par exemple, le fait qu’une société soit autoritaire serait pour les libéraux-démocrates la racine de la guerre. «Les démocraties ne font pas la guerre», disent-ils. Pour les marxistes, quant à eux, les guerres naissent des incursions impérialistes ou des rivalités entre empires, toutes deux ayant leur racine dans le mode de production capitaliste. Avec la triomphe international du socialisme, diraient les marxistes, les guerres prendraient fin.

Dans cette catégorie se trouvent un grand nombre d’intellectuels influents, allant de figures comme Adam Smith, Jeremy Bentham et John Stuart Mill, à Immanuel Kant et Woodrow Wilson, jusqu’à Karl Marx. À travers de nombreux modèles explicatifs différents, tant libéraux que marxistes, ils croyaient que certaines structures sociales sont intrinsèquement «mauvaises» et tendent à provoquer des conflits, en proposant différents types de réformes qui, en éliminant les défauts de ces États, conduiraient à la paix. Depuis l’harmonie entre États par la complémentarité économique, jusqu’à l’obéissance, par tous les États, à un même ensemble de principes moraux absolus, en passant par l'universalisation de la démocratie, jusqu’à l'internationalisme prolétarien et l’extinction de l’État en tant que tel.
Pour atteindre le résultat souhaité, certains soutenaient l’effort réformiste constant (Bentham, Mill), tandis que d’autres prônaient la révolution sans frontières (Marx), ou encore une adhésion par pression ou persuasion rationnelle (Kant), ou une croisade mondiale (Wilson).
Encore une fois, il s’agit d’une perspective insuffisante et réfutée par l’histoire. Le monde ne tend pas à l’harmonie, il n’existe pas réellement de complémentarité économique entre les États, les démocraties peuvent être aussi belliqueuses que les régimes fascistes, et il n’y a aucune indication que le socialisme soit apte à mettre fin à la guerre. Sur ce dernier point, Waltz analyse spécifiquement les positions des divers défenseurs du marxisme (révolutionnaire ou réformiste) entre la fin du 19ème siècle et la Première Guerre mondiale, notamment Jaurès, Kautsky, Bebel, Bernstein et Lénine, pour montrer le choc que fut pour la théorie marxiste l’adhésion du prolétariat à la guerre, ainsi que la reformulation tactique de Lénine basée sur les faits.
Enfin, Waltz en arrive à expliquer la guerre, telle qu'elle est fondée sur la propre nature des relations internationales entre États: c'est la position qu'il défend lui-même. Pour cela, il s’appuie principalement sur Jean-Jacques Rousseau pour défendre l'idée que le cadre international est anarchique et que, même dans les conditions idéales où pourraient se trouver les structures de l’État, celui-ci peut encore entrer en une guerre injuste pour étendre son pouvoir.
La seule solution à cela serait la soumission de tous les États à une autorité supérieure. Sinon, il y aura toujours la guerre, indépendamment du modèle des États ou des projets philanthropiques et éducatifs.
Naturellement, Waltz reste sceptique quant à cette solution, plaidant comme scénario le plus plausible l’établissement d’un équilibre des pouvoirs à l’échelle internationale, de façon à stabiliser le système international et à réduire la fréquence et l’intensité des guerres par la rivalité entre quelques grandes puissances.
L’œuvre de Waltz, publiée initialement en 1959, est importante pour comprendre la logique du réalisme et possède des réflexions intéressantes et encore actuelles, dont certaines peuvent même être exploitées dans une théorie multipolaire, malgré les limitations conceptuelles intrinsèques du réalisme.
12:28 Publié dans Définitions, Polémologie, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kenneth waltz, guerre, état, pacifisme, relations internationales, théorie politique, politologie, sciences politiques |
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mardi, 07 avril 2026
Le paradigme iranien

Le paradigme iranien
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/il-paradigma-iraniano/
Il est peut-être trop fréquent, et avec une insistance excessive, que je parle de la guerre en Iran.
En réalité, il existe d’autres motifs de tension dans notre monde. Bien sûr, l’Ukraine, mais aussi Taïwan… et je pourrais continuer en regardant vers les Balkans. La Transnistrie, la Moldavie. La Serbie.
Cependant, la guerre en Iran représente un cas exemplaire. Et pas seulement parce qu’elle remet en question l’approvisionnement en gaz et en pétrole, en faisant monter les prix.
Cela, d’ailleurs, n’est qu’un aspect. Une conséquence, dans laquelle, par ailleurs, il faudrait prendre en compte la part du jeu très sale de la spéculation.
Non. La guerre en Iran est, avant tout, un paradigme.
Un paradigme qui remet en question les équilibres auxquels nous sommes, peut-être depuis trop longtemps, habitués.
Les États-Unis, si vous préférez le président Trump, ont attaqué sans raison impérieuse. Et, il faut le rappeler, sans tenir compte des négociations en cours entre eux et la direction iranienne. Qui semblaient déjà bien avancées.
Une attaque, donc, préméditée. Avec pour but déclaré de provoquer un changement de régime et de mettre l’Iran sous leur contrôle total.
Que cela ait été décidé par la volonté de Trump, qui n’aurait pas écouté les conseils de prudence venus de son propre entourage, ou sous la pression d’Israël, de Bibi Netanyahu, cela compte certes, mais seulement jusqu’à un certain point.
Ce qui importe vraiment, c’est l’échec substantiel de l’opération.
Tellement substantiel que Trump lui-même a dû clairement revoir ses prétentions.
Plus de changement radical de régime. Plutôt, le début d’une phase difficile de nouvelles négociations avec le régime des ayatollahs. Qui a résisté, et s’est montré capable d’étendre la zone du conflit, mobilisant tous ses alliés au Moyen-Orient. Du Hezbollah du Liban aux Houthis du Yémen.

Au-delà d’hypothèses d’une future offensive américaine terrestre, qui sera difficile et risquée, un fait apparaît désormais évident.
L’Iran a montré sa capacité non seulement à résister à l’offensive américaine et israélienne, mais aussi, et surtout, à susciter une forte réaction parmi les populations du Moyen-Orient élargi.
Obtenant la solidarité, et peut-être à terme un soutien concret, du Soudan, de la Tchétchénie, du Pakistan…
Et mettant en grave difficulté ces principautés sunnites de la péninsule arabique qui ont fourni les bases pour l’attaque américaine.
La Russie et la Chine, sans intervenir directement – ce qui aurait déclenché une guerre mondiale – soutiennent de toutes les manières Téhéran.
Et font pression politiquement pour mettre fin à l’agression américaine.
Israël, par ailleurs, semble en grande difficulté, car il est frappé, de façon inattendue, par les bombardements iraniens. Et, malgré la détermination du gouvernement Netanyahu, il traverse une période où règne une peur diffuse. Qui pousse la bourgeoisie israélienne productive à fuir.
Trump lui-même apparaît en grande difficulté intérieure. Sa majorité se désagrège. Le président, de plus en plus seul, se rend compte qu’il doit absolument sortir du tunnel dans lequel il s’est fourvoyé.
Il est difficile, pour l’instant, de prévoir l’évolution de la situation.
Cependant, une chose semble évidente.
L’échec de l’opération américaine entraîne un réveil de toute la région du Moyen-Orient.
Un réveil qui remet lourdement en question tout le système, considéré comme consolidé, des équilibres mondiaux.
Tous les équilibres. Y compris ceux de l’Europe et de l’OTAN, qui connaît une crise sans précédent.
Une crise qui pourrait en provoquer la fin, ou un changement radical.
21:16 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran |
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L'Atlantisme est-il en voie de disparition, et Trump sera-t-il le fossoyeur de l'Empire américain?

L'Atlantisme est-il en voie de disparition, et Trump sera-t-il le fossoyeur de l'Empire américain?
Franz Ferdinand
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/194689
La guerre contre l’Iran, déclenchée par Donald Trump, a entraîné une rupture nette entre les États-Unis et l’Union européenne. Même dans le conflit en Ukraine, la chimie entre l’Amérique et l’Europe ne fonctionne plus.
Dans les médias mainstream, la guerre contre l’Iran est, pour la première fois, qualifiée d’agression illicite selon le droit international, ce qui est bien sûr le cas, mais le proclamer est sans nul doute une nouveauté. Jusqu’à présent, toutes les guerres d’agression américaines ont toujours été présentées comme en quelque sorte justifiées. Mais cette fois, ça suffit. Même la fameuse belliciste, Mme Marie-Agnes Strack-Zimmermann, a exprimé une position critique! Cela veut vraiment la peine de le mentionner!
On peut même supposer que la colère qui règne au sein de la direction de l’UE est décrite de manière assez édulcorée dans les médias.
Il faut bien réaliser ce que cette guerre signifie pour l’UE.
Pour mémoire: la guerre en Ukraine a été initialement provoquée par le coup d’État de Maidan et par le non-respect des accords de Minsk. C’était en quelque sorte un projet commun de l’UE et des États-Unis pour dépecer la Russie et encercler la Chine. Le plan, à travers cette guerre, de remplacer Poutine par un vassal occidental docile, a échoué. Donald Trump a déjà, il y a quelque temps, dans des moments de lucidité, compris qu’il n’y avait aucun sens à continuer cette guerre pour une moitié d'oblast ukrainien.

Seule l’UE souhaite continuer cette guerre par pure folie des grandeurs, et aussi pour ne pas perdre la face après avoir dépensé des milliards d’aide, sans compter, pour soutenir le corrompu Zelensky !
Avec la guerre contre l’Iran, Donald Trump laisse l’UE sur place sans l'avoir avertie, voire lui tourne carrément le dos. Donald Trump s’est obstiné, résistant à tout, dans le même piège dans lequel Poutine est enfermé depuis quatre ans. La durée de cette guerre contre l’Iran est totalement incertaine. Ce qui est certain, c’est que la Russie et la Chine feront tout pour qu’elle dure le plus longtemps possible et pour affaiblir au maximum les États-Unis.
Cela signifie toutefois qu’un soutien américain à la guerre en Ukraine n’est plus à prévoir. L’UE doit désormais assumer seule cette guerre. De plus, les missiles, censés assurer la défense de l'Europe otanienne, missiles tout aussiessentiels dans la guerre en Ukraine, sont désormais utilisés en Israël et dans les États du Golfe.
En outre, la résistance acharnée, asymétrique, de l’Iran dans le détroit d’Ormuz conduit à une crise énergétique et économique gravissime. Si l’UE s’était déjà tirée une balle dans le pied avec ses sanctions contre la Russie, elle se trouve soudainement, et de façon inattendue, sanctionnée aussi par l’Iran, qui considère l’UE comme un groupe d’États ennemis.
Il faut craindre que toutes ces destructions en Iran, que Donald Trump célèbre actuellement comme une « victoire », finissent par être payées, en quelque sorte, par une sorte de péage pour passer le détroit d’Ormuz, péage qui sera imposé par la communauté internationale. Il est fort probable que cette taxe ne sera perçue que par des navires d’États ennemis de l'Iran, ce qui ne pèsera donc que sur ces économies-là!
La crise économique prolongée qui s’annonce affaiblira plutôt les partis politiques mainstream du « Monde occidental » et fera tomber définitivement leurs coalitions fragiles, plutôt que de faire tomber le régime des mollahs. Ce dernier a été renforcé par les bombardements criminels et illicites selon le droit international qui sont perpétrés par Israël. En fin de compte, les plus stupides d'entre nos concitoyens ont compris qu’il existait un lien entre la violence brutale qui a coûté la vie à des milliers de personnes (dont des forces de sécurité) et les bombardements, lors desquels, par exemple, 170 fillettes d'une école primaire ont été tuées.
Du point de vue de l’UE, il aurait sûrement été « plus raisonnable » de d’abord mettre fin à la guerre en Ukraine dans un sens favorable à l’Ukraine, avant de s’occuper de l’Iran. Au lieu de cela, Donald Trump, de manière unilatérale, et motivé par Netanyahu, un homme recherché par la Cour pénale internationale de La Haye comme criminel de guerre, a déclenché la guerre contre l’Iran sans consulter ses partenaires européens. Il se comporte ainsi comme une sorte de dictateur mondial, pris dans un délire césarien, auquel tous doivent obéir sans discuter.

La question qui se pose désormais est de savoir si cette rupture atlantique pourra se résorber après la fin du régime de Trump ?
Probablement pas, car la furie trumpiste va bouleverser irréversiblement l’ordre mondial existant jusqu’à la fin du mandat de Trump. Un retour au point de départ d’avant l’arrivée de Trump ne sera plus possible. De plus, déjà sous Biden, la relation entre les États-Unis et l’UE n’était pas aussi amicale qu’elle était décrite dans les médias, si l’on pense notamment à l’attaque terroriste contre le gazoduc Nord Stream, annoncée par Biden lui-même!
Ce qui peut au moins être considéré comme certain, c’est que la Russie, durant cette période, ira conquérir les quelques milliers de kilomètres carrés restants dans l’oblast de Donetsk, et la guerre en Ukraine se terminera victorieusement pour la Russie. L’UE sera humiliée. Elle devra peut-être même supplier Poutine pour du pétrole et du gaz afin de maintenir son économie à flot. Poutine exigera alors un prix politique (par exemple la reconnaissance internationale des conquêtes).
Il est possible que l’UE finisse par reconnaître que la Russie serait le partenaire naturel de l’UE, comme Gorbatchev et même Poutine l’avaient proposé, avec une Europe commune de Lisbonne à Vladivostok.
Les États-Unis seront encore affaiblis par une guerre prolongée contre l’Iran. Il se pourrait même que les monarchies du Golfe expulsent les États-Unis de leurs territoires et concluent la paix avec l’Iran. Sinon, ces monarchies ne seront plus viables. Si changement de régime il y aura, il faudra plutôt l'attendre dans ces pays-là!
20:44 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, affaires européennes, europe, états-unis, otan, atlantisme |
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La guerre en Iran expose la brutalité du réel: les États-Unis seraient écrasés dans un conflit avec la Chine

La guerre en Iran expose la brutalité du réel: les États-Unis seraient écrasés dans un conflit avec la Chine
Par NewRulesGeo (Telegram)
Quelques semaines après le début de la guerre en Iran, Washington souffre déjà de pénuries de missiles, de lacunes en défense aérienne, de pressions navales et de ruptures logistiques. Ce qui devait être une campagne limitée révèle des failles structurelles profondes.
De la défense aérienne aux chaînes d’approvisionnement, le message est clair: si se battre contre l’Iran coûte aussi cher, une guerre avec la Chine serait dévastatrice.
Voici comment l’Iran expose les limites des États-Unis – et pourquoi si la Chine était attaquée, ce serait bien pire :
Les défenses ont été épuisées instantanément – (https://t.me/newrulesgeo/1715?single ). L’Iran a brûlé près de 40 % des intercepteurs THAAD américains en 16 jours et a fait passer des drones au-delà des défenses aériennes. L’arsenal de missiles et de drones plus grand et plus intelligent de la Chine (https://t.me/newrulesgeo/1674 ) submergerait les systèmes américains par le volume, la précision et des essaims d’IA (https://t.me/newrulesgeo/1674 ) qui réduiraient les temps de réponse à quelques secondes.

Les porte-avions et les bases neutralisés – (https://t.me/newrulesgeo/1700?single ). Les frappes iraniennes ont forcé les navires de guerre américains à rester sur la réserve et ont détruit un E-3 (photo) au sol. La doctrine de l’US Air Combat Element (ACE) échoue déjà. Face aux systèmes A2/AD en couches de la Chine (https://t.me/newrulesgeo/1705 ), les avions américains seraient détruits avant même de décoller — les porte-avions et les bases sont laissés vulnérables à des milliers de kilomètres.
Les munitions épuisées, l’industrie incapable de suivre – (https://t.me/newrulesgeo/1666 ). Des centaines de Tomahawks utilisés en Iran épuisent les réserves destinées à un éventuel scénario similaire à Taïwan. Les États-Unis ne peuvent pas remplacer les armes de précision assez rapidement — des années (https://t.me/newrulesgeo/1632 ) de production contre quelques jours de guerre. Pire encore, les armes américaines dépendent des terres rares chinoises (https://t.me/newrulesgeo/1615 ), ce qui donne à Pékin une emprise directe.
La Chine s’adapte en temps réel – (https://t.me/newrulesgeo/1599 ) – Tandis que les États-Unis sont occupés en Iran, la Chine évolue, apprend de chaque opération américaine. Beidou fournit (https://t.me/newrulesgeo/691 ) une capacité de ciblage en temps réel sur de vastes distances. Avec une fusion avancée des capteurs comme MizarVision (https://t.me/newrulesgeo/1596 ), la Chine s’adapte plus rapidement aux tactiques américaines et reste un pas en avance.
Si l’Iran expose les fissures, la Chine serait le test de résistance qui ferait sauter le système.
@NewRulesGeo - Suivez-nous sur X (https://x.com/NewRulesGeo?t=6cJ2ZyQr-1f_lBvKPNggKw&s=09 )
15:38 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, iran, chine |
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Donald Trump, le détroit d'Ormuz et la stratégie de l’«État profond»

Donald Trump, le détroit d'Ormuz et la stratégie de l’«État profond»
Elena Fritz
Quelle: https://t.me/global_affairs_byelena#
Lorsqu’on a affaire à Donald Trump, ce serait une erreur d’exclure catégoriquement quoi que ce soit. Chez lui, les situations, les priorités et les tonalités changent souvent à une vitesse surprenante. C’est précisément pour cela qu’il vaut la peine d’adopter une perspective stratégique.
De mon point de vue, le véritable objectif de ces forces qui ont poussé Trump dans le conflit avec l’Iran – appelons-les simplement «l’État profond» ou l’establishment mondialiste – ne résidait pas uniquement dans des frappes militaires contre Téhéran. L’objectif stratégique était plutôt le blocage du détroit d’Ormuz. Car c’est là que se trouve le véritable levier; une fermeture d’Ormuz aurait plusieurs effets simultanés: elle affecterait la marge de manœuvre énergétique et financière des États du Golfe, affaiblirait leur indépendance croissante, mettrait sous pression leurs arrangements en ressources avec la Chine, et agirait en même temps comme un déclencheur d’une plus grande secousse économique. C’est là que réside la véritable mèche géopolitique.
C’est pourquoi nous vivons une situation étrange: beaucoup de choses se produisent, mais l’essentiel reste non résolu. On parle d’opérations, de débarquement dans des îles comme celle de Kharg, d’options militaires et de moyens de pression. Mais on ne répond pas à la question principale: qui contrôle en fin de compte la situation dans le détroit d’Ormuz ?
Trump, semble-t-il, comprend très bien ce qu’il ne doit pas faire. Car la situation, dans laquelle il se débat, est contradictoire. S’il tente d’ouvrir militairement le détroit d’Ormuz – c’est-à-dire faire passer en force ses effectifs aéronavals et terrestres, c'est-à-dire ce que ses adversaires ont peut-être anticipé –, alors les États-Unis risquent d’être entraînés plus profondément dans une guerre régionale avec un lourd tribut en vies humaines: pour les soldats américains, pour les populations de la région, ébranlant ainsi la stabilité tout entière du Moyen-Orient. Mais s’il ne le fait pas, le défaut de stratégie demeure. Il aura alors contribué à une escalade sans résoudre le problème central.
C’est là que réside le piège: Trump est d’abord poussé dans la guerre, puis dirigé vers un corridor de sortie étrange, peu avantageux politiquement: une fin du conflit militaire sans avoir réglé la question principale, celle qui a été créée par cette escalade. Ses adversaires peuvent l’attaquer dans les deux cas. S’il ouvre le détroit d’Ormuz militairement, il risquera de s’enliser dans un bourbier régional très coûteux en vies de militaires américains. S’il laisse la situation non résolue, on lui reprochera un échec stratégique. Telle est la véritable architecture de cette crise.
L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si Trump mènera la guerre contre l’Iran ou jusqu’où s’étendront les opérations. La question cruciale est de savoir si la crise d’Ormuz est exploitée en toute conscience omme un mécanisme pour atteindre plusieurs objectifs simultanément: la déstabilisation des flux énergétiques, une pression sur les monarchies du Golfe, la perturbation des intérêts chinois, et le déclenchement d’un choc économique plus large.
Vu sous cet angle, le conflit ne se limite plus à une simple escalade entre Washington et Téhéran. Il apparaît plutôt comme un levier dans une lutte de pouvoir bien plus large, avec Trump englué dans une position où chaque issue possible entraînerait des coûts politiques importants.
#geopolitik@global_affairs_byelena
15:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, golfe persique, détroit d'ormuz, géopolitique, moyen-orient, iran |
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